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Le Horla (1887) de Guy de Maupassant

C’est un des premiers récits fantastiques que Maupassant a écrits. Maupassant, qui mourra six ans plus tard, dans une paranoïa et une folie totale, ressentait alors les premiers symptômes de la folie à venir. Il y a eu trois versions de cette histoire: - Lettre d’un fou (1885) est sous forme de lettre adressée à son médecin ; - Le Horla (1886) est sous forme de texte suivi avec dialogue et est racontée par le narrateur qui s’adresse à des médecins ; - Le Horla (1887) se présente sous la forme d’un journal intime Cette nouvelle a influencé L'Appel de Cthulhu de H. P. Lovecraft (1926).

Première partie
8 mai .— Quelle journée admirable ! J'ai passé toute la matinée étendu sur l'herbe, devant ma maison, sous l'énorme platane qui la couvre, l'abrite et l'ombrage tout entière. J'aime ce pays, et j'aime y vivre parce que j'y ai mes racines, ces profondes et délicates racines, qui attachent un homme à la terre où sont nés et morts ses aïeux, qui l'attachent à ce qu'on pense et à ce qu'on mange, aux usages comme aux nourritures, aux locutions locales, aux intonations des paysans, aux odeurs du sol, des villages et de l'air lui-même. J'aime ma maison où j'ai grandi. De mes fenêtres, je vois la Seine qui coule, le long de mon jardin, derrière la route, presque chez moi, la grande et large Seine qui va de Rouen au Havre, couverte de bateaux qui passent.

A gauche, là-bas, Rouen, la vaste ville aux toits bleus, sous le peuple pointu des clochers gothiques. Ils sont innombrables, frêles ou larges, dominés par la flèche de fonte de la cathédrale, et pleins de cloches qui sonnent dans l'air bleu des belles matinées, jetant jusqu'à moi leur doux et lointain bourdonnement de fer, leur chant d'airain que la brise m'apporte, tantôt plus fort et tantôt plus affaibli, suivant qu'elle s'éveille ou s'assoupit. Comme il faisait bon ce matin ! Vers onze heures, un long convoi de navires, traînés par un remorqueur, gros comme une mouche, et qui râlait de peine en vomissant une fumée épaisse, défila devant ma grille. Après deux goélettes anglaises, dont le pavillon rouge ondoyait sur le ciel, venait un superbe trois-mâts brésilien, tout blanc, admirablement propre et luisant. Je le saluai, je ne sais pourquoi, tant ce navire me fit plaisir à voir. 12 mai. — J'ai un peu de fièvre depuis quelques jours ; je me sens souffrant, ou plutôt je me sens triste. D'où viennent ces influences mystérieuses qui changent en découragement notre bonheur et notre confiance en détresse ? On dirait que l'air, l'air invisible est plein d'inconnaissables Puissances, dont nous subissons les voisinages mystérieux. Je m'éveille plein de gaieté, avec des envies de chanter dans la gorge. — Pourquoi ? — Je descends le long de l'eau ; et soudain, après une courte promenade, je rentre désolé, comme si quelque malheur m'attendait chez moi. — Pourquoi ? — Est-ce un frisson de froid qui, frôlant ma peau, a ébranlé mes nerfs et assombri mon âme ? Est-ce la forme des nuages, ou la couleur du jour, la couleur des choses, si variable, qui, passant par mes yeux, a troublé ma pensée ? Sait-on ? Tout ce qui nous entoure, tout ce que nous voyons sans le regarder, tout ce que nous frôlons sans le connaître, tout ce que nous touchons sans le palper, tout ce que nous rencontrons sans le distinguer, a sur nous, sur nos organes et, par eux, sur nos idées, sur notre cœur lui-même, des effets rapides, surprenants et inexplicables. Comme il est profond, ce mystère de l'Invisible ! Nous ne le pouvons sonder avec nos sens misérables, avec nos yeux qui ne savent apercevoir ni le trop petit, ni le trop grand, ni le trop près, ni

entre deux armées d'arbres démesurément hauts qui mettaient un toit vert. Je dors — longtemps — deux ou trois heures — puis un rêve— non — un cauchemar m'étreint.. une fièvre atroce. me regarde. les douches n'y font rien. ce sommeil perfide.le trop loin. de me tourner.. avec calme. A mesure qu'approche le soir. quoi ?. — je veux remuer. m'anéantir. Je marche alors dans mon salon de long en large. je veux crier. je dors enfin.. je regarde sous mon lit . Je sens bien que je suis couché et que je dors. serre. je me couche. . ni les habitants d'une étoile. Il m'a trouvé le pouls rapide. je m'éveille. couvert de sueur.. comme on tomberait pour s'y noyer. Je ne redoutais rien jusqu'ici. mais je ne comprends pas les mots . pour fatiguer mon corps. — je ne peux pas ! Et soudain. avec nos oreilles qui nous trompent. par une allée étroite. de toute sa force pour m'étrangler. de rejeter cet être qui m'écrase et qui m'étouffe. car elles nous transmettent les vibrations de l'air en notes sonores. Je pris une grande avenue de chasse. et je pousse les verrous . 18 mai. non pas un frisson de froid. Je suis seul. une inquiétude incompréhensible m'envahit. j'ai peur. caché près de moi. et j'attends le sommeil comme on attendrait le bourreau. je le sens et je le sais... Est-ce étrange qu'un simple malaise. qui me guette. puisse faire un mélancolique du plus joyeux des hommes. j'écoute. plus faible que celui du chien. s'agenouille sur ma poitrine. j'allai faire un tour dans la forêt de Roumare. en haletant. épais.. qui se renouvelle toutes les nuits. mais un étrange frisson d'angoisse. Je ne le sens pas venir. un peu de congestion. Tantôt. et mes jambes frémissent . Qu'ai-je donc ? Le bromure n'y fait rien . Je dîne vite. — je ne peux pas . et je sens aussi que quelqu'un s'approche de moi. germant dans le sang et dans la chair. comme autrefois.. ce pressentiment qui est sans doute l'atteinte d'un mal encore inconnu. — Je suis malade. plein d'odeur d'herbes et de feuilles. je monte dans ma chambre. affolé. si las pourtant. Un frisson me saisit soudain. je donne deux tours de clef. ou plutôt un énervement fiévreux. et tout mon corps tressaille dans la chaleur des draps. dans un gouffre d'eau stagnante.. je distingue à peine les lettres. sous l'oppression d'une crainte confuse et irrésistible. au cœur une énergie nouvelle. presque noir.. — j'essaie.. avec notre odorat. vraiment. je me débats. — Aucun changement ! Mon état. me fermer les yeux. j'ouvre mes armoires. me palpe. la crainte du sommeil et la crainte du lit. Vers dix heures. un trouble de la circulation peut-être..... cette appréhension d'un malheur qui vient ou de la mort qui approche.. 2 juin. puis j'essaie de lire . J'allume une bougie. et mon cœur bat. Moi. et un poltron du plus brave ? Puis. avec des efforts affreux. puis je tournai vers La Bouille. monte sur mon lit. qui peut à peine discerner l'âge d'un vin ! Ah ! si nous avions d'autres organes qui accompliraient en notre faveur d'autres miracles. — Je viens d'aller consulter un médecin.. Après cette crise. jusqu'à l'aurore... qui va me saisir par la tête. est bizarre. l'œil dilaté. ni les habitants d'une goutte d'eau. l'irritation d'un filet nerveux. de quoi ?.. comme si la nuit cachait pour moi une menace terrible. car je ne pouvais plus dormir. Je l'attends avec l'épouvante de sa venue... Je dois me soumettre aux douches et boire du bromure de potassium... Je crus d'abord que l'air frais. une toute petite perturbation dans le fonctionnement si imparfait et si délicat de notre machine vivante. qui nous paralyse dans les songes . entre le ciel et moi. Elles sont des fées qui font ce miracle de changer en bruit ce mouvement et par cette métamorphose donnent naissance à la musique. me prend le cou entre ses mains et serre. mais sans aucun symptôme alarmant. décidément ! Je me portais si bien le mois dernier ! J'ai la fièvre. A peine entré. que de choses nous pourrions découvrir encore autour de nous ! 16 mai. les nerfs vibrants. avec notre goût. léger et doux. lié par cette impuissance atroce.. — Mon état s'est encore aggravé. jusqu'au moment où je tombe tout à coup dans le repos. me versait aux veines un sang nouveau. — je ne peux pas . 25 mai. qui rend chantante l'agitation muette de la nature. j'écoute. qui rend mon âme aussi souffrante que mon corps ! J'ai sans cesse cette sensation affreuse d'un danger menaçant..

