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ét é 2010

Dossier

À la recherche de l’ultra-gauche

Sécurité
revue

Bernard BAJOLET Renseignement, l’état de la réforme

2007). Dernier ouvrage paru  : Understanding Al Qaeda (Pluto. et face à l’échec de diverses tentatives d’attentats notamment celles du 25 décembre 2009 sur le vol Amsterdam-Détroit et du 10 août 2006 à l’aéroport d’Heathrow. Al-Qaida est-elle affaiblie ? En l’absence d’une attaque majeure depuis 2005. le chirurgien égyptien Ayman Al-Zawahiri et l’instituteur palestinien Abdallah Azzam (assassiné en 1989). Fondée il y a plus de vingt ans. le 11 août 1988. l’organisation serait-elle entrée dans une nouvelle phase de sa stratégie de longue durée. Al Jaich al Islami (« l’armée islamique »). par laquelle elle donnerait désormais la priorité à la réorganisation de ses structures et à la réimplantation de cellules décentralisées semi-autonomes. au détriment d’attaques spectaculaires ? Frappée par Oussama. ou Al-Qaida al Askariya (« la base militaire ») Sécurité globale | été 2010 . peuton légitimement croire qu’en raison de quelques dysfonctionnements internes ou face au succès des opérations de lutte contre le terrorisme. l’Amérique aura élu Obama pour se défaire d’un cassetête qu’elle affronte depuis plus de huit ans.D’une Al-Qaida à l’autre Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou Politologue et diplomate. Rien ne semble encore y faire et l’organisation du Saoudien continue invariablement à menacer la sécurité de ce pays. ancien ministre des Affaires étrangères de Mauritanie. par le millionnaire saoudien. le groupe transnational armé en soit enfin arrivé à marquer le pas dans le conflit qui l’oppose aux États-Unis et ses alliés ? Alternativement.

Al-Qaida aura fait de la dissymétrie qui caractérise son opposition à ses ennemis un des piliers de son militantisme. sous-tendus par les opérations de moyenne envergure menées staccato en 2003-2005 contre Djerba. Jakarta et Amman. donner la priorité aux actions régionales.Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou telle qu’elle se dénommait initialement – au lendemain d’une âpre campagne par laquelle. Après les attaques du 11 septembre 2001 (quatre avions). Istanbul. le fait est qu’Al-Qaida n’a pas signé d’opération internationale majeure ces quatre dernières années. à partir de l’automne 2005. un premier mouvement islamiste globalisé s’était associé à la résistance afghane pour forcer le retrait des troupes soviétiques qui avaient envahi le pays en 1979 –.Al-Qaida en Europe (Tandhim Qaidat al Jihad fi Europa). qui avait revendiqué 88 . englobant tout cela. Mombassa. depuis 2007. initialement dirigée par le Jordanien Abou Moussab Al Zarkawi remplacé le lendemain de sa mort le 8 juin 2006 par Abou Hamza Al Mouhajir (également connu sous le nom de Abou Ayoub Al Masri). la privatisation de l’identité des belligérants (effacement des catégories combattants/ civils) . non plus comme condition limitative. en effet. . Bali. ce nouveau mode opératoire s’illustre pleinement en s’étendant à l’Europe. Casablanca. mais comme une opportunité d’offensive ouverte. accélération et décélération du tempo offensif) . Dès l’été 2002 des signes de réorganisation interne sont perceptibles. puis. . Néanmoins. Trois branches officielles sont ainsi créées : . pour apporter remède à ce déséquilibre structurel initial. celle-ci s’est traduite par la matérialisation d’une guerre « non-linéaire » qui s’est articulée à travers la transformation des éléments spatiaux (indétermination géographique du théâtre des opérations) et temporels (multiplicité et simultanéité des engagements. la systématisation d’une guerre privatisée par laquelle l’asymétrie est vécue. initialement axée sur l’Arabie saoudite et dirigée par Abdelaziz Al Mouqrin (tué en 2004) puis Salah al Oufi . l’élargissement de la nature des cibles (fusion croissante des cibles militaires et civiles.Al-Qaida en Mésopotamie (Tandhim Qaidat al Jihad fi Bilad al Rafidayn). et qui. suite au mouvement de retrait tactique opéré face à l’offensive américanobritannique en Afghanistan. Aussi. avec les attentats du 11 mars 2004 à Madrid (quatre trains) et ceux du 7 juillet 2005 à Londres (trois métros et un autobus). Au niveau de l’usage de la force. À partir de cette date. la coalition des groupes insurgés dans ce pays . s’est globalement intégrée à l’État islamique en Irak (Dawlat al Irak al Islamiya). Karachi. la caractéristique principale de l’action d’AlQaida a été sa capacité d’innovation. Riyad. le groupe semble. l’organisation entre de plain-pied dans une phase d’expansion internationale.Al-Qaida dans la péninisule arabique (Tandhim al Qaida fi al Jazira al Arabiya). depuis l’attaque contre Londres en 2005 et en dépit d’incidents récurrents (tels les attentats contre l’ambassade du Danemark au Pakistan le 2 juin 2008 et celle des États-Unis au Yémen le 17 septembre suivant). et. précurseur de la vague actuelle. voire culturelles) .

