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COUPS ET CONTRE-COUPS : L'HONNEUR EN JEU CHEZ LES TOUAREGS

En français, entre le terme uoler, défini dans le Dictionnaire Robert coinine
< . prendre ce qui appartient à quelqu'un contre son gré ou à son insu, s'appropricr

ce à quoi on n'a pas droit », et celui de piller: « dépouiller (une ville, un local) des biens qu'on trouve, d'une façon violente, désordonnée e t destructive (v. dévaster, ravager, saccager) n, le rapport sémantique est étroit, ct les connotations moraleinent négatives. Aussi, l'usage de ces niots pour traduire des notions clianiétralenient opposées dans la culture touarègue, est-il trompeur. II est vrai que la confusiori des actes concrets de pillage et de vol par divers observateurs de cettc société, n'a pas non plus facilité la reconnaissance de ces distinctions. Les étrangers qui ont eu souvent à pâtir des « exactions » des Touaregs en traversant leur pays, ont ainsi porté sur eux des jugements sévères qui les présentent coinine des sauvages sans foi, ni loi : << Souvent en querelle entre eus et en hostilité pour ainsi dire permanente avec leurs ices derniers une guerre de ruse et de surprise, où tout l'honneur est pour voisins. ils font I celui qui sait le mieux tomber à l'improviste sur i'enneini. et lui enlever ses ti,oupeaux. La gloire ne se mesure pas à la résistance vaincue. mais a la richesse du butin et à l'adresse avec laquelle on a trompé la vigilance de son adversaire. Dans ces razzias soudaines, malheur aux vaincus ! Les hommes sont exterminés sans pitié, les femmes violécs et souvent mutilées pour leur arracher plus vite leurs bijoux. On égorge Ics moutons et les chèvres, et leurs chairs désossées sont entassées dans des sacs. Les nègres seuls et les chameaux trouvent grâce devant le vainqueur, qui les ramène en triomphe dans son pays » (Hanoteau. 1864 (2' ed.). XXIV). Epouvantable tableau où la barbarie s'étale à chaque ligne, voisinant avec le mépris ironique du civilisé que représente l'auteur. C'est paradoxalement en fonction de la notion d'honneur que peuvent s'ordonner et se différencier les actions diverses que nous aurions tendance à confondre sous les termes de vol, pillage, rezzou... 1 .

- LES ACTEURS

Le iiionde touareg couvre un territoire immense allant d u Nord de l'Ahaggar au fleuve Niger, de Timbuktu à Ghadamès, et se trouve actuellement partagé entre cinq Etats nationaux : Algérie, Libye, Mali. Niger, Haute-Volta, selon des frontières héritées de la colonisation française. La «pacification n du pays, pour reprendre le terme utilisé dans les rapports militaires, s'est éclielonnée de 1906 à 1917, et a interrompu les hostilités entre tribus.

Kel Tademakat. au sein de laquelle s'articulent plusieurs groupes de statuts iriégaux. paient une redevance annuelle (laiusé) au chef de confédération... A l'extrémité de la chaîne. Tagareygareyt.. par famille et par lignée.). les nobles (imajaghen) chargés de défendre les membres de leur confédération. Ils sont agrégés au clan de ces derniers ou peuvent. elle peut aussi opposer les individus à l'intérieur même de la tawshit. en voie matri. et coinprenant les Touaregs de la boucle du Niger e t les Kel Adghagh. correspondant à des aires culturelles et dialectales plus ou moins proclies : Kel Ahaggar. les imghad.-\UI>OT Vl' hl. lui rcservant sur leurs Liens une « part spéciale » (témazlayl. formant autrement dit un clan. car ils s'occupent traditionnellement du petit bétail.). ce dernier groupe se représente comme un ensemble de parents descendants d'un même ancêtre. qui est le cadre de cette étude. ordonne en strates inégales les diverses tau:shil qui composent la confédération (etlebeO. Iberkorayen de 1'Ayr. représenté par son chef propre. symbole de la chefferie. ((gens des chèvres ». Kel Ayr d'où se sont détachés les Kel Geress. Tributaires des premiers. Malgré quelques variations. que leur teinture maraboutique. chevaux) qui permettent le contrôle de vastes espaces.ou patrilinéaire. Ah.) à leurs anciens maîtres.. ils possèdent les instruments résistants et mobiles (méharis. un groupe à part.). II arrive &galementqu'ils se lient. après quelques générations. CI. opposés à l'ensemble des hommes libres (illelan). Le chef de confédération (omenukal. quelquefois tardive. et plus rarement d'agio-pasteurs.794 H. former sur le même modèle. les termes cités sont empruntés au dialecte de l'Ayr. se situent les esclaves (iklan). mosaïque de groupes d'origines diverses (Iwellemmeden. attachés à la famille de leur maître. en échange de sa protection particulière en cas d'hostilités des siens contre le pays. Kel Ajjer. Le statut d e religieux (ineslirnen) concerne tantiit des individus isolés. . Eleveiirs de gros bétail. HAWAD La société touarègue du début du siècle. sans fonction exogamique. se coinpose de plusieurs grands ensembles politiques (taghma. appelés aussi Kel Ulli. les grands traits de l'organisation sociale sont coinparables entre ces différents groupements de pasteurs nomadcs. appelés fn~cshii (pl. Les affranchis (ighawelen) paient une contribution (lofedes. dominés par les Iwellemmeden. L'eltebel (désignant également le tambour.) est choisi parmi le clan noble dominant. Les artisans (inaden) forment la clientèle de différentes familles entre lesquelles ils sont éparpillés. (1) A moins d'une prdcision supplementaire (ex : Ahaggar. tantôt des groupes entiers. Ah. La grille hiérarchique. Légehé en Ahaggar) (l). Cependant. et le droit au conimandement) constitue l'unité politique charnière. dans la plupart des cas. assument une fonction guerrière. Au sommet de la pyramide sociale. C'est le plus souvent gràce à la puissance ct à l'étendue de leurs alliés qu'ils ont pu conserver cet état d'indépendance. n'a fait que confirmer dans un rôle pacifique. lowshiten). au noble d'une confédération voisine. partout présente.

'HONNEUK EN JELi CHEZ LES TOUAREGS 795 Zone sous /'iri/7ue.ire des Touercgs air dibut du Xi' siècle .I.

permettant même de nommer la nature de leurs échanges. une sagesse et en même . Il faut le préserver de toute salissu~e ou ternissure (azagan = fait de ternir). L'intégration d'un étranger. propre. Pour rappeler cette différence de basc qui fonde la hiérarchie sociale. troué. la lignée ou le campement (aghilcen). autrement dit. Atéjagh implique un dépassement (atequl). et niême. distribuées et « dosées » numériquemeiit dc façon variable. blanc. taghma). écrit tracé sur le sable ». qui doit rester placé au-dessus des contingences. une hauteur de vue. I. de même. est d'ordre plutôt individuel. . on doit le libérer en l'autorisant à porter les insignes de cet anoblissement. tandis que l'« extérieur n. Atéjaglt met en jeu la confédéralion politique (effebel. Lc résultat est un affaiblissement.LES CATEGORIES DE L'HONNEUR II existe. qu'ils soient positifs ou négatifs. écrit gravé sur la dalle. peut s'y faufiler. ellelu. Lorsque l'on estime qu'un esclave a atteint cette dignité. t(?gehé.a preniiére. éventuellement. «celui qui n'a pas de ellelu. Elle désigne la noblesse de caractère. percé). l'excellence. les hommes reçoivent le turban indigo et les femmes le voile de tête. la grandeur d'âme. sans pour autant les placcr au mêmc rang social. dont l'organisation oscille d'une stratification rigide des clans à un système fédéral plus égalitaire. déshonoré. selon les protagonistes concernés. CIAUDOT ET M. C'est l'attitude que l'on attend d'un hoinme de condition libre ou de bonne naissance. Le bien moral que signifie atéjagh est vu comme quelque chose de pur. assliak cngage le clan (tawshrt). Sinon. son écuelle doit s'écarter des autres écuelles ». par opposition à celle d'un esclave par exeiiiple à qui l'on prête tous les caractères contraires. une perte de poids et de crédibilitf du groupe et de ses membres (éfereshi = fait d'être vidé. un ktre perdu. A un autre niveau. terme s'appliquant également à la justice e t à la loi) est considéré coiiime un vaurien. I'asseinblfe qui la représente (asagawar). Pourtant. passe par l'acquisition de ce code. selon les groupements. la société toute entière. nombreux sont les proverbes conime celui qui dit : « Bien fait à un homine libre. maudit (aneffelles). Le perdre équivaut à ouvrir une brèche par où s'échappe la substance propre.796 H. ce qui est étranger à soi. les règles de l'honneur rcstent communes et applicables à l'ensemble de ces grandes unités. bien fait à un esclave. vêtements qui les assimilent à la catégorie ries individus nés libres. HAWAD Ces diverses « espèces n sociales (nobleslreligieuxltributaireslartisanslaffranchis/esclaves) sont représentées. différentes catégories de fhonneur. Qui n'cst pas engagé sur le droit chemin (azaghz. II. il ne peut être compté parmi les membres du groupe.

A l'intérieur d'un groupe. n'ont pas les mêmes iniplications ni le même poids dans la géographie des relations sociales. d'élargir le conflit à l'ensemble de la société. que ces rapports .ES TOUAI<EGS 797 temps un courage propre à protéger e t endosser une responsabilité collective. inon épée à gouttières Et nion bouclier q u i n'a pas de parties faibles Une tunique blanche et un pantalon indigo du Soudan Sont mon vëtement. Toute l'éducation touarègite tend vers ce modèle.'hornme idéal. tandis que celui qui ne possède pas ces accessoires peut passer. les comportements d'ellelu. o n redoute toujours le danger de rupture que provoque un égha qui peut aboutir à l'exil d'un individu ou d'un clan entier. l'out en étant étroitement liés. il faut que les protagonistes soient de statut égal. à la limite. Ellelu engage l'honneur à un niveau personnel. Dans un tel contexte. c'est-à-dire nienace de l'honneur d'autrui. elle peut donner lieu à une suite de ripostes directes et quelquefois hors-la-loi qui risquent. Il définit l'être si~cialaccompli. 1. Pour qu'il g ait offense. tout manquement au code de l'honneur a u r a des effets d'ampleur diîférente. Si une mésentente n'est pas rapidement arrangée. I I : 155). asshalz et aléjagli à un niveau collcctif. Aussi. dans la hiérarchie sociale. Un égha entre deux familles appartenant au même clan ou celui opposant deux clans de la niéine unité politique ne se règle pas cependant de la iiiênie manière qu'entre deux confédérations. asshalz et atéjagh. qui désigne à la fois le fait d'être brave et celui d'être noble) : « J e suspends au flanc de mon méhari. L'offense dont on doit se dédommager fait naître une relation d'égha que l'on peut définir comme une créance d e uengea~zce. (Poésies Ibirarègues. Selon les partenaires en présence. il devient compréhensible que tout ce qui fait partie de la tenue du guerrier est également nécessaire à l'apparence de l'honiine d'honneur. U n égha provoqué par excmple par un assassinat peut s e solder par le versement d u prix du sang. et si possible en secret des groupes extérieurs qui pourraient profiter de l'occasion pour envenimer les choses. se mettant sous la protection d'une confédération adverse. valorisé par la société.L'HONNEUR E N J E U CHE% I. la conciliation des parties est-elle prise en main par les représentants mêmes du clan ou de la confédération menacés dans leur unité. pour un bon à rien. défenseur de droit de la coinmunauté (atiJaghpeut s e dire également aniuJagh. je porte enroulés autour de la tëte D'étroits bandeaux d'étoffe et un turban de mousseline ». en fonction d'un réseau complexe d'alliances. mais un noble attaché à son rang répugnera à ce que l'on appelle lécher son sang » et préfèrera se venger en supprimant à son tour un membre de la famille de l'agresseur. C'est lorsque le conflit atteint deux confédérations différentes et dénoue les liens d'entente (élzenni = arrangement) qui les unissaient. Par ailleurs. il est clair que cette image s'adresse avant tout a u noble. est bien ce guerrier d'honneur. dont le courage devra s e manifester a u combat.

Les décisions qui concernent aqqn sont d'ordre politique et se prennent au plus haut niveau de la société. les premières. comme témoins e t comme juges. HAWAD de vengeance peuvent se concrétiser par des affrontements de retour (aqqa) dont le « pillage » est une forme. se déroulant dans le respect de règles strictes. Les fenimes jouent un grand rôle dans le maintien de l'honneur du clan. les femmes réunissent les hommes autour d'elles et mènent des cours poétiques où sont récitées des vers qui éclairent le chemin de l'honneur et rappellent ce qu'engendre tout manquement à ses règles. riposte ou contre-coup. ainsi que les artisans (inaden) qui n'ont pas à assumer un comportement d'ellelu. mais par un guerrier expérimenté e t réputé. En 1874. chacun amène s a contribution pour l'équipement de l'expédition (des entraves de méhari auxarmes de guerre). et consiste en un «pillage » au sens d'accaparement des biens de l'adversaire.798 H. Avant le départ de la troupe. (( celui des contre-coups ». incitent à venger rapidement un égha avant qu'il n'éclabousse leur honneur (2). On ne doit pas attaquer l'ennemi par exemple quand les hommes du campement sont partis faire la caravane d'hiver. désigné pour l'occasion. - CONTRE-COUPS D'HONNEUR Aqqa désigne littéralement la parade qu'un combattant oppose à u n attaquant en bloquant ses coups. c'est Ahitaghel. qui conduisait les Ke1 Ahaggar. seuls les religieux non arniés (ineslimen) n'interviennent pas. dans la bataille de Ghat contre les Kel Ajjer. L'armée levée n'est pas nécessairement dirigée par le chef politique. CLAUDOT ET M. (2) La réputation de courage des femmes touarègues est grande.partie un droit sur le butin. Tout le pays étant engagé dans cette action. sous peine de perdre tous leurs droits sur elles » (1909 : 192). obtenant en contre. Ce sont toujours les femmes qui. le lieutenant Jean raconte. . . par exemple. de niéme. Aqqa ne se déroule pas à n'importe quelle époque de l'annse. Un mois lunaire porte le nom de Li-n-aqqalen. il rend sa famille vulnérable. aqqa est une action d'éclat hautement valorisée. en fêlant ce bouclier de protection. neveu utérin du chef et plus tard son successeur. il la dévoile et la met à nu. le chef de confédération y est fortement impliqué. u à Zanguébé. les affranchis (igha~celen). il détruit le bien » à la fois moral e t matériel dont il a hérité e t qui garantit la dignité (erzeliun) des siens.Parmi les hommes libres. Tous les inembrcs du groupement qui ont de 1'« honneur )> participent au contre-coup: les nobles (imajeghen). dans le cadre d'une relation de vengeance il signifie. Elles fustigent celui qui y fait défaut car il affaiblit la force e t la réputation du groupe. qui se mène au grand jour et procure du prestige à ses participants. 4ce propos. les tributaires (imghad). par cxernple. décidèrent leurs maris hésitants à resister au commandant Goiiraud. Dans la société touarfgue. comment les femmes Kel Geress. III.

on laisse à l'écart ceux dont le comportement ne se réfère pas au code de l'honneur guerrier. symbole de l'action guerrière (image largement utilisée dans la littérature orale). Certaines catégories sociales qui ne participent pas à aqqa. Les hommes qui trouvent la mort dans cette guerre d'honneur (imaqqeja) n'ont pas besoin d'être enterrés car le «champ de l'au-delà » leur est directement acquis.Combiit d'ugrniden. sinon à pied.ES 'I'OUAHEGS 799 Les combattants (iniaghen) partent habillés avec soin. 1877) Si un guerrier illustre est tué.N JEU CHEZ [.L. des personnes ou des groupes religieux non armés (coitinie par exemple les Igdalen chez les Kel Ayr de I'Ouest). En somme. ses adversaires arrachant et mangent son cœur pour s'approprier sa force. en tous cas à arnies égales (l'introduction du fusil a changé les règles du jeu). II est considéré comme aussi glorieux de tuer un cheval que son cavalier. son javelot et sa grande calotte rouge près de laquelle passaient les baudriers. (Poésies Touart'gues.HONNEUR F. et avant d'en venir aux mains. enfin des familles qui n'ont pas de parents masculins pouvant les représenter et les défendre. Pour combattre. ou encore placés dans des failles de rochers ou sous des abris somniaires de pierres (c'est ainsi qu'ont été laissés les nombreux combattants Kel Ahaggar à la bataille de Tit contre les Français. Les biens pillés dans aqqa ne reviennent jamais u à leurs enclos ». soit parce qu'une situation familiale extrême et inintentionnelle (femmes seules) l'empêche temporairement de se réaliser. étrangers). ils sont abandonnés là. c'est la guerre. les chefs peuvent tenter dc négocier. Cependant. Le butin fait sur le champ de bataille appartient à celui qui l'a conquis sur l'adversaire. son épée. se déroule plutôt comme un ensemble d'affrontements singuliers à l'épée et à la lance. . et lui procure grand prestige : Nous avons pris sur le champ de bataille le méhari brun-rouge d'Ama et ses riches vêtements. ont le front ceint d'un bandeau blanc qui les signale à l'adversaire: ils se battront comme leurs compagnons. ne doivent pas être pillées. mené de préférence à cheval. niais leur vie doit être épargnée. soit parce qu'il caractérise une catégorie sociale particulière (artisans). soit parce qu'il se rapporte à un autre système de valeurs (religieux. en 1906). Une fois les forces déployées. Si les pourparlers n'aboutissent pas. Il s'agit des artisans. le passage rituel des funérailles devenant inutile. ils retrousseront et serreront lcurs vêtements amples à la taille à l'aide d'une ceinture croisée. leur accaparement est régi par des règles très précises qui définissent qui et quoi peut être touché. comme lorsqu'ils se rendent aux réunions galantes. vêteiiient niarquant le passage à l'état adulte. nU75. des étrangers qui séjournent dans le pays. Le conibat. Y participer fait partie de l'initiation des jeunes gens qui doivent y démontrer leurs capacités en mettant un ennemi hors de combat et en s'emparant de son arme ou de sa monture. Les adolescents qui ne portent pas encore le voile (lagelnlust). son fusil. I .

par ailleurs.ce que les combattants ont acquis dans i'action comme biens prestigieux tels que monture. on pille tout ce qui est à i'exté~ieurdela << tente » (ehan. la plupart des Ifoghas de i'Adghagh. Foucauld. H AWA D Les biens de ces individus. on ne doit rien prendre de ce qui constitue les seuls biens de survie des adversaires. de chaque bien. leur revient en propre.... honte suprême puisqu'une relation d'évitement existe avec cette parente par alliance. de saisir les chamelles laitières qui rentrent le soir au campement s'il y en a peu.. le petit bétail. Les poésies chantées à cette occasion (lishiiue. le protecteur doit recevoir un tiers du butin. à la moitié du butin de celui qui la lui a empruntée. Il arrive. par exemple. par contre. les Atejaw des Kel Denneg. la moitié du butin (abalag) ramené par les tributaires. témarlayt. les Kel Ajjer restant sur leur hauteur. de peau ou de nattes. Le retour des guerriers.). 111 : 1347) e t lui permettant de dédommager partiellement ses protégés. armes. désignant à la fois l'abri.HUI)OT ET M. esclaves. leur sont restitués intégralement quand ces derniers en font la demande. perçu sur tous les membres de l'expédition (cf. car ils prouvent que leur auteur ne s'est pas laissé perturber par le feu de i'action. dans ce cas. soit directement (il s'agit d'un droit). que le clan attaqué se trouve sous la « protection » (cf. Dict. dans le cas où ils auraient été enlevés. Un homme libre n'est jamais enlevé pour devenir esclave. CI.800 H. Cet acte correspondrait à a mettre la main dans les marmites de sa belle-mère ». chameaux. les ànes qui servent à transporter l'eau et le bois. payaient une redevance à différents nobles de I'Ahaggar en échange de leur soutien en cas d'hostilités entre leurs pays réciproques). selon le Père de Foucauld (Dict. Dans la répartition du butin (aglaf). appelé ennehet (Ah. chevaux.) constituent de véritables rapports de guerre dont les détails nombreux sont appréciés. et son contenu matériel et humain) et qui ne participe pas à s a reproduction immédiate : vaches. Un supplément de biens est accordé également au chef militaire de la troupe. pour en permettre la pérennité. provisions de route.) nous voyons alors les Kel. Le principe de ce pillage est de veiller à toujours laisser la ((semence » ( i n ) de chaque chose. 1 : 5l).) nous gagnons un contrefort plat sans végétation. O Le soleil tombe. On ne prend ni les bijoux.. comme les chamelles laitières rentrant le soir au campement (. soit par l'intermédiaire du chef de confédération ou d'un noble appartenant à un groupe neutre s'il y a contestation. nous marchons à l'ennemi en troupe compacte. ni les vêtements. en prêtant chameaux. armes ou bouclier.. est annoncé par des avantcoureurs. Le chef de confédération reçoit. Ainsi..Ajjer établis au sommet d'une montagne (. s'il est heureux. Pour le restc. supra $1) d'un noble de la confédération des assaillants (par excmple les Bérabish. les Kunta. On parlemente.. Une part proportionnelle au service rendu est versée à tous ceux qui ont coopéré indirectement (inablagen) à l'expédition.. et leur arrivée marque l'heure des comptes d'honneur autour des joueuses de violon. . il serait peu honorable de s'attaquer aux réserves à grain (cela serait du vol). nous campons dans une plaine de sable fin. prélevés sur l'ennemi. Au jour. harnachements.. Le propriétaire d'une monture a droit.

. ils donnent de grands coups d'épée. une monture (insignes de l'homme de bien) ainsi qu'une escorte qui les accompagne jusqu'aux frontières du territoire. jusqii'à ce que tombent les mâles en grand nombre (.) Nous marchons à I'ennemi en cheminant au flanc de pentes élevées. extraits : Combat d'ugmiden entre Kel Ahaggar et Kel Ajjer. Ainsi. elle était née. Si les attaquants ne sortent pas vainqueurs du combat. Quand ces prisonniers sont prêts à retourner chez eux. depuis longtemps c'est l'habitude dans l'Ahaggar que les hommes y meurent jeunes et de mort violente dans les combats. et refusent de les livrer. avec leurs épées ils fendent. si un individu (ou un clan entier) crée dans son pays une dette de vengeance (égha) et se réfugie dans une autre confédération. protègent également ces exilés lorsqu'ils sont recherchés par les offensés. les négociations échouent. C'est ainsi que des égha «internes » dégénèrent souvent en guerre de confédérations. L'hospitalité qui leur est offerte rappelle l'accueil que la famille de la mariée procure à ses alliés (imartayen).. Les échanges de contre-coups peuvent s'échelonner et se prolonger pendant de nombreuses années. veillées poétiques et galantes (saklu.. le plus souvent ennemie.. dit-on. ce sont les femmes en particulier qui prendront garde à ce que le droit d'exil lui soit accordé. émus. nous nous portons rapidement vers la vallée très large que nous avons descendue peu auparavant (. la guerre a duré près de quatre ans..) Nul avantage nc peut sortir d'un acte honteux. touche désormais l'honneur de la tente e t du groupe. Entre Kel Ahaggar et Kel Ajjer. par les pleurs des belles femmes Imenan ! . (Poésies touarègues. semblable à celui qui marque l'arrivée de la mariée dans la famille de son époux. Celui q u i le premier fait tort à autrui d'une manière infâme se détruit lui-même ». ahâl. Près du sommet. no 77.) Nous nous mettons en route au dernier tiers de la nuit (. nous faisons accroupir tous nos chameaux dans un mëme pli de terrain. De même. Ah. les femmes du campement veillent au confort de leurs hôtes e t organisent en leur honneur des festivités (léseknii) qui consistent en repas collectifs de fête. Les femmes. pendant la cérémonie des noces. et décideront de l'hospitalité à lui offrir. Pour recevoir le nouveau venu. qui sont réputées pour maintenir l'honneur dans sa voie. d'une querelle au sujet de la possession d'un puits entre les Kel Ajjer e t le petit groupe des Imenan qui obtint le soutien des Kel Ahaggar. une fois bue la honte que leur a infligé la défaite.. par exemple. 1. le sacrifice rituel (Laghtesi) d'un animal peut être accompli.'HOKNEUK EN JEU CHEZ LES 'L'OUAREGS nous nous tenons arrêtés. Du moment qu'ils se sont mis sous leur protection. on leur fournit des habits.I.) qui ne se tiendraient pas pour de simples visiteurs étrangers. en 1874. ils parent avec le bouclier. tandis que les hommes en sont plutôt les exécutants. 1877). tout ce qui les touche. Le combat commence: nos hommes sont braves comme une poignée de bouclier. les prisonniers et les blessés sont accueillis chez leurs ennemis e t placés sous leur protection.

1980 : 110).). bref on a de la tamenjeq (Lnniarihaq. ni aucun laisser-aller. l'entente est scellée de préf.. cn général. contre un clan voisin n'appartenant pas. peut être porté. ni des actes licites que I'on pratique au grand jour. 2) pour chaque charge de marchandises prises. C'est pourquoi. les biens. Benhazera. tandis que les nobles. on reste sur le quant. pour consolider la réconciliation ciitre Kel Ghela et Taytoq.COUPS BAS Contrairement aux contre-coups réalis6s dans le cadre d'une relation de vengeance entre partenaires égaux. ne vont pas jusqu'à «déshabiller » les femmes en leur prenant vêtements et bijoux. fixé ainsi la restitution du butin pris (par des Kel Ahaggar) aux caravanes protégées par les Ajjer : 1) restitution complète des chameaux porteurs pris à la caravane. à la fin du xis' siècle. en obtiennent au moins une partie.AUDOT ET M. ils ne touchent pas aux artisans.coup.. Ahitaghel. pour ne pas être niis au ban de la société (par cxemple. les deux fils du chef des Kel Ghela épousèrent des femmes Taytoq (cf. même si elle gomme peu à peu I'ancien rapport de vengeance. A la fin du sviii' siècle. par oxemple. qui peuvent se permettre de déroger à la loi. l'autorité. La iiiultiplication des unions. on dit qu'une confédération vit mieux si elle a des dépendants. Les personnes pillées viennent réclamer leurs biens et. cependant. ou entre clans de force et de statuts semblables. HAWAD Quand les pourparlers de paix aboutissent. qui signifie littéralement « coup frapps5 ». (< avait. après le conflit qui naquit du partage de la conî6dération de l'Ahaggar et s'acheva avec la bataille $Ifettesen.802 H. C'est une attaque par surprise où l'affrontement n'cst pas recherché.).ét ( O U Lértiaté). Tant il est vrai que l'équivalence est une facette de la compétition ! IV. entrer en compétition pour le pouvoir. pouvant par conséquent devenir rivaux. Cette attitude est égalenient de rigueur entre parents proches et égaux. sans ternir leur image ni engager leur responsabilite.a-soi. On en conservc un coniporteinent niutuel de dignité ct de réserve. Il arrive même que le chef politique s'associe clandestinement A l'action. à la même confédération. CI. le responsable du pays doit intervenir pour quo les troupeaux soient rendus intégralement à leurs propriétaires.. en s'abritant derrière le 11 peu d'honneur » des tributaires.. en général. un chameau amagur par homine ayant fait partie du rezzou. paraît-il. profitent directement de l'action. Téwél est vu souvent comnie le fait de tributaires (inlghad) dirigés par un noble qui cache son identité. les attaques qui sortent de cet axe ne relèvent plus ni de l'honneur. en dépit de tout accord de paix. Ah. chef des Kel Ahaggar. hypocrisie sociale qui reproduit les fondements idéologiques de la hiérarchie. Téu. ou un demi-chameau par . en principe. tout en respectant pourtant un minimum de lois. rence par des alliances. montant un méhari lui appartenant. Ceux qui font lércét ne suivent pas le règlement de pillage en vigueur dans un contre.5. oli ne montre aucune faiblesse. 3) un alegges (jeune chameau de trois ans). . ne le fait jamais complètement disparaître.

et inême au-delà de son aire d'influence politique et culturelle. la « légitimite » des biens revendiqués laisse large place à la subjectivité et à la mauvaise foi. A un autre niveau. sans faire de distinction ni de quartier. dont on ne se vante pas et que i'on n'ébruite pas n'importe où. « attaquent. une caravane de Tebbou de retour du Soudan.. Certains clans. Akafal se pratique d'abord à l'extétieur du pays touareg. pris par les plus forts. Elle comprend environ dix chameaux et trente cinq esclaves noirs. Il suppose l'infériorité de l'adversaire et donc ne nécessite aucun courage. Jugé comme une violence faite à autrui. dans le sud du territoire Ajjer. conime par exemple. Même si localement téwét peut amener une certaine gloire et réputation d'intrépidité à ses auteurs. un suzerain qui pratique térlzebt sur un dépendant peut prétendre. d'arracher leiirs biens aux plus faibles. sous prétexte d'une assistance due. prendre les biens d'un tributaire qui n'a pas payé son impot. 1908 : 56). raflés )) (Gardel. c'est le «vol du lion » dit-on. à ce titre. leurs biens. avant même que la demande de restitution en soit faite. échappant complètement à l'autorité du chef de confédération. le chef de la résistance touarègue. saisir le chargement d'une caravane qui n'a pas monnayé son passage. Celui à qui l'on a fait térkebt peut se plaindre au chef de confédération pour que ses biens lui soient restitués.. Ainsi. vers 1916. C'est . Lerkebt désigne le droit.L'IIONNEUR E N J E U CHEZ LES TOUAKEGS 803 homme ayant emprunté ou loué le méhari qu'il montait pendant la razzia » (Benhazera. les Ihadanaren. Les Tebbou sont massacrés. - BARBARIE CONTRE BARBARIE Akafal rend compte surtout d'une façon de piller. ni aucune affinité. en effet. 1961 : 114). par exemple confisquer le butin illicite amassé par des pillards que l'on a rejoints ou qui traversent le territoire. cela reste un acte souterrain. ce fut le cas de Kaosen qui se réfugia en Libye avant de devenir quelques années plus tard. et à condition qu'ils réussissent. se mettent ainsi hors-la-loi. térkebt n'est admis que lorsqu'il s'agit de récupérer un bien considéré comme (( légitime ». intégralement. V. discret. c'est un acte peu valorisant que I'on assimile au viol. On le constate. au début du siècle. et se heurte au refus des pillards. ces derniers s'arrangent souvent pour dilapider les biens (téwét n'a jamais beaucoup d'ampleur). Vers 1850. II est également possible que le chef n'ait pas le pouvoir nécessaire pour obtenir une quelconque réparation. Il caractérise Ics remous lancés contre des étrangers avec lesquels n'existe aucun lien. secret. les Ininiaqqerghasen de l'Ajjer. C'est davantage les intérêts réciproques des parties qui modèrent Lérkebt: des tributaires trop souvent maltraités finiraient. qu'il ne fait qu'appliquer son bon droit. par se niettre sous la protection d'un autre noble ou d'une autre confCdération. De plus. des nobles de l'Ajjer. D'autres groupes ou individus sont expulsés du pays touareg. par exemple.

. La veuve d'El Hadj Bekri. ne devrait jamais en arriver à se conduire ainsi. les Chamba du sud des Hauts. même les femmes ne sont pas respectées. les voleurs n'ont pas même le droit d'exil qui revient à ceux qui ont fait des erreurs.. CLAUDOT E l ' M. Vers 1850. Si le voleur nie le larcin. les Uled Slinian du Fezzan ct du Tchad. un campement d'Ifoghas des Kel Ajjer: (1 Les pillards sont inexorables. ils sont punis en public par des châtiments corporels. et les massacrent (Gardel 1961 : 112).LE VOL Alors que les actions précédentes. noble Kel Ghela de l'Ahaggar. (les Chamba) atteignent les fuyards dans les dunes. massacrent un groupe entier. s'ils sont pris. ne suppose aucune espèce de qualité. les femmes « sont une fois de plus maltraitées et dépouillées. qui consiste. l'accusé doit la lécher. pour acquérir des esclaves. mère de Cheikh Othman. c'est qu'il est innocent. les Toubous. un homme d'honneur. les Arabes ou les Peuls ne sont jamais réduits en captivité. est laissée presque sans vêtements. C'est un agissement de I'ombre.. HAWAD également sur ce mode que se déroulent les expéditions des Touaregs menées contre les villages de sédentaires au Soudan. à mettre une hâche dans le feu jusqu'à ce qu'elle rougeoie. deviendront esclaves. C'est contre toutes les lois de la guerre au désert » (Gardel 1961 : 111). Cependant. Akafal est représenté comme un acte barbare et « sauvage >> qui ne se pratique qu'avec des « sauvages ». pense-t-on. alors que des témoins Pont surpris. vers 1845.. N'ayant pas d'honneur. (qui) ne pardonnera jamais l'injure n (Gardel 1961 : 110). exposent et mettent au moins en jeu la force physique ou la maîtrise de soi... c'est qu'il est coupable P. on l'engage à jurer qu'il n'a pas volé : « S'il prête serment. Ce mode de pillage est également appliqué contre les Touaregs par des groupes étrangers comme par exemple les Régibat du Maroc.. Des extrémités sont ainsi atteintes où aucune dignité n'est reconnue à l'adversaire. VI.. par exemple. en pays Haousa et Bernou . Les Chamba attaquent ainsi. quelle que soit la situation. On peut aussi faire passer au coupable présumé l'épreuve du feu. et inversement. même si elles ne sont pas toujours honorables. Le sang coule souvent.. bien que proches des Touaregs. Terles Touaregs en prose no 152). les Kel Azahban de l'Ajjer: « Les assaillants en furie n'épargnent personne: les Toiiaregs laissent une trentaine de morts sur le terrain.. Les Maures.Plateaux algériens . entre autre. Par contre. le vol. lilzra. c'est qu'il est innocent ! (cf. . En 1847.. aucun droit ne lui est accordé. si elle ne le brûle pas. L'outrage est vivement ressenti par Cheikh Othman.804 11. un rezzou chaniba fait quinze morts dans lin campement touareg. toujours les Chamba. à moins qu'une conciliation ne finisse par s'établir entre eux.. ou condamnés à des travaux humiliants.. s'il refuse. qui déshonore et exclut l'individu de la communauté familiale et sociale.

restent le fait d'individus isolés et ne concernent que quelques têtes de petit bétail. Contrairement au rôle ddstabilisateur qu'on pourrait immédiatement lui prêter. Entamés d'abord sur le mode belliqueux. fortifiant ainsi l'ordre établi. un bœuf est égorgé pour accueillir les demandeurs de femme. chez les parents de la mariée. Au cours de la cérémonie des noces. que les animaux seuls sur les pâturages de réserve. comme les deux facettes d'un même phénomène de réciprocité et de coopération. la relation de vengeance. la siniple bosse du chameau. ces derniers se transforment ensuite en niodèles classiques d'échanges pacifiques. quand il y en a. Dans les deux cas. du reste. le vol est tout aussi naturellement acte d'esclave et. Textes Touaregs en prose. par exemple. un chameau ou. instaure. en pratiquant Lérkebt. C'est pour éviter de telles implications symboliques que les preneurs de femme. un comportement de dignité extrême (tamenjeq). de comparer les comportements rituels qui régissent les rapports entre pilleurs et pillés d'une part. no 151). il n'aura pas à être sanctionné de façon exemplaire. accompli par ce dernier. des querelles sont provoquées de façon codifiée par la famille du marié. ceux avec qui l'on a une relation de vengeance ». illustré par la réserve et l'absence de familiarité. Les Kel Egha. rappelant les affrontements de la guerre d'honneur. donneurs et preneurs de femmes d'autie part. marquant à la fois l'acceptation de la requéte. En règle générale. on ne s'étonne pas que les tributaires pratiquent des pillages en douce (Léwél): la mendicité revient au forgeron. de véritables cycles d'échanges. le jour du mariage. de ce point de vue. Comme pour les demandeurs de droit d'exil ou éventuellement de biens pillés. égha. basés sur les unions matrimoniales. . n'étaient jamais touchés par personne. füt-elle négative ! On ne peut s'empêclier. on altend des nobles qu'ils se manifestent i travers le contre-coup d'honneur. L'essentiel demeure que chacun reste à sa place. reçoivent un accueil identique à celui qui est offert aux alliés. chaque espèce sociale a l'apanage théorique d'un comportement. Les vols. niême dans une autre confédération que la sienne. amènent avec eux. qui se montre exigeante et toujours ~nsatisfaite de la réception de ses allids. le vol était autrefois extrêmement rare. mais également la reconnaissance de leur infériorité. Chaque classe. entre les différentes unités qui composent le monde touareg. Pillage d'honneur et mariage apparaissent bien. facétie (peut-être fictive) de gourmand. ou les greniers à grain souvent à plusieurs dizaines de kilomètres du campement. De cette façon. est de rigueur. Complétant ce schéma. C'est ainsi.L'HONNI:UK EN J E U C H EZ 13sTOUAREGS 805 Celui qui a été volé a le droit de récupérer directement son bien par la force. à la place de laquelle on tasse du sable avant de recoudre la peau (cf.

HAWAD les animaux destinés a u sacrifice. chacun participe a u paiement de la compensation matrimoniale (laggalt) (3) e t à la réunion des animaux du sacrifice dont le nombre manifestera i'irnportance e t la force du clan représenté. telle qu'elle est valorisée. l'alliance comme la guerre mobilisent e t actualisent la solidarité des membres de chaque groupe en jeu. Bibliographie cn annexe).i\CIlOT. bar6 sur la coopération. à s a nianière. Vu sous cet angle. a u moindre conflit. Cependant leur caractère anarchique e t individualiste peut n'être que partiel. devra immédiatement offrir un cadeau de dédommagement à celui dont il a G pris la part ». du prestige e t de l'autorité (4). P a r contre. la vengeance &honneur. que malgré les apparences. Contribuant au mêiiie titre que les autres règles de l'ordre social à la redistribution des richesses. chacun apporte s a contribution aux frais qu'entraîne la fête.'organisation du mariage. au iiioindre doute. dignité). à assurer son autonomie e t redémontrer ainsi le poids de son groupe e t l'égalité de l'échange. il est sévèrement puni : uii noble qui pratique e t signe téiuét est expulsé du pays. dès que quelqu'un dépasse au grand jour les frontières dc ses attributs. 1982 : 166-170. tombe e t ne saurait soutenir le velum pour constituer u n abri sûr (cf. 1979 et 1982 (cf. est toujours pénalisé et reniis à l'ordre. rejoint le campement de son époux. On a vu. de la nécessité de ne pas cc rester entre soi >> car. un piquet de teilte.806 H. le noble goûtera lui aussi à la viande d'un repas de fêta auqucl son honneur lui interdit de participer (s'il est organisé par exemple par des gens avec qui il a un comportcment de Lanlenjeq .réserve. e n effet. De même. là où u n tributaire serait condamné à payer une taxe au chef de confédfration ou au pire à s'exiler dans un autre groupe touareg. Aux divers niveaux de la société. nouer un pan de son vêtement pour y enfermer un objet). Ainsi. quand la fenime. ne fait finalement que tkmoigner. après lin certain temps. du côté du prétendant. Ainsi. voir H. 1. CLAUDOT E ï hl. comme celle du contre-coup d'honneur (aqqa). une fois I'iinion scellée. commc téuél ou Iérlzebl. des arrangements sous-jacents permettent de d6cloisonner les comportements propres aux différentes catégories soriales. CI. I. . 1982). 4CDOT. les nobles font tércét par procuration de leurs dépendants. elle emporte à sa suite u n nombre suffisant de biens pour étre prête. De méme. les hommes libres guerriers peuvent récupérer du bétail enlevé dans un contre-coup grâce à leurs Gorgerons qui prétendent e n étre les propriétaires. quelquefois assoupis et éteints dans la paix. voir H.es actions qui ne se réfgrent pas au code de l'honneur. nécessite la coopération de tous. CI. suivant la métaphore touarègue. Du coté de la fiancée. un individu qui sort ouvertement de l'axe tracé par son statut. s'il est scul. semblent au contraire entamer la cohésion sociale. (3) Au sujet de ia Ingsoll. Hawad et Claudot. un honime d'«honneur » qui empiète s u r le domaine de l'artisan en faisant un travail ou un geste qui lui sont propres (par exemple. toujours à i'aide d'un artisan dévoué. ( 4 ) Concernant le iiiodèlc idéal de reproduction sociale. la provocation de vengeance est également un moyen de nouer ou de réveiller des Échanges.

à t.ent d e la N violence n dans l'insistance quémandeuse des Ibuaregr. klais ce don forcé est en niême temps une invite à la riposte directe ou indirecte. le code de l'honneur auquel répondaient les pillages décrits et l'exigence f. Il est ainsi fréquent qu'un objet accomplisse en quelques annécs un cycle complet entre les membres de la cooirnunaiit6. . est l'action . qu'il serait intéressant d'étudier sous cet angle ( 5 ) . l'acte ((sauvage N. Quant à akafal. i. voient soui. E n fait. le vol. dans cet espace social réduit. loin d'enfreindre la logique sociale.ent revenir à son donateur.eiice. paraît apte à «digérer » ces derniers en les transformant en biens de prestige acquis face au danger.'HONNEUR EX J E C CHEZ LES 'I'OUAREGS 807 C'est à condition qu'elles restent discrètes et cachées que ces entorses à la règle sont tolérées e t perpétuées. elles favorisent la viabilité de la règle en permettant de ne pas la remettre directement en question et de ne pas bousculer. ( 5 ) Etrange reliétitian de l'histoire faite d'un point de vue extérieur: les touristes étrangers. En soninie. Les biens volés. voler représente un véritable suicide symbolique. guident encore de nombreux comportements sociaux. diminuée par la colonisation française. flouée par l'aboutissement des ind6pendances nationales qui ont confirnié son éclatement. A l'iilverse. pour Einaleri. elles élargissent alors singulièrement le chanip d'action des catégories sociales les plus « ligotées » p a r l'honneur. La société touarègue. D'une certaine manière. ses réseaux de solidarité désagrégés. C'est encore le pillage d'honneur qui. Mais ni le capital d'honneur d'un individu. seul. pour un hoinme libre di1 début d u siècle.plus désespérée que stratégique . ni pouvoir. ne sauraient tirer profit de ces biens bruts.ravers elle. " Laboratoire d'Anthropologie e t d e Préhistoire d e la Méditerranée occidentale (Aix-en-ProCNRS). Pourtant.du pauvre et du faible. il représente d'abord un moyen de s'enrichir niatériellement. s a hiérarchie bouleversée. qui s e déroule dans les limites étroites du cercle domestique ou de I'unité parentale et politique.1. voit son organisation (détruite. 11 ne procure ni richesse. sont inconvertibles. eux-aussi. Ainsi blanchis par le courage guerrier. à la pointe de l'épée. Aujourd'hui. ils pourront être reversés dans les canaux d'échanges pacifiques e t participer à l'idéal de coopération prôné dans les institutions. l'ordre social existant. ces derniers ne font que la prolonger dans u n monde il est vrai trop atomisé pour que leur attitude ait une chance d'étre appréciée.mdamentale de l'échange et de la redistribution des biens qu'ils traduisaient. Demander et prendre à sqn voisin une bague ou une mesure de thé est tout aussi normal qu'il scrait inconvenant d'opposer u n refus à ce genre d e sollicitation. ni par conséquent son pouvoir. les rezzous ont disparu et les vols sont plus fréquents. où chacun connait la fortune du voisin.

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