vous ? comment ne les aurais-je pas vus. Pourquoi ? Et je me mis à tourner sur un talon. s'élevait sombre et pointu un mont étrange. et qui lancent dans le ciel bleu des jours. tous deux avec de longs cheveux blancs et parlant sans cesse. et je revins dans l'avenue qui m'avait amené au milieu de la forêt. et de l'autre côté elle s'étendait aussi à perte de vue. de sveltes clochetons. qui est la plus grande force de la . redoutablement vide . de fleurs monstrueuses. sans doute. monsieur » . vaste comme une ville. ceux du mont. ah ! je ne savais plus par où j'étais venu ! Bizarre idée ! Bizarre ! Bizarre idée ! Je ne savais plus du tout. autour de la petite ville jetée ainsi loin du monde. rôdant sur les dunes. tout près. en marchant devant eux. je dis au moine qui m'accompagnait : « Mon Père. dont on ne voit jamais la tête couverte de son manteau. les arbres dansaient. Tout à coup. vers la fin du jour ! La ville est sur une colline . l'autre avec une voix faible. entre deux marées. qu'on marchait sur mes talons. apeuré sans raison. à Avranches. Je faillis tomber . toujours des légendes. couvert de tours. de diables. entre deux côtes écartées se perdant au loin dans les brumes . qui ressemblent tantôt à des bêlements. aussi léger qu'une dentelle. et reliés l'un à l'autre par de fines arches ouvragées. comme une toupie. effrayante. Je dis au moine : « Y croyez-vous ? » Il murmura : « Je ne sais pas. Une baie démesurée s'étendait devant moi. me remettra. inquiet d'être seul dans ce bois. Je partis par le côté qui se trouvait à ma droite. — La nuit a été horrible. prétendent qu'on entend parler la nuit dans les sables. Je me retournai brusquement. comme vous devez être bien ici ! » Il répondit : « Il y a beaucoup de vent. à mesure que j'approchais d'elle. et tantôt à des plaintes humaines . au milieu des sables. dans le ciel noir des nuits. J'ai visité le mont Saint-Michel que je ne connaissais pas. Ayant gravi la rue étroite et rapide. très vite. et nous nous mîmes à causer en regardant monter la mer. Quelle vision. comment ne les connaîtrions-nous point depuis longtemps . 3 juin. comme la veille au soir. j'entrai dans la plus admirable demeure gothique construite pour Dieu sur la terre. la surprenante abbaye. par la profonde solitude. un vieux berger. Je vais m'absenter pendant quelques semaines. à perte de vue. pleine de salles basses écrasées sous des voûtes et de hautes galeries que soutiennent de frêles colonnes. se querellant dans une langue inconnue. Dès l'aurore. stupidement. Je ne vis derrière moi que la droite et large allée vide. Les gens du pays. toutes les vieilles histoires de ce lieu. comme moi. J'entrai dans ce gigantesque bijou de granit. — Je rentre. haute. toute pareille. comment ne les auriez-vous pas vus. et qui conduit. Quand je fus sur le sommet. quand on arrive. leurs têtes bizarres hérissées de chimères. et au milieu de cette immense baie jaune. l'une avec une voix forte. au bout de la cité. voici le vent. Un petit voyage. J'étais seul. Après plusieurs heures de marche. je rouvris les yeux . moi ? » Il répondit : « Est-ce que nous voyons la cent millième partie de ce qui existe ? Tenez. sous un ciel d'or et de clarté. Je fermai les yeux. La mer était basse. Et le moine me conta des histoires. 2 juillet. puis qu'on entend bêler deux chèvres. où montent des escaliers tordus. je dus m'asseoir. Une d'elles me frappa beaucoup. et on me conduisit dans le jardin public. Le soleil venait de disparaître. à me toucher. la terre flottait . et sur l'horizon encore flamboyant se dessinait le profil de ce fantastique rocher qui porte sur son sommet un fantastique monument. Les incrédules affirment que ce sont les cris des oiseaux de mer. qui courait sur le sable et le couvrait d'une cuirasse d'acier. un bouc à figure d'homme et une chèvre à figure de femme. j'atteignis l'énorme bloc de pierre qui porte la petite cité dominée par la grande église. des légendes. j'allai vers lui. et je regardais se dresser devant moi. il me sembla que j'étais suivi. puis cessant soudain de crier pour bêler de toute leur force. de bêtes fantastiques. mais les pêcheurs attardés jurent avoir rencontré. Je poussai un cri d'étonnement.Je hâtai le pas. » Je repris : « S'il existait sur la terre d'autres êtres que nous. Je suis guéri. J'ai fait d'ailleurs une excursion charmante. Puis.

