You are on page 1of 1

Lundi 17 Juin 2013

TRIBUNE LIBRE

VII

MENA : développement timide des marchés financiers
IMAD EL AHDI

éveloppement des marchés nanciers de la région MENA (Moyen Orient et Afrique du Nord) demeure timide par rapport à ceux des pays émergeants. Avec un niveau de sophistication comparable lors des années 80, ces derniers ont su intégrer la nance mondiale avec un niveau supérieur en termes de volume et de liquidité. La capitalisation totale des EM (marchés émergeants) est dix fois supérieure à celle de la région MENA. Sur un autre registre, les marchés MENA s’apprêtent dif cilement à une stigmatisation à la différence d’autres répartitions géographiques (Europe continentale, Amérique du Nord,…). La structure économique divise la région répartie entre les pays structurellement excédentaires (pétrodollars), tel le CCG (Conseil de coopération du Golfe), et les pays hors-GCC avec un double dé cit chronique et un manque de ressource nancière. La micro- nance dans les deux sous-groupes renforce cette distinction avec des niveaux de capitalisation, de régulation et de culture nancière différents. Néanmoins, des généralisations peuvent se faire car la région MENA se trouvent confronter à des dé s communs en termes de réforme des marchés des capitaux.

D

Marché actions : l’impératif de l’intégration
Le marché des actions demeurent le principal catalyseur d’investissement des pays de la région MENA. Les dernières statistiques montrent qu’ils occupent plus de la moitié des placements sur les marchés des capitaux, devançant ceux en poche monétaires et obligataires. La nanciarisation des économies a permis une consolidation des bonnes pratiques de la gouvernance d’entreprise et une amélioration de la communication nancière. En dépit de cette tendance de fonds, un fossé est observé entre les pays de la GCC et ceux hors GCC. Effectivement, ces derniers avaient réinvesti les rentrées en pétrodollars dans leurs marchés d’actions domestiques, induisant un engouement des particuliers pour ce placement. Toutefois, les pays horsCCG souffrent d’une dif culté de mobilisation des placements à vue, dominés par les investisseurs institutionnels et les OPCVM alors qu’un développement durable provient des investisseurs « physiques ». Outre la différence des physionomies intra-marchés, on peut dif cilement prouver l’existence d’un marché unié vu le faible niveau d’intégration des

La capitalisation totale des marchés émergents représente 10 fois celle de la région MENA.

ces derniers. Si les marchés MENA restent correctement corrélés en termes de rendement et de volatilité, cette relation n’aspirent pas à celle des marchés « émergeants ». En outre, des signaux réels d’intégration telle la multiple cotation (Cross-listing) qui est peu courante.

Marché de la dette : des dé s structurels
En dépit de leur intérêt crucial comme alternatif aux crédits bancaires, les marchés des obligations domestiques demeurent globalement sous-évaluées dans la région MENA. Les gouvernements comme les entreprises demeurent réticents pour ce mode de nancement en lui consacrant respectivement 10% et 2% des ressources globales. Pour cause, les marchés obligataires sont pénalisés par plusieurs facteurs. Un marché monétaire peu attractif visà-vis des dépôts à vue, un marché primaire favorisant les longues maturités et un marché secondaire peu liquide dû à la faible proportion des instruments à courte maturité, des investisseurs essentiellement locaux dominés par les banques et les institutions pu-

BIO EXPRESS
Membre de l’Association Française des Analystes Techniques (AFATE) ; - Gérant d’« AnalTechnique », Portail d’analyse & recherche sur le marché Action marocain ; - Introducing Broker agrée ; - Coach en Analyse Technique.

Imad El Ahdi

bliques et nalement, une procédure de compensation et de règlement nécessitant des réformes. Par conséquent, la structure de l’offre et de la demande limite l’investissement obligataire à une stratégie passive dominée par les banques et les institutions publiques. Néanmoins, les pays du GCC tirent leurs épingles du jeu grâce à la nance alternative. Ces derniers ont un engouement relatif pour ces instruments (Sukkuks,…), renforçant le marché de la dette domestique. De facto, ils marquent une hausse de leurs pondérations dans les indices internationaux tels le GBI-EM de JP Morgan ou le GEMX de Market’s. En conclusion, le marché des capitaux de la région MENA est un canard boiteux avec des pays à nanciarisation adéquate et d’autre en phase d’incubation. Ces marchés souffrent d’une faible liquidité et d’une forte présence qui agit sur la volatilité des cours. Cependant, les perspectives de développement sont favorables grâce à des besoins croissants en nancement (dé cit budgétaires, projets d’investissement d’entreprises,…), et une quête des agents à excédent de rendement. ◆