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Etat d’Israël Ministère de la Stratégie & des Affaires internationales © traduction française http://www.Dreuz.info/

Le reportage Al-Durrah de France 2, ses conséquences et ses implications
Rapport du Comité d’examen gouvernemental

Jérusalem, le 19 Mai 2013

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Etat d’Israël Ministère de la Stratégie & des Affaires internationales
Table des matières 1ère partie : Le reportage de France 2 concernant les incidents survenus le 30 septembre 2000 au Carrefour de Netzarim . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 4 2ème partie : Les conséquences du reportage Al-Durrah . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 10 3ème partie : L’étique et le code déontologique de journalisme – les leçons à tirer de l’affaire Al-Durrah . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 15 Conclusion : . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 18 Annexe 1 : Déclarations officielles israéliennes concernant l’affaire Al-Durrah depuis le 30 septembre 2000 . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .. 20 Annexe 2 : Déclaration du Dr. Ricardo Nachman, Chef adjoint du Centre National de Médecine légale . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 25 Annexe 3 : Déclaration du Dr. Yehuda David – évaluation médicale relative à l’affaire Al-Durrah . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 26 Annexe 4 : Déclaration du Colonel (en retraite) Nizar Fares, commandant les Forces israéliennes présentes au Carrefour Netzarim le 30 septembre 2000 . . . 30 Annexe 5 : Déposition sous serment de M. Talal Abu Rahma au Centre palestinien pour les Droits de l’Homme le 3 octobre 2000 . . . . . . . . . . . . . . . . . . 31 Annexe 6 : Images de Muhammad Al-Durrah . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 33 Sommaire L’affaire Al-Durrah a pour origine un reportage publié par la chaîne française de télévision France 2 le 30 septembre 2000. Le reportage déclarait montrer le meurtre d’un enfant palestinien pris pour cible, ainsi que son père, par les tirs d’une unité militaire israélienne. L’histoire fut rapidement reprise par la presse internationale qui reproduisit les affirmations du journaliste de France 2 narrateur du film. L’effet immédiat fut de discréditer Israël sur le plan international et d’attiser les flammes de la terreur e de la haine. Depuis lors, le récit des actes commis par Israël tels que décrits dans le reportage de France 2 a servi d’inspiration et de justification au terrorisme, à l’antisémitisme et à la délégitimation Page

3 d’Israël. Le reportage Al-Durrah continue d’affecter la façon dont les médias couvrent les opérations anti-terrorisme menées par Israël, et ses échos se font sentir tant dans des accusations contre Israël que dans l’attitude négative des organes de presse et de leurs antennes locales à son égard. Toutefois, l’examen critique et les enquêtes dont il a fait l’objet ont démontré qu’un certain nombre de composantes du reportage de France 2 sont fausses et d’autres très contestables. On pouvait espérer qu’en laissant l’affaire Al-Durrah suivre son cours elle serait finalement reléguée au ban de l’Histoire et que le tort qu’elle avait causé se dissiperait, mais il est devenu parfaitement clair que cet espoir n’a pas été réalisé. Confronté aux conséquences délétères de l’histoire Al-Durrah, 1 le Premier Ministre Benjamin Netanyahu a demandé en septembre 2012 au Vice Premier Ministre et au Ministre des Affaires stratégiques Moshe Yaalon de constituer un Comité d’examen gouvernemental dont le but serait d’examiner l’affaire dans le cadre des torts qu’elle continue de causer à Israël et de formuler la position du Gouvernement d’Israël à cet égard. Le Comité constitué de représentants de ministères et d’institutions gouvernementales concernés a requis l’avis d’experts indépendants 2. Après avoir examiné en détail les documents relatifs à l’affaire, le Comité a déterminé que rien dans les documents en sa possession au moment de sa diffusion n’autorisait France 2 à formuler l’essentiel des affirmations et des accusations contenues dans son reportage. Contrairement aux allégations du reportage concernant la mort de l’enfant, les membres du Comité ont pu s’assurer en visionnant les scènes finales du film avant montage (supprimées à la diffusion par France 2) qu’il était toujours bien vivant. L’examen n’a pu fournir aucune indication prouvant que Jamal et l’enfant ont bien été blessés de la façon décrite dans le reportage, et rien dans le film ne montre que Jamal ait été gravement touché. Par contre, il existe de nombreux indices montrant qu’en fait, aucune balle ne les a atteints. Il n’y a aucune preuve de la responsabilité de l’IDF en ce qui concerne les blessures soi-disant infligées à Jamal et à l’enfant. L’examen montre par ailleurs qu’il est extrêmement douteux que les traces de balles près des deux individus concernés aient été causées par des tirs de l’unité israélienne comme le prétend le reportage de France 2. L’absence de preuves étayant l’essentiel des accusations formulées dans ce reportage était évidente, ou aurait dû l’être aux yeux de France 2 avant la diffusion du reportage. Néanmoins, le reportage fut monté et commenté de façon à faire croire que ses allégations étaient justifiées. Par la suite, de nombreuses incohérences et contradictions supplémentaires se sont fait jour et des questions ont été soulevées concernant pratiquement tous les aspects du reportage. De nombreuses contradictions et mensonges ont été relevés dans les déclarations de Talal Abu Rahma, correspondant de presse de France 2 à Gaza, la principale - en fait, l’unique - source d’information à l’origine du reportage de France 2. Malgré ces incohérences et ces contradictions, le Bureau de France 2 à Jérusalem ainsi que Charles Enderlin, narrateur du reportage, ont refusé de reconnaître leurs erreurs et ont même réitéré leurs accusations originelles. Ils ont défendu à plusieurs reprises la crédibilité de Abu Rahma en arguant du fait qu’il n’avait pas été accusé d’activités terroristes par les autorités israéliennes, comme si cela avait un rapport quelconque avec la crédibilité ou l’exactitude de son reportage. Il n’est pas inutile de rappeler que depuis novembre 2000, certaines sources officielles israéliennes ont manifesté à plusieurs reprises leur profond scepticisme quant à la véracité du reportage de France 2.

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Il faut noter que le terroriste franco-algérien qui a tué trois enfants israéliens, un rabbin et trois soldats français à Toulouse en mars 2012 avait fait savoir à la police, sans mentionner spécifiquement AlDurrah, qu’il avait voulu venger les enfants palestiniens tués par Israël. Pour ceux qui accusent Israël de prendre intentionnellement pour cible les enfants palestiniens, Al-Durrah constitue la preuve irréfutable ou l’exemple emblématique. 2 La Comité incluait des représentants du Cabinet du Premier Ministre, des Ministères des Affaires étrangères, des Affaires stratégiques, de la Diplomatie publique & de la diaspora, du Porte-parole de l’IDF et de la Police.

Bien qu’à la faveur du brouillard initial entourant les évènements un petit nombre d’entre elles aient pu admettre que des balles perdues en provenance de l’IDF avaient peut-être atteint l’enfant (quoiqu’il n’ait jamais été question pour Israël d’admettre que l’IDF l’aurait pris pour cible), de nombreuses déclarations officielles ont souligné, suite à des examens plus sérieux, qu’Israël rejetait ou émettait les plus grands doutes au sujet des accusations contenues dans le reportage. L’affaire Al-Durrah rappelle combien il est important que les médias respectent strictement l’étique et le code déontologique journalistique lorsqu’ils couvrent des guerres asymétriques. Il est indispensable que les médias internationaux évaluent les informations fournies par leurs correspondants locaux avant de les publier, surtout lorsqu’il est notoire que de nombreuses fabrications et mises en scène d’éléments médiatiques ont déjà eu lieu à plusieurs reprises. Les médias doivent également accepter d’admettre leurs fautes et leurs erreurs et d’engager le dialogue avec leur public concernant leurs méthodes de reportage. Etant donné les preuves qui ont surgi après la publication de son reportage, France 2 aurait dû rétracter ou dénoncer les affirmations péremptoires de son reporter selon lesquelles l’enfant avait été pris pour cible par les tireurs israéliens et sa mort prouvée par l’extrait du film inclus dans le reportage ; France 2 aurait dû présenter ses excuses pour avoir monté ce film de façon à tromper le public et admettre que son reportage n’avait d’autre source que les dires non vérifiés d’un correspondant local Gazaoui. L’autre leçon à tirer de l’affaire Al-Durrah, c’est que les pays qui respectent scrupuleusement les lois du conflit armé ne doivent pas laisser s’instaurer impunément chez eux un système d’information médiatique mensonger ou tendancieux. Etant donné les conséquences tragiques qui peuvent résulter de ces informations, on ne peut simplement pas s’offrir le luxe d’espérer qu’elles suivront leur cours et que la vérité sera finalement révélée un jour. Il faut déclencher rapidement une investigation approfondie des accusations à leur encontre et en publier les résultats. 1ère partie : Le reportage de France 2 concernant les incidents survenus le 30 septembre 2000 au Carrefour de Netzarim Les évènements concernant Jamal Al-Durrah et un enfant identifié par la suite comme étant Muhammad Al-Durrah se déroulèrent le 30 septembre 2000 au carrefour Netzarim de la Bande de Gaza. Ce jour-là, entre la fin de la matinée et le début de l’après-midi éclata un sérieux incident de sécurité au cours duquel le poste IDF fut attaqué à coups de jets de pierres et de bombes incendiaires par des centaines de Palestiniens qui allèrent jusqu’à escalader la clôture entourant le poste. Le petit groupe de soldats qui y étaient stationnés ripostèrent par des moyens de dispersion de foule. Le filmage effectué sur place par des cameramen (y compris ceux employés par l’Associated Press, Reuters et France 2) montre que tandis que certains Palestiniens participaient à l’attaque du poste, beaucoup d’autres allaient et venaient,

5 bavardaient, riaient et donnaient des interviews, pas le moins du monde inquiets d’être en pleine vue du poste attaqué. 3 De toute évidence, il était clair pour tout le monde, y compris pour les cameramen qui filmaient en face du poste IDF, que les soldats n’avaient aucune intention de viser quiconque ne les menaçait pas.
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Les auteurs de ce rapport ont eu la possibilité de visionner les rushes des films pris par l’Associated Press, Reuters et France 2. (Ceux de France 2, d’une durée d’environ 18 minutes, ne leur ont pas été fournis par France 2).

Pendant ce laps de temps, les caméras de télévision filmèrent plusieurs scènes au cours desquelles des Palestiniens faisaient semblant d’être atteints par les tirs israéliens et évacués. L’attitude et les mouvements de ces pseudo blessés immédiatement avant et après avoir été «atteints», l’absence totale de sang ou de toute autre indice de blessures, la façon dont se déroulaient les évacuations et leur rapidité, ainsi que l’attitude de leur entourage démontraient sans aucune équivoque qu’il s’agissait de mises en scène pour le bénéfice des journalistes présents. Les séquences filmées par d’autres chaînes de télévision montrent que le correspondant local de France 2, le Gazaoui Talal Abu Rahma, avait également filmé ces mises en scène. Au cours de la seconde intifada, un grand nombre de mises en scène similaires montrant l’évacuation de blessés avaient été organisées et les médias occidentaux ne l’ignoraient pas. Vers le milieu de l’après-midi, des officiers de police palestiniens et autres tireurs commencèrent soudain à tirer des coups de feu sur les occupants du poste israélien qui ripostèrent. La plupart des Palestiniens présents se dispersèrent dès le début des échanges de tirs. Sur les extraits de films tournés par les différentes chaînes, on voit des douzaines de gens en train de quitter la scène en plusieurs vagues et passer devant Jamal et l’enfant en courant. Certains se joignent même à eux au moment où ils sont accroupis derrière un baril, puis ils poursuivent leur chemin. Pour des raisons inconnues, Jamal et l’enfant ne les suivent pas. Apparemment, Abu Rahma a été le seul journaliste à se concentrer sur Jamal Al-Durrah et l’enfant, ce qui est d’autant plus surprenant que les cameramen de l’AP et de Reuters étaient sur place. Abu Rahma a déclaré qu’il les avait filmés pendant vingt-sept minutes alors qu’ils s’abritaient derrière le baril 4. Toutefois, la durée du segment diffusé concernant cet épisode n’excède pas cinquante-cinq secondes. D’après Enderlin et Abu Rahma, le film tourné par ce dernier montre Jamal et l’enfant accroupis, terrorisés par le feu nourri des soldats israéliens qui les ont pris pour cibles. La caméra révèle ensuite, disent-ils, l’enfant blessé à mort et Jamal sévèrement touché. Le commentaire d’Enderlin accompagnant le film de France 2, qui a servi de référence à l’affaire Al-Durrah pour des millions de gens dans le monde entier, inclut ces mots : «Ici Jamal et son fils Muhammad sont visés par les tirs en provenance du poste israélien… mais après une nouvelle volée de balles, Muhammad est mort et son père gravement blessé.» 5 Toutefois, contrairement aux affirmations d’Enderlin, l’extrait de film avant montage montre clairement que l’enfant n’était nullement mort lors des scènes finales. Au cours des dernières secondes du film, on le voit lever le bras et tourner la tête en direction d’Abu Rahma en un mouvement volontaire et contrôlé. C’est un fait évident qui n’a pu échapper à M. Enderlin ; cependant, au lieu de réviser sa déclaration avant la diffusion du reportage ou de montrer aux

6 téléspectateurs la totalité du film afin qu’ils puissent juger par eux-mêmes de la crédibilité de sa déclaration selon laquelle
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Et que les tirs dans leur direction durèrent quarante-cinq minutes. Voir la déclaration sous serment du Centre palestinien pour les Droits de l’Homme (PCHR) en annexe. 5 Lors de sa déclaration sous serment au Centre palestinien pour les Droits de l’Homme le 3 octobre 2000 (voir Annexe) Abu Rahman affirma : «l’enfant a été intentionnellement abattu de sang-froid et son père blessé par l’Armée israélienne».

