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Les concepts clés de la microfinance
Mots clés Banque de développement, Crédit solidaire, Grameen Bank, Groupe de caution solidaire, Institution de microfinance, Intermédiation financière et sociale, Finance informelle, Microcrédit, Microentreprise, Microfinance, Mutualisme, Système financiers décentralisés, Tontine

Introduction
La microfinance, en tant qu’approche du développement économique, est partie d’un constat : une majorité de la population mondiale est exclue de l’accès au crédit bancaire. On estime en effet que dans le monde, environ 500 millions de personnes pauvres et économiquement actives ne peuvent accéder à des services financiers. L’hypothèse de fond est que pour elles, ne pas avoir accès au capital est un frein essentiel au développement et à la diversification de leurs activités économiques. Au fond, accorder des services financiers à cette cible de population n’est pas une notion nouvelle en soi. L’existence des services informels de microfinance (tontines, prêteurs sur gage..) est ancienne un peu partout dans le monde. L’exemple des expériences mutualistes et coopératives en Europe n’est pas non plus nouveau (caisses Raffeisen en Allemagne par exemple, datant de 1864). Mais la question des services financiers aux populations, notamment en milieu rural, a longtemps privilégié une approche “ subventionnée ” du crédit par l’Etat : le crédit ne devait être qu’un instrument au service d’autres objectifs (par exemple, introduire de nouvelles pratiques agricoles). Les crédits agricoles subventionnés (à des taux très faibles) distribués rapidement ont dans les années 70 fait l’objet de critiques sévères : la plupart de ces programmes ont accumulé des pertes importantes et se sont révélés peu durables. La microfinance est véritablement née dans les années 1980, en réponse à ces critiques : l’originalité a été de montrer, à partir d’exemples célèbres (comme la Grameen Bank au Bangladesh) qu’il était possible de mettre en place des institutions pérennes pouvant accorder des services financiers durables. Une définition de la microfinance couramment acceptée est la suivante : la microfinance est l’offre de services financiers viables à une clientèle pauvre (composée notamment de petits travailleurs indépendants, ou “ microentrepreneurs ”), qui n’a pas accès au système bancaire formel. Ces services financiers sont le plus souvent le crédit et l’épargne, mais il peut s’agir aussi d’autres services spécialisés (assurance, crédit bail…). On appelle en général “ institution de microfinance ” (IMF) une organisation offrant des services de microfinance, qu’elle soit ou non une entité légalement reconnue.

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et a démontré un certain nombre d’idées fortes : - on pensait que les pauvres étaient moins solvables que les riches. des procédures inadaptées (les micro-entrepreneurs ne savent pas forcément remplir les processus administratifs de demandes de prêts . les pauvres peuvent supporter des taux d ’intérêt élevés. une institution accordant des prêts de très faibles montants à des clients pauvres peut être viable financièrement. ils n’ont souvent pas de possibilité d’offrir les garanties matérielles exigées par les banques) .Comprendre Pourquoi le système bancaire classique ne touche-t-il pas les pauvres? L’inadaptation de l’offre des banques “ classiques ” à cette population s’explique par plusieurs facteurs : - un éloignement géographique (les banques sont rarement présentes hors des grandes villes. une reconnaissance juridique. dit. Il dépend aussi du fait que les prêts accordés soient bel et bien remboursés à temps . dans des “ groupes de caution solidaires ”. à la différence du crédit subventionné (qui accorde des prêts à taux très bas. une logique de rentabilité peu compatible avec les coûts de transaction élevés de petits crédits de proximité. or cette population a besoin de services financiers de proximité) . mais de mettre en place des institutions viables sur la durée. les institutions de microfinance obtiennent des remboursements des prêts à près de 100%. car pour eux l ’accès au capital compte plus que le coût du crédit. que ces institutions puissent couvrir par leurs revenus l’ensemble de leurs charges (impact de l’inflation compris). La notion de pérennité recouvre en fait trois éléments : - la viabilité financière : autrement. et enfin qu’elles obtiennent. insuffisants pour atteindre l’équilibre financière). un éloignement culturel (les pauvres sont perçus comme une clientèle à risque) . - Un rôle d’intermédiation financière et sociale Une idée forte est aussi que la microfinance se distingue des banques “ classiques ” par une double fonction “ d’intermédiation financière et sociale ” . Par des mécanismes originaux reposant principalement sur la pression sociale. Les acquis de la microfinance La microfinance va à l’encontre d’un certain nombre d’idées reçues. L’équilibre financier dépend notamment du taux d’intérêt appliqué sur les crédits. Une idée est que la pression sociale peut remplacer la garantie matérielle. Et ces techniques reposent sur une bonne connaissance des mécanismes sociaux. pour garantir un bon remboursement des prêts . par exemple. La pérennité des institutions de microfinance Un élément essentiel de la microfinance est l’idée de pérennité : il ne s’agit pas de “ distribuer ” gratuitement des fonds à ces populations pauvres. d’une façon ou d’une autre. qui doit être suffisamment élevé pour assurer cette couverture des charges. que ces institutions puissent fonctionner par elles-mêmes (on parle souvent d’ “ autonomie organisationnelle ”). Agridoc est un réseau d’information et de documentation financé par le ministère français des Affaires étrangères . ce qui est une des conditions pour être viables financièrement. Cela veut dire concrètement que les institutions de microfinance (appelés aussi “ systèmes financiers décentralisés ”) ont recours à des techniques particulières pour notamment avoir de bon taux de remboursement sur les crédits.

si ce dernier est conditionné par un taux d’intérêt élevé. Deux cas peuvent en particulier être mentionnés : un premier cas concerne les aléas externes qui touchent l’emprunteur ou sa famille (inondation. Mohammed Yunus. des efforts d’adaptation importants devaient être réalisés pour expérimenter des services financiers pérennes. problèmes de santé…). créée au Bangladesh en 1975 par le Pr. Une seconde cause de non remboursement peut être tout simplement l’inadéquation du produit financier au client (par exemple. les pauvres sont prêts à payer un taux de marché sur un crédit. il s’est très vite avéré que pour chaque pays et environnement social particulier. a eu un retentissement considérable et suscité un grand nombre d’initiatives de microfinance dans le monde entier. ce dernier pourra rembourser son crédit et payer le taux d’intérêt. Cette institution touche aujourd’hui une clientèle de plus de 2. si on lui accorde un prêt trop élevé). de mutuelles d’épargne et de crédit. avec des méthodologies très différentes suivant les acteurs. il faut se rappeler que les crédits accordés sont de faibles montants. on peut dire qu’entre continents par exemple les caractéristiques suivantes peuvent se retrouver : - Amérique Latine : expériences de micro-crédit centrées sur les micro-entrepreneurs urbains . Il existe bien entendu des cas de non remboursement de prêts qui ne dépendent pas seulement de la volonté de l’emprunteur. de banques commerciales. Afrique : tradition du mutualisme. de banques publiques. exemples de banques d’Etat intervenant dans la microfinance. rôle des systèmes informels. car l’accès au capital est une motivation très forte .. notamment concernant les exemples de finance informelle). (ONG internationales ou nationales).. ou en institution non bancaire. Eclairages L’exemple de la Grameen Bank La Grameen Bank. En réalité. Asie : densité forte dans certains pays. octroyer de petits montants remboursables de façon fractionnée…). si les principes de base lancés par la Grameen se sont révélés réplicables (remplacer les garanties réelles par la pression sociale. les taux des prêteurs informels peuvent atteindre des taux extrêmement élevés (40%). un lien étroit a pu se développer entre IMF et système bancaire . et se diversifient d’ailleurs de plus en plus : il peut s’agir d’organisations non gouvernementales. Pour cette raison. d’institutions financières non bancaires. il le fera à sa place. Les acteurs de la microfinance sont aussi variés.. et si l’un ne rembourse pas. importance du milieu rural. la clientèle ciblée. Débattre Peut-on faire supporter à des emprunteurs pauvres des taux d’intérêt élevés ? Une idée reçue est qu’un individu pauvre ne peut pas rembourser un prêt. Toutefois.4 millions de personnes (essentiellement des femmes). ou bien encore d’ONG se transformant en banque commerciale.. Très schématiquement. des modèles très diversifiés d’institutions de microfinance se sont mis en place de part le monde. Des modèles et acteurs très variés Du fait de cette nécessité d’adaptation et des fortes différences (culturelles. qui ont tenté de le répliquer. une grande partie des IMF accordent des Agridoc est un réseau d’information et de documentation financé par le ministère français des Affaires étrangères . si le mode de remboursement est adapté aux capacités de l’emprunteur (paiement de petites sommes fractionnées le plus souvent). De plus. importance de l’épargne comme service financiers . la zone géographique. mutuelles et coopératives. Ce modèle a inspiré beaucoup d’acteurs de la microfinance.chaque emprunteur se porte garant pour les autres emprunteurs de son groupe. et qu’un taux d’intérêt même élevé se traduit par un montant faible . pour preuve.

