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M.

Robert Vion

Modalités, modalisations et discours représentés
In: Langages, 38e année, n°156, 2004. pp. 96-110.

Abstract Robert Vion : Modalities, modalisations and represented discourse. The concepts of modality, modalisations or enunciative staging are valuable tools to analyse discourse dynamics. Modality may be defined as a reaction of the speaker towards a representation he/she builds in his/her own speech. This reaction, which results in the anchoring of the representation in a particular universe has little to do with the concept of modalisation which dwells on an enunciative split with the production of a reflexive commentary. If modality contributes to the meaning of the utterance, modalisation makes enunciative staging more complex to such an extent that meaning becomes opaque and the relation is blurred. In this study, we examine the way discourse develops, using these tools and taking into account represented discourse as well as sub- (or under-) and superenunciation (or overenunciation) phenomena.

Citer ce document / Cite this document : Vion Robert. Modalités, modalisations et discours représentés. In: Langages, 38e année, n°156, 2004. pp. 96-110. doi : 10.3406/lgge.2004.966 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/lgge_0458-726X_2004_num_38_156_966

2003b. se proposaient de théoriser la place du sujet dans ses discours. À NOUVEAU SUR LA DISTINCTION MODUS/DICTUM Nous allons donc revenir sur la distinction entre modus et dictum. la points sur prise qui. énonciative nous production Aborder locuteur dictum. .Robert Vion Université de Provence Modalités. 1993) pour refuser qu'elle puisse renvoyer à une opposition triviale entre objecti vité et subjectivité. et lasousénonciation. 2003c). Après une partie consacrée à ce réexamen. prenant appui sur les travaux de Ducrot (1989. représenté. de par leur nature même. Culioli (1983-84) et Ducrot (1984. Nous avons exprimé à plusieurs reprises notre position sur cette distinction (Vion 2001a. . de décrire une réalité. paraît des énonciatif lescomme vis-à-vis nécessaire modalité phénomènes discours des ou de et de nécessitant voix l'interprétation. nous aborderons l'analyse d'un certain nombre de productions langagières en nous efforçant de mettre en œuvre une analyse multidimensionnelle qui mobilise simultanément ces divers concepts afin de rendre compte de l'hétérogénéité et de la complexité des acti vités langagières conduites par les sujets. remise en chantier par les linguistes de renonciation avec Bally (1932). mais ce qu'ils 96 . Nous nous proposons de réexaminer cette distinction afin de l'exprimer en termes d'activités différenciées. logique une son au niveau approche discours. de modalisation point de revenir etdiscours des de vue.] je crois les mots de la langue incapables. Nous partageons sans réserve l'idée de Ducrot selon laquelle le dictum ne saurait être autre chose qu'une construction subjective relevant de la prise de position et non de la pure description : [. implique des Afin dans de en notions vue compte de le de mieux qui champ со-. la comme ou place de renonciation. ce qui nous paraît plus opérationnel. traversent des surappréhender de sujets. développer fondamentales. modalisations et discours représentés d'effacement la du il modus. Certes les énoncés se réfèrent toujours à des situations. 1993). 1. 1989. 2001b.

la « force illocutoire » pragmatique) et un élément objectif. et pouvait donc prétendre à le représenter objectivement. même sans marquage déictique correspondant à la position du locu teur. Or. Ducrot assi milait le dictum chez Bally à une représentation objective d'un aspect du réel : Le point commun entre cette théorie moderne et la représentation traditionnelle de la pensée est toujours la dissociation entre un élément subjectif (la « réaction » de Bally. modalisations et discours représentés disent à propos de ces situations n'est pas de l'ordre de la description. Or. 1989 : 167). l'orientation discursive prise et l'existence d'un investissement multimodal au-delà des formes étroitement linguistiques confèrent à ce dictum une dimension nécessai rement subjective. Il convient dès lors de se prononcer sur le statut linguistique et cognitif de cette représentation qui fonctionnerait à la fois comme point de départ pour une réaction du sujet. [. selon moi. ce dictum est orienté en fonction de cette réaction modale. Dans un examen des approches pragmatiques et énonciatives. que par une ou plusieurs prises de positions (Ducrot. La manière dont il conçoit le dictum nous semble dès lors compatible avec celle exprimée par Ducrot. La tradition voulait que le dictum corresponde à une proposition impersonn elle portant sur le monde et mettant en œuvre ce que nous appelons aujourd'hui un effacement énonciatif. contenu propositionnel n'est constitué par rien d'autre. même si cette disposition est très fréquente. Bally (1965 : 38) considérait le dictum comme une représentation construite par le sujet parlant (une représentation pensée) qui ne saurait correspondre à la forme logique de l'énoncé ni à ce que sera la notion de contenu propositionnel exprimée par Searle. La tradition associe ce dictum à une forme impersonnelle qui semblait directement exprimer le monde. La distinction entre modus et dictum pourrait alors reposer sur l'existence d'activités différenciées intervenant lors de la construction d'un énoncé : le sujet parlant réagirait à une représentation construite par lui dans son propre discours.. aux conditions contextuelles dans lesquelles il se trouve et au cotexte discursif auquel il participe. si notre lecture est correcte.]. Nous sommes alors à l'opposé d'une conception du dictum comme forme logique d'un énoncé relevant d'une problématique des valeurs de vérité. Or. constitue un événement dont l'existence et l'interprétation sont relatives à ce locuteur. Communiquer reviendrait donc à se positionner par rapport à une représent ation construite dans le discours.. D'autant qu'étant construit afin d'exprimer une réaction du locuteur. Ce qu'on appelle idée. appelé par Bally « représentation » et « proposition » par Searle (Ducrot.Modalités. dictum. le fait de produire un énoncé. 1993 : 128). Les choix lexicaux effectués. indépendamment de tout sujet. rien ne s'oppose à ce que le dictum corresponde à un compte rendu de perception ou de jugement du locuteur (Rabatel 2003a) pouvant nécessiter le marquage déictique de sa position : (1) (2) Je suppose que je vais me régaler Je pense que je vais partir 97 Lan a es 156 . comme élément subordonné à cette réaction (y compris sur le plan syntaxique) mais aussi comme facteur structurant de l'intervention du locuteur.

mais renvoie à un processus dyna mique permettant le déroulement discursif (voir Mondada. par une seconde. Enfin. son authenticité. Si l'effacement énonciatif est relativement fréquent pour verbaliser le dictum. il verbalise une réaction. dans tous les cas. du même coup. cette représentation. 98 . quelle que soit la complexité de son discours.Effacement énonciatif et discours rapportés Cependant. plus ou moins extério risée par rapport au locuteur. La distinction modus vs dictum ne constitue donc pas un découpage formel. voire statique de l'énoncé. rien ne s'oppose à ce que la réaction modale du sujet vis-à-vis de ce dictum procède. Dans les deux cas.peut à son tour être reprise comme dictum afin d'être affectée d'un nouvelle réaction modale du sujet : (5) Je pense qu'(il est probable que [Pierre viendra jeudi]) Ce n'est donc pas le type de mise en scène énonciative qui permet de distin guerle modus du dictum mais bien plutôt le mode de hiérarchisation opéré par le sujet qui délimite deux zones discursives : une première. Pour les conceptions traditionnelles. 1. constitue la base sur laquelle il réagit en adoptant une attitude modale. une phrase explicite. Si l'on peut appréhender le dictum comme un déjà-là discursif. Cette unicité du centre déictique constitue l'un des critères permettant de distinguer locuteur et énonciateur(s). reste le seul dépositaire du centre déictique. Dictum et « discours cité » L'une des caractéristiques les plus souvent rappelées du discours rapporté direct concerne l'impression d'effacement du locuteur vis-à-vis des propos qu'il rapporte. la présence du locuteur est manifeste puisque c'est lui qui réagit au dictum en l'inscrivant dans l'univers de la certitude. de l'effacement énonciatif. cette prétendue absence du locu teur dans le discours cité direct les conduisait à appréhender ce dernier comme uniquement représentatif de propos antérieurement tenus et à postuler. une sorte d'arrière plan supposé partagé. le déroulement discursif invite les sujets à coordonner leurs réactions mais également à recatégoriser sans cesse les objets de discours corre spondant au dictum. pour reprendre l'expression de Bally .1. 1997). elle aussi. Ces voix et points de vue sont sous la dépendance du locuteur qui.qui comporte dictum et modus . qu'il met à distance. Ainsi les deux énoncés : (3) (4) Je suis certain que le bonheur existe II est certain que le bonheur existe présentent respectivement un modus avec marquage déictique du locuteur et un modus caractérisé par son effacement énonciatif. Il est vrai que tout locuteur qui recourt à la stra tégie du discours rapporté direct cherche à faire accréditer l'idée que les propos qu'il « rapporte » sont effectivement fidèles à des propos tenus. Même si le modus renvoie souvent au locuteur. et à propos de laquelle. un fragment discursif peut comporter plusieurs centres modaux correspondant à des réactions et attitudes d'autres sujets construits comme énonciateurs dans le discours.

158-159 . La présence de Ll est manifeste dans la construction des propos représentés. E2. on doit considérer que. modalisations et discours représentés Que des linguistes chevronnés (Dictionnaire de Linguistique. dans sa parole. est inévitablement présent DANS son message (et pas seulement PAR son message). mais une coexistence de El et el dans le discours cité. ébauchée par Ducrot 1984. il convient de prendre en compte la présence du locu teur Ll (en tant qu'énonciateur El) dans son message y compris au moment du discours cité. Si l'on poursuit la construction de la notion de mise en scène énonciative. On parvient alors à la représentation suivante : 11 el énonciateur des propos rapportés que Ll construit comme El présence. (ii) Dans le même temps. Larousse 1973. de manière appar ente. Cette mise en scène particul ière constitue donc une stratégie discursive. soit parce qu'ils reproduiraient fidèlement la parole d'un autre. 211-212) aient pu postuler l'effacement du locuteur devant la parole rapportée nous conduit à revenir sur la complexité de ce phénomène afin de faire apparaître le paradoxe sur lequel repose l'effacement énonciatif : (i) Les sujets ont besoin de croire qu'il est en leur pouvoir de se retirer du processus énonciatif et de produire des énoncés qui ne sont pas les leurs. en effacement énonciatif. soit parce qu'ils constateraient le monde tel qu'il est indépendamment de tout sujet. notamment dans le discours citant. De facto tout le système des personnels const ruit pour 11 se trouve ramené à un statut d'anaphorique par rapport à des items et des coordonnées spatio-temporelles et personnelles dont dispose Ll. un autre sujet dont on ne saurait dire s'il a réellement parlé et en ces termes. De sorte qu'il n'y aurait pas une successivité de présence énonciat ive (El pour le discours citant. dans leur convocation à un moment particulier et dans l'usage qu'il en fait au Langages 156 99 . un second système déictique. Cette propriété illustre l'unicité du système des déictiques personnels. tout fictif qu'il puisse être. même dans le cas d'un discours rapporté direct. force est de constater que tout énoncé est un événe mentnécessitant un locuteur qui. 11 est néan moins construit comme un « locuteur » qui s'approprierait. en) pour exprimer les positions énonciatives ne correspondant pas au locuteur mais que ce dernier convoque dans son discours (les autres énonciateurs). de Ll dans le discours cité Le locuteur 11 est un locuteur factice car il intervient dans une « énonciation montrée » mise en scène par Ll . e2. Nouvelle grammaire du français.Modalités. el pour le discours cité). Larousse 1993. et la minuscule e (el. Nous utilisons la majuscule E (El. En) pour exprimer les positions énonciatives du locuteur Ll. même si El se manifeste par l'effacement énonc iatif. Il s'agit bien d'une énonciation montrée puisque Ll va jusqu'à faire parler. Il s'agit là de l'apport probablement le plus important des théories énonciatives. Cependant. quelle que soit la stratégie mise en œuvre.

Lorsque l'énoncé semble se limiter au dictum. Il pourra néanmoins subsister des déictiques spatiaux et temporels et comporter des marques de subjectivité plus ou moins explicites. ]e -pense que p. C'est ce que nous appelons un discours « objectivé » qui ne saurait cependant passer pour un discours objectif. se limiter au dictum. L'effacement énonciatif concerne donc le seul « gommage » des déictiques personnels marquant explic itement la présence du locuteur en tant que sujet parlant. des présupposés et des orientations argumentatives particulières. Dans ces circonstances. obligatoires et complémentaires. tout en n'explicitant pas les marques personnelles de sa présence. à un moment donné. je souhaite que p. Cette congruence vis-à-vis du sens résulte du fait que le dictum est construit pour amener la réaction modale du locuteur. LES MODALITES Modus et dictum constituent donc deux types de réalité. des attitudes réactives implicites. la gestuelle. Bally envisage que la modalité puisse reposer sur un large éventail de marqueurs. Si le type habituellement convoqué. adverbes. L'effacement énonciatif peut donc renvoyer à des degrés fort variables de subjectivité. Toutefois. La réaction du locuteur vis-à-vis de la représentation construite procède d'un même mouvement langagier. en appa rence. adjectifs.Effacement énonciatif et discours rapportés sein de ses activités discursives. l'événement que constitue son émergence (cotexte et contexte de son apparition) 100 . Cette complémentarité entre modus et dictum se manifeste au niveau du sémantisme de l'énoncé.) (Bally 1965 : 36-50). (2) la modalité est produite par des choix lexicaux internes au dictum comme les verbes modaux {modalités de re). comme l'intona tion. Il n'en demeure pas moins que l'un comme l'autre résultent d'une construction rela tive au sujet parlant qui. le locuteur semble rapporter une opinion sans l'affecter d'une réaction quelconque. Une neutralisation toute relative des choix subjectifs trop marqués conduit à une forme de discours pouvant représenter. présentes dans tout énoncé. Dans un énoncé comme Pierre viendra jeudi prochain. L'effacement énonciatif caractérise donc fréquemment la verbalisation du dictum comme celle du discours cité. au point que les deux aspects participent directement à la signification de l'ensemble. etc. le modus n'est pas nécessairement explicité par une construction linguistique et l'énoncé phrastique peut. 2. ou encore sur la nature des choix lexicaux et grammaticaux concernant le dictum (modes verbaux. un idéal du discours rationnel et raisonnable. manifeste cependant sa subjectivité. la mimique. L'impossibilité de rencontrer un énoncé limité à un simple dictum illustre bien l'illusion descriptive ou constative dénoncée par Ducrot. nous sommes en présence de deux cas de figure : (1) la modalité est rendue par des signaux coverbaux. met en présence une principale corre spondant au modus et une subordonnée (p) au dictum.

