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Les données historiques

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L’évolution du droit pénal des affaires peut être étudiée à travers quatre étapes qui sont d’abord l’ancien droit (I), puis le Code pénal de 1810 (II), ensuite le e e xix  siècle (III) et enfin le xx  siècle (IV).

I- L’ancien droit
Existent déjà des infractions de droit pénal spécial, comme le vol, l’escroquerie, le faux et l’abus de confiance. À côté, commencent à apparaître des formes de droit pénal encore plus spécifiques et qu’il est possible de ratta­ cher à la vie des affaires. Il en est ainsi de l’accès à certaines professions, de l’interdiction de cesser le travail de manière concertée pour des compagnons ou du délit des accapareurs qui punit ceux qui ne respectent pas des obligations relatives à la vente des denrées alimentaires. En termes d’évolution des modes de perpétration des infractions, on peut observer que certaines classes sociales, telles que la bourgeoisie, vont s’en­ gouffrer dans des marges de tolérance de règles de droit afin de les utiliser à leur profit. Ce type de comportements, pratiqué par des personnes bien inté­ grées socialement, est difficilement décelable et donne rarement lieu à condam­ nation.

II -  Le Code pénal de 1810
Le Code pénal codifie les grandes infractions phares du droit pénal spécial : vol, escroquerie, faux et abus de confiance. Il intègre également des infractions directement liées aux affaires, telles que les banqueroutes et l’action illicite sur les prix. Cependant, ces infractions sont peu nombreuses et ne parti­ cipent pas d’une politique criminelle d’ensemble.

III -  Le xixe siècle
Il voit la création du chèque en 1865 et la loi sur les sociétés du 24 juillet 1867. En parallèle, se développent des condamnations à des peines privatives de liberté à l’encontre des banqueroutiers.

Introduction 

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IV – Le xxe siècle Après l’adoption de la loi du 1er août 1905 sur les fraudes et les falsifications. ainsi que la pénalisation financière à travers la création du délit de blanchiment en 1996. c’est le droit de la concurrence qui se développe (ordonnances des 30 juin 1945 et 1er décembre 1986). M-Ch. protecteur du consommateur en situation de fragilité vis-à-vis du professionnel. p.). 8 Introduction . Le droit pénal de la consommation. un grand tournant de la pénalisation se situe en 1935 : se succèdent ainsi des décrets-lois relatifs à l’usure. Tous les secteurs de la vie sociale. Gaz. « Flux et reflux du droit pénal au sein du droit des affaires ». 23-24 mai 2008. notamment. économique. devenu délit de publicité fausse ou de nature à induire en erreur. Le droit pénal du travail ainsi que le droit répressif boursier (à partir de l’ordonnance du 28  septembre 1967) font également leur apparition dans la seconde moitié du xxe siècle. va se poser la question d’une éventuelle dépénali­ sation (v. sous l’impulsion de l’ordre public écono­ mique. Sordino. à un point tel que. Pal. 2 et s. dès le milieu du xxe siècle. financière se trouvent ainsi pénalisés. est inauguré par la loi Royer du 27 décembre 1973 qui crée le délit de publicité mensongère. Puis. à la création du délit d’abus de biens sociaux (à la suite du scandale Stavisky) et d’autres délits de sociétés commerciales (qui verront leur consécration dans la « grande » loi sur les sociétés du 24  juillet 1966). au chèque.