«Muhammad est mort», il a préféré supprimer ces dernières scènes afin de créer l’illusion que ses dires étaient confirmés par le film. 6 Les rushes du film révèlent également que Jamal et l’enfant n’ont pas été blessés comme on l’a prétendu par la suite. Ils ne fournissent aucune preuve à l’appui de la déclaration d’Enderlin selon laquelle le père (Jamal) «est gravement blessé» ; en fait, ils suggèrent fortement qu’il s’agit d’une affirmation erronée. On ne peut voir à aucun moment une balle frapper Jamal ou l’enfant et au contraire, les scènes filmées par France 2 étayent fortement les indices suggérant qu’aucune balle ne les a atteints ni l’un ni l’autre. Malgré l’affirmation d’Enderlin selon laquelle Muhammad était mort et son père gravement blessé, malgré les déclarations postérieures de Talal et de Jamal selon lesquelles le père et l’enfant avaient été atteints par de nombreuses balles à grande vélocité qui avaient traversé des organes vitaux, sur le film de France 2 on ne voit aucune trace de sang sur le mur, le sol ou le baril. Jamal affirme qu’il fut touché par 8 ou 12 balles, mais pas une seule blessure par balles, pas une seule goutte de sang n’apparaît sur l’image filmée. Pas la moindre trace de sang n’était présente non plus lorsque le site fut filmé plus tard dans l’après-midi du même jour et le lendemain matin. (De large flaques de sang s’y trouvaient lorsque des reporters furent admis à visiter le site plus tard dans la journée du 1er octobre, mais pas à l’endroit où l’enfant avait prétendument saigné longuement de l’estomac pendant qu’il était écroulé sur le sol). 7 En ce qui concerne l’enfant, on prétendit qu’il avait d’abord reçu une balle dans la jambe droite. Toutefois, ce qui semble être une tache de sang à cet endroit sur une image disparaît complètement quelque secondes plus tard. Un examen plus poussé révèle qu’il s’agit non d’une tache de sang, mais d’un chiffon de couleur rouge que l’enfant tenait à la main et qui bougeait en même temps que lui. On prétendit qu’il fut ensuite blessé par une ou plusieurs balles dans l’abdomen. Il est impossible de déterminer si une tache rouge apparue dans la zone stomacale de l’enfant est produite par le même chiffon ou bien s’il s’agit de sang ; toutefois, il aurait été impossible à une blessure abdominale causée par une balle à grande vélocité de ne pas saigner abondamment pendant longtemps, comme on l’a prétendu, sans produire une large flaque de sang sur le sol à l’endroit où se trouvait le blessé. Mais comme mentionné plus haut, aucune trace de sang ne fut relevée pendant et après l’incident. De plus, il est peu vraisemblable qu’un enfant sérieusement blessé à l’estomac lève sa main et l’étire derrière la tête au lieu de l’employer à compresser sa blessure. De nombreux autres détails concernant l’attitude de Jamal et de l’enfant, les rapports médicaux et pathologiques, les antécédents médicaux de Jamal ainsi que d’autres facteurs dont certains sont inclus dans ce rapport montrent clairement que ni l’un ni l’autre n’ont été blessés de la façon décrite dans le reportage de France 2, et soulèvent de sérieux doutes quant au fait qu’ils aient été réellement blessés.

7 Rien ne prouve en fait que les soldats israéliens aient causé le moindre dommage à Jamal et à l’enfant. Le commentaire d’Enderlin selon lequel «Jamal et son fils Muhammad sont visés par les tirs en provenance du poste israélien» ne repose sur aucune preuve et il est même fort douteux que les quelques traces de balles et de coups de feu relevées à proximité de l’endroit où se trouvaient Jamal et l’enfant aient été causées par les tirs en provenance du poste israélien. L’analyse des angles de tir
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Il est intéressant de noter qu’Enderlin, après avoir justifié la suppression de ce segment par sa réluctance à montrer l’agonie de l’enfant, a par la suite complètement abandonné cette explication.
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Les photos de la scène prises tard dans l’après midi du jour de l’incident et de bonne heure le lendemain matin, ainsi que celles prises plus tard le 1er octobre lors de la conférence de presse figurent dans le film de France 2.

entre le poste IDF et le baril, la position des soldats IDF à l’intérieur du poste, la forme et la position de ce qui ressemble à des traces de balles dans le mur ainsi que plusieurs autres facteurs indiquent que les tirs ne provenaient pas du poste israélien. Tous les officiers et les soldats présents au poste ont tous déclaré qu’ils n’étaient absolument pas au courant de l’existence d’un tel incident ou de la présence des deux individus derrière le baril. Les affirmations d’Enderlin dans le reportage de France 2 selon lesquelles les tirs provenaient du poste israélien et les deux individus avaient été pris pour cibles par les Israéliens ne reposent que sur une source : les dires d’Abu Rahman. 8 En fait, les déclarations d’Abu Rahman, le seul «témoin vedette» de l’incident sur la foi desquelles Enderlin a préparé le reportage de France 2 se sont révélées pleines de contradictions, d’incohérences et de mensonges. Quelques exemples : il a déclaré avoir réussi à filmer le soldat israélien qui se serait enfui après avoir tué l’enfant, mais il n’a jamais été capable de produire la séquence en question. 9 Il a déclaré que France 2 (et par conséquent lui-même en tant que son seul représentant surplace) avait ramassé des balles à l’endroit où s’était déroulé l’incident. Ces balles n’ont jamais été présentées ou soumises à analyse. 10 Dans sa déposition au Centre palestinien pour les Droits de l’Homme (PCHR) le 3 octobre 2000, Abu Rahman a indiqué : «…je peux confirmer que l’enfant a été abattu intentionnellement et de sang-froid et son père blessé par l’Armée israélienne.» 11 Toutefois, dans le fax en date du 30 septembre 2002 qu’il a adressé au Bureau de France 2 à Jérusalem, il s’est contredit en écrivant : «Je n’ai jamais dit au Centre palestinien pour les Droits de l’Homme de Gaza que les soldats israéliens avaient délibérément et en pleine connaissance de cause tué Muhammad Al- Durrah.» Abu Rahman a également fourni des indications contradictoires ou extrêmement douteuses concernant le laps de temps pendant lequel Jamal et l’enfant seraient restés sous le feu, le nombre de
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Enderlin affirmera par la suite qu’il n’avait pas immédiatement accepté la déclaration de Abu Rahman selon laquelle l’IDF avait tué l’enfant intentionnellement et qu’en déclarant que Jamal et l’enfant étaient visés par les tirs israéliens, il ne voulait pas dire que les soldats les avaient délibérément pris pour cible, sachant pertinemment qu’il s’agissait de civils. Le moins qu’on puisse dire, c’est qu’Enderlin n’avait pas réalisé que cette subtile distinction, incomprise par la plupart des téléspectateurs, les amènerait à interpréter tout différemment son commentaire.
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Il a fait cette déclaration le 6 juillet 2001 dans un article du journal Asharq Alawsat.

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Questionné à ce sujet par le journaliste allemand Ester Schapira, Abu Rahman répliqua : «Nous gardons nos propres secrets, nous ne pouvons pas tout dévoiler». (Interview d’Abu Rahman incluse dans le documentaire de Schapira diffusé pour la première fois en Allemagne en 2002 par la chaîne ARD « Drei Kugeln und ein totes Kind » (Trois balles et un enfant mort).
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Le Centre palestinien pour les Droits de l’Homme (PCHR) est une ONG basée à Gaza qui se définit comme étant «dédiée à la promotion des droits de l’homme, à la protection de l’autorité de la loi et à la défense des principes démocratiques dans les territoires palestiniens occupés » (voir son site web www.pchrgaza.org). Les organisations terroristes et leurs massacres y sont mentionnés sous le vocable de «résistance», les terroristes notoires abattus par Israël y sont identifiés comme des civils non-combattants, Israël y est accusé de crimes de guerre et de prendre intentionnellement des civils pour cibles, et le Centre est un des principaux promoteurs des campagnes juridiques menées contre Israël.

balles, le nombre de victimes qu’il avait filmées ce jour-là et bien d’autres aspects de l’incident. 12 A noter qu’Abu Rahman a déclaré, dans un article publié le 2 avril 2001 par le journal marocain Le Matin, qu’il était devenu journaliste afin de «défendre la cause palestinienne». Les témoignages fournis par Enderlin, Abu Rahma, Jamal Al-Durrah et des membres palestiniens de la profession médicale sur lesquels est basée l’histoire Al-Durrah telle que le monde croit la connaître contiennent bien d’autres contradictions et incohérences ainsi qu’une quantité de questions laissées sans réponse, dont certaines auraient dû sauter aux yeux de France 2 au moment de la préparation du reportage. Quelques-unes ont été éclaircies par la suite et auraient dû inciter la chaîne à reconsidérer, ou à justifier sa position. 13 En voici quelques exemples : Les rapports de presse parus le jour même de l’incident et le jour suivant ainsi que les déclarations ultérieures des protagonistes divergent sensiblement en ce qui concerne le nom de l’enfant, son âge, la durée de l’incident, l’heure et autres informations concernant son arrivée à l’hôpital Shifa de Gaza, les blessures dont lui et Jamal auraient souffert et l’heure des obsèques de l’enfant. Pour n’en citer que quelques exemples, les premiers compte-rendus de presse nomment l’enfant Rami Al-Durrah, le disent âgé de dix, douze ou quatorze ans, et le docteur qui l’aurait admis à l’hôpital affirma catégoriquement qu’il était arrivé à 10 heures du matin, bien avant l’heure où se serait produit le «drame» du carrefour Netzarim. Abu Rahma, lui, prétend que l’enfant fut évacué avec son père, tandis que le médecin admettant a indiqué que l’enfant était arrivé non en compagnie de son père, mais avec le corps d’un chauffeur d’ambulance tué par balles. Les photos de l’enfant prises par l’hôpital Shifa pendant son autopsie et celles brandies par la foule lors de ses obsèques supposées ont des caractéristiques physiques différentes de celles de l’enfant accroupi derrière un baril tel que le montre le film de France 2. Aux instant décisifs de l’action, l’image rendue par la caméra d’Abu Rahmal, pourtant pointée sur Jamal et l’enfant, devient floue, se met à sauter ou bien disparaît. A chaque fois, il semble que le filmage ait été interrompu, puis repris quelques secondes plus tard. Aucune des scènes concernant les Al-Durrah qui se seraient déroulées pendant plus de quarante-cinq minutes n’ont été captées par les autres équipes de cameramen sur place (y compris ceux de l’AP et de Reuters qui se trouvaient tout à côté). Ni Abu Rahma ni aucun des autres cameramen présents n’ont filmé l’ambulance qui aurait évacué les deux AlDurrah.

9 L’absence évidente de sang sur les lieux pendant et après l’incident a été soulignée plus haut. L’absence de toute trace sanglante est d’autant plus remarquable en fonction des déclarations des divers témoins concernant les blessures subies par l’enfant. Abu Rahma a prétendu que l’enfant avait saigné de l’estomac pendant quinze ou vingt minutes avant l’arrivée de l’ambulance. Jamal a soutenu que l’enfant avait reçu une balle dans l’estomac qui était ressortie par le dos. Le Dr Muhammad Tawil, qui prétend avoir admis l’enfant à l’hôpital Shifa, a déclaré que les organes de
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Ederlin a néanmoins continué à défendre la crédibilité de Rahman qu’il décrit dans son livre publié en 2012 comme «blanc comme neige», en soulignant que les Services de Sécurité israéliens lui avaient dit qu’Abu Rahman n’était pas soupçonné d’infractions dans le domaine de la sécurité (comme s’il n’y avait que les terroristes présumés pour produire des reportages tendancieux).
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On notera que CNN, qui avait reçu la copie du film tourné par Abu Rahman, avait choisi de ne pas le diffuser le jour de l’évènement.