par la suite. attribué à une Al-Qaida en Palestine (Tandhim al Qaida fi Filistine) qui a. en décembre suivant. Le leadership de l’organisation fut attribué par Ayman Al-Zawahiri à un radical. L’apparition d’Al-Qaida en Égypte s’était limité à l’effet d’annonce. Ce qui ressort d’une telle stratégie. attentat suicide manqué le 8 août suivant et prises d’otages espagnols et italiens les 29 novembre et 18 décembre suivants. disparu. Au départ. le groupe frappe l’Europe et. puis. avec l’avantage. dit Groupe salafiste.D’une Al-Qaida à l’autre les attentats de Madrid et de Londres sans faire parler d’elle depuis lors. les 5 août et 11 septembre 2006. mais qui peut s’apparenter aujourd’hui à une fuite en avant en l’absence d’une centrale puissante. Mohammed al Houkayma. Après des tentatives déjouées à Tunis et à Casablanca aux mois de janvier et d’avril 2007. une AlQaida en Égypte (Tandhim Al-Qaida fi Misr) et une Al-Qaida au Maghreb islamique (Tandhim Al-Qaida fi Bilad al Maghrib al Islami). s’attelle à réinvestir l’Afghanistan où il s’était montré relativement discret depuis les batailles de Tora Bora (décembre 2001) et de Shahi Kowt (mars 2002). la représentation des Nations unies et celle du Comité international de la Croix-Rouge avaient ainsi. De fait. une organisation libyenne créée en 1995. un immeuble du gouvernement et un commissariat. ayant mis en orbite la résistance irakienne et exploité ses techniques d’attaques suicides dans ce pays. se sont ajoutées. la représentation des Nations unies et le Conseil constitutionnel. le Groupe islamique combattant. auxquels il avait été un temps associé 1 au début des années 1980 et qui avaient renoncé à la violence depuis 1998. Pour sa part. pour la prédication et le combat (GSPC) auquel s’est ajouté. Trois ans plus tard. considérablement influencé une rébellion locale initialement hésitante et atomisée. en octobre 2006. l’AQMI frappe Alger par deux fois en utilisant le modus operandi des attentats simultanés : le 11 avril. Enfin. dès l’été 2003. AlQaida au Maghreb (AQMI) s’est révélée être une menace plus conséquente. À ces trois déclinaisons. un communiqué furtif fut. Nouakchott est visée cinq fois : assassinats de douze soldats mauritaniens le 14 septembre 2008 et d’un citoyen américain le 23 juin 2009. Officiellement opérationnelle depuis l’adoption formelle le 11 janvier 2007 du nom d’Al-Qaida. Enfin. 89 . non-négligeable. Les opérations spectaculaires d’Al Zarkawi contre l’ambassade de Jordanie. pourtant. jeune membre relativement inconnu du Groupe islamique (Al Gamaa al Islamiya). après avoir attaqué les États-Unis. l’Irak représentait précisément pour Al-Qaida le remplacement de l’Afghanistan en tant que terrain de combat. refusant explicitement de se joindre au dessein de celui-ci et de Ben Laden. c’est le désir d’Al-Qaida d’internationaliser en permanence son champ d’action afin d’être en avance sur ses ennemis. d’offrir à ses recrues l’occasion d’en découdre directement avec la soldatesque américaine. On peut y lire un désir tactique de la part d’Al-Zawahiri de forcer la main aux militants islamistes égyptiens. l’AQMI est en réalité une franchise régionale bâtie sur la structure préexistante du groupe de militants islamistes algériens. le 3 novembre suivant.

