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LE BAS-EMPIRE (IVe-Ve SlECLES

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h1. LE BAS-EMPIRE (IVe-Ve SlECLES) Paris organise sa défense en établissant la première enceinte de son histoire dans I'île de la Cité. h2. LE REMPART Lutèce, ville moyenne de la Gaule, n'accéda jamais au rang de capitale de province, contrairement à Lyon ou Sens. Au cours du Ive siècle, elle prend le nom de Paris- abréviation de civitas Parisiorum ou urbs Parisiorum, ville des Parisii, nom romanisé du peuple gaulois qui l'a fondée -, qui se substitue progressivement à celui de Lutèce. À partir du milieu du IIIe siècle, la Gaule est victime des raids germaniques. Paris joue un rôle militaire important dans la défense des frontières du nord et de l'est car elle sert de base de repli pendant les campagnes contre les Barbares. Plusieurs empereurs s'y installent : Julien l'Apostat qui y est proclamé empereur en 361, puis Valentinien Ier. Les habitants cherchent à se protéger contre les incursions ennemies et construisent la première enceinte fortifiée de Paris. Un puissant rempart est élevé pendant la première moitié du Ive siècle tout autour de l'île de la Cité. Ses fondations, de 2,5 mètres d'épaisseur environ, étaient constituées par de gros blocs de pierre, distants de 20 à 35 mètres du rivage du fleuve en raison des risques d'inondation. Des tronçons de ce rempart ont été retrouvés au nord-est des rues du Cloître-Notre-Dame, d'Arcole et Chanoinesse ainsi que rue de la Colombe. Il en subsiste également des parties dans la crypte archéologique du parvis Notre-Dame, dont les fondations reposent sur le mur du quai du Haut-Empire. La porte principale de l'enceinte était percée dans l'axe du cardo de la rue de la Cité et du Petit Pont, au sud de l'île. h2. JULIEN L'APOSTAT, HISTORIEN DE LUTÈCE Les quartiers de la rive gauche demeurent ouverts. Sur la rive droite se forme un embryon de faubourg, au niveau de l'actuel quartier de l'Hôtel de Ville. bq. Le rempart du Bas-Empire.

bq. Photo des fouilles dans Iïle de la Cité. (Commission du Vieux Paris, 1898) bq. En 1897 fut découvert, à une profondeur variant de 4 à 5 mètres, un fragment du mur d'enceinte entre les rues Chanoinesse, du Cloître-Notre-

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Dame er le quai aux Fleurs. bq. bq. La rue de la Colombe, 4e. bq. Au niveau du n° 5, rue de la Colombe, on a matérialisé le tracé de l'enceinte du Bas-Empire par des pavés montrant l'emplacement et l'épaisseur du rempart. bq. bq. Borne milliaire datant de 305-309. (Musée Carnavalet) Placée sur une grande route, elle indiquait la distance entre le lieu de départ Paris et le lieu où elle était implantée. bq. Son nom vient de l'unité de mesure servant à jalonner les voies, soit mille pas romains (I pas = 1,48 mètres). bq. Cette borne fut remployée comme sarcophage dans le cimetière SaintMarcel où elle fut découverte. On ignore le nom de la voie sur laquelle elle se dressait à l'origine. La défense de la ville est complétée par une flottille, un camp militaire, un champ d'exercices et des magasins militaires à proximité de l'agglomération. En 358, l'empereur Julien l'Apostat donne des renseignements sur la ville, qu'il aimait particulièrement: "J'étais alors en quartiers d'hiver auprès de ma chère Lutèce : les Celtes appellent ainsi la petite ville des Parisii. C'est un îlot jeté sur le fleuve qui l'enveloppe de toutes parts ; des ponts de bois y conduisent des deux côtés ; le fleuve diminue ou grossit rarement; il est presque au même niveau été comme hiver l'eau qu'il fournit est très agréable et très limpide à voir et à qui veut boire. Comme c'est une île, les habitants sont forcés de puiser l'eau dans le fleuve . Il y pousse de bonnes vignes et certains se sont ingéniés d'avoir des figuiers, en les entourant pendant l'hiver, comme d'un manteau de paille ou de tout autre objet qui sert à préserver les arbres des injures de l'air." (Julien l'Apostat, Misopogon, 358, in œuvres complètes de l'empereur Julien, trad. Eugène Talbot, Paris, Plon, 1863.) Dans l'île de la Cité, du côté occidental, au niveau de l'actuel Palais de Justice, se dressait le palais. D'une superficie d'un hectare, il constituait la résidence militaire de l'empereur. Il existait une grande basilique civile, de 70 mètres de long pour 35 mètres de large, à l'emplacement du marché aux Fleurs. h2. L'INFLUENCE DU CHRISTIANISME Les débuts du christianisme à Paris sont difficiles à connaître. La légende rapporte que saint Denis, premier évêque de la ville, aurait été martyrisé à Montmartre en 250. Un siècle plus tard, le christianisme était

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solidement implanté puisqu'un concile se tint en 360 dans la ville. On pense que l'église épiscopale se trouvait dans l'île de la Cité. Saint Marcel (mort vers 435), neuvième évêque de Paris, fut enterré selon Grégoire de Tours dans le cimetière du sud-est, devenu la grande nécropole de Paris et qui prit ultérieurement le nom de Saint-Marcel. Sa tombe fit l'objet d'une vénération particulière et est probablement à l'origine de l'édification de l'église Saint-Marcel, l'une des premières de Paris. Autre personnalité importante du christianisme, sainte Geneviève édifia une église sur le tombeau de saint Denis à Saint-Denis. Patronne de Paris, elle incita en 451 les habitants à résister à Attila, roi des Huns, qui renonça à attaquer la ville. bq. Vestiges de la porte sud de l'enceinte du Bas-Empire, rue de la Cité, au débouché du Petit Pont dans l'île de la Cité, 4e. bq. (Commission du Vieux Paris. 1986) En 1984, les travaux bq. d'aménagement de la gare du RER ont permis de mettre au jour le parementde la porte du rempart.

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LES MEROVINGIENS (DU VIe AU VIIe SIÈCLE)

h1. LES MEROVINGIENS (DU VIe AU VIIe SIÈCLE) A u début du Vie siècle, Paris acquiert une grande importance politique. Sous le règne de Clovis, en 508, elle devient capitale du royaume des Francs et le reste jusqu'au milieu du VIIe siècle, époque à laquelle la cour royale devient itinérante. Paris est un lieu d'échanges très actif grâce à la conjonction d'une voie d'eau, la Seine, et d'un réseau de routes desservant le nord (la Manche), l'ouest (Rouen, Nantes, Tours), le sud (Orléans, l'Italie) et l'est (Metz et la Germanie). La ville mérovingienne, dont la population est estimée entre 20 et 30 000 habitants, garde les caractéristiques de la ville de la fin de l'Antiquité. Les églises se multiplient en raison du mouvement de christianisation. h2. L'îLE DE LA CITÉ Elle était défendue par le rempart érigé au Bas-Empire qui avait été conservé, excepté au sud-est où il avait été arasé afin de permettre la construction de la cathédrale SaintÉtienne. L'île était reliée aux rives par deux ponts le Grand Pont et le Petit Pont. À l'ouest, l'ancien palais où séjournèrent l'empereur Julien et les gouverneurs romains devint la résidence des rois mérovingiens et de leurs représentants. À l'est de l'île se trouvait le groupe épiscopal, comprenant la cathédrale Saint-Étienne (à l'est du parvis Notre-Dame), probablement la basilique Notre-Dame (sous Notre-Dame-de-Paris), le baptistère Saint-Jean-le Rond (à l'emplacement de la rue du Cloître-Notre-Dame) et la basilique Saint-Germain-le-Vieux (à l'angle sud-est de l'actuelle Préfecture de police). Childebert Ier fils de Clovis, fit construire entre 511 et 558 la cathédrale Saint-Étienne, longue de 60 à 70 mètres et large de 36 mètres, la plus grande église de la Gaule franque. Devant la cathédrale fut aménagée une place avec des boutiques. Au milieu de l'île, à côté de la rue de la Cité, étaient situés les quartiers d'habitation. Une prison se dressait près du Petit Pont. Le chroniqueur Grégoire de Tours donne une description de l'île lors de l'incendie de 585 "Cette maison était, en effet, la première après la porte qui donne une issue au midi. Cette lumière ayant mis le feu, la maison fut consumée par l'incendie et à la suite d'autres s'embrasèrent. Alors, comme le feu se rabattait sur les prisonniers d'une prison, le bienheureux Germain leur apparut et \[...] ouvrant la porte de la prison, il permit aux prisonniers de s'en aller sains et saufs \[...]. Puis, comme sous l'effet du vent qui soufflait ici et là, les flammes se propageaient

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à travers toute la cité et que l'incendie régnait dans toute sa violence, il commença à gagner une autre porte où se trouvait un oratoire du bienheureux Martin. Et là se calma d'un côté du pont l'incendie qui avait commencé à sévir. Quant à l'autre côté, il consuma tout avec une telle violence que seul le fleuve l'arrêta. Toutefois, les églises, ainsi que leurs maisons, ne furent pas brûlées." (Histoire des Francs, traduction Robert Latouche, Paris, Les Belles Lettres, 1975-1979.) h2. LA RIVE DROITE Un faubourg se développe à l'époque mérovingienne en face de l'île de la Cité, approximativement entre Saint-Paul des-Champs et le Louvre, avec la création d'églises assez dispersées : Saint-Germain-l'Auxerrois, SainteColombe, Saint-Gervais, Saint-Paul-des-Champs. Mais cette urbanisation est très relative et n'est en rien comparable à celle de la rive gauche. Autour de l'ancien méandre de la Seine, une zone marécageuse, inondable en cas de fortes crues, s'étend de la place de la Bastille à la place de l'Alma elle entrave l'expansion de la rive droite. D'autres églises rurales, entourées d'un cimetière, telles Saint-Laurent et Saint-Martin-desChamps, s'élèvent le long des voies d'accès à la ville. Il existe quelques villages environnants : Montmartre, La ChapelleSaint-Denis et probablement Charonne. La butte Montmartre, auparavant dénommée "mont de Mercure" ou "mont de Mars" prend l'appellation de Montmartre, qui signifie "mont des Martyre". À son sommet est bâtie l'église Saint-Denis (actuelle église SaintPierre), à l'endroit où se serait déroulé le martyre de saint Denis et de ses compagnons. Les fouilles ont montré l'existence d'une vaste nécropole à l'emplacement de l'église SaintPierre et à sa périphérie, de la rue du Mont-Cenis au Sacré-Cœur bq. La rive droite s'urbanise malgré le handicap que constitue la zone marécageuse formée par l'ancien méandre de la Seine. Bien que de nombreuses églises aient été construites dans la ville, il ne reste pas de témoignage architectural de l'époque mérovingienne. bq. Rouleau de saint Éloi, troisième quart du XIIIe siècle, détail. (Musée Carnavalet) Ce dessin sur parchemin montre saint Éloi, trésorier du roi Dagobert Ier, sauvant de l'incendie l'église du monastère Saint-Martial (situé dans I'île de la Cité) qu'il avait fondé vers 630. bq. bq. Intérieur de l'église Saint-Pierre-de-Montmartre, 2, rue du MontCenis, 18e. bq. À l'entrée de la nef et dans le chœur, subsistent de l'époque méro-

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vingienne quatre colonnes en marbre couronnées de chapiteaux corinthiens, qui furent remployées lors de la reconstruction de l'église au Moyen Age. On remarque la colonne d'origine mérovingienne en marbre gris, plus sombre que les autres.

