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N CANEBIERE

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C A A B I S

Là où on ne nous attend pas...

FUMéES  TUES

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L’ÉDITO

Pétard de sort !
Marseille se calcine… Monte une envie de s’en prendre au destin. Pétard de sort, d’en finir vraiment avec ces pétards rebaptisés Kalach pour faire genre, ces règlements de compte à dix balles, ces palmarès hebdomadaires, mensuels, annuels, compta morts violentes. Monte une envie de se mettre en pétard, de parler fort, de dire assez ! Monte une envie de s’étonner. Tout ça pour ça, pour ce produit interdit en vente partout et qui lui aussi fini par se mettre en boule, se rouler en pétard. Monte une envie de le dire autrement, de revenir au bon français. Alors va pour “putain de destin !”, ou alors pourquoi pas, et sans trop y croire, s’en remettre au catalan, puisque dans cette langue “sort” veut dire enfin “bonne chance”. Monte une envie… de parler d’autre chose. Tiens, pourquoi pas de poésie avec Rimbaud mort en 1891, lui aussi anonyme, dans la belle Phocée. Qu’Arthur nous pardonne, mais aujourd’hui son “dormeur” ne serait plus du “val” mais bel et bien citadin et du “van”. Par contre il serait toujours… Un soldat jeune, bouche ouverte, tête nue. Les pieds dans sa bagnole, il fait un somme… Les embruns ne font pas frissonner sa narine. Il dort dans le soleil, la main sur la poitrine. Tranquille ! Il a entre deux et vingt trous noirs au coté droit. Olivier VERgniOT Journaliste, chargé de cours à L’IEJ Marseille et les “journalistes en herbe” en 2e année Mag/IEJ

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Etymologie et histoire de la Canebière, commerce de chanvre

Histoires

05
Michel Henry, François Missen, Elina Feriel... Ils écrivent sur le cannabis

Livres

08
Presse nationale/Presse régionale : Comment traitent-ils le sujet du cannabis à Marseille ?

Presse

09
Traque aux stupéfiants

Police/Douanes

12
Portraits de consommateurs

Conso

16
Le cannabis thérapeutique

Médecine

18
International/Economie
Un marché complexe

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Alexandre Grondeau : analyse et interview

Roman Génération H

L’équipe

Rédactrices en chef : Andréa Dubois et Tiffanie Bonneau Equipe de rédaction : Thomas Acariès, Emy Assouline, Estelle Barlot, Estelle Cantone, Iris Cazaubon, Loic Chalvet, Steve Claude, Loise Delassus, Kevin Derveaux, William Goutard, Elise Lasry, Guillaume Lopez, Manon Mathieu, Thomas Maroto, Marion Monaque, Sandra Moutoussamy, Elisa Philippot, Florian Saintilan, Younes Tigheght, Romain Truchet, Alexis Verdet, Simon Viens.

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Plongée dans les cités

Immersion

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Entretien avec Cédric Fabre, auteur de Marseille’s burning

Portrait

CanN ebière - Cannabis

3 HISTOIRES

Canebière, véritable symbole marseillais. “Elle est née, a grandi, s’est transformée”, comme le dit Adrien Blès, la rue la plus célèbre de Marseille n’a pas toujours été l’artère touristique et culturelle qu’elle est aujourd’hui. 400 ans plus tôt, celle qui se jette sur le Vieux Port était réputée pour être l'un des plus grands comptoirs de chanvre au monde.
out comme Rome, La Canebière ne s’est pas faite en un jour. Aujourd’hui, longue d’un kilomètre, elle part de l’église des Réformés pour se déverser dans le Vieux Port. C’est au Xe siècle que l’on retrouve les premières traces écrites du lieu. L’endroit était tout d’abord connu sous le nom de plan Fourmiguier, une zone marécageuse à l’emplacement de l’actuel “Quai des Belges”. C’est en 1672 que le nom de Canebière apparait pour la première fois dans les archives, (juste après la destruction des remparts de la cité). En fait c’est quelques années plus tôt, qu’un plan d’urbanisme, relatifs à l’agrandissement de la ville, prévoit la création d’une promenade publique, que l’on connaît aujourd’hui sous le nom de Canebière.

T

Une artère connue dans chaque hémisphère

A cette époque la future célèbre avenue, ne fait que 250 mètres de long et 11 mètres de large. Elle prend fin au niveau du cours Belsunce. Au delà, l’avenue est alors divisée en une multitude de petites rues. “Cours Saint Louis”, “Les allées de Meilhan” et “rue Noailles”. Cette dernière, subsiste jusqu’en 1861, avant d’être englobée par l’artère phocéenne, afin de la faire communiquer avec les allées de Meilhan (Allées Gambetta). le cours Saint Louis a eu une très grande importance, dans

l’histoire de la Canebière. En effet, c’est à son croisement avec le Cours Belsunce et l’avenue, que se situe le point zéro (calcul des distances) de Marseille et le commencement de l’artère. Jusqu’en 1927 la numérotation de l’avenue se faisait du cours et non du quai des Belges comme aujourd’hui. Plus tard, c’est dans un soucis d’élargissement de la rue, que les allées de Meilhan sont devenues parties intégrantes de La Canebière. En effet d’importants travaux d’élargissement ont lieu à partir de 1857. Le Conseil municipal adopte le projet “à 30 mètres” et décide que la nouvelle artère sera dans l’axe du boulevard de la Madeleine, aujourd’hui boulevard de la Libération. Pour ceci, des démolitions sont effectuées au niveau du cours Saint Louis, la première maison est touchée en 1860. De nombreuses modifications ont ensuite lieu au fil des années, pour une rue toujours plus grande et imposante. Enfin, c’est en 1927, que La Canebière prend la forme qu’on lui connaît aujourd’hui, 30 mètres de large, plus d’un kilomètre de long . C’est également à ce moment, que le conseil municipal décide de supprimer le mot “rue”, à l’instar de la capitale. Si depuis les évolutions n’ont été que mineures, les Champs Elysées marseillais n’ont peut être pas fini de se transformer, d’évoluer au rythme de la ville. guillaume LOPEZ

4 HISTOIRES

- Pousse-toi que je m’y mette

lors La Canebière, véritable terre mère de la culture et du commerce du chanvre ? Pour s’en assurer il est naturel et évident de s’intéresser à l’origine du nom de l’artère marseillaise. Bien des chercheurs d’étymologie se sont exercés sur ce nom. L’orthographe de la célèbre rue marseillaise a connu quelques modifications entre le XVIIème et le XIXème siècle pour des conflits de racine latine et provençale. Ainsi, En 1784, le nom de la rue, qui ne porte qu’un “n” est gravé aux angles des rues. C’est en 1857 qu’on découvre sur les plaques de porcelaine le toponyme “Cannebière” avec deux “n”, les édiles ayant voulu reprendre la racine latine de “Cannabis”. Finalement, la première orthographe est rétablie en 1927 afin de respecter l’origine provençale “Canebe” du chanvre. Le toponyme “Canebière” est également l’équivalent du français “chènevière”, à savoir un champ de chènevis, nom donné à la graine de chanvre, de la famille du cannabis. Qu’elle prenne un ou deux “n” La Canebière rappellera toujours le lieu où l’on entreposait le chanvre pour la fabrication des élingues et autres cordages, fabriqués sur place par les cordiers.

A

Avec le développement de l’arsenal des galères à la fin du XVIIème siècle, les cordiers sont contraints de déménager de leur emplacement (actuel Quai des Belges et Quai de Rive-Neuve). Pour les artisans du chanvre il était impensable de quitter la Canebière et ses ruisseaux si propices à la macération des tiges de la plante. Pour se faire entendre, les fabricants cordiers se sont unis et ont mené une longue bataille épistolaire (comme en témoigne la lettre d’époque, ci-jointe) avec la chambre des Commerces de Marseille pour récupérer un emplacement digne de ce nom. Finalement, les cordiers seront déplacés au sud de l'arsenal, où fut construite une nouvelle corderie qui donna son nom au boulevard de la Corderie. T.B Il est certain qu’on importait de grosses quantités de chanvre sur La Canebière au XVIIème siècle, mais l’artère marseillaise avait-elle ses propres champs de chanvre ? Nous avons posé la question à Pierre Echinard, historien et membre de l’Académie de Marseille, et Jean Contrucci ancien journaliste de La Provence. “Je ne pense pas qu’il y ait eu à Marseille même une culture du chanvre […] En tous cas, s’il y a eu du chanvre cultivé en Provence, ce n’est certainement pas sur la Canebière”, déclare Jean Contrucci. Pierre Echinard reste, lui, très évasif sur le sujet : “Je ne pense pas que ce soit allé jusqu’à la culture de chanvre sur La Canebière, cependant rien ne le prouve, et rien ne le réfute.” L’énigme de possibles cultures de chanvre aux alentours La Canebière reste donc intacte, pour le moment… T.B.

- Du chanvre “made in Marseille” ?

- 22 livres le quintal !

- “Cane…Cane…Caneb”

Tiffanie BOnnEAU

Tellement chère au peuple phocéen, l’artère principale de la ville est très présente dans la culture populaire du midi. Avec notamment une désormais célèbre chanson. Ecrite par Servil et composée par Vincent Scotto en 1935, la simple ”Canebière” est un véritable honneur fait à l’incontournable avenue. Interprétée par Alibert, “Elle est la capitale des marins de l'univers” et le restera sans doute encore longtemps dans l’âme des marseillais. Elle résonne encore dans les tribunes du stade Vélodrome, scandée comme chant d’encouragement. g.L. - Entre chanvre et chanvre. Bien qu'il existe aujourd'hui une multitude de variété de chanvre, naturelles ou hybrides, on peut les classer en deux grandes familles : le chanvre dit “agricole”, plus riche en fibre ; et le chanvre dit “indien” à haute teneur en tétrahydrocannabinol (THC). Depuis le XXème siècle lorsque l'on parle de cannabis, on fait souvent référence au chanvre indien, utilisé pour ses propriétés psychotropes. Mais depuis l'antiquité, la fibre du chanvre agricole est exploitée dans deux nombreux domaines comme la fabrication du papier, de cordage, de vêtement, d'huiles et même de billet de banque. Toujours cultivée en France, le chanvre agricole est aujourd'hui utilisé notamment dans l'industrie textile ou dans la construction, comme isolant. K.D.

Quand Marseille tirait sur la corde
Jusqu'au XIXème siècle, les corderies occupaient une place importante dans l'économie marseillaise. Rechercher le lien historique entre le nom de la célèbre Canebière et le chanvre mène directement à cet artisanat. C'est à partir du XIIIème siècle que les archives de la chambre de commerce révèlent une activité intense des corderies. La clientèle des cordiers marseillais va alors, du simple pêcheur à la marine royale, en passant par les navires de commerce. Les cordes en chanvre tressées à Marseille avaient très bonne réputation. Et qui dit production haut de gamme dit matière première de qualité. Les cordiers importaient donc d'Italie et d'Autriche le meilleur chanvre de l'époque. Un document des archives de la chambre de commerce atteste que 600 balles de chanvre (environ 50 tonnes), sont importées du Piemont au cours de l'année 1543. A la fin du XVIIème, suite à l'agrandissement de la ville, les cordiers s'installent sur l'espace laissé libre par la destruction des remparts (le bas de l'actuelle Canebière). Comment justifier ce déménagement? Difficile de recueillir un témoignage d'époque. Certes... En revanche la proximité de l'arsenal des galères, un gros client des corderies, peut justifier le choix du nouvel emplacement. Mais Pierre Echinard, historien et membre de l'Académie de

En 1756, selon un arrêt du Roi, le chanvre importé du Royaume, notamment de Bresse, Auvergne ou encore de Bourgogne était au prix de 22 livres le quintal. Il est aujourd’hui très compliqué de retrouver la valeur précise de la livre de France en euros. Mais une chose est sûre, le prix du chanvre a quelque peu augmenté aux alentours de La Canebière. g.L

Marseille, souffle une autre hypothèse... Selon lui, l'humidité du lieu serait responsable de la décision des cordiers. Le bas de La Canebière (l'actuel Quai des Belges) était à l'époque une zone marécageuse alimentée par des ruisseaux qui descendaient de Longchamps et formaient des flaques d'eau stagnante le long de la rue. Or, dans le travail du chanvre, une étape consiste à faire macérer les tiges pour en faciliter la séparation des fibres sur toute la longueur (le rouissage). Les cordiers utilisaient l'eau qui stagnait sur La Canebière pour réaliser cette opération. Pour Pierre Echinard, c'est donc la proximité de l'eau qui a motivé les cordiers à s’installer sur La Canebière. Juste un instant, tentons d'imaginer cette fameuse artère sans voiture ni métro, deux fois moins large... Au loin l'arsenal des Galères qui résonne dans le port. De part et d'autre de la rue, des quantités astronomiques de tiges de chanvre jonchent le sol et macèrent dans l'eau stagnante. Une odeur forte s'en dégage. Et au premier plan, un cordier qui s'échinent à tresser les fibres... Le lien historique entre le nom de La Canebière et le Cannabis est sous nos yeux.