prêts de faible montant sur une durée courte. et augmentent progressivement de prêt en prêt le montant octroyé. Agridoc est un réseau d’information et de documentation financé par le ministère français des Affaires étrangères .

org. 2ème édition (2000). NW Washington. Aujourd’hui. La microfinance est-elle un outil miracle? Si la microfinance a connu un succès très médiatisé. Development Discussion Paper No. Office des publications officielles des Communautés européennes. comme dans tout secteur du développement. La microfinance n’est évidemment pas la panacée . santé. plus récemment. la pérennité des IMF est réalisable. un certain nombre de besoins en crédit (petites entreprises. E-mail : gret@gret. Luxembourg.org Références bibliographiques Ledgerwood J. environ 10 000 IMF couvrent seulement 4% du marché total estimé. il n’y a pas de “ recette miracle ”. 1818 H Street. The Microfinance Schism. Traduction : Le schisme de la microfinance. - En 1995. Notes Focus et Notes occasionnelles CGAP. Microfinance – Orientations méthodologiques. Evolution. Ces derniers se trouvent parfois exclus des mécanismes sociaux qui fondent les systèmes de microcrédit (dans les groupes solidaires par exemple). CIRAD-SAR. Agridoc est un réseau d’information et de documentation financé par le ministère français des Affaires étrangères . Les études d’impact sur le microcrédit ont montré en revanche qu’il n’était pas évident que les IMF touchent “ les plus pauvres des pauvres ”. a principalement une clientèle pauvre ou moyennement aisée. et que des efforts continus sont nécessaires pour viabiliser ces institutions. Le microfinancement dans les pays en développement. (1999). Fax : 33 (0)1 40 05 61 10 Site web : www.gret. Morduch J. - De fait. Les faillites apparues dans le secteur (Corposol en Colombie en 1995 . Montpellier. consultables sur le site suivant : http://www. Enfin. et parce qu’elle offre des services financiers de petits montants. (1998). crédit d’équipement agricole…) ne sont que très imparfaitement couverts par les IMF. Washington. mettre en place une offre pérenne en services financiers n’exclue en rien la nécessité d’actions complémentaires pour les populations cibles : alphabétisation. il faut bien évidemment souligner qu’elle n’est pas pour autant un outil miracle. 75010 Paris . la microfinance pourrait toucher 100 millions de personnes.cgap.213 rue Lafayette. Manuel de microfinance.org ou à commander (CGAP / The World Bank. Crédit Mutuel de Guinée…) montrent que. : 33 (0)1 40 05 61 61. PPPCR au Burkina. Cambridge (USA). Le passage de la microfinance à une grande échelle s’est révélé moins facile à réaliser que ne le prévoyaient certains. 626 (en anglais) CIRAD (1997). le “ Sommet du Microcrédit ” annonçait avec optimisme qu’en 2005 . mais demande du temps (on estime que 7 à 10 années sont en général nécessaires pour autonomiser une IMF). SBP/Banque mondiale .La microfinance touche-t-elle les plus pauvres ? La microfinance cible en général les exclus du secteur bancaire. Harvard Institute for International Development. théories et pratiques. USA). formations… Auteur : Christine Poursat Saisie le : 27/09/2001 POUR ALLER PLUS LOIN Contact Pôle microfinance du GRET Groupe de Recherche et d’Echanges Technologiques 211. DC 20433.France Tel.