l’enfant sortaient de son ventre. Si l’on admet ces déclarations, il devient totalement impossible d’expliquer l’absence de sang sur le mur, le sol ou le baril. Les mouvements de Jamal et de l’enfant filmés après leurs blessures supposées ne correspondent pas à ceux de gens atteints de façon similaire ou touchés à mort. Il a déjà été fait allusion aux mouvements de la main, du bras et de la tête de l’enfant après sa «mort» supposée. D’autres images relatives aux mouvements de l’enfant et à la position de son corps ne cadrent pas avec ses blessures et le déroulement des faits tel que rapportés.
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Dans le film de France 2, on entend Abu Rahman ou quelqu’un d’autre à côté de lui crier «l’enfant est mort !» (mat el-walad) bien avant que l’enfant ait adopté l’attitude de quelqu’un blessé par balles. 15 Les dossiers médical et pathologique de l’hôpital Shifa et de l’hôpital King Hussein en Jordanie où Jamal aurait été transféré sont truffés de contradictions et de déclarations totalement incompréhensibles ou hautement improbables d’un point de vue médical. Les blessures et les cicatrices que Jamal a déclaré lui avoir été infligées pendant l’incident provenaient en fait d’une attaque par des Palestiniens armés de couteaux et de haches dont il avait été victime en 1992 et des diverses opérations qu’il avait subies en 1994 dans un hôpital israélien à la suite de cette attaque. 16 Le rapport médical de l’hôpital King Hussein présenté par Jamal Al-Durrah en 2004 indique catégoriquement que les médecins ont observé «d’anciennes cicatrices à la main droite avec déchirure du nerf cubital.» Le rapport médical du même hôpital remis à un tribunal français en 2011 par l’équipe juridique de Jamal est à peu près similaire à celui présenté par Jamal Al-Durrah en 2004, mais les observations des médecins relatives aux blessures à la main et au bras droits ont disparu. Aucune balle tirée au lieu de l’incident n’a jamais été produite, ni par les journalistes présents, ni par la police palestinienne, ni par les médecins des hôpitaux de Shifra et de King Hussein qui auraient opéré Jamal et l’enfant. Il semble que le théâtre de l’incident ait été altéré le jour suivant avant l’arrivée des journalistes. Alors que le film de France 2 ne montre aucune trace de sang ni pendant la durée du tournage, ni plus tard dans la journée, ni de bonne heure le lendemain matin, au moment où la presse y fut conviée plus tard le 1 er octobre, de grandes flaques de sang étaient apparues sur le sol. Toutefois, ces taches sanglantes étaient situées à l’endroit où s’était assis Jamal, et non à l’endroit où s’était tenu l’enfant pendant les quinze ou vingt minutes où sa blessure à l’estomac était censée avoir causé la perte de sang. Par ailleurs,

10 la pierre couvrant le baril avait été remplacée, renforçant l’impression d’un truquage des lieux. Comme mentionné plus haut, ce ne sont que quelques-unes des divergences notées dans le récit du reportage Al-Durrah et des incohérences qui se sont fait jour par la suite. Quoique les questions laissées sans réponse et les éléments de preuve n’aient pas tous le même poids, leur accumulation
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Voir les déclarations du Dr. Ricardo Nachman, Chef adjoint du Centre national de la Médecine légale en annexe. 15 Jamall Al-Durrah crie également quelques mots assez surprenants. D’après le lecteur de lèvre auquel la journaliste Ester Schapira a montré cette partie du film, Jamal se tourne vers Abu Rahman avant que l’enfant et lui aient ait assumé l’attitude de personnes ayant été blessées et crie : «Ça suffit. Vous avez tué mon fils, c’est fini.» (Dans le film tourné par Schapira pour ARD en 2009, Das Kind, der Tod und tie Wahrheit (L’enfant, la mort et la vérité)). 16 Voir la déclaration du Dr. Yehuda David en annexe concernant les contradictions et irrégularités entre les rapports médicaux de Gaza et, de la Jordanie et les anciennes blessures de Al-Durrah et leur traitement en Israël.

prouve sans équivoque que plusieurs aspects du reportage de France 2 sont faux et d’autres extrêmement improbables. Malgré l’ensemble des preuves réunies, Abu Rahma, Ederlin et France 2 continuent à maintenir leur récit initial. Ils ont tenté d’éviter de répondre aux questions et aux critiques en qualifiant de fanatiques ou d’égarés ceux qui les ont émises, et ils s’efforcent par ailleurs d’interdire tout accès au film original.

2ème partie : Les conséquences du reportage Al-Durrah Le retentissement du reportage de France 2 a eu des conséquences d’une portée considérable qui se font sentir encore aujourd’hui. Il a motivé des terroristes et gravement contribué à la diabolisation d’Israël et à la montée de l’antisémitisme dans les pays musulmans et en Occident. Dans un certain nombre de cas, il a eu des conséquences mortelles. Le récit de France 2 a joué un rôle de tout premier plan dans l’incitation au terrorisme et à la violence, non seulement sur le terrain israélo-palestinien mais également dans le reste du monde. Immédiatement après la première diffusion du reportage de France 2, les médias tant occidentaux qu’arabes l’ont rediffusé des centaines de fois. Il a particulièrement enthousiasmé Al Jazeera, la chaîne d’information satellite basée au Qatar, qui l’a utilisé pour enflammer et inciter d’innombrables audiences à la violence partout dans le monde arabe. Hugh Miles a témoigné : «Al Jazeera repassa plusieurs fois de suite la scène où l’enfant est atteint, et utilisa pendant plusieurs jours l’image de sa mort comme symbole de l’intifada. Le résultat fut d’exciter profondément les foules arabes.» 17 Fouad Ajami remarque que Al Jazeera «passa et repassa la scène déchirante montrant l’enfant de 12 ans Muhammad Al-Durrah blessé et mourant dans les bras de son père. L’incessante répétition de ces images inaugura l’ère du sensationnalisme dans le journalisme arabe.» 18 Ces images contribuèrent à inciter les masses à participer à la campagne de violence et de terreur connue sous le nom de Deuxième intifada et jouèrent un rôle de tout premier plan dans les efforts menés par l’Autorité palestinienne pour cultiver et nourrir cette violence. La

11 Commission Or chargée d’examiner les flambées de violence entre les forces de sécurité israéliennes et les Arabes israéliens en octobre 2000 conclut que : «La mort de Muhammad Al-Durrah décrite dans le film télévisé provoqua un changement d’attitude notable parmi la communauté arabe le 30 septembre et le jour suivant. Ce fait a été souligné par un grand nombre de leaders du secteur arabe questionnés par la Commission. La plupart étaient d’avis qu’une des raisons pour lesquelles les gens du secteur arabe sont descendus dans la rue le 1 er octobre 2000 était due aux images de Muhammad AL-Durrah publiées par les médias. Des représentants de la police et autres forces de sécurité indiquèrent aussi qu’ils étaient persuadés que la publication de ces images avait puissamment contribué au déclenchement de la violence. 19
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Hugh Miles, Al Jazeera : L’histoire intérieure de la chaîne de télévision qui défie l’Occident (Grove Press, 2005), page 73 18 Fouad Ajami ,«Ce que regarde le monde musulman», le New York Times, le 18 novembre 2001 19 Rapport de la Commission Or, Section 1, Paragraphe 172, disponible sur http://elyon1.court.gov.il/heb/veadot/or/inside1.htm

Le 12 octobre 2000, deux réservistes israéliens qui s’étaient fourvoyés sur la route menant à Ramallah furent arrêtés par la police et lynchés par la populace palestinienne de la ville. D’après les récits qui en furent faits, la foule criait «vengeance pour le sang de Muhammad AlDurrah» en massacrant les deux soldats. 20 Encore plus terrifiant peut-être, le premier kamikaze de la seconde intifada, le terroriste Nabil Farj al-Ar’ir du groupe Jihad islamique palestinien (PU), termina sa lettre d’adieu par ces mots : «En résumé, je déclare que je dédie cette opération sacrificielle (istishahadf) au martyr (shahid) Muhammad Al-Durrah et à tous les martyrs de l’islam…» 21 D’autres terroristes du PU ont indiqué qu’ils sont devenus membres de cette organisation après avoir vu les images de Muhammad Al-Durrah à la télévision. 22 L’Autorité palestinienne a utilisé l’histoire Al-Durrah pour encourager les enfants à prendre part à la violence et à sacrifier leurs vies. L’une des vidéos qui a repassé des centaines de fois sur sa chaîne de télévision commence avec les mots : «Je vous fais signe non pour vous dire adieu, mais pour dire suivez-moi – Muhammad Al-Dura.» 23 Certaines scènes de la vidéo montrent Muhammad Al-Durrah en train de courir joyeusement au paradis, de faire voler un cerf-volant et de visiter un centre d’attractions. Le narrateur psalmodie «Comme il est suave le parfum des martyrs. Comme il est suave le parfum de la terre lorsque sa soif a été apaisée par le flot de sang d’un jeune corps… L’enfant cria : Adieu père, je partirai sans peur et sans larmes…» Une autre vidéo diffusée par l’Autorité palestinienne et également destinée aux enfants, commence par ces mots : «Cette chanson est dédiée à l’enfant martyr palestinien Muhammad Al-Durrah qui symbolise le courage de la nation palestinienne, de ses enfants, de ses mères et de ses vieillards.» 24 Le narrateur continue : «La promesse de paix, c’est fini. Le temps des discussions, c’est fini. La pierre de notre pays dans les mains d’un adolescent te défie, mon ennemi… Je te retrouverai, Muhammad, enfant de Palestine.» Les scènes qui suivent montrent un jeune garçon et une fille jetant leurs jouets pour les remplacer par des pierres à jeter sur l’ennemi. Le reportage de France 2 a inspiré et justifié les actes de terrorisme perpétrés non seulement par des groupes de Palestiniens, mais également par des organisations terroristes internationales, en particulier par Osama bin Laden. Le 13 octobre 2001, son porte-parole Sulaiman Abu Ghaith a diffusé une proclamation sur Al-Jazeera qui débutait ainsi : «Bush, du haut de sa fantastique arrogance, peut bien glorifier la liberté dans sa campagne médiatique,

12 mais il ne faut pas qu’il oublie l’image de Muhammad Al- Durrah et de ses frères musulmans de Palestine et d’Irak. S’il l’a oubliée, nous, nous le l’oublierons pas, s’il plaît à Dieu.» Et il continue : «Nous saluons les jeunes guerriers [muhahid] qui ont suivi le bon chemin et qui savent répondre à leurs injustes oppresseurs en tuant ceux qui tuent.. et il lance l’avertissement suivant : «L’avalanche d’attaques aériennes ne cessera pas avant que vous abandonniez l’Afghanistan en vaincus et la queue basse, avant que vous renonciez à protéger les Juifs de Palestine… 25 Le 27 décembre 2001, Al Jazeera diffusa un long discours de Bin Laden au cours
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Voir entre autres l’article de Richard Landes du 22 novembre 2011 : « Les nazis, l’islamisme et la prétendue culture de l’honneur » dans le journal Le Télégraphe 21 Déclaration affichée sur le site de l’organisation terroriste Jihad islamique palestinienne (PIJ) http://www.saraya.ps/index.php?act=Show&id=7400 22 Voir les déclarations des sites PIJ http://www.almuhja.com/article-2967 et http://www.saraya.ps/index.php?act=Show&id=13563 23 Vidéo disponible sur Youtube http://www.youtube.com/watch? v=8UJs2ifnAD4&feaature=player_embedded 24 Vidéo disponible sur http://www.Youtube.com/watch?v=bdZ8ZIPT5rU&feature=player_embedded 25 On peut trouver le texte complet de la déclaration sur le site : http://www.guardian.co.uk/world2001/oct/14/afghanistan.terrorism1

duquel il fit une fois encore allusion à Al-Durrah : «Pharaon, l’incroyant, l’oppresseur et l’adversaire par excellence, était bien connu comme massacreur d’enfants ; mais les Israéliens ont fait la même chose à nos enfants de Palestine. Le monde entier a pu voir les soldats israéliens abattre Muhammad al-Durrah et bien d’autres encore…». A la fin de l’enregistrement, il exhorte les jeunes musulmans à profiter de l’occasion pour «continuer la guerre sainte et les opérations contre les Américains.» 26 Bin Laden a utilisé les images de Al-Durrah publiées par France 2 non seulement lors de ses diatribes contre l’Occident, mais également pour recruter des combattants pour la guerre sainte contre l’Occident et les régimes arabes modérés. L’astucieuse vidéo produite par Al Qaeda vers la fin de l’année 2000 ou au début de 2001 afin de recruter de nouvelles troupes montre à plusieurs reprises un long extrait du film de France 2 tandis que le narrateur utilise le récit de l’incident pour inciter les spectateurs à venger la mort de l’enfant en rejoignant les combattants de la guerre sainte contre l’Occident et les gouvernements arabes qui sont ses alliés. 27 Le 1er février 2002, Daniel Pearl, Chef du Bureau du Journal de Wall Street pour l’Asie du Sud, fut décapité par un groupe de terroristes pakistanais. Dans la macabre vidéo du supplice diffusée par ce groupe figurent de nombreux extraits du film de France 2. Au début de la vidéo lorsque Pearl s’adresse à la caméra, on lui fait dire : «Mon père est juif, ma mère est juive, je suis juif.» Un extrait du reportage de France 2 apparaît alors brièvement sur l’écran. Il est à noter que le terroriste algérien français Muhammed Merah qui a assassiné trois enfants juifs, un rabbin et trois soldats lors d’une série d’attaques en mars 2012, quoiqu’il n’ait pas mentionné Al-Durrah directement, a néanmoins dit aux policiers qu’il avait commis ces meurtres pour venger les enfants palestiniens tués par Israël. 28 Comme indiqué précédemment, Al-Durrah est souvent cité comme preuve irréfutable par ceux qui accusent Israël de tuer délibérément les enfants Palestiniens.