Kevin DERVEAUX

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Avec la légalisation du cannabis, ne craignez-vous pas une explosion de la consommation? C'est possible. Mais on ne sait pas tant qu'on ne l'a pas fait. On a des exemples étrangers: le Portugal a dépénalisé l'usage en 2001 sans constater d'augmentation de la consommation. Aux Pays-Bas, la vente de cannabis est tolérée dans les coffee-shops depuis presque 40 ans, et en proportion de la population, il y a moitié moins de fumeurs qu'en France, où c'est interdit. L'idée, c'est que si on légalise, on récupère l'argent auparavant dépensé en vain pour la répression et on l'utilise pour des campagnes de prévention, actuellement inexistantes en France.

ichel Henry est journaliste à Libération depuis 1985 et s’intéresse de près aux faits de société. En 2011, le reporter a écrit “Drogues pourquoi la légalisation est inévitable”, un essai dans lequel il dénonce la prohibition du cannabis appliquée en France…

“Savoir relativiser le danger des drogues”
MICHEL HENRY - JOURNALISTE À LIBÉRATION

5 LE H AU PIED DE LA LETTRE

Durant la dernière campagne, la légalisation du cannabis n'a pas été au centre des débats, comment l'expliquez-vous ? Parce que tout le monde a peur de ce sujet. La gauche a peur de passer pour laxiste. La droite pense qu'il faut se montrer dur. En fait, la question des drogues permet aux politiques de rouler des mécaniques et de faire croire qu'ils peuvent encore jouer aux durs: ils n'ont plus d'influence sur la vie économique, sur la finance internationale, ne peuvent pas grand-chose contre le chômage, mais dans toute cette impuissance ils peuvent grâce à une politique répressive sur les drogues illégales prétendre qu'ils sont en mesure d'exercer leur pouvoir.

certainement eu une expérience avec le cannabis par exemple) mais ils pensent que l'opinion publique serait défavorable à toute avancée. Ils ont tort. En fait, ils devraient faire un effort d'explications vis-à-vis du public. En Suisse, les citoyens ont voté à 66% pour la distribution gratuite d'héroïne à certains toxicomanes, une fois qu'on leur a expliqué l'intérêt de la chose.

Qu'apporterait la légalisation du cannabis au point de vue économique en France ? L'Etat économiserait des centaines de millions d'euros dépensés en pure perte chaque année dans la répression. Le système judiciaire serait désengorgé de toutes les petites affaires de stupéfiants qui l'encombrent quotidiennement. Policiers et gendarmes pourraient se consacrer à des taches plus importantes que la chasse au fumeur de joints. Les règlements de compte mortels autour du trafic diminueraient. La vie dans certaines cités rendue impossible par le deal pourrait changer. Economiquement, un nouveau secteur productif serait en place, avec des emplois créés. Si on ne légalise pas le cannabis, est-ce avant tout une question de morale? De préjugés. Beaucoup d'élus savent que l'attitude actuelle est idiote et hypocrite (ne serait-ce que parce que beaucoup ont

Le cannabis doit-il être différencié des drogues dures ? Bien sûr. Il n'y a pas d'accoutumance autre que psychologique, pas d'overdose possible. Certaines personnes fument du cannabis pendant des années sans que cela leur cause de problème sérieux. Cela ne signifie pas que c'est sans danger mais il faut savoir relativiser les dangers des drogues.

“Avec la légalistation, l’état économiserait des centaines de millions d’Euros”

La légalisation du cannabis serait-elle un moyen de mettre fin au trafic ? Bien sûr ce serait une manière d'améliorer la situation même si tout ne serait pas réglé, puisque même dans un système légalisé, il reste un trafic. Aux Pays-Bas, où l’on vit sous un régime de tolérance, la moitié du marché du cannabis passe encore par le trafic illégal, selon les estimations. Ce qui veut dire aussi qu'on a au moins réussi à faire passer l'autre moitié dans le système "légal".

La France doit-elle prendre exemple sur les Pays-Bas et le système des coffee-shop ? Peut-être. C'est une voie. Mais les Pays Bas sont dans un système hybride: si tout majeur a le droit de s'acheter jusque 5 grammes de cannabis, le coffee shop qui le lui vend n'a lui pas le droit de s'approvisionner. Ce qui signifie que ce cannabis qu'il vend légalement, il l'achète illégalement. Une hypocrisie qui s'explique par le fait que le pays n'a pas voulu légaliser la production. Même si le Parlement avait par deux fois voté cette mesure, le gouvernement a refusé de la mettre en place de peur d'une réprobation internationale qui aurait été néfaste à ses intérêts commerciaux.

Certains états des Etats-Unis ont légalisé le cannabis, d'autres ont une politique très stricte à ce sujet, le pays peut-il être le premier à faire bouger les choses à travers le monde? Bien sûr, les Etats-Unis sont les gendarmes du monde en la matière sur la planète, qui vit depuis les années 1970 sous le régime de la "guerre à la drogue" introduite par Nixon. Donc, s'ils bougent, ça aura forcément un impact énorme partout. Mais leur situation est paradoxale: d'un côté, certains Etats légalisent, de l'autre, les prisons sont pleines de gens poursuivis pour trafic de stups (au moins 500 000 personnes). Le système le plus répressif cohabite avec des situations très contrastées: notamment avec la légalisation du cannabis thérapeutique, un énorme "cannabizness" s'est mis en place dans certains Etats. Dans quel but avez-vous écrit ce livre? Avez-vous eu des réactions de politiques depuis? Pour combattre l'hypocrisie générale et donner les bases factuelles d'un débat. Des réactions? Peu. Les positions restent malheureusement figées. Mais on ne perd pas espoir… Propos recueillis par Estelle BARLOT (*) Michel Henry – Drogues : Pourquoi la légalisation est inévitable- Editions Denoël LE LiVRE De son propre aveu, Michel Henry n’a “jamais consommé de stupéfiants”. Un détail qui n’a cependant pas empêché ce journaliste à Libération d’écrire en 2011 un essai intitulé Drogues : pourquoi la légalisation est inévitable. En quatre grands chapitres, il y dresse le bilan d’un échec de 40 ans de guerre contre la drogue, dénonce les dangers de la prohibition, l’inaction des politiques français mais aussi l’irrationalité qui consiste à autoriser l’alcool et le tabac tout en interdisant le cannabis, pourtant bien moins nocif. L’auteur fait également le tour d’horizon des pays étrangers sans oublier d’appuyer ses propos à l’aide de différents intervenants tels que policiers, médecins ou encore politiciens. Et même si le titre de son livre peut laisser penser le contraire, dans sa conclusion, Michel Henry reste lucide quant aux chances de voir une légalisation prochaine du cannabis “Tous ceux que cette perspective effraye peuvent malgré tout se rassurer : ce n’est pas pour demain”. LégALiSATiOn ET DéPénALiSATiOn : QUELLE DiFFéREnCE ? Légaliser, consiste à organiser un marché régulé d'une drogue, comme l'est le tabac par exemple: on autorise la vente, sous certaines conditions (pas de vente aux mineurs, une quantité maximale par personne, pas de publicité, des points de vente contrôlés et réglementés en dehors desquels le commerce est interdit, etc). Dépénaliser, c'est ne plus poursuivre pour usage de drogues. Le consommateur a droit à une quantité minimale légale pour laquelle il ne sera pas poursuivi. Mais la vente des drogues reste interdite. E.B.

6 LE H AU PIED DE LA LETTRE

a drogue, une thématique dans les médias souvent présentée de manière identique. Règlements de comptes, violence, trafics en tous genre, tirs de Kalachnikov, caïds abattus… Toute une mayonnaise qui a tendance à agacer Philippe Pujol, journaliste à La Marseillaise. “On parle autant de Marseille parce que tout a été fait pour. Sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy, certains élus PS locaux ont volontairement dramatisé la situation pour remettre en question sa politique sur l’insécurité”. Denis Trossero, à la tête du service faits-divers de La Provence voit cela de manière différente. “Il y a beaucoup de journalistes à Marseille, donc une caisse de résonance supérieure à d’autres villes, un pouvoir d’attraction inégalé également”. En dehors du “mythe” construit et adopté par les médias, l’approche du fait-diversier de La Marseillaise se veut différente. “Contrairement aux journalistes de La Provence, je ne pars pas sur le terrain pour servir aux lecteurs ce qu’ils souhaitent entendre”. Explique Pujol. Un sujet connu et méconnu à la fois, composé de beaucoup d’idées reçues. “On

L

Marseille capitale européenne de la culture. La cité phocéenne met la barre haute pour satisfaire touristes et habitants venant profiter de son soleil et de sa chaleur sous le regard bienveillant de la Bonne-Mère. Mais derrière le sea, sex and sun se cache un côté sex (surtout) drug and rock n’ roll.

Trafic de drogue et règlements de compte, Marseille fait couler beaucoup d’encre. Mais qu’en dit la presse nationale ? Envoyés spéciaux, correspondants, reporters ; nous avons cherché à rencontrer ceux qui, depuis Paris, traitent « notre » actualité brulante.

Marseille vue

Paris Match, le Nouvel Obs, ou encore Libération, possèdent des journalistes « affectés » à une ville précise. Pour Paris Match, à Marseille, il s’agit d’Emilie Blachère. Une journaliste reporter qui vit à Paris mais « descend » de temps en temps, pour des enquêtes. Libération a mis toutes les chances de son côté. Olivier Bertrand, correspondant à Marseille pour Libé, est un habitué des grandes villes. Plus facile à localiser, il a bien voulu nous rencontrer… Journaliste à Paris puis correspondant à Lyon, Olivier Bertrand est arrivé à Marseille en 2011. Il avoue privilégier les longues enquêtes aux réactions à chaud : « j’essaie autant que je peux de prendre du recul, de mettre les choses en perspective, de ne pas coller trop le nez dans le guidon de l’actualité ». L’intérêt pour le journaliste étant d’amener une information supplémentaire, contrairement à la PQR,

Zoom sur...

peut traiter cette thématique de mille façons différentes. La drogue et le trafic…un vieux sujet marseillais”. Expose le journaliste de La Provence.

La presse régionale
Le spectre de Tony Montana

LE H AU PIED DE LA LETTRE 7

Tout commence par les femmes

férence de Denis Trossero, je ne me rapproche pas vraiment des préfets de police et tout le ramdam. Serrer des mains, ce n’est pas mon truc”

par la presse nationale

A la Marseillaise, “le but est d’aller chercher ce qui n’est pas visible et de faire avec ce qu’on veut bien nous donner”. Ces quelques “fuites” qui ne risqueront jamais de mettre en péril les concernés et leurs affaires. “Tout se base sur une relation de confiance entre le journaliste et son contact”. Sur ce point, les deux journalistes s’entendent. Une fois acquise, hors de question de la trahir, sous peine de se discréditer, non pas auprès d’une personne, mais avec tous. Une relation solide ne se construit pas en un jour, plusieurs années sont parfois nécessaires. Tout commence par les femmes. Ce sont elles qui, en temps que spectatrices au premier rang, détiennent toutes les informations sur le réseau. Comment vont les enfants, où en est la grossesse… des discussions bien loin des trafics et du deal. “Il faut parler avec elles et s’intéresser sincèrement aux problématiques et aux sujets qui animent leur quotidien”, raconte Pujol. Créer une complicité. Si elles ne prennent pas part au commerce de drogue, elles-en connaissent les principaux protagonistes et les protègent. De fil en aiguille, des confidences et des recommandations. Alors on modifie, on camoufle, un 30 ans qui devient 26, un Toufik qui se change en Christophe… Autant de stratagèmes littéraires nécessaire à la préservation du lien entre le journaliste et ses sources, sans jamais mentir sur le fond. A l’évocation de la fameuse “loi du silence”, les faitsdiversiers sont tous deux d’accord. “Bien sûr qu’il y en a une. Je te raconte ça mais tu dis rien, je t’en parle mais je n’existe pas… C’est comme ça”. Autre élément avec lequel jongler, le contact avec la police. Les approches diffèrent. Philippe Pujol ne se ”contente pas des informations que les policiers donnent”. Et privilégie le contact avec les personnes concernées. “A la dif-