les directives communautaires commencent à jouer un rôle de plus en plus important. en droit interne. Code monétaire et financier. est élevé. escroqueries…) ainsi que les abus de biens sociaux et banqueroutes que les services de police (ou de gendarmerie) ont eu à connaître. A . en ce qu’il est caractérisé par un chiffre noir important (I) et une réprobation sociale nuancée (II). B . Code de la consommation… De plus. Mais ce nombre d’infractions ainsi porté à la connaissance des autorités est faible par rapport à la réalité et on peut raison­ nablement penser que le chiffre noir. Code de commerce. s’appuyant souvent sur des docu­ Introduction  9 .2 Les données criminologiques et sociologiques Le droit pénal des affaires est un corps de règles particuliers. Cette diversité de sources constitue une difficulté lorsqu’il s’agit de donner un état chiffré des infractions d’affaires. des directives des 28 janvier 2003 consacrée aux opérations d’initiés et aux mani­ pulations de marché et 26  octobre 2005 relative au blanchiment de capitaux et au financement du terrorisme. qui correspond à la différence entre le nombre d’infractions réellement commises et le nombre d’infractions consta­ tées.Des modes de perpétration particuliers Une des caractéristiques de la commission des infractions d’affaires repose sur leur discrétion. I- L’existence d’un chiffre noir important Les statistiques établies par l’Observatoire national de la délinquance contien­ nent un agrégat relatif aux infractions économiques et financières et qui recense les infractions d’astuce (abus de confiance.Des sources diversifiées Le droit pénal des affaires puise sa source dans des textes nombreux. notamment. Il en est ainsi. En effet. situés au sein de plusieurs Codes : Code pénal.

il est plus difficile d’en rapporter la preuve et l’infraction ne figurera pas dans les statistiques officielles. Il en va différemment si le prévenu exerce une fonction publique élec­ tive et manque à son devoir de probité.ments (comptables. Sutherland. fait échapper certains délinquants d’affaires au classique procès pénal. sera ressentie moins cruellement que le passage devant un tribunal correctionnel comportant le risque de la peine privative de liberté. le sentiment peut s’inverser et l’opinion publique peut souhaiter que cette personne. fiscaux) ou utilisant des moyens astucieux de réalisation (Internet. soit sévèrement punie. en conséquence. De plus. Surtout que. Et. la population considère parfois également que des infractions en rapport avec l’argent sont moins graves que celles qui attentent à la vie des personnes. leur condamnation. En conséquence. c’est particulièrement le cas lorsque le comportement consiste à ne pas respecter une obligation issue du droit commercial ou du droit du travail par le chef d’entreprise ou le dirigeant de société. même à une lourde sanction pécuniaire par exemple par l’Autorité de la concurrence.1). 10 Introduction . En effet. La crimi­ nalité « en col blanc » par opposition à celle qui repose sur « les cols bleus » participe de ce sentiment (EH. la création des autorités admi­ nistratives indépendantes et de la répression parapénale. Là. il existe des mécanismes de transaction qui peuvent être utilisés dans certains domaines. tels que le droit de la concurrence ou le droit fiscal. le délinquant dispose de possibilités de dissimuler son forfait. 1940. À part une révélation dans la presse. investie d’une mission publique. Il en est de même lorsqu’il n’existe pas de victime identifiée. d’un point de vue criminologique. p. facteur de stigmatisation et de crainte. « White collar criminality ». II . American sociological review. B- Les acteurs de justice En droit pénal des affaires. nouvelles formes d’escroquerie à la carte bancaire).Une réprobation sociale nuancée A-L  a population Le délinquant d’affaires lui-même a parfois du mal à sa considérer comme quelqu’un qui viole une norme pénalement sanctionnée. Merton a montré que le délinquant d’affaires a une capacité d’adaptation importante au sein de la société.