13 Les images de Al-Durrah servent non seulement à justifier le terrorisme, mais sont devenues pour les communautés arabes musulmanes le symbole de la cruauté et de la haine des Israéliens et des Juifs envers elles ainsi que de la gloire du martyre subi pour les combattre. De nombreux commentateurs en sont venus à considérer l’affaire Al-Durrah comme une autre de ces fausses accusations de meurtres rituels fermement implantée à présent dans le monde arabe et musulman. Muhammad Al-Durrah est célébré en langue arabe dans des centaines de chansons, de poèmes, de films, de sites internet et de pages sur facebook qui considèrent comme un fait acquis les accusations d’Enderliin selon lesquelles l’enfant a été tué de sang-froid par Israël . Il y a des avenues et des squares Al-Durrah, son visage apparaît sur des timbres poste, des panneaux d’affichage, des livres d’école et sa mémoire est commémorée annuellement partout dans le monde arabe. Les exemples rempliraient une liste beaucoup trop longue pour ce document, mais un seul exemple illustrera la nature panislamique du «culte» Al-Durrah et l’importance des ressources qui contribuent à son exploitation et à sa
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La transcription du discours d’Osama bin Laden «Dix-neuf étudiants» est disponible sur http://thesis.haverford.edu/dspace/bitstream/handle/10066/5120/OBL20011226.pdf
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Vidéo disponible sur http://www.ciaonet.org/cbr/cbr00/video/excerpts/reel1.html?f et ensuite http://.cianot.org/cbr/cbr00/video/cbu_v_2.html 28 Voir BBC Nouvelles d’Europe, «French shootings: Toulouse gunman killed by sniper », 22 mars 2012

pérennité. 29 Al-Durrah a fait l’objet d’un dessin animé de longue durée intitulé «Le martyr [shahid) du monde – Muhammad Al-Durrah.» L’auteur du script est un Palestinien, la société de production est saoudienne, les commentaires dus à des acteurs arabes célèbres ont été enregistrés en Jordanie, et le tournage s’est déroulé en Turquie. Le coût du film s’élève à environ un million de rials. On y voit de nombreuses images de soldats israéliens en train de maltraiter des Palestiniens et de tirer sur ceux qui jettent des pierres comme sur ceux en train de prier au Dôme du Rocher. Dans la scène de la fin, un soldat israélien face à Jamal et Muhammad accroupis derrière un baril vise posément et abat Muhammad d’une balle dans la poitrine. En toile de fond, des filles chantent «Notre martyr, Al-Durrah. Nous attendons le martyre avec impatience. Notre pays est libre et notre mort c’est le bonheur.» Le cameraman de France 2 et son reportage y sont abondamment mentionnés. On voit plusieurs fois de suite Talal Abu Rahma en train de filmer l’incident et on entend le cri de «mat el-walad » (l’enfant est mort) inclus dans le film de France 2. En diverses occasions, le dessin animé reproduit les mêmes images sous le même angle que celles du film de France 2 en en faisant des gros plans. La diabolisation et la haine d’Israël créées par le reportage Al-Durrah ne se limitent pas au monde arabe et musulman. En Occident, particulièrement en Europe, il a été utilisé pour flétrir Israël en tant qu’oppresseur sans merci et violateur par excellence des droits de l’homme. Amnesty International a clamé : «Lorsque les télévisions dans le monde entier ont montré les images de l’enfant de 12 ans Muhammad Al-Durrah abattu dans les bras de son père le 30 septembre 2000 dans la Bande de Gaza, elles ont attiré l’attention internationale sur les violations des droits de l’homme infligées de longue date presque exclusivement aux Palestiniens par les forces israéliennes.» 30 Human Right Watch, dans son rapport d’octobre 2000 sur les affrontements israélo-palestiniens, publia : «D’après les témoins, l’incident au cours duquel l’enfant de 12 ans Muhammad Jamal Muhammad al-Dirra (sic) est tombé sous le feu de l’IDF semble avoir été dû à l’usage illégal et sans discernement de la force.» 31 Bien que le rapport fasse état de «témoins» anonymes, le seul identifié n’est autre qu’Abu Rahma sur le

14 témoignage duquel est basé l’article. Le rapport continue : «Ni le père, ni le fils, ni personne à proximité n’a jamais présenté un danger quelconque pour le poste IDF ou les soldats, et ils n’auraient pu se trouver non plus dans la ligne de tir lors de la fusillade qui avait eu lieu plus tôt…», ce qui revient à dire que les soldats israéliens ont tué Muhammad de sang-froid, ou du moins qu’ils ont causé sa mort par leur manque total de respect pour sa vie. On ne sait d’où vient l’information dont s’est servi Human Rights Watch pour affirmer l’absence de tout danger dans le secteur où se trouvaient Jamal et l’enfant ou l’impossibilité que ces derniers se soient trouvés pris dans les feux croisés, mais en tout état de cause elle est en contradiction avec les images du film pris le jour de l’incident. L’affaire Al-Durrah a occupé une place de choix lors du Forum ONG de la Conférence des Nations Unies contre le racisme tenue à Durban, Afrique du Sud, en 2001, qui a donné le coup d’envoi à la nouvelle campagne de délégitimisation d’Israël. Au cours de ce forum, des ONGs et des organisations civiles du
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Voir l’annexe 6 : Images de Al-Durrah, pour un échantillon de ces exemples. Amnesty International : «Le racisme et l’application de la justice » (juillet 2001). Disponible sur http://www.amnesty.org/en/library/asset/ACT40/020/2001/en/d133d259-d92e-11dd-ad8cf3d4445c118e/act400202001en.pdf 31 Human Rights Watch, « Israël, la Bande de Gaza, les territoires occupés de Cisjordanie et les territoires de l’Autorité palestinienne : enquête sur l’usage illégal de la force en Cisjordanie, la Bande de Gaza et le Nord d’Israël, du 4 au 11 octobre, (octobre 2000) – disponible sur http://www.hrw.org/reports/2000/israel/isrlo00-02.htm#P74_8170

monde entier signèrent une déclaration assimilant le sionisme avec le racisme et l’apartheid, accusant Israël de génocide et appelant à l’isolation internationale totale de l’Etat juif. De vastes bannières avec des images de Al-Durrah extraites du film de France 2 furent brandies au cours de défilés et de manifestations réclamant la destruction d’Israël. 32 Jamal Al-Durrah lui-même y participa et y prononça un discours. Le reportage Al-Durrah servit également à justifier et à banaliser l’assimilation entre Israël et les nazis. Si l’armée israélienne tue intentionnellement des enfants sans défense, c’est qu’elle ne vaut pas mieux que le régime nazi. La célèbre chroniqueuse politique Catherine Nay a exprimé ce sentiment lorsqu’elle a déclaré «La mort de Mohammed annule, efface celle de l'enfant juif, les mains en l'air devant les SS, dans le ghetto de Varsovie.» Lors d’une démonstration Place de la République à Paris le 7 octobre 2000, des participants crièrent «mort aux Juifs» et brandirent une bannière montrant une Etoile de David, un swastika et la photo des Al-Durrah avec les mots : «Eux aussi tuent des enfants.» L’émotion créée par le reportage Al-Durrah de France 2 a conduit non seulement à la diabolisation d’Israël, mais a également provoqué une montée de l’antisémitisme et des attaques contre des Juifs. Samuel Trigano a documenté la recrudescence des attaques antisémitiques en France à partir du 1 er octobre 2000, suite aux affrontements israélopalestiniens. 34 Richard Pasquier, le Président du Conseil représentatif des Institutions juives en France, a déclaré que «le conflit israélo-palestinien a fait tache d’huile sur la France et c’est l’image de l’enfant Al-Durrah qui lui a servi d’emblème.» 35 Mais l’accroissement des incidents antisémitiques à dater d’octobre 2000 ne s’est pas borné à la France. La Ligue AntiDiffamation a rapporté qu’aux Etats-Unis, «le vandalisme, la persécution et d’autres manifestations de haine à l’encontre de Juifs et de leurs biens se multiplièrent au moment de la reprise des tensions au Moyen Orient et culminèrent en octobre, au moment où les

15 événements de cette partie du monde débordèrent sur les pays à larges communautés juives. La Ligue dénombra 259 incidents antisémitiques pour octobre sur l’ensemble des Etats-Unis, soit le nombre le plus élevé pour tous les autres mois de la même année. 36 En Grande-Bretagne, une étude note «pour l’année 2000, une augmentation de 50% d’incidents antisémitiques par rapport à l’année précédente.» 36% de ces incidents se produisirent en octobre et novembre, reflétant la montée des tensions entre Palestiniens et Israéliens.» 37 Le film Al-Durrah n’a peut-être pas été la cause unique de la montée des tensions, mais il en a été le symbole. D’autres témoignages indiquent également que l’incident Al-Durrah est utilisé en Europe par certains groupes musulmans extrémistes opposés à l’assimilation pour justifier leur rhétorique incendiaire antisémite vis
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Voir Annexe 6 : Images de Al-Durrah Voir Ivan Rioufol, «Les médias, pouvoir intouchable», Le Figaro, 10 juin 2008 34 Voir Samuel Trigano «Les Juifs de France visés par l’intifada ?», Observatoire du monde juif, novembre 2001. 35 Devorah Lauter, «Les Juifs français exigent une enquête al-Dura», L’Agence télégraphique juive, 8 juillet 2008 36 La Ligue Anti-Diffamation, «Audit ALD : Les incidents antisémitiques en légère hausse aux USA en 2000. Hausse attribuée au conflit du Moyen-Orient», 21 mars 2001. Disponible sur http://adl.org.presrele/asus_12/3776_12.asp 37 Université de Tel Aviv, Centre Stephen Roth pour l’Etude du racisme et de l’antisémitisme, Rapport annuel par pays : Royaume Uni 2000-2001. Disponible sur http://www.tau.ac.il/Anti-Semitism/asw20001/united_kingdom.htm

à-vis de leurs coreligionnaires plus modérés. 38 Etant donné la gravité et l’étendue des dommages causés à Israël et au peuple juif en général par le film de France 2 Al-Durrah, il est impératif que la vérité au sujet de ce récit diffamatoire soit connue de l’ensemble du public. Par ailleurs, les conséquences de ce reportage sont loin de se limiter aux seuls dommages infligés à Israël et rappellent aux médias qu’il est indispensable qu’ils respecter les normes de conduite professionnelles et éthiques lorsqu’ils couvrent des conflits asymétriques mondiaux tels que le conflit israélo-palestinien. 3ème partie : L’étique et le code déontologique de journalisme - les leçons à tirer de l’affaire Al-Durrah L’affaire A-Durrah met en lumière l’extrême importance que revêt pour les journalistes le respect de l’étique et des normes déontologiques de leur profession lorsqu’ils publient des reportages concernant des situations particulièrement délicates et des événements potentiellement explosifs. Une presse active et libre est essentielle au bon fonctionnement d’une saine démocratie. C’est précisément à cause du rôle-essentiel joué par les médias dans le processus d’échange d’idées et de prise de décision démocratique qu’ils doivent respecter strictement l’éthique journalistique relative à la recherche de la vérité, par l’examen critique et la vérification des sources d’information, l’élimination de toute accusation non fondée et de toute manipulation du matériel médiatique ; il est essentiel qu’ils acceptent également de rectifier rapidement ou de rétracter les informations dont la véracité est extrêmement douteuse. Ce n’est pas au gouvernement de contrôler les médias au moyen de lois restrictives : c’est à l’intégrité du journaliste et au respect de son code déontologique qu’incombe ce rôle. Lorsqu’on considère ce qu’il est advenu de l’éthique et des normes

16 journalistiques dans l’affaire Al-Durrah, on réalise à quelles difficultés se heurte le reportage concernant les guerres asymétriques modernes en général et le conflit israélo-palestinien en particulier. L’importance primordiale du rôle joué par les médias dans de tels conflits rend indispensable une stricte observance des normes journalistiques. La «bataille» qui se joue sur l’écran de télévision ou d’ordinateur pour exporter et interpréter le conflit auprès des élites politiques et du grand public est souvent tout aussi importante - sinon plus - que l’affrontement militaire luimême. Des deux côtés on s’efforce par tous les moyens d’influencer les médias internationaux, qui pour leur part sont à la recherche d’histoires propres à alimenter sans discontinuer leurs bulletins d’information. S’agissant de leurs relations avec les médias internationaux, ce qui sépare les pays démocratiques des pays non démocratiques (et d’entités non gouvernementales telles que les organisations terroristes) joue souvent en faveur de ces derniers. Lorsqu’elles désirent faire une déclaration officielle à la presse, les démocraties suivent une procédure qui inclut généralement des mécanismes de vérification et un système d’autorisations à divers niveaux hiérarchiques ; par ailleurs, elles sont responsables de l’exactitude de leurs affirmations. Les Etats non démocratiques et leurs partenaires non étatiques, eux, se contentent généralement de dire ce qu’ils jugent de nature à soutenir leur cause à un moment donné, et on ne leur demande généralement pas de comptes en ce qui concerne la véracité de leurs déclarations.
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Voir l’article de Ian Johnson & John Carreyrou dans le Wall Street Journal du 11 juillet 2005 intitulé : «As Muslims Call Europe Home, Dangerous isolation Takes Root» (Les musulmans s’installent en Europe en s’isolant dangereusement)

