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ABDELKADER ALLOULA

Jawida et Naget KHADDA*
Portrait Le lion d'Oran est tombé Iderempart d'Oran s'est écroulé Levez-vous, hornmes agenonillés! C'est par ce cri de désespoir, lancé dans la forme rythmée, assonancée de l'éloge funèbre par lequel les femmes, chez nous, dans les cérémonies mort~iaircs, tentent de maîtriser leur douleur en en faisant un sujet collectif de déploration, qu'une femme oranaise a ébranlé la foule innombrable venue accompagner Abelkader Alloula à s a dernière demeure. Cet appel était aussi exhortation e t cri de ralliement pour refuser la tragédie absurde. Et la foule innombrable - celle présente sur place et celle dispersée e t immobile, les yeux rivés sur le petit écran - a enregistré l'électrochoc. Toute l'Algérie vivante a été à la fois secouée e t galvanisée. Car Abdelkader Alloula était la pure quintessence d u culturel e t du populaire. Comédien, auteur, adaptateur, metteur en scène, rÉgisseur, administrateur.... il a imprimé son empreinte à tous ces secteurs solidaires de la production théâtrale. E t au-delà, il a mené une réflexion permanente sur la théâtralité même, rêvant d'un théâtre total. En même temps, il poursuivait une activité e t une réflexion syndicales et politiques sans relâche, tant il était persuadé du lien intime entre tout cela, tant il croyait que les luttes ponctuelles e t conjoncturelles et le travail de création ne pouvaient avoir de sens que dans un projet de société ouvert où la culture, le débat d'idées, l'hunianisme. la fraternité. auraient une large place. La société dont il rêvait aurait été capable de se donner le spectacle de ses travers e t de ses hauts faits e t de s'y reconnaître et d'en rire e t de s'en éi~iouvoir et de se transfoimer. Société dont il se voulait un citoyen actif. D'abord par le geste civique e t de solidarité a u quotidien en direction des amis, des voisins, des jeuries délinquants e t des jeunes étudiants, des enfants atteints d u cancer e t des enfants sains en quëte de plaisirs. A tous il avait quelque chose à offrir, mais aussi une responsabilité h proposer. Il s'investissait dans tous les bénévolats qui émergeaient, il pouvait les impulser ou les accompagner; toujours présent, miraculeusement disponible. Il offnit l'image d'une droiture exemplaire, cimentait des amitiés solides, avait l'art de communiquer son énergie e t ses convictions, e n toute simplicité, sans discours vains.

('1 Respectivement Doetorante. Paris et Professeur d l'Universit4 d'Alge~.lUiii\-ersiréde Moiitpellier.

Aiiiiuaire de I'Afrique du Nord. tome XXXIII, 1994, CNRS Éditions

a u moindre de ces gestes de solidarité dont il était si prodigue. jusqu'à la fin de s a vie. jouait un rôle d'élément fédérateur entre eux.. II se lance cette mênie année à faire du théâtre a u sein d'une troupe d'amateurs ~Ech-Chababd'Oran. un militant sincère du parti communiste algérien qu'il voulait voir constamment engagé dans la défense cles plus faibles. fait ses études secondaires jusqu'en première successivement à Sidi-Bel-Abbès puis à Oran. Il trouvait de plus le moyen d'être à l'écoute de tous les aut.. directement branchée sur l'actualité politique e t sociale. de façon évidente e t nécessaire. Le cercle se disposait aussitôt autour de lui e t il tenait son auditoire suspendu aux anecdotes qu'il improvisait à propos de n'importe quel événement de l'actualité algérienne. notamment pour garantir des droits aux gens du spectacle. Abdelkader Alloula est né le 8 juillet 1939 à el-Ghazaouet. dans la lignée dugociwâl des souks qu'il aimait tant. Physiquement déjà. illustrateurs e t poètes. imprimer sa marque a u champ culturel algérien. À son niveau. le centre d'intérêt. sa niise à la portée de tous et surtout des plus démunis. Abdelkader Alloula. la responsabilité. animée d'un sourire indulgent ou ironique. s'excitant. 11 était partout à la fois.Malgré les critiques sévères qu'il adressait parfois à ses compagnons de lutte. a su. dans toutes les soirées entre amis. son engagement de syndicaliste. Une sorte d'admirable intermédiaire entre cinéastes et peintres. enjoué et soucieiix qui n'appartenait qu'à lui. il représentait la force inébranlable e t bonhomme. en une trentaine d'années d'activité théâtrale. Immense carrure. (La jeunesse d'Oran). Volontiers il s'emparait du rôle de conteur qu'on attendait impatiemment qu'il prenne. Cctte option anima aussi. II interrompt ses études en 1956 quand le FLN décrète la grève des lycéens et des étudiants. II vivait dans un sorte d'utopie grandiose qui donnait sa coloration propre à son engagement politique. volontariste e t spontanée. aidant les autres. .. avec cet air à la fois tranquille e t pressé. toujours prêt à se transformer en grand rire. à son théâtre militant. D'autant qu'il accompagnait cette activité d'une réflexion permanente sur les vertus du théâtre dans une politique culturelle e t éducative. avec cette personnalité si forte e t si bon enfant. 11 d i f i s a i t autour de lui une bonne humeur e t une générosité contagieuses. sur le statut et le rôle des gens du spectacle en Algérie. décorateurs e t dramaturges. il fut. il participe à plusieurs stages de formation e t joue successivenient dans Maghramin bel-mal (Amoureux de l'argent) de Mohammed Touati. appuyant le trait. il s'y employait activement dans le thé8tre d'Oran dont il assuma. sur la côte (à l'ouest d'Oran). tête ronde e t joufflue. malgré de sérieuses réserves sur certaines orientations décidées par la direction. niais également pour réclanier une large diffusion de la culture. sa vie durant. jouant de bon cceur.res secteurs de l'art. Ce rire tellement coniniunicatif qui faisait de lui. discutant infatigablement avec tous. Dans ce cadre et jiisqu'en 1960. Il fréquente l'école primaire à Aïn-El-Rerd. Il a laissé une œuvre riche e t diverse. encourageant les uns. pendant plusieurs années.

Daiis un premier temps. adaptation de Allel el-Mouhib.Les Enfa.Le S i ~ l t a n égyptien du début de ce siècle. Klteïrna chrîfa (Une famille noble) e t Khadr el-yadirz (L'homme à la main verte) de Mohammed Cracha.EL-Khobza (-Gagner son pain. Ce sera même de plus en plus son activité essentielle. . A son retour en Algérie. dans une adaptation de Mustaplia Kateb. 1964 . de Tewfik el-Hakim. de Molière. Par ailleurs. il est recruté comme comédien. il réalise dans le cadre de la troupe ET0 (Ensemble Théâtral Oranais) El-Asra inspiré des Captifs de Plaute.nts de la Casbah. de A. du nom d'une station thermale qui permet uri jeu de mots sur les biens . Kaïs et Tahael-Amin.Doiz J u a n . En 1962. habitués de la station themiale.Laalègue (Les Sangsues). Parallèlement à son métier d'acteur. embarrassé. 1965 . 1967 -Monnaie d'or: de Chu Suchen. Alors. 1963 .ABDELKADER ALLOUL4 533 Roi~jli' es-saarla (Retour du bonheur). qui coïncide avec la création du TNA (Théâtre National Algérien). en pleine possession de ses nioyens artistiques. 1970 . ) I l i La traiiseription des titres en arabe se conlornie à la pratique utilisée par la presse oigerie~ine de langue f r a y a i s e : onhographe sous laquelle sont reconnues les pièces e n questioii.El-Goual(l).La Vie est un songe. La piece reçut un accueil assez tiède en 1972 e t ful un triomphe lors de sa reprise . il se lance dans l'écriture et la mise eii scène. Kateb. de Sean O'Casey.avec quelques remaniements . Il joue alors dans : 1963 . la pièce fait allusion aux Bains de Maïakowsky. adaptée du <'JourraaLd'un fou de Gogol avec une allusion à Sélim I*r d'Égypte e t avec un jeu de mots sur le nom Salim qui signifie s sain. Puis il s'embarque pour un cycle d'études a Paris au théâtre populaire J e a n Vilar. de Abdelhalim Raïs e t Mustapha Kateb. Progressivement il réalise des pièces qu'il a lui-même écrites : 1969 . de Cervantès adaptée par Himoud Brahimi e t Mahboub Istambouli. de Mustapha Kateb. dans une adaptation de Hadj Omar. . de Shakespeare. Alloula. (d'esprit).Le Serment. le grand dramaturge 1965 .tombés du ciel que se distribuent des fonctionnaires corrompus. 1972 . 3. 1964 .Homk Saliln (La Folie de Salim).Roses rouges pour toi. 1982 . 1975 . de Maxime Gorki dans une traductiori de Mohammed Bougaci. de Tom Brulin.en 1979.La Mégère apprivoisée. 1963 -Hassart Terro. de Rouïched et M. pièce adaptée de Shakespeare.de Rouiched. 1963 .Les Chiens. 1968 -A'i~mance. adaptation de Allel el-Moiihib.)): premier grand succès de l'auteur. avait siwtout conquis le public par sa performance de comédien puisqu'il fut l'unique acteur de sa pièce.Ha~n~?zarn Rabi (Le Bain de Dieu). 1963 .Les Ras fonds. il met en scène des œuvres d'autres auteurs : 1964 .