je l'avais pensé souvent. Mes cauchemars anciens reviennent. rien ne coula. comme aurait fait une sangsue. Je me couchai ensuite et je tombai dans un de mes sommeils épouvantables. j'ai senti quelqu'un accroupi sur moi. anéanti. On n'a touché à rien. monsieur. et qui râle couvert de sang. car mon cocher souffre du même mal que moi. dont je fus tiré au bout de deux heures environ par une secousse plus affreuse encore. — J'ai mal dormi . ni aux fraises. du pain et des fraises. sa bouche sur la mienne. Jean ? — J'ai que je ne peux plus me reposer.nature. je n'y compris rien . tellement meurtri. et qui. — Je viens de faire des épreuves surprenantes. qui gémit. qui a donné le même résultat. sans oser regagner mon lit. je l'ai bue ! Mais. qu'on assassine. avec un couteau dans le poumon. j'ai supprimé l'eau et le lait. abat les édifices. En rentrant hier. déracine les arbres. éperdu d'étonnement et de peur. Le 9 juillet enfin. Je lui demandai : « Qu'est-ce que vous avez. je ressentis une émotion si terrible. j'allumai une bougie et j'allai vers la table où était posée ma carafe. je suis repris. Le 7 juillet. ce sont mes nuits qui mangent mes jours. et qui va mourir. Figurez-vous un homme qui dort. Décidément. le vent qui tue. de cette double vie mystérieuse qui fait douter s'il y a deux êtres en nous. devant le cristal transparent ! Je le contemplais avec des yeux fixes. détruit les falaises. qui renverse les hommes. — l'avez-vous vu. sans doute ? Ce ne pouvait être que moi ? Alors . anime. plus qu'à nous-mêmes. plein de raison et qui regarde épouvanté. ou si un être étranger. Ah ! qui comprendra mon angoisse abominable ? Qui comprendra l'émotion d'un homme. notre corps captif qui obéit à cet autre. puis. Ayant enfin reconquis ma raison. Si cela continue encore quelques jours. que ma tête s'égare quand j'y songe ! Comme je le fais maintenant chaque soir. que je ne pouvais plus remuer. — Ai-je perdu la raison ? Ce qui s'est passé la nuit dernière est tellement étrange. On a bu — j'ai bu — toute l'eau. et je remarquai par hasard que ma carafe était pleine jusqu'au bouchon de cristal. mais j'ai grand-peur d'être repris. Le 8 juillet. mais je me tus. brisé. j'étais somnambule. Je ne l'aurais pas pu affirmer au juste . — ou plutôt. du lait. quand notre âme est engourdie. On n'a touché ni au vin. que je dus m'asseoir. puis. comme à nous-mêmes. et jette aux brisants les grands navires. tout à coup. je vivais. qui mugit. je repartirai certainement. Mes mains tremblaient ! On avait donc bu cette eau ? Qui ? Moi ? moi. et qui ne comprend pas — voilà. cherchant à deviner. j'avais fermé ma porte à clef . On a encore bu toute ma carafe cette nuit . que je tombai sur une chaise ! puis. soulève la mer en montagnes d'eau. cela me tient comme un sort. et qui ne peut plus respirer. qui siffle. 6 juillet. je bus un demi-verre d'eau. ni au pain. sans le savoir. repu. pourtant. je me redressai d'un saut pour regarder autour de moi ! puis je me rassis. il y a ici une influence fiévreuse. Ce qu'il disait là. 3 juillet. j'eus soif de nouveau . 5 juillet. Cette nuit. et qui se réveille. certes. » Je me tus devant ce simple raisonnement. j'ai placé sur ma table du vin. à travers le verre d'une carafe. — Décidément. je suis fou ! Et pourtant ! Le 6 juillet. — Elle était vide ! Elle était vide complètement ! D'abord. et moi je me suis réveillé. il la puisait dans ma gorge. ou plutôt. j'ai remis sur ma table l'eau et le lait seulement. Oui. et pouvez-vous le voir ? Il existe. et un peu de lait. j'avais remarqué sa pâleur singulière. par moments. inconnaissable et invisible. un peu d'eau disparue pendant qu'il a dormi ! Et je restai là jusqu'au jour. j'ai renouvelé la même épreuve. Depuis le départ de monsieur. avant de me coucher. » Les autres domestiques vont bien cependant. — Je deviens fou. buvait ma vie entre mes lèvres. bien éveillé. Cet homme était un sage ou peut-être un sot. Je la soulevai en la penchant sur mon verre . est-ce moi ? Est-ce moi ? Qui serait-ce ? Qui ? Oh ! mon Dieu ! Je deviens fou ! Qui me sauvera ? 10 juillet. de l'eau. 4 juillet. sain d'esprit. Puis il s'est levé. moi. ayant soif. en ayant soin d'envelopper les carafes en des linges de mousseline .

en palpitant de crainte. » Il vote pour l'Empereur. Je m'élançai vers ma table. — J'ai vu hier des choses qui m'ont beaucoup troublé. par les boulevards. — Paris. la solitude est dangereuse pour les intelligences qui travaillent. là-bas. 16 juillet. On y jouait une pièce d'Alexandre Dumas fils . Je vais partir tout à l'heure pour Paris. « Nous sommes. nous peuplons le vide de fantômes. Les pétards et les drapeaux m'amusaient comme un enfant. à mes terreurs. des hommes qui pensent et qui parlent. dès qu'un petit fait incompréhensible nous frappe ! Au lieu de conclure par ces simples mots : « Je ne comprends pas parce que la cause m'échappe ». que je me déclarai tout à fait incrédule. dont l'une a épousé un médecin. J'avais donc perdu la tête les jours derniers ! J'ai dû être le jouet de mon imagination énervée. Puis. après des courses et des visites. de quelque religion qu'elles nous viennent. On avait bu toute l'eau ! on avait bu tout le lait ! Ah ! mon Dieu !. Le peuple est un troupeau imbécile. Je déliai les cordons. je veux dire. je dirai même la légende de Dieu. sont bien les inventions les plus médiocres. dont le mari commande le 76e chasseurs à Limoges. un de ses plus importants secrets sur cette terre . Les linges enfermant les bouteilles étaient demeurés immaculés. qu'on appelle suggestions. Il nous raconta longtemps les résultats prodigieux obtenus par des savants anglais et par les médecins de l'école de Nancy. suivi bientôt de l'atroce réveil. par décret du gouvernement. depuis qu'il sait dire et écrire sa pensée. mes draps eux-mêmes ne portaient pas de taches. et cet esprit alerte et puissant a achevé de me guérir. des revenants.. ils obéissent à des principes. et je me suis couché. Les faits qu'il avança me parurent tellement bizarres.. » Il s'amuse. à mes suppositions de l'autre semaine. lesquels ne peuvent être que niais. Je me suis promené par les rues. par l'effort de son intelligence. des gnomes. j'ai fini ma soirée au ThéâtreFrançais.blanche et de ficeler les bouchons. les plus inacceptables sorties du cerveau apeuré des . mes mains avec de la mine de plomb. » Et il vote pour la République. les plus stupides. Quand nous sommes seuls longtemps. cette hantise des phénomènes invisibles a pris des formes banalement effrayantes. stériles et faux. j'ai cru qu'un être invisible habitait sous mon toit. Ceux qui le dirigent sont aussi sots . puisque le bruit est une illusion. Je me trouvais chez elle avec deux jeunes femmes. Je dînais chez ma cousine. sur le point de découvrir un des plus importants secrets de la nature. Au coudoiement de la foule. le docteur Parent. en ce monde où l'on n'est sûr de rien. dans les étoiles. qui s'occupe beaucoup des maladies nerveuses et des manifestations extraordinaires auxquelles donnent lieu en ce moment les expériences sur l'hypnotisme et la suggestion. oui. mais au lieu d'obéir à des hommes. j'ai frotté mes lèvres. et il tâche de suppléer. des fées. on lui dit : « Vote pour la République. mon affolement touchait à la démence. nous imaginons aussitôt des mystères effrayants et des puissances surnaturelles. je songeais. C'est pourtant fort bête d'être joyeux. En tout cas. car j'ai cru. mais inexplicables jusqu'ici. Hier. à moins que je ne sois vraiment somnambule. L'invincible sommeil m'a saisi. » Il va se battre. les légendes des esprits rôdeurs. qui m'ont fait passer dans l'âme de l'air nouveau et vivifiant. Depuis que l'homme pense. — Fête de la République. à date fixe. Je suis rentré à l'hôtel très gai. ou que j'aie subi une de ces influences constatées. ma barbe. 14 juillet. à l'impuissance de ses organes. On lui dit : « Va te battre avec le voisin. Certes. tantôt stupidement patient et tantôt férocement révolté. car elle en a certes d'autrement importants. Je n'avais point remué . Comme notre tête est faible et s'effare. par cela même qu'ils sont des principes. affirmait-il. et vingt-quatre heures de Paris ont suffi pour me remettre d'aplomb. Il nous faut autour de nous. On lui dit : « Vote pour l'Empereur. car nos conceptions de l'ouvrier-créateur. c'est-àdire des idées réputées certaines et immuables. On lui dit : « Amuse-toi. 12 juillet. il se sent frôlé par un mystère impénétrable pour ses sens grossiers et imparfaits. et s'égare vite. Puis. Quand cette intelligence demeurait encore à l'état rudimentaire. non sans ironie. De là sont nées les croyances populaires au surnaturel. puisque la lumière est une illusion. Mme Sablé.