Lorsque des journalistes pressés par la nécessité d’alimenter leurs rubriques d’actualités et désireux d’obtenir une exclusivité choisissent d’ignorer ces différences, de graves distorsions risquent de se produire. Celui des adversaires qui dispose de la force militaire la moins puissante peut ainsi manipuler les médias en leur fournissant très rapidement des informations tendancieuses ou erronées, des images trompeuses, voire en créant de toutes pièces ou en manipulant certains événements. Dans le contexte du conflit israélo-palestinien, il existe des exemples bien connus de prétendus «massacres» par les Israéliens, comme celui de Jénine en avril 2002 ; d’images publiées sur internet et les réseaux sociaux prétendant montrer les victimes palestiniennes d’attaques israéliennes – alors qu’en fait il s’agit d’incidents sans aucun rapport (tels que les victimes civiles d’affrontements en Syrie) ; et la mise en scène d’obsèques, de blessures et d’évacuations par ambulance. De plus, les organisations terroristes et leurs partenaires non étatiques cherchent à contrebalancer la supériorité militaire de leurs adversaires en suscitant un climat de pression internationale par le biais des médias. On en trouve un exemple dans l’utilisation que font des groupes de terroristes palestiniens de boucliers humains et d’édifices civils lorsqu’ils lancent une attaque : ils savent pertinemment que les images médiatiques des dommages involontairement causés par la riposte ou les mesures préventives des Israéliens porteront préjudice à ces derniers dans l’opinion publique. Les journalistes devraient par conséquent tout mettre en œuvre afin d’assurer l’objectivité et l’exactitude des informations, des récits et des images qu’ils présentent au public. Les normes éthiques et professionnelles relatives aux journalistes et aux médias font partie des codes de déontologie ou des listes de principes adoptées par certains groupements nationaux ou internationaux tels que les syndicats de journalistes. Afin d’examiner le rapport entre les normes journalistiques et l’affaire Al-Durrah, ce chapitre se réfère aux principaux codes de déontologie journalistique ainsi qu’à

17 quelques-autres particulièrement pertinents en ce domaine : le Code de principes sur la conduite des journalistes de la Fédération internationale des Journalistes (FIJ) ; la Charte des devoirs professionnels des journalistes français du Syndicat national des journalistes (SNJF), la plus importante fédération internationale de journalistes syndiqués ; les Règles déontologiques du Conseil israélien de la presse (IPC) ; le Code de déontologie de l’Association des Journalistes professionnels (SJP) basée aux Etats-Unis ; et la Résolution 1003 sur l’éthique journalistique de l’Assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe (APCE). Il ne s’agit pas ici d’affirmer que l’un ou l’autre de ces codes a un effet juridique contraignant pour les protagonistes de l’affaire Al-Durrah ; ils forment simplement un cadre de référence pour examiner dans quelle mesure ont été respectées les règles d’éthique professionnelle dans cette affaire. Le premier principe du Code de la FIJ souligne l’importance de la recherche systématique de la vérité : «Respecter la vérité et le droit du public à la connaître constitue le devoir primordial du journaliste.» La Résolution de l’APCE ajoute que «Les nouvelles doivent être diffusées en respectant le principe de véracité, après avoir fait l'objet des vérifications de rigueur…» . Le code de la SJP recommande aux journalistes consciencieux de «vérifier l’exactitude de l’information auprès de toutes les sources et de veiller tout particulièrement à ne pas commettre d’erreur par négligence» . Le code SJP insiste sur les soins que requiert cette recherche de la vérité : «Avant la publication de toute nouvelle, le journal et le journaliste en vérifieront la véracité auprès de la source la plus crédible en la replaçant dans son contexte» ; et encore : «On ne saurait renoncer à vérifier la véracité de l’information sous prétexte de l’urgence de la diffusion». Dans sa quête rigoureuse de la vérité, le journaliste devrait, selon les termes de charte de la SNJF «considérer la diffamation, les accusations sans fondement, la falsification de documents, la distorsion des faits et le mensonge comme les plus graves de toutes les fautes professionnelles.» «Les accusations sans fondement» figurent également dans la liste des fautes professionnelles les plus graves du code des principes de la FIJ. Le reportage de France 2 présenté par Charles Enderlin s’est considérablement écarté de ces principes. En dépit de la nature potentiellement explosive du reportage qu’Enderlin ne pouvait pas ignorer, lui et ses monteurs s’en sont tenus aux dires d’Abu Rahma sans se préoccuper de les vérifier ou de les examiner de façon critique en se basant sur le film. Il aurait dû leur sauter aux yeux que le film envoyé à France 2 ne confirmait nullement ce que prétendait leur correspondant local, c'est-à-dire que les coups de feu en direction de Jamal Al-Durrah et son fils avaient été tirés du poste israélien et que l’enfant était mort pendant le tournage du film. Ces deux points seuls auraient dû les conduire à questionner sérieusement leur source, même si la crédibilité de Rahma n’avait pas été mise en cause auparavant. Non seulement Enderlin n’a pas vérifié les dires d’Abu Rahman, mais il a édité et commenté le reportage de façon à faire croire aux téléspectateurs que les images qu’il leur montrait confirmaient son récit. Etant donné le type de situation objet du reportage – un accès de violence de courte durée au cours duquel des tireurs et des émeutiers mélangés à des observateurs civils lancèrent une attaque disséminée contre un poste israélien – et l’habitude bien connue des Palestiniens de fabriquer à l’intention des médias de soi-disant victimes de semblables affrontements, il était d’autant plus nécessaire d’exercer la plus grande prudence afin d’éviter toute accusation non vérifiée ou mensongère.

18 Du point de vue de la déontologie journalistique, la décision prise par Enderlin de supprimer le métrage à la fin du film au cours duquel on voit l’enfant bouger la main et regarder délibérément dans la direction de la caméra est particulièrement critiquable. Qu’il ait ou non cru que le geste de la main de l’enfant était une manifestation de son agonie, il ne pouvait ignorer que ces images étaient indispensables pour permettre au téléspectateur de former sa propre opinion quant à la véracité du commentaire. Le code des principes de la FIJ est clair : «Le journaliste ne supprimera pas les informations essentielles et ne falsifiera pas le matériel » et le code de la SJP ne l’est pas moins : «Les journalistes ne doivent en aucun cas falsifier ou déformer les photos ou les vidéos illustrant les informations.» La plupart des codes de déontologie concernant le journalisme contiennent des clauses selon lesquelles les médias d’information doivent rectifier rapidement toute erreur ou inexactitude. «Le journaliste s'efforcera par tous les moyens de rectifier toute information publiée et révélée inexacte et nuisible» (FIJ) ; «Les erreurs, omissions ou inexactitudes dans toute publication des faits doivent être rectifiées rapidement en fournissant la référence exacte de la publication originelle.» (IPC). Quoique dans la plupart des cas ces erreurs sont identifiées relativement rapidement, des cas comme celui de Al-Durrah ne sont pas uniques. La controverse à leur sujet ainsi que leurs conséquences délétères font l’objet d’investigations poussées et de longs débats. Depuis septembre 2000, diverses enquêtes effectuées par l’IDF, des journalistes, des commentateurs médiatiques et des entités légales ont soulevé de graves questions concernant l’exactitude et la crédibilité de l’histoire Al-Durrah telle que rapportée par Abu Rahma et Enderlin. En ce qui concerne la critique populaire, le Code de déontologie de la SJP précise : «Les journalistes devraient clarifier et expliquer comment s’effectuent leurs reportages et inviter au dialogue avec le public concernant leur attitude en tant que journalistes. Il n’est pas douteux que France 2 aurait dû pour le moins rétracter ou replacer dans leur cadre les accusations de son reporter selon lesquelles les tirs israéliens ont visé l’enfant et causé sa mort, et présenter des excuses pour avoir délibérément supprimé certaines images révélatrices et accordé une confiance aveugle à Abu Rahma. Cette démarche s’imposait d’autant plus que les dommages causés par France 2 étaient importants. Néanmoins, au lieu de rectifier les omissions et inexactitudes du reportage Al-Durrah, France 2 et Enderlin ont continué à défendre leur commentaire original. Enderlin s’est obstiné à défendre la crédibilité d’Abu Rahma dans son livre sur l’affaire Al-Durrah paru en 2010 dans lequel il réaffirme sa conviction que les tirs provenaient du poste israélien. Tout en précisant que ce n’est pas lui, mais Abu Rahma qui a accusé les soldats israéliens d’avoir délibérément cherché à tuer Jamal et l’enfant (il prétend qu’en disant que Jamal et l’enfant étaient pris sous le tir des Israéliens, il ne voulait pas insinuer que les Israéliens les avaient délibérément pris pour cibles) il continue à défendre la crédibilité d’Abu Rahma. Dans son livre, il soutient à plusieurs reprises qu’Abu Rahma est «blanc comme neige» et n’a jamais manqué à ses devoirs en tant que journaliste. Afin de renforcer cette affirmation, il raconte que les services israéliens de sécurité lui avaient dit qu’Abu Rahma n’était pas soupçonné d’être mêlé à des activités terroristes (comme si seuls les terroristes pouvaient être soupçonnés d’effectuer des reportages tendancieux ou mensongers). Au lieu d’engager le dialogue avec ses critiques, d’un bout à l’autre de son livre Enderlin tente de s’en débarrasser en les qualifiant de fanatiques ou d’égarés. Il évite soigneusement de réfuter le faisceau de preuves et d’arguments concluant à la fausseté du reportage de France 2. 39 Conclusion

19 Plus de douze ans après sa parution, les effets délétères de l’histoire Al-Durrah se font toujours sentir, et il est grand temps que France 2 rende publiques la rectification et la clarification qui s’imposent afin de les atténuer. Sur un plan plus général, l’affaire Al-Durrah devrait servir de signal d’alarme à la communauté journalistique chargée de couvrir le conflit israélo-palestinien. Pratiquement tous les affrontements qui ont suivi, depuis l’opération «Bouclier défensif» de 2002 jusqu’à la Seconde Guerre du Liban de 2006, les opérations «Plomb durci» (2008-2009) et «Pilier de défense» de 2012 en passant par l’affaire de la flottille Mavi Marmara de 2010 ont subi les conséquences de l’affaire Al-Durrah sous la forme d’accusations sans fondement émises par les médias occidentaux accusant les forces israéliennes d’attaques intentionnelles contre des civils, et particulièrement contre des enfants. Dans de nombreux cas, des mises en scène créées de toutes pièces furent présentées comme authentiques, soit de façon délibérément mensongère, soit sans le moindre souci de vérifier les faits. Certains de ces reportages ont bien pu être démentis par la suite, ils n’en ont pas moins répandu la haine, encouragé le terrorisme et contribué à la délégitimisation de l’Etat juif. Beaucoup de ces reportages émanaient de correspondants locaux recrutés par des médias internationaux. L’affaire Al-Durrah souligne la nécessité pour les réseaux d’information de vérifier scrupuleusement les rapports de leurs correspondants locaux dont l’objectivité n’est pas automatique et qui n’obéissent pas toujours aux règles en vigueur dans les communautés démocratiques.
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La nécessité pour les médias de fonctionner avec un maximum de transparence et d’ouverture est souvent considérée comme l’un des principes de base du code de déontologie journalistique. La FIJ, par exemple, proclame dans ses principes généraux que «les médias doivent être gérés selon les normes les plus strictes d’ouverture et de transparence.» Dans cette optique, le refus prolongé de France 2 de publier la totalité du film tourné le jour de l’incident remet en question son adhérence au principe de la transparence.

En dehors du contexte israélien, l’affaire Al-Durrah met en lumière les difficultés rencontrées par les médias occidentaux assurant la couverture de conflits asymétriques. Les journalistes constituent des cibles de prix dans la lutte pour l’opinion publique, et les Etats non démocratiques ainsi que leurs partenaires non étatiques jouissent d’un avantage sur les pays démocratiques : ils peuvent leur fournir rapidement des informations non vérifiées dont ils ne garantissent pas la véracité. Les impératifs de telles situations exigent des médias et des journalistes la stricte adhésion aux normes éthiques et à leurs codes déontologiques, qui requièrent une analyse critique des informations et des images afin de séparer les faits de la fiction et de corriger les erreurs qui auraient pu se produire. L’affaire Al-Durrah démontre également que les pays qui combattent la terreur tout en respectant scrupuleusement la loi internationale ne sauraient traiter légèrement tout reportage médiatique inexact ou mensonger. Les conséquences délétères qui peuvent en découler à court comme à long terme ne leur permettent pas d’attendre en espérant que la polémique finira par s’éteindre d’elle-même. Il leur faut immédiatement lancer une enquête approfondie et informer la communauté internationale des résultats obtenus. Il faut espérer qu’en exposant la position d’Israël concernant l’affaire Al-Durrah, en décrivant ses séquelles et en soulignant ses ramifications, nous aurons quelque peu limité les dégâts causés par ce reportage pernicieux et évité la répétition de tels incidents dans le futur.

