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V-

LIBRARY
UNIVERSITY OF CALIFORNIA

SAN DÏEGO

J

GIGÉRON
ET SES AMIS

OUVRAGES DE

M.

G.

BOISSIER

PUBLIÉS PAR LA LIBRAIRIE HACHETTE ET C"

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977-12.

_ Coulommiers.

Imp. Paul

BRODARD.

P7-12.

CICERON
ET SES AMIS
ÉTUDE SUR LA SOCIÉTÉ ROMAINE

DU TEMPS DE CÉSAR

GASTON BOISSIER
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l'académie FRAXC^ISK

SEIZIEME

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PARIS LIBRAIRIE HACHETTE ET C
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BOULEVARD

SAINT-GF.r.MAIX,

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Droits de Iraduclion ot do rcproduclion réservés.

I . la vivacité dramatique des événements. Un contemporain disait de ces lettres que celui qui les lirait ne serait pas tenté de chercher ailleurs l'hisc'est qu'elle * La suite de ce travail montrera que je me suis beaucoup servi des ouvrages publiés en Allemagne. et surtout de la belle Histoire romaine de M. Je ne partage pas toujours les opinions de M. CICÉROH. et le public les a lus avec avidité. nous a été racontée par les lettres de Cicéron. Momrasen si savante et si vi. Mommsen.INTRODUCTION LES LETTRES DE CICERON Il n'y a pas d'histoire qu'on étudie plus volontiers aujourd'hui que celle des dernières années de la républi- que romaine. De savants ouvrages ont été publiés récemment sur ce sujet en France. en Allemagne 1. vante à la fois. L'importance des questions qui se débattaient alors. même dans les endroits où je me sépare de lui l'influence de ses idées. mais ce qui explique encore mieux l'attrait que nous éprouvons pour cette curieuse époque. mais on reconnaîtra. en Angleterre. la grandeur des personnages justifient cet intérêt. histoire. C'est le maître aujourd'hui de tous ceux qui étudient Home et son .

de Pour des gens accoutumés aux mouveaux agitations des partis. comme Tite-Live. suspecte : elle vient de gens qui n'ont pas pu dire toute la vérité. nous la retrouvons là bien plus vivante et bien plus vraie que dans des ouvrages composés tout exprès pour nous l'enseigner. et assez éloignés d'eux pour les juger sans passion. Elle nous jette au milieu des événements et nous les fait suivre jour par jour. et nous nous trouvons placés dans celte position unique d'être assez près des faits pour en voir la couleur véritable. vénérable ancêtre de notre i Corn. ou qui. et en effet. Ait. qui nous en séparent . Il vaut donc mieux. espéraient se faire pardonner leur trahison en disant le plus de mal qu'ils pouvaient de ceux qu'ils avaient trahis. se la faire soi-même. il L'importance de ces lettres s'explique facilement. Nepos. la plupart du temps. comme du forum. mais cette opinion suivis et est. au grand jour ennui d'aller passer plusieurs années dans ces contrées perdues. comme PoUion. A la vérité ils recevaient nue sorte de gazette ofticielle. Le proconsul qui partait de Rome pour aller vince lointaine sentait bien qu'il s'éloignait tout à la vie politique. disaient. c'était un grand ments des ils affaires. Que nous apprendraient de plus Asinius PoUion. acta diurna. i^ . au lieu de recevoir une opinion toute faite. Tite-Live ou Gremutius Cordus. et c'est ce que nous rend possible la lecture des lettres de Cicéron. qui écrivaient à la cour des empereurs. ou. Les hommes politiques de ce temps avaient bien plus gouverner quelque profait besoin de s'écrire que ceux d'aujourd'hui. si nous les avions conservés? Ils nouf donneraient leur opinion personnelle . où les bruits de la place publique de Rome ne parvenaient pas.2 loire INTRODUCTION de ce temps •. Malgré les dix-huit siècles nous semble que nous les voyons se passer sous nos yeux.

n'avaient pas accès dans les gi'andes maisons. 8. Je citerai. litiques. Ce n'étaient pas tout à fait des nouvelles de un proconsul désirait savoir.. être tenus au courant des affaires. 1 ils s'adressaient naturellement à quel- le Voir Cic. qui voulaient. des gladiateurs vaincus. des manœuvres. et vm. ad fam. notaient les bruits et les malins propos. . n'approchaient pas des pola ville Leur rôle consistait uniquement à courir et à recueillir par les rues ce qu'ils entendaient dire ou ce qu'ils voyaient. histoires Ils enregistraient soigneusement les de théâtres. mais ne "satisfaisait pas ces personnages politiques. Rome conten^t un procès-verbal assez terne des assemblées du peuple. Epist. décrivaient le détail des beaux enterrements. pour combler les lacunes du journal officiel. Pour les traper bien connaître. Mais ii somble que tout journal condamné par Celui de sa nature à être quelque peu insignifiant. avant tout. les récits scandaleux qu'ils pouvaient at- Tout ce babil amusait un moment. la choisis d'ordinaire parmi ces Grecs affamés que Ils ils misère rendait bons à tous les métiers. Aussi. le résumé succinct des causes célèbres plaidées au forum. comme les appelle quelque partCœlius. avaitil recours à des correspondants payés qui faisaient des la main à l'usage des curieux de la province. dans cours de cet ouvrage. s'informaient des acteurs siffles.INTRODUCTION 3 olïiciel soit Moniteur. familiers des gazettes à comme c'était grands seigneurs et bien reçus des ministres. les œuvres de Cicéron d'après Té- dilion d'Orelli. l. les corres- pondants romains n'étaient que des compilateurs obscurs. la mode chez nous au siècle dernier. mais tandis qu'au dix-huitième siècle on chargeait de ce soin des hommes de lettres en renom. ii. et surtout '. et aussi le récit des cérémonies publiques avec la mention exacte des phénomènes at- mosphériques ou des prodiges survenus dans ce genre qu'un préteur ou la ville et ses environs.

et sans comles introet mentaire et. orageuses du sénat qu'il cherche un pays où l'on agraires qu'il pas entendu parler de Vatinius ni de César. toute force. et où l'on ne s'occupe pas des d'aller lois . meurt d'envie oublier Rome sous les beaux ombrages d'Arsite pinum. ocellos II aliœ. il ne cessent de regretter ne faut pas trop le croire n'ait vient nous dire qu'il est fatigué des discussions . de vivre encore au milieu de Rome après qu'on l'avait quittée. do Curion. importants. à villas enchanté de Formies. pour des courriers parsavoir à chaque moment. amis sûr*i. et qu'ils 11 lorsqu'ils les ont perdues. les autres duisaient dans les cabinets des grands politiques. ils con- naissaient la raison et le caractère véritable des faits que les journaux rapportaient sèchement . personne ne l'éprouva plus que Cicéron . De près ou de loin. il ne put détacher les yeux du forum. su censée et retourne naturellement à lent y Rome. pour ainsi dire. personne n'aima davantage ces agitations de la vie publique. et ce aller ce qu'on qu'on y fait. AusArpinum. et. quoi qu'il dise. dont les hommes d'État se plaignent quand quand ils en jouissent. choix de quelques . C'est là ce qu'il réclamait sans relâche d'Atticns. leurs discordes inlinies. ou dans qu'il quelque autre de ces belles tlerté les appelait avec ornements de l'Italie. il pense lui fallait ce que Saint-Simon appelle ce petit fumet d'affaires dont les politiques ne se peuvent passer.4 INTRODUCTION Ils faisaient qu'un qui pût les savoir. il A voulait connaître la situation des partis. leurs accords secrets. ou au milieu du sitôt qu'il est installé à Formies. de Cnclius et do tant d'anfres grands . bien informés par eux. Jamais. leur faisaient écouter leurs entretiens les plus secrets. Ce besoin d'être régulièrement informe de tout. enfin tous ces manèges cachés qui préparent les événements et les expliquent. tandis que leurs correspondants payés les laissaient d'ordinaire dans la rue.

On se les passait de main en main quand elles contenaient quelque nouvelle qu'on avait intérêt à savoir. . fait plus autant ^qu'alors au moyen des Nous avons inventé des procédés nouveaux. Durand. l'ait voulu l'histoire de Les correspondances des hommes loin politiques de nos d'avoir la quand on les publie. il en reçoit non-seulement la nouvelle. en quelque lieu désert qu'un journaux viennent le tenir homme soit retiré. Du temps le Cicéron. On lisait.INTR0DUCTI0!Î esprits. toute tiennent. et naître leurs sentiments. et voilà comment son temps jours. les au courant de tout ce qui se fait dans le monde. on copiait celles des grands personnages qui faisaient conles voir et y assister. n'a Il croit aucun besoin qu'un ami bien informé se donne la peine de l'instruire. Ce serait une étude curieuse que de chercher tout ce que les journaux ont détruit et remplacé chez nous. 1 J'ai quelles : 1863. C'est par elles qu'un homme politique qu'on attaquai f se défendait auprès des gens essayé d'éclaircir quelques-unes des questions auxdonne lieu la publication des lettres de Cicéron dans un mémoire intitulé Recherches sur la manière dont furent recueillies et publiées les lettres de Cicéron. sont même importance. intrigi. on commentait. les lettres en tenaient souvent lieu et rendaient les mêmes services. 5 mêlés à toutes ces curieux . C'est que l'échange des sentiments et des pensées ne se lettres. Comme il apprend les événements presque en même temps qu'ils se passent. L'immense publicité de la presse a remplacé avec avan- tage ces communications discrètes qui ne pouvaient pas s'étendre au delà de quelques personnes.es comme acteurs ou comme c'est ce qu'il racontait lui même de la façon la plus piquante à ses amis absents. Aujourd'hui. sans qu'il i. il mais £mssi l'émotion. les lettres qu'il a reçues ou envoyées confaire. Paris.

on était forcé de profiter des occasions ou d'envoyer le lettres par un esclave. plus d'animation. ou qu'elle était réservée. leur aient nui. un public restreint. Je crois cependant que même ces correspondances intimes. importance naturelle qu'on met aux choses qui coûtent plus et qui sont moins faciles. à laquelle on donnait tous ses soins. par un hasard étrange. tendent nôtre On dirait que. écrire était encore une chose grave. . Même au temps de Mme de Sévigné. on les soignait davantage. la vie politique leur appartient et. pour trop souvent . qu'on former une sorte d'opinion commune dans muet. et l'on est tenté sable et de croire d'abord que cette matière est inépuiqu'avec les sentiments et le* affections de mille natures qui remplissent notre vie intérieure. à porter les ordres de l'empereur. qui auraient dû leur donner Autrefois. faisait les lettres [)lus longues. quand posie n'existait pas. où plus il n'est question que de nos affections et de nos sentiments. qui tenaient tant de place dans la vie d'autrefois. C'était alors une affaire d'écrire. On ne voulait pas que on n'être pas forcé de les messager fit un voyage inutile. recommencer sans y songer. ils ont fait perdre aux correspondances un de leurs principaux aliments. comme ils sont incomparablement plus commodes. 11 est vrai qu'il leur reste les affaires privées . quand forum essayait de comme au temps de César.6 dont le il INTRODUCTION tenait à conserver l'estime était . ' c'est par elles. plus rapides. la facilité même la et la rapidité des relations. elles seront toujours assez riches. plus répandus. par cette. quand les ordinaires ne partaient qu'une ou deux fois par semaine. Aujourd'hui les journaux sB sont emparés de ce rôle. n'avait pas plus tôt fait partir sa icllre . plus complètes. éloignée de sa tille. Ces commerces presque à disparaître de la agréables et assidus. comme les chez les Romains. La mère. deviennent tous les jours courtes et moins intéressantes.

aura pour jamais disparu. de peur qu'un le oubli ne rejette trop loin le récit d'une nouvelle qui perdra sa fraîcheur pour venir trop tard. on nous menace . comme faisait «. el qu elle enverrait plus lard.INTRODUCTION qu'elle songeait à celle 7 quelques jours intervalle. Bientôt sans doute le télégraphe la poste. la facilité fait qu'on a maintenant de s'écrire quand on veut s'écrit cà qu'on moins souvent. les souvenirs. Les logiciens et les raison- . aura remplacé que par cet instrument haletant. l'agrément des coprespondances intimes. déjà très-compromis. positive et pressée. » plus à ne rien oublier. On attend d'avoir quelque chose se dire. et où on les écrivait mieux. Les pensées. dans le style qu'il emploie. on n'assemble plus des matéelle elle quand prenait la plume. tout le monde n'y réussissait pas également. encore de le réduire. ce qui est moins fréquent qu'on ne le pense. et qui ont besoin de beaucoup réfléchir avant d'écrire. les regrets s'a- massaient dans son esprit pendant « cet ne pouvait plus gouverner ce torrent. par provisions. Tandis que retour périodique de l'ordinaire amenait autrefois plus i\e suite et de régularité dans les relations. on n'écrit plus on ne cherche plus à vider son sac. Les esprits sages écrivent d'une manière régulière et méthodique. dans le temps même où l'on avait plus d'occa- sions d'écrire des lettres. et nous ne communiquerons plus image d'une société qui. on ne se travaille Mme de Sévigné. font des mémoires et non des lettres. cherche à mettre un peu moins que ce le nécessaire. riaux. . Il y a des tempéraments qui sont plus propres à ce travail que les autres. Mais. Avec nouveau progrès. Le& gens qui saisissent lentement. mais ils manquent d'agrément et de feu. On ne s'écrit plus que le nécessaire c'est peu de chose pour un commerce dont le principal agrément consiste dans le superflu et ce peu de chose. » Aujourd'hui qu'on sait qu'on peut écrire quand on veut.

pour ainsi dire. qui se laisse saisir par les impressions du moment et change brusquement avec elles. Au premier abord. ainsi que le surtout demande une correspondance suivie. faut aimer à plaire pour livres. Ceux qui sont uniquement pos- sédés d'une idée. Écrire 11 demande toujours un il certain effort. Celle insatiable vanité. cette mobilité d'impressions. cette facilité à se laisser saisir el dominer par semble qu le il les événements . qui ne néglige aucune conquête cl sent le besoin de faire des frais pour tout le monde? Je ne crois pas que personne ait jamais possédé ces qualités au même degré que Cicéron. et l'on est lenlé de se demander comment des genres si même homme i opposés a pu réussir dans mais l'étonnement cesse dès . si l'on veut. il faut avoir une imagination vive et mobile. est toujours sous les armes. Pour être agréable à toute heure et sur tous les sujets. et les quitter tous avant qu'ils soient épuises. ne sont éloquents que toutes les fois qu'ils en parlent. afin que l'intérêt se soutienne. pourquoi les femmes vont plus loin qu'elles ont plus que nous dans ce genre que nous d'écrire. qui se concentrent en elle et n'en veulent pas sortir. faut le vouloir pour y réussir. Il est assez naturel qu'on tienne à plaire à ce grand public auquel s'adressent les mais c'est la marque d'une vanité plus délicate et plus exigeante que de se mettre en dépense d'esprit pour une seule personne. il y ait une grande différence entre ses lettres et ses discours. on doit savoir passer légèrement d'un sujet à l'autre. le vouloir. ce qui n'est pas assez. le N'est-ce pas parce goût de plaire et une vanité naturelle qui. on les letrouve dans toute sa vie et dans tous ses ouvrages. depuis La Bruyère. un peu de coquetterie. On s'est demandé souvent. C'est la première qualité de ceux qui écrivent bien les lettres.8 INTRODUCTION : neurs ont l'habitude de suivre trop leurs pensées or. j'y joindrai.

ou les témoins grecs qui bavardent sans une litière à huit porteurs. com. le marchand Chéréa « avec ses sourcils rasés et celte tête qui sent la ruse et où respire malice » ou le préteur Verres se promenant dans comme un roi de Bilhynie. sec. trêve et « gesticulent des épaules ^. 'ii.. le cou enflé.. Qiiaad on clierche quelles sont les qualités vraiment originales de ses discours. fait. post.. se trouve i! que ce sont tout à lettres. 11. les personnes ou le repoussent avec une incroyable vivacité. mollement couché sur des roses de Malte ^^ ou Valinius s'élançant pour parler. possède merveilleusement l'attirent la faculté de se faire le spectateur de ce qu'il raconte.. c'est qu'il les a lui-même devant les yeux. et nous trouvons souvent qu'il y a trop d'artifice dans sa rhétorique mais ce qui dans ses plaidoyers est .v. » tous ces perles a sonnages enfin. ce sont ses récits et ses portraits.INTRODUCTION 9 qu'on regarde de plus près. S'il nous ne le les fait si bien voir. Quand la il nous montre ^. » Pro Rabir. Pro Rose. resté vivant. 2. qu'on n'oublie plus quand on fois une rencontrés chez lui. et de représenter plus au vif fait les événements et les hommes. — . » ou les témoins gaulois qui parcourent le forum avec un air de triomphe et la tête haute '^. 7. et il se met tout entier dans les peintures qu'il en ! Aussi quelle passion dans ses récits Quels emportemen ts furieux dans ses attaques! Quelle ivresse de joie il quand décrit quelque mauvais succès de ses ennemis ! Comme 1 Vatin. act. Ses lieux mêmes communs qui nous ont quellaisse arrive que son pathétique nous froids. « les yeux saillants.. les muscles tendus 3. il fait les charment dans ses quefois vieilli. —^ In Verrem. sa puissante et mobile imagiIl nation se les figure avant de les peindre. — ' In — * Pro Font. 11 est difficile d'avoir plus de talent que lui pour raconter ou qu'il pour dépeindre. 13. Les choses le frappent.

» In Pison. seulement dans ses. his delector^ his C'est à peu près dans les mêmes termes perfruor que s'exprime Saint-Simon. selon ses énergiques expressions * : Ms ego rehiis pascor. Je triomphais. ivre de haine el de bonheur. échauffant tous ses récits. ressent vi- vement quand il les plus légères atteintes et s'emporte à tout propos. les raconte. » Saintil Simon a souhaité ardemment a cru le tenir . Moi. c'est sa première impression qu'il lui donne.. ! ce cependant. dit-il. je nageais dans ma le vengeance. parce qu'il y est plus libre et s'abandonne plus franchement à sa nature. Il ne pense pas cependant qu'on aurait mal rempli la place de Colbert et de Louvois. Les moindres événements l'animent. elle aurait sans fait un médiocre L'exemple de Cicéron le montre bien. je me vengeais. Quand il écrit à quelqu'un de ses amis. irritable. pouvoir. qu'il s'en délecte et s'en repaît. dilaté à l'excès. Il est donc vrai de dire qu'on trouve les mêmes qualités dans les discours de Cicéron que dans ses lettres. j'en étais à craindre la défaillance. dans la fameuse scène du lit de justice. il ne réfléchit pas aussi longtemps que lorsqu'il doit parler au peuple . » Je doive le plaindre. Passionné.10 INTRODUCTION qu'il on sent en est pénétré et inondé. qu'il y met toute son cité d'impression. mais comme cesse troublé son jugement. Cette vivade lui un peintre incomparable. et il la donne vive et passionnée. ainsi qu'à Tantale. elle en eût politique. qu'il en jouit. ne trouvait plus d'espace à s'étendre.. se fois qu'il sont retirées du bord de ses lèvres toutes les croyait y toucher. . 20. a fait âme. Mon cœur. lettres elles se montrent mieux. je me mourais de joie . et ses qualités mêmes lui il auraient peut-être été nuisibles. ell'on sent. et deux fois « mais les eaux.. quand il voit le duc du Maine abattu et les bâtards découronnés.

.. en a quelquefois reçu il trois dans même les journée. C'est la faute des messagers ens'en plaint. à la seul. cl je m'en sers comme si elle était bonne 2. — - Ad Quint. Une leltr'e ne : peut pas ressembler politique. à un plaidoyer ou à un discours On *. il n'en aurait pas trouvé le en avait tant à écrire lui pour contenter tout le monde Allicus. 15. Aussi n'était-i! pas toujours facile il de le déchiffrer. le temps de réfléchir. de leurs chapeaux de voyage attendent à la disent que leurs camarades les » porte Pour ne pas les retarder.INTRODUCTION 11 la comme elle naît chez . la première plume que je trouve.. » il ne se laisse pas davantage «. où les dicte à ses secré- deux services. « voyés par ses amis. de ses correspondants qui croyait lui faire plaisir. se sert pour elle des expressions de » tous les jours Quand il aurait voulu les soigner loisir. 21. dit-il à son frère. IX.. sur la grande route. 1 Ad fam. qu'on ne peut pas y soupçonner l'apprêt ni l'artifice. lui ? vous •écris avec doit le style pas garder toujours répond « Que pensezNe trouvez-vous pas que je de tout le monde ? On ne le même Ion. il faut écrire au hasard tout ce qui vient à l'esprit. Aussi les écrivait-il où pouvait. Un lui expressions. viennent. dans son jardin. — ' Ad fam. pendant séances du sénat.f XV. 17. lorsqu'il se promène. Quand il les écrit de sa main. . ayant un jour parlé des foudres de ses il fulmina verhonim vous donc de mes lettres . et qui ne veulent pas attendre. Ils tout prêts à parlir et couverts 7 ils 3. quelque chose de de si simple. quand taires entre il voyage. 11. il Il les date quel- quefois de sa salle à manger. 11 ne prend pas si peine de travailler son style tout ce qu'il écrit a d'ordinaire facile et un air si aisé. lui. Quand on ne manque pas de bonnes raisons pour s'excuser. Je prends. dit il. Il ! davantage. G.

ses exhèdres il court à ses livres. Ce qui plaît dans ses lettres. quelque prière qu'il lui en fasse. tuns. dit-il à l'autre.. ses gymnases. ce n'est » Il y retrouve les gens les plus ennuyeux du monde.. ces messagers si le temps de l'aire des pièces d'éloquence. — » Ad fam. 16. Je n'ai 1 16. » Bien plus encore que dans ses discours. . « Il me semble que je vous parle 2. si pressant. pressés qui n'ont pas laissé à Gicéron précisément qu'elles contiennent le premier jet de ses sentiments. 18. dit-il à Atticus. '*. xvi. .. Aussi son frère : « Je vous ai vu tout entier dans votre lettre que nous sommes tentés de lui dire nous-mêmes toutes les fois que nous le lisons. « C'est une promenade publique. on m'annonce Sebosus. Ad fatn. son ami Sebosus et son ami Arrius. xv. dans ses lettres. si animé. il se livre à la joie de la revoir elle ne lui a jamais semblé si belle. Sa maison de Formies elle-même ses amis. . c'est . honteux de les avoir quittés. qui s'obstine à ne pas retourner à Rome. « Je ne sais comment il se fait. finit par lui déplaire. Comme il ne prend pas le temps de se déc'est guiser. 2 Ad AU. L'amour de la solitude s'empare de lui au point qu il ne se trouve jamais assez seul. » C'est ce S'il est si vif. à nous tel qu'il est. que je crois être près de vous en vous écrivant 3.1-2 INTRODUCTION Remercions ces amis impatients. xiii. lorsqu'il cause avec que son imagination se transporte sans peine aux lieux où ils sont. qu'elles sont pleines d'abandon et de naturel. Vient-il d'arriver dans quelqu'une de ses belles maisons de campagne qu'il aime tant. tout entier aux émotions du moment. » écrit-il à l'un.* Ad Ait. — 14. « Au moment où je vous villa pas une écris. II. pour lui tenir compagnie et philosopher tout le jour avec lui. il se lui disait-il montre un jour i. Il visite ses portiques. parce qu'il y vient trop d'impordit-il.. il est.

Aussitôt qu'il se plonge de plus fort dans la oubliés. animé toutes s'y engage Il il y prend part avec plus d'ardeur que personne. » En ce moment. « Je suis résolu. 4. si c'est 13 me fuir Rome? A quoi les me sert de pour tomber entre mains de ceux- ci? Je veux. Ses lettres les en est encore tout en contiennent croit assister à ces scènes émotions. — ^ Ad Quinl. Il.INTRODUCTION pas achevé d'en ç. On incroyables qui se passent au sénat. n'a plus d'autre ambition que d'être rejoint par son ami Atticus. j)Mais on sait comment est il tient ces sortes il de retour à Rome. !. k. » Il va en Arpinum il pousse il même jusqu'à An- tium.émir. '. je veux in'enfuir vers les montagnes de In ma patrie. il paraît plein de dégoût pour la vie publique . 15.. lorsqu'il écrit à Atticus. politique les champs et leurs plaisirs sont A peine surprend-on par moments quelques regrets passagers d'une vie plus calme. Cette passe son temps à compter lui plaît tant. que j'entends Arrius qui salue. le sauvage Anlium. où les vagues. de promesses. à n'y plus songer 2. et nous les communiquent.. Est-ce là quitter les autres. montes patrios effet à ad incunabula noslra . n. — 2 Ad Au. ui. ou de causer philosophie « assis sur ce petit siège qui est au-dessous de la statue d'Aristote. de faire avec lui quelques promenades au soleil. ajoute-t-il en citant un beau vers emprunté peut-être à ses propres ouvrages. qu'il obscure tranquillité regrette de n'avoir pas été plutôt duumvir dans Il celte petite ville que consul à Rome. .. lorsqu'il attaque Clodius tantôt par des dis* Ad An. dit-il. . il n'en veut pas entendre parler. et au berceau de mon enfance. « Quand donc vivrons-nous? quando vivemus tions timides ? » dit-il tristement au milieu 3. de ce le tourbillon d'affaires qui l'entraîne Mais ces réclamaet sont bientôt étouiïées par le bruit et Il mouvement du combat.

14 INTRODUCTION cours suivis. quam fama commovit. sa phrase devient sans transition majestueuse et triomphante. Quoiqu'il ne s'adresse qu'au fidèle Atticus. judices quos_ famés magis feu.. splendorem il/iim forensem. ou les juges qui. exoptatissimus. dit-il.. Quelquefois lui arrive. sur le forum. C'est au plus fort de sa si lutte contre Anloino. au milieu des situations les plus graves. et in senatu aucloritateni et apud viros hoiios graiiam 2. 15. la brigue est en sequere me in Campum .. se vendent honteusement à qui les paye. . Il n'y a rien de plus abattu que celles éternel. de l'exil-. qu'il écrit à Papirius Pœtus cette lettre d'une façon charmante où il l'engage amusante à fréquenter de nouveau les s » Ad AU. le ton n'est plus même d'une lettre à l'autre. » Et il nous montre les candidats aux prises. Gomme il a l'habitude de changer avec qu'il écrit de céder à ses impressions le et elles. prudentissimus. employant tour à tour conlre lerie. le crédit qu'il a si glorieusement au forum. on croit entendre un écho des harangues solennelles qu'il vient recori'juis il de prononcer au sénat et devant le peuple. Elle est toute pleine de ces superlatifs de complaisance qu'il distribuait si libéralement alors à tous ceux qui l'avaient servi. 1. « Suivez-moi au champ de Mars. célèbre en il y termes magnifiques les la les marques d'estime l'autorité que jouit lui donnent honnêtes gens. IV. ardet amhitus i. Il est plus vif lui les plus grosses armes de la rhétorique et les traits les plus légers de la rail- encore quand il décrit les assem- blées populaires et raconte les scandales des élections. iv. lanlôl dans des mteroellalions fougueuses. etc. for- tissimus. dont il uons curie. Ad Att. de sourire et de plaisanter avec un ami qui l'égayé. c'est un gémissement Le lendemain de son retour. la bourse à la main.

Mme Mme de Sévigné. répond Pompée me faudrait descendre jusqu'à Cicéron.. Le temps arrivé. comme lui. tons-nous. : . Il . nous vous nommons un successeur . 24. avait fixé à votre pouvoir. Et en le ! effet a-t-on jamais vu une plus impudente audace ? — Vous occupez depuis dix ans une province que le sénat ne vous a pas donnée. » Si je voulais trouver un autre exemple de cette agréable variété. que faites-vous des nôtres ? Quel prétexte avez-vous à garder votre armée au delà des limites même que le peuple a fixées. — Eh bien! bat- nous avons au moins l'espérance de vaincre ou de mourir libres 2. vu. Quand César menace lève. lèvent sans effort à la plus haute éloquence. Supposons que ce soit la loi. malgré le sénat ? — — : ! — Il faut me céder. ont écrit leurs lettres pour le public. de ces figures véhémentes qui ne seraient pas déplacées dans un discours adressé au peuple. « Quel destin est nôtre ? Il faudra donc céder à ses demandes impudentes C'est ainsi que Pompée les appelle. Le terme est venu que votre caprice seul. . mais que vous avez prise vousmême par la brigue et la violence. mais vous vous y opposez et nous dites « Respectez mes « droits » Et vous. il s'échauffe la tristesse. Mais qu'il renil a bientôt contre alors quelque personnage effraye il gagné son épouvante. et non pas la loi. aussitôt son style change s'anime.INTRODUCTION 15 bonnes tables et à donner de bons dîners â ses amis *. que je m'adresserais. ni à ceux qui. ne brave pas les dangers. 9. Comme de Sévigné a l'imagination ti'ès-vivc et —^ Ad Alt. l'émotion. ce n'est pas à Pline. le il trouve. ré11 . et Rome et qu'il pose insolemment ses der- nières conditions au sénat.. ou vous battre. ix. * Ad fam. et de ces brusques changements de ton. l'effroi. il les oublie. en écrivant à cœur de Cicéron se souune seule personne.

ainsi la société des paysans à celle des élégants de province. sans réfléchir. quelque roman de sa jeunesse qu'elle relit en se cachant et où elle est étonnée de se plaire encore. Mais elle a emporté avec elle quelque sérieuse morale de Nicole. il lui faut une solitude plus complète. elle a retrouvé parmi les livres délaissés. semblait uniquement pour Elle court àLivry aux premiers beaux jours pour y jouir « du triomphe du mois de mai. elle aime mieux entretenir » Pilois. On a remarqué qu'elle se plaisait partout. la vivacité mais par de son caractère. qui entière aux impressions pas tellement qu'elle sonne en ce celle les salons et siècle du moment. et cependant il n' ya . elle trouve enfin tant d'agrément dans son désert qu'elle ne peut pas se décider à le quitter. le coucou et la fauvette qui ouvrent le printemps dans les forêts. et le plaisir semble toujours le plus grand de tous. elle se livre. à ses premières émotions.16 INTRODUCTION très-mobile. elle se laisse qu'elle goûte lui prendre aux choses. plus de beaux esprits à entretenir. et elle va gaiement s'enfermer sous ses grands arbres de Bretagne. » Mais Livry est trop mondain encore. et de même que Cicéron préférait campagne est le dernier asile. n'ayant plus de nouvelles à répéter. » pour y entendre « le rossignol. Elle cause avec ses gens. son jardinier. que « plusieurs qui ont conservé le litre de chevaliers au Elle se parlement de Rennes. sous ces allées solitaires où les arbres couverts de belles devises semblent se parler l'un à l'autre. dont on sait que la que des vieux meubles. et pern'a mieux parlé de la nature que qui se trouvait faite si femme du monde à l'aise dans s'y plaire. fait non par cette indolence d'esprit qui l'on se qu'on s'attache aux lieux où la livrait tout trouve pour n'avoir pas la peine d'en changer. Paris ne la captive n'aime aussi la campagne. Pour le coup. ses amis do Paris croient qu'elle va mourir' d'ennui. promène dans son mail.

des rages. et de quels salons elle sort. qui les lui a racontés. Coulanges. des cruautés. c'est qu'elle quitte Ihôtel de Bouillon où la famille du prince pleure avec sa mort sa fortune ébranlée. des mépris. le On croit que quand on leur arrache jours en qu'elle vie. et : qu'on n'en entendra plus parler. n'est pas pour longtemps. des rudesses. elles cœur. quelles lectures elle vient de quels enireliens elle vient d'assister. qu'on écorche. Ses lettres en sont pleines. elle est tout entière aux charmes de mondaine. elle voit partout quelque image de la vie et du cœur humain.INTRODUCTION pas de 17 femme qui aime plus Paris. Elle se livre si facilement aux impressions qu'elle reçoit qu'on peut presque dire. c'en est fait. On voit les bien. mais ce. lorsqu'elle répète si agréa- blement à sa fdle commérages de la cour. On ne saurait en voir la fin. Celle vipère qu'on ouvre. et toujours elles remuent. » Celle facilité émue. des plaintes. elle se sermonne elle même avec Nicple. ne ressemble t-elle pas aux vieilles dit passions? «c Que ne leur fait-on pas? On leur des injures. qui lui fait adopter si vite les fait sentiments des gens qu'elle fréquente. Elle se prêche. qu'elle vient d'entretenir la la spirituelle Mme de Quanc elle parle d'une façon si attendrissante de Turenne. sauf à dire un peu plus loin ^ Monsieur Nicole. fait des leçons à propos de tout. des querelles. à lisant. Une fois qu'elle y la vie est revenue. et qui remue toujours. jusque dans ce bouillon de vipère qu'on va servir à Mme de La elle Fayette souffrante. Que son fils survienne et lui raconte gracieuse. : héros ou la victime. en les faire. Pas du tout elles sont tou- a d'être remuent toujours. quelqu'une de ces aventures galantes dont la voilà qui se jette il a été le hardiment dans les récits les plus scabreux. quand elle vient de visiter La Rochefoucault. ayez pitié de nous! » Tout se tourne en morale. lui sentir aussi le contre-coup des grands événements auxquels .

il lui arrive de passer sans scrupule en quelques jours d'un extrême à l'autre. Seulement comme elle n'est qu'une femme du monde. Quand il apprécie les événements ou les hommes. et on se déclare très-satisfait de la façon dont il s'est conduit. ses contradictions ont peu de gravité. de la lettre de Mme de Sévigné sur la mort de Louvois. on ne temps de réfléchir avant de parler. Au commencement de no- . et l'on s'expose à changer souvent d'opinion. Ge sont si là d'admirables qualités. je suis encore plus touché. Gaton est traité d'excellent ami {amicissimus). Les impressions rapides sont quelquefois un peu légères. On exige surtout de lui qu'il ait de la suite dans ses opinions. et. sans y songer. c'est précisément ce que la vivacité de son imagination lui permet le moins. et je trouve plus de hardiesse et d'éclat dans ce dialogue terrible qu'elle établit entre le ministre qui et demande grâce Dieu qui refuse. or. et nous ne songeons pas à lui en faire un crime. comme Gicéron. elle devient éloquente. Dans une lettre de delà fin d'octobre. INTRODUCTION Le style de ses lettres s'élève quand elle les raconte. Quelque admiration que me causent la grandeur des pensées et la vivacité des tours dans ce beau morceau de Gicéron sur Gésar que je citais tout à l'heure.18 elle assiste. C'est ainsi que Mme de Sévigné s'est plus d'une fois contredite. quand elle la lit toute seule. Que nous importe en elïet qu'elle ait varié dans ses jugements sur Fléchier et sur Mascaron. elle s'empresse d'y trouver miîle défauts dès que son cousin Bussy la condamne'? Mais Gicéron est un homme politique. mais elles amènent aussi quelques inconvénients avec elles. je l'avoue. se laisse emporter par se donne pas le Quand on une imagination trop vive. qu'après avoir admiré sans réserve la Princesse de Clèves. Il ne s'est jamais piqué d'être fidèle à lui-même. et il est tenu d'être plus grave.

ceux comme Cicéron qu'emporte la vivacité de leurs impressions parlent.INTRODUCTION 19 vembre. Un autre danger. Les et les habiles renferment soigneusement en eux tous ces sentiments qui ne méritent pas de voir le jour. La parole ou la plume donne plus de force et de consistance prudents à ces pensées fugitives. ces soupçons ridicules qui naissent d'une blessure d'a- mour-propre. ces bouffées d'ambition que la raison s'empresse de désa- » Ad Alt. c'est qu'elle peut donner de ceux qui la s'y Il livrent l'opi- nion la plus mauvaise et parfaits plus fausse. plus grand encore. on les précise. elles prenelles nent une netteté. et dans une âme mobile vite. des jalousies. éclairs .. Ce n'étaient que des les écrivant . on l'accuse d'avoir été honteusement malveillant dans la même affaire >. vu. de cette intempérance d imagination qui ne sait pas se gouverner. la sienne. et ils ont grand tort. traversent rapidement l'âme des plus honnêtes gens. les impressions se succèdent mais très-différentes. entre dans les plus belles actions des motifs qui ne sont pas toujours très-honorables . on les accuse en relief. des soupamitiés les plus çons injurieux troublent parfois les . entièrement exemptes d égoïsme solides nos meilleures atïeclions ne sont pas . 1 et 2. aussi comme vives. C'est que Cicéron ne juge »uère que par ses impressions. il peut se faire qu'à certains moments des con- voitises. Ces faiblesses d'un moment. . Les caractères les . Le bien et le mal sont lement mêlés ensemble dans notre nature qu'on plus fermes ont leurs défaillances il les rencontre rarement l'un sans l'autre. un une importance qu n'avaient pas dans la réalité. dont on rougit le lendemain. ces injustices qu'arrache le dépit. des doutes. n'y a de gens tel- que dans les romans. ces courtes violences qui se calment dès qu'on réfléchit.

rissent plus. Pour bien apprécier toutes ces nuances. faut. Un jour. sans aucune expérience de la vie.20 INTRODUCTION ne pé servira vouer. pour être bon juge de la portée de ces phrases qui se disent avec un demi-sourire et ne signi- . les partis. Ils traitent de lâches compromis ces concessions qu'il faut bien se faire quand on veut vivre ensemble. parce qu ils ne saisissent pas la fine ironie qui les tempère. Il prouvera exactes et faites un des portrait à citations et . par irréfutables. Le plus sou- \ vent ils le jugent mal. pour rendre aux choses leur importance véritable. qu'il était jaloux des honnêtes gens et qu'il a trahi tous n'en est rien cependant. Ils cherchent l'expression de sa pensée dans ces politesses banales que la société exige et qui n'engagent pas plus ceux qui les font qu'elles ne trompent ceux qui les reçoivent. un commentateur curieux étuil diera ces confidences trop sincères. Il qu'il n'aimait ni son pays ni sa famille. qu'il était mauvais citoyen méchant ami. ne doit pas prendre à la gens emportés ni croire trop à ce qu'ils disent. faut les défendre contre eux-mêmes. et distinguer surtout leurs sentiments véritables et persistants de toutes ces exagérations qui ne durent pas. prétendent juger Cicéron d'après sa correspondance. et un esprit sage ne se laisse pas Il perfides. et s'en pour tracer de l'imprudent qui les a effrayer la poslérilé. tout le défie monde ne sait pas les lire comme il Je me ' de ces savants qui. refuser de les écouter quand la passion les égare. Ils voient des contradictions manifestes dans ces couleurs différentes qu'on donne à son opinion suivant les personnes auxquelles on parle. sans aucune habitude des hommes. Ils triomphent de l'imprudence de certains aveux ou de la fatuité de certains éloges. Voilà pourquoi tout le monde I n'est pas propre à bien comprendre les lettres. une fois qu'on les a confiées à un ami. lettre ces Il sait abuser par l'artifice de ces citations bien qu'on.

Cicéron était beaucoup plus traitable paf^. Il faut re- marquer ici. et ces let- .ns de son temps le' lui ont amèrement reproché. dans le choix de ses amitiés. je nie fierais peut-être encore plus à un homme du monde qu'à un savant. faut avoii' plus d'habitude de la vie qu'où n'en prend d'or- dinaire dans une université d'Allemagne. de Curion. mais un défaut dont nous profitons delà vient que tous les partis sont mages. et Les vertueux Dieu sait que le 1 nombre n'en n'apportait était pas alors bien considérable. par exemple de Caton. et les ma. Elle est pleine de détails curieux sur tous ceux qui furent avec lui en relations d'atTaires ou d'amitié. Il nous reste encore des lettres qu'il à reçues d'Antoine. que de gens dont les lettres manservi la postérité. humeur com- plaisante l'a quelquefois rapproché des gens dont les opinions lui étaient certains le Il s'est trouvé à moments en relation étroite avec les plus mau- vais citoyens. : représentés dans sa correspondance. avec ceux qu'à une autre époque il a flétris de ses invectives. Personne ne mérite plus qu'eux d'être étudié. Mais. qu'un défaut de Gicéron S'il a grandement de quelque autre. avait .* c'est un grand défaut pour un politique. sa vanité lui faisait chercher partout des Il hom- un pied dans tous les parti. Cotaient les plus illustres personnages de ce temps. Celte plus contraires..INTRODUCTION fieiil 21 il pas toujours tout ce qu'elles semblent dire. de Dolabella. s'agissait queraient dans cette correspondance seuls y tiendraient quelque place. et par bonheur. ceux qui ont joué les premiers rôles dans la révolution qui mit fin à la république romaine. S'il faut dire ce que je pense. dans cette appréciation délicate. Cicéron n'est pas le seul que cette correspondance nous fasse connaître. Une sorte de bienveillance naturelle le rendait accessible aux gens de toute opi- nion . les scru- pules rigoureux de Caton.

il semble les rapprocher de nous. Mais avant de commencer cette étude. ont fréquenté Cicéron. Quelquesunes de 'leurs lettres existent encore . de leurs habitudes. Le souvenir de tous se retrouve dans sa correspondance. il ne suffit pas d'examiner les parties saines. Grâce à lui. Le succès est aux allusions piquantes. de leur caractère nous permet d'entrer familièrement dans leur vie. il est probable que nous en aurions aussi de Catilina. ce qu'il nous dit de leurs opinions. au'il convient de prendre il est une ferme résolution c'est de n'y pas trop apporter les préoccupations de : notre temps. Ainsi tous les hommes importants de celfe époque. où sous des costumes anciens . ceux surtout qui ont été le plus mêlés aux grands événements politiques de cette époque. Il est assez d'usage aujourd'hui d'aller de- mander à l'histoire du passé des armes pour les luttes du présent. aux rapprochements ingénieux. fran- chement. Les détails intimes qu'il nous donne sur eux. Le but qu'on se propose dans ce livre est d'étudier de près quelques-uns de ces personnages. Peut-être l'antiquité ro- maine n'est-elle tant à la mode que parce qu'elle fournit aux partis politiques un champ de bataille commode. je les regrette . si l'on veut bien juger de l'étal d'une société comme du tempérament d'un homme. on a une grande partie de celles que Cicéron leur a écrites. et quand nous avons lu sa correspondance. nous pouvons dire que nous venons [de visiter toute la société romaine de son temps. et surtout moins dangereux. de quelque parti qu'ils soient. tous ces personnages que l'histoire nous dépeint confusément reprennent leur figure originale . car. quelque conduite qu'ils aient tenue. il faut manier et sonder jusqu'au fond les parties impures et gâtées. et. correspondance remontait plus haut.22 très sont pleines Si la INTRODUCTION - de témoignages de respect et d'amitié. il nous fait faire connaissance avec eux.

avec les la société romaine de cette grande époque.INTRODUCTION 23 combattent Tes passions du jour. sui- vant la belle expression de Thucydide. el je respecte assez leur mémoire et leur repos pour ne pas les trahier dans l'arène de nos discussions journalières. Il ne faut jamais oublier que c'est outrager l'hisloire que de la mettre au service des intérêts changeants des partis. et commençons par étudier celui qui de Cicéron. il ne faut pas que ces grands hommes qu'ils soient trop fiers de cet honneur. La curiosité excitent n'est pas tout à (ait désintéressée. de si bonne grâce. et qu'elle doit être. pénétrons. dans s'offre. et quand on parle d'eux. une œuvre (aile pour réternilé. gramme ou assaisonner une illuslres Je veux me garder de ce travers. à nous en faire les honneurs. Ces morts me semblent mériter mieux que de servir d'instruments aux querelles qui nous divisent. de Galon et de Brulus. c'est presque toujours pour aiguiser une épiflatterie. Une lettres (ois ces précautions prises. . Si l'on cite à fout propos les noms de César et de Pompée.

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CICÉRON DANS LA VIE PUBLIQUE El' DANS LA ME PRIYÉE I LA VIE PUBLIQUE DE GIGÉRON La de vie publique de Cicéron est d'ordinaire Il sévèrement la jugée par les hisloriens de nos jours.. de tous les côtés s'entendent pour on le raille ou ou l'insulte. Hlst. Peut-être aussi celte indulgence qu'on témoigne à Cicéron dans dans leurs vieilles habitudes. un lui.. classiques ont été là respectées qu'ailleurs. 1864. I et II. — Meri- valo. Tous iallaquer". of Ihe Roman under the emp. rations. sa modération. les amis passionnés de César l'appellent un sot. et ces deux pays vient-elle de l'habitude qu'ils ont de la 1 Forsyth. Murray. ne satisfait les partis pleinement personne. homme comme qui a essayé de fuir toute extrémité. London. Life of Cicero. . Les partisans fanatiques de Brutus l'accusent d'être timide. t. les savants persistent davantage dans leurs anciennes admiau milieu de tant de' bouleversements la critique au moins est demeurée conservatrice. paye peine Comme on n'éludie plus cette époque qu'avec des arrière-pensées politiques. C'est encore en Angleterre Les traditions et chez nous qu'il est le moins plus malmené *.

de malveillance consciencieuse qu'il a Il a courageusement font admirer l'écrivain faiblesses. V et VL — » llommsen. t. Quand on a vécu dans la pratique des au milieu des manœuvres des partis. au charme de ces confidences intimes qui nous et aimer l'homme malgré ses en opposant l'un à l'autre des fragments il est parvenu acte d'accusation en règle détachés de ses lettres et de ses discours. Au contraire en devient quand on ne juge sa conduite qu'avec la ces théories inflexibles qu'on imagine dans et qui solitude. une le qui traite humainement. — Drumann. à dresser un où rien n'est omis. trouvé moyen n'en d'accumu'er plus d'outracres pour Cicéron que y voit contient tout le volume de Drumann. C'est esi)rit dans cet résisté dépouillé toute sa correspondance. Cicero in seinen Bricfcn. n'est et qui tient presque un volume. seulement voit les choses de haut. etc. On notam- et ment que ce prclendo homme d'État n'était qu'un égoïste un myope. sont sans Il pitié. M. Voilà bien la même plume qui vient d'appeler Calon un don Quichotte »Abeken. Comme dans de guère plus doux. En deux de il ces pages serrées et pleines il faits. a fouillé Druses œuvres sa vie avec la minutie et la sagacité d'un homme d'affaires qui cherche les éléments d'un procès. trop dur pour lui de sa cause. 2 A l'exception de M. 4835. l'intérêt de ses amis. et que ce grand écrivain ne se compose que d'un feuilletoniste et d'un avocat. il est ne se perd pas a le détail. on est plus disposé à comprendre les sacrifices que peuvent exiger d'un homme d'État les nécessités le salut du moment. Geschichte Roms. Geschichte. et. mann et surtout ne lui passe rien. n'ont pas subi l'épreuve de la vie. comme sait les écrire. affaires.. Haanover. les autres magne lui Abcken font i. t. 2 Romhche IIL . il il Mommsen * moins long. Voilà sans l'Ail' doute pourquoi les savants de si rude guerre.?6 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉKON vie politique.

ne parlais pas seulement des convictions sincères. manquer à leurs engagements héréditrouve' alors bien des Dans le parti du sénat. et l'on mettait son honneur à continuer fidèlement leur politique. on dirait qu'il poursuit dans l'aristocratie romaine les hobereaux de la Prusse et qu'il salue d'avance dans César ce despote la populaire dont main ferme peut seule donner à l'AUe- m. Les familles les plus anciennes ne se faisaient plus scrupule de taires. Comme il du présent dans ses études du 27 préoccupé est toujours passé. ses réje personnelles et ici tempérament.nliers une quatrième. l'intérêt. on héritait des idées de ses pères comme de leurs biens ou de leur nom.L\ VIE PUBLIQUE DE CICÉRON et Pompée un caporal. son sa naissance. Cherchons à démêler quelle fut l'influence de ces causes sur les préférences politiques et la conduite de Cicéron. c'est-à-dire ce penchant qu'on éprouve. on . faut-il porter sur la faits conduite politique deCicéron? L'étude des va nous 1 Trois causes contribuent d'ordinaire à former Si les opinions politiques d'un flexions homme. Dans une où les traditions respectées. Qu'y a-t-il de vrai dans ces violences? Quelle confiance doit-on avoir dans ces hardiesses d'une critique révolutionnaire? Quel jugement l'apprendre.'igne son unilé. la Longtemps à Rome étaient si naissance avait souverainement ville décidé des opinions. mais au temps de Cicéron ces coutumes commençaient à se perdre. pres([ue malgré soi. à trouver que le parti le plus avantageux est aussi le plus juste. j'en fait ajouterais vok. et à conformer ses sentiments aux positions qu'on occupe ou à celles qu'on souhaite. qui plus de conversions encore que les autres.

mais qui n'en faisaient pas moins la force et l'honneur de la république. Enfin n'était pas né à Rome. était le premier de tous les siens qui s'occupât des affaires publiques. démagogue le plus audacieux de cette reste. époque s'appelait Glodius. du sa naissance. qui perdait son temps au théâtre . A)aer. La vie était plus plus saine -dans les municipes. Ce peuple grossier. Son père habitait un de ces petits municipes de la campagne dont les beaux esprits se moquaient volontiers. En aucun temps. du Lalium. qui occupait les villes délaissées de la Campanie. et l'on ne pouvait apprendre avec lui que le désordre. ils mais d'ordinaire ne se souciaient pas d'exercer leurs Ils droits et restaient chez eux. dans les émeutes du forum et vendait sa voix au champ de Mars. parce qu'on y parlait un latin douteux et qu'on y connaissait mal les belles manières. quand il de voler pour quelqu'un de leurs compatriot-es ou de le défendre par leur présence devant les tribunaux. Il Cicéron n'aurait pu trouver une direction politique dans Il n'appartenait pas à une famille connue. cl le bruit ne [larvenail guère jusqu'à eux. avaient conservé quehpie reste des anciennes vertus était bien véritablement le peuple romain. n'était qu'un ramassis d'affranchis et d'étrangers. 16. et le nom qu'il portait il ne l'engageait d'avance dans aucun parti. arriver au s'agissait On champ de Mars ou sur forum. de la Sabine.. mais vaillant pauvres la et sobre. honnête et Les citoyens qui les des affaires publiques les voyait quelquefois le habitaient restaient étrangers à la plupart des questions qui s'agitaient à Rome. n'en étaieul pas moins » ProRosc. et chez qui les habitudes de vie rustique '. Celui qui qui figurait remplissait les rues ef les places de la grande ville.28 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON qui s'étaient illustrés à défendre les intérêts et le noms du peuple. . l'intrigue et la corruption.

lu et qui rappelait par sa simplicité austère celle vieux Curius me semble que ceux qui l'habitaient devaient se croire reportés à un siècle en arrière. jaloux de leurs privilèges. même quand ils n'en faisaient rien. grande épreuve ! pour un caractère irrésolu contraires chir. Ce fut première des impression et lieux le premier enseignement il qu'il reçut comme Il des gens parmi lesquels passa ses jeunes années.j . '. et qu'en les faisant vivre avec les souvenirs du passé. que s'éIl coula l'enfance de Cicéron. arriérées comme dans leurs manières. la République ^ ne nous est parvenu que » De lr. Il onstruite près du Liris. La répu- conservé pour eux son prestige parce qu'en ils en voyaient moins les faiblesses. vivant loin d'elle et qu'ils se C'est dans leurs idées au milieu de ces populations rustiques. a fut forcé de se décider seul. a. Voilà sans doute ce que Cicéron doit à sa naissance. Quand il entra dans la vie politique. souvenaient toujours de son ancienne gloire. il Il qu. t. lui doit s'il pu prendre dans sa famille le respect du passé.lque chose. mais il n'y trouva pas de tradition précise ni d'engagement positif avec aucun parti. passé plus qu à connaître le apprit d'elles à ainier le la présent. elle leur donnait l'habitude et le goût des choses anciennes. il lui pour choisir entre tant d'opinions fallut de bonne heure étudier et réfléet Cicéron avait consigné le résultat de ses réflexions et de ses études dans des écrits politiques dont le plus important. l'amour de son pays et une préférence instinctive pour le gouvernement républicain. . et fort attachés au gouver- nement républicain qui blique cî^ait le leur avait donné. cette a parlé plus tard avec attendrissement de avait ( modeste maison que son aïeul '. fiers du litre qu'ils portaient de citoyens romains.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON ?9 dévoués à leur pays.

dont je ne manque ici pas ^ . contre son habitude. Cicéron ne ! paraît pas se soucier ginal. et son admiration esl ton qu'il vive pour lui qu'il voudrait souvent nous faire croire qu'il se contente de le traduire. 52. leur caractère. au il lieu d'étudier d'abord les peuples qu'elle doit régir. Leurs livres portent bien îe même titre. [1 y a même à ce propos. du sage qui comme le la régularité d'un bel édifice séduit les yeux qui regardent. C'est à beaucoup de la gloire d'être oripeu près la seule vanité qui lui manque. très-mulilé. il lui dit : « Je ne fournis que les mots. part d'un principe de la raison et le suit avec inflexible Il une rigueur jusque dans ses et dernières consé- quences. Ce qui en reste nous montre qu'il comme si 1 partout. Pour faire comprendre à son ami Atticus comment ses ouvrages lui coûtent si peu de peine. disciple fervent des Grecs. il survient de tous côtés des résistances auxquelles on ne s'atten«iait pas. )) mais n'es! Gicéron. imaginés dans des réflexions solitaires ot fondus tout d'une pièce. i Ad Au. et dans ses ouvrages politiques notamment la dilTérence est grande entre Platon et lui. C'est le propre d'un philosophe spéculatif toute chose à l'absolu.. dont on a fort abusé contre lui. arrive ainsi à former un de ces systèmes par les politiques où tout se lient s'enchaîne. dans sa correspondance.30 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON est là. un aveu singulier. et qui. Malheureusement ces sortes de ji^ouvernements. S'il comme Platon de viser en veut faire une constitution. . sont d'une application difficile. on s'aperils ne se ressemblent pas. En général. II oas traducteur aussi servile qu'il voudrait le faire croire. C'est à Plas'attache de préférence. Quand on veut les mettre en pratique. çoit qu'au fond mais dès qu'on les a ouverts. leur admirable unité. Les traditions des peuples. XII. charment l'esprit étudie. s'est calomnié.

n'aiment pas qu'on impapour échapper autant que possible aux exigences de la réalité. Mais ici encore l'em- barras est grand. mais qui ont le tort de ne s'appliquer à aucun pays en particulier. Aussi s'égare-t-il moins dans ces rêves de l'idéal et de l'abs'adresse. désespérant de trouver ici-bas une éviter ces oppositions qui les tientent. la plus prompte à prendre les choses par leur côté pratique. Ils rédigent des constitutions admirables. On il s'aperçoit alors qu'on ne les façonne pas comme on veut. allait en chercher une à sa jusque dans les nuages. Il Ce n'est pas ainsi qu'agit Cicéron. Eux aussi construisent des cités en l'air. toutes les forces sociales. il sait solu. Pour république qui fantaisie lui convînt. plan d'une république et à { c'est-à dire qui ne peut pas exister. songe surtout à son pays quoiqu'il ait l'air de tracer le parfaite. serait peu satisfaite de toutes ces chimères. il connaît le public auquel que cette race froide et sensée. n'est pas facile de rien changer dans si ces sortes de systèmes serrés et logiques où tout est habilement ébranle le lié que la moindre pièce qu'on dérange ils reste. Des trois formes de gouvernement qu'où . on voit* bien qu'il a les yeux sur une constitution qui existe réellement. et puisqu'elles refusent absolument de céder. dont on n'a pas tenu compte. Il n'a pas la prétention d'écrire des lois il l'univers. ne veulent pas se soumettre aux rigoureuses lois qu'on leur impose. parce qu'elles sont faites pour le genre humain tout entier.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON 31 leurs souvenirs. qui. et. les contrarie. ils imitent cet Athénien dont parle Aristophane. D'ailleurs les philosophes sont natu- rellement impérieux et absolus. pour tout son temps. faut bien qu'on se si résigne à modifier cette constitution belle qui semblait quand on ne s'en Il servait pas. Voici quelles sont à peu près ses théories politiques. c'est-à-dire des républiques idéales gouvernées par des lois imaginaires.

semble que les préjugés devienne'nt plus obstinés loin et plus étroits vivre. qu'on voit bien qu'il ne croit pas que cette royauté soit facile ou même possible. ajoute-t-il. au moment où le pouvoir échappait. usaient leurs dernières forces à de vaines luttes de préséance. et il exige tant de vertus du roi et de ses sujets. quand il attaque ces tyrans. Les deux autres. mais qu'importe d'avoir un maître indulgent ou un maître barbare? Avec l'un et l'autre. malgré les qualités qu'elle déploya dans la conquête et le gouvernement du monde.' et approuver par avance la révolution que César accomplit quelques années plus tard Au contraire. » . on n'en est pas moins esclave. 11 est difficile qu'on s'accommode tout à fait de l'arislocralie quand on n'a pas l'avantage d'être de grande maison. Il ne faut donc pas admettre. qui veulent gouverner seuls. ce qui ne laisse pas de surprendre chez un républicain comme lui. i. que Cicéron voulait annoncp'. De même lui la noblesse romaine. c'est-à-dire l'aristocratie et la démocratie. en présence de révolution victorieuse. dans sa R'ipublique Cicéron parle avec beaucoup d'estime et même une sorte d'attendrissement de la royauté. Je n'ai pas besoin de parler du gouvernement absolu d'un seul. comme on l'a fait. le gouvernement de tous ou de quelques uns.. Celle de Uome.32 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON distingue d'ordinaire. Il de guérir son orgueil.) . qu'elle avait subis depuis un siècle. sem- 1 On a remarqué que. il indique en termes très-vifs ce qu'il pensera de César et de son gouvernement. aucune ne le contente tout à fait quand elle est isolée. avides 'je domination. sa Les échecs décadence visible fin sentiment qu'elle devait avoir de sa prochaine. il est mort pour s'y être opposé 1. [De llcp. 33. « Le tyran peut être clément. le rendaient intraitable. au mépris des droits du peuple. était comme et le les autres impertinente et exclusive. ne lui semblent pas non plus sans défauts. quand ils n'ont plus que quelque temps à la On sait comment nos émigrés. mais il entend par là une sorte de gouvernement patriarcal et primitif.

. 1. C'est avant Corneille ^. qui n'ont pas besoin de prendre de la peine.. de peur qu'elle ne leur communiquât ses erreurs et ses préjuges. 70.34. Ce n'édonne la même importance dit un sage. Non -seulement la nature de leurs études poursuivies dans le silence et la solitude les éloignait de la foule. et le pire il de tous. mais il ne pouvait pas se la servant. CICÉRON. Aussi. Presque tous ont manifesté une grande aversion pour la démocratie. étranger à ces études dont ils étaient si fiers. et à qui les premières dignités de la république viennent en dormant bénéficia dormientibiis aimait encore (quihus Mais omnia populi romani i). Leur préoccupation constante était de se tenir en dehors et au-dessus d'elle. ses maîtres. Il savait bien qu'elle ne lui pardonnait pas sa naissance et qu'on l'appelait un parvenu Qiomo node railleries contre vus). sec. et à un ignorant que l'égalité entendue de cette façon est la plus grande de toutes les inégalités. /jui Aussi répugnaient-ils à la souveraineté à du nombre. Cicéron positivement » In Verr. ipsa œquitas iniquissima est 3. disait-il en le disant suivait l'opi- nion de la plupart des philosophes grecs. deferuntur si l'aristocratie lui plaisait peu. — » De ^ Rcp. 26. — « De Bep. mais ils la tuyaient avec soin. act.. a-t-il faire à ses insolences. même en toujours conservé contre elle des rancunes de bourgeois mécontent. v. il ne tarissait pas ces gens heureux qui sont dispensés d'avoir du mérite.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON blait 33 et prendre à lâche d'exagérer ses défauts de dé- courager par ses dédains les honnêtes gens qui s'offraient à la défendre. i. en revanche. il moins le gouvernement populaire. L'orgueil que cet isolement même nourrissait en eux les empêchait de voir un égal dans un homme du peuple. Cicéron se sentait attiré vers elle par ce goût qu'il avait pour la distinction des manières et pour les plaisirs élégants.

. 45. équilibre. et si la morgue des grands seigneurs le rejetait quelquefois vers le parti populaire. Cette tumultueuse et incertaine ne pouvait pas convenir à un ami aussi résolu de l'étude. n'est pas. . et Ils dé- trouvaient qu'elle est de sa nature agitée et tumultueuse. » Or. Quand Cicéron les il n'avait à l'esprit que luttes et combats. Cette • De Rcp. ce gouvernement mixte et tempéré. qu'il y ait dans l'Etat un pouvoir suprême et royal. « celle qui les réunit un juste Je veux. scènes Il se rappelait séditions plébéiennes et Il les orageuses du forum. c'est celui de son pays. qui contient les qualités des autres. Quel moyen. ni même le plus grand que la les philosophes grecs et Cicéron avec eux faisaient à mocratie. qu'une autre part soit réservée à l'autorité des premiers citoyens. parmi ces le tempêtes. et que certaines et à la volonté choses soient abandonnées au jugement du peuple i. Il comme la réjmblique de Platon. qu'elle n'offre pas au savant et au sage ces beaux loisirs qui songeait au gouvernement populaire. existe et il fonctionne. de se livrer à des travaux qui réclament calme et la paix? Les plaisirs de l'esprit sont à chaque instant interrompus dans ce régime de violence qui arrache sans cesse les honnêtes gens au silence de leur bibliothèque pour les jeter sur la voie publique.34 tait LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON pas le seul reproche. dit-il. ennemie du recueillement. Quelle semblait était doxic la la meilleure 7 II forme de gouvernement qui lui le dit très-nettement dans sa toutes dans République. la haine de la violence et du bruit ne lui pervie mettait pas d'y rester. I. leur sont nécessaires pour les ouvrages qu'ils méditent. selon un système imaginaire. croyait entendre ces plaintes naenaçantes des débiteurs et des dépossédés qui pendant trois siècles troublèrent le repos des riches. lui.

"i^ peut-il y en avoir de parfait — mais qui n'en reste pas . qu'aucune peut-être n'avait fait encore autant d'efforts pour satisfaire aux deux grands besoins des sociétés.— LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON opinion a élé fort attaquée. les luttes acharnées du tribmiat contre les patriciens. et ce mérite. Tordre et la liberté. elles se résignèrent à s'unir. Cependan! qu avec toutes ses imperfections elle n'en était pas moins une des plus sages des temps anciens. Après un combat de près de quand ces Torces opposées s'aperçurent qu'elles ne pouvaient pas se détruire. c'étaient ces éléments vance la la dans qui se l'étaient faite à eux-mêmes. de Rome fut l'œuvre du temps. et des etîorts qu'elles firent pour s'accommoder ensemble sortit un gouvernement imparfait sans doute. législateur Il ne s'était pas trouvé un aux premiers temps de Rome qui réglât d'apart que chaque élément social devait avoir combinaison générale. Les séditions plébéiennes. avaient précisé- ment contribué plus que deux siècles. elle le tient la de son origine même et de la façon dont elle s'est formée. est certain qu'à la prendre dans sa rigueur elle est plus que donner la constitution prochable et que de nous romaine pour un modèle irréde fermer les yeux sur ses défauts au mojuste. 3o trouve aussi Il Mommsen la peu conforme palriolique à la philosophie qu'à l'histoire. M. C'est aller bien loin mêmes. Cette pondération savante des pouvoirs qu'admirait tant Polybe n'avait pas été imaginée par une volonté prévoyante. Les constitutions de toutes l'improvisation d'un Grèce avaient été presque celle homme. tout le reste à achever cette constitution qu'il admire. On ne peut pas nier non plus que son principal mérite ne consiste à essayer de réunir les diverses formes de gouvernement et à les concilier ensemble malgré leurs oppositions apparentes Polybe ment où elle périssait par ses défauts il faut bien reconnaître : l'avait aperçu avant Cicéron. qui épouvantaient Cicéron.

à côté de Lucilius et de Térence. . Son admiration remontait plus Il reconnaissait qu'elle avait été profondément il modifiée depuis les Gracques. dans ce groupe illustre le personnage dont la vie et le rôle devaient le plus le tenter. et où il semble lui proposer une sorte d'alliance.. Si on lui il jemandé en quel temps qu'il aurait voulu naître. Il est bien entendu que ce n'était pas à la constitution ro- maine haut. c'est le sage et savant Lselius Unir. et. R aurait certainement aimé à vivre parmi ces grands hommes qu'il fait si bien oarler. redoutée du monde. c'est-à-dire moment ou Rome. comme une grande situation 1 Dans celte curieuse lettre qu'il écrivit à Pompée après son consulat {ad fam. il lui attribue le rôle de Scipion ei prend pour lui celui de Laelius. A mesure qu'il plus avai( À] se retournait avec regret vers le passé. celui qu'il aurait voulu être. et qu'elles fortifiaient en lui l'amour des anciens usages. de Fabius et du vieux Galon. tous ses mécomptes et tous ses malheurs le rejetèrent encore de ce côté. entrevoit pour la première fois les beautés de la Grèce et commence à se laisser toucher par le charme des lettres et des arts. C'est ainsi que les études et les réflexions de son âge mûr le ramenaient à ces premières impressions qu'il avait gardées de son enfance. mais croyait qu'avant d'avoir subi ces altérations elle était irréprochable. auprès de Scipion. C'est le plus beau temps de Rome pour Cicéron. et se faire sa destinée. assurée de l'avenir.. Plus le présent était triste et l'avenir menaçant. je crois aurait choisi sans hésitai ion l'époque qui le suivit les guerres puniques. temps et le respect des anciens avança dans la vie. si l'on pouvait choisir son temps i. fière de sa victoire. celui où il place de préférence la scène de ses dialogues. 7. telle qu'elle était de son temps que Cicéron donnait tous ces éloges. lui.36 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON le moins meilleur peut-être de l'ancien monde. v.

il lui fallait êlre le rival de Catilina. plus compréhensif. hésitant. on a pris plaisir à les mettre à nu. et que c'est précisément celte étendue qui le gêne et le contrarie quand il met la main aux affaires. et n'esl-cepas quelquefois par des limites et des exclusions que la capacité politique se révèle? Une vue des choses trop line et trop pénétrante peut embarrasser un d'action. je crois. qui doit se décider vite. voilà quel était l'idéal de Cicéron. On se de- mande un quelles sont les qualités qu'il faut avoir pour être d'État. Que de regrets pas quand il et de tristesse n'éprouvait-il retombait de ce beau rêve aux mécomptes de la réalité. Je ne lui fait pas autant de tort semble que l'homme de lettres a souvent de lettres bien plus seulement que cet aveu qu'on pense. Il n'y a plus rien à apprendre à personne sur les faiblesses de son caractère . car il me l'esprit plus complet. et qu'au lieu de vivre au sein d'une république tranquille et dans la fa miliarité des Scipions. irrésolu. ne serait-il pas plus juste de cheril homme cher quelles sont celles dont est bon de manquer. et depuis Montaigne c'est un lieu commun chez nous que de s'en moquer. arriver dans des temps calmes et réguliers aux premières dignités de la république. plus de part encore à ses prétérences politiques que sa naissance et ses réflexions.LA VIE PUBLIQUE DE GICÉRON 37 politique au culte des lettres. je reconnais avec tout le monde que la nature l'avait fait homme crois qu'homme politique. plus étendu que l'autre. on les exagère même volontiers. la victime de Clodius et le sujet de César! Le 'tempérament de Cicéron eut. qu'il était timide. homme par la multitude des . joindre à l'autorité sou- veraine de la parole quelques succès militaires que les plus grands preneurs des triomphes pacifiques ne dé- daignent pas. Je n'ai donc pas besoin de répéter ce qu'on a dit tant de fois. et après une vie honorable jouir longtemps d'une vieillesse respectée.

que la vie publique ne lui convenait pas. On peut donc avouer. turelle Il l'on a le malheur d'être n'y a pas jusqu'à celte rectitude na- l'esprit. le S'il est vrai. ne le laissaient pas assez maître de sa volonté. Une conscience Il exigeante. et les doininer. L'obstination vient souvent de Télroitesse d'esprit. le priverait de secours puissants. en le rendant trop difficile sur le choix de ses alliés. comme gouvernement d'un État l'homme politique réussisse souvent par ses défauts. Trop de vivacité d'imagination. source principale de son talent littéraire.38 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON raisons contraires qu'elle lui présente. il faut pouvoir se détacher d'elles pour et Son imagination mobile féconde. Les choses avaient trop de prise sur lui. de ne pas les voir. il achète ses succès. cette sensibilité délicate et irritable. et que ce soient ses qualités mômes qui fassent échouer l'homme de lettres. S'il est trop sensible aux excès et aux injustices de son parti. en le . et c'est une des trop plus grandes vertus du politique. l'empêche de se fixer sur aucun. Cette vivacité d'imque dans pressions. Les raisons qui firent de lui un incomparable écrivain ne lui permettaient pas d'être un bon politique. qui soit à toute épreuve. en le promenant sur beaucoup de projets à la fois. faut qu'il se méfie de ces élans de générosité qui le portent à rendre justice même à ses ennemis et : dans les luttes le acharnées qui se livrent autour du pouvoir. sans trop humilier Cicéron. juste et tolérant. il le servira mollement. la première qualité d'un homme ne puisse devenir un danger pour lui. Pour que son dévouement de d'État. quand on dit qu'il n'est pas propre aux affaires. c'est presque un compliment qu'on lui fait. Voilà quelques-unes des imperfections du cœur et de l'esprit il doit être capable par lesquelles je le crois. il ne faut pas seulement qu'il les excuse. on court risque de se désarmer soi-même si de laisser prendre sur soi quelque avantage.

les victimes sous Sylla. souvent d'avoir prévu et prédit l'avenir. 11 est rare qu'on évite tous les excès dans pour lui qu'il était les luttes politiques. il n'ignorait pas les vengeances auxquelles il s'exposait. et il prévoyait son exil : il eut donc ce jour-là. malgré les hésitations qu'on lui a repro- chées. aussi Il sujet à des défaillances soudaines. mais par une sorte de perspicacité lâcheuse qui lui montrait les consé- quences des événements. il défendait. On les accuse de timidité et d'inconstance. Ce n'était pas certainement en sa qualité d'augure. et justes dans leurs plaintes prêts à se permettre sans scrupule dès qu'ils le peuvent ce qu'ils blâmaient sévèrement chez leurs ennemis. on dit qu'ils sont légers et changeants. Ordinairement les partis sont in • quand ils sont vaincus. exilèrent leurs . c'est modéré. Ce qui fut sur- une cause d'infériorité et de faiblesse. modéré par tempérament plus que par principes. et plutôt les mauvaises que les bonnes. après amèrement d'être exilés. dans d'exaltation. c'est-à dire avec cette impatience nerveuse et irritée qui finit par employer la violence à défendre la moilération. de la démocratie sous César? N'étail-il pas au contraire plaints plus conséquent avec s'être lui-même que ceux qui. et qui osent le dire. n'aurait pas tout un moment vu le danger. 11 ne savait pas assez s'abuser s'est vanté sur les était-il hommes et s'étourdir sur les entreprises. arrive inévitablement d'irriter contre leur eux tout le monde. Aux nones de décembre. quand il fit périr les complices de Calilina.LA VIE PUBLIQUE DE GICÉRON 39 dissipant du tous les côtés à la fois. plus de courage qu'un autre qui. le rendait peu capable de desseins suivis. le parti victorieux S il est alors des gens dans qui s'aperil çoivent qu'on va trop loin. mais ce reproche est-il bien niérilé? Cicéron s'est-il avoir défendu les démenti lui-même lorsqu'après malheureux que frappait l'aristocratie trente ans après. cruels dans leurs représailles quand ils sont vainqueurs.

et qui.ocier à leurs excès. qui . et Des massacres tumultueux froid désordonnés n'avaient pas sacplère. et de vouvraie mesure.40 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON qu'ils si il ennemis dès faul en eurent le pouvoir? Seulement il avouer que. au milieu de l'exagéra- tion générale. Ce loir floller bien et le de lune à l'autre. ses représailles avaient été terribles. parce qui voyait trop le mal de toutes. II Ce que la raison je viens de dire du caractère de Cicéron donne C'est qu'il de ses premières opinions politiques. une direction assurée. ce vif sentiment de la justice honore un homme privé. L'aristocratie était toute-puissante alors. fixes. parti. Les partis n'aiment pas ces gens qui refusent de s'asF. Il faut être bien sûr de soi et le monde. sous la domination de Sylla commença à paraître au forum. Il les autres et suffit n'avait pas devant lui de parcourir les principaux évé- nements de sa fut là l'origine vie politique pour reconnaître que ce de ses d'une partie de ses malheurs et fautes. et n'aurait eu qu'à se laisser conduire. et elle abusait étrangement de son pouvoir. Appliquant au meurtre même son génie etréguUer. elle avait imaginé les proscriptions. Au contraire. Cet isoleune énergie qui manattaché résolument à un pour essayer de se passer de tout ment suppose une décision quaient à Cicéron. il S'il s'était y aurait trouvé des traditions et des principes il des amis certains. en entreprenant de marcher seul. peut être dangereux pour un politi- que. il risquait de se faire des il ennemis de tous de route tracée. affichent la la prétention de rester seuls fut dans un malheur pour Cicéron de n'avoir pas de ces résolutions franches qui engagent pour toujours un homme dans son opinion. Vaincue un moment suffi à par Marins.

Des assassins. En présence de tous ces abus d'autorité que se permettait la noblesse. . » Mais malgré ces pompeuses longtemps répandaient massacres continuèrent les encore. elle déclara solennellement que la révolution était gouvernement légal. Au milieu de cette terreur muette qu'entretenait proscriptions. Elle avait dépossédé de leurs biens les municipes les plus riches de l'Italie. et le silence universel donna plus de retentissement à sa parole. Un modéré comme lui. rues obscures et tortueuses de la vieille Ils jusqu'au pied du Palatin.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON n'étaient qu'une 41 manière de réglementer l'assassinat. à gnaient. devait plaida ses premières qui les excès répuviolences. et concentré tout revenir à pouvoir en ses mains. il dans les rangs de ses défenseurs qu fit ses premières armes. Tel était le régime sous lequel vait à on vi- Rome à l'époque où Ciccron causes. se le soir. exclu les chevaliers des tribunaux. protégés par dans les affranchis de Sylla. il le souvenir des osa parler. se faisaient adjuger leur fortune. c'est-à-dire qu'elle n'avait rien laissé de- bout à côté d'elle. et déclarations les qu'on allait un « qu'on cesserait de tuer à partir des calendes de juin. et. frappaient les gens riches qui rentraient chez eux. la il se sentit naturellement porté à tendre la main à et ce fut démocratie. Ses débuts furent pleins d'audace et d'éclat. Son importance politique date de la défense de Roscius. Quand elle eut brisé toutes les résistances par le la mort de ses ennemis finie. elle s'était occupée à fortifier son autorité. diminué les attributions des comices populaires. avoir horreur de ces Une tyrannie aristocratique ne pouvait pas plus lui convenir qu'une tyrannie populaire. sans que personne osât se plaindre. Après avoir pourvu ainsi à sa vengeance. Ce malheureux. qui partageaient le profit avec eux. dépouillé les tribuns du droit d'appel. sous quelque prétexte. ville.

car l'obscurité diminue \e$ périls qu'ils Il empêche de les apercevoir. Il ne respecte même pas tout à (ait le maître lui-même. mais ce succès ne lui suffit pas. le jeune orateur semble tranquille et maître de plaisante. Seul. pour n'avoir pas quelque coquin dans son entourage i? » Ce coquin n'est autre c-ue le tout- heureux. le Il dé- peint son luxe et son arrogance de parvenu. et la jeunesse veut tenter de ces coups hardis. ne trouvait pas d'avocat. devient ici l'occasion d'un jeu de mois. il ose railler ces terribles gens que personne ne regardait en face. Les accusateurs étaient interdits. fatiguant le voisinage du bruit de ses chanteurs et de ses musiciens. Cicéron se proposa pour le défendre. « Quel est l'homme assez dit-il.42 à qui LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON on avait enlevé d'abord toute sa fortune et qu'on accusait ensuite d avoir assassiné son père. « ou volti- geant sur le forum. était Il jeune et inconnu. nom. . n'eut pas de peine à démontrer l'inno- cence de son client qu'on accusait sans preuve. deux grands avantages quand on font courir. Il sourit. le riche et voluptueux Chrysogonus. les cheveux bien peignés et luisants * Pro Rose. Cicéron le la ils On retrouve dans son discours trace de l'épouvante qui saisit les auditeurs quand entendirent prononcer ce nom redouté.. Ce surnom dlieu- veux. puissant Chrysogojîus. la foule restait muette. Cicéron ne le ménage Il pas. que ses flatteurs lui avaient donné. il lui. Amer. On savait que derrière l'ac- cusation se cachait l'un des affranchis les plus puissants de Sylla. montre entassant dans sa maison du Palatin tous les objets pré- cieux qu'il a enlevés à ses victimes. 8. Il se croyait sans doute protégé contres )es témérités de la défense par leffroi qu'inspirait son traîna dans le débat. parce qu'on songeait toujours en les voyant aux deux mille têtes de chevaliers et de sénateurs qu'ils avaient fait couper.

. — ^ Pro Rose. elles soulageaient la conscience publique. les citoyens accouraient * en foule au champ de Mars 29.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON 43 de parfums 1. Il voue à la haine et au mépris public les misérables qui se sont enrichis et par dans ces massacres. Celle quelque reuse se péril fait qu'il y ait à émotion généla jour à chaque moment. parmi les bêtes féroces que de rester ordonné les Rome » C'est à quelques pas de l'homme qui avait proscriptions. forcée de se taire et Aussi le paru démocratique éprouva-t-il depuis ce jour la plus vive sympathie pour homme qui protestait avec tant de cou- rage contre unrégimeodieux. Le nom des proscriptions est quelquefois prononcé dans ce discours. en face de ceux qui les avaient failes et qu en de profilaient. 46. cet éloquent jeune monde. malgré Il réserve qu'impose le voisinage des prescripteurs. l'efiel que Cicéron parlait ainsi. ajoute -t-il. Rose. Amer. Pro. les appelle « des coupeurs de rougit de bourse » Il demande enfin formellement qu'on mette un terme à ce régime dont l'humanité. il un jeu de mots qui lêle et fit fortune 2. qu'elles ont été atrocement égorgées. Amer. On et sent que celui qui parle et qui les a vues en a l'âme et le encore tout occupée.. » A ces plaisanteries se mêlent des accu- sations plus sérieuses. lui conserva si fidèlement la faveur popu- Toutes les fois qu'il souhaitait quelque magistra- ture. le souvenir et l'impression qu'elles ont laissés se retrouvent partout. Qu'on juge que devaienl produire ses paroles! Elles exprile maient les senlimenls secrets de tout humiliée de son silence. 52. . C'est ce souvenirquijusqu'à son consulat laire. il vaudra mieux à aller vivre 3. A mer. ose dire^ en parlant de leurs victimes. dont il que l'horreur qu'il en a ressentie n'est pas maître l'empêche de se taire.. quoiqu'il fût d'usage de leur trouver toute sorte de crimes. « sinon. — ^ Pro Rose. parler.

a toujours vaincu tous les autres. sans qu'aucune de ces dignités ait rien coûté à son honneur ou à sa fortune. la ii a obtenu il la prélure urbaiue. à tort sans doute. que les lois lui permettaient d'y prétendre. qui n'avait pas de naissance et qui avait peu de fortune. Toutele barreau fut sans danger pour sa carrière politique. Jusqu'à l'âge de quarante ans. et personne ne s'avisa de demander les affaires de sa capacité pour au moment où on allait lui confier les premiers intérêts de son pays et fois. à l'avocat d'aujourd'hui étaient parfaitement mérités par l'avocat d'autrefois. L'éloquence judiciaire les les menait donc à tout. et Caton a subi plus d'un échec. je ne crois pas qu'il ait été sans dommage pour son talent. si l'investir ce long séjour dans du pouvoir souverain. il ne fut que ce que nous appelons un avocat. édile. n'est arrivé aussi facilement aux premières dignités. C'est de . qui était plus honorable. Il importe de remarquer qu'au moment où il fut nommé préteur. Cicéron. Cicéron est presque seul dont toutes les candidatures aient réussi du premier coup.44 pour lui LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON donner leurs suffrages. Tous les reproches qu'on adresse. Aucun homme politique de ce temps. et il y en avait de bien plus grands que lui. Au milieu de ces marchés scandaleux qui livraient les honneurs aux plus riches. il n" avait encore prononcé aucun disest arrivé cours politique. malgré ces traditions tenaces qui semblaient les réserver aux plus nobles. César besoin de coalitions et Pompée ont eu de brigues pour être toujours le heureux. Il a été nommé questeur. aussitôt au consulat la première fois qu'il l'a demandé. et qui n'ait jamais été forcé de recourir aux moyens auxquels on demandait ordinairement le succès. le et il n'éprouva pas besoin d'être autre chose. quelques succès brillants devant tribunaux suffisaient pour pousser un à Cicéron d'autre preuve homme dans dignités publiques.

lui On celles qui ne le sont pas {gênera caiisarum sunthones- tum. — * De oral. Jamais. qu'il mettait son art et sa gloire à trouver d'excellentes raisons pour appuyer lous les so- phismes.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON lui 45 qu'on peut vraiment dire qu'il se chargeait indiffétoutes les causes. 3.) i. . En se condamnant à être juste. même dans les causes le criminelles . dans les écoles antiques. on lui donnait le le goût de s'en charger de préférence. 59. comme « i. C'était un précepte des écoles d'invenler. Après lui avoir appris comment on défend et on sauve un coupable.. ne manquait pas une occasion d'appliquer il leurs préceptes. lait éviter etc.. l'honneur ou la vie à de pauvres gens qui avaient le trop spirituels. une fois qu'il était sorti de leurs mains. Par exemple. et. ne commettait pas la faute de garder quelque modération et quelque retenue dans ses attaques. on n'hésitait pas à lui enseigner les moyens de déconsidérer un honnête l'élève homme. il Telle était l'éducation que recevait des rhéteurs. en exagérant mérite qu'il y avait à y réussir. celles qui sont honnéles et selon sa conscience. il se serait privé d'un élément de succès auprès de cette foule mobile et passionnée qui applaudissait aux portraits satiriques et aux invectives violentes. des détails piquants et imaginaires qui réjouissaient l'auditoire [caiisam mendaciuncidis adCicéron cite avec de grands éloges quelquesuns de ces mensonges agréables qui ont peut être coûté %pergere 2). n. qu'il changeait d'opinion remment de avec chaque procès. le jeune homme qui s'exerçait à la parole n'entendait dire qu'il est nécessaire d'être convaincu et convenable de parler apprenait qu'il y a différentes espèces de causes. Au contraire . sans avoir soin d'ajouter qu'il fal- ces dernières. malheur d'avoir des adversaires AdHerenn. turpe. et. La vérité ne préoccupait pas plus que la justice.

mais que ne perdent pas l'orateur et l'homme à changer ainsi de langage avec les circonstances! Ils apprennent à ne plus se soucier de mettre de l'ordre et de l'unité dans leur vie. Cicéron n'avait pfis ces scrupules. et quand il le quitta pour faire à quarante ans ses débuts dans l'éloquence politique.. lui-même en ce genre l'imagination fertile. disait On que l'orateur Antoine n'avait jamais voulu écrire aucun de ses plaidoyers. il ne put pas se délivrer des mauvaises habitudes qu'il y avait prises. ils sont le langage de la cause et des circonstances. et non celui de l'homme et de l'orateur i. Yoilà les enseignements que le barreau de cette époque donnait à Cicéron. Un jour qu'il disait trop ouvertement le contraire de ce qu'il avait autrefois soutenu.de son pays. comme on le pressait d'expliquer ces brusques changements. » Yoilàau moins un aveu sincère. de peur qu'on ne s'avisât d'opposer à son opinion du jour celle de la veille. Il y séjourna trop longtemps. qui agit sur pour l'entraîner ou sur » Pro Cluent. à se passer de sincérité dans leurs opinions et de conviction dans leur parole. dire. Est-ce à dire qu'on doive rayer Cicéron de la liste des orateurs politiques? Si l'on donne ce nom à tout affaires homme dont la parole a quelque action sur les la foule . à ne considérer jamais que les besoins du moment et le succès de la cause présente.46 il LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON avait se faisait pas faute d'avoir recours à ce réussir. et Il a passé sa vie à se contre- ne s'en est jamais inquiété. il répondit sans s'émouvoir « On se trompe si l'on croit trouver dans nos discours l'expres: sion de nos opinions personnelles. il ne moyen facile de Rien enfin n'était plus indifférent à l'avocat antique que d être en contradiction avec lui-même. à faire pour le mensonge les mêmes dépenses de talent que pour la vérité. W. .

l'a savait parler au et s'en faire écouter. lui a fait accepter ou même rences. assez décidée. comme je Cicéron a conservé. nette qui est celle des Quand on la regarde de près et qu'on entre- prend de l'analyser. si après ces beaux triomphes d'é- loquence a-t-il fait la force brutale est restée maîtresse. mais qui ne tien- nent pas toujours très-bien au sujei. assez pratique.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON les 47 honnêtes gens pour les convaincre. Maliieureul'ai dit. Je Elle n'est nulle part assez résolue. une apparence d'énergie et de patriotisme. C'est de la rhétorique que viennent tous ces de arguments agréables et piquants. faire alors. Il quelquefois dominé dans ses Il emportements les plus furieux. en abor . Elle ne les aborde pas franchement et par leurs grands côtés. au lieu de s'appliquer à parler cette langue précise et affaires. La philosophie a fourni ces grands lieux communs développés avec talent. toutes ces finesses discussion. Elle est trop préoccupée d'elle-même et pas assez des questions qu'elle traite. lui. «ment. tifice et Il y a Là trop d'ar- de procédé. et aussi toute cette ostentation de pathétique qu'on y rencontre. la Au moins avec sa parole tout ce que parole pouvait reconnais cependant qu'il manque à son éloquence politique ce qui manquait à son caractère. Il il me semble peuple (liflicile de le refuser cà Cicéron. on trouve qu'elle se compose surtout de beaucoup de rhétorique et d'un peu de philosophie. Ce n'est pas sa faute si ses succès n'ont pas eu de lendemain. applaudir des opinions contraires à ses préfé- Il a paru l'arracher à son apathie et réveiller en pour quelques moments. Un débat serré et simple convien- drait et mieux à la di-cussion des affaires que ces subtilités ces émotions. ces grandes tirades philosophiques se- raient avantageusement remplacées par une exposition nette et sensée des principes politiques de l'orateur et lies idées générales qui règlent sa conduite. Elle s'embar- rasse de phrases pompeuses.

était n^yenapas de pi us agréable la collection de ses plaidoyers. Par exemple. lise. et l'on admire comconsul et qui avait alors de si ment un homme qui grands embarras est s'est trouvé l'esprit assez libre pour plaisanter avec tant d'aisance et d'à. Si l'on veut connaître les véritables aptitudes de son talent. qu'on trième Calilinaire. pour développer de petites vulgaire. pour obliger ses amis. C'était. tant il paraît heureux. si sage. quoique consul il au t)arreau le plus souvent qu'il le pouvait. La discuF/sion des idées le laisse froid d'ordinaire. une des plus qui puissent être posées devant une assemblée délibérante jusqu'à quel point est-il permis de sortir de la légalité pour sauver son pays? Il ne l'a pas même aboragraire si honnête. Les plus beaux discours qu'il ait . Pour qu'il retrouve tous ses avantages. les reau.propos. mais il enfermait autant que possible ses discours politiques dans le cadre des plaidoyers ordinaires. Aussi. immédiatement après Il la qua- le discours pour Muraena qu'il pro- nonça dans à la même époque. tout se tournait chez lui en questions personnelles. tant sa verve et son esprit s'épanouissent librement quand et il a quelque affaire agréable il piquante à plaider. graves il avait à discuter cette question. et l'évite. Evi- raisons et se perdre dans un pathétique il ce genre grave et sérieux d'éloquence n'était se sentait le plus pas celui que préférait Cicéron et où à l'aise. Je crois qu'il voulait encore plus se plaire à lui-même. il faut qu'il soil aux prises avec quelqu'un. C'est qu'il vraiment là ou consulaire. disait-il. Non-seulement ne manquait aucune occasion de paraître devant les juges. revenait dans son élément. On souffre comme il la fuit demment de voir comme il recule devant elle.48 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON habitudes qu'il avait prises au bar- (lant la tribune. C'est par des loi moyens d'avocat si qu'il attaque celte modérée. que le tribun Rullus avait proposée. Dans la quatrième Catilinaire. : dée.

La parole alors ne menait plus l'Etat. c'était surtout l'armée. D'autres influences c'était. dans les élections. Mommsen malignement remarquer que. l'ar- brigues des candidats. ce ton impérieux et résolu de quelqu'un qui son pouvoir? A-t-elle besoin de faire appel à la raison et à la logique. Au milieu de ces forces qui la dominent. les lois de Sylla sur la comiJùsilion des tribunaux que Catilina était prononça la première Catilinaire. Tout ce qu'on peut dire pour justifier triomphe. Quand il publia les Ver- rines. Il savait bien décidé à quitter Rome lorsqu'il . depuis élève ou renverse tous les gouvernements. Cicéron plaide des causes déjà gagnées. cet accent qui Comment sait pourrait -elle conserver encore commande. les discours de Cicéron. C'est If qu'il est sans que une de ses expressions . et que leur caractère s'explique par celui des circonstances au milieu desquelles ils furent prononcés. qui. qui semble si courageuse quand on la suppose prononcée en face d Antoine toutpuissant. dans les discussions de la place publique. ne fut rendue publique qu'au moment où Antoine s'enfuyait vers la Gaule cisalpine.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON prononcés au foruin ou dans suivant et le 49 oii sénat sont des éloges rival. le pouvoir occulte et terrible des . dans la plupart de ses grands discours politiques. c'est là des invectives. comme aux beaux temps de l'avaient remplacée gent et les la : république. d'essayer de s'imposer aux convictions par un débat serré elle sait et nerveux. ils qu soient. sociétés populaires Sylla. et nous réclamons d'elle autre chose aujourd'hui. mais des invectives et des éloges. La seconde Philippiqne. quand que les questions qu'elle traite se décident ailfait leurs? M. où il le conjurait si pathétiquement de sen aller. A quoi donc ont venaient d'être abolies. son éloquence s'exalte si beaux ne sont pas tout à fait pour nous l'idéal de l'éloquence politique. l'éloquence se sent Hiipuissanle. c'est qu'ils étaient parfaitement appropriés à son temps.

elle essaye de faire naître ces grands les mouvements 4'opinion qui : les préparent ou achèvent « elle actes. Berger et lui n'aient pas cru devoir donner au public les excellents cours qu'ils ont fait au Collège de France et à la Sorbonne. celle de Cicéron. mais les ont fait accepter de la foule. qu'il nous soit permis de regretter que M. était faite Il avait d'abord : pour l'atteindre. puisque ces décisions étaient déjà prises.50 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON beaux discours? ils servi tous ces Ils n'ont pas servi à faire prendre de décisions. je suis porté à croire qu'il ne le servait pas toujours de bon cœur. par son abondance et sa pompe. . Il faut s y résigner. la France ' n'aurait rien à envier à V Allemagne sur celle importanto queetioD. et dont Cicéron a été si souvent le sujet. mais elle agit sur eux d'une façon indirecte. n'était lui Il pas beaucoup plus sage. qui a mis celte idée en tout son jour dans un des trop rares écrits qu'il a publiés sur Cicéroa. S'ils avaient cédé aux vœux de leurs auditeurs et aux instances de tous les amis des lettres. Ilavet. surtout quand elle fut victorieuse. Elle envoyait quelquefois de terribles clients à défendre. C'étaient les excès du régime aristocratique qui l'avaient rejeté vers la démocratie . elle sollicite ne provoque pas des votes et des des émotions '. A co propos. il dut trouver que la démocratie. mis sa parole au service du c'est parti po- pulaire on a vu que dans les rangs de ce parti qu'il fit ses débuts politiques. mais quoiqu'il lait fidèlement servi pendant dix-sept ans. par son éclat et son pathétique. l'éloquence ne peut plus espérer de diriger les événements. ce qui est bien quelque chose. on ne soulevé et gouverne plus alors par la parole. » Si cet effet moral est le seul but qu'elle se propose à ce moment. lui fallait faire l'apologie de brouille lons et de séditieux qui troublaient sans cesse la paix publique. ils ont passionné pour elles l'opinion publique. Il plaida même un jour ou fut sur point J'emploie ici les expressions mêmes de M.