. les yeux baissés. non. Elle s'assit fort troublée.. « Oui. moi. Le docteur Parent lui dit : « Voulez-vous que j'essaie de vous endormir. elle me dit : « Mon cher cousin. et vous le supplierez de vous prêter cinq mille francs que votre mari vous demande et qu'il vous réclamera à son prochain voyage. à l'hôtel. absolument besoin. en la regardant avec attention. » Je m'habillai à la hâte et je la reçus. réfléchissant. Elle tremblait d'angoisse. Donc elle osa mentir. » Puis il la réveilla. » C'était vrai ! Et cette photographie venait de m'être livrée. madame ? — Oui. depuis quatre ou cinq ans surtout. Je me demandais si vraiment elle ne s'était pas moquée de moi avec le docteur Parent. très incrédule aussi. j'ai un gros service à vous demander.. — Quelle est cette photographie ? — La sienne... Elle savait seulement qu'elle devait m'emprunter cinq mille francs pour son mari. mais sur une supercherie possible du docteur. Et je m'assis derrière elle. Mais. En rentrant à l'hôtel. hier. épouvantées. en même temps que sa carte de visite ? Les prestidigitateurs de profession font des choses autrement singulières. Etes-vous sûre qu'il vous a chargée de me les demander ? » Elle hésita quelques secondes comme si elle eût fait un grand effort pour chercher dans son souvenir. Mesmer et quelques autres nous ont mis sur une voie inattendue.. si ce n'était pas là une simple farce préparée d'avance et fort bien jouée.créatures. — Pouvez-vous me la montrer ? — Non. de cinq mille francs. Je voyais les yeux de Mme Sablé s'alourdir. on semble pressentir quelque chose de nouveau. Je rentrai donc et je me couchai. la gorge serrée. — Lequel. réfléchissez. — J'ai reçu sa lettre ce matin. dit le médecin. tant cette démarche lui était douloureuse. et. que je balbutiais mes réponses. puis vous irez trouver à son hôtel votre cousin. ce matin. je songeai à cette curieuse séance et des doutes m'assaillirent. comme elle eût vu dans une glace. le soir même. Je devinai le travail torturant de sa pensée. non point sur l'absolue." « Mais. et je compris qu'elle avait la gorge pleine de sanglots. Rien de plus vrai que cette parole de Voltaire : "Dieu a fait l'homme à son image. qui me dit : « C'est Mme Sablé qui demande à parler à monsieur tout de suite. mais l'homme le lui a bien rendu. Ne dissimulait-il pas dans sa main une glace qu'il montrait à la jeune femme endormie. « Mettez-vous derrière elle ». ou plutôt mon mari. » Elle s'assit dans un fauteuil et il commença à la regarder fixement en la fascinant. et nous sommes arrivés vraiment.. que je connaissais comme une soeur. « Comment est-il sur ce portrait ? — Il se tient debout avec son chapeau à la main. — Il vous a écrit ? » Elle hésita encore. je me sentis soudain un peu troublé. Il lui plaça entre les mains une carte de visite en lui disant : « Ceci est un miroir . je fus réveillé par mon valet de chambre.. je veux bien. — Que fait-il ? — Il se tord la moustache. Au bout de dix minutes.. Moi. — Et maintenant ? — Il tire de sa poche une photographie. Je la savais fort riche et je repris : « Comment ! votre mari n'a pas cinq mille francs à sa disposition ! Voyons.. Les jeunes femmes. le coeur battant. vers huit heures et demie. il m'a écrit. sa bouche se crisper. Or. vous ? — Oui. non. » J'étais tellement stupéfait. J'ai besoin. » Ma cousine.. puis elle répondit : « Oui. et pourtant. tous mes doutes se dissipèrent. ma cousine ? — Cela me gêne beaucoup de vous le dire. oui. disaient : « Assez ! Assez ! Assez ! » Mais le docteur ordonna : « Vous vous lèverez demain à huit heures . » Donc elle voyait dans cette carte. dans ce carton blanc. elle dormait. qui me charge de les trouver. souriait. elle contenait des choses intimes. Elle ne savait pas. il le faut. depuis un peu plus d'un siècle. . que voyez-vous dedans ? » Elle répondit : « Je vois mon cousin. j'en suis sûre. depuis l'enfance. — Quand donc ? Vous ne m'avez parlé de rien. à des résultats surprenants. sa poitrine haleter. — Allons donc. sans lever son voile... sur l'insoupçonnable bonne foi de ma cousine.

si vous saviez comme je souffre. et je n'ai pu déjeuner. ce que vous m'avez demandé ce matin. 19 juillet. à la fin..trop personnelles. . Le médecin lui prit le pouls. il le faut bien. J'essayai cependant de ranimer sa mémoire. Quand elle fut partie. » Elle s'exaltait. je l'ai brûlée. ma chère cousine." Elle réfléchit quelques secondes et répondit : « Puisque c'est mon mari qui les demande. . . je vous en prie. . et il m'écouta en souriant. la regarda quelque temps. .. c'est que votre mari fait des dettes. . j'essayai de la convaincre. ma chère cousine. — Beaucoup de personnes à qui j'ai raconté cette aventure se sont moquées de moi. — Allons chez votre parente. une main levée vers ses yeux qu'elle ferma peu à peu sous l'effort insoutenable de cette puissance magnétique. . Quand elle fut endormie : « Votre mari n'a plus besoin de cinq mille francs. joignait les mains comme si elle m'eût prié ! J'entendais sa voix changer de ton . vous ne comprendrez pas. » Elle s'écria : « Oh ! merci ! merci ! que vous êtes bon. et. » Elle hésita encore. . elle pleurait et bégayait. dominée par l'ordre irrésistible qu'elle avait reçu. . se fâcher. il vous a ordonné de venir m'emprunter ce matin cinq mille francs. — Vous rappelez-vous que le docteur Parent vous a endormie ? — Oui.. . je l'ai. il me les faut aujourd'hui. Je tirai de ma poche un portefeuille : « Voici. » Puis il la réveilla. » Elle fut tellement surprise que je n'osai pas insister.. » J'eus pitié d'elle. — Alors.. tant cette expérience m'a bouleversé. mais elle nia avec force. » Elle sommeillait déjà sur une chaise longue. s'il vous parle de cela. harcelée. . Vous allez donc oublier que vous avez prié votre cousin de vous les prêter. « Oh ! oh ! je vous en prie. . . trouvez-les. Je ne sais plus que penser.. Le sage dit : Peut-être ? . — Eh bien. Il allait sortir . . » Je repris : « Vous rappelez-vous ce qui s'est passé hier chez vous ? — Oui. Puis il dit : « Croyez-vous maintenant ? — Oui. et vous obéissez en ce moment à cette suggestion. .. « Vous les aurez tantôt. crut que je me moquais d'elle. » Pendant une heure. et faillit.. » Elle poussa une sorte de cri de souffrance. « Oh ! oh ! je vous en supplie. je courus chez le docteur. .. . Voilà ! je viens de rentrer . » Je déclarai brusquement : « C'est que je ne puis disposer de cinq mille francs en ce moment. accablée de fatigue. mais je n'y pus parvenir. . . je vous le jure. . puis murmura : « Je ne sais pas. .. .