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DES MÉROVINGIENS AUX CAROLINGIENS (DU VIe AU IXe SIÈCLE)

h1. DES MÉROVINGIENS AUX CAROLINGIENS (DU VIe AU IXe SIÈCLE) Menacée par les Normands à partir de 845, Paris subit un long siège d'une année en 885-886, puis deux nouvelles offensives en 887 et 889. Elle en sort victorieuse mais meurtrie. h2. LA RIVE GAUCHE À L'ÉPOQUE MÉROVINGIENNE Elle est marquée par un réseau orthogonal de rues, hérité du Bas-Empire. Plusieurs églises sont implantées le long du cardo de la rue Saint-Jacques et de ses intersections ainsi que le long de plusieurs decumani Saint-Séverin, Saint-Julien-le-Pauvre, Saint-Serge-et-Saint-Bacchus, Saint Étienne-des-Grès. Les anciens bâtiments publics subsistent probablement les thermes, le forum, l'amphithéâtre. Au sommet de la montagne Sainte-Geneviève, Clovis éleva la basilique des Saints-Apôtres, devenue Sainte Geneviève (rue Clovis), à l'emplacement du tombeau de la sainte. C'est dans cette église que furent inhumés Clovis, en 511, et son épouse Clotilde, en 544. Autour du sanctuaire se développa une des nécropoles les plus vastes du Paris mérovingien. Childebert Ier fonda vers 558 la basilique Sainte-Croix-et SaintVincent et chargea saint Germain de créer un monastère adjacent. Saint Germain (mort en 576), évêque de Paris, y fut enterré. Sur son tombeau se déroulèrent de nombreux miracles, ce qui provoqua un afflux de pèlerins. Aussi, l'église prit-elle progressivement le nom de Saint-Germain. De 558 à 629, la plupart des rois mérovingiens, dont Chilpéric Ier et Clotaire II, y furent inhumés. De la puissante abbaye bénédictine reconstruite au XIe siècle subsiste l'église Saint-Germain-des-Prés, place Saint-Germaindes-Prés. Au sud-est se trouvait le vicus Parisiorum - le "village des Parisiens" -, dénommé ainsi par Grégoire de Tours. Son cimetière, la nécropole SaintMarcel, était l'un des hauts lieux chrétiens de Paris car les habitants souhaitaient être enterrés près d'un saint ou d'un personnage religieux. h2. LES CAROLINGIENS (DU VIIIe AU IXe SIÈCLE) De 807 à 843, la capitale de l'empire carolingien est Aix-la Chapelle. Paris est le siège d'un comté dirigé par un des membres de la famille royale ou de la haute aristocratie. Le clergé partage le pouvoir avec celle-ci dans l'île de la Cité. Abbon, moine de Saint-Germain-des-Prés, dépeignit ce lieu en 885 "Une île se réjouit de te porter. Un fleuve étend autour de toi en un cercle parfait ses bras qui caressent tes murs. À ta droite et à ta gauche, sur

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tes rives, des ponts se dressent barrant les ondes. On y voit des tours qui veillent sur eux de part et d'autre, vers l'intérieur de la ville et au-delà du fleuve." (Le Siège de Paris par les Normands, poème du IXe siècle édité et traduit par Henri Waquet, Paris, Les Belles Lettres, 1942.) À l'ouest, le palais royal devient le palais comtal, renfermant l'atelier de fabrication de la monnaie. La rive gauche conserve les voies majeures la rue Saint-Jacques et la rue de la Harpe. Les quartiers d'habitation sont regroupés sur la montagne Sainte-Geneviève et ses abords. L'environnement de Paris reste agricole, marqué par des productions céréalières. Les vignes sont cultivées sur les pentes de la colline Sainte-Geneviève et dans les villages environnants, à Montmartre, Charonne. bq. Antéfixe décorée d'un masque humain. bq. (Musée Carnavalet) Cette antéfixe du Haut Moyen Age, découverte rue Amyot, était surmontée d'une croix, aujourd'hui disparue. Elle ornait le pignon ou la base du toit d'une église. bq. bq. Vue générale des fouilles de 1807 dans l'église Sainte-Geneviève. bq. Détail d'une aquarelle d'Alexandre Bourla, dit Bourla fils, d'après les esquisses de son père, 1850. bq. (Bibliothèque nationale de France) En 1807, lors de la démolition de l'ancienne église de l'abbaye Sainte-Geneviève, les architectes Jean-Baptiste Rondelet et Bourla, assistés par Alexandre Lenoir, entreprirent des fouilles afin de retrouver les tombes de CIovis et de la reine CIotilde. Ils ne découvrirent pas les sépultures royales mais mirent au jour trente-deux sarcophages en pierre ou en plâtre, parfois décorés. Le bourg Saint-Marcel se développa à proximité de la Bièvre, en bordure de la route vers Lyon et l'Italie. À côté du cimetière et des trois églises, un monastère fut érigé au VIIIe siècle. À maintes reprises, entre 845 et 861, la ville fut attaquée par les Normands - les hommes du Nord-, qui se déplaçaient en bateau sur la Seine et qui rencontrèrent peu de résistance car seule la Cité était fortifiée. Pour renforcer la défense de la ville, Charles le Chauve fit construire en 861 un pont fortifié appelé le Grand Pont de Charles le Chauve (à l'emplacement de l'actuel Pont au Change). Protégé par le Grand Châtelet, il était dans l'axe de la rue Saint-Denis, à 200 mètres en avant du Grand Pont. Le Grand Pont, auquel l'ennemi aurait pu facilement accéder, fut abattu pour des raisons stratégiques. Le Petit Pont fut également protégé par une tour, le Petit Châtelet. En 885, les Normands assiégèrent la ville qui résista pendant plus d'un an, bien que les églises suburbaines fussent

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dévastées et que la population réfugiée dans l'île fût décimée. Les Normands tentèrent d'autres assauts en 887 et 889, mais ne réussirent pas à pénétrer dans la Cité. La rive gauche, très endommagée, se remit difficilement de cette épreuve. bq. Thomas-Charles Naudet, La Place de l'Apport Paris devant le Grand Châtelet, aquarelle de la fin du XVIIIe siècle. (Musée Carnavalet) Le pont construit en 861 par Charles le Chauve était défendu par une tour fortifiée, le Grand Châtelet (à l'emplacement de l'actuelle place du Châtelet). bq. Une forteresse plus importante fut élevée au XIIe siècle, puis agrandie en 1684. Le Grand Châtelet, représenté ici peu avant sa démolition en 1802, était le siège de la prévôtë de Paris et de sa cour de justice. Il abritait une prison et la morgue. bq. bq. Vue du carrefour des Gobelins (5e et 13e). bq. Le carrefour des Gobelins était le centre de la nécropole SaintMarcel, la plus grande nécropole suburbaine durant le Haut Moyen Age. Trois églises aujourd'hui disparues s'y dressaient Saint-Martel (à l'angle du boulevard Saint Marcel et de la rue Michel Peter), Saint-Martin (3, 4, 5, 6, rue de la Collégiale) et Saint Hippolyte (3-7, boulevard Arago). bq. L'église Saint-Julien le-Pauvre depuis le square André-Viviani, I, rue Saint Julien-le-Pauvre, 5e. bq. L'église Saint-Julien-Martyr, devenue Saint-Julien-le-Pauvre, est mentionnée dès 582 par Grégoire de Tours, qui habita dans ses dépendances lors d'un séjour à Paris, Elle est située à la jonction de la rue Galande- voie vers l'Italie et de a rue Saint-Jacques, qui conduit à Orléans. Ravagée par les Normands, elle fut reconstruite vers 1160.

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LA RIVE DROITE (XIe-XIIIe SIÈCLES)

h1. LA RIVE DROITE (XIe-XIIIe SIÈCLES) Avec l'accession des Capétiens au trône en 987 et le retour de la paix, la population déborde l'île de la Cité et se fixe sur la rive droite vers l'an mil. De cette époque subsistent des rues étroites et sinueuses ainsi que des voies tracées en éventail ou à angle droit. Sur la rive gauche désertée, les églises détruites par les raids normands sont abandonnées jusqu'au milieu du Xle siècle. Dans les clos Bruneau, de Garlande, du Chardonnet, des Jacobins et Notre-Dame-des Champs, prospère le vignoble dit "de France" Les bourgs monastiques paraissent peu actifs autour de l'abbaye de Sainte-Geneviève, l'habitat est dispersé au milieu des vignes et des cultures, le long de nouveaux chemins ruraux reliés aux rues principales, les rues Saint Jacques, de la Harpe et Cujas. Le bourg Saint-Marcel, entouré d'une palissade et de fossés alimentés par l'eau de la Bièvre, abrite vignerons et tanneurs. Le bourg Saint-Germain-des-Prés, contenant cent vingt et une maisons à la fin du XIIe siècle, est considéré comme une ville à part entière, dont les habitants ont obtenu quelques franchises. h2. LA CROISSANCE DE LA RIVE DROITE Sur les monceaux naturels s'implantent de modestes bourgs autour de lieux cultuels fondés entre le Ve et le VIIe siècle Saint-Gervais, SaintJacques-de-la-Boucherie, puis Saint-Germain-l'Auxerrois et Saint-Merri. Le long du fleuve se développe un quartier commerçant, aux alentours du port de Grève. Des manuscrits attestent l'existence d'une enceinte englobant, ensemble ou séparément, les bourgs Saint-Germain, Saint-Merri et Saint-Gervais. Au XIe siècle se répand l'usage de protéger les bourgs par des fossés, des murs en pierre ou des palissades de bois nommées "barres" L'actuelle rue des Barres conserve le souvenir de cette enceinte semicirculaire, tout comme la rue Perrault peut en matérialiser le tracé, demeuré hypothétique en l'absence de preuve archéologique. Toutefois en 1997 des archéologues ont mis au jour, 15, rue du Temple, un fossé défensif doublé d'un rempart de terre qui pourrait être un vestige de l'enceinte destinée à protéger la tête de pont. Dans les textes sont mentionnés "les vieux murs de Paris" et le nom de trois portes : la porte Baudoyer ou Baudet, à proximité de l'actuelle place Baudoyer, la porte ou archet Saint-Merry, en travers de la rue SaintMartin, enfin la porte de Paris, que l'on situe au débouché du Grand Pont, place du Châtelet. La population se masse aux sorties de ces portes

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et suscite la création de nouvelles paroisses Saint-Paul-des-Champs, Saint-Nicolas-desChamps au nord de Saint-Merri. Les marécages peu à peu asséchés sont transformés en terres de labourage et de pacage puis, au milieu du XIIe siècle, en zones de cultures, appelées "coutures". Des parcelles ou "tenures" sont louées à des "hôtes" qui les exploitent et sur lesquelles ils bâtissent leur maison. Ce système attire une main-d'oeuvre considérable, encore augmentée par la création de l'enceinte protectrice de Philippe Auguste. La rive droite connaît un telle croissance qu'elle est dénommée, entre 1077 et 1103, "l'outre grand-pont" En 1112, le roi, sa cour et le Parlement délaissent Orléans pour s'installer dans le palais de la Cité. A l'emplacement de l'actuel Forum des Halles, Louis VI fonde le marché des Champeaux en 1137 choix judicieux qui détermine la suprématie de la rive droite. h2. COMMUNICATION ENTRE LES DEUX RIVES Le pont aux Meuniers consiste en une rangée de moulins installés sur les piles en pierre de l'ancien Grand Pont de Charles le Chauve. Formant un véritable barrage pour les bateaux, il est de plus inaccessible aux charrettes. C'est pourquoi il est doublé en 1142 par le Pont-aux-Changeurs, surnommé Grand Pont. Le Petit Pont, d'origine romaine, assure le passage de la Cité à la rive gauche. Ces deux ponts, bordés de maisons et de boutiques, sont conçus à l'image des rues médiévales. Les "planches Mibray" qui forment une sorte de passerelle pour piétons, occupent l'emplacement du pont Notre-Dame. bq. Le quai de l'Horloge, Ier. bq. Les rois restent itinérants à l'intérieur du domaine royal. bq. Cependant, Robert le Pieux (996-1031) séjourne plus souvent à Paris et fait restaurer le palais de la Cité, protégé par une enceinte fortifiée. Le palais, sans cesse agrandi, est enrichi par la Sainte-Chapelle au XIIIe siècle. bq. La tour de l'Horloge, la tour de César, la tour d'Argent, du XIVe siècle, la tour Bonbec, datant de Saint Louis, dominent le quai de l'Horloge. bq. Bien que très restaurées, elles matérialisent l'enceinte du palais au XlVe siècle, lorsque la Seine baignait la base des tours. bq. Le quai ne fut construit qu'en 1666. bq. Rue François-Miron (ancienne rue du Pourtour-Saint-Gervais), 4e. bq. Les immeubles et l'église Saint Gervais sont édifiés sur un large

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"socle" accessible par plusieurs marches. Celles-ci rattrapent la différence de hauteur entre le sol primitif (entrée de l'église) et les alentours du parvis, aplanis en 1844 lors de l'élargissement de la rue du Pourtour-Saint-Gervais, actuelle rue François-Miron. bq. Rue Xavier-Privas, 5e. bq. C'était jadis une vieille sente viticole étroite dont le sol s'incline vers le sud. Vers 1190, Gui de Bazoches, un visiteur, décrit ainsi la ville. "Elle est assise au sein d'un vallon délicieux, au centre d'une couronne de coteaux qu'enrichissent à l'envi Cérès et Bacchus. La Seine, ce fleuve superbe qui vient de l'Orient, y coule à pleins bords et entoure de ses deux bras une île qui est la tête, le cœur, la moelle de la ville entière. Deux faubourgs s'étendent à droite et à gauche, dont le moins grand ferait encore l'envie de bien des cités. Chacun de ces faubourgs communique avec l'île par deux ponts de pierre : le Grand Pont, tourné au nord, du côté de la mer anglaise, et le Petit Pont, qui regarde la Loire. Le premier, large, riche, commerçant, est le théâtre d'une activité bouillonnante ; d'innombrables bateaux l'entourent, remplis de marchandises et de richesses. Le Petit Pont appartient aux dialecticiens, qui s'y promènent en discutant." Traduit du latin par Georges Duby, Histoire de la France ses origines à 1348, Paris, Larousse, 1987.) bq. Paris et ses bourgs du Xle au XIIIe siècle, figurés sur le plan actuel. bq. Les abbayes et le Temple*, situés en bordure des grandes voies de passage, constituent des pôles d'attraction pour la population. Celle-ci est estimée à 25 000 habitants vers 1180, 50 000 vers 1220. Le découpage des paroisses servant à la levée de la taille fournit des informations précises sur le nombre d'habitants imposables. bq. Le bourg Saint-Germain l'Auxerrois, fort de 2 257 contribuables, est parcouru de rues étroites et sinueuses, comme les rues Perrault ou de l'Arbre-Sec. On compte 1240 contribuables dans la paroisse Saint-Eustache, dont les rues Jean-Jacques-Rousseau et Tiquetonne suivent la courbe du rempart. Dans la paroisse Saint-Sauveur, habitée par 230 contribuables, les rues au Maire et des Gravilliers sont perpendiculaires aux rues Beaubourg et Saint-Martin. bq. Le Temple lotit ses terrains à la fin du XIIIe siècle selon ce même principe d'orthogonalité. bq. Rive gauche, dans le clos de Laas, dont l'artère principale est la rue Saint-André-des-Arts, se forment les rues Suger, Serpente, Mignon, des Grands Augustins, Gît-le-Cœur et Séguier. Les rues Galande, Saint-

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Séverin, Xavier-Privas, des Anglais et des Trois-Portes sont Ioties au XIIIe siècle. bq. Dans l'île de la Cité, Louis VII fait percer la rue Neuve-Notre Dame, de 7 mètres de large, afin de faciliter le déroulement des processions vers la cathédrale. bq. \* L'ordre des chevaliers du Temple, fondé à Jérusalem en 18. installa sa commanderie près de l'église Saint-Gervais en 39, puis vers 1240 rue du Temple. Chassés de Palestine, ils développèrent leur domaine parisien en un vaste enclos fortifié où le Grand Maitre se fixa au début du Xlll siècle. bq. 50, rue Galande, 5e. bq. Sur le côté sud de la rue Galande s'échelonnent plusieurs maisons à pignon du Moyen âge. Elles ont été rhabillées ultérieurement mais la silhouette des toits offre une ligne brisée caractéristique de cette époque.

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LES FORTIFICATIONS DE PHILIPPE AUGUSTE

h1. LES FORTIFICATIONS DE PHILIPPE AUGUSTE A fin de lutter contre les Anglais installés en Normandie, Philippe Auguste ordonne de fortifier les villes d'Amiens, Gisors et Évreux. À Paris, il fait édifier une haute muraille de pierre, sur la rive droite de 1190 à 1209, sur la rive gauche de 1200 à 1215. Ce rempart englobe les maisons mais aussi les pâturages, champs et vergers, de façon à conserver des denrées sur pied, indispensables pour soutenir un siège. Il laisse en dehors les bourgs importants constitués autour des abbayes de Saint Victor et de Saint-Germain-des-Prés, elles-mêmes fortifiées. La Tour de Nesle et la "Grosse Tour du Louvre" dont les fondations existent sous la Cour carrée, renforcent l'enceinte en ses points faibles, près de la Seine. h2. UN OUVRAGE ADMIRABLE Le rempart de Philippe Auguste, haut de 6 à 8 mètres, épouse le relief et mesure 3 mètres à la base, 2,30 à 2,60 mètres au niveau du sol et 1,90 mètre à son sommet. Un chemin de ronde d'environ 2 mètres de large, protégé par un parapet de 0,40 mètre, est adapté au passage de deux hommes en armes. La solidité du mur tient à sa technique de construction les pierres extraites sans doute des carrières de Charenton - forment deux parements entre lesquels des moellons et des briques sont noyés dans un mortier très dur. Le mur est renforcé de loin en loin par des chaînages de pierre et flanqué de 40 tours sur la rive droite, 31 sur la rive gauche, espacées de 60 à 80 mètres. Douze portes fortifiées, composées chacune d'un fortin, de deux tours et d'une herse en fer, sont réservées sur les routes les plus fréquentées sur la rive droite, la porte Saint-Antoine est située aux 101-103 de la rue Saint-Antoine, premier tronçon de la route vers Meaux, Sens et Troyes. La poterne Barbette, 50 rue Vieille-du-Temple, dessert le Temple et Ménilmontant. La rue Saint-Martin, fermée par la porte du même nom, au 197 conduit par Louvres à Senlis, Soissons et Reims. Les églises SaintJacques-de-la-Boucherie, Saint-Merri, Saint-Nicolas-des-Champs, Saint-Martin des-Champs, Saint-Laurent, Saint-Jacques-de-la-Villette jalonnent cette voie, primordiale au Moyen Âge. La porte Saint-Denis (n° 135) donne accès par Pontoise à la route de Rouen. Les églises Sainte-Opportune, des Saints-Innocents, Notre-Dame-desBois, Saint-Leu, Saint Sauveur, Sainte-Geneviève-de-la-Chapelle et la léproserie Saint-Lazare sont fondées sur la voie triomphale et funéraire des rois de France qui mène à la basilique Saint-Denis.

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LES FORTIFICATIONS DE PHILIPPE AUGUSTE

La porte Saint-Honoré (n° 148) livre le passage en direction de Clichy et Rouen. La tour du Coin, en bordure de Seine, contrôle la route vers Chaillot et Dreux. Sur la rive gauche, on franchit la porte de Buci (57-59, rue Saint-André-des-Arts) pour 'aller à Sèvres et Dreux. On joint la place du bourg Saint-Germain-des-Prés (87-103, boulevard Saint-Germain) par la porte Saint-Germain en venant du Petit Pont. La rue de la Harpe traverse la porte d'Enfer ou Gibard (53, boulevard Saint-Michel), vers Chartres. La rue Saint-Jacques est la voie de pèlerinage vers Saint-Jacques de Compostelle. Bordée d'églises - Saint Julien-le-Pauvre, Saint-Séverin, Saint-Benoît, Saint Étienne-des-Grès, Saint-Jacques-du-Haut-Pas -, elle passe par la porte Saint-Jacques (n° 172) et se dirige vers Orléans. Pour se rendre à Sens, on choisit la porte Saint-Marcel. La porte Saint-Victor (2, rue des Écoles) facilite les communications avec l'abbaye du même nom. Sur la rive gauche, on ouvre les portes Saint-Bernard (1606) et Dauphine (1639), mais l'enceinte bloque l'urbanisation hors les murs jusqu'en 1690 environ. Seules les voies de passage se bâtissent. Sur la rive droite, à l'ouest de la rue Saint-Denis, les rues suivent un tracé concentrique autour des Halles et de la pointe Saint-Eustache. Ce processus d'accroissement en éventail conditionne les contours de l'enceinte, débordée dès la fin du XIIIe siècle et assimilée parfois dans de nouvelles constructions. h2. LA VILLE INTRA-MUROS L'enceinte de Philippe Auguste qui enclôt 272 hectares, est à l'origine du repeuplement de la ville. Elle donne à Paris un nouveau cadre, à l'intérieur duquel se nouent des relations de voisinage. En effet, le souci de sécurité et le désir d'échapper aux décisions arbitraires des seigneurs locaux déterminent la population à vivre à l'intérieur des murs. Des rapprochements se produisent entre les habitants, qui prennent conscience d'appartenir à une même communauté. Avant le XIIe siècle, on comptait quatre quartiers dont la création avait été motivée par un souci de défense militaire : la Cité, SaintJacques, la Verrerie et la Grève. Philippe Auguste ajoute Sainte-Opportune, Saint-Germain- l'Auxerrois et, sur la rive gauche, place Maubert et Saint-André-des Arts. Mais pour désigner les différents secteurs de Paris, on parle couramment de "la Ville" (la rive droite), de 'l'Université" ( la rive gauche) et de "la Cité" (l'île).

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Parmi tous les ouvrages défensifs parisiens, l'enceinte de Philippe Auguste est celui qui a laissé le plus de traces sur le sol. Des vestiges de sa muraille et de ses tours, parfois absorbés dans des constructions postérieures, restent visibles de nos jours. bq. 3, rue Clovis, 5". bq. Cette section de mur offre l'avantage de révéler bq. aux passants la structure de l'ouvrage que l'on voit en coupe. bq. bq. Vestiges du Louvre de Philippe Auguste et de son fossé. Crypte archéologique du Louvre, Ier. bq. Le Louvre, qui flanquait bq. l'enceinte, consistait en un énorme donjon achevé en 1202. bq. Il possédait des murs de 4 mètres d'épaisseur, résistant à tous les tirs d'artillerie bq. mécanique. bq. Entouré d'un fossé à sec et dallé profond de 6 mètres, large de 10, le donjon était accessible par un pont-levis situé du côté de la Seine. Après 1214, une large enceinte cantonnée de quatre tours puissantes et d'un fossé en eau l'encerclait. bq. Haute de 30 mètres, la Grosse Tour du Louvre dominait toute la région ; elle devint le symbole du système féodal dont le roi était suzerain. Elle fut rasée en 1528. bq. Cour du Crédit municipal, 57, rue des Francs-Bourgeois, 4e. bq. Les immeubles des numéros 35 à 43 de la rue des Francs Bourgeois s'appuient sur le côté interne de l'enceinte. bq. La tour 9 bis est figurée par un marquage au sol dans la cour du n° 57. bq. La tour 10 a été surélevée malencontreusement en 1885, mais sauvée de la démolition, Seule sa base en pierre appartient à l'enceinte. N'offrant aucun angle mort, les tours rondes présentaient une excellente résistance aux engins de siège et permettaient de tenir les assaillants sous le tir croisé des flèches, bq. 5-21, rue des Jardins Saint-Paul, 4e. bq. Cette portion de rempart d'environ 120 mètres de long, comprise entre la tour dite de Montgomery et la poterne Saint-Paul, est la mieux conservée de la rive droite. bq. Dégagé en 1946, restauré en 1998, ce mur en pierre de taille, porte des marques de tâcherons. bq.

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bq.

L'enceinte de Philippe Auguste et les ouvrages fortifiés figurés

sur le plan actuel. (D'après Aimé Grimault) Le tracé adopté révèle le degré d'urbanisation de Paris au XIIe siècle. Sur la rive droite, le mur long de 2 800 mètres se développait entre la tour du Coin, près du Louvre, et un gros donjon, la tour Barbeau, quai des Célestins. bq. Sur la rive gauche, l'enceinte mesurant 2600 mètres reliait la tour de Nesle à la tour Saint-Bernard, quai de la Tournelle. Au XIVe siècle, des chaînes lancées entre les deux rives de la Seine et soutenues par des bateaux remédiaient à l'interruption du mur. bq. Afin de protéger l'île de la Cité, des forteresses de pierre appelées châtelets furent élevées à la tête du Petit Pont et du grand Pont. Le Petit Châtelet, perdura jusqu'en 1783, tandis que le Grand Châtelet ne fut démoli qu'en 1802. bq. À la fin du XIIIe siècle, les portes de l'enceinte paraissant trop espacées, on ouvrit les poternes d'Artois, de Chaume, etc... bq. Et les portes de Nesle et Saint Germain. En 1356, CharlesV fit ajouter sur la rive gauche, en avant de la muraille, des fossés dont le chemin de contrescarpe se retrouve aujourd'hui dans le tracé des rues: rues Monsieur-le prince, du CardinaI -Lemoine, etc.

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LES PAROISSES DU XIe AU XIIIe SIECLE

h1. LES PAROISSES DU XIe AU XIIIe SIECLE La paroisse urbaine, jadis circonscription purement religieuse, devient au XIIIe siècle un territoire stable à l'intérieur duquel se tissent les liens sociaux d'une communauté. Durant l'Ancien Régime, elle constitue "la cellule de base au point de vue administratif et municipal" (Adrien Friedmann, Paris, ses rues, ses paroisses, Paris, Plon, 1959.) À l'issue du concile de Paris en 829, une réforme soustrait les pouvoirs spirituels aux seigneurs laïcs et les réserve aux "prêtres-cardinaux qui dépendent de l'évêque. Leur mission consiste à administrer les sacrements aux fidèles, dans les lieux de culte établis sur l'île de la Cité. Une douzaine de chapelles ouvertes aux fidèles, Saint- Magloire, Saint- Denis-de-la-Chartre, etc. constituent alors la paroisse de la cathédrale Notre-Dame. C'est la première ébauche de la paroisse qui s'organise progressivement entre le XIe et le XIIIe siècle. L'extension territoriale de la ville éloigne de plus en plus les fidèles de la cathédrale, suscitant ainsi le besoin de fonder de nouvelles paroisses. Les premières naissent sur la rive droite, lieu de l'activité marchande et du regroupement des cultivateurs chargés de la mise en valeur des terres. Elles se greffent sur les anciennes églises mérovingiennes reconstruites après les invasions normandes. Les premiers prêtres-cardinaux sont nommés à Saint -Germain- l'Auxerrois, à Saint-Gervais puis à Saint - Laurent et Saint- Merri. Au XIIIe siècle, la construction du mur d'enceinte coupe en deux certains domaines, entraîne des difficultés de circulation entre des secteurs inclus dans la ville et d'autres restés extra-muros. Ce nouveau découpage du territoire et la densité croissante de la population provoquent le démembrement d'anciennes paroisses et la création de nouvelles. Les paroisses sont réorganisées en fonction de la répartition de la population, afin de permettre au clergé de prélever la dîme et aux fidèles de recevoir les sacrements. h2. LA RIVE DROITE Avec 33240 habitants, la paroisse de Saint-Germain-l'Auxerrois est nommée "la Grande Paroisse" car c'est la plus peuplée de la rive droite. Son morcellement suscite la naissance de la paroisse Saint-Eustache (18930 habitants), puis celle de Saint-Sauveur (3200 habitants). Saint-Leu-Saint-Gilles (6140 habitants) dispense les sacrements reli-

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gieux sur l'étroite bande de terre que l'abbaye Saint- Magloire possède entre la rue Aubry-leBoucher et la rue Greneta. La paroisse des Saints-Innocents comporte deux rues et seulement 700 habitants. Les maisons situées à l'inérieur du cloître de la collégiale dépendent de la paroisse Sainte-Opportune (2090 habitants). Seuls 1 460 habitants - soit 20 % des paroissiens de la "ville SaintLaurent" agglomération distincte de Paris -, sont regroupés aux alentours de la rue Saint-Martin. La construction du mur isole de sa paroisse la rue Aubry-le-Boucher, pour laquelle on crée la paroisse Saint-Josse (1 020 habitants). La couture du Temple, scindée par le rempart, est partagée entre les paroisses Saint- Merri, Saint -Jean-en-Grève, Saint-Nicolas-des-Champs (11 750 habitants) qui, calquée sur le domaine de Saint-Martin-des-Champs, s'étend principalement hors les murs. En revanche, la paroisse Saint -Merri (19 810 habitants) est entièrement enfermée dans la ville. Saint-Jacques-de-la-Boucherie, s'étirant sur le Grand Pont jusque dans l'île de la Cité, enregistre 20 870 habitants. Les démembrements s'opèrent par parcelles, dont les contours géométriques empruntent le tracé des rues ou celui du rempart. Sur le côté oriental de la rive droite, Saint-Gervais (13 410 habitants) accueille une population de commerçants et d'artisans, tandis que Saint-Paul-desChamps (12 880 habitants) demeure plus rural. Saint-Jean-de-Grève (11 350 habitants) est un démembrement du territoire de Saint-Gervais au tracé tourmenté. h2. LA RIVE GAUCHE Cinq prêtres-cardinaux exercent leur ministère à Saint-Séverin, Saint-Julien-le-Pauvre, Saint-Benoît, Saint-Étienne-des-Grès, Notre-Dame-desChamps. La population fréquente également trois églises de dépendance monastique situées dans les bourgs Saint-Marcel, Saint-Germain et Sainte-Geneviève. bq. Détail du portail de l'église Saint -Germain -l'Auxerrois, place du Louvre, Ier, bq. Sur ce lieu de culte établi au Ve siècle, l'église fut rebâtie à quatre reprises. Le clocher, visible de la rue de l'Arbre-Sec, remonte à la première moitié du XIIe siècle. Ses baies en plein cintre et ses corniches à modillons sont caractéristiques du style roman.

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bq. Le chœur date de 1250, l'abside et la chapelle bq. de la Vierge de 1285-1300. bq. Le portail, du début bq. du Xllle siècle, est exceptionnel pour la qualité de ses sculptures six statues représentent des personnages de l'Ancien Testament et des saints du diocèse. Des anges, des vierges sages ou folles et des apôtres sont placés dans les voussures. Une statue de saint Germain qui ornait autrefois le trumeau est conservée à l'intérieur de l'église de "la Grande Paroisse" bq. bq. Le charnier de l'église Saint-Séverin, I, rue des Prêtres -SaintSéverin, 5e. bq. La rue s'élargit légèrement devant l'église, célèbre pour son déambulatoire flamboyant. bq. L'édifice, rebâti au Xllle siècle, fut ravagé par un incendie avant 1448 ; de cette époque, il ne reste que trois gros piliers cylindriques et les longues baies du clocher. bq. L'église fut reconstruite au XVe siècle sur un terrain plus grand, qui permit l'aménagement d'un cimetière et de charniers. bq. Ce sont les seuls qui subsistent de nos jours à Paris. Restaurés de façon parfois excessive, ils sont disposés comme ceux du cimetière des Innocents. L'évêque de Paris aurait profité de la construction du mur de Philippe Auguste pour étendre sa juridiction spirituelle sur les secteurs nouvellement inclus dans la ville. Les limites de la paroisse Sainte-Geneviève-laGrande (5 710 habitants) sont arrêtées en 1202, après un conflit avec l'abbé de Sainte-Geneviève. Le rempart coupe en deux la vaste paroisse Saint-Sulpice, empêchant le clergé de se rendre la nuit dans la ville. Mais ce secteur du bourg SaintGermain, englobé dans la ville par le rempart, pouvait difficilement échapper à la juridiction de l'évêque. Un accord conclu en 1211 permet le démembrement de Saint -Sulpice et la fondation des paroisses Saint-Andrédes-Arts (2 060 habitants) et Saint-Côme (860 habitants). Le Clos du Chardonnet, compris entre la Seine et la Bièvre, appartient à l'abbaye de SaintVictor. À la suite d'une transaction, l'abbé offre à l'évêque un terrain pour édifier l'église Saint-Nicolas. La paroisse Saint-Hilaire (290 habitants) a pour origine un petit territoire écarté de la censive de Saint-Marcel. La fondation du collège de la Sorbonne en 1254 permet à la paroisse de Saint- Benoist- le-Bétourné (3 150 habitants) de s'étendre au détriment de

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Saint-Séverin, qui reste malgré tout la plus peuplée avec 9080 habitants. De façon générale, les collèges et les couvents influencent les délimitations des nouvelles paroisses à la fin du XIIe siècle. Leur répartition topographique, fixée à cette époque, demeure inchangée jusqu'au XVIe siècle. bq. Vestiges de l'église Saint-Paul-des-Champs, 32, rue Saint-Paul, 4e. bq. Cette église fut érigée en paroisse vers 1107. L'installation des rois de France à l'hôtel Saint-Pol provoqua un afflux de population et un accroissement de la paroisse. L'église fut détruite en 1799 et remplacée par une maison dans laquelle on trouva en 1846 une quarantaine de cercueils en plomb. En 1913, lors de la démolition de la maison voisine au n° 34, on dégagea les traces de l'escalier de l'ancienne église, datant de 1430. Le mur consolidé est désormais exposé à la vue des passants. bq. bq. Plan des paroisses, d'après les rôles de la Taille vers 1292, restitué par Adrien Friedmann. bq. On compte 14 paroisses sur la rive droite, 7 sur la rive gauche et 12 dans I'île de la Cité. bq. À l'occasion de la reconstruction de la cathédrale Notre-Dame, l'évêque Maurice de Sully transforme en 1183 les 12 chapelles en autant de paroisses Saint-Barthélemy (2300 habitants), Saint- Pierre-des-Arcis (990 habitants), Sainte-Croix (1670 habitants), Saint-Martial (990 habitants), Saint-Germain-le-Vieux (2890 habitants), Sainte-Madeleine (1470 habitants), Saint- Denis-de-la- Chartre (1060 habitants), Saint-Landry (1700 habitants), Saint-Pierre-aux-Boeufs (1000 habitants), Sainte-Marine (150 habitants), Saint-Christophe (1530 habitants), Sainte-Geneviève-la-Petite (1870 habitants).

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LE COMMERCE DU XIIe AU XIVe SIÈCLE

h1. LE COMMERCE DU XIIe AU XIVe SIÈCLE Paris, réputé pour ses multiples produits de consommation et de luxe - aumônières, joyaux, objets d'ivoire, étoffes précieuses, coiffures artistiques -, est aussi un grand centre de production et de commerce du vin. Les vins importés de Bourgogne, d'Orléans ou d'Argenteuil sont réexpédiés en Normandie, vers Compiègne et les villes populeuses d'Artois et de Flandres. h2. UNE ANSE NATURELLE : "LA GRÈVE" La Seine et ses affluents - la Marne, l'Yonne, l'Oise - constituent la première artère commerciale du Nord de la France. Sur ces rivières, le halage, le vent et surtout le courant déterminent l'orientation des trafics. Les bateaux descendent le courant de la Haute Seine vers Paris, suivent le chenal de navigation entre les îles et accostent sur la rive droite. Ce transport d'amont commode et bon marché privilégie les liaisons avec la Bourgogne et le pays de Loire. Au contraire, les transports fluviaux remontant la Seine coûtent plus cher. Tractés par des chevaux sur le chemin de halage établi sur la rive droite, les bateaux aboutissent au port de l'École-Saint-Germain. Ces contraintes techniques expliquent que les ports importants soient établis sur la rive droite. En outre, le pont fortifié de Charles le Chauve - verrou infranchissable - bloquait le trafic aval à l'actuelle place du Châtelet. La question de l'origine du port de Grève - galloromaine ou carolingienne - n'est pas résolue. Son anse nettement échancrée, comblée au cours des siècles, se caractérise par une pente douce sablonneuse, favorable au mouillage des bateaux. Les marchandises qu'ils importent sont contrôlées par les prévôts des marchands qui commandent tout le trafic en provenance de Meaux, Sens, Laon, Noyon, Amiens. Sur les 300 mètres qui séparent la place de Grève de la tour Barbeau sont débarqués vins de Bourgogne, blé, foin de Picardie, bûches et fagots de Gentilly, pavés de grès du Vexin, sel et charbon. Les poissons pêchés dans la Seine - brochets, carpes, anguilles, brèmes, barbeaux, saumons, gardons - sont conservés dans des viviers. À l'arrière des pontons, celliers, entrepôts, chantiers en plein air, tavernes et hôtelleries forment un vaste lieu de transactions. Rue de la Mortellerie cohabitent marchands de vin et de bois, courtiers et vendeurs, notaires et officiers, huissiers et sergents. Le port de la tour de Billy est affecté au déchargement des pierres et du plâtre, celui des Barrés au

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vin en transit. h2. LE TRAFIC D'AVAL En aval du Grand Pont, dont une seule arche est ouverte à la batellerie, le port de l'École est né lors de la réunion de la Normandie au domaine royal. Les pommes, le cidre, le foin, les bûches et les fagots des forêts de la Basse Seine, les maquereaux, les morues, les seiches et surtout les harengs des pêcheries de Dieppe et de Rouen y sont acheminés. Le sel d'aval provenant de Rouen concurrence le sel livré en amont. h2. LES MARCHÉS Sur les berges s'organisent à la fois le dépôt et la distribution des marchandises. À proximité du Pont-aux-Changeurs, point névralgique de la rive droite, se tient un marché, l'Apport Paris. Le terme d'apport désigne les portes anciennes des villes, où les paysans et boulangers forains apportaient aux citadins leurs fruits, légumes et herbes. Au XIIe siècle des rôtisseurs y font cuire des oies. Ici se pratique l'abattage du bétail arrivé sur pied du Perche et acheté au marché aux bestiaux de la rue Saint-Honoré. bq. Vue du port de Grève, vers 1680, gravure anonyme. (Musée Carnavalet) Une activité fébrile est déployée dans le port très encombré; les bateaux déchargent le charbon de bois, le blé transporté en vrac puis mis en sacs sur la grève ; en amont, on repère de hauts chargements de foin. Peu de changements sont intervenus depuis le Moyen Age, excepté le quai Pelletier, créé au XVIIe siècle. bq. La maison aux piliers, d'après le missel de Juvénal des Ursins. bq. La procession de la Fête-Dieu passe devant la "maison aux piliers" élevée près de la Grande Croix de Grève. bq. En 1263, la compagnie des marchands de l'eau, associée aux corporations les plus puissances, constitue une administration bourgeoise. bq. Elle est représentée par un prévôt des marchands et quatre échevins qui siègent alors dans un édifice particulier, le "parloir aux bourgeois" Installé à l'origine sur la rive gauche, il fut transporté à proximité du Grand Châtelet, puis déplacé place de Grève en 1357, dans cette belle maison de pierre pourvue d'une galerie couverte. Ainsi le pouvoir municipal se fixa-t-il place de Grève, au cœur des affaires parisiennes. Chaque boucher abat ses bêtes et les débite. Ce métier occasionne l'installation d'autres activités insalubres - abattoirs, triperies, tanneries, teintureries -, auxquelles l'eau de Seine est indispensable.

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Le commerce terrestre est tourné vers Saint-Denis, ville royale, où se tient la foire du Lendit, et plus généralement vers l'Europe du Nord. C'est la raison potur laquelle Louis VI fonde un nouveau marché en 1137 au lieu-dit les Champeaux. Les routes de Picardie, de Normandie, de Flandres et de Champagne, essentielles pour le ravitaillement de Paris, convergent vers ce carrefour. Un parcours transversal empruntant les rues Saint-Antoine, du Roi-de-Sicile, de la Verrerie, des Lombards, de la Ferronnerie, Saint-Honoré y aboutit également. À l'origine, le marché des Champeaux était destiné aux drapiers, tisserands, cordonniers, pelletiers, fripiers, poissonniers. Une grande quantité de poisson frais, conduite par les chasse-marée à partir des ports de Picardie et de Normandie, y est vendue. L'introduction dans l'alimentation d'une plus grande quantité de légumes, fruits, viande et lait motive leur vente aux Champeaux. Après plusieurs agrandissements, les halles ont une disposition stable à partir de 1320 et drainent l'essentiel de l'activité industrielle et commerciale. La draperie est la principale activité industrielle de la capitale jusque vers 1330, date à laquelle le tissage décline. L'apprêt des draps (teinture et finissage) connaît alors un brillant essor. Les drapiers et merciers mènent des transactions avec Florence, Gênes, la Flandre, l'Allemagne, les pays baltes et la Russie. Riches et puissants, ils appartiennent à la bourgeoisie parisienne dont certains membres sont anoblis par le roi. bq. Miniature extraite de La Vie de saint Denis écrite par Yves, moine de l'abbaye de Saint-Denis. (Bibliothèque nationale de France) Ce manuscrit fut offert en 1317 par l'abbé Gilles de Pontoise à Philippe V ; il est illustré de peintures qui représentent des épisodes de la vie du saint et des scènes de la vie quotidienne se déroulant sur le Grand Pont. bq. En 1141, Louis VIl y installe les changeurs, qui dirigent les opérations monétaires sur les métaux précieux et les monnaies en circulation, royales ou baronniales. Sur le pont, on distingue une boutique de changeur, un orfèvre, un fauconnier à cheval, un portefaix, un armurier. bq. bq. Carte des échanges commerciaux d'après une restitution de F. Mallet. bq. (Centre de recherches historiques EPHE) bq. À partir du XIe siècle, les corporations quittent la cité pour s'installer entre la rue de la Tissanderie et la Seine, et donnent aux rues les noms de leur métier vannerie, poterie, verrerie, tannerie...

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Dans la rue des Lombards vivent des prêteurs sur gages venus de Lombardie. bq. Ce quartier disparaît au XIXe siècle, lors des transformations menées par Haussmann. bq. On connaît l'activité des différents ports en 1413. bq. Sur 60 bateliers, 31 ont leur attache aux ports d'amont 22 en Grève et Saint-Gervais, 9 aux Barrés. 23 travaillent aux ports d'aval École, Louvre et Nesle -, 4 dans la Cité et 2 au port Saint-Bernard, sur la rive gauche. Les ports de Nesle et du Noyer étaient de simples points de débarquement sur la rive gauche.

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L'ESSOR DE LA RIVE GAUCHE DÈS LE XIIe SIÈCLE

h1. L'ESSOR DE LA RIVE GAUCHE DÈS LE XIIe SIÈCLE La rive gauche, livrée essentiellement à l'activité vinicole, se métamorphose entre le XIIe et le XIIIe siècle. La fondation de l'Université, vers 1200, sous l'impulsion de maîtres éminents, la résidence à Paris de nombreux conseillers du roi et l'installation des ordres mendiants favorisent l'urbanisation de ce quartier, appelé "l'Université" AU XIe siècle, les abbayes de Saint-Germain-des-Prés et de Sainte-Geneviève attirent déjà de nombreux auditeurs laïcs. Au début du XIIe siècle l'école canoniale de Notre-Dame, établie en 781 par Charlemagne sous la tutelle de l'évêque, demeure cependant l'école la plus célèbre de Paris. Seul son chancelier délivre aux clercs la licence qui leur permet d'enseigner la théologie et le droit canon. En marge de cette école, des maîtres brillants comme Adam du Petit-Pont dispensent l'enseignement des arts libéraux - l'équivalent des études secondaires actuelles. Place Maubert se réunissent les étudiants afin de suivre les cours de dialectique et de théologie. Cette population estudiantine logée à proximité du Petit Pont migre peu à peu vers les rues Galande, Domat et du Fouarre. h2. NAISSANCE DE L'UNIVERSITÉ En 1108, Guillaume de Champeaux ouvre son école et crée, près de la chapelle Saint-Victor, une communauté soumise à la règle de saint Augustin. Les abbés de Saint-Victor, qui constituent une académie renommée en Europe, réforment l'abbaye de Sainte-Geneviève et en font un centre intellectuel florissant. Maîtres et étudiants s'établissent peu à peu sur le territoire de l'abbaye de Sainte -Geneviève, échappant ainsi à la juridiction de l'évêque et aux lourdes taxes qu'il exige pour délivrer la licence. Cette rupture avec l'école épiscopale déclenche de graves conflits arbitrés par le pape. Afin d'asseoir son autorité sur les ordres monastiques, le pape soutient les abbés de Sainte-Geneviève contre l'évêque et son chancelier. En 1231, le pape réglemente la collation des grades délivrés par l'évêque et accorde le même droit à l'abbé de SainteGeneviève. Il confère le pouvoir d'enseigner aux maîtres de l'Université auxquels sont donnés des privilèges, le sceau, le droit de grève. Philippe Auguste puis Saint Louis leur assurent le privilège de la justice ecclésiastique et les exemptent de certains impôts. L'Université, corporation autonome soumise à la juridiction papale,

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jouit d'un prestige international au XIIIe siècle. Elle aurait compté 5 000 étudiants en 1400 et, au XVIe siècle, jusqu'à 40 000 étudiants originaires d'Angleterre, d'Allemagne, de Suède, de Normandie, de Picardie, regroupés en quatre Nations (confréries amicales). Des étudiants aisés, logés dans leurs familles ou dans des hôtels garnis, côtoient des jeunes gens moins argentés hébergés dans des institutions charitables, les collèges. En 1257 Robert de Sorbon crée un collège - la future Sorbonne -, largement doté par Louis IX, afin d'aider les étudiants dépourvus de moyens. bq. Chapelle du collège de Dormans-Beauvais, 9, rue Jean-de-Beauvais, 5e, photographie de 1882. bq. (Musée Carnavalet) bq. Le collège de Beauvais fut fondé en 1370 par Jean de Dormans, évêque de Beauvais, pour accueillir douze puis vingt-quatre écoliers originaires de la ville natale du fondateur, Dormans, près de Soissons. bq. Il fusionna avec le collège de Presles qui lui était contigu. bq. La chapelle, attribuée à Raymond du Temple, est couverte par une belle charpente lambrissée, œuvre de Jacques de Chartres. La flèche gothique octogonale est la seule de l'époque subsistant à Paris. bq. bq. Réfectoire du Grand Couvent des Cordeliers, 15, rue de l'École-de Médecine, 6% Les moines franciscains venus de toute l'Europe se rendaient dans ce couvent afin d'acquérir ou de parfaire leur formation théologique Le réfectoire est le seul vestige du Grand Couvent. bq. Il fut construit au XIVe siècle grâce aux libéralités de Jeanne d'Évreux, veuve de Charles IV le Bel et grande protectrice des ordres religieux. Les murs, lambrissés à l'origine, n'offrent aucun ornement, exceptée la chaire du lecteur. bq. bq. Couvent des Bernardins, 24, rue de Poissy, 5e. bq. Fondé vers 1246 par Étienne de Lexington, abbé de Clairvaux, pour recevoir les Cisterciens, il fut démoli en 1797. bq. La maison collégiale subsistante fut incorporée à une caserne de pompiers en 1848. bq. Le réfectoire du milieu du XIIIe siècle est le seul vestige du collège, qui était un magnifique ensemble ceint de murailles crénelées. L'immense réfectoire (71 mètres de long, 13,60 de large) est remarquable par ses 32 élégantes colonnes monolithes qui soutiennent les routes en ogive.

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h2. RÉSIDENCES ET COLLÈGES Durant les XIIIe et XIVe siècles s'édifient sur la rive gauche des collèges, des maisons pour les maîtres, mais aussi des hôtels particuliers. Des laïcs et des évêques, venus de province pour participer aux Conseils du roi, font bâtir leur résidence à côté des collèges qu'ils ont fréquentés dans leur jeunesse. Lors de leur départ, ils lèguent souvent leur hôtel au collège qu'ils fondent. En 1337 le cardinal Pierre Bertrand convertit l'hôtel des évêques d'Autan en collège d'Autun. Le collège d'Harcourt, constitué à partir d'héritages, tire un revenu avantageux de l'exploitation des messageries de l'Université grâce auquel il entretient des étudiants normands. Une trentaine de collèges jouxtent les couvents des ordres mendiants, dont l'installation est encouragée à la fois par le pape et le roi, à partir du XIIe siècle. Jacobins, Cordeliers, Carmes et Augustins y dispensent un enseignement distinct et rival de celui de la Sorbonne. Membres de l'Université, mais travaillant hors de celle-ci, les ordres mendiants deviennent les rivaux du clergé séculier et suscitent des conflits à l'intérieur de l'Université durant les XIVe et XVe siècles. Clercs, évêques, maîtres et étudiants séjournent exclusivement sur la rive gauche, ainsi évoquée par un étranger, Barthélemy l'Anglais "Paris reçoit de toutes les parties du monde ceux qui viennent à lui. Paris est une cité où abondent les richesses et les marchandises, paisible, bien aérée et bien arrosée pour les clercs. Elle a des prés, des champs et des collines pleines de beauté pour rafraîchir la vue des étudiants quand ils sont fatigués de travailler. Les écoliers habitent dans des maisons propres donnant sur de belles rues." (Cité par Raymond Cazelles, Paris de Philippe Auguste à Charles V, "Nouvelle histoire de Paris" Hachette, 1994.) bq. L'essor de la rive gauche. bq. (D'après un plan du CNRS exécuté par Jacqueline Leuridan et JacquesAlbert Mallet, 1991) L'Université était formée des quatre facultés de Théologie, de Décret ou de droit canon, de Médecine et des Arts ou Lettres. Les collèges séculiers et les couvents des ordres mendiants imposaient à leurs pensionnaires une discipline monastique favorable à l'étude. bq. Toutefois, les collèges restèrent essentiellement des pensions d'étudiants durant le XIIe siècle, à l'exception de la Sorbonne.

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L'ESSOR DE LA RIVE GAUCHE DÈS LE XIIe SIÈCLE

bq. Les couvents des Jacobins et des Cordeliers, fondés respectivement par les Dominicains et les Franciscains, influencèrent de façon considérable la vie universitaire parisienne. bq. Par ailleurs, peu de prélats habitaient la rive droite les évêques d'Évreux et les abbés de Saint- Maur résidaient rue Saint-Antoine. bq. Le quartier Saint-Paul accueillit les archevêques de Sens. bq. bq. La cour de l'hôtel de Cluny, 6 place PauI-Painlevé, 5e. bq. À deux pas du collège de Cluny fondé place de la Sorbonne, les abbés de Cluny en Bourgogne acquièrent les thermes romains en 1330. L'abbé Jacques d'Amboise y commande un hôtel, entre cour et jardin, clos vers la ville par un mur aveugle crénelé. Le corps de logis, plus deux ailes en retour, bâtis de 1485 à 1510, comportent deux étages desservis par trois escaliers à vis. Ils sont couverts d'une haute toiture d'ardoise garnie de lucarnes enjolivées par les armes d'Amboise et des coquilles Saint-Jacques évoquant le saint patron du commanditaire. bq. Au lieu d'offrir des pièces juxtaposées autour de cours et de jardins, l'édifice se développe selon un plan en U, innovation reprise jusqu'au XVIIIe siècle. bq. En 1832, Alexandre du Sommerard, collectionneur passionné, loue l'hôtel pour présenter, dans une atmosphère intime, ses fabuleuses collections d'ïvoires, de retables, d'émaux et d'orfèvrerie. bq. À sa mort en 1842, l'État achète l'hôtel et son contenu afin de faire revivre un musée médiéval. bq. L'hôtel a sauvegardé le volume des salles, la circulation élaborée en façade, la chapelle dotée d'une voute sculptée de feuillage et une belle galerie à arcades ornées de choux frisés et d'animaux. L'Hôtel de Cluny demeure un joyau flamboyant du XVe siècle, intégré au musée national du Moyen Àge Thermes de Cluny.

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L'ENCEINTE DE CHARLES V

h1. L'ENCEINTE DE CHARLES V Durant la guerre de Cent Ans, à la suite de la capture du roi Jean le Bon en 1356 à Poitiers, le prévôt des marchands Étienne Marcel fait creuser en urgence des fossés devant la muraille de Philippe Auguste, pour protéger la ville d'un éventuel coup de force. Poursuivant ces travaux de défense à peine amorcés, le dauphin Charles ordonne l'édification d'un ouvrage considérable, l'enceinte dite de Charles V. Paris est entourée par l'enceinte de Philippe Auguste, en partie débordée par des constructions privées. Cette muraille ne constitue pas une protection efficace contre le tir du trébuchet qui lance en parabole de grosses pierres, des projectiles incendiaires ou encore des animaux en putréfaction dans le but de propager des épidémies. Pour se garantir de ces tirs, il faut empêcher l'approche de l'adversaire, donc prévoir de larges fossés devant les murs. De plus, pour répondre à l'artillerie de siège, il est nécessaire d'installer des machines de jet sur les terrasses des tours. h2. UNE ENCEINTE ADAPTÉE À UNE NOUVELLE STRATÉGIE Entreprise en 1365 par Charles V, la fortification est achevée vers 1420 par Charles VI. La ligne de défense de 4875 mètres de long se développe sur un large périmètre en demi-cercle, entre la tour de Bois et la tour de Billy, en englobant le Louvre, les enclos du Temple et de SaintMartin-desChamps. Elle mesure 80 à 90 mètres de large, neutralisant ainsi les couleuvrines qui ont une portée de 50 mètres en tir tendu. C'est là la nouveauté essentielle. On a pu reconstituer certaines caractéristiques de cette enceinte mal connue dont il reste seulement des traces parcellaires. La forte muraille est assise sur un remblai élaboré avec les matériaux extraits du large fossé creusé en avant de l'ouvrage. À l'est, sur le territoire marécageux, une digue constitue un ingénieux système pour isoler la zone inondable et l'utiliser pour remplir d'eau le fossé large et profond, doublé d'un second fossé à sec. Des tours carrées ponctuent le mur crénelé, percé de six portes au passage des rues Saint-Honoré, Montmartre, Saint-Denis, Saint-Martin, du Temple et Saint-Antoine. Chaque porte est en fait une bastide pourvue d'une herse. Elle comprend une porte principale et un guichet pour les piétons. Grâce à un pont dormant puis à un pont-levis en bois relevé par un système à bascule, on franchit le fossé. Ces portes dépourvues de toute protection sont les points faibles de la fortification. Aussi sont-elles condamnées à la moindre alerte ou même

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fermées en permanence. Par exemple, les portes Montmartre et Saint-Germain furent constamment murées entre 1418 et 1440. Sur la rive gauche, les portes de l'enceinte de Philippe Auguste sont munies de pont-levis en bois qui enjambent les fossés nouvellement creusés. h2. LA FORTERESSE DE LA BASTILLE Le système de défense est renforcé à l'est de Paris par la bastide SaintAntoine - la Bastille -, située près de l'hôtel Saint-Pol, résidence royale. La forteresse, édifiée entre 1356 et 1383, comprend deux portes interceptant le passage de la rue Saint-Antoine et deux autres portes garantissant la circulation le long du rempart. En 1383, cet accès étant réservé au roi, la circulation s'effectue par la porte Saint-Antoine gothique, rejetée à l'extérieur, mais placée sous le contrôle de la forteresse. La Bastille permet au roi d'entrer et de sortir secrètement de la ville pour se rendre à l'hôtel Saint-Pol ou au château de Vincennes. Elle est à la fois un sas de contrôle, une caserne, un arsenal et un coffre-fort pour la royauté. Sa structure (hauteur, emplacement des escaliers, etc.) est conditionnée par l'usage de l'artillerie à feu, installée sur sa terrasse sommitale. Des arbalétriers percées dans la base de ses huit tours autorisent un tir rasant, concentrant ainsi la puissance de feu sur deux niveaux. L'enceinte de Charles V donne à la ville une superficie de 430 hectares, sur laquelle vivent 275 000 habitants. Son tracé correspond grosso modo à la rue d'Aboukir et à une partie des Grands Boulevards actuels. Muraille salutaire gardée et entretenue par toute une communauté, l'enceinte devient au fil du temps la base matérielle de l'identité urbaine, une réalité à la fois physique et symbolique. Elle fonde la dualité ville-faubourg. bq. Rue Amelot, angle rue Clotilde-de-Viaux, 11e. bq. Le boulevard Beaumarchais, établi sur le remblai qui supportait le mur d'enceinte, surplombe la rue Amelot. bq. La différence de niveau est rattrapée par l'escalier de la rue Clotilde-de-Viaux. bq. De l'autre côté du boulevard Beaumarchais, une dénivellation de 3 à 4 mètres s'observe également entre le boulevard et la rue des Tournelles. bq. Vestiges découverts dans la cour du Carrousel et conservés dans la

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crypte archéologique du musée du Louvre, Ier. bq. Le système défensif mis au jour sur près de 200 mètres fut aménagé entre le XlVe et le XVIe siècle. Côté campagne, il est renforcé par deux fossés et une levée de terre. bq. Au XVIe siècle on bâtit un mur d'escarpe et de contrescarpe, ainsi qu'une plate-forme d'artillerie venant flanquer le grand fossé en eau de 30 mètres de large et de 7 mètres de profondeur. Ces murs et la plateforme sont conservés dans l'espace souterrain actuel. bq. L'enceinte de Charles V vers 1530, figurée sur le plan actuel. bq. (D'après Aimé Grimault, plan révisé par Jeanne Pronteau en 1995, Ville de Paris) Entre 1670 et 1690, la suppression de l'enceinte de Charles V dégage un espace large de 90 mètres. On peut reconnaître des traces de l'enceinte dans le parcellaire moderne ; la rue Meslay correspond à l'ancien chemin de ronde, les Grands Boulevards sont établis sur les fossés comblés et le boulevard Beaurnarchais repose sur la digue. bq. Vue de la Bastille, gravure de Jacques Rigaud, XVIIIe siècle. bq. (Musée Carnavalet) bq. Coupe schématique de l'enceinte. bq. L'ensemble s'étend sur environ 90 mètres, distance qu'aucun projectile ne peut franchir à la fin du XIVe siècle. bq. Du côté de la ville règne un espace dégagé de 25 mètres de large environ, dans lequel court un chemin de ronde intérieur, surélevé en terrasse. bq. Des "rampes" destinées au transport de l'artillerie, relient une rue basse au sommet de ce chemin de ronde. bq. Du côté de la campagne, un chemin de ronde extérieur de 3 mètres de large permet de contourner les tours. bq. Un grand fossé de 30 mètres bq. de large est creusé bq. en un entonnoir de 8 mètres de profondeur, non compris un étroit canal au fond, appelé cunette. Il est alimenté par l'eau de la Seine qui remonte lors des grandes crues et que ton retient grâce à des écluses placées aux tours de Billy et de Bois. bq. Le dos d'âne est un talus de 5 à 6 mètres d'assiette qui sépare le fossé en eau du fossé à sec. En cas d'attaque, on peut y dresser une palissade pour obtenir une défense supplémentaire. bq. Aujourd'hui, on retrouve la trace de ces différents niveaux entre les rues Saint-Denis et de Cléry, quelques mètres de la porte Saint-Denis (2°).

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L'ESPACE BATI AU XIVe SIÈCLE

h1. L'ESPACE BATI AU XIVe SIÈCLE La rue médiévale est étroite, sinueuse et encombrée. Son profil est déterminé par l'encorbellement des étages, les maisons à piliers de bois ou de pierre, les passerelles jetées d'une façade à l'autre qui réduisent d'autant l'éclairage et la circulation. En 1328, un relevé fiscal fait état de 61098 feux ou foyers. Chaque foyer pouvant compter aussi bien dix personnes qu'un célibataire, les estimations faites par les historiens varient entre 80 000 et 240 000 habitants. 80 % de la population habite "la ville" (la rive droite), 11,5 % 'l'Université" (la rive gauche) et 8,5 % "la Cité". Ce déséquilibre s'explique par l'urbanisation tardive de la rive gauche et par la présence sur la rive droite des activités commerciales et des résidences princières successives. Le Louvre remanié reste la résidence royale par excellence, même si elle n'est pas la plus fréquentée. Rue des Poulies (rue du Louvre) et rue d'Autriche (rue de l'Oratoire) séjourne la noblesse d'épée. Autour du Louvre, de l'hôtel Saint-Pol et de l'hôtel des Tournelles s'élèvent les demeures de la famille royale et des aristocrates : hôtels d'Alençon, de Bourbon, de Bourgogne, de Nesle ou de Bohême. Les conseillers du roi et les grands officiers de la finance sont domiciliés entre les rues Barbette et des Archives, tandis que les bourgeois d'affaires demeurent à l'ouest de la rue Saint-Martin. Les prélats résident sur la rive gauche. h2. UN SEUL PASSAGE POSSIBLE : L'ILE DE LA CITÉ L'île de la Cité compte environ cinq cents maisons, séparées par un lacis de ruelles, dans lesquelles s'entassent en majorité des robins et officiers de tout rang. Seules les rues de la Lanterne, de la Juiverie, du Marché-Palu (rue de la Cité) et la rue de la Barillerie (boulevard du Palais) sont accessibles aux véhicules. Elles assurent le trafic nord-sud entre les deux rives, grâce à trois ponts qui prennent appui sur l'île de la Cité. Joignant le palais de la Cité au Grand Châtelet, le Pont-aux Changeurs abrite en 1403 une cinquantaine de changeurs et autant d'orfèvres. Dans son axe, le pont Saint-Michel, construit en pierre en 1378, permet de franchir le petit bras de la Seine vers la rue de la Harpe (boulevard Saint-Michel). En amont, un deuxième point de franchissement existe dans l'axe de la rue Saint-Jacques le Petit Pont défendu par le Petit Châtelet connut de

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multiples reconstructions. À partir de 1413, le pont Notre-Dame remplace la passerelle pour piétons appelée "planches Mibray" Bordé de soixante maisons érigées en très bel ordre, il rétablit la liaison romaine dans l'axe de la rue Saint-Martin. Ces ponts urbanisés, voués autant au commerce qu'à la circulation, constituent des goulots d'étranglement dans la voirie qui, de façon générale, se caractérise par l'incommodité et l'insalubrité. h2. PHYSIONOMIE DE LA RUE Les grandes rues (Saint-Denis, Saint-Jacques), de 6 à 8 mètres de large, sont pavées et présentent une série d'étranglements et d'élargissements. Les intersections des voies sont marquées par des croix, comme la croix Hémon, près de la place Maubert. Les rues communes mesurent entre 2 et 5 mètres de large. Dans le centre de la ville, un labyrinthe complexe de voies piétonnes, culs-de-sac appelés "ruelles sans chief' forme des dégagements de 1 à 2 mètres, autorisant juste le passage d'un homme. Le cheminement est entravé par les égouts à ciel ouvert, par les eaux de pluie qui tombent des gouttières et les tas d'ordures déposés devant la porte des maisons. De plus, il est difficile d'identifier les rues car la plupart d'entre elles bq. La tour Jean sans Peur, 20, rue Étienne-Marcel, 2e. bq. Entre 1409 et 141 I, Jean sans Peur fit édifier par Robert de Helbuterne un corps d'hôtel flanqué de ce donjon, qui abrite un escalier à vis couronné d'un berceau de feuillage sculpté. bq. Ce décor végétal, où se mêlent chêne, houblon et aubépine, est un chef-d'oeuvre du style flamboyant. Au sommet, les deux pièces superposées sont isolées par trois baies ouvertes à tout vent, rendant un éventuel assaut impossible. bq. Ce vestige de l'hôtel de Bourgogne est l'unique témoignage de l'architecture civile fortifiée du Moyen Age à Paris. bq. bq. Maison de Nicolas Flamel, 51, rue de Montmorency, 3e. bq. Ce refuge, qui hébergeait les vagabonds, est la maison la plus ancienne de Paris (1407). bq. La façade est ornée de personnages et d'inscriptions, décor inusité au XVe siècle. bq. Un étage carré surmonté de deux étages de mansardes a remplacé son pignon pointu.

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bq.

Hôtel de l'abbaye de Maubuisson, 12, rue des Barres, 4e.

bq. Les charpentiers utilisent des poteaux et des potelets pour monter les murs en pierre et les cloisons de la maison. bq. Ils assemblent les fermes des combles et font la menuiserie portes, fenêtres, trappe d'escalier de la cave, manteau de la cheminée et mangeoire de l'étable. Cette façade à pans de bois est en outre soutenue par une console en pierre semicirculaire placée à l'angle. restent anonymes. Panneaux sculptés ou peints, statuettes, croix, enseignes multicolores signalent les commerces. Pour des raisons financières, les terrains sont exigus et les maisons construites perpendiculairement à la rue. Les maisons de rapport sont divisées pour la location en «chambres" en "mansions" ou en "étages" logements très simples. Même les jardins sont occupés par les plus pauvres, qui s'entassent dans des baraques en planches. Paris a souffert des révolutions de 1413 et de 1418 puis de l'occupation anglaise (1420-1436). En 1438, 50000 personnes sont mortes de misère et d'épidémie. La régression démographique cause l'abandon de nombreux logements en 1423, plus de 20 000 maisons sont vides. Charles VII prend des mesures pour les faire réparer ou démolir. Cette restauration est l'occasion d'améliorer l'habitat, de supprimer les masures au profit des jardins. Désormais, les maisons de plusieurs étages se mêlent aux hôtels particuliers, aux trente-cinq églises paroissiales et à la cinquantaine de couvents, tons pourvus de chapelles. Leurs tours et leurs clochers dominent la ville fortifiée. bq. Paris restitué vers 1380. bq. (D'après un plan du CNRS exécuté par Jacqueline Leuridan et JacquesAlbert Mallet, 1991)

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LE TEMPLE

h1. LE TEMPLE Les Templiers se fixèrent au XIIe siècle autour de l'actuel square du Temple (au niveau du 158 bis, rue du Temple, 3e). Les Hospitaliers qui héritèrent de leurs biens y demeurèrent du XIVe siècle à la Révolution. h2. LA CRÉATION DE L'ORDRE DES TEMPLIERS En 1118, Hugues de Payns, un chevalier originaire de Champagne, réunit huit autres compagnons avec lesquels il créa l'ordre des Templiers. Ils furent ainsi nommés car ils résidaient à proximité de l'emplacement du Temple de Salomon à Jérusalem. Les Templiers assuraient la protection des lieux saints et escortaient les pèlerins qui se rendaient en Terre sainte. L'ordre, à la fois religieux et militaire, dont la règle fut rédigée au concile de Troyes de 1128, à l'instigation de saint Bernard de Clairvaux, fut placé en 1139 sous la protection directe du Pape. Après la prise de Saint-Jean-d'Acre en 1291, les Templiers se replièrent en Europe. h2. GRANDEUR ET CHUTE DES TEMPLIERS Les Templiers possédaient d'immenses biens fonciers et financiers provenant des dotations des papes, rois et prélats. Ils reçurent en outre des dons considérables de seigneurs qui voulaient entrer dans leur ordre et de particuliers qui souhaitaient que les Templiers prient pour le salut de leur âme. Les Templiers étaient également banquiers, s'occupaient du crédit, du prêt, des dépôts et administraient les trésors royaux. La prospérité des Templiers suscita la convoitise de Philippe le Bel qui monta une machination pour s'emparer de leurs richesses. Le 13 octobre 1307 tous les Templiers de France furent arrêtés, y compris Jacques de Molay, Grand Maître de l'ordre. Ils eurent leurs biens confisqués et furent inculpés des crimes d'hérésie, de blasphème et d'homosexualité. Des aveux leur ayant été extorqués sous la torture, les Templiers furent condamnés à mort à l'issue d'un long procès. Le 3 avril 1312, le pape Clément V supprima l'ordre du Temple sans se prononcer sur sa culpabilité et reversa leurs biens - leur fameux trésor - à l'ordre de Hôpital, ce qui était loin d'être le but recherché par Philippe le Bel. Le Grand Maitre, Jacques de Molay, fut brulé vif le 18 mars 1314 à la pointe occidentale de l'île de la Cité. La maison du Temple fut remise aux Hospitaliers qui la gardèrent jusqu'à la Révolution. L'ordre de l'Hôpital ou de Saint-Jean de Jérusalem fut fondé en 1099 après la prise de Jérusalem afin d'assister les pèlerins malades et de

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LE TEMPLE

soigner les guerriers blessés. En 1530, les Hospitaliers s'établirent à Malte, ce qui leur valut le nom de chevaliers de Malte.Toutefois, la maison du Temple conserva son appellation ; le Grand Prieur de l'Hôpital, puis de Malte, resta dénommé Grand Prieur du Temple. h2. LA MAISON DU TEMPLE À PARIS Les Templiers s'installèrent vers 1140 dans une maison, le Vieux Temple, face à l'église Saint-Jean-en-Grève (à l'emplacement de l'actuelle rue de Lobau, 4e). Dans la seconde moitié du XIIe siècle, ils s'établirent plus au nord sur un vaste territoire campagnard, longeant les 158 bis-174 de la rue du Temple. L'enclos du Temple était encerclé d'une muraille et défendu par deux donjons, le donjon du Temple et la tour dite de César. Il renfermait les bâtiments monastiques, l'église, le palais du Grand Prieur, bordés de terres cultivées sur lesquelles se dressaient quelques maisons et granges disséminées. bq. Tour sud-est subsistante au 73, rue Chariot, 3e. bq. La muraille cernant l'enclos du Temple était garnie de quatre tours d'angle dont celle-ci existe encore entre le 73, rue Chariot (pour la partie externe) et le 32, rue de Picardie (pour la partie interne). bq. Le donjon du Temple vers 1795, peinture anonyme. bq. (Musée Carnavalet) Il se trouvait au niveau du 2, rue Eugène-Spuller, devant l'actuelle mairie du 3e arrondissement. Le 13 août 1792, Louis XVI, Marie Antoinette, leurs enfants Madame Royale et le dauphin, ainsi que madame Elisabeth, sœur du roi, y furent incarcérés avant de connaitre un sort tragique, auquel seule madame Royale échappa. bq. L'enclos du Temple, détail du plan de Turgot de 1739. bq. L'enclos du Temple formait un quadrilatère limité à l'ouest par la rue du Temple (depuis le square du Temple jusqu'au n° 174), au sud par la rue de Bretagne (entre la rue du Temple et la rue Caffarelli), à l'est par un côté joignant les n° I-2, rue Caffarelli au 32, rue de Picardie et au nord par une ligne imaginaire reliant le 32, rue de Picardie au 174, rue du Temple (parallèlement aux 2-14, rue de la Corderie et à la rue Béranger). À la Révolution, l'enclos du Temple fut vendu aux enchères. L'église fut détruite vers 1796, de même que la plupart des bâtiments de l'enclos. Le donjon utilisé comme prison fut abattu en 1811, sur l'ordre de Napoléon Ier. Le palais du Grand Prieur abrita de 1814 à 1848 le couvent des Bénédictines de l'Adoration perpétuelle du Saint-Sacrement, puis fut démoli en

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1853. De nos jours, il ne subsiste de l'enclos que la tour d'angle sud-est et des fondations souterraines. Sous le Carreau du Temple, au 4, rue Eugène Spuller, ont été mis au jour en 2003 des vestiges de l'abside de l'église. Cependant, le tracé du mur d'enceinte de l'enclos se décèle dans le découpage de certaines parcelles d'immeubles (au niveau des 17-19 et 26-32, rue de Picardie et des 4-10, rue de la Corderie). h2. LA VILLE NEUVE DU TEMPLE Les Templiers entreprirent en 1282 de lotir des terrains vagues leur appartenant situés entre leur enclos et l'enceinte de Philippe Auguste, habités par une population très pauvre. Ce lotissement appelé la Ville neuve fut desservi par un réseau de neuf rues rectilignes, larges de 7,8 mètres. La rue des Archives (entre la rue des Francs-Bourgeois et la rue Portefoin), en était l'axe central. Elle était perpendiculaire à huit rues les rues Portefoin, Pastourelle (section de l'actuelle rue comprise entre la rue du Temple et la rue des Archives), la rue du Noyer (aujourd'hui disparue), la rue des Haudriettes, la rue de Braque, la rue des Quatre-Fils, la rue du Chantier (ou ruelle de la Roche, devenue une allée à l'intérieur des Archives Nationales) et la rue des FrancsBourgeois (entre la rue Vieille-du-Temple et la rue des Archives), ancien chemin longeant à l'extérieur l'enceinte de Philippe Auguste viabilisé. L'opération remporta un vif succès si bien qu'en 1292, la plupart des parcelles formant des carrés de 6,8 mètres de côté ou des rectangles de 23,39 mètres sur 6,8 mètres étaient bâties. Le quadrilatère compris entre les rues des Quatre-Fils, Vieille-duTemple, des Francs-Bourgeois et des Archives, dit le chantier du Temple, actuel quadrilatère des Archives Nationales, se transforma plus lentement. La Ville neuve du Temple fut peuplée par de riches bourgeois, des tisserands, des entrepreneurs, ainsi que des professionnels des métiers du bâtiment. Du lotissement témoigne encore de nos jours le tracé orthogonal et régulier de huit rues, élargies par la suite. Un seul édifice médiéval, quoique plus tardif, le portail de l'hôtel de Clisson, bâti vers 1371, existe encore au 58, rue des Archives (3e). bq. L'enclos du Temple et la Ville neuve du Temple projetés sur le plan actuel. bq. Les rues du lotissement de la Ville neuve du Temple, orientées estouest, sont parallèles entre elles et perpendiculaires à la rue des Archives. De direction nord nord-est, sud sud-ouest. bq. cet axe central est lui-même parallèle aux rues du Temple et Vieille-du-Temple. Une rue n'est pas indiquée- la rue du Noyer.

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bq.

La rue de Braque et l'hôtel de Clisson, 3e.

bq. La rue, agrémentée de beaux hôtels du XVIIIe siècle, fut tracée à partir de 1282, lors du lotissement de la Ville neuve. bq. Au fond, on distingue le portail de l'hôtel de Clisson (au 58, rue des Archives).

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CULTURES ET JARDINS AU XIVe SIÈCLE

h1. CULTURES ET JARDINS AU XIVe SIÈCLE Le rempart enserre au nord-est les zones agricoles les plus importantes de la ville : dans les "coutures" ou cultures Sainte-Catherine, Saint-Magloire, des Filles-Dieu et du Temple, dans la courtille Saint-Martin, les ouvriers agricoles exploitent des jardins maraîchers et cultivent des céréales. h2. LES ACTIVITÉS AGRICOLES L'agriculture pratiquée à l'intérieur du rempart est mal connue et peu d'éléments permettent de l'évoquer. Lors des fouilles menées dans la cour du Carrousel, les archéologues ont découvert des traces de sillons de labour remontant au XIIe siècle. Par ailleurs, le tracé sinueux de certains chemins de terre anciens, comme les rues Saint Dominique, Croulebarbe, des Boulangers, etc., se retrouve à peine rectifié de nos jours. Toutefois, ce sont les livres de la taille (impôts directs) qui donnent le plus de renseignements sur l'éventail des activités se rapportant à l'agriculture. Ils mentionnent des faucheurs, des lieurs de foin pour les herbages inclus dans les murs ou voisins de la ville, des courtilliers (jardiniers et maraîchers), des taupiers, des messiers pour garder les moissons, des bouviers pour conduire le bétail. De nombreux meuniers traitent les céréales dans les moulins hydrauliques, plus répandus que les moulins à vent. Certains sont amarrés au milieu de la Seine - comme le moulin de Bucy, près de l'ile de la Cité -, d'autres sont implantés sur la rive ou sur les ponts. Treize moulins prennent appui sur le pont aux Meuniers. Au bord de la rivière sont aménagés des abreuvoirs, parmi lesquels ceux de Mâcon et Popin sont les plus fréquentés. bq. Cultures et jardins à la fin du XIVe siècle. bq. Eric Ossarrt et Arnaud Maurière ont retenu les éléments caractéristiques du jardin médiéval qu'ils ont agencés en 2000 dans le square de Cluny le potager aligne choux, oignons, ciboulettes. Neuf plantes médicinales dont la sauge et l'absinthe croissent, ainsi que la rose et le lis symbolisant la Vierge. Des pelouses parfumées de thym et d'oeillets évoquent l'amour courtois. h2. LES CLOS DE VIGNE Des journaliers entretiennent le vignoble, notamment sur les pentes de la montagne Sainte-Geneviève, mais la vigne se rencontre partout dans Paris. Roi, nobles, clercs et bourgeois possèdent des vignes et des pressoirs :

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"On respirait jusque dans la ville même, suivant les saisons, la fumée des sarments qu'on brûle ou l'odeur de la vendange fraîchement pressée" rapporte l'historien Lebeuf. (Abbé Lebeuf, Histoire de la ville et de tout le diocèse de Paris, 1863-1870.) Les vignes seigneuriales étaient encloses par une haie d'osier renforcée de branches épineuses ou quelquefois par des murs de pierres sèches, d'où l'expression "clos de vigne" Les jardins abbatiaux étaient décorés de treilles en berceau, comme l'indique l'historien Henri Sauval : "Le jardin (les Célestins dans la saison du fruit, est plein de treilles arrondies en tonnelles, si touffues de feuilles et de grappes, qu'elles passent pour les plus belles de Paris de plus sur un tertre pierreux s'y voit une vigne, sujette aux mêmes symptômes que celles de Bourgogne, mais dont le vin mêlé avec le verjus des treilles, fait d'excellent vin d'absinthe, que les religieux distribuent aux pauvres." (Histoire et recherches des Antiquités de la ville de Paris, t. Il, 1724.) h2. LES JARDINS ARISTOCRATIQUES ET ECCLÉSIASTIQUES Le jardin, ceinturé de murs ou délimité par d'épaisses haies, est en général subdivisé en espaces de forme géométrique. Il est agrémenté de berceaux en treillage en forme de longue galerie, avec aux extrémités des salons de plan carré. Les treillis, faits de bois de noisetier ou de saule liés avec de l'osier, façonnent une ossature sur laquelle le jardinier dirige la vigne ou d'autres arbustes en vue d'obtenir une tonnelle fleurie. Des romarins, poiriers, pommiers, cerisiers, figuiers, noyers et parfois de la lavande embellissent couramment les jardins. Les espèces les mieux adaptées au climat sont l'orme, le tilleul, le sycomore et l'érable. Sur un talus gazonné, un "banc de verdure" permet de se reposer et de respirer les parfums du lieu. En 1393, le Ménagier de Paris recommande les variétés à planter treize herbes aromatiques et médicinales (dont la sauge et le basilic), douze légumes différents, cinq arbustes et arbres fruitiers (vigne., framboisier, groseillier, cerisier et prunier), enfin cinq fleurs (violette, giroflée, pivoine, lis et rose). La rose, employée en médecine, entre aussi dans la composition des cosmétiques, des préparations culinaires et dans la confection des coiffes. Charles V, qui avait fait traduire en français le traité de jardinage Opus ruralium commodorum de l'Italien Pierre de Crescens, écrit vers 1300, s'intéressa personnellement aux jardins du Louvre et de l'hôtel Saint-Pol,

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évoqués par Sauval (op. cit.) "Les prés et chaque jardin étaient environnés de hales, couvertes de treilles, enlassées et couchées en manière de losange, qui sont les tonnelles. \[...] Dans les prés venait du foin, qu'on fauchait quelquefois. Les vignes étaient plantées au bout du grand jardin et qu'on cultivait si bien qu'il s'en recueillait d'assez bons vins tous les ans. \[...] Les pavillons étaient ronds ou carrés les treilles qui les environnaient, finissaient en créneaux ou en fleur de lis. \[...] Charles V fit semer tous les jardins de semences de violiers, de courges, de choux, de romarin, de marjolaine, de sauge, de girofliers, de fraisiers, de lavande, de rosiers, même de pourpier, de laitue, de poirée et autres herbes et légumes. \[...] Au milieu d'un jardin souvent au lieu de préau, se voyait une fontaine dans un bassin de pierre ou de marbre, qui jetait de l'eau par la gueule d'un lion, ou de quelque autre bête farouche." De nombreux autres jardins, également décrits par Sauval, égayaient la ville. bq. Le jardin du palais de la Cité. Détail du plan de Truschet et Hoyau, dit plan de Bâle, 1551. bq. Le jardin royal est situé à la pointe de I'île de la Cité. bq. Un berceau de treillage sous lequel on peut circuler supporte les ceps de vigne. Le plan de Bâle figure ce type de treillage dans le clos des Bernardins, à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. etc. bq. Le mois de juin, miniature extraite des Très Riches Heures du duc de Berry. bq. (Musée Condé, Chantilly) La vue est prise de l'hôtel de Nesle, qui se situait sur l'actuel quai Conti, face à la pointe de I'île de la Cité. bq. Le duc de Berry, frère de Charles V et grand amateur d'art, commanda ces miniatures qui décrivent les travaux agricoles et leur cadre parisien. La vue s'étend sur les prés des bords de Seine et le palais de la Cité tandis que les paysans fauchent le foin, les faneuses l'entassent. bq. Le mur d'enceinte du palais laisse apercevoir le jardin et sa treille en berceau. bq. Le mois d'octobre, miniature extraite des Très Riches Heures du duc de Berry. bq. (Musée Condé, Chantilly) De l'hôtel de Nesle, le point de vue embrasse le Louvre, devant lequel passe le rempart de Charles V. Au premier plan, un paysan conduit une herse, un autre sème le grain. bq. A'larrière-plan, un épouvantail à la silhouette d'archer et des fils fixés au sol éloignent les oiseaux. bq. Ces peintures évoquent les travaux agricoles dans la ville, au

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rythme des saisons, et renseignent sur l'aspect disparu des résidences royales.

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h1. ABBAYES PRIEURÉS ET COUVENTs AU XVe SIÈCLE Les établissements religieux ont façonné la ville intra-muros et sa périphérie, autant par leur rayonnement intellectuel et spirituel que par leur emprise foncière et leur rôle économique. Les ordres mendiants, encouragés au XIIIe siècle par Innocent III, jouirent d'un succès populaire retentissant. h2. LES COMMUNAUTÉS ECCLÉSIASTIQUES La réforme carolingienne de Benoît d'Aniane (816) partagea le clergé en trois groupes - les moines, les chanoines et les religieuses. Les moines bénédictins, coupés du monde, se révélèrent pionniers dans l'architecture gothique à l'abbaye de Saint-Denis ou copistes célèbres à l'abbaye de Saint-Germain-des-Prés. Les chanoines, généralement prêtres, souhaitèrent mener une vie réglée et collective. Aussi, le pape Urbain II créa-t-il au XIe siècle une catégorie intermédiaire - les chanoines réguliers - vivant en communauté selon la règle de saint Augustin, sans être liés par des vœux. Ils étaient chargés des messes, des prédications et des sacrements, et parfois dispensaient un enseignement, comme les chanoines de Saint-Victor et de SainteGeneviève ou les Prémontrés. Les chapitres de Saint-Thomas et Saint-Honoré étaient modestes, comparés à ceux florissants de Sainte-Opportune, Saint-Marcel ou Saint-Germainl'Auxerrois. Mais le chapitre Notre-Dame, dont les membres devinrent prélats ou administrateurs royaux, reste le plus prestigieux. h2. LES ORDRES MENDIANTS AU XIIIe SIÈClE Les illustres prédicateurs, saint Dominique et saint François, incitent les communautés à s'implanter au cur des villes alors en pleine expansion pour se charger de la prédication, de la confession et de l'enseignement, remparts à l'hérésie. Leurs bâtiments conventuels répondent à cette double activité pastorale et édifiante. Leurs églises, vastes et sobres, se conforment à l'idéal de pauvreté proclamé par ce courant réformé de l'Église. La mendicité et les dons constituant leurs principales ressources, les établissements respectent entre eux une bonne distance - environ 500 mètres - de façon à ne pas se concurrencer lors des quêtes. Ils occupent surtout la rive gauche pour bénéficier de la proximité de l'Université, de la disponibilité des espaces et de la faible influence de l'évêque. Les Cordeliers (1230) ont pour mission de former tous les théologiens

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de l'ordre franciscain, environ 300 personnes à la fin du XVe siècle. Dans leur église, ils célèbrent des messes privées payées par les fidèles dont les plus riches ont financé une chapelle funéraire personnelle. Arrivés à Paris en 1217 les Dominicains sont appelés Jacobins en raison de leur chapelle dédiée à saint Jacques. L'enseignement théologique de saint Thomas d'Aquin leur confère la renommée. Les Augnstins quittent la rive droite, où les aumônes sont insuffisantes, pour le quai des Grands-Augustins. Ils y bâtissent en 1293 un vaste couvent offrant chapelles, sépultures et salles de réunion aux confréries. Les Carmes gagnent la rive gauche où la reine Jeanne d'Évreux subventionne leur église, consacrée en 1361. Les réfectoires des Cordeliers et de Saint-Martin-des-Champs évoquent la monumentalité de ces couvents imposants, aujourd'hui disparus. h2. LES ORDRES CONTEMPLATIFS ET MILITAIRES Les Chartreux qui suivent la règle de saint Bruno affectionnent les sites isolés, propices à une vie retirée et austère : au lieu-dit Vauvert, leur prieuré (1257) s'étend sur un domaine de 17 hectares (cf. p. 112). Le Grand Maître de l'ordre militaire du Temple, institué en 1118 pour défendre les lieux saints, s'établit au XIIe siècle dans un enclos fortifié de 6,5 hectares (cf. p. 44). L'ordre des Hospitaliers de Saint-Jean-de-Jérusalem reçoit les pèlerins à travers un réseau de maisons d'accueil dont la commanderie de Paris, ouverte en 1130. Les trinitaires ou mathurins se vouent à la libération des pèlerins et des croisés captifs en Terre sainte en les rachetant. À Paris, où ils se fixent en 1209, leur action hospitalière fit leur réputation. h2. LES COMMUNAUTÉS FÉMININES Dagobert Ier fonde en 632 le premier monastère de femmes, Saint-Éloi, dans l'île de la Cité pour environ 300 religieuses. bq. Réfectoire du couvent des Cordeliers, 15, rue de l'École-de-Médecine, 6e. bq. Grâce à la générosité de Jeanne d'Evreux, l'édifice de 56,85 mètres de long, 16,75 mètres de large, 24,25 mètres de haut fut entrepris entre 1358 et 1370, puis achevé en 1506 par le pignon occidental. Cette austère façade est égayée par le décor florissant de la porte de la tourelle des fleurons et des choux frisés ornent les deux branches de l'arc en accolade.

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bq.

Abside de l'église Saint Pierre-de-Montmartre, 2, rue du Mont-Ce-

nis, 18e. bq. L'église mi-paroissiale, mi-conventuelle de la puissance abbaye de Montmartre, construite entre 1133 et 1150, conserve en partie son architecture romane d'origine, notamment l'absidiole nord. L'abside, refaite à la fin du XVe siècle, est circulaire à l'extérieur, pentagonale à l'intérieur. (cf. vue intérieure de l'église, p. 26) bq. 5e. bq. Ce vestige de la première église de l'abbaye Sainte-Geneviève (cf. p. 102) date du XIIe siècle pour l'assise, du XIV pour les baies et de 1483 pour la balustrade. En 1133, Louis VI installe des bénédictines originaires de Reims à l'abbaye Saint-Pierre-de-Montmartre. L'abbaye Saint Antoine-des-Chmnps, rattachée à l'ordre de Cîteaux en 1204, joue un rôle prépondérant dans le faubourg Saint-Antoine. Cordellères séjournent soit à l'abbaye de Longchamp, placée sous la protection d'Isabelle de France en 1201, soit dans le couvent construit en 1270, rue de Lourcine. Saint Louis soutient activement la communauté de 400 béguines, logées dans de modestes maisons réparties autour de l'église Sainte-Catherine-duVal-des-Écoliers. Elles accueillent des veuves et des femmes, célibataires ou avec enfants. Sur ce site, les Franciscaines aménagent en 1483 le couvent des Clarisses de l'Observance de l'Ave Maria. En 1225, à l'initiative de Guillaume d'Auvergne, l'Hospice des FillesDieu héberge jusqu'à 260 prostituées repenties. Au XIVe siècle, l'institution devient un béguinage où se réfugient des femmes pieuses. Fuyant la guerre en 1358, les sœurs investissent l'hôpital d'Imbert de Lyons, rue Saint Denis. Que ce soit par l'existence de minces vestiges tels que les tours de l'enclos du prieuré de Saint-Martin-desChamps ou par la présence de prestigieux monuments comme l'église Saint-Germain-des-Prés (cf. p. 134) ou le réfectoire des Bernardins (cf. p. 38), la contribution des établissements religieux au patrimoine artistique de Paris demeure éclatante. bq. Le cloître du couvent des Carmes-Billettes, 22-24, rue des Archives, 4e. bq. C'est le seul cloître du Moyen Age conservé à Paris. Achevé en 1427, remanié ultérieurement, il se caractérise par des voûtes d'ogives La "Tour de Clovis" incorporée au lycée Henri IV, 23, rue Clovis,

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simples et des clefs de voûte sculptées, offrant un bel exemple du style flamboyant. bq. Réfectoire du prieuré de Saint-Martin-des-Champs, C.N.A.M, 292, rue Saint Martin, 4e. bq. Édifié en 1230-1240, le réfectoire est admirable par ses hautes baies lumineuses surmontées d'oculi et ses clefs de voûte sculptées, décorées de fruits et de feuillage. bq. Abbayes, monastères et prieurés au XVe siècle et leurs vestiges.

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