1990 .Tlemcen. film réalisé par El-Hachemi Chérif où il tient le I-ôle principal. Il s'agissait là essentielleinerit d'une participation amicale à des projets conduits par des amis à qui il apportait son aide.Hnssaiz Niyya (Hassan le candide). 1971 . réalisée sur la base d'un montage de films et de photos documentaires. 1993 . il est également auteur de scénarios de films : 1972 . t ~ ~ u j o u rpar Mohamrned Ifticène e t qui montre les milieux de la délinquance juvénile. réalisé en 1979 (qui n'cst pas une création d'Alloula mais qui a bénéficié de toute son attention) a obtenu un grand succès dans tous les théâtres régionaux d'Algérie et a .Bouziâri El-Qali'i (Bouziane d'El Qalaa). L'activité d'iüloula ne se contente pas du théâtre. aussi. de Azzeddine Meddour. empruntés aux archives de la KTA La voix off du commentat. Al-soltan zoa al-ghorhnn (Le Sultan et les étrangers). s u r la chaîne III (chaînc algiiriennc de langue française).Al-wâdjib al-watarii (Le Devoir national). il participe au commentaire de deux films a ~ m q u e l il s imprime la force de sa verve e t de son humour : 1983 . réalisé pour la RTA. 1990 . s 1980 . adaptation e t traduction libre. Pièce écrite en collaboration avec Ben Mohammed. Plus fondamentalement.Hout yakoul hout (Les Poissons se dévorent les uns les autres). 1985 . 1980 . Ainsi dans : 1969 .Leklüb (Les Chiens).1975 . puisant ses sujcts dans le fonds universel : Sophocle aussi bien que Shakespeare ou Aristophane. réalisation Abdelkrim Baba Aïssa. Al-iuisshm (L'Etendard).Lajouad (Les Généreux).Gorine réalisé polir la KTA (Radio Télévision Algérienne) par Mohammed Ifticène. réalisation Ghouti Benderdouche. ses conseils et le prestige de son nom.Ettarfa (La Corde).Djenn Bou Rezq (Le Djinn Bou Rezq ou Le Iljinn des bienfaitsi. 1984 . Enfin Alloula a créé a u TRO (Théâtre Régional d'Orari) ilne section cle théâtre pour enfants. acteur dans des films.E t tnfaha (La Pomme). de Hadjadj Belkacem. 1990 .eur est celle d'iüloula qui joue sur toutes les nuances de l'iroiiie. rcalisation de Bouamaii Mohammed (documentaire s u r la ville de Tlemcen dont le fil conducteur utilise une fiction).El Djalti (Le Gaucher). Al-chaab fâq (Le Peuple s'est réveillé) .Lagoual (Les Dits). 1989 .Combien je vous aime. II réalise aussi des théâtrales à la radio.1 1 adapte cinq nouvelles de Azziz Nessim (écrivain contestataire conteinporain turc) qui seront réalisées pour I'ENTV (Entreprise Nationale de Télé Vision) par Bachir Berichi sous les titres : Leïla madjnouna (Leïla la folle). Ample fresque historique de l'Algérie coloniale.Arlequiri valet de deux rnaitres de Goldoni. réalisation également de El-Hachenii Chérif. 1992 . Le spectacle An-Nahla (L'Abeille). 1989 .E l Lithem (Le Masque). Parfois il est.

El-Khobza. e n 1976. se présente comme u n long travelling entrecoupé de gros plans s u r des scènes de la rue. à la bureaucratie. publiee par un gmupe d'universitaires d'oraii . . plaide pour la justice et qui intervient aprés chaque tableau afin de démystifier l e tableau précédent.. E t c'est tout u n petit peuple (équivalent de celui que l'on croise dans la médina d'Oran) que l'on 121 Doiis le n o 1 de la revue Erg. tandis que le chant accentue l'adhésion de la salle à la satire que propose le commentaire. Les caractéristiques du théâtre d'Alloula commencent à se mettre en place : . 1990. Le t r a v a i l t h é â t r a l Lanlegue (Les Sangsues).. scandé par le chant.<socialiste s'attaque.intervention du goual qui commente l'action. Ces tableaux sont séparés par des chansons. dans cette première pièce. la rnême année. à son ministre M. un écrivain public qui est à la fois témoin e t sujet des malheurs e t des espérances de ses clients désargentés. Taleb. tout à fait saisissantes. finit par fermer boutique pour se consacrer à l'élaboration d'un roman qu'il intitulera El-Khobzn. ministre de la Culture et de l'Information.. des amateurs de théâtre. 11 faudra donc un long travail de recherche pour les rasseinbler. d'un réalisme soumis aiLu rnanipulations du comique : grossissement des vices. est une fresque humoristique où Alloula met e n place un dispositif qu'il va. des artistes. le g o ~ ~ a l personnage qui synibolise la conscience du peuple. sa première œuvre.ctti.Le théâtre aristotélicien~~(21. Le héros. Elles n'ont pas été publiées e t la presse qui les a signalées. accélération du rythme. le rire le démystifie. 2. Il son ton de critique acerbe dirigée contre les travers de la gestion . Enfin nous savons qii'Alloula a animé a u TKO des groupes de réflexion pluridisciplinaires sur l'art théâtral. Ce thème reviendra avec insistance par la suite.e ouverte à Taleb Ibrahimi écrite lors d'une polémique qui avait opposé Alloula. essentiellement du point cle vue de la gestion. un pilx a u festival du théâtre pour enfants de Kerlin-Est. établit une coniplicité avec la salle e t instaure un climat de fête populaire.sujet à portée sociale e t à but éducatif. .. Y prenaient part des universitaires. Alloula expose sa conception d'un théâtre populaire. Enfin Alloula y adopte . Nous avons aussi trouvé mention d'un long Enfin la presse fait aussi é t a t d'une article sur . n'en livre que des résumés ou des commentaires. Le dispositif scénique rend bien compte de l'engrenage administratif. II manque à cette énumération les interventions d'Alloula dans des colloques et Ics conférences qu'il a données sur les arts du spectacle (théâtre e t cinénia). à l'aide d'un commentaire ironique. retournement de situations etc. 1. . alors directeur du TNA (Théâtre National Algérien).remporté. C'est aussi dans cette première pièce que l'auteur introduit un diseur. Il s'agit de tableaux plutôt réalistes.mise e n scène enlevée e l joyeuse. Cependant une bonne partie de sa réflexion nous parvient à travers des interviews. développer e t préciser. par la suite. guide la réflexion. La seconde pièce. Si Ali. Dans cette lettre.

E n effet. u n de ces spectacles dont le principe répondait pleinement aux objectifs de fedémocratisation de la culture^. à quel point le théâtre. Lithème est une trilogie qui réalise pleinement la particularité de la recherche théâtrale d'iülouia. Mais ce spectacle-ci allait tout remettre en question.. Elle était à elle seule une confrontation d'idées et provoqua. à l'insu des orgaiusateiirs. Allouia va reconsidérer toute l'efficacité théât. II remet en question la nature même d u discours didactique qu'il avait prôné dans ses premières œuvres. de manière qu'ils puissent à leur tour écrire leur propre histoire. expliquant qu'il avait pris conscience. apparaît essentiellement comme la punition réservée à celui qui se nourrit de médiocrité e t d'illusions. Dans l'adaptation. ni déplacements importants. la mémorisation. . la folie. À partir de là.<jeu. à quelques accessoires s i ~ i f i c a t i f s . se retrouvèrent dans un espace scénique totalement inattendu. Alloula s'engage dans une forme de théâtre interactif. E t les comédiens désarçonnés. pour eux. En fait. En effet. qui étaient ceux de notre dramaturge. . il décide d'orienter son travail vers ce qu'il appelle une <cthéâtralisation du verbe. . la participation . pratique pour rassembler des auditeurs autour d'un conteur dont le . la disposition d u public apparaît à Alloula comme révélatrice d'une tout autre conception du théâtre que celle à laquelle l'avaient habitué s a pratique e t l'enseignement qu'il avait reçu. Par ailleurs. ce que Alloula pressentait depuis longtemps devenait subitement tout à fait clair : la halqa n'était pas seulement une ronde. e n écoutant les paysans. un mode particulier de spectacle. pièce adaptée d u Journal d'un fou de Gogol.rale e n général et le comportement du spectateur e n particulier : l'attitude. Après coup. Ladjouad. Au point de départ de cette aventure. C'est à ces gens-là que Si Ali dédiera son ouvrage e t c'est encore pour eux qu'il prendra soin de laisser une partie de son roman en blanc. elle devient u n révélateur politique e t permet d'ausculter une société malade. surtout.Les transitions e t les raccords sont marqués par le conteur (gouàl) à l'aide d'un refrain fredonné et repris par tout le public. uiiiqueincnt pour signaler le glissement de sens que le dramaturge algérien fait subir a u (. toute une attitude face à la représentation.voit défiler s u r les planches. De façon plus nette. évoquons Hontk Salim. réduits. s u r la place publique. une multitude de rêves e t d'angoisses qu'on devine longtemps observés par l'auteur. lors de la représentation.. le plus souvent. était induit par la poésie. les paysans s'étaient instinctivement installés e n rond autour de la scène qui avait été dressée. une anodine représentation dans un village agricole. Avant de nous arrêter à la trilogie qui constitue le c e u r de l'œuvre. traitée d'un point de vue individualisant.exLe russe pour l'adapter à ce qu'il veut dire.Le décor e t les costumes sont simples e t réalistes. c'était. E t la montée progressive de la folie est mise e n rapport avec une déraison e t une cruauté propres à cette société e t qui sont responsables du basculement du héros dans la folie. l'écoute.. ne nécessitait ni décors. u n bouleversement du rapport habituel. chez Gogol. C'est donc à une forme allégorique de dénonciation de la situation politique de l'époque que nous avons affaire. Lrrgoual. comme d'habitude.

plutôt que d'être jouke. Il réfléchit s u r le fait que les spectateurs. Le geste peut alors contredire le dire. à l'époque d u théâtre d'Eschyle ou de Sophocle. il n'y a aucune illustration de l'action. se fait porteur de théâtralité. Alloula tire profit de ces remarques. a toujours été portée par la poésie e t sa déclamation. notamment de longs poèmes. . e t plus largement arabe. par les enseignements d u théâtre antique ou par les recherches modernes. elle l'implique. de cette théâtralité induite dans l a conception populaire de la poésie. Le tout e s t très rapide. ( 4 ) Ibid. À ses yeux. puisqu'il cherche une expression théâtrale qui. expérimente la viabilité du verbe. explique Alloula(4). Aussi. Logoual. Son intérêt va alors se concentrer sur les infinies possibilités de la voix du comédien. II constate des similitudes avec la tragédie grecque quant à l'organisation de l'espace et quant à la relation spectacle-spectateur. étudie des textes de poésie populaire (chi'r al-melhün). de l'agencement de la représentation en fractionnalit la représentation e n trois petites histoires autonomes et en y intégrant des ballades.A B D E L M E R ALLOULA 537 Dès lors.). manifeste les m6mes aptitudes et celles-ci lui ont été transmises grâce à une initiation de pkre e n fils e t de maître à disciple. du mot qui. le gouül. comme dans l'art traditionnel. qu'il ne cherche pas à opérer un transfert de la halqa s u r les planches. traite plus particuli&rementde la construction de la pièce. supportée par le verbe e t l'interprétation. étaient plus dans une communion spirituelle entre eux e t avec les acteurs que soucieux d'une matérialisation de l'action. repose sur une théatralisation du verbe. tout e n précisant qu'il ne veut pas faire du <c halqisme. car la narration ne rejette pas le geste. d'autant que la culture algérienne. à la rencontre de gouüline dans les souks. dans les deux formes en question. (31. le dramaturge s'en va pour une enquête sur le terrain. Ces trois pièces constituent trois moments d'une même recherche.P. l'instar de la halqn. est suggérée. Ladjouad. fait des reportages-photo. le pénétrer et ressortir pour redevenir lui-même spectateur. la narration n'y prend-elle pas la place de la gestuelle. qu'ils attendaient surtout du comédien principal une maîtrise de toutes les catégories d u dire : de la psalmodie a u chant. projeter e t renforcer le dire dans la mesure où il entretient une relation dialectique e t dynamique avec la narration. mais à impulser un théâtre qui s'interroge s u r tous les possibles qui lui sont offerts. Ainsi. que ce soit par la tradition de la halqa. mais devient elle-même gestuelle . ce qui nécessite l'éloquence du geste. Interview dalisée par A. Lithème s'attache à la construction du personnage qui rompt avec la cohérence psychologique e t se fonde sur une construction éclatée. peut raconter u n personnage. du cri a u murmure. Il rernarque que. K Boueiane dans Rduolrrlion Africaine (hebdomadaire algérien) du 8-14 iiuv 1990 sous le titre : -Le dramaturge du malaise . sollicitant l'imaginaire du public pour matérialiser I'action. elle est théâtralisée. 11 pense que =les couleurs vocales se situent a u niveau de l'interprétation. pas de séparation entre le texte dit et l'interprétation gestuelle. des épopées populaires. Le goual. Le person- (3. Alloula s'intéresse de plus en plus à la poéticité particulière de la halqa où l'action.

valet de deux maitres (19931. parce qu'il n'est pas soumis aux principes tlc l'illusion et de l'identification qui ont envahi le théâtre avec l'avènement di1 drame bourgeois. sans doute. son ouvcrture d'esprit. encore une fois. tout se passe comme si Alloula. oii la mort rôdait déjà autour de lui. par ses tournées dans l'ensemble d u monde arabe. . établit avec le spectateur une complicité et une relation d'intelligence et de connivence qui sont. des images de lui qu'elle lui renvoie.un théBtre du plaisir et du divertissement. une certaine audience. il l'a voulu. . C'est là une sorte de défi. caractérisés e t connus d'avance. déclare-t-il. ni de crédit culturel.ir. cette pièce traite d'amour. un spectacle très léger. avant de tirer sa révérence et de lancer sa dernière tirade degouàl. c n même temps qu'Alloula renouvelait l'expression théâtrale... sombrait dans les pires excès. Alloula passe à une réflexion s u r la Commedia dell'arte. Alloula. a u contraire.S. tout en donnant à son art théâtral sa pleine fonction artistique e t sociale. dernière pièce. manifestait. Avec Arlequin. dans le fait que I'arahe algérien n'a pas de statut ofiiciel. tout en étant la langue de la plus grande communication en Algérie. à la source dii succès populaire qu'ellc a connu. il est urgent de travailler sur le théatre d'Alloula.nage devient une sorte de réceptacle qui se remplit . à u n moment où la tragédie était omniprésente dans la société. dans la mesure où les rôles y sont fircs. Eii ajoutant cet ultime maillon à sa démarche de recherche constante. son travail de dramaturge est intimement lié à la promotion d'une langue qui n'a pas encore acquis ses lettrcs de créance a u niveau politique mais à laquelle il a comniencé à donner. La difficulté réside. Dès lors. lui arrachant des amis très chers avant de l'atteindre lui-même. sa disposition à explorer tout le patrimoine uiiiversel. de sens à partir des rôles qu'impose la société à l'individu. ce théâtre coniine . Avec Arlequin valet de deux maîtres. il enrichissait l'arabe parlé algéiien c t contribuait. entre autres. Son Arlequin. d'ailleurs. plutôt que de la cvnsornmation 15). sans autre prétention que celle de divcrt. Or. Cc théâtre l'intéresse. adaptée de Carlo Goldoni.jazia Gozim . des attitudes qu'elle lui dicte. Cette fornie. à lui donner u n statut de langue de culture. inscrit dans l'esprit de la Commedia dell'arte. D. rappelait les droits imprescriptibles de la jeunesse à l'amour e t a u bonheur dans un pays où. Pour la richesse humaine de sa démarche e t pour la pertinence de ses questionnements. 151 l a Soir. autant que pour les intenses moments de plaisir qu'il a procurés à des foules de spectateurs. à la fois parce que son prestige de grand dramaturge est établi et parce que l'analyse de sa conception théâtrale n'a pas encore été faite. Destinée aux jeunes. par une triste ironie du sort. unc grande partie de cette jeunesse. dimanche 18 avril 1993. e n élargiss a n t encore ses référeiices. par là. Alloula considère. acculée a u désespoir.Ressortir lhi>iourelln oerlo .

une tension vers l'uni\~ersel. pourra sauver le tout. en partie perdu e t passablement sclérosé. de perdre de leur intensité émotionnelle.ement l'extrême coinplexité de la réalité algérienne). Engagement d'un point de vue esthétique voué à la recherche d'une forme théâtrale e t d'une langue (de communication et de création) fondamentalement algériennes greffées sur le fonds culturel maghrébin qui. Dès lors ce preniier engagement. à un rOle unique et de concentrer i son seul niveau l'attention e t l'intérêt du spectateur. branché sur les exigences des luttes sociales conjoncturelles. avec le temps. Cette recherche d'un héritage. bien au contraire. était inapte à illustrer les contradictions de la réalité (et plus ~>articulièi. En effet.La polyvalence de l'acteur : L'acteur au lieu d'être voué.ABDELKADERALLOULA P o r t é e d e ce t h é â t r e Dès à présent on peut reconnaître comme caractéristique essentielle de ce travail d'Alloula un double engagement : 1. probablement. Mais ils risquent. ont fortenient fait vibrer le public a u moment des créations des pièces d'Alloula.La distanciation : Alloula pensait que l'aristotélisme avec son point de vue unificateur. d'autant qu'elle s'appuie sur la beauté d'une langue qui. l'injustice sociale. si elle parvient à s'iinposer. Alloula installe le meddah. la révolution agraire. dans une méme pièce. ces thèmes concernant l'autogestion. etc. la distanciation qu'il met en œuvre rejoint la ~iiaiiière brechticnne dont il avait été imprégné par sa formation a u théâtre de J e a n Vilar dans les années 1950. Par moment les acteurs se regroupent pour constituer un chœur qui commente l'action. est appelé à se démultiplier stimulant à la fois les capacités inventives de l'acteur e t l'imagination du public. coiilme dans le (sorte de coryphée). l'aspect le plus susceptible de vieillir. . Par ailleurs. à rios yeux : . A l'intéiieur de cette visée d'un double engagement (politique et artisti<pie)les traits les plus marquants de ce théâtre sont. dans la mesure où ils évoquaient l'actualité. Il est celui qui distribue les rôles e t . la pratique de l'allusion (al-mana) crée une complicité culturelle qui peut faire oublier le didactisme politique. avec sa propension à la dérision et à l'autodérision. apparaîtra comme secondaire par rapport au second. Le tout rythmé par les théâtre grec. en duo avec le gol~nl battements du tambourin (tbnl e t bendir) comme dans les fêtes populaires. fondée sur des éléments propres à l'esprit du terroir maghrébin. malgré une sérieuse érosion. la bureaucratie. Engagement du point de vue des thèmes politiques qui alimentent l'action et qui est. Puis ils redeviennent individuellement tel ou tel protagoniste de l'action. 11 chercha donc à asseoir une pratique théâtrale à dimension critique.Di1 reste une manifestation culturelle ne peut prétendre à I'iiniversel que si elle prend solidement son ancrage dans sa propre tradition. Encore que l'esprit de contestation qui les anime et la référence permanente à la sagesse populaire soient des constantes de la tradition théâtrale algérienne depuis son émergeiice dans les années 1020. est resté vivace. n'empêche pas. De plus.L'omniprésence dtigoual (ou meddah) : Dans ce cairefour de rencontres qu'est la halqa.. 2. .

L'exemple de . Pour clore. vendredi 13 e t samedi 14 octobre 1989. Rayniond Minois. Blidi. mélodieux. jeudi 23 décembre 1971. Echo-Soi>.coordonne Ics actions. semaine du l e r a u 7 juin 1969. Articles de presse (à toutes fins utiles) .L'écho d'Oran. Chérif Ouazani e t B. la visée comique.Algérie Actualité. malgré les ruptures rythmiques qui accompagnent. Le dranzatrcrge d u inalaire. le 11 juin 1986. . La quéte des dires. semaine du l e r a u 7 janvier 1992. B. Bouziane Benachour. par l'élan poétique.E l Moudjahid. . le 11 mai 1967. semaine du 3 a u 9 mai 1979.Z. .La République. inscrite. Le théâtre est uivant. S. à la fois par sa retenue e t son exubérance.La République. Numance. A.Algérie Actualité. le 28 mars 1989.. . M.. Un travail qui mérite. Brahim Iladj Slimane. un approfondissement de l'analyse et une évaluation de son impact sur l'ensemble du théâtre algérien. A.Algérie Actualité.l a décision . . . A. jeudi 22 mai 1969.Le Soir d'Algérie. de Alloula. Réflexions sociales et culturelles. . à nos yeux. sans nul doute.Algérie actualité. sans éclats de voix malgré la densité draniatique. une extrèine pudeur dans l'expression des sentiments.Révolution Africaine. samedi 15 septembre 1962. . samedi 20 juillet 1968. K. "Le théâtre se tait. Khobza ou les temps sont difficiles. . A. Bouziane. le vif d u sujet. . Notre théâtre se porte bien.Z.. Tète à tête avec Alloula. Blidi. . . généralement. Les jeunes turcs d u théâtre algérien refitsent ln facilité. . .Les captifs.El Moudjahid. . le dire de l'auteur. mercredi 25 novembre 1992. Dj. Le cwursur lesplanches.Ouest P i b u n e . Hadj Slimane. B. le 18 mai 1990.. jeudi 25 février 1993. Rencontre avec Alloula. M. . Expressions différentes. semaine du 14 a u 20 juillet 1988. Ben hlohamed.Horizons. voire maghrébin. Alloula ou l a folie saine. S. Djemaï Abdelkader. S. Comparaison n'estpas raison. du 8 a u 14 novembre 1990. Le ténor s u r scène.K.K. M.Révolution.B. il nous semble nécessaire d'évoquer une caractéristique qui donne s a coloration particulière à l'écriture d'Alloula e t qui est. il ohscr~~en. Blidi. dans la mouvance de la poétique populaire algérienne quant celle-ci s'attaque a u régistre sentimental. . .C. F.Algérie Actualité.La République. Une pièce qui ouvre le dossier de la bureaucratie! Mazouz Rezigui. '<Lithem. dispersé entre plusieus acteurs et plusieurs régistres de parole. semaine du 6 a u 12 avril 1989.G.La presse. L'écriture d'Alloula produit l'effet d'un flux continu. Il est celui qui unifie. s'échappent.

Alloula renoue acec le tlieatre. De la narration à l'interprétation.. semaine d u 15 a u 21 mars 1994. semaine du 3 1 janvier au 6 février 1995. jeudi 15 avril 1993. Alloula restera dans les nzérnoires. Chania Hammadou. mardi 15 mars 1994.El Watan. - . l'enfant cles fnuhoirrgs. le 10 mars 1995. 13.Algérie Actualité. u n ! A. le 4 novembre 1994. Fayçal Bensaadi. Arlequin dans la halqa ?.ournéespour l'artzste. .M. du 28 décembre 1994 a u 3 janvier 1995. Lotfi Hamdaoui. Khaled Rahal. Dribzène. Alloula : le grand retour. Naïma Hammouda. Oniar Zekri. Ramin.Le Matin. . Alloula.Algérie Actilalité.El IVatan. . Aldi Amezghane .S. ..Hebdo Libéré.M.P.El Mi~udjahid. R. Knmel Ziren.Alloula n'estpas mort.. irn autre Goual.S. . Le grand parin.Le Soir. Hommage.leune Afrique. . .K.Ghania Haniinadou.R. Sehaba. le 19 avril 1994. A. Hakim Outoudert.Alger Républicain. Alloula. Alloula. M .I. le 10 avril 1994. .El Wutan. De Féraoun à Allo~rla. Zerrouky. vendredi 16 e t samedi 17 avril 1993.'Hebdo Libéré. S.B.Ouest %lune. Kaïnia Hamouda. 26 avril 1994. . Ouest Tribune. Un fleuve de manifestants déferle sur Oran. 24 avril 1994. Le lion d'Oran est mort hier. . le 21 avril 1994. . Qui en veut à Alloi~la ? . .I. K.Alger Répnblicaln. Dei~x. du 24 a u 30 mars 1994. du 22 a u 28 mai 1994. . le Coual s'est t u . jeudi 17 mars 1994.Agir contre les prophètes d u malheur.Ressortir l'anzour et la vertu.<cliiz d'mil d'Oran n. C'était un rayon de lumière. 1 1 monte Arlequin.Le matin. . .Nation.Le Matin. G. K. Et iLn directeur. . mardi 15 mars 1994. L'adieu n I L I L géant. mercredi 9 février 1994.. Le théâtre . . Le chantre de l'oralité..M. 1 1 1 0 1 ~ ami. semaine du 13au 19 avril 1993. El-Hachemi Chérif.. Ali Ghaiib. L'artiste est mort. Khaled Rahal. . L'expérience d'Alloula. dimnnche 18 a a i l 1993.Le Matin. Lotfi Hamdaoui. A u cœur d u problème.Le Matin.H. . Alloula. L e gér~breux. le I l mars 1993. . La comédie une main tendue. . . Djazia Gozim. M .Nation. .ABDELKADERALLOULA 541 El Watan. .El \Vatan.Le Matin.Algérie Actualité. vendredi 4 e t samedi 5 juin 1993. A. .El Haq. semaine du 16 a u 22 niars 1994.M e t T.Liberté.Le Matin. . N. . Connaissiez-vous l'artiste ? . La ville reste imprégnée de son souvenir. mardi 15 mars 1994. mercredi 16 mars 1994.. le I l avril 1994. A. le 21 avril 1994. vendredi 9 et samedi 10 avril 1993. H.