Blog www.latribune.

fr « Générations déficits »

PFG – 30 juin 2013

Quelques commentaires sur le rapport de la Cour des Comptes sur « la situation et les perspectives des finances publiques »

La Cour des Comptes a publié le 27 juin dernier son rapport sur la situation et les perspectives des finances publiques, rapport prévu dans le cadre du débat d’orientation budgétaire prévu au Parlement par la loi organique sur les finances publiques (LOLF). La Cour joue ici un rôle de « vigie indépendante » pour le citoyen, le Parlement et le gouvernement, selon les termes mêmes de son Premier président Didier Migaud. La juridiction financière ne fait toutefois mystère d’une posture résolument engagée en faveur de la maîtrise des déficits via la réduction des dépenses, ceci pour répondre à un triple enjeu de souveraineté nationale, de compétitivité de l’économie française et d’équité et d’équilibre entre générations. La date de publication – fin juin 2013 – place en outre le rapport à un moment intéressant du processus budgétaire : - 6 mois après la trajectoire des finances publiques annoncée avec la loi de finances pour 2013 (31 décembre 2012) ; - 2 mois après la transmission par la France à la Commission européenne de son programme de stabilité (30 avril) ; - 1 mois après les recommandations de la Commission européenne sur les finances publiques française (29 avril) prévoyant le retour à 3% seulement en 2015 ; - en amont du débat français d’automne sur le budget 2014. Il est proposé de commenter ici trois points majeurs du rapport : la situation des finances publiques françaises à fin 2012 (1), leurs perspectives de moyen terme (2), enfin les recommandations sur des zones d’économies (3). Ces propositions d’économies sont très concrètes mais également très décalées par les pratiques de tous les gouvernements depuis plusieurs décennies.

1 Situation des finances publiques à fin 2012
Pour la Cour, « la moitié du chemin a été parcourue » sur le retour à des finances publiques raisonnablement équilibrées depuis les déficits considérables (plus de 7% du PIB) constatés en 2009 et 2010. Le déficit global des administrations publiques est ainsi passé de 5,3% en 2011 à 4,8% du PIB en 2012, même si le déficit 2012 est supérieur à l’objectif initial (4,5%). Surtout, la Cour remarque que le déficit structurel (le solde budgétaire comptable hors impact du cycle économique sur les comptes) s’est réduit de 1,1% à 4%, un effort inédit depuis la politique du gouvernement Juppé pour la qualification pour l’euro. Il y a eu en revanche une dégradation forte de la composante conjoncturelle du déficit (-0,8%) du fait d’une croissance en volume nulle en 2012 (contre +2% en 2011). Comme entre 1995 et 1997, le redressement est surtout passé par une augmentation forte des recettes (2% ou quarante milliards d’euros en 2011 et 2012, avant une nouvelle augmentation des recettes de 33 milliards en 2013). Concernant les dépenses, la Cour constate une croissance de 1% en volume fortement concentrée sur les administrations locales et les administrations de sécurité sociale, comme c’est traditionnellement le cas depuis quarante ans en France. Le déficit français n’en demeure pas moins extrêmement loin du niveau permettant de stabiliser la dette public (-1,3%), d’où une dette publique ayant passé les 90% fin 2012 (+4,4% en un an).

. tandis que l’Allemagne. la Cour compare terme à terme trois jeux de prévisions : . Ces prévisions successives. 130630 analyse Cour des Comptes PFG . Sur la période 2014-2017 objet du programme de stabilité transmis fin avril par la France à la Commission. compte-tenu d’une dégradation évidente de la conjoncture économique (la France est en croissance négative en 2013) et considère que les risques d’atterrissage concernent davantage les recettes que les dépenses (croissance réelle plus faible qu’anticipée. La Cour arrête pour sa part ses compteurs à fin juin à 3. soit un écart de cinq points de PIB avec la France.7%) et de l’Union européenne (4%).9% du PIB. à 3. sont retracées dans le schéma ci-dessous.les prévisions de la loi de programmation des finances publiques faites par le gouvernement fin 2012 : . a connu un excédent budgétaire de 0.7% (transmission du programme de stabilité. Le déficit français reste toutefois supérieur d’environ un point de PIB à celui de la moyenne de la zone euro (3. avril 2013). La Cour présente quelques exemples des modalités des programmes de convergence budgétaires engagés en Europe : .8 juillet 2013 .action sur les recettes centrées sur l’augmentation de la TVA (hausse du taux normal comprise entre 1 et 3 points) . 2 Une revue des perspectives de moyen terme Le rapport établit ensuite la chronologie récente de la dégradation de la prévision d’atterrissage des comptes publics en 2013 : on est ainsi passé en moins de 6 mois d’une prévision de déficit de 3% (loi de finances de décembre 2012). voire la suppression de certaines primes » .« mise en œuvre rapide de réformes des retraites prévoyant notamment le relèvement de l’âge de départ » . .2/4 La zone euro et l’Union européenne ont également connu une réduction modérée de leurs déficits.2%. première économie de la zone euro. qui retardent chaque fois le moment du retour à l’équilibre.un « scénario conventionnel prudent » établi par la Cour elle-même.« volonté de contenir les dépenses des collectivités territoriales ».celles du programme de stabilité envoyé par le gouvernement à Bruxelles fin avril 2012 .action sur les dépenses de personnel et la masse salariale « au travers d’une diminution des effectifs et/ou un gel pluriannuel des rémunérations. . la Commission européenne prévoyant un retour aux 3% seulement en 2015 (mai 2013). évaluation optimiste des élasticités entre croissance et recettes).