.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉROK 51 deplaiderpourCatilina. faire. el « que ces mains qui travaillaient le froment et la vigne ne furent plus occupées qu'à applaudir au théâtre et au cirque le vide i. les petits cultivateurs des A nf. ii.esure campagnes abandoni^èrent leurs champs pour venir habiter la ville. Rome que a toujours manqué de ce q\ie nous apj jlons aujourd'hui une classe moyenne et bourgeoise. formé des modérés de tous les autres. faisaient de lui un personnage important. la popularité qui l'entourait. dans les partis qui exisil taient alors. trouvé dans cette classe de citoyens dont crut l'avoir faisait partie par sa naissance et qu'on appelait les chevaliers.tentation de Malheureusement il ne savait où aller par leurs en la quittant. Il fallait y eût comme un noyau autour duquel les nouvelles reIl il crues qu'il espérait viendraient se ranger.il démocratie lui est probable que ces com- plaisances lui coûtaient et que les emportements de la se séparer d'elle. Mais il comprit bien qu'il ne pouvait pas tout à fait imqu'il proviser ce parti et le faire naître de rien. 1. et dont il serait le chef. el si les plébéiens le blessaient violences. pour n'être pas forcé de tendre la saires. les fonc- tions qu'il avait remplies. n'en trouvait aucun qui représentât exacet tement ses opinions pérament. l'aristocratie avec sa morgue et ses préjugés ne l'attirail guère. De re rusl. donnèrent plus d'une fois la. il main à ses anciens adver- chercha à créer un parti nouveau. pour s'affranchir des exigences de ses anciens protecteurs. pour prendre dans la république une situation à la fois plus solide et plus haute. pour s'assurer du lendemain. Puisque. C'est ce qu'il essaya de Quand il sentit que l'éclat de sa parole. il qui convînt tout à tait à son tem- ne lui restait plus d'autre ressource que d'en former un exprès pour lui. » devint de plus en plus grand entre l'opulente ' Varron..

pas plus un che- qu'un plébéien. surtout qui profitèrent de ces conquêtes. Le seul intermédiaire qui existait entre eux était les chevaliers. ce furent les chevaliers Au lieu .000 fr. à l'époque dont nous nous occupons. Ce nom. et amasser d'immenses richesses. trente valier Quand Cicéron qu'un nommé consul. fermiers de finirent par l'impôt. se firent négociants. on le donnait aussi à tous ceux qui possédaient le cens équestre. c'est-à-dire à ceux dont la fortune dépassait 400. de perdre leur temps à tenter des candidatures malheureuses ils s'occupèrent à foire fortune. songèrent à exploiter à leur profit les pays vaincus. n'était arrivé la jalousie au consulat. Quand Rome eut conquis le monde. Les Gracques. la fortune leur donna de considération et de l'impor- tance. On commença dès lors à parler d'eux avec plus faire de respect. ne désignait pas seulement auxquels l'Etat donnait un cheval (équités equopuhlico) et qui votaient à part dans les élections. les chevaliersfurentforcés de tourner leuractivité ailleurs. et qu'on n'allait plus les dictateurs à la charrue. elle leur fermait avec obstination fut l'entrée des dignités il publiques. Ils formaient à une classe industrieuse ils et éclairée. prendre la Comme Rome n'él'M plus alors au temps des Curius et des Cincinnatus. elle leur distribuait ses mépris aussi libéralement qu'aux pauvres gens de la plèbe. ils étaient déjà leur aise et pouvaient faire quelques avances de fonds. Éloignés de la vie politique des grands seigneurs.000 sesterces (80. On pense bien que la noblesse maltraitait fort ces plébéiens obscurs que le les citoyens hasard ou l'économie avait enrichis . banquiers. Péils nétrant partout où se montraient les armes romaines. elle tenait ces parvenus à distance . y avait ans homme par nouveau.52 aristocratie LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON qui possédait presque toute la fortune pu- blique et ce peuple indigent et affamé qui se recrutait sans cesse dans l'esclavage. qui voulaient s'en des .).

A côté d'eux se rangèrent les plébéiens honnêtes. plébéiens misérables et grands seigneurs ruinés. Toutes ces combinaisons de Cicéron semblèrent d'atrès heureusement réussir. au moins pour un temps. Celte plaudi grande coalition des modérés. la conciliation des opilina qu'à Ce furent les plus riches et par suite les plus compromis. 11 pouvait compter sur leur dévouement. La lie de tous les anciens partis . nait leur apparte- par la naissance. La communauté des intérêts amena donc. à dire il le vrai. Il Cicéron alla plus loin ce grand parti il tenta de faire d'eux le fond de savait qu'il modéré qu'il voulait créer. c'est-à dire les chevaliers. qui ne voulaient pas qu'on allât au delà des réformes politiques. Il comptait bien aussi qu'ils lui sauraient et les gré de vouloir augmenter leur importance appeler à un grand avenir bord le politique. il avait fait . d'elle-même sous l'empire de la peur.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON alliés 53 dans la lutte qii'ils livraient à l'aristocratie. mais. et ces grands nions. à Cati- lui-même. se s'est ap- fit presque. et l'on peut dire en ce sons que Cicéron fut peut-être plus redevable de cette fusion. La frayeur fut plus efficace que ne l'auraient été sans elle la qu'ils beaux discours. firent décider qu'on prendrait les juges . les plus qu'il regardait comme le salai de sa politique. dont comme de son plus bel ouvrage. qui naturellement furent l'âme du parti nouveau. . dans leUrs rangs. Une révolution sociale semblait imminente. rejaillir sur eux l'éclat qoi entourait son nom il n'avait jamais négligé de défendre leurs intérêts devant les tribunaux ou dans le sénat. et vieux soldats de Marins s'était proscripleuis de Sylla . Cette réunion décida ceux menaçaient à s'unir aussi pour se défendre. réunie sous fortune la conduite d'un chef audacieux et habile qui leur promettait une répartition nouvelle • de publique. mérite de ce succès revient surtout aux circonstances.

. peut être Cicéron relarda-t-il de quinze ans l'avènement du régime monarchique à Rome. auraient repris le dessus.i'ordinaire ces ils maux dont sait à tant le une de ces réactions qui suivent épreuves. sedsine fine idudatu». ne l'a a loué son coni. César et Crassus favorisaient secrètement la Le parti nouveau ne donner un chef. Le danger était sérieux. il pas loué sans motif De brevit. et les honnêtes gens. Le souvenir des étaient si malaisément sortis aurait disgrandes la liberté posé bien des gens à sacrifier qui les expooffrir le de périls. et faut reconnaître avec Sénèque que. César savait bien que le règne de l'anarchie ne pouvait pas être long. Pompée conjuration. dont il a eu le tort de beaucoup trop parler lui-même. Je ne dirai rien de son consulat. sulat sans 1 mesure. et César se tenait prêt à leur remède souverain du pouvoir absolu. vitœ. le déclare. chercha pas longtemps pour se était en Asie. Seulement il est probable qu'il serait retrouvant se serait produit alors . Derrière le complot se tenaient cachés des ambitieux politiques prêts à profiler des événements. Rome revenue de sa "surprise. En coupant et en punissant la conjuration avant qu'elle eût éclaté. son ennemi. Non sine causa. mais qui ne voulaient pas qu'on leurs touchât à murènes et à leurs viviers. l\ mal dans sa racine. Salluste. 5. Après eux. en surprenant n'a donc pas eu s'il tort de vanter les il services qu'il rendit alors à la liberté de son pays. qui auraient laissé périr la république sans la défendre. celui nom que tion fut il n'y avait pas de plus grand de Cicéron. quelque énergie dans leur désespoir. Ce n'est pas que je veuille rabaisser la victoire qu'il remporta sur Catilina et ses complices. Son élec- presque un triomphe. C'est ce qui explique ce grand courant d'opinion qui le nomma consul. Après quelques pillages et quelques massacres.54 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON seigneurs que leurs plaisirs menacés arrachaient à leur apathie.

vaient rien de ce qu'il faut pour devenir. maîtres de l'exil. 1 Voir. . l'avait n'a- comme Cicéron Ils étaient voulu. et César n'eut pas dans la suite de partisans plus dévoués qu'eux. !'• partie.LA YIR PUBLIQUE DE CICÉRON 5i Malheureusement /ait il est rare que ces sortes de coaliqu'un danger ils sons survivent beaucoup aux circonstances qui les ont naître. à César et de Pompée. ne les consentit à le rappeler que pour le jeter aux pieds de que leur union avait rendus Rome *. Ils cherchaient avant tout un pouvoir fort qui sût les défendre. iî A de son consait se tourne résolument vers elle. il finit par s'attacher à la partir noblesse malgré ses répugnances. Quand ces intérêts commun reprirent ivait réunis commencèrent à se rassurer. sentirent renaître leur la rancune contre à jalouser la ils noblesse. entre eux leur ancienne guerre. la présence de César et de Crassus dans les rangs de la démocratie l'empêchèrent d'y revenir. comme manquaient de ces grandes traditions si longtemps l'autorité à la noblesse. elle comme une condamner et son ancien chef. Les nobles recommencèrent fortune des chevaliers. Cicéron. Quant aux chevaliers. plus ré- occupés de leurs affaires privées que de celles de publique. et sulat. L'effroi que Catilina lui avait causé. devenu son ennemi. qui ne pouvait il demanda de quel côté devait se ranger. Les plébéiens. se parti. ils avaient cet instinct ordinaire aux grandes fortunes qui les plébéiens^ et de gouvernement qui conservèrent leur fait préférer l'ordre à la liberté. Trois ans après. On fit com- ment la démocratie se vengea de ce qu'elle regardait trahison. Dans ce désarroi de son pas rester seul. Ils n" avaient la pas la force du nombre. Pour toute règle de conduite. l'àme d'un parti politique. sur l'exil de Cicéron et la politique qu'il suivit après «on retour. l'étude sur César et Cicéron. qui n'avaient plus peur.

versée. pourtant qu'on ne peut pas savoir de quel côté obscurité ne semble pas s'être était la justice. Il Il n'y a pas à être surpris qu'il ait hésité si longtemps. dans le . « M. Ce qu'il y a de curieux. Des magistrats de cours souveraines. une grande position et un nom illustre qu'il ne voulait pas compromettre. dont il prévoyait l'issue. dans son beau jardin de Bâville. dont les disait le paraît sympathies ne sont pas douteuses. au dix-septième siècle. lui si fort du parti de Pompée témoigna un jour de la joie de ce que j'en ayant dit. se lui ménageaient pas les flattel'inli- permettaient d'être des pompéiens dans mité et même des pompéiens fougueux. sait qu'il On partis avant de se décider. D'ailleurs la question n'était pas aussi d'abord. en plein régime monarchique. et cette tout à fait dissipée. est qu'il me si étais. après les grandes luttes de son consulat est le certainement celle qui se termina par republique romaine à chute de ne s'engagea pas volontiers dans ce terrible débat.56 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON m La crise polilique la plus grave que Cicéron la ait tra. le premier président. simple et le droit aussi évident qu'il Lucain. puisqn'après dix-huit siècles de dis- cussions la postérité n'a pas réussi encore à se mettre d'accord. sa gloire et peutêtre sa vie. les savants se prononçaient tous sans hésiter contre César. et il est bien permis de réfléchir quand on joue d'un coup sa fortune. dit Guy-Patin. qui approchaient du roi et ne ries. hommes timides et modérés par leurs fonctions et leurs caractères. n'était plus jeune et Il obsavait cur comme au temps où il plaida pour Roscius. c'est que chez nous. que j'eusse été. et qu'il flotta près d'un an enire les deux Pharsale. quand on tua Jules César.

ne pouvait pas raisonnablement devinât l'avenir. je exiger de lui qu'il me bornerai à montrer comment façon la question se posa de son temps. supnous sommes à Furmies où à Tusculum pendant ces longues journées d'anxiété et d'incertitude qu'y passa Cicéron. qui et jugent moins sur les causes que sur les résultats. après çaise. quelles raisons on alléguait des deux côtés. dans leurs rapports avec eux-mêmes. C'est uniquement à ce dernier point de vue que me et placer. qui se fait demandent surtout le bien ou le mal qu'elles ont ensuite celle des contemporains. Je n'ai pas l'intention de rouvrir re fertile ici dé'uat. Oublions donc Jes dixhuit siècles qui posons que nous séparent de ces événements. . Il y a. et qu'on a mis dans tout son jour le profit que l'humanité a tiré de sa victoire. et que nous l'entendons discuter. mais me semble comme mon est de demander compte à Cicéron de ses actes et ([ii'on politiques. qu'au cratie révolution nom même de la révolution et de la démoon a soutenu avec le plus d'avantage le parti de César. : très-difféVentes d'envisager la question — deux façons la nôtre d'a- bord. il est trop en discussions orageuses. je 57 lui aurais » donné le vingt-quatrième coup de poignard. je vais en connaître les conséquences éloibien plus seul des- gnées. qui les abordent en historiens ou en philosophes après que les le temps les a refroidies. d'aet sans près les idées de leur temps. et de «luelle il était naturel qu'un homme sage et qui aimait son pays appréciât ces raisons. Au contraire. — les apprécient avec leurs passions et leurs préjugés. quoique l'autre grand sein bien plus fécond.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON scneil. Je n'en veux prendre que ce qui est indispensable pour faire connaître la politique vie de Cicéron. qui au monde. dans la une fran- époque toute démocratique. c'est-à-dire celle des gens désintéressés dans ces querelles d'autrefois. je crois. c'est de nos jours.

des Gaulois. des Espagnols. c'est qu'à tout prendre . César abaissa la barrière qui fait fermait le reste des nalions. Son armée ouverte à tous lés étrangers. si même coup arraché un très-bon monde presque Il entier au pillage. une revanche : des peuples vaincus. les motifs que lui donnaient les deux parus pour l'attirer dans leurs rangs. Jusque-là pourtant celle aristocratie fière et avide aux mains de laquelle était le pouvoir. à l'asservissement et à la ruine'? certain est que les provinces et leurs habitants. sans qu'il l'ait souhaité peut-être. si rude- ment était traités par les proconsuls de la république. si Rome a perdu quelques-uns de ses privilèges. Qu'imait porte qu'on milliers privé de leur liberté politique quelques faisaient pas le d'hommes qui n'en on a du usage. En renversant l'aristocratie. sans doute pour conserver le droit de le traiter selon ses caprices. Ces peuples ne tenaient pas à recouvrer leur ancienne indépendance. Ce qui fait bien voir que le jugement des contemporains sur les événements auxquels ils assistent n'est pas le même que celui de la postérité. avait obstinément refusé de l'élever jusqu'à elle. Aujourd'hui la principale raison qu'on invoque pour y justifier sa victoire. ployaient pas l'argument qui nous semble le meilleur. il Germains. c'est au profit du reste de l'univers qu'elle en a été dépouillée.o8 cfvec Alticus LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON ou Curion. et naturellement ils profilèrent de sa victoire ce fut. et confondu dans . el qui entendait exploiter plaisirs le genre humain au profit de ses ou de sa grandeur. ils en avaient perdu toute le contraire goût avec leur défaite. dit un poète. c'est que les amis de César. se sont avait avec lui des bien trouvés du régime inauguré par César. Ils l'aidèrent à vaincre. a réconcilié. quand ils voulaient gagner Cicéron n'em. L'empire a il Rome au monde entier romain. Leur ambilion élail ils voulaient q^u'on leur permît de : devenir Romains.

Si l'Occident combattait avec César. rait Il entière pour se dispenser de se serait difficilement résigné à sa- sous prétexte que ce sacrifice profite- aux Gaulois. s'était fait chérir . il humain de caractère. i*endre clairvoyants. elles se partagèrent d'une façon presque égale entre les : deux rivaux. tout rOrient se rendit dans le qui prouve que quand la camp de Pompée. César. Il était doux dans de "beaux ouvrages que toutes les nations ne sont qu'une même avait écrit famille. même de ceux qui et que leur intérêt aurait dû devaient en profiter . Sans doute l'intérêt du monde ne lui était pas indifférent. au temps de Cicéron. n'allègue nulle part l'intérêt des peuples vaincus. et il ne nous convient pas de les oublier. crifier sa liberté.LA VIE PUBLIQUE DE CICÊRON 59 un même nom tous les peuples de l'univers. Le sénat n'a jamais prétendu être le représentant de la nationalité romaine menacée par une invasion des barbares . D'ailleurs. dans les motifs qu'il donne de son entreprise. mais celui de et Rome le touchait il plus encore. les C'est ce consé- quences n'en étaient pas connues. qui l'étudions à distance. et l'on ne voit pas que les provinces se soient soulevées en faveur de celui qui venait les défendre au contraire. dans la province qu'il avait gouvernée cependant. Mais qui songeait. Ce sont assurément là de grandes choses. il se . qu'il en devait être ainsi? qui pouvait prévoir et indiquer ces conséquences lointaines? se La question ne se présenta pas alors comme elle pose pour nous. aux Bretons et aux Sarmales. quand Cicéron aurait soupçonné les bienfaits que le monde allait tirer du triomphe de César. lutte s'engagea. pense-t-on que cette raison pouvait suffire à le décider? Il n'était pas de ces gens qui aiment l'humanité tout servir leur pays. quand César ouvrit aux étran- gers qui l'accompagnaient la cité et même le sénat. nous qui sommes les fils de ces vain- cus appelés par César à partager sa victoire.

que simplement une entre deux ambitieux qui y avait dans cette assertion les esprits légers. il regnandi contentio est » 2.. et où. C'est à lui. . il comprit aussi que cette émancipation entraînerait la perte de l'existence indépendante. IX. Mais 2 faut bien prendre garde Ad Alt. en écri- leur répète ce que disaient les par- de César : « C'est jd un conflit d'ambition. x. se disputaient le pouvoir. 7. tisans il va s'engager. C'est qu'il voyait bien que ces la Espagnols et ces Gaulois qui se promenaient haute sur le tête forum triomphaient de Rome. une part de Il vérité capable de tromper est certain que les questions personnelles tenaient une grande place dans ce débat. S'il put deviner alors ou seulelemenl entrevoir l'émancipation générale des peuples vaincus qui se préparait. dont on se servait beaucoup pour entraîner les irrésolus. spécieuse sinon vraie. Cicéron lui-même nous fait plusieurs fois entendre que. quand se préparait à quitter l'Italie Il ya des moments où semble prendre il plaisir à restreindre cette querelle dans laquelle vant à ses amis. 1. ~ Ad AU. Sa fierté de Romain se révoltait à ce spectacle. et Pompée traînait à sa beaucoup d'amis et de créatures que lui avaient faits trente ans de prospérité et de puissance. On leur disait que la république et la li- berté c'était n'étaient pas intéressées lutte Il dans la guerre.. à lui seul il il que je me sacrifie. Les soldats de César se uniquement pour lui. ces barbares de ses railleries les plus cruelles. sait il a. Cette raison écartée. » di'. l\ était naturel qu'un Romain ne voulût pas payer de ce prix même la prospérité du monde. il y en avait une autre. c'est sa vieille amitié pour Pompée qui l'a conduit dans son battaient suite camp.60 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON et attaqua montra très-mécontent. et je ne vois pas de motif de l'en blâmer. originale et distincte de son pays.

ce parti..ÏA VIE PUBLIQUE DE GICÉRON 61 et la Il quand on lire lit sa correspondance à cette époque.on peut trouver dans ses lettres de quoi faire le procès à tout contre les le monde. On ne pouvait pas se fier entièrement à lui. qui n'a- soldats ni généraux. C'est avait des flatteurs et des liiinistres. ne dit pas ce qu'il pense réelle- ment. fut bien forcé d'accepter ^ Ad AU. il af- des airs de souverain. il avec précaution. Sans la doute Pompée avait rendu de bien mauvais services à la république avant d'être amené par les circonstances à défendre. sullaturit. je les ne seulement avec qu'on fait autres. en sorte qu'en réunissant avec adresse tous ces mots échappés à ces mécontentements et à ces incerlitudes. par intérêt ou par ca- price! Mais quand Cicéron veut quand il n'a plus aucun motif de se tromper lui-même ou d'abuser les autres. Ce n'est qu'un de ces prétextes qu'il imagine pour justifier ses hésitations aux yeux de ses amis et aux siens. devient bien réellement celle de la justice et du celle des honnêtes gens et de la liberté. aussi à des proscriptions. Jamais n'a été plus irrésolu. change d'opinion chaque jour il attaque et il défend tous les partis. jiroscripturit » Le parti républicain aurait certainement pris s'il défenseur. Ce ne sont ni là il que des boune faut abuser Ici. « un petit Sylla. sans raison. dit Ciecron. quand faire prétend que il république n'a rien à dans le débat. par exemple. un autre mais au mo- ment où César rassembla vait ni ses troupes. Dans son camp. il parle d'une autre façon. Alors la cause de Pompée droit. avait été libre de choisir . mais avec soi! On est si ingénieux à se faire ce prouver qu'on a mille raisons pour être franc. IX. tades d'un esprit inquiet et effrayé dont ni autres il contre la lui-même. il et l'on redoutait fectait son ambition. . dis pas Il est si rare d'être tout à fait sincère. 10. . qui rêve ^.

En tout cas. L'ale ne lui pardonnait pas d'avoir relevé voir des tribuns et de s'être uni contre elle avec César. avec de la pourpre et des lauriers. peut-être un ennemi après mais dont on ne peut pas S8 passer pendant le combat. Est-il vraisemblable que tous ces grands personnages. le détestait. dont ristocratie les armes pour lui conquérir un trône. La dén'avait qu'à le vouloir pour se deux fois avait licencié ses (roupes et dé- posé les faisceaux. Caton se méfiait de lui et l'avait toujours il compou- avait tué le père. ce qui est moins probable savaient.62 les L\ VIE PUBLIQUE DE CICÉRON secours de Pompée. fait la Au reste. qui deviendra la victoire. et au bout de six mois s'était volontairement donné un collègue. qu'ils le abandonnaient volontairement leur pays. s'il avait réclamé autre chose. Il y avait dans son camp bien des gens qui n'étaient pas ses amis et qu'on ne peut pas soup- çonner d'avoir pris battu. on peut être certain qu'on le lui aurait refusé et qu'il aurait trouvé des adversaires dans la plupart de ceux qui s'étaient faits ses alliés. mais plus ambi- Pompée ne rassurât pas tout à liberté. ils que. faire roi. tieux d'honneurs vu arriver aux portes de mocratie l'appelait. et qu'ils encore. c'est-àil dire presque dictateur. On l'avait fait consul unique. aient été les dupes de ce politique médiocre qui n'a jamais trompé personne. risquaient leur fortune et donnaient leur vio pour . Brutus. et exercés aux affaires. Il les accepta comme ceux d'un allié dont on se défie et qu'on surveille. le savoir. quoique on savait bien qu'avec lui elle courait moins de dangers qu'avec César. Il était ambitieux sans doute. et il il que de pouvoir. sans danger pour personne. Ces précédents faisaient croire aux républicains sincères qu'après la victoire il se et contenterait de tilres sonores et d'éloges pompeux. que l'on payerait ses services. sans faut-il aient travaillé pour lui seul? ou admettre. Deux fois on l'avait Rome avec une armée.

22. les il car est le libéral et le démocrate. mais un ennemi de blesse. On voulait maintenir les privilèges d'une aristocratie qu'on défendait dans pesante et injuste. le successeur des Gracques et de Marins. Ces noms de liberté n'était pas la liberté de république vous abusent. effet le rôle qu'il s'attribuait il jour où. c'était l'oppression d'une caste sur un peuple. disait encore : « Je viens déli- vrer le peuple romain d'une faction qui l'opprime a-t-il de vrai dans cette prétention qu'il affiche défenseur de la démocratie? Qu'en devait penla ne dis pss un patricien.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON servir les intérêt et l'ambilion d'un 63 qu'ils n'ai- homme maient pas? Assurément chose. . je le Sénat. Ce le camp de Pompée. qui naturellement en pensait beaucoup de mal. t rv bellû civ . Mais ici. l'homme de depuis à Sylla. et vous vous trompez encore. On se battait pour lui conserver le droit d'opprimer la plèbe et d'écraser le monde. les amis de la liberté doivent garder pour Césa^sympathies qu'ils accordent généralement à Pompée. I. daient. mais venir au secours de la république et de « menacées. il avait tenu tète Préteur la avait paru servir avec dévouement cause populaire. C'est bien en consul. -» donnée par Qu'y d'être le ser. le la plèbe. ajoute-t-on. à commencer une guerre quand ils venaient se mettre ils sous les ordres d'un général auquel d'en vouloir. » A ce compte. quand se déci- malgré leurs répugnances. et au moment où il il marchait sur Rome abani. no- un homme nouveau comme Cicéron? Quelque quelque impatience qu'il ait ressentie à trouver colère qu'aient causée à Cicéron les dédains de f aristocratiC.- ils passaient la mer. il s'agissait pour eux d'autre ils Quand civile. et presque enfant. ils avaient tant de raisons ne pensaient pas intervenir seulement la liberté dans une querelle personnelle.

Quelques grandes familles abords et semblaient s'être établies dans les premières dignités de : en gardaient les n'en laissaient approcher personne. auxquels il faisait appel des décisions des autres. L'égalité inscrite dans la loi souffrait beaucoup dans l'application. meiîleuro que celle des patriciens. le droit de suffrage. magissacrés. {Pro Chient. un de ces grands seigneurs à qui les honneurs venaient en l'ail '. lorsqu'on soutenait devant lui que César prenait les armes pour lui rendre la liberté.) . qu'il avait la liberté tribune et de la parole. dormant. de il d'interrompre la vie politique. je je ne vois pas que sa mauvaise hameur jamais porté à prétendre que le peuple fût opprimé et suppose que. trats inviolables et énorme et la d'arrêter le que la loi armait du pouvoir gouvernement parleur intercession. enfin il le libre accès à toutes les magistratures. 14. dans ses candidatures. rappelait alors que le peuple jouissait d'une organisation légale. dont trafiquait pour vivre. il demandait depuis quand il l'avait perdue.6'i. A de pareils succès étaient rares. qu'il avait des magistrats particuliers. LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON toujours sur son chemin.. et quels privilèges Il nouveaux on voulait ajouter à ceux qu'il possédait déjà. et n'avait qu'à citer son exemple pour et démontrer la vérité. qu'il était possible à un homme sans aïeux presque sans fortune de parvenir même au consulat. de détruire ces institutions elles-mêmes? Le mal grand qu'on fût forcé d'avoir recours au remède radical du pouvoir sbsolu? Était-il défendu de croire qu'il serait plus sûre• H a même semblé dire plusieurs fois que la silualion des plébéiens dans la République était. Les fastes consulaires à cette époque ne contiennent guère que des noms rÉtat elles illustres. 40. mais ces obstacles. Pro domo sua. à tout prendre. était-il besoin pour briser que l'habileté de quelques ambitieux était-il si opposait au jeu régulier des institutions.

avec l'intercession des tribuns et force invincible du nombre. « Il ne demande rien disait-il. et toutes les fois qu'il le voyait s'agiter sur la place il publique. les Antoine. le tenait faute. a cicfnoK. entre le peuple et l'aristocratie. et celle la énergiquement voulu. n'était donc pas porté à croire qu'il fallût lui accorder des droits nouveaux quand il le voyait si peu ou si mal user de ses droits anciens. jamais la guerre qui se préparait ne lui parut être le renouvellement des anciennes luttes. est pleine. méritait peu s'agissait d'autre le nom de parti populaire. puisqu'il ne faisait pas d'efforts pour en sortir. et qui comptait parmi ses â Sext. Avec la liberté des suffrages de la tribune. » . c'était sa la laissait à d'autres le pouvoir. les Dolabella. par des exemples récents. les Gurion. Cicéron avait peu d'estime pour le peuple de son temps. s'étaient chose que de défendre les privilèges de la naissance dans un et camp où rendus tant de chevaliers Pro de plébéiens. il ne souhaite rien i .LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON G5 ment guéri par la liberté que par suffisait le despotisme? N'a- vait-on pas vu. dont l'histoire romaine effet.. En une réunion de grands seigneurs ruinés. 49. Jamais il ne consentit à voir en lui le successeur des Gracques venant émanciper la plèbe opprimée . soupçonnait que c'étaient les largesses de Il quelques ambitieux qui faisaient ce miracle. il devait toujours finir S'il il par être le maître. qu'un grand courant d'opinion populaire pour renverser toulois offraient s'il tes ces résistances aristocratiques? Les au l'a- peuple vait le moyen de reconquérir son influence. Aussi ne regardait-il pas comme sérieux le prétexte invoqué par César pour prendre les armes. marchant sous la confils duite de celui qui se glorifiait d'être le des dieux et et il dos rois. . et méritait l'abaissement où noblesse. il b croyait de sa nature indifférent et apathique.

il stipulait pour lui. il se plaint qu'on lui refuse le qu'il y parle consulat. d'autre Nous sommes Curion i. 32. . de opprime. il défendait ses intérêts personnels. Cicéron et Galon. quand il expose les raisons qu'il a de la commencer. Du reste. dans son camp. qu'on lui enlève sa province. condamnaient. Ils ne croyaient pas en le suivant qu'ils allaient rendre la liberlé à leurs concitoyens. Au début de la guerre civile. les Dans dernières conditions qu'il pesait au sénat avant de sulat. La phrase que j'ai citée tout à l'heure est à peu près la seule où il en soit question. il ne dit pas un mot du peuple. ii. on ne voit pas beaucoup des intérêts du peuple. de sa le liberté qu'on C'était pourtant moment d'en parler pour justifier une entreprise que tant de gens. ils ne connaissaient pas ()'autre nom. les soldats de » disaient-ils avec Ils n'avaient pas titre. on ne pensait pas plus au peuple qu'il ne s'en occupait lui-même. qui avaient pris ' De bcUo cir. ils voulaieul venger leur chef outragé et lui con« quérir la puissance.66 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON chefs Varroii. et les plus honnêtes. Quand on lit avec soin ses mémoires. ses plus braves généraux. César ne semble pas s'être beaucoup préoccupé lui-même de ce rôle de champion de la démocratie. jamais il ne lui vint dans la pensée de demander aucune garantie pour ce peuple dont il se disait le défenseur. sa province. Il est plus franc dans tout le reste. marcher sur Rome. Ses meilleurs amis. César. c'est-à-dire deux pelits bourgeois d'Arpinuin et de Réate. que réclamait-il'? Toujours son conson armée. venait parler à ces vieux centurions qui on Quand avaient vu la Gernumie et la Bretagne. ses droits méconnus. et le descendant du paysan de Tusculum. n'avaient pas la prétention d'être des réformateurs ni des démocrates. qu'on l'arrache à son armée.. Autour de lui.

c'est la ne se trompaient pas. du blé ([u'il et de l'huile qu'il a si généreusement distribués aux plus pauvres. mais s'ils réclamaient autre chose. « Nous. Après trente ans de victoires. et prouve plus que tout César après victoire il *? ils le reste. De quelle façon usé de sa comment en a-t-il fait profiler le peuple dont prétendait défendre les intérêts? Je ne parle pas de ce qu'il a pu faire pour son bien-être et ses plaisirs. d'abandoimei' César et de passer côté des lois et de la république. et la gloire remplaçait pour eux la liberté. ferons jamais ' . s'ils consentaient à sacrifier leur liberté à ce prix. malgré ses promesses. mais celui d'un ambitieux qui vient établir par les armes un pouvoir absolu. s'ils voulaient une indépendance plus complète. qu'ils défendaient ils 67 du ne répondaient pas disaient-ils le peuple et ses droits. nous prendrions les armes contre une armée dans laquelle nous servons et nous sommes victorieux depuis trente-six ans! Nous ne le . ils avaient perdu les traditions et le goût de la vie civile. nous quitterions notre général qui nous a donné tous nos grades. je pardonne à Cicéron de n'avoir pas fait d'eux plus d'estime et de ne s'être pas rangé de leur côté . ils ne les ont pas obtenus. Cicéron et ses amis pensaient que cet entourage n'est pas celui d'un chef populaire qui vient rendre la liberté à ses concitoyens. plus de part aux affaires de leur pays.y 45- . les droits du peuple leur étaient devenus indifférents. . -six mais soldats. des repas publics qu'il lui a donnés. » Ces gens-là n'étaient plus citoyens.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON Alésia et Gergovie. des fêtes somptueuses. de nouveaux droits politiques. ne les a ' De helloafnc. Ce qui le conduite que tint a-t-il la guerre. des 400 sesterces (80 francs) : a payés à chaque citoyen le jour de sou triomphe si ces aumônes suffisaient aux plébéiens de ce temps. et la victoire de César.

et qui se trahissait par ces Le mal dont Rome souffrait désordres et ces violences dont les lettres n'était pas de Cicéron nous font un si triste tableau. Il s'aggravait tous les jours sans qu'aucune loi pût le prévenir ni l'arrêter. J'avoue qu'il n'est pas facile d'y répondre. et tout le monde a été confondu désormais dans la même obéissance. je ne crois pas que ce soit la peine de les défendre de ce reproche. César a humilié l'aristocratie. Les sources altérées. privé le peuple du droit de suffrage et réuni dans sa main tous les pouvoirs publics. que César travaillait. le sénat qu'il avait nommé. les les privilèges de l'aristocratie et d'augmenter la vie la droits des plébéiens? mêmes de publique étaient gravement façon dont se recrutaient Le mal venait de . mais pour le mettre dans les siennes. Si c'est contre Cicéron et ses amis d'avoir pris les armes. C'est pour lui. Mais cette république avait-il méritait-elle d'être défendue? Y quelque espoir delà conserver? était inévitable? N'était-il pas manifeste que sa ruine objection qu'on fait C'est la dernière le à ceux qui suivirent parti de Pompée. Il a établi l'égalité entre tous les ordres. de ceux qu'on peut conjurer avec quelques Il était sages réformes. ancien et profond. Je sais bien qu'après qu'il eut fait taire la tribune. lui décerna solennel- lement le nom de libérateur et vota l'érection d'un temple cette liberté qu'on accuse à la liberté. mais il ne l'a humiliée qu'à son profit. comme on le voulait. pensait défendre la république et non les privilèges de l'aristocratie.68 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON rendus ni plus influents ni plus libres. et Cicéron. mais c'était une égalité de servitude. Pouvait-on espérer le guérir avec ces changements timides que proposaient les plus hardis? A quoi servait de diminuer. et non pas pour le peuple. Rendons aux choses leur vrai nom. en le combattant. à bout de flatteries. les citoyens. Il a enlevé le pouvoir exécutif des mains du sénat.

Dans les pays où fleurit l'esclavage. II. l'Histoire de l'esclavage dans l'antiquité de M. W avait essayé alors de se faire misère fermier. il de tous trop de les métiers parmi ses esclaves. à son profit. découragé de la lutte. l'homme libre re- garde comme son privilège et son honneur de mourir faire. Là encore. D'ailleurs de faim sans rien avait des gens chaque grand seigneur pour lui seul. la dans un coin de sa maison. travail libre. sur ce été si domaine où il avait longtemps le maître. comme propriélaire et il comme fermier. métayer. cependant. le la pauvre paysan avait longtemps combattu contre et les usuriers . avait fini par puis. Marins avait ' Voyez t. Qu'y pouvait-il faire? y avait peu d'industrie. le travail est déconsidéré. et généralement elle n'était pas aux mains des hommes libres. ch. qui ne pas ses conditions. avait été forcé la d'émigrer à A Rome.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON 69 du peuple Pendant longtemps. concurrence de l'esclavage avait tué le Heureusement à cette époque. mais là il avait rencontré la concurrence de peut traiter l'esclave. les plus honorées de toutes. sans travail et sans ressource. et comme c'était tant d'ouvriers les louait à ceux qui n'en avaient pas ou leur faisait tenir boutique. mercenaire. C'était des tribus rustiques. Wal- lon. il vendre son champ à son riche voisin. qu'étaient qui avaient conquis l'Italie et sortis ces vaillants soldats vaincu Carlhage. mais ce bien détendu peuple agriculteur la et guerrier qui avait si république n'avait pas su se défendre lui-même contre la l'envahissement de grande propriété. ne discute pas son prix. qu'on C'est ainsi comme on veut que chassé deux fois de son champ. vie n'était Il pas pour lui plus facile. la ville. . qui le convoitait pour s'arrondir. Resserré peu à la culture est plus peu par ces immenses domaines où facile. qui fait '. IX. Rome avait tiré sa force des campagnes. travailleur plus sobre.

car il ne con- naissait pas ce qui fait l'honneur et la dignité de la vie dans les conditions les plus basses. soumis Bretagne et la l'Afrique. ni esprit politique. Pendant étaient restés dans ces lointaines ce temps. peuple misérable. Gaule et l'Orient. les vides que faisaient dans la cité tous ceux qui parlaient et ne revenaient pas fie il remplissaient mal. et une fois qu'ils y étaient établis. A plusieurs reprises elle essaya de se défendre contre ces invasions d'étrangers. ni caractère national. les autres avec des complaisances ou des ruses. expéditions. ni même moralité. C'est .70 Là Vie publique de cicéron ouvert les rangs de l'armée aux plus pauvres citoyen? {capite coisi). visité la Germanie. vait plus ni souvenirs. s'étaient faits soldats. Ces malheureux. finissaient par obtenir le titre de citoyens. les plus braves et les meilleurs. et l'on pense bien que ce n'étaient pas les plus honnêtes. la république n'était plus possible. C'est de ce mélange d'affranchis et d'étrangers que se lormait alors ce qu'on appelait encore par habitude le peuple romam. qui lités vivait des libéraqui n'a- des particuliers ou des aumônes de l'Élat. Faute de mieux. les plus riches avec de l'argent. Ceux qui l'avaient plus naturellement encore et sans avoir besoin de les affranchis. Avec un peuple pareil. Sans doute les premier coup tous le demander. et le petit-fils de celui qui avait tourné la meule et qu'on avait venau sur le marché des esclaves votait les lois et nommait les consuls comme un Romain de vieille race. ville ils revenaient toujours se cacher dans celte immense sans police. ne trouvant pas d'autre ressource. c'étaient ne leur accordait pas du droits politiques. et la plupart d'entre eux. le travail. ils avaient achevé la conquête du la monde. y venait des gens de toutes les parties du monde. ni traditions. mais elle avait beau faire des lois sévères pour les éloigner. Depuis que Rome était puissante. toutes ces réserves disparaissaient. mais après une la loi ou deux générations.

qui se rappelaient les grandes choses qu'il avait faites. tous les arts. qu'ils ont accueilli de leurs applaudissements. le plus odieux des régimes. civili- l'asservissement le plus complet au milieu de la sation la plus raffinée. leur position et leur renommée. qui étaient attachés -au gouvernement républicain par tradition et par sou- venir. tyrannie la plus lourde et la plus basse. On en moins par l'habitude qu'on avait de les supporter. Le pouvoir absolu qu'ils ont appelé de leurs vœux. sous ce nom. des princes accoutumés à se jouer de vie des de l'honneur. sortes d'enfants gâtés cruels comme on n'en rencontre plus que dans les déserts de l'Afrique. Ils avaient trouvé là. cl qu'il dévouement pardonne ou la justice. plus et d'intelligence. même qu ne fut il applaudisse à l'homme qui. il plus d'honnêteté el de sens politique dans ceux qui en jouissent. Au contraire on ne savait pas ce que serait ce pouvoir nouveau qui voulait remplacer la république. défauts depuis si On était familiarisé avec ses longtemps qu'on vivait avec eux. . et l'on comprend que l'historien qui étudie de loin les événements du passé. en la renversant. qu'un instrument de la nécessité ou^le Mais les gens qui vivaient alors. de la hommes. qui lui devaient leurs dignités. le plus bel la plaisirs du luxe et des épanouissement de l'intelligence avec la fortune. souffrait surtout depuis qu'ils avaient conquis l'Orient. quand il voit disparaître la liberté à Rome. pouvaient. se console de sa chute en disant qu'elle était méritée et inévitable.L\ VIE PUBLIQUE DE CICÉRON 71 le de tous les gouvernements celui qui demande conlère de privilèges. était fait pour eux. La royauté inspirait une répugnance instinctive aux Romains. Plus il réclame de Des gens qui n'usaient pas de leurs droits ou ne s'en servaient que pour les vendre n'étaient pas dignes de les conserve^.ils penser comme nous et prendre aussi facilement leur parti de sa chute ? D'abord ce gouvernement existait.

que l'accord des bons citoyens peuvent tout réparer et que la liberté guérira facilement les abus et les fautes de la liberté. si toute chimérique qu'elle était? Est-il coupable d'avoir pensé et qu'il y avait d'autres la moyens de sauver liberté? la répu- blique que de sacrifier Un honnête homme un bon citoyen ne doivent pas accepter du premier coup ces extrémités. et il reprend vite courage. Il se trompait. De Il plus. après leur mort. mais faut-il le blâmer d'avoir nourri cette espérance. les appelle. qu'on ne pouvait pas guérir. en est des États comme des hommes. de les demandaient échanger contre ceux que pouse vait avoir la royauté. auxquels. et ils quelques inconvénients qu'eût valait la peine république. des ambitieux qui troublent Catilina. aveugles ou dupes. vivant. sa il du danger. on ne pouvait pas voir combien la machine était moments de profond désespoir où il annonce à ses amis que tout est perdu. tout sera sauvé. ils font bien de ne Qu'on le croire tout à fait perdu que lorsqu'il est à terre.7? Ce tableau s'il LA VIE PUBLIQUE DE ClCÉRON n'était pas fait la pour les séduire. il est il honorable pour eux de n'être pas trop perspicaces. qu'une parole éloquente. César repos public c'est toujours ou Clodius qu'il accuse. On a beau leur dire que les arrêts du destin condamnent à périr le gouvernement qu'ils préfèrent et qu'ils ont promis de défendre. Jamais n'aperçoit toute la gravité vais jours. et il pense que Ion réussit à les vaincre. il était naturel que la chute de la république ne leur parût pas aussi prochaine et aussi sûre qu'à nous. Il lui semble qu'une main ferme. on trouve mille les raisons de mourir que personne ne soupçonnait de leur Quand rouages de ce vieux gouvernement délabrée. si l'on veut. Catilina et Clodius n'étaient que les symptômes d'un mal plus profond. Dans le les plus mauet pensée ne va pas au delà des intrigants . et . Cicéron a quelquefois des fonctionnaient encore. mais ces moments ne durent pas.

s'obstinèr. seul. mais l'ombre est quelque chose encore. je le crois : il n'en restait que l'ombre. se plaît à conduire ses funérailles. libertas. qui vient de perdre son enfant. la fin de la carrière politique comme il semblait le croire. je Rome. sans passion et même que sans espérance. Je suivrai jusqu'au bout ton ô liberté. car cette la ombre. parence les console de liberté perdue et leur donne mûre- quelque espoir de les la reconquérir. tuumqae NocncD. sans se dissimuler le triste état de la république. de Les événements le devaient le ramener encore une fois au pouvoir et silence pendant les premiers temps de replacer à la tète de la république. c'est ce Lucain fait dire à Galon dans ces vers admirables qui les sentiments me semblent exprimer jusqu'à la fin de tous ceux qui. On ne peut en vouloir cette ap- à ceux qui s'y attachent et qui font des efforts désespérés pour ne pas la laisser périr. allume de ses mains le bûcher funèbre. après avoir honnêtes gens comme Ciccron. sans entraînement. loin de nuire à sa réputation. nom même quand tu ne seras plus qu'une ombre vaine ^ ! » IV Pharsale ne fut pas Cicéron. Phars. Sa vie retirée. u..LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON y a des erreurs et des illusions qui valent 73 mieux qu'une résignation trop facile. Roma. l'avaient au contraire »Luc. 300 Exanimem quam • Non ante rcvellar complectar. son la dictature de César.nt à la défendre : « Comme un père. et inanem proscquar umbrara le . ne le quitte qu'à regret et le plus tard qu'il peut. allèrent retrouver Pompée . ment réfléchi.. ne t'abandonnerai pas avant ue t' avoir tenue morte dans mes bras. à La liberté réelle n'existait plus Rome. C'est ce que pensaient qui. ainsi.

raisons d'être sévère pour eux leur place. jusque dans ses éloges et ses flatteries. un air d'opposition. après avoir frappé César. Les hommes d'Élat ne perdent pas autant qu'ils le pensent à rester quelque temps en dehors des affaires. quand il il crut devoir se rapprocher davantage de César. il étaient morts. Scipion. et jamais sa popularité ne fut plus grande qu'à ce moment où il se tenait volontairement loin des la suite. il bien conserver. Bibulus. Ce sont donc les circonstances plus fait encore que sa les volonté qui lui ont plus tard jouer un la si grand rôle dans événements qui suivirent i comment il fut mort de César. les grandit. C'est ce qui arriva à Cicéron. La retraite. que l'opinion publique ne cessa pas de lui être favorable. on en perd facilement le souvenir pour ne plus songer qu'à leurs qualités. Calon. On a moins de quand on ne convoite pas comme on ne souffre plus de leurs défauts. dignement supportée. Pompée. il se conduisit avec tant la accommoda si habilement ensemble sut si sou- mission et l'indépendance. . Ils semblaient ainsi le reconnaître pour faire le chef de leur parti et lui honneur du sang qu'ils venaient de verser. D'ailleurs les plus illustres défenseurs de la cause vaincue. aussi s'habitua-t-on à le regarder le comme qu'aux dernier représentant de la république On sait ides de mars Brulus et ses amis. Dans d'adresse.74 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON augmentée. Sa disgrâce désarma tous les ennemis que lui avait faits sa puissance. De tous ceux qui avaient occupé avec honneur de grandes fonctions sous l'ancien gouvernement. Il suffit qu'ils ne soient plus au pouvoir pour qu'on se trouve quelque penchant à les regretter. et. yeux du public. appelèrent Cicéron en agitant leurs épées sanglantes. ne restait guère plus que lui. Je raconterai amené à livrer contre Antoine ' Dans l'élude sur Orutus.

Convaincu que son rôle était fini et que celui des gens que de guerre allait commencer. partis se dessinaient davantage. il désespérée dans laquelle lui l'engagea presque à la malgré ne pouvait pas être utile république. qui se préparait aussi à quitter toujours scrupuleux. et de tenter une dernière fois la lutte sur le n'espérât guère réussir. Je montrerai la pas de lui-même et volontairement qu'il Il commença. terrain de la loi. Il avait quitté le Rome et ne voulait pas y revenir. Cicéron céda aux prières de son ami. mais Ce moment fut le plus beau peut être de sa vie politique. qu'il fallait opposer aux vétérans d'Antoine de bons soldats plutôt que de bonnes raisons. avait élargi les cadres de ce vieux parti et mo- . toujours l'Italie. et il n'avait pas tort. comme Amphiaraus. Il semble s'être délivré de toutes ces hésitations qui embarrassaient ordinairement sa conduite. Une première fois l'am- bition ralliant de César. Jamais la question ne sélait aussi nettement posée. il partait pour la Grèce quand un coup de vent le rejeta sur la côte de Rhégium. lui ennemi de la demanda de le faire encore quelques efforts pour ranimer peuple. qui n'était ignorée de personne. L'en- se jeter vivant dans le gouffre. seconde fois « qu'il venait. A chaque évolution nouvelle des événements. en autour de l'aristocratie romaine tous ceux qui voulaient. les elle profita à la gloire de Cicéron. » Brutus treprise lui rendit ce jour-là un grand service. violence. D'abord nous avons le plaisir et presque la surprise de le trouver ferme et décidé. De là il se rendit au port de Vélie. et ce fut lui qui. où il trouva Brulus. conserver les anciennes insti- tutions.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON cette lutte 75 que ce n'est où il devait périr. pensait temps des résistances légales était passé. et quoiqu'il il s'empressa de retourner C'était la à Rome pour y livrer ce dernier combat. C'est qu'aussi il n'était guère possible d'hésiter alors. comme elle.

après la mort de César. de ne plus sentir d'omsi bres entre son esprit et elle. mais. C'est un soldat sans génie politique. Il ne prend pas la peine de cacher ses desseins. la lutte. le parti des honnêtes gens. plus de doute sur les en ce moment il n'y a intentions du vainqueur. il la poursuit jusqu'au bout sans Par un contraste étrange. et il devient le que personne ne peut plus lui refuparti républicain. qui réclame par la force du grand dictateur. C'est ainsi que Cicéron aime à Celle dénomination était encore le désigner. il veaux. il devint le parti de l'ordre. se montre aux Romains suus sa forme la moins déguisée et pour ainsi dire plus brutale. Non- seulement faiblir. despola tisme. la justice de sa cause. et quelle passion sion que de combat! Aucun des jeune assurément jeunes gens qui lenlourent ne montre autant de décilui. il entame résolument ce qui est plus rare chez lui. changea de nom comme de caractère . de combattre enfin au grand sent qu'il a le comme on cœur à l'aise ! comme il est plus libre et plus vif! quelle ardeur dans ce vieillard. débauché et cruel.76 difié LA VIE PUBUQUK DE CICÉRON En s'augmentant d'éléments nou- son programme. . après tant de doutes et d'obscurités. et. optimales. La lutte s'établit donc la franchement entre république et le despotisme. Ce dut être un grand soulagement l'héritage pour celte âme d'ordinaire de voir si si indécise et si incertaine clairement la vérité. et lui-même il est plus qu'à l'époque où combattait Catilina ou Clodius. sans distinction de manières. comme Comme on le voit substituer ouvertement son autorité à celle du sénat et du peuple. Aussi. Et le pour que le doute soit encore moins possible. l'entreprise la plus . d'avoir une confiance complète dans jour. le parti qui lui résiste prend le nom qui lui convient ser . sans élévation d'âme. à la fois grossier. et Cicéron ni personne ne peut plus s'y tromper. un peu vague elle se précise après Pharsale.

la De républicains. à trente- donc comme il avait il commencé. honnêtes gens » On reconnaît là sa politique or- dinaire. et qui. à quelques pas d'Anloine furieux. Deux protestait seul. C'est encore une il coalition qu'il essaye de former comme ment * à l'époque de son consulat. fila Cicéron pro- de ces premiers élans. allaient n'en restait guère. au milieu du silence général. les il n'y a plus qu'un seul vaisseau pour tous i.. et les plus résolus rejoindre Brutus en Grèce. à tous ceux que blessaient les emporlenienls d'Antoine. contre un pouvoir redouté. rapproche des autres. raît timide et pâle . Celui que Cicéron montra dans son discours en trouver aux autres. frait pas de résistance. C'était il rassembler quelques personnes autour de lui et trouver des défenseurs à là le difficile. et si mière Philippiqiie. Tout ce qu'on pouvait faire. pour république presque oubliée. leur disait-il. puis rendit honteux ceux qui se taisaient. XII. Cicéron les adjura d'oublier leurs anciennes inimitiés et de se réunir. Dès son retour ardeur Brutus. c'était de s'adresser aux modérés de tous les parlis. menaçant.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON 77 périlleuse qu'il ait jamais tentée. et qui devait lui coûter la vie. est précisément celle où à il a le mieux résisté à ses découragements qu'il avait il et à ses défaillances ordinaires. Ce rôle est décidé- celui pour lequel a le plus de goût et qui lui Ad fam. Rome. encore il tout animé de celte puisée à Vélie dans les entretiens de osa y parler. La pre- se rendit au sénat. « Maintenant. bien timides encore. devant ces sénateurs effrayés. par ses émissaires. Celte parole libre surprit d'abord. qui ne soufcinq ans d'intervalle. 25. . Le courage est contagieux comme la fit peur. écoulait tous les propos qu'on tenait contre lui sait ! Cicéron finisfois. paquel courage cependant n'a-t-il pas la on fallu pour la prononcer dans celte ville indifférente.

qui. Plusieurs prise parut-elle d'abord assez des généraux de César l'écoulaienl volontiers. mais c'étaient des secours douteux. après la sans soldats. et l'habilutie qu'il avait prise de les parlis faisait qu'il n'élait étranger aucun. on fuyait. Aussi son entrebien réussir. Au milieu de cet effroi général. où il des légions qu'il avait venir de la Macé- doine. el les ambitieux subalternes. Chacun maison saccagée. lointains. On le savait homme à le faire. on se cachait. On tremblait. à espérer Il n'y avait d'aide que de Deciuius Brutus. et jamais on n'avait eu plus besoin de soldats qu'en ce attendait moment. on de Sextus Pompée. peler à la défense de la république. Par il la souplesse de sou caractère plus propre que de ses principes. et qu'il avait partout des amis. appelant aux armes les vétérans . qui réorganisait ses troupes en Sicile. le jeune Octave. qui occupait la Gaule cisalpine avec quelcjucs légions. comme Ilirtius el mort du maître. Antoine était à fait Brindes. Les plus intrépides cherchaient de tous les côtés quelqu'un qu'on pût apcroyait voir déjà sa tagé. le neveu de César. et qui attendait avec faire connaître. impatience l'occasion de se était pensa qu'elle venue. que la jalousie d'Antoine et la défiance des républicains avaient jusquie-là tenu à l'écart. sa famille proscrite. et la ruine était sûre et prochaine. Malheureusement ce n'était encore qu'une réunion de chefs Pansa.78 convient le LA VIE PUBLIQUE Diî CICÉRON el mieux. ne se sentaient pas assez forts pour convoiter la première place et ne voulaient pas cependant se contenter de la seconde. son champ parLa terreur était partout. Furieux de la résistance inattendue qu'il avait rencontrée. côtoyer tous était personne à à concilier les opinions. il annonçait qu'il s'en vengerait par le pil- lage et le meurtre. Il parcourut les environs do Rome. ceux surtout qui trouvaient qu'en somme ils perdaient moins à rester citoyens d'un État libre qu'à devenir sujets d'Antoine.

les promesses dont il établis. et Cicéron lui-même. le flattait lui. et que l'événement ne devait pa« tarder à démentir ! On connaît trop les faits qui suivirent pour que j'aie besoin de les raconter. reconnaissance du sénat frayeur avait été grande. Cicéron il l'éleva 1 dans ses la éloges bien au-dessus de son oncle appela un divin jeune patrie homme : suscité par le ciel pour la défense de fit il . forcé de quitter Rome. à Casilinum. il fut l'âme du parli républicain. « C'est moi. qui se recomposait à sa voix. abandonné de plusieurs de quand on la vit ses légions.!. se le garant de son patriotisme et de sa lui fidélité imprudentes paroles que Brutus reprocha bien durement. il n'y avait pas moyen de refuser ce secours sans lequel on périssait. jamais il n'a mieux mérité ce nom d'homme d'État que ses ennemis lui refusent. où Octave fut le tenait en échec. qui » et il ai donné le dire. se laissa séduire à ce jeune lait la lin par homme qui le consultait. Alors il s'adressa au? du sénat. Dans une telle détresse. était Son nom.yXlV. avait raison de Sa parole sembla fois rendre quelque patriotisme peuple indifférent. . dignités et de aussi prodigue que le libérateur sa On combla . disait-il avec orgueil. qui avait témoigné d'abord quelques défiances. de compliments. le signal de ce réveil i. Il et quelque énergie à ce lui fit applaudir encore une ^Philipp. Jamais Cicérun n'a joué un plus grand rôle politique qu'à ce momenl.LA VIE PUBLIQUE DE GIGÉRON 79 lar- de sou oncle qui y étaient gesses. et l'appe- son père. A Cakitia. Pendant six mois. lui amenèquel- rent vile des soldats. leur offrit l'appui de ses vétérans^ leui demandant pour tout salaire de l'avouer dans les efforts qu'il allait faire pour les sauver. ses prodigue. en ques jours chefs il en trouva trois mille. Quand on fut sauvé grâce à Antoine.

On les rovinces. demandr son amité. . Decimus Brutus pour donne du cœur à Modène. Ce n'est pourtant pas assez pour va chercher plus loin encore des ennemis à An- Il écrit aux pro aux généraux des armées. Il applaudit au coup de main hardi de Cassius il qui le rend maître de l'Asie. l'Italie fut il remuée. l'ardeur ga- gna et les municipes voisins. et gardant. Lépide et Plancus font des protestations tiques « qu'il emphai. Ses Philippiques qu'heureusement il n'a pas le temps de refaire. Les adhésions qu'il sollicite avec tant de passion lui arrivent de tous côtés.. Pollion lui écrit d'un ton solennel tous les jure d'être l'ennemi de tyrans » De toutes parts on pui. à s'emparer de la Grèce. 3t. on les dévore dans les armées. et de proche en proche toute lui. il félicite les énergiques. de fidélité. X. et consuls des provinces flatte les ambitieux. Ces improvisations passionnées vont porter partout l'émotion de ces grandes scènes populaires.80 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON ces grands mots de patrie et de liberté que le forum allait bientôt ne plus entendre. on sollicite son ap- on se met sous sa protection. et lit dans les des pays les plus lointains arrive à Cicéron le témoignage de l'admiration qu'elles inspirent! « Votre toge est encore plus heureuse que nos armes. De Rome. excite Cornificius à chasil ser d'Afrique les soldats d'Antoine. la trace des interruptions et des applaudissements du peuple. toujours hésitant. il toine et des défenseurs à la république. Même ceux qui sont des ennemis et des traîtres n'osent pas lui refuser ouverlement leurs conrésister dans cours. C'est lui qui pousse Brutus. » lui dit un général victorieux. avec les vivacités du premier jet. D'un bout du monde à l'autre. il gronde les tièdes. et il ajoute : « Chez vous le consulaire a iAd fam. se répandent dans le monde entier à peu près comme il les prononce.

et revint dans sa * Ad * - fam. souffrant de la de mer. » C'est bien quelque croire : chose. Dès mourir ^. — 3 j^d Brut. l'essaya. Quand l'ennemi commun. — — ^ Ad s fam. 6 Apud Senec.' le détruire.. calomnier. dont la tus. » fut le dernier triomphe de la république et de Cicéron. Octave voulait affaiblir Antoine pour en obtenir ce Lorsqu'il la le qu'il désirait. il faut l'avouer.LA VIE PUBLIQUE DE CICÉUON. xn. et à » chercher comme eux à bien Sa mort fut courageuse. 11 pouvait se sauver. découragé de vivre.. avait intérêt à le qui. 3. le conduisit en triomphe au Capilole. . vit il ne voulait pas . Ce haine les réunissait. 13. mais après quelques jours navigation. est vaincu. il se fit descendre à Caïète. dit. Le succès est quelquefois plus fatal aux coalitions que les revers. « Ce jour.. la mort est le seul qu'il supporta comme un homme ^. prendre à sa maison. où aurait retrouvé Brutus.. et tous lors il deux marchèrent ensemble sur restait plus à Rome. les dissentiments particuliers paraissent. quoi qu'ait prétendu Pollion. vaincu le consul lui écrit i. J'aim? mieux au témoignage de Tile-Live. l'ayant trahi. qui n'était pas de ses amis et qui vivait à la cour d'Auguste « De tous ses malheurs. tourmenté surtout de regrets et de tristesses. Suas. CICÉRON. le Le où l'on sut à le peuple entier vint m'a payé de toutes mes peines 3. 12. C'est lui qu'on qu'on remercie de tous les succès qu'elle obsoir Rome la victoire de Modène. et un moil ment il D voulut ptXtir pour la Grèce. Philipp. écrit il à Brutient.il. fuyant vers les Alpes les il lui tendit main. 14. 81 » — « Mes soldats sont à vous. ne Cicéron « qu'à imiter les braves gladiateurs. On lui rapporte la gloire de tout ce qui arrive félicite et d'heureux à la république. contrarié par le vent. xii. 6. » un autre *. m. et voulut entendre de sa bouche le récit de la bataille.

main gauche. d'avoir été si ferme à ce terrible moment. plus il était timide de caractère. l'iut. il quelqueiois trop hésifini a toujours la par défendre ce qu'il regardait comme cause de la justice et il du droit. lui a rendu défen- dernier service qu'elle pût réclamer de ses l'a seurs. Aussi. Il a souvent remercié le coup de vent qui le ramena à Vélie la première fois qu'il voulait fuir en Grèce.. Celui qui le rejeta dans Caïète n'a pas moins servi sa renommée. plus je suis touché de le trouver si résolu pour mourir. Cic. qui ne se piquait pas d'être un Caton. pre- « la barbe et les cheveux sales.82 LA VIE PUBLIQUE DE CICÉRON maison de Formies pour y mourir. fatigué. tant et trop faible. je songe à sa fin. le disait S'il qui aimait bien son pays. c'était un honnête homme. le visage nant son menton avec triers qui lui était wdinaire. « » et je n'ose plus Malgré ses dé- fauts. et 1. comme la Plutarque l'a si bien dépeint. par un geste regardant fixement ses meurêtre sévère. . honorée par sa mort. et le quand il elle a été vaincue pour jamais. 48. » comme Auguste lui-même un jour de fut franchise et de remords. C'est beaucoup pour un homme comme lui. Sa mort me semble racheter les faiblesses de sa vie. lorsqu'on étudiant son histoire je suis tenté de lui reprocher ses irrésolutions et ses défaillances. je le vois. C'est ce qui lui a donné l'occasion de prononcer ses Philippiques.

l'inten- dant de Cicéron. c'est que son père ne avait laissé qu'une fortune très -médiocre. comme de ceux d'aujourd'hui. sans pouvoir dire précisément à quelle somme elle s'élevait.it LA VIE PRIVÉE DE CIGÉRON 1 Ceux qui ont lu la correspondance de Cicéron avec Alticus. qu'on a pris tant Il de fois plaisir à comparer. Tout ce que nous salui vons avec certitude à ce sujet. La richesse était une des plus grandes préoccupations des gens d'alors. on est riche ou l'on est pauvre suivant . pour faire naître quelques soupçons sur la façon dont il l'avait acquise. et c'est tiennent dans ces confidences intimes. et qui savent quelle place les questions d'argent ne seront pas privée en cherchant à me rendre compte de l'état de sa fortune. si chose d'absolu . et qu'il l'aug- menta beaucoup. mais il faut bien se garder de l'apprécier avec les idées de notre temps. et il est probable en effet nous en savions le chiffre. pour pouvoir dresser d'une manière exacte le budget de son ménage. surpris que je commence l'étude de sa vie par là peut-être que ces deux époques. il nou^ paraîtrait considérable . La richesse n'est pas quelque que. Ses ennemis avaient coutume de l'exagérer. se ressemblent le plus. faudrait avoir conservé les registres d'Eros.

qui suffisait à peine à l'achat d'une maison sur le Palatin. encore simple particulier. 21 Les choses n'élaient pas changées au temps où Cicéron fut consiiL Nous voyons que son frère. 6. 2 Parad. et qu'épuisaient presque les embellissements de sa villa de Tusculum. dépensait d'un seul coup 120 millions de sesterces (24 millions de francs) pour faire cadeau d'un nouveau forum au peuple romain. et il est possible que ce . Quarante ans avant le consulat de Cicéron. César. qui serait de quelque part avait pas deu. publicis sumendis etc. Il dit quelque part que les moyens par lesquels on faisait honnêtement fortune à Home étaient le commerce.000 francs. . le tribun Philippe disait que. dans la lettre qu'il lui adresse alors. quelque considérable qu'elle nous semble aujourd'hui.84 le LA VIE PRIVEE DE GICERON milieu dans lequel on l'opulence vit. pour se dire riche.. Or.mais ces savoir pour répondre aux De of/ic. il fallait qu'on pût nourrir une armée de ses revenus. Qui honeste rem quœrunt mercaturis faciendie. et nous savons qu'il était en état de sans se gêner. dans celte immense ville il n'y soit à peine . Milon trouvait le faire moine moyen de s'endetter en quelques années de plus de 10 millions de sesterces (14 millions de francs). (levait alors paraître assez ordinaire. Ces profusions insensées supposent des fortunes énormes.''aisance ailleurs. on com- prend que celle de Cicéron. eussent un patri- mais aussi celles-là possédaient toute la fortune publique. operis dandis. dit qu'il y a dans Rome peu de chevaliers. les entreprises de travaux publics et la ferme des impôts 2.K mille personnes qui 1. possédant plus de 80. de on sail qu'à Rome la fortune était loin d'être aussi également répartie que chez nous. A côté d'elles. Crassus prétendait que. II. De quelle façon térêt de le l'avait-il gagnée? Il n'est pas sans in- méchants bruits que ses ennemis faisaient courir. imuci equilcs c'est-à-dire peu de gens 1 : .

et le faisaient copier parleurs esclaves. et qui prenait part à ses bénéfices. chir. Enfin ce n'étaient pas les fonctions publiques qui pouvaient enrichir Cicéron. selon xV devait gouverner après son consulat. Seule l'administration des provinces donnait d'immenses bénélices. Cicéron s'en priva lui-même en la cédant à son collègue Antoine l'usage. vérité il province que. par sait qu'elles étaient moins un et moyen de fortune qu'une occasion de dépenses ruine. tirer parti ne pouvait pas songer davantage pour sa fortune des beaux ouvrages qu'il composait. et par conséquent ils ne convenaient pas à un homme qui aspirait à gouverner son pays. Quand fallait ils plus de copistes qu'il ne leur en ils pour leur usage. soit le de les prix dont il fallait quelquefois payer.LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON 85 moyens. qui engageait ses fonds dans une société de banque importante. fort commodes pour les gens pressés de s'enrine pouvaient être pratiqués que de ceux qui n'a- vaient pas d'ambition politique •. qu'il fit la on soupçonne alors avec lui quelque . ou plutôt l'industrie des lire li- braires. à peine. On ne voit pas non plus qu'il ait fait comme Pompée. comme nous l'entendons aujourd'hui. existait Ordinairement ceux qui voulaient ou posavaient séder un livre l'empruntaient à l'auteur ou à ses amis. dinaire pour réparer les vie privée cl les faits C'est sur ces bénéfices que les grands ambitieux comptaient d'or- dommages que le luxe de leur profusions de leur vie publique avaient à leur fortune. ils éloignaient des honneurs publics. dans ses lettres. reste-t-il au moins ne d'entreprises à aucune Il trace. de cette nature. mais l'auteur profits aux oi qu'ils en tiraient. les faisaient travailler ils pour le public et vendaient les exemplaires dont n'avait rien à voir n'avaient pas besoin. soit par les jeux et les fêtes qu'on exigeait de ceux qui les avaient obtenues. Ce n'était pas l'habitude alors que l'auteur les vendît à un libraire. Or.

dit Tite-live. 4. côron n'en tira Antoine pour lui seul.200 ne se faisait pas scrupule de les piller. ce qui nous donne une idée de ce qu'on pouvait gagner dans les provinces quand on aucun acte nistrés.000 francs). l'a- écartait elle un profit légitime de son talent du barreau ceux qui n'avaient rien. querait pas aujourd'hui de s'enrichir vite au barreau mais il une loi qui interdisait aux orateurs d'accepter aucun salaire. cet argent ne partie à profita Cicéron : il eu prêta il une Pompée. ce qui pilla sa province. C'est donc ailleurs qu'il faut chercher l'origine de sa fortune. Douze ans plus tard. aucun présent de ceux pour lesquels ils avaient plaidé (iex Cincia. sans fut pas tenu. S'il avait vécu de nos jours. Elle serait suffisamment expliquée par son beau talent d'a- vocat. et fit est pro- bable que la guerre civile lui perdre le reste. qui ne la lui rendit pas. En ne permettant pas à . Si ce est certain qu'il une part des beaux marché exista.. il se réservait profits qu'il lui abandonnait. il nommé proconsul de Cilicie. . ne mais fut il la pilla l'avoir souhaité.dedonis et miine1 rihus). il illégal et en faisant le trouva moyen d'en rapporter 2. et réservait l'exercice de cette profession aux riches comme un privilège. et que. XX3UV. puis- qu'il se trouvait tout à fait sans ressources quand elle fut terminée. etCijamais rien.86 LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON il marché d'après lequel est douteux. nous ne serions pas en peine pour savoir d'où elle lui est venue. œuvre d'un tribun. sans commettre bonheur de ses admi000 sesterces (4'40. pas à Du reste. Quoiqu'elle fût faite. qui l'avaii dans linlérêl du peuple ^ c'était au fond une loi aristocratique. il ne man. ou plutôt elle empêchait que ce ne fût vérita- vocat de tirer » Hist. Nous savons qï'il n'y resta qu'un an. Avec une éloquence comme y avait alors la sienne.

et Cicéron n'aimait rien que les livres. mais quelques années après je vois qu'il se laisse tenter par le cadeau que lui fait son ami Papirius Pœtus. et du sphynx qu'il avait reçu en à-compte. ce qui lui arrivait bien quelquefois. l'autre .ii.^ Je vois aussi que lorsqu'il avait beil soin d argent. Son frère afiirme qu'au n'avait jamais rien moment où lui il briguait le consulat. Au temps de Cicéron. 2 . C'étaient de sur lui tous les regards. Comme pu tout prévoir. — * Depe'it. et il se contentait de la troisième 1. il exigé de personne Cependant quelques scrupules qu'on cile suppose. I. qui à cette occasion se moquait de l'avocat de Verres. et lui avait beaux tant livres grecs et latins. cons. se gardait bien de l'imiter. Horlensius. pour payer ses avocats. Ait. on ne se faisait pas faute de la violer ouvertement. il est bien diffi- d'admettre qu'il n'ait jamais profité de la bonne il volonté de ses clients. il me semble elle n'avait pas difficile que la loi pût toujours les en empêcher.. — ' Ad 20. . pour lequel il vient de plaider 3.. Sans doute refusa les présents que les Siciliens voulaient lui faire : quand il les eut vengés de Verres les accepter après peut-être n'eût-il pas été prudent de une cause si éclatante. s'adressait de préférence aux gens riches qu'il avait dé- 1 In Verrem. S'ils étaient bien déterminés à payer de quelque manière les services qu'on leur avait rendus. qui avait attiré fait de puissants ennemis. pnm. il ne lui était guère possible d'empêcber la reconnaissance des clients de trouver quelque forme ingénieuse qui échappât à sa sévérité. Verres disait à ses amis qu'il avait fait trois parts de l'argent était considérable qu'il rapportait de Sicile la plu? pour corrompre ses juges. act. 5 et 9.LA VIE PRIVÊU: Dli CIGÉRON 87 olement une profession.. Cicéron. Je crois seulement que cette loi fut toujours très-imparfaitement observée.

P. aient souvent cherché et quel- quefois trouvé l'occasion de lui témoigner leur recon- naissance. 12. Sylla. » A. que ces villes ou ces provinces qu'il avait protégées contre des gouverneurs avides. pour lequel ce fait il à lui seul 2 millions de sesterces (400. Attaqué pour dans et le sénat. était d'usage à Rome qu'on payât après sa mort et par son testament toutes les dettes de reconnaissance et d'affection qu'on avait contractées pendant sa vie. Cette générosité nous paraît aujourd'hui si naturelle que nous aurions quelque peine à défendre Cicéron de ne l'avoir pas toujours repoussée . ter. Parmi eux.88 LA VIE PRIVEE DE CICÉRON fendus. . C'était un moyen qui l'avait s'offrait au client de se libérer envers l'avocat qui défendu.000 IVancs). que ces princes étrangers dont il défendait les intérêts dans le sénat. il s'en tira avec une plaisanterie. lui prêta Crassus avec l'argent de ses amis. que ceux qui violaient II pas i^rand'peur d'être poursuivis K est donc bien possible que ces grands seigneurs dont il avait sauvé l'honneur ou la fortune. Celaient pour lui des créanciers moins rigou- reux el plus palienls que les autres. mais et soyons sûrs que. les plus légales par lesquelles cette Il générosité s'exprimait. à ce qu'il semble. et il était naturel qu'il profitât parole. il s'il a cru quelquefois pouvoir l'accep- l'a toujours la fait avec plus de modération de retenue que plupart de ses contemporains. GelL. surtout que ces riches compagnies de puhlicains par lesquelles passait tout l'argent que l'univers envoyait à Rome. ce qui prouve que la loi Cincia la n'était plus Irès-resn'avaient pectée . les plus ordinaires Nous connaissons une des formes et. XII. et qu'il servait avec tant de dévouement de son crédit ou de sa parole . Il de leur crédit après les avoir aidés de sa nous dit lui-même qu'il acheta la maison de venait de plaider.

Li On voulait paraître avoir beaucoup d'amis en inscrivant beaucoup de monde sur son testament. et dont élaienl fiers. une bonne part de son héritage. Une des plus fortes est celle dont il hérita . et naturellement on inscrivait de était et la vanité s'en étaient mêlées. qui avait tant d'obligés. Il même qu'on écrivait sur son testa- ment des personnes qu'on n'avait jamais vues. et qui devaient être surpris de s'y trouver.. » Ad AU. à ses amis. celle la loi Cijicia y mjj.LA VIE PRIVÉE DE GICÉRON et il 89 tacle. Lucullus augmenta son immense fortune par les legs que lui firent des inconiuis pendant qu'il gouvernail l'Asie. — 2 Pro Mil. 18. . devait-il tous les l'objet Romains l'ut être souvent voit de ces libéralités posthumes. et qui ne connaissaient que sa réputation. un père de famille qui avait des hcriliers ne paraît pas que naturels pouvait distraire la somme qu'il voulait de sa fortune et donner à ses parents. Cet architecte regardait comme une gloire d'avoir des amis dans tous arrivait camps. Cluvius. les deux personnes qui se détestaient le plus cordialement à sans doute les Rome 2. aucun obsNous n'avons rien de semblable chez nous. En général. ron et à César après Pharsale en son bien à Cicé- ^ L'architecte Cyrus plaça même c'est-à-dire temps parmi ses héritiers Clodius et Cicéron. AUicus recueillit un bon nombre d'héritages de gens dont il n'avait jamais de lui entendu parler. Quelquefois on y réunissait des gens qui ne se rencontraient guère ensemble que là. XIII. à tous ceux qui lui avaient été utiles ou agréables. les sommes qu'on lui lègue ne sont pas ti'èsimportantes.. l'héritier On dans ses lettres qu'il de beaucoup de personnes qui ne semblent pas tenir une grande place dans sa vie. laissa un riche banquier de Pouzzoles. A époque. 45 et seq. A plus forte raison un grand orateur comme Cicéron. Cet usage mode devenu uu abus. préférence les plus illustres.

c'est qu'à son retour de l'exil le sénat lui alloua 500. 16.000 fr. ii. et qu'il trouva qu'on était loin de lui avoir donné assez.. An. et celle qu'il tenait de son il père aux Carènes. Il ne me avec semble les donc pas héritages.90 LA VIE PRIVÉE DE CfCÉRON le de son ancien maîlre. à 100.000 fr. '. avait aussi des sommes d'ar- gent dont on voit dans sa correspondance qu'il disposait de diverses manières.) de revenu '^. mais d'après les habitudes des riches Romains de ce temps on peut affirmer qu'elle n'était pas moins considérable que ses 2 P/iilipp. Ce qui prouve qu'elle devait avoir une très-grande valeur. sans compter ces petites maisons {diver- soria) que les grands seigneurs achetaient sur les principales routes pour avoir où sepeposcr quand Il ils allaient d'un domaine à l'autre. présents qu'il a pu recevoir de la reconnaissance de ses clients.000 sesterces (20.000 francs). — ^ Ad Att. Diodote Pour reconnaître celte laissa toutes ses économies Elles s'élevaient de philosophe et de professeur. Il. Outre celle qu'il habitait sur le Palatin.) pour réparer les dommages qu'elle avait soufferts pendant son absence. Il possédait d'abord des maisons à Rome. n'aient été les sources principales de sa fortune. 20. Nous lui en connaissons huit trèsimporlantes'i. qu'il avait gardé chez lui jusqu'à sa mort lui longue affection..000 sesterces (100. La réunion de tous ces petits legs ne laissa pas de former une somme importante. stoïcien Diodote. Cette fortune se composait de biens de diverses sortes. 1. Nous ne pouvons guère évaluer avec exactitude cette partie de sa fortune. Il possédait de nombreuses villas dans Tltalie. 1 Ad — — 4 . et sur en avait d'autres dans l'Argilèle l'Aventin qui lui rapportaient 80.. Sa villa de Tusculum noiamment lui avait coûté trèscher. Cicéron lui-même l'évalue à plus de 20 millions de sesterces ( 4 millions de francs douteux que ces 2).000 sesterces (16. xvi.

L\ VIE PRIVÉE DE CICÉRON maisons ou ses terres. comme on il emprunte à César. res.000 fr. et. Tantôt il prête et tantôt dirait aujourd'hui. Il n'y a guère aujourd'hui que les banquiers de profession chez qui aient lieu des maniements de fonds aussi considérables. Dans les lettres qu'il écrit à Atlicus. est en compte courant avec les plus grands personnages. gouverner sa fortune. Cicéron. étaient mises au service de l'ambition politique. tout compte il ses créanciers sont bien plus nombreux encore. On n'hésilait pas à en hasarder une partie pour se faire des créatures. les imitait. On trouve. Notre aristocratie a toujours affecté de dédaigner les questions de finance.000 sesterces chez lui '. coûteux. et l'on y voit que son argent cirIl cule de tous les côtés. et cherchait à nouer avec eux des liens d'intérêt qui les asservissaient à sa cause. affranchi. il est presque partout question de en relations suivies d'affai- billets et d'échéances. Nous touchons là peut-être à une des plus curieuses différences qui séparent cet état social du nôtre.. Il donnait aux plus» pauvres . Il Il avait sans cesse des caprices lui fallait à tout prix des statues et des la- » i4d^l/t. La bourse d'un candidat aux honneurs publics était ouverte à tous ceux qui pouvaient le servir. Le succès appartenait d'ordinaire à ceux qui avaient su obliger le plus de monde.xii. S5. quoique moins riche que la plupart d'entre eux. Celle de Rome au contraire les connaissait bien Ces grandes fortunes et s'en préoc- cupait beaucoup. qui a bien l'air d'être fait. lui dit d'un air de négligence (120. un simple Malheureusement. il prêtait aux autres. Un jour lui 91 qu'il presse Alticus de il acheter des jardins dont qu'il il a envie. Malgré s'entendait mal à l'exemple et les conseils d'Atticus. des gens de toute condition et de toute fortune depuis Pompée jusqu'à Hermogène.) peut bien avoir 600. parmi ses nombreux débi- teurs. .

Le sage Alticus a beau lui dire qu'il est honteux d'avoir des dettes. s'il ne le savait intraitable. C'est toujours lorsqu'il est le plus endetté qu'il a le plus envie d'acheter quelque villa nouvelle. cet ardent amateur d'objets d'art. on le voit prêter aux autres au moment où il est contraint d'emprunter pour lui même. et il n'inspire plus de conarrive le fiance aux autres i. il mais que depuis 1«'' puni celle de Catilina.. elle lui semble légère. Vestorius. — * Parad. qu'il a si l'on voulait l'y recevoir. à tous les banquiers de Rome. et laisse Éros ou Tiron disputer avec les créan- est pleine. plaisanter. comme Il il partage cette honte avec bien des il gens. toujours prêt à dépenser sans compter. l'oncle de son essayerait même d'atten- ami Alticus. Yectenus. lorsqu'on les compare à la façon dont contre lui.) Comment 6. Il se ruinait dans ses maisons de campagne pour les embellir. quand du mois. .92 U VIE PRIVÉE DE CICÉRON bleaux pour orner ses i^aleries et leur donner l'air des gymnases de la Grèce. qui s'écriait un jour avec un accent de conviction dont nous sommes Dieux immortels. dont sa correspondance nous font songer presque malgré nous à certains passages de ses œuvres philosophiques qui pa- Ces embarras raissent assez surprenants. 6. v. se contente de s'enfermer à Tus- culum ciers. quand donc les hommes comprendront-ils quels trésors on trouve dans l'écono- émus mie : « 2 ! .. et ces misères. Généreux à contre-temps. drir Csecilius. il vivait. et est le premier à en raconte un jour à un de ses amis qu'il est tellement endetté qu'il entrerail volontiers dans quelque conjuration. jour des échéances. il supporte gaiement sa détresse. et qu'on pourrait fiicilement tourner Esl-ce bien cet insouciant et ce prodigue. » Ad fam. Il n'hésite pas alors à s'adresser va trouver Considius. il il Axius. Du reste.

comme en ce moment l'argent était rare et comme les débiteurs se faisaient prier. après la mort de César. à des profils scandaleux. Il ne doit pas sa fortune à l'usure. Cicéron écrivait à Alticus que Targent qu'on lui devait suffirait à payer les dettes qu'il avait faites. ou qui se construisent des maisons ma- gnifiques? Le voilà condamné par lui-même. ItX). il comme Brulus et ses amis. Je ne veux pas le comparer aux plus méchants. reproches qu'on peut lui faire. 2. au moins n'a-l-il pas eu recours. s'il en était besoin. et il ajoutait « Ne consultez là-dessus que ma repu» ' Il n'est pas probable ciers comme : lation.. a-t-il osé traiter de fous les gens qui aiment trop. n'a pas pillé les provinces. Au moment de quitter Rome. que peu de gens ont traversé sans quelque souil- lure la société cupide et vivait.LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON 93 cet ami passionné de la magnificence et du luxe. il comme Appius on Cassius. Ces scrupules l'honorent d'aulanl plus qu'ils étaient alors plus rares. » lAd Att.) . ses s'il désordres n'ont avait trop le goût fait qu'à lui même i. il était dans consenti. Il comme faut ces questions d'argent plus délicat et plus désintéressé que de les lorl autres. et je n'ai pas envie de l'absoudre tout à mais au moment un jugement sévère. mais. et des prodigalités ruineuses. n'a pas part de ces malgré les Horlensius. de porter sur lui il en quel temps vivait. fait. ne l'a point augmentée il par celte avarice sordide qu'on reprochait à Galon. En somme. son triomphe serait trop facile. il lui donnait l'ordre de vendre ses biens. corrompue parmi laquelle il que Cicéron ait fait tort à ses créanMilon. xvi.les statues et les tableaux. mais entre ceux qu'on regarde comme les plus honnêtes il tient encore une des meilleures places. pillages. qui ne leur donna que 4 p. à prendre sa donc bien reconnaître que. rappelons-nous et songeons à ses conlemporams. pour y et suffire.

* Ad fam. aux jeux. et il paraît bien qu'elle ne manquait pas d'influence sur lui. XIII. Cette correspondance était. Nous savons par lui combien était dur alors l'apprentissage de l'éloquence. — — — . dire adieu aux distractions. » Dio Cass.. Il lait résolument devenir un grand orateur et tion dont il était dévoré le préserva des autres passions. On avait conservé et publié sa correspondance avec elle. comme Dion 3. movit unquam. il faut renoncer à tous les plaisirs.. et presque au commerce de ses amis 2. » C'est de ce prix qu'il paya ses succès. Elle l'était en exTet. « Pour y réussir. qu'il appelle quelque part son intime amie ^.. ix. nous dit-il.94 LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON il Il ne mérite pas moins d'éloges pour avoir été hon- nête et rangé dans sa vie de famille. l'habitude du travail qu'il avait prise et les grandes affaires dont il fut chargé pouvaient suffire à le préserver de tout entraînement dangereux. et semblait d'abord donner raison aux malins : . si communs Les plus mal intentionnés. 18. Les écrivains qui ne rainient pas ont vainement essayé de trouver dans sa vie la trace de quelqu'un de ces désordres qui étaient autour de lui. XLVi. 72. fuir tous les amusements. L'étude occupa et remplit sa jeunesse. nommée Caerellia. 26 Me 7iihil istorum ne juvenem quidnm 2 Pro Cœlio. L'ambiIl est probable que sa jeunesse fut sévère . à ce qu'on dit. le plaisantent au sujet d'une femme d'esprit. et lui suffit. C'étaient encore là des vertus dont ses contemporains ne lui doiir^aient pas l'exemple. vouon n'y arrivait pas sans peine. i. 19. le péril était moindre . Une fois ces premières années passées. mais il faut remarquer que 1 Ad fam. d'un ton assez libre. aux festins.

quand urbanité rustique et républicaine ne fut plus à mode. à l'époque de ses premiers succès oratoires. Atticorum. 95 beaucoup plus âgée que lui. . des Attiques et vraiment romaines cette la » Plus tard. le mettaient à l'aise avec elle. quam ilU ^ Ad 21. et que d'ailleurs. fam. la politesse se raffina et les manières devinrent plus cérémonieuses. comme il avait naturellement la répartie vive. Caerellia était une personne instruite. des femmes ordinaires.. loin une cause de trouble dans son ménage. Quant à nous. les lettres qu'il avait écrites à Caerellia sont peut-être celles que nous regrettons fait le plus. a pu se faire qu'il lui ait écrit « sans se gêner de ces plaisanteries plus salées que celles ^. romani — Jetcres atque urbani sales. enfin que leur liaison semble avoir pris naissance dans une affection commune pour la philosophie 2 c'est une origine calme et qui ne fait pas prévoir de suites bien fâcheuses. dont la conversation devait plaire beaucoup à Cicéron.. sed salsiores xm. 19. C'était vers la de la domination de Sylla. que. - 2 Ad Att.. il rien au-dessus de cette gaieté libre et hardie dont Piaule lui semblait le modèle. qu'il avait On pense près de trente ans quand fin il se maria. par patriotisme comme il par goût. son éducation. sous l'influence d'une cour qui se for- mait. Son âge. et. 1 Sa femme Ad 15 : AU. la liberté de ces propos choqua sans doute quelques délicats et put donner lieu à de mé- chants bruits. de toutes les parties aujourd'hui perdues de la correspondance de Cicéron.LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON Caerellia était . on ne la voit y intervenir que pour le racommoder avec sa femme i. IX. XIV. il qu'une fois excité par la verve de l'entretien ne savait pas ne mettait toujours gouverner et retenir son esprit. Elles nous auraient mieux connaître que tout le reste les relations de la société et la vie du monde à ce moment. quand. Non attici. qui n'était pas celle d'être .

. Térentia n'eut point d'influence sur son esprit. Cic. elle parvint à l'engager dans quelques n'était affaires de finance qu'Atlicus lui-mcme. du reste. Dans aucun des beaux ouvrages de Cicéron. Nous nous la figurons comme une femme de ménage économe et rangée. ne s'entendait avec personne. selon Plutarque jeune homme qui débutait dans la vie politique avec que de fortune.96 LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON Térentia appartenait à une famille distinguée et riche. — Ad ^ Ali.. 1 mut. qu'elle lui plaire. 4. où le nom de sa fille. qui. H. soupçonnait de vouloir lui étaient Comme tous les profits bons. Elle lui conseilla des mesures énergiques à l'époque du grand consulat.000 drachmes [111. Elle s'entendait peu avec son beau-frère Qiiinlus et encore moins avec Pomponia. ne trouvait pas Irès-honnêtcs. qui son pouvoir. s. ». La correspondance de Cicéron ne donne pas une très -bonne idée de Térentia. C'était un mariage avantageux pour un Elle lui apportait en dot.000 francs). . Elle avait sur son mari cette influence que prend toujours une femme volontaire et obstinée sur un esprit irrésolu et indiiférent. il était bien aise de se décharger sur quelqu'un de ces occupations qui 'ne lui convenaient pas. La vie était difficile avec elle. Il ne lui conila jamais sa pensée intime sur les choses . et nous voyons que de plus elle possédait des maisons à Rome et une forêt près de Tusculum 2. mais aigre et désagréable. et plus tard elle le brouilla avec Cludius en haine de Clodia. Il pour- tant pas scrupuleux. mais là s'arrêtait semble qu'elle demeura étrangère et peut être indifférente à la gloire littéraire de son mari. de son frère et de son fils reviennent il n'est question de sa si fréquemment femme. sa plus de talent belle-sœur. Elle ne fut pas sans avoir quelque action sur sa vie politique. 120. Cicéron la laissa longtemps maîtresse absolue dans son ménage.

quos tu castissitne coluisCt. neque homines. » Ce langage est étrange dans la bouche de ce sceptique qui a écrit le traité sur la Nature des dieux. comme quelque dieu m'avait servi de et mé- decin. tout en faisant eux-mêmes peu d'usage des pratiques religieuses. Voici ce qu'il lui écrivait au le moment où « il allait partir camp de Pompée : Je suis enfin délivré de ce malaise et de ces souffrances que j'éprouvais et qui voHS causaient beaucoup de chagrin. nous reste tout un .. J'ai rejeté. c'est qu'à mesure qu'on avance. et lui tandis que lui s'occupe à cultiver les hommes i. etc. dès qu'on l'ouvre. elle croyait aux prodiges.LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON les plus sérieuses 97 point à ses sa de la vie . CICKRON. 4 Neque Bu. 1 : XIV. de la bile toute si pure. mais Cicéron était sans doute de ces gens comme Varron et beaucoup d'autres qui. j'en ai reconnu la cause. 7.. Cicéron ne se donna pas la peine de part faire . xiv. Nous en avons dans correspondance une preuve curieuse. quibus ego sempcr servivi. C'est évidemment Apollon Esculape. Elle consultait les devins. Ce qui frappe. il ne l'associa conviclions et à ses croyances. Nonseulement il pour pour elle des ne gênait pas sa dévotion. les dernières ne sont plus que de très-courts billets. —r * Ad fam. penla nuit. 7 . les lettres se raccourcissent . trouvaient quelles ne sont pas mauvaises pour le peuple et pour Il les femmes. Le lendemain de mon dant départ. Il semble même quelque un singulier partage d'attributions entre elle il la montre servant respectueusement les dieux. Térenlia était dévote. et je me suis senti soulagé. Je vous prie de leur en rendre grâces avec votre piété et votre zèle ordinaires 2. la guérir de ce travers. et dévole à l'excès. Et non-seulement Ad fam. mais il avait complaisances qui nous surprennent. livre de lettres de Cicéron à Té- rentia ce livre contient l'histoire de son ménage.

3. En ce moment. Il les tendresses sont remplacées pai y est question d'un héritage qui était sur 1 Ad fam. mais et les n'en est plus le marques de tendresse y deviennent de plus en plus rares. Il s'éloignait bien tristement de Rome. elle s'usa en durant.. Cicéron lui écrivait avec désespoir « Que je suis malheureux Et faut-il qu'une : ! femme si vertueuse. Il y avait pourtant près de vingt ans que Cicéron était marié . — ^ Ad fam. \. affaiblit celle-là. où il savait qu'on brûlait sa maison. VIE PRIVÉE DE CICÉRON le ton longueur des lettres diminue. lui disait-il ailleurs.98 la U même. elle avait souffert pour son mari. qui entre pour une si grande part dans les liaisons. que je n'ai rien de plus cher que vous. et il malheur rende éprouvent le les gens plus tendres. On en peut tout d'abord conclure que cette affection ne fut pas de celles que le temps augmente l'habitude de vivre ensemble. Persuadeztourmentée à cause de moi i » vous. mais ton en est fort changé.U lieu de se fortifier. . et souffert avec courage. xiv.. qu'on poursuivait ses amis. je voudrais vous revoir et « sion encore » La correspondance s'arrête mourir dans vos bras ^ ! ensuite pendant six ans. et semble que le que les familles d'être besoin de se rapprocher davantage quand de grands coups Cicéron venait condamné à l'exil. Dans la seule lettre qui nous reste de ce les affaires. moment. En apprenant la façon dont on l'avait traitée. xiv . Térentia s'était très-énergiquement conduite . Elle reprend à l'époque où Ci- céron quitta le Rome pour aller gouverner la Cilicie. mais il était alors bien malheureux. — ^ Ad fam. 4. si douce. qu'on outrageait sa famille. je crois vous voir. et je ne soit ainsi puis retenir mes ! pleurs 2 j » Il ajoutait avec plus d'effu- ma vie. si honnête.^ XIV. ! t( si dévouée. les frappent. A. Les pre: mières lettres sont d'une passion incroyable.

LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON

99
et

venu

furt à

propos pour
tirer le

la Ibrlune

de Cicéron

des
il

moyens d'en

meilleur parti possible.

A la vérité

appelle encore Térenlia sa

femme

très-chérie et très-

souhailée, stiavissima atque optatissima, mais ces mots

n'ont plus
Il

l'air

que de formules de

politesse.
il

Cependant

témoigne un grand désir de

la revoir, et

lui

demande

de venir l'attendre le plus loin qu'elle le pourra i. Elle et, par un hasard favorable, elle alla jusqu'à Brindes entrait dans la ville au moment même où son mari arri,

vait

au port;

ils

se

réunirent

et

s'embrassèrent sur le
Cicéron.

forum. C'était un

moment heureux pour

revenait avec le titre à'imjjerator et l'espoir

du triom-

phe ; il retrouvait sa famille unie et joyeuse. Malheureusement la guerre civile était près d'éclater. Les partis avaient achevé de rompre pendant son absence ; ils allaient en venir aux mains, et le lendemain de son
arrivée, Cicéron était contraint de faire

un choix entre

eux et de se déclarer. Celte guerre ne nuisit pas seulement à sa situation politique, elle fut fatale à son bonheur privé. Quand la

correspondance reprend, après Pbarsale, elle devient d'une extrême sécheresse. Cicéron retourne en Italie et

débarque encore à Brindes, non plus triomphant
reux, mais vaincu et désespéré. Cette fois
plus de revoir sa
il

femme, quoiqu'il
Il

n'ait

et heune souhaite jamais eu plus

besoin d'être consolé.

l'éloigné de lui, et sans y mettre
si 2.

beaucoup de façons. « Je ne vois pas, dit-il, k quoi vdus pouvez m'être utile
cette
il

vous venez,
»

lui

Ce qui rendait
entretioft

réponse plus cruelle, c'est qu'au
elle

même moment,

faisait venir sa fdie, et se consolait

dans son

Quant à sa femme.,
billets

n'obtient plus de lui que de
et
il

de quelques lignes,

a le courage de lui avouer

qu'il

ne

les fait pas plus longs

parce qu'il n'a rien à

lui

*

Ad

fam., xiv

,

5.

— Ad fam., xiv,
^

12.

100
dire
'.

LA VIE PRIVÉE DE GICÉRON

En même temps

il

la

renvoie, pour savoir les

décisions qu'il a prises, à Lepta, à Trebatius, à Alticus,
à Sicca. C'est montrer assez clairement qu'elle n'a plus sa confiance.

La seule marque

d'intérêt qu'il lui

donne

encore, c'est de lui demander de temps en temps de

soigner sa santé, recommandation assez superflue, puisqu'elle vécut plus de cent ans
lui
!

La dernière
«

lettre qu'il

adressa est tout à

fait celle

qu'on écrirait à un intenJe compte être à
11 ;

dant pour lui intimer un ordre.

Tusculum

le 7

ou

le

8 du mois, lui dit-

ayez soin de

tout préparer. J'aurai peut-être avec

moi plusieurs per-

sonnes, et vraisemblablement nous y serons quelque temps. Que le bain soit prêt et qu'il ne manque rien des
choses qui sont nécessaires à
la vie et à la santé 2. »

A

une séparation que ce ton fait prévoir eut lieu entre les deux époux. Cicéron répudia Térentia après plus de trente ans de mariage, et quand
quelques mois de
là,
ils

avaient des enfants et des petits-enfants.

Quels furent

les motifs qui le

poussèrent à cette fâ-

cheuse extrémité

?

Il

est probable

que nous ne

les

savons

pas tous. L'humeur désagréable de Térentia a dû amener

souvent dans le ménage de ces petites querelles qui, en revenant sans cesse, finissent par user les affections les plus solides. Vers l'époque où Cicéron fut rappelé de
l'exil,

quelques mois à peine après

qu'il avait écrit ces
J'ai

lettres

passionnées dont j'ai parlé, il disait à Atticus :«

quelques chagrins domestiques que je ne puis pas vous « Ma fille et écrire. » Et il ajoutait, pour être compris
:

mon

m'aiment toujours s. » Il faut croire qu'il avait bien lieu de se plaindre de sa femme pour l'omettre ainsi de la liste des personnes dont il se croyait aimé. On soupçonne aussi que Térentia a pu être jalouse de
frère

1

Ad

fam., xiv,

17.

^

Ad

fam., xiv,

20.

-

^

^a ka.

IV, 1.

LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON
raffection

101
Cette affec*

que Cicéron témoignait à sa

fille.

tion avait des excès et des préférences qui pouvaient la

blesser, et elle n'était pas

femme à en

souffrir sans se

plaindre.
et

Il

est à croire

pas.

amené de loin le Le motif en fut
le justifie

que ces discussions ont préparé divorce, mais elles ne le décidèrent
plus prosaïque et plus vulgaire.

Cicéron

par les gaspillages et les détournements
l'accuse plusieurs fois de l'avoir ruiné

de sa femme,
à son profil.

et

il

Un

des caractères les plus curieux de cette
les

époque,

c'est

que

femmes

y paraissent aussi occupées

d'afltùres, aussi avides

L'argent est
biens,
elles

de spéculations que les hommes. leur premier souci. Elles font valoir leurs
placent leurs fonds, elles prêtent et elles

empruntent. Nous en trouvons une parmi les créanciers
de Cicéron, et deux parmi ses débiteurs. Seulement,

comme mêmes

elles

ne pouvaient pas toujours paraître elles-

dans ces entreprises de finance, elles avaient recours à quelque affranchi complaisant ou à quelque
d'alîaires

homme

suspect qui surveillait leurs intérêts

de leurs bénéfices. Dans son discours pour Csecina, Cicéron, rencontrant sur son chemin un personet profitait

nage de cette espèce, dont
à la fortune des

c'était le

métier de s'attacher
la

femmes

et

souvent de faire
:

sienne à
pas

leurs dépens, le dépeint en ces termes

« Il n'y a

d'homme que
Il

l'on trouve davantage

dans

la vie ordinaire.

est le flatteur des dames, l'avocat des veuves, un chicaneur de profession, amoureux de querelles, grand

coureur de procès, ignorant

et sot

parmi

les

hommes,

habile et savant jurisconsulte avec les femmes, adroit

à séduire par les apparences d'un faux zèle et d'une
amitié hypocrite, empressé à rendre des services quel-

quefois

utiles,

rarement

fidèles

i.

»

C'était

un guide

merveilleux à l'usage des femmes tourmentées du désir

*

Pro Cœcin.,

5.

102

LA VIE PRIVÉIÎ DE CICÉRON en avait-elle un auprès

de

faire fortune; aussi Térentia

d'elle,

son affranchi Philotinius,

homme

d'affaires habile,

mais peu scrupuleux, à qui ce métier avait réussi, puisqu'il était riche et qu'il avait lui-même des esclaves et des affranchis. Dans les premiers temps, Cicéron se
servait souvent

de
fit

lui,

sans doute à la prière de Térentia.

C'est lui qui lui

acheter à bas prix une partie des biens

de Milon, quand Milon lut exilé L'affaire était bonne, mais peu délicate, et Cicéron, qui le sentait bien, n'en parle qu'en rougissant. A son départ pour la Cilicie, il
laissa à Philotimus l'administration

d'une partie de sa

ne tarda pas à s'en repentir. Philotimus, en intendant de grande maison, s'occupa moins des intérêts de son. maître que des siens. Il garda pour lui
fortune, mais
il

les profils qu'il avait faits sur les biens

de Milon,

et

au

retour de Cicéron
il

il

lui

présenta un mémoire par lequel

était

son créancier d'une
• !

somme

importante.

« C'est

un merveilleux voleur moment, ses soupçons
lotimus
;

» disait

Cicéron furieux.

A

ce

n'allaient pas plus loin

que Phi-

lorsqu'il revint
était sa

de Pharsale,
J'ai

il

s'aperçut bien

que Térentia

complice. «

trouvé les affaires

de ma maison, disait-il à un ami, dans un état aussi mauvais que celles de la république 2. » La détresse

dans laquelle
Il

il

se voyait à Brindes le rendit méfiant.

regarda ses comptes de plus près, ce qui ne lui était pas ordinaire, et il ne lui fut pas difficile de reconnaître

que Térentia
elle avait

l'avait

souvent trompé.

En une

seule

fois,

retenu 00,000 sesterces (12,000 francs) sur
fille
'^.

la

un beau bénéfice; mais elle ne négligeait pas non plus les petits profits. Son mari la surprit un jour détournant 2,000 sesterces (400 francs/ sur une sonune qu'il lui demandait ^. Cette rapacité
dot de sa
C'était

1

Ad

XI, 2.

Atl., vu, 1 et 3.
4


24.

2

Ad

fam., iv, 14.

3

Ad

AU.,

Ad

Au.,

XI,

LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON acheva
d'irriter Cicéron,

i03

que d'autres motifs sans doute
Il

avaient aigri et blessé depuis longtemps.

se résigna

au divorce, mais il ne s'y résigna pas sans douleur. On ne brise pas impunément des liens que l'habitude, à défaut de l'affection, aurait dû resserrer. Il semble qu'au moment de se séparer, après tant de jours heureux
passés ensemble, tant de
il

maux

supportés en

commun,

quelque souvenir qui se réveille et qui réclame. Ce qui ajoute à la tristesse de ces pénibles moments, c'est que lorsqu'on voudrait se recueillir et s'isoler dans sa douleur, les gens d'affaires arrivent;
doit toujours y avoir
il

faut défendre ses intérêts,

compter

et discuter avec

eux. Ces débats, qui n'avaient jamais convenu à Cicéron,
le faisaient alors souffrir plus

qu'à l'ordinaire.

Il

disait à

l'obligeant Atticus, en le priant de s'en charger pour
lui
:

«

Ce sont des blessures trop fraîches;
j

je n'y saurais

toucher sans les faire saigner*,
chicanait toujours,
il

Et

comme
fin

Térentia

voulut qu'on mit

à la discussion
«

en

lui

accordant tout ce qu'elle demandait.
écrivait-il, avoir à

J'aime
si

mieux,

devais être mécontent de

me plaindre moi-même 2. »

d'elle

que

je

On comprend que

les

malins ne manquèrent pas de se

divertir à propos de ce divorce. C'étaient après tout de
justes représailles, et Cicéron s'était trop souvent

moqué

des autres pour exiger qu'on l'épargnât lui-même. Mal-

heureusement

il

leur donna peu de temps après une

occasion nouvelle de s'égayer à ses dépens. Malgré ses
.soixante-trois ans
choisir
il

songea à se remarier,

et

il

alla

une très -jeune fille, Publilia, que son père en mourant avait confiée à sa tutelle. Un mariage de tuteur avec sa pupille est un vrai mariage de comédie, et il est assez ordinaire que le tuteur s'en trouve mal. Comment se fail-il que Cicéron, avec son expérience -le la vie e!

t

Ad

AU.,

XII, 12.

— Ad
^

AU.,

Xll, 21.

104

LA VIE PRIVÉli DE CICÉRON
soit laissé entraîner à

du monde, se
s'était épris

celle

imprudence t

Térenlia, qui avait à se venger; répétait partout qu'il

pour cette jeune

fdle

d'un amour extravagant;

mais Tiron,

qu'il ne l'avait épousée que pour payer ses dettes avec sa fortune, et je

son secrétaire,

prétend

•)ense qu'il faut croire Tiron,

quoique ce ne

soit pas

l'habitude que, dans ces sortes de mariages, le plus âgé
soit aussi le plus
le trouble
blilia,

pauvre. Comme on pouvait le prévoir, ne tarda pas à se mettre dans le ménage. Puqui se trouvait plus jeune que sa belle-fill^, ne

s'entendit pas

avec

elle, et

il

cacher sa joie quand

elle

paraît qu'elle ne sut pas mourut. C'était un crime

impardonnable pour Cicéron; il ne voulut plus la revoir. Ce qui est étrange, c'est que cette jeune femme, loin d'accepter avec plaisir la liberté qu'on voulait lui rendre,
fit

de grands

efforts

vieillard
fois
il

qui la répudiait

pour rentrer dans * ; mais il fut
et l'on
lui offrir la

la

maison de ce

inflexible. Cette

avait assez

du mariage,

raconte que,

comme

main de sa sœur, il la refusa, sous prétexte qu'il est malaisé de '^'occuper à la fois d'une femme et de la philosophie. La réponse était sage, mais il aurait bien dû s'en aviser un peu
son ami Hirlius venait
plus
tôt.

III

Cicéron eut deux enfants de Térenlia. Sa
était l'aînée. Il
l'avait

fille

TuUra

élevée à sa façon, l'initiant à ses
le

études et

lui

communiquant

goût des choses de l'eset

prit qu'il aimait tant

lui-même,

dont

il

semble que

sa
il,

femme ne se souciait pas. « Je retrouve en elle, disaitmes traits^ ma parole, mon âme 2; » aussi l' aimait-il
*

Ad

Ail., xu, 32.

— Ad Quint.,
-

i,

LA VIE PRIVÉE DE JICÉRON

105

endrement. Elle était bien jeune encore que déjà son père ne pouvait s'empêcher, dans un de ses plaidoyers,
de
faire

une allusion à ralîection
la
fait le

qu'il avait

pour

elle i.
ait

celle

affection,

plus profonde assurément qu'il

éprouvée, a

tourment de sa

vie.

Il

est impossible

d'imaginer une destinée plus triste que celle de cette jeune femme. Mariée à treize ans à Pison puis à Crassipès, et séparée d'eux par la mort et le divorce, elle se
,

remaria pour

la

troisième fois pendant que son père était

absent et gouvernail la Cilicie. Les prétendants étaient

nombreux,
la gloire

même

parmi

les

et ce n'était pas seulement,

jeunes gens d'illustre maison, comme on pourrait le croire,
les attirait.
Il

du beau-père qui

nous

dit

qu'im

supposait qu'il reviendrait très-riche de son gouverne-

ment. En épousant sa
faire

fille,

ces jeunes gens pensaient

un mariage avantageux qui leur permettrait de payer leurs dettes 2. Parmi eux se trouvaient le fils du consul
Sulpicius et Tibérius Néro, qui fut le père de Tibère
et

allé

de Drusus. Cicéron penchait pour ce dernier, qui était chercher son aveu jusqu'en Cilicie, quand sa femme
il

et sa fille, à qui
sir,

avait laissé

se décidèrent sans lui

C'était

un jeune

homme

en partant le droit de choipour Cornélius Dolabella. de grande famille, un ami de

Curion, de Caelius et d'Antoine, qui avait jusque-là vécu

comme eux, c'est-à-dire en hasardant sa réputation et en dépensant sa fortune, du reste homme d'espril et personnage à la mode. Ce mari n'était guère du goût d'Atticus; mais Térentia, à ce qu'il semble, s'était laissé
gagner par son grand nom,
elle et

peut-être Tullia n'élait-

pas restée insensible à ses belles manières. Les débuts de ce mariage semblèrent heureux. Dolabella

charmait sa belle -mère
et sa bonté. Cicéron

et sa

femme

par son obligeance
avait

lui-même, qui

clé

d'abord

'

In Verr. ad.

scet-,

i,

4i.

^

Ad

Ait.,

vu.

4.

106

LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON

surpris de la façon rapide dont on avait

mené

l'aflaire,

que son gendre avait beaucoup politesse. « Pour le reste, ajoutait-il, il
trouvait

d'esprit et de

faut s'y rési-

gner

1.

»

Il

voulait parler des habitudes légères et dissi-

pées auxquelles Dolabella, malgré son mariage, ne renonçait pas.
Il

avait
et

promis de se ranger, mais

il

tenait

peu sa promesse,
ron de fermer les

quelque bonne volonté qu'eût Cicéyeux sur ses désordres, il finit par lui
Il

rendre

la
la

résignation bien difficile.

continuait à vivre
la nuit,

comme

jeunesse d'alors, faisant du bruit,

dans

les rues, sous les fenêtres

des femmes à la mode, et sas

débauches semblaient scandaleuses dans une ville habituée au scandale. Il s'attacha à une femme du monde,
célèbre par ses aventures galantes, Cœcilia Mélella, l'é-

pouse du consulaire Lentulus Spbinther. C'est
qui ruina plus tard le
fils

la

même

du grand acteur tragique ^sopus, ce fou qui, ne sachant qu'inventer pour arriver plus vile à sa perte, eut la singulière vanité, dans un dîner qu'il donnait à sa maîtresse', de faire dissoudre une perle d'un million de sesterces (200 000 francs) et de l'avaler 2. Avec une personne comme Métella, Dolabella
eut bientôt achevé de dévorer sa fortune.
celle
Il

dissipa ensuite

non content de la trahir et de la ruiner, il la menaçait de la renvoyer quand elle osait se plaindre. Il semble queTuUia l'aimait beaucoup et qu'elle résista longtemps à ceux qui lui conseillaient le divorce
et
:

de sa femme,

Cicéron accuse quelque part ce qu'il appelle
sa

la folie

de

fille 3; mais il lui fallut enfin se décider après de nouveaux outrages, et quitter la maison de son mari pour retourner chez son père. Elle était enceinte. Une couche qui survint dans ces circonstances pénibles l'emporta à Tusculum à l'âge de trente et un ans. Cicéron fut inconsolable de sa mort, et le chagrin de

1

Ad

AH.,

VII, 3.

-

2

Horace, SaL,

11,

3,

239.—

»

Ad

AU.,

XI. 25.

Nous l'avons heureusement conservée. Égine derrière. Grèce. s'associèrent à sa douleur. Comment osons-nous. je me mis à regarder pays qui m'entourait. d'être consolés. Elle est tout à fait digne du grand adressée.. il lui arriva de tous côtés de ces lettres consolent ordinairement que ceux qui n'ont pas besoin de sa vie. le grand jurisconsulte. ce gauche Corinlhe. le mais aucune de ces lettres ne dut toucher plus vive- ment que la celle qu'il reçut d'un de ses vieux amis. Les philosophes. Cette leçon tirée des ruines. à autrefois des villes très-florissantes. comme je faisais le voile d'Egine vers Mégare. nous plaindre à la mort d'un des nôtres. IV. Lucceius. Les plus grands personnages de tous les partis. cette manière d'interpréter la nature au profit des idées morales. de qui gouvernait alors Sulpicius. C'étaient ne sont plus que des ruines éparses sur à le sol. 5. peut-être parviendra-t-elle à diminuer A mon retour d'Asie. le Pirée sur la droite. cettç mélancolie sérieuse mêlée à la contemplation d'un beau paysage. où il achevait de vaincre les fils de Pompée. « 11 faut que je vous dise une réflexion qui m'a consolé. Mégare était devant moi. nous dont la nature a fait la vie si courte. . dont il était l'honneur. quand nous voyons d'un seul coup d'œil les cadavres gisants de tant de grandes cités H » La pensée est grande et nouvelle.LA VIE PRIVÉE DE GICÉRON l'avoir 107 perdue a été certainemenl la plus grande douleur Comme on connaissait son aiïection pour sa qui ne fille. A cette vue je me suis dit moi-même . Brutus. essayèrent par leurs exhortations de lui faire supporter plus courageusement celte perte. esprit qui l'écrivait et de celui à qui elle était : On en a souvent cité le passage suivant votre affliction. chétifs mortels que nous sommes. ce sont là des sentiments que l'antiquité païenne a peu » Âd fam. César lui écrivit d'Es- pagne. Dolabella lui-même.

La réponse de Cicéron n'est guère moins belle. » Cela est si vrai une s'est lettre que saint Ambroise. d'un père sont toujours ce fut une un peu suspects. nous à le croire sur parole. D'après ce on n'a pas trop de peine à admettre que distinguée. nous souhaiterions la mieux connaître. J'avais me restait.. saints étaient le familiers et « qui déjà s'était avec prophète. . charme de son soucis et tous j'ai Ma fdle au moins me retirer et me reposer. 6. sur les ruines des villes déso- lées. car ma maison ne me la console plus des peines que la me cause le république. et qu'elle trouvée tout naturellement chrétienne. Autrefois je me réfugiais dans ma famille pour oublier les malheurs de l'État. a imité celle-ci. En la voyant tant regrettée. On dirait qu'il a été écrit par un homme à qui les livres assis. femina. mais l'affreuse blessure que reçue en perdant a rouvert dans mon cœur toutes celles que jy croyais fermées.108 LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON connus. Après avoir décrit chute de la la il douleur ajoute : qu'il a ressentie à la république. Ce passage semble vraiment animé d'un souffle chrétien. On y trouve la pein ture la plus touchante de sa tristesse et de son isole- ment. quand lui prodigue des compliments sur son esprit. Le entretien me faisait oublier tous mes « où mes la chagrins. Malheureusement il ne reste plus une seule lettre d'elle il dans la correspondance de Cicéron. c'est 1 Ad fam. » Cette triste destinée de Tuilia et la douleur que sa mort causa à son père nous attirent vers elle. lectissima femme iv. voulant écrire de consolation. et république ne peut pas remplir vide que je trouve dans ma maison '. et les compliments sommes réduits qu'on en sait. mais aujourd'hui l'Etat a-t-il quelque remède à m'offrir pour me faire oublier les malheurs de ma famille? Je sais obligé de fuir à la fois ma maison et le forum.

Marcus. Peut-être ne lui a-t-il pas rendu service en composant à sa mort ce traité de la Consolation qui était rempli de son éloge. car la tendresse paternelle est souvent plus vive qu'éclairée. et nous ne pouvons nous empêcher de craindre que Tullia n'en ait un peu souffert. et l'on * Ad AU. La philosophie présente bien des dangers pour une femme. Cette éducation nous tient malgré nous en défiance. N'est-il pas possible que son père l'ait un peu avait supporté l'éducation gâtée en voulant la rendre trop savante? C'était assez rhabitude à ce moment. et l'on prétend qu'elle plaida un jour une soup- cause importante mieux qu'un bon avocat. qui n'aimait pas sa famille On voudrait pourtant savoir comment elle que son père lui avait donnée. Une jeune femme si malheureuse méritait une élégie. reparaissaient toujours avec plus de violence. . Je çonne que Cicéron avait voulu faire ait de la sienne un phi- losophe. A dix-huit ans. Son père se trompa complètement sur ses goûts et ses aptitudes. La philosophie réussit moins bien encore au fils de Cicéron. lui accordait Antoine. y perdit sa peine.. X. tincts. qu'à sa fille. 8. et Mme voir mis sa de Sévigné n'eut pas beaucoup à se louer d'afille au régime de Descartes. Hortensius avait fait de sa fille un orateur. son souvenir. Cette figure et pédante sèche n'est pas propre à nous faire aimer les femmes philosophes. La façon même dont son père l'a pleurée nuit pour nous à. un traité philosophique semble lourd à sa mémoire.LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON l'éloge 109 que i. Marcus comme " tous les jeunes gens de cette époque. Ces insvivai* un moment comprimés. ce qui n'est pas très-extraordinaire. Cicéron voulut en faire il un philosophe et un orateur. Marcus n'avait en lui que les instincts d'un soldat. et je crains qu'il n'y trop bien réussi.

qui jouissait en ce genre d'une grande réputation et qui en était très-fier. se livra à ses goûts sans retenue. qui voulait payer au avait fils la fit dette qu'il contractée envers le père. et Il s'ennuyait des leçons de son maître Dionysius de la rhétorique que Il son père essayait de lui ap- prendre. s'occupa de bons dîners et de fêtes bruyantes. Marcus. et le séjour d'Athènes n'eut pas pour sa lui pour les résultats que se promettait Cicéron. Ce rhéteur était un Grec faire accompli. ce qui semble une pension raisonnable pour un étudiant en philosophie. On lui donna des affranchis et des esclaves.000 francs). C'était sa manière de venger son père. avait comme son père le lui recommandé.110 étail forcé LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON de lui faire des représenlalions sur ses dé- penses. A cette école. et flatta ses vices. Au lieu de suivre il les cours des rhéteurs et des philo- sophes. prit le goût du falerne et du vin de Chio. On lui fit une maison comme au fils d'un grand seigneur. Loin des il yeux de son père. c'est-à-dire un sa fortune. vit qu'il gagnerait il plus à flatter ses vices qu'à cultiver ses qualités. rhéteur Gorgias. nus et Messala. d'autant plus dissipée qu'à ce qu'il paraît il Sa vie était fut encouragé dans ses désordres par son maître le lui- même. qu'Antoine avait fait tuer.000 sesterces (20. homme prêt à tout il pour En étudiant son élève. il rechercha et il obtint la gloire de vaincre "le triumvir Antoine. en un . Acidilui. Au lieu de l'écouler. afin qu'il pût paraître avec autant d'éclat que les jeunes Bibulus. Cicéron Athènes pour y achever son éducation. et ce goût lui resta. au lieu de s'at- tacher à Platon et à Aristote. qui étudiaient avec On lui attribua dépense annuelle à peu près 400. mais Marcus était parti de mauvaise grâce. voulait partir pour faire la guerre d'Espagne l'envoya à avec César. La seule se renommée dont il montra (ier dans la suite fut d'être le plus grand buveur de son temps-. Plus tard Auguste.

vénérable Léonidas. le il ne voit que de doctes se vieillards. Il déclara tourmenté de toutes ses erreurs. nat. Elle est adressée à pleine de protestations et de repentir. il déclame en grec avec les plus savants rhéteurs. si achever de occupée. lorsque Marcus. son père qui ne demandait pas mieux que d'être trompé. sermonné par toute la famille. fils. 22. « que non-seulement son âme les déleste.. Il Il passe les jours et presque les nuits avec le le philosophe Cratippe. il il lui fait le tableau de sa vie. mais il 111 tudes de débauches. qu'à manquer son fils de rien. s'empressa-t-il de le croire. à partir de ce supplier Atticus de ne laisser et à étudier les moment. xiv. est ravi des doctes entretiens de Bruttius qu'il a voulu de lui. Il déclame en latin. Il est impossible d'en voir une mieux fils. et ce récit édifiant termine par ces mots : . On ne le voit plus occupé. qui traite le comme un le garde à dîner pour s'en priver si moins possible. une de ces Tiron et si lettres de lui pour essayer nous reste justement de Marcus du temps où il semblait se revenir à de meilleures habitudes.. Aussi. eut congédié Gorgias et promis d'être plus sage. Il ne fréquente plus que des l'avoir tout près hommes instruits. ' Plin. le sage Épicrate. il Je ai- suppose hésita longtemps à y ajouter car mait à s'abuser sur ses enfants. et qu'il lui paye le couvert et le vivre. » Pour humilié. ne parvint pas à l'arracher à ses habile seul exploit qu'on cite de la tête d' Agrippa d'avoir jeté son verre à un jour qu'il était ivfê On comprend quand il quelle douleur dut ressentir Cicéron apprit les premiers désordres qu'il de son foi. car lui. Il lettres qu'il reçoit d'y découvrir quelques progrès. Hist. tout l'aréopage onfin. mais que ses oreilles n'en peuvent plus entendre parler. c'est i.LA VIE PRIVÉE DE CICÊRON consul. . le convaincre de sa sincérité.

et qui fut son dernier adieu à sa famille et à sa patrie. qui est peut-être son plus bel ouvrage. la valeur . répondit un des premiers à l'appel de Brutus.112 « LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON Surtout ayez grand soin de vous bien porter pour que nous puissions ensemble causer science et philosopbie 1. de l'activité de l'énergie de Marcus il qu'il me semble se rappeler toujours de quel père a l'hon- neur d'être fils 2. 21 — 2 Brut. ad Cic. Marcus Il ranimer en lui ses instincts il de soldat. « Je suis si content. trousentit se appelant aux armes les jeunes Romains qui vaient . mais en la lisant il vient à l'esprit quelques défiances. écrivait Brutus et à Cicéron . » Ad fam. Qui sait si ces regrets et ces promesses bruyantes n'on' pas précédé et excusé quelque appel de fonds? Il faut dire à la décharge de tristé son père par ses désordres. les plus dé- voués. C'est dans la joie que lui causait ce réveil de son fils qu'il écrivit et lui dédia son traité des Devoirs.. » La lettre est fort agréable. fut un de ses lieutenants les plus habiles. et se souvint qu'à dix-sept ans avait comIl mandé avec succès un corps de il cavalerie à Pharsale. Ces protestations sont tellement exagérées qu'on soupçonne que Marcus quelque intérêt secret à les faire. xvi. surtout quand on se souvient que Tiron possédait la confiance de son avait maître. . les plus courageux. » On comprend combien Cicéron devait être heureux de ce témoignage. II. de . et mérita souvent ses éloges. Quand Brutus traversa Athènes. Marcus qu'après avoir atil a au moins consolé s'y ses derniers moments. et qu'il disposait de toutes ses libéralités. 3.

« J'ai l'âme toute troublée. Ce probablement pas l'usage. En théorie. i. et c'était » De offic. lorsqu'on n'a pas d'autre moyen d'en les traitait être les maîtres i. xm. mort d'un esclave c'est Je n'en vois qu'un. qui me servait "'en suis plus affligé qu'on ne devrait 2. car nous voyons qu'il en demandait presque pardon à son ami Atlicus. CJCÉROW. » l'être. mais dans Il pratique il avec beaucoup de douceur. se mêlait davantage. contre lequel très-irrilé : ait l'air d'être un certain Dionysius. homme nommé ié la Sosithée. Tout en proclamant qu'on a des devoirs à remplir envers ses il n'hésitait pas à admettre la qu'il faut les conte- nir par la cruauté.LA VIE PRIVÉE DE GICÉRON 113 IV Cette étude sur la vie intérieure de Cicéron n'est pas complète encore. les pleurer.. — Ad fam. mais qu'elle comprenait aussi les esclaves. et ce semble. lui écrivait-il. j'ai perdu un jeune de lecteur. convient-il de dire quelques mots de ses relations avec ses esclaves. 7. n'était s'attachait à eux jusqu'à quand il avait le malheur de les perdre. On romaine ne se composait pas seulement des personnes libres unies par la parenté. II. pour achever de connaître Cicéron dans sa famille.. il en acceptait l'institution esclaves. 12. l'Iilyrie et qu'il qu'il lait cher- cher jusqu'au fond de veut ravoir à tout prix 3. et il reste quelques détails à y ajouter. — - Ad Ail. Comme Arislote. et la trouvait légitime. Le serviteur et le maître avaient alors entre eux des rapports plus sait que la famille étroits qu'aujourd'hui. et leur vie xVussi. il n'avait pas sur l'esclavage des opinions différentes de celles de son temps. dans il toute sa correspondance. mais Dionysius lui avait volé des livres. 8 . ' 77.

visiter les bâtisses la à manger même est dans ses allribulions. il révisait les comptes de l'inlendanl Éros. Peut-être prit-il la peine d'a- Il s'appelle quelque aime à le chicaner sur sa façon d'écrire. Ses esclaves aussi l'aimaient beaucoup. Il avait pour lui une très-vive affection. Le soin qu'il donnait auï petites. ce qui fait soupçonner qu'il était un de ces esclaves nés dans la maison du maître {vernœ). et nous savons qu'au dernier lui. Parmi eux. qu'on regardait encore plus que les autres comme de la famille." plus importantes ne l'empêchait pas d'êtrj employé aussi aux plus salle On l'envoie surveiller : 'es jardins. et finit par ne plus pouvoir s'en passer. Le nom qu'il porte est latin. exciter les ouvriers. on s'adressait à lui.114 |. mois de gronder les prendre patience aux créanciers trop pressés. part son professeur. et ses attributions très-va- y représentait l'ordre et l'économie. qui n'étaient pas des qualités ordinaires à son maître. s'il moment ils voulaient se faire tuer pour ne les en avait empêchés. qui n'étaient pas toujours en règle. lui Il se loue de la fidélité qu'ils ont témoignée dans ses malheurs. Son rôle était grand chever lui-même son éducation. il mains duquel passaient se chargeait le 1" du débiteurs en relard ou de faire les Il allait voir les banquiers obligeants dont ciles. parce qu'ils ne l'avaient jamais quittée. C'était ('homme de confiance par toutes les affaires de finance. et je . comme par exemple quand affaires il s'agissait bella sans trop le les de réclamer quelque argent de Doladésobliger. la Il maison de Cicéron. Cicéron s'attacha de bonne heure à lui et : le fil instruire avec soin. el il dans riées.A VIE PRIVÉE DE GICÉRON un crime que Cicéron ne pardonnait pas. il en est un que nous connaissons mieux que les autres et qui a eu plus de part à son aifection c'est Tiron. le crédit souleuait Cicéron dans les les fois qu'il y avait moments diffi- Toutes quelque commission délicate à faire.

et ne dément pas celte opinion. Dans la suite. » Mais c'est surtout comme secrétaire qu'il rendait à Cicé Il ron les plus grands services. xvi. - 2 A. ivi. vile que la parole. Gell-. AuUi-Gelle prétend qu'il l'a aidé la composition de ses ouvrages 2. lui dit-il. Un jour que Tiron était resté malade dans quelque maison correspondance de campagne. qui était alors en Gaule. y> Ce n'est qu'assez lard.. si Publius est invité écrivait i. il de faire les invitations ce qui n'est pas toujours sans difficultés. Quintus. . dans la lettre qu'il lui écrit d'Athènes. et qu'il lui avait répondu que tout était muet dans sa maison quand Tiron n'y était pas. applaudit à cette juste récompense de tant de fidèles services. et lui seul pouvait lire l'écriture presque aussi de son maître que les copistes ordinaires ne déchiffraient pas. lui avait demandé de lui quelque chose. 10. « et Tertia ne veut pas venir. ajoutait-il. car ne faut réunir ensemble que des convives qui se conviennent. C'était plus qu'un secrétaire pour la lui. « Ma littérature. ou plutôt la nôtre.LA VIE PRIVÉE DE CfCÉRON vois qu'on le charge 115 d'un dîner. vers l'an 700.nos En ce moment. Revenez au plus vite ranimer. dans l'entourage de Cicéron. « Vous voilà donc propriétaire. — ^ Ad fam. il vous faut quilter les fait élégances de la ville et devenir tout à paysan romain. Tiron acheta un petit champ.. qu'il fut affranchi. écrivit tout exprès à son frère pour le remercier de lui avoir fait un nouvel ami. Tiron était encore esclave. qui en visile chez lui. vu. muses 3. c'était un confident et même un dans collaborateur. et Marcus. S. sans doute avec les libéralités de son maître. Cicéron était alors lire lui écrivait que Pompée. 22. Tout le monde. Que plaisir j'ai à vous contempler « Ad fam. languit de voire absence. le raille agréablement des goûts nouveaux que cette acquisition va développer en lui.

causer avec ou garder au dessert. jour.. tout le monde tus. le mal était plus grave. qui tenait la plume. » Ad favi.. Cilicie Il si bien sa part qu'il finissait par tomber fut se fatigua tant pendant le que Gicéron pour il gouvernement de contraint à son retour de le laisse séparait de qu'il avait la ser à Patras. un exercice mo: déré. cette faisait lui écrivait jusqu'à trois fois dans le même : Les soins qu'en toute occasion Gicéron prenait de santé délicate et précieuse étaient infinis il se médecin pour le guérir. ! son maître que lorsqu'il était son esclave. les recommandations étaient plus longues. vous et Tusculum joli 2. Vous savez ce qu'elle demande une bonne digestion. Tout le monde l'aimait. lui disait. G'étail bien à regret qu'il lui témoigner douleur de le quitter. lui. Tiron n'était pas moins au service de fermier. mais. et on ne la ménageait guère. Marcus. exigeaient qu'il leur donnât sans cesse des nouvelles de Rome et de Gicéron. Revenez garçon. aussi le faisait travailler. — '^ Ad favi. Quin- Atticus. dans un pan de voire robe. Sa santé était mauvaise. . au et nom de sa femme et de ses enfants : « Si vous n(>u^ aimez tous.116 d'ici LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON SOUS votre nouvel aspect! Il me semble que je vous le vois acheter des instruments rustiques. sous ce prétexte. 18. XVI. 21.kvi. je vous en aimerai mieux. il Un jour qu'il : l'avait laissé mal disposé à Tusculuni. lui écrivait i( Occu- pez-vous donc de votre santé. point de fatigue. des semences pour votre jardin i » Mais. qui vous ai éle\ é. Toute la famille se réunissait puar et Gicéron. Quand écrire. A chaque ma- surcroît d'occupation qui survenait à son maître. qu'on savait inépuisable. et le ventre libre. On s'entendait pour abu- ser de sa complaisance. que vous avez négligée jusqu'ici pour me servir. Tiron en prenait lade. et. . propriétaire et affranchi. ». de l'aurnseuient. moi particulièrement.

xvi. — « A. paraît moins rebutant. dont avait fait.. l'humanité. je vous revois en Tiron paya cette affection fatigua jamais. car son admiration ne choisissait pas. fut Avec sa santé chancelante. bonne santé *.. Enfin il donna de ses discours d'excellentes éditions qui étaient encore consultées du temps d'Aulu-Gelle 2. il vécut plus peut dire que toute cette longue vie employée au service de son maître. C'étaient assurément les services dont Cicéron. il publia ses ouvrages inédits pour ne laisser rien perjusqu'à . mais vous y mettrez le comble. c'est que l'esclavage antique. J'ai écrit à Curius de vous donner tout ce que vous demanderiez. Gell. dont le nom revient souvent dans les ouvrages philosophiques de Cicéron. aurait su le plus de gré à son fidèle affranchi Il y a une réflexion qu'on ne peut s'empêcher de faire quand on étudie les rapports de Tiron avec son maître. Elles avaient répandu parmi ceux qui les aimaient une vertu nouvelle. dans ma province. c'est-à-dire cette -t Adfam. 20. Vous m'avez rendu des services innombra- dans mes affaires publiques et au forum. et il s'occupa de lui son dernier moment. et privées. le la dépense. qui tedre. moindres notes et à ses une collection un peu trop longue.LA VIE PRIVÉE DE GICÉRON VOUS ne songerez qu'à vous rétablir. .. Son zèle ne se et l'on ralentit pas lorsqu'il l'eut perdu. dans mes études pour mes lettres. médecin pour le rendre plus soigneux.. vu de ce côté et dans la maison d'un homme comme Cicéron. 3 et 4. Je vous 117 demande en grâce de ne pas regarder à de traiter généreusement bles chez moi. à Rome. » par un dévouement qui ne se de cent ans. comme je l'espère.. Évidemment il s'était fort adouci à cette époque. il recueillit jusqu'à il ses bons mots. dit-on. nait tant à sa gloire littéraire. xiii. si. et les lettres sont pour beaucoup dans ce progrès. Il écrivit son histofre.

traitait les On il vient de voir comment Cicéron siens. sans être attaqué dans son principe.. était plus ancien que lui. mais en réalité personne ne que lui de l'adoucissement des mœurs. mais je » bien qu'ils ne sont pas des la hommes société *. Allicus se conduisait comme et cette humanité était devenue une sorte de point d'honneur dont on se piquait dans ce monde de gens polis et lettrés. parle avec et de la ple perte de bien.118 Lk VIE PRIVÉE DE CICÉRON culture de l'esprit qui rend les âmes plus douces.. Ce progrès qu'on rapporte ordinairement au chris lianisme. et on : continua à l'exclure des grandes théories qu'on profita plus faisait sur la fraternité humaine. et n'était lui. on n'insista pas pour établir les droits de l'esclave à être compté parmi les hommes. dit-il. Pline le jeune. lô. viii. . et il faut bien en accorder la gloire à la philosophie et aux lettres. et qu'en pensant ainsi ils se croient je de grands hommes et des sais hommes sages. que beaucoup d'autres ne regardent ces sortes de malheurs que comme une simétait aussi. C'est par son influence que l'esclavage. qui en nous touche des maladies une tristesse qui mort de ses esclaves. Quelques années plus tard. ne sais s'ils sont aussi grands et aussi sages qu'ils se l'imaginent. Ce changement se fil sans bruit. qui faisaient de s'y la famille d'un riche Romain. Epist. pas une exception. d'autres perd'une façon sonnes rattachaient encore. Ces sentiments étaient ceux de toute distinguée de cette époque. L'esclavage avait république romaine donc beaucoup perdu de ses rigueurs vers la fin de la et dans les premiers temps de l'empire. « Je n'ignore pas. En dehors des partie affranchis et des esclaves. On ne chercha pas à heurter de front les préjugés dominants jusqu'à Sénèque. fut profondément modifié dans ses conséquences. quoique «riin. Pour moi.

les divise en trois classes d'abord ceux qui se contentent de la visite du malin. Ces liens s'étaient que les clients doivent passer les parents et les proches. était sûr de Cependant Virgile. on possédait par héritage une clientèle toute formée. ce sont en général des amis lièdes ou des observateurs curieux qui viennent savoir des nouvelles. qu'ils vous donnent. La seule à peu près qu'on respectât encore était la nécessité pour les clients de venir saluer leur patron de grand matia. institution de la clientèle avait caractère grave et disait Sans doute l'antique beaucoup perdu de son sacré. et dont les zèle à toute épreuve fait obtenir à un candidat dignités qu'il souhaite Quand on avait le bonheur d'appartenir à une grande maison. dans la lettre si curieuse qu'il adresse à som frère à propos de sa candidature au consulat. avant même de s'être donné la peine d'obliger personne. toujours fidèle aux anciennes tradidans le Tarlare le patron qui a trompé son client * De petit.LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON 119 moins étroite . qui ne marchandent pas le le temps 2. cons. pas pendant tout — c'est un homme lui. pendant qu'il fait deux ou trois tours dans la basilique. Un Claudius ou un Cornélius. & côté du fils qui a frappé son père. place — . Ceux-là sont les fidèles et les dévoués. c'étaient les clients. puis ceux qui accompagnent leur patron au forum et lui font cortège.. et l'y enfin ceux qui ne le quittent qu'il est temps hors de chez ils qui le ramènent à sa maison. afin étaient devenues bien : — que tout le monde le s'aperçoive que d'importance qui arrive. ou qui même visitent quelquefois tous les candidats pour se donner le plaisir de voir sur leurs figures où ils en sont de leurs espérances. et les obligations qu'ils imposaient moins sévères. Le temps n'était plus où Caton et dans la maison avant que le titre de patron vient immédiatement après celui de père. 1 tiens. 9. comme sont allés prendre. fort relâchés ^. Quinlus.

xiii. sans ce cortège d'obligés qui donnait la lui avait fallu ne pas se montrer trop difficile pour le former et pour l'accroître. C'est peut-être ce qui lui d'autre se faire fit moyen pour accepter tant de mauvaises causes. l'appelle son et des. considération publique. quoiqu'il ne dût ses clients qu'à lui-même. Dans ce temps de luttes passionnées. Comme il il était arrivé presque seul au forum. de toute condition et de toute fortune. sa vanité ne résistait la foule il pas au plaisir d'ajouter une personne de plus à de ceux qui l'accompagnaient. D'importants personnages s'y mêlaient sans doute à ces petites gens dont se composaient d'ordinaire ces sortes de cortèges. ils n'en étaient pas moins très-nombreux. mais. Dans cette foule. 19. et qu'on lui écrivait de tous les côtés pour lui demander quelques services. client 1. jour où et il faisait sensation au forum par le nombre de ceux qui l'accom- pagnaient le il venait y plaider sa preniière cause. des citoyens de tout âge. où les citoyens les plus calmes étaient tous les jours exposés aux accusations les plus déraisonnables. Ce n'est pas seulement à Rome qu'il avait des clients on voit par sa correspondance que sa protection s'étendait beaucoup plus loin.. y avait.120 LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON trouver toujours le matin son vestibule rempli de gens que la reconnaissance attachait à sa famille. Quelque répugnance que son esprit honnête éprouvât à se charger d'un procès douteux. il celui qui fut le protecteur de Lucrèce. . Les Romains étaient alors répandus dans le » Ad fam. Il le faisait volontiers car il n'avait pas une clientèle que de rendre service à beaucoup de monde. au dire de son frère. En parlant d'un tribun du peuple. Cicéron n'eut pas cet avantage. Memmius Gemellus. beaucoup de gens étaient forcés de recourir à son talent pour les défendre. obligés.

où se aux ressources et trouvaient tant de villes opulentes faisaient banquiers . qui. A la suite des légions. et presque sur leurs habiles et entreprenants s'était une foule d'hommes abattue sur les provinces qu'on venait de soumettre pour y chercher fortune. Cette histoire est piquante. ressemblaient quelquefois aux spéculateurs d'hui. et il n'est pas sans intérêt do la résumer pour savoir ce qu'étaient ces gens d'affaires de Rome qui avaient si souvent recours à son obligeante parole. était fils d'un publicam riche Il il né avec l'esprit d'entreprise. ne s'était pas borné à un seul genre de commerce. ils savaient trie accommoder leur indus- aux besoins de chaque pays. Rabirius. il faudrait lire le discours que Cicéron prononçapour Il défendre Rabirjus Postumus. et pour y revenir plus tôt cherchaient à s'enrichir plus vile. entier. le plus grand orateur de son temps. après l'avoir conquis. ils cultivaient de vastes domaines et spéculaient sur les vins et sur les blés. Aussi cherchaient-ils à se procurer l'appui des meilleurs avocats. et surtout celui de Cicéron. ils se c'est-à-dire ils leur fournissaient par leurs usures un moyen prompt et sûr de se ruiner. ils songeaient à rentrer à Rome ils dès que ils leur fortune serait faite. et habile. En général. par leur caractère et leur destinée. Ce crédit n'était les tirer pas trop de son talent de ils son s'en- pour des méchantes affaires où gageaient. On les poursuivait souvent devant les tribunaux.LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON 121 monde pas. Si l'on voulait bien connaître l'un de ces grands négod'aujour- ciants de Rome. les traitaient sans miséricorde et s'y faisaient détester. ils qu'ils s'y trouvaient sans affection et sans racines. y raconte toute l'histoire de son client. Comme étaient campés et non vraiment établis dans les pays vaincus. En Sicile et en Gaule. et obérées. car était de . ils s'occupaient à l'exploiter. et ils avaient grand besoin d'être bien défendus. en Asie.

Rabirius fut entraîné à lui faire des avances nouvelles pour rattraper son argent compromis. aux provinces et aux rois. Ce roi s'élant fait chasser par sa prospérité le perdit. omnes vias pecuniœ norunt K II faisait toutes sortes d'affaires et il avec un e' égal bonheur. Il créait des emplois pour eux. entreprenait beaucoup lui-même aux entreprises des autres. et. Lenlulus. le réclamait pour lui. Aussi sa popularité était-elle très-grande à Rome. beaucoup d'argent au roi d'Egypte. qui connaissait bien les Romains. et. . il défraya les magnificences du cortège royal quand Ptolémée vint à Rome demander l'appjii du sénat. le sénat ne voulut l'accorder à personne. prétendait qu'on ne pouvait pas le lui refuser . Généreux autant que riche. Comme on beaucoup de la reconnaissance du roi. mais en même temps Pompée. pour ne pas faire de jaloux en laissan» quelqu'un profiter de cette heureuse occasion. I. qui probablement lui payait de bons intérêts. mais. Il prenait à ferme les impôts publics. qui recevait le jeune prince dans sa maison d'Albe. L'affaire espérait de Ptolémée paraissait sûre. il lui dortna les moyens de gagner les sénateurs les plus influents. alors proconsul de Cilicie. comme Il il arrive. On dit qu'alors Rabirius. Il engagea sa fortune et même celle de ses amis pour fournir à ses dépenses. ce qui dut lui coûter plus cher encore. Les intérêts opposés se contrarièrent. i.122 LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON ceux dont Cicéron dit qu'ils connaissaient tous les chemins par où l'argent peut arriver. il prêtait aux particuliers. les per- sonnages les plus importants se disputaient l'honneur ou plutôt le profil de le rétablir. les intéressait dans ses affaires et leur s'associait souvent donnait une part de ses bénélices. Ces rivalités firent tout manquer. avait prêté ses sujets. Ptolémée Auiète.. donna au roi le Ad Qui7it. il faisait profiter ses amis de sa fortune.

le Dès que Rabirius retrouver. et revêtit les insignes de sa charge. il On disait y eu avait un plus petit qu'un ne montrait pas. pour de l'argent.LA VIE PR[VÉE DE CICÉRON conseil hardi de s'adresser à l'un 123 de ces aventuriers dont Rome était pleine. nistre comme on Il dirait des finances. du lin. le fit commode pour jeter en prison. "son mimanteau grec. consentit à se son intendant général aujourd'hui. au grand {diœceles). ou. et. et il en avait chargé plusieurs vaisseaux qui débarquèrent avec un certain éclat à Pouzzoles. à qui Rabirius lui. Le bruit en vint jusqu'à Rome. C'est ce qu'il essaya de faire. la était habitué aux aventures prit plaisir renommée la heureuses de à exagérer le nombre des vaisseaux et valeur du chargement. du verre. Il même sa vie. et insupportable depuis qu'il n'avait plus besoin de qui était sans doute enchanté de trouver un moyen se débarrasser d'un créancier. et il paraît qu'en prenait aussi discrèles tement de quoi se rembourser lui-même. et ses troupes ramenèrent Ptolémée dans Alexandrie. Gabinius accepta le sut rétabli. il pour son compte des marcliandises égyptiennes. et le roi. L'ancien tribun Gabinius gouvernait On lui promit 10. heureux de n'y plus ne lui restait laisser que sa qu'une ressource. s'il voulait désobéir ouvertement au décret du le sénat. et qui ne reculaient devant rien la Syrie. Il ne l'avait acceptée que dans la pensée qu'il s'il ne serait jamais mieux payé que levant l'argent promis à Gabinius se payait de ses il mains. sans doute parce qu il tout bas même que parmi ces navires . et menaça d'Egypte dès qu'il fortune. marché. prit le scandale des Romains sévères. En même avait acheté temps qu'il administrait les finances du roi. du papier. mais était peu- ples qu'on ruinait se plaignirent. Pour il il s'empressa de venir être plus sûr de rentrer dans ses faire fonds.000 talents (55 millions). Rabirius se sauva le put. comme on Rabirius. La somme était forte.

se déchaîna contre plus Les plus indulgents l'appelaient un à ses créanciers em- portés l'accusaient de feindre la misère et de soustraire une partie de sa fortune. et les catastrophe Joute de vrai dans tous ces que dans 1 imagination marchandises que portaient les il autres s étant mal vendues. que Rabirius savant. Cicéron. Aussi s'em- pressa-t-il de plaider pour lui lopper dans le quand on voulut l'enveprocès de Gabinius. il n'y avait rien Le petit navire n'existait des nouvellistes. Les amis qu'il avait . exil se souvint qu'à l'époque de son Rabirius avait mis sa fortune à sa disposition et payé des hommes pour l'accompagner. » Il regardait Curius de Patras comme un de ceux qui avaient le mieux : conservé le tour de l'ancienne plaisanterie romaine. dans son discours. mais ce n'était pas l'ordinaire : on sait que beaucoup de ses collègues. Sa sensation à Rome. un de ceux en petit nombre qui restèrent fidèles Il dans son malheur. avait été jusque-là si favorable. de peur que » Ad fam. occupa généreusement s'en 5 obligés l'abandonnèrent l'opinion publique sot.. fit fut tout à et fait ruiné. lui disait « Il a du goût pour nos études 1. xiii.124 LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON d'objets était plein d'or et précieux. les qui lui lui. lez-vous de revenir à « Ilà- Rome. Ton si une saison. . lui écrivait-il. Il manque un Il Cicéron nous dit. Cicéron non plus ne l'oublia pas. en re- commandant à Sulpicius un négociant de Thespies. et il parvint au moins trait à celte peinture. littéraires. 22. n'en malgré leurs occupations peu étaient pas moins des gens spirituels et lettrés. à lui conserver l'honneur et la liberté. Malheureusement pour Rabirius récits. Il est certain vivait cependant lui qu'il n'avait plus rien et qu'il ne que des libéralités de César. avait tant fait était médiocrement qu'il n'avait de choses en sa vie pas eu le temps de songer à s'instruire.

étiuipage. Cicéron. regardaient comme un grand honneur et une grande sûreté pour eux d'être en rapport de quelque manière avec un personnage illustre de Rome. mais aiHeurs on voyageait d'un hôte à l'autre. de plus un singe sur un petit char une quantité d'ânes sauvages 2. Ils n'étaient pas devenir ses hôtes. parce qu'on Adfam.. C'était souvent une lourde charge que d'hériclie Romain. . Vl. Il avait toujours avec lui dit un grand chaiiots.— * ! Ad AU. les En Italie. se pourvoir d'amis complaisants qui consentissent à vous recevoir. de nomet breux esclaves. telleries fallait ne pouvaient pas élre ses clients. Qu'on juge de la suite que traînaient après eux un proconsul. et il de dit qu'elle s'élait ferme des pâturages mise sous sa protection. un préteur. 31. 1. on le comprend. vu. quand ils allaient prendre possession de leur province! Cependant. qui était sorti de leurs rangs.LA VIE PRIVÉE. quand on voulait voyager. Les étrangers. mais lié il semble qu'il était la particulièrement avec la compagnie qui avait l'Asie. des chevaux. des gens qui Celte protection s'étendait aussi sur Romains de naissance.DE CIGÉRON 125 la graine de l'urbanité ne se perde i. Yedius « avec deux une voilure. avait des relations presque avec tous. quoique leur passage épuisât la maison qui les recevait. on briguait cet honneur ruineux. il bien. » C'étaient des gens d'esprit aussi. » Yedius n'était qu'un Romain assez obscur. ils souhaitaient de En un temp^ où il y avait si peu d'hôconvenables dans les pays qu'on traversait.. des hommes du meilleur monde que ces chevaliers qui se réunissaient en compagnies puis- santes et prenaient à ferme les impôts publics. Cicéron le nous qu'il avait ren- contré dans fond de l'Asie P. ils gens riches achetaient de pelites maisons où passaient la nuit sur toutes les routes qu'ils avaient cou- tume de parcourir berger ainsi un . et une litière.

Il comptait des provinces entières. il était le défenseur et le patron de la Sicile. jourd'hui sa famille. Des villes importantes. ni ces vastes relations. son existence ressemble assez à et ils nôtre. et au temps de Tacite les orateurs en renom avaient encore parmi leurs clients des provinces et des royaumes. Les soucis qui troublaient ses malheurs ne nous de Gicéron.«- à chaque instant sa protection et la payaient par honneurs publics. Nous n'avons plus ces richesses immenses. Un grand seigneur ou mî^me un riche chevalier romnin ne se con- . grandeur qui restât à l'éloquence. ses joies sont pas inconnus. Ce que nous appelons un grand train de maison aurait à peine suffi est à l'un de ces commis de traitants qui allaient recueillir l'impôt public dans quelque ville de province. les différences entre cette société et la nôtre se montrent. par exemple. Gicéron avait des hôtes dans toutes les grandes l'Asie. et qu'on ne le voit qu'entre sa la femme et ses enfants. quand on replace le Romain parmi la foule de ses serviteurs et de ses familie\6. ces détails achèvent de nous faire connaître ce qu'était la vie d'un personnage important de cette époque Tant qu'on se contente d'étudier les quelques personnes qui composent ce qu'on appelle auG'était la seule Il me semble que . et depuis l'affaire de Verres. ni cette multitude de gens attachés à notre fortune. Des rois eux-mêmes. Volaterrœ. presque des nations. Sparte. Aujourd'hui la vie devenue plus unie et plus simple. mais dès qu'on sort de ce cercle borné . près les le foyer amènent toujours et à peu mêmes conséquences. comme Dejotarus et Ariobarzane. Atella. Get usage survécut à la république. et c'étaient villes de la Grèce et de presque toujours les pre- miers citoyens. Paphos réclamaient de.I2(i LA VIE PRIVÉE DE CICÉRON trouvait mille avantages à s'assurer leur appui. Les sentiments qui sont le fond de la nature hu- maine n'ont pas changé. s'honoraient de ce titre. dans sa clientèle.

LA VIE PRIVEE DE CICÉRON tenfailpoint de si peu. 127 Quand on songe à ces nations d'eset claves qu'ils entassaient dans leurs maisons dans leurs terres. l'ampleur de leur éloquence. . à ces royaumes qui imploraient leur protection. à ces affranchis qui formaient une sorte de cour autour d'eux. à cette multitude de clients qui encombraient les rues de Rome par lesquelles ils passaient. En nous donnant quelque idée de ces grandes existences que nous ne connaissons plus. elles nous font mieux comprendre la société de ce temps. C'est en celasurtoutque la lecture des lettres de Cicéron nous rend un grand service. le sentiment de leur importance personnelle qu'ils metlaienl dans toutes leurs actions et tous leurs discours. la gravité de leur maintien. la fierté de leur attitude. à ces hôles qu'ils avaient dans le villes et à ces monde entier. on s'explique mieux l'auloriié de leur parole.

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Sans doute il ne voulait pas qu'on pût lire trop à découvert dans ses sentiments. lui aucun n'enlre- avec un commerce plus long et plus régulier qu'Allicus. les événements étaient plus graves. quand c'était possible. sans interruption et sans ils nuage. et sa prudence cherchait à dérober au public la connaissance de ses opinions secrètes et l'accès de sa vie intime . et la conversalion est devenue un monologue. » Malheureusement nous n'entendons plus aujourd'hui qu'un des deux interlocuteurs. Atticus se garda bien d'y joindre les siennes. qu'on écrivait en toute hâte. et. folâtres un souvenir rapide. jusqu'à leur mort. A la moindre absence plus d'une s'écrivaient. Ces lettres tantôt courtes. pour échanger tantôt longues et raisonnées. la volumineuse correspondance tretint avec lui'suffit eu beau vouloir que Cicéron enil pour le faire connaître. mais il a se cacher. où l'on se trouvait. ces lettres contenaient toute la vie deux amis. Leurs relations durèrent.ATTIGUS De tint tous les correspondants de Cicéron. des selon les circonstances. et est facile elle d'y prendre une 'idée exacte du personnage à qui . fois par jour. quand ou sérieuses. Cicéron les a heureusement caractérisées « C'était une conversation entre nous quand il a dit deux. En publiant les lettres : de son ami.

et qu'en périssant et toute elle risquait d'entraîner avec elle Il ceux qui l'auraient servie. Ce premier danger décida de toute sa Comme il était. un esprit feime ej prudent. On demandait un pendant Il la Terreur? — Ce que jour à Sieycs j'ai : «. en éire victime. l'un des principaux chefs du parti populaire. affaires. qui était son parent. fait bien plus encore. malgré son âge. Atlicus le fréquentait beaucoup. et comme vie. non pas seulement pendant une terreur de quelques mois. renonça sans peine en voyant de quel prix il fallait quelquefois les payer. » C'était beaucoup. fut tué. par l'ordre de Sylla. Atticus a a vécu. fois a vu Rome envahie quatre par des maîtres différents . il a été placé dans l'époque Il la plus trouil blée de l'histoire. le Il en vit débuts tribun Sulpicius. mais pendant une terreur de plusieurs années. Comme pour metlre à l'épreuve sa prudence et son habileté. plus curieux d'une . il courut alors quelques risques. résolut donc de se tenir loin des sa politique consista désormais à se faire une situation sûre. a assisté à trois guerres civiles.130 est adressée. ATTICUS Ce personnage est assurément l'un des et il mérite époque imporlanle qu'on se donne la peine de l'étudier avec quelque soin. à l'abri des dangers. avec ses partisans et ses amis. j'ai vécu. Il comprit qu'une république où tion politique et la y l'on s'arrachait ainsi le pouvoir par la force était perdue. I Atlicus avait vingt ans quand commença de près les la guerre de et faillit Marins et de Sylla. en 'dehors des partis. il ne se laissa pas abattre : il réflécliil et rai- S'il avait eu jusque-là quelques velléités d'ambi- il pensée de rechercher les honneurs. Qu'avez-vous ! fait l'ait répondit-il. sonna.

En présence des premiers massacres dont il il avait été témoin. pour échapper à cette sorte d'enrôlement forcé dérouler tout à fait et pour l'opinion publique. Mais. On a beau déclarer qu'on veut rester neutre. voulait se dérober aux yeux . par ses liaisons au moins.ATTTCUS et les velle. et la plus ferme volonté ne pas toujours pour y réussir. et même il trouva moyen de grandir qui précipitait et blaient devoir le perdre. Tout contribuait à attirer les yeux sur lui. voici comment le résolut. riche et puissant dans un temps où il était si difficile seulement de vivre? C'était un problème plein de difficultés. les traditions de votre famille. Cependant sut échapper à tous les dangers que lui créaient sa position et sa fortune. il avait ce qui était un motif suffisant d'être une grande réputation d'homme d'es- fréquenldil volontiers les puissants. mais cela n'est pas aussi facile le qu'on serait tenté de croire. l'attachaient encore au passé. ignoré. il proscrit. Par quelle merveille d'habileté. le monde s'obstine à vous suffit classer d'après le nom que vous portez. et. Atticus comprit que. il il était regardé comme un person- nage. la espérait. non pas humble . reprendre pleine possession de lui- même et rompre les liens qui. pril. 131 massacres recommencer à chaque victoire nouIl a vécu. Allicus affaires et s'était décidé cà vivre désormais loin des des partis. se faisant oublier dans quelque ville lointaine. il était riche. s'il malgré lui. Il il fallait quitter Rome et la quitter pour longtemps. par cet exil volontaire. par quel prodige de savantes combinaisons parvint-il à vivre honoré. si bien qu'au dernier il se trouva tout naturellement placé presque à côté du nouveau maître. mais à Rome et en pleine lumière. vos liaisons personnelles et les premières manifestations de vos préférences. chacune de ces révolutions qui semChaque changement de régime ses amis du pouvoir le laissait plus riche à mieux assis.

Là. Jusque-là c'était la mode. ou quelqu'une de inconnues sur lesquelles les yeux du peuple pas pour romain ne s'arrêtaient jamais. Il fallait bien flatter cette faiblesse nationale. ce mépris superbe des autres peuples qui constituait en partie ce qu'on appelait Âtticus. au moins par moments. Il distribua gent sans intérêt du blé aux citoyens. se mit à parler et à écrire en grec. il osa ouver- tement déclarer goût qu'il avait pour les lettres et les arts de la Grèce. tout le il ATTICUS prétendait n'être pas oublié de il monde. il s'attira d'abord l'affection de tout il le monde. par quelques libéralités bien placées. d'estimer et qui bravait en tant d'occasions ce sot préjugé. mais Cicéron était le nom d'un grand un homme d'Etat à qui il convenait de montrer. libre. ne voulait pas revenir comme un étranger qu'on ne connaît plus. et perdre tout bénéfice de ses premières amitiés.132 de ses concitoyens. chez ses com- de cultiver les muses grecques en secret et de s'en moquer en public. Cicéron lui-même. qui la gravité romaine. Il se retira à Athènes. était plus moqua-t-iV ouvertement des usages. Le premier de tous le Romains. n'osait pas paraître savoir trop couramment sculpteur. Aussi ne choisit-il lointaine. à fréles ateliers quenter sans se cacher à acheter des statues et des des sculpteurs et des tableaux. à cette ville de beaux embarrassées les prêta de l'ar- esprits dont les II fit finances étaient toujours flatta les plus. patriotes. c'est-à dire dans la seule ville qui eût conservé un grand renom et qui se soutînt encore dans l'admiration des peuples en face de Rome. il Athéniens par un endroit qui leur était plus sensible. le Il comptait revenir. peintres. aussi se ne comptait rien lui demander. et à composer des ouvrages sur les beaux-arls Les Athéniens étaient aussi charmés que surpris de voir un de . Dès il son arrivée. si l'on voulait plaire au peuple. dans ces villes son séjour quelque propriété une province ignorée.

avait laissé une fortune assez modique 2 millions de sesterces (400. en ne de le le voyant plus. perdait l'habitude ranger dans un parti politique. C'était un pas de fait. et il le devint. les gens de goût s'entretenaient de cet amateur éclairé des arts qui s'était fait remarquer même à Athènes. mais l'effet était produit. de donner faire voir lui ici quel- ques détails pour à comment on s'enrichissait Rome. 11 importe. Alticus avait vu de bonne heure que condition pour être première riche. Atlicus s'empressa de tout refuser. comme l'on sait. l'argent que César lui avait prêté. Que de gens dont l'état la conduite pen- dant les guerres civiles ne peut s'expliquer que par de leur fortune! Pour servir César qu'il n'aimait pas. Leur re- connaissance. était toujours très- bruyante^ accabla Atlicus de flatteries de toute sorte. apporté par ces jeunes gens de grande famille qui venaient terminer leur éducation en Grèce. et pendant ce temps le grand nombre. le nom d'Atticus ne perdait rien à son absence. où l'appellent toutes ses sympathies. et qu'il ne pouvait pas lui rendre.000 francs). indépendant. et Cicéron lui-même place parmi les raisons principales qui l'empêchent de se rendre au camp de Pompée. on voulut même lui élever des statues. Atlicus résolut d'être riche. c'est d'être Cette vérité générale était encore plus évidente à cette époque que jamais. et le bruit de tant de popularité ne manquait pas d'arriver à Rome.ATTICUS 133 leurs vainqueurs partager leur goût le plus cher et protester ainsi contre l'injuste dédain des autres. je crois. on lui offrit toutes les dignités de la cité. De cette façon. Ou multiplia les décrets en son honneur. Il en restait un plus important la à faire. qui. l'exigence de ses créanciers. Lorsqu'il quitta Rome. il vendit presque tous les biens . Son père . Curion n'avait qu'un seul motif. Pour échapper aux embarras de celte sorte et conquérir sa pleine liberté.

de ses blés était et de ses troupeaux. et comme il n'y tait restait plus d'argent. consistait à s'enrichir de ses plaisirs. Milhridate venait de ravager la Grèce. il les faisait travailler pour les autres. et venteuse. une manie fort coû: mais même une source de beaux bénéfices. Mais est-il vraisemblable que sa fortune lui vint uniquement de la bonne administration de ses champs? Il aurait bien voulu le faire croire. son ànn le trahit. Entre des mains habiles. pour se lonner ainsi quelque ressemblance avec Galon et les vieux Romains. Il excellait à tirer profit non-seulement des folies des autres. comme aujourd'hui. dans ce pays des grands troupeaux. C'est ainsi qu'il fut ron. Gel habile agriculteur en même temps un adroit négociant qui a fait heureusement tous les commerces. et comme il les un véritable éditeur pour Gicéouvrages de son ami se vendaient que cette amitié. arriva pleine d'agréments pour son cœur. et son talent où d'autres se ruinent. après les avoir fait travailler pour lui. Malheureusement pour lui. et acheta des terres en Épire. On sait par exemple qu'il aimait beaucoup les beaux livres c'était alors.134 ATTICUS derrièî-e lui qui prtt de sa famille. Il est probable qu'il ne les paya pas cher. priétaires et Atticus finit par être un des grands produ pays. ce domaine prospéra vite : tous les ans. pour ne rien laisser tenter les proscripteurs. ce qui est l'ordinaire. qui était beaucoup. où la terre rapportant. tout s'y vendait à vil prix. de nouvelles terres étaient achetées sur l'épargne du revenu. il sut en faire Il avait réuni chez lui dait très-cher au public les livres qu'ils copiaient. un grand nombre de copistes habiles qu'il formait lui-même. ne fut pas inutile à sa for- . et quand sa passion était satisfaite. En lisant cette correspondance indison ne tarde pas à reconnaître qu'Atlicus avait beaucoup d'autres moyens pour s'enrichir que la vente Cicéron crète.

et qu'il n'y avait plus de fête sans quelqu'une de ces grandes tueries. : . Ses relations s'é- tendaient dans le monde entier. il était banquier à l'occasion el prêtait à gros intérêts. Il faut avouer que ce n'est pas un métier qui convienne à un savant et à un sage. moins possible dans les sans doute dans l'Italie et et prenait le affaires qu'il avait fort dans la Grèce des agents adroits qui faisaient valoir ses fonds. Seulement y mettait un peu plus de ménasoin de paraître traitait. mais tout à était alors aussi fait en secret. Il les faisait instruire soigneusement dans l'art de mourir avec grâce. ne voulait il ne négligeait pas ces sortes de profits. De plus. Aussi Atticus. — -Ad Att. 4et8. car cette industrie peu estimée qu'elle était lucrative. et les gens qui s'y livraient ne passaient pas pour être honlaisser savoir à per- nêtes ni scrupuleux. et nous l'ignorerions aujourd'hui . éditeur de Cicéron. et la sagesse d' Atticus était accommodante dès qu'il y avait un honnête profit à faire. à Éphèse.ATTICUS liine il 135 pouvait s'avouer. Comme il voyait le succès qu'obtenaient partout les combats de gladiateurs. en Epire. A la rigueur.. à Délos. il gements que les autres. Il le cachait soigneusement même à son ami Cicéron. lellres el 1. un peu partout. iv. mais on y gagnait beaucoup. mais Atticus mêlé aussi *de beaucoup d'autres opérations qui auraient dû lui répugner davan tage. ce commerce s'est n'élail pas défendu à un ami des de se faire libraire. il songea à élever des gladiateurs dans ses domaines. 11 prêtait aux particuliers. il prêtait aussi aux villes. et les louait très cher aux villes qui voulaient se divertir '. qui tenait autant à sa réputation quà sa fortune. s'il n'avait point éprouvé sonne qu'il 1 C'est ce que j'ai essayé d'établir avec plus de détails dans un mémoire publié par la Revxie archéologique et intitulé Atticus. comme faisaient sans scrupule les plus il grands seigneurs de Rome. on lui connaît des débi- teurs en Macédoine.

enseignes déployées. avait un oncle. et pendant qu'il travaillait si sa fortune. lettres.temps dans ce commerce aventureux. surtout celles de l'Asie. i : une fois à Allicus malgré son activité. mais adroitement à faire n'eut même elle pa? besoin de se donner tant de peine. dit Cicéron. Atlicus n'a jamais fait d'autres campagnes. en sorte qu'Alt'Cus. Pendant qu'il allait siège celui ainsi en guerre contre celle le évidemment malheureuse ville endettée. Quoiqu'on y fît d'ordinaire de grands bénéfices. achevaient leurs dernières 'ressources. dans une de ses siège qu'il est allé mettre devant Sicyone était ce de quelques débiteurs récalcitrants. sénat en prit pitié. Du reste. .. Elles avaient toutes moins aux bien de leur enlever de revenus que de dettes. fut réduit.— le plus terrible MrfA«. On sur voit le que Cicéron le plaisante.. unis si étaient complètement ruinées. Il lui arriva toute faite d'un autre côté. quand il fut arrivé sous les mu- à arracher aux Sicyoniens quelques pauvres petits et écus (nummulorum 2. 1. qu'il ne restait plus rien à prendre aux créanciers. Caecilins. qui passait pour «/îd A«. c'est placement de ses sa prudence bien connue nous assure qu'il débiteurs plus solvables. usurier de Q. et la protégea par un décret contre ses créanciers trop exigeants.136 ATTICUS quelques contre. railles. fermiers de l'impôt. on les pouvait courir aussi quelques dangers. 1. Il aliquid) à force de prières de caresses faut croire cependant qu'Atlicus le était ordinairement plus heureux dans fonds. quand C'est ce qui arriva ils ne se pressaient pas. Ce qui est qu'il faisait n'auraient il que tous ces métiers pas tardé à le rendre très-riche.19. celle là lui réussit mal. qui était parti d'Epire en conquérant. Après avoir subi pendant deux siècles villes alliées la domination romaine.13. et savait choisir des certain. toutes et municipales. et les proconsuls.

et qui ne consentait à prê- comme une insigne pour iOO par mois. il prétexter l'indifférence ou la lui : motif plus honnête et qu'on pût afficher à la commodité de les « fallait un une école de philosophie le lui fournit. où faveur. intraitable. la fidélité aux opi- ciple fidèle.ATTICUS 157 Rome. Il les avait toutes étudiées pour le plaisir il que cette étude causait à son esprit curieux. Atticus était le seul qui eût trouvé le moyen de vivre bien avec lui. qu'à ger son cadavre le jour de ses funérailles. Désormais sa fortune était faite. mais prétendait bien ne pas s'asservir à leurs systèmes. Les épicuriens. Il . C'était un homme dur. et si on le blâmait. et que le caractère du personnage permet facilement de résoudre. Atticus fit profession d'être épicurien : dès lors son abstention avait blâme retombait sur toute l'école. il y en 1 avait tant. nions de sa secte. Caecilius l'adopta par son testament et lui laissa la plus grande partie de son héritage. quand retour à il de Rome. Mais n'était-il pas à craindre que. ce qui rend toujours la part de chacun plus légère. 10 millions de sesterces. et qui s'était rendu tellement odieux à lout le monde qu'on ne put empêcher le peuple d'outrater à ses parents les plus proches. il était indépendant de tout le monde serait et maître de se conduire à son gré. Ce serait le mal connaître que de supposer qu'en quoi que ce soit il s'attachât scrupuleusement à une école et s'engageât â en être un disle un prétexte plausible. il en dehors des partis. Atticus était-il un épicurien véritable et complet? C'est une question que les savants discutent. un peu plus de 2 millions de francs. En réalité. Ne pas s'occuper de politique » était leur maxime favo- rite. celte résolution qu'il prenait de fuir tous les engagements n'eût tenir un mauvais air? Pour se ne pouvait pas décemment frayeur. disaient qu'il était bon de fuir emplois publics pour éviter les tracas qu'ils attirent. sacrifiant tout la vie.

Embrasser résolument une opinion. sous les ombrages enchantés d'Arpinum. On retrouve bien là le caractère d'Alticus. quand faire il est encore fidèle à ce rôle d'amateur philodit plus loin (i. les dialogues philosophiques où i l'inlro- 1 7. c'est s'engager à la défendre. et la dit : « M'accordez-vous. je l'ac- corde. ce que II s'adresse alors à son ami. moins acharnées que c'est de la lui donne dans De Lerj. et il prêt à l'a- bandonner au premier prétexte. ne sont pas guerre encore. leur raison.138 avait trouvé ATTICUS dans la il lui convenait. il lui faut établir d'abord que les dieux s'occupent des hommes. Pomponius. C'est ce que montre très-agréablement Cicéron dans un passage du Traité des Lois.. . régit l'univers? Si vous ne l'admettez pas. vous le voulez. 11 ne s'engageait jamais davantage. il faudra commencer par le démontrer. les querelles philosophiques. i. je n'ai pas peur ([u'aucun de mes condisciples m'entende *. Comme il veut faire remonter jusqu'aux dieux l'origine niaient les épicuriens lui des lois. » Voilà un philosophe fort accommodant. et morale épicurienne un principe qui s'en élail emparé pour justifier sa était conduiUî politique. leur providence. au moins pour lui. dn toutes choses. et l'école ne tirera pas grand profit d'un adepte qui l'abandonne dès qu'il est sûr qu'on ne le saura pas. si vous aimez mieux. Il sophique. Il s'est représeiilé dans cet ouvrage causant avec Allicus. leur sagesse. si — Allons. 21) qu'Antiochustui a fait poyaucuUs quelques pas dans l'Académie. que puis- sance dos dieux immortels. il s'en souciait fort peu. veut la paix. Il est piquant d'examiner le rôle que Cicéron ne soient pas sanglantes les autres . aux bords du Fibrène. ou. et Atticus. Quant à Epicure lui-même et à sa doctrine. c'est s'exposer à combattre peur bien qu'elles elle. . Or. répond Alticus. car grâce à ces oiseaux qui chantent et au murmure de ces ruisseaux. deduxit in Acadeiniam passibus.

sous lequel on prit déle désigner. il eut fut se assuré contre tous les reproches qu'on pouvait faire à prudence l'apparence d'une conviction philosophique. et séjour de Rome et celui de ses maisons de campagne. semblait indiquer hautement ne voulait plus vivre que dans l'étude des lettres et de ce moment. Il n'avait façon dont l'adminis- aucun des défauts qui pouvaient la compromettre-: il n'aimait pas à acheter ou à bâtir. et ses et encore en souffrance. qui il rapportaient beaucoup dont pouvait avouer les profits. il re- sormais l'habitude de qu'il qu'il un surnom nouveau. par dégagé des liens sa longue absence. il songea à retourner définitivement à Rome et à y reprendre sa vie interrompue. il il Curieux il el insatiable. s'arrangea pour dérober au public les sources de sa riIl ne conserva guère plus que ses terres d'Épire lui maisons de Rome. sans y entrer jamais. demande. quand quand il . soulève les il excite à répondre. A le Il partir partagea son temps entre de banque. objections. et. la Sa fortune s'acil croissait toujours. achever de rompre avec son passé. Atticus demeura vingt-trois ans loin de Rome. et pendant ce temps jouit tranquil- lement du combat.ATTICUS duit. il ne possédait point de ces splendides villas aux portes d'ailleurs . Ce nom d'AtticiiSy rapportait d'Athènes. Quand il pensa que. alï'aiies acheva de liquider sans bruit ses dont quelques-unes étaient chesse. Il choisit comme pour vint avec pour revenir un moment où tout était calme. il il pruvoque à discuter. ne la visitant qu'à des intervalles irès-LMoignés et n'y restant d'ordinaire que peu de temps. il les jouissances des arts. interroge toujours. On verra tout à l'heure que c'était justement là son rôle en politique. anime les combattants. 139 il En général il ne discute pas. il s'était tout à fait qui l'attachaient aux partis politiques la conquis l'indépendance avec sa conduite en prêtant à sa Ibrlune. grâce à trait.

en tolérant leur négligence.. mais. Pomp. qui plus spacieuse et plus commode à l'intérieur que belle d'aples parence. on les encourage à se ruiner. grande chère d'ériidition. son neveu. ajoute a J'ai pris alors quelque chose de votre éloquence .000 as (150 francs) par mois pour sa table 1. Il de former lui-même et que réunissait souvent les gens l'on faisait surtout. par intérêt pour elles qu'il agissait ainsi. à ce qui semble. et C'était il se montrait sans pitié le jour de l'échéance. d'esprit de Rome dans des repas où s'il à ce qu'il semble. Cicéron. était Il dans sa maison du Quirinal. et Atlicus a dû l'employer plus d'une lois à 1 égard de son beau-frère et de lui. 1. — Att. Quant à ceux avec lesquels son argent eût couru quelques risques. Sa ficence ne lui coûtait guère. munile pré- comme tend Cornélius Népos. et qu'il réparait le moins possible. même ses plus proches parents. » Le moyen était bon. qui étaient toujours sans argent. servait des légumes . est venu trouver et qu'il a essayé de l'é- mouvoir par le tableau de sa misère. est vrai. . Cicéron. plutôt pour obliger que pour s'enrichir. je n'ai rien répondu. il ne se gênait pas pour le les éconduire. VI. . raconte qu'on y fort ordinaires sur des plats trèsle précieux 1 2 mais qu'importe ? tout Ait.. car. qui avait vu ses comptes. parmi objets d'art qu'il avait choisis en Grèce et les esclaves lettrés qu'il avait pris soin tout le monde lui enviait. 13. : le jeune Quintus. prêtait encore quelquefois de l'argent. monde s'estimait T. toujours indiscret. qu'il ne dépensait que 3. dont l'entretien rui- nait Cicéron. .140 de ATTICUS ou aux bords de Il Rome la mer. Il avait soin du reste de choisir des personnes disait-il sûres. Pour il avait su se faire à vivait peu de frais une grande existence. en lui racontant un jour que leur neveu commun. Tous les détails qui tirés de cette vie d' Atlicus précèdent sont ^ j^d par Cornélius Népos.

occupé à se mettre de tous les monde il : et se servir moyens pour plaire aux gens de tous fortune. sa acquise. on peut dire que tout ce qu'il y a eu de plus diset heureux de quelles 1 tingué dans ce siècle. Il avait pris. si connaissait bien quand il voulait qu'à voir la monde. et le parti qu'il en tirait gagner l'amitié de quelqu'un. Rien nature des services qu'il rendait à chaque le personne. on bien avec tout le beaucoup de peine. la façon dont les partis. Il avait avait pour saisir le faible des gens proposé à Galon de s'occuper de ses affaires à Rome pendant son absence. le rapprocheeut bientôt parmi lié chaient des chevaliers ces riches fermiers de l'impôt il public étaient ses amis naturels. pour se les concilier. qui fut si grand. Il profita de ses connaissances historiques pour leur fabriquer des généalogies complaisantes dans lesquelles il se faisait le complice de beaucoup de mensonges. la route la plus sûre. et appuyait de sa science leurs plus chimériques prétentions. Cet exemple nous montre déjà comme il patriciens. et eux un grand crédit les . II De tous les bonheurs d'Atticus. on devine quel profond observateur ce devait être. c'est l'heureuse fortune qu'il a eue de s'attacher tant d'amis. celui qu'on y prit le voit est le plus tenté d'envier. et et en . mais il n'était pas moins avec dédaigneux d'ordinaire pour tout ce qui n'était pas de leur caste.ATTICUS 141 faire partie de ces réunions d'élite dans leson entendait causer Atticus et lire les plus beaux ouvrages de Cicéron avant qu'ils fussent publiés. et le talent qu'il profiler. a tenu à honneur de fréquenter cette maison du Quirinal. qui était de flatter leur vanité. 11 Dès son arrivée à Rome. l'avait Sa naissance.

sa complaisance se prêtait il convenait à tous les âges Cornélius Népos tant très-jeune il comme à tous les caractères. fait remarquer avec admiration qu'écharma le vieux Sylla. N'ayant ni scrupules farouches comme il Galon. vu. Il allait perpétuellement de l'un à l'autre. vi. comme une sorte d'ambassadeur pacifique. et qu'étant très- âgé si il sut plaire au jeune Brutus. . de condition. les confidents de Gésar et de Pompée. il allait même Clodia. 8: $oles conglutinarc amicitias. Il cultivait soigneusement Balbus et Théophane. de former des amitiés sipait les '^. Il dis- soupçons .. se faisait leur intermédiaire et amenait des explications qui renouaient tout. d'opinions et d'âge.142 ATTICUS s'était Caton empressé d'accepter Il : un intendant de ce mérite n'était pas à dédaigner pour un tant à sa fortune. Son chef-d'œuvre en ce genre est d'être parvenu à réconcilier Hortensius et ' Ad AU. monde . 2. - ^ Ad Alt. ne négligeait pas non plus les autres quand ils pouvaient les servir. cherchant à les rapprocher et à les unir. il lui prêtait de l'argent C'était naturelle- ment aux chefs de mais il parti qu'il s'attachait de préférence . homme qui tenait avait séduit le vaniteux Pompée en s'occupant à choisir en Grèce de belles statues pour orner le théâtre qu'il faisait bâtir i. ni répu- gnances violentes tout le comme Gicéron. IV. plus réels. Gomme il savait même genre de des services pour se l'attirer. 1. ainsi visiter quelquefois Glodius et sa sœur que d'autres gens de réputation suspecte. et les préjugés qui les empêchaient de se connaître et il leur inspirait le désir de se voir plus tard quelque dilTérend s'élevait de se lier. Ç — 2 Ad Att.. dit Gicéron. s'accommodait de â tout . bien que Gésar n'était pas accessible au flatteries. un lien commun. et il si entre eux. et qu'il fallait. car c'était diflérents Atticus formait sa coutume. Entre tous ces amis d'humeur..

qui furent vraiment ses amis Pour nous en tenir n a aimé personne autant que jusqu'à la fin lui. On en est d'abord très. et plaisir à exciter que le sort semblait prendre encore davantage en les opposant sans cesse l'une à l'autre. Par quel mérite a-l-il su pourtant se les attacher? lui. et en grand nombre. et à les faire bien vivre ensemble malgré 143 l'ar- dente jalousie qui les séparait. si Comment un homme a-t-il si occupé de aussi soigneux de ses intérêts. aux plus grands. de Pliilippesil lui écrivail encore ses dernières confidences. toujours prêtes à s'emporter. Cicéron Brutus lui a témoigné et la veille une confiance sans réserve. éloigner de lui des gens de cœur qui sacrifiaient leur fortune et leur vie à leurs opinions.ATTICUS Cicéron. ce parti pris hautement avoué de se soustraire à tous les engagements pour écbapper à tous les dangers devaient. Sa réserve prudente. à ce qu'il semble. Toutes ces liaisons d'Atticus n'étaient certainement pas de véritables amitiés. ' : .surpris. Que de peine ne dut-il pas avoir pour calmer ces deux vanités irritables. pleinement des agréments de l'amitié. pu jouir qui semde soi- blent exiger d'abord le dévouement et l'oubli même'? Comimenl listes qui est-il parvenu à faire mentir les moraest la prétendent que l'égoïsme mort des alTeclions véritables *? C'est encore un problème parmi tant d'autres dont la C'est le mol de Tacite pessinium veri affectus veiwnum tua cuique uHLitas. pouvait tirer sa sûreté ou sa fortune mais il y en a d'autres aussi. Il reste trop de preuves éclatantes de ces deux illustres et il amitiés pour qu'on puisse les révoquer en doute faut reconnaître qu'il a su inspirer une vive affection à deux des plus nobles âmes de ce temps. Il y a sonnages qu il n'a fréquentés beaucoup de ces perque pour le profit qu'en .

Cicéron surtout. dans une réunion de passage. Je et si elles vais les énumérer d'après leur témoignage. Il y donc dans ce personnage autre il chose que ce qui nous semble y être. el celui-là est le plus difficile à résoudre. faire On peut cependant s'en quelque idée. Voilà est plus possible d'une façon complète cette séduction étrange qu'il exer- première vue sur tous ses contemporains. cette obstination de tout monde il à ne pas voir ou à pardonner ses défauts. et faut qu'il ait possédé une sorte tenait d'attrait inexplicable lui et qui pour nous. mais qui n'ont pas de ressources et de provisions pour une liaison plus longue. Vu à distance. tout le monde en un genre d'esprit particulièrement propre à être goûté de la société qu'il fréquentait. parce lui. sible aujourd'hui de définir s'est Il ou de retrouver. quelque surprise avait nous causent. qu'il esl imposet la viv. Cette bienveillance gé- nérale qu'il inspira. et les écrivains qui l'ont connu. laissent entrevoir quelques-unes de ces qualités brillantes ou solides par les- quelles il gagnait ceux qui l'approchaient. Ce n'était pas seulement un de ces hommes agréables el légers qui charment un moment. qu'il évanoui tout entier avec avait d'abord et beaucoup d'esprit. el on se senle tout d'abord porté à l'aimer. On l'aimait. . ces vives amitiés qu'il a fait naître sont des témoignages auxquels qu'ils est impossible de résister. ne semfait le blent pas encore suffisantes pour justifier tout à nombre par la faudra y joindre pensée ce charme tout personnel. cité il de ses amitiés.144 vie ATTICUS d'Auicus esl pleine. même à travers les éloges de Cicéron. Allicus ne semble pas attrayant. Il avait beaucoup ÉSt d'accord. qui de comprendre pourquoi çait à uniquement à il ne nous a disparu avec lui. l'ont pas Il est lui pourtant certain que ceux qui ont vécu auprès de ne tait jugé comme nous. et ce n'est pas lui qu'on serait tenté de choisir pour son ami.

qui ira- . son caprice l'emporte toujours ailleurs avant qu'il ait achevé de rien approfondir. possédait sur tous ces sujets des idées . aeaux arts. à la philosophie et à l'histoire. ce titre n'est pas dans gens les relations une grande recommandation du monde Cicéron trouvait que les . à la Il '. le propre de l'amateur ce qu'il de faire tout avec passion. et toujours dans les limites où plaît beaucoup de aux gens ne fait du monde de est les savoir. Atticus. XIII. Pascal l'eût appelé un honnête homme. De plus. sa parole est plus vive quand il les expose. pour plusieurs raisons science qu'acquierl un amateur est de celles qui sont le plus de mise dans le monde. D'abord. la multiplicité même des éludes qui le tentenl l'empêche d'en pousser aucune jus(ju'au bout. justes. Comme le porte à ses études et un goût tout personnel qui ne les continue qu'autan! qu'elles l'intéressent. CICÉRON. en toute chose un amateur intelligent la et éclairé. 'Si. Il en résulte Enfin qu'il sait il choses. il connaît de préfé- rence les détails piquants et nouveaux. et ta avait toujours apprendre à ceux qui ne c'était l'étaient pas quelque détail curieux qu'ils ignoraient. il s'intéresse surtout aux curiosités. Or.ATTICUS l'i5 d'étude et de solide savoir. ^^ . comme Yarron. son ton plus libre et plus original.» Ad Alt.. par consé- quent plus agréable que celui des gens d'école. c'est qu'il même qu'un moment. qui sont des puits de science. Mais sans être véritablement un dans ses études^ avait louché à tout. et c'est précisément ce que les gens du monde tiennent à connaître. à la grammaire. comme il n'étudie pas par principes. il ne déchirait pas son man- pour le retenir «avant. ne il sont pas toujours amusants. quelquefois originales il pouvait sans trop de dé il savantage discuter avec les érudits. non pas qu'il fût un savant véritable. aux poésie. et venait le voir à l3au raconte que quand il Tusculum.

le connaissait A mesure qu'on davantage. on découvrait d'autres qualités plus solides qui retenaient ceux avait attirés. Quoiqu'il tis. Longtemps il Auguste éprouva l'aller le même charme. Il se gardait bien de fati- guer par ses exigences ou de rebuter par ses brusqueries. et continuer ainsi de quelque façon ces longs entretiens dont il On peut donc se figurer que la première rencontrait cet était ravi. Personne n'a jamais été plus personne. fût lié avec des différentes et qu'il eût par eux le secret de tous les par- on ne lui a jamais reproché de l'avoir trahi pour voit pas non plus qu'il ait fourni à aucun de ses amis de prétexte sérieux pour s'éloigner de lui. voulait à toute force le ramener avec lui à Rome. qu'il ne après. fois homme spirituel qu'on on se sentait rapproché de lui par les agréments de sa conversation. trouver. quand ne se il ne jours pouvait pas lui écrivait tous les rien que pour recevoir ses réponses. il car lorsqu'on les choses avec passion. et qu'aucune de ses relations se soit brisée autrement que par la mort. Il était liicn jeune entant latins et core quand le vieux Sylla. elle était vivante enfin. et il pas d'entendre causer Atticus. plaisir le rencontra à Athènes. le elle n'était pas assez profonde pour qu'il courût risque d'être enfait nuyeux. et les moins prévenus. qui n'avait pas de raisons pour l'aimer. . lassait le quittait pas. Voilà ce qui donnait tant d'attrait à sa conversation. et c'est par là qu'il a charmé les esprits les plus difficiles. C'était d'abord que son esprit une grande sûreté de comgens d'opinions très- merce. est naturel qu'on en parle avec intérêt. lire Il prit de et à l'entendre des vers grecs et causer de littérature. Ce commerce si sûi" était en même temps très-facile.146 ATTICUS de pour que vaillent par métier. Telle est l'idée qu'il faut se faire la science d'Allicus. On ne indulgent et plus commode. Elle était trop étendue l'enlretien avec lui devînt jamais monotone.

étourdis et latigués par cette activité des affaires. Elle contrairement à l'usage. il besoin de personne. n'en pouvait guère trouver l'occasion On de- meurait son obligé. et d'aller causer brujante où s'épuisait leur ils étaient un moment avec cet homme d'esprit d'une humeur si égale. et ne pouvait pas prétendre qu'elle fût intéressée. autant d'amis l'on Mais rien assurément n'a dû lui concilier que son obligeance. qui les accueillait toujours avec le même sourire etdansl'affection duquel on se reposait si tranquillement. IG). geait rien. contient la preuve de démarches Irès-actives que Cicéron avait faites pour sauver une partie de la fortune d'Atticus compromise après la mort de Cé-ar. ami déterminé à reconnaître les reçus. en sorte qu'un services qu'il en avait i. cette maison paisible du Quirinal où les querelles du dehors ne parvenaient pas. il était n'avait jamais de ne sollicitait pas les dignités. . Voilà surtout qui devait charmer ces hommes politiques. Nous Il faut pourtant remarquer que la dernière lettre que nous ayons de Cicéron à Atlicus (xvi. vie. C'était plutôt une de ces intimités calmes ce et sans se- cousses qui s'affermissent tous les jours par leur durée régulière.ATTICUS 147 On n'avait pas à craindre clans son amitié ces orages qui si troublèrent souvent celle de Cicéron et de Brutus. car ce sont toujours ces sortes d'échanges qu'on se croit en droit de récla- mer. qui fmis- sent par troubler les affections les plus fermes. s'était Il arrangé de façon à n'avoir riche. dissant. Allicus. ces comparaisons qu'on fait malgré soi entre les bons offices qu'on rend et ceux qu'on a reçus. ' et la dette allait toujours en s'agran- car il ne se lassait jamais d'être utile. procès. qui le savait bien. il était inépuisable. donnait beaucoup et n'exi- une des raisons pour les- quelles ses amitiés furent solides. C'est encore là si puisque. Au sortir de ce tourbillon heureux de trouver. à quelques pas du forum.

Ceux qui le connaissent ne trouveront pas cette générosité sans mérite. il fallait l'orner. et pour ainsi dire à l'œuvre : c'est de rappeler rapidement les services de a loul genre qu'il rendus à Cicéron pendant leur longue in (imité. affermait les biens de Cicéron très-cher. de ces hommes lui d'esprit qui n'entendent rien à calculer quand on présenlail ses livres comptes. Atticus mais son ami ne se renen discuter villa . excellait à les bien choisir. et payai! les dettes les plus pressées. d'aflaires. se mettait alors eu déficit. était . sauvait le plus qu'il pouvait sur les revenus. de la voir de près. en commerce réservait . la bibliothèque. lui il osait très Quand il en découvrait de gronder son ami. il n'hésitait pas. et n'était pas oubliée c'est 11 encore de chez Atticus qui faisait veiiaieul les livres. allait vile la visiter et le prix S'agissait-il d'y bàlir quelque élégante Atticus prêtait son architecte. qui n'y croyait guère. et Cicéron ne tarit pas d'éloges sur les qu'il lui a Herma- thènes en marbre penlélique procurés. Il allait campagne pour combler ce avec lesquels il trouver l'o- pulent Balbus ou les autres grands baïKjuiers de était Rome malheur dès temps rendait le crédit difficile. litteris initiatus. on comprend. corrigeait les plans et surveillait l'ouvrage./48 ATTICUS facile d'apprécier l'étendue avons un moyen de cette obligeance. aliis d'affaires Il . sait venir La maison bâtie. Dans le une villa de Cicéron. il voulait acheter se fâcher . nouvelles. il eût volontiers répondu. Il Atticus fai- des statues de la Grèce. Atticus se sait le talent fii son homme on qu'il avait pour ce métier. qu'il était habitué comme son élève : Pline le Jeune aliis aune autre littérature sutn chartis. quelque terre si . Si le en relations Quand Cicéron commençait par dait pas. et puisait dans sa propre bourse. . qui s'empressait de qu'il serait plus répondre humblement rangé à l'avenir Atlicus. Cicéron avait grand besoin d'un ami Il comme de Alticus.

disail-il força de le quitter. et disposaient : tout dans un « Depuis bel ordre queCicéron. Après qu'il eut renvoyé sa première femme. IV. » on dirait Mais Allicus ne s'en tenait pas à ces services pour ainsi dire tout extérieurs.. peut-être de chagrin. que ma que Tyrannion a arrangé mes maison a pris une âme i. qui peignaient les rayons. On préféra au riche financier un grand seigneur ruiné qui dévora la dot de Tullia et la Revenez. et lui Il confiait sans réserve tous ses chagrins lui racontait les violences . Quand TuUia est en âge d'être pourvue. Voilà. Cicéron n'avait rien de caché pour lui. .ATTICUS les plus 149 livres achetés. qui ne voulai* plus d'elle. Térenlia. Les fallait les mettre en place. revenez à votre ancien troupeau. aussitôt Allicus expédiait son biblio- thécaire Tyran iiion avec ses ouvriers. sans doute de grands ser\uos. écrivait livres. 8. il pénétrait dans la maison. c'est Alticus qui lui cherche un mari. Tjuand rentrer de force au domicile de son mari. il en rendait ^ÂdÂti. Quand Tullia est morte. domestiques. C'est enelle core à lui qu'il donnait commission désagréable d'éprétendait conduire la seconde. c'est Allicus qu'il chargeait de la faire tester la en sa faveur. ce lîls d'un chevalier sagement à Cicéron. mettaient des étiquettes si sur les rouleaux . enchanté. « Malheureusement on ne voulut pas l'écouter. Allicus va visiter chez la nourrice le petit enfant qu'elle a laissé et prend soin que rien ne lui manque. Publilia. Celui qu'il proposait était le riche étrange. Au même moment Cicéron lui donnait beaucoup d'occupations avec ses deux divorces. il en connaissait les secrets. il beaux pour son ami. collaient les feuilles de papyrus détachées. et les folies de son frère de son neveu il le consultait sur les ennuis que lui causaient sa femme et son fils.

1. l'union de toute l'Italie. il était inépuisable. les restes de la conjuration étouffés. ses conseils. ce fut bien car il ne parlais plus. » Il n'y a rien de plus curieux que la manière dont il lui raconte un jour un de ses plus grands succès de tribune. Il l'introduisait sans façon dans tous les secrets effets les du mélier. Il s'agissait de ment. 11.150 ATTICUS d'autres plus délicats. je criais. : pée était présent . Je de la rhétorique. Pompée avait la faiblesse d'être jaloux de la gloire de Cicéron. or. Ce jour-là. plus appréciés encore. « Cette lui disait-il gaie- employé toute la boîte à essences d'Isocrate de ses disciples i. la sagesse du sénat. comme on sait. écrit-il à Alticus. Cicéron se garda bien de la négliger : Quand mon cà tour fut venu de parler. Aussi le trailait-il comme un ami devant lequel on se Quoiqu'il met tînt à l'aise et l'on se découvre tout entier. quand il était sûr de n'être entendu que d'Atticus. s'agissait de mes lieux communs ordinaires. . enlhymèmes métaphores bon Dieu! pris . j'ai et lous les coffrets sujet dans lequel. la bonne volonté des chevaliers. L'occasion était bonne de le faire « enrager. et toutes les autres figures alors. et lui montrait fois. C'est à lui que Cicéron confiait ce qu'il Il avait de plus cher au monde. qui ne m'avait pas entendu vanter mon consulat! Si jamais j'appelai à mon aide périodes.. il attendait sa décision pour les publier. il ne se faisait aucun scrupule de plaisanter de lui-même et de ses ouvrages. la recette de ses plus applaudis. lui il communiquait ses oules corrigeait d'après vrages dès qu'il les avait écrits. comme je nie donnai carrière! Quel plaisir je me combler d'éloges en présence de Pompée. sa gloire littéraire. beaucoup à ce qu'on prît au sérieux son éloquence. il avait une raison de parler avec plus d'éclat que de coutume Pom- célébrer le grand consulat. l'abondatce et la i Ad Au.

14. qui frugalité ordinaire de ses repas. à avoir autour de lui des » Ad Au. où éprouvât me trouve si bien. avaient quelque la humeur raient Il contre vous.. caressé. C'est lui qui se chargeait de les lancer dans le monde moyen et de les faire réussir. la plus il sincère lassait ne se jamais de souhaitait vait-il. à peine le revoir. vous devez l'avoir entendue d'Athènes soi plus la '. s'ils ils traiter vos convives. : le prie de s'en départir lui écrit-il. applaudi. Le lire les employait le plus souvent pour en donner était une bonne opinion. — 2 Ad AU. que Cicéron lui sût un gré inflni de mais ce serait le mal juger que de ne s'était attaché à lui que pour les profils . — Ad 3 AU. un peu pour ces circons'ances de bien « Ayez soin. car. « l'avait-il quitté qu'il lui écri- ardemment Que je meure. me plaire sans vous 3 mais ! Fortunées pourraient plaisir qu'il Quelque à être fêté. c'est sur moi qu » décharge- 2. » Il n'est pas possible se moquer de gaiement.. Il n'était des témoignages de heureux qu'avec lui. non-seulement » ma maison les îles de Tusculum. 3. etc. Atticus payait ces con- Idences par et peine qu'il se donnait pour les succès ies œuvres de son ami. et toutes ses lettres sont pleines affection. était naturel tous ces services supposer qu'il qu'il tirait. en Il l'aimait véritablement. SI je le fréquenter. XVI. endroits qu'il d'en faire plus beaux par ses meilleurs lecteurs aux gens d'esprit connaissait la réunissait à sa table. xil. Cicéron.. se regardait presque comme leur père. Elle fut si belle ce jour-là que de pas besoin de vous en dire davantage. 3- . 151 la Vous savez musique que je fais quand je n'ai je traite ces sujets. qu'il et cela ne nous surprend pas. qu'il s'était Comme d'elles il les avait vues naître. 1.ATTICUS paix rétablies. occupé il avant qu'elles fussent connues du public. Cicéron dit qu'il s'y en- !endait à merveille.

et ne serait-ce pas faire injure à des gens comme Brutus et Cicéron. Comment pourrions nous prétendre qu'il n'avait pour ses amis qu'une affection douteuse. et dont une seule pro^. Au contraire. quand nous voyons tous ses amis s'en contenter? Avons-nous le droit d'être plus exigeants qu'eux. Tûul ce « Avec tout ce monde. et par lesquels le cœur Ils ne laissent aucun doute sur les sentiments : de Cicéron ils prouvent qu'il ne regardait pas seule- ment Atticus comme un de ces amis solides et sérieux délicate et ten- sur l'nppui desquels on peut compter. 14. si lui disait il. qu'une et communauté d'intérêt donne eux. du milieu de celte se retournait toujours avec regret vers son je ami absent.— AdAlL. mais aussi. d'être réservé et discret. lui 3. j'ai besoin de vous. de toutes les aflliclions » Voilà qui nous éloigne beaucoup de l'idée que nous nous faisons ordinairement de lui. m'inquiètent. qui pas. la mille choses qui me chagrinent. dre : «Vous prenez dit-il. que de supposer 2 "Ad Ail. 51. il peut tout dire à Atticus. il complaisants et des Coule et de ce bruit.. xii. rai. je vous attends. et pourtant il n'est guère possible de résister à des témoignages si formels.1 52 ATTICUS adiiiiraleiirs. Cicéron est forcé ce qui est un sup-plice pour une nature aussi ouverte. et se confier à lui sans contrainte. -3 Ad Att . Aussi s'empresse-t-il de réclamer sa présence au vous désire. 18. me trouve beaucoup plus seul que » je n'avais que d'a- vous 1. des autres comme une âme votre part. rivalité d'ambition vous enlève. i. correspondance est remplie. monde en vous avec tfïet se compose qu'une mis politiques qui chans^ent avec les événements. ce qui est plus surprenant. menade avec vous me soulagera si » On n'en finirait l'on voulait réunir tous ces mots charmants dont s'exprime. . « Je lui écrit-il. J'ai moindre ennui qui lui survient.

et surlout le les révolutions politiques. on n'aperçoit plus guère que les événements les plus importants. et rares occasions. De les là le Mais jugement sévère que nous portons sur elle. mais sion ils le sont bien plus encore de ces mille petits inciel dents que la postérité n'aperçoit plus. comme l'un des traita . C'est sur ces bons offices qui se reproduisent à chaque moment. Or. qui s'em- parent d'eux par leur multiplicité l'amitié d'un même. contemporains apprécient les choses autrement. obligeant. qui ne juge que d'après fait lui ont fournis les amis d'Atticus. el Ce qui reste hors de doute. beaucoup plus que sur un service signalé qui leur serait rendu dans quelqu'une de ces grandes d'Atticus . ils Ces grandes crises ne sont après tout que des exceptions rares et passagères.frappés. Tendre. et qu'ils ne s'en sont jamais aperçus? D'un autre côté. ne se croyait pas tenu de partager les dangers que ses amis pouvaient courir pour s'en être occupés. lorsqu'on regarde les à distance et qu'on est séparé d'eux. quand survenait une grande il crise poliet tique qui les compromettait. qui avait pris peur règle de ne pas se mêler des affaires publiques. comme nous sommes. les faits se mettait à l'écart. qu'ils jugent homme. sans doute en sont très. par plusieurs siècles. Nous avons vu qu'Alticus. laissait s'exposer seuls. Voilà pourquoi si ils avaient une opinion différente de la nôtre. c'est-à-dire précisément les circonstances dans lesquelles s'éclipsait l'amitié d'Atticus. dont la succes- compose la vie de tous les jours. dévoué pour eux pendant tout le cours ordi- naire de la vie. la comment expliquer que les lire postérité. documents que de ces documents la postérité et les mêmes une opinion tout à contraire à celle qu'ils avaient de lui? Evidemment c'est que contemporains ne se mettent pas pour juger les gens au même point de vue. Il leur en laissait !oul à fait et les honneurs et les périls.ATTICUS qu'ils 1 53 ont si longlemps été dupes.

Ce bien. Elle était son unique passion. que ce besoin chez lui l'effet d'une nature généreuse et sympathique. .) Cui polcsl esse vita vitaîis ut ait Ennius qui non amicimutuabenevolentia conquiescat? {Cicéron. qu'il n'employait pas ailleurs. c'est encore l'amitié qui a son nom. • . l'heureux Atlicus en a joui au delà même de ses désirs. comme il ne s'était laissé ment. c'est le besoin qu'il avait de se faire beaucoup d'amis. il la mettait toute à se procurer les douceurs de la société que Bossuet appelle le plus grand bien de la vie humaine.1 54 ATTICUS caractéristiques de ce personnage. et après avoir embelli sa vie. et l'amilié l'a largement payé de tout le mal qu'il s'était il donné pour elle. et la peine qu'il prerefuser d'ad • nait pour les attirer et les retenir. Son activité.. en vivre. si l'on de bien vivre savait « que la ne peut se reposer dans l'af- fection d'un ami '. Cet épicurien l'art raffiné. elle. in 6. connaître que ce n'est pas la gaire faut re- marque d'une nature vul- que de la remplir de cette façon. » 11 avait renoncé aux émotions des luttes politiques. les que ceux-là. . On peut fût mettre. illustré a pu complètement la satisfaire. mais en revanche il prétendait jouir de tous les s'était charmes de et la vie intérieure. ce maître dans vie n'est plus la vie. l'élan de rame qu'il même il ne songeât qu'à occuper et qu'à remplir sa vie. aux triomphes de la parole. qu'il vhit de ce que Cicéron appelle admirablement « qui veut aimer » mais. Plus il renfermé retranché en plus il était difficile et délicat sur les plaisirs qu'elle peut donner. deAmicit. il voulait les goûter pleinesavourer. Il lui fallait des amis et parmi eux les plus grands esprits. aux joies de l'ambition satisfaite. si l'on veut. les plus nobles âmes de son temps. en supposant .

Là. si Nous ne lui serions pourtant pas très-défavorables. et dont c'était le plus grand privilège d'être amusé aux Irais des candidats et nourris aux dépens du trésor public. Il est moins heureux quand on étudie la conduite qu'il tint dans les affaires publiques. et il on de trouver les raisons de celle différence. et c'est à peine fallait si elle suffisait à fournir ce qu'il monde. qu'on est tenté de savoir quelque gré à ceux qui n'ont pas cette ambition. En dehors des esclaves. qui se contentait de donner ou plutôt de vendre sa voix dans les élections. et cile il est devenu si diffi- de faire un choix parmi cette foule. On de magistrats de toute sorte pour gouverner tenait donc à ce que personne ne fît défaut.ATTICUS Î5^ III La vie privée est donc favorable à AUicus. et il n'est pas facile de le défendre. Loin de les blâmer. Cette aristocratie de naissance et de fortune n'était pas très-nomle breuse. pensait tout autrement. qui ne comptaient du peuple. Il y a tant de gens qui aspirent à gouverner leur pays. ce qu'on pouren réalité fort rail appeler le corps politique était n'est pas difficile restreint. Sur ce point. pas. il restait quelques familles d'ancienne race ou d'illustration plus récente qui se partageaient tous les emplois. A Rome. L'opinion est devenue beaucoup moins sévère aujourd'hui pour ceux qui font ouvertement profession de vivre loin de la politique. on les appelle des modérés et des sages. et vivre dans la retraite était regardé comme une désertion Les choses ne se passent plus de même dans notre dé- . les reproches ne lui ont pas été épargnés. nous jugions sa canduite tout à fait avec les idées de nos jours. c'est une exception qu'on encourage pour débarrasser un peu celte roule encombrée.

et ne voyaient pas ce que l'Etat peut y gagner. et auraient éprouvé une surprise étrange avaient vu quelqu'un s'arroger. visiia. il y la qui valût C'est ainsi ils peine d'occuperle temps d'un que pensaient tous les vieux Ros'ils mains. qui à quatre vingt-dix ans quittait brave- ment sa villa de Tusculum pour venir accuser Servius : — T. C'est ce que dit Scipion. et pas dans l'esprit eût rien citoyen. c'était de s'ensuit remplir des fonctions politiques était sifs 2. il que. le droit de ne point servir son pays la limite de ses forces et de ses talents. fasse que l'absence de amis de la paix et du repos. Faire autre chose le pour eux ne rien faire. connaissaient ils ne considéraient le ^ commerce que comme un moyen assez pen honorable qu'un particulier emploie pour faire sa fortune. tout le il ATTICUS Comme et toules les fonctions sont ouvertes à monde. etc. G3 '- Quœstus omnibus patrihus indecorus (i.. la littérature ne leur semblait qu'un passe temps agréable mais futile. dans la République 22 . D'ailleurs.156 mocratie. Assurément Caton. ils donnaient il nom d'oi- aux savants les plus laborieux. que chez eux un homme d'un certain rang ne pouvait trouver qu'une seule façon honnête d'employer son activité et d'être utile à son pays. Liv. prccuratio nique administyntin rpi puhlirœ. . qui ne se reposa jamais. ne leur venait qu'en dehors du service de l'Etat. n'est guère à craindre hommes dignes de les quelques esprits tranquilles. comme dans le fil Atticus. Quum mihi sil unwn opus hoc a parent ibus majoribusque meia relictum. dans ces rangs qu'en un vide sensible et regrettable pressés qui se précipitent de tous les côtés à l'assaut du pouvoir. XXI. et ils Il n'en comprenaient point l'importance sociale. nous il pensons aujourd'hui y a mille manières dehors de vir la vie publique de ser- son pays. grâce à la diflusion des lumières. peut naître dans tous les rangs des occuper. Les Romains de grande naissance n'en pas d'autre .

au milieu de ses livres et de ses statues. une Des hommes qui passaient leur temps à s'occuper de Dieu et du monde. il la tenait des Grecs. le plus grand .ATTICUS Galba. et bien la peine de se donner tant de mal pour prix pouvait-il avoir devenir le successeur ou la le collègue de Cléon? En même temps que lassitude el le dégoût écartaient les hon- nêtes gens de ces luttes mesquines. obéir. aurait trouvé que du Quirinal ou dans sa terre de tansort de l'Epire. Aussi était-ce une question discutée ordinairement dans les écoles que de savoir s'il fallait ou non s'occuper des choses publiques. et qui passaient sans trêve et sans motif de la tyrannie la plus dure à la licence la plus effrénée. Aussi cessèrent-ils de souhaiter des diflattant la gnités qu'on n'obtenait qu'en une multitude condition de lui si capricieuse. D'ailleurs ce pouvoir el si difficilement acquis. le 157 rester dans sa maison bourreau des Lusitaniens. on comprend que les hommes tranquilles petites républiques ingouvernables et studieux aient fini par se lasser de toutes ces agita- tions stériles. dis que le Rome se décidait sur le forum ou à Pharsale. et qui essayaient de saisir les lois qui rédisciples communiquait à ses sorte d'orgueil qui les amenait au même résultat. la philosophie. Quelques philosophes donnaient timidement la préféreace à Li vie active. et qu'on ne gardait qu'à. tous les jours plus étudiée. si le sage doit rechercher les honneurs. el laquelle vaut mieux de la vie contemplative ou de la vie d'action. rarement conservé. Cette abstention systématique d'Atticus n'était donc pas une idée romaine. q fallait le valait-il quand il partager avec les plus obscurs démagogues. gissent l'univers. Dans ces de la Grèce où l'on ne connaissait pas le repos. ne daignaient pas descendre de ces hauteurs k gouverner des États de quelques lieues carrées. c'était commettre le même crime que de de- meurer sous sa tenle un jour de bataille.

mais alors trompa davantage déy l'opinion publique. On s'adressa d'abord à Atticus dont on voulait melire le nom en tête de la * Ccrn. l'écart les plus vives. et prolita d'une occasion importante pour qu'il faire savoir au public ne voulait pas qu'on l'engageât malgré lui. bien des gens s'étaient crus autorisés à se faire une sorte d'oisiveté élégante. à la faveur de nombre ces discussions. quelques chevaliers. il ne manqua pas de s'en servir. Au momen'. 7. . après la mort de César. Nep . où ils vivaient heureux tandis que Grèce. Usus es œhdis vacatioiie. mais Atticus ne se démentit pas. Atticus avait plus de soixante ans. » répondait-il ma retraite Il i. il qu'on pensait que cette clarer. à ceux qui voulaient l'enle rôler. le connaître. avaient eu l'idée de faire une souscription parmi les plus riches de Rome pour lui donner les moyens de nourrir ses soldats. C'était une raisc. dans de volup- tueuses retraites. ses amis. On le savait si bien l'ami de Brulus. et il avait des amis de tous les côlés^ trouvait dans ces amitiés éparses un nouveau prétexte pour rester neutre. qui devait comptait. Attic. même où ces luttes étaient sions politiques.i de plus pour se tenir « J'ai pris tranquille. âge où cessait pour les R'Mnains l'obligation service militaire. Atticus suivit leur exemple. fois il n'hésiterait pas à se Cicéron lui-même. et. Important à Rome cette habitude de la tion qu'il avait prise annonça hautement la résolude ne point se mêler aux discus- Il commença par se tenir habilement à pendant toutes ces querelles qui ne cessèrent d'agiter Rome depuis le consulat de Cicéron jusqu'aux guerres civiles. Quand du César passa le Rubicon. Pendant que Brutus levait une armée en Grèce. embellies par les lettres et les arts. tint la même conduite. et avec il même succès. il la Grèce périssait. il fréquentait tous les partis.Î58- ATTICUS soutenait l'opinion contraire.

manifestation politique souscription. en ressentait au moins toutes les émotions.2 Ad AU.ATTICUS liste. Il détestait tellement César qu'il allait jusqu'à blâmer Brutus d'avoir permis qu'on l'enterrât 2.. dans l'intimité. il félicite les énergiques. comme le demandaient les plus furieux. Il répondit que sa fortune était à la disposition de Brutus. H eût voulu sans doute. . et. et de les témoigner à ses amis les plus secrets. Ainsi il ne s'interdisait pas d'avoir des préférences. sûr d'avoir attendit sans trop de crainte le résultat de la lutte.. ainsi que Volumnius. et il adjure les tièdes. Il les les plus ardents du monde. le croira. Mais ces vœux. se permet de donner des avis et des réprimandes à ceux qui lui semblent et il même gronde les défaillants.1- oa? des passions politiques qui. il ouvriers. 10. son préfet des partout des amis. On sourit de le voir s'animer et s'échauffer. : les revers. seulement : il s'imposait la tentait faisait de ne pas servir son parti des il se conil vœux pour lui. comme s'il était un combattant véritable il prend sa part de tous les succès et de tous s'il n'en partageait pas les dangers. avait. qu'il a toujours été du meilleur de faire parti cela est vrai. mais il temps qu'il ne s'associerait pas à une . qu'il y a de plus étrange. et son refus fit manquer la époque. la la A même femme d'Antoine. Jamais ne consentit à entrer dans mais. c'est que cet homme un si obstiné à rester neutre n'était pourtant pas indiffé- Son biographe loi lui '. fidèle à son usage de caresser toutes les opinions. .. 1 59 Atticus refusa net de souscrire. Ce rent. C'est lorsqu'il il fallait agir que commençait sa la lutte. xiv.6. qu'on jetât son corps dans le Tibre. Attic. il accueillit bien Fulvie. osaient s'exprimer avec une vivacité incroyable. donne et cet éloge. besoin et déclara en la lui même s'il en avait demandait comme à un ami. ' Nep. il réserve.

15. x. avant de partir. Ninnius. tenlâl quelque chose pour d'éclat. qu'ils voulaient me livrer la place. Peut être voulait-il seulement animer un peu ce rôle de spectateur Ad Att. votre ami. vm. lui disait-il. et il y avait des il moments où il d'avoir de l'audace et où ne demandait qu'une occasion pour s'olTrit. qu'est-ce que y en aurait eu davantage. En effet. et il allait jusqu'à demander action tout le à Cicéron de faire.. il il le conjure au^nom de sa gloire.iement.l60 agir trop ATTICUS mo. vint me dire que les centurions de trois cohortes qui s'y trouvaient demandaient à me voir le lendemain. Ces grandes passions qui s'enfer- ment si prudemment dans le cœur et ne se manifestent jamais au dehors sont à bon droit suspectes. Allicus ému de la plus vive douleur. « Comme j'arrivais à ma maison de Pompéi. - ^ Ad Au. Savez-vous ce que je fis? Je partis avant le jour. quand on le voit refuser obstinément de la servir. s'y ranger 2.. le lui cite ses il propres écrits pour décider i. 2. afin de ne pas les voir. Quant à Alticus. et voici frapper un grand coup. lui qui n'aiçissait pas du tout. qu'est-ce que j'en aurais fait ^? » C'était parler en trois il cohortes? Et quand homme sage.. 10 . Cet excès d'audace où se laisse ainsi entraîner pour les autres a produit quelquefois des incidents assez comiques. quelque Il monde viendra ne faut qu'un drapeau. — ^ Ad AU. il quand il le voit hésiter à aller rejoindre Pompée prend le Ion le plus pathétique. « le sauver. » Le bon Cicéron se était tenté sentait tout excité par ces vives exhortations de son ami. il lui rappelle ses (ail : aciions et ses paroles. voulait qu'on . on se demande s'il était bien sincère dans l'ardeur qu'il . II bon enlendre les reproches qu'il adresse à Cicéron. Au moment où Pompée venait de s'enfermer dans Brindes.témoignait pour sa cause. et qui se connaît bien. L'occasion com- ment il raconte qu'il en profita. x.

d'où jouit tranquillement de la vue des naufrages il et du spectacle des mêlées hula maines. Tordre établi se croit en droit d'appeler tout le monde à le défendre et de regarder comme des ennemis tous ceux qui ne répondent pas à son appel. Atticus est : éprouve est diminué par plus habile et entend mieux son il plaisir il descend au et s'y milieu de la mêlée même. toujours sûr de s'en retirer à temps. La seule était difficulté qu'il éprouvait. la voit de près c'est asso- cie. devait être beaucoup moins porté à la lui pardonner que celui de César. ceux qui ne l'empêchaient pas le servaient. quand il s'exprime ainsi. Chacun des deux rivaux. » et a fort blâmé le mot tout contraire de Pompée « : « Qui n'est pas pour moi est contre moi. l'antiquité On a fait dans la même. 16t en prenant pari jusqu'à un certain il point aux émotions de la lutte. venait renverser l'ordre leurs paroles étaient dictées par leurs situations. de quelque façon qu'on établi. » Cependant. Mais l'ordre légal. de faire ac- cepter sa neutralité à tout le monde. mais qu'il en jouit de trop loin. un grand guerre éloge de ce mot que prononça César au début de civile : l'on Qui n'est pas contre moi est pour moi. et plus encore de nos jours. et dans lequel comptait le plus d'amis. car c'est un principe généralement reconnu que celui qui ne porte pas secours à la loi ouvertement attaquée devant lui se fait le complice de ceux devait savoir CICgROM. Il . Que pouvait-il raisonnablement leur demander de plus? En réalité. César. il Le parti républicain. Celte difficulté d'autant plus grande pour lui que sa conduite bles- sait surtout ceux dont il tenait le plus à conserver l'es- time. est dans son rôle. Le sage d'Épicure reste sur ses hauteurs sereines. à bien regarder les choses. qu'il préférait. et juge. et l'agrément distance. cet éloge et ce blâme paraissent également peu raisonnables. et il le beaucoup de gré à ceux qui le laissaient faire.ATTICUS qu'il s'était réservé.

162

ATTTCIÎS
la violent.
Il

que

était

donc naturel que César, en arritous ceux qui
il

vant à

Rome,
fût

accueillît bien Alticus et

n'étaient

pas allés à Pharsale,
Irès-irrité

comme

l'était

aussi

qu'on
laissa

contre eux.au

camp de Pompée.
:

Atticus ne s'émut
dire
cette

il pas beaucoup de cette colère jeunesse légère et emportée, qui ne

se consolait pas d'avoir quitté

Rome,

et

qui menaçait

de s'en venger sur ceux qui y étaient restés. Que lui faisaient ces menaces? Il était sûr d'avoir cimservé l'estime des deux

hommes
il

les plus

importants et les plus

respectés du parti, et

pouvait opposer leur témoignage

à tous les emportements des autres. Cicéron et Brulus,

malgré l'ardeur de 'eurs convictions, ne
(

lui

en ont ja-

mais voulu de sa onduite, et ils ont paru approuver qu'il ne se mêlât pis des affaires publiques. « Je connais riionnêtelé et la noblesse de vos sentiments, lui disait Cicéron un jour qu'Atticus avait cru devoir se
il n'y a entre nous qu'une différence, que nous avons réglé notre vie autrement. Je ne

défendre;

c'est

sais

quelle ambition n)'a

fait

souhaiter les honneurs, tandis

ont

que des motifs qui ne sont nullement blâmables vous fait prendre le parti d'une honnête oisiveté K »D'un
la fin

autre côté, Brutus lui écrivait vers

de sa vie

:

« Je

me
tre

garde bien de vous blâmer, Atticus ; votre âge, vocaractère, votre famille, tout vous fait aimer le
2. »

repos

Cette complaisance de la part de Brutus et de Cicéron
est d'autant plus

surprenante qu'ils n'ignoraient pas

le

mal qu'un exemple pareil pouvait faire à la cause qu'ils défendaient. Ce n'est pas seulement par l'audace de ses ennemis que la république périssait, c'était aussi par l'apathie de ses partisans. Le triste spectacle qu'elle of-

Ad Ait., 1, 17. Voyez aussi de Offic, i,2l, et surtouti, 26. Ce dernier passage contient évidemment une allusion à
'

AUicus.

2

Epist. Brut.,

i,

17

ATTIClîS
frait

163

depuis cinquante ans, la vente publique des digniviolences scandaleuses qui avaient lieu sur le
fois

tés, les

forum chaque

balailles qui à

qu'on discutait une loi nouvelle, les chaque élection ensanglanlaien( le champ de Mars, ces armées de gladiateurs dont il fallait s'entourer pour se défendre, tous ces désordres honteux, toutes ces basses intrigues dans lesquelles les dernières
forces de

Rome
;

achevaient de s'user avaient complèteles
ils

ment découragé
la vie

honnêtes gens.

Ils

s'éloignaient de

publique

n'avaient plus de goût pour le pou-

voir depuis qu'on «tait forcé de le disputer

aux gens de

violence et de coup de main.

Il

fallait

avoir l'intrépidité

de Caton pour retourner au forum quand on y avait été reçu à coups de pierres, et qu'on en était sorti la toge
déchirée
et
la

tête

en sang. Ainsi plus

les

audacieux

entreprenaient, plus les timides laissaient faire, et dès

l'époque du premier triumvirat et du consulat de Bibiilus
il

l'ut

évident que l'apathie des honnêtes gens

li-

vrerait la république aux grands ambitieux qui la convoitaient. Cicéron le voyait bien, et
tarissait

dans ses

lettres

il

ne

pas d'amères railleries contre ces riches indoviviers, et

lents,

amoureux de leurs

qui se consolaient

de

la

ruine qu'on prévoyait en pensant qu'ils sauveraient

moins leurs murènes. Dans l'introduction de sa République, il attaque avec une admirable énergie ceux qui, découragés eux-mêmes, essayent de décourager les
au
autres, qui soutiennent qu'on a le droit de ne pas servir

son pays et de se faire

une fortune en dehors de

la

sienne. « N'écoutons pas, dit-il en finissant, ce signal

de

la retraite

qui retentit à nos oreilles et voudrait rap-

peler en arrière ceux qui se sont déjà avancés dans la
carrière
'.

»

Brutus connaissait,
et
il

lui aussi,

ce mal dont

se mourait la république,

s'est

plaint plus

d'une

«

De

Rep.,

i,

2.

164
fois «

ATTICUS
de
la faiblesse et

Groyez-moi,
la

écrivait-il,
*.

du découragement des Romains, nous craignons trop l'exil, la
il

mort,

pauvreté

))Et celui à qui
il

écrit ces

belles
faire

paroles, c'est Atticus, et
l'application! Quel

ne songe pas

lui

en

charme étrange possédait donc cet homme, quel empire exerçait son amitié, pour que ces deux grands citoyens se soient ainsi démentis en sa faveur, et qu'ils lui aient si hautement pardonné ce qu'ils condamnaient chez les autres? Plus on y songe, et moins on imagine les raisons qu'il pouvait leur donner pour justifier sa conduite. S'il avait été un de ces savants qui, enfermés dans leurs recherches d'histoire ou de philosophie, n'habitent jamais

que
les

le

passé ou l'avenir, el ne sont véritablement pas
ils

contemporains des gens avec lesquels
la

vivent,

on

aurait compris à

rigueur qu'il ne participât pas à
se
tenait

leurs

luttes,
;

puisqu'il
sait

en

dehors de
il

leurs
le

passions

mais on

qu'au contraire

avait le

goût

plus vif pour toutes les petites agitations et les intrigues

obscures de
connaître,
il

la politique

de son temps.
les

Il

tenait à les

excellait à

démêler

;

c'était

une des
il

pourritures ordinaires qu'il donnait à son esprit curieux,
et

Cicéron s'adressait à
savoir.
Il

lui

de préférence quand
la réflexion et
le

vou-

lait les

n'était pas

davantage une de ces âmes
la solitude,

douces
et qui

et timides, faites

pour

ne se trouvent pas en elles-mêmes pour
la vie active.

ressort qui
d'affaires, à

est nécessaire

Cet

homme
il

l'esprit net et positif, eût fait

au contraire un excellent
n'aurait eu

homme
activité,

d'Élat.

Pour

être utile à son pays,

besoin que d'employer à son service un peu de cette

de celte intelligence
il

qu'il avait

mises à s'enrile

chir, et Cicéron avait raison

de

lui

trouver
pas

tempéralaissé la

ment
»

politique. Enfin

ne

s'était

même

Eiiist.

Brut.,

i,

17.

ATTIGUS
triste

1

65

ressource de

prétendre qu'il ne pienail aucun
les partis lui étaient indifférents, et
il

parti parce

que tous

que, n'ayant pas d'opinion formée,
côté se ranger.
à Bru lus,
il

ne savait de quel
et

Dans ses

lettres,

adressées à Cicéron
il

avait dit cent fois le contraire;

les

avail

Pourtant

charmés par l'ardeur de son zèle républicain. il resta tranquille quand arriva l'occasion de servir ce gouvernement auquel il se disait si attaché. Au lieu de faire un seul effort pour retarder sa chute, il ne s'occupa qu'à nêlre pas écrasé sous ses débris. Mais s'il n'a pas essayé de le défendre, lui a-l-il au moins
cent
fois

rendu ce dernier hommage de paraître le regretter? A-t-il témoigné de quelque façon que, quoiqu'il n'eût pas paru dans le combat, il prenait sa part de la défaite ? A-t-il su se faire, en vieillissant sous u)i pouvoir qu'il était forcé de subir, une de ces retraites'dignes et tristes qui forcent le vainqueur même au respect? Non, et c'est assurément ce qui nous répugne le plus dans sa vie ; il a mis un empressement fâcheux à s'accommoder au régime
nouveau. Le lendemain du jour où il avait été proscrit lui-même, on le voit devenir l'ami des prescripteurs. Il prodigue pour eux toutes les séductions de son esprit
toutes il est de Quelque habitué qu'on soit aie voir bien accueillir tous les gouvernements qui triomphent, on ne peut se faire à l'idée que l'ami de Brutus et le confident de Cicéron soit devenu si vite le familier d'Anil

fréquente assidûment leurs maisons,

leurs fêtes.

toine et d'Octave. Les plus disposés à l'indulgence trou-

veront certainement que ces illustres amitiés lui créaient

des devoirs qu'il n'a pas remplis, et que

c'était

trahir la

mémoire de ces hommes qui l'avaient honoré de leur affection que de leur donne précisément leurs bourreaux
pour successeurs.
Si

nous ne sommes pas disposés à nous montrer pour

lui aussi complaisants

que Cicéron

et

que Brutus, à plus

166
forte raison
qu'il inspire

ATTICUS
ne partagerons-nous pas l'enthousiasme naïf
à Cornélius Népos. Cet indulgent biographe

n'est frappé,

dans toute

la vie

de son héros, que de l'heusi

reuse chance qu'il a eu d'éviter de
n'en revient pas

grands dangers.

Il

quand

il

le

voit,

depuis Sylla jusqu'à
civiles, survivre
si

Auguste, se soustraire à tant de guerres
à tant de proscriptions, et se conserver

adroitement

où tant d'autres périssaient.
dit-il, le pilote

«

Si l'on

comble d'éloges,
la

qui sauve son vaisseau des rochers et de

la

tempête, ne doit-on pas tenir aussi pour admirable

prudence d'un
est

homme

qui,

au milieu de ces violents
ces gens de
leurs prin-

orages politiques, parvient à se sauver '? » L'admiration

de trop ici. Nous gardons la nôtre pour cœur qui mirent leurs actions d'accord avec
cipes, et qui surent

mourir pour défendre leurs opinions. Leur mauvais succès ne leur nuit pas dans notre estime,
et,

quoi qu'en dise l'ami d'Atticus,

il

y a des navigations

heureuses dont on retire moins d'honneur que de certains naufrages. Le seul éloge qu'il mérite complète-

ment,

c'est celui que son biographe lui donne avec tant de complaisance, d'avoir été le plus habile homme de ce temps; mais on sait bien qu'il y a d'autres éloges qfui

valent mieux que celui-là.
»

A nie,

10.

Giîaïus
LA JEUNESSE ROMAINE AU TEMPS DE CÉSAR

Il

n'y a peul-ètre pas. dans VhsU'iTe

que nous élude Cselius. Sa

dions,
vie

une

figure v-hia fjirieuse

que

f

elle

présente pour nous

n'était pas,

un intérêt tout particulier. Ce comme Brntus, une brillante exception parmi
il

ses contemporains;

est,

au contraire, tout à
vivait

fait

de

son temps;

il

a

vécu

comme on

nulour de

lui.

Toute

la

jeunesse d'alors, les Curion,
Ils

les Dolabella, lui

ressemblent.

sont tous,

comme

lui,

corrompus de

bonne heure, peu soucieux de leur
de leur bien, amis des

dignité, prodigues

plaisirs faciles; tous se jettent,

dès qu'ils le peuvent, dans la vie publique avec une

ambition in([uièle, de grands besoins à contenter, peu

de scrupules
celle

et point

de crovances. Son histoire est donc
et

de tous les autres,
faisait

Tavanlage qu'on trouve à

l'étudier, c'est

dont

il

de connaître d'un coup toute la génération partie. Or, celte étude nous est facile,

grâce à Cicénm. Malgré tant de différences de conduite
et

de principes, Cicéron a toujours éprouvé pour Cœlius
il

un aurait singulier;

aimait

la

conversation de cet

168

CiELIUS
d'esprit qui riait

homme
tus,

de

tout, et

il

se trouvait avec

lui plus à l'aise

qu'avec des gens
l'effrayait.
Il

comme
le

Caton ou Bru-

dont

la

raideur

défendit devant les

tribunaux, quand une
le

femme

qu'il avait

aimée essaya de

perdre, et ce plaidoyer est assurément un des plus
lui.

agréables qui nous restent de
forcé d'aller en Cilicie,
il

Plus tard, lorsqu'il fut

le choisit

pour son corresponles

dant politique. Par un hasard heureux,

lettres

de
il

Cœlius nous sont parvenues avec celles de Cicéron, et
tuelles et plus piquantes.

n'y en a point dans tout ce recueil qui soient plus spiri-

Rassemblons tous

les détails

qui y sont épars; essayons de refaire, en les recueillant, l'histoire de (lœlius, et par elle d'avoir une idée de ce
qu'était

alors

la

jeunesse romaine.

Il

n'est pas

sans

intérêt de la connaître, car elle a joué
tant, et c'est d'elle surtout

un rôle imporpour
la

que César

s'est servi

révolution qu'il voulait accomplir.

I

Caelius

ne sonaii pas d'une famille

illustre. Il était fds
fait le

d'un chevalier romain de Pouzzoles qui avait

com-

merce
richir,

et acquis

de grands biens en Afrique. Son père,

qui n'avait eu toute sa vie d'autre souci que de s'en-

montra,

comme

il

arrive, plus
:

d'am1)ilion pour

son fds que pour lui-même

il

voulut qu'il devhil un

homme
dignités

politique, et

comme

il

voyait qu'on n'arrivaU aux

que par l'éloquence, il l'amena de bonne heure à Cicéron, pour qu'il en fît, s1l était possible, un grand
orateur.

Ce n'était pas encore l'usage qu'on enfermât

les

jeunes

gens dans les écoles des rhéteurs, et qu'on se contentât de les exercera des causes imaginaires Dès qu'ils avaient
la

robe

virile, c'est-à-dire vers

seize ans,

on s'cmprcs-

CyELius
sait

itjy

de les conduire à quelque
ils

qu'ils

homme d'Élat en renom ne quittaient plus. Admis à sa familiarité la plus
écoutaient ses entreliens avec ses amis, ses
ils le

inlime,

discussions avec ses adversaires;

voyaient se préla

parer dans le silence aux grandes batailles de
ils le

parole
ils

suivaient dans les basiliques et sur le forum,

l'entendaient plaider des procès ou parler au peuple aset quand ils étaient devenus capables de parler eux-mêmes, ils débutaient à ses côtés et sous son patronage. Tacite regrette beaucoup cette éducation virile, qui, plaçant un jeune homme dans les conditions mêmes de la vérité, au lieu de le retenir parmi les fictions delà

semblé,

rhétorique, lui donnait
relle
et vraie, qui le

le

goût d'une éloquence natu-

en le jetant du premier coup au milieu des combats véritables, et, selon son expression, lui enseignait la guerre sur le champ de bataille, pugnare prœlio discehant *. Cette éducafortifiait

m

tion présentait

cependant un grand danger. Elle
le

lui

ap-

prenait trop vite des choses qu'il vaut

mieux ignorer
la

longtemps, elle
scandale
et

familiarisait avec les spectacles de
vie

de corruption qu'offre d'ordinaire
faisait

une maturité trop rapide et l'enflammait d'ambitions précoces. Ce jeune homme de
publique, elle lui
seize ans qui vivait dans l'intimité

de ces vieux
partis,

hommes

d'Etat sans scrupules, et à qui l'on découvrait sans pré-

caution les plus basses
il

manœuvres des

ne devait-

pas perdre quelque chose de la générosité et des déli-

catesses de son âge?N'élait-il pas à craindre que ce

commerce corrupteur ne
l'intrigue, le culte

finit par lui donner le goût de du succès, un amour effréné du pouvoir, le désir d'arriver haut et vite par tous les moyens, el, comme en général les plus mauvais sont aussi les

plus courts, la tentation de les employer de préférence?

»

De

Orat.. S4.

pas Cicéron . le Non content de troubler sait comices à Rome. n'était pas d'un caractère à supporter aisément les réprimandes. sous prétexte de se il rapprocher du forum et des affaires. Le passage était brus([uc. n'était pas d'humeur à payer toujours. Toutes ces le folies n'allaient pas sans de grandes dépenses. troublaient à chaque instant la tranquillité publique. quoi- qu'il fût riche. un mouvement populaire il à Naples. A l'élection il d'un pontife. qui avait sa fortune politique à faire. et trouver qu'il lui en coûtait cher d'avoir voulu faire de lui un homme politique. et. dont faisait partie. pourquoi. on le comprend. sa vie prit une autre tournure il devint un séditieux et un brouillon hardi dont on redoutait la parole mordante sur le forum et les violences au cham : davanlage avec ceux qui voulaient délriiire de Mars.000 sesterces (2. Dès lors. poursuivaient les femmes honnêtes qu'ils rencon- traient sur leur passage. gagne- le gouvernement qu'avec celui qui essayait de le conserver. teur. et qu'à l'exemple de ces jeunes étourdis que nous dépeignent Piaule ils Térence. tout monde on ne l'ac- cusa d'avoir acheté les les suffrages. On racontait ils que les rues de la Home n'étaientjpas sûres quand et reve- naient nuit de leurs soupers. et il abandonna Cicéron pour s'attacher à Calilina. et père de Caelius.000 fr.) un logement sur le Palatin. mais Caelius ne s'est jamais donné la peine de ménager les transitions. En même temps il ne négligeait pas ses plaisirs. trois années honnêtes et laborieuses. loua pour 10. Cœlius. Peiulant trois années il ne quitta qu un jeune homme entières. il quitta la maison paternelle.170 C'est ce ([ui CiEHUS arriva à Caîlius. Sans doute en ce moment l'honnête négociant de Pouzzoles dut regretter l'ambition qu'il avait eue pour son fils. mais il s'aperçut à la lin comme rait lui. dans la . il frappa un sénale Quand fut nommé questeur. Les débauches de cette jeunesse bruyante. de son côté. on voit soulever.

comme on l'en accusait : ces accusations d empoisonnement étaient alors répan- dues et accueillies l'avait rendu le fort avec une incroyable légèreté. mais Cicéron tout à fait juste. les ennemis de Clodia affectaient de dire. elle la méritait en partie. est douteux aussi. un témoin trop passionné pour êlre il et la haine furieuse qu'il portait au frère le rend trèsparle de la sœur. Rien ne prouve qu'elle eût tué son mari.CBLIUS 171 maison du fameux tribun Appius Clodius. relations avec de fort honnêtes gens. mais elle malheureux pendant sa vie et n'avait Il pas paru Irès-altristée de sa mort. Ce fut un événement grave dans sa vie. Beaucoup de gens à le Rome croyaient. on une détestable opinion de Clodia. croire est bien difficile que des personnages importants dans s'ils la que et soucieux de leur réputation eussent continué de avaient cru qu'elle avait était la la voir. car c'est là qu'il connut Clodia. ce qui surprendrait beaucoup s'il était vrai qu'elle eût 11 commis de républi- tous les crimes qu'il lui reproche. C'est au'aussi la société romaine tra- . D'ailleurs il suspect quand il se dénient en partie lui-même quand nous dit qu'elle avait con- servé des. quoique prétende Cicéron. qu'elle eût ses frères pour il amants. La réputation de Clodia était donc très-mauvaise. Cependant . Jamais les scandales de ce genre n'avaient été plus communs parmi les grandes dames de Rome. et l'on en faisait des vers malins qu'on inscrivait sur toutes les murailles. mais est malheureusement trop certain qu'elle en avait beaucoup d'autres. La seule excuse qu'on puisse alléguer pour elle. et il faut bien avouer que. c'est que cette façon de vivre était alors assez ordinaire. Si l'on aurai l osl s'en tenait au témoignage de Cicéron. l'avait pas inventé c'était un bruit public répétait le avec complaisance. malgré quelques exagérations. empoisonné son mari et qu'elle Cicéron ne qu'il maîtresse de ses frères.

le ainsi il lestia careremtis). Il était impossible que leur influence. . affeclenl de traiter les qu'ils si jaloux de leur autorité. qu'avaient reçue les faut en dire mots pour qu'on puisse se rendre compte de grave atteinte mœurs publiques.172 versail C/ELIIJS une crise dont les causes. les femmes ne pouvaient manquer d'avoir beaucoup d'importance. qui Il remontent quel(j. et la place honorable qu'elles tenaient dans la vie privée devait leur donner un jour la tentation . mais il ne faut pas se les font attaquer méprendre sur le sens de ces railleries et trop plaindre celles qui en sont l'objet.ues la loin. Les vieux Romains négligé pour s'en défendre.s tous de cet embarras (otnnes ea mo' Au temps des Gracques^ dans un discours où : . et ils n'ont rien quelle façon sorte de ils On femmes : sait il de n'est méchants propos ne tiennent sur elles. qui doit durer toujours. Ces rudes dats. d'en sortir. ces paysans grossiers ont appris. qui était déjà si grande dans la maison n'essayât pas . Auguste crut devoir faire relire devant le peuple le discours du vieux Métellus. ils au ihéàlrcet se moquent d'elles jusque dans leurs discours politiques i . méritent d'être connues. » Cette façon d'encourager les gens à se marier semblait apparemment trés-efficace puisqu'au moment où ron se mariait moins que jamais . On ne les attaque ainsi que sol- parce qu'on les redoute. mais. censeur Métellus s'exprimait attaquait très-vivement les cési l'on pouvait vivre sans femmes. d'elles. puisque la nature a voulu qu'il fût aussi impossible de s'en passer qu'il est désagréable de vivre avec elles. . d'envahir aussi la vie publique. Dans un pays où la famille était respectée comme à Rome. avaient le sentiment de ce péril. et toutes ces plaisanteries sont moins des insultes que des précautions. sachons sacrifier les agréments d'une vie si courte aux intérêts de la république. combien d'endroits elles valent mieux queux . libataires « Citoyens nous nous passerio . en vivant près et par combien elles ont l'esprit délié et entreprenant.

» Ce jour arriva justement vers l'époque dont elles que vous pourrez alors en nous nous occupons. nieux pour s'en affranchir sans avoir En même temps on pour beaucoup dans Presque tous les s'habituait à leur voir prendre une place plus importante dans la société et à les compter le gouvernement de la république. « Souvenez-vous. — * Pro Murœn . ni leur mari . ni acheter. et l'on s'empresse de pourvoir à leur direction. sous ce prétexte. elles sont 'oujours sous la main de leur père. Au milieu de l'affaiblissement des anciens usages. Qu'arrivera-t-il si vous leur rendez la liberté.CiBLIUS 173 aussi se donnent-ils beaucoup de peine pour les canton- ner dans leur ménage. dans une tutelle éternelle. 12- . elles vous seront supérieures i. On affecte de croire de que ce sont des êtres faibles et emportés {indomita animalia). ni rien faire sans un conseil qui les les assiste : en agissant c'est ainsi. Aussi les in- » T. On les tient. incapables de se gouverner toutseuls. les lois contre les femmes ne furent pas plus respectées que les autres. Caton. vousavezpeine à lesdominer. soi-même qu'on protège contre elles. hommes politiques d'alors sont dirigés par leurs femmes ou par leurs maîtresses. et cela ne les rassurer : suffit pas encore pour il faut que dans le ménage même elles et soient soumises dire et bridées. Tout enchaînées qu'elles sont. on prétend protéger. 3. en réalité. trafiquer. l'avoue ingénument dans un moment de franchise. si vous les laissez jouir des mêmes droits que vous? Croyez-vous être les maîtres ? Le jour où deviendront vos égales. de tous ces règlements qu'ont faits nos ancêtres pour soumettre les femmes à leurs maris. xxxiv.-Liv. de leur frère ou de elles ne peuvent ni vendre. lui fait dire Tite-Live à pro- pos de la loi Oppia. Cicéron dit que des jurisconsultes galants leur fournirent des l'air moyens ingéde les violer^. leur grand ennemi.

et Caelius les ne rougit pas d'y puiser. qu'elle ne prenait aucun souci de cacher. parmi tous ses vices. mais. Ainsi. la malaisé de contenir. Celles qui aiment l'argent. ce goût de à la épargne de mesquine économie qui leur est nafortune se Celles qui préfèrent le plaisir livrent à tous les plaisirs avec moins hardies passer d'un profitent une ardeur emportée. la femme de Cicéron. avec petite turel. se hâtant de jouir du droit qu'on leur a rendu de disposer de leur fortune. nues libres. pour une babileté profonde : on pouvait sup- poser qu'il ne cherchait à plaire aux femmes que pour mener les maris. volent leurs maris tans scrupule et se jettent dans les spéculations et les trafics. Les de la facilité du divorce pour sous le amour à l'autre couvert de la loi. et il entre touà jours dans ces premiers qu'il est moments une sorte d'ivresse. comme plus lard celles d'Auguste.gens. par le change- ment des anciennes maximes. sa bourse ouverte à ses amis. et tous ces dérèglements qu'on remarque alors dans la conduite des femmes s'expliquent en partie par l'attrait et l'enivrement de la liberté nouvelle. on qualités. était est bien forcé de lui reconnaître quelques Elle n'était pas cupide. On ne peut pas jouir d'une manière calme des droits dont on a longtemps été privé. Elle aimait gens d'es- . s'associété cient pour des profits douteux avec des affranchis et des hommes d'affaires. c'est d'en abuser. par l'abolition des vieilles lois. où elles ap- porlent. Or. il premier usage qu'on est les femmes étaient deve- remarquer qu'en général le fait de la liberté reconquise. comme Térentia.174 GiELIUS nombrables galanteries de César devaient-elles passer aux yeux de bien des . Les autres ne prennent pas même cette peine et étalent effrontément leurs scandales. un et instinct inouï de rapacité. Clodia était de celles-là. C'est Ce qui arriva à so- romaine de cette époque.

éd. Catull. p. Cultiver les ne convient à une honnête seul art pour lequel elle eût lettres. Prompte à tous les excès et ne rougissant pas de les avouer. de renoncer pour elle à sa sotte Térentia et de l'épouser. 304.. elle se les jardins ac- compagner par eux dans publics ou sur la ' Schol. au qualités contraire. dans ses engage- ments d'affection. Or. Bob. qui s'en douta. les mêmes emportements et la vie les mêmes ardeurs que son frère dans publique. p. lu'elle dansait parvint à les Un vieux scholiaste dit mieux qu'il ttmme i. SexU.. tout cela ne semble d'abord avoir rien de blâmable. et l'on a cru pouvoir induire d'un passage de Cicéron qu'elle faisait aussi des vers 2. Quœst. Un moment elle elle vou- persuader à Cicéron. elle grande et fière famille la dont elle descendait. Clodia se faisait un lois mot et la chose les plaisir de choquer faisait reçues. toute chait leurs talents courait le femme qui recher- risque d'être confondue avec elles et traitée par l'opinion publique avec la même rigueur. ne démentait pas cette et. race se reconnaissait en elle. dans (le du décorum sont romains). incapable de se gouverner et détestant toute contrainte. ~ « Schwab. Dans un le pays où l'on affichait cetle terre classique respect des vieux usages. Elle apportait dans sa conduite privée.. ce sont chez nous les qu'une femme du monde est tenue de posséder ou de feindre. elle sortait avec ses amis.. . rechercher les gens d'esprit. jusque dans ses vices. et. 77. p. Ce n'était pas le du goût. On pensait autrement à Rome. mais Térentia. dont admirait beaucoup le (aient.GiELIUS pril lut el 175 les attirait chez elle. brouiller mortellement ensemble. aimer les plaisirs délicats et distingués. comme les courtisanes avaient seules alors le privilège de cette vie élégante et libre. mais Clodia ne se souciait pas de l'opinion. ai- mant et haïssant avec fureur.

et jeunes gens. Depuis quelque temps déjà. et l'on la largeur citait dans Rome la beauté bande de pourpre qui bordait sa toge. à ce qu'il semble.. ils allaient dîner chez Clodia *. Les gens graves. mais les étaient charmés. Quelques malades permet de deviner.176 CyELIUS voie Appienne. les sérieuses comme les futiles. Cicéron. Toutes ces qualités. 10. on de sa parole. et elle devint bien- maîtresse de Caelius. posés. Les sources d'eaux chaudes qu'on y trouve en abondance servaient d'occasion ou de prétexte à ces réunions. Baïes était devenu le rendez-vous ordinaire des élégants de Rome et de l'Italie. à qui ces hardiesses ne déplaisent pas. vie qu'ils La menèrent la alors. 11 le redoutait pour la vivacité railleuse courageux jusqu'à la témérité. 1 pris dans le . construite par son grand aïeul.. Sat. parle à ces fêles brillantes que Clodia donnait à son Tous ces détails et ceux qui suivent sont Pro Cœlio de Cicéron. au lieu de baisser timidement les yeux. dé- pensait sans compter. elle osait leur parler (Cicéron dit comme devait faire une mamême qu'elle les embrassait quelquefois). s'indignaient. était Il Rome un des jeunes gens à la une grande réputation d'orateur. Il malgré sa ré- serve. demi-mots de amant et à la jeunesse de Rome dans ses jardins des bords du Tibre. toujours prêt à se Il lancer dans les entreprises les plus hasardeuses.— ' Macr. trone bien élevée. Elle abordait hardiment les gens qu'elle connaissait. et traînait derrière lui un cortège d'amis et de clients. Peu de gens dansaient aussi bien que lui 2^ personne ne de la le surpassait dans l'art de se et mettre avec goût. le théâtre de ces amours. avait déjà Cœlius était alors à mode. étaient faites pour séduire Clodia. rigides. mais c'est Baïes surtout qui fut. et elle les invitait à ses repas. Le voisinage rendit entre eux tôt la la connaissance plus facile. 11.

Voilà tout ce que Cicéron nous raconte du ou plutôt ce qu'il nous fait entrevoir. lis pas dans ce tourbillon. Apulée. et tard Clodius accusa Cicéron comme d'un crime de Clodia ne te- l'avoir seulement traversé. de la liruit de leurs festins et de leurs promenades sur mer. le plus : grand poète de ce temps. Catulle a vécu parmi ces personnages si dignes d'étude. connaît celle Lesbie que ses vers ont imsait mortalisée n'élail pas mais ce qu'on moins.. contre son habitude et à notre grand dommage. avec des barques qui portaient des chanteurs et des musiciens. il car. le Rome l'éclat entière parla de leurs courses sur rivage. cicÉnoN.CiELIUS 177 qui s'y rendaient pour se guérir justifiaient une foule de gens bien portants qui y venaient pour s'amuser. qui vivait beaucoup plus 1 Ovid. Ovide nous dit cachait celui que ce nom et à la d'une dame romaine. avec Lucrèce. Les gens graves les vît avaient rrand soin qu'on ne p. ii. une de ces fictions comme c'est que Lesbie en imaginent sou- vent les poêles élégiaques. Nous pouvons heureusement en curiosité voudrait savoir davantage et pé- nétrer plus iirofondément dans cette société que notre mieux connaître il ne faut pour cela que nous adresser à celui qui fut. a tenu cette fois à être discret pour ne pas compromettre son ami Cselius. en parle on voit bien que tout le monde connaissait i.ans con- trainte à tous les plaisirs qu'on trouvait dans ce pays qu'Horace appelle et le plus beau lieu du monde. Tout le monde . Trist. et pendant toute la belle saison il s'y nouait mille intrigues légères dont le bruit venait jusqu'à Rome. puisqu'il ne veut pas façon dont alors la il nommer. à Catulle. 427.. probablement une la grande dame. . Le monde y affluait dès le mois d'avril. et il a eu avec eux des rapports qui lui ont permis de les bien dépeindre. mais Caelius : et naient pas à se cacber aussi se livrèrent-ils s.

J'ai dit tout à l'heure que Clodia n'aimait pas raFgo\l avec l'avidité des lemmes galantes de ce temps et de tous les temps. Caavoir mis bors de doute la vérité de dans un livre qu'il vient lull. de la 1 Mag . 2G. Ce donc pas naissance que Clodia pouvait aimer dans Cal'esprit et le talent.178 CELIUS Lesbie. Moi.lui aussi. un ouragan de dettes Oh! le vent horrible et de quelques-uns de qu'il empesté Au tableau qu'il fait ses amis. Ce jeune provincial de Véronne. 10. 18G2). ce fut la distinction et la grâce. C'est Catulle qui le dit dans une il épigramme où : compare' Lesbie à une beauté célèbre de ce temps c Quintia est belle pour beaucoup de gens.. celte maison du Palatin et ces beaux jardins du Tibre. Scliwab de publier sur Catulle {Qiiœsl. dont il a été l'un des héros. je Apul. et c'est Clodia'. il nous apprend que donc été l'amant de Clodiaet le rival de Caelius: il a fréquenté.. et devait que lui. quoiqu'il (ût d'une famille honorable. et ses vers achèvent de nous tard. il ne lui restait plus rien. ni au vent impétueux du nord. — ^ Catull.. n'était pas très-riche. Ca>'«i. Un savant allemand. Ces qualités ne sont pas ordinairement celles des femmes qui vivent comme Clodia. si bas qu'elle fût descendue. disait-il gaiement. mais Ce qui le séduisit en elle. c'est « Il n'est ex- posé. L'histoire de Catulle le prouve bien. me semble cette assertion d'Apulée. et après qu'il eut vécu quelque temps à Rome d'une vie de dissipations et de plaisirs. mais chez elle. compla for- que la sa bourse « pleine d'araignées » n'avait pas n'était grand secours à en attendre tune ou tulle. M. on retrouvait encore la patricienne. encore plus pauvres et plus endettés on voit bien que ce n'est pas sur eux ter. . aux fureurs àeYauster 2! » : qui souffle sur lui de tous côtés. ce qu'il aima avec tant de passion. Catulle a lairc connaître cette société. est plus indiscret. Son pauvre petit do- maine ni fut bientôt chargé d'hypothèques.

Cornificius. le plus éloquent des fils de Ilomulus. je les reconnais toutes. protecteur de toute celle jeunesse intelligente. et qui saluait en lui. encore qu'un enfant de à la grande espérance. Mais que leur réunion forme la beauté. 86. dont les vers avaient Asinius Pollion. Dans ces réunions de gens d'esprit. (ju'il n'y en avait pas à Rome qui fût plus spirituelle et plus agréable. que Vatinius. duul beaucoup étaient des personnages politiques. selon l'expression de Catulle. Carm . des poètes et des grands seigneurs. Elle réunissait des écrivains et des hommes politiques. avait attaqué Vatinius avec tant de talent et de vigueur. . qui.C/ELIUS : 179 trouve grande. en leur disant il : s'était tourné vers ses juges est un grand orateur. à vingt et un ans. et au-dessus « Si mon ennemi Cicéron. par son esprit et ses goûts. fois c'était surtout Licinius Calvus. je le nie. homme d'Etat et poêle. la politique n'était 1 Catull. qui beaucoup de renommée. à ce qu'il nous en raconte. mais tous amis des lettres C'était et du plaisir. ses qualités. différenls de situation et de fortune. ne s'ensuit pas que je sois coupable! » Il faut placer dans ce même groupe Cœlius. épouvanté. qui avait un goût si décidé gens d'esprit. était bien digne d'en être. l'une des figures les plus originales de ce temps. blanche. Quintilius alors n'était Yarus. qui. devait se plaire à fréquenter la sociélé au milieu de laquelle vivait Catulle. et dans tout ce vaste corps il n'y a pas une miette d'esprit et d'agrément. et elle a si bien pris la grâce pour elle qu'il n'en reste plus pour les autres '. » Une femme comme pour les Clodia. On voil voit bien. Helvius Cinna. droite voilà. (ière de son génie et de sa gloire. C'est Lesbie qui est belle. Elle n'a rien de gracieux. plus belle que toutes.

et l'on brûlait même solennellement pour faire un exemple les littérature. dit-on. Quoi qu'on puisse penser la de Clodia. Jusque-là. Tous ces poètes et ces politiques étaient jeunes et amoureux. poèmes de Volusius. et sur lesquelles nous regrettions les vers tout à l'heure de n'avoir pas assez de Catulle les animent et semblent nous les rendre vivantes. l'amour do Catulle celte admirable poésie. On ne man(iuait pas de se moquer à l'occasion des méchants écrivains. le on comprend. Mais ce qui les occupait encore plus de main en plus malins qu'il que tout le reste. Properce mêle trop de mythologie à ses soupirs n'est . et quelque agrément qu ils aient pu trouver à railler Volusius ou à ils déchirer César. La poésie élégiaque des Latins n'a rien à opposer à ces courtes et charmantes pièces que Catulle a écrites pour Lesbie. la jeunesse de Rome. car n'est-ce pas pour ces réunions char- . il avait mené dans une vie dissipée et folle. qui étaient. et c'est de là sorties les plus violentes épigrammes contre On sait de quel ton sont écrites celles de Ca- Calvus en avait composé d'autres. bien plus cruelles La au moins que la politique. Quelquefois. que nous avons et perdues. y tenait autant de place .180 CvELlUS que sont César. et . est que leur venue leur gloire. têtes on se faisait les tablettes passaient main. Ovide des qu'un débauché spirituel : Catulle seul a accents qui pénètrent. C'est qu'aussi lui seul était blessé d'un amour sincère et profond. . il mais jour où a rencontré a connu la passion. C'est de là aussi préféraient chanter leurs amours. et il n'y a rien qui lui soit plus favorable que d'être entrevue à travers Ces fêtes qu'elle donnait à de détails. tulle . à quand le vin et le rire échauffaient les des défis poétiques : la fin des repas. c'était le plaisir. et chacun y écrivait les vers les pouvait trouver. pas exclue: on y é(ait (rès-républicain. rebve. son cœur le s'était fatigué il des liaisons passagères Lesbie.

ces sous ce voluptueux. puis cent encore. puis cent. puis mille.. C'est un celui les écrivains ont leur place à côté des hommes poli- tiques l'esprit où l'on ose aimer ouvertement les arts et traiter comme une puissance. Carm. mille baisers. qu'ont été lus pour sont je première fois vers où tant de grâce se mêle à tant de passion. et qui si dignes de l'admirable paysage au milieu duquel plais à les placer : me c Yi^'ons. où les rangs sont mêlés. c'est une nui* éternelle qu'il nous faut dormir sans réveil. Donne-moi . qu'a été chantée celte bebe imitation qu'il avait faite pour Lesbie de l'ode la plus brûlante de Sapho. On peut dire. C'est peut-être au bord de la mer de ciel Baies. et moquons-nous ensemble de tous les reproches des vieillards sévères. en face de Naples la et de Caprée. » que où moment curieux pour la société romaine où l'on y rencontre ces réunions polies. pour emla ployer une expression toute moderne. Entre ' la foule et la famille Cul. . qu'il a composé ses plus beaux ouvrages? C'est là sans doute. sous les ombrages des rives du Tibre. quand nous nous serons embrassés des milliers de fois. pour ces repas libres et somptueux.MLIUS 181 mantes. aimons. nous embrouillerons le compte. pour ne plus le savoir et ne pas laisser aux jaloux un prétexte à nous envier en leur faisant connaître combien de baisers nous nous sommes donnés '. Ils les vieux Romains. vivaient sur le forum ils ou dans leurs maisons. au milieu des séductions de ce pays enchanté. Le soleil meurt pour renaître mais nous. 5. dans lesquelles on cause de tout. Chez n'y avait rien de semblable. quand notre courte lumière est une fois éteinte. Ensuite. puis encore mille et cent nouveaux. ma Lesbio. que c'est vie il du monde qui commence.

«Lius connaissaient peu celte sorte d'intermédiaire qu'on appelle le ciioisies. l'appela en plein forum la femme au quart d'as (quadrantaria). et elle finit par des excès qui faisaient rougir ses anciens amis. lisait belles il 1. et ce cruel surnom lui > Cal. ne se conduisaient guère mieux qu'elle et n'étaient pas beaucoup plus délicats. à en juger par certaines épigrammes du grand poète. fois monde. . ils commirent 1^ faute impardonnable de ne pas respecter le passé et de manquer aux égards qu'on doit toujours à une femme qu'on a une fois aimée. il fallait at- tendre que dernier se fût civilisée et que la lillérature y eût conquis sa place. dont on vantait partout le bon goût. qui parlaient avec tant d'agrément et faisaient des vers si tendres. y avait des convives qui volaient les serLes propos qu'on y tenait étaient souvent bien risqués. où l'on est à et et la plus libre qu'au milieu des inconnus de la place publique cependant moins à son aise que dans l'in- timité de la famille. ce qui n'arriva guère que vers le .i82 (:. faisant allusion au prix viles dont on payait les plus courtisanes. Clodia. Catulle nous apprend que dan" ces agréables repas où on poésies viettes . Eux de la mode. Et qui même il exagérer. Avant d'en venir là. ces héros . Cajiius..Carm. avuii hommes d'es- de singuliers écarts de conduite^ Les plai- sirs distingués que recherche une femme du monde tomber dans étaient loin de lui suffire. c'est-à-dire ces réunions délicates nombreuses sans confusion. Ce monde commence alors ne faut rien nous semble de si encore par moments bien grossier. sières celle qui lui avait inspiré ses plus beaux vers. Catulle déchira d'épigrammes grosaussi.-^iccle Rome de la république.i2. qui réunissait cbez elle ces prit. Ils eurent bien des reproches à se faire tant que dura leur liaison avec Clodia lorsqu'elle fut finie.

La rupture de Clodia et de Cœlius fut beaucoup plus tragique. hais. Carm. revenait triste et soumis aux pieds de celle de mépriser. luttes l'amour était le plus fort. et elle ne justifiait promesses que amant quand une femme. disait-il qu'il ne pouvait s'empêcher parfois cela peut et qu'il : aimait toujours. et mon âme en Tant de souf- Irance et de résignation ne touchait guère Clodia. — 2 Cat. qui n'avait plus d'es- pérance. 183 On voit de progrès à guste. et il fallut bien que le pauvre poète. Les amours de Clodia et de Catulle finirent fort tris que trop son fait tement. on se corrige raffine.10. et en même temps on s'affadit. s'éloignât d'elle pour jamais. mais monarchie qui va commencer. 85. an vent ou les écrire sur l'eau qui s'enfuit » Catulle. il se rai- se grondait et ne se corrigeait pas. Tout change avec Auun régime nouveau. . On se polit. Sous faire que cette société avait encore beaucoup elle les fera vite. Malgré toute la peine qu'il prenait pour se donner du courage. C'est par un procès criminel que leur amour se dénoua. qui II se savait trompé. il il lui écrivait : « Les faut les confier *. que Plante passe pour un barbare. Clodia ne se piquait pasd'élre fidèle.. Après des il douloureuses qui déchiraient son cœur. je n'en sais rien. Un air de cour se répand sur la littérature galante. « J'aime et je vous me demandez comment est torturée 2. on se cats et si bien et l'on devient si difficile. ces restes de grossièreté qui semaient la vieille république disparaissent. s'en voulait de le souffrir sonnait. » se faire. que les déline tardent pas à se moquer de Calvus et de Catulle. mais je sens bien qu'il en est ainsi. grâce à la . Elle s'enfonçait de plus en plus dans d'obscures amours.. Cette 1 Cat.C/ELIUS resta. est si et le changement siècle prompt qu'on ne met guère plus d'un quart de pour tomber de Catulle à Ovide. Carm.

et encore moins d'une femme qui est l'amie de tous hommes. et Cselius fut absous. il faut un bien triste lendemain aux fêtes charmantes 1 de Baïes Le procès dut être fort amusant. c'est Ils s'étaient partagé sa défense. Cicéron avait solennellement Dans son discours promis que son client allait changer de conduite. ses maîtres. Ce jour-là. Aussi jamais Cicéron n'avait il été plus piquant et plus vif. ou que son père rigoureu- ambitionné pour On ne les sait s'il tint sement dans engagements que Cicéron avait pris en son nom peut-être a-l-il évité désormais de se compromettre dans des scandales trop éclatants. et le mauvais succès de ses amours avec Clodia l'a t-il guéri de ces bruyantes aventures. le fit accuser de plusieurs crimes. Voilà. n'était pas habituée à ce dénoùment. elle s'entendit Outrée d'être abandonnée.184 CiBLÎUS fois Cselius s'était lassé le premier. en commençant son les discours. on pense bien qu'il ne laissa pas échapper une si bonne occasion de se venger de tout le mal que lui avait fait cette famille. Clotlia paya pour » tous les siens. il était grand temps qu'il se rangeât. et tribun. . Clodia qui. et il est à croire que le iurum ce jour-là ne manqua pas de curieux. comme on l'a vu. qu'il' ait jamais vécu à la façon la suite tous . l'avouer. ans. les juges durent beaucoup rire. qui n'en avec les ennemis et manquait pas. notamment d'avoir voulu l'empoisonner. Quoiqu'il déclare. ses amis. En effet. mais qu'il soit devenu un personnage austère. et sa jeu. avait il Il avait alors vingt-huit lui fallait bien songer à devenir édile s'il voulait jouer ce rôle politique lui. prenait ordinairement les avances. « qu'il n'est point l'ennemi des fenunes. nesse n'avait que trop duré. de Cselius. et Cicéron qui se chargea spécialement de ce qui re- gardait Clodia. le riche Crassus et Cicéron. Cselius y parut accompagné de ceux qui avaient été ses protecteurs.

quoique à partir de ce croire. Beaucoup supposent vni. Vous me demanderez où? C'est en vérité où je ne voudrais pas '. — * j^d fum. . qu'il s'agit d'exploits amoureux. ï Évidemment ne s'est celui qui a écrit cette lettre charmante le faisait jamais aussi bien converti que Gicéron il semble que le jeune étourdi qui faisait du tapage la nuit dans les rues de Roriie et 1 amant de Clodia se retrouvent encore dans l'homme d'esprit qui raconte avec tant d'agrément ces aventures légères. lui dit que le bruil de ses exploits est parvenu jusqu'au moiU Taurus. a fait divorce sans aucune raison avec son mari le jour même qu'il devait arriver de sa province elle va épouser Décimus Brutus. . Il ne me déplaît pas qu'un proconsul. vous serez aise d'apprendre.victorieux aille demander à tout le monde avec quelle femme un homme a été surt II tites .CMUVS des vieux Romains. en répondant à cette lettre. et me moment ' sa vie privée nous échoppe. Gicéron. il trouvait le : ne s'est nen passé de nouveau que quelques peaventures que.. Scrvius Ocella n'aurait persuadé à personne quil était un homme à bonnes fortunes. pris=^. Nous voyons que quelques années plus lard. c'est ce qu'il est bien diflicile 185 de supposer. Ne vous en étiez-vous jamais douté? Depuis votre absence. eL mêlé aux affaires les plus sétemps de savoir cl de raconter toutes les histoires galantes de Rome. 7. j'en suis sûr. qu'il n'a jamais Probfiblement avec quelque femme quaimail Caelius. s'il n'avait été pris deux fois sur le fait dans l'espace de trois jours. alors proconsul de Cilicie lorsqu'il était édile rieuses. On peut donc affirmer sans témérité. Paula Valeria la sœur de Triarius. Voici ce qu'il écrivait à Gicéron. mais je vous laissa quelque chose à savoir des autres. . il est arrivé bien des choses incroyables en ce genre.

tant attaques et le ridicule était vif dans ses amer dans ses railleries. il comptait sur un succès mais comme il s'occupait plus de ses plaisirs que de la guerre. au triomphe. Après Macédoine 11 avoir. n'était ( ([uun médiocre intrigant avait t un grossier débauché. Peu de temps après qu'il se fut échappé de celte honnête tutelle. en dépit de tous bien connaître les éloges que lui prodiguent les Catilinaires. et qui. fait Depuis ce succès. attaqué quelques peuplades litres voisines pour se donner des facile. . il avait débuté avec éclat dans une cause où fois le il luttait contre Tàcéron lui-même. Il avait des qualités plus sérieuses. il était devenu vite un grand orateur. Grâce aux leçons de Cicéron. pillé la il qu'il gouvernait. le plaisir il aux alfaires II Mais Cseliusn'a pas été seulement im héros d'aventures galantes. s'était fait battre honteusement. de cet Antoine qui avait été le collègue de Cicéron dans son consulai. y avait au forum des orateurs que et les gens de goût admiraient davantage. Caelius. il n'y en avait pas qu'on redoutât plus que^iui. Il s'agit. dans ce morceau. selon l'usage.18G CMUliS enlicrenient renoncé aux dissipations de sa jeunesse. et cette disciple battit le maître. et que tout magistrat. Quintilien cite et cruels qu'on ne Nous en avons conservé un que genre et qui fait comme un modèle du le talent de ce terrible railleur. sa Il réputation n'avait que grandir. il dont ils jugeaient le talent plus parfait. et à faire sur eux en quelques mots de ces récils ironiques pouvait plus oublier. tout a continué jusqu'à la fin homme de mêler polilique qu'il était. Il excellait a saisir de ses adversaires. et il ne s'est pas contenté de la gloire frivole de donner le ton pour l'élégance des manières à la jeunesse de Rome.

elles le de réveiller Antoine soulèvent par le cou. Caelius se fâcha de ne pouvoir se fâcher. il est naturel qu'on ait l'humeur agressive.. de lui donner la réplique. ou couchées çà et là par terre. iv. 2. remplissaienl du festin. le traitent plus rude- mais lui qui reconnaît leurs voix et leurs altouchemenls tend les bras par habitude. saisit et veut embrasser la première qu'il rencontre. Aussi rien ne con- mieux à Cselius que les luttes personnelles. il est emporté sur les bras de ses centurions et de ses maîtresses '. Il ne peut ni dormir. parce qu'il était sûr d'y réussir. ni s'éveiller. une de l'ennemi. 11 aimait et recherchait la discussion. « Osez donc me contredire. Quand elles apprennent que ennemi arrive. tant on crie pour l'éet vont jusqu'à le frapper veiller. homme d'humeur pacifique.. » Le talent de Caelius^ tel que je viens de le il dépeindre. m. convenait a vécu. C'est ce qui merveilleusement au temps où Quint. elles essayent elles client son nom. étendues sur tous les lils.. afin que nous soyons deux ici 2. douceurs à son oreille. lui dit-il souffert de ses brusqueries. Sénèqueracontequ'unjour un de ses clients. Quelques-unes murmurent des « 1 . dans son plaidoyer. 8. car la contradiction l'animait et lui donnait des forces. or. > ment Quand on possède un venait-il talent si acre et si incisif. tant il est ivre.C^LIUS 187 qui l'attaqua à son retour. . racontait ou plutôt imaginait. se contentait. et qu'il avait de ces attaques violentes auxIl quelles on ne pouvait pas résister. > — ^ Ke ira. Enfin sans pouvoir secouer ce demi-sommeil. d'autres . ses officiers ordinaires. et (jui sans doute avait pendant un repas. souhaitait d'être contredit. Inst. ces orgies pendant les- quelles le général ivre-mort se laissait surprendre par la salle Des femmes. à moitié mortes de peur. avec colère.

C'est l'éloge que Cicéron lui donne plus souvent. il avait la vue nette des situations. . « Je ne connais personne. cet accusateur véhément n'aurait pas été tout à fait à sa place dans il des temps réguliers: mais au milieu d'une révolution devenait un auxiliaire précieux.:rs défauts et qu'il ne se gêne pas pour les dire. ce railleur impitoyable. son effrayante pénétration finissait par mettre à faiblesse. mais l'étude faisait toujours leurs méchants côtés qui le frappaient de préférence. qu'il connaît tous le. On voit. dans force c'est sans qu'il doute un grand avand'eux. lui dil-il. Ce discuteur emporté. c'étaient tage. qu'il nu quelque seulement pour ses adversaires réservait sa sévérité. l'audace de Caelius semblait lui promettre tique. « inmême quand son indis- ' Ad fam.. est capable de garder un secret. son compagnon de plaisir. que tous les disputaient. Caelius était d'ailleurs j)artis se homme d'Élat aussi le bien qu'orateur. qualité que Cicéron appréciait beaucoup chez les autres. un bavard médiocre. sait il avait aussi de grands défauts. il se mettait à l'œuvre et les sympathies de la foule. Ses meilleurs amis n'échap- Ce n'était pas paient pas à cette analyse trop clairvoyante. se décidait vite. une violence qui lui avaient gagné A une époque où le pouvoir appartenait à ceux qui osaient le prendre. qui Il liii venaient quelquefois de ses qualités bien les mêmes. connais- hommes.188 CMum il achève d'expliquer a réputation dont jouissait et l'im- porlance qu'il avait prise parmi ses contemporains. ii. A de les retourner en tout sens. car c'était celle qui lui manquait le plus. qui soit meilleur politique que vous i. quand une fois avec une vigueur et il était déridé.8. » Il connaissait à il fond les bummes. Dolabella. un brillant avenir poli- Cependant. dans sa correspondance intime.

comme il l'appelle. — - Ad fain. « n'est qu'un brouil Ion sans consistance... et que personne n'osât tout à fait compter sur lui. . mauvais côtés? Ces personnages avisés et clairuniquement occupés delà crainte d'être dupes. Ce fils de Vénus. 6. viii. En même temps qu'ils n'inspirent pas de confiance au parti assez qu'ils veulent servir.ym. parce qu'ils font toujours leurs réserves en le servant. 14. — * Ad fam. toujours avec eux une vue si et qui portent nette des défauts d'autrui. Quanta César lui même. changeant au moindre et qui ne sait rien faire de raisonnable 2^ » les et cependant Curion sorte. qui ont tous des sujets de crainte dans le passé et de criminelles espérances pour l'avenir juger sévèrement tout le Cselius » si Avec une décidé à disposition d'esprit pareille et un penchant monde. » Curion. vm. et ne se soucie que des siens va pourtant se rendre. Or. où il n'y a que « de malhonnêtes ''.. naire dans les intrigues politiques. gens. ne parle pas mieux de lui. il était naturel que ne s'abandonnât complètement à personne. et Dolabella. s. si l'on n'est pas capable sur elle et de n»en pas trop voir voyants.G/ELius crétiou devrait le tby perdre ^. ne sont jamais que des amis lièdes et des alliés inutiles. — » 5. ils ne sont pas susceptibles parti. Aussi Adfam. et fait d'enthousiasme pour former eux- uiémes un passion qui 1 manquent toujours de ce degré de entreprendre de grandes choses. son associé ordivent. au moment où il avaient sur lui assez de crédit le parti traitait de la pour l'entraîner avec eux dans il de César. Pour servir utilement une cause. comment pourrait-on de s'aveugler un peu les le faire. la » et il ne fait il pas difficulté de reconnaître que dans son camp. il faut s'y livrer tout entier._ vm. quoiqu'il se dispose à embrasser sa cause. Le sens de cette phrase est ciiangé clans Orelli. 4. ne lui paraît « qu'un égoïste qui se moque des intérêts de république. Ad fam.

S'il plonge avec tant d'ardeur dans les agitations de la vie ' Adfam. «Mais lui. vivait d'expédients. ne semblait pas avoir non plus de préférence pour les opinions. Au peu. Là. Comme riosité il est toujours ruiné. il dans lesquelles joue pourtant un rôle si actif. Il n'avait jamais cherché la réputation d'être un homme de la suite à principes ni de mettre de l'ordre et dans sa vie politique. lui faisait une conviction de circonstance à ne se piquait pas d'être longtemps fidèle II avait passé de Cicéron àCatilina lorsque Calilina lui avait semblé le plus fort il revint à Cicéron quand Cicéron fut laquelle il . comme dans ses il affaires privées. et la cuse seule lui fait-elle prendre intérêt à ces luttes. C^LIUS comme ils ne peuvent être ni chefs i!s ni soldats. et qu'il soit intéressé à son salut ou à sa perte. « C'est affaire à vous. Même dans les la affaires les plus il graves. . viii. barras. victorieux. et embrassa brusquement le parti de Milon IJ . Ajoutons que Cœlius. que lui importe? il quand s'agit du sort de république. et ne semble pas supposer que cela le regarde en rien. a plusieurs fois passé. du peuple au sénat cause qu'il servait et du sénat au peuple.. l'amitié. l'inté- rêt. lui il n'a jamais rien à perdre. qui n'avait pas d'illusion sur les personnes. dit-il. riches vieillards '.190 arrive-l-n que. ils Aussi tous les régimes sont indifférents. Au moment où il avait l'air de se donner le plus de mal pour elle. trouver seuls. Il il fut l'ami de Ciodius tant qu'il resta l'amant deCiodia. il en parlait d'un ton qui laissait penser qu'elle lui beaucoup d'efforts était très-étrangère. L'occasion. el qu'il leur est impossible de s'attacher aux finissent par se autres ou d'attacher les autres à eux. 13. elsans avoir de scrupules ni d'em. tait abandonna le frère en même temps qu'il quitla sœur. et il fond. la lui importait n'a- vait pas à faire pour s'en détacher.

d'avoir les'yeux ouverts sur les fautes que pouvaient commettre les bons citoyens et de railler amèrement ses amis. que Caelius a dureet curieux spectacle ' . 14. guerre civile qui s'approche et les malheurs qui vont il arriver. le ce n'était pas. et sa journé dans tous fendre la les partis. ment payé dans l'on la suite. il Au moment de lui son départ pour la ne cessait de : vanter les grandes qualités de Pompée « Croyez. selon son habitude. il aurait voulu le voir s'engager davantage. ajoute : « Si vous ne couriez pas quelques dangers. et l'on victime quand on pensait n'être que spectateur. on comprend. car ce n'est pas sans péril que devient souvent joue à ces jeux sanglants. qu'on y peut faire des réflexions piquantes et annonce la qu'on y trouve des spectacles amusants. » Mais Cailius se gardait bien d'en rien connaissait Pompée. 11. après avoir plus ou moins séédile. S'il s'était tenu loin de au temps de sa plus grande puissance. quand l'occasion s'en présentait. vous accueillera volontiers faire. Cselius venait d'être nommé grande préoccupation était d'avoir des panthères de Cilicie pour les jeux qu'il voulait donner au peuple. lui disait-il. fut sur le point déclater. Lorsque cette guerre. c'est-à-dire qu'en parlant des il sénateurs disait c: nos amis » et qu'il affectait de les appeler les « bons citoyens. pour se jeter dans ses ' Adfam. . 8. En ce moment.moi. » ce qui ne l'empêchait pas. vili. Cicéron le trouvait froid et indécis.CvELIUS 191 elles publique. — Ad 2 fam. avec une perspicacité remarquable. il faisait profession de dé- cause du sénat.vous à ce il grand homme. dont piquants.. Il 2. c'est qu'on y voit de plus près les événements hommes. Lorsqu'il à Cicéron. qu'il annonçait ainsi à Cicéron. il il a tracé à plusieurs reprises des portraits l'admirait lui peu et ne l'aimait pas. je dirais que la fortune vous prépare un grand » Mot cruel. Cilicie.. livrez.

Ce qui ajoulail en ce moment à la confusion. avec un esprit détaché de la fois toute préoccupation. A mesure événe- que la crise qu'il avait prévue approchait.mais des coalitions. on ne luttait plus pour des questions de principes. ont été bien sévèrement traitées de taient. A dire vrai. il n'y avait plus de partis. Alors il compromet la sé- curité et la le n'est plus possible d'avoir regard aussi ferme. faisait son possible il pour en augmenter les Au moment même où . Les opinions n'étant plus disciplinées il comme autrefois. quand la décision qu'on va prendre fortune. nos jours. il mettait plus de soin à se tenir sur ments. Depuis cin- quanlc ans.. les principes el qu'on peut juger les causes par les résultais. Les questions ne se posent pas aux yeux des contemporains avec la même netteté qu'à ceux de la postérité. qui ne semblent pas avoir beau coup surpris alors. Cependant il est facile de les comprendre. Quand on les les regarde de loin. qui connaissait ces indé- en profiler. causes. c'était l'état d'anarchie où se trouvaient les anciens partis de la république romaine. C'était la réserva et attendait les du reste le moment où les plus honnêtes hésiCes irrésolutions. Ces variations éclatantes de personnages honorables el respectés jetaient le Irouble dans les consciences peu sûres et ren s'ensuivait daienl le droit obscur. que les esprits timides qui ont best)in de s'attacher aux traditions anciennes pour se conduire flottaient au hasard et changeaient souvent. cisions et qui espérait César.Î9? bras CyELIUS quand celle puissance élail menacée. il rien n'est plus aisé que de vit se prononcer. mais seulement pour des intérêts de personnes. que d'ailleurs on embrasse à conséquences avec mais. quand on a l'esprit prévenu par les engagements antérieurs ou et les préférences personnelles. et trop près d'eux pour en saisir l'ensemble. n'en est plus ainsi quand on au milieu des événements.

les villes Pendant la qu'il rassemblait ses légions dans il de haute Italie. on ne parlait que de proscrire et de et traitait maladresse. On confisquer. Th. de conserver jamais la paix publique. et qui connaît à fond les luis romaines. si n'avait proposé des conditions acceptables que depuis écouter. Tantôt et le il se présentait comme le successeur des Gracques il défenseur des droits populaires. Breslau. par une contradiction dans le camp où l'on faisait profession de qu'on réclamait avec exceptionnelles. et il se faisait plus modéré. Mommsen intitulé und dem Sénat. a déclaré après un mûr examen que César il avait la légalité pour lui. Il se gardait bien alors de découvrir tous ses projets et de parler avec autant de franchise qu'il le fil plus tard. mémoire de M. qu'emportement d'ennemis publics ceux qui témoignaient quelque répugnance pour la guerre civile. le liberté plus d'intandis des mesures et que l'homme qui attendait était tout de la guerre et dont l'armée prête offrait la paix. lorsqu'il fut le maître. ceux qui n'avaient pas un les soldat sous * armes s'empressaient de la refuser. cicfnoa. tantôt affectait de dire. : Voyez l'excellent Die Rechtsfragc zwischcn CoBsar 1857. que la république n'était pas intéressée dans le débat. et il réduisait la querelle à une lutte d'influence entre deux compétiteurs puissants. à ne parlait que de son désir mesure que ses adveril saires devenaient plus violents. c'était la donc que. et l'exemple de Sylla était dans toutes les bouches.CiELIUS se préparait à détruire ki constitution de son avait le talent 193 pays. et que les griefs dont se plaignait étaient fondés i. iS . Un juge expert en ces malières. défendre sistance Il arrivait étrange. dans le il camp où n'y avait devaient se trouver les modérés et les sages. qu'il était sûr que le sénat ne voulait pas les De l'autre côté au contraire. il de paraître la respecter plus que tout le monde. pour rassurer tout le monde.

Suipicius et Gicéron. qui étaient éche- lonnées sur les frontières et prêles à entrer en campagne au premier signal 2. on doit s'attacher au parti le plus honnête. mais plus faits pour le servir en des temps de calme que dans ces crises violentes. mais une grande abondance de jeunes gens d'illustres familles. ne se soient pas décidés du premier coup? Gselius aussi hésitait. G'est ce lui-même avec une franchise singulière. 14. (îœlius cherchait qu'il avouait seulement où était la force. mais quand on en ^ il faut se tourner vers les plus forts et regarder le parti le plus sûr comme le meilleur . il donna l'ordre à celles qui 1 étaient en Gaule de se rapprocher des frontières. d'ouvrir les yeux.. mais ce n'était pas tout à fait pour les mêmes raisons que Gicéron et Suipicius. écrivait lutte à Gicéron.194 CiELIUS Ainsi des deux côtés les rôles étaient changés. sans avoir recours aux armes. comme parmi tant de raisons d'hésiter. Tandis qu'eux se demandaient avec anxiété où était le droit. à la fin du huitième livre du De bello gallico. Vin.xiliaires éprouvés et le commandées par plus grand général de la république. A la première menace de guerre. aussi incapables de conniiander que Ad fam. avec lui. dévoués à leur pays. de l'autre. suffisait On voyait d'un côté onze légions. pour se décider. une dans la Gaule cisalpine et deux qu'il donna à Pompée. son choix devenait plus facile. et milieu d'obs- d'honnêtes gens. sou- tenues par des au. aussi longtemps qu'on par les moyens légaux et vient à la guerre. » Du moment il qu'il se contentait de comparer les forces des deux rivaux. . Est-il surprenant qu'au curités pareilles. Après la urise de Corliniuui il avait trois de ses aucicni^es légiODS . il « Dans les dissensions intestines. — 2 Qn voit. peu ou point de troupes exercées. et chacun paraissait parler et agir contrairement à ses intérêts ou à ses principes. que César avait Jiuit légions en Gaule.

est difficile d'imposer silence à des gens qui se batlent pour conserver le droit de parler. En une sécurilé si étrange « Ail Att. des discussions. 11 avait momeut lui amèneraient des une assurance qui redunnaii du courage vérité. même à ses plus grands ennemis. Il loin. Lorsqu'il disait avec sa jactance ordinaire qu'il n'avait qu'à frapper du pied la terre pour en faire sortir des légions.. c'est sur son avis qu'on avait refusé les propositions de César. il ' La guerre ne l'avait pas disait à . aux plus épouvantés.CMLWS peu disposés à obéir. des dissentiments d'opinion. Quant à Pompée. quoiqu'il n'en parût rien. . Mais c'était surtout le caractère des deux chefs qui faisait la différence des deux partis. enfin tuules les habitudes et tous les inconvénients de parli qui bliiiue transportés la place pudans un camp. là des des rancunes. el nécessaire pour se préparer. César paraissait à tout le monde. et la fait majorité du sénat n'avait rien avait donc vu venir la crise de pendant toute cette longue guerre diplomatique qui précéda les hostililés véritables. Aussi. on voyait bien des fautes. 4. d'influences. des rivalités querelles. il qu'il ne commetlail que l'avait n'était pas plus possible alors qu'aujour- d'hui d'expliquer sa conduite. qui honorent plus un el 195 parli qu'ils el égime tout militaire beaucoup de ces grands noms ne le servent. qui au dernier troupes. d'alliances inconnues. avait paru la souhaiter. vu. ici un la discipline d'un camp. on sup- posait qu'il voulait parler de levées secrètes. et surpris. et toute aulorilé devient vile suspecte ([uand on a pris les armes pour s'opposer à un abus d'aulorilé. il avait eu le temps sans le consulter. Ce sont les embarras ordinaires d'un car il prétend défendre la liberté. Cicéron qu'il prévue il depuis longtemps C'était peu de la prévoir. tout le monde croyait-il qu'il était prêt. un prodige d'activité et de prévoyance.

épouvanté et fuyant jusqu'au tenir l'Apulie sans oser s'arrêter ou : licitudine 2). passe brusquement d'un excès à l'autre. vu. D'où pouvait donc venir à Pompée celle confiance? Manquait-il de données exactes sur les forces de son adversaire? croyait. il nous le fait voir. et ce même homme que Cicéron nous montrait tout à l'heure dédaignant son rival et prédisant sa défaite. qui essayait au moins de résister dans Corfinium . elle tomba tout d'un coup. se réveillant en sursaut d'espérances exagérées. c'est qu'au moment où les vétérans d'Alésia et de Gergovie se réunissaient à Ravenne et se rapprochaient du Rubicon. à la nouvelle que César marchait résolument sur Rome. 8. parce qu'il était trop assuré du succès. rien n'ose entreprendre parce qu'il est trop certain de la «Ad AIL.il vérilahlement. chez un si homme grandes qui avait ad'aires. Il n'avait rien il préparé. » Quel contraste avec les paroles inso- lentes de tout à l'heure! Voilà bien le style d'un homme qui. ses généraux infidèles". l'imprudent Pompée affichait un grand mépris pour le général et pour ses troupes. sur le prestige lui de son nom.196 au milieu ŒLIUS dun danger si /éel. que je suis dans une grande inquiétude (scilote me esse in summa sol- de distance . Nous avons la lettre que Pompée écrivit alors aux consuls et à Domitius.« Sachez. 12. vehementer contemnehat hune hominem i'. que ses troupes étaient mécontentes. conquis des royaumes et conduit de passe l'iinayination. Mais cette forfanterie ne dura guère. vui. . à quelques jours fond de ferme nulle part. comme il le disail. — '^ AdÀ(t. sur ces hasards heureux qui tant avaient donné de victoires? Ce qui est certain. leur dit-il. et que personne ne le suivrait dans la guerre qu'il allait faire à son pays? ou comptait-il sur la forlune de ses premières années.

poursuivre Pompée et l'enfer- mer étroitement dans Blindes. Cailius n'avait pas attendu si tard pour se déclarer. et vint trouver César à Ra- vcnnc. avec ses fortes murailles. C'est dans de ces succès rapides qu'il écrivait à vous jamais vu d'homme plus sot que votre Pompée. se dé- en soutenant avec sa vigueur ordinaire la proposition de Calidius. il quitta Rome avec ses amis Curion et Dolabella. les amis de César. ont fini la Une ' fois qu'il se fut engagé lui-même. ne le rassure songe à quitter l'Italie et ne se croit en sûreté que s'il parvient à mettre la mer entre César et lui. qui demandait qu'on renvoyât Pompée dans sa province d'Espagne. Quand l'espoir d'une solution pacifique fut tout à fait perdu. vient point à la pensée de faire un appel suprême à la jeunesse républicaine des municipes italiens. qui nous jette dans de si grands troubles et y tient une conduite si puérile? Au contraire.CitLIUS défaite. Il le suivit il le vit dans sa marche triomphale à travers pardonner à Domitius. avcz-vous rien lu. il Avant facile même que la lutte fût engagée. rien entendu qui surpasse l'ardeur de César dans l'ac: Tenivrement Cicéron « Avez- tion et sa modération dans la victoire? Que pensez-vous donc de nos soldats qui. Brindes pas. qui s'était fait prendre dans Corfinium. Cœlius n'eut Ad fam. l'Italie. Il avait alors fait mis au premier rang parmi clara hardiment volte-face. Il 1*J7 n'a plus de confiance ni d'espoir en personne. . il recule davantage.. ne compte et il même ne lui plus sur le réveil de l'esprit patriotique. au plus fort de l'hiver. malgré les difficultés d'un pays sauvage guerre en se promenant ^? » et glacé. A chaque pas que son ennemi fait en avant. il toute résistance lui paraît inutile. était la il lui avait été de voir de quel côté force et où serait la et s'était Il victoire. môme. VIII. 15.

Au dernier moment. impérieuses Prenez au plus tôtla voie Appienne. . toujours maladroit. on enflammait sa vanité en lui montrant l'honneur de réconcilier les partis et de pacifier la république. à Brindes. Tant d'assauts devaient finir par ébranler une âme aussi faible. de votre nom. Des deux côtés on tenait égale- ment et les deux chels eux-mêmes le sollicitaient.. ces avances humblement quand de commander. Malheureusement Cicéron était qu'il lui fort difficile à le décider. On l'attaquait à la fois par toutes ses faiblesses. venez m'aider de vos conseils. Pompée. de Brindes à changer d'opinion tous les jours. Oppius. ix. '. venez : (( me reté trouver à Lucérie. qui savait si le moyen de le prendre. qui avait le droit ménagements.198 CyELIUS Il plus d'autre pensée que d'entraîner avec lui Cicéron. Trébatius. on l'attendrissait par le tableau des malheurs qui menaçaient sa famille. disait-il. lui écrivait des lettres courtes. qui ne se faisait pas d'illusion sur ceux qui le servaient. savait qu'il ne pouvait rien faire qui fût plus agréable à César. . il semblait décidé à 1 Ad AU. César bien faisait écrire par ses amis les plus chers. ne pouvaient pas laisser sollicitait Cicéron insensible. César. viii. mais d'une façon très-différente. Il passa tout la prise le temps'qui sépare passage du Rubicon de à se l'attacher. Le grand nom de Cicéron aurait sufll pour corriger le mauvais effet que produisait son entourage. pour lui être plus sûr de le gagner. vous y serez en sû« » Singulier langage d'un vaincu qui s'obstine à : parler en maître! César était bien plus habile lui Venez. on ranimait de vieilles rancunes contre Pompée.-Ad AU. sentait bien manquait quelques honnêtes gens pour donner à son parti une meilleure apparence.6. En même temps.. surtout Caîlius. de il votre gloire 2! » Ces d'un général victorieux. Tout victorieux qu'il était. 11. Balbus.

plus de sénat. Je n'ai jamais souhaité partager sa prospérité. où sa présence secours pour les combattants. s'empressa de la lui transmettre. . il espérait bien qu'elle ferait tomber les armes des mains les plus obstinées. disait il. regrettait que Cicéron y eût si tôt renoncé. qui tournent avec la fortune et se décident le succès. et il fut saisi lui sembla que le vide s'était autour de lui. avec elle presque tous ses il anciens amis politiques. n'était pas d'un grand tandis qu'il pouvait. César. comme Caelius. conserver son influence sur rivaux et servir entre eux d'intermédiaire. Déjà il avait commencé un beau traité sur la concorde des citoyens. pour Au le contraire. il ne Rml pas oublier que Caton. qui comptait sur cette nouvelle pour retenir Cicéron . Bien des gens venaient do » Ad AU. suivant son expression. il voulait l'achever dans ce loisir. quand terre italienne il sentit n'y avait plus il de magistrats. où il ne se croyait plus en sûreté. leur. que il je voudrais avoir partagé son malheur M » Quand et sut que l'armée réque sur cette publicaine était partie. Il n'était pas un de ces hommes. li. que le soleil même. vit il se sentit rapproché de « Pompée des qu'il malheureux. et. comme il avait demeurer en isolée bonne opinion de son éloquence. et s'embarqua pour la Grèce. plus de d'une profonde doufait consuls. IX. Ce fut précisément ce qui le fit changer d'opinion. C'était une chimère sans doute. mais prêchant à tout le monde la modération et la paix.Ilalie. Il le blâmait d'être venu à Pharsale. cependant. vivant hors des affaires.. avait disle féliciter paru du monde. Lorsque deux seul un Pompée quitta Brindes. en les demeurant neutre. Mais jour renversa tous ces beaux projets. qui n'est pas suspect. dans quelque maison de campagne ou dans quelque ville neutre. ne prenant parti pour personne.

- ^ Ad fam. mes études. accusait et amèrement de la sa faiblesse. Il reste cependant encore une lettre.. Cselius Pendant que Cicéron allait ainsi rejoindre Pompée. IX. bientôt après. et qui (orme M(/ Ait. 10. C'était uu il sacrifice qu'il lui devoir faire à sa patrie. il savait bien qu'il allait volontairement prendre sa part d'un désastre. la dernière qu'ils se soient écrite. « Je viens. quoique Irès-ému. ii. me jeter » vivant croyait dans le gouffre 3. se « îonlenla de répondre avec une fermeté qui ne lui était pas ordinaire : Je suis heureux de voir que vous pre- niez autant de souci pour mon il fils. mes livres. n'avait de partir au plus vile. Csclius essaya en vain de le retenir au dernier moment par une lettre tou- chanle. et d'autant plus convient de faisait en tenir de compte qu'il le sans illusion et sans espérance. il sera toujours assez riche avec le doit périr. Dès lors. Cicéron. son père. où il lui montrait sa fortune perdue et l'avenir de son fils compromis. si elle subira le sort il nom commun de de tous les citoyens » Et. son Il amour du repos c'élait paix.200 CiELlUS sa prudence. accompagnait César en Espagne. 2. Je suis ma philosocomme un oiseau la qui veut s'envoler. . Ce n'est pas comptât sur le succès en s'associant à un parti : dont il connaissait toutes les faiblesses. disait-il. son âge. mais lui se la reprochait Il comme un crime. comme Ampliiaraiis. mais si la républi- que subsiste. aussi leur correspondance. qui avait été jusque-là très-active.. !G. « qu'une pensée. sa résolution était prise. vi . s'arrête t-elle à ce moment. — 2 Ad fam. G. passa la mer qu'il pour se rendre dans le camp de Pompée. Je ne puis supporter mes | lus regrels. Tout commerce entre eux devenait dès lors impossible. phie ne me » servent de rien. et je regarde toujours du côté de mer <. disait-il..

clairement que celui qui l'écrivait était en proie à une irritation violente. Ad — — . et que le sens de toutes les phrases ne soit pas facile à rétablir. et César. et exemple semble lui donner raison. mais d'amis sincères et dévoués. xi.. car la politique ce récit pourra jeter quelque jour et du dictateur. ^ H fam. qui cherchait à convertir les autres à son opinion. Quoiqu'elle ne nous soit parvenue que Irès-mutilce. en a eu plus que tout autre. dont il reste une si belle lettre à propos de la mort de César (Ad fayn. III Dans son traité de VAmitîé. Cicéron affirme qu'un ^. mais aucun de ceux qu'il il faut avouer que l'injustice à ^ De amie. qui les payait bien.y viii. 47. il songeait à César. Celui-là était pour César un aini véritable ' . Ce partisan zélé de César. Peut-être en avait-il parmi ces serviteurs plus obscurs dont l'histoire n'a pas conservé le souvenir ^. » Que s'était-il donc passé dans l'intervalle? Par quels motifs Cailius avail-il été entraîné à ce cause détestable. on y voit. y aurait de passer sous silence le nom de Matius. qu'il défendait tout à il l'heure avec tant de chaleur. On ne manque pas de courtisans quanti on est le maître. Cselius les Cicéron quelques mois à peine après événemenls dont je viens de parler. tyran ne peut pas avoir d'amis En parlant cet ainsi. 28). est devenu subitement un ennemi furieux .€LIUS 201 qui un contraste étrange avec l'adressait à celles précèdent.C. et quelle en fut l'issue? Il convient de sur le raconter. ne l'appelle plus qu'une vaut mieux mourir que d'y rester i. on ne lui en connaît guère. 15. mais dans des circonstances très différentes. et il trouve a qu'il dernier changement. cette cause. surtout faire mieux con- naître son enlouraue.

Ses libéralités n'ont fait que il des ingrats. les plus hon- nêtes. civ. qui à Dyrrliachiuni eut son bouclier perce de deux cent trente flèches malin de Pharsale ou.« les comblés d'argent et victoire. 53. n'avait la uombre n'avait pas ces scrupules. mais tous trouvaient qu'on avait mal payé si La générosité de César. Matins ne remplit jamais aucune fonction politique importante. Tout leur servait de prétexte pour murmurer. et qui se fai: saient si bravement tuer pour i. Quelques-uns. suffi à les satisfaire. gouverils naient les provinces les plus riches. Antoine s'était fait adjuger à vil prix la il maison de Pompée. » : ce Crastinus. se mit en colère et ne paya qu'en injures. 91. étaient tous mécontents.202 C. Sans doute mais il il faut remarquer que ce n'est pas parmi ceux qu'il avait fai'. De bell. et cependant ne cessaient de se plaindre. été trahi par ceux auxquels faveurs. m. Quoiqu'ild'honneurs après la ne eût il. c'étaient ses soldais. étaient préteurs et consuls. tu « Ce le me remercieras mort il Ceux-là fier servirent fidèlement. ils grande qu'elle leur avait livré ils pas On république. qu'il connaissait tous par leur nom. les conqu'il naissait et comptait sur pouvait pas se eux. lui sous ses yeux ce Scœva. fût.s préteurs ou consuls et dont il paya si souvent les dettes qu'il l'avait trouvé.'ELIUS plaça au premier rang cl qu'il appela à paiiagcr sa for- tune ne lui demeura fulèle. et sans la correspon- dance de Cicéron son nom ne serait pas arrivé jusqu'à nous. qui lui disait le soir. ^ > De bel'i. sa clémence n'a désarmé personne. se sentaient tristes en songeant qu'ils avaient détruit la république et versé leur sang pour établir le pouvoir absolu. vivant 2. mais il savait bien à ses généraux. ^u. — — . Le plus grand leurs services. quand on vint chercher l'argent. il et a avait le plus prodigué de Les seuls qu'on puisse appeler véritablement ses amis. c'étaient ses centu- rions. av. les vétérans qui restaient de la grande guerre des Gaules..

dans vulgaires ambitieux. Cicéron se souvenait de celte scène. de lousies et guerre. ils ne se conduisirent guère mieux ce lit jour là. servi La plupart d'entre eux avaient tous i's dans son armée .CiCLTUS 203 dut trouver ce jour-là qu'on lui manquait d'égards et appeler César un ingrat. ils finirent par trahir. » Quand * les généraux de César qui avaient tant de 15. les héros du siège de Marseille. Décimus Brutus et Trébonius. qui mendiaient sa n'étaient pas dignes. qui tenaient lui de protection et vivaient de ses faveurs. essaya de parler. . on a soixantaine. dont leur fortune et leur dignité. dont il avait été témoin. vainqueur des Nanluates. si braves en face de l'ennemi et la vie admirables un jour de bataille. Sulpicius Galba. et ces misérables. tandis que. Tout le temps que dura celte lutte horrible. et quand Brutus. lui. lorsa C'est le jour où tombent les opqu'il disait plus lard presseurs de leur patrie qu'on voit bien qu'ils n'avaient » ils tout leur courage consista à s'enfuir : pas d'amis '. le regardèrent tuer sans rien dire. Il n'est point rare de voir ces hommes de ordinaire. ^ De amie. Quant à ceux qui n'étaient pas du complot. à côté du cadavre sanglant. « comme une bête assaillie par des chasseurs. Basilus. Les conjurés n'étaient qu'une il y avait plus de huit cents sénateurs. il se déballait entre ces épées tirées contre demeurèrent immobiles sur leurs sièges. Parmi ceux qui tuèrent César se trouvaient ses meilleurs généraux peut-être. un de ses plus brillants officiers de cavalerie. pleins de basses jaIls de convoitises insatiables. redevenir. lui devaient l'honneur de siéger dans la curie. Lorsqu'on le dans Plutarque le récit de la mort de César. et se commençaient presque tous le par murmurer plaindre. et cœur serré de voir que personne n'ait essayé de le défendre.

Quelque habitué qu'on soit à voir l'initiative de révolutions pareilles prise par des gens qui n'ont pas grand'chose à il perdre. il n'y a pas un coquin qui ne soit avec lui >. quoiqu'il les estimât peu. avec eux à Formies ilisait-il. -2^rfvl//. partisans sincères. il était naturel qu'elle eût aussi Comment donc se fait-il que. et que presque tous. si réservé d'ordinaire. tout ne méritait des pas d'être conservé. 19.204 motifs de lui CyELlUS rester fidèles. . 18. IX. dans ce qu'il voulait détruire. y a lieu cependant d'être surpris que César n'ait pas trouvé quelques alliés plus honorables. au contraire. afin que le gouvernement nouveau ne parût pas être un réijime tout miseins. ne soient que des conspirateurs à gages travaillant sans sincérité pour un homme qu'ils n'aiment pas et à une œuvre la qu'ils jugent mau- vaise? Peut-être faut-il expliquer composition du parti 1 Ad AIL. pouvait-il compter davantage sur ces alliés douteux qu'il avait avant de le servir et qui recrutés sur le forum avaient servi toutes les causes? Pour accomplir ses des. parmi ceux qui l'aidèrent à changer un régime dont beaucoup se plaignaient. C'étaient les malhonnêtes gens de tous Il les partis qui étaient venus à lui de préférence. le trahissaient. Cicéron vint le voir en avait été fort effrayé : quand César « Dans tonte l'Italie. » et Atticus. il lui en nombre possible. et les prenait il sans choisir. Aussi n'était-il pas difficile. les accueillait bien. dont tout le monde avait soutTcrl. et les traînait partout à sa suite.. ne pouvait s'empêcher d'appeler ce cortège une troupe infernale 2. La révolution qu'il méditait avait des motifs sérieux. il y en ait si peu qui semblent agir par conviction. IX. d'hommes politiques. il avait besoin fallait le plus grand litaire. Ceux qui lui sont le plus contraires sont bien forcés de reconnaître que. .

furent payer trcs-clier : il avait plus probablement conquis par «Suet Cccs.i les mêmes moyens. r. il ait perdu son temps à lui démontrer les défauts du gouvernement ancien et les mé- On ne voit pas rites de celui qu'il voulait mettre à sa place. ils se faisaient les trésoriers des jeunes gens de grande famille qui avaient épuisé les Ils prêtaient sans intérêt. lui toute livrée au luxe et aux plaisirs. C'est ainsi qu'ils achetèrent Curion. » C'est avec cet argent qu'il se faisait des partisans. C'était bien connaître les et il hommes de son temps. Suétone. ?05 qu'il prenait pour le que lorsqu'il voulait gagner quelqu'un à sa cause. qui étaient ses gesses en son hommes d'affaires. qui n'étaient guère mieux dans leurs affaires. moins pour les punir que pour avoir un prétexte de les dépouiller i. qui venaient le voir ne s'en allaient jamais les Ceux mains vides. de tout ce qu'il trouvait dans les temples des dieux. . qu'il l'avait Il la pilla aussi dit vigoureusement vaincue. distribuaient des larnom ils venaient discrètement au secours : des sénateurs embarrassés. mais il on savait bien par quels services faudrait un jour se fit libérer. Cœlius et Dolabella. Pendant qu'il était absent de Rome. ressources paternelles.CiBMUS de César par les moyens onlinaires recruter. Jamais . les croyances aflaiblies nisa donc sans scrupule La Gaule en fournit les moyens. dans une société ne laissaient plus de place qu'aux intérêts. et plus Il em: ployait des arguments plus simples sûrs il payait. l'habile Espagnol Balbus et le banquier Oppius. « s'emparant. qui se de 60 millions de sesterces de ^dettes {i-1 millions de francs). Il orgaun vaste système de corruption. ne se trompait pas en pensant que. Il ne négligeait même pas de faire des présents aux esclaves et aux affranchis qui avaient quelque influence sur leurs maîtres.. et prenant les villes d'assaut.

Presque tous les ans. Il y avait de plus ici. Alors vert. de l'agitation des allaires. des émotions de la tribune. ving^ En général. ces bonne heure dans celte en avaient pris le goût. pendant l'hiver. des mécontents. Par une étrange inconséquence. en vint tant à la fois qu'on compta et cent deux cents sénateurs dans l'appartement licleurs à la porte. et les marché ou- grands personnages arrivaient à il la Un jour. Us avaient grandi au milieu des orages de la république. faut or. César revenait dans le la Gaule cisalpine était file. elle prodigalités. un jour ou l'autre. avec les trésors des Gaulois. leur pouvoir. Il n'y avait personne à qui le pouvoir despotique dût paraître bientôt plus lounl qu'à ceux qui n'avaient pu supporter même le joug léger et équitable de la loi. et Personne n'avait usé et de la parole. abusé plus qu'eux de la liberté hommes qui travaillaient de toutes leurs forces à établir un gouvernement absolu étaient ceux qui pouvaient le moins se passer des luttes de la place publique. il ils avaient livré la En rnéme temps leur était bien facile de voir que le nouveau régime qu'ils avaient établi de leurs mains no pouvait pas leur rendre ce que l'ancien leur . une raison particulière qui devait faire d'eux. ils lui devaient leur inlluence. c'est-àli- dire de ce qui n'existe que dans les gouvernements bres. leur renommée. à Lucques. Aussi ne tardèrent-ils pas à s'apercevoir delà faute qu'ils avaient connnise. la liberté des autres. Us comprirent qu'on aklaut un maître à confisquer leur. ils s'étaient jetés de ils vie active et bruyante.20(5 CiELIUS corruption ne s'étendit sur une plus large échelle et ne s'étala avec plus d'impudence. il jour où l'on se lasse de fournir à leurs commencer à se méfier d'eux. pour tous ces amis politiques de César. la fidélité des gens qu'on achète ne dure pas beaucoup plus longtemps que l'argeal qu'on leur a donné. en leurs mains. l'argent ne dure guère.

autorité. à chaque absence de César les troubles recommençaient. n'a consenti volontiers à subir une discipline.C/ELIUS aurait ilonné. et souvent aussi des trahisons. 207 que ces dignités payer. ont compromis la tranquillité publique qu'ils étaient chargés de maintenir. X. avait sans doute encore des préteurs et des consuls quelle comparaison trats mais pouvait-on faire entre ces magis- dépendant d'un liomme. Dès qu'ils n'étaient anciens instincts reprenaient chez eux plus sous les yeux du maître et contenus par sa main puissante. Dolabella. indisciplinés remuanîs ne de nature et d'ha- bitude. et s'est résigné de bon cœur à obéir. après lui avoir été fort utiles. et dans cette ville pacifiée par le pouvoir absolu. mais à la légère et dégagée dont il parlait déjà de César qu'il lui. ils redevenaient à la première occasion les séditieux d'autrefois. obscurcis et dominés par son comme effacés là par sa gloire. et comment cette ambition. au peu d'illusion semblait avoir sur fait Il on peat conjecturer >. Voilà alliés comment fini ces que César avait recrutés dans les divers partis po- litiques. des regrets. ont tous lui par causer de grands embarras. *? Qu'élait-ce en effet et ces honneurs dont on prétendait les seul quand un Il homme possédait la réalité du pouvoir y . Aucun de ces esprits et indociles. Antoine. les le dessus. Curion. est facile quo les dignités de l'ancienne république n'avaient pas « ÂdAit.. C'est ainsi que Cœlius. . qu'il aurait comme les autres maintenant du comprendre quelles raisons avait Caelius de se plaindre. mourut trop vite façon pour avoir eu le temps d'être mécontent. nouveau. et ceux de l'ancienne république? De devaient naître inévitablement des mécomptes. 4. soumis à ses caprices. le chef de celte jeunesse ralliée au gouvernemen». dans ses conversations intimes.

qui était la plus honorable. finit C^LIUS par se trouver mal à l'aise dans le ré- gime nouveau. lui causa un résolut de s'en venger. il Caelius le savait bien. mais n'eut pas la préture urbaine. paraît-il. i5. au milieu des émotions de tenter l'Italie. s'y distinguer. Quoiijue César fût maître de Rome et de l'Italie. qu'il regarda violent dépit. et qu'à lui seul allait moi appartenir désormais la gloire. Dès le félicitait : le début de la guerre il quand on des succès des sieni. Le mécontentement s'était glissé chez lui civile. et cette déclaration de guerre qu'il à César et à son parti. et lui fut préféré. Elle lui sem- venue quand il vit César partir avec toutes ses troupes pour la Thessalie à la poursuite de Pomptc. dans laquelle circulaient mille bruits il contradictoires sur les résultats de la lutte. il donner. de bonne heure. n'ignorait pas que dans les luttes « Ad fam. il lui restait encore de grandes difficultés à surmonter. mais ce qui l'était Le moment était bien choisi. César l'emmena avec sans lui dans son expédition d'Espagne. l'occasion de il De retour à Rome. lui comme le pouvoir. c'était la question résolut d'engager le combat. qui n'arrive pas jusqu'à ? » C'est qu'il commençait à comprendre que dans le nouveau gouvernement il n'y avait plus de place que pour un homme. pourrait un coup décisif. fait ré- pondait tristement « Que me i cette gloire. Il crut qu'en l'absence du dictateur et de ses soldats. vin. On s'explique alors avait écrite Hiisait U lettre étrange qu'il àCicéron. et n'attendit qu'une occasion. Tréb(mius fut nommé préteur. Cette préférence. Il comme un bla outrage. même sur laquelle fait Caeli'is Rien ne plus d'honneur à son habileté politique que si d'avoir discerné nettement les côtés faibles du parti victorieux. etd'avoir vu d'un siticn qu'on pouvait coup d'oeil la meilleure po- prendre peur l'attaquer avec succès.208 contentée. . et qu'on prévit que l'armée républicaine no l'arrêterait pas.. mieux encore.

qu'elle ne le pourra pas réaliser. x\près un siècle de luttes souvent sanglantes. difficile a pris et ces beaux programmes d'opposition qu'on deviennent alors a acceptés et répandus de grands embarras. César cratique . avait formulé pour lui quelque demande nouvelle. on n'épargne le jour qu'on arrive au pouvoir. aussi son souvenir était il resté très-populaire. 38. démocratique.CiELIUS politiques le succès est souvent 209 une épreuve pleine de Il dangers. quand semblait éloigné . tout préparé. César. Gatilina promettait la confiscation et le pillage. Clodius avait prétendu établir le droit illimité d'association et gouverner la république par les sociétés secrètes. Après que l'ennemi est vaincu. avait son programme Ce n'était plus tout à fait celui des Grac- ques. tant qu'on n'est pas pas les promesses. en entrant en le parti venait rendre la liberté à la république asservie par une poi- gnée d'aristocrates. afin de l'entraîner plus sûre- jnent à sa suite. depuis Gains Gracchus. moment de les satisfaire il faut surtout se défenla et dre contre les espérances exagérées que naître victoire fait chez ceux qui l'ont remportée. Or. le faut résister à des convoitises qu'on a tolérées jusque-là. mais il plus fort et qu'on veut se faire des partisans. qui » Pvo Flacco. de tenir tous les engagements qu'on est bien . et les folles résistances de l'aristocratie avaient rendu le peuple plus exigeant. ou même qu'on a paru encourager. Chacun des chefs proposés à le qui. dont il se proclamait ainsi le mandataire. était le là chef reconnu du parti lui venait sa force. on a les siens à maintenir. démose sou- c'est de que On qu'il vient qu'il avait dit. D'ordinaire. . Cicéron parle des repas funèbres qu'on célébrait en son et des fleurs honneur dont on couvrait son tombeau i. s'étaient conduire. les haines s'étaient envenimées. ce qui donne quelquefois plus de peine. Italie.

tel était l'idéal ordinaire les plébéiens mais.çait pour lui. En môme main aux hommes modérés des parti? anciens. dès qu'il serait victorieux. En ce moment. Après s'être servi sans remords du programme delà démocratie pour renverser la république. et la banqueroute générale décrétée par la loi. il Aussi croyail-on que. César avait paru l'accepter en se proclamant le chef de la démocratie. il fallait bien qu'il promît œuvre et satisferait aux vœux de la démocratie. il s'était bien gardé de faire des réserves. c'était une révolution sociale. ce qu'ils était demandaient avec le plus d'insistance. le réaliser. s'approprier les meilleures terres des alliés en envoyant des colonies dans les villes italiennes les plus riches. sous prétexte de reprendre à ristocratie le domaine public qu'elle sélait approprié. ce qui venu le mot d'ordre de tout ce parti. au moyen de distributions gratuites très-fréquemment répétées. n'ignorait pas fonder un autre. Tant que la lutte fut douteuse. c'élait des dettes. elle ne paraissait pas se soucier beaucoup de réformes politiques ce qu'elle voulait. si violent qu'il fût. . il comprit qu'un rôle nouveau commen- . rien faire. et il il voulait en que sur la spoliation et la banqueroute on ne peut rien établir de solide. de souverain en temps qu'il tendait la il n'avait . ne pouvait pas tout à fait répudier leur héritage .2t0 CiELlUS se présentait pour leur succéder. se mettrait à l'œuvre poi"" Mais César n'était pas seulement venu pour détruire un gouvernement. son ins- tinct firent d'homme d'Étal et son un conservateur. Ce programme. de- l'abolition comme on disait. aux frais de l'Elat. Le jour où il fut maître de intérêt Rome. de peur d'affaigistres des créanciers blir son parti par des divisions. arriver à une sorte l'a- de partage des biens. la destruction des re- {tabulœ novœ)^ c'est-à-dire la violation autorisée de la fui publique. ou. Être nourri sans qu'il achèverait leur .

qu'il apporta au Ce droit. et le tribun Clndius s'en .GiBLIUS 211 pas de scrupule à rentrer souvent dans les traditions de l'ancien régime. en Afrique et en Grèce. est loin d'être celle d'un révolutionnaire. quolques-unesdesesloisonlélé louées par Cicéron après les ides de mars. beaucoup plus sé- vère que les précédentes. Il est certain que l'œuvre de César. Ces mesures qui gênaient les avait le commerce ti'aditions et l'industrie. Elles ne pouvaient donc pas être populaires. ava't été respecté jusqu'aux derniers temps de la république. Les marchés étaient gardés militairement. et qui par conséquent nuisaient aux intérêts du peuple. Il ne pouvait pas songer à abolir tout à fait les il libéralités que l'Elal faisait au peuple de Rome. et on autorisait les soldats à pé- nétrer dans les maisons et à saisir jusque sur les tables les comesijbles prohibés. il n'en admit plus que cent cinquante mille. des droits d'entrée sur les marchandises étranpublia une loi sompluaire. Au lieu de trois cent vingt mille citoyens qui y prenaient part sous la république. et la fil exécuter avec une rigueur tyrannique. Loin de rien changer as ré- gime prohibitif qui il établit Il gères était en vigueur sous la république. c'est assez dire qu'elles n'étaient pas conformes aux vœux et aux espérances de la démocratie. de peur qu'on n'y vendît rien de ce que la loi défendait d'acheter. et que tous les ans le préteur remplacerait ceux de ces privilégiés de la misère qui seraient morts dans l'année. 11 envoya quatie-vingl mille citoyens pauvres dans des colonies. c'étaient les restrictions droit de réunion. mais au delà de la mer. il ordonna que ce nombre ne serait pas dépassé. ce qui encore moins. mais. César empruntées aux l'était des gouvernements aristocratiques. auquel la démocratie tenait plus qu'à tout autre. mais les restreignit. à la prendre dans son ensemble. qui réglait en détail la façon dont il fallait s'habiller et se nourrir.

ne laissant exister que les plus anciennes. Rome que il chez nous les sec- en 93. n'était pas pour rien que le en général ce peuple donnait son suffrage. comme on désignait par avance un personnage important. nommé la sequester. Sous prétexte d'honorer il dieux lares de chaque carrefour. Il ne recula donc pas devant des mesures sévères pour se débarrasser de ce désordre organisé. on les divisait en décnries cl en centuries.212 était CiELIUS habilement servi pour épouvanter la le sénat et faire régner les terreur sur le forum. entre les mains duquel on déposait promettait le candidat. César. Religieuses d'abord. Il pensa qu'un gouvernement régulier ne subsisterait pas longtemps. A l'époque de Clodius. chel's qui les naient voler militairement. qui avait dirigé par elles les élections et dominé les délibérations du forum. et des distribu- somme que teurs {divisores) chargés après le vote. qui s'é- souvent servi de ces associations secrètes. on leur choisissait des et. Voilà comment s'exerçait à Rome lo suffrage universel à la fin de la république. et jouaient le mée tions même rôle dans les émeutes de modèle. . qui n'offraienl oas do danger. Au grand scandale de ses amis. et de quelle façon cette race. ne voulut plus les souffrir quand il n en eut plus besoin. sur le A même côté de ces associations permanentes. s'était formé des (\nï associations de quartier {coUegia couî*pilalicia) con- tenaient des citoyens pauvres et des esclaves. On me- enrôlait les gens par quartier. naturcHement amie de la discipline. s'il laissait fonctionner auprès de lui ce gouvernement occulte. elles formaient une sorte d'arrégulière de la démocratie. de la répartir entre chaque tribu. et s'en formait de temporaires toutes les fois qu'avait lieu quelque grande élection. était tait parvenue à discipliner le désordre. i supprima d'un seul coup toutes les sociétés politiques. ces sociétés étaient bienlôtdevenues politiques.

qu'on en fixerait non pas la valeur actuelle. D'ailleurs. il ne fut pas aussi radical qu'on le supposai'. pour rendre plus facile le payement de la somme ainsi diminuée.c^Lius Celaient là 213 des mesures vigoiueiises el qui devaient blesser bien des gens. Suétone dit que. la prudence lui commandait de ne pas mécontenter ses amis. son -ancienne Lors][u'il partit pour Pliarsale. malgré les difficultés de sa situation. de celle façon. il se contenta de les réduire. quand il luireslait tant d'ennemis. tant la déinocratie les avait prises à cœur et exigeait une solution immédiate Telle était surtout l'abolition des dettes. du capital . après Munda et Thapsus. mais celle qu'elles avaient avant civile. alliée.. Assurément. il régla que les propriétés des débiteurs seraient estimées par des arbitres. et rien jusle que de voir la loi ne nous semble plus inelle-même déchirer des contrats qui craignaient qu'on qui sont placés sous sa sauvegarde. les intérêts seraient déduites ensuite. quand son autorité el a'était plus contestée par personne. César s'en occupa dès son retour d'Espagne. la créance était diminuée de plus du quart. Nous ne comprenons pas ces interventions du pouvoir. les Il or- donna d'abord que toutes sommes payées jusque-h. pour spolier sans motif des particuliers d'une parlie de leur fortune. il y avait certaines questions qu'on ne pouvait pas remettre. mais alors l'impression ne fut pas la même. un terme moyen au lieu d'abolir complè: tement pour les dettes. ne leur laissai rien. s'cstimaienl Irès-Iieureux de ne pas . aussi n'osa-t-il les prendre que plus tard. qu'il se sentait assez fort pour résister à la déniocralie. il avait encore beaucoup de ménagements à garder. ces mesures nous paraissent encore très-révolution- la guerre les naires. mais ici encore. Placé entre ses instincts il s'arrêta à de conservateur et les exigences de son parti. et que les créanciers seraient obligés de prendre à ce taux. Les créanciers.

el s'é- rigeant de sa propre autorité en juge des arrêts de son collègue et de son supérieur. jugeait les contestations qui s'élevaient à propos de leur arbitrage. Prendre pour lui ce rôle de démocrate avancé. el les débiteurs. l'occasion d'éla saisir et bonne. Pendant que nom- més pour évaluer les biens des débiteurs s'acquittaient et de leur mieux de leurs fonctions délicates que fit le pré- teur de la ville. De « murmures. se plaignaient lût leur faire et des payer quelque chose. » Pour un ennemi caché comme clater était fiter Caelius. l'une qui faisait remise à tous les locataires d'un an de loyer. amèrement qu'on voulà des mécomptes En ce moment. les arbitres tel fut le plan qu'il ininginn. Celte fois le peuple sembla disposé à venir en aide à celui qui prenait si résait solument son parti : des troubles eurent lieu. écrivait Cœlius. tout le monde ici est pompéien '.214 loiil C/ELIUS perdre. ou. la situation et. il publia deux lois fort hardies. malgré l'opposi- du consul Servilius et de tous les autres magistrats. Cajlius placer sa chaise curuie à côté du tribunal de Trébonius. former de tous ces méconun parti plus radical et s'en tents déclarer le chef. Ce premier échec ne découragea pas Caelius : il pensa au contraire que plus cile. soit plutôt qu'on eût peur de César. vin. Sa tac- tique était hardie. devenait diffi- plus il fallait payer d'audace. comme on dirait aujourd'hui. dont César ne voulait pas. 17. personne n'osa se présenter. mais. les réclamations il déclara qu'il appuierait de ceux qui auraient à s'en plaindre. le sang ' Adfam. 11 s'empressa de il de pro- de celte désaffection dont était témoin. à l'exception de quelques usuriers. de socialiste. l'autre qui abolistion entièrement toutes les dettes. soit que Trébonius contentât tout le monde. . Trébonius. qui avaient compté être tout à fait libérés..

le seul rôle dans toutes les révolutions consiste à former. L'un lui rendait la liberté et le croyait capable de la désirer et de la défendre. et rien n'est plus capable de l'arracher à son apathie. le tribunat et les luis agraires. il avait semblé perdre entièrement la mémoire du passé. cruel pour tous les revers. par un reste d'habitude.CiELlUS coula. ces deux hommes façon : différents se trompaient de la même tous les deux avaient trop compté sur le peuple de Rome. il avait un jour paru sen- sible à ces grandes promesses qui l'avaient ému fut fois. Dans des causes tout à si opposées. comsuccès. alors qu'il était libre. le Un peuple pareil ne pouvait être un appui sérieux' pour personne. celte émotion ne tant de que pas- . le plus misérable de tous les peuples. Son rôle le jour où il avait abtliqué entre les en avait le mains du pouvoir absolu. Dès lors on le voit renoncer à toute initiative politique. par une lait singulière coïncidence. il n'était pas plus susceptible que de nobles sentiment : instincts. ces convoitises entretenues avec tant de soin par les chefs populaires. quand la lutte est finie. mais peuple n'écouta ni l'un ni l'autre. C'est déjà ce peuple de l'empire si admirablement peint par Tacite. 215 forum. 1 autre l'appelait aux armes en car il lui promettant de le lui faire part de la fortune des riches. plaisant à tous les qui accueille tous ceux qui triomphent avec les mêmes applaudissements. commencer. attafut renversé de son tribunal et ne se sauva que par miracle. Ces droits souhaités avec tant d'ardeur et conquis avec tant de peine. Cœlius triomphait et croyait sans doute qu'une révolution nouvelle allait autrefois sur le comme qué par une multitude furieuse. Tréhonius. Si. il al- se trouver victime do la même erreur qui plus lard fait perdit Brutus. et dont cortège du vainqueur. mais. de mauvaises passions était fini. et Cœlius avait tort de compter sur lui. tout lui devient indifférent.

il en fit construire une autre tout en lanières de cuir et l'apporta au consul. Après que sa chaise curule eut été brisée. Caelius rentra chez lui la rage dans le cœur. dont il redoutait l'audace incorrigible il . Après un déshonneur aussi public. Cetle fois peuple resta tranquille.216 sagère. dans lesquelles il jouait sa vie. nous apprend qu'au milieu de ces graves affaires. il s'était réfugié à Marseille. Milon. C'était une entreprise auda- cieuse. Condamné plus tard pour assassinat. On racontait que Servilius avait. mais. disant à tout monde qu'il s'expliquer avec César. il défendit à Cœlius d'exercer les fonctions et. le il fit briser sa et l'arracha d'où il ne vou- pas descendre. Le sénat de la consul Servilius lut armé par fameuse fur- mule qui suspendait tous les pouvoirs légaux et concentrait l'autorilc dans une seule main. conservé par Quintilien. Aidé de ces troupes de passage. et cependant avec l'aide d'un l'appui. mais il avait bien d autres nait. Cailius projets. était revenu en ca- chette et attendait les événements. Caelius conservait la légèreté de son caractère et son humeur railleuse. il ne pouvait plus rester dans et pas veiller Rome. dans sa jeunesse. une voix ne répondit à celle qui essayait de rédans ces âmes éteintes les auciennes passions. Puisque Rome l'abandon- nouveler la allait essayer de soulever l'Italie et de reguerre sociale. avait ex- cepté celui-là. César. ne désespérait pas d'y réussir. et il CiELIUS suffil de quelques cavaliers qui Iraversaienl le Rome par hasard pour le faire renirer dans l'ordre. il homme intrépide. chaise curule lait comme Cœlius résistait de la tribune. Cœlius alla le Irou1 Un détail Irès-curieux. en rappelant tous les bannis. sur l'invitation de Cailius. Tous les spectateurs éclatèrent de rire. qui s'était fait redouter par ses violences pendont il s'élail ménagé dant cette anarchie qui suivit le consulat de Cicéron. • de sa charge. Aussi le s'empressa-t-il allait de la quitter. l\ y avait alors en Italie un ancien conspirateur. reçu les étrivières. .

mort. la Caelius et Milon furent bien forcés de se servir de dernière ressource qui leur restait. par ces moyens. rassemblé quelcjucs partisans. ils le tuèrent. ils se séparèrent pour tenter isolément la fortune.C^LIUS ver. après tout. Ca^. fin Jamais plus vastes desseins n'eurent une aussi miséet Après avoir montré une incroyable audace formé des projets de plus en plus hardis à mesure que les premiers échouaient. et comme il s'avançait pour s'ils leur parler et leur promettait de l'argent le suivre. Là. les esclaves.quatre ans cet intrépide jeune homme rable. survenue au moment où si triste tous les yeux étaient fixés sur Pharsale. après avoir en quelques mois essayé successivement de soulever le peuple de Rome. fut tué d'un coup de pierre. ils les citoyens libres de Rome et de l'Ila- s'adressèrent aux populations serviles. pas méritée? N'élait-il pas juste. Milon. Les municipes resilaliens tèrent tranquilles. mais aucun des deux ne réussit. l'Italie. Abandonnés par lie. quoi que prétende . qui avait espéré balancer la fortune de César. qu'un homme qui avait vécu d'aventures pérît comme un aventurier? Ce n'élait pas un politique achevé. après avoir essayé vainement de faire déclarer pour lui Naples et la Campanie. Quand ils eurent. il mourut obscurément de la main de quelques barbares et sa qu'il voulait porter à trahir leur dcToir. ei lous 217 municipes et les deux écrivirent des lettres pressantes aux pour leur faire de grandes promesses exciter à prendre les armes. voulaient Ainsi périt à trente. n'était dire pourtant que celte fin. fut contraint de rétrograder jusqu'tà Thu- rium. qui avait osé allaquer une ville importante défendue par un préleur avec une légion. Qui oserait qu'elle soit.lius. ouvrant les prisons d'esclaves et appelant à eux les pâtres de l'Apulic et les gladiateurs des jeux publics. il rencontra des cavaliers espagnols et gaulois qu'on envoyait de Rome. passa presque inaperçue.

l'élégance qu'il sut conser- ver jusque dans les plus tristes désordres. comme a tour à tour servi la justice les partis les plus opposés sans croire à est d'au- cun. Cependant. S'il avait su mettre s'était attaché plus d'unité dans sa vie. n'a pas osé lui. vue nette des situations dans politique. mais mourir à Pharsale ou à Philippes est encore un honneur dont traire. cette fécondité de ressources. Le sage Quintilien lui-même. une sorte de franchise hardie qui l'empêchait de chercher des prétextes honorables cette pour des choses qui ne la vie l'étaient pas. cette intrépidité à tout oser lête^ tant de brillantes qualités grands défauts ont désarmé celte les mêlées à de juges les plus rigoureux. si peu fait pour comprendre nature emportée. trouvant atteint leur perfeclion. n'ont pas moins nui à son talent qu'à son caractère. il C/BLIUS lui a manqué. ses qualités. cette connaissance des hommes. auraient Il aurait pu succomber sans doute. toute se morale : « C'était un homme qui méritait de se conduire mieux et de vivre . Au conchangé d'opinions autant de fois que il d'intérêts ou de caprices. celle sentiments. L'instabilité de ses sa conduite. l'histoire a quelque peine à maltraiter. les inconséquences de sorte de scepticisme qu'il alTectait pour toutes les opi- nions. il n'a jamais été qu'un orateur incomplet et qu'un il politique de hasard. et mort sur un grand chemin le comme un malfaiteur vulgaire. un emploi digne d'elles. comme il a la postérité tient compte. les agréments de son esprit. malgré ses fautes. s'il de bonne heure à quelque parti honnête. Les écrivains anciens ne parlent jamais de lui qu'avec une secrète complaisance. d'avoir une croyance et de se dévouer à la servir. cependant être sévère pour contente d'ajouter pour Après avoir loué il les grâces de son esprit et son éloquence mordante. L'éclat qui entoura sa jeunesse. cette vigueur e[ à jouer sans cesse sa si de résolution.218 Cicéron. pour l'être.

devenait pluo sérieux et plus élevé. il mais pour peu de temps. dignus vir cui mens melior ' vita » longior contigisset Au momenl où mourut Cœlius. oral. selon le mol les célèbre.C. Son ami Calvus allait le suivre de près. Dolabella survivait. y X. mûri par l'âge. car il est vrai de dire. C'était une gé- nération révolutionnaire que la révolution moissonnait.^ÎLIUS ?lfl et plus longtemps. que dans tous les temps enfants. restait presque aucun de ces jeunes gens qui brillaient aux fêtes de Baies et qu'on applaudissait au forum. CdtuUe était mort le premier. et que ne les vers de Catulle et les lettres de Cicéron nous ont permis de connaître. i. allait périr aussi d'une façon tragique. 1 comme dans tous pays elle dévore se» Inst. avait Il déjà disparu en partie. comme Cailius le fut par ceux de et César. . emporté à trente cinq ans. sans doute par les fatigues de la vie publique. cette jeunesse élégante ! dont il était le modèle. Curion avait été tué par les soldat? de Pompée. au moment oii son talent.

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CESAR ET CIGERON CICL^RON ET LE CAMP DE CESAR DANS LES GAULES Cicéron ne se trompait pas lorsqu'il disait un jour à César : « Après nous. Aucun n'a excité plus de sympathies ni soulevé plus de colères. il y aura de grands débals sur i. lorsqu'ils viennent à songer à ses victoires ou quand ils lisent ses écrits. 9. se sentent saisis pour lui d'une complaisance secrète. et il faut reconnaître qu'il semble y avoir en lui est certain c'est le de quoi justifier les unes et l'admirer ni le les auties. plus il » Pro Marcello. Les gens môme qui le délestent le plus et qui ne peuvent pas lui pardonner la révolution politique qu'il & accomplie. . Il comme il y que en a eu parmi nous-mêmes » personnage de l'histoire sur lequel on discute encore avec le plus d'acharnement. On ne peut ni blâmer sans quelques réserves. Plus ce personnage est complexe et discuté. et il attire toujours de quelque côté ceux qu'il repousse d'un autre. voire compte.

fut reçu par une mulli» . où débarqua. et il arrivait de toutes il fermes voisines et des pères de famille avec leurs femmes leurs enfants pour le voir passer. Quoique Gicéron ait été presque toute sa vie séparé de César par des dissentiments graves. et ses admir. Cependant peut-être il y a quelque intérêt.iteurs les plus résolus la dissimulent le plus qu'ils le peuvent. si bien . fait Quand Cicéron revint de l'exil auquel Clodiiis condamner après son consulat. Ce n'est pas une belle époque de sa vie. redevint son ami et se l'intermédiaire entre le vainqueur et ceux qu'il avait Cherchons ce de sa vie où il qu'il l'a nous dit de lui condamnes à l'exil. importants de cette époque rensei- qu'elle conlienl sur celui qui fut le plus grand I Il faut d'abord que je rappelle par quels événements le parti aristocratique. qui nous fait et recueillons correspondance. célébra son arrivée par des fêtes publiques. deux fois il eut l'occasion d'entretenir avec lui pendant la guerre des Gaules. son retour il fut un véritable triomphe. et et comment d'Hortensius de Calon devint complaisant de Pom- pée et de César. Cicéron fut amené à déserter quel la il s'était attaché depuis auson consulat. à s'y arrêter un mol'avait ment. à ces deux moments dans sa les vu de plus près. A Rome. municipes qui bordaient sur la la voie Tous les citoyens des Appienne l'attendaienl les route. même quelque profit. connaître les hommes gnements de tous. pour servir l'ami courageux le fortune des triumvirs. il des relations intimes : fut son allié politique et il son correspondant assidu. Brindes. après fil Pharsale.222 CÉSAR ET CICÉRON importe. d'inlerrogei ceux qui ont pu le connaître. pour se faire de lui une idée juste.

CÉSAR ET CICÉRON tude immense entassée sur les places « Il 223 publiques ou rangée sur il. et volé avec le même empressement que beaucoup battaient des mains à son retour qui avaient applaudi à son départ. il trouva les plus grands personnages et du sénat qui l'attendaient. on ne sait comment. » Mais il ne larda pas à redescendre sur la terre.28. des petitesses de l'esprit de parti.. et. — « Pro /)t?m. de la ville. mais les peuples ont parfois de ces entraînements étranges et généreux. honneur immortel pour l'éclat en a été toute l'objet. 22. ces mouvements de reconnaissance vite. où allait habiter. de se dégager par un élan imprévu des rancunes. disait-il . et d'admiration s'arrêtent ils mais n'eussent-ils duré qu'un jour. et laissent suffit éclairer une pardonner à Cicéron d'avoir parlé si souvent et avec tant d'effusion de ce beau jour. avaient qui l'exilait. il Il en même temps des les avaient adresses de félicitations de toutes les sociétés populaires est probable que parmi ceux qui l'année la loi signées s'en trouvait qui. les degrés des temples. Un peu d'orgueil était ici légitime et naturel. disait- que toule la ville se fût arrachée de ses fondements » pour venir saluer son libérateur il Chez son frère. les a vaincus. . D'ordinaire. Il leur arrive des méfiances. Comment une âme aussi tendre aux applaudissements populaires aurait-elle résisté à l'ivresse d'un retour triomphal? Je ne crois pas seulement revenir de l'exil. semblent le plus ardentes et les de s'unir tout à coup pour rendre hommage à un grand talent ou à un grand caractère qiii. i. semblait.. précédente. celui qui à qu'ils faut-il sont un vie. Quoi qu'il eût pu croire au premier moment. il reconnut bientôt que cette ville qui l'accueillait avec tant de fêtes » in Pi8. il me semble Aussi c( que je monte au ciel 2. au les passions moment où divisions le plus vives.

sort tout à coup des bas-fonds de nos villes manufacturières. et qui se jouaient avec la mort il des autres et avec la leur. multitude immonde et terrible de gens sans famille. et qu'il la retrouvait n'était pourtant [»as l'état dans L'anarchie y régnait depuis trois ans. après avoir volé ou assassiné chez eux vécu de pillage l'Ilalie se pendant la route. placés par l'opinion générale hors de h loi et de la société. et y avait assez bien réussi pour mériter de devenir la terreur des honnêtes gens. y avait toute celte foule d'af- franchis démoralisés par la servitude. transfuge de l'aristocratie. avaient déchaîné la tout à fait maîtresse. il y avait ces gladiateurs dressés à combattre la bêle ou l'homme. Depuis que les triumvirs. Il autant que c'était possible. Quand nous parlons de la démagogie romaine. n'avaient rien à respecter comme ils n'avaient rien à perdre. venaient de toute réfugier et se perdre dans l'obscurité des quar tiers populaires de Rome. nous la figurer. Les enrôle- . instrument il ordinaire des révolutions.'^24 CÉSAR ET CICÉRON changée. souvenons-nous qu'à Rome ces couches inférieures descendaient bien plus bas encore. il ne faut pas oublier qu'elle était bien plus effrayante que la nôtre. les pires el de tous. qui. mais une anarchie telle. Un la hardi tri- bun. Quelque juste effroi que nous cause la populace qui. et qu'elle se recrutait d'éléments plus redoutables. avons peine à nous exemples que nous ont dimnés nos révolutions. Au-dessous des étrangers déployé dans celle œuvre sans aveu et des ouvriers sans pain. sans patrie. diltlcile avait beaucoup de talents et d'audace. y avait surtout ces esclaves fugitifs. au jour d'émeute. de la discipliner. nom de Rome. C'est parmi eux que Clodius recrutait ses bandes. Clodius. que malgré tous les il où l'avait quittée. et s'était qui portait le plus beau et. la pour s'emparer de démagogie. elle était répuhlique. et à qui la liberté n'avait donné qu'un moyen de plus de mal faire. qui. chargé de conduire.

Mommsen. ils rencontraient. qui. ci- toyen. comme avait dit Dans celte un Grec. Il » Rome républicaine à ses n'y avait plus de loi qu'on respectât. et dit bataille commençait. pour se défendre. la M. fini le lendemain Le sénat lui-même. y prenait 15 part alors. près des degrés Auréliens. avec tant de violence que les sénateurs épou- CICÉRON. sous des chefs énergiques. Là. la Figurez-vous Londres. plus de magistrat qui fût à l'abri de la violence. la police de Constantinople. les tribuns alors. on se disne surpreles une brutalité révoltante. faisait venir des contrées sauvages du la Picenum ou de « la Gaule. avait par perdre cette qualité qu'un Romain perdait assemblée de putait avec nait rois. avec moderne. On et organisait ensuite les nouveaux soldats en décuries Ils se en centuries. non pas les honnêtes gens. Un jour on on laissait brisait les faisceaux pour mort un tribun. la dernière. les artisans rejetés sur la voie publique et toute l'armée des sociétés secrètes s'acheminaient ensemble vers le forum. ordonnaient de fermer les boutiques . et avaient leur centre et leur arsenal au temple de Castor. l'industrie de Rome : songez à l'état politique de Paris en 1848 vous aurez quelque idée de derniers moments. la gravité. Le jour venu. . allaient le où mot d'ordre. et population esclave de Nouvelle- Orléans. entraîné par l'exemple. Quelquefois les à'ordure et de chair pourrie. Cicéron lorsqu'il personne donnait à ses adversaires noms de pourceau. mais des gladiateurs et des paires que le sénat. restaient chez eux.CÉSAR ET CICÉRON 225 ments se faisaient au grand jour. dans un des endroits les plus fréquentés de Rome. se sentant inférieurs. si discussions devenaient vives que le bruit en arrivait jusqu'à cette foule les émue Elle qui remplissait portiques voisins de et la curie. et quand on avait besoin d'une nianifestalion populaire. plus de d'un consul. prendre réuils nissaient par quartiers dans des sociétés secrètes.

i. ou. On se pressait d'y arriver avant ses adversaires. un cortège de gladiateurs et d'un quartier à l'autre on prenait autant de précautions que si l'on avait eu à traverser une contrée aller Pour déserte. Au des milieu de Rome. On était réduit à se fortifier dans sa maison de peur d'y être surpris. était fatigué fallait de s'insulter. On en était réduit à regretter l'époque où l'on trafiquait pu- bliquement de la voix des électeurs. vantés s'empressaient de fuir Au forum. Cicéron rapporte que. 3. on le com- prend. — i Ad Quint. 11. Mais nulle part les luttes n'étaient plus les jours ardentes qu'au champ de Mars d'élection.226 CÉSAR ET CICERON i. sortir qu'avec On ne pouvait plus d'esclaves. et l'on se rencontrait au détour d'une rue avec la même frayeur qu'on aurait eue au coin d'un bois. on se ciachail au la U prendre d assaut tribune lorsqu'on es- voulait parler au peuple. on les attaquait pour les déloger : naturellement les dignités apla partenaient à ceux qui restaient maîlres de place. et on risquait sa vie pour sayer de s'y maintenir.. Les tribuns avaient trouvé une nouvelle manière d'obtenir l'unanimité des suffrages : pour les lois qu'ils proposaient c'était défaire battre et de chasser tous ceux qui s'avisaient de n'être pas de leur opinion. Des rencontres avaient lieu dans chemins qui y conduisaient. C'était une manœuvre ordinaire que de maison de ses ennemis. Chaque parti se rendait avant jour au champ les de Mars. s'ils y étaient déjà établis. visage c'était bien pis encore. il y avait des batailles véritables et sièges on règle. II. quand on 2. . au risque d'incendier tout un quartier. et vers la Gnil ne se pasmettre le feu à la < Ad Qiimt. Au milieu de toutes ces bandes armées. En ce moment. on ne se donnait même plus la peine d'acheter les dignités publiques : on trouvait plus commode de le les prendre de force.. il n'y avait de sécurité pour personne.

revenait bien décidé à s'engager la conduite qu'il tint à son arrivée.. hommes de son siècle il de tous les-siècles En même temps. « Le Tibre. et ses premiers disIl cours sont des chefs-d'œuvre de politique. qu avait eue de combattre puissants. C'est mais qui plus faible. évidemment le le moins qu'il pourrait avec personne. le plus grand des 2. Ce n'était pas une de ces âmes que le malheur rend plus Pendant fortes. L'exil l'avait découragé. » la Voilà dans quelles obscures convulsions périssait république romaine et quels désordres honteux usaient ses dernières forces. plus sage. — ^ Ad yop. retour sur le passé. » nous dit lui-même pro qu'il se gardait bien Pro Seat. à désarmer ses ennemis par ses complaisances et à ménager tout le monde. et qui trouvent une sorte de plaisir à lutter avec la maules vaise fortune. la résolution d'être prudent pour ne plus s'exposer à en sortir. .l. *-ed. et a pour la louer de . dit Cicéron en parlant d'un de ces combats. et la faute qu'il avait commise de Il se lier trop étroitement au parti était qu'il jugeait le meilleur. qui avait pris il une mais part très-active à son retour. les égouts publics en furent comblés. avant de rentrer à Rome. longs triste ennuis de son séjour en Thessalie. et l'on fut forcé d'élancher avec des éponges le sang qui ruisselait du fo- rum 1. 35. Cicéron connaissait bien celte anar- chie sanglante et les dangers qu'il allait y courir. qu'il est visible penche encore vers l'aristocratie. Aussi avait-il pris.. et le et appelle Pom> pée « le plus vertueux. fut rempli des corps des citoyens. ses velléités il il avait fait un Il s'était reproché les comme des crimes l'audace de courage et d'indépendance.CÉSAR ET CICÉRON sait 221 le pas d'élection ou d'assemblée populaire sans que sang coulât. beaux accents de patriotisme déjà il et de reconnaissance il commence à caresser César.

effrayé firent surtout comprendre que son système de ménagebattaient bravement devant la porte pour lui : ments habiles u'assurait pas suffisamment sa sécurité. comme ne pouvait pas rester seul sans secours au milieu de toutes ces factions armées. chiruvfjiœ tœdet. pour trouver l'appui dont il avait be- soin.228 de paraître au CÉSAR ET CIGERON séruit des quesde se sauver du forum dès que la discussion y devenait trop vive. Il était probable en effet qu'aucun parti ne s'exposerait pour le défendre tant et qu'il n'aurait à lui il donner que des et il compliments. IV. il entendit tout à coup un et grand bruit. Eqo diœla curari incipio. rcpondait-il à ceux qui esy traiter quand on devait tions irritantes. Mais laquelle devait-il choisir? C'était une question grave. je veux me ne traiter par le régime '. enliardis par ce frère succès. il consentît à s'engager davantage avec l'une d'elles.. Il et vit en se retournant des bâtons levés des épées nues. 3. l'assaillir. » Cependant il s'aperçut bientôt que celte adroite réserve suffisait pas à écarter de lui tout danger. mirent le feu à celle de son Quinlus. C'étaient les mêmes gens qui venaient eut grand'peine â se sauver dans le vesti- bule d'une maison amie pendant que ses esclaves se donner le temps de s'écliapper. les dispersèrent. Toutes ses préférences étaient évidemment pour l'aristocratie. « Plu> de remèdes énergiques. et. comme se promenait sur la voie Sacrée. qui allait mettre son intérêt aux prises avec ses sympathies. Quelques jours plus tard. qui avait été détruite après son départ. Cicéron dut en être très. les bandes de Clodius so jetèrent sur les ouvriers. . Tandis qu'il faisait rebâtir sa maison du Palatin. Caton n'aurait pas été ému de ces elles lui violences . et qu'il avait i^rand soin sayaient de le pousser à quchpie action d'éclat . fallait bien que. Il s'était étroitement attaché à elle ' Ad A«. il qui était voisine.

Encore aurait-on pu lui pardonner sa fortune . et même il les exagérait. avec sa finesse ordinaire. cemment encore se fût oublié démêlait très-bien tous ces sentiments de l'aristocratie. il osât répondre par des railleries .CÉSAR ET CICÉRON vers l'époque de son faisait profession 229 il consulat. et peut-être ne se trompait-il pas. Les Claudius. il avait soupçonné que des gens qui ne prenaient pas plus résolument ses intérêts n'étaient pas fâchés de sa disgrâce. Depuis qu'il était revenu de l'e. les Cornélius. Elle trouvait étrange qu'attaqué par des insolences. il avait encore contre elle d'autres griefs. et réelle s'était montrée scandalisée qu'il lui-même au point d'acheter la villa de Calulus à Tusculum et d'aller loger au Palatin dans la maison de Grassus. qu'elle blessait.xil. la laires . et il ne semble pas qn'e'leen ait été contente. de prendre des vêtements de deuil et d'aller se jeter en corps aux pieds des consuls. Elle s'é- tait donné beaucoup de peine pour le faire rappeler. Ceux qui m'ont <r . l'aristocratie. ne pouvait pas oublier qu'il élaii un homme nouveau. : trouvait criminelle. regardaient toujours avec quelque déplaisir ce petit bourgeois d'Arpinum que les suffrages popuavaient fait leur égal. Cicéron jugeait que ce n'élail pas assez. mais elle n'avait pas prévu l'éclat de son retour. du peuple lui et do s'exposer à Mais cet exil même avait aprris combien le parti le plus honnête le était aussi le moins sûr Au derplus nier moment. les Manlius. el depuis ce lemps la servir : de c'était pour elle qu'il venait de braver la colère î'exil. Elle ne pouvait pas souffrir la fierté légitime avec laquelle il rappelait sans cesse qu'il n'était qu'un parvenu. sénat n'avait pas trouvé de moyen efficace poui" le sauver que de faire des décrets inutiles. Cicéron. En se voyant si mal défendu. L'aristocratie romaine. quoi qu'il eût fail pour elle. s'il l'avait supportée lui même avec plus de modestie mais on connaît sa vanité elle n'était que ridicule.

IV.. Celle alliance. Cicéron. le et qui lui avaient il coulé si cher. D'où pouvaient venir leurs ménagements pour un homme qui les avait si peu ménagés! C'est qu'ils espéraient s'en servir. C'est le conseil que lui donnaient le sage Atlicus son ami et son frère Quinlus. de celle politique. » Il ne lui reslait donc qu'à se tourner vers les triumvirs. sont fâchés 1. i. craignait d'en être il regrettait alors amèrement les services qu'il avait essayé de rendre au sénat. et qu'ils nourrissaient en secret la pensée d'appeler celle cratie en péril. de voir qu'elles repoussent sénat ne «Depuis ce moment. que l'incendie desa maison « Ad AU. auraient permis au sénat la de tenir vait les triumvirs en respect. les luttes opiniâtres et maliieureiises qu'il avait soutenues pendant quatre ans.. les plus parler qu'avec estime de ce la tribun factieux. 5. Quelques-uns même. et l'on se décitlait avec peine à l'indemniser de ces pertes. ses villas de Tusculuiti et de Forinies pillées et détruites.— ^Ad Alt. dit Cicéron. . Il du voulurent plus rien faire pour avait trouvé sa fortune Irès-compromise. ses bons amis lui. quoique que de la démagogie au secours de l'aristomoins ordinaire démagogie avec le despotisme. affectaient de ne muet. et les bandes de Clodius. froid. je n'é- qu'un sol {scio me asinum germanum fuisse)'^. IV. on se montrait on restait habiles. il vois bien maintenant.230 coupé CÉSAK ET CICÉRON les ailes. sa maison tin du Pala- brûlée. A qu'on ne partageait pas sa colère contre ses emportements furieux. Ce qui qu'il voyait bien l'irritait encore davantage. c'est Clodius. l'on parvenait à se l'attacher. En se rappelant les dangers auxquels s'était exposé pour défendre. n'était la si pas cependant impossible. et ne rougissaient pas de lui tendre main en public. qui s'apercevictime . les désastres : la ruine de sa for- tune politique et disait avec tristesse tais « Je le de sa fortune privée.

fatigués d'une liberté lio[i orageuse. la Il il était bien forcé de se mettre sous il lui fallut protection des autres. Lorsl'aristocratie. cherchaienl partout une main ferme qui . fut pas inutile. L'appui qu'il consentit à leur donner ne leur par.lis. qui^ comprenait dans quel dessein il faisait la conquête des Gaules. Peu de temps une somme d'argent que à César il fit accorder pour payer ses légions et la permission d'avoir dix lieutenants sous ses ordres. l'alâchement abandonné à la vengeance de ses deux il amis.CÉSAR ET CICÉRON avait contre qu'il était 231 le parti son habitude rendu prudent. quoique le trésor public fût épuisé. Cepenjusque-là ses ennemis les plus cruels dant il éprouvait quelque peine à se décider. mit en mesure de servir leur ambition. avait il dans lequel il détestait un savait bien que il c'était César qui lâché Clodius contre lui. après. Son premier acte. donc se résigner. lui autorisa son frère à s'enet se gager pour auprès de César et de Pompée. et ne pouvait pas oublier que vait Pompée. voulut l'empêcher de la poursuivre. et puisfier qu'il n'osait plus se au parti aristocratique. qui avait juré de le défendre. mais n'avait pas le choix des alliances. Les trium- virs avaient été Sans paiier deCrassus. C'est ainsi que l'ancien ennemi des triumvirs devint leur défenseur ordinaire devant le sénat. Son grand nom et sa parole éloquente attiraient à lui les modérés de tous les ceux dont l'opinion était chancelante et les con- victions indécises. c'est lui-même tenté de prendre toutes les fois qu'il venait de courir quelque danger nouveau. ceux surtout qui. avait été de demander pour Pompée un de ces pouvoirs extraordinaires dont il il était si avide: lui avait fait confier pour et six ans le soin de pourvoir à la subsistance de Rome. à cette occasion on l'avait revêtu d'une autorité presque sans limites. ce fut encore Cicéron qui demanda et qui obtint qu'on lui laissât achever son œuvre. complice de Gatilina. après son retour.

nous honte faire le aimer de ceux qui peuvent tout el il '. que j'ai i A(J AIL. IV. . joints aux amis le personnels de César el de Pompée. qui lui valait les remercîmenls dos triumvirs et les féline laissait pas quelquefois de lui beau se dire que « sa vie avait repris son éclat. Clodius n'osait plus se ris(]uer à l'allaquer. si j'écoute mes on dit intérêts. et cependant cette conduite habile. Puisque ceux qui ne peuvent rien ne veulent pas m'aimer. et dont Cicéron Foraleur et triumvirs l'important service de qui rendait aux donner une sanction légale à ce pouvoir qu'ils avaient conquis par la violence et qu'ils exerçaient par l'illégalité. il n'en ép'ouvait pas moins des remords de servir des gens dont il connaissait l'ambilion el qu'il savait redoutables à la liberté de son pays.232 CÉSAR ET CICÉRON ... il avait des réveils citations d'Alticus. aux créatures que riche Crassus tieux de toute s'était faites sorte aux ambiqui pressentaient Tavènement du les et les en payant régime monarchique saluer. « Mais la prenait le lendemain. Ses ennemis craignaient. on m'accuse d'être esclave. essayons de la justice et les belles neur. 5. : Un jour écrivait là à Atticus d'un ton léger et résolu « Laissons l'hon- maximes!. Il avait y> subits de patriotisme qui le faisaient rougir. on l'enviait d'être entré si avant dans la familiarité des nouveaux maîtres. peser. si je me tais. leur donnai le repos et tous ceux-là. Sa corres- pondance intime porte à chaque instant alternatives par lesquelles il la trace des il passait. et voulaient être 'le premiers à le formaient dans était sénat une sorte de majorité le chef. Au milieu des efforts qu'il faisait pour les satisfaire.. la mienne surtout? Si je parle d'après mes convictions. : ne pouvait s'em- pêcher de dire à son ami « Est-il rien de plus triste que notre vie. le Cicéron avait enfin obtenu le repos. je passe pour fou.

. L'amitié des triumvirs s'était fort refroi- Pompée n'était pas content des succès de cette guerre des Gaules. qui menaçait de faire oublier ses qui l'entendait parler anciennes victoires. Il ne pardonnait pas tente de soi. vanter avec excès Bi- bulus. à l'ait il Un jour même il parut tout prêt à revenir vers ceux qu'avant de les ner blait appelait les honnêtes gens. il ne pouvait être un ami sûr pour personne. serve qu'il s'impose crets. nouveau die. L'occasion lui abandonsem- bonne pour rompre d'une façon solennelle avec son parti . c'était ce sentiment de malaise intérieur qu'on éprouve quand on est dans une mauvaise voie et qu'on n'a pas le courage d'en sortir. si à ses anciens amis leurs railleries et aux nouveaux leurs exigences. cl 'Vatimonde. il en voulait aux autres le nius ou Pfson payait pour tout Quelquefois il se donnait le plaisir d'attaquer leurs meil- leurs amis pour montrer aux autres et se prouver à lui- même il qu'il n'avait pas entièrement perdu sa liberté. Il me on senl percer ses déplaisirs sesemble qu'on les découvre surtout dans ce ton incroyable d'amertume et de violence qui n'a lui est alors prononcé d'invectives plus passionnées. et de leur porter des coups d'autant plus désagréables qu'ils étaient moins allendus. IV. Dans celle situation d'esprit. jugea qu'il pouvait sans ^Ad AU. que César détestait. sans ménagements de son rival. 233 la ré- » Même dans ses discours publics. Il lui arrivait de se retourner brusquement contre ses nouveaux alliés. il Ce qui rendait à ce moment son éloquence amère. Or.CÉSAK ET CICÉRO^ peur 1. dans un discours où intérêts de César. malgré . ces excès d'emporlemeul contre les autres viennent souvent d'une àme qui n est pas confamilier. ft. On avait été fort surpris défendait les de l'entendre. cessions. peut-être. Cicéron . il se reprochait secrètement ses lâches con- cl à. lui-même. Jamais.

Le les côtés et malheureux Cicéron. qu'il avait qu'il ne pouvait pas la changer. il semble avoir plus résolupar le sentiment Il ment accepté à sa situation nouvelle. le fit manquer de Pompée. cueillir avec et le parli aristocratique s'empressa d'ac- des transports de joie l'éloquent transfuge se décidait à ce coup les qui lui revenait. Quinlus. qui n'en avait jamais assez. Cicéron allait donc se trouver de nouveau seul et sans appui en présence d'un ennemi irrité et tout-puissant qui menaçait de le livrer encore à la vengeance de Clodius. de César Il et à surveiller les l'homme d'afmonuments qu'il faisait la construire. et voulut par danger donner quelque sulisfaclion à sa conscience irriun coup déclat mériter le pardon de ses anciens amis. s'empressa de se promit tout ce qu'on voulut.234 CÉSAR ET CICÉRON tée. Profilant de quelque embarras qu'on de la loi agraire de César. sentit à devenir. mais en quelques jours tout se tourna contre lui. C'est ainsi que tentative d'indépendance ne fit que rendre son esclavage plus lourd. avec faires con- Oppius et Balbus. qui par cette loi étaient suscitait à l'exéculion distribuées au peuple. alla plus loin. Allicus grondait. Les alliés des triumvirs étaient aussi scandalisés que surpris. et voulut bien. A partir de ce moment. L'eiïet de sa déclaration fut très- grand. affectait de s'en lâcher plus que personne. et il d'éclat. à prière . il annonça pompeusement qu'aux ides de mai il parlerait sur la vente des terres de Campanie. attaqué de tous soumettre cette el trem- blant d'avoir soulevé tant de colères. qui s'était engage pour son frère. Au moment même où Lucques. se résigna le combler d'éloges de plus en plus hyperboliques Il vaniteux Pompée. l'alliance virs se renouait à qu'on croyait rompue entre trium- au milieu d'une cour de flatteurs ils se parlageaieiit encore une fois le monde. quoiqu'il eût secrètement encouragé la défection. se plaignait rudement qu'on parole.

CÉSAR ET CICÉRON 235 de ses puissants prolecleurs. Lorsque Gabinius revint d Egypte. Mais il comprenait bien que tant de complaisance et de soumission. I. y. quoi- que en toute occasion il tînt beaucoup au succès. trouvant l'occasion bonne pour le perdre. finiraient par soulever contre lui l'opinion publique. et qu'il Il détestait. car lorsqu'on croyait leur vieille inimitié apaisée. et Cicéron maltraita son nouvel allié avec une violence qui le surprit lui-même. qui ne pouvait pas le souffrir. » On lui demanda ensuite de prendre la défense de Yalinius. mais Pompée vint le prier ins- tamment de de rôle. et je ne pensais pas qu'il m'en restât dans ie cœur '. changea se résigna à parler pour qu'il jugeait un homme mauvaise. Les avocats à Rome étaient assez accoutumés à ces brusques revirements. mais du moment entrait si résolument dans leur leurs amitiés parti. et réconcilier avec Crassus. 11 n'osa pas résister. ce n'était qu'il pas un petit sacrifice. se préparait à l'attaquer. mença pour le affaire. il est probable que cet échec ne lui causa pas de peine. Pour un homme qui avait les haines si violentes. et Cicéron en avait donné déjà plus d'un exemple. et tous ces démentis éclatants qu'il était forcé de se donner à lui-même. qu'il etît il y consentit d'assez lui bonne grâce. disait-il naïvement. « Je croyais ma haine épuisée. quoi- prononcé contre l'année précédente une invective furieuse. Aussi s'avisa-t-il d'écrire • AU fam. tendre la main à des gens qu'il regardait comme ses plus grands ennemis.. . il fallait bien qu'il acceptât comme il défendait leurs desseins. Ce fut On comune grande qui ne s'acheva pas en un jour. dans une cause la eut au moins consolation de perdre son procès. et le défendre. après avoir rétabli le roi Ptolémée contre l'ordre formel du sénat. Cicéron. elle se ranima tout d'un coup dans une discussion du sénat.

c'est La meilleure manière de défendre Cicéron. avec une étrange franchise. quand on veut là souvent changer la direction arriver au port? » Ce ne sont que de ces maximes générales qu'un politique inventif imagine pour couvrir ses faiblesses. Ce littérateur élégant. cl ne sait-on pas « qu'il faut des voiles. et où il expliquait sa '. . l'un des chefs vers celte époque à son de l'arislocralie. Les raisons qu'il donne pour la justifier ne sont pas toujours très-bonnes. cet artiste ingénieux. y. Sous prétexte que Platon a dit quelque part « qu'il ne faut pas faire plus violence à sa patrie qu'à son père.236 CÉSAR ET CICÉRON ami Lenlulus. Dans cette lettre. » Cicéron pose en principe qu'un homme politique ne doit pas s'obstiner à vouloir ce que ses concitoyens ne veulent plus. et il n'y a pas aies discuter. d'ailleurs. cet ami des ' Ad fain. l. Est ce là. il se hasarde à présenter. par des roules opposées on marche au même but. selon les circonstances. puis- qu'on n'a pas cessé de s'en servir. ni per- dre sa peine à tenter des oppositions inutiles. après avoir raconté les faits à sa façon et assez maltraité ceux dont il abandonnait conduite le parti. une letlre imporlante. qu'il destinail probablement à être répandue. vérilablement changer? Ne son peut-on pas vouloir au fond la même chose et servir pays sous des drapeaux différents? tant On n'est pas incons- pour défendre. de rappeler en quel temps il a vécu. une sorte d'apologie de la versatilité politique. il faut changer avec elles. si des opinions qui semblent contradictoires. ce qui est un moyen commode et généralement employé pour prévenir leurs plaintes et les rendre responsables du mal qu'on va leur faire. Les cir- constances changent.. et comme il était peu fait pour ce temps. et s'ac- commoder au vent qui souffle pour ne pas se briser sur recueil. mais il faut croire qu'on n'en peut pas trouver de meilleures.

les avaient réunis dans . mais ce ne sont pas deux choses qu'il soit facile d'unir ensemble en des temps de révolution. à l'un de ces cus. et presque toujours on perd l'une des deux quand on veut trop conserver l'autre. Que pouvait luttes sanglantes où sir et d'étude. la force élait maîtresse. Nous sommes arrivés. la Le goût qu'ils avaient tous deux pour communauté de leurs études. plus forts que lui. les plus violentes et les plus troufaire. et les compromettent à la fois tous les deux. n'est pas qu'ils eussent été jusque là l'autre. mais pour sauver son honneur. même sa Il Un fut des résultats de la nouvelle politique de Cicéron lui de donner l'occasion de bien connaître César. Les caractères résolus. passent de l'un à l'autre. avait été placé. par 237 sort. font tout d'abord ou Attion se décide dès le premier jour pour le repos ou pour l'honneur. Les indécis. comme Cicéron. dans l'histoire de sa vie. l'honneur au repos. il avait pris repos et l'honneur. selon les circonstances. leur choix entre elles.CÉSAR ET CIGÉRON arts tranquilles. selon qu'on est Galon moments lui pénibles où il sacrifie et soyons pas trop sévères. otium cum pour devise dignitate. A son entrée dans le la vie politique. qui n'avait d'autre un homme de loiarme que sa parole et la qui rêvait toujours les plaisirs de pacifiques de l'éloquence? Il loge et les lauriers une àme plus virile que la sienne pour tenir tête à ces assauts. qui le savent bien. et. il a sacrifié non-seulement son repos. confondaient à chaque instant fallait ses desseins et se jouaient de sa volonté hésitante. ne souvenons nous que plus tard vie. Les événements. un caprice du parmi ces dans une des époques blées de l'histoire. Ce étrangers l'un à les lettres.

Ce n'était plus un attrait mutuel ou des éludes communes. même quand ils étaient le plus animés l'autre. on ne peut douter qu'il n'ait trouvé beaucoup de charmes dans ces rapports avec César qui lui semblaient d'abord devoir être si difticiles. où il parle à cœur ouvert.238 CÉSAIl ET CICÉRON leur jeunesse. qui ne s'oublienl jamais. sénat. leurs relations fois intimes recommencèrent. c'était lintérêt et la nécessité qui les unissaient ensemble. trouvait le temps de songer à ses amis et de plaisanter avec eux. et naturellement leur amitié de la vivacité de leurs discussions. Mais. César n'avait jamais pu le haïr i. naître des circonstances bien favorables pour faire une amitié sincère. ils Au forum. les événe- ments n'avaient pas tardé à les séparer. C'est probablement qu'il les comparait à ceux qu'il lui f£rilail. Quand Cicéron leur situation le se fut tourné vers le parti des trium- virs. au avait souffert avaient pris l'habitude d'être toujours d'un avis opposé. et leur liaison ne pouvait plus avoir même caractère.. Tout victo- « in Pis. comme dans la suite s'étuient attachés à des partis contraires. 'd% . à la même époque. Cependant. lorsqu'on lit la correspondance intime de Cicéron. mais cette élait dilîérente. entretenir avec Ponqiée. la politique les rappro- nous cha. L'ancien condis- ciple de Cicéron était devenu pour lui un prolecteur. César au toujours alfable et poli. Ce ne sont pas là. et de ces premiers rapports. Cependant Cicéron dit que. contre l'un La politique les avait désunis. et ils il leur était resté un fonds de sympathie de bienveillance mutuelles. et leurs liens nouveaux étaient formés par une sorte d'accord réciproque dans lequel l'un des deux livrait son talent et un peu de son honneur afin (jue l'autre lui garantît le repos. il faut l'avouer. il moins élait Quoiqu'il eût les plus graves affaires sur les bras.

qu'on ne pouvait il lui est même arrivé de complètement sur ses intentions véritables le de le fâcher en croyant servir. un ton impérieux et hautain qui lui aliénait tout le monde. et le motif. le le silence ne servait chez lui qu'à couvrir ni marchait à l'aventure. aimables et « pleines 2^ » de politesse de préve- nance d'agrément qui ravissaient Cicéron.. Il avait une sorte de répugnance à communiquer ses projets aux autres . et ne portait jairais les yeux au delà vide. n.. Pom- pée au contraire semblait prendre plaisir à le blesser par ses grands airs. mais biles n'avaient pas ha- de peine à en démêler d'opinion. Il des circonstances présentes. Quelques dignités qu'on lui offrît pour la satisfaire. qu'on lui écrivît familiè- rement lettres et sans bassesse . pour une profonde politique. n'avait pas des vues précises et des prétentions décidées. » Il répondait lui-même des . Celte dissimula- tion obstinée passait sans doute. — ^Ad-QiiiyU. II. S'il le ne disait son opinion à personne. c'était sa dissimulation. Son ambition jours surpris. Ce vaniteux solennel. aux yeux du plus grand les nombre. qui était sa passion dominante. Ce qui déplaisait encore plus que son insolence. i5. et qui ne pouvait s'empêcher de prendre des allures de triomphateur rien que pour aller de ^a maison d'Albe à affectait Rome.CESAR ET CICÉRON 239 (C deux qu'il était. on voyait bien i Ad QuiMt. Les é"3nements l'ont touil a bien montré q^'il n'était pas plus capable de les diriger que de les prévoir. c'est que vent il plus sou- n'avait pas comme il arrive assez ordinairement. sans principes fixes système arrêté. et elle-même. qu'avaient gâté les adorations des peuples de l'Orient. il souffrait ^. 12. soutenir. il les cachait même à ses amis fois les plus dévoués. qui «valent intérêt à les connaître pour les Cicéron s'est plaint plus d'une jamais savoir ce qu'il voulait se tromper et . .

et une sorte de croyance sui>erstitieuse en sa destinée. et sèdent. c'est politiq'. il avait formé dans sa jeunesse dessein de se faire le maître. C'était sa tactique ordinaire et le il de l'aire le dégoûté. le sentiment qu'il avait de sa valeur et de la médiocrité de ses ennemis lui donna la force de l'entreprendre.. Celui-là se rendait compte au moins de son ambition. pour l'atteindre une ardeur préci- mais sans le perdre jamais de vue. Le spectacle des révolutions auxquelles il assistait lui en avait fait naître la pensée. de César. voulait qu'on le forçât à accepter ce qu'il souhaitait plus obtenir. Bien savoir ce époques troublées où pourtant le qu'on veut n'est pas une qualité commune. et qu'après avoir paru souvent désirer une autorité presque royale. Ce qui triomphe n'appartient qu'à ceux qui la posfit surtout la supériorité de César. surtout à ces le bien et le mal se mêlent. il n'a pas essayé de détruire la république quand il en avait le pouvoir. sans témoigner pitée. il nous est impossible de savoir aujourd'hui quels projets il avait conçus. Axius Cœsar in consulalu confirmavit cité par Suétone (Cœs. C'est quité. assez ordinaire chez les gens qui tentent ces grandes aventures. car il cherchait assez gauchement à le ca- cher. comme a successsiveriîenl attaqué et défendu tous les partis. On : . il En somme.ics qu'au milieu de ces ' irrésolus qui n'avaient du moins l'opinion de tous les historiens de l'antiUt dans un fragment de lettre de Cicéron à Q. Ses projets étaient arrêtés avant même qu'il fût entré dans le la vie publique*. 9) req. ou même Il s'il avait conçu quelque projet. Aussi marchail-il résolument vers son but. et il savait nettement n'en est pas ainsi ce qu'il voulait faire. l'assurait d'a- vance du succès. on le voyait sanj qu'il le dît.240 CESAR ET CICÉRON qu'elle souhaitait toujours autre chose. On comprend que celle comédie trop répétée ne trompait plus personne.\ *>i de quo œdilis cogitaret.

tôt é'^rivail-il à demi-mot à son frère. des convictions hésitantes et des velléités d'ambition. En présence de tant de suite et de fermeté.\3. à prendre les moyens les plus différenls po-ar l'atteindre. par occa- sion et presque iaaigré lui. ou pluvous êtes dîî mien. la conscience de ses forces et la certitude de la victoire. mais il n'hésitait pas. Il ne faudrait pas croire cependant que César fût un de ces opiniâtres qui s'obstinent contre les événements et ne consentent Jamais à rien changer aux plans qu'ils ont une fois conçus. il est devenu ua conquérant. une de ces modifica- tions importantes eut lieu dans sa politique. quand il le fallait. M. Alexandre et Napoléon. » C'est qu'en effet il suffisait d'approcher un véritable homme de génie pour recon- naître tout ce q:*il y avait de vide dans cette apparence " de grand homtiie que des succès faciles et un air de majesté bouffie avaient imposé si longtemps à l'admiration des sols. . a fort bien établi ([ue ce qui distingue César des Mommsen hommes compare d'ordinaire. Cicéron le subit comme les autres malgré ses préventions. . il avait seul une ambition réfléchie et un dessein arrêté.CÉSAR ET CICÉRON 241 que des projets incertains. car voilà longtemps que je ne cesse de chantâr César >. « Je suis de votre avis sur Pompée. Personne au contraire ne savait mieux que lui se plier aux nécessités.s sorti des camps comme eux. et il qu'on lui c'est qu'à l'origine n'avait fait encor-i (jue les traverser lorsque. il ne put s'empêcher de faire des comparaisons fâcheuses avec le trouble et l'inconsistance de son ancien ami. Précisément à l'époque qui nous occupe. Son but l'eslail le même. ' AJQuint. On ne l'abordait pas sans subir l'ascendant de cette volonté puissante et tranquille. qui avait la pleine vue de ses projets..u. il ('lait plus uu homme d'État qu'un général. il n'est p s.

dans une œuvre aussi illégale. en se faisant le complice il secret de Calilina et de Clodius. Il voyait que le parti populaire avait plus de goût pour les réformes sociales que pour les libertés politiques. qu'il se décida à partir pour la Gaule. Il espérait de cette façon que la république. Évidemment il avait conçu le dessein de se faire le maître sans employer les armes. et il pensait avec raison lui qu'une monarchie démocratique ne répugnerait pas. au moment où ce dessein si habilement concerté semblait près de réussir. mais il est bien plus Rome probable qu'après avoir reconnu que berait d'elle-même.2 52 CÉSAR ET CICÉRON dans les agitapour la Gaule qu'à l'âge où Alexandre était mort et Napoléon vaincu. il la république tom- une armée et un renom militaire pour avoir raison de Pompée. réduisant son collègue à l'inaction et il le sénat au silence. ébranlée par ces assauts jourépuisaient et lassaient ses défenseurs les naliers qui plus intrépides. comprit qu'il fallait Quand il prit cette résolution importante et qui a tanl . sans passion. finirait par tomber un jour sans violence et sans bruit. à notre grande surprise. et n'est parti république par une révolution intérieure et lente. et en conservant auiant que possible. Mais. il comptait détruire la foute sa jeunesse s'est écoulée à il Rome tions de la vie politique. fatiguait les républi- cains timides d'une liberté trop remuante et les préparait à la sacrifier volontiers au repos. Quel motif le décidait à ce changement inattendu? On aimerait à croire qu'il éprouvait quelque dégoût pour cette vie de basses intrigues qu'il menait à Rome. les dciiors de la légalité. Après ce consulat où s'éloigne de il avait gouverné tout seul. pour dix ans et va tenter la conquête d'un pays inconnu. nous voyons que César y renonce tout d'un coup. et qu'il voulait se retremper dans (les travaux plus dignes de lui . de propos délibéré et par calcul. En multipliant les troubles. Ce fut donc sans entraînement.

A la vérité. Ou sculemenl 42. avail quarante-quatre ans Pasqu'il trouve que c'était commencer bien tard. Ne venaitallait on pas de voir voluptueux Lucullus. l'histoire vocation spéciale et un nous prouve qu'il le en était autrement à Rome. si 4'on place sa naissance en G5i. et ces choses nous semblent demander une long apprentissage. cal il 243 *. Voir.CÉSAR ET CICÉRON servi à sa grandeur. n'eut pas besoin de plus d'études pour vaincre les Helvètes et organiser les pays vaincus. se faire enseigner l'art de la le et vaincre Milhridale à son Quant à l'administralion. une noie inlcressanle dans la Vie de César. l«'. quittant tout d'un coup ce métier d'agitaait fait teur populaire qu'il avait vingt-cinq ans. Uv. qui voyage com- mander l'armée guerre pendant arrivée? d'Asie. un riche Romain l'apprenait chez lui. ces légions d'esclaves qu'il possédait. et à diriger il se soit mis à gouverner des provinces des armées. sur ce point. et était trop vieux pour s'amuser à conquérir le monde. ce spectacle est plus surprenant pour nous qu'il ne l'était alors. ce maniement d'une immense par avance avec l'art fortune qui souvent dépassait celle de plusieurs royaumes de nos jours. et où l'on sans retour dans il est entré la voie qu'on doit suivre jus- qu'à la fin. Ce n'est guère l'habitude aujour- d'imi qu'on s'improvise administrateur ou général à cin- quante ans. C'est au contraire. II. Ces vastes domaines. chap. et brusquement commencé une vie nouque. qui n'avait encore pu s'exercer au gouvernement des provinces et au comman- dement des armées que pendant l'année de sa préture en Espagne. et qu'il se trouva être ral et du premier coup un admirable généun administrateur de génie. un des efforts les plus admirables de cette énergique volonté qu'à l'âge où les habitudes sont irrémédiablement prises. • . à ce qu'il semble. le familiarisaient de gouverner. C'est ainsi que César. velle.

Cicéron avait souvent l'occasion de lui écrire pour lui recommander des gens qui voulaient pour le servir sous ses ordres. La Gaule était pour au les imaginations de ce temps ce que fut l'Amérique xvi'-' siècle. je le ferai roi de la Gaule. bonne. On et sait de quel charme se pare il ordinairement l'inconnu. » Justement Cicéron avait à ce moment deux personnes qu'il aimait qui avaient grand besoin d'être enrichies. Outre le désir de prendre part à de grandes choses sous un tel général. butin. Aussi invitait lui. Il venir avec écrivait : être lieutenant de Lepta. Offius. Vil. et elles durèrent autant que guerre des Gaules. qui s'était attaché à Cicéron et ne le quittait pas. il jurisconsulte Trébatius Testa et son frère Quinlus. Cet et tous ceux qui avaient leur fortune à lui déplaisait faire se hâtaient d'aller trouver César pour avoir leur part du empressement ne pas. il témoi- gnait du prestige qu'exerçaient ses conquêtes et servait il volontiers les gens à gaiement à Cicéron. comme est facile de lui prêter tous les agréments qu'on souhaite. était L'occasion en profita pour les envoyer tous les deux à César. un jeune homme de beaucoup de grande ardeur pour l'étudje. Il avait abandonné Trébatius était talent et d'une » AU lai/i. '. . 5. qui lui avait demandé un grade pour un Romain inconnu a Vous m'avez recommandé M. on avait aussi l'espoir secret de s'enrichir dans ces contrées lointaines. On supposa que dans ces pays qui n'a- vaient été visités par personne on trouverait des trésors amoncelés.. à moins qu'il n'aime mieux à ses desseins. si vous voulez.244 C'est à cette CÉSAR ET CICÉRON époque que recommencèrent ses liaisons la intimes avec Cicéron. afin que je l'enrichisse lui auprès de beaucoup le et Envoyez-moi qui vous voudrez. C'était l'ambition de la jeunesse à ce moment de partir camp de César.

6 : nisi te exintsisscmus. Uliibres la déserte. faisait-il spiriluellement remarquer. lui disait-il. 15. — - Ad Quint. Cicéron dit qu'il fallut le mettre à la porte mier aspect de la Gaule. comme on dit. et il l'envoya à César avec une de ces lettres qu'il charmantes de recommandation écrire et dans lesquelles d'esprit. - ^ Ad fam.. qui ne paraît pas avoir jamais bien su la jurisprudence. je vous le livre de la main à la main. « il bien déployait tant de grâce et Ce n'est pas. qui l'aimait sans égoïsme.rve ?45 sa pauvre petite heure. pour venir à Rome. '. y. » César remercia Cicéron du cadeau qu'il lui faisait et qui ne pouvait manquer de lui être très-pré- cieux. n'y en a pas un qui sût présenter une requête Trébatius n'était parti de Rome qu'à con're-cœur. malgré sa science.CÉ?An ET CTCÉRON de bor. ". Enfin je vous l'abandonne tout entier..ratuifes. les jurisconsultes ne faisaient pas fortune à Rome. le commandement d'une légion ou un gouvernement que je vous demande pour lui. les habitants le droit. Cicé- ron. Accordez-lui votre et si vous voulez ensuite faire quelque chose pour sa fortune et pour sa gloire.. cette (( car. et qui trouvait comme plus commode do s'en moquer que de l'apprendre. qui ressemblait si Le prepeu à la ' Ad fam. ii. et vacnœ Uluhrœ. parmi il multitude d'hommes qui m'entoure. Aussi très-pauvre. il dont on appelait les jirenouilles d'Uhibres. vu. consentit à se priver de l'agrément et de l'utilité qu'il trouvait dans son comsavait si merce. Je ne détermine rien. située au milieu des marais Ponlins. je ne m'y opposerai pas. Malheureusement. vu. ville d'Ulnhres. H avait appris y était devenu très-fort. 5. . et j'espère qu'il se trouvera bien entre ces mains lldcles et victo- amitié. rieuses 1. Trébatius était-il les consultations étant e. il rendait sans doute beaucoup de services à Cicéron.

on ne sait sous quel pt'étexte. nuis. sidération et de l'importance. 17. partir H arriva juste au moment où César : allait pour l'expédition de Bretagne.246 CÉSAR ET CICÉRON n'était pas fait France d'aujourd'hui. Ce qui ajoutait à son mécontentement. Trébalius n'était pas guerrier. Il n'était pas parti volontiers. Il traversa des contrées sauvages. Cicéron dit qu'il avait regardé la lettre de recommandation qu'il lui avait donnée pour César comme une lettre de change payable au porteur K II s'imaginait qu'il n'avait qu'à se présenter pour toucher l'argent et partir. Les lettres qu'il que Cicérun. » Or. et voulait revenir le plus vite possible. lui que couvert dor 2. restant en Gaule. et est probable Nerviens et les Atrébates lui laisaienl grand'peur. et refusa. — Ad fam. lui écrivait étaient si désolées avait éprouvé fut les reprochait doucement ce qu'il appelait ses sottises. Il voulait approcher César et s'en faire apprécier. n'était pas seulement de l'ari-ent qu'il était venu chercher en Gaule il croyait y trouver de la con. qu'il craignait la mer mais. c'est qu'il n'avait pas trouvé tout de suite les avantages qu'il s'était promis. et au milieu de cette barbarie qui lui cœur^ il songeait toujours aux plaisirs de celte élégante qu'il venait de quiller.. allégua-t-il.s aimeriez écrit Cicéron. des peuples mal soumis serrait le ville menaçants. sa mauvaise humeur reil doubla. môme en et d'en- on ne manquaitpas de dangers n'avait pas ses aises on dans les quartiers. L'hiver. L'été. .. Quand que les il arrivé au camp. et pour l'égayer. Ce. oubliant qu'il mêmes regrets pendant son exil. a Vou. César et il occupé qu'on ne l'abordait qu'avec peine. entrer en campagne. on souffrait du il froid et lallait de la pluie sous ce ciel rigou- reux. et les frayeurs recommençaient. être consulté était si mieux encore. comme Dumnorix. - vu. ïrébatius se plaignait toujours. 13. » Ad fam. de l'accompagner peut-être . vn.

obscur. Trébatius ne jugeait la longueur du du séjour. « En faits de récits de bataille. s'étant tenus loin du combat.CÉSAR ET CICÉRON 2i7 ne fit pas d'abord grande attention à ce savant juriscon- sulte qui lui arrivait de Rome. ils en ont mieux pu voir l'ensemble. il « vous êtes Heureusement je connais votre prudence beaucoup plus hardi à présenter des assigna. Il lui arrive de se moquer doucement de lui pour le faire sourire. vu. \S. et de le plaisanter de choses dont il savait que le bon Trébatius souffrait volontiers d'être raillé Par exemple. Une autre fois. je probablement me fie surtout aux plus peureux parce que. et il songeait à revenir. vous n'avez pas voulu passer en Bretagne de peur de prendre un bain dans l'Océan 2. et que le cœur ici prêle un charme de plus à l'esprit.- quoique vous soyez bon nageur. lui dit-il. Il se contenta de lui faire olTrir le titre et les avantages d'un tribun militaire. 10. — Ad '- fam. lui arrivait Il osait rire librement. pour lequel il Avec ce jeune si homme une vive affection. Cicéron eut beaucoup de mal à l'empêcher de faire un coup de tête. et je me souviens que. ce qui ne et il pas avec tout le monde. il hii fait » Ad fani. Cicéron se mettait à l'aise. il lui demande un jour de lui envoyer tous les détails de la campagne.. bien entendu. vu. )^ quelque frayeur de ajoute : le voir exposé à tant de périls. » Pour calmer ses impatiences. sans les fonctions. après avoir témoigné ' . riait d'autant plus volontiers qu'il le savait triste et qu'il désirait le consoler. tions qu'à harceler l'ennemi. Je ne crois pas qu'il y ait dans sa corres- pas que ce fût un prix suffisant pour les *langers voyage et pondance rien de plus agréable les lettres qu'il écrit à et de plus piquant que avait Trébatius pour l'engager à rester.. . 11 qu'il se me semble que cette peine donne pour égayer un ami malheureux rend ses plaisanteries presque touchantes.

armée et exerce son art parmi les barmais. more romano hene nummatum. et il remarquer et se plut dans son amitié. qu'il avait connus. qui adressa une de ses plus agréables satires. Il s'habitua lui-même à la vie des camps. Balbus est un banquier . Trébalius traversa des temps difficiles en conservant la réputation d'être un honnête homme Il . Qu'il revienne plus lard. et finit par devenir un peu moins peureux qu'il ne l'était à son arrivée. . vieillard On y voit que c'était alors riait un aimable et indulgent qui volontiers et se Il l'entretenait sans doute de grande époque dont il était un des derniers survivants. de Catulle à assisté. il pouvait parler de Lucrèce à Virgile. il voyage à la suite d'une . encore au temps d'Horace. pour imposer silence aux mauvais plain'a qu'à faire fortune. qui prétendent qu'on est toujours assez riche quand on peut Jouir du spectacle du ciel et de la terre. : il reviendra plus riche Balbus l'a promis Or. celle de César et de ses capitaines. N'est-il pas à craindre. Dans suite. s'il que Labérius ne le fasse entrer dans quelqu'un celle d'un jurisconsulte effrayé qui de ses mimes ? Ce serait une assez plaisante figure de comédie que bares sants. car si l'on ne trou- vait pas en Gaule tous libéralité les trésors qu'on allait y cherétait cher. Par un privilège de son âge. de Cicéron à Tiie-Live. eut la chance heureuse lui et rare et il d'échapper à tous les périls des guerres vivait civiles. peur des mauvais plaisants. il ne parle pas au sens des sloïcienSj. quoiqu'ils n'aient guère l'habitude de rendre justice. de César une mine inépuisable la qui enrichissait tous ses amis. c'est une justice que lui rendent tous les partis. comme la Balbus l'avait prédit. bien. il parle en Romain fit et veut dire qu'il reviendra bien garni d'écus. Il est probable qu'il revint César ne tarda pas à le liche. Trébaliiis resta.248 CÉSAR ET CICÉRON revient. à laquelle il avait plaisait avec la jeunesse. de la guerre des Gaules.

grande encore qu'on ne il suppose. sur l'esprit de son maître. je crois. Comme il il tient une très-grande place dans sa vie et qu'il a joué un rôle assez important dans la guerre des Gaules. Ce nniriage. et quoiqu'il affectât de paraître toujours le maître. ne jamais senti aucun goût pour l'éloquence. quelle domination souvent l'esclave dans les familles le anciennes . Ce qui acheva de troubler le ménage. d'un orateur dans une famille.3. rel qu'il eût pris semblerait natu- dans nos maisons une place plus im- » De o)a<. avec exerçait elle était plus les lettres de Cicéron. '. que les : de montrer. . disait il. dont Cicéron gémissait tout bas. Slalius. L'autre personnage était que Cicéron envoyait à César son frèr« Quintus. el avait « C'est toujours refusé de parler en public. d'Atlicus. la sœur deux amis avaient imaginé pour resserrer leur liaison. tout son entourage le menait. lui. et même dans une cité d II était d'un caractère difficile et changeant se dé- et entrait sans motif dans des colères insensées. de dire quelques mots de s'était Quoiqu'il eût suivi les mêmes il leçons que son frère et écouté les mêmes maîlres. Les époux se trouvaient avoir des caractères beaucoup trop assortis ils étaient violents et emportés tous les deux et ne purent jamais s'entendre. il nous serait facile On l'avait marié de bonne heure à Pomponia. Avec il toutes les apparences d'une grande énergie. A ce propos. courageait vite. Ces défauts. empêchèrent Quintus de réussir dans sa vie publique et troublèrent sa vie privée. bien assez. ce fut l'empire sans bornes que prit un esclave.. convient. el formait une sorte de transition et de lien vivant entre les deux plus illustres époques de la litté- rature latine. 11.CÉSAR ET CIGÉRON 249 Properce. quoiqu'il essaye de les excuser. faillit la rompre. Au- jourd hui que le serviteur est libre.

il se donnait de la peine pour y arri» Comme il n'avait pas il de position à défendre ni de les plus di- gnité à conserver. Une fois assis dans son intimité par ces complaisances de tous pas de dre. et ver. ou . C'est le contraire qui est arrivé. maison la contrariétés qu'elle éprouva dans son Pomponia seule résistait. nir de l'esclave. En devenant compter son maître avec lui. par ces services intérieurs et secrets qu'on ne craignait lui demander. Comme ce traité fragile peut se rompre d'un moment à l'autre. quand florissait l'esclavage. et a perdu en in- influence tout ce qu'il gagnait en dignité. imposant des obligations réciproques. était esclave. Ils vivent ensemble liés par un contrat temporaire qui. C'est ce qui était arrivé à Sla- Par il la connaissance sous qu'il avait des défauts de Quin- tus. elle requ'il fusait de paraître aux dîners donnait sous prétexte si elle qu'elle n'était plus qu'une étrangère chez elle. c'était pour toute la vie qu'on était réunis aussi s'arrangeait-on pour se connaître et s'accommoder l'un à l'autre. paraît gênant des deux côtés. Gagner la faveur du maître était tout l'ave- et à s'observer. il n'y a plus d'abandon ni de confiance entre eux. . il les moments. et finissait par lui devenir nécessaire. dominait en sorle jamais le serviteur n'a été il plus près d'être le maître qu'à l'époque où tius. et ménage à celte les oc- casion rendirent plus insupportable encore. a fait Il en était bien autrement dans l'antiquité. \l flallait scrupule ses passions mauvaises. ils le passent à se défendre il dépendant. Ce n'était pas alors pour un moment. que la famille. et tout le temps que le hasard les rassemble.250 CÉSAR ET CICÉRON il portante. Elle har- celait sans cesse son mari de mots désobligeants. et que ces alliés d'un jour sont exposés à devenir le lendemain des indiffcrenls ou des ennemis. quelque étrange que cela paraisse au premier abord. et qu'il ne se refusait jamais à ren- qu'il est vrai de dire. et servait sans se livrait à lui tout entier. la s'était si pliait bien insinué dans sa confiance que toute lui.

comme un despote de l'Orient. Al'arri- . Il y a niolns de sûreté dans la parole d'une femsïe que dans les caprices des flots. afin qu'il n'y eût point de jaloux. en visitant l'autre partie. » < Il n'y a point de femme qui soit bonne . Il cherchait donc à se saisir d'un certain Zeuxis. > Ces deux épigrammes sont assez peu galantes.CÉSAR ET ClCÉRON 251 consenlail à y venir. il justicier. qui avaitété accusé d'avoir tué sa mère et que les tribunaux avaient absous. Les positions qu'il oo cupa. Le pouvoir absolu lui troubla la tête ses violences. je ne sais par quel destin une chose mauvaise a pu devenir bonne un mo< votre ment. pour un caractère sien. il ne parlait plus que de faire brûler et pendre. seul échantillon qui nous reste de son talent poétique : Gonflez voire navire aux vents. La vie politique de Quinlus ne fui pas plus brillante quQ sa vie privée n'était heureuse. l'Asie. el il ne fit rien pour s'en rendre digne. n'eurenl plus de bornes . mites. ou s'il s'en trouve quelqu'une par hasard. C'était comme le il fut nommé gouverneur de une épreuve difficile. C'est sans doute un jour qu'elle avait été plus revêche et plus acariâtre encore qu à l'ordinaire que Quinlus composa ces deux épigranimes. que d'être revêtu d'une autorité sans li. il les dut au grand nom de son frère plus qu'à soa mérite. c'était pour rendre les convives té- moins des scènes les plus lâcheuses. mais il faut les pardonner au mari malheureux de l'aigre Pomponia. personnage important. Gomme et souhaitait lui donner le même spectacle. 11 voulait surtout mériter la gloire d'être un grand dans le coudre dans un sac il avait eu loccasion de faire de jeter à l'eau deux parricides bas de sa province. que rien ne contenait. mais ne livrez pas ûme à une femme. Après qu'il eut été édile et préteur.

aux applaudissements de la province 1.. il répondait que c'é- un une nature barbare! Et Quintus n'en était pas moins un esprit éclairé. il ai- mait. il faisait même des tragédies àses heures de loisir. à acheter et à bâtir il avait le probablement aussi il ne savait rien refusera ses esclaves favoris. L'exil deCicéron acheva de mettre le désordre dans ses affaires. et Quinlus. et. » A la vérité. Chez les Romains les mieux élevés.Zcuxis. mais ce qui est plus surprenant. Étrange façon de plaisanter. et sous ces dehors élégants on retrouve l'âme rude taient de simples plaisanteries et qu'il avait voulu rire moment. de faire goût des livres rares. Quintus était tout à fait ruiné. au retour de son frère. . lieutenants de prendre et et mandait à l'un de ses de brûler vifs un certain LiciIl son fils. * Ad Quint. mais ce n'était qu'une apparence. Quintus revint de sa province avec une assez mauvaise réputation . Il avait donc toute l'apparence d'un homme poli et civilisé. quand on lui reprochait valier d'avoir écrit ces lettres furieuses. la civilisation n'est souvent qu'à la surface.252 CÉSAR ET CICÉRON véedugouverneur. Il écrivait à un cheromain nommé Catienus « qu'il espérait bien le faire élouifer un jour dans la fumée. Il avait apparemmentmoins malversé que ses collègues. I. comme son frère. il parlait le grec à merveille. qui avaient maiversé. s'était sauvé. Cela ne l'empêchait pas. car . il avait lu Platon et Xénophon. c'est qu'il ne revintpas riche. D'ordinaire cependant il était moins dissi- mulé nius et parlait plus ouvertement. au moment de sa plus grande misère. désolé d'avoir perdu son parri cide. lui écrivait les iellres les plus tendres pour l'enga- ger à revenir. qiiipressentailses dispositions. 2. qui dénote et sauvage de cette race impitoyable de soldats. et il pour réparer elle était fort les ne sut pas en rapporter assez d'argent brèches qu'il avait faites à sa fortune : compromise par et ses prodigalités.

c'est en Bretagne qu'on y faire fortune. qui dait cette man- déconvenue de l'armée : « Puisque vous ne » Cœs. des portiques. on reculait toujours. à ce Suétone. : alla trou- Ce pour à fait n'était donc pas seulement l'amour de il la gloire qui attirait Quintus en Gaule. s'enrichir. après chaque mécompte. Pour toute Imlune.. Il est vrai que la misère d'un Romain de ce temps serait^la fortune de beaucoup de nos grands seigneurs. .CÉSAR ET CICÉRON relever sa maison de 253 Rome. des viviers et une si belle route qu'on la prenait pour un ouvrage de l'Étal. car il fallait pas son- ger à en faire des littérateurs et des musiciens. qu'on y chercher mais on ne se décou- rageait pas encore plutôt que de renoncer à cette bril- lante chimère qu'on s'était faite. de construire dans sa villa d'Arcé des bains. 47. y allait. ci Tout monde comptait que dit *. ce lieu enchanté où l'on devait trouver la richesse. César lui-même. Aussi lui Cicéron écrivail-il plaisamment àTrébatius. comme tant d'autres. ce peuple ne possédait que de lourds chariots du haut desquels il combattait avec courage.. Cependant à lait il arriva entre les mains des créanciers et où un jour où Quinlus fut tout il ne trouva il plus de crédit. Comme on allait atta- quer le la Bretagne. espérait en rapporter beaucoup de fois perles il Ces espérances furent encore une ni trompées : n'y avait en Bretagne ni peiles mines ne d'or. cl l'on n'avait pas trouvé chez des peuples les trésors comme allait : les Belges et les Germains tous . d'acheter une maison de cam- pagne à Arpinum et une autre dans les faubourgs. On se donna beaucoup de mal pour prendre (juelques esclaves qui n'avaient pas grande valeur. Jusque-là les résultats n'avaient pas tout répondu aux espérances. C'est alors qu'il s'avisa de la dernière res- source qui restait aux débiteurs embarrassés ver César. en ce moment le plaçait.

car c'est précisé- ment pendant l'hiver qui suivit la guerre de Bretagne que Quintus eut l'occasion d'accomplir l'action héroïque qu recommande son nom à l'estime des gens de guerre. un très-grand service. l'en Il fois ne plai- lui rendit empêcha. vu. il et lus . 7. quand l'avait il il vit que la foril tune n'arrivait pas aussi vite qu'il dit espéré. défendre le camp dont César lui avait confié la garde et tenir tête à des ennemis innombrables qui venaient de détruire une armée romaine. et. Il répondit par un ferme langnge a leurs bravades insolentes. Au tions révoltées dans des retranchements élevés à la liAte et en une nuit. ce n'était au fond qu'un soldat. gie qu'on il se retrouva lui lui même et déploya une énermilieu de popula- ne soupçonnait pas. Quoiqu'il lût Sophocle avec passion et qu'il eût tragédies. mais Cicéron. Ce beau fait d'armes relève Quin- Commenlaires. » avis est et quelqu'un de ces chariots bretons. Je n'ai pas à revenir sur les détails de cette affaire que César a si bien racontée dans qui est une des plus glorieuses de guerre des Gaules. qui celte santait plus. efface les petitesses de son caractère et l'aide à le rôle soutenir avec un peu plus d'honneur ficile ingrat el dif- de frère cadet d'un grand homme. incroyable activité.. il avec une seule légion. leviez mon '. eut un moment pensée de revenir. qui l'avait nommé son lieutenant. fait des En présence de l'ennemi. Bien qu'il fût malade. Quoiqu'il eût été bien accueilli de César. . et il il déploya une soldats fallut une sédition de ses pour ses la le forcer à se tnénager.254 CÉSAR ET CICÉRON trouvez là-bas ni or ni argent. que vous enque vous nous était assez arriviez à cette. Rome sans débrider Quinlus de opinion. perla courage. comme Trébatius. * Ad fam. sut.

de rendre au contraire plus vive. Aussi Plutarque et Dion se sont-ils bien gardés de d'hui le refaire. et l'un des signes les plus certains du succès qu'ils obtieiment.CÉSAR ET CICÉRON 255 III Cicéron avait bien prévu que. En nous intéressant faits qu'ils racontent. elles nous introduisent davantage dans la vie privée du vainqueur des Gaules. pour bien connaître César et son cail n'a pas songé . la perfection de cet ouvrage empcciicrait les gens sensés de le recommencer. qui sembleraient devoir épuiser la curiosité publique. Comme pour le elles sont plus familières qu'un récit composé puWic. C'est le propre de ces beaux ouvrages. Quelque que soit ce récit. quoique César en écrivant ses Commentaires n'annonçât d'autre prétention que de préparer des matériaux pour l'histoire. un spectacle curieux. ou plutôt à cause de sa perfec- tion même. écrit à Trébatius et à son frère. c'est le complément naturel des Commentaires. il leur a suffi de l'abréger et aujourla nous ne connaissons plus le récit guerre des Gaules le que par ^parfait de celui qui en a été héros. et nous n'avons rien ie mieux à faire. à ses heures de loisir et de repos. elles nous font pénétrer sous sa tente. Quoiqu'elles soient plus rares et plus courtes que nous ne le elles ont le mérite d'ajouter quelques lumières à celles que César donne sur ses campagnes. Ce besoin d'avoir des détails nouveaux sur un des événements les plus importants de l'histoire est ce qui rend si précieuses pour nous les davantage aux le désir de les lettres que Cicéron voudrions. nous avons beaucoup de la peine à nous en contenter. dont C'est assurément à nous parler lui-même. c'est de ne pas suffire aux lecteurs et de leur faire souhaiter d'en savoir plus qu'ils ne disent. ils excitent en nous mieux connaître.

n'avait est à acquis sa réputation tiques. et ne s'en plaignit jamais. et brillanio qui aimait la guerre et la faisait g. et se fiant plus à l'inspira11 dans les moments remarquer qu'aucun d'eux dans des guerres antérieures. « Ils Qu'im- porte qu'ils se parfument? disait-il. pleins de ressources critiques. la discipline le César permettait à ses soldats le et quelquefois brillantes et plaisir. Aucune autre n'a supporté plus de fatigues et exécuté ouvrages. Ca'6. à son exemple et sans plus d'étude. qui d'agita- teurs populaires étaient devenus.. César semble avoir voulu que leur gloire militaire ne datât que de lui. D'autres au con- »Suet. étaient ses amis polition qu'à la routine. Je me figure que l'armée de César ne ressemblait pas à ces vieilles armées romaines qu'on nous dépeint graves et ei sobres. Quelques-uns. ils Les chefs ressemblaient beaucoup aux solétaient vifs et ardents. battre i. et parmi eux le plus grand peut-être. Elle était sans doute sévèrement tenue au moment du de plus grands repos danger.(. sauront bien se qui. . » Et en effet ces soldats. tremblant toujours sous la verge des licteurs soumises en tout temps à une discipline inflexible. que les pompéiens appelaient des efféminés. le péril était passé. Ils étaient recrutés en Gaulois cisalpins que de laisser échapper Pomgrande partie parmi ces auxquels la civilisation romaine n'avait pas ôlé les qualités qu'ils tenaient de leur origine.iiement. que de recueillir avec soin les dclails épars qu'elles contiennent. d'excellents généraux. race aimable dais. Il les laissait se couvrir d'armes même se parer avec reclierche.7.. sont les mêmes qu'ils mourant de faim à Dyrrhachium. Labiénus. mais quand se détendait. déclaraient l'écorce des arbres plutôt mangeraient pée. d'anciens conspirateurs comme lui.256 CÉSAR ET CICÉRON tourage.

la servant espérait qu'elle aurait moins de peine à se façonner au régime nouveau qu'il voulait éta- Ces lieutenants. du préteur (prœtoria cohors). Volcatius TuUus. 17 . ne formaient Il faut y joindre cette foule de jeunes Romains. qui venaient taire sous lui l'apprentissage de la guerre. désignés d'avance aux honneurs par leur naissance.CÉSAR ET CIGÉRON traire. étaient des jeunes gens qu'il traitait avec une préférence par une : marquée. enfants d'illus- cortège ordinaire d'un proconsul. por- comme noms Fabius Maximus el Servius taient des faisait illustres. Soldats comme les autres et camarades de tente. conpayant de leur redevenaient après le personne les jours de bataille. nous dirions presque la cour. ils combat les amis. Décimus Brulus. dont pa» seuls le le nombre variait. c'étaient des partisans qu'il se par avance dans l'aristocratie ou des otages qu'il prenait sur elle. Les plus nombreux. tres maisons. treprises el auxquels il se fiait volontiers pour les enla hasardeuses. C'était. 257 Galba. On les appelait ses tuhernales. . elle et aussi par politique comme n'était encore engagée dans aucun parti et qu'elle n'avait pas eu . qu'ils sui- vaient dans toutes ses expéditions. Ils assistaient étaient de toutes ses récréations et ils de tous ses touraient plaisirs. Il aimait jeunesse sorte de goût naturel. les compagnons du chef. Plancus. et à côté de ces cicinoN. et plus tard Pollion. disait-on. Scipion l'Africain qui avait imaginé ce moyen de relever l'apparence du pouvoir suprême aux yeux des peuples soumis. Crassus. le temps de s'attacher à il la république en blir. et après lui les gouverneurs avaient eu grand soin de conserver tout cet appareil qui ajoutait à leur prestige Ce n'était pas tout. comme les clients accompagnaient leur patron dans à ses entretiens. ils l'enfor- quand siégeait sur son tribunal ils maient enfin ce qu'on appelait la cohorte. il s'asseyaient à sa table. ils la ville.

— '- Ad Quint. les scribes. les valets de chambre. et Pinaiius écrivait à Cicéron qu'il était ravi des dhiers que lui donnait son frère 2. n'était pas déplacé à la suite d'une armée.. et avait qu'il toujours deux tables servies où les riches le visitaient et les *. et qu'il avait l'occasion d'exercer son art jusque chez les Nerviens et les Belges. l'étendue de personnages de il des pays qu'il avait à conquérir et à gouverner. Ccc!. et même de savants jurisconsultes pouvaient être nécessaires pour l'administration de ces vastes pays que gouvernail un pro- consul. les appariteurs. Ce n'est pas que César tînt beaucoup pour lui à ces repas somptueux et à ces riches 46 et 48. Si l'on ajoute à ces gens. on aura quelque idée de ce cortège vraiment royal qu'un proconsul traînait toujours après Celui de César devait être plus somptueux encore que les autres. m. l. Des financiers habiles. • Suet.258 CÉSAR ET CICÉRON hommes de ludes et guerre il y avait place pour des gens d'aplide conditions très-diverses. . Suétone raconte qu'il faisait porter partout avec lui des parquets de marqueterie ou de mosaïque. Romains qui tion provinciaux de distinc- prenaient place Ses lieutenants l'imitaient. Les dix légions qu'il commandait.. les médecins. des secrétaires intelligents. les aruspices. à qui des fonctions plus relevées donnaient une certaine importance. C'est ainsi que Trcbalius lui-même.. conune los licteurs. Jusque dans ces contrées sauvages. et même lui. D'ailleurs Il aimait natu- rellement la magnificence. les huissiers. expli- quent ce grand nombre toute sorte dont il d'officiers et s'entourait. le pacifique Trébalius. les interprètes.. il se plaisait à les frapper par son accueil. accueillait volontiers tous ceux qui venaient le voir et trouvait toujours quelque fonction à leur donner pour les retenir. une foule d'ofliciers inférieurs ou de serviteurs subalternes.

jusque dans ses camps de Bretagne et fit et de Germanie. On clients à leur lever. . Ne l'avait-on pas entendu. illustres prédécesseurs.CÉSAR ET CICÉRON 259 demeures. Sans doute César n'accueillait pas les gens avec cette majesté raide et solennelle qui rebutait dans Pompée. On ne l'abordait qu'avec peine. Ce qui était remarquable surtout dans cei entourage de César. c'était déjà presque un roi. et dans laquelle tait il racon- avec complaisance que sa famille descendait à la des rois et des dieux? fois Au reste. et nous savons qu'il longtemps avant de pouvoir arriver jusqu'à lui. et on senqu'il affectait que cette aisance de manières le avec tout monde venait d'une supériorité sûre d'elle- même. Quoique la république était durât encore. c'est l'amour qu'on y avait pour les lettres. lorsqu'il attaquait avec le plus de vivacité les institutions de Sylla et qu'il essayait de faire rendre aux tribuns leur ancien pouvoir. qu'à l'occasion il capable de bien dormir en plein air et de manger de l'huile rance sans sourciller. Ce défenseur de la démocratie n'en était pas moins un aristocrate qui n'oubliait jamais sa naissance et parlait volontiers de ses aïeux. On sait qu'il était sobre. ses il suivait en cela les traditions des Gracques . prononcer pour sa tante une oraison funèbre toute pleine de mensonges généalogiques. et une cour de que premiers ils imaginèrent de faire entre eux des dis- tinctions qui ressemblent aux grandes et aux petites eiîtrées de Louis XIV. mais. le il qui inspirait respect. mais ils rappelaient l'aristocratie dont ils sortis par l'élégance hautaine qu'ils avaient les de leurs manières. mais il avait du goût pour la représentation et le luxe. il avait des empressés fut des courtisans. Eux aussi défendaient avec ardeur les intérêts popuétaient sait laires. au début de sa vie politique. Trébatius en l'éprouve. y avait toujours quelque gracieux quelque chose en tait qu'il lui voulût être.

Malins. Depuis Mummius et Marius. et dans ce qui nous reste des lettres de Plancus on reconnaît à une avait bien profité de de Marseille. « Le rire est épuisé. il fut saisi d'une telle ardeur de poésie qu'il composa quatre pièces en seize jours c'était mener la tragédie un peu mili: tairement. trouvait ce- pendant que son éditeur avait mis trop du sien dans les préambules. Qiiintus était poète aussi. particuliers de Cicéron. « Depuis que César commande en Gaule. traduisait Y Iliade en vers latins. Trébonius. comme ne sont pas leur demeure ordinaire Cependant je ne crois pas quon ait jamais vu réunis dans aucune armée autant de littérateurs éclairés. quand on arrive à moi. » Hirtius était un historien distingué. Cicéron. les lettres fini par pénétrer dans les camps. Pendant l'hiver où il eut à combattre les Nerviens. qui. mais elle se perdit en chemin. et il en certaine abondance oratoire qu'il ses leçons. disait-il. à son frère. leure. disait Cicéron. Presque tous les lieutenants de César étaient des amis avaient on sait. sous prétexte de préparer l'effet des plaisanteries et de les mieux faire comprendre. Crassus et Plancus avaient appris l'éloquence en plaidant à ses côtés. et qui se montra digne de cette amitié en y restant fidèle. il n'y a que VÉrigone qui n'ait pu faire la . et ils se plaisaient à entretenir des rapports assidus avec celui qu'on regardait comme le patron officiel de la littérature à Rome. le vainqueur profession de goûter beaucoup ses publia même un recueil. Il avait envoyé celle qu'il jugeait la meil- VÉrigone. un ami dévoué de César. autant de gens d'esprit et d'hommes du monde que dans celle-là. mais poète tragiipje.260 CÉSAR ET CICÉRON Certes on n'était plus au temps où les généraux romains faisaient li'être brûler des chefs-d'œuvre ou se glorifiaient ignorants. à qui cette admiration ne déplaisait pas. qui se chargea plus tard d'a- chever les Commentaires de son chef. faisait bons mots.

L'Espagnol Balbus. ce banquier intelligent. m. qui avait le c'était encore César : goût le plus décidé pour les lettres . des collecteurs de vivres et des fermiers d'impôts. Nous voyons l'un de ceux qu'il employait à des services de ce genre. elles lui semblaient sans doute l'exercice et le délassement le plus agréable Je n'oserais pourtant pas dire qu'il eut pour quand je vois sa politique. elles convenaient à sa nature élégante d'un esprit distingué. semblent la avoir plus aimé d'ordinaire leurs littérature que ne le comportent habitudes et leurs fonctions. II s'empressait avant qu'ils de faire copier les ouvrages de Cicéron fussent connus du public. il n'y a rien qui la frappe plus que la supériorité de l'intelligence unie à celle de la force. et quoiqu'il fût par caractère le plus discret des hommes.CESAR ET CICÉRON route en sûreté 261 M » 11 est surprenant sans doute de rencontrer à la tres . il allait jus- qu'à commettre des indiscrétions pour être les lire. aimait la philosophie avec plus de passion qu'on n'en attendrait d'un banquier. l'opinion publique or. remercier Cicéron de l'envoi d'un traité de rhétorique en homme capable d'apprécier ce cadeau. que cet amour servait si merveilleusement 11 lui fallait par tous les moyens enlever elles . un amour tout à fait désintéressé. dans celles de César.. cet administrateur habile qui sut mettre un si bel ordre dans les finances de Rome. fois tant de généraux hommes de let- mais ce qui l'est encore davantage. c'est que tous ces chevaliers romains qui suivaient l'armée et dont César faisait des intendants et des fournisseurs. Lepla. et l'on peut dire à ce point de vue que « Ad Quint. et. . ce qui était plus méritoire encore. le premier à Mais parmi tous ces gens lettrés. Ses principaux ouvrages ont été composés dans celte pensée. 9.

selon l'expression de Fronton. il écrivit ses Commentaires avec Il cette rapidité qui étonles nait ses amis. Quand il composait ses deux livres sur l'Analogie. et combien 4a surprise et l'admiration seraient grandes à Rome quand on verrait venir de si loin un traité de grammaire en même temps que l'annonce de quelque nouvelle conquête. il et presque sur la même déplorait amèrement qu'il toutes les préventions qui l'avaient jusque-là éloigné de lui. il écrivait . Ce n'était pas seulement pour charmer quelques littérateurs oisifs que. voulait . par cette de les raconter. empêcher Romains d'ouadmirable façon blier ses victoires il voulait.262 CÉSAR ET CÉICRON ses écrits étaient encore des actions. « s'occupait de la for- ^mation des mots pendant que les traits fendaient "cherchait les lois l'air et du langage au bruit des clairons et des trompettes. Nous lettres qu'il lui avons perdu Cicéron en tenter. s'il se pouvait. il n'ignorait pas non plus quelle puissance cet homme avait sur l'opi- nion et combien les les éloges devenaient retentissants quand ils passaient par celte bouche éloquente. accroître encore l'effet qu'elles avaient produit. mais comme était ravi et qu'il n'était pas facile à con- faut croire qu'elles étaient remplies de flat- teries et de caresses. déclarait à cette époque que César venait dans son affection im- médiatement après ses enfants ligne. et se promettait bien de lui faire oublier était un des derniers venus . C'est aussi la même pensée qui lui faisait souhaiter si vivement l'amitié de Cicéron. » Il savait tout le profit que sa gloire pouvait tirer de ces contrastes. renouveler et. Les réponses de Cicéron étaient Il pleines aussi des protestations les plus vives. dans les derniers temps de son séjour en Gaule. Si sa nature délicate et distinguée trouvait un grand plaisir à entretenir quelque commerce avec un homipe de tant d'esprit. il comptait bien qu'on serait frappé de voir un général d'armée qui.

72.. drai le pinceau 2.• CÉSAR ET riCÉRON « 263 dahs son amilié. 15. J'imiterai. 30. les voyageurs : qui se sont levés plus tard qu'ils ne voulaient ils re- doublent de vitesse nuit et £e hâtent si bien qu'ils arrivent la au terme avant ceux qui ont marché une partie de '. pour un écrivain. Hist. de son côté. En : lisant les premiers récils de l'expédition de Bretagne. » Ils . nous les paraître i Ad Quint.» Tels étaient les rapports que Cicéron entretenait avec César et ses officiers pendant la guerre des Gaules. et à ce propos langage : (( il lui disait dans un magnifique le Vous avez découvert toutes les richesses de /'éloquence et vous vous en êtes servi titre. qui nous en conserve le souven iren nous faisant mieux connaître les goûts et les préféfait rences de tous ces gens d'esprit. nat. Brut. et A ce vous avez bien mérité du la patrie. que de reculer les bornes de l'empire 3.. dédiait à Cicéron son Iraité de l A- nalogie. — 3 Cic. et Pline. car il vaut mieux étendre les limites norez les gloires et de l'esprit C'était là. faisaient ils ensemble comme un assaut de et se coquetteries s'accablaient de compliments provoquaient l'un l'autre par des ouvrages en vers et en prose. 16. vu. — « Ad Quint. ries. nom romain vous ho- Vous avez obtenu la plus belle de toutes un triomphe préférable à ceux des plus grands généraux. Cicéron s'écriait dans un transport d'enthou- siasme « Quels prodigieux événements! quels pays! ! quels peuples Aussilùl il quelles batailles et surtout quel général. » : écrivait à son frère « Donnez-moi la Bre- tagne à peindre.. je tienil avait sérieusement commencé poème épique que ses occupations l'empêchaient de mener aussi vite qu'il l'aurait voulu. . ii. . Sa correspondance. » Et sur celte conquête un César. la plus délicate des flattevenant d'un victorieux comme César. 11. disait-il. fournissez moi les couleurs. premier.

Si on tenait beaucoup à envoyer à Rome de glorieuses nouvelles. On sait du reste que le séjour de César en Bretagne . et c'est pour y bruit qu'ils prenaient tant de peine. Après le débarquement de ses troupes en Bretagne. fut très-court. C'était aller vite pour ce temps. En parcourant tant de pays inconnus. La première lettre mit vingt-six jours pour arriver à Rome et la seconde vingt-huit. elles semblaient apporter jusqu'en Germanie et en Bretagne comme un air de cette vie mondaine dont ceux qui l'ont aimée ne peuvent jamais perdre le souvenir et le regret. Il n'est pas téméraire de supposer que de la Rome les occupait beaucoup. César quand Rhin sur son pont de oisifs bois. et l'on voit que César avait dû bien organiser son service de courriers. comptait frapper l'imagination de tous ces savoir les qui se réunissaient sur le forum. l\ ne suffisait pas à César de lire les journaux du peuple romain. pour nouvelles. on était fort content aussi d'en recevoir. . du l'Océan. Toutes les lettres qui en arrivaient étaient lues avec avidité . C'est assurémenl an Jes plus grands services qu'elle puisse nous rendre. au pied de la tribune. mais il regardait eût sans doute comme un honneur de dater sa lettre d'un pays où aucun Romain n'avait encore posé le pied. Du fond Gaule. Il semble. quand on vient de la lire. ce n'est pas qu'il beaucoup de loisirs en ce moment. ils laire un peu de tous avaient les yeux sur elle. Rhône jusqu'à ces jeunes gens espéraient bien qu'on et parlerait d'eux dans ces festins passait le ces cercles où les gens du aussi. qu'on se figure ce que devaient être leurs réunions. qui contenaient les princrire à ses 1 1 César écrivit deux fois à Cicéron de Bretagne.264 CÉSAR ET CICÉRON • plus vivants et nous rapproche d'eux. et l'on croit en quelque façon assister à leurs entretiens. nous le voyons s'empresser d'é- amis et surtout à Cicéron i. monde il discutaient les affaires publiques.

.CÉ?AR ET CICÉRON 265 cipaux événements politiques sèchement résumés et un procès-verbal succinct des assemblées du peuple. les petites choses comme les grandes i. et que cette jeunesse élégante qui en regrettait les plaisirs lassait pas d'en ne se parler. disait Cicéron. iil. rapporter les derniers bruits qui avaient couru et citer les bons mots les plus récents qu'on avait grand soin de leur transmettre. près du Rhin ou de la veille l'Océan et^ d'une bataille assistait à . car elles étaient des découvertes en même temps que des con- quêtes.l. ou. des désordres politiques. j'imagine qu'on se serait figuré plutôt d'esprit une réunion de gens dans quelque aristocratique maison du Palatin qu'on ou du riche quartier des Carènes. des scandales privés. Elles nous font comprendre quel effet prodigieux les victoires taient autant de César produisaient à Rome. c'était de Rome surtout qu'il était question. lui appordes correspondances exactes et pleines des plus minutieux détails. devaient faire l'objet ordinaire de ses entretiens avec ses amis. impatiemment attendues commentées avec complaitant . Ces! Quelques fables ridicules que à leur retour pour se » Ad Quint. Que savait-on avant lui de ces pays lointains? les marchands rapportaient donner de l'importance. Certes. sance. après qu'en avait discuté de littérature de grammaire. Ses messagers traversaient sans cesse la Gaule. « On lui raconte tout. ce qui les intéressait davantage. » Ces nouvelles. si l'on avait alors entendu tous ces jeunes gens causer entre eux des derniers événements de la ville. Elles excide surprise que d'admiration . . Les lettres de Cicéron nous rendent encore un autre service. Je suppose qu'à celle table somptueuse dont et j'ai parlé. entendu les vers de Matins ou de Quintus. on aurait eu beaucoup de peine à se croire au cœur du pays des Belges.

peut être pas d'Arioviste . Elle se déclarait pour de conquérir .le premier il s'aventura jusqu'en Bretagne . mais qui ne serait pas tenté de faire celle de son pays. Rome célébrait des fêles et rendait grâces aux dieux. vainqueur aux Germains celui qui venait mais ces réclamations ne changeaient pas l'opinion publique. une du teinte de merveilleux. encore après prise d'Alésia. qui n'achèverait conquête des Gaules. du monde. voulaient qu'on rappelât César qu'on nommât à sa place la un autre général . qui voulait se les attacher. Les plus clairvoyants parti aristocratique. Le premier il osa attaquer et il vaintiuit ces le Germains qu'on dépeiregard faisait gnait comme des géants dont peur. qui sentaient confusément que les cétait le sort de la république qui se décidait sur et bords du Rhin. Les chevaliers et les qui étaient devenus les financiers négociants de Rome . César. Après la défaite des Belges. se félicitaient oe voir des contrées immenses ouvertes à leur activité. qui poussait tout à l'extrême lorsqu'on demanda au sénat de voler des actions de grâces aux dieux pour la défaite . Le peuple.. "qui aime la gloire militaire et qui cède franchement à l'enthousiasme tes ne se lassait pas d'admirer celui qui reculait pour les Romains les limi. Cependant tout le monde ne cédait pas volontiers à ce prestige. vaincu par l'opinion.266 CÉSAR ET CICÉRON jeulement avec César qu'ils furent connus. les appelait sur ses pas. si vile tant de pays incon- nus. osa proposer au contraire qu'on livrât le . Galon. On en décréta vingt la quand on et vingt apprit le succès de l'expédition de Germanie. où l'on disait que la nuit durait trois mois entiers et toutes ces chimères qu'on racontait donnaient à ces victoires comme . A la nouvelle de chaque victoire . le sénat. ne put s'empêcher de voter quinze jours de supplications. C'était Cicéron . et son premier soin avait été de leur ouvrir une roule à travers les Alpes. ce qui n'avait été fait pour personne.

cons. » Ces magnifiques éloges. Ce n'est pas sans un bienfait signalé de la Providence que la nature avait donné les l'entrée en eût été . César est allé les chercher chez eux. — 2 C'est ce qu'établit parfai- lement M. . Ces contrées dont aucune histoire n'avait jamais parlé. Les autres généraux du peuple romain regardaient comme suffisant pour leur gloire de les empêcher d'entrer chez nous . Alpes pour rempart à l'Italie. qu'on a tant reprochés à Cicéron.. : « C'est la première qu'on con- ose attaquer les Gaulois jusqu'à présent. il est facile d'expliquer cet entraîne- ment que de gens honnêtes et sensés éprouvaient alors pour César. l'instinct 1 Be prov. on s'était tenté de les repousser. se comprennent cependant. elles étaient en ce moment 2. Elles pouvaient être menaçantes pour de Rome. aujourd'hui les limites de ces peuples sont devenues les fronlières de notre empire. Mommsen dans son Histoire romaine. notre général rues. Elles compromirent plus tard la liberté elles assuraient alors et son existence Ce que des préventions des craintes. ces de l'empire du monde. Si ou- verte à cette multitude de barbares été le centre et le siège jamais Rome n'eût s'abaissent maintenant. le monde ignorait le les nom. 13 et 14. dérobaient à l'arislocratie soupçonneuse. nos légions nos armes ont parcoula Nous ne possédions qu'un sentier dans Gaule . indispensables.CÉSAR ET CICÉRON 267 il qui d'ordinaire demandait ces honneurs pour César et se faisait l'organe de l'admiration publique sait quand fois il di- dans son beau langage . Ce qui justifiait l'admiration sans rétant serve que causaient ses conquêtes. il n'y a plus rien à redouter pour l'Italie 1. dont tout . bien légitimes du reste. c'était moins encore leur grandeur que leur nécessité. quoi que puissent dire les politiques. mais l'avenir . Qu'elles montagnes insurmontables ! Depuis les Alpes jusqu'à l'Océan. . e(.

attirés par la fertilité de ces beaux pays. pendant que Rome perdait ses forces dans des luttes intérieures. et il en était venu vingt. à vrai dire. comme ce fut l'honneur de l'empire de les y maintenir durant plus de trois cents ans. on peut dire qu'il les a subies plus qu'il ne les a provoquées. leur vainqueur. qui les connaissait L»ien remarquer que ne leur donne Ils pas ce nom dans ses Commentaires. el ils — que César semait les guerres à plaisir dans l'intérêt de sa gloire. Dion a grand tort de prétendre .268 patriotique nait CÉSAR ET CICÉRON du peuple le lui faisait deviner. Celle rapi- dité merveilleuse avec laquelle Rome s'assimile alors les Gaulois ne se comprend que lorsqu'on sait en quel état elle les avait trouvés. avaient û» . Ses compatriotes. mettre. les Gaulois qui étaient à craindre la décadence avait déjà commencé pour ne songeaient plus à faire de conquêtes. — eux. c'étaient les Germains. Quelque profit qu'il en ait tiré. comme elle fît quatre siècles plus tard. les Ils n'étaient pas il tout à fait des barbares. C'est sa gloire d'avoir rejeté les Germains au delà du Rhin. est à . conjurée par Marins un siècle auparavant. Mais ce n'était pas le seul effet ni même le plus grand il des victoires de César. César ne l'avait arrêtée. mais plutôt les Germains qui venaient hardiment vers elle. passaient tous les jours le Rhin peur le rejoindre. Arioviste occupait une partie du pays des Séquanes et voulait s'emparer du reste. comme Germains. recommençait . Cen'élaient pas. les Suèves et les Sicambres s'étaient établis sur le Rhône et les Alpes? L'invasion. Que serait-il arrivé de l'Italie si. Au moment où César fut nommé proconsul.cinq mille d'un coup. En conquérant la Gaule. elle pouvait amener la ruine de si Rome . Il compreconfusément tous les dangers qui pouvaient venir bientôt de la Gaule si l'on ne s'empressait de la sou. l'a rendue entièrement el pour jamais romaine. Ce n'est pas Rome alors qui alla chercher les Germains.

dont qu'après tant de siècles et mal- gré tant de révolutions elle n'en a pas encore perdu l'empreinte. Ils étaient ouverts et curieux. le présent qu'il lui faisait était plus beau et plus utile il lui donnait tout un peujoutait : ple intelligent. un ensemune aristocratie ambitieuse puissante. les avait au moins éveillés. un système régulier d'impôis. n'avait pas entièrement éclairé les esprits . à siège et à les construire des machines de habileté à laquelle César rend justice. en se jetant avec une ardeur et un talent quis .CÉSAR ET CICERON grandes et villes. et une sorte d'éducation nationale dirigée si elle par les prêtres. la ne résistè- rent pas un jour à adopter sa langue et ses usages. On peut dire que Gaule ressemblait à ces terres fendues la pluie par un soleil brûlant et qui boivent avec tant d'avidité les premières gouttes de . assez in- telligents pour reconnaître ce qui leur manquait. 269 ble de croyances religieuses. romaine. Celte culture. avec une réussirent à imiter la tactique romaine. encore imparfaite. César n'a- donc pas seulement quelques territoires nouveaux aux possessions de Rome . Ils avaient avaient le désir et l'instinct. en confondaîii ses intérêts avec ceux de sa nouvelle patrie . et que c'est la seule chose qui ait persisté jusqu'à présent dans ce pays où tout change. si étaient donc encore rudes et grossiers. assez libres de préjugés pour renoncer à leurs usages ils quand en trouvaient de meilleurs. Voilà ce qui explique qu'ils combattu dix ils ans contre la domination de l'étranger. l'on veut. elle s'est si profondéelle avait ment imprégnée de la soif sans la connaître civilisation . mais ils déjà tout prêts pour une civilisation supérieure dont l'aient si facilement accueillie. et qui . remarquables dans l'étude des arts et des lettres pour . Dès ils le commencement de manœuvrer Ils a guerre. qui fut presque aussitôt civilisé que conen se faisant romain de cœur aussi bien que de langage. en s'enrôlant dans ses légions pour la défendre .

Après l'exd de Cicéron aruspices avaient prédit que la monarchie allait recommencer^. ! Tous les hom- mes d'État qui étaient restés à Rome Pompée comme Cicéron. c'est fal- on parvenait à des magistrats. . En même temps l'excès du mal faisait qu'on en cherchait partout un remède efficace. Ces troubles. Quelques années plus tard. avaient perdu quelque chose de leur dignité en se mêlant à ces intrigues. ajoutaient encore à que produisaient les victoires de César. CÉSAR ET CICÉRON nesse devait donner longtemps une nouvelle jeu un retour de vigueur à cet empire fatigué. S5. Aussi tous ceux dont l'âme était blessée de ces tristes spectacles et qui avaient quelque souci de l'honneur romain tenaient-ils les yeux fixés sur lui et sur son armée. à peine fait Rome si continuait à être le théâtre des plus honIl teux désordres. il fallait créer un les pouvoir fort et durable. Pendant que ces grandes choses s'accomplissaient en et Gaule. et il n'était pas besoin d'être devin pour le prévoir. L'idée commençait à se ré- pandre que. * De Arurt' vesp. et il se battre chaque fois que le peuple se rassemblait sur le forum ou au champ de Mars. Comme il arriva à certains moments de notre révolution. qui s'en était retiré à était le seul qui eût grandi au milieu de l'abaissement général. n'y avait plus de élire gouvernement . César. pour avoir enfin le repos.270 l'illustrer . ! ou de l'assassinat de Clodius par Milon . le mal ayant encore . la gloire militaire consolait les hon- temps. Quel contraste entre les combats livrés contre Arioviste ou Vercingétorix et ces batailles de gladiateurs qui ensanglantaient Et combien la prise d'Agendicuin ou les rues de Piome d'Alésia paraissait glorieuse à des gens qui n'étaient occupés que du siège de la maison de Milon par Clodius. nêtes gens des hontes et des misères de l'intérieur.. dont l'eiïet rougissaient les honnêtes gens.

yeux se tournaient naturellement vers le vainqueur le des Gaules. le remplir. .et une volonté plus décidée. et la révolution qui lui livra faite Rome était plus qu'à moitié quand il passa le Uubicon. Sa gloire d'avance désignait à ce rôle. mais qu'il Pompée fut nommé fois Pompée avait montré plus d'une II n'avait ni la vigueur ni la résolution nécessaires fallait pour vaincre à tout jamais l'anarchie ailleurs et les chercher un bras plus ferme. le parti 271 républicain lui-même. malgré ses répugnances.CÉSAR ET CICÉRON augmenté. seul consul. les esprits s'accoutumaient tous l'héritier les jours à l'idée qu'il serait de la république. les espé- rances des uns et les craintes des autres l'appelaient b. fut forcé d'avoir recours au remède énergique d'une dictature temporaire.

si sa pensée se reporta à quelques années en arrière et s'il se ressouvint de son retour triomphant de l'exil Dans cette même ville. il Comme le bœuf suit le troupeau.II LE VAINQUEUR ET LES VAINCUS APRÈS PHARSALE La guerre Il civile interrompit les rapports que Cicéron avait entretenus avec César pendant la guerre des Gaules. disait-il. et il s'empressa de retourner à Brindes jueur. il ! de débarquer furtivement. d'éviter la foule et moins de chagrin que » les événement? publics. : ne crut pas qu'il fût possible de continuer la lutte il le dit fut ouvertement dans un conseil des chefs républicains qui tenu à Dyrrhachiura. dans l'isolement et l'anxiété.. la crainte de l'opinion. je vais rei . VII. Son cœur était déchiré de tous les côtés. le camp de Pompée. rouver les honnêtes gens » mais n'y allait qu'à il contre-cœur et sans espérance. hésifa longtemps à s'y engager. pour se mettre à la disposition du vain- Que de regrets ne dut-il pas éprouver alors. et ses affaires domestiques ne lui causaient pas était contraint licteurs. les plus tristes de sa vie. . et surtout l'exemple de ses amis le décidèrent enfin à partir pour ((. 7. où on l'avait reçu avec tant de fêtes. et c'est après de longues indécisions que les remords de sa conscience. de cacher ses de ne sortir que de nuit. Après Pharsale. Son Ad Att. Il y passa onze mois.

Il quelque raison d'être méconse désole lorsque Antoine veut le forcer à quitter lui arrive l'Italie. il découvrit que sa femme s'entendait avec ses il affranchis pour le dépouiller de ce qui lui restait.CESAR ET CICÉRON abijence avait achevé Je déranger sa fortune. parce que celte exception qu'on en sa faveur peut il nuire à sa réputation. termes plète. Pendant qu'il essayait de se procurer quelques ressources en vendant ses meubles et sa vaisselle. quelque bienveillante qu'elle qu'il finit par y en pèse bien tous les découvrir quelque motif de s'efla frayer. il est tourmenté peine a t-il surtout par ses irrésolutions habituelles. prend l'alarme. A mis le pied en Italie qu'il se repent déjà d'y être venu. il revit Tullia. c'est qu'on diffère sa ven» ' Ad Att. il avait dence de prêter ce qu'il avait d'argent à Pompée le poignard du roi d'Egypte avait emporté à la fois la créance et le débiteur.. sa chérie. apprit que son frère et son neveu. mais il la revit triste et malade. une il lettre de si lui. même plus large et la plus fait. 20. fait il se désole en- core. son imagination inquiète met toupire. et il jours les choses au est ingénieux à trouver dans tout ce qui tent. et travaillaient à le fille perdre afin de se sauver. l'amnistie. a ne si 1.' dit-il. le rassure pas tout à comQuand on par- donne geance facilement. je lis coynitionem au lieu de notionem qui ne me semble pas avoir de sens. XI. cherchaient à se justifier à ses dépens. qui s'étaient rendus auprès de César. A ces malheurs trop réels se joignent en même temps pour lui des malheurs imaginaires pleurant à délités qui ne le font guère moins souffrir. 273 Au moment eu l'impru: où elle était le plus embarrassée. quand on lui permet d'y rester. s'il reçoit soit. la fois les infortunes de son père et les infide son mari. Suivant son usage. Si César néglige de lui écrire. ^^ ClCliROBi. .

il sentait bien alors qu'il était véritablement « Sachez.. A la vérité. dont peur. et de ce retour aux calmes plaisirs de l'esprit. il lui fut il reprit ses études interrompues. et qu'on ne commence à ses livres. A présent que je suis rentré en grâce avec eux. après ville CÉSAR ET CICÉRON un séjour de près d'une année dans et cette permis de quitter Brindes. et se créer publiques. je préceptes.274 Enfin. dans des affaires si agitées. et grand parti qu'il avait servi activité. la sé- repos. sommes menacés » était Il devait ^u défendu de se tenir en dehors du gouvernement nouveau. ix. il put goûter de nouveau ces biens précieux dont on jouit sans y songer quand on les possède. si je les fuyais. Ils n'avais pas suivi assez fidèleir.ent leurs me pardonnent. Rien n'égala jamais pour lui le charme de ces premiers jours passés tranquillement à Tusculum après tant d'orages. . avec des alliés douteux. écrivait.il retour je à son ami Varron. il retrouva bruyante empestée. Il lui fallait chercher dans la philosophie et les lettres un emploi utile de son Sa conduite désormais toute tracée. Il revint dans ses belles maisons de campagne qu'il aimait tant et où il avait été si heureux . ils me rappellent à leur compagnie. que réconcilié avec depuis mon je me suis veux dire avec mes livres. ils me disent que vous avez été plus sage que moi de ne point les quitter. 1. j'espère bien qu'il \es me sera plus facile de supporter maux qui nous accablent et ceux dont noua i. ce n'est pas que je fusse irrité contre eux. Il l'avait une retraite honorable loin des affaires ne pouvait plus s'occuper avec hon« ( onserbien compris lorsqu'il disait il : » Ad fam. mais je ne pouvais les voir sans quelque confusion. apprécier que lorsqu'on les a un curité et le moment perdus. Il me semblait qu'en m'engageant mes vieux amis. pour lesquels fait.

Le goût des plaisirs de plus fort l'esprit qui les réunissait était chez eux que irritation toutes les antipathies politiques. il se remit à fréquenter les amis qu'il avait dans le parti de César. et. c'était bien le tous voir programme qui lui ceux qui s'étaient soumis après comme à Pharsale. Il était il certainement très-sincère s'engageait « à se cacher lorsqu'en quittant Hrindes il avait promis plus ne pouvait tenir. et la vie paraît vide à C3lui qui ne les a plus pour la remplir. On va comment il y fut fidèle. convenait le mieux. XVI. il prêta l'oreille avec plus de curiosité aux bruits du dehors. il reprit insensible- tout entier dans les lettres. la désenchantent du reste. même quand ils ne contentent pas tout à une âme. . il quitta Tusculum pour revenir à Rome. Là. 1 Il est bien difficile de se déshabituer tout d'un coup delà politique.CËSAR ET GICÉRON 275 vons au moins une demi-liberté en sachant nous cacher et nous taire i. et les plaisirs de l'étude finirent par lui sembler un peu trop calmes. malgré tous les mo- qu'ils avaient de s'en vouloir. Le maniement des affaires et l'exercice du pouvoir. » mais qu'il ment ses anciennes habitudes. afin de les mieux entendre. et par leur intermédiaire il renoua ses relations avec César lui- même. sa maison s'ouvrit de nouveau à tous ceux qui aimaient les lettres et les cultivaient. il retourna au sénat. La première passée. 31. ils revinrent l'un vers l'autre avec cette aisance ^ Ad Att. C'est ce fait qui arriva à Cicéron.. Il se fatigua vite du repos. Ils tifs se réconcilièrent facilement. » Se taire et se cacher.

qui Cicéron défendait les projets de César par amitié ou pai conviction. Cependant ces relations étaient devenues pour Cicéron plus délirâtes que jamais. comme autrefois. plus l'opinion puOn pou- supposer. c'était un maître. Ce n'était plus seulement un protecteur. * Ad x . il 11 n'y avait plus.. aller dhier chez le voluptueux Eutrapélus en oompagnie de Pansa ou d'Antoine et à côté de la comédienne Cythéris. la malveillance avait les yeux ouverts sur ses faiblesses. ménager les vainqueurs vaincus dans l'intérêt de sa répu- tation ou de sa sûreté.276 CÉSAR ET CICÉRON que donnent l'usage et la pratique du monde. Ce qui ajoutait à la difficulté de la situation. oubliant ou paraissant oublier tous les dissentiments qui les avaient séparés. entre eux de traité ou d'accord qui y avait créât des obligations réciproques. On lui pardonnait moins encore ses relations familières avec les amis de César. iescomplaisances qu'il pouvaitavoir pour lui n'étaient plus que de basses (latteries et une manière honteuse de mériter son pardon. « On' ne me pardonne pas de vivre ^. » disait-il. fallait Il lui donc satisfaire à la fois et les tous les partis. Déjà son brusque retour de Pharsale avait été fort blâmé. vivre à côté du maître sans trop fam. à l'époque de la guerre des Gaules. c'est que plus le vainqueur avait le droit blique commandait au vaincu d'être réservé vait de se montrer exigeant. un vainqueur à qui les droits de la guerre permettaient tout et un vaincu qui tenait la vie de sa clémence. de tous côtés. mais depuis qu'en se prononçant avec tan d'éclat pendant la gueire civile il avait montré qu'il dé sapprouvail sa cause.qu'il retrouvait dans son ancien condisciple. prendre part aux fêtes somptueuses que donnait Dolabella avec l'argent des vaincus. . Les honnêtes gens murmuraient de le voir visiter si assidûment la maison de Baihus.

mais à côté du courage de l'àme. pour C'est encore une façon de le braver que de rester maître de soi en sa présence. mais qui n'était pas au-dessus de la dextérité de Cicéron. il n'y a rien qui aide davantage à traverser sans bassesse des temps dii'ficiles. car il est souvent seul qui soit possible. Leur raillerie^ si discrète qu'elle soitj est immonde. ose plaisanter et sourire au milieu du silence de l'elTroi des autres. Après la défaite des gens de cœur. Mme de Sévigné a dit quelque part « L'esprit est une dignité.CÉSAR ET CICÉRON lui 277 complaire. il il témoigne par là que la gran- deur de celui auquel se sent assez fort parle ne l'intimide pas. et ils rendent encore quelques services faire. qui inspire des résolutions énergiques. dont un homme ordinaire aurait eu peut-être quelque peine à se tirer. » Ce mot est : vrai dans tous les sens. ils se soutiennent avec quelque honneur dans ruine de leur parti. mais sans jamais le fâcher. et accommoder son ensemble dans ces rapports périlleux ce qu'il devait à honneur et ce qui était nécessaire à son repos. Quand un homme quand et il conserve son esprit devant un maître absolu. qu'ils savent re- lever vivement la tête après que la nécessité les a forcés de la la plier. faut pas de l'esprit. même quand il était contraint de flatter. et qu'il la soutenir. celui Il y a donc aune dessous. les gens n'ont plus le pouvoir de rien d'esprit ont leur tour. qu'il le dédaigner. et elle empêche au moins qu'après avoir perdu la liberté d'agir on ne perde encore sorte de protesialion contre le silence une posé à tout le . quand les autres Comme ils sont déliés et souples. et il me semble qu'un despote exigeant et om- presque aussi mécontent de ceux qui se permettent d'avoir de l'esprit devant lui que de ceux doit être qu'il brageux peut soupçonner d'avoir du cœur. Il avait pour en sortir à son avantage une qualité merveilleuse qui l'empêchait de paraître trop humble et trop bas. C'était une situation délicate.

il en faisait une collection. parlait sans si se gêner. abattu. le survivant le plus illustre du parti républicain.. On venait donc le voir de en i. à l'exemple de leur chef. tous les côtés. Tel il fut à peu près le rôle faut reconnaître lui seul osait parler. de se fâcher des bons mots de Cicéron. Comme il était. il maintienne seul la dignité humaine en grand danger de périr. L'espril n'est donc pas une qu'on alTecte de le dire. L'impuniié rendit naturellement plus audacieux. lui ferait était encore à Brindes. 20. trophe. et après qu'il lut de retour à leries le plus agréables et le Rome il ne prit rail- presque plus d'autre précaution que de rendre ses pouvait. Jamais il n'avait été plus entouré. il a sa granpeut se faire qu'après une grande catastout est chose aussi futile deur aussi. plus spirituelles qu'il le il même quand s'exerçait à ses dépens. Les amis de César le fréquentaient volontiers pour se donner. et au plus fort delà guerre d'Espagne il donnait l'ordre à ses correspondants lieu Au de les lui envoyer : Cicéron. disaittristes la visite de beaucoup d'honnêtes gens qui sont et celle de nos joyeux vainqueurs » Ad Att. et il quand muet. César aimait l'esprit. les partisans s'empressaient autour de que conservait encore la république lui. ignorant on grâce. . et tous les partis se rencontraient le matin dans son vestibule. « Je reçois même * temps. un air de libéralité et de tolérance. et de Cicéron à cette époque. IX. Cette liberté.278 tout à lait celle CÉSAR ET CICÉRON de parler. qui était alors rare. découragé. qu'il effrayait déjà Atticus par le la liberté de ses propos. soumise et muette. qui le savait. Dans cette grande ville. depuis la mort de Pompée et de Caton. il. et il Il avait commencé à le faire de si bonne heure. attirait sur lui tous les yeux. que ce rôle ne manquait pas d'importance.

nous allons dont on fréquentait voir comment il renonça à se taire pour le remercier de sa clémence On a bien raison d'admirer la clémence de César. Ce qui ajoute à l'admiration que sa conduite inspire. que Cé^sar était cruel . Cependant toire il ne faut rien exagérer. vers la même époque. la part qu'il prit. c'est qu'il fit grâce à ses ennemis au moment même où ses ennemis massacraient ses n'était . il est permis de se demander quel motif il avait de pardonner aux vaincus. avant César. Curion. Aucun doute encore entré dans l'àme d'un vainqueur sur l'étendue de ses droits . il manquait déjà à la première partie du programme qu'il s'était tracé . il les croyait sans limite et les exerQui songeait. Remarquons cependant qu'en redevenant un grand personnage dont on recherchait l'amitié. il est juste de chercher de quelle fa^'on et dans quelles limites s'exerça sa clémence. et les éloges qu'on en fait sont mérités. disait un jour à Ci- céron. dans une conversation intime. ne devait lui faire plus de plaisir que d'avoir re- pris son importance. c'est qu'il donna ce bel exemple de modération et de douceur dans une époque de violence. Il avait renoncé à se cacher pour répondre aux avances de César . à proclaçait sans scrupule mer et à pratiquer le respect du vaincu? Il fut le premier qui annonça que sa vengeance ne survivrait pas à sa victoire et qu'il ne frapperait pas un ennemi désarmé. la maison. entre les proscriptions de Sylla et celles d'Octave . et l'hisne doit pas être un panégyrique. Sans prétendre diminuer la gloire de César. au retour des exilés ne tarda pas à lui faire oublier l'autre.CÉSAR ET CICÉRON Cet empressement avait sans doute de quoi et rien 279 le flatter. soldats prisonniers et brûlaient vivants ses matelots avec leur§ navires. Au milieu des guerres sans pitié de l'ancien monde. un de ses meilleurs amis. c'est la première fois qu'on voit luire un rayon d'humanité.

mais il ne se les refusait pas non plus lorsqu'il y trouvait quelque fert plus avantage est arrivé Pendant qu'il était préteur en Espagne. par système aussi. mais lorsqu'à cet instinct naturel qui porte à la clémence se joint la réflexion qui calcule le bon effet qu'elle pr(Kluira et le profit qu'on en doit tirer. ennemis par des vengean- nous le voyons faire trancher la tête à tout le sénat desVénètes. vendre à la fois comme esclaves les quarante mille habitants de Genabuin. ce Vercingétorix qui fut un ces terribles » Ad AU. il n'a jamais hésité à elîrayer ses . comme faisaient tant de ses contemporains. on trouve que sa clémence a souf- d'une éclipse. . mais le scep' tique Gurion était fort disposé. couper le poing à tous ceux qui dans Uxellodunum avaient pris les armes contre lui. villes qui il lui de prendre d'assaut des demandaient h se rendre pour avoir un prétexte de les piller En Gaule. massacrer les Usipètes et les Tenctères.x. comme : Cœlius. et qu'il n'avait épargné ses ennemis que pour conserver l'affection du peuple . à être cruel. se résignera. Je ne crois pas qu'il ait commis lucunes cruautés sans motif et pour le motif de les comTiettre. pro natiira et pro instituto'^ . c'est le continuateur de ses là le qui le dit.. — 2 iJelL afric. 88. La vérité est que César était clément à la fois par nature et par système. il peut arriver qu'on devienne d'intérêt à l'être. Et l'héroïque chef des Arvernes.280 CÉSAR ET CICIÎRON par tempérament. se faisait doux gens à s'il humain pour attirer les lui. à voir tou- jours les gens par leur mauvais côté il a certainement calomnié son chef. la politique peut changer avec les circonstances. éprouve le besoin de les inlitnider. on l'est toujours . Quand on est boa uniquement par nature. et moins clément dès qu'on a moins Celui qui. et celui connaissait bien. C'est ce qui est arrivé à César. Or. 4. Commentaires si le cœur ne change pas. et quand on étudie sa vie de près. par système.

Le fils aîné de Pompée. le massacre commença.. et tué sans miséricorde. Lorsqu'il vit que son système de clémence ne désarmait pas ses ennemis. égorge les vaincus sous ses yeux. qui le surprit. Le plus beau moment de la clémence de César c'est Il avait annoncé d'avance lorsqu'il entra en Italie. Munda fut-elle ter- Dion raconte que et les deux armées s'attaquèrent avec une rage silencieuse. pour '^ renonça. Entre les républicains exaspérés par leurs défaites et le vain- queur furieux de leur résistance. Il avait déclaré. qu'on ne verrait pas recommencer les proscriptions. il ^AdAtl. Inaugurons une nouvelle façon de vaincre. « Je ne veux pas imiter Syila. et quand il combattait ses concitoyens. entiers en prison. et cherchons notre sûreté dans la clémence et la douceur i. en parlant pour était sa dernière expédition d'Espagne. et qui fut sans doute fort répandue. . Aussi la bataille de rible. ces mots « qu'au lieu des chants guerriers qui moments que Frappe et tue. qui était parvenu à s'enfuir. seraient mis à mort.CÉSAR ET CICÉRON adversaire si 28t ne l'a-t-il pas tenu cinq ans donner ensuite froidement l'ordre de l'égorger le jour de son triomphe Même à l'époque des guerres civiles. s'i aspirant de sa colère. fut traqué dans les forêts pendant plusieurs retentissent d'ordinaire. . la guerre devient sans merci. que sa clémence à bout. Après la victoire . finit par le rendre cruel. » Il ne démentit pas d'abord ces belles paroles. il se fatigua de pardonner. lettre célèbre. IX. disait-il dans une Pharsale. et leur obstination. et son armée. Après Thapsus. elle prend des deux côtés des couleurs plus sombres. comme les chefs vendéens . et que tous ceux qui ne poseraient pas les armes. dans nos guerres du Bocage. il y digne de lui. » Le combat fini. on n'entendait par : jours. A mesure que la lutte se prolonge. 7. César cU)nne l'exemple des supplices.

un certain nombre dans l'Asie qui attendaient avec impatience qu'on leur donnât la permission de revenir chez et eux. Ces degrés habilement ménagés. Les lettres de Cicé- ron nous rendent le service de nous en faire connaître et quelques uns Ce sont des gens de toute condition aussi bien que des grands seigneurs. cellus . on leur permettait de reveavant de leur ouvrir tout à . On a tort de penser tou- tefois qu'il y ait àcemomentune d'Antoine . le nombre des faveurs accordées par chœur des flatteurs César. un édit qui gouvernait Rome en l'absence de César. Il y avait donc d'exilés en Grèce . Beaucoup d'aulrcs rentrèrent ensuite. et qui ne l'obtinrent pas tous. puis en Italie fait les . C'était tirer un meilleur on parti le moyen pour César de de sa clémence. portes de en multipliant Rome. ne laissaient pas s'assoupir l'admiration publique. de toute fortune. Chaque fois le recommençait ses la louanges. amnistie générale Au contraire . furent seuls exceptés. et les faisait presque toujours payer aux exilés d'une partie de leur fortune. Cicéron et Laîlius. beaucoup plus .282 CÉSAR ET CICÉRON l'ordre à ses soldats d'épargner leurs concitoyens. et l'on ne cessait pas de célébrer générosité du vainqueur. des négociants et des fermiers de l'impôt A côté d'un il Mar- d'un Torquatus . n'eut lieu qu*î tard. dont parle Suétone. après Pharsale . Rarement aussi elles étaient complètes du premier coup nir en Sicile. d'un Domitius. donna et sur le champ de eu bataille même il tendit la main à i. D'ordinaire ces grâces qu'on accordait ainsi en détail n'étaient pas gratuites. mais on ne les rappela qu'individuellement et par des décrets spéciaux. qui n'étaient pas à craindre. défendit sévèrement à tous les pompéiens de revenir en Italie sans en avoir obtenu \i permission. y a des per- 1 L'amnistie générale. Brutus et à beaucoup d'autres.

lui par son ardeur républicaine. au commencement de mais . nome. Nigidius fidèle à la maxime de son maître Pythagore.CÉSAR ET CICÉRON 283 son nages entièrement inconnus. On y rencontre aussi digne de remarque . L'un d'eux . Nous connaissons mieux trois écrivains. physicien . qu'on mettait à côté de Var- ron pour l'étendue de ses connaissances. ce qui est les deux autres . il fut préteur en des temps et se fit remarquer par . son énergie. l'avait encore insulté guerre : dans un pamphlet. Caecina avait paru d'abord aussi ferme que Nigidius . On ne pensait pas alors qu'un savant fût dispensé d'être un cherches théologiques. et qui était. astro. comme lui à la fois philosophe. il Non la content de prendre les armes contre César. qui ordonne au sage de porter secours à la loi menacée. et le savant Nigidius Figulus. Quand César entra en Italie . comme . Il brigua et obtint des dignités publiques difficiles . grammairien. et il s'était fait remarquer . comme Trebianus et Toranius. s'empressa de quitter ses livres et il était au premier rang des combattants de Pharsale. On croyait qu'il prédisait l'avenir et on le soupçonnait de ressusciter les morts. et. Ampius. c'est que ce sont peut-être les plus mal traités. rhéteur et jurisconsulte . citoyen. Tant d'occupations d'un genre si différent ne l'empêchaient pas de s'intéresser aux affaires de son pays. un négociant bel esprit. avait surtout frappé ses contemporains par la profondeur de ses re- Comme on le voyait s'occuper beaucoup des doclrinesdes Chaldéens et des Orphiques. était un fougueux républicain qui ne montra pas dans l'exil autant de fermeté qu'on aurait cru II s'occupait à écrire une histoire des hommes illustres. et il paraît qu'il ne profitait pas as^ez pour son compte des beaux exemples qu'il y trouvait. qui ne se ressemblent guère : c'était l'Étrusque Caecina. il passait pour un grand magicien. ce qui prouve que la vengeance de César ne s'arrêtait pas aux chefs du parti. Nigidius. T.

. y prodiguait sans mesure les éloges à César. . à provoquer les bontés de César il n'hésitait pas à le » Ad fam.284 il CESAR ET CICÉRON . il écrivait tout le contraire à ceux qui supportaient trop l'exil. il permettait à Cœcina de se rapSicile. Cicéron. et ce titre indique assez quel en était le caractère. l'exil. ne savait pas procher de Cicéron et il flatter . et cependant il craignait toujours de n'en avoir pas dit assez. disait-il à 1. et qu'il vaut mieux entendre seulement parler des malheurs de la république que de les voir de ses yeux. « Je frémis de tous mes s'il membres. ou à leurs sentiments se souciant peu d'être d'accord avec lui-même. à accommoder son langage . . employait son crédit à rendre leur condition meilIl leure. que violent il ne put pas supporter léger et mondain avait besoin des plaisirs de Rome. effet. vu. de bassesse qui finirent par toucher le et tandis qu'il laissait impitoyablement mourir en exil l'énergique Nigidius. l'Italie et de s'établir en s'était fait le consolateur de tous ces exilés. 7. les servit tous avec le il même torts dévouement. Il l'avait appelé ses Plaintes Il . mettait une habileté touchante. et courageusement qui ne voulaient pas. quoiqu'il y en eût parmi eux dont avait à se plaindre mais il ne se souvenait plus de leurs Il dès qu'il les voyait malheureux. quand je me demande et en sera content » Tant d'humiliations vainqueur. Après avoir dit à ceux qui se lamentaient d'être éloignés de Rome qu'ils avaient tort de vouloir y revenir. et il se désolait d'en être privé. au grand désespoir de leur famille. pourvu qu'il pût les consoler et leur être utile. Pour obtenir sa grâce il imagina d'écrire un nouvel ouvrage desliné à contredire l'ancien et à en effacer le mauvais était aussi faible Cet homme . en à leur situation leur écrivant. il Quand rencontrait un empressement trop servile à prévenir et . demander leur rappel.

Une fois la grâce obtenue l'exilé. quoiqu'il fût bien difficile d'aborder un homme sur lequel retombaient les afiaires du monde entier. mais qu'il ne pratiquait pas toujours lui-même. Après Pharsale. C'était un homme énergique que mauvais succès de sa cause n'avait pas abattu un véritable ^ihilosophe. rappelait au respect de lui-même le malheureux qui l'oubliait. . il voulait être le premier à l'annoncer à qui l'attendait im- patiemment.CÉSA*R ET CICÉRON 28S il blâmer. qui s'était . car César tenait à l'engager de plus en plus dans son parti par les faveurs lui accordait. il s'empressait de retenir cet élan de courage inutile et prêchait la Pendant ce temps. il n'y en avait pas non plus que César eût autant de raison de haïr. il promettait il . il essayait de voir le maître luimême. quand ses parents etCicéron se mirent en tCle d'obtenir sa grâce. sans profit pour personne. il s'était retiré à Mitylène et ne songeait pas à en revenir. . ils rencontrèses . Il gnait pas ses peines. Par une sorte de bravade cruelle Marcellus avait fait battre de verges un habitant de Côme pour montrer quel cas il faisait des droits que César avait fait accorder à cette ville. Parmi ces exilés il n'y avait pas de personnage pius important que l'ancien consul Marcellus. il le félicilait avec effusion et joignait à compliments quelques leçons de modération et de silence (}u'il donnait volontiers aux autres. et il leur fallut commencer par le . S'il voyait au contraire qu'on fût disposé à commedre quelque héroïque imprudence et à tenter. ou. et. s'il en était besoin. rent ils un obstacle sur lequel ils n'avaient point compté : pensaient qu'ils n'auraient à supplier que César. Il prudence et la résignation. allait priait . un coup d'éclat dangereux. il n'épartrouver les amis du maître. . Pendant qu'ils faisaient les premières démarches. il fatiguait de ses supplications et presque toujours qu'il finissait par réussir. fléchir Marcellus. avec des ménagements infinis.

encore ne Lorsqu'on lit le mauvaise grâce. Cicéron ne se gênait pas pour le blâmer de son obstination. on admire beaucoup son habileté mais on a quelque peine à comprendre les motifs de son insistance. Voilà pourquoi travaillait avec tant d'ardeur à leur retour. tour de Marcellus beaucoup plus d'intérêt que Marcellus n'en prenait lui même. Ils n'avaient jamais été très-liés ensemble. et la pensée de leurs souffrances il troublait souvent ses plaisirs. passait si joyeusement son temps dans ces somptueux dîners que lui donnaient Hirlius et Dolabella et où il allait. qu'il faisait ne dit pas et qu'on devine. Il faut donc qu'il ait eu pour souliaiter si vivement que Marcellus revînt à Rome quelque motif plus fort que l'afléction qu'il avait pour Ce motif.il que de fort consentît à permettre qu'on implorât pour lui le vain- queur. il semblait à Cicéron qu'il se délivrait lui-même . que Cicéron lui écrit à celte occasion. il s'en voulait de n'être pas avec eux . savait bien fait qu'on lui reprochait de n'avoir pas assez pour sa cause. et l'on sait que ces caractères raides et entiers ne lui convenaient pas. moments de l'avoir Lorsque du milieu de Rome. ou qui. peur que lui lui. ou qui vivaient en exil dans quelque et ignorée de la Grèce . pour égayer un peu sa servitude. où à songer à ces braves gens qui se faisaient tuer en Afri- que et ville triste en Espagne. par leur fière attitude. et lui-même s'accusait par abandonnée trop vite. On se demande avec surprise pourquoi il prend au reles lettres . disail-il. 11 lui importait de di- minuer le nombre de ceux dont les misères formaient un contraste fâcheux avec le bonheur dont il jouissait. Toutes les fois qu'un proscrit revenait à Rome. Rome pour la voir es qu'il une longue négociation avant permit. c'est Il la l'opinion publique. Il un républicain obstiné. qui ne voulait pas retourner à clave. paraissaient condamner sa soumission.286 Tort CÉSAR ET CICÉRON bien accommodé de fallut toute l'exil . il venait il .

CÉSAR ET CICÉRON

287

d'un remords et qu'il échappait aux reproches des malveillants. Aussi,
la

quand

il
,

eut obtenu, contre son attente,
sa joie ne connut-elle pas de

grâce de Marcellus

bornes. Elle alla jusqu'à lui faire oublier la résolution

de se taire , et à laquelle il avait été pendant deux ans. Il prit la parole dans le sénat pour remercier César et prononça le célèbre discours qui nous est resté i. La réputation de ce discours a eu des fortunes trèsqu'il avait prise

fidèle

,

diverses.

On

l'a

siècle dernier, le

longtemps jadmiré sans réserve, et au bon Rollin le regardait comme le mo;

dèle et le dernier terme de l'éloquence

mais cet en-

thousiasme a beaucoup diminué depuis qu'on est devenu moins sensible à l'art de louer délicatement les princes,
et

qu'on

fait

plus de cas d'une parole franche et libre
les

que des

flatteries

plus ingénieuses.

Il

est certain

qu'on souhaiterait parfois dans ce discours un peu plus de dignité. On est surtout choqué de la façon dont les
fallait

souvenirs délicats de la guerre civile y sont rappelés. Il n'en rien dire ou en parler plus fièrement. Devait-

on par exemple dissimuler les motils que les républicains avaient de prendre les armes et réduire toute la
lutte à

un

conflit

d'ambition entre deux grands person-

le moment, après la délaite de Pompée, d'immoler Pompée à César, et d'affirmer avec celle assurance qu'il aurait moins bien usé de la victoire Pour ne point juger trop sévèrement ces concessions que

nages ? Etait-ce bien

Cicéron se croit obligé de faire au parti victorieux, nous

avons besoin de nous rappeler en quelles circonstances
fut

prononcé ce discours.
II

C'était la

première

fois qu'il par-

va sans dire que je crois à l'aulhenticilé de ce dis elle a été contestée pour des raisons qui me semblent futiles. Je répondrai plus loin à celles qui sont tirées du caractère même du discours, en montrant cfu'il est moins baa et moins servile qu'on ne le prétend.
1

cours

:

288
lait

GESAU ET CICÉRON
en public depuis Pharsale. Dans ce sénat épuré par

César et qu'il avait rempli de ses créatures, on n'avait
pas encore entendu une voix libre. Les amis et les ad-

mirateurs du maître avaient seuls la parole, et quelque
excès que nous trouvions dans les éloges que Cicéron

que toutes ces natteriez de celles qu'on entendait tous les jours. Ajoutons que, comme personne n'avait encore osé faire l'essai de la tolérance de César, on n'en connaissait pas exactement les limites.
lui

donne,

on peut

être assuré

durent

semblei

tièdes

au

prix

Or,

il

est

naturel
la

que celui qui ne
témérité

sait

pas au juste

où commence
d'être

redoute
ignore
la

toujours
la

téméraire. Lorsqu'on

un peu mesure de la

liberté permise, la crainte
clicr

de
était

dépasser peut empé-

quelquefois de l'atteindre. D'ailleurs cet orateur

qui parlait pour
cus.
Il

un

exilé

lui-même un des vain-

connaissait toute l'étendue des droits que conil

férait alors la victoire, et
ler. «

n'essaye pas de la dissimu-

Nous avons

été défaits, dit-il à César, vous pouviez
faire

légitimement nous
les

tous mourir

i.

»

Anjourd hui

choses sont bien changées. L'humanité a diminué ces droits impitoyables, et le vaincu, qui le sait, ne s'aban-

donne pas aussi facilement lui-même
ne court plus
les
;

:

du moment

qu'il

mêmes

dangers,
il

il

lui est facile d'avoir

plus de courage

mais quand
lui

se trouvait en présence
il

d'un maître qui avait sur
savait
qu'il

un pouvoir absolu, quand
liberté
et
la

ne

tenait la

vie

bienfait

toujours

révocable,

sa
il

parole

que d'un ne pouvait
si

plus avoir la

même

assurance, et

ne

serait pas juste

d'appeler timidité la réserve qu'imposait une situation
périlleuse.
Il

une dernière manière plus simple et probablement plus vraie que les autres d'expliquer ces éloges un peu trop intempérants qu'on a reproreste enfin
»

Pro Marc,

4,

CÉSAR ET GIGÉRON
chés
plus
à Cicéron
,

289
qu'ils

c'est

de reconnaître
et le mérite

étaient

sincères. Plus les droits
il

du vainqueur étaient grands,
augmentait en-

était

beau d'y renoncer,

core quand on y renonçait en faveur d'un homme qu'on avait des molifs légitimes de haïr. Aubsi l'émotion futelle

très-grande parmi les sénateurs quand

ils

virent
la

César pardonner à son ennemi personnel, et Cicéron
partagea.
et

Ce qui prouve que toutes ces effusions de

joie

de reconnaissance dont son discours est rempli ne
retrouve dans une lettre qu'il adresse à Sulpicius et le public. « Ce jour paru

sont pas seulement des mensonges oratoires, c'est qu'oii
les

qui n'élait pas écrite pour
si

ma

beau,

lui

dit-il

en

lui

racontant cette

mémorable

séance du sénat, que
tre
1.

j'ai

cru voir

la

république renaî-

» C'est aller bien loin, et rien
la

ne ressemble moins

au réveil de

république que cet acte arbitraire d'un

maître faisant grâce à des gens qui n'étaient coupables

que d'avoir bien servi leur pays. Celle violente hyperbole n'en est pas moins la preuve de l'émotion profonde et sincère que causait alors à Cicéron la clémence de
César.

On sait combien cette vive nature était ouverte aux impressions du moment. Il se laisse ordinairement saisir avec tant de force par l'admiration ou la haine
qu'il est rare qu'il

C'est

de

garde la mesure en les exprimant. que sont venus dans le discours pour
,

Marcellus, quelques éloges hyperboliques et

quelques

excès de compliments donl

il

est

aisé

de se rendre

compte, quoiqu'on aimât mieux ne pas les y rencontrer.

Une

fois

ces réserves faites,

il

ne reste plus qu'à

admirer. Le discours de Cicéron ne contient pas seule-

ment des

flatteries,

comme on

le

prétend, et ceux qui le
y

lisent avec soin

et

sans prévention

trouvent autre

'

Ad

fam.,

iv, 4.
19

CICÉRON.

?90

CÉSAR ET CICÉRON
il

chose. Après avoir remercié César de sa clémence,

se

permet de

lui

dire quelques vérités et de lui donner

quelques conseils. Cette seconde partie, qui se cache un peu aujourd'hui sous les splendeurs de l'autre, est bien plus curieuse, quoique moins éclatante, et elle a

dû produire en son temps plus
refait

d'effet.

Bien

qu'il ail
c'était

son ouvrage avant de le publier,
il

comme

son habitude,
provisation.

a

y conserver le

mouvement de

l'im-

S'il

n'a pas

trouvé du premier coup ces
et les plus

belles périodes, les plus sonores

pompeuses

de la langue latine, il est probable au moins qu'il n'a pas changé grand'cbose à l'ordre des idées et à la suite du discours.

On

sent qu'il s'anime et s'écbaufîe peu à peu, et
il

qu'à mesure qu'il avance

ose davantage. Le succès de

sa belle parole, dont on était privé depuis
les

si longtemps, applaudissements de ses amis, l'admiration et la surprise des sénateurs nouveaux qui ne l'avaient pas

encore entendu, cette sorte d'ivresse qu'on éprouve soimême à parler quand on s'aperçoit qu'on vous écoute,
enfin le lieu

même
il

il

parle, ces murailles du sénat,
et

auxquelles
gardaient
libres,

fait

allusion dans son discours,

qui
et

le

souvenir de tant de voix

éloquentes

tout lui

redonne du cœur.

Il

oublie les précaurevient avec le

tions timides

du début,
«

et l'audace lui

succès. N'est-ce pas a.taquer indirectement le pouvoir

absolu que de dire

:

Je souffre de voir que
être

le destin

de

la

république, qui doit

immortelle, dépende
qui doit mourir '?
»

tout entier de la vie d

un

homme

El que penser de cette autre parole, plus vive encore, presque cruelle « Vous avez beaucoup fait pour enlever l'admiration des hommes; vous n'avez pas fait assez pour mériter leurs éloges 29 » Que faut-il donc que
:

César fasse pour que l'avenir puisse

le

louer autant qu'il

I

Pro Marc,

7.

2

Pro Marc,

8.

CÉSAR ET CICÉRON
l'admirera?
Il

291
:

faut qu'il

change ce qui existe

«
Il

république ne peut pas rester
liberté qu'il souhaite,

comme

elle est. »

La ne

s'explique pas, mais on devine ce qu'il veut. C'est la

non pas cette liberté entière dont on avait joui jusqu'à Pharsale, mais une liberté réglée et modérée, compatible avec un pouvoir fort et victorieux,
la-

seule que

Rome

pût alors supporter.

Il

est

clair qu'en ce

moment Cicéron ne

croyait pas qu'il fût
la

impossible d'arriver à une transaction entre César et
liberté.

Un homme

qui renonçait avec tant d'éclat à l'un
la victoire

des droits les moins contestés de
il

pas être tenté de renoncer plus
le
,

tard

quand on

voyait

si

clément

et si

ne pouvaitaux autres? Et généreux envers les
qu'il

particuliers

était-il

défendu de croire
espérance,

pourrait

bien faire un jour cette libéralité à sa pairie? Quelque
faible

que

fût cette

avait pas d'autre,

un honnête

comme alors homme et un bon

il

n'y en

citoyen

ne devaient pas la laisser perdre, et c'était leur devoir d'encourager César par tous les moyens à la réaliser.
Ils n'étaient

sion de ce qu'il avait

encore, et

il

donc pas coupables de le louer avec effufait pour le pousser à faire plus me semble que les éloges dont l'accable
il

Cicéron, quand on songe au dessein qu
lui

avait

en les

donnant, perdent un peu cet air d'esclavage qu'on
con-

leur a reproché.

César écouta les compliments avec plaisir
seils sans colère
II

et les

heureux que Cicéron renonçât enfin à se taire pour songer à se fâcher de ce qu'il avait dit. Il lui importait que cet homme d'État sur lequel on avait les yeux rentrât de quelque façon dans la vie publique. Celte grande voix qui s'obstinait à rester muette semblait protester contre le gouvernement
était

trop

nouveau. En n'essayant
laissait croire
faisait

même

pas de
la

le

contredire, elle

qu'on n'avait pas

liberté

de

le faire et

paraître l'esclavage plus lourd.

On

était

donc

si

292

CÉSAR ET CICÉRON

content d'entendre encore la parole de Cicéron qu'on le
laissait parler
il

comme
partir
qu'il

il

voulait.

Il

s'en aperçut vite, et
il

en

profita.

A
il

de ce moment, quand
est

parle en

public,

on sent

plus à son aise. Son ton se
et
il

raffermit, et

s'embarrasse moins de compliments
discours pour Marcellus
jjcuvait prendre.

d'éloges.

C

est qu'avec le

avait fait l'essai des libertés qu'il

Le

terrain

une

fois

sondé,

il

était plus

maître de ses pas et

marchait avec assurance.
Telle fut la situation de Cicéron pendant la dictature

de César; on voit bien qu'elle n
qu'on
tisme,
l'a
il

était

pas au&si

humble

prétendu, et que, dans un temps de despo-

a su rendre quelques services à la liberté. Ces

services ont été

généralement méconnus; je n'ensuis

pas surpris.

Il

en est un peu des
:

hommes comme

des

œuvres

d'art

quand on

les

voit à distance,

on n'est

frappé que des situations franches et des attitudes bien

dessinées

;

les

détails et les

nuances échappent.

On

comprend bien ceux qui
queur,

se livrent entièrement au vainlui résis-

comme

Curion ou Antoine, ou ceux qui

tent sans repos,

comme Labiénus

et Caton.

Quant

à ces

esprits ingénieux et flexibles qui fuient toute extrémité,

qui vivent adroitement entre la soumission et la révolte, qui tournent les difficullés plus qu'ils ne les forcent,

qui ne se refusent pas à payer de quelques flatteries le droit de dire quelques vérités, on est toujours tenté de
leur être sévère.

Comme

leur altitude dans ce lointain d'où

on ne peut pas bien démêler on les regarde^ leurs

moindres complaisances paraissent des lâchetés, et il semble qu'ils se prosternent quand ils ne font que saluer. Ce n'est qu'en se rapprochant d'eux, c'est-à-dire en étudiant les faits de plus près, qu'on arrive à leur rendre justice. Je crois que celle élude minutieuse n'est
pas défavorable à Cicéron, et qu'il ne se trompait pas lorsqu'il disait plus tard, en parlant de cette époque de

CÉSAR ET CICÉRON
sa vie,

293

que son esclavage n'avait pas été sans quelque honneur; quievi cum aliqua dignitate i.

II

En rendant compte des
César après Pharsale,
j'ai

rapports de Cicéron et de
à propos

volontairement omis de parler
livrèrent

de

la

lutte

courtoise qu'ils se

de

Galon.

C'est
la

un incident
les

si

curieux qu'il m'a semblé
et,

mériter

peine d'èlre étudié à part,
peut-être n'est-il
le

pour mieux de comfut l'objet

comprendre

sentiments que chacun des deux apporta
pas
inutile

à celle lutte,

mencer par bien connaître du débat.

personnage qui

On
et

se fait généralement

une idée assez juste de Caton,
ceux qui l'admirent sont

ceux qui l'attaquent

comme

à peu près d'acci>rd sur les traits principaux de son caractère.

Ce

n'était pas

multiples,

comme

Cicéron, qu'il est

une de ces natures fuyantes et si difficile de saisir.

Au

contraire, personne ne lut jamais plus absolu, plus
lui, et
il

uniforme que
toire

n'y a pas de figure dans l'his-

dont

les qualités et les défauts soient aussi nette-

ment marqués. Le

seul danger pour ceux qui l'éludient,

c'est d'être tentés d'exagérer

encore ce relief vigoureux. Avec un peu de bonne volonté, il est lacile de laire de cet opiniâtre un lêtu, de cet homme franc et sincère un rustre et un brutal, c'est-à-dire d'avoir la charge et non le portrait de Galon. Pour éviter de tomber dans cet excès, il convient, avant de parler de lui, de relire une petite lettre qu'il adressait à Cicéron, proconsul en Cilicie 2. Ce billet est tout ce qui nous reste de Caton, et j« serais surpris qu'il n'étonnât pas beaucoup ceux
*

.

Philipp.. 111,11. -

*

Ad

fam., xv, 5.

294
qui se sont
fait,

CÉSAK ET CICÉRON
de
lui

rudesse
gissait

ni

brulalilé,

une idée préconçue. Il n'y a là ni mais au contraire beaucoup de
:

finesse el d'esprit. L'occasion était très-délicate

il

s'a-

de refuser à Cicéron une faveur
Il

qu'il

souhaitait

eu sur ses vieux jours la il demandait au sénat (le voler des actions de grâces aux dieux pour le succès de la campagne qu'il venait de faire. En général, le sénat se montra complaisant à ce caprice, Galon presque seul
avait
velléité d'élre

beaucoup obtenir.

un

victorieux, el

résista

;

mais

il

avec Cicéron, et

la lettre qu'il lui

ne voulait pas non plus se brouiller écrivit pour justifier

son refus esl un chef-d'œuvre d'habilelé. Il lui prouve qu'en s'opposant à sa demande il entend mieux que lui
les intérêts

de sa gloire.

S'il

ne veut pas remercier

les

dieux des succès que Cicéron a obtenus, c'est qu'il croit

que Cicéron ne les doit qu'à lui-même. Ne vaut il pas mieux qu'on en reporte sur lui tout l'honneur que si on l'attribuait au hasard ou à la protection du ciel? Voilà certainement une (açon fort aimable de refuser, et qui ne laissait pas même à Cicéron, tout mécontent qu'il était, le droit de se mettre en colère. Caton était donc un homme d'esprit à ses heures, quoique au premier
abord on
s'était
ail

quelque peine à
vivait
il

le

supposer. Son caractère

assoupli dans l'étude assidue qu'il avait faite des

lettres

grecques;

il

au milieu d'un monde éléen avait pris quelque chose.

gant, et, sans le vouloir,
C'est ce
el
il

que nous fait soupçonner celle lettre spirituelle, nous souvenir d'elle et avoir soin d«3 la relire toutes les fois que nous serons tentés de nous le figurer comme un paysan malappris. Il faut avouer cependant que d'ordinaire il était raide et obstiné, "dur pour lui-même et sévère aux autres.
faut
C'était la pente

de son humeur;

il

y ajouta par sa vo-

lonté.

La nature

n'est pas seule coupable de ces carac-

tères entiers el absolus qu'on rencontre, et

une certaine

on exagère. Caton était entraîné À ce défaut par le nom même qu'il L'exemple de son illustre aïeul était toujours devant ses yeux. Ce de Caton en toute chose de ne pas connaître de mesure. tous les excès. et l'on néglige les autres. de gaieté rustique. Il y a toujours un peu d'effort et d'excès dans les vertus qu'on essaye de portait. les côtés rudes et « Si vous laissiez prendre. il se rendait inflexible aux conseils de ses amis et aux leçons de l'expérience. c'est au moins celui dont le est le plus difficile de se corriger. le plus dangereux De l'excès du bien et . agréables quil y avait chez le vieux Caton une pointe de verve piquante. qu'il Il ne prit de lui que la rudesse et l'obstination. n'avait pas de prise sur lui. de bonhomie railleuse que son petit-fds ne connaissait pas. La pratique de la vie. qui les tempèrent. En imitant. lui à l'austérité de votre sagesse quelques teintes de gaies et faciles. et le tort d'être trop son honnêteté avait quelquefois scru- puleuse. et Cicéron le blâme justement de n'avoir imité que durs de son grand.CÉSAR ET CIGÉRON 295 recherche d'originalité piquante. Ce furent ces délicatesses exagérées qui l'em- * Pro Murœiia. cette maîtresse impérieuse. 31. car coupable s'applaudit luitut le défaut même.père. un peu de complaisance qu'on a pour soi-même font bien souvent qu'on aide la nature et qu'on l'accuse avec plus de vigueur. dit-il. C'est ce qui arriva à Caton. . A force de vouloir être ferme dans son opinion. pour parler comme Bossuel. reproduire. Son énergie allait jusqu'à l'obstination. lants On ne prend que les endroits les plus sailde son modèle. et son unique étude fut de lui ressembler sans tenir compte de la ditïérence des temps et des hommes. vos qualités en seraient plus » Il est certain ses mœurs i. peut-être est il poussa à l'extrême. personne n'ose le reprendre.

Cicéron s'est souvent moqué de ces malheureux et obligeants candidats (natio offîcio- sissima candidatorum) qui vont le matin frapper à toutes les portes. flattait il savait qu'il était le maître. » Dure parole disait Cicéron. des élections à le montrer. presque toujours vaincu par ceux qui sollicitaient avec leur argent. les les gens du peuple. : il répondait brus- quement « Est-ce un trafic de plaisir que vous faites avec une jeunesse débauchée. » Pro Mur. et Caton. Caton n'était pas homme à faire plus que l'autre. Pendant tout le reste de l'année. et se plaisait On ne parvenait pas à le gagner. qui s'obstinait à ne solliciter que par son mérite. . si l'on ne tous ses caprices. et qui sont forcés d'avoir des égards et des res- pects infinis pouc tout le monde. desquels en définitive dépendait l'élection. il se laissait mener et malmener mais le jour . qui profitait fut de cette vénalité. et qu'on n'était pas accoutumé à entendre dans un temps où toutes les dignités étaient à vendre. Il ne voulait ni flatter ni mentir. a5. qui passent leur temps en visites et en compliments.296 CÉSAR ET CICÉRON il péchèrent de réussir quand bliques. qui forment le cortège de tous les orateurs influents. encore moins consentait-il à payer. qui se font un devoir d'accompagner tous les généraux quand ils rentrent dans Rome ou qu'ils en sortent. ou le gouvernement du monde que vous demandez au peuple romain ? » Et il ne cessait de répéter cette maxime « qu'il ne faut solliciter que par son mérite i. les plus honnêtes voulaient être autres exigeaient qu'on l'un les achetât. Quand on le pressait d'offrir ces repas et ces présents que depuis longtemps les candidats n'osaient plus refuser.. Parmi flattés. Elle 1 déplut au peuple. brigua les fonctions pu- Le peuple était fort exigeant pour ceux qui lui demandaient ses suffrages.

Exagérer les scrupules. à des degrés différents.CÉSAR ET CICÉRON Les caraclères de ce genre . A de citer me fait involontairement songer à l'une des plus le belles créations de noire théâtre. G'est bien assez qu'elle soit forcée d'être . toutes les un grand nobles causes enfin. ces personnages inspirent toujours respect. et quand on lui dit . il ne visitera pas ses juges. naon bon : droit. Quoi qu'on fasse. C'est Molière a voulu peindre dans rité. A la vé. Ge qui . dans sont du domaine de la comédie aussi bien que de l'histoire Si je ne craignais de manquer à la gravité de personnage que j'étudie je dirais que cette fière réponse que je viens la vie ils . s'agit seulement de la fortune d'un particulier et non pas du gouvernement du monde et il n'est plus question que d'un procès civil mais à ce propos le Galon de la comédie parle tout à fait comme l'autre. sans qu'on les fasse plus déplaisantes encore par une raideur et une sévérité inutiles. Le cœur manque lorsqu'on veut les blâmer. Elles ont assez de désavantages par elles-mêmes dans la lutte qu'elles livrent à la corruption et à la licence. l'équité. veulent être défendues. comme dans publique. Même au risque de perdre son procès. 297 et absolus. l'honneur. la liberté. rencontrent. se la vie privée honnêtes ce litre. : Et qui voulez-vous donc qui pour vous sollicite? il répond aussi fièrement que Galon Qui je veux? La raison. c'est désarmer la vertu. grave pourquoi vouloir des principes. il un Galon aussi que Misanthrope. et cependant il faut avoir le courage de le faire. Il ne veut pas non plus se plier aux usages qu'il n'approuve pas. il la rendre rebutante ? Sans rien les sacrifier est des points sur lesquels elle doit savoir céder aux hommes pour dominer. Ge n'est pas avec ces exagérations et ces partis pris de rigueur que la probité.

qu'il répète si la souvent . finissent toujours par faire quelques concessions. Il . . ? — Ce je ne dis pas cela ce autre cliose. à ces faux-fuyants de politesse qui sont des emmen- songes aussi . malgré leur résistance. et qu'il ne souffrirait pas ciiez Philinte. qu'est- juger avec rigueur du misan- thrope . à le . i ? » 11 faisait plus. il prend des formules adroites où la vérité ne se laisse qu'entrevoir : Est-ce qu'à mon sonnet vous trouvez à redire Je ne dis pas cela. ficile ce genre. Il vit à la cour. ce sévère en- Pro Mur. ce rigoureux Alcesle il est du mcnide après tout et du meilleur. « Eh quoi! tout le . Cet austère. mais à ces atténuations qu'il ploie. qui d'abord ne voulait rien faire pour le succès de ses candidatures. et que. et comme monde serrer demander leurvoix.298 CÉSAR ET CIGÉRON prouve que ces gens qui se piquent de ne céder jamais ont le tort. je ne dis pas seulement à ses manières et à sa tournure. quoique je me figure Yhomme aux rubans verts mis .ne serait pas dif- non plus de montrer dans Caton des démentis de ennemi de la brigue. avec goût et élégance. Avant d'éclater contre le grand seigneur au sonnet. s'il reste fidèle à ses principes. qu'une condescendance le pables? Rousseau et une faiblesse coureproche durement à Alceste. et je ne crois pas qu' Alceste. c'est qu'ils ne sont pas aussi intraitables ils qu'ils supposent. Ce rigoureux il finit par solliciter : il allait sur le la champ de Mars. . que ces contradictions mettaient en bonne humeur. trouve rien à répondre à Rousseau. et on le reconnaît bien. est-ce à vous de venir me demander mon suflui disait homme t frage? N'est-ce pas moi plutôt qui dois remercier un de votre mérite qui veut bien braver les fatigues et les périls pour moi 3li. main des citoyens ironiquement Cicéron.

C'est la pre- de politique de ne vouloir que ce qui est possible. N'est-ce pas abuser et trom- per pas le public? disait Cicéron. el s'en servait . Caton méconnut souvent il cette loi.CÉSAR ET CICERON nerni 299 du mensonge : il avait un de ces esclaves.mité et l'unité ractère. comme autres . mais ils ne sont plus . Caton n'arriva de son nomenécliouer . . les fait généralement de mauvaise grâce et trop tard elles n'effacent pas le sou- venir des rudesses passées et ne gagnent plus personne. par des raffinements de scrupules el aux yeux de beauprescpie l'abandonner et la des exagérations d'honnêteté. Il ne savait pas se plier â ces ménagements sans lesquels on ne gou- verne pas les peuples . et mais la république avait besoin qu'il coup de bons citoyens c'était trahir que de favoriser. et l'aide Malgré ses sollicitations tardives clateur. sions Ce qu'il y a de i)liis qui compromettent la : Irisle. qui savaient tous les citoyens de les nom il et la profession de Rome « . chez un des Encore comprend-on ces exagérations et ces excès homme qui a l'intention de fuir rapproche Jmmains . n'avait pas assez de souplesse fait dans le caractère ni ce degré d'intrigue honnête qui . appelés le nonioiclateurs. et tort. et Cicéron le ({ui le firent blâme sévèrement des maladresses Il pouvait sans doute se passer d'être consul le fût. comme Alcesle . le triomphe des plus méchants. Le gouvernement des hommes est quelque chose de délicat et de difficile demande qu'on ne commence pas par rebuler ceux qu'on se propose de conduire. On doit assurément avoir l'intention de les rendre meilleurs. pardonnables quand on veut vivre avec eux el encore moins quand on aspire à les gouverner. point au consulat. pour » taire croire aux pauvres électeurs Cicéron n'avait qu'il les connaissait. mais il faut comqui mencer par mière loi les la prendre comme ils sont. c'est que ces concesd'un ca- dii. ne servent de rien on .

. son âme était obstinée parce que son esprit était étroit. Osons le dire malgré le respect. et il affectait de ne pas porter de tunique sous sa parce que Camille n'en avait pas. il en défendait les vétilles le avec un acharnement fâcheux. c'est-à-dire. qu'il eu tant de peine à rapprocher du sénat. Enfermé dans moindres les anciens la légalité stricte. qui calme les jalousies rivales. . le blâme d'avoir mécontenté les chevaliers. avait appliqué cette étrange et dure théorie à la politique. C'est à cette occasion que Cicéron disait de lui : « Il se croit dans la république de Platon et non dans la boue de Romulus i. » et ce mot est resté comme celui qui » Ad AU. Son passé ne savait pas choisir. Sans doute les chevaliers faisaient des demandes déraisonnables. . Il ne voyait pas d'abord les points sur les. Son l'esprit. Disciple des stoïciens. que nous éprouvons pour lui. Il admiration pour imitait costumes comme il suivait les vieilles maxi- mes.. Il les ne pouvait être qu'une protestation éclatante contre mœurs de son temps . toge . manque d'étendue dans son zèle étroit et obstiné. suivant la plaisanterie de Cicéron qu'il y a aiilant de mal à tuer il un poulet sans nécessité qu'à étrangler son père. Plutarque lui reproche d'avoir jeté Pompée dans Cicéron avait de César en lui refusant quelques satisfactions de vanité sans importance. autour d'un homme. quels on doit se relâcher et ceux qu'il faut défendre jus- qu'à tes la fin. II. d'opinions. mais il devait tout leur accorder plutôt que de les laisser apporter à César l'appui de leurs immenses richesses. qui disaient que tou- les fautes sont égales.300 réussir dans les CÉSAR ET CICÉRON choses qn'on entreprend . 1. qui groupe des gens divisés d'humeurs. il n'était pas un chef de parti. furent les bras plus d'une fois nuisibles à la république. il manquait de ce liant qui rapproche les ambitions opposées. d'intérêts.

et César. et tout prix empêcher peuple de voler. et la foule le suivi! pour l'entendre. mais mures. finit en ne . les cris. Marcellus manquait de souplesse et d'aménité. sans se troubler. comme je l'ai déjà dit. plus triste. et il reci . Quelquefois un licteur l'arrachait de la tribune .puissant sur la populace. et ce qui est il Caton ne pouvait pas être un chef de parti. le tribun Tréqu'il bonius fut tellement impatienté de cette résistance le fil conduire en prison est à : : Caton. fois Il lui est arrivé de se déclarer quelque- pour lui. rien ne lui faisait peur. contrairement à son intérêt et à ses préfé- rences. il prenait la parole et ne la quittait plus. 11 remarquai ment impopulaire le peuple.CÉSAR ET CIGÉRON caractérise le 301 mieux cette politique maladroite qui. C'était combattait une réunion de gens d'esprit et de grands personnages. Scipion rebutait tout le . parmi mémonde n'était par sa hauteur et ses cruautés Appius Claudius qu'un augure nvaincu qui croyait aux poulets sacrés . finissait par être dompté par ce sang-froid opiniâtre et cette invincible énergie. c'est que le parti pour lequel n'avait pas de chef. conqu'il n'était pas véritable- tinua sa harangue en marchant. dont aucun n'avait les qualités nécessaires pour dominer les autres. fl Le était rôle naturel de Caton. n'en est pas moins vrai que. il y remontait. les dès qu'il était libre. redoutait Il cependant les boutades de Caton. Plutarque dil qu'il pouvait parler tout un jour sans se fatiguer. Un jour. exigeant trop des hommes. qui n'était qu'un allié douteux dont on se les autres. par n'en rien obtenir. Les mur- menaces. résistance. employait pour : le vaincre une tacti- que qui lui a souvent réussi allait prendre une décision qui qu'il (allait à quand le voyait qu'on lui semblait funeste. qui aime le courage. tout. il c'était la s'entendait pas à discipliner et à conduire un parti il admirable quand Il s'agissait de tenir il tête à un adversaire. Sans parler de Pompée fiait.

302 connaîl lui-même CÉSAR ET CTCÉRON que presque personne ne l'aimait enfin Cicéron il . et Caton péchaient par excès opposés. les la subit avec tristesse. parmi ces beaux esprits lettrés c'est le Il fait rhumanilé. il concessions pour éviter il guerre et Quand elle éclate. il des dangers publics une vue plus juste de Tandis que peur rend les autres exagérés. comme ces amoursprojires jaloux et ces vanités rivales s'étaient mal fondus complet. Rome. et les aurait fallu les unir tous les deux ou modifier l'un par l'autre pour avoir un politique Il donc que des individualités brildans le parti républicain avant Pharsale. et queson intelligence la puisé dans le sentiment la situation. la Toutes les fois et qu'on la est du côté de modération de douceur. conseille de céder à César. Au milieu de ces jeunes gens. et point de chef. la se résigne à toutes civile. tère se fit alors une sorte de crise dans son carac- De même que dans certaines maladies l'approche des derniers moments donne plus d'élévation et de lucidiléà l'esprit. Servius Sulpicius avait toutes les faiblesses d'un jurisconsulte pointilleux les . il les horreurs. se cor- rige de ses exagérations ordinaires. héros des sociétés polies de et élégants. de même ilsemblc qu'à la menace de cette allait grande catastrophe qui bres de ilouie. fut au con- ce qui révéla toute la bonté et toute la grandeur Il de Caton. et même on peut dire que. tant de petitesses et de lâchetés. qui fut un écueil pour tant d'autres. Lui qui il toujours prêt à tenter des réil sistances inutiles. il veut qu'on les lui accorde ce qu'il demande. malgré les emportements des . était il devient tout d'un coup sage modéré. rude Caton qui défend la cause de décider. s'il y avait un parti. c'est à peine La guerre qui mit à nu traire civile. engloutir les institutions li- rame honnête de Caton ait se soit encore épurée. ensemble. essaye par tous moyens d'en diminuer le consulte. n'y avait lantes. en songeant aux périls que court et la république.

tandis que tout le monde se réjouissait dans le camp de Pompée. mais contre les mettre quelque excès. il ne voulut pas acceppardon du vainqueur et se tua à Utique. sa glorification devint le thème . qu'aucun citoyen ne sera lue en dehors du champ de bataille. autant il était décidé à ne pas se soumettre quand poir d'être libre. résistance en Afrique. lorsque la plupart de ces exagérés étaient aux genoux de lui César.CÉSAR ET CICÉRON 303 pompéiens fougueux. Caton seul. non-seulement furieux du parti contre César. dignes de celles noque versa Scipion sur la si ruine de Carthage. quand ter le il vit que tout était per-du. Caton n'avait pas toujours rendu de bons services à son parti. La cause proscrite avait désormais son idéal et son martyr. A Rome surtout. où tant de gens courbaient la tête sans se résigner. De son vivant. il blâmait sévèrement ceux qui ne parlaient que de massacrer et de proscrire et qui se partageaient d'avance les maisons et les terres des vaincus. elle rendit une sorle d'élan aux républicains découragés et ranima l'opposition. Caton pleura bles larmes. qu'aucune ville ne sera pillée. en voyant les ca: davres étendus de tant de Romains. Ce qui lui restait de partisans se réunit et s'abri'a sous ce grand nom. Le soir du combat de Dyrrhachium. à Pharsale. et dont l'antiquité a pelé le souvenir ! souvent rap- Sous la tente. dans celle grande ville inquiète et remuante. Il est vrai qu'après la défaite. n'y avait plus d'es- On connaît son héroïque républicain. Il semble que l'approche des caiamités qu'il prévoit ait attendri ce cœur énergique. Celte mort eut un immense retentissement dans tout le monde romain. On sait toujours prêts à comcomment après Thapsus. Auil voulait qu'on cédât avant la bataille. Elle fil rougir ceux qui commençaient à s'accoutumera l'esclavage. Galon allait ranimer la guerre tant il civile chercher partout des ennemis et aux extrémités du monde. il lui fut Irès-ulile après sa mort.

« En le Usant. 4Ô. devait ven' ger les attaques que la plume avait faites. . la mort raccommoda D'ailleurs Cicéron. Ce livre n'est pas arrivé jusqu'à nous nous sa- vons seulement que Cicéron y faisait une apologie com« il l'élève jusqu'aux plète et sans réserve de Çaton : cieux 2^ » dit Tacite. mais. — « Ann. doute que nous ne connaissons pas. il pensa que la plume seule. dit M.. Par son ordre. Plus tard. lui disait-il. 4. Il se garda bien cependant de laisser voir sa mauvaise humeur . — » Ad AU. et l'acheva avec une sorte d'enthou. 3. voir pas assez fait pour son parti.. qui se reprochait de n'atout. comme il arrive. Son livre. G'céron.. et lui que recommandaient à la fois le nom de l'auteur et cedu héros.304 CÉSAR ET CICÉRON ordinaire des mécontents. I^^ 34. « de Caton. siasme. Il fut d'abord « c'est un ouvrage du sujet : d'Archimède. je sens que je deviens plus éloquent gueur. et dans laquelle il discu- son livre. Cicéron le sien <àla la commença rebuté par difficulté disait-il il ' demande de Brulus. fois en désaccord. et beaucoup d'autres sans de Patrocle. eut un si grand succès que César en fut inquiet et mécontent. comme cette réponse ne lut pas » Ad AU. On se bailit autour du corps Mommsen. qui fut publiée. son lieutenant et son ami Hirtius adressa à Cicéron une longue tait lettre. Ils avaient été cependant il plus d'une en parle sans beaucoup de ménagements dans plusieurs endroits de sa correspondance . » mais en avançant il prit goût à son travail. » Fabius Gallus. était heureux de trouver une occasion de lui payer sa dette. » Au lieu d'employer aucune mesure de ricomme on pouvait le craindre. comme à Troie on s'élait battu autour du cadavre Brulus. suivant l'expression de Tacile. écrivirent son éloge. Xlil. XII . au contraire. il s'empressa d'écrire une lettre flatteuse à Cicéron pour le féliciter du talent qu'il avait déployé dans son ouvrage. .

à cette aux soins dettes lités qu'il apportait à ambition. à cet asservissement aux vieilles coutumes. ses affaires privées. Bell. usages? Comment un prodigue. des quaque César ne pouvait ^jas comprendre. composa VAnti-Caton.i. de n'avoir pas plus de que de biens? C'étaient là. Ce qui ajoute au mérite de sa conduite généreuse. Caton cé- rancunes personnelles '.. Il était donc •Caîs. et Romains disaient avec rai- son qu'il est rare qu'on se contente d'écrire quand on en parle tou- peut proscrire. N'a- t-il pas osé prétendre qu'en prenant les armes contre lui.il rendre justice à ces scrupules rigoureux que dans le maniement des deniers publics. Comment aurait-il été sensible à ce respect étroit légalité. lui qui trouvait un plaisir piquant à se moquer des anciens l'État et le sien. mais qu'il ne pouvait pas comprendre. Les défauts de Caton devaient être particulièrement désagréables à César. et quoicoutume de rendre justice à ses ennemis.. César lui-même enlra dans lui causait la au milieu des soucis que il guerre d'Espagne. et au désir de venger quand il savait bien que personne ne s'est plus généreusement oublié lui-même pour ne songer qu'à son pays! C'est qu'il y avait entre eux plus que des dissentiments politiques. étrange pour ce temps. il y avait des anses échecs électoraux tipathies de caractère. je le répète. . On torité a justement loué cette modération de Gésar : elle n'est pas commune chez les gens qui possèdent une aules sans limites. c'est qu'il déleslait Caton jours avec qu'il ail II amertume dans ses Commentaires. ciw. et ses vertus étaient de celles que non-seulement César ne chercha de la pas à acquérir. 305 la lice et.CÉSAR ET CICÉRON jugée «uffisaiite. qui avait pris l'habitude de répandre sans compter l'argent de Caton se faisait pouvait. il ne occasion de le manque pas une dait à des décrier.

de lui donner son épée. il était sans doute un modèle d'honneur et de fldélité. n'en pas moins demeuré au fond un vieux Romain. il lui asséna un furieux coup de poing dont sa main fut ensanglantée. l'on veut. avait rien qu'il mît Gomme un il n'y au dessus de la distinction des sen- timents et de lui la politesse des manières. Gaton au conquoiqu'il ne fût pas resté étranger à la culture était traire. Homme aux principes. indifférent chose qu'un fanatique et qu'un brutal. dans l'admirable récit qu'il a fait de ses derniers moments. qui . Chypre. Gaton Il était trop difficile et trop regardant pour les siens. pu déraciner tout à cette brutalité de formes qu'il tenait de son tempérament et de sa race.306 sincère et CÉSAR ET CICÉRON convaincu quand il les attaquait. vice élégant convenait mieux qu'une vertu sauvage. habitué à vivre au milieu d'un monde léger et poli. à n'hésita point à se brouil- vie. sceptique ôur les opinions. des lettres et à l'esprit du monde. et je crains bien qu'il ne l'ait empêché de comprendre la beauté de cette mort. et qu'il poussait la complaisance jusqu'à fermer les yeux sur leurs trahisons. avec Munatius. comme un esclave refusait. ce coup de poing révélait une nature vulgaire. Aux yeux d'un délicat comme César. Pour n'en citer qu'un exemple. ler. le compagnon de toute sa en lui témoignant une méfiance blessante. Malgré le leurs efforts. raconte que. Le même contraste ou plutôt les mêmes antipathies se affection retrouvent dans toute leur conduite privée. et l'on en retrouve quelque chose jusque dans ses plus belles actions. cependant la il ne sut pas toujours conserver pour femme le sait comment sa respect et les égards qu'elle méritait. pour Gaton. par et les lettres n'avaient pas si monde fait cette brusquerie ou. Plutarque. il était difficile que Gaton lui semblât autre d'esprit et de plaisir. il On la céda sans façon à Hortensius. Tandis que César avait pour maxime qu'il faut tout pardonner à ses amis. Dans son ménage.

Ces contrastes do conduite. conservaient quelque sentiment d'honneur et de dignité. C'était agir en Ici homme du lui. eut beau peine fut le perdue. Non-seulement réputation de Caton survécut aux outrages de César. de la d'admirer de Cicéron. quand fut le bruit de l'avenlure se dissipé. le plus lourd. tisme était histoire. monde c'est le et qui sait vivre. c'était son exemple qu'on se ujcH-ail devant les yeux el son nom qu'on avait . pour la après la mort d'Hortensius. Ils étudiaient encore plus sa morl que sa vie. entre Caton et moins scrupuleux et au fond le moins honorable des deux. la réputation sauvant ainsi son rival pour conserver femme. mais elle grandit encore sous l'empire.CÉSAR ET CICÉRON iui 307 demandait. sa lire et odieux. quoiqu'il eût à se plaindre d'elle! Un homme il avait été surpris la nuit l'alTaire. encore. malgré lui. c'est le mari volage et libertin qui. el cette triste quand nécessité se présentait. il son. met l'avantage de son côté. Appelé comme de sa témoin devant les déclara qu'il ne savait rien. Les fragments qui en restent et le témoignage de Plutarque prouvent qu'il l'attaquait avec une extrême violence. car on avait surtout besoin alors d'apprendre à mourir. aima mieux juges il l'oublier. A l'époque de Néron. et modèle des honnêtes gens qui. ces oppositions de caractère. les tribunaux instruisaient dans sa maipouvait ven- ger son outrage. Tiiraséa écrivit le cile à quand le despode nouveau son Sénèque fin il jusqu'à la fut l'orgueil et le chaque page de ses livres. la fois ridicule et et Il qu'il essayait de le rendre à faire. par une certaine délicatesse naturelle. Il ne la répudia que plus tard. livre On continua. dans l'abaissement général des caractères. reprendre ensuite sans scrupule Que la conduite de César avec la sienne fui didérente. me semblent expliquer mieux encore que tous les différends politiques la façon dont César traitait Caton dans son ouvrage.

» mais tous ces gens sans scrupules et sans principes. César en faisait son ami ^ . seul profitât de sa victoire. au triomphe d'une faction veau.32. dit Cicéron. III La conséquence à tirer de la conduite de César après Pharsale et de ses rapports avec Cicéron. et les plus méchants étaient venus à de préférence. s'il était prouvé de plus qu'il lut un scélérat capable de tout oser. : comme Marins ou Sylla. excellents pour renverser un pouvoir de tout lui établi. et l'aider il il voulait fonder un gouvernement noud'opinion différente à a prétendu qiu'i! hommes dans son entreprise.. impossible que le gouvernement de César inspi- rât du maître. 11. « Quand un homme était perdu de dettes et manquait de tout. c'est qu'à ce moment il voulait se rapprocher du parti républicain. Il était ne valent rien pour établir un pouvoir nouveau. avait accepté l'appui le monde. Il lui était difficile de faire autrement. C'est assurément une grande gloire que d'avoir soutenu et consolé tant de nobles cœurs dans ces cruelles épreuves. personnages de Il ce genre se trouvaient surtout parmi les vaincus. partis. Or. On appelait des les avait cherché à réconcilier *PhiUpp. et on lui en a fait de . faut ajouter que ce n'était pas la pensée de César qu'un parti Il avait une autre ambition que de travailler. et je crois bien que Gaton n'en aurait pas souhaité d'autre. Tant il qu'il s'était agi de renverser la république.308 à la CÉSAR ET CICÉRON bouche. quelques qu'on eût l'habitude de respecter. quelque confiance tant qu'on ne verrait pas auprès et à côté de ces gens de coup de main qu'on personnages honorables les avait appris à craindre.

CÉSAR ET CICERON grands compliments. ne les réconciliait pas. sur la question de l'hérédité. Il devenus également et sans distinction seulement qu'en acceptant les il services d'anciens républicains n'aurait pas des ins- de leur accorder une cert'aine indépendance d'action et de parole. étant nés sur un trône absolu. en connaissait l'impor- de César a été interrompue par sa mort. et l'on peut dire qu'après Pharsale. La question est trop grave pour être abordée incidemment et vidée en quelques mots. Je dirai seulement que peut-être il ne pensait d'abord qu'à la dictature. à l'exception de César lui- même. n'en connaissent le nom que pour la re- douter elle.. de dire quels étaient ses projets. Dans le régime monarchique lia qu'il voulait établir les anciens partis de îl s'était république n'avaient pas de place. le plus grand nombre suppose qu'il pensait à établir définitivement un régime monarchique. Toutefois on peut inférer d'un passage de Plutarque {Bnit. il semble que l'idée de fonder une monarchie prenait plus de consistance dans son esprit. mais à mesure qu'il devenait plus puissant. ' Comme lœuvre il n'est pas facile . mais cela même ne lui faisait pas . Les uns veulent qu'il n'ait souhaité qu'une sorte de dictature à vie. qu'il truments toujours dociles. Celle égaillé qu'il mettait entre eux était naturelle. trop de peine. il les annihilait. 7) qu'il n'était pas encore fixé. il n'y avait plus que des vaincus C'est ce qui il explique qu'une fois victorieux se soit servi indiffé- remment (les partisans du sénat comme des démocrates. Il n'avait pas pour la liberté ces répu- gnances invincibles des princes qui. le premier résultat de sa victoire fut de les mettre à l'écart Tun et l'autre. serait forcé de conserver. Il avait vécu vingt-cinq ans avec il en avait pris l'habitude. puisqu'ils étaient tous savait bien ses sujets. quand il mourut. au moins pour les dehors quelque apparence de république. il et la maudire. '. L'éloge n'est pas tout à il 309 fait juste . adroite- ment servi des discussions du peuple et du sénat pour les dominer tous les deux.

xi\. » et il : « Je vois que César est démon avis ^ » le Toutes ces raisons déterminèrent à et faire un pas de plus dans cette voie de générosité où il il était entré depuis Pharsale. les voix ment.310 tance. C'est Cicéron qui nous l'apprend <. comme le il éloquentes qui regrettaient passé. Il laissa critiquer quelques actes de son administration et souiïrit qu'on lui donna des conseils. Nous parlerons plus loin des deux premiers. il Au moil ment même où rappelait la plupart il des exilés. Ce grand esprit savait bien qu'on énerve un pays quand on rend les citoyens indifférents à leurs affaires et qu'on leur fait perdre le goût de s'en occuper. il importe.( dans un passage curieux de sa correspondance. et dans le gouvernement fondait il tenait à conserver quelque vie publique. ne fit pas taire. César. . écrit-il à l'un de ses ajoute amis. et de chercher comment il s'était rendu digne des bienfaits du vainqueur et de quelle façon il en profita. il n'imposa même pas silence à cette opposition taquine qui essayait de répondre par des railleries à ses victoires. Il ne croyait pas que sur l'obéissance qu'il inerte et silencieuse on pût rien établir de solide. pour mieux apprécier la politique de de faire rapidement connaître le troisième. Servius Sulpicius appartenait à une famille importante de Rome. donna à Brutus le gouvernement de la Gaule cisalpine et à Sulpicius celui de la Grèce. jouissons ici Nous d'un calme profond. CÉSAR ET CICËRON Aussi ne chercha-t-il pas à Il la le détruire entièrepouvait. Il de clémence avait pardonné à la plupart de ceux qui avaient porté les armes contre lui. nomma Cassius son lieutenant. 17. j'aimerais mieux pourtant un peu d'agitation honnête et salutaire. en appela plusieurs à partager son pouvoir. » et c'était le jurisconsulte le plus célèbre de Ad fam .

Scaivola pas seu- lement un habile jurisconsulte..-2 Pro Rabir. 11 arrivait le premier à la curie. mais c'étaient aussi des citoyens très. c'est-à-dire qu'ils ont excellé dans les ar • qui sont amis du calme et de la do^' paix. ce vieillard infirme qui se soutetenait à peine et arma ce bras d'un javelot et ne pouvait se servir que d'un bras. et surtout de celte grande famille des Scœvola dans laquelle il semble que la jurisprudence raux romaine se fût jusque-là incarnée. c'était aussi un adminis- trateur intègre dont l'Asie n'oublia jamais le souvenir. qui se levait au petit jour pour répondre à se? de la campagne. les publicains attaquèrent son questeur Ruiilius les coupable d'avoir voulu empêcher de rui )er iâ » Brut. mais le jour où Saturninus menaça le repos public. était Scaevola l'augure._- dire qu'il relia entre elles toutes ces règles et toutes ces minutieuses formules précises dont se composait cette science par des vues d'ensemble et des principes géné1. capables de toutes les affaires et à la hauteur de toutes les situations. malgré son âge. c'est. pour ne pas rester désœuvré en attendant ses collègues. 51. des pontifes. Aussi n'hésile-t. de vaillants soldats qui délendaieni courageusement leur pays contre les factieux et contre l'étranger. dans leur vie occupée. marcha en tête du peuple à le pontife n'était l'assaut du Capitole^.actifs. 7. un vieillard vigou- reux. clienls et il encore. des augures.il pas à lemellre bien au-dessus de ses devanciers.CÉSAR ET CICÉRON son temps. ce savant livre qu'il lisait avait toujours sur lui quelque qui aimait tant l'élude. . politiques résolus. Ils se montrèrent.. Il entre eux et Sulpicius une différence y avait qu'il cependant des juris- importe de remarquer : les Scaevola ont donné à Rome consultes. Quand llufus. Cicéron entrer le premier la 31! qu'il fit lui donne ce grand éloge le philosophie dans droit. quand Cicéron l'a connu.

mais à l'époque où nous sommes parvenus. quoiqu'il sût sort qui l'attendait. il toutes les fois aise. ou faut-il croire seulement que depuis qu'on connaissait et qu'on pratiquait les chefs-d'œuvre de la Grèce.. Çicéron lui-même. le fardeau de toutes réunies ne fût plus possible à porter? Quoi qu'il en soit. et d'un vieux Romain nous serions forcés de faire aujourd'hui quatre ou cinq personnages difTérenIs. cha- que science étant devenue plus compliquée. exigeait d'un seul ce faisceau d'aptitudes diverses qu'on se brise et : homme d'étude chacun se cantonne dans une science spéciale. Il n'y avait pas de spécialité alors.31'2 CÉSAR ET CICÉRON province. avocat et même juris- consulte. est mal à son On sent que cet esprit honnête et doux n'était pas être le pour La manie sait premier magistral d'une république en révolution. fait qu'il faut se décider et agir. le citoyen complet devait êlre à la fois agriculteur. am. si Sulpicius était au-dessus des Scœvola comme comme qu'un jurisconsulte. 12. ces liommi s-là n'étaient pas une exception à Rome. qu'il avait de jouer toujours son rôle de conci- liateur et d'arbitre dans cette époque de violence finis- par prêter à rire. financier. près du temple de Vestai. Du reste. administrateur. il était loin d'avoir leur fermeté fut Préteur homme d'étude et ou consul. d'abandonner ses clients et ses affaires. il le défendit avec une éloquence admirable cl une vigueur qu'aucune menace ne put ébranler. . guer les hommes commence à distindes hommes d'action. ce ne de cabinet. Dans la jamais les circon- stances qui demandent de résolution. Blessé aux funérailles de Marins. soldai. Etait-ce l'on que les caractères perdaient de leur trempe énergique. fut achevé quelques jours plus tard. Il refusa de quitter et le il Rome au moment des premières proscriptions. Dans les beaux temps de la répu- blique. quoiqu'il fût * Pro Rose. citoyen.

se 313 il moque un peu de lui. malgré toutes ses faiblesses. au moment où les partis ne demandent qu'à se détruire. après avoir repassé toutes ses rubriques de juriste.CÉSAR ET CICÉRON son ami. quand nous montre ce grand pacificateur parlant avec son petit secrétaire. C'est sans doute Postumia qui décida Sulpicius à travailler pour César pendant tout qu'il fut consul. elles continuaient à s'associer à tous ses succès^ elles mettaient au service de sa politique ces prodigieuses ressources de finesse et d'obstination qu'une femme qui aime est seule capable de trouver. se soumit traite Il comme lui les autres. On disait beaucoup dans Rome que le bon Sulpicius se laissait mener par sa femme Postumia Cicéron^ qui aime à redire les méchants bruits. Postumia n'avait pas la répuil avait travaillé de mença par se faire : tation d'être sans reproches. et un allié puissant. César avait toujours pensé que Sulpicius n'était pas d'un caractère à lui opposer une grande résistance. Elle en très-nombreuse compagnie. et quand la guerre eût éclaté. Après la défaite. et bonne heure à se l'attacher. et Suétone place son nom dans la liste se trouve là de celles qui furent aimées de César. Il comun allié dans sa maison. et à s'opposer le temps aux emportements de son collègue Marcellus. et il avait repris ses lions ordinaires pour était quand César l'alla donner la Grèce à gouverner. nous le laisse plusieurs fois entendre. 1 il se déclara il contre César et quitta Italie. qui passait si d'une maîtresse à l'autre. Sulpicius n'en était pas moins un républicain sincère. certainement impossible de trouver un gouver- occupachercher dans sa re- . qui voulait qu'on nommât un autre gouverneur des Gaules. Elles lui pardonnaient ses infidélités. Or. mais ce vovite lage. laissait que toutes les femmes qu'il dén'en restaient pas moins ses amies dévouées. avait ce privilège singulier. pour s'entremettre entre les partis. Cependant.

En même temps que Sulpicius avait le plaisir plus célèbres la d'entendre les rhéleurs et les philosophes les du monde.. la patrie. Nous ne voyons pas cependant que Sulpicius ait été sensible à ces avantages. trouvé mieux ailleurs . lui dit-fl. nous vonsperdu honneur. « La fortune. que ne devaient pas dire et penser les autres On le devine lorsqu'on voit de quelle sorte Cicéron écrit à la plupart d'entre eux. Quoiqu il s'adresse à des fonctionnaires du gouvernement nouveau. où celle ville servait d'asile à tant d'illuslresexilés. A peine arrivé en Grèce.314 CÉSAR ET CTCÉRON nement qui lui convînt mieux. Evidemment ce n'était pas le pays qui lui déplaisait. Ces sentiments éclatent dans une lettre qu'il écrit de Grèce à Cicéron. il ne se serait pas mais il regrettait la république. la dignité. qui sont morts 1. dans un des pays les plus beaux et les plus grands du ville monde Césarl'a- vaitdoncservi à souhait en l'envoyant par devoir dans celle où les Romains allaient ordinairement par "plaisir. que l'exercice d'un pouvoir étendu. . et satisfaire ainsi tous ses goûts à la fois. Le séjour d'Athènes. il ne prend ! * Ad fam. Après l'avoir si timidement défendue. il pouvaitcauser de Rome et de république avec de grands personnages comme Mar- cellus et Torquatus.elil se reprochaitdeservir celui quil'avail renversée.. Il n'y avait rien qui dût plaire davantage à ce savant le et à ce lettré. dont hasard avait fait un homme d'Etat. 5. il est mécontent d'y être venu. mais sans péril. il ne pouvait se con- soler desachute. Au temps où nous vivons. mêlé aux jouissances les plus délicates de l'esprit. » Quand un homme timide et modéré comme Sulpicius osait parler ainsi. ceux-là sont les plus heureux. devait l'être plus encore en ce moment. de tout temps agréable aux riches Romains. et il lui tarde d'en sortir. iv.. nous aen- levé les bit ns qui devaient 1 nous être les plus précieux.

» à Furfanius. passaient pour ses amis mais leurs tous les bienfaits qu'ils avaient reçus de lui ne les avaient pas entièrement attachés à sa cause. Autrefois les élus du suffrage populaire avaient le droit d'agir laient comme ils vou- dans la sphère de leurs fonctions.CÉSAR ET CICÉRON pas la 315 . rait blessé 2. et ne se livraient qu'à moitié. même l'é- en les comblant d'honneurs. Ils ne pouvaient plus l'être sous un gouvernement absolu. que les affaires vont mal à Rome. c'est que ce gouvernement. ils ils parta. il peine de dissimuler ses opinions exprime libre- ment Il ses regrets. 68. xn. parle à Servilius Isauricus. Ils faisaient réserves en le servant. — » 4d/'am. le comme *. ne pouvait pas leur rendre ce que l'ancienne république leur aurait donné. .. Au lieu d'administrer pour leur compte. Le premier. vi. que des ca» A(i/am. Il à un homme que pouvoir absolu d'un seul ne satisfait pas etqui souhaite qu'on y mette quelques limites dit à Cornificius. tous étaient souverains chez eux. Une initiative féconde animait à tous les degrés cette hiérarchie de dignités républicaines. parce qu'il sait bien qu'on les partage.. 9. une révolution importante s'accomplit dans toutes les charges publiques Irats devinrent .xm. les magis des fonctionnaires. proconsul de Sicile. en lui recomexilé 3 . proconsul d'Asie.!pour ainsi dire. — 2 Ad fam.. et qu'il s'y passe « bien des choses dont la il se- Je sais ce que vous pensez de la forlune des honnêtes gens et des malheurs de écrit-il république. Depuis l'édile jusqu'au consul. 18. le plus important peut-être. mandant un Ces personnages pourtant avaient : accepté de César des fonctions importantes geaient son pouvoir. Avec tablissement de la monarchie. ilsn'étaient plus. D'où venir ces résistances que rencontrait le gouvernement nouveau parmi des gens qui avaient ac- pouvaient cepté d'abord d'en faire partie ? Elles tenaient à divers motifs qu'il est facile de signaler. gouverneur d'Afrique.

Assurément la sécurité publique gagna beaucoup à voir disparaître ces conflits de pouvoir qui la troublaient sans cesse. et ceux les autres.s'éloignait mesure qu'on de la surprise de la défaite. Une faveur qu'on accorde en fait souhaiter une autre. peu à peu Dans les pre- miers moments qui suivent ces grandes catastrophes où l'on a pensé périr. comme pas on le sait. . leurs regrets devenaient plus vifs. pour les provinces qu'on enlevât la toute-puissance Néanmoins.316 CÉSAR ET CICÉRON naux par lesquels la volonté d'un seul homme circulait usqu'aux extrémités du monde. avait donné à ce désir quelques suffirent satisfacIl tions. et l'on songe moins à jouir de ce . de l'épouvante qu'elle leur ils se remettaient avait causée. les bonnêles gens ne s'accoutumaient pas aussi le cilement qu'ils croyaient à la perte de lu liberté. Si les amfa- bitieux se plaignaient de l'amoindrissement de leurs pouvoirs. et cette autorité souveraine. 1 importance de leurs fonctions diminuait. Du moment n'étaient plus cbargés (pie d'appliquer les ordres d'un autre. si lesadministrés il profitaient de ces réformes. était naturel que les admiqu'ils nistrateurs en fussent très-mécontents. le désir de la liberté revint dans tous les cœurs. qu'ils sentaient toujours sur leur tète. absolue. Ils cojnmençaient à revenir . Tous ces gens etTrayés qui le lendemain de Pharsale ne souhaitaient que le repos. et ce fut un grand bienfait à leurs avides gouverneurs. on ne s'inquiétail pas de savoir si on vivrait libre une fois la vie assurée. est aussi difficile de s'arrêter sur la pente de la liberté que sur celle de l'arbitraire. Tant (ju'on n'était pas certain de vivre. A davantage de Pharsale. et il est si naturel de l'éprouver qu'on finit bientôt par ne plus le ressentir. soubaitcrent autre chose. finissait par peser aux plus résignés. mais elles ne longtemps. quand on le leur eut donné. mais ce plaisir est un de ceux auxquels on s'habitue le plus vite. on se livre tout entier au plaisir de vivre. Cé- qui servaient César l'éprouvèrent sar.

ne pouvaient pas se résigner à la perte de la république.CÉSAR ET GICÉRON 317 qu'on a obtenu qu'à regretter ce qui manque. 45. de voir César si près de Rbmulus2 » Et cependant il y avait un an à peine que. » il avait le disait à cœur rempli des tout propos que plus amers ressentiments.. plus humiliés que reconnaissants de sa clémence. sans pouvoir assouvir leur cupidité. les . . Le » Pro Marc. ! Marcellus. dit il. A mesure qu'on avance dans sa correspondance. Les exilés qu'il avait César n'avait donc autour de tents. de veil: ler sur ses jours. Ses propres généraux. « Je suis bien aise. — Ad AU. sur lesquels il comptait pour l'aider dans son œuvre. il le conjurait. lu. Le jour où le sénat fit placer la statue de César à côté de celles des anciens rois il ne put s'empêcher de faire une allusion cruelle à la façon dont le premier de ces rois avait péri. dans le discours pour honte de vivre. et qu'il lui disait avec effusion « Vo- tre sûreté fait la nôtre ! » lui que des méconLes républicains modérés. C'est ainsi que Cicéron. Il tout était perdu. n'abjuraient pas leurs ressentiments. gre et plus frondeur. et il affectait de paraître scandalisé de l'agrandissement de Rome. xn. qu'il comblait de richesses et d'honneurs. Lui qui avait il devient plus ai- sévèrement condamné ceux qui « après avoir désarmé leurs bras ne dési sarmaient pas leur cœur i. changea bientôt de sentiment et de langage. accusaient son ingratitude ou même ^ complotaient sa mort. Il se moquait de la réforme du calendrier. qu'il avait Il attaquait de ses railleries impitoyables mesures les plus utiles et les actes les plus justes. au nom de la patrie. qui avait accueilli avec des transports de joie la clémence de César et qui saluait le retour de Marcellus comme une sorte de restauration de la république. rappelés à Rome. qu'il rougissait d'être esclave. Il alla plus loin encore.

où se cachaient des guerres tout les derniers soldats de Pompée. dit Cicéron ont lue César. le peuple lui-même commençait à s'éloigner de lui il n'accueil. Les mais ils de soixante entière pour complice 2. — « Tous les honnêtes gens.. quiétudes et ces rancunes. la volonté n'a manqué à personne. un accident et un hasard.. Les moyens ont manqué aux uns. nous savons que la nouvelle de ce silence inaccoutumé. ces regrets amers du passé. ces passions ^ Pro Dejot. arrive à la veille des grandes crises. 12). proche i. CÉSAR ET CICÉRON dont il était l'idole. ce fut le malaise général des esprits qui si terrible amena avaient et qui explique conjurés n'étaient Rome dénoûment. .i'-2. et ces alertes perpétuelles la de dangers sérieux. ces 1 haines ouvertes ou secrètes. Toutes ces inguère plus . lait plus ses victoires avec les il mêmes applaudissements fait qu'autrefois. comme un on l'a dit. Dans croire partout qu'une les provinces de l'Orient. et semblait avoir peur de l'avoir trop grand. le feu civiles. ces convoitises trom- pées. paix publique de A Rome. la tbule. tout le Comme monde il était mécontent du présent. qui la vit passer. autant qu'ils l'ont pu. et préparé à On sait de quelle façon tragique se dénoua f^Slte situation tendue. . la résolution aux autres. les on lisait avec fureur les beaux ou- vrages où Cicéron célébrait les gloires de la république. qui n'avaient jamais été plus violents ni plus nombreux. Il. » l'occasion à plusieure {Phil. ré- pandue par dans tous les courriers des rois et des peuples alliés fit les pays révolution élait du monde. se ranimait à sans amener moment. et rois.318 peuple enfin. inquiet de l'avenir l'imprévu. on s'arrachait pamphlets anonymes. et qui lui avait si complaisamment accordé toutes ses demandes. Le coup de poignard de Brutus n'était pas tout à fait. ces désappointements d'ambition. empêchaient s'affermir. Quand on porta sa statue à côté de celles des resta muette. plus assoupi qu'éteint.

. C'est contre ce souvenir obstiné que vint se briser le génie de César. y a dans l'usage et malgré les périls auxquels elle expose. mais dans les entreprises de ce genre le succès dépend surtout des circonstances. république Au contraire. et il faut reconnaître qu'elles favorisèrent singulièrement Auguste. armèrent leurs bras. il échoua dans cette œuvre de conqu'il avait tentée aux applaudissements du le pensait il ne parvint pas à désarmer les partis. Beaucoup la maudissaient. quand elle troublait par ses agitations et ses orages le repos de leur vie . . à l'ha- bile et cruel Octave. presque tous Il la regret- tèrent dès qu'ils l'eurent perdue. les avait presque tous dé- ' Ann. Cette gloire était réservée à un homme qui n'avait ni l'étendue de son génie ni toire la générosité de son caractère. un charme et un attrait souverains qui ne peuvent pas s'oublier lorsqu'on les a connus. . les gens sur lesquels César l'avaient prétendait régner tous connue. Tacite nous apprend « Il la cause principale de son heureuse fortune. Ce n'est pas la seule fois que l'his- nous donne le triste spectacle de voir les personavaient nages ordinaires réussir où les plus grands échoué . l'exercice de la liberté. Ainsi les événements trompèrent tous les projets de César. i.CESAR ET CICJÎRON 319 mauvaises ou généreuses. Il il comme monde . en parlant de l'établissement de l'empire » : n'y avait presque plus personne alors qui eût vu la •. Mais après la bataille d'Aclium. 3. lorsqu'il dit. la plus meurtrière de toutes celles qui ont jamais dépeuple le monde. ciliation ne trouva pas sa sûreté dans sa clémence. les gens qui avaient assisté la aux grandes scènes de la liberté et qui avaient vu civile république n'existaient plus. Une guerre de vingt ans. et les ides de mars ne furent que l'explosion sanglante de tant de colères amassées. dont les cœurs étaient pleins.

. Pendant vingt ans. les et quand par hasard' elle tournait yeux en arrière. loin CÉSAR ET CICÉRON La gc^/ jration nouvelle ne remontait pas plus que César. elle était prête à tout sacrifier au repos. Elle avait soif de sécurité . Rien ne l'attirait vers le passé. elle y trouvait beaucoup de sujeti d'épouvante sans aucun sujet de regret. Elle avait grandi parmi les pillages et les massacres.e.320 vores. de Thapsus et de Munda. le premier spectacle qui avait frappé ses yeux était celui des proscriptions. C'est seulemeni à ces conditions que le pouvoir absolu devait être le tranquille héritier de 1.. elle avait tremblé tous les jours pour ses biens ou pour sa vie. Au contraire. Les premiers bruits qu'elle avait enles tendus étaient acclamalions qui saluaient le vain- queur de Pharsa. tous les souvenirs qu'elle en avait gardés ne faisaient que l'attacher davantage au régime sous lequel elle vivait. comme les contemporains de César. république.

il n'a pas lardé à devenir lecture de Cicéron une sorte de personnage légendaire. cette figure saisissante. . se précise et prend des proportions humaines. de sa physionomie se sont effacés de bonne heure. La nous ramène à la réalité. puisqu'un grammairien en cite le neuvième livre. au moins y gagne-t-elle de devenir vraie et vivante. Iroid. que l'admiration ou la terreur avait grandie outre mesure. •La liaison de Cicéron et de Brutus dura dix ans. comme Lucain. Le recueil des lettres qu'ils s'écrivirent dans cet intervalle devait être volumineux. Grâce à lui. Elles sont toutes perdues.BRUTUS SES EELATIONS AVEC CICÏ:R0N Sans Hru'us. le mettent presque dans le ciel. Au milieu des débats passionnés que son nom seul soulève. les Ictlres de Cicéron. le placent résolument dans l'enfer. nous ne connaîlrions pas n'a jamais Comme on que les parlé de lui de sang- et partis politiques se sont habitués à placer sous son nom leurs haines ou leurs espérances. et que les autres. mais confuse. tandis que les uns. Si elle perd de sa grandeur à être vue de si près. comme les traits véritables *^ Dante. à l'excep21 CÎCiRON.

liaire Son talent et sa probité en faisaient un auxiil précieux pour le parti aristocratique. el un critique distingué. par lesquels César épuisait les forces de l'aristocratie 700 . les provinces l'aimaient 1 L'aiitlicnticité de. F. qui ont été écrites après la mort de César Malgré la perte des autres. Tout récemment encore la question a été débattue en Allemagne avec beaucoup de vivacité. Cicéron avait rempli les fonctions !es plus élevées. n'était pas sans influence auprès du neuple. a publié des mémoires très-remarquables. l'ami de tout le monde. et refaire non pas le récit de la vie entière de Brutus. un de ces agitateurs vulgaires comme Calilina. et auxquels il me semble difficile de répondre pour établir qu'elles sont bien de Brulus et de Cicéron. . romaine.322 BRUTU& lion de vingt-cinq. ces lettres a été souvent contestée depuis le siècle dernier. auquel il s'était attaché. ce qui m'obligerait à insister sur des événements trop connus. que charmait sa parole. les rapprocha C'était vers l'an peu de temps après que Cicéron fut revenu de l'cxU. llermann de Gœttingue. La situation que Cicéron cl Brulus occupaient alors dans la républi(jue était fort différente. qu'on j trouve tous les éléments nécessaires pour le bien coni. Je vais les réunir. une si naître. pour en avoir un jour plus facilement raison. et y avait rendu d'illustres services. . surtout dans sa correspondance. v. mais seulement l'histoire de ses relations avec Cicéron. Atticus. Brulus lient encore grande place dans les ouvrages qui nous restent de Cicéron. J'ai résumé ses priicipaux arguments dans les Rcclierrhcs sur la meulière dont furent recueillie» les lettres de Cicéron ch. et au milieu des troubles que suscitait Clodius.

-il avait étudié la philosophie. ii lenait de tous côtés aux familles mais son caractère et ses mœurs le distinguaient plus encore que sa naissance. le premier de la cité » Tout en effet semblait promettre à Brutus un grand avenir. 1. une autre était déjà mariée au fds aîné de Pompée.. Descendant d'une des plus illustres maisons de Lépide. consulat. Sa jeunesse les plus influentes. sera bientôt. où il avait suivi Gaton. H. VI. porteriez de cette » Quand vous ne rapla province que son amitié.BRUTUS pour l'avoir 323 fois leurs intérêts vu défendre plus d'une contre d'avides gouverneurs. qui ménage Brutus. le confusément qu'il était destiné Pendant que Cicéron était en Cilidisait « pressant de faire droit à quelques delui : mandes de Brutus. c'est Cicéron qui fait les avances. avait été ausière . . jeune homme eût naître de lui que ce une singulière atdirait On tente. je l'espère. 2. beau-frère de Cassius et de il venait d'épouser une des fdles d'AppiusCiaudius. non j»as * Ad Atl. Par ces alliances.. - '~Ad fam. et fait qui le prévient. Alticiis. Brutus partie n'avait portant en que Irenle un ans. malgré la distance que mettaient entre eux l'âge et les dignités. cie. une grande à Allicnes. ce serait beaucoup époque « : '. à Chypre en Orient. Il n'avait encore rempli aucune de ces fonctions qui donnaient une importance politique. neveu de Caton. Pourtant Brutus était déjà un personnage. et tout récemment encore rilalie lui avait prouvé son affection en à le triomphe de Brindes et Rome. et qu'on pressentît à de grandes choses. et où l'on savait ardeur à l'élude de philosophie grecque. Et Cicéron écrivait de lui à même il Il est déjà le premier de la jeunesse. et il lui fallait attendre plus de dix ans avant de songer au. Rome. m. la de sa vie s'était passée loin qu'il s'était livré avec de Rome. Dans ses premières relations avec Cicéron.

avait jugé une partie de ses effets chez un de ses hôtes. qui supporte tout sans se plair. celui de sœur de Brutus. elle. favorisa. Celle qui avait épousé Lépide n'avait pas un meilleur renom. Sa mère Servilie avait été une des plus violentes passions de César. dit Cicéron. Quand eut vieilli. et à quels détestables exemples elle avait résisté. que confirma sa vie honnête et réglée. et Cicéron raconte à propos d'elle une plaisante histoire. les scellés furent mis sur les bagages du laisser commode de voyageur les comme la sur le reste. corn et . qui ne s'aperçoit de rien. et qu'elle sentit le le puissant dictateur lui échapper. pour continuer à dominer encore. il n'est pas besoin d'en parler. elle et en profita pour s'enrichir après Pharsale. et portraits de cinq grandes on y trouva tout d'abord dames. Un jeune fat romain. vj. l'honnêteté rigide de Brutus. On sait . une de ses filles. Malheureusement cet hôte mourut.. traversant la Cilicie en grand équipage. ses amours avec la femme de Cassius.nent vivait alors la jeunesse riche de Borne ce qu'étaient les Cifilius. l'esprit. . Védius. dre 1. que le frère et le (hrutus). 1. mari méritent bien leur nom. Le frère est bien sot et le mari bien complaisant {lepidus). dit-on. les Curion et les Dolabella. peut-être son premier amour. » Yoilà ce qu'était la famille de Brutus. Il était revenu d'Allicnes avec un grand renom de sagesse. C. 3n se faisant adjuger les biens des vaincus. Elle eut toujours sur lui un grand empire. « Il faut qui ne perdait pas l'occasion d'un bon mot. Quant ses amis. son aupli- « Ad A«. Parmi tous ces excès. BRUTUS comme un des exercices les plus utiles de mais en sage qui veut s'appliquer les leçons qu'elle donne. parmi lesquels avouer.324 en curieux. L'admiralion qu'excitait sa vertu redoublait quand on venait à soiigBr dans quel milieu elle avait pris nais- sance.

de peur qu'ils n'intéressent public. Cepen- n'en était pas ainsi pour Brutus. on ne se sent d'effroi instinctif chables. ce goût de l'étude qu'attestait sa physionomie pâle et sérieuse. le flatteur Dion. vivant et mort. Antoine. et. ne pouvaient en sa présence échapper à cette impression. . ont tous respecté Brutus. qui lui ressemblait si pe\i. res- sortaient davantage par le contraste. qui ressempeu aux autres. c'est saires. En le respectant. Ce qui est plus surprenant. Velléius. on 1 aimait. qui a tant maltraité Cicéron. et l'on se la contente de respecter il perfection à distance. ses adverennemis.BRUTUS cation aux affaires.. On l'a éprouvée devant sa mémoire il comme mandé devant sa personne. 10. rancunes politiques. Cicéron et César malgré leur gloire. et Cicéron dire de lui avec vérité adresse : « Qui fut a pu dans un des ouvrages qu'il lui jamais plus respecté que vous et plus chéri 1? » C'est qu'en effet cet homme sans faiblesses. a com- Les historiens officiels de l'empire. Aristote défend qu'on emploie dans est le drame des héros pas de tout Il point. Ceux même qui étaient ses aînés et ses supérieurs. on ne pouvait se défendre d'un sentiment qui semblait mal convenir à étaient-ils fixés sur ce grave olait si son âge : il inspirait le respect. Il de Tibère. Ce sont des sentiments parfaits le qui ne marchent pas toujours ensemble. Aussi tous les yeux jeune homme. partis. en un peu dans la vie comme au théâtre. ses qu'elle lui a survécu. 325 ce dédain des plaisirs. le respect. comme guère dant attiré vers ce qui n'a pas de faiblesses. » Orat. une sorte nous éloigne des personnages irréproc'est d'ordinaire par nos faiblesses communes que nous nous rapprochons. les violences des se soient sentis désarmés devant cette austère figure. En rabonlanl. le semble que les désir de flatter.

monde baissa tristement la dû milieu de ce sénat épouvanté. mais Brulus leur tendrement allaclié qu'il è ne savait pas se défendre d'eux. Ses légions : aussi. ses légions l'aimaient. Son amitié avec Brulus a été et.3?6 était faible ÔKOTUS pour ceux qu'il aimait. qui pressentait les proscriptions. et fit proclamer ennemis publics le les en entendant prononcer tout le nom de Bru- tribune. une voix libre osa déclarer que jamais elle ne condamnerait Brulus. pleine de troubles et d'orages. . il lui-même pour pleurer sur eux. maraudeurs. Sa mère cl ses sœurs avaient sur lui beaucoup d'influence et lui uni meltre plus d'une faute. Sa dernière parole avant de mourir fut de se féliciter de ce qu'aucun de ses amis ne l'avait trahi celle fidélité. une grande flexibilité d'opinion. punissant et lui restèrent fidèles. mais ce ne lut pas sans résister. Sa dernière douleur des ouvriers. malgré la commu- nauté de leurs opinions. Il avait combeaucoup d'amis. a consolé ses derniers moments. doni fail : Cicéron lui reprochait de trop écouter les conseils c'élaienl d'honnêtes gens qui n'entendaient rien aux était si aiïai res. Il n'y avait pas d'homme ron. Jamais deux amis ne se ressemblèrent moins. et qu'il les tînt les pillards'et les sévèrement. Cicéron subit le charme comme les autres. quoiqu'elles fussent composées en partie d'anciens soldats de César. Quand Octave sins de César. son lieutenant. il s'est élevé plus d'une fois entre eux des discussions violentes. lus à la tête. s'oublia Philippes fut d'apprendre la mort de Flavius. lui a témoigné plus d'une fois sa sympathie. qui en général ennemi de la cause qu'il assas- défendait. son préfel et celle de Labéon . Enfin le peuple de Rome luiétait même. qui était si rare alors. il qui semblât plus iail pour la société que Cicé- y apportait toutes les quaUtés qui sont néces- saires pour y réussir. Leurs dissentiments s'expliquent par la diversité de leurs caractères.

on devine un esprit étroit et une âme entêtée. On y sent surtout une tristesse étrange. assez de iacilité même. et il semble n'avoir aspiré qu'à une réalité vulgaire. jeune et vieille. degrés. qu'ils ont était la réflexion. et allait décidé qu'au début. il veut bien i. et César l'avait bien lui : compris quand le il disait de a Tout ce qu'il veut. rapide. Sérieux et lent. — .BRUTUS beaucoup de tolérance pour pour relle lui 3*27 les autres. qui concevait pfomplemenl. Toutes n'était vif et les fois qu'il ne se soit repenti embrassait un parti. La figure a un air fiévreux et malade elle est à la . mais on y reconnaît bien Brutus. il s'enflammait pour elle par réaliser. Son obstination faisait sa force. qu'il il s'enfermait : dans son idée sans que rien pût l'en distraire il s'isolait et se concentrait en elle. Dans le beau buste de Brutus conservé fois . et d'un bond passait d'un extrême à l'autre. il un tempérament de poète. mais une fois ne se décidait pas du premier s'avançait en toutes choses par était résolu. et finissait par n'écouter plus que cette logique inflexible qui le poussait à la 11 de ces esprits dont Saint-Simon dit une suite enragée. mais abandonnait vile ses idées. celle d'un homme accablé sous le poids d'une destinée grande et fatale. XIV. Brulus au contraire il n'avait pas un esprit rapide. » 1 On a pu voir au musée Campana une Ad AU-. comme il arrive à ceux qui n'ont pas eu de jeunesse. 1. un esprit souple. toujours en s'altiédissant. il 11 n'a'pas pris le il une seule résolution grave dont lendemain. une étr^inge mobilité d'impressions. A ce front bas à ces os de la face accusés avec tant de lourdeur. statue très-curieuse de Brutns. Quoiqu'il de bien mauvais vers. une sensibilité irritable. L'artiste qui l'a faite n'a point cherché à idéaliser son modèle . et il d'ordinaire liésitait au début d'une entreprise coup. et une certaine indulgence natuqui lui faisait tout comprendre et presque ait lait accepter. étendu. le talent de manœuvrer avec aisance tout avait entre tons les partis. il s'animait.

: idéalisant. C'est ainsi qu'au début de leur amitié alors au barreau de partager . qui sienne. la figure est plus pleine et plus belle. Cependant admirateur fanatique Brutus n'était pas de son école : de Démostbène. Tacite toujours heureux : dit que ses efforts n'étaient pas à force de fuir les ornements et le pathétique. Ce n'était pas une étude de fantaisie. C'étaient école une critique de la moyens de convertir Brutus . essaya par tous les fil mais il n'y réussit pas. Brulus plaida à ses côtés etsou'ssa direction. voyant d'ailleurs dans cette éloquence. des défauts antipathiques à Cicéron. . et leur abandonnait le reste. il il avait fait placer la statue cherchait à reproduire leur sobriété élégante et leur fer- meté nerveuse. Souvent il se contentait de garder pour lui la péroraison où son éloquence abondante et passionnée se mettait à l'aise. Cicéron. et sur ce point ils ne parvinrent au musée du Gapitole. . la il était terne et froid. en recherchant trop il précision et la force. contraint de paraître souvent devant les juges y venait avec ses amis et ses disciples et leur distribuait une part de sa tâche. . . et qui porte à son revers un bonnet phrygien entre deux poignards avec celte légende menaçante Idus martiœ. Les traits y ressemblent tout à fait à ceux qu'on trouve sur la fameuse médaille qui fut frappée pendant les dernières années de brutus. C'était l'habitude une cause importante entre chacun prenait la partie qui convenait le mieux à son talent. et l'on voit qu'il s'était servi des portraits antiques en les . . La douceur et la tristesse sont restées l'air maladif a disparu. . dont celles parmi de ses aïeux. nourri de l'étude des Attiques. Leurs premiers différends furent plusieurs orateurs lilléraires. Michel-Ange avait commencé un buste de Brutus dont on peut voir l'admirable ébauche aux Offices de Florence. devenait sec et tendu. qui.328 BRUTUS se ressemblaient si Deux amis qui peu devaient natu- rellement se heurter dans toutes les occasions. afin de pouvoir y suffire.

. i. il se piquait de franchise et disait sans ménas'est-il gement ce » qu'il avait sur le cœur. Brutus envoya à son ami discours qu'il venait de pro- noncer au Capilole. » traîne pas la foule Il n'était donc pas pour Cicéron un disciple fidèle. Brutus seul se l'accordait libéralement à . trouvait les lettres de ce jeune homme tait aigres et hautaines. 1. . et son ton toujours rude et brusque. et le seul il en était blessé. accoutumé à être ménagé des plus grands personnages. Oa connaît la vanité irritable. 11 était manquait de souplesse dans ses rapports. . Cicéron .BRUTUS jamais à s'entendre. . Après il 329 . Au commencement de leurs relations . et il répugnait à employer ces grands mouveraenls et ce pathétique enflammé sans lesquels on n'enaurais mis plus de passion .licus faire que il lui. « si j'avais eu à le faire. soupçonneuse quel point il exigeante du grand : consulaire on aimait la louange il lui-même. la mort de César et quand ' s'agissait de bien autre chose que de débals le littéraires. et écrivait à qu'on ne pouvait rien voir de plus élégant ni de Pourtant. Le discours du reste lui semblait fort beau. Aussi Cicéron Ad AU. Cicéron se faire : il connaissait trop par expé- rience l'amour-propre des écrivains pour courir le risque de blesser Brutus en essayant de mieux A'. résistait . Ses amis étaient généralement complaisants pour cette naïve faiblesse. ajoutait-il. Assurément Brutus ne manquait pas de passion mais c'était comme un feu secret et contenu qui ne se communiquait qu'aux plus proches. et n'attendaient pas pour le louer d'y être invités par lui. on peut ajouter qu'il n'était pas non plus un ami commode. Ce n'é- pas reproche sait à qu'il eût à lui faire. mieux j'y écrit. il l'attendait des autres et s'ils tardaient à la lui donner il n'avait pas honte de la réclamer. XV. garda bien d'en rien et le pria de le corriger. B..

durée ordinaire de leur pitié l'impôt bail. la fois ne pouvait l'accomplir sans se mettre à sur les bras les patriciens. enfin tous les Ad Ait. Les chevaliers. puisqu'il l'avait payée le récit qu'il faisait de l'exil. voici un. mencé sa fonction vcr. diminuait au profil de Caton.330 plaint souvent qu'il lui BRUTUS marchandât la les éiôges. patriciens et chevaliers. « Le maigre éloge! disait Cicéron en colère "/on le croirait d'un ennemi'. iermiers de l'impôt public. Aussi réclamaient-ils sans les du dixième sur le droit productions du sol . dissentiment plus grave et qui mérite qu'on s'y arrête. et les chevaliers. n'avaient qu'une pensée ils voulaient : faire fortune en cinq ans. » Mais ce n'étaient là que de petits différends d'amour-propre qui pouvaient facilement se guérir. avec Brutus Cilicie. car il donne fort à penser sur la société romaine de cette époque. d'ordinaire ennemis s'entendaient avec nue rare con- corde pour piller les provinces. Il . dans de cette jourla part née. effet. l'impôt du vingtième sur les . dans de pâlurai^e . Il Cicéron partit comme Irouil proconsul pour la car il n'avait pas recherché cette il savait quelles difficultés allait y et parlait décidé à accomplir son devoir. c'est-à-dire liaison peu de temps après qu'eut com. marchandises.dans « les ports le droit d'entrée l'intérie"*" des terres . et s'agissait du grand consulat de délibération à la suite delà- quelle Lenlulus et les complices de Catilina furent exécutés. 21. contentait de l'appeler un excellent consul. Il le louait seulement d'avoir puni la conjuration sans dire qu'il l'avait découverte et se . et il avait le droit d'en èlre fier. ses protecteurs. XII. que Cicéion y avait prise. son oncle.. Brutus. En . ses pro- tégés et ses clients. Celait l'action la plus ferme de la vie de Cicéron. . En 702. Il un jour même il se fâcha sérieusement contre lui.

étaient vides. Cependant fallait qui pouvait-on en demander sinon aux banquiers de Rome. mal administrées par des magistrats inhabiles ou pillées par il des magistrats malhonnêtes. villes d'assouvir ces financiers intraitables presque partout les caisses mu- nicipales. Quelques-uns étaient assez riches pour tirer de leur fortune particulière de quoi prêter aux villes ou aux souverains étran- gers. l'argent qu'on gros intérêts est toujours compromis. mot Parloul où pénètre un publicain. 18. trouver de l'argent à tout prix. Gomme il n'y a que les gens tout à fait ruinés qui accepprête à de si tent ces dures conditions. devenus depuis un siècle les banquiers du monde entier? C'est donc à eux qu'on s'adressait. il n'y a plus de justice ni était de liberté pour personne i. le * Liv. comme ce Rabirius Postumus.DRUTUS tributs 331 que Rome terrible « avail Leur ce avidilé ne reppeclait rien : imposés aux peuples soumis. Tile-Live a ^lil sur eux . . que ce fussent des particuliers ou des compagnies des chevaliers ou des patriciens étaient . pour moins s'exposer. . » Il bien difficile aux malheureuses . pour lequel Cicéron a plaidé. arrivait. dre au sénat et commençait Dar invoquer xLv. et qui fournil saire au roi d'Egypte l'argent néces. Or. C'est ainsi que pour reconquérir son royaume. à . très-peu scrupuleux et n'avançaient leur argent qu'à des taux énormes . Tous ces prêteurs . D'autres Pompée était intéressé pour une somme importante dans une de" ces sociétés en commandite qu'avait fondée Cluvius de Pouzzoles. généralement à 4 ou 5 pour 100 par mois. formaient des associations financières dans lesquelles les plus illustres Romains apportaient leurs fonds. de payer que jamais : elle faisait mille chicanes parlait de se plainproconsul. La difficulté pour eux consistait à se faire payer. la Quand l'échéance état pauvre ville était moins en .

mais il n'en rapporta que quelque reconnaissance. peu d'argent. quand il il s'en rencontrait. On l'Orient. à la c'était vérité. les grands seigneurs. » les le d'hommages et auxquels on élevait plus de staplus volé. quelques soldats des pleins pouvoirs et Ion n'arrivait pas vile à quelque arrangement satisfai- sant. le proconsul était le plus souvent un complice de ses ennemis qui prenait sa part dans leurs bénéfices. i Cic. Les créanciers qui s'étaient as. la ville insolvable subissait les horreurs d'un siège en pleine paix et d'un pillage officiel. et il faillit s'y brouiller avec Brutus. ad Quint . refusait de se prêter à ces abus et qui prétendait sui- vant l'expression de Cicéron. qui n'étaient plus rembour-sés.332 BRUTUS Malheureusement pour elle. devenaient ses ennemis mortels. de si lieutenant . suré son concours en le payant bien. Les chevaliers. avait Il lui restait. Le proconsul qui . tues étaient précisément ceux qui avaient parce qu'on les redoutait davanlage. beaucoup d'ennemis. n'avaient alors qu'à envoyer dans la province quelque affranchi ou quelque les homme mettant d'aiïaires qui la représentait. mais bien peu de chose. Voilà quelquet-unes des difficultés auxquelles s'exposait un gouverneur honnête. publique au service rêts particuliers donnait à ce mandataire un . Cicéron s'en lira avec honneur : y a eu rarement dans la république romaine de province aussi bien administrée que la sienne . la reconnaissance des provinces. le proconsul des inté- puissance . 1. empêcher les provinces de mourir . soulevait naturellement les colores de tous ceux qui vivaient de la mort des provinces. 1. « remarqué que. litre . Le prédécesseur^ de Cicéron avait tout à fait ruiné la Cilicie : aussi son- geait-on à lui bàlir un temple. dans ces pays de façonnés par une longue servitude à une dégouverneurs qui recevaient le le goûtante plus flatterie 1. .

.nom lui-même le véri- table créancier des Salaminiens. Un certain ami de Brutus avait prêté aux habitants de Salamine une forte somme à A pour iOO par mois. qui [1 333 main dans ces trafics.BRUTUS Rrutus. . Quand il vit qu'il n'y avait plus d'esil poir d'être payé qu'avec de grandes réductions. VI. le Crulus n'avait pas osé avouer dans principe qu'il y fût directement intéressé. et il ne fut pas taire rembourser. Comme l'usage . .. « Ad Ait. Au moment du départ de Cicéron Atlicus. Il ne croyait encore nuire qu'à un protégé de Brutus mais à mesure que l'affaire prenait se découvrait davantage. selon obtenu d'Appius le . Ariobarzane avait beaucoup de créanciers et n'en payait aucun. . 1. qui luimême. lui recommanda trcs-vivemenl ces deux affaires. une compagnie de cavalerie avec laquelle il avait tenu le sénat de Salamine si étroitement assiégé que cinq sénateurs étaient morts de faim. . ils ne pouvaient pas . le croirait? avait la avait prêté de l'argent à Ariobarzane. Quant à l'aiïaire de Salamine . tant l'usure était Scaptius énorme et les précédents scandaleux. tout à fait et se décida n'était se lâcha à faire connaître que Scaptius et qu'il était qu'un prête. . . roi d'Arménie princes que un de ces petits Rome . afin une plus mauvaise tournure. il avait. la rendre . rien tirer. dans de Chypre. & Je ne connais rien disait Cicéron de plus pauvre que ce roi de plus misérable que ce royaume i. » On n'en pu! . En apprenant cette conduite. elle fut tout d'abord plus grave. comme on sait ne dédaignait pas ces sortes de profits. prédécesseur de Cicéron. . laissait vi\Te l'île par charité. et à la ville de Salamine. Brutus que Cicéron mît plus de com- plaisance à l'arranger. Cicéron fut révolté et se hâta de rappeler ces sol- dats dont on avait fait un si mauvais usage. mais Brutus avait mal placé ses fonds possible à Cicéron de le .

on s'en souvenait. il les provinces étaient encore des pays con- quis. tant l'action de Brutus semble en désaccord avec toute sa conduite. agri fructxiarii en conséquence.334 BRUTUS . pour imiter les bons propriétaires qui se gardent bien d'épuiser leur champ en lui demandant C'est là le sens des lois qui furent faites sous la répu- blique pour proléger lesprovinces . Pour les un préjugé Romains de soumi- époque. on croyait leur donner ce qu'on ne prenait pas. Certes son désintéressement et sa probité ne peuvent pas être mis en doute. popiili Romani) . avec les Salaminiens Il .' qu'éprouva Cicéron sera partagé par tout le quand il l'apprit. armé contre elles de ce terri- ble droit de la guerre contre lequel personne n'a ré- clamé dans l'antiquité. y avait trop peu de temps qu'on les avait ses pour que le souvenir de leur défaite se fût effacé. moins de uarl que l'intcrêl bien entendu l'humanité y avait qui en s'im. . il l'avait chargé de recueillir et de porter à Rome le trésor du roi de Chypre. a suivi l'exemple des autres il a cédé à qui était général autour de cette lui. même autour de lui. c'est qu'il a cru pouvoir le faire. et l'on se croyait toujours en tout cas. et peut-être au fond du cœur s'eslimait-on généreux de leur laisser quelque chose. . ce qui entraînait à se méfier d'elles . Soyons donc assurés que si Brutus s'est conduit comme il l'a fait . L'élonneme). Les provinces étaient donc regardées comme les domaines et les propriétés du peuple romain {prœdia . et on les traitait Quand on pitié consentait à les ménager. ce n'était pas par affectioji ou par pour elles. Quelques années auparavant. mais par prudence. Galon venait de leur rendre un éclatant hommage lorsque ne sachant à qui se fier. monde . On supposait qu'elles ne l'avaient pas oublié. Les biens du vaincu appartenant tous au vainqueur. . loin de s'accuser de leur prendre ce qu'on leur enlevait. tant les hommes d'honneur étaient rares. . et trop à la fois. .

et la veille de Philippes il promit à ses soldats le pillage de Tliessalonique et de C'est la seule Lacédémone. Cicéron. Après avoir ruiné les il Salaminiens par ses usures. il pleura de dou- leur en voyant les habitants de Xante s'obstiner à détruire leur ville. elle n'apas assez d'étendue ni d'élévation pour en décou. 335 ménage l'ave- Évidemment Brulus Nous touchons acceptait pleinement celte façon d'envisager les droits du vainqueur et la condition des vaincus. le Cependant ce préjugé n était pas alors subi par tout monde. qui. étant un homme nouveau. souvenir de contraste se son administration bienfaisante. avait les plus d'humanité pour provinces et blâmé les profits tirait.BRUTUS posant quelque relenue dans le présent nir. que Plularque trouve à reelle était prendre dans toute sa vie jugé obstiné auquel la il le réveil d'un préne put jamais se soustraire malgré droiture de son âme. scandaleux qu'on en il proclamait haute- . et qui prouve l'empire qu'exerça la lin celte sur lui jusqu'à socirlc dans laquelle la nais- sance lavait placé. et détester dans de Chypre le on conserva à Milan jusque sous Auguste. vait vrir l'iniquité elle y cédait sans résistance jusqu'au jour où sa douceur et son humanité naturelles reprenaient le dessus sur les souvenirs de son éducation et les traditions de son parti. fai- blesses de cette les âme honnête. . faute grave . Dans sa lettre à son frère. poufacilement se défendre de toujours témoigné la vait plus tyrannie des tra- ditions. Le retrouve dans sa dernière campagne même . tandis qu'il s'était go\iverna la Gaule cisallui l'île fil pine avec un désintéressement qui fait . . mais Nourrie dans opinions égoïstes de l'aristocralie romaine. honneur. La façon dont il s'est con- duit dans les provinces qu'il a gouvernées montre que sa vie neXut qu'un combat entre Ihonnéteté de sa na- ture et ces préjugés impérieux. là à une des plus grandes étroite.

Outre que celte vanité solennelle n'était pas faite pour lui plaire. ses préférences et ses haines. l'en priât avec chaleur. tué pendant les guerres civiles de Sylla. quoique Atticus. graves événements qui survinrent alors ne de nouveau rapprochés. Dans le camp de 21. où se trouvaient déjà les consuls et le sénat.336 BRUTUS tout à fait nouveau.. disait-il ailleurs. il ne lui pardonnait pas la mort de son père.. de bonheur la et de bien-être qu'on pou: C'est ce qu'il blessé de s'y essayait de faire en Cilicie fut-il très conduite de Brulus. lui répondit-il. qui dans toutes il les occasions une affection paternelle. ni passion. v — ^ Ad AU. mais tous deux l'avaient fait sans entraîne- ment voir. et plus encore de le trouver que je me faisais de lui 2. de façon à leur aussi donner vait. vi. v. qu'il ne (allait pas l'intérêt exclusif ment ce principe *. amitié aurait sans si les doute beaucoup souffert de ces discussions. Cependant il uublia.x pas avoir Au moins suis-je assuré 2. et de plus lestait Pompée. de pareils amis. Il refusa la nettement de conscience associer. comme un sacrifice qu'exigeait le lui témoignait Brutus aimait César. dont était plus commode. » — différent de l'idée « S'il me condamne. et se rendit en Thessalie. les gouverner dans le plus mais aussi dans leur intérêt à elles. de ne pouvoir plaire à si Brulus.on oncle Caton ne me condamnera pas » et leur Ces paroles étaient anières. » Ad Quint. . « Je suis fâché. Les dissentiments particuliers devaient s'effacer devaient ce grand conflit. 1 — ^ Ad AU. éclata. prévue depuis longtemps. Tous deux s'étaient rendus au camp dedé- de Pompée. que s. dans ce danger public. et du peuple romain. Cicéron était à peine de retour en Italie que la guerre civile. D'ailleurs Cicéron et Brutus les avaient se trouvaient réunis alors par une communauté de sen- timents singulière. je ne veu.

le parler. au moins notre décision tretiens de ses 2 » On ne sait si Bru lus assistait à ces endeux amis. ce qui est certain. après de longues déli- bérations. c'est qu'ils se conduisirent tous les trois de la le môme façon. écrivait plus tard Cicéron à Cassius. XV. 4. -et rancunes. le prit à part. XI. nous prîmes le parti d'attacher au succès d'une seule bataille.. refusa César la flotte qu'il le commandement . mais. et ces deux derniers. 337 fit qu'il se remarquer par son trouvait pourtant il s'y passait bien des choses qui deil vaient le blesser. indignés du langage de tous ces furieux qui entouraient Pompée. qu'il voulait seule C'est ce qui déplaisait aussi à son ami Cicéron à Cassius. sinon la justice de la cause. la bataille vint s'offrir finie.BRUTUS Pompée. et sans doute que trop de mêlaient à défendre. Cassius s'empressa de livrer à il til son devoir en homme il commandait quant à Brutus. trop d'ambitions personnelles la s'y cause de la liberté . son beau-frère. mais il suivit César dans la conquête de l'Egypte e^ ^e l'Asie. rejoindre les républicains qui combattaient en Afrique. < Ail Atl. des restes de l'armée républicaine. résolurent de ne ainsi pas poursuivre la guerre à outrance. qui fil l'accueillit avec joie. 15- 22 . Cicéroîi. de ces entretiens familiers dans lesquels. el parvint à en tirer quelques lumières sur la retraite Brutus était tout de Pompée Après cet entretien. lendemain de Pharsale. nous savons zèle i . de cœur pendant le combat qu'il . — 2 Ad fam.. Je me souviens encore. jugea avait assez fait et au vainqueur. gagné non-seulement il n'alla pas . « que les autres le voulaient.

politique. en luttant vaillamment sur le forum ou dans la curie.. . on obtenait le triomphe. pour les Romains. arriva Pour les donc 1 Ad fam. c'était d'obtenir ces le grands honneurs à l'âge où préture à quarante ans. il : permettaient les lois. disait Ci- céron. Il n'est pas douteux que Brulus n'eût conçu cette esles autres. et n'y avait rien de « J'ai plus honorable que dé pouvoir dire consul dès que j'ai eu le droit de été préteur ou l'êlre {meo anno). le consulat à quarante-trois. » Si par bonheur. car tribuait titres . Cet il homme prétendait bien être le seul maître et n'admettait personne â partager avec lui Il l'autorité. Les honneurs ne lui étaient pas interdits. Ce qu'imaginait de entrée dans les af- plus beau tout jeune homme la à son faires. .i\\ 'J. Pharsale renversa tous ces projets. la bataille de Pharsale. des titres pour y arriver.338 BRUTUS II Brulus avait Irente-sept ans à C'était. et il pérance comme est certain que sa naisla sance et ses talents lui auraient permis de réaliser. la vie politique n'existait ^ Il » plus. Tâge de la l'activité D'ordinaire on venait alors d'être questeur ou édile entrevoyait devant soi on préture et le consulat. et il ne restait plus rien à souhaiter. el l'on se faisait. « n'écoule pas môme les siens. le sort favorisait de quelque guerre importante qui donnât l'occasion de tuer cinq mille ennemis. il était l'ami de celui qui les dismais ces honneurs n'étaient plus que de vains depuis qu'un homme avait pris pour lui tout le réel du pouvoir. et ne prend conseil que de lui autres. pendant qu'on l'était.

Ce n'est pas qu'il l'eût il oublié. qui qui. « Vous avez et qui. était être trop vite revenu. avait appris des. Quand Brutus lut de retour à Rome. On voit que son cœur est plein de lui. retiré à Brindes menaces des césariens. laveur de votre conduite politique lisant cette lettre il » lui sembla sortir Cicéron dit qu'en d'une longue mala- die et rouvrir les yeux à la lumière. Ci- céron. qui paileront de vous malgré votre silence. fait Brutus écrivit ralTermir.. le cœur si jeune malgré ses soixante ans. et reprochaient d'en des rancunes des pompéiens. qui vivront après votre mort. » %. Y revenir. dont l'imagination était si vive. qui lui ne lui pardonnaient pas d'être parti pour Pharsale. Bt-ut. par sa perle. . il en parle le plus qu'il peut. une âme si coup. y soufïrait à la fois que son ami. déposeront à jamais en i. pendant qu'il suivait César en Asie. Cicéron. il veut avant tout lui Cic. n'avait pas lui beaucoup d'énergie pour le fort abaltu. suivant l'expres- de Virgile. Entre toutes ces colères. Le dieu. Ce curieux. son ami tient toujours une grande place. c'était se rapprocher plus étroitement encore de Cicéron. lui disait-il. taisait des loisirs à tout le monde. surtout après les violentes agitations des années précédenles. si l'État est sauvé. En se connaissant mieux. s'éprit tout à fait commerce droite. il ne se lasse pas de le louer. des actions. ne l'est pas. Brulus employa ces loisirs à revenir aux éludes de sa jeunesse qu'il avait plutôt interrompues que délaission sées. par s'il le salut de 1 État. assidu avec un esprit si ranima et rajeunit son talent. ils s'apprécièrent davantage. comme on sait.BRUTUS 339 même à ceux qu'eccupail le gouvernement nouveau de se sentir désœuvrés. Dans les beaux ouvrages qu'il publie alors et qui se succèdent coup sur de Brulus. leurs relations se multiplièrent.

c'est-à-dire ce qu'il y la de plus obscur dans où philosophie de Platon. qui ne pouvait se vers elle. u.. . et Il làtonna d'abord quella que temps ne trouva pas du premier coup philosoil phie qui convenait à ses compatriotes. l'avenir après la mort. el ter cette route il s'empressa de quittout seul. car son rôle a été grand dans > Tiisn. tous deux semblèrent l'aimer davantage et la cultiver avec plus d'ardeur quand le gouvernement d'un seul les eut éloignés des affaires publiques. C'est surtout l'étude de la philosophie qui les réunit. aurait marché Dans les Tuscidanes. mais il il s'aperçut vite qu'il se trompait. la il revint aux questions de morale appliquée cl n'en sortit plus. allons lui arracher sa gloire philosophique el il » se mil le premier à l'œuvre. moments les âmes les plus maté- rielles et les plus terrestres. nature propre de la vertu. et avec moins de souci d'inventer des idées nouvelles que de prendre un peu partout des principes pratiques est le caractère et sensés. sans pré- jugé d'école. a faire au repos. mais qui revient toujours avec une obstination terrible. Tous deux l'aimaient et la cultivaient depuis leur jeunesse. a Il avait traduit le Ti»?ée. voilà ce qu'il étudie sans tour de force dialectique. Cicéron. il Tel faut de la philosophie romaine. La Grèce disait-il à ses amis et à i . la hiérarchie des devoirs. 2. tous ces problèmes qu'un honnête homme se il pose pen- dant sa vie. tourna toute son activité vieillit. surtout celui devant lequel et trouble à certains recule souvent. ses élèves. Un moment avait été tenté de les diriger vers ces questions de métaphy- sique subtile qui répugnaient au bon sens pratique des Romains. sans parti pris de système. Les caractères divers des passions. dont bien se garder de médire.340 plaiie el . BBUTUS on dirail qu'il ne se soucie plus que des éloges de l'amilié de Brutus.

et c'est par elle que la fois 1 sagesse des Grecs. Celle piiilusophie comme l'empire. Il est certain cueils de formules et le détail minutieux des pratiques. c'étaient. deux noms déplaisants aux princes. à la victoire et plus transparente. Avec l'histoire. et elle doit beaucoup la vie politi- de César. . en supprimant que. est arrivée jusqu'aux peuples de Occident. el où elle ne se piquait dapprendre à ses adeptes que la la science de sacrifier selon les rites.BRUTUS le 341 la monde. en cherchant à se bien connaître. dit Tacite. philosophie seule ^ Voyez sur cette question l'ouvrage Marllia. elle leur fut bientôt suspecte. Accueillie d'ahord avec enthousiasme par toutes les âmes souffrantes et désœuvrées. on était heureux d'opposer la pleine possession de soi que donne la philosophie. força les esprits curieux à chercher d'autres aliments à leur activité. qui rappelait des souvenirs fâcheux. s'enfermer en soi-même. elle devint de plus en plus populaire à mesure que l'autorité des empereurs se faisait plus lourde. el. les Moralistes sout rEnivirc si intéressant da M romain. A celte domination absolue que le pouvoir exerçait sur les actions extérieures. c'était échapper par un côté à la tyrannie du maîlre. rendue plus solide à dale de Pharsale. ingrata principihus nomina. Je n'ai pas à faire voir pourquoi tous les ouvrages de philosophie composés à la fin de la république ou sous l'empire ont une importance beaucoup plus grande que les livres que nous écrivons aujourd'hui sur l'a les mêmes sujets nir revequ'en ce temps où la religion se bornait au culte. qui. les mortels Les empereurs le comprirent bien. s'étudier. on semblait agrandir le terrain où sa puissance n'avait pas d'accès. ils furent ennemis d'une science qui se permettait de limiter leur autorité. où ses livres ne contenaient que des re: on trop bien dit déjà pour que j'aie à y '.

pour ainsi parler. Elle les à la veille des proscriptions pour retremper ses forces. . mieux préparée à soutenir les grands malheurs qu'on prévoyait. oisifs elles avaient besoin. quand il voit son ami Lépide trahir la ré- énergie inconnue. Il n'y a pas de ressource plus prompte et plus sûre contre les événements que celle que j'indique '. I ^ Ad Ait.342 BRUTUS pouvait donner à toutes les âmes honnêtes Il et troublées. Aussi que de gens en ont profité Jamais on n'a vu un plus incroyable mépris de la vie. c'était la mort. Juba. Pétréius. Depuis Caton. la la Qu'on prenne par exemple Cicéron veut y prouver que première Tusculane : mort n'est pas un mal Quel lieu commun en apparence. flottant sans direction et avides d'en trouver une. toute cette morale a vécu. Les vaincus. une frénésie.2. ne connaissent pas d'autre manière de se sauver du vainqueur. l'en- seignement dont époque. lit faut donc ne pas oublier. Atticus lui-même.. le suicide devient une contagion. » Celte ressource. et sortait de celte lecture plus ferme.x\. lui écrit Cicéron. y prenait une « Vous me dites. que ces théories sont devenues des règles de conduite. et que. et qu'il nous est difficile de ne pas regarder tous ces beaux développements comme un exercice oratoire et une amplification d'école! Il n'en est rien cependant. l'égoïste Atticus. quand on un livre de morale de cette qu'il n'était pas seulement écrit pour les lettrés que charment les beaux discours. si éloigné de risquer sa vie pour personne. mais pour ceux que Lucrèce représente cherchant au hasard le chemin de la vie: il faut se dire qu'on a pratiqué ces préceptes. Scipion. et la génération pour Inquelle lisait ils étaient écrits y trouvait autre chose. que mes Tusculanes vous donnent du cœur: tant mieux. Latérensis se lue de regret. jamais la mort n'a moins fait de peur. plus réso- lue.

et goûtant dans ce silence et ce repos un bonheur qu'il n'avait jamais connu. pour lui donner l'exemple. oubliant sans peine Bome et ses plaisirs. convaincu de tout ce qu'il disait nous en reste un passage important conservé par Sénèque. ainsi pratiquée par tant de gens de cœur. trouvé tout occupé d'études sérieuses. Brutus raconte qu'il vient de voir à Milylène M. Toutes les pensées générales qu'on y trouve ne paraîtront plus insignifiantes et vagues quand on songera que celui qui les a formulées a prétendu aussi les mettre en pratique dans sa vie.l. A Philippes. et se brûle vivanl. hésite choisir ce remède héroïque. . comme cette vérité générale. « Quand il fallut le »Quiui. c'est un véritable délire. Quel et étrange commentaire des Tiisculanes. iait construire un bûcher fugitif. Cassius est impatient la liste et se tue trop tôt. C'était un bel ouvrage qui plaisait surtout parce qu'on sentait l'écrivain était bien II que i. à lorsque Décimus Brutus. le jeune Gaton. Ceux mêmes qui pouvaient se sauver ne cherchent pas à survivre à leur défaite. le traité de la Vertu. Labéon creuse lui-même sa fosse et se tue sur le bord. Quinlilius Varus se revêt des ornements de sa dignité et se fait tuer par un esclave. celui auquel César parIl l'a donna plus tard à la prière de Cicéron..BRUTUS 343 publique. qui ne peul plus résister dans Cor- doue. Brutus clôt et par un suicide et étonnant effrayant de calme de dignité. Scapula. Dans ce passage. Marcellus. Blasius. cesse d'être un lieu C'est avec le commun 1 même esprit qu'il faut étudier les trop courts fragments qui restent des ouvrages philosophiques de Brutus. son ami. se tue devant lui. de peur d'être épargné.x. Le plus célèbre de tous ces écrits de Brutus. jette son casque et crie son nom. était adressé à Cicéron et digne de tous les deux.

. Ce n'était pas thèse de philosophie qu'il développait. Chassé de Rome. Brut. 9. mais une une règle de coniluile qu'il proposait aux autres et qu'il avait prise pour lui. menacé par les vétérans de César. puisqu'on peut vis que je m'en allais saiis lui. lui au milieu des émotions seul conservait des frayeurs de ses amis. était inquiet facilité qu'il avait à s'en détacher. La morale du livre était que pour vivre heureux on n'a besoin que de soi. Il s'était accoutumé de bonne heure à se renlermer en lui-même et à y placer ses plaisirs et ses peines.n at- tendant le moment du combat.3^4 BRUTUS dit-il. et tandis lisait que tout le monde soucieux. Après et les ides de mars. y. il moi qui parlais pour l'exil^ ei non restait '. si l'on veut.. 10.. une faute chez un homme d'action et un politique? Convient-il de se détacher de l'opinion des autres quand le succès des tainement une et précieuse pour un réflexion d'étude c'est l'idéal * Sen. ad IIclu. C'est encore un lieu commun. mais. il tranquillement Polybe et prenait des notes e. mais n'est-elle pas un danger. et quiUer. i . — * Epist. Coiis. De là vint cette liberté d'esprit qu il gardait dans les aflaires les plus graves. Cette facilité à s'abstraire des choses extérieures et à vivre en soi-même est cer- homme de que se propose un philosophe. Brutus en avait fait une vérité vivante. ce dédain des choses extéet la rieures que tous les contemporains ont remarqué.. La veille de Pharsale. en essayant de conformer sa vie entière à cette maxime. il se consolait de tout en disant : « D n'y a rien de mieux que de s'enfermer dans le souvenir de ses bonnes actions et de ne pas s'occuper des événe- ments ni des hommes qualité : 2. que je c'élait me sembla que pas Marcellus qui y qu'il ne faut pas se plaindre d'être exilé. » De cet exemple il conclut emporter avec soi toule sa vertu. une sérénité éternelle qui impatientait un peu Cicéron.

Quant à ces spéculatifs renfermés en eux tenir en ('ehors et au dessus même-. font de mauvais chefs de la parti. et qu'il se conte que Brulus était toujours maître de tenait presque en dehors des graves Il affaires qui se il dé- battaient. Il possible que Brulus. Cassius au contraire. doit-on ne tenir aucun compte des circonstances et s'en- gager au hasard dans des aventures sans résultat? Enfin. qui veulent ils se ils des passions du jour. rieux les lieux qu'on traversait cl faisait en cuparler les gens visitait un philosophe au milieu des camps. ressemblait à pour ainsi un gla- diateur qui combat ^ Je soupçonne que Brulus devait un peu dédaigner cette fiévreuse activité toute renfermée dans des soins vulgaires. ne risque-t-on pas de perdre le lien qui attache à elle el de devenir inle récit qu'il fait capable de la conduire? Appien.BRUTUS 345 choses qu'on entreprend dépend deropinioii? Sous prétexte d'écouler sa conscience el de la suivre résolument. De bell. aimait à causer el à lire. . ralui. n'aurait pas eu parti. confia le gouvernement d'une App. et dire tendu tout entier' vers ce but. Du reste. lui De retour ' à Rome. el que ce rôle de gladiateur le faisait sourire. civ. et l'on n'y réussit qu'en y mettant son âme tout entière. iv. il est bien même. 133. du pays ne se : c'était laissant jamais détourner ailleurs. el César n'avait négligé aucune occasion de se il en lui accordant la grâce des pompéiens les plus compromis. dans de la dernière campagne de l'armée républicaine. uniquement occupé de la guerre.. livré à lui- pensée de devenir un chef de l'attacher n'était pas hostile au pouvoir nouveau. et se préserver absolument de ses passions. Il avait tort : c'est an gladiateur qu'ap- partient le succès dans les choses humaines. étonnent la foule cl ils ne l'entraînent pas. peuvent être des sages. en voulant se tenir en dehors de la foule..

avec une chaleur qui surprit Cicéron. à l'armer contre un homme qu'il aimait. Ajoutons dans le camp de Pompée l'horreur des guerres civiles..t?. on apprit la défaite de mée républicaine à Thapsus et la mort de Caton. Il écrivit en Cut sans doule lui-même . il deux jeunes gens de la regretta amèrement il : perte. . Il était donc alors tout qu'il avait pris à fait sous le charme de César. Brulus fort attristé. quelques personnes affectèrent de croire et de dire que César pouvait bien être complice de ce crime. Elles lui avaient enlevé quelques-uns de ses amis les plus chers. entreprise qui devait bouleverser le monde? C'est ce qui mérite d'être raconté. pine. Brut . et les lettres de Cicéron permettent de l'entrevoir. Brutus s'em- pressa d'écrire. fut assassiné près d'Athènes. et fit composer par Cicéron l'éloge de son oncle mais on sait par Plularque qu'il le blâmait de s'être touslrail à la clémence de César. En le songeant aux désordres qu'elles avaient causés. son ami souiïrir « Il vaut encore mieux un pouvoir arbitraire que de ranimer des guerres » Gomment donc s'est-il laissé entraîner à les recommencer '? Par quelle conspiration savante ses amis sont-ils parvenus à vaincre ses répugnances. disait sans doule avec philosophe Favonius. Quand Marcellus. > Plut. Vers le Gaule cisall'ar- même temps. qui venait d'obtenir son pardon. aux victimes qu'elles avaient faites. par exemple Torqualus grand avenir dont et Triarius.346 BRUTUS la des plus belles provinces de l'empire. à l'engager dans une impies '. pour le disculper.

Voilà le pourquoi tant d'honnêtes gens. avaient hésité lui . s'étaient tant pressés de poser les armes la première défaite. longtemps à se déclarer pour après voilà surtout pourquoi des hommes intrépides.BRUTUS . nous dit que lorsqu'on voyait dans son camp l'insolence de son en- tourage et son obstination à ne vouloir prendre l'avis de personne. et qu'en liant sa cause à celle de Pompée. si longtemps goumonde. personne ne mais quelle sorte de pouvoir ? Était-ce seule- . si comme Brutus. Au commencement debauleut de la guerre civile. On savait qu'il avait du goût pour les pou- voirs extraordinaires. l'on n'était pas parfaitement rassuré sur les intentions de était possible aussi 11 Pompée. il avait repoussé avec tant les propositions les'plus justes et mis tant d'ardeur à pré- cipiter la crise. on soupçonnait que celui qui avant accueillait si la bataille mal les conseils serait un maître après la victoire. Pompée n'inspirait guère plus de confiance à la liberté que César. ne pouvait pas se tenir pour battue après les une seule défaite. Il était d'autant plus naturel qu'elle voulût tenter un dernier effort qu'elle sentait bien que la première fois elle n'avait pas combattu dans de bonnes conditions. voulait le pouvoir. verné le Celte grande aristocratie. Il faut ajouter que. Cicéron. qu'il semblait plutôt vouloir se débarle rasser d'un rival qui la gênait que venir au secours de république menacée. et qu'il aimait à concentrer dans ses mains toute l'autorité publique. elle s'était placée sur un mauvais terrain. qui avait mécontents ne manquaient pas. son ami.347 III Depuis Pliarsalo. gnorait . il de se méprendre sur les l'i- projets de César. et Cicéron si premier.

tout enfin dans ses lois et dans sa conduite indiquait une sorte de prise de possession définitive du pouvoir. Loin de prendre aucun de ces ménagements qu'employa plus tard guste pour dissimuler l'étendue de son autorité. n'empêche de supposer que plusieurs des officiers de César. détrompés plus lard. auxquels laré[iubliavait survécu ? que A la rigueur. et rien Mais après Pharsale il n'y avait plus moyen de con- server cette illusion. une époque d'anarchie. ceux surtout qui. Ce n'était pas une autorité d'excepc'était un gouvernement tion que César demandait. nécessaires dans ment une de pendent il les Etals libres après la liberté. la censure sous le nom fecture des moeurs. on pouvait le croire. le trésor public et l'administration des l'État livrés à ses affranchis et à ses esclaves. il aimait à choquer les partisan? fanatiques des anciens usages.348 BRUTUS ces dictalures temporaires. De plus. la dictature perpétuelle qui ne l'em- pêche pas de se faire nommer consul tous les ans. Au contraire. et c'était son amusement de déconcer- ter ces vieillards formalistes. blait l'étaler il Ausem- avec complaisance. Ne lui avait-on pas entendu dire que lu république était un mot vide de sens et que Sylla n'était {ju'un sot d'avoir abdiqué la dictature ? Ses mesures pour régler à son profit l'exercice du suffrage populaire. ne l'aient alors pensé. Il souriait de voir pontifes et augures effarés quand il osait nier les dieux en plein sénat. la désignation qu'il avait faite d'a- vance des consuls et des préleurs pour plusieurs années de revenus de de pré- suite. gardiens superstitieux des anciennes pratiques. nouveau qu'il prétendait fonder. conspirèrent contre lui. et sans se Soucier des ennemis que sa franchise pouvait lui faire. toutes les di- gnités réunies sur sa tête. comme il était homme de . par une sorte de sceplicisn^e ironique et d'impertinence hardie qui sentait son grand seigneur. qui susmais ne raiiéanlissenl pas? S'agissaitde recommencer Marins et Sylla.

qu'avouait hautement la création de fonder une monarchie amena blicain. Cette conduite de César eut Grâce à malentendu possibles. Les opinions. et prétention. et même nom Ro- qui la désigne. exerçait son noiiî véritable. parmi les vaincus ce qui est plus surprenant. opposés. par se rejoindre. il : n'ignorait pas à quel point effrayait les mains mais sa hardiesse se en faisait un plaisir de braver de vieux préjugés. comme au temps de Pharsale. les plus violents eurent-ils l'idée de s'unir et de s'organiser ? De quelle manière arriva-t-on. Ces deux conspirations étaient l'origine. 11 semble seulement conçue à la fois que la première idée du complot fait ait été dans deux camps tout à de Pharsale. la l'enloure. Trébonius avait été sur le point de l'assassiner à Narhonne. on ne sait comment. Tout parti commence par se chercher un chef.BRUTUS plaisir avant tout. Elles finirent plus tard. mais entre deux gouvernements contraires. 340 il n'ainiail pas seulement le pouvoir pour l'exercer. les hommages le pompe Ce litre qui la relève. même temps que sa franchise trouvait sans doute plus loyal de donner au pouvoir qu'il les obscurités. dans ce parti. à former un complot contre la vie du dictateur ? C'est ce qu'il est . mais pour en jouir il ne se contentait pas du solide de l'aulorilé souveraine. aussi les dehors. de roi qu'il souhaitait il avec ar- deur. Si l'on . il pour résultat de dissiper toutes n'y avait plus d'illusion ni de comme la il arrive. l'autre. elle. parmi les César. de" confidence en confidence. se précisèrent l'une par t^ésar. La question se trouvait posée. non pas entre deux ambitions rivales. généraux et. et mêmes de : probablement distinctes à chacune agissait pour son compte tandis que Cassius avait songé à tuer César sur les bords du Cydnus. d'un grand parti répu- Comment. les plus hardis. il en voulait . impossible de bien savoir. l'éclat qui qu'elle exige.

ce chef était tout trouve long des rivages. Brutus. allait On le voulait gouvernement qu'on honnête parce que le pou- voir était corrompu. Or. fallait bien . A celle pression de l'opinion publique. on leur faisait toujours la même réponse : « i\ous en serons. par sa vie. si Brutus nous conduit. la On souhaitait avoir pour chef quelqu'un qui ne fût pas seulement un nom. déjà illustre. qui disposait il de Brutus. afin que les éléments divers dont se composait lui. pirate audacieux. qui représentât république Il et la liberié sans arrière-pensée personnelle. Un menaces d'Antoine et du mécontentement et des de Dolabella « Non. le parti fléchissent sous /eune pourtant. Vaincu. Aussi tout publique alors le monde avait- il les le yeux sur La voix les désignait fiu'il était comme chef du parti républicain môme encore l'ami de César. désintéressé pour prolesler contre ces convoitises insatiables qui entouraient César. répondit-il. Quand premiers conjurés allaient de tous côtés cherchant des complices. mais non découragé. il fallait que. son caractère. mais on ne voulait plus être pompéien. le fût en opposition complète avec attaquer. : ce ne sont pas ces débauchés qui sont à craindre. et l'engageait sans son aveu. lour à tour partisan habile. ce sont les maigres et les pâles.350 BRUTUS traditions de la guerre précé: avait voulu conlinuer les restait un fils de il Pompée. et les pompéiens obstinés se réunissaient autour de lui. et qui avait survécu à tous les siens. ses mœurs. malgré sa confiance son amitié. n'y avait qu'un seul : homme qui réunît toutes ces qualités le c'était lui. il errait dans les montagnes ou le dente. échappé par miracle de Pharsale et de Munda. car on avait il besoin d'un coup de main. » Il voulait surtout dé- signer Brutus. et lui » César luisemblait même. le quehiuefois pressentir d'où jour qu'on lui faisait peur viendrait danger. Sexlus. mais un principe.