Entre ombre et paillettes, la question est de trouver un juste milieu. Il n’est pas question de descendre en flèche le trafic dans les cités ni de le changer en un petit monde tout doux. La problématique existe et les règlements de comptes sont eux aussi présents. Mais encore une fois, où est le mythe, où est la ‘réalité’ aussi impossible soit elle à donner. « Les règlements de comptes, c’est compliqué. Souvent ce sont des guerres de territoires et des histoires d’argent. » Eclaire Philippe Pujol. Denis Trossero complète, “Aujourd’hui il n’y a plus vraiment de grosses pointures. Ce sont des jeunes qui aspirent à grimper dans le réseau avec des rêves de réussite, qui hélas s’achèveront souvent par la prison, ou ce que j’appelle, l’accident du travail”. Car c’est bien des jeunes dont il est question. “Ces règlements de comptes faits à coups de ‘Kalach’, ce ne sont pas les gros qui s’entretuent. Ceux-là sont plus réfléchis et n’auront aucun scrupules à approcher leur cible, suffisamment pour leur tirer dessus avec un 9 mm”. Ici, les caïds ne se donnent que l’illusion d’être forts et tout puissants en maintenant la gâchette à bonne distance tandis que leur fusil vomit des rafales de balles. Le paraître. Un cercle vicieux au sein des cités où le spectre de Tony Montana plane au dessus de ces ados pour la plupart un peu perdus. “Ils ne connaissent que ça, le deal et les coups”. Termine Pujol. “Pour sûr ça fait rêver de mener la belle vie entouré de belles filles… Mais ce mythe reprit par la presse pour rassurer les lecteurs est très loin des véritables problématiques qui entourent le sujet”. Elisa PHiLiPPOT

qui apporte « des éléments de compréhension du jour au lendemain». Libération semble avoir pris le parti d’analyser plutôt que de réagir : « En règle générale j’essaie de prendre un petit peu plus de temps. Quelques jours, quelques semaines s’il le faut même des fois quelques mois, cela arrive ; pour essayer de comprendre un petit peu mieux les choses ». Olivier Bertrand explique pourtant : « Il peut arriver que dans la nuit nous apprenions la mort d’un jeune, et que le lendemain, voire le surlendemain, je publie un papier d’une page. Cela m’est arrivé il n’y a pas très longtemps. Dans ce papier j’ai essayé d’expliquer les causes des rajeunissements des jeunes hommes impliqués dans des réseaux de stups. » Ce « parigot » comme on dit à Marseille, semble s’être bien intégré à sa ville d’adoption. Né en banlieue Parisienne, il n’a pas eu de mal à comprendre le fonctionnement d’une ville gangrénée par le trafic de cannabis. Pour lui « ce n’est pas plus compliqué pour un Marseillais que pour un non Marseillais, d’obtenir des informations, parce qu’un journaliste qui commence à Marseille aura rarement des sources plus « utiles » dans les cités ». Il suffit simplement, pour Olivier Bertrand, de se construire un réseau solide dans la ville. Un bon réseau passe,

selon lui, par une « relation de confiance ». Avec les trafiquants qui ouvrent leur porte pour des enquêtes. Mais surtout avec la police : « Au fur et à mesure, on rencontre des policiers plus intéressants. Des relations se nouent avec certains d’entre eux, surtout lorsqu’ils s’aperçoivent que l’on retranscrit fidèlement ce qu’ils nous divulguent et que l’on garde les offs pour nous. ». Il en va de même pour les magistrats et les travailleurs sociaux. L’important étant de « respecter les règles ».Marseille ville de la drogue ? plus que Lyon en tout cas : « Ces villes sont extrêmement différentes ! D’abord sur le plan des règlements de compte parce que je n’ai quasiment aucun souvenir d’en avoir connu à Lyon. » il ajoute « Notamment parce que dans les banlieues Lyonnaises, ce sont de très grosses cités et non pas pleins de petites cités comme à Marseille. Elles sont très structurées et très tenues par les réseaux de drogue. Les rivalités sont gérées par les grands voyous, sans que ça tire à la Kalachnikov. » D’une manière générale, Olivier Bertrand et ses collègues déplorent une certaine difficulté de se rendre dans les cités pour des enquêtes de terrains. Andréa DUBOiS

Marseille et ses TRAFICS feuille à feuille…
Marseille, La Canebière, son cannabis, ses quartiers, ses complexités… Cette année encore la cité phocéenne a inspiré tout un lot d’auteurs. Sélection de trois livres enquêtes/témoignages sur la drogue et les mafias. Marseille Mafias, Marseille Connection, Au bout de la violence (respectivement de José d’Arrigo, François Missen et Elina Feriel). Les titres claquent mais les histoires racontées sont moins brillantes. Ecrits de journalistes du cru et d’une ancienne fille des quartiers, Marseille sans éclat, mise à nu.

8 LE H AU PIED DE LA LETTRE

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arseille, la drogue, un problème qui ne date pas d’hier. Dans Marseille Connection le journaliste François Missen se replonge quarante ans en arrière, époque où déjà il avait suivi le combat des autorités contre “l’hydre mafieuse de l’héroïne locale”. L’auteure d’ Au bout de la violence Elina Feriel se rappelle aussi de ces années 80 comme l’ “âge d’or” de l’héro. Originaire du “terre-terre” expression qui signifie que l’on est né ou que l’on vit dans les quartiers Nord, elle livre sans détour le témoignage poignant de son parcours dans la cité, émaillé de souffrances et de deuils. La “cité” lui a pris les trois “hommes de sa vie”. Tous sont morts sous les balles, victimes des violences liées de près ou de loin aux trafics. Elina s’est retrouvée veuve à 27 ans. Son mari, Sabri, épousé à la sortie du lycée, avait monté un important trafic de cannabis. Elle raconte l’ascension de Sabri, l’argent de la drogue, les combines pour le blanchir. Elle explique les territoires, l’entrée dans la cours des grands, avec les “amis” de la mafia, les services à rendre, la peur pour son mari. Un récit qui met une réalité, un quotidien derrière les chiffres de la drogue, ceux en euros ou en tombeaux.

Ces chiffres ont les retrouves dans Marseille Mafias signé de José d’ Arrigo. Le journaliste livre un ouvrage clair et bien documenté sur la situation actuelle des trafics à Marseille. De nombreuses interviews appuient un regard sans concession et un bilan sombre porté sur la cité phocéenne. L’état déplorable de Marseille “part du sommet, le scandale du conseil général, les subventions factices du conseil régional aux associations de quartier, en passant par tout le reste : trafic de drogue […]” constate José d’Arrigo. Une toile de mafia étouffe la belle Massilia jusque dans ses associations censées relever la “misère sociale”, ce dont témoigne aussi Elina Feriel dans Au bout de la violence. La mise en place de nouveaux équipements stades etc dans les cités ne suffit pas à faire changer les mentalités. Paradoxalement “dans la plupart des secteurs, la drogue et le commerce de la drogue sont devenus le seul tissu social et de solidarité” affirme José d’Arrigo. Elina Feriel fait le même constat. Dans la tête des jeunes des cités entre le décrochage scolaire, le racisme à l’embauche et la crise, “la drogue c’est LE moyen de s’en sortir”. Et la police dans tout ça ? Pour nos auteurs l’échec est flagrant sur tous les tableaux et sans être manichéen “il y a des policiers qui font leur boulot” concède Elina Feriel. Cependant les “flics ripoux” courent aussi les rues de la cité. José d’Arrigo pointe le manque de moyens. Ce qui ressort c’est que les policiers sont au courant et dépassés quand ils ne sont pas hypocrites et complices. Alors que faire ? Le souvenir du “héros” s’impose comme l’exemple à suivre. Celui du commissaire divisionnaire Marcel Morin : l’homme qui a éradiqué la “french connection” dans les années 70. “Il suffisait de vouloir” écrit José d’Arrigo. François Missen retrace la croisade du policier, l’homme phare de son livre, les moyens policiers et judiciaires mis en places à l’époque. Elina Feriel évoque d’autres solutions légalisation, intervention de l’armée. Le sale bilan posé, pour ces auteurs une question reste : l’Etat tient il réellement à régler le problème. Pour Elina Feriel et José d’Arrigo l’insécurité semble toujours bonne à exploiter en politique. En attendant on continuer d’aller “toucher”, tranquille, sous les yeux de la bonne mère. On y vient prier pour les morts et remercier pour le business.

Marion MOnAQUE

Mais que fait la Douane?
Depuis l'ouverture des frontières et la libre circulation au sein de l'UE, les services des Douanes ont vu leur organisation et leurs méthodes de travail radicalement changer. Mais quel est concrètement aujourd'hui le rôle des Douanes françaises dans la lutte contre le trafic de cannabis ?

9 HALTE DOUANES

xiste-t-il aujourd’hui une redondance quant au rôle des douanes face aux brigades de police et de gendarmerie, d'ores et déjà spécialisées dans la lutte contre le trafic de stupéfiants ? Avec l’apparition de la douane “volante”, particulièrement active sur nos autoroutes et dans les zones frontalières, il est difficile d’appréhender dans le tentaculaire système administratif français la place des douaniers dans les opérations antidrogues. “Mais il ne faut pas voir la multiplication des services comme un mauvais dispatche”, explique Sophie Hocquerelle, responsable du service presse pour les Douanes françaises. “Il existe en matière de lutte contre le trafic (de cannabis, ndlr) une véritable complémentarité entre les ‘stups', la gendarmerie et la volante.”

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Un mauvais ordre des priorités ?

trées de feuilles, plans ou résine de cannabis sur le sol français restent la priorité des services de Douanes. “Les méthodes ont changées, les équipements ont changés, les trafiquants aussi ont changés, plus armés et beaucoup plus dangereux... Mais frontalière ou volante, la douane était et reste aujourd'hui encore le premier rempart contre les trafics”, insiste Sophie Hocquerelle. De nouvelles méthodes qui ont permis aux douanes de saisir en 2012 près de 20 tonnes de cannabis, pour un total de 48 millions d’euros de marchandise.

à chacun ses trafiquants

Une complémentarité exemplaire… en théorie. En pratique, si policiers, gendarmes et douaniers coopèrent plus ou moins de bon cœur, il n'en demeure pas moins un clivage sectoriel sur le terrain, parfois sur fond de “guerre” – auquel chacun préfère le terme “challenge” – pour rapporter la plus belle prise. Chaque service a son rôle à jouer et ses cibles préférées : la BAC (Brigade Anti Criminalité), dealers des grandes villes et des cités, les “stups'” (brigade des stupéfiants), démantèlements de trafics en place, et la Douane aux “livraisons”. Qu'elles soient maritimes, par l'acheminement clandestin de containers remplis de drogue, aériennes, via le système de fret ou routières, par le très en vogue système des “go-fast”, les en-

Des postes frontières à la volante

Si le cannabis est devenu presque monnaie courante dans les grandes villes (escalade de la violence, guerres de territoire et règlements de comptes entre dealers en prime), il est essentiel de mettre en perspective ces réseaux clandestins avec ceux d’autres types de trafics, bien plus mortels encore. Comme le soulignent eux-mêmes les douaniers rencontrés, “le cannabis, c’est 75% des saisies de stupéfiants, mais même pas un quart des recettes pour les trafiquants”. Là où politiques et citoyens réclament toujours plus de résultats dans la lutte contre le cannabis, peut-être serait-il donc aujourd'hui plus constructif de prendre conscience de l'ampleur de la tâche que représente pour tous les services de douanes et de police confondus la lutte contre la multitude de réseaux de contrebandes en tous genres. Armes, drogues dures et même trafic d’êtres humains, les douaniers avouent sans complexe prioriser ces combats “plus urgents et bien plus importants sur le plan sécuritaire”. Steve CLAUDE

Deux dates clés sont à citer dans l'évolution des Douanes : le 1er janvier 1993 et le 26 mars 1995. Correspondant respectivement à l'ouverture des frontières puis à la libre circulation au sein de l'espace Schengen, ces deux événements – qui divisent aujourd'hui encore la classe politique – ont entraîné dans leur sillage la disparition du métier de douanier que chacun connaissait jusqu'à lors. Fini les interminables files de voitures aux frontières et les fouilles systématiques à la recherche de marchandises de contrefaçon ou de contrebande. Mais pas question pour autant de licencier les centaines d'agents à l'époque en poste aux abords du pays. Sécurité oblige, l’État français décide dès 1994 de lutter contre les trafics en tous genres, dont le très lucratif trafic de cannabis, par la création d'une Douane mobile, dite “volante”. Très présente sur les autoroutes, cette brigade aux moyens considérables se veut le nouveau fer de lance des autorités, en réponse à la forte recrudescence des contrebandiers suite à la suppression des postes de contrôle frontaliers. S.C.