. Certes. doué par conséquent d'une nature matérielle. la nuit. elle avait disparu. et je la retrouvai immédiatement sur l'arbuste. et elle resta suspendue dans l'air transparent... 4 août. j'ai vu. mais au sommet du mont Saint-Michel ?. suivant une courbe qu'aurait décrite un bras en la portant vers une bouche. Décidément. puis se casser. avec profondeur. je vis. sans que nous en soyons surpris. si je n'étais conscient. qui portait trois fleurs magnifiques.. Le valet de chambre accuse la cuisinière.. — J'ai été dîner à Bougival.. j'ai encore peur jusque dans les moelles. toute seule. mais n'a point troublé mon sommeil. absolument fou. Ne se peut-il pas qu'une des imperceptibles touches du clavier cérébral se trouve paralysée chez moi ? Des hommes. Mais était-ce bien une hallucination ? Je me retournai pour chercher la tige. Je me demande si je suis fou.. un de ces troubles qu'essaient de noter et de préciser aujourd'hui les physiologistes . Ils parlaient de tout avec clarté. 30 juillet.. j'ai vu !.. je me jetai sur elle pour la saisir ! Je ne trouvai rien . des doutes me sont venus sur ma raison.. si je ne connaissais parfaitement mon état. tout dépend des lieux et des milieux. car il n'est pas permis à un homme raisonnable et sérieux d'avoir de pareilles hallucinations.. à la suite d'accidents. Comme je m'arrêtais à regarder un géant des batailles. car je suis certain. tandis que la faculté imaginative veille et travaille. puis j'ai passé la soirée au bal des canotiers.. je me croirais fou. parce que l'appareil vérificateur. qui accuse les deux autres. qu'il existe près de moi un être invisible. non point des doutes vagues comme j'en avais jusqu'ici. — Je suis revenu dans ma maison depuis hier. 7 août.. qu'un halluciné raisonnant. qui peut toucher aux choses. fraîchement brisée entre les deux autres roses demeurées à la branche. Éperdu. je rentrai chez moi l'âme bouleversée. j'en ai connu qui restaient intelligents. — Querelles parmi mes domestiques... comme si cette main l'eût cueillie ! Puis la fleur s'éleva. j'ai vu !. Je ne serais donc. sous mon toit. Tout va bien. qu'on nomme « la démence ». immobile. Des phénomènes semblables ont lieu dans le rêve qui nous promène à travers les fantasmagories les plus invraisemblables. j'ai vu !. Alors je fus pris d'une colère furieuse contre moimême .. — Rien de nouveau . Quel est le coupable ? Bien fin qui le dirait ! 6 août. Je rentrerai chez moi la semaine prochaine. en plein soleil. touchant l'écueil de leur folie s'y déchirait en pièces. Je passe mes journées à regarder couler la Seine. parce que le sens du contrôle est endormi .Deuxième partie 21 juillet. Ils prétendent qu'on casse les verres. mais des doutes précis. certain comme de l'alternance des jours et des nuits. Croire au surnaturel dans l'île de la Grenouillère. Il a bu l'eau de ma carafe.... bien qu'imperceptible pour nos sens. s'éparpillait et sombrait dans cet océan effrayant et furieux. dans mon parterre de rosiers. et soudain leur pensée. J'ai vu. tantôt au grand soleil. Je ne puis plus douter. je vis distinctement. Je me promenais à deux heures. effrayante tache rouge à trois pas de mes yeux. une crevasse profonde. avec souplesse. les prendre et les changer de place. et ce trouble aurait déterminé dans mon esprit. mais dans les Indes ? Nous subissons effroyablement l'influence de ce qui nous entoure. il fait un temps superbe. si je ne le sondais en l'analysant avec une complète lucidité. — J'ai dormi tranquille. sauf sur un point. dans l'ordre et la logique de mes idées. clairvoyants même sur toutes les choses de la vie. et qui habite comme moi. perdent la mémoire des .. qui accuse la lingère. de brouillards. — Cette fois. absolus. J'ai vu des fous . maintenant. lucides.. En me promenant. qui se nourrit de lait et d'eau. serait le comble de la folie. J'ai encore froid jusque dans les ongles. en somme. la tige d'une de ces roses se plier. comme si une main invisible l'eût tordue.. dans l'allée des rosiers d'automne qui commencent à fleurir. tout près de moi. de bourrasques. je ne suis pas fou. Un trouble inconnu se serait produit dans mon cerveau. le long de la rivière. Alors. plein de vagues bondissantes... 2 août. dans les armoires.

Peu à peu. me pénétrant. je vais partir. afin de me croire maître de moi. Je ne peux pas. Pourquoi ? 13 août. pour les hirondelles. J'ai voulu accomplir cet acte de liberté si facile. cet invisible ? cet inconnaissable. Et j'y vais. 14 août. emplissait mon regard d'amour pour la vie. une mauvaise nouvelle. cependant.noms propres ou des verbes ou des chiffres. et je reste. mais j'ai peur. comme un prisonnier qui trouve ouverte. m'épiant. me soulever. — J'ai passé hier une affreuse soirée. m'empêchait d'aller plus loin. — Quand on est atteint par certaines maladies. Il n'y avait rien . 16 août. ou seulement des dates. il faut que j'aille au fond de mon jardin cueillir des fraises et les manger. je n'ai pas pu. ce rôdeur d'une race surnaturelle ? Donc les Invisibles existent ! Alors. aucun pouvoir même de mettre en mouvement ma volonté. Une force. mais je ne peux pas. Est-ce que le monde va finir ? Mais celui qui me gouverne. dont l'agilité est une joie de mes yeux. de telle sorte qu'aucune force ne nous soulèverait. dans ma maison. si simple. dans le fauteuil où il me tient assis. Donc. m'arrêtait. rien qu'un spectateur esclave et terrifié de toutes les choses que j'accomplis. il faut. — sortir — monter dans ma voiture pour gagner Rouen — je n'ai pas pu. et j'obéis. sauvez-moi ! secourezmoi ! Pardon ! Pitié ! Grâce ! Sauvez-moi ! Oh ! quelle souffrance ! quelle torture ! quelle horreur ! 15 août. et que le pressentiment vous saisit d'une aggravation de son mal. la porte de son . quand on a laissé au logis un malade aimé. 10 heures du soir. — Je suis perdu ! Quelqu'un possède mon âme et la gouverne ! quelqu'un ordonne tous mes actes. Je ne suis plus rien en moi. J'ai dormi. fuir et ne pas revenir. Le soleil couvrait de clarté la rivière. un malaise inexplicable me pénétrait. voilà comment était possédée et dominée ma pauvre cousine. — Certes. Il ne se manifeste plus. sûr que j'allais trouver. comme une autre âme parasite et dominatrice. par hasard. une force occulte m'engourdissait. il faut. Je n'ai plus aucune force. 12 août. me rappelait en arrière. se trouve engourdie chez moi en ce moment ! Je songeais à tout cela en suivant le bord de l'eau. en se cachant ainsi. quel est-il. Les localisations de toutes les parcelles de la pensée sont aujourd'hui prouvées. J'éprouve cela dans mon être moral d'une façon étrange et désolante. quand elle est venue m'emprunter cinq mille francs. aucune domination sur moi. je revins malgré moi. aucun courage. éperdu. 8 août. les os devenus mous comme la chair et la chair liquide comme de l'eau. comme une autre âme. si je pouvais m'en aller. tous les ressorts de l'être physique semblent brisés. toutes mes pensées. tous mes mouvements. je ne puis plus rester chez moi avec cette crainte et cette pensée entrées en mon âme . comment depuis l'origine du monde ne se sont-ils pas encore manifestés d'une façon précise comme ils le font pour moi ? Je n'ai jamais rien lu qui ressemble à ce qui s'est passé dans ma demeure. — J'ai pu m'échapper aujourd'hui pendant deux heures. Je désire sortir. et je demeurai plus surpris et plus inquiet que si j'avais eu de nouveau quelque vision fantastique. mais quelqu'un veut pour moi . Puis. Elle subissait un vouloir étranger entré en elle. me regardant. 9 août. faisait la terre délicieuse. me dominant et plus redoutable. 10 août. Or. mais je le sens près de moi. tous les muscles relâchés. qu'arrivera-t-il demain ? 11 août. Je cueille des fraises et je les mange ! Oh ! mon Dieu ! Mon Dieu ! Mon Dieu ! Est-il un Dieu ? S'il en est un. J'éprouvais ce besoin douloureux de rentrer qui vous oppresse. Je serais sauvé. — Rien . que s'il signalait par des phénomènes surnaturels sa présence invisible et constante. tout d'un coup. Je ne peux pas ! Je suis rivé à mon siège et mon siège adhère au sol. — Rien. Je ne peux plus vouloir . me semblait-il. toutes les énergies anéanties. tremblant. une lettre ou une dépêche. Oh ! si je pouvais la quitter. — Toujours rien . quoi d'étonnant à ce que ma faculté de contrôler l'irréalité de certaines hallucinations. Je désire seulement me lever. pourtant. — Tout le jour j'ai voulu m'en aller . Il ne veut pas . délivrez-moi. pour les herbes de la rive dont le frémissement est un bonheur de mes oreilles.

sur ce grain de boue qui tourne délayé dans une goutte d'eau.. et je suis tombé. si ignorants. une épidémie de folie. me faire humble.. je vis. dans sa terreur. et que. Donc. Qui habite ces mondes ? Quelles formes. Mais aucun d'eux ne ressemble à celui qui me hante. j'ai lu ! Hermann Herestauss. ma lampe tomba et s'éteignit. je vis. Les habitants éperdus quittent leurs maisons. affolé d'angoisse. se disant poursuivis.... Jusqu'à une heure du matin. Je fus surpris et j'attendis. Donc. Je m'assoupis en rêvant ainsi au vent frais du soir. — Je sais. a pressenti et redouté un être nouveau. et l'écraser contre le sol ! Estce que les chiens.. On dirait que l'homme. Une folie.cachot. Mais mon siège. si petits. il avait eu peur. sur le coussin de ma voiture. je rouvris les yeux sans faire un mouvement. semblait vide .. je pourrai donc le tenir sous mes poings. suivre ses impulsions. lui ! Alors.. réveillé par je ne sais quelle émotion confuse et bizarre. ne mordent point et n'étranglent pas leurs maîtres ? 18 août. puis.. n'apparaîtra-t-il pas sur notre terre pour la conquérir. je sais. Au bout de quatre minutes environ. fantôme vagues nés de la peur.. d'un bond de bête révoltée. ou après. son successeur en ce monde. que savent-ils plus que nous ? Que peuvent-ils plus que nous ? Que voient-ils que nous ne connaissons point ? Un d'eux. Il décrit leurs origines. comme les Normands jadis traversaient la mer pour asservir des peuples plus faibles ? Nous sommes si infirmes. nous autres. quelquefois. il me sembla qu'une page du livre resté ouvert sur ma table venait de tourner toute seule. leur domaine. il a créé. peur de moi. quelles plantes sont là-bas ? Ceux qui pensent dans ces univers lointains. demain. Il faisait bon.. et qu'il lisait. ayant lu jusqu'à une heure du matin.. j'ai été m'asseoir ensuite auprès de ma fenêtre ouverte pour rafraîchir mon front et ma pensée au vent calme de l'obscurité.. accomplir toutes ses volontés. J'ai senti que j'étais libre tout à coup et qu'il était loin. je traversai ma chambre pour le saisir. désertent leurs villages. depuis qu'il pense. tout le peuple fantastique des êtres occultes. au moment de remonter dans mon coupé. quels vivants. Mais une heure viendra. comme si un doigt l'eût feuilletée. — je n'ai pas dit. je vis de mes yeux une autre page se soulever et se rabattre sur la précédente. Les étoiles avaient au fond du ciel noir des scintillements frémissants. soumis lâche. un jour ou l'autre. tout à coup. Oh ! quelle joie de pouvoir dire à un homme qui obéit : « Allez à Rouen ! » Je me suis fait arrêter devant la bibliothèque et j'ai prié qu'on me prêtât le grand traité du docteur Hermann Herestauss sur les habitants inconnus du monde antique et moderne. oui. j'ai crié — d'une voix si forte que les passants se sont retournés : « A la maison ». j'ai voulu dire : « A la gare ! » et j'ai crié. avant que je l'eusse atteint. J'ai ordonné d'atteler bien vite et j'ai gagné Rouen. se renversa comme si on eût fui devant moi. leur puissance. ma table oscilla. traversant l'espace. Je ne vis rien d'abord. je sais tout ! Je viens de lire ceci dans la Revue du Monde scientifique : « Une nouvelle assez curieuse nous arrive de Rio de Janeiro. pour le tuer !. plus fort que lui. en prenant à pleines mains les battants. sévit en ce moment dans la province de SanPaulo. ou un jour quelconque. — Quelle nuit ! quelle nuit ! Et pourtant il me semble que je devrais me réjouir. — J'ai songé toute la journée.. mais je compris qu'il était là. assis à ma place... il s'était sauvé ... si désarmés. Or. 19 août. . Puis. qui va éventrer son dompteur. et ma fenêtre se ferma comme si un malfaiteur surpris se fût élancé dans la nuit. alors. pour l'étreindre. Aucun souffle d'air n'était entré par ma fenêtre. comparable aux démences contagieuses qui atteignirent les peuples d'Europe au moyen âge. le sentant proche et ne pouvant prévoir la nature de ce maître. Il est le plus fort. Mon fauteuil était vide.. il faisait tiède ! Comme j'aurais aimé cette nuit-là autrefois ! Pas de lune. lui. Oh ! oui je vais lui obéir. a écrit l'histoire et les manifestations de tous les êtres invisibles rôdant autour de l'homme ou rêvés par lui. possédés. quels animaux. 17 août. abandonnent leurs cultures. docteur en philosophie et en théogonie. Il m'avait retrouvé et repris. D'un bond furieux. ayant dormi environ quarante minutes.