Rome. en juillet 2006. Paris.. quand. voire fataliste. les références faites à cette offre de négociations dans les messages suivants d’Ayman Al-Zawahiri et même du très radical Al Zarkawi dans son dernier enregistrement du 25 avril 2006. dès lors. Al Mouhajir prétendit alors être à la tête de 12 000 hommes et. nommé son opération . Washington. Celle-ci avait été initiée le 29 octobre 2004 par le message d’Oussama 90 Ben Laden adressé au peuple américain à la veille de l’élection présidentielle. Si les deux offres avaient été immédiatement rejetées par les gouvernements occidentaux et tournées en dérision. sachant ainsi créer la surprise alors qu’il avait annoncé publiquement ses intentions. où et sous quelle forme. au terme de laquelle le président George W. et faisant écho à une offre similaire faite aux pays européens le 15 avril 2004. L’annonce théâtrale d’une telle « victoire » eut lieu le 10 novembre 2006. sous alerte permanente.Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou Al-Qaida en Irak était en mesure de prétendre avoir gagné la guerre. Puis. non sans quelque amertume perceptible au détour de sa nouvelle-ancienne phraséologie. déclarait : « Tout état qui ne joue pas avec notre sécurité a automatiquement garanti sa propre sécurité ». Bush fut élu pour un second mandat. Une telle posture – celle de l’agilité face à la force – est particulièrement insupportable pour les États (inévitablement bureaucratiques) et leurs armées (majoritairement conventionnelles) qui lui font face et qui. il proposait aux Américains une trêve déclarant spécifiquement : « Nous ne sommes pas opposés à une trêve de longue durée avec vous sur la base de conditions équitables ». de l’automne 2004 à l’hiver 2007. on aura noté. dans le fait que ce groupe a toujours été tactiquement imprévisible tout en demeurant stratégiquement consistant. entre la campagne sur les métropoles occidentales (New York. demanda aux Américains de rester en Irak « afin de permettre à son organisation de tuer plus de soldats américains ». le groupe a par la suite repris le ton absolutiste qui caractérisait notamment ses deux déclarations de guerre de février 1996 et d’août 1998. avant qu’Al-Qaida ne décide de revenir à une approche plus intransigeante. le lendemain de la perte par les Républicains de la majorité dans les deux chambres du Congrès américain. sarcastique. ne savent plus toujours à quoi s’attendre. Comme si la page de cette brève tentative avait été tournée. Pour autant. Dans un tel contexte.. deuxième élément de la stratégie initiale du groupe. Berlin et Sydney menacées) et celle d’Irak puis celle du retour en force en Afghanistan aujourd’hui. le 19 janvier 2006. Al-Qaida avait tenté une approche « diplomatique ». lorsqu’Israël avait. Ben Laden était apparu avec une nouvelle allure « d’homme d’État » et. Alors que les États-Unis étaient en alerte maximale se parant à une attaque pré-électorale. l’influence compétitive du Hezbollah libanais et sa victoire à l’été 2006 sur Israël auront également joué un rôle important dans ce désir de posture martiale plus offensive. Londres et Madrid frappées . La démocratisation de la responsabilité La difficulté première dans l’exercice de prévision du comportement d’Al-Qaida réside. Ainsi. le ton mesuré.

la branche média d’Al-Qaida invita à l’envoi (dans une fenêtre de 30 jours). diffusés en boucle sur la chaîne d’information satellitaire Al-Jazira. dans un message diffusé six mois plus tard : « le nageur dans la mer n’a pas peur de la pluie ». peut-être la France en raison de la question du foulard islamique qu’Al-Zawahiri avait mentionnée dans ses messages du 11 septembre 2006 et du 3 août 2009). le 16 décembre 2007. allant au-devant de cette demande virtuelle ou cherchant à la susciter. se substituaient des messages plus fréquents (jusqu’à 58 en 2006 et 67 en 2007). au Maghreb et en Afghanistan). Mouassasat al Sihab (Organisation des nuages). signes des temps. Durant cette phase. Grande-Bretagne. de questions auxquelles Ayman Al-Zawahiri répondit en avril suivant. mais également le citoyen américain Adam Gadahn et d’autres leaders régionaux en Irak. distribués plus rapidement (de six semaines en moyenne durant la période 2003-2006 à dix jours ces trois dernières années) et dont la sophistication visuelle et technologique allait croissante : documentaires (téléchargeables sur téléphones portables) mis en ligne avec graphiques et simulations en images de synthèse. il est avancé. sont coresponsables des torts qu’elle attribue aux gouvernements de ces citoyens et qui. Aux longs enregistrements vidéo à scènes statiques d’Oussama Ben Laden et d’Ayman Al-Zawahiri de 2001 et 2002. À l’origine de ces innovations communicationnelles. récupération et intégration de commentaires d’analystes dans ces messages. un groupe armé dont la communauté transcende les frontières et les identités nationales aura donc unilatéralement déclaré la guerre à un groupe d’États occidentaux et à leurs citoyens en considérant la guerre comme représailles à l’endroit de ce qu’il conçoit comme une « responsabilité collective privatisée ». rétorquait. envoyés par des acteurs plus nombreux (Ben Laden et Al-Zawahiri . prennent la forme de crimes à l’égard du monde musulman. dans la 91 . pour qui les symboles et la rhétorique sont particulièrement importants.D’une Al-Qaida à l’autre contre le Liban « Pluie d’Été ». l’idée étant en apparence de créer toujours plus d’interactivité entre le groupe et les différents publics. l’on trouve une notion sui generis d’imputabilité qui informe l’orientation stratégique et politique du groupe : Al-Qaida considère que les citoyens occidentaux. Ben Laden. à ses yeux. en particulier ceux des pays avec lesquels le groupe est en conflit (États-Unis. un temps l’Espagne et l’Italie durant leur présence en Irak. la stratégie de novation martiale s’accompagna également d’une campagne de communication élaborée. Cet argument idiosyncratique fut avancé pour la première fois publiquement par Oussama Ben Laden en mai 1998 à l’occasion d’un entretien avec la chaîne de télévision américaine ABC : « Tout Américain qui paye ses taxes à son gouvernement est notre cible parce qu’il aide la machine de guerre américaine contre la nation musulmane ». Accompagné tout autant d’une rupture radicale à l’égard des États musulmans que d’un rejet des forces libérales dans cette région. via Internet. De fait. Une telle « démocratisation de la responsabilité » et la justification d’attaque qui y est rattachée par Al-Qaida résident.

La guerre se poursuit et les citoyens renouvellent leur allégeance à leurs dirigeants » 2. mais. cette lecture quelque peu réductionniste. Le peuple américain a la possibilité de rejeter les politiques de ses gouvernements. Vers « la Vraie Al-Qaida » Illégale et iconoclaste à la lumière du droit et des relations internationales – syncrétisme de jus ad bellum et de jus in bello. le peuple américain a donné son consentement pour l’incarcération du peuple palestinien. Rohan Gunaratana et Lawrence Wright 3 – partagent. les ouvrages qui ont fait autorité sur le sujet ces dernières années – ceux notamment. les sondages montrent régulièrement que le peuple américain soutient les politiques de ses gouvernements élus ». payent des taxes pour financer ces politiques et tiennent ces gouvernements pour responsables des fonds dépensés ». et qu’il s’agit simplement d’éliminer (arrêter ou exterminer selon la gradation politique). Al Mou’amala Bil Mithl ou le « traitement similaire »). au bout du compte. . dans un ouvrage mis en ligne le 2 mars 2008. Le même argument fut répété en octobre 2002 par Ben Laden : « En élisant ces dirigeants. dont les demandes sont incohérentes et inconséquentes. dont des extraits avaient été publiés en décembre 2001 par le quotidien arabophone londonien Al Qods al Arabi. illégitimité des groupes armés non-étatiques. Chevaliers sous l’étendard du Prophète. et essentiellement écrit en réponse à des critiques formulées en novembre 2007 par son ancien compagnon d’armes le cheikh égyptien Sayed Imam al Charif. Enfin. Dans un ouvrage.Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou 92 possibilité qu’ont les citoyens de ces pays d’élire et de démettre les représentants qui prennent des décisions de politiques étrangères en leurs noms. Ayman Al-Zawahiri écrivait : « Il s’avère également que les gouvernements occidentaux sont soutenus par leurs populations. Et à nouveau en avril 2006 : « La guerre est une responsabilité partagée entre les peuples et leurs gouvernements. À différents degrés. la démolition des foyers palestiniens et le massacre des enfants en Irak. Il est vrai que celles-ci sont profondément influencées par les distorsions des médias. de Peter Bergen. intitulé Traité exonérant la nation de la plume et de l’épée des accusations de faiblesse et de fatigue. D’autres dirigeants d’Al-Qaida se sont également exprimés en ce sens. Pourtant. cette perspective fut néanmoins gommée au profit d’un récit connu : AlQaida est une « nébuleuse » de terroristes « apocalyptiques » qui cherchent à recréer le califat islamique jusqu’en Andalousie et à convertir tous les Occidentaux à l’islam. Al-Zawahiri revient en détail sur les justifications de ce mode opératoire explicitant davantage la notion de réciprocité (notamment dans le dixième chapitre. aux États-Unis. sous une forme ou sous une autre. ces citoyens votent lors d’élections pour choisir les gouvernements qu’ils souhaitent. en particulier Adam Gadahn (objet d’une tentative d’arrestation ratée par les autorités pakistanaises et américaines à Karachi le 7 mars 2010) à l’occasion de ses messages (en anglais) du 29 mai 2007 et du 6 janvier 2008. violation de la primauté de la souveraineté des États et surtout de la prééminence de la protection des civils –.

une lecture monolithique de son propos est servie au grand public. citoyens occidentaux. Bien qu’elle s’adresse en permanence à différents publics (gouvernements ennemis. son action est représentée à travers une vision statique. Le groupe annonce régulièrement avec fanfare sa nomenclature. musulmans. on nous affirme que l’on ne sait pas véritablement ce qu’est Al-Qaida (certains analystes se demandent même si elle existe). de classe bourgeoise).D’une Al-Qaida à l’autre Alors que l’organisation est en constante métamorphose. Al-Qaida tente de faire parvenir un message que l’individualisme américain ambiant. Il ne répond pas à des éléments factuels. répète-t-on. éduqué. ce discours peut apparaître comme étant contradictoire voire. le profil de la cellule de Hambourg qui a mené l’opération du 11 septembre 2001 et celui du jeune nigérian de la tentative du 25 décembre 2009 en attestent. les exhortations d’Al-Qaida ne peuvent pas être davantage en déphasage avec l’état actuel de la société américaine. Plus émotionnel que rationnel. Dans un ouvrage alarmiste. peu médiatisés mais vérifiables et n’informe pas le débat sur la causalité du terrorisme au-delà de la question éprouvée de la pauvreté et de l’analphabétisme. contreproductif pour les politiques de lutte contre le terrorisme. ses affiliations et associations. 93 . rend invariablement inaudible aux citoyens auxquels il est adressé. moderne. aujourd’hui. et que de nombreuses recherches (notamment le projet sur les attentats suicides du professeur Robert Pape à l’université de Chicago 4) confirment l’avènement d’un nouveau type de terroriste (polyglotte. Enfin. groupes compétiteurs). À un univers en voie de dépolitisation avancée. confirmé par l’intervention des passagers du vol Northwest 253 Amsterdam-Detroit le 25 décembre dernier. Ben Laden dit “Arrêtez de soutenir le génocide en Tchétchénie”. Michael Scheuer résume l’absurdité de ce non-débat : « Ben Laden formule une attaque spécifique contre une politique étrangère américaine. renforcé par la révolution technologique et l’utilisation égocentrée dominante qui en est faite. C’est le principe de la révolte let’s roll (« allons-y ») du vol United Airlines 93. paru en février 2008. mais. Washington répond avec défiance défendant un droit ou une liberté que Ben Laden n’a pas mentionnés… Ben Laden dit “Sortez vos troupes de la péninsule arabique”. populations arabes. au-delà de leur inacceptabilité et tout à leur désir d’être explicites. en mettant violemment fin à l’immunité des métropoles. Al-Qaida s’assure ellemême que le citoyen américain et européen moyen s’associera désormais activement contre toute tentative de menacer sa sécurité. Al-Qaida. Washington répond : “Vous n’interromprez pas nos élections” » 5. le 11 septembre 2001. Washington répond “Vous n’empêcherez pas nos femmes d’aller à l’école”. est composée de pauvres diables (« fous de Dieux ») ignorants et fanatisés sortant d’un autre âge (celui des caves dans lesquelles ils habitent en Afghanistan). Marching Toward Hell (« Allant vers l’Enfer  »). confusion identitaire aidant. urbain. Alors que sur une période de huit ans. En effet. l’ancien directeur du bureau de la Central Intelligence Agency (CIA) en charge de la lutte contre Ben Laden. militants.

de fait. l’organisation allait à contre-courant de sa pratique locale underground. En Afrique du Nord. le lit d’une rare intervention militaire de Riyad en décembre 2009. De même. et là où la stratégie du groupe était auparavant restée relativement homogène. en indiquant. sur la question de la « responsabilité » des civils. le 12 décembre 2009. Or. la férocité des attaques d’Al Zarkawi sur les chiites en Irak n’avait pas recueilli l’assentiment de Ben Laden qui s’était auparavant tactiquement gardé de s’exprimer sur cette question sensible se limitant à des références aux « hypocrites » et « collaborateurs ». Dans le Golfe. le groupe renaît en janvier 2009 avec la fusion formelle des cellules saoudiennes et yéménites pour former Al-Qaida dans la péninsule arabique (Tandhim Qaidat al Jihad fi Jazirat al Arab) dirigée par Nasser al Wahichi et Saïd Ali al Fichri (libéré de Guantanamo en 2007). c’est pour immédiatement faire face à une réaction militaire musclée de la part des États dans la région. à « ne pas faire de distinctions entre les militaires et les civils. qu’Al-Qaida était impliquée dans des attaques contre des civils au Pakistan et déclarait que de tels agissements étaient « déplorables ». En effet. femmes et enfants inclus » lors d’attentats. assiste désormais presque en spectateur à la résurgence des néo-talibans 7. Al Houkayma. comme elle a mis à nu l’impossibilité pour Ben Laden et Al-Zawahiri de dicter avec précision la marche à suivre pour toutes les entités qui d’une façon ou d’une autre se réclament d’eux. vice-ministre de l’Intérieur. le leader de la cellule égyptienne. Adam Gadahn niait. aujourd’hui. notamment au Maghreb où l’aliénation à l’égard du discours et des actions de l’AQMI est allée croissante. que l’objectif de cette nouvelle organisation était de servir de base arrière afin d’attaquer le gouvernement saoudien (et en tentant d’assassiner le prince Nayef Ben Sultan. contre les rebelles houthis mais destinée surtout à parer les infiltrations d’Al-Qaida à partir de . en 2003-2004. faisant doubler entre 2008 et 2009 le nombre de soldats américains tués dans ce pays. alors que. plus influente à l’heure actuelle au Pakistan voisin. Al-Qaida fait. même si elle a influencé « l’irakisation » du pays. ce faisant. si. le 28 août 2009). après avoir été laissé pour défait par les autorités saoudiennes en 2005. Al-Qaida. celui-là même qui avait fait les beaux jours du « Para » il y a quelques années  6. face à une confusion stratégique autrement plus conséquente et qui s’illustre par une évolution paradoxale : la mondialisation du groupe qui aura affaibli Al-Qaida plus qu’elle ne l’aura dotée d’alliés externes est en passe de rendre ses objectifs déclarés de plus en plus diffus. dans un message diffusé le 25 juin 2007. faisant. dès le départ. semble désormais se concentrer prioritairement sur des rapts de citoyens occidentaux afin de les monnayer contre des rançons et la libération des prisonniers islamistes incarcérés dans les pays maghrébins. appelait. en apparence. pour sa part. Déjà.Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou 94 Par-delà cette impasse idéologique qui est également déjà une défaite pour Al-Qaida dans le monde musulman. En Afghanistan. l’AQMI ne fait paradoxalement que remettre en selle le mode opératoire initial du GSPC et d’autres preneurs d’otages sahéliens en place depuis les années 1990. demeurée toujours indépendante et très peu politique dans son combat. voire abscons. ce qui causa le départ de beaucoup de ses militants vers l’Irak. l’AQMI.

À qui mieux mieux. Pièce en trois actes issue de l’invasion soviétique de l’Afghanistan et déjà plus longue que la Seconde Guerre mondiale. s’était un temps revendiqué de Ben Laden. mais. En l’espèce. cette individualisation des opérations contredit à terme la logique de cellules régionales au profit d’actions isolées qu’Al-Qaida avait évitées jusqu’à présent. Londres et Maghreb). The Road to Al Qaeda — The Story of Bin Laden’s Right-Hand Man. Chakir el Abssi. aisément faire preuve d’indiscipline à l’égard d’une centrale isolée. Messages to the World — The Statements of Osama Bin Laden. en train d’évoluer vers une radicalisation toujours plus violente et toujours moins « politique » que le discours initial de Ben Laden et d’Al-Zawahiri. Or. des luttes tribales constantes et une insécurité croissante. beaucoup. perçoivent désormais essentiellement comme un « défi de sécurité ». Au bout du compte. à l’acte premier se terminant par le coup de théâtre du 11 septembre a fait suite un deuxième acte durant lequel se sont nouées des alliances de part et d’autre et où les intrigues se sont étoffées (Afghanistan. là encore. Montasser Al-Zayyat. si aucun territoire contrôlé par Al-Qaida n’a vu le jour en Afrique Sub-saharienne – alors que la Tanzanie et le Kenya avaient été parmi les premiers terrains de chasse d’AlQaida avec les doubles attentats contre les ambassades américaines en août 1998 –. mais elle demeurera comme ayant marqué un moment capital et stratégiquement conséquent dans la nature des dynamiques internationales de conflit. Toutes ces variantes du groupe sont. Sans solution globale à l’horizon. le monde reste aujourd’hui dans un entracte qui perdure dangereusement. 2. auteur de la tentative défaite du 25 décembre 2009. Au Liban. si le leader du groupe séparatiste Fatah al Islam. Verso. à tort ou à raison. à l’image du groupe Al Shabab en Somalie. à Sanaa. le rôle de cette entité est en réalité resté très marginal dans une zone dominée par le Hezbollah. Pluto Press.  Lire le récit de son ancien compagnon de cellule. Londres. Londres. ce conflit est très vite passé d’une question géopolitique à ce que. on se déplace de l’exposition au problème puis à la résolution ou à la faillite. comme dans tout récit de cette sorte. . 95 Notes 1. Aujourd’hui. à la lumière des allégations concernant un séjour du Nigérian. dès lors. elles pourront à terme revendiquer chacune le titre de « vraie Al-Qaida ». des recrues africaines se sont multipliées avec notamment le cas de Umar Farouk Abdulmutallab.D’une Al-Qaida à l’autre cette région frontalière. la saga d’Al-Qaida 8 – une tentative de captation de fonction sur un mode de terrorisme moderne évoluant de « l’État c’est moi » à « la guerre c’est moi » – passera comme toutes les grandes vagues terroristes que le monde a connues. la pression internationale ira en grandissant sur un Yémen qui peut potentiellement devenir un nouvel « Afghanistan » avec un front permanent au nord. 2005.  Consulter l’intégralité des déclarations dans la compilation de Bruce Lawrence. Abdoul Farouk Al Moutalaba. Enfin. Irak. Madrid. 2004. et pouvant.

The Looming Tower — Al Qaeda and the Road to 9/11. New York.  Les conclusions et la méthodologie sont présentées dans l’ouvrage de Robert Pape. 2007. it is only after the fall of 2005 that the organization starts pursuing actively its international expansion with the creation of several official branches notably in Iraq. decentralized cells. xiv. Paris. p. Al Qaeda has always been tactically unpredictable while remaining strategically consistent. thus able to create surprise while having previously announced its intentions. mais ce n’est qu’à partir de l’automne 2005 que l’organisation entame activement son expansion internationale avec la création de plusieurs branches officielles notamment en Irak. 8. 4-5. 7.  François Burgat. Still. 2008.  Voir l’enquête de Nir Rosen. pp. New York. La Découverte. au final. Holy War.S. des signes de réorganisation interne sont perceptibles. Acropole. et Abdel Bari Atwan. it faces today a consequential strategic difficulty: the group’s globalization has. “Something from Nothing — U. Ces variantes ont évolué vers une radicalisation toujours plus violente et toujours moins « politique » que le groupe mère. What emerges from such a strategy is Al Qaeda’s desire to constantly internationalize its domain of action. New York. New York. Al-Qaida est entrée dans une nouvelle phase de sa stratégie de longue durée suivant laquelle elle donne la priorité à l’implantation de cellules décentralisées semi-autonomes. c’est le désir d’Al-Qaida d’internationaliser en permanence son champ d’action afin de constituer une menace globale diffuse à l’endroit de ses ennemis. Marching Toward Hell — America and Islam after Iraq. Dying to Win — The Strategic Logic of Suicide Terrorism. New York. 6. the Gulf. in the final analysis. Al Qaeda has entered into a new phase of its long-term strategy whereby it is awarding priority to the set-up of semi-autonomous. 2003 . Random House. Similarly. 2006. Mais elle fait aujourd’hui face à une confusion stratégique autrement plus conséquente : la mondialisation du groupe l’aura. this situation has revealed the impossibility for Osama Bin Laden and Ayman Al-Zawahiri to dictate with precision the path to follow for all these groups which.  Lire Salima Mellah et Jean-Baptiste Rivoire. These spin-offs have consistently displayed more violence and less “politics” than the mother group. Le Monde Diplomatique. Dès l’été 2002. janvier/février 2010. weakened it more than it has brought to it external allies. dans le Golfe et au Maghreb. Vintage Books. Inside Al Qaeda — Global Network of Terror. 2007. L’Histoire secrète d’Al-Qaida. février 2005. 2002 . L’Islamisme à l’heure d’Al-Qaida. 2005 . Al-Qaida a toujours été tactiquement imprévisible tout en demeurant stratégiquement consistante . — Inside the Secret World of Osama Bin Laden. Inc. sachant ainsi créer la surprise alors qu’elle avait annoncé publiquement ses intentions. and North Africa. 96 Abstract After twenty years of existence. Free Press. « Enquête sur l’Étrange “Ben Laden du Sahara” ».Mohammad-Mahmoud Ould Mohamedou 3. affaiblit plus qu’elle ne l’aura dotée d’alliés externes comme elle a mis à nu l’impossibilité pour Oussama Ben Laden et Ayman Al-Zawahiri de dicter avec précision la marche à suivre à toutes ces entités qui d’une façon ou une autre se réclament d’eux. Résumé Après vingt ans d’existence. However. Signs of internal reorganizing were noticeable as early as the summer of 2002. Ce qui émerge d’une telle stratégie. with a view to represent a global threat to its enemies. Michael Scheuer. one way or the other.  Peter Bergen. . 4. Strategy in Afghanistan”. et Lawrence Wright. claim to follow them. The Boston Review. Paris. Columbia University. Rohan Gunaratna. 5. Free Press.

dont on ne se réclame pas mais dans lequel on est catégorisé.Sécurité Globale N°12 | à la recherche Sécurité globale té 2010 globale de l’ultra-gauche ue d’une sombre histoire Dossier À la recherche de l’ultra-gauche ire : 12 été 2010 et Nicolas LE NEN ucléaire es : te Sécurité Bernard BAJOLET Renseignement. spécialiste des questions de terrorisme et de guerre économique . ses fondements idéologiques dérivent des théories marxistes mais restent flous et tendent précisément à rejeter tout dogmatisme. » Emmanuel Lechypre .Rédacteur en chef Ali Laïdi . « Courant » fragmenté. 12 revue Revue trimestrielle 185 x 255 | 144 pages Commande en ligne et abonnement sur www. de façon plus générale. » référence sur les questions de sécurité. L’ultragauche prône « l’action autonome en tant que classe » et. d’emblée.chroniqueur à France 24. Les médias aujourd’hui attribuent souvent à tort à l’ultragauche la propension à la violence. de définir l’ultragauche. l’état de la réforme L’ultragauche : épiphénomène politique ou label médiatique ? Il n’est pas aisé. le léninisme et l’anarchisme. Ce dossier de Sécurité globale examine les enjeux qui touchent à un mouvement politique à la fois marginal et médiatisé.choiseul-editions. la révolution.com (paiement sécurisé) > DERNIERS DOSSIERS Sécurité Globale n°11 | Lutter contre les proliférations Sécurité Globale n°10 | Contre-insurrection(s) Sécurité Globale n°9 | La ruée vers l’eau Sécurité Globale n°8 | La privatisation de la guerre Sécurité Globale n°7 | Combattre la piraterie maritime « Sécurité globale se distingue par son approche « Certainement la revue de référence sur les transversale qui en fait d’ores et déjà un outil de questions de sécurité globale. classé à la gauche de l’extrême gauche. la filiation avec le communisme.

Ce numéro exceptionnel revient aussi bien sur la genèse et l’évolution de la théorie de la géoéconomie que sur les grands enjeux géoéconomiques mondiaux.é Té 2009 Pour tout abonnement ou réabonnement.com Diffusion : L a Documentation française 2 9 . identité et perspectives Pascal LoRoT survivre à la crise ou le retour brutal de la géoéconomie Jean-françois Daguzan géopolitique.. L’europe en 2025 : géant économique. les usages. abdelkrim BenamaR Le temps de l’hypercompétition ? Didier LuCas Les ConfLiTs De L a monDiaLisaTion numéRo anniVeRsaiRe CHOISEUL EDITIONS 28 rue étienne Marcel. l’indiscipline intellectuelle De la géopolitique à la géoéconomie Pascal LoRoT La revue Géoéconomie : histoire. cedex 08 Banque : 30076 - Agence : 02019  Compte : 57336700200 - clé RIB : 09 IBAN : FR76 3007 6020 1957 3367 0020 009 50 swift (BIC) : NORDFRPP précisez « frais bancaires à la charge du donneur d’ordre » ou Paiement par chèque à l’ordre de CHOISEUL EDITIONS Attention. lucidité et défensive isabelle faCon Demain. boulevard Haussmann 75361 Paris. les abonnés doivent payer par chèque personnel ou par carte bancaire et doivent communiquer une adresse de livraison personnelle. les chèques étrangers doivent être en euros. compensables en France. l a d o c u m e n t a t i o n f r a n c a i s e . Mme. 50 GRATUIT □ je souhaite recevoir Les ConfLiTs De L a monDiaLisaTion Géoéconomie. Géoéconomie 50 . nain politique ? Pascale Joannin Regards sur les grands défis géoéconomiques mondialiser n’est pas globaliser francis guTmann Le changement climatique.Sécurité Globale BULLETIN D’ABONNEMENT OU DE RÉABONNEMENT M. le n°50 de la revue Géoéconomie vous est offert.. 75002 Paris. nouveaux risques dans l’espace ? Xavier PasCo Télécommunications : la révolution par les services. la fin des exceptions françaises Jean-Thomas LesueuR Les ConfLiTs De L a monDiaLisaTion un exemplaire du Géoéconomie n°50 : « les conflits de la mondialisation ». q u a i Vo l t a i r e 75 3 4 4 P a r i s C e d e x 0 7 Té l é p h o n e : 01 4 0 15 7 0 0 0 Té l é c o p i e : 01 4 0 15 6 8 0 0 w w w. France Tel +33 1 53 34 09 93 abonnement@choiseul-editions. économie et nation Yves LaCosTe Les nations au cœur des enjeux géoéconomiques Les états-unis à la reconquête du monde ? Yannick miReuR La Chine sera-t-elle l’hyperpuissance du XXie siècle ? françois LafaRgue Le projet de puissance de la Russie : entre confiance. f r 20 euros . un enjeu international majeur du XXie siècle Jean-Paul maRéChaL L’importance stratégique de l’eau franck gaLLanD Géoéconomie ReVue TRimesTRieLLe . 50 Je souhaite acquérir un exemplaire de Sécurité Globale : Date Signature/cachet Paiement par virement bancaire vers Crédit du Nord 59.éTé 2009 Vers de nouvelles guerres de l’énergie ? La crise ne résout rien Christophe-alexandre PaiLLaRD malaise dans l’approvisionnement alimentaire du monde Thierry PouCh Géoéconomie sortir de notre planète : nouvelle maturité. à partir du numéro n° 12 n° 10 n° 8 n° 11 x 28 le numéro n° 9 (33 institutions) n° 7 et frais de port : France : 2.10 Reste du monde : 4. Mlle Société/Institution N° Rue Code postal Ville Adresse électronique Pays Prénom 1 an (4 numéros) Particuliers Institutionnels France 98 215 Autres pays 138 290 Quand le tarif particuliers s’applique.

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