compte-tenu d’un biais optimiste récurrent sur les perspectives économiques au moment de l’établissement des budgets. Il est enfin utile intéressant de comparer les programmes de stabilité français et allemand (schéma ci-dessous).8 juillet 2013 . ce qui est sa situation en 2012 et 2013. la Cour étant ici en ligne avec la position de la Commission européenne énoncée au mois de mai. 130630 analyse Cour des Comptes PFG .3/4 La Cour constate le décalage classique (voir mon article de février 2011) entre prévision et réalisation. le passage sous 3% prévu en 2013 ne sera possible qu’en 2015. Pour la Cour. Cela met en lumière l’ampleur de l’effort que la France s’est engagée à faire (réduction de son déficit de 4 points de PIB) tandis que l’Allemagne maintient un solde public toujours proche de l’équilibre.

éventuellement combinée à l’augmentation des horaires de travail (remise en cause des 35 heures) . aides au logement.5% de 1998 à 2010.000 postes). 3 Des recommandations d’économies de dépenses parfois décapantes La Cour s’interroge enfin sur les modalités que la France devrait mettre en œuvre pour respecter la trajectoire des finances publiques : il est ainsi nécessaire de trouver une trentaine de milliards d’euros pour respecter le solde de 3% en 2015. rationalisation-mutualisation par rapport aux autres administrations publiques. avec le maintien d’un déficit du régime général de la Sécurité sociale autour de 20 milliards d’euro (un point de PIB). Cette option est liée au fait que l’effort 2011-2013 s’est porté sur des augmentations de recettes.4/4 La Cour des Comptes exprime par ailleurs ses préoccupations sur la situation des comptes sociaux. . Les magistrats financiers constatent que le programme de stabilité impose une progression quasi nulle des dépenses publiques en 2014 (0.la simplification et la rationalisation du fonctionnement de l’Etat et de ses opérateurs. période marquée par une conjoncture nettement plus favorable). Sont ainsi recommandés pour l’Etat : . soit +36%) et cela pour des raisons qui ne peuvent se résumer aux transferts de compétences résultant des lois de décentralisation. Il s’agirait de concrétiser une rupture majeure par rapport aux résultats récents (progression des dépenses en volume de 1.7% entre 2007 et 2011.4%) et 2015 (0. La Cour souhaite notamment que les administrations locales mettent en œuvre des économies de dépenses et que la baisse programmée des dotations de l’Etat ne se traduisent ni par une augmentation des prélèvements obligatoires locaux ni par un creusement de leur déficit.7 % du PIB à fin 2011 contre 8. Tous ces éléments font de ce rapport de la Cour un élément utile du débat brulant – et qui risque de le rester un certain temps – sur les finances publiques françaises… 130630 analyse Cour des Comptes PFG . nettement supérieure aux évolutions réelles (3. de 1% en 2012.8 juillet 2013 . Plusieurs mesures de moyen terme sont également proposée. Comme la Cour considère que les économies envisagée par le gouvernement dans le programme de stabilité demeurent à ce stade « à préciser » en ce qui concerne l’Etat et « assez hypothétiques » pour les collectivités territoriales. 13 milliards en 2014 puis 15 autres milliards en 2015). . pensions de retraite. 22 et 33 milliards d’euros pour 2011. de 0. La Cour souhaite enfin un effort particulier sur des collectivités locales dont les dépenses ont le plus fortement progressé au cours des trois dernières décennies parmi les administrations publiques (11. ceci jusqu’à la suppression totale de certains dispositifs .le peignage fin des dépenses d’intervention avec recherche d’efficience (cas bien connue de la formation professionnelle). sous-indexation ou désindexation des prestations sociales hors minimas sociaux (prestations familiales.2%). le taux directeur des dépenses de santé.6 % en 1983. La Cour appuie son analyse sur des prévisions de recettes sociales construites sur une progression annuelle de la masse salariale annuelle de 4%.la maîtrise des dépenses de personnel : « mix » équilibré combinant modération des rémunérations et évolution des effectifs (suppression annuelle de 10. elle propose une batterie de mesures à impact rapide sur les fondamentaux de la dépense : poursuite du gel du point pour les traitements des fonctionnaires. salaire de référence de l’assurance-chômage) et baisse de l’ONDAM. la partie la plus nouvelle et la plus décapante de ses travaux. La Cour indique de façon non ambiguë sa nette préférence pour un effort massif sur les dépenses (au moins à 80%). son rapport inclut un ultime chapitre sur des propositions concrètes d’économies. A court terme. pour un montant total évalué à 73 milliards d’euro (respectivement 18. 2012 et 2013). Le filon des recettes lui se semble donc éteint voire contre-productif au vu de ses effets sur le potentiel de croissance de l’économie française.9% en 2013 selon les prévisions du gouvernement).

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful