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BOLIVIE: LA DROGUE, LES SERVICES SECRETS ET LES NAZIS
Le 17 juillet 1980, le colonel Luis Garcia Meza a déclenché un coup d'Etat militaire qui l'a installé au pouvoir en Bolivie et, par la suite, impliquait des"militaires dans le trafic de cocaïne. Depuis le 10 octobre dernier, le gouvernement civil du président Hernan Siles Zuazo s'est attelé à la tâche difficile de nettoyer son pays des grands trafiquants de cocaïne, de réorganiser les services spéciaux liés à ce trafic et de se débarrasser d'anciens et de nouveaux nazis mêlés à ces deux milieux en même temps. Nous publions dans ce dossier un rapport secret que le lieutenant-colonel J. Lopez M., chef du deuxième groupe spécial de renseignement, avait rédigé le 20 décembre 1980 à la demande du prési-' dent général Garcia Meza sur la mise en place d'un plan national de la production de cocaïne, plan qui devait être réalisé par les services secrets boliviens et avec la .collaboration des nazis réfugiés en Bolivie. Nous publions aussi dans ce dossier un article biographique sur le docteur Joseph Mengele, «l'Ange de la mort d'Auschwitz », et un autre sur Klaus Barbie, alias Altmann, «le Boucher de Lyon ».

RAPPORT SECRET SUR LE TRAFIC DE COCAINE ET SON ORGANISATION PAR LES SERVICES BOLIVIENS*
SECRET Du Groupe Spécial de Renseignement n» 2 A Son Excellence, le Général de Division Luis Garcia Mesa Tejadre. Date: 20 décembre 1980 Affaire: Plan 001-FRGE

*
Votre Excellence, Suite à vos instructions, Monsieur le Colonel Camacho a mis en contact le Groupe Spécial dont vous m'avez confié la direction, avec les principaux exportateurs de drogue.

Le plan d'organisation du trafic de cocaïne
La plupart de ceux avec qui nous nous sommes entretenus se sont montrés très enthousiastes pour le plan mis sur pied par votre Excellence. Pour que nous puissions aussi améliorer ce projet et l'ajuster à la réalité, ils nous ont facilité des visites de quelques fabriques pour que nous puissions avoir une idée de l'ensemble du processus de production ; c'est ainsi que nous avons pu observer les différentes phases de l'élaboration, ainsi que les échantillons du produit déjà fini et prêt à la consommation. Ils nous ont donné des explications détaillées à propos du système de commerce intérieur, des investissements nécessaires, et du commerce extérieur. Nous possédons des informations détaillées à propos des pourcentages reçus par les intermédiaires, et des sommes élevées investies par les exportateurs afro d'obtenir la

protection que leur offrent des fonctionnaires de la police et du gouvernement. Sauf quelques exceptions - ceux qui se sont intégrés à l'affaire d'une façon verticale -, la plupart de ceux que nous avons rencontrés s'adonnent à un commerce de reprise et d'exportation. Sur la base de l'information obtenue, nous avons fait des calculs pour obtenir le taux d'impôt - à caractère réservé - que pourrait payer chacun des commerçants. Nous avons aussi tenu compte cie leurs préoccupations, pour suggérer à votre Excellence les mesures qui doivent être prises afro de canaliser le plus grand taux de revenus possible. Presque toutes les personnes contactées ont manifesté leur sympathie à l'égard de votre Excellence, ainsi qu'à l'égard du projet, qu'elles considèrent comme un grand effort patriotique qui sera bénéfique pour l'économie nationale. En même temps qu'elles garantissaient leur adhésion à ce plan, elles nous ont fait part des principaux obstacles qui peuvent entraver la planification des exportations. D'après nos renseignements et ceux fournis par les exportateurs eux-mêmes, il y a quatre connexions pour les exportations. Celles-ci sont : par voie aérienne directe via la Colombie et les USA ; par voies aérienne et terrestre au Paraguay, et par voie terrestre au Chili. Il existe aussi de petites connexions avec le Brésil et l'Argentine, dont l'irnpor. tance est relative. On nous a fait connaître aussi qu'une partie de la production péruvienne est exportée à travers la Bolivie. Les exportateurs considèrent que la voie de la Colombie, et la directe aux USA sont les plus rentables et celles qui portent le moins de préjudice d'ordre économique au pays. Les connexions chilienne et paraguayenne sont les plus négatives et celles qui ont été à l'origine de l'énorme croissance de la contrebande.

* Intertitres

et notes sont de la rédaction,

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Imbrication des Services dans le trafic de drogue
Voici les principaux obstacles au plan de votre Excellence, qui nous sont apparus au cours d'une analyse détaillée des faits: 1. La corruption des officiers de police et des forces armées. On nous a fourni des listes d'officiers qui se consacrent : a) à saisir de la drogue au bénéfice de quelques exportateurs, ce qui entraîne des rivalités et des représailles à l'égard d'autres qui s'adonnent à la même tâche ; b) des fonctionnaires qui produisent de la pâte de base et qui font pression sur les exportateurs pour que ceux-ci achètent leur production ; c) des officiers de police et des services de renseignement qui revendent à des prix très bas la drogue qu'ils arrivent à saisir ; d) des officiers qui pratiquent des confiscations, des extorsions, même des hold-up à main armée, à l'égard des exportateurs ; e) des officiers se consacrent au transport interne. TI existe un important courant d'opinion pour que M. Guido Benavides soit démis de ses fonctions. Ce haut fonctionnaire de la DIW et du SIM2 est le principal usager de la connexion chilienne. TI a organisé un réseau très large de production dans les provinces de Pacapes, Vallanoce et Sapa. Son associé, un dénommé Estepovich Troche, est fiché en tant que trafiquant international. On nous a informé aussi que le colonel Roberto Quinterres perçoit plus de 100 000 dollars par mois à travers les bureaux des départements qui ont droit à des perceptions obligatoires. Quelques-uns des exportateurs: Messieurs Chavez Lopez, Atala, Paz, Merlin, Canuda, Roca, et Mesdames Sanginès et de Malky nous ont fait savoir qu'ils paient 50 000 dollars par vol au Ministre de l'Intérieur, en dehors des paiements au bureau des narcotiques, et quelques chefs militaires. Les exportateurs sont d'avis qu'une fois implanté un système d'impôts à caractère réservé, le paiement de 50 000 dollars par vol doit être supprimé. 2. Pour la bonne marche du plan, les exportateurs considèrent comme indispensable la suppression de la production individuelle et artisanale. TI est nécessaire de garantir le fonctionnement des plantes industrielles qui possèdent une capacité qui peut atteindre jusqu'à cinq mille kilos par mois. Ce processus de concentration de l'industrie rendra plus facile le contrôle des taxes, en même temps que les produits obtenus seront d'une finalité optimale garantie. Cette concentration de l'industrie a déjà commencé à se développer d'une façon spontanée : les fabriques appartenant à Messieurs Sorvco, Chavez et Afredo Pinto, ont montré le succès de la production industrielle avec une technologie adéquate. 3. On nous signale aussi la nécessité de soumettre au contrôle, et sans délai, les groupes paramilitaires qui s'adonnent à la tâche de prendre d'assaut les producteurs et les distributeurs. Une grande partie de ces individus ont eu une participation importante dans la révolution du 27 juillet. Mais avant leur licenciement, personne ne s'est avisé de leur enlever les armes et les carnets de service fournis par la section II. Avec ces armes et ces carnets, ils sèment la terreur dans divers endroits. Monsieur Fernando Monroy, de réputation et de loyauté douteuses, se permet d'exiger de beaucoup d'exportateurs, des voitures et des sommes d'argent très élevées. Actuellement, il est en train d'offrir le service d'un groupe de « killers », ce qui peut entraîner une véritable guerre civile entre exportateurs.

TI existe des indices très nets que des fonctionnaires du SES3, sous les ordres du commandant Hinojosa, du capitaine Montano et du lieutenant Pizaroso, se rendent périodiquement dans cette ville dans le but de pratiquer des extorsions et des chantages. Ils ont déjà pratiqué de nombreux hold-up chez des exportateurs très connus. Il existe un autre motif de souci : la présence encore dans le pays de mercenaires allemands et sud-africains ; tous possèdent des carnets du ministère de l'Intérieur et de la Section II. Les sept mercenaires embauchés par M. Suarez se sont brouillés avec lui. Actuellement, ils se trouvent à la disposition de la 8ème Division. Les dix autres sont toujours à Sorotoco, sous les ordres de M. Razuk. Le Dr. Adolfo Ustariz, inspecteur des Finances de la République, et M. Gary Alarcon, chef national des GOA4, responsables directs de ces groupes, nous ont procuré une information très confuse à propos des raisons pour lesquelles on continue à donner des délais au rapatriement de ces messieurs. Leurs salaires très élevés et leur comportement contrarient beaucoup les personnes chargées de les rémunérer et de s'occuper d'eux. Les fonctionnaires de la DIN et du SES, Jaime Ramirez, Tomas Moscoso et Juan Carlos Garcia, sont déjà trop grillés , à cause de leurs activités spécifiques et de leurs relations avec les trafiquants de narcotiques les plus discrédités. Les exportateurs sérieux et responsables craignent que Abraham Baptista n'ait laissé un héritage sanglant à l'égard de ces individus violents, rapaces et sans aucun scrupule, et plus tôt ils seront mis en marge, mieux ce sera pour notre gouvernement. Au cours de leurs saoûleries, ils font des commentaires sans le moindre sens de la loyauté et de la discrétion, à propos des opérations Espinal et Quiroga"; ils donnent des noms, répètent des ordres, citent des phrases. Il est temps de les rendre à l'ordre. 3. On se plaint de ce que M. Oscar Aldunate, cousin du chef du bureau des narcotiques, Romero ait vendu de la drogue saisie pour une somme de 3 millions de dollars. Beaucoup d'exportateurs disent avoir reçu une offre et l'avoir refusée. M. Aldumate a vendu ce produit directement au Colombien Jairo Restrepo. Personne ne croit à la soi-disant incinération de la drogue saisie. Il y en a qui soutiennent avoir pris des échantillons de ces incinérations, mais on dit qu'il s'agit de rumeurs. Un fait digne d'être pris en considération est celui rapporté par beaucoup d'exportateurs qui croient que leur activité ne constitue pas un délit, qu'elle est favorable à l'Etat et que finalement elle est autorisée par le gouvernement. On nous a manifesté des plaintes à propos du comportement peu loyal du commandant Carlos Fernandez Gonzales. Les informations qu'il a données au magazine allemand Spiegel, sont à l'origine de la rivalité et de la jalousie à l'égard du colonel Juiz Arce Gomez", Il est nécessaire de trouver une entente entre eux, puisque ce sont ces deux personnes qui, au nom du gouvernement, ont imposé des taxes.
1. Direction de l'Intelligence Nationale (service de renseignement et d'espionnage). 2. Servicio de Inteligencia Militar (service de renseignement militaire). 3. Servicio Especial de Seguridad (service de contre-espionnage et police politique). 4. Groupos Operacionales de Apoyo (commandos d'intervention des Forces armées). 5. Il s'agit du Père Luis Espinal qui dirigeait un journal d'opposition Hay à La Paz, assassiné après avoir été torturé, quelques semaines avant le coup d'Etat du Général Garcia Meza et de Marcelo leader du PS, assassiné le jour du coup d'Etat au siège de la COB (syndicat national). 6. Ministre de l'Intérieurà l'époque.

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On nous a manifesté aussi une préoccupation très grande à l'égard du plan de Monsieur le Ministre de l'Intérieur, consistant à lier l'exportation de la drogue avec l'activité de l'extrémisme. On soutient qu'une telle campagne attirerait davantage la surveillance des organes de police des USA, 'ce qui pourrait entraîner beaucoup d'abus et des calomnies. On nous a dit aussi que des renseignement existent concernant un groupe d'agents du SES qui, à la hauteur du km 174 de la route de Alto Bari, a établi une importante fabrique ; qu'on empêche l'accès des particuliers à cette zone sous prétexte qu'il s'agit d'un camp d'entraînement mi- ' litaire pour les GOA. En dehors de cette grande fabrique, on nous assûre que l'on produit de la pâte dans plusieurs campements, tous sous la surveillance de l'ingénieur Ernesto Leon, Sous-secrétaire à l'Immigration. On a appris aussi que l'ingénieur Leon dispose d'un yacht dans le lac Titicaca, qui est utilisé pour transporter chez nous la production péruvienne. Ces faits mentionnés sont considérés comme une concurrence déloyale de la part des groupes proches du pouvoir. 4. Il est urgent de leur fournir une explication du cas de M. Alex Pacheco. Ce monsieur possède des lettres de créance signées par M.le Colonel Arce Gomez qui accréditent sa condition d'Inspecteur général. M. Pacheco est un des principaux exportateurs à opérer dans la ville de La Paz. Ses racheteurs possèdent des cartes du SES ; les véhicules qu'ils utilisent ont l'autorisation de circuler pendant les heures de couvrefeu. D'après les rumeurs qui circulent, Monsieur Pacheco exporterait la production des campements et des fabriques que possède le SES dans le Haut-Beni, par la piste de Madidi. Les étroites relations entre Monsieur Pacheco, le Colonel Arce Gomez et d'autres chefs, sont observées avec beaucoup de préoccupation par les exportateurs. Les uns soutiennent que Pacheco va les chasser du marché grâce aux grandes facilités qu'on lui accorde; d'autres suggèrent que se crée une grande corporation, patronée par d'importants chefs militaires, qui chercherait à imprimer un nouveau rythme à cette activité. Monsieur Erland Echeverria Barrancos possède aussi des lettres de créance signées par le Ministre de l'Intérieur; il affirme que ses activités sont autorisées par ce ministère et que les revenus qu'il obtient sont destinés à couvrir les dépenses des GOA et du SES. Ce monsieur a été un associé d'Abraham Baptista et possède une petite usine pour produire des « joints » en utilisant des marques connues de cigarettes américaines. Il a été prouvé qu'à cause de problèmes d'argent, il a assassiné son ex-associé, un agent de change. n a également des problèmes avec un haut fonctionnaire d'une banque commerciale (Banco Mercantil) chez qui Baptista et lui auraient déposé plus de 2 000 000 de dollars pour qu'ils soient « lavés ». Quand nous lui avons rendu visite pour l'entrevue, Monsieur Echeverria Barrancos avait une conversation téléphonique avec le Colonel Luis Arce Gomez, s'engageant à lui remettre 400 000 dollars dès qu'il recevrait le mandat de Miami. Au ton de la conversation, nous en avons déduit que M. Echeverria nous considérait comme des visiteurs inopportuns et nous convînmes d'une nouvelle réunion après avoir reçu les instructions de la part de son Excellence. Echeverria Barrancos loge chez lui le Cubain nord-américain Humberto Montero Negri et un citoyen américain qu'ils appellent Boby. Ces messieurs ont des dettes avec bon nombre d'exportateurs et cherchaient un arrangement direct de leurs comptes .. Echeverria nous a dit que ces messieurs ne paieraient rien aux autres exportateurs et que les dettes présumées étaient matière à discussion, que ces deux citoyens étrangers s'étaient mis d'accord avec Monsieur Gary Alarcon pour

Le Général Luis Garcia Meza

donner 1 000 000 de dollars et de l'armement aux GOA. Monsieur Nelo Callau Justiniano, accrédité comme Coordinateur entre le ministère de l'Intérieur et la préfecture du Département, a pris contact directement avec quelques Colombiens; leur offrant des garanties pour leurs opérations. Ce monsieur dit posséder de grandes quantités de trapâte de base produite par des procédés industriels. vaille actuellement avec Monsieur Jairo Francisco Restrepo Gonzales, de nationalité colombienne. Monsieur Restrepo était l'associé de Monsieur Hugo Chavez Lapez que l'activité de Callau dérange. M. Jairo Restrepo effectue jusqu'à trois vols hebdomadaires ..Il utilise le hangar 16 de l'aéroport de Trompillo. Nous avons vérifié un embarquement et identifié Messieurs Ramirez du SES, et Moscoso du DIN, ainsi que deux autres subalternes chargeant personnellement la drogue dans un petit avion. Nous croyons également qu'il doit être fait état des réclamations selon lesquelles le lieutenant-colonel Moisès Shirique Bajarano donne son appui à de nombreux exportateurs qui ont des comptes importants ou qui sont associés de la Banque de Beni, pour que son frère Isaac soit élu Président de la Direction. On affirme également que ce chef commercialise une production d'origine inconnue par l'intermédiaire de Mesdames Lorgia Roca et Sonia Sanjines de

n

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Atala. Ces mêmes personnes ne cachent pas leurs activités et disent travailler pour « Chingo ». Madame Lorgia Roca est actuellement fonctionnaire au ministère de l'Intérieur et a la responsabilité du Bureau de commercialisation de la Coca à Montero (Oficina de Comercialization de la coca). Selon ses affirmations elle a, sur l'ordre de ses supérieurs, imposé à de nombreux exportateurs l'acquisition de permis pour acheter de la feuille de coca. On parle de sommes fabuleuses. De nombreuses plaintes ont été déposées contre les frères paz Hurtado. On dit que l'un d'eux, le Colonel de la police, dirige une fabrique près de la Trinidad et que l'autre, officier des Forces armées au Consulat d'Arica, a ouvert un nouveau canal d'exportation. On dit avec insistance que le capitaine de la marine Manuel Paz Hurtado ne respecte pas les règles du jeu dans ce type d'activités.

et rachètent. Pour Razuk à Villemontes et Yacuiba. Leurs contacts et leur influence au Paraguay sont bien connus. On dit que de nombreux exilés ont eu l'appui de ces messieurs pour réintégrer clandestinement le pays. Razuk finance les activités de Monsieur Carlos Valverde. n se considère comme un politicien influent. Après avoir pris connaissance du plan de Son Excellence, il a dit textuellement : « Je vais parler personnellement avec les Luchos ». Notre attention a été attirée par l'audace et l'influence de Widen Razuk. Un de ses garde du corps, Percy Gonzales, se vante d'avoir donné la mort à deux agents du bureau des narcotiques des États-Unis. De nombreux collaborateurs de Razuk ont occupé d'importantes fonctions dans la police. Razuk lui-même a dirigé la Préfecture du Département. Du fait d'implications politiques, nous nous permettons respectueusement de suggérer à Son Excellence de traiter personnellement avec lui de ce délicat problème.

Accord avec les producteurs

de cocaïne

Pour établir le présent rapport, nous avons dialogué avec les exportateurs et les industriels suivants : Widen Rasuk, Alfredo Pinto, Jorge Nallar, Pedro Soruco, Roberto Suarez, Arturo Merlin, les frères Chavez Lopez, les frères Chavez (Los Martillos), Sonia Sanjines de Atala, Lina Badani, Merlin de Malky, Lorgia Roca, Francisco Gonzales, Messieurs Canuda, Edmundo Anez, Pepe Paz, Roger Aponte, Fredy Parr an Yanez Roca, Jorge Flores Moises, les frères Menacho, Rafael Roca et d'autres de moindre importance. La majorité accorde son plein appui au plan de Son Excellence et est d'accord pour se soumettre à un système de contrôle à caracrère ultra-discret ; certains nous ont parlé de se retirer du négoce et de céder leurs contacts internationaux en échange de garanties pour pouvoir rapatrier leurs capitaux au pays sans être molestés. Pour que Son Excellence puisse se forger un jugement plus complet, nous nous permettons de résumer le contenu des réunions avec les personnalités plus importantes avec lesquelles nous avons eu un entretien. Widen RAZUK nous a permis l'accès à la fabrique qu'il possède à « Perseverancia ». Pour des raisons non expliquées, elle ne fonctionnait pas pendant notre visite. n nous a dit qu'elle a une capacité journalière de 30 kilos de pâte de base. Selon les informations que nous avons, il possède une autre usine importante à « Verdun », près de San Javier. Au cours de plusieurs visites nous avons observé la présence de gens armés. Razuk dispose aussi de la piste de « Sorotoco » depuis laquelle opèrent de petits avions sans aucun contrôle. Cette piste est protégée par dix mercenaires allemands et une quinzaine de paysans armés. Nous avons vu des bazookas et des mortiers dans une petite salle d'armes. Sans aucun doute, Razuk est l'exportateur le plus imse portant et qui a le réseau clandestin le mieux monté. déclare ami personnel du fils du Président Stroesner et avoir accès à n'importe quel moment au Paraguay. Razuk se vante d'avoir invité dans sa propriété « Perseverancia » les chefs des Services Secrets de la Bolivie et du Paraguay après la réunion de Tarija. Nous possédons des informations selon lesquelles Razuk exporte par voies aérienne et terrestre vers le Paraguay. En utilisant les camions citernes qui transportent l'essence, il a exporté de la pâte de base et même de grandes quantités de feuilles. Les techniciens affirment que le climat sec du Chaco est adéquat pour une élaboration de produits de première classe. La production de Razuk est destinée fondamentalement au marché européen et du Moyen-Orient. Messieurs Fernando Peinado et Raul Pena produisent

Roberto Suarez Gomez (au centre), trafiquant de drogue et son frère (à droite).

n

Roberto SUAREZ. Cet exportateur s'est montré aimable. a expliqué que depuis le mois de mai, la présence des est agents de la DEA 7, à Josuani a paralysé ses affaires. très mal à l'aise avec ses associés qui se sont éloignés de lui. n dit que par manque de ressources et du fait de la grande publicité faite sur ses activités, il a décidé de se retirer. n nous dit qu'en tant qu'ami personnel de Son Excellence et pour contribuer au processus de Reconstruction Nationale sur la base du plan proposé, il pourrait prendre des contacts pour recommencer ses exportations. Lina BADANI MERLIN DE MALKY. Cette femme nous a indiqué que son adhésion au plan de Son Excellence serait totale si c'était le colonel Luis Arce Gomez qui lui demandait. Elle dit qu'elle paie au ministère 200000 dollars par mois pour quatre vols, mais qu'étant donné les importantes relations de son associé actuel (amant), un citoyen colombien avec les commerçants de Colombie, elle pourrait amplifier ses opérations jusqu'où on le lui permettrait. Alfredo PINTO. Cet exportateur nous a indiqué que pour prendre n'importe quelle décision, il a besoin de consulter le Général Waldo Bernal Pereyra. n exporte actuellement 120 kg de cristal directement aux États-Unis. n est propriétaire du hangar 7 au « Trompillo » et possède une piste propre, équipée d'un bon éclairage pour les opérations nocturnes.

n nous

n

Pedro SORUCO. n possède une fabrique moderne dans cette ville et nous a dit que pour se déterminer vis-à-vis du plan, il devait consulter son gendre, le Colonel Ariel Coca Aguirre. Le Commandant des carabiniers, Osman Yanez ROCA possède une fabrique moyenne avec ses cousins Oscar Roca et le lieutenant Edwin Guzman. Ils exportent depuis Bella Union. Cet officier affirme avoir de très bonnes relations

7. Drug Enfoncement Administration, bureau des stupéfiants américain.

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avec les agents de la DEA. Son expérience policière et ses relations avec les Américains font de lui un homme indispensable pour désinformer les Yankees sur le nouveau cours que prendraient les exportations si le plan se réalisait.

Conclusions
Jusqu'à présent, mon Général, notre commission a éveillé intérêt et confiance chez nos exportateurs. Dès le début nous leur avons expliqué notre projet et nous les avons avertis que nous ne cherchions pas des donations, que nous n'étions pas en condition de leur proposer une protection quelconque et que Son Excellence, informé de tout ce qui se passe, pense que tous les grands revenus qu'obtiennent les importateurs, les exportateurs et les hauts fonctionnaires qui vendent les protections, doivent bénéficier au pays. Nous avons été surpris par la visite dans cette ville des Assesseurs du Palais, les docteurs Gon ales Cesar et Reynaldo Fernandes, accompagnés du capitaine Nielsen Reyes. Par l'intermédiaire de Pepe Paz, ils ont prix contact avec les exportateurs et leur ont demandé une contribution pour le Fonds de l'Action Sociale de la Présidence. Ces demandes directes en votre nom sont peut-être discutables, puisque son Excellence seule connaît le problème et que vous n'avez jamais rien demandé, voulant donner un sens patriotique à ce genre d'activités. Avant de commencer la campagne de concentration de la production, on peut récolter sans difficulté aux alentours de DEUX CENTS MILLIONS DE DOLLARS par an, sur la base de 2 000 dollars par kg que tous les exportateurs sont disposés à payer comme un impôt unique réservé. Si nous pouvions garantir tout le processus d'industrialisation et de suppression des intermédiaires sans porter préjudice aux paysans producteurs de feuilles, cette somme peut s'élever jusqu'à SIX CENTS MILLIONS de dollars par an. Nous avons des informations selon lesquelles le plan de Son Excellence et les activités de notre commission ont réveillé des jalousies et des suspicions de la part de quelques chefs. Comme il s'agit d'un projet qui lèserait économiquement d'importants membres du gouvernement, nous vous suggérons respectueusement, mon Général, de prendre le maximum de précautions. La Commission continuera son travail à Palma Sola dans l'attente de vos instructions, pour se transporter ensuite à Cochabamba. Avec l'attention et le respect de J .LM. U 2854079

environ onze millions de dollars américains en liquide, bijoux, montres et émeraudes. Les fameux militaires ne purent jamais donner une explication claire à propos des circonstances dans lesquelles moururent les trafiquants. 3. Le couvre-feu continue encore aujourd'hui d'être appliqué pour deux raisons : a) à cause des amendes perçues, en cas de violation, par le ministère de l'Intérieur et pour les autorisations vendues à beaucoup de maisons de passe afin de pouvoir continuer à travailler la nuit ; b) on utilise le couvre-feu aussi bien dans les villes que dans les campagnes pour le transport de coca à l'aide de mystérieux camions qui transportent également la matière première pour l'élaboration de la cocaïne. 4. Il existe actuellement deux centres importants pour la commercialisation de la drogue : les villes de Santa Cruz de la Sierra et San Borja dans le département du Beni. 5. De nouveaux exportateurs sont apparus à Santa Cruz, par exemple Monsieur Oscar Aldunate, qui opère avec la plus grande impunité ; un homme du nom de Salvatierra, jusqu'à présent pas très bien connu, est un autre des parrains importants. 6. Monsieur Isaac Shiriqui Bejano, frère du lieutenantcolonel nommé quelques lignes plus haut, actuel président de la Banque Big-Beni, est un des supporters de son frère et suggère qu'il est le seul militaire d'honneur pouvant assurer la présidence de la République. Effectivement, en ce moment, le lieutenant-colonel Moises Shiriqui soutient des conversations avec les membres du MIR en vue d'un éventuel coup d'État. 7. On parle d'un nouveau centre de production de pâte de base (sulfate de cocaïne) dans la localité de Apolo, province de Caupolican. Le colonel Juan Fernandez Viscarra, frère du colonel Davis Fernandez Viscarra de l'aviation, exdirecteur des Substances dangereuses, actuellement gouverneur de Panoptico national de San Pedro, serait en train d'obtenir des autorisations de sortie de nombreux détenus pour trafic de drogue afin qu'ils travaillent à Apolo. Le protecteur suprême de la région d'Apolo est le colonel d'aviation David Fernandez, actuel chef de la section II de la force aérienne. ) 8. José Paz, trafiquant de drogue, affirme qu'il a remis deux millions de dollars au gouvernement du général Garcia Meza pour l'acquisition de matériel agricole à offrir aux paysans. 9. Les déclarations de Madame Lina Badani de Malky, au moment de sa deuxième arrestation (car elle a déjà été mise une fois en liberté) disent textuellement que « ses activités relatives au trafic de drogue étaient soutenues par le ministère de l'Intérieur qui payait deux cent mille doUars américains pour effectuer quatre vols mensuels de transport de sulfate de cocaïne à l'extérieur». (Ministre: Arce Gomez). Elle attribuait sa seconde détention au fait que le colonel Arce Gomez aurait reçu des informations disant qu'en fait elle effectuait dix vols mensuels et ainsi évitait « l'impôt ». Elle mourut dans des circonstances mystérieuses. ( 10. Monsieur Garrido, chimiste chilien, détenu lors de l'occupation de l'usine appartenant à Negro Roca et Gringo Chavez, a déclaré que l'usine fonctionnait avec l'autorisation du ministère de l'Intérieur et qu'elle était contrôlée et administrée par Monsieur Callau. Monsieur Garrido n'a jamais figuré sur la liste des détenus. Il. Dans la ferme que possède le colonel Arce Gomez à San Ramon, département de Beni, se trouve installée la plus grande usine pour la production des cristaux. Arce Gomez est devenu « le protégé "»des principaux « parrains» et est également leur associé. Quelques trafiquants de dro-

ANNEXE D' ACTUALISATION
A la suite du rapport du plan OOl-FRGE, plusieurs mois étant passés, il s'est produit les faits suivants relatifs au trafic de narcotiques, avec leurs implications civiles et militaires : L La majorité des trafiquants de drogue, à l'exception de Roberto Suarez ont été détenus par des agents du SES et du bureau des narcotiques. A l'exception de Alex Pacheco, la majorité des détenus recouvrèrent leur liberté en payant des sommes élevées en argent. Hugo Chavez Lopez affirme qu'il eut à payer environ un million de dollars à chacun des membres du triumvirat militaire et, en plus, un million au ministre de l'Intérieur. Le lieutenant-colonel Moises Shiriqui Bejano et le commandant Cossio ont tendu une embuscade à trois exportateurs de nationalité colombienne. fis leur ont confisqué

z.

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gue se rebellent contre les abus et les obligations que leur impose le colonel Arce Gomez ; il recueille un impôt de deux mille dollars par kg de sulfate exporté grâce au « processus de reconstruction nationale » et parce que chaque exportateur doit lui faciliter un vol mensuellement, il utilise ledit vol pour sortir sa production personnelle. 12. A la fin du mois de mars de cette année, l'économiste Agapito Monzon, en compagnie de deux militaires non identifiés, a effectué une tournée dans les départements du Beni et de Santa Cruz en prenant contact avec les exportateurs de chlore-hydrate. Ledit économiste aurait expliqué .un nouveau projet économique et ses compagnons, les militaires, sollicitèrent des donations pour financer un coup d'Etat. 13. Au début du mois d'avril de cette année, le docteur Espana, actuellement assesseur à la Présidence, réalisa une tournée similaire demandant aux exportateurs que pour le moins ils mettent sur le marché libre un million de dollars par semaine (change parallèle du dollar: 0,80) pour stabiliser et éviter une montée de la monnaie américaine. 14. Le Vice-amiral Oscar Pammo, dans une réunion avec les exportateurs de chlore-hydrate de San Borja , a demandé un « emprunt » de SEPT CENT CINQUANTE MILLE DOLLARS pour fournir les arsenaux de la Marine. 15. Personnes qui transportent la coca à Santa Cruz : par ordre et ordonnance du ministère de l'Intérieur à l'Office

de l'enregistrement, contrôle et commercialisation de la coca, le colonel Gonzales Ferry « Alias» Banana, actuel directeur du Conseil anti-drogue, est le seul qui peut ordonner le transport de la coca vers Santa Cruz. Les exécutants sont : le lieutenant-colonel de l'Armée Quiroz ; le capitaine (retraité) Carranza, actuellement chef de groupe de la douane de Rio Seco ; Monsieur Parrado, ex-directeur administratif de l'enregistrement, contrôle et commercialisation de la coca ; Monsieur Felix Teran, chargé du transport de la coca. Ils exécutent les transbordements un jour sur deux en emmenant l~ quantité de quatre cents tambours de coca jusqu'à Montero, avec un bénéfice en liquide de quarante millions de pesos boliviens (ce qui fait cinq cent mille dollars américains à chaque voyage). 16. Les individus qui commercialisent avec des licences de vente de coca, obtiennent des bénéfices en pesos boliviens de trente mille pour chaque licence qu'ils consentent et les principaux trafiquants dans cette activité sont l'avocat Ocofler (ex-Assesseur légal des narcotiques) et Monsieur Nery, secrétaire dudit avocat.

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J.L.M. U 2854079

KLAUS BARBIE
"LE BOUCHER DE LYON"
laus Barbie est né le 25 octobre 1913 à Bad Godesberg près de Bonn. II termine en 1934 ses études au Lycée FriedrichWilhelm de Trèves, effectue un stage de six mois dans le service du travail (« Arbeitsdienst ») et milite dans les jeunesses hitlériennes à partir de 1933. En septembre 1935, il entre au service de sécurité (matricule 272-284) de Trèves avant d'être nommé au SD

K

(« Sicherheistdienst » ou Sécurité), section IV D à Berlin. II y reste deux années, puis est muté au service central du SD, Haut Département Ouest des SS à Düsseldorf. En mai 1937, il s'inscrit au parti nazi et reçoit la carte numéro 4.583.085. En mai 1940, Klaus Barbie est nommé à La Haye (Pays-Bas), à la section des affaires juives de la SIPO-SD de cette ville. Promu SS « Obersturmführer » en novembre 1940, il sera décoré le 20 avril 1941. de la Croix de fer de deuxième classe. De janvier 1941 à mars 1942, Klaus Barbie est en poste à la section des affaires juives du Kommando extérieur de la SIPO-SD d'Amsterdam. C'est le 21 mai 1942 qu'il s'est affecté pour la première fois en France en qualité de chef de la SIPO-SD à Gex (Ain). En novembre 1942, il prend la tête du département IV de la Gestapo de Lyon et le « Commando de chasse» SS contre la Résistance. En mai 1944, Barbie devient l'adjoint du commandant en chef de la SIPO-SD de Lyon (p.7, Le Monde, 8 fév. 83). En novembre 1944, il est promu au grade de SS « HaupBarbie dans la prison de La Paz, le 28.1.1983

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sturmführer » et remis à la disposition de la police nazie de Dortmund. Lors de son séjour à Lyon.Il dirigeait la répression dans toute la région: - il fit arrêter le général Delestraint, chef de l'Armée secrète, assassiné par la suite à Dachau ; -le 21 juin 1943, il arrête Jean Moulin, Président du Comité National de la Résistance, participe aux tortures qui lui sont infligées et à sa mise à mort; - le 11 juillet 1944, il participe à l'exécution de Max Barel qui est torturé à mort; - sous ses ordres, de nombreuses exécutions ont lieu au Fort de Montluc et dans les caves de la Gestapo à l'Hôtel Terminus à Lyon, notamment huit patriotes en novembre 1943 ; 22 autres le 10 janvier 1944, 40 juifs en août 1944 ; - il a ordonné de nombreuses déportations dans les camps de la mort, notamment : celle de 66 juifs le 15 février 1943 et de 41 enfants juifs de trois à treize ans, qui se trouvaient dans une colonie située à Izieu (Ain) le 7 avril 1944. Pour ces crimes, Klaus Barbie a été condamné deux fois à mort par contumace par le tribunal militaire de Lyon. Le 16 mai 1947, puis le 25 novembre 1954, pour assassinats, complicités d'assassinats, séquestrations, pillages et appartenance à une association de malfaiteurs. Trois mandats d'arrêt ont été lancés contre lui par le juge d'instruction militaire de Lyon les 31 août, 12 septembre et 6 décembre 1945. Arrêté par les autorités américaines d'occupation après la Libération, et interné dans le camp d'Obérursel, il bénéficie de leur protection sous prétexte qu'il était utilisé pour les besoins de la dénazification. A plusieurs reprises, la France demande son extradition en juin 1951, les autorités américaines prétendaient qu'elles n'avaient aucune indication sur le sort de Barbie, ni sur le lieu où il pourrait se trouver. Pourtant, en 1949-50, des officiers français, d'abord du Deuxième bureau et puis, Louis Bibes, commissaire de la DST, avaient pu interroger Barbie dans les locaux des services d'occupation américains, et en présence de fonctionnaires de ces services, en particulier, Erhard Dabringhaus. Dabringhaus, aujourd'hui âgé de 65 ans et professeur d'allemand à l'université Wayne State à Detroit, a récemment déclaré avoir payé Barbie 1 700 dollars par mois (somme considérable à 1'époque) à la fin des années quarante et avoir servi d'agent

de contrôle de Barbie pour le service de contre-espionnage militaire américain dont Dabringhaus était un agent civil sous les ordres du lieutenant White Way (p. 1, Internat. Herald Tribune, 9 fév. 83 ; p. 7, Le Monde, 8 fév. 83 ; p. 8, ibid., Il fév. 83). Les officiers français avaient reçu la permission de procéder à des interrogatoires sous deux conditions: a) de ne lui demander ni son nom d'emprunt ni son domicile; b) de ne pas mentionner que le gouvernement français réclamait son extradition. En fait, il a été versé dans les services du réseau Gehlen que les Américains mettaient sur pied pour devenir le BND, service de sécurité ouestallemand (voir pp. 16-19, BIIC/Le Monde du Renseignement-8). Barbie est camouflé dans une maison de commerce à Munich puis à Augsbourg jusqu'en 1951 (France-Soir, 26 mai 70). Le 23 juin 1950, l'Association allemande des persécutés du régime -nazi (VVN) dépose une plainte contre lui. La justice allemande se met lentement en marche. Un dossier est ouvert sous le numéro 7 J/S 61/65 St A. Augsbourg. On sait où se trouve Barbie, mais il n'est ni arrêté, ni interrogé. En 1951, il part pour la Bolivie, voyageant avec de faux papiers : sa femme, sa fille, sa mère et une tante le rejoignent à La Paz. Il ne fait aucun doute que le départ n'a pu avoir lieu sans complicité officielle. Ce n'est qu'après son départ que l'enquête s'ouvrira. Passant par Salzbourg pour arriver à Gênes, Barbie est pris en main par le Professeur Draganovic, un exilé croate et homme de confiance d'Aloïs Hudal, l'évêque allemand à Rome qui fournit de faux papiers de la CroixRouge aux évadés. A la Commission de rapatriement argentine à Gênes (38 rue Albaro), il reçoit des documents d'entrée pour la Bolivie. Au printemps 1951, il débarque à Buenos Aires à bord du « Corrientes», pour prendre un train vers la Bolivie. Après une expérience dans l'industrie du bois et le transport maritime, il reçoit la nationalité bolivienne en 1957".et est nommé « conseiller de la police et des services spéciaux». Il vit tantôt à La Paz, la capitale, tantôt à Cochabamba, à cinq cents kilomètres de La Paz. Le 5 juin 1968, Klaus Altmann-Wilhelms épouse à La Paz une demoiselle, Françoise CroizierRoux. L'Ambassade de France enquête et trouve qu'il s'agit de Klaus Barbie. Ceci déclenche le mécanisme qui aboutit à la demande d'extradition de Barbie de la part du gouvernement français en 1972.

Découvert par l'Ambassade de France et aussi par le travail de Simon Wisenthal, Barbie quitte la Bolivie pour le Pérou en 1968 ou 1969, où il reste jusqu'en 1972, date à laquelle il est rentré de nouveau en Bolivie. Tout de même, il obtient un passeport diplomatique bolivien et se rend en Europe en 1971. Il semble avoir participé, avec la CIA, à la chasse et l'assassinat de Che Guevara à cette époque, quoiqu'il était emprisonné d'une façon peu rigoureuse pendant l'examen de la demande d'extradition du gouvernement français en 1972. Son ami et chef d'État, le général Banzer refuse de l'extrader et le libère le 23 octobre 1973. Barbie se réfugie au Paraguay pour quelques mois au début de 1974 avant de rentrer de nouveau en Bolivie. Barbie travaille avec des « experts» argentins et chiliens et est généralement considéré en Bolivie comme un « conseiller» particulièrement prisé des militaires responsables du coup d'État de juillet 1980. En effet, un des hommes les plus importants du putsch du 17 juillet 1980 est le chef des services de renseignement militaires, le colonel Luis Arce Gomez qui a été formé par Barbie. Après le putsch, Arce Gomez est devenu ministre de l'Intérieur et ministre de la Justice ! Barbie aurait participé directement au coup d'État avec ses groupes spéciaux paramilitaires dont il est question dans le document reproduit dans ce dossier. Vers la mi-81, le consul de la Bolivie à Mato Grosso do Sul, Rodolfo Landyvar, a signalé à la presse que les forces de sécurité boliviennes ont découvert un groupe paramilitaire impliqué dans le trafic de cocaïne et d'armes et qui s'appelait « Los Novios de la Muerte » (Les fiancés de la mort) dans la ville de Santa Cruz de la Sierra et dirigé par Klaus Barbie. D'autres membres de ce groupe étaient : Manfred Kuhllmann (ouest-allemand), Wolfgang Walterkirchen (autrichien), trois Boliviens, deux Argentins et un Péruvien (Le Droit de Vivre, juin 1981). Barbie avait perdu sa protection aussi bien américaine que bolivienne. Fin octobre 1982, Régis Debray, ancien compagnon de Che Guevara et aujourd'hui chargé de mission auprès de François Mitterrand, a contacté le gouvernement bolivien de Siles Zuaro pour demander l'extradition de Barbie. Le 26 janvier 1983, Barbie a été arrêté à La Paz pour fraude financière et expulsé vers la France le 4 février dernier, accompagné de quatre officiers de la DGSE française.

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JOSEPH MENGELE
"L'ANGE DE LA MORT" D'AUSCHWITZ
oseph Mengele est né en 1911 à Günzburg, en Bavière, fils d'un riche industriel. TI a fait des études de médecine et de philosophie. A trente deux ans, il dirigeait le laboratoire de recherches raciales de Francfort. Pendant la Seconde guerre mondiale, il a été le médecin du camp de concentration d'Auschwitz et de Birkenau. A Auschwitz, Mengele s'est spécialisé dans des recherches sur des jumeaux univitellins juifs. Sa justification était qu'après « la victoire finale », le plus grand nombre possible de femmes allemandes devraient mettre au monde des jumeaux de sexe masculin grâce à des manipulations et afin de compenser rapidement les immenses pertes de la « Wehrmacht». Pour trouver le secret de la gémellité, il disséquait, morts ou vifs, des centaines d'enfants et de femmes, se donnant ainsi à une de ses obsessions: « La dissection comparative ». Mengele se réservait des COll pIes de jumeaux qu'il faisait bien soigner avant de les tuer en même temps pour ensuite les disséquer. S'il n'assassinait pas avec le scalpel, il le faisait avec le pouce (Vorwiirts, RFA, 14 août 80). Il est considéré comme responsable de la mort d'environ trente mille juifs et ni lui, ni ses collègues n'ont fait la moindre découverte scientifique. Mengele a survécu à la fin de la guerre. Il est rentré à Günzburg dans sa maison paternelle, puis a vécu ici et là en RF A avant de quitter le pays en 1951 en tant que Joseph Mengele. Personne ne s'y est opposé. Plus tard, un membre de la famille a aussi quitté la Bavière afin de représenter la firme Mengele en Argentine. Rien de plus simple. Il est arrivé à Buenos Aires en 1952 sous le nom de Friedrich Edler von Breutenbach. En 1954, il a épousé la veuve de son frère. Après le renversement de Juan Peron en Argentine, Mengele est parti à Asuncion, la capitale du Paraguay, très à la mode chez les criminels nazis. En effet, le général Alfredo Stroessner, le chef d'État d'origine bavaroise, a accordé l'asile au « réfugié politique» Joseph Mengele. Dès lors, Mengele semble avoir beaucoup voyagé. En 1961, il a été reconduit de l'Egypte vers la Grèce. En 1962, il était de nouveau signalé en

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Amérique du Sud où, sous le nom de Fritz Fischer, il était installé comme médecin à Encarnacion, ville sur la frontière entre le Brésil et l'Argentine. Vers la fin de 1963, il s'est rendu à Milan et a séjourné à Munich entre décembre 1963 et janvier 1964. En 1971, il vivait dans la zone militaire strictement contrôlée de Terto San Vincente au Paraguay et en 1972, il a été signalé au Pérou. En 1976, il a obtenu la nationalité paraguayenne en échange de ses services en tant que « conseiller technique» pour l'extermination des Indiens Guyakis dans la région d'Acha, génocide dénoncé cette même année par Amnesty International (France-Soir, 21 sept. 77). A cette époque, il a travaillé directement avec la police et les services spéciaux, notamment avec le général Victor Martinez Augusto Moreno et le commissaire Noveira. Il habitait une sompteuse villa près de San Antonio, possédait un yacht, « Le Viking» à Puerto Stroessner et se présentait sous le nom de Helmut Grégor. D'après le Washington Post à l'automne 1978, Mengele était le chef d'un réseau formé au Brésil de huit à dix mille anciens nazis et appelé « Kamaradenwek ». En juillet 1979, Stroessner a été obligé de lui enlever la nationalité paraguayenne mais a refusé d'extrader le médecin nazi qui s'est réfugié le 14 décembre 1979 au Chili où il a sans doute séjourné à « Colonia Dignidad » et participé à la répression dirigée par les services spéciaux chiliens, le DINA (voir p. 16, BI/C/Le MondeduRenseignement-ll).

Mengele a été vu le 20 octobre 1980 à la prison de « Libertad » en Uruguay (voir pp. 22-23, BI/C/Le Monde du Renseignement-14), où il a pris part à une réunion avec les directeurs d'établissement en compagnie d'un psychologue, d'un psychiatre et du médecin de la prison. Il y fut présenté sous le nom de « Willy Karp ». Un autre Allemand et ancien WaffenSS, nommé « Gordon», assistait à cette réunion et fait partie du person. nel permanent de la prison (AFP, 28 déco 80). A cette époque, il se déplaçait librement entre le Chili, l'Argentine, la Bolivie, le Paraguay et l'Uruguay. Dernièrement, il a été signalé dans une communauté de Mennonites sur la frontière entre le Paraguay et la Bolivie (p. 2, Internat. Herald Tribune, 1er fév. 83). Bibliographie

« La chasse au docteur Mengele »,
Programme « Le nouveau vendredi», 1er août 1980, FR 3, production de la chaîne de télé« Granada ». vision britannique Les techniciens de la mort par Ady Brille, Éditions de la FDIRP, Paris, 1976,315 p., photos et notes.

Konzentrationslager Oswiecim-Brzeninka (Auschwitz-Birkenau) par Jan Sehn, Varsovie, 1957. par Miklos Médecin à Auschwitz Myizli, Editions Julliard, Paris, 1961. FDIRP (Fédération nationale des déportés et internés résistants et patriotes), 10 rue Leroux, 75016 Paris, tél. 527.55.00 : d'excellentes archives et un très bon service de documentation sur le sujet.

1ndien guayakis du Paraguay: homme de recouvert du duvet d'u ru bu.

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