10 HALTE DOUANES

Port sous contrôle

Chaque année, près d’un million de conteneurs transitent par le port de Marseille-Fos et… 180 douaniers sont mobilisés pour empêcher au mieux la circulation de la drogue dans le bassin méditerranéen.

epuis 2001, dans le cadre du plan Vigipirate les contrôles douaniers dans la darse conteneur de Marseille-Fos se sont intensifiés. Certes il est difficile de déceler toutes les cargaisons douteuses étant donné le faible effectif d’officiers en comparaison du nombre de conteneurs, mais leurs contrôles se veulent efficaces. Lorsque les douaniers ouvrent un conteneur, ils décèlent une fraude dans 50% des cas. “Tout est informatisé depuis 25 ans. Toutes les donnés des conteneurs sont entrés dans le logiciel Delta. Il fait une analyse du type de marchandise, de sa provenance, du pays et de la fiabilité de l’opérateur chargé du fret. En fonction de ces mots clés, il nous signale une éventuelle fraude. Après on contrôle les documents pour vérifier si tout est en règle”, explique Frédéric Eymard, Inspecteur Régional adjoint du bureau de Fos/ Port Saint Louis du Rhône. “Bien entendu, on est plus vigilant sur certaines filières comme l’Amérique du Sud.” Ce ciblage est fait par la brigade de Marseille, en cas de suspicion sur la marchandise, ils demandent par exemple aux brigadiers de Port Saint Louis du Rhône de fouiller le conteneur. “On le positionne dans un hangar et on camion le passe au camion-scanner. En fonction des images, on ouvre, on dépote quelques cartons pour vérifier s’il y a fraude. Si l’on trouve quelque chose, le conteneur est entièrement dépoté pour répertorier la saisie”, témoigne Sébastien Pons, Adjoint de la Brigade de surveillance externe de Port Saint Louis. Le port est une entrée sur Marseille, mais il n’est pas le point

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Cannabis en baisse, cocaïne en hausse

stratégique du trafic de cannabis. “Nos saisies ne sont pas énormes, le vecteur routier est privilégié. La résine remonte du Maroc par l’Espagne et elle est acheminée dans la région par les “Go-fast”.

Coté port, les saisies de cannabis sont en baisse, celles de cocaïne en hausse. En revanche les conteneurs sont de plus en plus utilisés comme test par les trafiquant en matière d’innovation de camouflage de marchandise illicite. Deux techniques sont employées : Le “Rip-off” qui consiste à dissimuler la came dans le fret, par exemple en Amérique du Sud ils mettent des carottes de cocaïnes à l’intérieur des trous de rondelles d’ananas, mises en conserves puis soudées. La seconde consiste à placer le paquet à l’entrée du conteneur, les trafiquants n’ont plus qu’à ouvrir la porte et se servir. “Cette méthode implique un lien de connivence avec des personnes du site, mais aucune enquête n’a réussi à le démontrer pour l’instant (…) les dockers et la douane ne travaillent pas en collaboration, eux se chargent de la manutention et nous de la surveillance des fraudes”, confie Frédéric Eymard. La dernière “grosse” saisie dans le port de Marseille remonte à décembre 2012 : 74kg de résine de cannabis confisqués à l’arrivée d’un ferry en provenance d’Alger. Loïc CHALVET

contre-attaque
Le Gouvernement a lancé de nombreuses mesures pour combattre la violence à Marseille. Objectif principal : éradiquer les règlements de comptes, dans les cités, liés au trafic de drogue. Retour sur 8 mois de lutte.

Manuel Valls

KIF ET KEUFS

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n 2011, Manuel Valls lance sa réforme majeure les ZSP, Zones de Sécurité Prioritaire. “Des territoires ciblés dans lesquels des actes de délinquance ou d'incivilité sont structurellement enracinés” comme l’a défini le ministre de l’intérieur. Dans la cité phocéenne, 6 arrondissements, qui contiennent les cités les plus sensibles, ont été classées ZSP. On en compte déjà une quinzaine en France, (une cinquantaine d’ici septembre 2013). Des zones où près de 2 millions de français vivent. Pour le Gouvernement, les ZSP c'est une autre manière de traiter la délinquance. “On cible un secteur, on analyse le type d'infractions qu'on y commet et on y met les moyens”. Justement, 3 millions d’euros ont été alloués à ces zones de sécurité prioritaire. Un apport qui a permis le déploiement de plus de 200 policiers et gendarmes à Marseille, ainsi qu’un renfort de 240 CRS. Grâce à cette aide, Manuel Valls a mis en place une nouvelle stratégie d'occupation du terrain. Elle consiste à “bloquer les cités” avec des opérations “coup de poing”. Les forces de police

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our endiguer le trafic de cannabis qui gangrène certaines cités de Marseille, Manuel Valls s’essaye à une stratégie novatrice. Bloquer l’entrée de ces quartiers avec des unités de CRS. Les policiers occupent la zone avec des camions pendant plusieurs semaines ce qui est censé empêcher clients et dealers d’opérer leurs transactions. A la cité de la Sauvagère, dans les quartiers Sud, les forces de l’ordre ont employé cette technique coup de poing durant deux semaines. Trois mois plus tard, on peut toujours se procurer de la résine ou même de l’herbe sans difficulté. Les “choufs” ont repris leur place, prêt à sonner l’alerte dès qu’un véhicule de la police est en approche. Tahagan habite au premier étage d’un des blocs situé à deux pas du point de vente. Il vit dans un trois pièces où il élève son fils de deux ans avec sa femme. Pour lui “la police n’a rien changé et ne changera jamais rien. Ils ont peut être arrêter la vente pendant deux semaines mais ça a repris de plus belle. Ce trafic est trop lucratif ils n’arrêteront jamais”. Ce qui inquiète le plus ce trentenaire, c’est l’éducation de son enfant. “Comment voulez vous que j’explique à mon fils qu’il faut aller à l’école alors qu’il pourrait faire de l’argent facilement avec eux. Ils emploient les jeunes très tôt dès dix ans parfois”. Une situation qui ne cesse d’empirer. Hélène réside dans le quartier depuis une ving-

Parole aux habitants

se mettent en place dans les quartiers et montent la garde durant plusieurs jours, voir plusieurs semaines. Une présence qui permet d’endiguer le trafic de drogue sur du moyen terme. Une manière de faire plus dissuasive, en comparaison avec les opérations menées les années précédentes où les forces de l’ordre investissaient les caves et les halls de cité, le temps d’une journée. L’affaire de la Bac Nord a elle aussi poussé Manuel Valls à un remaniement en profondeur. Une affaire de corruption et de chantage dans laquelle 17 policiers se sont retrouvés impliqués. En réponse à ce marasme, Manuel Valls a dissout cette brigade. Mais le ministre de l’intérieur ne s’arrête pas la, il a aussi inauguré en février le centre de supervision urbain (CSU) d’où l’on contrôle plus de 200 caméras qui scrutent les faits et gestes des habitants. Vols, dégradations, agressions, on en attend plus d’un millier d’ici la fin 2014. T.A. et F.S.

taine d’années. “Avant ce n’était pas comme ça”, se souvient-elle. “Ils ont commencé leur trafic il y a une dizaine d’année. Depuis tout a changé, ils dégradent et salissent tout. On ne se sent plus en sécurité surtout depuis la dernière fois”. “La dernière fois” dont Hélène parle, c’était le 14 Janvier. A une heure du matin, cinq coups de feu ont retenti visant un jeune homme de 24 ans. Tête présumée du réseau de la cité il a été touché à la nuque. Il s’en est sorti et a été écroué. “J’ai eu la peur de ma vie, je ne comprenais pas ce qui se passait. Depuis je pense parfois à déménager mais je suis trop attaché à mon quartier”, soupire t-elle. Pour ce qui est du blocage de l’entrée de la citée son avis est mitigé. “ça me rassurait de voir les policiers veiller sur nous mais d’un autre côté je me sentait encerclé presque en guerre avec toutes les armes qu’ils portaient. Et puis cela n’a pas changé grand chose, le trafic a repris et nous sommes confrontés aux mêmes problèmes”. Le 1er juin une manifestation sera organisée par un collectif des cités des quartiers Nord. Ils veulent mobiliser les Marseillais pour lutter contre toutes les formes de violences existantes dans ces cités et Hélène compte bien y participer. Florian SAinTiLAn

12 CULTURES ET CANNABIS...BILLES

Un fumeur de cannabis est un jeune dépravé qui porte des dreadlocks ` et "squatte" le canapé toute la journée sans projet d'avenir… Un cliché parmi tant d’autres. En réalité, il n'existe pas de "profil type" du fumeur. Chacun à un comportement, une façon bien à lui d'appréhender le produit. Parole aux principaux intéressés...

Silence… ça tourne !
"J'ai construit ma personnalité en fumant"
ADRIEn*, 22 AnS LISA, 20 AnS

Premier joint à 14 ans. Deux ans après il fumait tous les jours. "J’ai l’impression d’avoir toujours fumé, ça fait partie de moi." Aujourd'hui il dépense entre de 150 à 200 euros par mois pour sa consommation "C'est une somme, mais j'ai décidé de ne fumer que de la qualité. Pour ça il faut mettre le prix." Les effets ont changé avec le temps. "En tant que consommateur quotidien je ne ressens plus ce que peuvent ressentir des consommateurs occasionnels. Avec un joint ou deux je ne suis pas défoncé, je suis simplement détendu. Avec les années tu cherches juste une décontraction… Quand je m'ennuie je roule car quand je fume le temps fuit. J’ai commencé à l’époque où c’était invivable chez moi. Mes parents n’étaient jamais là, j’avais envie de combler leur absence. Avec le temps ils l’ont remarqué, ils n’ont jamais été d’accord mais cela m’est égal. Ce n’est pas parce qu’on fume qu’on rate sa vie. Mon frère fume une dizaine de joints par jours depuis qu’il a 15 ans. Cela ne l’empêche pas d’être en master 2 et d’être un élève brillant… Avec le joint tu as parfois des trous de mémoire mais cela reste momentané. Le plus mauvais dans la fumette c'est le tabac pour les poumons. Maintenant quand je monte les escaliers je suis essoufflé direct."

Au lycée Lisa fumait un joint de temps en temps avec les copines. Après le bac elle a décidé de s'installer avec son copain. Là les choses ont commencé à se gâter. "A nous deux on fumait 15 à 20 joints par jour, j'avais besoin de trois pétards pour démarrer la journée. Au bout d'un moment tu fumes un bédo avant chaque chose que tu vas faire. Tu ne penses plus qu'à ça, tu tournes en rond." Si Lisa et son copain pouvaient se permettre une telle consommation c'est parce qu'ils cultivaient leur propre cannabis. "Le matériel nous a coûté dans les 800 euros mais avec ce qu'on fumait et ce qu'on vendait tout à largement été remboursé. Je ne suis pas de ceux qui vous dirons qu'on ne peut pas être dépendant au cannabis, je crois à l'addiction. " Un jour Lisa en a eu marre. Elle a quitté copain, appartement, plantes... est rentrée chez ses parents et n’a plus rien touché pendant 8 mois. "J’ai réalisé que je fumais pour combler un vide." Aujourd'hui étudiante en deuxième année de licence elle refume, mais avec modération. "Il faut avoir été accro pour savoir où sont tes limites. Aujourd'hui je sais que je ne retomberai jamais dedans."

"il faut faire attention à ne pas s'enfermer là dedans"

Photos Iris CAZAUBON

A l’adolescence Sophie fumait quelques pétards "comme tous les jeunes". Elle a ensuite arrêté de nombreuses années car elle n’en voyait plus l’utilité. Aujourd’hui, maman d’un garçon de 13 ans elle a quelques problèmes de santé. "J’ai des douleurs neuropathiques (lésions au niveau des nerfs) qui me font beaucoup souffrir. Aucun médicament n’arrivait à me soulager. Un jour j’ai fumé un pet pour voir. Et ça m’a vraiment calmé. " Elle insiste sur le fait qu’elle n’est pas "accro". "Je fume maximum deux joints dans la journée quand la douleur est trop insupportable. Je trouve d’ailleurs que les médecins sont beaucoup trop fermés sur le sujet." Avec un budget de 50 euros par mois Sophie est une petite consommatrice. "Il y a trois ans je plantais, mais j’ai eu des problèmes avec mes graines et j’ai arrêté. Je fume pour la douleur mais aussi pour le fun, autant profiter de tous les effets."

"Je fume pour calmer mes douleurs"

SOPHIE, 50 AnS

Avant d’entrer dans les études supérieures Sam ne touchait ni à l’alcool ni à la drogue. Après deux ans de prépa il entre en école d’ingénieurs "J’ai tenu deux mois puis j’ai commencé. Je suis curieux de base, j’ai essayé, j’ai kiffé, j’ai adopté. Fumer m’a changé, j’ai découvert une nouvelle façon de penser. Quand tu fumes tes neurones se connectent différemment, tu te mets à penser à des choses auxquelles tu ne penserais pas forcément en temps normal." Sam fait aussi de la musique. "Quand je fume j’ai l’impression que ma créativité est décuplée. Ce n’est pas un hasard si beaucoup d’artistes et de gens célèbres fument. Je suis sûr que Steeve Jobs fumait. J’ai eu une éducation sévère, aujourd’hui si mes parents apprennent que je fume et même que je cultive je me fais découper en rondelles. Mais je suis bien comme je suis et je n’ai pas envie de changer. Je dois donc vivre avec cette épée de Damoclès au dessus de la tête." Sam compare la fumette à une discipline. "Dans ma tête une personne qui fume et arrive à maitriser sa consommation pourra, plus tard, faire ce qu’il veut dans sa vie. Personnellement ce qui me permet de me contrôler c’est le sport. Je pratique un sport de combat à un niveau national. Si je n’avais pas ça pour calmer ma conso, je pense que je partirais en cacahuète." iris CAZAUBOn * Les prénoms ont été modifiés.

"Je vois la fumette comme une sorte de discipline"

SAM, 24 AnS

depuis 10 ans de manière régulière. Elle confie qu’elle n’a réellement arrêté que pendant sa grossesse et que l’arrivée de son enfant n’a rien changé à son addiction. Pour l’éducation, elle n’y voit aucun problème. Ce n’est pas parce qu’elle fume que sa fille sera mal élevée et qu’elle sera pré-destinée à consommer elle aussi. Quand on lui demande ce qu’elle pense d’un parent qui ne fume pas, elle répond : “Je pense mieux aimer ma fille en étant maman et fumeuse que certains parents non fumeurs”. La jeune maman fait tout pour que sa fille ne soit pas exposée aux nuisances visibles de sa pratique, “Je vais me cacher le plus longtemps possible“. Elle fait attention à ne pas “rouler” devant sa fille et elle ne fume que lorsque celle-ci est couchée. La jeune maman évite que l’enfant ait le moindre contact possible avec le cannabis. Julie reconnait cependant que son addiction est un problème. Ne gagnant pas sa vie la drogue lui crée un réel problème financier. L’argent qui part en cannabis pourrait evidemment lui servir à faire plus d ‘activités avec sa fille ou alors à lui acheter plus de cadeaux. Ou encore elle constate que par moment ses troubles de la concentration deviennent récurrents et de plus en plus fréquents au quotidien. Malgré quelques tentatives pour arrêter, elle continue, car le geste revient, naturellement.

JULiE, 23 AnS, mère d’une fille de deux ans et demi consomme

Les adolescents et leurs problèmes avec le cannabis sont au coeur des priorités médicales et gouvernementales, leur comportement à risque inquiète. Mais comment cela se passe-t-il quand ce sont les parents eux même qui fument? Si la consommation change les sensations, les perceptions, la capacite de mémoire immédiate, la concentration, la vigilance et les réflexes, est il possible de “fumer” et d’élever un enfant? Des parents fumeurs et non fumeurs nous expliquent leur quotidien.

Quand les parents fument, les enfants...

CULTURES ET CANNABIS...BILLES 13

Rue de la Palud dans le 1er arrondissement de Marseille. Il y a plus de 15 ans maintenant Fred a installé son magasin “Goa”, du nom de la ville indienne destination phare des routards des seventies. En vitrine des vêtements hippies, des affiches, un étal de piercings. Mais à l'intérieur, bercé de musique reggae, on découvre tout un attirail de "fumette". Pipes, bangs*, grinders* en métal ou en plastique, briquets à l’effigie de Bob Marley ou ornés de feuilles de cannabis, papiers à rouler, petites et longues feuilles, naturelles ou aromatisées, transparentes, du carton*… Il y en a pour tous les goûts et de toutes les tailles. Un pas de porte dédié à la culture hippie ou de ce qu’il en reste, milieu qui ne se cache pas de fumer un bon "bédo" de temps en temps. “Je viens d’acheter un grinder* et des feuilles à la pêche. C’est un cadeau pour mon copain. Il ne reste plus qu’à aller chercher de quoi remplir tout ça…”, rigole d’ailleurs une jeune femme en sortant de la boutique. Mais il ne faut pas forcément aller dans un magasin spécialisé pour trouver du papier à rouler, des pipes et autres accessoires. Dans les tabacs classiques connus de tout le monde les buralistes voient passer et servent aussi de nombreux “consommateurs”, tous différents. “Les gens n’ont aucune honte à venir acheter des feuilles longues, que l’on

*Bang : pipes à eau qui permet d’aspirer une grande quantité de fumée d’un coup.*Grinder : petite boîte ronde qui permet d’effriter l’herbe.*Carton : un joint se roule, non avec un filtre mais avec un bout de carton. Les paquets de feuilles sont tous munis de cartons à l’intérieur.

vend en grande quantité. Des jeunes ou moins jeunes, des hommes, des femmes, même des enfants essaient” constate un buraliste du centre ville. “On vend de tout, même des joints pré-roulés qu’il faut remplir” . Tout ça dans une légalité un peu paradoxale, surtout lorsque l’on voit toutes les interventions menées à Marseille par le gouvernement pour arrêter la vente. “Les policiers ont beau venir de plus en plus nombreux dans les cités, cela n’arrête pas le trafic, ou seulement pour quelques heures. On trouve des feuilles, du carton, tout pour rouler, de partout, alors autant légaliser et arrêter cette hypocrisie”, propose un consommateur venu acheter son “matos” au tabac du coin. Hypocrisie : d’un coté on aide et on pousse à la consommation, de l’autre on surveille et on réprime… Cherchez la logique ! Estelle CAnTOnE

Photo E.C.

e cannabis a beau être illégal, les accessoires pour le fumer ne le sont pas… Et pullulent dans les tabacs. Des magasins proposent même uniquement des articles clairement liés à la “fumette”. Un business totalement légal et qui marche plutôt bien.

Fumer fait un tabac !

MATHiEU 24 AnS, papa d’un enfant de 4 ans explique par contre que, lui, a décidé d’arrêter de fumer dès la naissance de son bébé. Addict pendant 8 ans, le cannabis faisait totalement parti de son quotidien. Conscient des problèmes de santé et financiers que lui apportait sa dépendance, il s’est dit que c’était impossible de mêler majijuana et enfant. “Le choix a été très rapide à faire, je n’ai eu aucune hésitation”. Que pense–t–il alors de l’éducation donnée par des parents qui sont restés dans cet engrenage? “Elever un enfant dans un milieu où la drogue fait déjà parti du quotidien me parait compliqué et risqué, comment par la suite lui expliquer que ce n’est pas bien, il deviendra lui aussi forcément fumeur.” A propos des parents qui choisissent de rester consommateurs, ses propos sont sans concessions: “ce sont des irresponsables”. Alors être parent et fumer du cannabis, un bien ou un mal ? Chacun voit midi à sa porte et l’éducation reste quelque chose de très subjectif. Certains le voient comme un problème et d’autres trouvent que si le juste milieu est appliqué aucun soucis ne devrait se passer. Cependant, peu de médias, peu d’associations parlent de ce problème… La question que l’on peut alors se poser et pourquoi le gouvernement ou l’univers médical n’agit pas plus ? Le nombre des parents consommateurs augmentent mais pas celui des solutions… Loïse isabelle DELASSUS

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14 CULTURES ET CANNABIS...BILLES

icolas, 27 ans, est un habitué du virage nord “je ne suis pas abonné mais je dois assister à une dizaine de rencontres par saison, j'y vais un peu à la carte”. Nicolas est également un fumeur occasionnel “je ne suis pas un fumeur régulier dans le sens ou je fume de temps en temps, en soirée, mais quand je vais au Vélodrome, on est souvent trois ou quatre et on fait toujours tourner quelques bédos”. Quand on lui demande la raison de ce rituel, il met en avant la convivialité. Selon lui, le cannabis permet de mieux apprécier l'ambiance, d'être vraiment attentif au jeu et, quand celui-ci ralentit, de participer à des discussions passionnées “c'est vraiment pour ça que j'aime fumer au stade, tu passes un moment de détente avec tes potes, tu passes le joint tout en commentant la dernière passe manquée d'untel...”. Si on fait abstraction de la substance illicite, le discours de Nicolas est celui du supporter lambda. Viviane a la cinquantaine. Elle est abonnée aux Yankees depuis une quinzaine d'années. Elle ne fume pas de tabac, et encore moins du cannabis. Pour elle, la tolérance doit être la règle “Je suis toujours assise avec les mêmes personnes et autour de nous, ça fume constamment. Honnêtement ça ne me dérange pas qu'on fume à quelques mètres de moi, chacun fait ce qu'il veut du temps qu'il respecte l'autre. Le problème c'est quand on prend tout dans la tête...”. D'autres habitués des gradins phocéens sont plus véhéments, comme en témoignent les débats enflammés sur les forums de fans. Pour les détracteurs, la loi doit être rigoureusement appliquée : le cannabis est illégal, il n'a pas sa place dans une tribune. Et comme Viviane, ils sont nombreux à se plaindre de la “fumée”.

Le Vélodrome attire chaque week-end des dizaines de milliers de spectateurs. Edifice à ciel ouvert, le stade n'est pas soumis à la loi Evin. Chacun peut fumer librement sa cigarette, mais pas seulement. Phénomène représentatif d'un usage de plus en plus décomplexé, le cannabis est aussi consommé sans aucune crainte. Le seul contrôle a lieu à l'entrée. Dans les tribunes, le joint devient banal, toléré.

Je te kiffe

Nicolas, quant à lui, défend une attitude responsable “Quand on est trop serrés on se met à l'écart, il y a toujours de l'espace sur les côtés. En tout cas, personne ne m'a jamais demandé de bouger ou d'éteindre mon joint”.

La politique de l’interdit

n 2001, le film Requiem For a dream change la vision de la drogue et de ses consommateurs, les faisant passer de junkie fun et populaires à des individus dépravés et complètement déboussolés. Le réalisateur Darren Aronofsky avec ce film coup de poing à marqué toute une génération. Oubliez Dennis Hopper et Jack Nicholson de Easy Rider. Aujourd’hui ce sont plutôt les Jared Leto et Jennifer Connelly qui incarnent les junkies, fini aujourd‘hui l’identification aux personnages et pour la génération de jeunes des années 2000, leur image par rapport à la drogue traité dans le film est à des années lumières de la réalité. L’histoire traite de la déchéance de quatre personnes (dont trois jeunes) qui s’inventent un paradis artificiel en se droguant (dans le film c’est l’héroïne qui est mise en avant). Interrogés sur ce film, certains jeunes consommateurs de cannabis à la vie active “normale” (lycée/ travail/logement) se montrent unanimes ; pour eux la drogue et en particulier la consommation de cannabis, n'a rien à voir avec Requiem for a dream : “Je me suis vraiment ennuyée, ça dramatise trop et nous fait lâcher dans le récit, nous dit Nathalie 20ans, “je n’ai pas besoin de voir un film pour connaître les conséquences de l’héroïne ou autre drogue”

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Requiem For a dream : Vérité ou Cliché ?

Quelle serait la solution pour éradiquer la consommation dans les stades ? Une fouille approfondie ? Cela prendrait trop de temps. Contrôler pendant la rencontre ? Il est impensable de faire du cas par cas au regard du nombre de spectateurs... Pourquoi cette tolérance tacite ? Un élément de réponse pourrait être l'impact faible sur la sécurité. Il y a des fumeurs aux quatre coins du Vélodrome, mais les échauffourées ont toujours lieu aux mêmes endroits, entre les mêmes personnes. Et le facteur récurent est l'alcool, pas le cannabis. Reste l’aspect sanitaire. Pour supprimer les volutes de fumée, des initiatives prennent forme. Ainsi, il est maintenant interdit d’allumer une clope au Camp Nou, l’antre du prestigieux Barça. En France, c’est Lille qui veut aérer son Grand Stade. Dans un rapport parlementaire rendu public fin février, les membres du Comité d'évaluation et de contrôle des politiques publiques préconisaient une interdiction complète. Si la tendance persiste, et tout porte à le croire, la prohibition sera la règle. Et tant pis pour la tolérance. Romain TRUCHET

raconte, Sylvain, 18 ans, vivant en Nouvelle-Calédonie. Quant à Pierre 23 ans, son avis est légèrement plus poussé “je ne vis pas du tout dans l’univers du film, ce n’est pas parce que tu consommes que tu es un junkie prêt à tout pour fumer, j’ai une famille stable et des amis équilibrés, le contexte du film change tout donc je ne me sens pas concerné”. Delphine, étudiante en fac de psycho, a un avis plus nuancé ”je suis d'accord que c'est exagéré mais dans tous les cas, le but principal du film était de sensibiliser. D'autant que l'auteur du livre à partir duquel le film a été adapté a souffert d'addictions également. C'est un regard personnel d'un écrivain et d'un réalisateur, qui souhaite servir une cause universelle”. Malgré un succès critique et populaire indéniable, le film continue de diviser et reste perçu négativement par la majorité des consommateurs de stupéfiants. Pour eux l’œuvre de Darren Aronofsky ne leur était pas adressé directement. Elle s’adresse plutôt à un autre public dans une optique de prévention, d’où la dramatisation mise en scène sur certaines drogues. Thomas MAROTO

Cannabis : I N ou OUT ?
C
hacun sa plantation. L’un est étudiant, l’autre scientifique, les deux ont bien étudiés leur sujet avant de se lancer. Thomas sur son ordinateur, Eric à travers ses voyages. L’ “herbe”, ils connaissent. Thomas a beaucoup travaillé son dossier, il a passé en revue tous les sites, livres, et autres guides permettant d’effectuer une petite plantation. Il aurait pu produire à l’extérieur, ses parents ont un grand jardin mais comme il habite maintenant seul en ville il a préféré cultiver dans son appartement. Une plantation qui ne dérange pas heureusement son colocataire lequel est “au parfum” mais remarque, “c’est juste que ça sent fort”.

CULTURES ET CANNABIS...BILLES 15

Produire chez soi ou dans la nature. Deux manières de faire : “inbox” chez soi, ou bien “out” en extérieur. A l’heure où les Cannabis Social Club prônent la désobéissance civile, nombre de “producteurs” de cannabis sont encore loin d’être prêt à témoigner à visage découvert. Rencontre en toute discrétion avec Thomas 19 ans, et Eric 56 ans, petits cultivateurs anonymes.

“J’ai planté pendant cinq ans au nez et à la barbe de tout le monde”
Du coup Thomas a acheté un filtre pour masquer l’odeur tenace de ses petites plantes. Le coin de culture ? Une sorte d’armoire en toile appelée “box”, Thomas y héberge quatre plants qui donneront chacun prés de 250 grammes de “substances”. Deux semaines c’est le temps qu’a mis Thomas pour réceptionner tout le nécessaire et l’installer. Pour Eric, cela n’a pas été la même chose. Il est de la vielle école. “J’ai planté pendant cinq ans au nez et à la barbe de tout le monde”, à la campagne, en périphérie d’une grande ville. Dans cette propriété, Eric avait un terrain avec au fond une longue haie. Il a tout planté derrière cette haie et s’est contenté d’arroser régulièrement. “Si vous aviez vu ça pousse comme de la mauvaise herbe”. Il en fumait un peu et le reste finissait en poussière séchée au soleil. “Je n’y passais pas trop de temps, je surveillais à des périodes stratégiques”. Plusieurs fois des ramasseurs avisés ont tenté de lui chaparder son butin, sans succès. Souvenirs, souvenirs “le matin quand je me réveillait, je sentais l’odeur des plantes de mon lit”. Nostalgie… Avec la retraite qui arrive, il pense reprendre la plantation.

Photo Iris CAZAUBON

A l’inverse Thomas commence à se lasser, il en est déjà à sa cinquième récolte. Il lui faut trois mois pour récolter et entamer son petit rituel. D’abord goûter aux fruits de ses efforts avec quelques amis “privilégiés” puis sortir les boites à chaussures pour ranger le trésor interdit. “Dernière récolte et j’arrête, ça me prend trop de temps”. Du temps mais aussi de l’argent. Sa “box” est gourmande en électricité, et puis Thomas craint de se faire attraper. Maintenant trop de personnes savent qu’il produit, il avoue même devenir quelque peu parano, “c’est pour ça qu’à part les amis proches, je garde tout pour moi, pour éviter que ça se sache”. Ne pas prendre de risques, un des maitres mots des producteurs clandestins, sauf… pour Eric. Il n’a pas arrêté de cultiver à cause des risques, et s’il reprend, il ne s’inquiètera pas trop. “C’est difficile d’être discret, l’odeur est très forte.” De toute façon, selon lui, “la police a d’autre chose à faire que d’’empêcher un vieux de fumer son herbe”. Il en oublie quelques fois que l’usage seul du cannabis est passible d’un an d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende.

Younes TigHEgHT

16 MÉDECINE DOUCE

rrivé en Europe au XVIIIème siècle, le cannabis a joué un rôle important dans la médecine. Utilisé contre la douleur, il disparaît au XXème siècle remplacé par d’autres médicaments. La découverte de récepteurs cannabinoïdes a récemment relancé le débat. Considéré encore comme une drogue, le cannabis médical se heurte à des législations restrictives. Malgré une utilisation divertissante, il semblerait qu’il existe des vertus thérapeutiques dans sa consommation. Pour aller au-delà du tabou, certaines associations luttent pour la légalisation du cannabis médical. Franjo Grotenhermen, docteur allemand, est responsable de l'association internationale pour le cannabis médical. Il déclare dans son ouvrage, Cannabis en médecine : “L’utilité médicale du cannabis, et des cannabinoïdes pris séparément, est maintenant très largement acceptée par la communauté scientifique. Mais le climat et la situation légale restent difficiles pour les patients d’autres pays comme la France, la Grèce ou la Suède. Des débats rationnels commencent seulement dans ces pays qui accusent un retard de près de 15 ans par rapport aux autres pays”. La France ne semble pas vouloir légaliser le cannabis, aussi bien pour des cas médicaux que pour une consommation libre. Et même si ces derniers mois, le débat s'est relancé, la question du cannabis médical reste entière. Le Docteur Grotenhermen défend le cannabis médical car il est convaincu de ses bienfaits dans certaines maladies. “Pour beaucoup de mes patients, le cannabis est un moyen de trouver du réconfort et d’oublier la douleur”. La consommation peut

A

En Europe, seuls l’Espagne, l’Italie, l’Allemagne le Royaume-Uni et les Pays-Bas autorisent le cannabis médical. En France, la consommation du cannabis à usage thérapeutique reste un sujet sensible. Un tabou qui commence à peine à bouger. Le cannabis entre aspects positifs et risques sur l’organisme.
avoir un effet antidouleur pour les souffrances chroniques résistantes. Il peut même être excellent pour stimuler l'appétit en cas d'anorexie. Ses propriétés anti-vomitives sont également efficaces lors de chimiothérapie. Le cannabis médical peut se considérer comme un médicament si ses effets s'adaptent aux symptômes de certaines maladies. “Beaucoup de patients ont un meilleur contrôle de leurs symptômes, ils retrouvent souvent une vie normale grâce au cannabis”. La consommation du cannabis, lors de traitement, peut être envisagée de différentes façons. Elles sont même parfois préférables à la fumette, car l’inhalation semble la plus risquée. Tisanes, cachets, vapeurs, sprays, ces formes de prises seraient moins nocives que le joint. De plus, les sites internet vendant du cannabis se multipliant, on ne cesse d'innover. Selon le neurochirurgien, Docteur Meyer, praticien à Grenoble : “La voie orale serait plus efficace par rapport aux joints, et surtout il y a moins d’accoutumance” . Si la prise de cannabis reste tout de même dangereuse, c’est qu’elle peut entrainer un cancer du poumon. Le risque est même plus élevé que pour le tabac. Le cannabis provoque également certains effets qui peuvent détraquer l’organisme. Le Docteur Meyer parle de troubles psychiatriques avancés, comme la schizophrénie, ou de troubles de la mémoire. Le cannabis, malgré un effet positif lors d’un traitement symptomatique reste tout de même une drogue. Mais parfois sur avis médical, il semble bien que l’on peut traiter le mal par le mal. Emy ASSOULinE

Cannabis sur ordonnance

Les pays d'Europe ont des législations très disparates concernant l'usage du cannabis. Certains permettent également l'usage médical. Voici une carte qui vous renseignera sur le sujet.

Elise LASRY, Sandra MOUTOUSSAMY, Estelle BARLOT

De plus en plus d'entreprises, en coordination avec la médecine du travail, s'intéressent au test de dépistage du cannabis. Des tests destinés aux postes dits à risque et réalisés sous certaines conditions.

Fumer au travail ATTEnTiOn DAngER !

MÉDECINE DOUCE 17

A

près les tests d'alcoolémie, voici les tests de dépistage du cannabis ! Les chefs d'entreprise deviennent friands de ce dispositif. Dans le code du travail il n'y a aucune clause relative à l'usage de stupéfiant, mais en pratique les tests sont autorisés. Les employeurs ont le droit d'en réclamer si la personne concernée convoite ou détient un poste à responsabilité. Des postes qui nécessitent des exigences de sécurité, de maîtrise du comportement, de conduite de véhicules ou encore de manipulation de produits dangereux. Le dépistage d’usage de stupéfiant et une procédure particulière et très encadrée. Le dépistage ne doit pas être effectué systématiquement et doit apparaître dans le règlement intérieur de l'entreprise. De plus, il faut respecter ce que l'on appelle “les règles d'information individuelle”, c'est à dire expliquer le pourquoi du dépistage et les conséquences d'un résultat positif. L'employé doit également avoir un droit de refus. Par ailleurs “si la dépendance est avérée et qu'elle met en péril le travail ou l'entreprise, la médecine du travail aura pour mission d'orienter la personne pour qu'elle se soigne” explique Nadia, membre du dispositif d'Appui Drogues et Dépendances (DADD) en région PACA. A noter que dans le cadre de l'examen, le secret médical joue. Car le médecin ne doit prononcée qu'une inaptitude et non révéler une quelconque autre information. Toutefois aujourd’hui “les consommations excessives ponctuelles ont tendance à augmenter au travail” constate Marie-Laure Hémery, médecin du travail. Et c'est ce qui inquiète. La Mission interministérielle de lutte contre la drogue et la toxicomanie (MILDT) considère qu'un dixième des salariés se réfugient

dans la drogue pour faire face à leur travail. Un autre organisme , l'institut national de prévention et d'éducation pour la santé (INPES) diffuse lui tous les cinq ans un baromètre consacré à l'usage de substances psychoactives dans le milieu professionnel. D'après l'étude de 2010, la consommation de cannabis varie en fonction des secteurs d'activités. Ainsi, les plus touchés sont les arts et spectacles avec 16,6% de consommateurs dans l'année, la construction, avec 13%, l'hébergement et la restauration (pas de chiffres déterminés). Plus du tiers des fumeurs de tabac et le quart des fumeurs de cannabis ont affirmé avoir augmenté leur fréquence d'utilisation à cause de la pression et de problèmes professionnels. Pour essayer d’enrayer ce phénomène, la MILDT a publié un guide pour conseiller les entreprises sur les techniques de prévention contre la consommation et l'abus de substances psychoactives telles que le cannabis. La sensibilisation est très importante. En région PACA, un réseau informel de professionnels s'est constitué et en train de se former pour apprendre à intervenir dans le milieu des entreprises dans le cadre de mission d'information/prévention. Sandra MOUTOUSSAMY

“On est une vigilance sanitaire”. Voilà comment Elisabeth Frauger, responsable adjointe du Centre d'Evaluation et d'Information sur la Pharmacodépendance (CEIP) – Addictovigilance décrit son service. Son équipe recueille les cas de dépendance, d'abus ou encore d'usage détourné de substances psychoactives et notamment de cannabis. La collecte s'effectue auprès des professionnels de santé (médecins, laborantins) ou encore des urgences médicojudiciaires, les services de police et de gendarmerie. Il y a quelques années, l'une de ces études a révélé plusieurs catégories de dépendants : les consommateurs de cannabis pur, ceux qui le fument et boivent et les jeunes qui sont plus concernés par l'abus et la dépendance. A la suite de ces recherches ils identifient les risques et impacts psychiatriques pour en informer les professionnels de santé. Le centre agit

information/formation avant tout

sur toute la région Provence Alpes Côte d'Azur ainsi que sur la Corse. Prévenir reste le maître mot du CEIP. Il n'est jamais confronté aux patients mais interagit directement avec les médecins, urgences, laboratoires de toxicologie etc... Ces derniers sont orientés et conseillés sur les cas de dépendance auxquels ils font face. Ils peuvent eux-mêmes solliciter l'aide du CEIP ou c'est le centre qui vient à eux. L'équipe d'Elisabeth Frauger se déplace régulièrement dans les structures spécialisées des usagers de drogue. Elle diffuse alors toutes les informations collectées sur la région et réponde aux questions. “Le plus souvent on intervient sur les nouvelles drogues de synthèses”, déclare l'adjointe. Une mission d'information qu'elle juge indispensable. S.M.

18 INTERNATIONAL

nos amis du Rif

Acheminé à travers l’Espagne par go Fast ou par mer le cannabis se retrouve à Marseille. Mais d’où provient-il ? Selon les chiffres publiés par l’OnUDC , 21% de la production mondiale de cannabis provient de la région du Rif au Maroc. Pourtant les actions en vue de diminuer la production de cette drogue sur le territoire chérifien manquent cruellement. il faut dire que le souverain Hassan ii et son successeur Mohamed Vi sont tous deux des partenaires privilégiés et des amis de longue date de nombreux pays européens ainsi que des Etats Unis. On comprend donc pourquoi on ne cherche pas à froisser le royaume. Occasionnellement pour faire plaisir à leurs partenaires et à seul but de détente diplomatique, le royaume du Maroc lance des mesures symboliques comme la prohibition de la vente de feuilles de tabac à rouler, ou l’interdiction des vols hélicoptères civils dans le royaume. Chaque année les autorités marocaines procèdent à une très médiatique campagne d’éradication de champs de cannabis pour prouver leur bonne volonté. Dans son rapport annuel les drogues de 2013 L’inCB félicite paradoxalement le Maroc pour sa coopération dans la lutte contre l’économie de la drogue. Selon le même rapport la culture de cannabis au Maroc s’est stabilisée aux environs de 47 400 ha en 2013, ce qui est légèrement en dessous des chiffres des années précédentes. Mais la question à laquelle personne ne répond est, comment éradiquer une culture qui est historiquement liée à la région du Rif surtout dans la partie centrale entre Chefchaouen et Targuist, région dans laquelle la pauvreté et l’analphabètisation est encore importante ? Le pouvoir marocain y trouve-t-il son compte ? il faut tout de même se remémorer l’histoire tumultueuse de cette région frondeuse qui reste en dehors de circuits touristiques. De ce fait la culture de cannabis et son trafic à partir des enclaves espagnols de Ceuta et Melilla reste la majeure source de revenu des habitants du Rif. De plus comment obliger les paysans du Rif à changer le type de culture de leurs champs quand le cannabis rapporte plus que l’orge ou le blé ? Le gouvernement Marocain se contente actuellement de coopérer avec les instances internationales de lutte contre les stupéfiants en apportant son aide contre le trafic de drogue dures, et en renforçant les contrôles aux frontières. Toutes ces actions contribuent à détourner le regard des acteurs internationaux du vrai problème marocain, la culture du cannabis. Pendant que le Maroc multiplie les diversions, les organisations internationales préfèrent se concentrer sur des dossiers plus brulants et médiatiques comme le Mexique et l’Afghanistan laissant à l’Europe la question marocaine. A.V.

n février 2013 Courrier International au travers d’une sélection d’articles internationaux avait dressé sur Marseille un portrait pittoresque mais pessimiste. Ces articles anglo-saxons se focalisaient sur les problèmes d’immigration et la présence musulmane dans la ville. Mais également tous ces papiers pointent du doigt un trafic de drogue gangrénant la ville. Si l’on demande à un étranger ce qu’il sait de Marseille, un certain nombre vous répondront qu’ils ont déjà entendu parler de la French Connexion, rendu célèbre aux Etas Unis par le film éponyme. Cette organisation contrôlait jadis l’approvisionnement en héroïne du monde à travers un vaste réseau entre Marseille et les USA. C’est malgré tout cette image dépassée de la ville que les instances donnent à travers leurs rapports. L’INCB (bureau international de contrôle des narcotiques) fait référence à Marseille comme ancienne plaque tournante du trafic d’opium mais guère plus. Mais la réalité actuelle est tout autre. L’âge d’or des réseaux de contrebande de drogue à structure pyramidale est révolu. Le trafic de stupéfiant marseillais est maintenant dominé par des réseaux plus petits et moins élaborés. Ces réseaux sont certes plus faciles à fragiliser une fois les leaders localisés. Mais ces organisations sont bien plus nombreuses et bien plus facile à mettre en place.

Cannabis connexion Marseille capitale ?

E

Que fait l’OnUDC ?

Malgré cette situation préoccupante, les organisations internationales de luttes contre le trafic de stupéfiant ne semblent pas s’intéresser au cas marseillais outre mesure. Le cas de l’ONUDC (L'Office des Nations unies contre la drogue et le crime) est révélateur. La dernière mention de Marseille parmi les points de transit principaux de la résine de cannabis dans un de ses rapports date de 2008. Depuis plus de traces de la cité phocéenne sur la carte de la drogue. Il faut dire que l’ONUDC, consacre la majorité de son budget à la lutte contre le blanchiment d’argent. Si problèmes de drogue il y a, l’agence se concentre d’avantage sur l’Afghanistan, la frontière mexicaine et/ou l’Afrique de l’ouest. Europol (agence de coopération des polices européennes) est la seule organisation de lutte contre la criminalité à consacrer plus d’un paragraphe au trafic de cannabis à Marseille dans son rapport de 2012. Pour Europol, Marseille est devenu un point de transit, de stockage et de réexpédition de la résine de cannabis en provenance pour l’essentiel du Maroc. Pourtant Marseille ne parait pas être la priorité d’Europol dont les budgets limités sont consacrés à la collecte d’informations que les polices locales n’utilisent que très peu. Pendant ce temps les médias français multiplient les unes. Fustigeant l’urgence de la problématique de la drogue à Marseille. Cependant il semble que les vingtaines de meurtres marseillais ne pèsent pas lourd face aux 3000 morts de la guerre contre les cartels au Mexique. Alexis VERDET
- Rapport de l’ONUDC 2008 et 2012, Rapport de l’INCB 2013, Rapport Europol 2012

Mauvaise Fortune
N’en déplaise à l’imagination populaire, les travaux de chercheurs montrent que le commerce du cannabis crée peu de richesse, bien qu’en période de crise, il reste une source de subsistance qui compte pour les plus pauvres. À leur risques et périls.

19 ÉCONOMIE

L

e trafic du cannabis est un commerce risqué et peu lucratif. Pourtant le cliché du dealer ayant fait fortune dans le négoce de résine, au volant d’une berline, montre de luxe au poignet, a la vie dure. En France une étude de l’OFDT( Observatoire français des drogues et des toxicomanie) estime à 23 000 le nombre d’individus impliqué dans le commerce de cannabis. La grande majorité d’entre eux, environs 220 000, ne gagne pas plus de 580 euros par mois, soit un peu plus du RSA (475 euros). Christian Ben Lakhdar, maître de conférences de l'Université Catholique de Lille Chargé d'études à l’OFDT souligne “que ces chiffres sont beaucoup plus proche du chiffre d’affaires que du revenu net”. En ce qui concerne Marseille Claire Duport, sociologue, indique “aucune recherche fiable ne permet actuellement de quantifier avec précision et certitude les quantités de cannabis importées, et donc de quantifier les revenus que le trafic génère”. Pour autant, le journaliste à La Marseillaise, Philippe Pujol qui a beaucoup enquêté sur le trafic de drogue dans les cités marseillaises est sans équivoque, “dire que les dealers tirent d’importants profits du trafic est un fantasme absolu, ce commerce génère des revenus que l’on peut plutôt qualifier de rente de survie”. Outre les faibles sommes que tire la majorité des dealers, ce commerce vu sous le prisme des risques qu’il comporte, devient définitivement un emploi paupérisant. Le risque d’interpellation est important, “et une condamnation par la justice représente une sortie forcée du marché du travail illicite, et donc une perte de revenu” note Christian Ben Lakhdar. Entre 2006 et 2012 le nombre d’interpellations pour usage, revente et trafic de cannabis a doublé, selon les chiffre de l’OFDT. En 2008 la durée moyenne de détention était de 8,8 mois selon le Ministère de la Justice. A cette peine de prison s’ajoute une lourde amende et depuis 2008 la saisie des avoirs criminels ainsi que les stocks de marchandise trouvés chez le dealer. Mais “les pertes de revenus peuvent ne pas provenir seulement de la régulation policière et juridique du marché du travail illégal”, comme le rappelle Christian Ben Lahkdar, le monde du trafic de stupéfiant est un milieu violent, où les conflits se règlent souvent dans le sang, et non devant un tribunal. Qui peut bien vouloir dans de telle condition être carriériste dans le commerce du cannabis ? Qui peut continuer à croire que ce commerce fait recette facile ?

« Les élus ne sont pas idiots »

Pour Phillippe Pujo,l les dealers ne sont ni à plaindre, ni à blâmer. Ceci dit il, continue de conter ses histoires, ces enfants martyrs shootés à la came depuis leur plus jeune âge, qui finissent par travailler gratuitement, pour quelques grammes de résine et le repas du midi. Le commerce du cannabis est un commerce de la dette, très vite une bonne partie de ces travailleurs effectue leur besogne pour rembourser la drogue ou l’argent que leur a prêté le chef de bande, si bien qu’ils se trouvent forcés de dealer, pris au piège. “Le deal mène au chômage ou à la mort” résume Philippe Pujol. Mais le chômage est de toute façon une réalité pour la majorité de la population des quartiers dits “sensibles”. Dans les ZUS (zones urbaines sensibles), lieux de la majorité des trafics, le chômage est en moyenne deux fois plus important qu’ailleurs, et à diplôme égal, un individu résident d’une ZUS a deux fois moins de chance de trouver un emploi. Christian Ben Lakhdar conclu “si le marché du travail offre des opportunités lucratives, alors les incitations à s’engager dans le trafic de drogue seront moins élevées”. Philipe Pujol a même observé chez les dealeurs des qualités recherchées dans le monde du travail, capacité d’adaptation, sens inné du commerce, grande motivation…

Pour Philippe Pujol, des solutions institutionnelles existent, mais sur le long terme, hors du temps politique calqué sur les échéances électorales. Impossible dans cette situation de prendre des décisions (dépénalisation, ect) susceptibles de choquer l’électorat. “Les intérêts ne convergent pas, alors ils laissent faire” indique le journaliste, “c’est une bonne façon d’acheter la paix sociale”. Le deal est donc souvent un choix contraint qui permet un revenu de subsistance. Il crée parfois du chômage en fauchant dés l’enfance les travailleurs mineurs du cannabis. Mais pris dans la totalité, le commerce crée de la richesse, cette manne, même infime une fois disséminée aux quatre coins des cités permet de vivre à bon nombre de familles. Dés lors on peut se demander si l’Etat se donne tous les moyens pour supprimer définitivement cette économie illégale ?

Simon ViEnS

H
20 À L’OUVRAGE

Génération

Une France qui a intégré le cannabis dans sa culture, voilà le portrait que dresse le livre Génération H. Rencontre avec son auteur, Alexandre Grondeau, 35 ans, également critique musical et géographe à l’université d’Aix-Marseille.
té 1995, une petite bande de lycéens parcourt la France pour les vacances, assoiffée de liberté mais surtout de haschisch. Des festivals de country aux ferias en passant par les free parties, ils vont rencontrer toute une génération qui a fait du “joint” le nouveau verre de vin. Alexandre Grondeau s'est inspiré de ses rencontres avec de nombreux amateurs de cannabis, ce qui donne au roman une certaine valeur sociologique, quoiqu'il soit surtout inspiré de la jeunesse de l'auteur. Ce récit initiatique est aussi très pédagogique ; le néophyte pourra découvrir les différences entre afghan, marocain ou skunk, la définition d'un shilom ou le mode d'emploi d'un bang. Le roman porté par la musique, dont l'auteur est passionné : reggae ou techno, elle traverse le récit et accompagne partout les héros et le lecteur – une playlist est d'ailleurs proposée à la fin du livre. Sur le site (www.generation-h.com), vous pourrez retrouver une compilation mais aussi d'autres bonus, comme des témoignages vidéos de consommateurs. Vous dites que les français fument un joint le soir, que beaucoup de fumeurs sont avocats, cadres etc., mais à part quelques conducteurs qui prennent les héros en stop le roman parle beaucoup de “marginaux”, n’y a-t-il pas une contradiction ? Génération H est le premier tome d’une trilogie où on va suivre les mêmes héros pendant des années [ndlr : le prochain tome devrait sortir fin 2014]. Là ils ont 17 ans donc ils sont plus trashs, c’est le principe de la jeunesse de faire des excès. Notez cependant qu’ils ne sont pas si marginaux que ça : ils sont scolarisés, ils ont la tête sur les épaules, ils travaillent quand ils ont besoin d’argent... En tous cas les héros de cette bande ont réellement existé et aujourd’hui certains sont avocats ou commerciaux, ils sont mariés, ont des enfants, ils sont parfaitement insérés dans la société. Je parle souvent de ces personnes-là parce qu’on les oublie dans l’image du fumeur de cannabis.

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É

Dans une interview pour Libération vous disiez que vous aviez fait de nombreux entretiens pour ce roman. Alors, plutôt sociologique ou plutôt autobiographique comme vous le dites sur votre site ? C’est une sorte de littérature gonzo, comme Las Vegas Parano. Ce roman raconte une histoire que j’ai vécue, mais romancée, notamment pour préserver l’anonymat de certaines personnes. Comme c’était il y a vingt ans j’ai pu la peaufiner, notamment en interrogeant des gens, à cause de mes réflexes d’universitaire, mais ça reste une oeuvre littéraire. Son but premier est de distraire les gens, ensuite de parler d’une époque peu explorée par la littérature, enfin de faire passer un bon moment. Donc les années 90, c’est parce que c’était une période dont on parlait peu ? Oui, c’était peu traité. Il y a aussi cette notion d’être jeune, dont parle le livre et qui était très forte dans les années 90. Il y avait plus de liberté qu’aujourd’hui, l’impression que tout était possible, et c’était un peu vrai. Beaucoup de choses étaient encore floues, échappaient encore à la police. C’était aussi une époque de révolutions musicales : la techno avec les tecknivals qui fleurissaient un peu partout, le reggae avec le renouveau du roots, l’explosion du rap...

Le héros du roman est très militant, est-ce que c’est aussi le but du livre ? Le héros n’est pas militant au sens où il n’est pas impliqué dans des associations, il ne fait pas de politique. Il est plutôt dans une démarche hédoniste, épicurienne. Par contre il a une analyse des problèmes de la société, notamment au niveau des libertés. Si j’avais voulu faire un livre militant j’aurais fait un essai, là j’ai écrit l’histoire de deux jeunes qui voyagent, ça parle de liberté, de plaisir, de sexe et de musique. Mais on peut y voir deux messages couplés et si vous me demandez si je considère que consommer du cannabis est grave, la réponse est évidemment non.

Vous parlez aussi de “fumer un joint comme on boirait un verre de vin”, or beaucoup de personnages et surtout les héros fument en permanence... à ce niveau ce serait plus de l’alcoolisme non ? Là-encore, les héros n’ont que 17 ans... on peut dire que la mesure naît de l’excès. Il faut dissocier la quantité qu’ils consomment de leur recherche de qualité : ils fument beaucoup, mais pas n’importe quoi, ils sont dans une démarche gustative et esthète. Un œnologue aussi a dû expérimenter l’ivresse au début. Il est toutefois vrai qu’il y a une contradiction mais l’être humain est paradoxal. C’est aussi l’un des avantages de l’oeuvre littéraire de ne pas être forcément cohérente, de pouvoir comprendre les paradoxes de l’humain. Comment ce roman a-t-il été reçu par vos collègues universitaires ? Bien sûr en écrivant un tel livre je n’ai pas une image d’enfant sage, mais quand tu es écrivain on n’a pas à te juger. J’ai eu des collègues heureux de m’entendre dans les médias, peut-être des jalousies mais ça s’est arrêté là. Le métier d’intellectuel est de créer et de réfléchir, c’est ce que je fais. Elise LASRY

Entre trouille et fouille le business continue
ans la cité de La Sauvagère, deux personnes fouillent les “clients” avant de les faire entrer dans le hall, où se déroule la transaction. “Détends toi mon pote, y a pas de problème” lance un des « gardes » à un client un peu stressé. “On vérifie juste que personne n’ait d’arme” indique Sofiane, membre du réseau de la cité. A la question “Avez-vous peur d’un règlement de compte ? ”, Mehdi, de la cité Bassens, répond “Franchement non, de toute façon on s’y attend même pas quand ça arrive”. Du côté du 15ème arrondissement de Marseille, à la cité Campagne-Levêque, la fouille est aussi de rigueur. Dans ce réseau très bien organisé, rien n’est laissé au hasard. Aucun sac n’est autorisé dans le hall, et le client doit le laisser au bas des escaliers. Un jeune homme armé est quelque fois présent devant l’entrée. En une demie heure il fait deux-trois allers retours. Mais il n’est pas menaçant. “On est obligé de se défendre au cas où” précise Dylan. Quelques minutes après une demi douzaine de transactions, un jeune homme arrive, 15 ans tout au plus, sac McDonald’s dans les mains. “Tiens cousin”. Cet adolescent est un “chouf”, un guetteur. En plus de surveiller une éventuelle arrivée de la police, certains sont chargés d’apporter à manger aux dealers, qui ne peuvent pas bouger pendant plusieurs heures. Ici, le trafic a changé. Il y a un an, il était impossible de voir le dealer, des caddies bloquaient les escaliers, et ce dernier se trouvait juste derrière. Seulement son bras était visible lors des transactions. Après plusieurs descentes de police, les trafiquants ont fait profil bas, et les escaliers ont été libérés. Même Cannabis Social Clubs : alternative au marché noir ?

SUR LE TERRAIN

21

D

Quartiers nord, quartiers Sud, le trafic de drogue sévit sur l’ensemble du territoire marseillais. Sur les pas de trois dealers, au cœur de la cité phocéenne.

les murs qui entourent ce point de vente ont été repeints. Le client est même fidélisé, à partir de 30 euros d’achats, un paquet de feuille est offert. Du côté de la Sauvagère, les “choufs” sont en alertes. La police patrouille non loin d’ici. Le dealer “porteur”, qui possède toute la marchandise sur lui, s’enfuit en courant. “Attendez la 10 minutes, le temps qu’ils partent” lance calmement Sofiane aux clients venu se ravitailler. Impassible alors que leur vie se joue en ce moment même, l’un d’eux se permet une petite plaisanterie “On va devoir sortir le Uzi” glisse t-il avec le sourire. Cette relation avec la police est toujours aussi étroite. Surtout depuis que les cités ont été prises d’assaut par les CRS. “C’est vrai, ca fait chier qu’ils bloquent les cités” explique Mehdi, avant d’ajouter “ça dure 2-3 semaines, même pas, le ‘biz’ reprend quand ils partent”. Une sorte de cercle vicieux du jeu du chat et de la souris. Thomas ACARiES
session de cannabis. A Marseille, un CSC a déclaré son existence en préfecture il y a quelques semaines. Comme les vingt autres en France qui ont pris ce risque, ils sont suspendus aux différentes décisions de justice. Damien est un jeune marseillais de 22 ans. Il a décidé de se mettre en danger pour faire avancer le débat. “Pour l’instant il s’agit d’un petit groupe de trois. Mais nous n’avons pas comme certains pris le risque de commencer à cultiver. Mais on essaye de faire avancer les choses, de créer un débat au niveau national et local”. Pour ces membres, la solidarité est quelque chose d’essentiel dans le mouvement : “le principe c’est qu’on est tous ensemble, si on tombe, on le fait ensemble”. Damien espère aussi pouvoir échapper comme beaucoup au marché noir du cannabis et ses réseaux mafieux. William gOUTARD

Pour se procurer du cannabis en France, les dealers sont presque le passage obligé, ce qui implique trafic et risques sanitaires (mélange avec des produits chimiques). Contre ces problèmes, des usagers ont créé les Cannabis Social Clubs (CSC). Le principe est de cultiver du cannabis pour une vingtaine de membres maximum, avec interdiction de revendre ou de faire consommer à des mineurs. Près de 500 existeraient en France, avec une volonté de créer un débat et de faire changer les mentalités. Dominique Broc, 44 ans, est le chef de file des cannabis social clubs. Il y a 1 mois, il a crée officiellement l’association des cannabis social clubs français (CSCF). Dans les colonnes de Libération, il estime qu’ “une action répressive du gouvernement serait intenable politiquement”, il a pourtant était condamné a 8 mois de prison avec sursis pour pos-

Trafics, drogue, règlements de compte, clandestinité et pauvreté. Avec son polar Marseille’s Burning, Cédric Fabre plonge le lecteur dans le côté sombre et caché de Marseille. Ce côté ignoré qui pourtant semble définir la ville au-delà de ses frontières. Sur le fil d’une banale histoire de corruption, de sexe et de chantage, la violence grandit entre les personnages, aux origines multiples mais aux passés pas si différents. L’illustration devenue classique d’une ville cosmopolite et multiethnique. Phil, baroudeur, barman et batteur à ses heures, poursuit une enquête pour protéger son fils des dangers de la rue. L’histoire se construit. Au-delà des clichés sur la “délinquance” et les “quartiers”, l’auteur dépeint une ville rock, trash et empreinte de libertés. Un roman-noir qui se veut aussi critique de la société et de Marseille Capitale Européenne de la Culture. Pensées comme un film, les scènes de ce roman sont toujours réalistes, décrites avec précision, sans oublier la bande-son, entre les pages, de Keny Arkana aux Ramones en passant par Rory gallagher. Par contre, la chanson Marseille’s Burning, Phil ne l’écrira jamais ; le moyen d’insérer un peu d’espoir pour la cité-foutoir, où l’on craint toujours le pire, mais qui finalement ne brule pas. Marseille’s Burning est votre 4ème roman policier, est hasard. On pourrait aussi être fier de venir d’ailleurs ou de pourquoi ce choix du polar ? se montrer plus ouvert sur le monde. Je suis auteur mais aussi journaliste, et le polar, c’est le journalisme du roman. Ce genre littéraire réaliste permet de radi- Au travers de votre roman vous placez vous plutôt en ographier une ville. Je ne cherche pas à coller à une tendance défenseur ou en accusateur de Marseille ? mais plutôt à contourner l’idée générale ; grâce au polar j’ex- Casser Marseille, non en aucun cas. On a besoin de ville comme plore la ville et ses dysfonctionnements. celle là, qui se place au contraire des autres. Marseille est dite bien plus raciste que les autres villes de France, mais c’est en Vous parlez beaucoup de Marseille Capitale Européenne fait la seule qui expérimente l’accueil, et elle le fait sans moyen. de la Culture 2013 … Le cœur de la cité phocéenne c’est un quartier arabe, berbère, Oui, j’ai d’ailleurs tout fait pour trouver un éditeur capable de noir africain, c’est une chance. Il y a une forme d’amour-haine, me publier au printemps 2013 afin de m’immiscer. Dans mon mais les Marseillais ont quand même ce talent de se moquer livre il y a tout un catalogue de happening pour casser MP2013, d’eux même. J’aime cette ville, elle me guérit de beaucoup de alors si quelqu’un veut les réaliser, qu’il se serve ! chose. Mais un polar, c’est forcément critique, donc il critique, mais pas de façon amère. Que représente la chanson Marseille’s Burning, d’où vient cette relation étroite entre rock et polar dans vos écrits ? Pourquoi abordez-vous le thème de la drogue, est-ce inLe polar est depuis longtemps une littérature de jazz mélan- contournable à Marseille ? colique faite par un mec un peu cabossé. Je trouvais cette image Un texte de Walter Benjamin où il se balade sur le Vieux-Port un peu dépassée. Dans Marseille on entend aussi du rock, du sous emprise de hachich m’a inspiré. En même temps, Marrap musique très combative, le rock par contre c’est plus la seille est la ville de la French Connexion. La drogue faite partie chanson des gens qui baissent les bras. J’aimais assez l’idée dé- du quotidien de la ville comme le clientélisme, la saleté j’étais calée d’avoir un personnage dingue de rock dans la capitale forcé d’en parler. La culture du pétard est un peu partout dans du rap. Ce titre, Marseille’s Burning est aussi un hommage au la rue. En plein centre-ville on peut croiser des gens défoncés. groupe The Clash, à leur chanson London is Burning. Mytholo- La Canebière est une rue où l’on peut acheter de l’herbe et du gie de ces villes qui flambent. Or sur Marseille toutes les con- shit tous les 30 mètres. Mais je ne fais pas pour autant un livre ditions seraient réunies pour que tout explose : exclusion, sur la drogue, ni sur les cités, je ne peux ni ne veux pas parler chômage, tensions sociales… La chanson, que le personnage de ce que je ne connais pas. Ce sont simplement des éléments abandonne dans le livre est une pirouette pour dire : non, Mar- incontournables ici. seille ne brûle pas. Des projets pour la suite ? Mais vous écrivez tout de même “Marseille ville-trottoir”, Oui, je vais reprendre mon personnage et faire encore une suite “en manque d’affectif”, “où la misère engendre la violence”… à ces deux polars. Je continuerai tant qu’il y aura des choses à C’est vrai ! Il y a un sentiment d’insécurité affective à Marseille, explorer à Marseille. L’intrigue policière n’est en réalité qu’un une paranoïa ambiante. Cette ville se sent mal aimée, sans prétexte pour parcourir et observer la ville. réelle prise en charge collective ou politique de son destin. La ville est sale et les slogans inscrits partout sont “Marseille ville Propos recueillis par Manon MATHiEU propre”. Comme “Fier d’être Marseillais” ça veut dire quoi ? Tout

Photo Caroline FABRE

Cédric Fabre
Entretien avec...

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