Malheur à nous ! Pourtant. s'ils sont transparents comme le verre !. le toucher. le Horla... le. le.. il le crie..gouvernés comme un bétail humain par des êtres invisibles bien que tangibles. avec le glaive. le professeur Don Pedro Henriquez.. encombré d'organes toujours fatigués. d'une façon précise..... mais le Horla va faire de l'homme ce que nous avons fait du cheval et du boeuf : sa chose. voici le vent qui est la plus grande force de la nature. ainsi que tous les autres créés avant nous ? C'est que sa nature est plus parfaite. pendant leur sommeil. la nature de sa puissance avant qu'il l'eût exercée lui-même. déracine les arbres. hypnotisme. moi aussi je veux.. d'herbe et de viande. Pourquoi ? Oh ! je me rappelle à présent les paroles du moine du mont Saint-Michel : « Est-ce que nous voyons la cent millième partie de ce qui existe ? Tenez. le loup a mangé le mouton . il est venu !. son corps plus fin et plus fini que le nôtre. je sais. son serviteur et sa nourriture.. l'animal. aux putréfactions. des fées... répète. et il a sauté du navire sur la rive. des hommes plus perspicaces l'ont pressenti plus clairement.. avec la poudre .. le. depuis dix ans déjà. mais il faut le connaître. accompagné de plusieurs savants médecins. la domination d'un mystérieux vouloir sur l'âme humaine devenue esclave. le. il me jette dessus comme l'oiseau entré dans une chambre se casse la tête aux vitres. mal . Mille choses en outre le trompent et l'égarent ? Quoi d'étonnant.. des génies. abat les édifices... ont découvert. et je ne l'entends pas... J'ai entendu.. des esprits. Celui que redoutaient les premières terreurs des peuples naïfs.. le. Après les grossières conceptions de l'épouvante primitive. différent du nôtre. où sa race est née ! Et il m'a vu ! Il a vu ma demeure blanche aussi . le voir ! Les savants disent que l'œil de la bête. que sais-je ? Je les ai vus s'amuser comme des enfants imprudents avec cette horrible puissance ! Malheur à nous ! Malheur à l'homme ! Il est venu.. ne distingue point comme le nôtre. à qui les pressentiments des maîtres passagers du monde prêtèrent toutes les formes monstrueuses ou gracieuses des gnomes. des farfadets.. » Ah ! Ah ! je me rappelle. aux déformations... je devine.. il me semble qu'il me crie son nom. c'est lui. Qu'une glace sans tain barre mon chemin. je ne peux pas.. poussive. Ils ont joué avec cette arme du Seigneur nouveau. Ils ont appelé cela magnétisme.. si blanc. soulève la mer en montagnes d'eau... si gai ! L'Etre était dessus. qui renverse les hommes.. je pourrai... quelquefois. est parti pour la province de San-Paulo afin d'étudier sur place les origines et les manifestations de cette surprenante folie. Horla. et de proposer à l'Empereur les mesures qui lui paraîtront le plus propres à rappeler à la raison ces populations en délire. qui siffle. si maladroitement conçu. à ce qu'il ne sache point apercevoir un corps nouveau que la lumière traverse.. qui gémit. sans le voir apparaître encore.. Mesmer l'avait deviné et les médecins. suggestion.. le Horla. l'avez-vous vu et pouvez-vous le voir ! Il existe pourtant ! » Et je songeais encore : mon oeil est si faible. Celui qu'exorcisaient les prêtres inquiets. le lion a dévoré le buffle aux cornes aiguës . que le nôtre si faible. alors.... des sortes de vampires qui se nourrissent de leur vie. se révolte et tue celui qui l'a dompté.. J'écoute. toujours forcés comme des ressorts trop complexes. qui mugit.. Le règne de l'homme est fini. comment se nomme-t-il. que le nôtre. en se nourrissant péniblement d'air. le vent qui tue. détruit les falaises et jette aux brisants les grands navires. l'homme a tué le lion avec la flèche. le 8 mai dernier ! Je le trouvais si joli. « M. venant de là-bas. Et mon œil à moi ne peut distinguer le nouveau venu qui m'opprime. et qui boivent en outre de l'eau et du lait sans paraître toucher à aucun autre aliment... je me rappelle le beau trois-mâts brésilien qui passa sous mes fenêtres en remontant la Seine. qu'il ne distingue même point les corps durs. par la seule puissance de sa volonté. machine animale en proie aux maladies. qui vit comme une plante et comme une bête. oui. si imparfait... Il est venu. que les sorciers évoquaient par les nuits sombres. Oh ! mon Dieu ! A présent. Ah ! le vautour a mangé la colombe ... Un être nouveau ! pourquoi pas ? Il devait venir assurément ! pourquoi serions-nous les derniers ! Nous ne le distinguons point.