Aux termes de cette évolution. ensuite le pilier consacré à la politique étrangère et de sécurité commune qui est couverte par le titre V du traité sur l’Union euro­ péenne (deuxième pilier) et enfin le pilier consacré à la coopération policière et judiciaire en matière pénale qui est couverte par le titre VI du traité sur l’Union européenne (troisième pilier). pour bénéficier au contraire au troisième pilier.Les règles de fond 3 L’infraction d’affaires présente des spécificités quant au fond du droit. il s’agit d’une procédure communautaire pour le premier pilier et d’une procédure intergouvernementale pour les deux autres. Dans le cadre des deuxième et troisième piliers. puis de ses éléments maté­ riel et moral (II). par le truchement du Conseil composé des ministres de la justice et de l’intérieur. L’ins­ trument décisionnel est la décision-cadre. En effet. Ces trois piliers fonctionnent selon des procédures décisionnelles différentes. ce droit d’initiative est partagé entre le Commission et les États membres et l’unanimité au Conseil est généralement nécessaire. il est de principe que le droit pénal échappe au premier pilier. l’Union européenne est formée de trois piliers  : d’abord. Ainsi. tenant notamment à l’adoption de nouveaux Traités. le pilier communautaire qui correspond aux trois communautés. la Communauté européenne de l’énergie atomique et l’an­ cienne Communauté européenne du charbon et de l’acier (premier pilier). Exami­ nons-les d’abord à propos de son élément légal (I). seule la Commission peut faire des propositions au Conseil et au Parlement et la majorité qualifiée suffit pour l’adop­ tion des actes au Conseil. le Traité d’Amsterdam le 2 octobre 1997 et le Traité de Nice le 26 février 2001. donc à la compétence interétatique. tels que le Traité de Maastricht signé le 7 février 1992. une Introduction 11 . En conséquence. I- L’élément légal A-L  ’influence européenne La communauté européenne telle qu’elle était créée par le Traité de Rome de 1957 a subi des évolutions. Cependant. elle suppose le relais du droit interne et ce d’autant plus qu’elle ne lie les États que pour le résultat à atteindre et les laisse libres de  choisir la forme et les moyens pour y parvenir. dans le premier pilier. donc à la compétence communautaire. Privée d’effet direct. à savoir la Communauté euro­ péenne.

au motif notamment que la Communauté « peut prendre des mesures en relation avec le droit pénal des États membres » afin de « garantir la pleine effectivité des normes » qu’elle édicte en matière de protection de l’environnement. La loi doit donc être portée à la connaissance des citoyens et l’existence du JO est l’un des moyens de respecter cette condition. puisque les piliers sont appelés à disparaître. dès que le Traité sera entré en vigueur (ce qui suppose que tous les États membres l’aient ratifié) pourront être prévues par voie de directives des règles relatives à la définition des infractions et des sanctions pénales dans des cas de criminalité « parti­ culièrement grave revêtant une dimension transfrontalière ». Le Conseil constitutionnel a récemment estimé. sous l’influence conjuguée. « La CJCE limite la souveraineté des États en matière pénale ». L’évolution se poursuit également en raison de la signature du Traité de Lisbonne le 13 décembre 2007. La Commission européenne conteste la procédure suivie car elle estime que l’environnement étant l’un des objectifs essentiels de la Communauté européenne. De Bellescize. sur les normes juridiques applicables ». Un arrêt de la CJCE en date du 13 septembre 2005 (R. pénal 2005. Le droit pénal des affaires se trouve placé au cœur de l’évolution ainsi en route. dans les circonstances de la cause. les compétences en cette matière sont nécessairement communautaires. En l’espèce. Cette solution a été par la suite confirmée par un arrêt de la CJCE en date du 23 octobre 2007. puis de l’adoption du Traité de Lisbonne. au terme d’une évolution. d’abord de la juris­ prudence de la CJCE. Dr. que la loi est soumise à 12 Introduction . Ce traité a été ratifié par la loi n° 2008-125 du 13 février 2008. Un bouleversement est prévu. chron. une décision-cadre du 27 janvier 2003 oblige les États membres à prévoir dans leur législation des sanctions pénales en cas d’atteintes à l’environnement. entraînant du même coup l’inté­ gration du droit pénal au sein des compétences classiques de l’Union européenne. La prévisibilité suppose que tout membre du corps social soit à même de prévoir les conséquences de ses agissements.évolution est en train de se produire en direction de la communauta­ risation du droit pénal. donc appar­ tiennent au premier pilier. B- Les techniques d’incrimination Le principe de la légalité suppose que la règle de droit doit être accessible et prévisible. Désormais. La CJCE suit ce raisonnement et annule la décision-cadre. La prévisibilité rejoint souvent l’exigence de clarté du texte. L’accessibilité est entendue dans le sens où le citoyen doit disposer de « renseignements suffisants. 16) est venu jeter le trouble sur la question de la répartition des compétences entre le premier et le troisième pilier.

notamment.  Gay). comm. FrisonRoche et W. obs. Les éléments matériel et moral A-L  ’élément matériel De nombreuses infractions d’affaires sont complexes et nécessitent la démonstration de l’existence d’une condition préalable. mais égale­ ment à un usage (le délit de tromperie de l’art. 213-1 C. à partir du libellé de la disposition pertinente et au besoin à l’aide de l’interprétation qui en est donnée par les tribunaux. note M. L’élément nouveau réside dans la qualification de ce principe en tant qu’« objectif de valeur constitutionnelle ». Doctrine. Le législateur a recours également à la technique dites « des catégories générales »  : la CEDH admet l’utilisation de ces catégories lorsque le justiciable peut savoir.-A. 15 novembre 1996. D. II .  Baranès . Cela rend plus complexe à la fois la recherche matérielle de la disposition applicable. en recopiant à l’iden­ tique le texte d’origine. L.. Parfois. comme l’a déjà fait valoir la Cour européenne des droits de l’homme et le législateur est soumis à l’obligation de rendre la loi intelligible. Recueil des arrêts et décisions 1996-V). l’infraction d’affaires est intentionnelle. D. 2000. France. Ce sont en effet la plupart du temps des délits (auxquels s’ajoutent quelques Introduction 13 . 361. Somm. quels actes et omissions engagent sa responsabilité pénale (v. l’accès au droit doit être garanti. grâce à la pratique dites des « codes pilote » et « codes suiveur ». Cantoni c. Conso notamment). Certaines infrac­ tions d’affaires sont formelles et sont constituées indépendamment de l’obtention du résultat. p. Le législateur utilise souvent la technique du renvoi pour les infrac­ tions en rapport avec la vie des affaires : renvoi à un texte.  1129.un « principe d’accessibilité et d’intelligibilité » (Décision n° 99-421 du 16 décembre 1999. p. en prenant appui sur l’ar­ ticle  16 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789. B- L’élément moral Le plus souvent. 2003. § 29. le législateur va encore plus loin. élément de droit ou de fait nécessaire à la constitution de l’infraction. par laquelle le législateur insère dans deux codes différents la même infraction. Dès lors. n° 2001-455 DC du 12 janvier 2002. mais également la compréhension de son contenu. L. Décision n°  2000-437 DC du 19  décembre 2000 . sans en être un élément constitutif (exemple de la banqueroute).

339 de la loi d’adaptation du 16 décembre 1992. 14 Introduction . Mais la jurisprudence résiste et les transforme parfois en délits inten­ tionnel. ils ont été transformés en délits d’imprudence ou de négligence par l’art. but recherché inclus au sein du texte incrimi­ nateur (dans le délit d’abus de biens sociaux notamment). 4 avril 2001. Il s’agit parfois d’infractions techniques. à propos de la revente à perte). RJDA 2001. Parfois s’ajoute un dol spécial. n° 1269. lorsque le droit pénal vient sanc­ tionner le non respect d’un autre corps de règles. Constitués par leur seule matérialité. en établissant une présomption aux termes de laquelle l’inten­ tion se déduit de la seule constatation de la violation en connaissance de cause de la prescription légale (Crim. Alors s’est posée la question relative aux délits que la doctrine quali­ fiait de matériels antérieurement à l’entrée en vigueur du Code pénal (vente sans facture ou revente à perte notamment).contraventions et dans ce cas la faute est contraventionnelle)..