ne correspond pas nécessairement à un énoncé isolable de la langue : (6) Je suis persuadé d'être un homme heureux La manière dont Bally appréhende la réaction du sujet vis-à-vis d'une représentation construite associe la modalité à des verbes d'attitude et de croyance. Si dans cette construction les signaux coverbaux corroborent les dispositions de la modalité de dicto. les signaux coverbaux peuvent à leur tour constituer une seconde modalité qui permet d'instituer un parcours modal plus complexe. ces univers d'inscription sont plus nombreux et plus variés que ceux recensés par les logiciens. voire contradictoire au point qu'une explicitation linguistique de la modalité peut n'être qu'un élément de sa réaction. participent directement au sémantisme des énoncés dans lesquels elles interviennent. La modalité de certitude participe directement au sens de l'énoncé complexe. complexe. et sans la moindre prise en compte des fonctionnements ordinaires du langage. les constructions de la logique modale. Toutefois. On pourrait à ce sujet étendre le célèbre axiome de l'École de Palo Alto et dire : on ne peut pas ne pas adopter une attitude vis-à-vis d'un dictum que Von construit. Il convient donc de ne jamais perdre de vue que l'attitude du locuteur peut être hétérogène. le nombre et la nature des valeurs relevant de chacun d'entre eux ne sauraient être réductibles aux quatre termes d'un « carré logique ». contrairement à Cervoni (1987). épistémiques. La modalité pourrait alors être définie comme l'univers dans lequel le sujet réagissant inscrit la représentation qu'il construit dans son discours. modalisations et discours représentés et les marqueurs coverbaux (prosodie. Examinons maintenant la construction je suis certain que Pierre viendra jeudi prochain. déontiques peuvent être appré hendées comme des réactions d'un sujet qui inscrit une représentation dans l'un de ces univers particuliers. ce même énoncé produit avec des signaux coverbaux exprimant un doute ou une réserve voit sa valeur modale modifiée. Le travail du linguiste va donc consister à poursuivre une typologie linguistique des modalités (Le Querler 1996) qui. Nous sommes alors assez loin des univers construits par les logiciens ou par certains sémioticiens dans le prolongement des travaux de Greimas. Langages 158 loi . On pourrait donc postuler que les modalités. D'autre part. le modus participe directement au sens de l'ensemble. fonctionnant souvent en completion syntaxique de l'énoncé modal. ne place pas au centre de la théorisation. La tradition recourt à la notion de modalité de dicto pour exprimer le fait que l'attitude modale fait l'objet d'une proposition explicite externe au dictum. Certes. le dictum. associant contraires. Enfin. Ainsi. attitudes mimo-gestuelles) qui l'accompa gnent vont constituer une réaction assimilable au modus.Modalités. subcontraires et contradictoires. la prise en compte du contexte et de la coverbalité conduit inévitablement à affecter une modalité à la venue de Pierre. les modalités aléthiques. simples ou complexes. Dans tous les cas. Toutefois. la certitude exprimée par la modalité explicite va donc se retrouver dans le sémantisme de l'énoncé complet. Ainsi.

portant sur la forme du dire. La modalisation par « certainement ». Ce commentaire modalisateur. Dans les productions de type (8). nous proposons de considérer que l'adverbe modalisateur « certain ement » fonctionne comme un commentaire réflexif portant sur le dit Pierre viendra jeudi. Nous avons estimé (Vion 2001a) que l'expression modalisante ne participait pas. On voit très bien comment le modus et le dictum travaillent de manière complémentaire à produire un énoncé pris dans un même mouvement énonciatif et dans lequel le sémantisme procéderait par adjonctions. que Nolke (1993. « sans doute ». les modalisations concernent une autre dimension de l'intervention du locuteur. Ce qui nous conduit à la représentation suivante : E2 correspondant à Ll émet en « surplomb » un commentaire. 2003) exprime en termes de regard. 1998) proposait pour la « modalité autonymique ». de manière directe. la modalité inscrit la représentation de la venue de Pierre dans l'ordre de la certitude. dans le cas des énoncés. de réflexivité et de position « en surplomb » caractérisent bien les gloses méta-énonciatives. LES MODALISATIONS Si la modalité exprime la réaction du sujet vis-à-vis d'une représentation. à l'exemple de ce que Jacqueline Authier-Revuz (1984. au sémantisme de l'énoncé et qu'elle impliquait. certitude qu'elle véhicule pourtant au niveau de son sens littéral. entraîne donc un changement d'univers qui se traduit par l'inscription de la représentation dans celui du (fortement) probable. La même remarque 102 Locuteur . contribue à opacifier le sémantisme d'un dit que tout orientait (sauf signaux coverbaux contraires) vers la modalité de certitude. comme Pierre viendra certainement jeudi prochain. une attitude énonciative très particulière : le dédoublement énonciatif. l'expression modalisante ne vient pas confirmer l'inscription du dictum dans l'univers de la certitude. portant sur le dit assumé par El El correspondant au locuteur assume le dit « Pierre viendra jeudi » Si les notions de dédoublement énonciatif. 1995. Ainsi. « certainement ». Nous partirons de la comparaison entre deux types de productions : (7) Pierre viendra jeudi prochain (avec des signaux coverbaux de certitude) Je suis certain que Pierre viendra jeudi prochain II est certain que Pierre viendra jeudi prochain Pierre viendra certainement jeudi prochain Pierre viendra très certainement jeudi prochain Pierre viendra sans doute jeudi prochain (8) Dans les productions de type (7). elles caractérisent également les commentaires réflexifs portant sur le dit en tant que contenu.Effacement énonciatif et discours rapportés 3.