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21 Annexe 1 : Déclarations officielles d’Israël concernant l’affaire Al-Durrah depuis le 30 septembre 2000 Depuis le 30 septembre 2000, des représentants du Bureau du Premier Ministre israélien (BPM) et des Forces israéliennes de Défense (IDF) ont publié des déclarations tant orales qu’écrites concernant la position d’Israël à propos de l’affaire Al-Durrah. A part une seule exception, qui fut par la suite expressément rétractée, toutes ces déclarations ont conclu qu’aucune preuve ne venait soutenir l’accusation selon laquelle Israël était responsable des coups de feu qui semblent avoir percuté les abords du lieu où se trouvaient Jamal Al-Durrah et l’enfant – et encore moins de la mort supposée de ce dernier. En fait, à la lumière des preuves recueillies depuis lors, il semble beaucoup plus probable que les impacts de balles relevés au lieu de l’incident provenaient de tireurs palestiniens. De plus, les représentants du BPM et de l’IDF ont affirmé à plusieurs reprises que ni France 2, ni Charles Enderlin, ni Abu Rahma n’avaient agi de bonne foi pour produire un compte-rendu objectif de l’incident et avaient même probablement altéré intentionnellement les faits à plusieurs reprises, causant ainsi un préjudice certain à l’Etat d’Israël et à son peuple. Les représentants israéliens ont essayé à plusieurs reprises d’obtenir de France 2 la totalité du film avant montage tourné par Abu Rahma le 30 septembre et le 1 er octobre afin d’approfondir leur enquête et de cerner de plus près la vérité concernant cet incident. Toutes leurs demandes ont été soit rejetées, soit éludées, tant par Enderlin que par France 2. Charles Enderlin contacta le Commandant Yarden Vatikay, alors Chef de la Section internationale du Bureau du Représentant de l’IDF, le 30 septembre 2000 afin de connaître sa réaction concernant le reportage Al-Durrah qu’il s’apprêtait à diffuser. Vatikay indique qu’Enderlin «m’informa de son intention de le passer immédiatement à l’antenne et s’étendit sur les troubles qui en résulteraient pour l’IDF.» Vatikay lui demanda de permettre à l’IDF de visionner le film afin de préparer une réponse documentée et précisa que «nous ne saurions accepter aucune responsabilité avant d’avoir visionné le reportage et mené une enquête préliminaire… l’enfant a pu être atteint par une balle égarée tirée par l’un ou l’autre des adversaires en présence, et en l’état actuel des choses, personne n’est à même d’accuser l’IDF de quoi que ce soit.» D’après Vatikay, Enderlin rejeta sa demande et réitéra son intention de téléviser le film très prochainement avant que l’IDF ait pu le visualiser. Le reportage fut diffusé peu de temps après sans qu’Israël ait eu la possibilité de fournir un commentaire officiel. Le jour même de la diffusion du reportage de France 2, le Bureau du Représentant de l’IDF publia un communiqué de presse précisant que bien qu’il soit impossible de déterminer d’après le film diffusé par la chaîne de télévision l’origine exacte des tirs apparemment dirigés vers Jamal et l’enfant, en tout état de cause la responsabilité en incombait au cynisme des Palestiniens qui n’hésitaient pas à lancer des attaques armées au plein milieu de la population civile. Le communiqué mentionnait que «les Palestiniens faisaient un usage éhonté des femmes et des enfants en les plaçant aux points chauds des lieux qu’ils occupent» et que «pendant l’échange de feu nourri survenu à cet endroit [le carrefour Netzarim], la caméra n’avait rien filmé d’autre que les blessures infligées à l’enfant et à son père pris entre les deux feux, sans qu’il soit possible de déterminer de quel côté venaient les balles. Il est par conséquent impossible de savoir par qui furent atteints l’enfant et son père.»

22 C’est pendant la conférence de presse organisée le 3 octobre 2000 par le Général de Division Giora Eiland, Chef du Bureau des Opérations, que fut évoquée officiellement la possibilité que les coups de feu aient été tirés par les Israéliens. Au cours de cette conférence, Eiland se borna à déclarer qu’Israël désirait mettre fin à l’escalade de la violence et énuméra les mesures qu’elle comptait prendre à cet effet. La transcription préparée par un membre du Bureau du Porte-Parole de l’IDF présent à cette conférence révèle que c’est en réponse à une question relative à Al-Durrah qu’Eiland déclara qu’à la suite de l’échange de coups de feu, Jamal et l’enfant «s’abritèrent le long d’un mur à quelques mètres des Palestiniens qui nous avaient attaqués. Les soldats ripostèrent et il semblerait qu’ils aient atteint l’enfant». Interviewé en décembre 2005 par le journal israélien Maariv, Eiland expliqua : «Au moment où j’ai fait cette déclaration, je n’avais pas eu communication des éléments de l’enquête qui ont été présentées plus tard à l’armée israélienne… Etant donné l’habitude bien connue qu’ont les Palestiniens de placer leurs enfants au cœur de situations dangereuses, il me semblait que la question principale concernant ce cas particulier était de savoir pourquoi les Palestiniens avaient risqué la vie de leur propre population civile en faisant feu sur les Israéliens alors qu’un enfant et son père se trouvaient pris entre les deux feux. Je n’ai pas imaginé un seul instant que mes paroles seraient utilisées pour accuser Israël d’assassinat délibéré.» Au cours du même mois, le Général de Division Yom Tov Samia commandant la région Sud dirigea une enquête sur l’incident en question. Au cours de la reconstitution furent examinés, entre autres, les angles de tir des positions israélienne et palestinienne par rapport à l’endroit où se trouvaient Jamal Al-Durrah et l’enfant, les traces de balles visibles dans le film et celles créées lors de la reconstitution, le type et la fréquence des coups de feu enregistrés lors du tournage ainsi que les déclarations de Jamal concernant les blessures attribuées à l’enfant et à lui-même. Les résultats obtenus permirent à Samia de conclure que : «un doute sérieux s’est élevé quant à la possibilité que l’enfant Muhammad Al-Durrah et son père aient été blessés par des soldats israéliens. Les indications relevées au cours de l’enquête permettent d’affirmer qu’il y a de fortes chances pour que l’enfant ait été atteint par les coups de feu tirés par les Palestiniens lors des échanges de tirs.» Ces conclusions furent rendues publiques lors d’une conférence de presse tenue le 27 novembre 2000. 40 Au cours des années suivantes, les nouvelles informations qui firent surface au sujet de cette affaire incitèrent certains journalistes et des organismes de surveillance des médias à poser de nombreuses questions concernant l’exactitude et la crédibilité du reportage de France 2. En 2006, Eiland publia une déclaration confirmant qu’il n’avait pas eu communication de tous les éléments de preuve lors de sa conférence de presse initiale. Il précisa : «Après en avoir pris connaissance, je ne saurais accepter la responsabilité de l’IDF… D’après ce que je sais maintenant, si Al-Durrah a vraiment été abattu au carrefour Netzarim, il est beaucoup plus probable qu’il l’a été par des tirs palestiniens plutôt que par des tirs israéliens. » Il ajouta que «entre toutes les explications possibles, celle fournie par Charles Enderlin dans son reportage selon laquelle l’enfant et son père avaient été pris pour cibles par les tireurs israéliens est la moins vraisemblable de toutes.»
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A noter que le 8 novembre 2000, le Lieutenant-Général Shaul Mofaz, Chef d’Etat Major de l’IDF, indiqua à la Commission des Affaires étrangères et de la Défense de la Knesset que l’enquête était due à l’initiative personnelle de Samia. Toutefois, dans sa lettre du 21 novembre 2007 au cabinet juridique représentant Enderlin, le Porte-Parole Général de Brigade Avi Benayahu précisa que l’enquête Samia faisait partie de l’investigation officielle de l’IDF et que l’autorité du Commandant de la région Sud lui donnait toute latitude pour ordonner une telle action.

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A la demande de l’Attaché militaire israélien en poste à Washington D.C., le 1 er avril 2007 Yarden Vatikay composa un mémorandum sur l’affaire Al-Durrah réaffirmant son sentiment selon lequel il était impossible de déterminer l’origine des tirs qui auraient atteint Jamal et l’enfant, et par conséquent impossible d’en attribuer le blâme à Israël comme l’avait fait France 2. Vatikay souligna que «le film diffusé par les médias ne montrait que l’enfant et son père, de sorte que la scène de l’incident, les forces en présence ou tout autre détail permettant d’évaluer la situation n’étaient visibles pour personne.» Il rappela qu’en dépit de toute évidence prouvant la culpabilité d’Israël, la diffusion de ce reportage déclencha «une chasse aux sorcières sous la forme d’attaques médiatiques d’une ampleur jusque là inconnue contre l’IDF… Certaines allèrent jusqu’à affirmer que la fusillade avait été délibérée.» Le 23 septembre 2007, Danny Seaman, Directeur du Bureau de Presse gouvernemental israélien (GPO) rattaché au Bureau du Premier Ministre, adressa une lettre officielle à l’ONG Centre israélien pour la Justice (Shurat HaDin) dans laquelle il évoquait en détail l’affaire AlDurrah. Sa lettre répondait à la demande de retrait des cartes de presse accordées par Israël à France 2 formulée par cette ONG pour avoir violé l’étique et le code déontologique journalistique à l’occasion de son reportage sur l’affaire Al-Durrah et de son refus ultérieur de présenter des excuses. L’ONG publia cette réponse, qui fut largement commentée par les médias. Dans sa réponse, Seaman mentionnait qu’ «en l’absence de toute enquête sérieuse, les médias avaient rendu Israël coupable du meurtre d’un petit garçon… que ces allégations avaient finalement abouti à la découverte de la vérité et établi le fait que Talal Abu Rahman, le cameraman palestinien de France 2, avait organisé la mise en scène des évènements en question.» Il soulignait que l’enquête menée par l’IDF avait prouvé que «les évènements tels que décrits par le reporter de la chaîne de télévision Charles Enderlin ne pouvaient pas avoir eu lieu.» Que de plus, une autre enquête postérieure avait révélé que «Talal Abu Rahman avait systématiquement procédé à la mise en scène des évènements survenus ce jour-là.» Seaman déclarait qu’afin d’éviter de répondre aux questions épineuses des enquêteurs à propos de l’affaire et aux commentaires des principaux médias à ce sujet, France 2 avait prétendu qu’ «Israël avait admis sa responsabilité dans la mort de Al-Durrah… et n’avait jamais critiqué la procédure suivie par France 2 dans cette affaire.» «Ces deux affirmations, déclara Seaman, sont inexactes.» En ce qui concerne la première, Eiland, qui avait initialement admis la possibilité que l’enfant ait été abattu par des tirs israéliens, s’était rétracté publiquement en 2005 et avait révisé sa déclaration initiale à la suite des constatations effectuées par la suite. Seaman rappelait également qu’au début de 2001 «le Dr. Raanan Gissin, Conseiller Principal du Premier Ministre Ariel Sharon, avait vertement critiqué la chaîne de télévision française.» Quant à la demande de retrait des cartes de presse de France 2 formulée par le Centre israélien pour la justice, Seaman répondit que «quoique la chaîne de télévision de France 2 et ses employés aient négligé, au mépris de tout professionnalisme, de vérifier l’authenticité des faits avant de publier leur reportage sur l’affaire AL-Durrah, les règles du Bureau de Presse du Gouvernement [israélien] n’autorisent pas le retrait généralisé de leurs cartes de presse.» Entre septembre et novembre 2007, le porte-parole Général de Brigade Avi Benayahu et le vice porte-parole, le Colonel Shlomi Am Shalom, échangèrent une volumineuse correspondance avec Charles Enderlin et ses représentants légaux afin d’obtenir la copie

24 originale du film. Dans sa lettre du 10 septembre à Enderlin, le Colonel Am Shalom soulignait que les constatations effectuées au cours de l’enquête menée par le Commandant de la Région Sud «avaient révélé de nombreux points de divergence avec le récit des faits contenu dans le reportage de France 2.» Il indiquait qu’ «après avoir analysé l’ensemble des indices relevés au site de l’incident, l’enquête avait conclu qu’il fallait exclure la possibilité que les balles qui auraient atteint l’enfant et son père aient été tirées par les soldats de l’IDF.» Am Shalom rappelle également que d’après la décision du tribunal du 19 octobre 2006 concernant le procès Enderlin/France 2 v. Karsenty, on en déduit «que la Cour était persuadée que l’Etat d’Israël n’avait jamais cru à la possibilité d’une mise en scène, n’avait jamais nié le fait que Muhammad Al-Durrah avait été abattu par des soldats israéliens, et n’avait jamais tenté de réfuter les accusations à ce sujet contenues dans le reportage de la chaîne de télévision française. Cette décision impliquait également que l’Etat d’Israël n’avait jamais réclamé la version originale du film sur lequel reposait le reportage.» Ce à quoi Am Shalom rétorque : «J’ai le devoir de souligner que de telles opinions sont en totale contradiction avec les efforts réitérés de l’IDF pour obtenir l’original du film, ainsi qu’avec les conclusions de l’enquête menée par l’IDF qui ont été relatées par l’ensemble des médias tant français qu’internationaux.» La déclaration publiée par le Bureau national de l’Information du Premier Ministre le 21 octobre 2010 explique la position d’Israël de la façon la plus claire qui soit : «il est évident aujourd’hui que le blâme dans l’affaire Al-Durrah a été faussement attribué à l’IDF et à l’Etat d’Israël. Les constatations effectuées depuis lors démentent les accusations portées originellement contre Israël, que les médias internationaux, et au premier chef la chaîne de télévision France 2, ont négligé de vérifier.» On doit également noter que le Bureau du Premier Ministre et l’IDF ont essayé à maintes reprises d’obtenir le film original avant montage tourné par le cameraman de France 2 afin de pouvoir l’examiner en détail, dans l’espoir de vérifier les faits et de mettre fin à la controverse. 41 France 2, Enderlin et leur représentants légaux s’y sont toujours opposés, ignorant ou éludant nos demandes (ainsi que celles de nombreux autres investigateurs indépendants) sous prétexte d’excuses diverses. Immédiatement après la diffusion du reportage de France 2, le Bureau du porte-parole de l’IDF avait demandé à plusieurs reprises qu’on lui fasse parvenir la séquence filmée intégrale ; il ne reçut qu’une cassette contenant à peu de choses près la copie de la version diffusée par France 2. La requête dans le même sens présentée par l’équipe d’investigation de l’IDF mise sur pied par le Commandant de la région Sud fut refusée. En mai 2005, le Dr. Raanan Gissin, Conseiller Principal du Premier Ministre Ariel Sharon et porte-parole du Bureau du Premier Ministre pour la presse internationale essuya le même refus après avoir adressé une demande similaire à Enderlin. Comme mentionné plus haut, entre septembre et novembre 2007 le porte-parole de l’IDF et son second ont réclamé à maintes reprises, au cours d’échanges de correspondance avec le cabinet d’avocats représentant France 2 et Enderlin, la version originale du film avant montage. En dépit des affirmations répétées de France 2 selon lesquelles la chaîne télévisée était déterminée à «contribuer de toutes les façons possibles… aux efforts visant à faire éclater la vérité», France 2 a toujours refusé de fournir la version originale du film. En fait, non seulement son refus a été inébranlable, mais elle a tenté de contourner la demande en proposant à plusieurs reprises une très curieuse alternative : la chaîne projetterait elle-même l’original

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D’après le témoignage d’Abu Rahma recueilli par le PCHR, la durée du film avant montage tourné le 30 septembre est de 27 minutes.

du film pour le porte-parole de l’IDF, dans le bureau de l’Adjoint de son Chef d’Etat Major. Bien entendu, une projection unique et informelle n’aurait pas permis de conduire une enquête sérieuse sur la façon dont se sont déroulés les événements. Le Ministre des Affaires stratégiques Chef du Comité d’examen fit appel à l’Ambassadeur de France en Israël afin d’obtenir de France 2 la séquence filmée originale et tout autre matériel pertinent. Cette démarche n’a pas abouti non plus. A ce jour, quel que soit le département israélien qui en fasse la demande, France 2 refuse toujours de fournir une copie du film avant montage à des fins d’examen. On est en droit de se demander ce que cachent les refus réitérés de France 2 de produire l‘élément essentiel propre à faire la lumière sur cette affaire.

26 Annexe 2 : Déclaration du Dr. Ricardo Nachman, Chef adjoint du Centre National de Médecine légale Déclaration du Dr. Ricardo Nachman Objet : les images de Al-Durrah extraites de la séquence filmée par France 2 1 Les scènes finales au cours desquelles on voit l’enfant lever la tête et le bras, porter la main à son visage et regarder au loin n’évoquent pas une agonie, mais des mouvements délibérés. Il n’est nul besoin d’être expert pour s’en convaincre. Quiconque a été gravement atteint d’une balle dans l’estomac est incapable de faire de tels mouvements. Au lieu de lever le bras pour poser la main sur son visage, on le verrait plutôt comprimer l’endroit de la blessure. 2 On voit l’enfant accroupi, les jambes repliées sur la poitrine. Si des balles avaient été tirées dans sa direction, elles auraient touché d’abord les jambes avant d’atteindre l’estomac. Les balles en provenance du type d’armes à feu utilisées durant l’incident auraient traversé la poitrine de l’enfant pour ressortir par le dos. Elles auraient provoqué un flot de sang sur le sol en direction du mur et des taches sur le mur – ce qui ne s’est pas produit. A un moment donné, il semble que du sang macule la jambe de l’enfant. Toutefois, la tache a disparu quelques instants plus tard. Or, il est impossible qu’une tache de sang due à une blessure par balle disparaisse instantanément. En fait, si la jambe de l’enfant avait été touchée par une balle à grande vitesse, elle aurait fracturé l’os. Les images médiatiques prises le jour suivant au site de l’incident révèlent des taches de sang à l’endroit où se tenait le père, mais pas à celui où se tenait l’enfant. Si ce dernier avait basculé en avant après avoir reçu une balle dans l’estomac, une mare de sang serait apparue sur le sol. Or le périmètre du sol où se trouvait l’enfant ne montrait aucune trace de sang. Quant à ce qui ressemble à du sang dans les dernières images de l’enfant, la tache du haut pourrait bien être un chiffon rouge, celle du bas peut-être en effet du sang. 3 Le mouvement et la position adoptée par l’enfant après la blessure par balles qui lui aurait été infligée sont très improbables. L’enfant est moitié accroupi, moitié assis. Or, s’il avait été blessé par balles, il y a quatre alternatives possibles quant à la direction de ses mouvements : o Il aurait pu se pencher vers la gauche en s’appuyant contre son père o Il aurait pu basculer en avant o Il aurait pu basculer vers la droite o Il aurait pu basculer en arrière (en fait, c’est l’alternative la plus probable en fonction de son centre de gravité) En pareil cas, la chute vers l’avant est du domaine du possible. Toutefois, l’estomac de l’enfant ne se serait pas retrouvé à l’endroit où était la plante de ses pieds avant la chute (lorsqu’il était moitié accroupi, moitié assis) et sa tête ne se serait pas retrouvée sur les chaussures de son père. Il aurait basculé plus loin en avant. Sa position et ses mouvements ne sont pas naturels et ne correspondent pas à ceux produits par une blessure à l’estomac. La position adoptée par l’enfant après sa soi-disant blessure appelle plutôt à conclure qu’il a volontairement changé de position.

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28 Annexe 3 : Déclaration du Dr. Yehuda David – évaluation médicale relative à l’affaire AlDurrah Dr. David Yehuda L.N. 16911 Chirurgien orthopédique Chirurgien de la main Microchirurgien Objet : L’incident Al-Durrah au carrefour Netzarim, 30 septembre 2000 Le Gouvernement israélien m’a demandé mon opinion, en tant que chirurgien orthopédique, concernant les blessures infligées à M. Jamal Al-Durrah. Détails sur ma formation et mon expérience médicales 1978 1984 1989 1989-1994 1994-1995 Inscrit à la Faculté de médecine de l’Université de Paris 5 Diplôme d’Etat de docteur en médecine n° 016911 Spécialisation en médecine orthopédique, licence n° 10821 Spécialisation en médecine du sport traumatique, Université de Paris 7 Formation continue (6 mois) sous la direction du Professeur Roy-Camille Chirurgie orthopédique du dos, hôpital de la Salpêtrière Chargé de cours à la Faculté de médecine Sackler, Tel Aviv Médecin spécialiste au Département d’orthopédie générale, Centre médical Sheba de Tel Hashomer Directeur, Section de chirurgie de la main du Département orthopédique, Centre médical Shaare Zedek. Expert en 2ème spécialisation à la Section de chirurgie de la main du Centre médical Sheba. Expert en 3 ème spécialisation en microchirurgie et Médecin-Chef de la Section de microchirurgie du Centre médical Sheba Directeur par interim de la Section de microchirurgie du Centre médical de Sheba. Directeur des cliniques d’orthopédie générale et de chirurgie de la main des Centres de traitement de santé Maccabi et Leumit Directeur de la clinique orthopédique et de chirurgie de la main des Centres de traitement de santé Maccabi et Leumit et chirurgien des réseaux hospitaliers Assuta et autres organisations privées Participation à un cours organisé par le syndicat des médecins sur la formulation de diagnostics et le témoignage en justice.

1998 Depuis 2000 2007

1. Introduction Le 30 septembre 2000, un reportage de la station de télévision France 2 fut diffusé an Israël et dans le monde entier. Il montrait Jamal Al-Durrah et un jeune garçon dissimulés derrière un baril au carrefour Netzarim à Gaza alors que des tirs s’échangeaient à proximité. Le film avait été tourné par M. Talal Abu Rahma, un Palestinien employé par France 2. Le narrateur était M. Charles Enderlin, Chef du Bureau de France 2 à Jérusalem, absent au moment de l’incident. A la fin du reportage, M. Enderlin annonça : «L’enfant est mort et le père gravement blessé.» Ces images scandalisèrent le monde entier et laissèrent une impression profonde dans le cœur de tout le peuple israélien.

29 En février 2007, un groupe de journalistes de l’Agence de presse Metula me présenta plusieurs rapports médicaux émanant de l’hôpital Tel Hashomer et datés de mars 1994, parmi lesquels figurait une radio de la main droite de M. Jamal Al-Durrah. Il y avait également le compte-rendu médical d’une blessure datant de 1992 causée par le Hamas à Gaza, une description de sa main droite paralysée à la suite de l’incident, un compte-rendu établi par la clinique où figuraient les informations nécessaires à l’opération chirurgicale qui devait lui rendre l’usage de sa main, un rapport de chirurgie signé par moi-même et son formulaire de sortie établi par l’hôpital. Les journalistes me soumirent également des photos datées du 18 octobre 2004 sur lesquelles M. Al-Durrah exhibait sa main droite paralysée, ainsi qu’une vidéo au cours de laquelle M. AlDurrah déclarait que sa main avait été paralysée à la suite de l’incident du 30 septembre 2000 au carrefour Netzarim. 2. Allégations Après examen détaillé des rapports médicaux de l’hôpital Tel Hashomer datant de 1994 ainsi que des documents, des photos et de la vidéo filmée en 2004 au cours d’une conférence de presse organisée par France 2, je résolus de mener une enquête approfondie à ce sujet. Je soupçonnais fortement que les blessures dues, selon les dires de M. Al-Durrah, aux balles tirées par l’IDF en 2000 lui avaient en réalité été infligées en 1992 par les couteaux, la hache et les armes à feu maniés par ses assaillants, des membres du Hamas. Je requis l’aide d’un grand nombre d’experts, entre autres : Le Professeur Rafi Adar, Chirurgien vasculaire, Directeur adjoint du Centre médical Sheba, Le Professeur Jacob Schneiderman, Directeur du Département de Chirurgie vasculaire du Centre médical Sheba, Le Professeur Arie Bass, Directeur du département de chirurgie vasculaire du Centre médical Assaf Harofeh Le Professeur Joel Engel, Directeur du Département de chirurgie de la main du Centre médical Sheba Le Docteur Batia Yaffe, chirurgien esthétique de la main, Directeur de la Section de Microchirurgie du Centre médical Sheba Le Docteur Haim Kaplan, chirurgien esthétique chevronné, Directeur de la Section au Centre médical Sheba Le Professeur Jesse Jupiter, chirurgien orthopédiste de la main et des membres supérieurs, Massachusetts General Hospital Le Professeur AC Masquelet, chirurgien orthopédiste et de reconstruction à l’hôpital Avicennes de Paris Le Docteur Philippe Saffar, Chirurgien de la main, Institut Français de Chirurgie de la Main à Paris Le Docteur Stéphane Romano, micro-chirurgien de la main, Hôpital américain de Paris. Les avis de ces experts ont totalement dissipé tout doute possible concernant l’origine de la paralysie de la main droite de M. Al-Durrah et de ses cicatrices : elles proviennent de l’attaque qu’il a subie en 1992 de la part du Hamas et de l’opération de chirurgie réparatrice que j’ai effectuée sur M. Al-Durrah en 1994 au Centre médical Sheba.

30 3. Conclusions Le dossier médical de M. Al-Durrah établi par le Centre médical Sheba indique qu’il avait été attaqué par des membres du Hamas armés de couteaux, d‘une hache et d’armes à feu. La balle qui avait traversé son bras droit avait déchiré deux nerfs – le nerf médian et le nerf cubital – au niveau du coude. Lorsqu’ils sont paralysés, ces deux nerfs rendent pratiquement inopérants tous les muscles de la base de la paume et des doigts et la douleur qui en résulte est extrême. La Section de chirurgie de la main du Centre médical de Sheba décida de transférer un tendon de son pied gauche à un muscle (le muscle court extenseur radial du carpe (extensor carpi radialis brevis (ECRB)) qui contrôle le raidissement de la base de la paume (indemne puisque le nerf radial n’était pas affecté). Le tendon fut attaché à l’ECRB et ses branches fixées aux doigts 2-4-3 sous le centre de gravité des articulations MPS. Le but était de permettre au patient de bouger les doigts en raidissant la base de la paume, qui contracterait le muscle ECRB. Une arthrodèse fut effectuée sur l’articulation interphalangienne du doigt 5. On m’avait également remis l’enregistrement effectué le 30 septembre 2000 de la déclaration d’un médecin de la salle d’urgence de l’hôpital Shifa, ainsi que des photos de M. Al-Durrah alité. Le médecin décrit une paralysie sévère de la main droite due à une grave blessure du coude droit, et une déchirure de l’artère fémorale et de la veine du côté droit, qui aurait été réparée par la suite à l’hôpital Shifra. M. Al-Durrah est censé avoir reçu huit balles dans le corps y compris celle ayant provoqué une déchirure de l’artère fémorale et de la veine du côté droit, mais pas une seule goutte de sang n’apparaît sur les images de la vidéo. Or les énormes dégâts infligés par une balle à grande vélocité qui aurait déchiré l’artère fémorale et la veine du patient auraient causé une hémorragie telle que M. Al-Durrah y aurait succombé très rapidement. Et pourtant, d’après les témoignages recueillis, il n’aurait été évacué par une ambulance palestinienne qu’au bout de quarante-cinq minutes – et aurait survécu sans problème. J’ai également pris connaissance du dossier médical de M. Al-Durrah établi par l’hôpital royal de Jordanie qui porte la date d’admission du 1 er octobre 2000. Néanmoins, j’ai eu sous les yeux un document signé par le Coordonateur des activités gouvernementales dans les Territoires spécifiant que M. Al-Durrah était demeuré en Israël jusqu’au 4 octobre 2000. J’ai étudié mot par mot les cinquante pages du dossier jordanien et relevé de graves contradictions qui ne sauraient cadrer avec la réalité. Par exemple : a. La description d’une blessure d’entrée provenant d’une balle de fusil dans la partie postérieure de la région du coude et d’une blessure de sortie dans la partie antérieure du coude – ce qui est impossible du fait que M. Al-Durrah était adossé à un mur lors de l’incident du 30 septembre. b. La description des résultats d’un test EMG du nerf fémoral droit constatant sa déchirure et sa paralysie, alors que deux lignes plus bas, il est question du patient qui arrive à redresser le genou – totalement impossible en pareil cas. c. Les médecins jordaniens mentionnent également une ancienne paralysie ulnaire.

31 Le dossier contient de nombreuses autres contradictions qui montrent clairement que les auteurs de ces documents ne sont pas des professionnels de la médecine. Il s’agit vraisemblablement d’un faux. Par conséquent, après en avoir discuté avec des membres du Gouvernement israélien, entre autres le Ministre des Affaires stratégiques, le Ministre des Affaires étrangères, le Ministre de la Justice et le Directeur général du Ministère de la Santé, j’ai décidé de partager mes constatations relatives à ces contradictions et à ces fraudes avec le plus grand nombre possible de médias à l’intérieur comme à l’extérieur d’Israël afin de rétablir la vérité concernant l’Etat israélien et les soldats de l’IDF. 4. Epilogue La révélation d’allégations mensongères attira rapidement l’attention d’un grand nombre de médias tant internationaux qu’israéliens. Je fus contacté par beaucoup d’entre eux, dont un en Italie, un en Géorgie, Mme Esther Schapira de la chaîne de télévision allemande ARD et M. Clément Weill-Raynal, rédacteur en chef adjoint à France 3. Des personnalités médiatiques et des journalistes chevronnés appartenant aux principaux médias télévisés et journaux israéliens manifestèrent également un grand intérêt pour ce fait nouveau. Un article paru dans un journal français destiné à la communauté juive de Paris retint l’attention de M. Al-Durrah (qui vit à Gaza et apparemment parle Français couramment) et l’incita à m’attaquer en diffamation auprès d’un tribunal parisien. Je relevai le défi et la bataille légale dura cinq ans. En avril 2011 la cour me jugea coupable de diffamation, mais le 15 février 2012, la Cour de Cassation auprès de laquelle j’avais fait appel m’innocenta complètement. Au cours de ce procès en appel, le rapport médical de l’hôpital Al-Hussein en Jordanie que M. Al-Durrah avait exhibé au cours d’un reportage de France 2 datant d’octobre 2004 fut présenté. Nous avions pu fixer et agrandir les images du rapport, ce qui nous permit d’en faire traduire le texte et de le soumettre à la Cour par le biais d’un expert traducteur. Les avocats de M. Al-Durrah présentèrent eux aussi ce qu’ils prétendaient être le rapport du même hôpital. En comparant les deux documents, on réalisa que le document soumis en 2011 par l’équipe de défense de M. Al-Durrah divergeait sur plusieurs points importants de la version qu’il avait soumise en 2004 et que plusieurs paragraphes essentiels avaient disparu. Sur le document présenté par M. Al-Durrah en 2004, la liste de ses blessures constatées par l’équipe médicale jordanienne inclut six articles, dont le dernier indique : «anciennes cicatrices à la main droite avec ancien déchirement du nerf ulnaire droit.» Dans la suite du document, les médecins s’étendent sur ce qu’ils ont observé et expliquent qu’au cours de l’examen clinique de la main droite du patient ils ont remarqué une ancienne lésion du nerf ulnaire. Ces observations des médecins jordaniens confirment mon opinion selon laquelle la paralysie de la main droite de M. Al-Durrah n’était nullement due à l’incident survenu au carrefour Netzarim quelques jours auparavant comme il le prétendait, mais à une blessure antérieure que j’avais traitée en 1994. Toutefois, cette section du rapport avait mystérieusement disparu de la version présentée au tribunal en 2011 par l’équipe d’avocats de M. Al-Durrah. La liste des blessures ne contenait plus que cinq articles. D’autres différences entre les deux documents furent relevées, entre autres la date (le rapport de 2004 est daté du 4 décembre 2000 alors que celui de 2011 est daté du 30 octobre 2000), le nom d’un des médecins signataires du document, et le sceau

32 incluant le nom de l’hôpital qui est visible sur le document de 2004, mais pas sur celui de 2011.

33 Annexe 4 : Déclaration du Colonel (en retraite) Nizar Fares, commandant les Forces israéliennes présentes au Carrefour Netzarim le 30 septembre 2000 Le poste IDF au carrefour Netzarim subit pendant huit jours, à partir du 30 septembre 2000, des attaques incessantes. A tout moment nous avons agi en respectant les règles d’ouverture de feu. A aucun moment nous n’avons pris l’initiative, nous n’avons fait que riposter aux tirs d’armes diverses dirigés sur notre poste en nous bornant à viser les seuls agresseurs. Nous n’avons jamais soupçonné la présence de Jamal Al-Durrah et de l’enfant. Ce n’est que le jour suivant, lorsque le Commandant adjoint de la Division de Gaza me questionna au sujet d’un incident au cours duquel un jeune garçon aurait été tué à proximité du carrefour que nous avons appris la nouvelle. A la suite de l’interrogation de chacun des soldats stationnés au poste, il devint évident que personne n’avait rien remarqué. Si un tel incident s’était déroulé pendant plus de quarante-cinq minutes, comme le prétendent les Palestiniens, j’en aurais été informé sans aucun doute possible. Et pourtant, comme indiqué plus haut, nous n’avons su la nouvelle que le jour suivant et ce n’est qu’en visionnant le reportage [de France 2], lorsque nous avons évacué le poste après huit jours de combat, que nous en avons appris les détails. Notre surprise était totale. Les seuls soldats affectés à l’endroit du poste IDF faisant face au site où se serait déroulé l’incident étaient : un sniper et un autre tireur d’élite, plus un soldat affecté au lance-grenade. Le lance-grenade avait été positionné dans la direction les forces de sécurité palestiniennes. Il aurait été impossible de le faire pivoter à la main vers la droite ou la gauche, ce qui aurait été nécessaire si l’on avait voulu le pointer dans la direction du baril derrière lequel Jamal et l’enfant étaient accroupis. Seuls un sniper et un tireur d’élite étaient donc positionnés en direction du baril, ce qui rend absolument illogique et aberrante l’accusation selon laquelle des soldats israéliens auraient tiré sur le père et l’enfant pendant quarante-cinq minutes d’affilée. Les snipers et autres tireurs d’élite ne tirent qu’au coup par coup, et non en mode automatique, et leur but est de cibler leurs agresseurs armés avec la plus grande précision possible. Tout d’abord, Jamal et l’enfant n’étant pas armés n’auraient pas été visés. Ensuite, si les soldats avaient vraiment cherché à atteindre une cible placée à 80 ou 100 mètres de distance, on peut affirmer sans risque d’erreur qu’ils auraient fait mouche en quelques secondes – il ne leur aurait pas fallu quarantecinq minutes pour y parvenir.

34 Annexe 5 : Déposition sous serment de M. Talal Abu Rahma au Centre palestinien pour les Droits de l’Homme le 3 octobre 2000 42 Déclaration faite sous serment le 3 octobre 2000 par M. Talal Abu Rahma, photographe de la chaîne de télévision France 2, au Centre palestinien pour les Droits de l’Homme, rapportant ce dont il a été témoin : «Je soussigné Talal Hassan Abu Rahma, résidant dans la Bande de Gaza, identification n° 959852849, après avoir été légalement informé et mis en garde par l’avocat Raji Sourani, désire faire la déclaration sous serment suivante concernant la mise à mort de Mohammed Jamal Al-Durrah et la blessure de son père Jamal Al-Durrah sur lesquels ont tiré les forces d’occupation israéliennes. «Je suis employé comme correspondant par la chaîne de télévision française France 2. Le 30 septembre 2000, je me trouvais professionnellement présent du côté de Netzarim depuis 7 heures du matin afin d’effectuer un reportage sur les affrontements en cours. Vers midi, alors que j’avais presque fini mon travail et que je me préparais à retourner au studio, j’entendis un échange de tirs provenant de toutes les directions. Je me trouvais à ce monent du côté Nord de la route en direction de Al-Shohada (le carrefour Netzarim). La position où je me trouvais me permettait de voir et d’observer le poste militaire israélien au nord-ouest du carrefour et les deux immeubles d’appartements palestiniens situés au nord du carrefour. Je pouvais également voir le poste des forces de sécurité nationale palestinien situé au sud du carrefour, et un autre poste palestinien distant de 30 mètres, qui servait temporairement d’abri aux forces palestiniennes au repos. Tout à coup, des tirs intensifs éclatèrent de l’autre côté de la route large de 30 mètres. Je remarquai Shams Oudeh, un photographe de Reuters, assis à côté d’un homme et d’un enfant (Jamal et son fils Mohammed). Ils s’abritaient tous derrière un bloc de ciment. Je suivis le regard du journaliste. Pendant les premières minutes, je me suis concentré sur le poste des forces de sécurité nationale palestinien d’où émanaient les tirs et que mitraillait l’armée israélienne. Tout à coup, j’entendis le cri d’un enfant. J’ai alors dirigé ma caméra sur l’enfant Mohammed Jamal Al-Durrah qui avait été touché à la jambe droite. Le père tentait de le calmer et de le protéger en le couvrant de son corps et de ses mains. Jamal le père levait la main de temps en temps pour demander de l’aide. D’autres détails concernant cet incident semblent être conformes à ce que montre le film. J’ai filmé l’incident, qui a duré 45 minutes, pendant 27 minutes environ. Je suis demeuré sur place pendant 30 à 40 minutes après que le père et l’enfant aient été évacués par ambulance sur un hôpital. Je ne pouvais pas partir car on tirait sur tous ceux présents à cet endroit, y compris sur moi-même, et nos vies étaient en danger. Pendant une duré n’excédant pas 5 minutes, les tirs émanaient de positions diverses, tant israéliennes que palestiniennes. Je me suis ensuite rendu compte que ceux en provenance de la direction opposée où ils se trouvaient visaient l’enfant Mohammed et son père. On tirait sur eux et sur les deux postes des forces de sécurité palestiniens de façon intensive et intermittente. Les tirs ne provenaient pas des postes palestiniens dont les occupants avaient cessé de tirer après les premières 5 minutes, et jusque là l’enfant et son père n’avaient pas été touchés. La mise à mort et la blessure furent causées pendant les 45 minutes qui suivirent.
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Disponible sur http://www.pchrgaza.org/special/tv2.htm

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Je peux certifier que les tirs dirigés sur Mohammed et son père Jamal émanaient du poste militaire israélien mentionné plus haut car c’était le seul endroit d’où ils pouvaient venir. J’ai acquis une longue expérience en couvrant des affrontements particulièrement violents et je suis capable de différencier les sons provenant de tirs divers ; sur ces bases, et en raisonnant naturellement et logiquement, je peux donc confirmer que l’enfant a été abattu intentionnellement et de sang-froid et son père blessé par l’armée israélienne. Le jour suivant l’incident, je me suis rendu à l’hôpital Shifa de Gaza et j’ai effectué une interview filmée du père de l’enfant au cours de laquelle je lui ai posé des questions concernant la raison pour laquelle il se trouvait au lieu de l’incident et le déroulement des événements. J’étais le premier journaliste à l’interviewer. Il me dit qu’il se rendait avec son fils chez un concessionnaire distant de 2 km du carrefour Al-Shohada pour acheter une voiture. Il retournait chez lui sans avoir pu effectuer d’achat. Lui et son fils prirent un taxi. Lorsqu’ils arrivèrent à proximité du carrefour, la circulation était bloquée en raison des affrontements et des coups de feu. Ils quittèrent donc le taxi et commencèrent à marcher vers Al-Bureij. Les coups de feu s’intensifiant, ils s’abritèrent derrière un bloc de ciment, et l’incident se produisit. Les tirs durèrent 45 minutes. Je suis un journaliste professionnel et spécialisé. J’ai travaillé en cette capacité pendant de nombreuses années. Je respecte la déontologie journalistique en relatant la vérité de façon indiscriminée, objective et neutre. C’est pour cela que je suis un journaliste chevronné. J’ai mon propre bureau de presse et je suis employé par la chaîne de télévision France 2 comme correspondant. Je travaille également pour CNN par l’intermédiaire du Bureau de presse AlWataneya. J’ai fourni le témoignage ci-dessus sous serment après avoir confirmé que j’avais choisi de le faire et après avoir été légalement mis en garde à ce sujet. Je jure que cette déclaration est correcte et conforme à la réalité et à la loi. » Signature : Talal Hassan Abu Rahma Gaza, le 3 octobre 2000 Cette déclaration a été faite en ma présence ; j’avais auparavant mis son auteur en garde et obtenu sous serment sa confirmation concernant son choix de procéder à cette démarche. L’avocat Raji Sourani Gaza, le 3 octobre 2000

36 Annexe 6 : Images de Muhammad Al-Durrah a) Timbres du Maroc, de Tunisie, d’Egypte, d’Iran et d’Iraq à son image b) Monument dédié à Al-Durrah, Bamako, Mali c) Le square du martyr Al-Durrah à Irbid, Jordanie d) Manifestation pendant la Conférence mondiale de Durban contre le racisme, 2001

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