si peu sur ce monde. .. à droite. je fus certain qu'il lisait par-dessus mon épaule. qui me hante. je sentis. mais je m'en moque !. auraient-ils un effet sur son corps imperceptible ? Non. 20 août. en me tournant si vite que je faillis tomber. j'aurais la force des désespérés .. il devient mon âme . Je pus enfin me distinguer complètement. C'était comme la fin d'une éclipse. au rez-de-chaussée. et je fis semblant d'écrire avec une grande attention. . et je ne me vis pas dans ma glace !. profonde.. quatre cents. une fois accomplie la période qui sépare les apparitions successives de toutes les espèces diverses ? Pourquoi pas un de plus ? Pourquoi pas aussi d'autres arbres aux fleurs immenses. qui me servait chaque jour pour me raser. . le mordre. je n'osais plus faire un mouvement. . au fond du miroir. alors ?. moi ! Je voyais le grand verre limpide du haut en bas. . frôlant mon oreille. depuis l'huître jusqu'à l'homme. les rafraîchissant et les embaumant au souffle harmonieux et léger de sa course !. . on y voyait comme en plein jour. et j'étais en face.. Et je le guettais avec tous mes organes surexcités. . Nous sommes quelques-uns. pour m'habiller.. Ce qui me cachait ne paraissait point posséder de contours nettement arrêtés.. . afin de l'attirer . œuvre grossière et délicate.. Je l'avais vu ! L'épouvante m'en est restée. . mes genoux. . car il m'épiait lui aussi . non. . rendant plus précise mon image. une porte pareille. . pour le tromper. j'aurais mes mains... certains hôtels particuliers. mon front. et il me semblait que cette eau glissait de gauche à droite.. Mais je le vois. de la tête aux pieds. après l'avoir laissée longtemps ouverte. s'éclaircissant peu à peu. lui dont le corps imperceptible avait dévoré mon reflet. .. je le tuerai ! 19 août . quatre mille ! Comme tout est pauvre. et soudain. comme si j'eusse pu.. dans cette clarté. Je savais bien qu'il viendrait rôder autour de moi.réglée. ma poitrine. comme en ont. que d'élégance ! Mais direz-vous. extasiés et ravis ! . l'écraser. ma cheminée ... alors. ingénieusement mal faite. Eh bien ?. mais une sorte de transparence opaque. — J'ai fait venir un serrurier de Rouen et lui ai commandé pour ma chambre des persiennes de fer. l'hippopotame. les mains tendues. l'air. et nos poisons.. d'ailleurs. que de grâce ! le chameau. Il me fera. Et les peuples de là-haut le regardent passer. à gauche. mesquin. Je l'ai vu ! je me suis assis hier soir. sentant bien pourtant qu'il était là. avec des ailes dont je ne puis même exprimer la forme.. . si près que je pourrais peut-être le toucher. de seconde en seconde. un vieux lit de chêne à colonnes . derrière moi. je faisais semblant d'écrire. le découvrir. et je n'osais plus avancer. 21 août. — Je le tuerai. lentement. lourdement fait ! Ah ! l'éléphant. ébauche d'être qui pourrait devenir intelligent et superbe. ces pères nourriciers des êtres ! Quelle pitié ! Pourquoi ne sont-ils pas quarante. le saisir ? Et alors !. mes dents pour l'étrangler. la couleur et le mouvement. la terre et l'eau ? — Ils sont quatre. et où j'avais coutume de me regarder. mais qu'il m'échapperait encore. Qu'ai-je donc ? C'est lui.. lui. le déchirer. rien que quatre. Pourquoi pas un de plus. chaque fois que je passais devant. naïve et bizarre.. à ma table . . dans une brume comme à travers une nappe d'eau . . qui me fait penser ces folies ! Il est en moi. sans aucun doute.. la beauté. qui me fait encore frissonner. qu'il était là. comment ? puisque je ne peux l'atteindre ? Le poison ? mais il me verrait le mêler à l'eau . éclatantes et parfumant des régions entières ? Pourquoi pas d'autres éléments que le feu. misérable ! avarement donné. Comme j'eus peur ! Puis voilà que tout à coup je commençai à m'apercevoir dans une brume. En face de moi. à Paris. il va d'étoile en étoile. Je me suis donné pour un poltron. le Horla.. . par crainte des voleurs. Je me dressai. le papillon ! une fleur qui vole ! J'en rêve un qui serait grand comme cent univers. ma porte fermée avec soin. sèchement inventé. J'avais allumé mes deux lampes et les huit bougies de ma cheminée. -Le tuer. . Elle était vide. mon lit... Alors ?. Et je regardais cela avec des yeux affolés . tout près. ainsi que je le fais chaque jour en me regardant.. pleine de lumière ! Mon image n'était pas dedans. en outre.. claire. . . une très haute armoire à glace. . Donc. .

moi. le Horla. molle. un frisson de peur aussi. la grande porte d'entrée. Les oiseaux se réveillaient . alors. longue. La maison. « Mort ? Peut-être ?. si lourds. je pris dans mon salon. à reculons . les infirmités. je compris qu'il s'agitait autour de moi. et revenant à pas tranquilles vers la porte. et une joie. en courant . je la fixai par un cadenas. dans un massif de lauriers. tout seul. un cri horrible. je ne cédai pas. . Alors. le nouveau maître. .. ... Tout à coup. la destruction prématurée ? « La destruction prématurée ? toute l'épouvante humaine vient d'elle ! Après l'homme.. je me mis à courir vers le village en hurlant : « Au secours ! au secours ! au feu ! au feu ! » Je rencontrai des gens qui s'en venaient déjà et je retournai avec eux.. monta le long du mur blanc et le baisa jusqu'au toit. jusqu'à minuit. Pourquoi ce corps transparent. ou qu'il l'avait éteint. par tous les accidents. — Après celui qui peut mourir tous les jours.. et deux mansardes s'ouvrirent ! J'avais oublié mes domestiques ! Je vis leurs faces affolées. et comme je suis très grand ma tête touchait au linteau. j'ai senti qu'il était là. J'étais sûr qu'il n'avait pu s'échapper et je l'enfermai. ce corps d'Esprit. à double tour. maintenant. tout juste assez pour passer. mais est-il mort ? J'ai l'âme bouleversée de ce que j'ai vu. . le serrurier ayant posé ma persienne et ma porte de fer. sur les meubles. Son corps ? son corps que le jour traversait n'était-il pas indestructible par les moyens qui tuent les nôtres ? « S'il n'était pas mort ?. je voyais la cuve de feu. . et j'attendais.. . dont je mis la clef dans ma poche. Je faillis céder . il va donc falloir que je me tue.. sans aucun doute. j'ai fermé la porte aussi à double tour.. j'ai laissé tout ouvert. Je regardais ma maison. immobile . mes deux lampes et je renversai toute l'huile sur le tapis. sans aucun doute. mais qui pesaient sur mon âme si lourds. . pas un souffle d'air.. et je pensais qu'il était là. s'il devait craindre. qu'il avait peur à son tour. et un frisson. à gauche. caressante. Quelle joie ! Je le tenais ! Alors. Lui. » . l'Etre nouveau. Lui. qu'il m'ordonnait de lui ouvrir. le Horla ! Soudain le toit tout entier s'engloutit entre les murs et un volcan de flammes jaillit jusqu'au ciel. quand une des fenêtres d'en bas creva sous la poussée de l'incendie. Et j'allai me cacher au fond de mon jardin. déchirant. dans les branches. éperdu d'horreur. un cri de femme passa dans la nuit. 10 septembre. après avoir bien refermé. n'était plus qu'un bûcher horrible et magnifique. C'est fait. un bûcher monstrueux. à sa minute. suraigu. à toutes les heures. Une lueur courut dans les arbres. pour voir. moi !. mon prisonnier. les maux.. . Alors. puis j'y mis le feu. puis j'ai fermé ma persienne de fer. . un chien se mit à hurler . sous ma chambre. tout seul. Comme ce fut long ! comme ce fut long ! Tout était noir. une joie folle m'a saisi.... . un bûcher où brûlaient des hommes. . non. lui aussi. ce corps inconnaissable. dans ce four. mais m'adossant à la porte. à son heure. . Je me suis levé lentement.. . est venu celui qui ne doit mourir qu'à son jour. et je me sauvai. une grande flamme rouge et jaune. je descendis. . Retournant alors vers la fenêtre... les blessures.. des montagnes de nuages qu'on ne voyait point. et j'ai marché à droite. Lui... il me sembla que le jour se levait ! Deux autres fenêtres éclatèrent aussitôt.. . seul peut-être le temps a prise sur l'Être Invisible et Redoutable. mort. et leurs bras qui s'agitaient !. et je vis que tout le bas de ma demeure n'était plus qu'un effrayant brasier. partout . Hier donc. éclairant toute la terre. . à toutes les minutes. . pas une étoile. . c'est fait. puis j'ai ôté mes bottines et mis mes savates avec négligence . Mais un cri.. et une flamme. hôtel Continental.. bien qu'il commençât à faire froid. . — Rouen.. Comme ce fut long ! Je croyais déjà que le feu s'était éteint tout seul. .. . je l'entrebâillai. Tout à coup. muet.. Par toutes les fenêtres ouvertes sur la fournaise. longtemps pour qu'il ne devinât rien . et où il brûlait aussi.. il n'est pas mort. dans les feuilles. parce qu'il a touché la limite de son existence ! « Non.