Émettre un commentaire réflexif sur un énoncé donne à penser que cet énoncé ne va pas de soi et ne saurait être inter prété comme un énoncé plus ordinaire. je ne doute pas que.Modalités.. des modalisations et des discours repré sentés dans la dynamique discursive et dans l'équilibre respectif des voix qu'Alain Rabatel (2003b) propose de théoriser avec les concepts de sur. De manière plus générale. reproduit en 4. (9) Les droits de l'homme au « dîner » Jacques Chirac arrive à Tunis alors que l'avocate Radhia Nasraoui est en grève de la faim depuis le 15 octobre pour protester contre les « abus » et Langages 156 103 .. un énoncé n'est pas nécessairement modalisé. certainement) ne puissent être « synonymes » des modalités de dicto correspondantes : il est nécessaire que/de. des modalités. dans that's John. contribue à construire l'image d'un sujet dédoublé et donc d'un énoncé qui ne peut être interprété de manière directe. nous proposons d'utiliser l'adjectif « modal » en relation avec la modalité et « modalisé » en relation avec la modalisation. au contraire. et complexifie également les rapports entretenus par Ll-El avec les différents énonciateurs (el.en revanche.en) qu'il convoque dans ce même discours. il est certain que. Afin de ne pas confondre les modalités et les modalisations. modalisations et discours représentés a été faite par Halliday qui constate le passage de la modalité de certitude. La modalisation affecte ainsi tout l'édifice de la mise en scène énonciative : elle opacifie le rapport que Ll-El entretient avec son discours et ses partenaires. au sein du discours de l'enquêtrice (S). 4. il semble que les expressions adverbiales {nécessaire ment. MODALITÉS. portant sur le dire ou le dit. contribue directement au sémantisme des énoncés auxquels elle participe. l'opacification des contenus et le brouillage de la relation. Si tout dictum s'accompagnait nécessairement d'une ou de plusieurs modali tés. que sa présence opacifie le sens dans la mesure où la production d'un commentaire réflexif.4. MODALISATIONS ET DISCOURS REPRÉSENTÉS 4.. Modalités. Il conviendra donc d'éviter le verbe « modaliser » pour exprimer l'attribution d'une modalité à un segment discursif et de le réserver à la production occasionnelle d'un commentaire réflexif porté dans le cadre d'un dédoublement énonciatif . dans that's certainly John (Halliday 1994 : 89). surénonciatîon et sousénonciation Nous partirons d'un article de presse pour examiner le jeu croisé des mises en scène énonciatives. nous l'avons vu. Nous renvoyons le lecteur à un extrait d'entretien. La modalisation entraîne une complexification de la représentation construite par le locuteur ainsi qu'une opacification du sémantisme et un « brouillage » au niveau de ses positionne ments. à celle de probabilité. il est probable que. sans doute. probablement. Nous constatons. La modalisation n'est donc pas assimilable à la modalité qui.1.et de sousénonciation. dans lequel les modalisations par « effectivement » et par « quand même » illustrent.

mais aussi sur les « raccourcis » d'enchaînements comme « Jacques Chirac arrive à Tunis alors que l'avocate Radhia Nasraoui est en grève de la faim ». comme « dictature » ou « s'est contenté d'affirmer ». Les énonciateurs convoqués par le journaliste sont respectivement Radhia Nasraoui. Les attitudes modales assertives adoptées par le journaliste contribuent donc à asseoir sa position de surénonciateur. {Libération. Si l'affectation d'une modalité assertive ne fait aucun doute. Aucune marque déictique person nelle du locuteur n'apparaît donc. qui suscite « une certaine émotion en France ». Se voyant reprocher par l'opposition tunisienne son soutien « indéfectible » à Ben Ali. tout autant que l'organe de presse qui s'exprime à travers lui. d'autant que les jugements les plus subjectifs sont verbalisés au sein des fragments de discours rapportés. l'Elysée s'est contenté d'affirmer. consiste à recourir à l'effacement énonciatif. et d'assurer que Jacques Chirac évoquer ait les droits de l'homme. Nous sommes en présence d'un paradoxe apparent : une position énonciativement non marquée peut dominer des positions énonciatives explicites et procéder ainsi de la surénonciation. une douzaine de représentants de la société civile pour un « dîner privé » à Tunis. le président français. dans ce genre discursif. il conviendrait de rapporter ces marques de subjectivité à la construction du dictum par le sujet. le président français a convié. 104 . Elles concernent également l'exi stence de choix lexicaux marqués relevant de sa représentation construite. Ces fragments discursifs. en revanche on peut se demander si les prises de positions qui se manifestent au niveau du dictum sont à traduire en termes de modalités. Des députés européens et français lui avaient demandé d'intervenir en faveur de l'avocate. En revanche. l'opposition tunisienne. « hier ».Effacement énonciatifet discours rapportés « harcèlements » d'une dictature que l'écrivain Taoufik Ben Brik qualifie de « molle. que Paris souhaite « une issue positive » au cas Nasraoui. Compte tenu de la conception subjective du dictum et de la définition de la modalité comme inscription de ce dictum dans un univers. « demain soir »). Nous sommes donc loin d'un discours direct avec la construction explicite d'une énonciation montrée allant jusqu'à créer de manière fictive un discours autonome. douce et pépère ». qui expriment sa propre attitude. 3/12/2003) La position locutive du locuteur journaliste est complexe : il est bien sûr énonciateur. Cependant. Des îlots de discours représentés parsèment un projet discursif qui les insère dans une orientation argumentative particulière. le plus souvent des mots. des déictiques temporels cont inuent de trahir sa présence (« depuis le 15 octobre ». Taoufik Ben Brik. Paris. La stratégie énonciative courante du locuteur-énonciateur. Elles portent sur la tonalité assertive certes. sont intégrés syntaxiquement au sein des énoncés du locuteur-rapporteur. au sens ducrotien du terme. Le locuteur agit ainsi au niveau d'un dictum qui comporte plusieurs centres modaux associés aux divers autres énonciateurs. L'effacement énonciatif permet de construire des représentations relevant du discours objectivé. Prudent. l'Elysée. sale. hier. il manifeste également ses propres attitudes modales avec des jugements à peine implicites (les droits de l'homme ne sont invités que dans un « dîner privé ») et avec l'inscription des propos dans l'univers des réalités indiscutables venant compléter le dictum objectivé. demain soir.

Modalisations. Certaines configurations modales explicites pourront contribuer à posi tionner le locuteur en sousénonciation vis-à-vis des propos qu'il reconstruit au niveau de la représentation. reconstruites par le locuteur. On nous dit : il faut commun iquer. par des signaux Langages 156 105 . la communication a rejoint le Panthéon des grandes valeurs malgré les ambiguïtés dont elle est chargée. voire de se désengager. l'acte de communiquer est présenté comme un recours. sinon une position personnelle. on peut sentir une évolution constante vers une surénonciation de plus en plus manifeste vis-à-vis d'opinions. modalisations et discours représentés Les positions de sousénonciation semblent peu probables au sein de ces productions journalistiques dans lesquelles le discours du journaliste-journal sert de trame aux opinions reconstruites. surénonciation et sousénonciation La modalisation permet dans bien des cas de brouiller le contenu et la posi tion occupée par le locuteur.. Dans ce fragment discursif. de ne pas s'impliquer. on est sûrement confronté à un problème de communication. la communication est une valeur paradoxale parce que sans contenu. Ces commentaires réflexifs dessinent la présence d'un sujet qui se distancie progressivement des propos construits.2. portant sur la communication. sa position dominante se renforce notamment par l'usage de modalisateurs comme « sans doute » et « sûrement ». tout au moins une signification particulière à attribuer à ces accumulations. C'est ce que l'on rencontre parfois dans certaines thèses où le candidat chemine de citations en citations. mon voisin reste tout le temps enfermé chez lui et vit seul.Modalités. Cette attitude n'est pas explicitée par un quelconque segment linguistique ni même. il s'agit sans doute d'un problème de communication . comme la solution à un problème. Au cours des cinq premières lignes où le locuteur recourt à l'effacement énonciatif. Outre les modalisations. c'est du moins ce que j'ai entendu dire Ces correctifs ponctuels de distance que nous appelions modulations (Vion 2001b) contribuent à diminuer la charge subjective et la portée de propos anté rieurs. 4. accumulant les positions d'énonciateurs sans jamais parvenir à cons truire un territoire où il assumerait.. Communiquer quel message ? Cela importe peu. C'est l'acte de communiquer qui débloquera la situation. en est-il des interventions modales permett ant au locuteur de relativiser la portée de son dire et se désengager comme : (10) (11) . Ainsi. les enchaînements discursifs procèdent de la caricature de raisonnement : le passage de « la politique du gouvernement » à « mon voisin reste tout le temps enfermé chez lui » laisse apparaître une attitude de dérision vis-à-vis des propos rapportés. La politique du gouvernement est bonne mais le public ne la comprend pas. Nous nous référerons au début d'un article de Philippe Breton paru dans Libération du 22 novembre 1993 : (12) Aujourd'hui. enfin moi je dis ça comme ça . puisqu'il s'agit d'une production écrite.. La sousénonciation pourrait se limiter à des stratégies d'investissement minimum et à une volonté. En fait. Valeur pragmatique. plus ou moins consciente..

Il intervient enfin. de manière facultative. Il intervient d'abord dans la cons truction subjective d'une représentation correspondant à un dictum qui peut comporter déjà des attitudes modales d'autres énonciateurs et qu'il va assortir inévitablement. de manière non cons ciente.3. de modalités plus ou moins explicites. Dans cette direction. des modalités et des modalisat ions en relation avec les reprises de propos du partenaire interactif. L'attitude modale provient alors de ce que Frédéric François appel ait une « signification dessinée » par les enchaînements discursifs. Il peut ainsi s'impliquer fortement au niveau de la représentation et ne pas confirmer cet engagement au niveau des attitudes modales ou au niveau des commentaires modalisateurs.Effacement énonciatif et discours rapportés coverbaux. Il ne paraît donc ni possible ni souhaitable d'établir des relations simples et directes entre les types de mises en scène énonciative et l'équilibre relatif entre les diverses voix convoquées dans le discours. Ces trois domaines d'intervention peuvent donner lieu à une convergence ou à des divergences quant à ses modes d'investissement. Nous avons cons taté que les types de mise en scène mobilisés par le locuteur pouvaient varier de manière très rapide et correspondre aux pulsations intimes des positio nnements d'un sujet placé dans une logique interactionnelle de co-construction progressive du discours. Les marques personnelles de sa présence restent très secondaires : les deux « on » excluent le locuteur. Il peut encore « jouer » de manière différenciée avec les modalités et les modalisations. De l'hétérogénéité montrée du locuteur Le locuteur intervient donc. par une modalisation impliquant un dédoublement énonciatif avec un commentaire réflexif sur l'énoncé ainsi const itué. de manière différenciée. 4. à un second niveau. Rappelons que la notion de « mises en scène » ne présuppose abso lument pas la présence d'un sujet pleinement conscient et maître de ses paroles. Construction subjective du dictum. il apparaît important d'examiner le jeu croisé des représentations. débouche sur l'expression. Nous nous poserons la question de savoir comment se construit le tissu discursif dans cette altérité de paroles et comment le locuteur. de surcroît. Cette montée progressive vers une surénonciation. La notion de mise en scène énonciative exprime l'ensemble des disposi tions visant à rendre compte des « voix » dans le discours. Mais il peut également inverser ces tendances pour marquer son investissement par des attitudes modales et des commentaires réflexif s. en discours objectivé. de plus en plus explicite. se met en situation de dialoguer avec ces opinions combattues. seuls le possessif « mon » et le pronom « nous » l'impliquent partiellement. 106 . de manière largement non consciente. des opinions personnelles de P. à renforcer sa position énonciative dans ce dialogue in absentia. peut jouer de son hétérogénéité énonciative dans la mise en œuvre d'une stratégie discursive. att itudes modales et modalisations concourent donc. à diffé rents niveaux de sa production langagière. Breton qui.

les comment aires réflexifs comme « toutefois ». Kerbrat-Orecchioni (1991) parle de « contrastes dialogiques » pour exprimer le fait que l'intervention d'un locuteur peut comporter des fragments discursifs dont l'enchaînement ne paraît pas « logique ». au moins partiellement les menaces potentielles. On constate que cette prise en considération s'accompagne souvent d'un marquage déictique personnel de la part du second locuteur. les propos du partenaire (forme particulière de discours rapporté). référence aux propos que vient de tenir son partenaire. la suite de son intervention. depuis bientôt trente ans. la face de ce partenaire. Certains enchaînements ont été mis en relation avec le travail de figuration théorisé par Goffman.4. Les enchaînements sur les propos du partenaire L'enchaînement des interventions dans le dialogue fait l'objet. au moins partiellement. de manière plus ou moins explicite. En revanche. modalisations et discours représentés 4. pour introduire un discours divergent après l'expression d'un « consensus » reprenant. comme dans En général il arrive toujours en retard. du doute ou du possible que dans celui de la certitude. « vraiment » contribuent. Il est souvent accom pagné de modalités ou de modalisations minimisant la menace que fait peser le développement d'un discours divergent. La production d'un discours avec effacement énonciatif peut faire partie de ce travail de protection des faces en présence. Ce phénomène se produit notamment dans la façon d'enchaîner sur les propos du partenaire : (13) (14) Tu n'as peut-être pas fermé l'œil de la nuit mais en tout cas qu'est-ce que tu as ronflé Je partage tout à fait votre position sur les langues toutefois la question ne se pose pas vraiment en ces termes (propos tenus lors d'une réunion de conseil d'université) Dans ces deux interventions. qui lui permet de marquer sa différence. C. le locuteur fait. peut aller jusqu'à contredire l'apparence d'un accord qui semblait se dessiner. au moins partiell ement. à faire accepter ce discours diver gent. le recours à un marquage déictique explicite s'accompagne généralement de tout un ensemble de minimisateurs relevant de la politesse négative consistant à désarmer. De même. Le travail de figuration porte également sur la reconstruction subjective Langages ISS 107 . Par ailleurs. je ne suis pas certain que la question se pose vraiment en ces termes Ces minimisateurs procèdent de désactualisateurs temporels et /ou modaux et concernent l'inscription du discours plutôt dans un univers du souhait. de nombreuses observations par des linguistes du discours et de l'interaction verbale. On const ateégalement que la verbalisation de la différence s'accompagne de minimisateurs de divers types afin de protéger. Ainsi. Ainsi.Modalités. La première partie de son intervention lui permet de prendre ses propos en considération en s'en faisant l'écho et en les accompagnant de marques apparemment consens uelles. en opacifiant le sens et en brouillant quelque peu la position. nous rencontrons des fragments discursifs comme : (15) (16) (17) Je voudrais juste vous poser une petite question Je voudrais si vous le permettez vous poser une question naïve Mais toutefois.

Nous terminerons par un extrait d'interaction qui illustre clairement la complexité des modes d'investissement des sujets et ici. Muriel (M). enquêtrice de personnalité devant établir un rapport au substitut du procureur. s'habille comme pour s'en aller) non mais écoutez on / de toutes façons euh ça c'est pas le rapport que je Trends je vais en r(e)copier un + thein + donc ça ça peut rester entre nous oui parce que si si je je dis ça oui effectivement c'est que moi je pensais que ça restait entre nous ça va rester entre nous ça bon ++ sinon moi je préfère partir j'ai pas envie de m'enfoncer non encore plus (se rassoit) effectivement si on peut pas avoir confiance non mais bon + on est là toutes les deux on est en train d'en parler euh :::: effectivement j(e) vais pas euh :: j(e) vais / je :: je suis pas là non plus pour euh :: pour vous créer plus de problèmes mais enfin + entre nous quand même il s'agit d'un p / un peu d'xaminer votre situation ici + hein ben oui non mais si v / si vous mon / si vous montrez ça à la procureur oui moi je / en en ++ en une semaine je suis venue trois fois pour stupéfiant pourquoi parce que ben parce que j'avais des grosses quantités + heureusement j'avais pas beaucoup d'argent (s'enlève veste puis pull over) bon mais euh :: okay ++ c(e) qui se fait c'est que quand même :: là euh :: vous êtes quand même :: bon en me disant ça ++ c'est un peu quand même de la provocaTtion + vous vous rendez bien compte que vous êtes en justice quand même + S M S M S M S M S M S M S M S M S 108 .Effacement énonciatif et discours rapportés du discours antérieur en évitant l'usage de subjectivèmes et de présupposés trop marqués qui mettraient trop rapidement le second locuteur en situation de réagir à une critique sévère. principalement de l'enquêtrice (S) : (18) Entretien dans des locaux de justice d'une spécialiste (S). et une jeune prévenue. prise en flagrant délit de vol S M S M S M c'est quoi le business ben euh ::: je vends des stupéfiants +++ tiens bon ++ ça c'est beaucoup plus embêtant + alors ne le marquez pas non mais je :: enfin je vous me le dites comme ça effectivement euh mais non mais vous le marquez après vous vous (bruit de langue) bon allez C'est c'est bon je dis plus rien hein ++ parce que ça vous vous allez le montrer à la à la procureur vous allez montrer Tça bon c'est bon ++ (se lève et prend ses affaires.

tout au long de ce travail. Ces formes particulières de discours rapporté. Langages 156 109 . in Vion R. Hétérogénéités énonciatives et problématiques du sujet ». un même appareillage théorique qui croise un ensemble de concepts et de notions relevant de renonciation. Références bibliographiques Authier-Revuz Jacqueline. Langages 73. nous remarquons qu'au niveau de la représentation construite. 98-111.. modalisations et discours représentés Nous constatons. tout d'abord. Toutes ces recatégori sations pourraient illustrer une position de surénonciation par laquelle (S) propose de nouvelles verbalisations et dispose donc. (S) va s'efforcer de recatégoriser certains objets de discours. avant de revenir. « Énonciation. notamment. Boucles reflexives et noncoïncidences du dire. à jouer d'une posi tion de proximité garantissant la confidentialité. 1995.Modalités. Nous avons cherché. à une version modulée de son rôle dans l'institution (pour une analyse plus fine de cet extrait. nous espérons avoir contribué à mieux appréhender les stra tégies de sujets qui doivent gérer simultanément des opinions. « Hétérogénéité(s) énonciative(s) ». Authier-Revuz Jacqueline. Dans un souci de préservation provisoire de la face de sa partenaire. 1998 (éd. devront être prises en compte par une approche théorique du discours rapporté encore trop subor donnée à l'analyse de discours monologaux et littéraires. 63-79. en fin d'extrait. la complexification entraînée par les modalisateurs effectivement et quand même au niveau de la représentation et de la rela tion construites par (S). Ces mots qui ne vont pas de soi. L'absence de lexicalisation pour recatégoriser ces objets de discours permet d'éviter la production de lexemes nécessairement porteurs de présupposés et de jugements. Aix-en-Provence. à masquer le rôle qu'elle assume dans le dispositif judiciaire. à appréhender le dynamisme discursif tel qu'il se manifeste dans les productions langagières. Les autres recatégorisent le rapport qu'elle est censée établir. Paris. En nous focalisant plus particulièrement sur les positions énonciatives du locuteur. Certains « ça » permettent de recatégo riser le fait de vendre des stupéfiants. Cette complexification la conduit. Larousse. à paraître). problèmes. Même chose avec la reformulation des propos de Muriel. d'une certaine manière. méta-énonciation.. des tâches discursives et des modes d'implication subjective. nous avons souhaité montrer que l'analyse multidimensionnelle des discours pouvait intéresser des formes géné riques fort différentes tout en mobilisant. 1998. voir Vion.). j'ai pas envie de m' enfoncer encore plus. Authier-Revuz Jacqueline. Énonciation et interaction. Presses de l'Université de Provence. On pourrait nous reprocher l'hétérogénéité des données interdisant toute générali sation pour un genre déterminé. En fait. Les sujets et leurs discours. 1984. sous forme de reformulations de propos antérieurs. Elle va donc dans le sens d'une protection des faces en présence. des propos de sa partenaire. de manière différenciée. allant jusqu'à verbaliser une invraisemblable symétrie conversationnelle. prenant à partie des textes journalistiques mais également un extrait d'interaction verbale. des formes génériques.. en je ne suis pas là non plus pour vous créer plus de problème dans laquelle le terme « problème » est « choisi » pour ne pas créer de. des relations.

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