11. inscriptions qu'on plaçait au bas de la statue de son aïeul '. la colère. Plus on la regardait comme douteuse. . » Avec un peu de complaisance. d'hui que nous les lisons de sang-froid les devait-on à plus forte raison quand ces livres étaient commentés par la haine et lus avec des yeux que la passion rendait pénétrants. 7. étaient alors applaudis au passage et répétés malignement dans ces entretiens où l'on déchirait le maître et ses amis! C'était là ce que Cicéron appelle spirituellement « les morsures de la liberté. qui ne déchire jamais mieux que lorsqu'on l'a quelque temps muselée ^. * AU fam. » écrit-il un jour à Cassius il était alors. on trouvait ^ Ceux qui employaient ces manœuvres savaient bien Brutus par son endroit le plus sensible. Je n'ai pas besoin de ces rappeler ces billets qu'il trouvait sur son tribunal. inaperçus voir aujourd hui. — » De Of/ic. Ses lettres nous d'esprit liberté «: montrent dans quelle disposition J'ai dépit. tu n'es pas Brutus. Mais personne n'a mieux servi les desseins de ceux qui voulaient faire de Brulus un conspirateur que Cicéron. Le sans se douter qu'à ce moment même Cassius cherchait Il dans l'ombre sible les moyens de ne plus Nous l'être. XV. Sa descendance de celui qui chassa les rois était Irès-contestée. et toutes ces manœuvres bai)iles que Plutarque a si bien racontées. Que d'épigrammes y étaient saisies qui nous échappent! Que de mots piquants et amers. plus il tenait à « Non. elles lui vinrent de tous les côtés.. qui pourtant ne les connaissait pas. retrouvons aujour. le regret de la perdue y éclatent avec une singulière vivacité.BRUTUS 351 ajouter des excitations plus précises pour le décider. était imposles que ces sentiments ne se fissent pas jour les y dans livres qu'il publiait alors. Lui dire mettre en demeure ou en tentation de prouver son origine qu'ils prenaient : par ses actions. bonté d'être esclave 2. 18. » c'était le l'établir.

recueilliez les fruits l'état de votre vertu de la nous désirons que vous nous faisons des . ii. c'est pour lui qu'ils étaient faits. lui disait. vous avez été arrêté tout à coup par la malheureuse destinée de la république. lorsque votre jeunesse s'élançait avec impétuosité vers la gloire. ils contenaient des parties lui. Brutus. il lui rappelait les souveiiirs et les il espérances intéressait de sa jeunesse. même (c sa vanité à la restauration de l'ancien gouverne- ment en montrant quelle place il aurait pu s'y faire. devait cire c'est à lui qu'ils étaient déplus ému qu'aucun autre diés. douleur se ranimer en jetant les yeux sur vous et en pensant que. et l'éloge des morts devenait h satire des vivants. Vous êtes l'objet de tout notre intérêt. qui s'adressaient plus directement à Cicéron ne cherchait pas seulement à réveiller ses sentiments patriotiques. 2. Ciréron il comprenait bien toute : la Ils portée de ses livres quand furent pour moi en disait plus tard « d'où je pouvais parler l'opinion comme un sénat. en lisant les écrits de Cicéron. comme une tribune K » Rien n'a [)lus servi à irriter publique. Brutus. à jeter dans les âmes le regret du passé et le dégoût du présent. vœux pour que république vous permette un jour de faire revivre et d'augmenter encore la gloire des * De Divin. Quoique destinés . je sens voilà la ma cause de mes soucis et partage mon estime et mon affection de ceux d'Atticus. c'est qu'il voulait faire honte de ce forum désert et de ce sénat muet venirs . les sou- du régime ancien n'étaient rappelés que pour attaquer le nouveau.302 DRUTUS partout des allusions. Si l'auteur parlait avec tant d'ad- miration de l'antique éloquence. . qui pour vous.il. à agir sur le public entier. à préparer enfin les évé- nements qui allaient suivre. Avec une habileté perfide. Voilà le sujet de ma douleur.

Porcia apportait dans sa nouvelle maison toutes les passions de son père et de son premier inari. Sa mère pire qu'elle avait sur lui pour le de l'emrapprocher de César . Cicéron. et qu'elles voulaient le dominer pour l'entraîner dans A ùcs directions dilTérentes. il a conjurés n'étaient que justes lorsqu'au ils sortir du sénat.BRUTUS 353 deux inuslres maisons que vous représenlez. qui nous les apprend. mais il n'est pas téméraire de supposer que ces deux femmes se disputaient l'aûection de Brutus. et surtout la haine de César. L'influence de Servilie perdit sans doute quelque chose dans ces discussions domesriques. Vous deviez êlre le maître au forum. qui avait causé tous ses malheurs. les bras qui frappèrent. combattue par les conseils d'une épouse nouvelle et chérie. veuve de Bibulus. et dans lesquels l'intérêt privé se mêlait à l'intérêt public^ étaient bien à faits pour troubler Brutus. Urul. peine y étaitelle entrée que des dissentiments éclatèrent entre elle et sa belle-mère. sommes-nous doublement affligés que la république )) soit perdue pour vous. n'a pas frappé les armé mars. vilie mais justement à cette heure critique l'empire de Serfut amoindri par le mariage de Brutus avec sa cousine Porcia.tiioK 23 . Fille de Caton. y régner sans rival aussi . Antoine n'avait pas tout fait tort quand il accusait Cicéron d'avoir été complice S'il de la mort de César. A ces excitations qui venaient du dehors s'en joignis'était toujours servi rent d'autres. plus puissantes encore. n'en dit pas le Kotif . et sa voix . que Brutus trouvait dans sa maison. et lui-même. après les ides de appelaient Cicéron en agitant leurs épées san- glantes. et vous pour la république K De semblables regrets exprimés de celte façon. <-n. bl. n'eut plus la même autorité quand ' elle parlait pour César.

qui . d'esclavage assez avantageux pour me l. » N'est-ce que les lois et le sénat. .. par les souvenirs du passé . par les excitations de l'opinion publique. elles les historiens. et dans les lettres que Brutus écrivit plus que nous avons conservées. il a livré Je violents combats pen- dant ces nuits sans sommeil dont parle Plutarque . « Tl n'y a pas. Qu'on se figure cet homme laible et timoré attaque de tant de côtés à la tois. venaient à chaque moment oreille Irapper ses yeux inattentifs. On y voit par exemple qu'il revient à deux reprises sur cette même pensée « Nos ancêtres cro aient que nous ne devons loinlairi : pas souffrir d'autorité un tyran.. semés sous ses pas. mais comme ces luttes intérieures avoir de confidents. l. si l'on Tout ce qu'on peut lient à les connaître. mais lui s'aff'ermissait et se raidissait contre elles. fùt-il notre père *.. forme de douleurs légitimes et de regrets touNe devait-il pas finir par céder à cet assaut de il tous les jours ? Cependant est probable qu'il a résisté avant de se rendre.3o/< BROTUS Ainsi tout se réunissait pour entraîner Brutus. lorsqu'il songeait que cet homme contre lequel il allait s'armer l'appelait son enfant ? Quant aux faveurs qu'il en avait reçues ou o^u'il pouvait en attendre. ne pouvaient pas n'ont pas laissé de trace chez faire. disait-il. distraite murmurer chez sous la à son retrouvant ensuite lui les mêmes souvenirs et les mêmes reproches chants. Br::l. Brut. elles auraient pu en désarmer un autre. faire quitter le t Epist. par ces reproches secrets placés sous sa main. c'est pas la réponse qu'il se faisait toutes les fois qu'il se sentait troublé par le souvenir de l'alTection paternelle de César. c'est d'essayer d'en retrouver comme un souvenir tard. par les traditions de sa famille et le nom même qu'il portait. IG. - « Epiai.. 17. Avoir plus un droit que je n'accorderais pas à mon père lui-même 2.

la pour l'éblouir. — 2 Quint. vainqueur des de Pompée. revenait à Rome. marché lui aurait paru désavantageux. 3. Il affecta de louer devant lui les gens du parti vaincu. surtout Cicéron. une de bons conseils et quel- ques avances i mais Cicéron ne partageait pas les espéi. Au moment de prendre une résolulion suprême. auxquels on n'a pas fait assez d'attention. que. On peut vivre sans commander. 17. Ce n'est pas lui qui aurait jamais consenti à payer de sa liberté le le droit de domiuer sur « Il les autres. accueillit bien Brutus. Quel était donc son desseùn ? Quelques mots de Cicéron. dans l'espérance qu'ils pourraient être rappelés aux alîaires César écouta ces éloges avec bienveillance. pouvait espérer de la partager. et que les lettres do l'expliquer. permettent de le deviner. Il le fiant. ix. Celui-ci.BRUTUS dessein d'être libre *. trop facilement cons'empressa de retourner à Rome et d'annoncer à tout le monde que César revenait aux honnêtes gens. alla jusqu'à conseiller à Cicéron d'adresser au dictateur lettre politique qui conthit . quand souiïrir elle lui munirait. ne commauder à personne que d'être resclavc de quelcju'un.. » Au milieu de toutes ces anxiétés qu'on ne pouvait pas il connaître. 355 se défendait » C'est par là qu'il contre les amis du dictateur. vaut mieux. peul-êire contre sa mère. fils Cicéron racontent sans Quand on apprit que César. se passa un fait qui surprit beaucoup le public. écrit quelque part. il s'il voulait royaulé de César. Brutus mit à se porter à sa rencontre un empressement que tout le monde remarqua et que beaucoup de gens blâmèrent.. et il n'y a pas de raison de vivre quand on a-t-il est esclave 2. Epist. Brutus voulait tenter sur l'esprit de César un dernier effort et essayer une dernière fois de le rapprocher de la république. . Brut. et ne découragea pas trop.

à partir de ce moment inséparable de celui de Brutus. épicurien de doctrine et de conduite. celle fois A : la vérité. Anfaire toine. l'opposition tribuns. flattait ses désirs les plus chers. avait beaucoup à se savait bien le pardonner. avide de pouvoir. plan d'Antoine ne réussit pas la les cris de foule. et sans doute faisait luire à ses yeux cette couronne tant convoitée. mais il moyen d'y parvenir. L'occasion n'était que remise représenter. qui par ses folies venait de troubler la tranquillité de Rome. et il ne fut plus possible à Brutus de douter des intentions le de César. Pendant que Brutus essayait de rapprocher César des républicains el croyait y avoir réussi. mais on savait bien que cet de deux diadème qu'on lui échec ne l'avait pas el allait découragé. Or. sait il avait pillé la province qu'il gouvernait . forcèrent César à refuser le oftrait. el demander ce lût pour César. Il avait gagné une grande réputation militaire en sauvant les débris la de l'armée de Crassus . La scène des lupercales fit voir clairement qu'Antoine i'avait emporté. el après quelques hésitations d'écrire. formait avec lui un contraste complet. m le devait apporter au sénat un vieil oracle sibyllin qui lisait que les Parthes ne seraient vaincus que par un titre roi. pour fléchir son maître. et peu scrupuleux sur les moyens de l'acquérir Comme presque tous les proconsuls. C'est moment que choisit Cas- pour révéler à Biulus la conjuration qui se tramait el l'en faire le chef. chassant les Parthes de Syrie mais en môme et en temps on l'accusait d'être ami du plaisir.356 BRUTUS il rances de son ami. les illusions de Brutus longues. le il y avait dans sénat trop d'étrangers el trop de lâches pour que la réponse sius douteuse. dont le nom devient. Antoine l'avait ne furent pas devancé auprès de César. Antoine. refusa Du reste. Cassius. se A propos de la guerre contre les Parihes. on di- que la Syrie ne s'était guère bien trouvée d'avoir été .

xv. cl rien n'empêche en effet de croire que des res- sentiments personnels aient Pourtant. C'est lui qui noua la conjuration. alla trouver les mécontents. n'est pas probable qu'il se fût le entendu avec celui qui en avait profilé. il portait dans son cœur toutes les il haines de l'aristocratie vaincue. et comme il vit Brutus pour chef. il aigri cette âme violente. On y trouve mênne des calembours. et qu'e'le aurait passer par les mains des Parlhes. Aristocrate de nais et de passion. si Cassius n'avait eu que cet outrage à venger. A Rome. emporté. lui que tous demandaient d'avoir aussi qui se chargea de lui II faut cependant remarquer qu'il y a plusieurs lettres de Cassius dans la correspondance de Cicéron et que quelques-unes sont spirituelles et fort gaies. le fit que César ne "tait l'objet. quelques mois à peine ouvertement l'homme d'un après qu'il eut obtenu son pardon. c'est parler.RUfJTos 357 presque autant aimé gauvéc par lui. mais d'où la pensée de tuer César? Plutarque dit que c'est du dépit de n'avoir pas obtenu la préture urbaine que ia faveur du dictateur avait accordée à Bru- lus. Cassius était Il paraît qu'il eut de bonne heure la pensée de venger Pharsale par un assassinat. Il en avait été sance complice et qui avait bien d'autres motifs de haïr César. dans ses et l'on railleries. les réunit dans des conférences secrètes. quelquefois cruel comprend qu'un lui vint assassinat ne lui ait pas répugné . 19. Du moins Cicéron dit que. il attendait César sur et une des fut rives du Cydnus pour le I3 tuer. et le pardon de César n'avait pas éteint celte colère que soulevait en lui le ^nectacle de sa caste opprimée. malgré les faveurs dont reprit son dessein. inégal. principe. lui fallait une san- glante revanche de la défaite des siens. tandis queBru- tus cherctiait à être l'homme d'un parti.) 1 .. Ainsi. Cassius était amer i. {Ad fam. sauvé que par hasard qui aborder sur l'autre il il rive.

curie de u. qualité de préleurs. De Bell. Si nous y sommes appelés en notre que faud'a-t-il donc faire? Je — défendrai la république. prendre quelques-uns des sénateurs pour complices de desseins? Penses tu que ce sont des misérables des mercenaires ou les premiers citoyens de Rome qui On à placent sur ton tribunal les inscriptions que lu y trouves? attend des autres préteurs des jeux. la le prit main. Il n'y avait plus les indis- de raison d'hésiler ni d'allendre. César était Pompée. Hésitante encore. la mort. des chasses ce qu'on réclame de toi. Cassius mit de côté tous ses « Il ressentiments et alla trouver son beau -frère. tl3. la même . Pour éviter crétions ou les faiblesses. le 15 de mars. les — chose presque dans mêmes Plutarque racoiUe termes. raconte Appien. elle n'attendait plus pour se renelre que de se trouver en présence d'une résolution bien arrêtée. des courses ou .358 Ils étaient BRUTUS encore brouillés à la suite de leur rivalité pour par si lu préture urbaine. mois après. c'esl que Ui rendes Rome sa liberté. jusqu'à [)as. — Mais quoi? reprit Cassius. comme l'ont fait les ancêtres'. cl lui dit : Que ferons-nous Bru- les flatteurs de César proposent de le faire roi ? tus répondit qu'il comptait ne pas aller au sénat. C'est peu de temps 15 de février. » Ces paroles achevèrent d'entraîner une licitations secrètes âme que tant de sol- ou publiques avaient depuis longtemps ébranlée. et moins d'un frappé dans la ' après la fête des lupercales. il fallait se hâter d'agir. mais déjà presque gagnée. célébrée le que Cassius avait tout révélé à Brutus. dit l'aulre. La conjuration avait enfin son chef. — et Ne veux-tu donc tes répondit Cassius en l'embrassanl. et ciu..

gnité tranquille. mais. quoiqu'il n'en ait pas eu la première pensée. lui. semble qu'aucune haine ne l'animo Après l'avoir frappé. égarent jusqu'à Ces sentiments sans doute les se trouvaient dans le cœur de beaucoup de conjurés. quoique impérieux et hautain. il il . Nous ne conjuration ordinaire . i}se sentait vaincu c'est donc Brutus qui par la froide raison de son ami il faut : a vraiment conduit toute l'entreprise. qui l'avait formée. Ce ne sont pas non plus des ambitieux vulgaires qui convoitent la fortune ou les honneurs d'un autre. C'est au système seul qu'il en veuf quant contre à Thomme. Peut-être en eut qu'il il un moment l'intention. Nous voyons proposa d'abord un plan de conduite la où se retrouve toute violence de son caractère. il subissait. et dans la et exécutée on retrouve tout à manière dont elle fut confait son caractère et pas ici son tour d'esprit. et surtout Antoine. Il a tenu à accomplir son action avec [une sorte de di. Il voulait qu'on tuât avec César ses principaux amis. Cassius. Cassius rendre. historiens le disent. sommes devant une nous n'avons pas aflaire à des conspirateurs de métier. Brutus s'y refusa. ni même des furieux que des haines politiques la frénésie. et les autres conjurés furent de son opinion. car lui-même finit par se remarquer que. aurait pu seul lui disputer le droit de ia diriger. à des gens de violence et de coups de main. l'ascendant de Brutus. apn s beaucoup d'emportements et de menaces. mais Brutus les a forcés à se cacher. On çue le voit bien.8RUTUS 359 IV Brutus fut bien réellement le chef de la conjuration. lui aussi. Il essaya plusieurs fois de s'y soustraire . il ne l'outrage pas .

malgré les leçons que lui donnaient les événements. qu'il avait comme On a dit écboué pour n'avoir pas eu d'avance un plan précis. de mauvaise grâce. suffira d'un récit rapide des faits pour montrer que ce fut là ce qui causa sa perte avec celle de son sang versé'. et rendit inutile le Après la mort de César. il céda trop tard. Il reconnut qu'il s'était trompé.360 BRUTUS qu'on lui permet. et d'éviter soupçon d'ambition personnelle ou d'intérêt de parti. parti. au plan cbimérique qu'il avait Il conçu. C'était l'œuvi'e d'un logicien qui raisonne. et il lui fallut renoncer successivement à tous ses scrupules. qui prétend se conduire au milieu d'une révolution en des temps réguliers et veut introduire le respect étroit de la légalité jusque dans une œuvre de violence. Malbeureuscmenf il avait un que ce plan. mais qui est tout empreinte de l'esprit même de Brutus. comme qui sait se plier il n'avait pas la souplesse du politique aux nécessités. plan bien arrêté. Ce qui le préoccupe avant tout. conçu dans des réflexions solitaires. il s'était il fait d'avance une règle de conduite pour l'avenir. mais. quoique Cicéron l'en ait ac- cusé et que tout le monde le répète. je crois au contraire qu'il n'a pas réussi pour avoir voulu être trop fidèle. Telle fut cette conspiration. el en se retournant toujours avec regret vers ces beaux projets qu'il était forcé d'abandonner. c'est de ne point paraître travailler tout pour lui ni pour les siens. Son influence n'esf pas moins sensible sur les événements qui la suivirent Il n'agissait point au basard. loin du commerce et de la connaissance des bommes. C'est de là que vinrent ses hésitations et ses incobérences. Le . à laquelle prirent part des gens de caractère très-divers. les conjurés sortirent du sénat en agitant leurs épées et en appelant le peuple. malgré beaucoup de réclamations. Tasse des funérailles et qu'on lise son testament au peuple. ne pouvait pas se trouva être appliqué.

et s'y enfermèrent sous la garde de quelques gladiateurs. Or. disait Cicéron. 4. sans trop de colère. Était-ce. ils atten» Il est certain qu'ils daient les événements sans avoir rien diriger. avec et une prudence d'enfant. Se voyant seuls. même un jour. Antoine avait jeté ses vête- ments de consul et s'était caché. mais sans aucune sympathie. Antoine falkiit avait rcprfs ses vêtements conet il sulaires. Les partisans de César étaient épouvantés. compter avec lui.. soi jeu régulier des institutions. Beaucoup quittaient Rome à la hâte et fuyaient dans les campagnes. ils mon- au Capitule. le cœur revint aux plus effrayés. Pourtant. animo 1. on avait encore moins d'envie do les attaquer. Dolabella affectait de senibler joyeux et laissait entendre qu'il était aussi des conjurés. rien prévu. où Ton pouvait se défendre. lorsqu'on vit que tout restait dans l'ordre et que les conjurés se contentaient de faire des harangues au Capitole. retrouvé son audace. rassemblé ses amis. XV. Le lendemain. . rili semblaient n'avoir rien préparé. cette autorité qu'on ar- rachait à César. Lui mort. préparer d'avance des décrets ou » Ad A(t. L'épouvante qu'avait causée cette action liardie fit place à la surprise d'une si étrange inaction. Ils n'y furent rejoints que par ces amis douteux que trouvent tèrent toujours les partis quand avait ils paraissent réussir. le peuple reprenait ses droits et On aurait paru travailler pour en gardant. comme on l'a dit. Brutus ne s'était associé avec les autres que pour délivrer la le république de l'homme qui entravait redevenait libre d'en user. Le soir des ides de mars. a Ils ont agi. virili un courage d'homme consilio pue.BRUTUS 361 oenple les écoula avec surprise. c'était système parti pris. Si l'on eu peu d'empressement à les suivre. et fait pour imprévoyance les et légèreté? Non.

les scélérats de toute K pulation cosmopolite sans passé. ii. n'était plus le peuple romain. civ. » Celle po- paresseux.362 des lois. personne ne réil pondit. C'est étrange préoccupation de désintéressement et de léga lité qu'ils restèrent volontairement désarmés. de les payer par crurent qu'entre . Cicéron semble s'en douter quelquefois. mais les citoyens à jour où appelèrent reprendre leurs droits. « confondus avec de blé qu'on les les citoyens. esprits Le mal dû était ancien . C'est là le que commençait la liberté il l'illusion : ils peuple et n'y avait que César la et qu'une tout fois que César n'existerait plus. gloire à ne s^entendre . ou. le peuple romain n'était plus qu'un mélange de toutes les nations. s'entendre n'était-ce pas BRUTUS pour régler l'avenir. et les le clairvoyants auraient depuis longtemps découvrir. car n'y avait Depuis bien longtemps.. sous peine de paraître l'imiter et n'avoir agi que par une rivalité d'ambition. s'il le voulait. l'esclave n'avait plus rien qui le distinguât de son maîlre. dit Appien à cette occasion. 120. le liberlé ils allait naturellement renaître. Voilà comment je par une qu'il faut s'expliquer leur conduite. Les affranchis étaient plus de citoyens. sans traditions. l'oubli. aviser aux affaires la direclion moyens de donner aux de la qu'on voulait. le laissant libre de témoigner sa reconnaissance à ceux qui l'avaient délivré. les conjurés devaient abdi- quer une pense fois le grand coup frappé. . Enfin les distributions faisait à Rome y attiraient les l'Italie mendiants. Ils mirent une sorte de que pour tuer César. en quelque sorte prendre pour soi le rôle république entière? Et qu'avait fait de plus César? Ainsi. De Bell. et personne ne pouvait répondre. Cet acte accompli ils devaient rendre au peuple la direclion de ses affaires et le choix de son gouvernement.

tout est perdu. . de le garder ^Ad Ml. et il n'était guère possible d'en proposer d'utiles à des gens décidés à ne pas sortir de c'était la loi. La seule chance qui pouvait rester. Et pourtant que prole fallait posait-il après tout? a 11 fallait. répondre. cl XV. Or. ce mouvement s'arrête un seul jour. loiU marchait encore avec une allaient tion apparente régularité. Ainsi les conjurés ne pouvaient pas civile. 11. mais la machine était si délabrée qu'en s'arrêtant elle croula de toutes parts. de s'emparer hardiment du pouvoir. avait alors plus de résolution que tous ces jeunes gens qui venaient de faire un coup si hardi. et même refaire ce \m existait avant la guerre celle dernière oii-i're de république. Il voulait qu'on agît.BRUTUS surtout 363 facilité quand il voit avec (luellc on trafique des voles dans les élections. ils ne furent entendus ni suivis par personne. » On vient de voir le peuple pouvait . XIV. mais les décrets rendus. 10. Assurément le sénat aurait voté ce qu'on aurait voulu. ce Capitole où on les laissait seuls le cœur dut man- quer à plus d'un Cicéron surtout était désolé de voir qu'on ne faisait rien que de beaux discours. dans Voilà pourquoi . Dans une situapareille.. A la vue de cette populace indifférente. « On devait convoquer le sénat profiter de » ses frayeurs pour lui arracher des décrets favorables i. et quand un Elat ne va plus que par l'hasi bitude d'aller. qu'on mourût « s'il La mort ne serait-elle pas belle dans un si grand jour? » Ce vieillard. avec César les vieux rouages cessèrent de jouer. était perdue pour toujours. comment les faire exécuter? Tous ces projets étaient insuffisants. et les choses du hranle qu'elles avaient reçu. si exciter en- core le peuple. disait-il. si imparfaite qu'elle fût. ordinairement indécis. Néanmoins. L'interruption ne fut pas longue. : qu'on profilât du moment.

C'est peut-être ce qu'aurait fait Gassius. . lui La tyrannie. la eût mieux aimé périr avec la république que de sauver par ces moyens. y eul Les quelques jours qui suivirent se passèrent dans d'étranges allernalives. Les citoyens n'avaient pas le temps de perdre dans les camps les traditions de la vie civile il n'y avait encore ni soldats de métier ni généraux de profession. De là des contradiclions et des surprises. Depuis longtemps. Les amis de César lui élevaient une colonne et un autel sur le feu aux maisons des conjurés. . Tant qu'on n'acombattu qu'aux portes de la ville et en Italie. Un jour on proclamait l'amnistie et Brulus diverses. Mais à mesure que les guerres . les campagnes étaient courtes. . allait dîner chez Lépide. . quand chacun cherchait autour de soi où était la force. mais qui. semblait un crime. le lendemain on mettait le Après avoir aboli la dictature. mais Brulus avait horreur de la violence. en un mot de recommencer Sylla. s'opérait à Rome une révolution secrète qu'on n'apercevait guère parce que les progrès et continus . un ami de César les taisait abatlre. lorsqu'elle fut changea la forme de l'État. qui n'avait pas suivi les conjurés.364 par BRUTUS la violence et l'illégalilé la . quand deux sans rien oser de hardi. on ratifiait les actes du dictateur. 11 comme une sorte d'in- terrègne où les partis se mesurèrent avec des chances Le peuple. C'est au les milieu de celte situation embarrassée partis flottaient indécis et tâtonnants . forum. que parurent ceux qui désormais il allaient être les maîtres. do quelque côlé qu'elle il vînt. en étaient lenls complète vait . ne soutenait guère plu^ leurs ennemis Comme on ne savait sur quoi s'appuyer. en ne reculant pas même devant laire proscription. des deux côtés on escarmouchail au hasard. d'opposer à celle lyrannie popu- qu'on venait de détruire une diclalure aristocra- tique.

et dans leurs souvenirs ils ne remontaient pas au delà d'Arioviste et de Vercingétorix. Ce mélange acheva . D'autres étaient tout près. faisaient s'accoutumaient à vivre loin 365 ceux qui Ils les de Rome. après traient dans des conditions nouvelles. mais alors dans quelque colonie ils comme ils pas- sèrent sans transition de leur camp dans les domaines se qu'on leur avait donnés conserva chez eux. Jusla guerre. les soldats. les . ren: dans la masse du peuple .BRUTUS étaient plus lointaines et plus longues. César. ils ne de perdirent pas tout à « Ils comparaient. les vétérans de César ne se rappelaient plus qu'ils étaient citoyens. d'avoir ses intérêts séparés. Après la grande guerre des Gaules . qui bution s'était faite n'était pas ingrat. d'aiïaiblir les il liens qui rattachaient le soldat à la cité prit l'habi- tude de s'isoler d'elle. Précisément y en avait alors beaucoup à Rome que César y avait appelés en attendant qu'il leur désignât des terres. . le droit En même temps comme des de étendu. les passions et les habitudes. qu'ils per- daient si longtemps de vue cité s'était le lorum en oubliaient . leur avait distribué les plus belles terres d'Italie. Appicn les travaux pénibles l'agriculture avec les hasards brillants el fructueux des combats ^ » Ils formaient donc au sein de l'Italie toute une population de soldats prêtant l'oreille aux bruits de guerre et prêts à il accourir au premier appel. et celte distri- qu'à celte époque. la légion s'ouvrait à gens de tous les pays. . dit la vie d'aventure. quand on les envoyait y allaient perdus et absorbés parmi les autres citoyens. dans la Campanie. Quand il avait fallu les récompenser. de regarder le camp comme sa patrie. qui avait duré dix ans. et par là l'esprit militaire Comme ils n'étaient pas très éloignés uns des autres et qu'ils fait le pouvaient se voir goût de .

chacun des compétiteurs avait ses partisans et ses chances. et dégoûtés peut-êire de ces premières fatigues de leur installation.ilourcs de soldats qu'ils avaient achetés. Antoine les dominait tous de l'cclat de son pas. et le se soutenaient le débauché à tous les donné des espérances jeune Octave. Il n'y avait pas jusqu'à cet incapable Lépide qui n'eût mis plusieurs légions dans ses intérêts et ne fit quelque figure parmi Et tous . com- Que faisait cependant Brutus*? L'occasion des ides de mars une fois manquée.363 BRUTUS occupés à s'établir. Les gens résolus de son parti lui conseillaient de l'essayer et d'appeler aux armes toute cette jeunesse la qui. Plusieurs d'entre eux revinrent à Rome au bruit des événements le reste attendait pour se décider qu'on les payât cher et se . ces ambitieux. Or. avait applaudi à mort do César. Comme il s'était imaginé que le peuple s'empresserait d'accepter la liberté qu'on lui rendait. maîtres de provinces importantes. il avait cru que la reslauralion de la république se ferait sans violence. les acheteurs ne mamiuaient du grand dictateur tentait toutes les Grâce à ces soldais prêts à vendre leurs services. C'est dans cette persuasion qu'au sortir de la . L'héritage convoitises. en Italie et dans les provinces. qui avait partis. mais Brutus délestait la guerre civile et ne pouvait se décider à en donner de nouveau le signal. qui arrivait de l'Épire pour recueillir la succession de son oncle. et ce coup de poignard commença une guerre effroyable de douze années semblait devoir assurer pour jamais la tranquillité publique. mettait aux enchères. s'observaient avec méfiance en attendant de se battre. autorité consulaire et des lui souvenirs de l'amitié de César. illusion le Une qui lui menait à l'autre. mais auprès de Dolabella. il pouvait encore profiter de ces querelles des césariens pour se jeter sur eux et les écraser. e.

quelle . où de il venait de tuer César. il resta caché quelque temps encori dans inquiété par les soldaîs ne les jardins du voisinage sortant que de nuit mais attendant toujours ce . : parcouruf ! Rome en criant « La paix ! la paix » Et (. accepter un il exil comme un y bienfait.me. Cicéron raconte m-. qui était resté son ami pour son fils et son gendre. et il voyait tous les partis se préparer à combattre. Servilie y assistait avec Porcia Brutus avec Cassius . s'indignait>il menaçait. Per- s'éloigna encore davantage et ylla se réfugier dans ses villas de il Lanuvium et d'Antium De 1 là entendait les bruits de guerre dont retentissait il ilalie. Il . mais partir avec une permission signée d'An- toine.. Forcé de quitter Rome. Quand ses amis. c'est-à-dire une commission pour aller chercher du blé en Sicile. Seul ré. cl on y avail . C'était un prétexte spécieux et sûr pour quit. apprenanf les avait renvoyés. dangers qu'il courait. honte ! Cassius ne voulait pas consentir il parlait avec dit emportement. Servilie. ter l'Italie .sistait toujours. parmi lesquels Favonius et Cicéron. Il aimait mieux se tenir renfermé dans sa maison que de donner aucun prétexte de commencer les violences.une sorte de conseil qui se tint à An- tium pour savoir ce qu'il convenait de faire. .e mol les fut désormais sa devise. plus soucieuse de la sûreté que de l'honneur de son fds . Elle avait obtenu d'Antoine . mouvement populaire sonne ne remua. XV. Il ne pouvait se résoudre à l'accepier et le prenait l'avis de tout ':::. Il a passé six mois entiers à roouler devant cette nécessité terrible qui devenait tous le? jours plus inévitable. appelé quelques-uns des amis les plus fidèles. Il qu'il s'obstinait à espérei. ses lettres i. étaient venus des municipes il voisins pour le défendre.BRUTUS curie de les rues 367 il Pompée. une légation.^rand . voulait qu'il s'éloignât. « on aurait *Aa Ait.ns monde. .

A cette proposition. le moment était venu de régler l'avenir. les vétérans infestaient les routes et pillaient les maisons de campagne. sa société . lisant et discutant. Brutus alla rejoindre à Vélie quelques vaisseaux qui l'attendaient pour le conduire en Grèce. . Il appelait son départ un exil. sous ses philosophes grecs . villa persista à rester tant qu'il le put beaux portiques ordinaire. Cassius dén'eût pas tué Antoine . de Lanuvium. Rome était pleine de périls pour les conjurés. » Brulus au contraire. . tout le se récriait. L'Italie devenait de moins en moins sûre. préparer . et. avec les Cependant il fallut partir. et l'on ne savait à quoi se résoudre.368 qu'il BRUTUS ne respirait que la guerre. la crainte est au-dessous de notre caractère. de il la guerre. décidé à les faire. mai" menaces les vous savez bien que nous détestons la guerre que rien ne pourra nous ï entraîner et vous prenez sans doute civile . Crutus ne se décida pas en- core tout de suite. et l'on ne voulait pas exposer la liberté. satis- calme. même en risquant sa vie. Après dans sa cette conférence Il . . lui répondit au nom Antoine l'accusait de de Cassius et au : « Ne par une lettre admirable dont voici la fin vous nattez pas de nous etlrayer. Malheureusement ces récriminations ne servaient de rien. il ne s'agissait pas de se plaindre du passé. Comme . Si d'autres motifs étaient capables de nous donner quelque penchant pour la guerre sien votre lettre n'est pas faite pour nous l'ôter car ne peuvent rien sur des cœurs libres. resigne. et Cicéron n'avait garde de le contredire. tournât à Rome? Il était prêt monde Souhaitait-on qu'il reà s'y rendre. il espérait que ce ne serait pas la le signal . par une dernière illusion . sans profi! les dernières espérances de Alort que faire? On ne s'entendait guère que pour regretter amèrement la conduite qu'on avait tenue. plorait qu'on comme il l'avait demandé. . interrogeai! ses amis.

— « FhiUpp. le Sinon. mai? menaçant pour faire croire sont l'effet de nos craintes Yoici nos sentiments : nous faisons plus de cas de tié. x. C1CCB0N. * Ad fam. ne pouvait se Il résigner à croire qu'il n'y eût plus de cijoyens. foi'çait mais Cicéron était moins compromis sa gloire on aimait à écouter sa parole. je ne dis pas seulement pour les hommes. lui de retourner à Rome. qui. lui aussi. et. Malgré tant de mécomptes il comptait tou- peuple de Rome . vu racontait-il l'Italie ! sauveur de la patrie était forcé de lut la fuir . partir avec lui. » La dernière pensée encore pour . Brutus fut rejoint par Cicéron. et moins que Rome soit libre et glorieuse M » A Vélie. Découragé par l'inaction de ses amis. ses le ennemis .BRUTUS nn air 309 que nos résolutions nous souhaitons do vous voir vivre avec distinction dans un Élut libre . il pensait qu'on n'avait il pour réveiller son ardeur. spectacle de douleur. voulut le voir encore. effrayé par les menaces de . de reparaître au . était possible. songeait à partir. de Brutus en ce jours sur pas assez le fait triste moment la paix publique. i! avait déjà essayé de fuir en Grèce les côtes mais il vent l'avait rejeté sur de il l'Italie. 3. Sans doute ne lui était pas possible à sénat . « Je l'ai loigner de plus lard au peuple'.. nous désirons que les vôtres vous nuisent possible. Ne le respect . Cicéron a souvent parlé avec un accent déchirant des émotions de cette dernière entrevue. XI. 4. la liberté que de votre ami- Nous prions donc salutaires à les la dieux de vous inspirer des conseils république et à vous-même. nous ne voulons pas être vos ennemis. je l'ai vu s'épour n'y point causer une guerre civile. 24 . mais pour les flots et les rivages Le . tait par- avec le regret de n'avoir pas essayé une dernière il lutte sur le terrain de la lui. Quand apprit que Brutus allait s'il s'éloigner.. ses destruc- teurs y restaient tout-puissants^.

guerre. il osa le dire. il était venu à Alliènes. . Tous A son se fit do tous il les côtés un grand et irrésistible mouvement auquel Apuleius et fut contraint de céder lui-même. « En secret dit-il. républicains par leur naissance et n'attendaient que Brutus pour prendre les armes arrivée il par leur âge.x.. contenaient beau- coup de mécontents qui n'avaient pas voulu plier sous César. les de la Grèce . la Vatinius lui amenèrent les troupes qu'ils conmiandaient. Enfin Athènes était peuplée de jeunes gens des plus grandes maisons de Rome. réunirent sous les ordres de Q. En quillanl l'Ilalie. ses prières. Il montra à Cicéron un grand devoir à accomplir. où il passait son temjss à écouter le péripalclicicn Cralippc. ses conseils .370 BnuTUS combat ? pouvail-il pas tenter ce dernier Brutus l'avait en ce moment. le détoujours pensé . Les anciens soldats de Macédoine se . lettres étaient pleines d'anciens soldais de restés villes depuis Pharsale. les îles de Pompée qui y étaient la mer Egée. ses reproches. Cependant Brutus avait beau résister. voix de la pairie qui le rappelait El ils se séparèrent pour ne plus se retrouver. comme il ^ le disait 1 plus tard. » Les de Cicéron prouvent au contraire que c'est la guerre qui l'alla chercher. la pente inévitable des événements contre laquelle il lutlail depuis six mois l'entraînait à la guerre civile. ' terminèrent à renoncer à son voyage Il et à revenir à Rome. La Thessalie et la Macédoine . et depuis les ides de mars elles étaient le refuge de tous ceux qui fuyaient la domination d'Antoine. Ilortensius il en vint ^ Ad fam. un grand rôle jouer. la lui semblait entendre. 1. qui élaienl regardées comme des sortes de lieux d'asile pour les exilés. l'académicien Théomneste et Plutarque voit dans cette conduite une habile dissimulation. qui venaient y achever leur éducation. il préparait ia.

— * Ad farn.. et parmi eux de Cicéronel jeune Horace. belles qualités qu'il aimait beaucoup tiquait volontiers.BRUTUS tant d'Italie 371 finit que le consul Pansa par se plaindre et menaça d'arrêter au passage les recrues de Brulus le fds Les le étudiants d'Athènes. Soyez votre sénat à vous même'^. cet ami rigoureux de la légalité demandait à toutle monde '. et s'enrôlèrent sous la En quelques mois. moyens semblaient bons. C'est pourtant à ce moment môme. ne lui modération. où il importait tant d'être le uni. Cet homme d'ordinaire la hésitant. x. vait-il à l'autre. Brulus venait de former une armée importante en Grèce. quitlcrenl leurs études lui. même celle des gens j toutes les qu'il n'es- ' Ad /"«m. pra- semblaient plus convenir aux circonstances où l'on se trouvait. Quelque déplaisir qu'il nous cause. il faut le raconter. La sagesse. — » di- «. Cicéron se plaignit si faible. XI. car il achève de les bien faire connaître tous les deux. Ce grand prôneur des victoires pacifiques prôcliail la guerre à tout le aiouae. le parti En qu'il ce moment républicain semblait se réveil- ler partout à la fois. qu'éclata entre Cicéron elBrutus dissentiment le plus grave qui les ait jamais divisés. si le premier. lui Pour arriver à ses tous les . . et avait huit légions. était la devenu singulièrement énergiclémence. Gassius parcourait l'Asie l'avaient battu devant recrutant des légions sur son passage. 16. et trouvé à Antoine des ennemis qui Modène. d'en sortir. alliances lui même les plus Violents plaisaient. et tout l'Orient se déclarait pour lui. Cicéron avait réussi à Rome plus ne l'espérait. et la que depuis mort de César. a N'ultendez pas les décrets du sénat sait-il à l'un.. L'espérance revenait aux plus timides et il semblait qu'on pouvait tout attendre pour la répu- blique du concours de tant de généreux défenseurs. » écrifins. Brulus il était maître de toute Grèce.

le sang lui répugnait. Bien que ce fût un méchant homme. elle plus vite possible. A tout prix. Quoique son nom surtout resté célèbre par un assassinat. élail resté scrupuleux et limoré. il (( étal)ltr la paix publique par des s'agit lui disait-il. misérables menace jusqu'aux temples des dieux. et que pour toute reconnaissance il eût lente de corrompre à la discrétion du vainqueur. si clément. et qui livraient sans réserve le vaincu il épargnait ses ennemis quand ils étaient en son pouvoir. craignaient de le voir retomber dans ses hésitations et différer encore le moment de la vengeance et de la sécurité Cicéron se chargea de faire connaître à Brulus leur mécontentement. Il per avec tant de peine. Dans sa lettre que nous avons encore. et tinuait à il consoit ne pas aimer la violence. les soldats qui le gardaient. il énumérait avec beaucoup de vivacité les fautes ([u'on avait . acceptées de tout monde. ce qui devait surtout blesser Brutus. ter avec . de quoi en ce moment ? Une troupe de scélérats et de Ignorez-vous donc. En le voyant si facile. cl ce qui . rien de violent n'y a comme les colères des gens modérés.372 BRUTUS . commises de- puis la mort de César il rappelait toutes ces faiblesses. Brulus avait persisté à le trai- semble que ce ne soit pas un grand crime cependant on en fut très-irrité à Rome. le ridicule qu'on avait eu de vouloir harangues. quand on les pousse à bout. (imaitpas. tout en se décidant à pren- dre les armes. Les menaces furieuses d'Antoine aux(}uelles on venait d'échapdouceur. le souvenir des Irayeurs qu'on avait eues et des alternatives terribles qu'on traversait deIl puis six mois avaient exaspéré les plus calmes. Brulusau contraire. et. lisse rappelaient avec quelle répu- gnance et quelle lenteur Brulus avait ils commencé la guerre. ils voulaient en linir. toutes ces hésitations qui avaient découragé les gens résolus. Il venait d'en donner un exemple en laissant la vie au frère d'Antoine après l'avoir vaincu. Contrairement à ces le lois inhumaines.

et c'est en récriminant qu'il Y répondit. 23. . 1 Ad Brut. i effaceront jusqu'à la trace de notre existence ? » Ces reproches émurent Brutus. 19. s'ily adansles Philippiques un grand y a aussi d'asservir Rome. qu'il éprouvât pour l'éle loquence des Philippiques. ces inveclivesardentes ne pouvaient plaire à celui qui. et plutôt l'ennemi d'un principe que d'un amour une haine violente contre un homme.. — s xm. c'étaient ses complaisances. selon l'expression d'un contemporain.v dit. à ces hommes d'Élat compromis sous Philipp. il homme. « Je veux. Le ton général de ces discours. avait voulu paraître sans passion.\ consulaire. ces amcres personnalités. » table vanité s'est émue . n. Cette persistance pas- sionnée. qu'il ressent La haine généreuse conireun ennemi public s'est enllammée de rancunes paniculières. Il lui en voulait des éloges hyperboliques qu'il accordait à des gens qui ne les méritaient guère. à ces généraux ({ui avaien l servi toutes les causes. avait-il flétri au. outrages éternels de la postérité 3 » et il a tenu parole. une lutte à outrance a commencé. Or. en frappant César. ou no mon. bien des choses devaient blesser en les lisant. Lui aussi était mécontent du sénal et de Cicéron Quelque admiration ...BRUTUS est Ire il 373 c'est notre vie en question dans celle guerre. l'accabler de mes invectives et le livrer . On sent bien que cet ennemi de la patrie est en même temps un adversaire intime et personnel. Le jour où Cicéron a lu celle invective. — 2 Ad faux. mais il s'est aussi paruiis de railler dans un discours fort plaisant tous les ridicules du vieu. xi. poursuivie avec une ardeur toujours nouvelle h travers quatorze harangues. Ce qui ne lui déplaisait pas moins que les colères de Cicéron. Il a tenté de la liberlé. ce ton d'emportement et de violence devait blesser Brutus. Qui épargnons-nous? que laisons nous? Estsage de ménager des hommes quij s'ils sont vainqueurs. îon irri« il a pris le mors aux dents 2. 7.

tave fallait prendre ceux d'Oc- ou qu'il eut sauvé la république. plus vite. Ihérilier et le successeur de celui qu'il avait tué. si songe au dénoûment. ' Philipp. » il avait peine à se contenir. et souvent même les lui accordaient par avance. à ces intrigants do toute sorte que Cicéron avait réunis avec tant de peine pour en former ce gens . dit quelque part Cicéron.aisc grâce à lui refus. c'était la perdre. lui livrer la république. » Ainsi. on marchander les remercîments et les honneurs. ou seulement les circonstances? Lorsqu'il était-il accepta les secours d'Octave. il fallait songer au\ difliculLos de sa posiiioa. . nous n'avons ajouté que les faisceaux *. A[)rcs alors n'avait pas il un seul opposer à ceux d'Antoine. qu'il appelait le parti des lionnêtes il souffrait surtout de le voir prodiguer des hon- neurs au jeune Octave. fuser? libre de les resoldat à La république périr..374 BRUTUS tous les régimes. et mettre à ses pieds la république. avant de blâmer les complaisances de Cicéron ou d'accuser sa faiblesse. et sa haine ne le trompait pas quand il prévoyait dans ce divin jcMAS homme tant vanté par Cicéron le maître futur de l'empire. de peur qu'on Le sénat sanctionnait tout au ne se passât de son aveu. et quand il l'enteiulait appeler « un divin jeune homme envoyé par les dieux pour la défense de la patrie. lui ont donné le commandement. S. Brutus avait raison de croire qu'Octave était plus à redouter qu'Antoine. Il est certain qu'Octave ne pouvait être qu'un ambitieux et qu'un traître. Lequel des deux avait raison? Drutus assurément. Était-ce lait bien pourtant Cicéron qu'il fal- accuser. xj. à ces ambitieux. Le nom l'on qu'il portail était pour lui une inévitable tentation. a Les circonstances. D'ailleurs ses vétérans les demandaient pour lui d'une façon qui ne souffrait pas de aurait eu mau.

Au milieu de toutes ces convoitises ouvertes ou cachées . voulu faire le maître. sur un Plancus et un et il Pollion. ne pouvait opposer qu'une coalition d'ambitieux secondaires ou plus dissimulés.BRUTUS Il 375 de essayait de rétablir la république avec le secours et gens qui lavaient coinballue qui ne l'aimaient pas. ne lardait pas à reconnaître le l'impuissance de la parole. L'ivresse dissipée. lutte légale. le le remplacer? Et pourlant n'avait pas d'autre appui qu'eux. ce luxe d'éloges et de titres décernés. 2. Ilirlius. et à des mécomptes certains. sur un Lépide un Octave. rien n'était plus difficile que de se diriger. se laisser enivrer par les triom- phes de son éloquence. « Vous me > Ad fam. Il fallait les brider les unes par les autres. n'a jamais varié dans cette opinion. anciens lieutenants de César. au milieu de l'ardeur du combat. ces exagérations de reconnaissance officielle. au lieu de faire un crime à Cicéron de l'avoir et les contenter à subie. les flatter pour les conduire. c'était s'exposer à des dangers inutiles le savait bien. qui voulaient qui. Si l'on pouvait parler plus sou- ne serait pas trop difficile de rétablir la répu- blique et la liberté ^ » Mais cette illusion ne durait il guère.il loi faire sur un auteur d'une sévère contre les pompéiens. De là ces honneurs prodigués ou promis. il : a.. en conclure qu'essayer une dernière Rome pour y réveiller l'ardeur populaire. comme ce jour où il écrivait naïvement à Cassius vent. Xli. A ce grand ambitieux s'était lendemain il même des ides de mars. Cicéron Il a pu quelquefois sans doute. C'était une nécessité imposée par les circonstances. demi pour les contenir. se fier encore sur la force des souvenirs et la il fallait revenir à puissance souveraine de la parole. Quel fonds pouvait. . et disait fallait premier qu'il ne mettre son espérance que dans l'armée républiIl caine.

. — 2 Ad Brut. décida malgré ses répugnances était Cicéron avait raison de rappeler souvent cette entrevue de Vélie où son ami à retourner à qu'il avait le Rome. il r'esl rien de plus vrai. elle ne le Stra que dites.376 BRUTUS que j'ai tort de croire que la république dépende eulièrcmenl de Brulus. Ce souvenir sa défense. Pour voir. Chacun veut avoir dans la république autant de pouvoir qu'il a de forces. ni deon n'a plus souci de l'opinion [>ublique ni du jugement de la postérité. de la licence des soldats et de l'insolence du chef. Il obstiné dans son an)Our des résistances légales et des luttes appartenait donc à Brulus moins qu'à personne de lui reprocher d'y avoir succombé. ^Voilà notre situation en ce moment. ni mesure. puisse-t-elle devenir meilleure! S'il en arrive autrement. écrivait-il à Atticiis. i. Cicéron dut ressentir profondément ces reproches. Accourez donc et donnez enfin à la république cette liberté que vous lui avez conquise par votre courage mais dont nous ne pouvons pas encore jouir. 20. il me reste si peu de temps à vivre 2 1 » ' Ad AIL. sans espérance que Cicéron avait tenté cette dernière entreprise. . lui a les yeux. connaît plus ni raison. XIV. appelle. la liberté n'a plus d'asile que sous vos tentes. mon cher Brulus. On ne moi. par lui et les siens i. ni loi. il devait interdire à Brutus toute parole amère contre celui lui-même jeté dans une aventure sans l'ut issue. . c'est qu'il quand tout lui semble perdu en Italie. et uniquement pour obéir aux désirs de Brutus. elle devait cire immortelle. » C'est sans illusions. 10. toujours pacifiques. Tout le monde va se presser autour de vous. je ne pleurerai que la république. Pourtant son amitié pour Brutus n'en C'est encore sur lui qu'il pas altérée. Si elle peut être sauvée. « î^ous sommes les jouets. Rien n'est plus touchant que ce dernier cri d'alarme.

la mort d'un ennemi. triumpour reconstituer la république. Cicéron n'y était s'accorda vite. à ces complaisances mutuelles. l'on élail sûr. L'entrevue eut lieu dans une île. ce fut vengeance. et la liste fut comme on pense et il bien : Antoine l'avait ré- clamé avec passion. Lépide. n'est pas probable. ne guère : questifjn des moyens de reconstituer le la république ce qui les occupa la plus avec le partage du pouvoir. si tuer. mort de Cicéron nous sommes arrivés au travail. et de peur qu'il n'y eût quelque poignard caché. qu'Octave l'ait beau- coup défendu. l'on était Irès-lié avec l'un d'entre eux. Pour plus de sûreté l'autre. on dressée. et l'on dressa avec soin allait ils qu'on comme la liste de ceux Dion Cassius fait remarquer que. et en payant de quelques amis. Antoine et Octave. Mais cette difficulté ne les arrêta pas ils avaient la reconnaissance bien moins exigeante que la ennemi des deux : haine. pénible et le il lui aurait rappelé une reconnaissance souvenir d'un parjure trop éclatant. puisque nous ne nous étions proposé que d'étudier les rapports de Cicéron et de Brutus. parents. se délestaient profondément. ils en vinrent à se louiller l'un ils Après Il s'être ainsi fut rassurés. d'être autres. quoi que disent les écrivains de l'empire. en sorte le mortel que chacun demandait précisément la tête des m-eilleurs amis de ses nouveaux alliés. se réunirent près trop arrivèrent avec vaient pas les un nombre égal de troupes qui ne deperdre de vue. et ils y laient. encore. Avec la terme de ce Si l'on voulait le pousser plus loin et connaître aussi la fm de Brutus. il suffirait de lire l'admirable récil de . discutèrent longtemps. Grâce pas oublié. ils même de quelques trouvaient encore le marché bon.BRUTUS 377 virs Peu de mois après. Ils se connaissaient aussi pour ne pas se savoir capables de tout avaient-ils pris les uns contre les autres de minutieuses précautions. comme ils s'appe: de Bologne.

sa fait science préférée. sur pauvreté? En vérité. profonde. Nous y voyons qu'en apprenant que Ciccron venait de périr. avec ses chers philosophes. d'avoir écrit avec tant d'élopairie. c'est tyrans. Que lui sert. Combien ses opinions changèrent quanrf il en vint à les manier et à s'en servir. sa vie n'était plus qu'une série de et événements semblaient se la jouer de tous les plans qu'il avait formés. Cette désespérer tout û tristement. De- puis qu'il avait tué César. quand il lui k'. son horreur pour la guerre civile n'avait servi qu'à la lui faire commencer trop tard. Rome qc ce lâche peuple qui « laissait dil-il ainsi périr ses défenseurs.lut être témoin de l'afTaiblissemenl des caractères surprendre les convoitises secrètes. il se voyait encore contraint d'avouer. Je craindrais de en l'abrégeant. dû les lui coûter davantage. F'ils sont esclaves. Ses scrupules de légalité lui avaient fait perdre l'occasion de sauver république. à son grand regret. C'était plus qu'un ami qu'il regrettait lui : il avait perdu avec laquelle il lui il une espén'avait rance qui était clière fois et à pas bien ei voulu renoncer. sur quence pour la liberté de sa la mort. sur l'exil. sur l'honneur. qu'en apprenant les dernières faiblesses de il eu vint à douter môme de la philosophie. qui avait < le charme de sa vie. Il avait bonne opi- nion d'eux quand de loin. qu'en espérant trop des hommes il il s'était trompé. leur faute plus n'a que celle de leurs Aucun aveu mécomptes. Ce n'était pas assez qu'il se fût trouvé forcé malgré lui de violer la loi et de combattre ses concitoyens. Brulus ressentit une vive douleur. la disait-il. les éiuaiaii . je com- mence à n'avoir plus de confiance dans ces études dont . y> pourtant lui fallait reconnaître qu'il n'y avait plus de citoyens à ''n»'. les haines insensées. les lâches frayeurs de ceux qu'il regardait ! comme les plus honnêtes et les plus braves Sa blessure fut si Cicéron.378 BRUTUS le gàlcr Plutarque.

l'une fait comprendre l'aulre. un homme d'action et jeté par • malgré ses les événe» ments hors de sa nature. i. Bmt.. C'est bien ainsi que devait finir cet répugnances. Episi. Il doutait de la philosophie en voyant la faiblesse de ceux qui l'avaient le plus étudiée. quand il vit que le parti des proscrip- teurs triomphait. 1. il douta de la vertu. 379 » En lisant cette amère en songe à celle qu'il prononça avant de mourir. 17. . et elles sont toutes les deux le symptôme du même mal intérieur qui s'étend à mesure que la pratique des affaires le désenchante de plus en plus des hommes et de la vie.BRUTUS Cicéron s'est tant occupe parole. homme d'étude devenu.

.

qui commençait alors à paraître dans les affaires dire. par passe-temps. Mcssala. il la fréquentait volontiers elle. comme lui Caelius. « du vainqueur. Curion qu'il laite au forum et fait plaider à ses côtés. PoUion.OCTAVE LE TESTAMENT POLITIQUE D'AUGUSTE Cicéron aimail la jeunesse. il se mit à vivre familièrement avec celte jeunesse joyeuse qui avait suivi sentit même. les événements le mirent en relation avec une génération plus jeune encore. écrivait-il gaiement. et conlui donner des leçons sont mes élèves dans l'art de bien le pnrli bien dîner mes maîtres dans l'art de mort de César. lorsque la déde Pliarsale l'eut éloigné du gouvernement de son et Brutus. . à Ils d'éloquence. et redevenait facilement il jeune avec A l'époque où venait d'être préteur et consul. qu'il conduit avec pays. Plancus. ix.. nous le voyons s'en- tourer de jeunes gens de grand avenir. cfue le sort réservait à devenir les grands dignitaires d'un gouvernement ' Ad fam.1ô. et K » Après la politiques. Plus tard.

Il redoutait son disait il nom et ses amis. Nous pourrions suivre. froidement poli. 11. Elle serait et de Cicéron avait été publiée. l'empire l'appelait son père.. » il ne se possède plus. toutes les phases de cette amitié de quelques mois qui devait finir d'une façon si terrible. car apprit la trahison du général presque en môme temps que pour nous sa victoire. Il trouOctave intelligent et décidé. recherchaient son amitié. il finit ne sera jamais un bon citoyen 2. lever le siège de Modène. et même quand eut fait Yenfant. qui fonda La correspondancfi d'Octave livres. au sortir de ses débauches. la ce n'est pas lui qui appela Octave au s'of- république. Il écrivait l'accablait de protestations et de promesses. » Cependant par se laisser gagner. et nous savons qu'elle formait au moins trois si d'un bien grand intérêt pour nous.i% — Ad'fam. « Il est trop mal entouré. dans les filets d'Octave •^. Ad Au.. XVI. c'est 1?. sa haine l'aveugle et l'emporte. Mais cette joio il ne ce fut pas longue. en la lisant. Ce qui lui fait alors oublier toute mesure.. Il est probable que les premières lettres de Cicéron nous le feraient voir d'abord défiant. incertain. Cicéron hésita vait longtemps à mettre ce dévouement à l'épreuve. — 2 AJ AU. mais bien jeune. 25: Quem riiclantem et nauseanlcni conjeci in Cœsaris OctU' viani vlaaas.-s. il oublia ses défiances. Octave vint de lui-même tous les jours à Cicéron '.iv. il frir. nous l'avions conservée. joie qu'il ressent de la défaite d'An- toine. Quand il voit « cet ivrogne tomber. il l'assurait d'un dévouement qui ne devait pas se démentir.382 OCTAVE ei celui nouveau. comme il afiectait de l'appeler. . C'est surtout à moment que ses lettres deviendraient intéressantes. sa reconnaissance alla jusqu'à des excès que le sage Atlicus désapprouvait et qui lâchèrent Brutus. les derniers Elles éclaireraient ' mois de sa 3 vie xii. il. Quoi qu'on secours de ait dit.

Mais il ne s'agissait pas de lui seul.OCTAVE 383 lui que nous connaissons mal. Rome n'avait pas de soldats à opposer à ceux d'Octave. . ici l'opinion * Orelli. et je reconnais qu'à ne consulter que l'inlcrôt de sa dignité il mieux valu qu'il n'eût rien demandé à celui qui lâchement trahi. patriotisme mais on devait au moins le tenter. rroQm. p. Il vie. -iCô. c'était de lui rappeler les promesses qu'il avait aurait l'avait si faites. Loin de lui reprocher je dépasserai voire allente '. et ce qu'il ne lui convenait pas de faire poui prolonger sa répuhlique. La répula vie blique était compromise en même temps que de Cicéron. Si il Malheureusemcnl l'on souhaite connaître celui qui tient une si grande place dans les derniers événements de la vie de Cicéron. j'avoue que je ne vois pas sans émotion ce : y> glorieux vieillard s'humilier ainsi devant Venfant qui a trahi sa confiance. il (allait qu'il l'essayât pour sauver la n'y a rien de bas à supplier quand on défend la liberté de son pays et qu'il n'y a pas d'autre moyen de la détendre. Il n'y avait guère d'espoir qu'on réussît à ré- veiller dans celte âme égoïste quelques étincelles de . Mais j'aime mieux rester fidèle jusqu'à la fm à la méthode que j'ai suivie dans tout cet faut s'adresser ailleurs. C'est sans doute â ce terrible moment qu'il écrivait à Octave ces paroles si humbles qu'on retrouve dans les fragments de ses lettres « Faites moi savoir désormais ce que vous voudrez que je fasse. La seule ressource qui restât pour le désarmer. On efibrls a fait un crime des qu il fit alors pour fléchir son ancien ami. C'C. mais oui est le maître de sauver ou de perdre la république î ne reste de ces lettres que des débris informes qui ne peuvent rien nous apprendre. il reproduire Il serait facile et instruclif de que nous donnent de lui les historiens de l'empire. qui s'est joué de sa crédulité. ses prières.

en même temps que s'étendait dans tout l'univers le culte du fondateur de l'empire. ou plutôt celte glorification de sa vie qu'il le avait époque. A défaut de sa correspondance et de ses mémoires qui sont perdus. L'occasion est favorable pour étudier ce monument. Au< . l'ancienne Ancyre. et aux changé de destination.. et juger. et une partie tout à «Suet. Perrot vient de nous rapporter de la Galatie une tail copie plus exacte du texte latm. Depuis celle à Auguste a plus d'une une école turque. Lorsque les habitants d'Ancyre élevèrent un temple à Auguste qui avait été leur bienfaiteur. Octave. ils ne crurent pas pouvoir mieux honorer sa mémoire qu'en y faisant graver ce récit. et à l'église. Mais par un bonheur singulier les plaques de marbre qui racontent les actions d'Auguste sont restées solidement attachées à ces murailles indestructibles. une toit s'est effondré. s'il comme Cicéroi.101. sur ses aveux et ses confidences. heureusement parvenue. . au temple grec a succédé église byzantine. M. les colonnes des portiques ont ruines antiques se sont joints les débris des constructions byzantines et turques. On sait par Suétone qu'il avait ordonne qu'on la gravât sur des plaques litique Elle nous est d'airain était devant son tombeau '. ' OCTAVE se peut. Le du disparu. Ircs-répandue au premier siècle de la flatterie et que ou la reconnaissance en avaient mul- tiplié partout des copies.. Il est probable qu'elle l'ère chrétienne.384 ouvrage. et elle existe encore tout entière à Angora. sur ce qu'il nous dit lui-même. entraînant avec lui les ornements faîte. fois monument consacré composée lui-même. prenons la grande inscription d'Ancyre. qui sont déjà des ruines aussi. On en a retrouvé des fragments parmi les ruines d'A- pollonie. qu'on appelle quelquefois le Testament po- d'Auguste parce qu'il y résume toute sa vie.

le texte officiel. faisant jouer en tous sens la lumière sur la surtace du marbre. Perrot nous en rapporte douze entièrement nouvelles.OCTAVE 385 nouvelle de la traduction grecque. enlever des poutres soutenir des toits pour parvenir à la muraille antique. et. quoique fort maltraitées par le temps. l'inscription est aujourd'hui complète et se d'un bout à l'autre. etc. — . Comment déchiffrer l'inscription qui la couvrait? Il fallut demeurer des semaines entières dai^s des appartements infects et obscurs ou dans la paille d'un grenier. noircie par la terre et la fumée. .. arrachant enfin. Galates parlaient grec et comprenaient mal le latin. îS . CICÉHO. Ce pénible travail a été payé d'un succès complet. Perrot et de M. Il fallut démolir des murs. à la place d'honneur. Nous poula vons donc en saisir l'ensemble et nous permettre de juger. qui éclaircit le latin et le complète i. Elles nous font connaître des paragraphes entiers dont il ne restait pas de traces dans l'originnl et même pour les passages où le latin était mieux rot. Une seule. Guillaume. pour mettre à leur portée le récit d'Auguste. Didot. Cette muraille était martelée et fendue. elle était derrière un gros mur mitoyen qu'il n'a pas été possible de taire abattre. où tout le monde pouvait la lire. Mais le dehors du temple n'a pas été plus respecté que l'intérieur. on en avait placé la traduction au dehors. par MM. Il a fallu louie l'habileté de M. n'a pu être lue. enfonçant sans façon leurs poutres dans le marbre et se servant de cette solide maçonnerie pour appuyer leurs cloisons de brique et de boue. conquérant ainsi chaque lettre par des efforts inouïs de courage et de persévérance. Ce n'était rien encore. Ces douze colonnes. 18G3. Sur 19 colonnes dont se composait le texte grec. Paris. son compagnon. tandis qu'on avait installé dans le temple même. pour pénétrer dans ces maisons peu hospitalières. le voyageur anglais Hamillon en avait copié cinq en entier et les fragments d'une autre. Une fois entrés. Grâce à lit lui. M.N. Les maisons turques se sont serrées contre les murailles. à l'exception de quelques lacunes de peu d'importance. PerComme les Guillaume et Delbet. pour ainsi dire. Exploration archéologique de la Galatie. . la neuvième. comblent une grande partie des lacunes du texte latin. travaiilajit à la bougie. ils rencontrèrent de^ difficultés plus grandes encore.

h un certain Il ton dominateur. qui possèdent quelques pro- conpprvt^.t A nnllonipMstA — . 412 c-tsq. qui sert à dissimuler bien des si faiblesses l'exemple de Louis XIV. M. il ne restera plus rien à faire. M Mominsen qu'on annonçait dans la première édition de ce livre a paru depuis sous ce titre lies (jestœ divi Augusti ex monumejilis Ancvrano p. doit nous apprendre à Il ne pas nous y fier sans examen. que l'homme qui le parle a gouverné penentier. et il sait donner à ces sèches énumérations un tour si majestueux qu'on se sent saisir en les lisant d'une sorte de respect involontaire. dans . après lequel. a étudié avec beaucoup de soin et de critique l'inscription d'Ancyrc. elles rccUfient presque à cliaque pas les coiUrepons qu'on avait faits dans l'interprclalion du texte. Mommsen. Aussi.386 OCTAVE La qualité qu on remarque l'inscrlplion sible de n'en pas être frappé. prépare sur celle inscription un savant travail. quand on II lil d'Aucyre. Quand on lit les inscriptions des derniers temps de l'empire. La majesté peut voisin de nous.. voile . Egger. après que la réalité eut disparu. P(Trot. on ne s'aperçoit guère qu'il est en train de périr. Ces pauvres princes. p. : dant plus de cinquante ans créé monde connaît a l'importance des choses qu'il a faites il sait qu'il un nouvel état social 1 et présidé à l'une des plus graves transformai ions de humanité. est impos- On voit bien. (L'ouvrage de sans doute. quoiqu'il ne fasse guère que résumer des faits et citer des chiffres. c'est la grandeur. élre un commode. Il faut cependant s'en défendre. • . M. tout ce qu'il dit a un grand air. la première. aidé de la copie de M.son Examen des historiens d'Aitrjuste. ne faut pas oublier d'ailleurs que la grandeur était une qualité si véritablement romaine que Rome en conserva longtemps les apparences.

par exemple. et il fallait était plus prudent encore de chercher à les dénaturer que de garder sur elles un silence qui risquait de faire beaucoup parler. Pansa et A. Il n'est pas douteux. et la me nommai triumvir pour constituer il république. Les consuls étant tous les deux morts la même année. il est bon de se monuments en garde tenir contre cette première impression qui peut tromper. le sénat. et me chargea avec les consuls C. qu'il a Ne dirait-on pas. et de regarder les choses do plus près. En récompense. le vieux prince jetait les yeux sur son passé pour en tracer le résumé rapide. m'admit dans ses rangs. y a : Il il de grandes lacunes. » ce n'est pas vé: ritablement toute sa vie qu'Auguste a voulu nconter. et veut donc éviter d'être entre. dans leurs menles songes les plus grossiers. Bien que l'inscription que nous étudions porte pour titre « Tableau des actions d'Auguste. Lorsqu'à soixante-seize ans. Cependant bien qu'il en dît quelque chose. dit. j'ai comment levé il s'en tire. au milieu de l'admiration et du respect de tout le monde. « A l'âge de dix-neuf ans. qui sont le début de l'inscription. Si de l'histoire dupe en étudiant romaine. en obtenu toutes les dignités qu'il . Hirlius de veiller au salut de l'État. parlent du 387 ton que s'ils même il commanl'on daient à l'univers entier. j'ai rendu la liberté à la république dominée par une faction qui l'opprimait. n'éprouvât une grande répugnance à rappeler les il premières années de sa vie politique. y a déjà de bien singulières réticences. le il y avait bien des souvenirs qui devaient qu'il gêner. en qualité de propréleur. par des décrets honorables. vérité. parmi les consulaires. me conféra le droit de commander les troupes. et qui sont très-volontaires ne tenait pas atout dire. » Dans ces quelques lignes. une incroyable dignité. Voici il. une armée par ma seule initiative et à mes frais avec elle.OCTAVE vinces à peine. le peuple me mit à leur place.

Son silence ne le rassure pas tout à fait. qui ne dit rien ici des proscriptions. il a dû se sentir souvent embarrassé par ce démenti terrible que le passé dune fois donnait à sa politique nouvelle les . c'est après s'ôtre entendu avec Antoine pour asservir le peuple romain. ou plutôt qu'il prit. suivant la belle réflexion de Tacite. nous pouvons être asil était plus surés qu'Auguste. dans cette lugubre entrevue de ces choses l'inscription garde Bologne. Qu'en pou- en eflet? Et y avait-il des artifices assez habiles pour en diminuer l'horreur? A dre. » et d'avoir combattu Antoine . n'est-ce l'esprit de ceux qui le li- pas pour les prévenir et les tlésarmer . Ce qui difficile suivit cette entrevue ici encore bien plus à raconter. Mais comme. il est plus facile de se taire que d'oublier. comme ils faisaient la guerre à la république. Ici que cet emoaiTas se trahit. y a plus songé pendant sa vie. batailles. et qu'il ne s'est rien le passé entre les premiers honneurs qu'il a reçus et rappelés triumvirat ? Ces décrets honorables du sénat. « Ensuite exilé ceux qui avaient tué mon père. punissant leur crime par des jugements réguliers. Il sent que. Le sénat y félicite le jeune César « d'avoir défendu là liberté du peuple romain. or. proscriptions protestaient toujours contre ce rôle d'homme clément et vertueux. honnête de n'en pas parler. Sur toutes un prudent était silence. qui sont ici avec quelque impudence. Quand même il n'aurait pas éprouvé de remords. car il avait beau faire. nous les connais- sons grâceaux Philippiques. malgré la discrétion de son récit. C'est J'ai surtout qu'Auguste voulait qu'on oubliât. de fâcheux souvenirs ne manofficiel qu'il avait pris même.388 énunière en servant la OCTAVE même cause. que César reçut. il me semble queront pas de s'éveiller dans ront. le titre de triumvir. » je les ai vaincus qu'il n'est vait-il dire dans deux On remarquera de langage tout pren- pas question des proscriptions.

OCTAVE qu'il 389 s'empresse d'ajouter : « J'ai porté mes armes sur soutenant des terre et sur mer dans le monde entier. » Une facile fois ce mauvais endroit passé. il lui devenait plus Cependant il est encore trèscourt à propos des temps les plus éloignés. j'ai mieux aimé les conserver que de bat. la rappelle que pour constater l'em- pressement de déclarer pour l'Italie et des provinces occidentales à se Naturellement il aime mieux insister sur les événements des dernières années de son règne. après . et je les ai ren- dus à leurs maîtres pour les châtier. il ne lui. j'ai pardonné aux citoyens qui avaient survécu au comquant aux nations étrangères qu'on pouvait épargner sans danger. ei les détruire. le reste. ne dit presque rien de ses anciens rivaux. qui avaient combattu contre la répui)lique. guerres contre les citoyens et les étrangers. et dans cette : guerre. et de ces vaillants hommes de mer qui l'avaient vaincu « J'ai délivré la mer des pirates. Voici tout ce qu'il dit de sa guerre contre Sextus Pompée. qui lui coûta tant de peine. C'est à peine si l'on peut relever un mot dédaigneux contre Lépide et un souvenir désagréable pour Antoine qu'il accuse en passant de s'être approprié les trésors des temples. Victorieux. » lui avait grande victoire d'Actiuni. qui Quant à cette donné l'empire du monde. et l'on sent qu'il est plus à l'aise quand il s'agit de victoires où les vaincus ne sont plus des Romains. Il qui puisse réveiller quelque rancune. dans toute l'inscription. Peutde raconter être craignait-il que le souvenir des guerres civiles ne nuisît à cette réconciliation des partis que la lassitude générale avait amenée après Actium ? Il est certain qu'il n'y a pas un mot. Il est justement fier de rappeler comment il a vengé les outrages que l'orgueil national avait soufferts avant lui : « J'ai repris. j'ai repris trente mille esclaves fugitifs.

jusqu'à la ville de Nabala. J'ai forcé les Paithes à rendre les dépouilles et les drapeaux de le trois armées romaines. jusqu'aux frontières des Sabéens et à la ville de Mariba. Les politiques ne sont guère dans l'usage d'afhclier sur les murailles des temples les principes qui les dirigent. en Ethiopie. et qu'il tienne à conserver le souvenir de ces lointaines expéditions. elles sont arrivées. amitié. deux armées ont été envoyées presque en même temps en Arabie et en Ethiopie. J'ai et à venir humblement deaussi mander notre qu'il parle fait placer ces drapeaux dans » sanctuaire de Mars vengeur. les Charydes. en se dirigeant du côté où le soleil se lève. qui frappèrent si vivement l'ima- La flotte romaine. Par mes ordres et sous mes auspices. dit-il. et que si l'on veut savoir l'exacte vérité et connaître à fond l'esprit de ses inslilulions. Sa véritable importance est dans ce qu'il nous apprend du gouvernement inté- rieur d'Auguste. Après avoir vaincu plusieurs nations et fait beaucoup de prisonniers.390 OCTAVE - des victoires remportées en Espagne etsurlesDalmates. et de livrer aussi généreusement au public est évident les secrets ici qu'Auguste. . » gination des contemporains. Les Cimbres. jusqu'à ces pays éloignés où aucun Romain n'avait encore pénétré ni par terre ni par mer. a navigué depuis l'embouchure du Rhin. en ayant soin toutefois de de Varus. il n'a pas tout voulu dire. ce n'est pas par là que le monument d'Ancyre est surtout curieux.ibie. On comprend avec complaisance des campagnes contre les taire le désastre Germains. « Mais quelque intérêt^ qu'on puisse trouver à ces souvenirs historiques. les étendards qu'avaient perdus plusieurs généraux. lesSemnons et d'autres peuples germains de ces contrées ont fait demander par des ambassadeurs mon amitié et celle du peuple romain. Il pour tout le monde. Ici encore il y a des réserves à faire. et en Ar. qui écrit de leur conduite.

et. c'est l'historien Dion Cassius. Egger. 14-40.. il aime à en parler. Avec ces est naturel qu'il ait été frappé des ré- formes introduites par Auguste dans le gouvernement intérieur. teurs. c'est qu'ayant il — Ce qui ajoute à l'ennui traité les qu'il cause. . Je me le figure connaît bien ce il comme un chie et officiel zélé fonctionnaire qui a passé par la hiérar- vieilli dans le métier. et cela n'est pas surles pienant. il rend de très. il parmi lequel a vécu. — Ilvautbien prête lés la mêmes peine. de l'occasion pour le faire très-longuement parler Le discours de Mécène contient véritablement ce qu'on peut ' son Dion. On ne lit guère Dion. tout ennuyeux qu'il est. et qui préoccupations à ses personnages. chaque instant des comparaisons qui lui sont fâcheuses Cependant il faut bien se garder de le dédaigner. Il tient à nous les faire connaître par le menu. Voyez ce que dit de Dion M. Il monde il et administratif. YUI. et dispositions. S'il n'a pas les grandes vues de Tacite. il n'a aucune des qualités qui attirent les lec- Son ré^it est sans cesse interrompu par des ha- rangues interminables qui rebutent les plus patients. il s'apsouvent sujets réveille à mêmes plique au détail et y fait merveille été plus exact et plus minutieux Personne n'a jamais que lui. en vérité. que Tacite.OCTAVE faut le 39} chercher ailleurs. sans portée politique. fidèle à ses habitudes de rhéteur et à son il amour ef- fréné pour les belles harangues. Celui qui nous donne à ce sujei renseignemenls les plus connplets. d'A -j. d'avoir été deux fois consul pour venir nous dire sérieusement reprit courage qu'après une grande défaite Oclavo en voyant un poisson sauter de la mer jusqu'à ses pieds.utiles services. suppose que c'est Mécène qui a proposé à Auguste de les établir et profite '. C'est un esprit étroit. cli. LU. en parle pertinemment. iL-ns Exav^n des hist. tout préoccupé de superstitions ridicules .

dit-il. d'avoir ce qu'on appellerait aujourd'hui un budget en création équilibre. C'est ce qui lui donna la pensée de créer une sorte de caisse de retraites militaires. Il eut beaucoup de mal à remédier à ces embarras. malgré la prospérité de son règne.392 OCTAVE Ce curieux programme aide appeler la formule de l'empire. après les guerres contre Sextus Pompée et contre Antoine. et surtout le caractère de ses rapports avec les diverses qu'il comprendre ce classes de citoyens. L'immense dépense que faisait peser sur le trésor la des grandes armées permanentes empêcha longtemps Auguste. pour la remplir. Commençons ses soldats. Quatre fois il fut obligé de venir au secours du trésor public avec ses ressources particulières. la raison de ses libéralités. Auguste s'était trouvé à la tête d'environ il cinquante légions . ou renvoyé dans leurs municipes. . il n'en avait plus que vingt-cinq quand est mort. tout réduit qu'il était. ont «Environ armes sous moi. A tous j'ai donné des terres ou de l'argent pour en acheter. J'en ai établi dans des colo- vice. qui fut plus (ard réalisé nous singulièrement à nous reste à étudier de l'inscription d'Ancyre. » A deux reprises différentes. et à celle des citoyens romains * les plus riches. après leur serun peu plus de 300 000. Il faut toujours l'avoir devant les yeux pour bien saisir l'esprit des institutions d'Auguste. le sens caché des faits qu'il mentionne. dont les dépenses de l'arnicc étaient la principale cause. et il évalue à 150 millions de sesterces (30 millions de francs) les sommes dont il fil présent à l'Etat. Mais ce nombre. et de faire appel. écrasait surcroît de encore les finances de l'empire. par étudier les rapports d'Auguste avec porté les nies mille Romains '. à la généson rosité des rois et des villes alliées. afin d'exciter les autres par Le chilTre n'a pu être lu ni dans le latin ni dans le grec.

tants de l'Italie. les retraites mal payées. le remplir le trésor de l'armée avec produit du ving- tième des héritages et du centième des ventes. tous les habiconsenti d'abord. Octave y avait Philippes. Ce n'était guère l'ha- bitude des généraux de ce temps de payer ce qu'ils . J'ai payé pour les champs situés en Italie 600 millions de sesterces (120 millions). je suis jus(iu'à présent le ainsi. puisque ce fut un des griefs qu'alléguaient les légions dePannonie dans leur révolte contre Tibère. Do tous ceux qui ont établi des copremier et le lonies de soldats dans les provinces et dans l'Italie.OCTAVE exemple. dit-il. à leur profit. le lende- main de (allu la victoire. Crassus et de Cn.millions de francs). mais plus tard. » Il seul qui ail agi a raison de s'en vanter. Pour les contenter. malgré ces ressources. Lentulus. Il est certain que l'armée d'Auguste a été un semble-t-il étaient des plus grands soucis de son administration. quand quand il comprit qu'il ne pouvait pas fonder d'établissement solide s'il s'attirait la haine des Italiens il prit le parti de payer largement aux propriétaires les terres qu'il donnait à ses vétérans. Encore que. et 260 millions . La veille delà bataille. ils étaient pleins le d'exigences par besoin qu'on avait d'eux. il 393 donna d'un seul coup 170 millions de sessufll. « J'ai remboursé en argent. Mais ces dons volontaires n'ayant pas et iallut inventer de nouveaux impôts. il eût exproprier en masse. après sa politique changea. ils devenaient intraitables par l'or- gueil qu'elle leur inspirait. les maîtres et Il avait affaire à des soldats qui se sentaient et que depuis dix ans on enivrait de flatteries de promesses. dans de sesterces (52 millions) pour ceux qui étaient situés les provinces. Ses propres légions lui ont créé autant d'embarras que celle des ennemis. il terces (34. aux municipes la valeur des champs que j'avais donnés à mes soldats dans mon quatrième consulat et plus lard sous le consulat de M.

dans mon dixième Une autre encore donné 400 ses- chaque citoyen. Il leur devait tout. de ma fortune privée. j'ai terces de gratification à . Étant revêtu pour la dix-huitième fois de 1? puissance Iribuuilionne. Si Tempire. consulat. et fait 400 sesterces (80 en mon nom. Il n'y a rien de plus simple le que les rapports d'Auguste avec peuple. De toute façon. maintenir la prédoest bien minance de l'élément n'y avait civil. guerre. d'après le testament de l'r. n'avait rien de ce qu'il fallait pour les dominer.394 OCTAVE prenaient. j'ai encore donné 400 sesterces au peuple par tête. dans le gouvernement qu'il fonda. Quand je fus revêtu pour la douzième fois de la puissance tribunilienne. la conduite qu'il ses soldats est tint alors avec une des choses qui il lui font le plus d'hon- neur. Pendant mon onzième consulat. il ail su. Lorsqu'un peu lard exigences de ses vétérans. terribles. et cependant les maîtriser. Il osa leur tenir tête et par remarquable que. j'ai fait douze distributions de blé à mes frais. ni les défauts finit d'Antoine. Les renseignements que fournit l'inscrip- tion d'Ancyre à ce sujet sont tout à fait d'accord avec le discours de Mécène : il le nourrit et l'amusa. c'est assurément à sa fermeté qu'on doit. il il s'avisa de résister aux d'une fois eut à soutenir des luttes fut plus dans lesquelles sa vie en danger. et lui-même avait longtemps donné d'autres exemples. quoiqu'il ail conquis son pouvoir uniquement par la guerre. et consul pour la douzième. Toules ces distributions n'ont pas été faites à moins de 250 mille personnes. pendant mon cinquième consulat. dans lequel force et de vie il plus d'autre élément de que l'année. j'ai sur le butin à la fois. Voici d'a- bord compte exact des sommes qu'il a dépensées pour le nourrir: « J'ai compté au peuple romain 300 sesterces le par tête (60 fr. ni les qualités il de César.). n'est pas devenu dès cette époque une mole narchie militaire.) mon père.

disait » C'était le bon temps Quam bella celas pernll » . Consul pour la treizième fois. j'ai donné 60 deniers à chacun de ceux qui recevaient alors des distributions de blé. : I . Il s'en trouva un peu plus de deux cent mille. au forum. ou dans trois amphid'un théâtres. quoique le texte offre ici quelques lacunes. Dans ces différentes fêtes.). vingt-six fois en mon nom ou au les nom de mes frique. et cinq fois au nom de mes enfants ou petits-enfants. environ dix mille hommes ont combattu. on peut supposer qu'il le ne lui en a pas moins coûté pour l'amuser que pour donné des spectacles de gladiateurs fois en mon nom. j'ai fait prélever sur le butin et distribuer dans les colonies formées de mes soldats mille sesterces (200 fr. et petits-fils. des chasses de bêles d'A- dans le cirque. Pendant mon quatrième consulat. Séiièque. un gladiateur se plaignait de la ot faisant allusion à l'érareté de ces grands massacres poque d'Auguste. ou ne pouvaient pas suffire aux frais de ces jeux J'ai lait fils voir. Deux fois en mon nom. et l'on y a tué environ mille le cinq cents de ces bêtes. Environ cent vingt mille colons reçurent leur part dans cette distribution qui suivit mon triomphe. On remarquera le grand nombre de gladiateurs qui avaient combattu et qui sans doute avaient péri dans ces fêtes sanglantes.) pour chacun d'eux. J'ai donné au peuple spectacle * Le chitTre n'a pu être lu. » Après ces largesses vraiment effrayantes. « J'ai ' trois fois au nom de mon fait petit-fils. Auguste mentionne les jeux qu'il a donnés au peuple. et nourrir. pour montrer à quel point on peut devenir indifférent à la mort. raconte que. j'ai fait combattre et des athlètes que j'avais célébré venir de tous les pays. . sous Tibère. J'ai fois des jeux fois publics quatre en mon nom vingt-trois à la place des magistrats qui étaient absents. et.OCTAVE 395 donné à 320 mille habitants de Rome soixante deniers par tête (48 i'r.

» Voilà. faire croire.396 combat ser luival. On le voit bien à ce soin que prend Auguste dans son testament de ne jamais parler du sénat qu'avec respect. si l'on aux apparences. n'est pas extraordinaire : que qu'il cette tactique se retrouve dans son testament la elle lui avait trop bien réussi avec ses contemporains pour ne fût pas tenté de s'en servir avec uostérilé. . trois mille hommes trirèmes. Il a passé toute sa vie à dissimuler son autorité ou à s'en plaindre. Ces vaisseaux contenaient. Son nom revient à tout propos . celte vieille aristocratie causait encore quelque frayeur et semblait mériter quelques égards. Tout abattue qu'elle était. outre leurs rameurs. et lui demander de il le re- lever enfin jamais il ne parut plus dégoûté du pouvoir qu'au les moment où Il concentrait tous pouvoirs entre ses mains. Là. C'est bien là ce qu'Auguste voulait Palatin. mais un véritable principe de politique heureusement imaginé par Auguste. Même après Pharsale et Philippes. plus délicats et plus compliqués.huit cents pieds de long sur douze cents de large. et que ses successeurs conservèrent comme une tradition de gouvernecurieux et officiel ment. au sénat les De sa demeure royale du du soin des il écrivait lettres les plus touchantes pour affaires. des nombre de vaisseaux moins importants combattirent ensemble. un commendu fameux mot de Juvénal panem et circenses.^et un grand d'équipage. Les rapports d'Auguste avec le sénat étaient on le comprend. J'y ai creu- un canal de dix. des birèmes. qu'alors le sénat était le maître. à ce qu'il taire me semble. On voit bien que ce n'était pas une boutade du poète. c'était encore un grand nom qu'il fallait ménager. avec une sorte d'affectation. dans le lieu fait où se trouve aujourd'hui le bois des Césars. OCTAVE au delà du Tibre. trente navires armés d'éperons. que prince se contentait d'exécuter ses décrets. se et fiait On dirait le vrahnent .

OCTAVE
Aussi continue-t-il à jouer pour nous
la

397

même
Il

comédie
,

de modération et de désintéressement.

affecte

par

exemple, d'insister autant sur les honneurs dont il n'a pas voulu que sur ceux qu'il a acceptés. « Pendant le
consulat de M. Marcellus et de

que
le

le sénat et le
,

peuple

L Arruntius, me demandèrent

dit-il, lors-

de prendre

pouvoir absolu i je ne l'acceptai pas. Mais je n'ai pas refusé de me charger de la surveillance des vivres dans une

grande
livré le

disette, et par les

dépenses que
et

j'ai faites, j'ai

dé-

peuple de ses frayeurs
il

de ses dangers.

Comme,
vie,

en récompense,
je l'ai refusé. »

m'offrait le consulat
n'est pas le seul

annuel ou à
qu'il

Ce

hommage

rende

à sa modération. Il est question plus d'une fois encore des honneurs ou des présents qu'il n'a pas voulu accepter. Mais voici vraiment qui passe les bornes « Dans
:

mon

sixième

et

mon
le

septième consulat,
,

après avoir
lous les

éiouffé les guerres civiles

quand

l'accord de
j'ai

le gouvernement de la république aux mains du sénat et du peuple. En récompense de cette action , j'ai été appelé Auguste par un sénatus-consulte, ma porte a été entourée de lauriers et surmontée d'une couronne civique, et l'on a placé dans la curie Julia un bouclier d'or avec une

citoyens

me livrait

pouvoir suprême,

remis

inscription qui disait qu'on m'avait accordé cet

honneur

pour rendre hommage à
justice et à

ma

vertu, à

ma

clémence, à
,

ma

de ce moment quoique je fusse au-dessus des autres en dignité , dans les magistratures dont j'étais revêtu, je ne me suis jamais attribué plus de pouvoir que je n'en laissais à mes collèpiété.

ma

A

partir

gues.

»

Ce

curieux

passage

fait
si

voir

combien

les

inscriptions pourraient tromper

l'on se fiait aveuglé-

ment à
i

elles.

Ne

semble-t-il pas que l'on serait en droit

(Aug.,
le

y a quelque apparence, d'après un passage de Suétone 52), que ce que le texte grec de l'inscription appelle pouvoir absolu (aÙTsÇouatàj àpyri) était la dictature.
II

398

OCTAVR

d'en conclure que l'an 726 de

Rome

,

par la générosité

d'Auguste, la république a recommencé. Or,c'est précisé-

ment l'époque où
tout le

l'autorité

absolue des empereurs, déli-

vrée des craintes du dehors, et acceptée paisiblement de

monde, achève de
Dion, qui est
si

se constituer. Dion lui-même,

l'officiel

disposé à croire les empereurs

sur parole, ne peut pas accepter ce mensonge d'Auguste; ose n'être pas dupe , et n'a pas de peine à montrer que ce gouvernement , sous quelque nom qu'il se déguise, était au fond une monarchie ; il aurait pu ajouter que jamais monarchie ne fut plus absolue. Un seul homme s'est fait l'hérilier de tous les magistrats de la république, et il réunit en lui tous leurs pouvoirs. Il a supprimé le peuple qu'il ne consulte plus ; il est le maîil

tre

du sénat

qu'il choisit et
il

forme à son gré

;

à la fois
;

consul et pontife,

règle les actions et les croyances
il

revêtu de la puissance tribunitienne,
sacré, c'est-à-dire
lui devient

est inviolable et

que

le

moindre mot qui échappe contre
;

un
,

sacrilège

censeur, sous
la

le titre

de préfet

des

mœurs

il

peut contrôler

conduite des particu-

liers et s'introduire,

plus intimes de la vie

quand il veut, dans les affaires les i. Tout lui est soumis, la vie pri-

vée aussi bien que la vie publique , et depuis le sénat jusqu'aux foyers les plus humbles elles plus cachés, son autorité a le droit de pénétrer partout. Ajoutez que les
limites de son

empire sont

celles

du monde
,

civilisé
il

;

la

barbarie

commence où

finit la

servitude
triste

et

n'y a pas
l'exil.

môme

contre ce despotisme la

ressource de

C'est pourtant

frayante,

l'homme qui possède cette puissance efà qui rien n'échappe dans son immense em-

.le ne fais ici que résumer un très-curieux chapitre do Dion Cassius (Hisl. rom., lui, 17). On y voit très-bien coramcnt la constitution romaine, où la séparation des pouvoirs était une garantie rie liberté, est devenue, par le seul fait ùa leur concentration, un formidable engin de despotisme.
1

OCTAVE
pire
,

399
il

et

à

l'empire
lui

duquel

n'est

pas

possible

d'échapper, c'est

qui vient nous dire, avec

une assu-

rance effrontée
absolu
Il
!

,

qu'il n'a

pas voulu accepter le pouvoir
qui se dis-

faut reconnaître

que ce pouvoir absolu

,

simulait avec tant de précaution,
tous les

cherchait aussi par

moyens à

se faire pardonner.
offrir

Toutes

les

com-

pensations qu'on peut

à un peuple pour lui faire

oublier sa liberté, Auguste les a libéralement données

aux Romains. Je ne parle pas seulement de cette prospérité matérielle qui lit que, sous son règne , le nombre
des citoyens s'accrut de près d'un million
i,

ni

même

du repos
viles
,

et

de

la sécurité

qui
le

,

au

sortir des guerres ci-

étaient le besoin

plus impérieux de tout le

monde, mais

aussi de cet éclat incomparable

que ses

embellissements de toute sorte donnèrent à Rome. On était sûr de plaire au peuple par ce moyen. César, qui

au sujet de cette augmenrenseignements les plus précis. En 725, Auguste fit le cens une première fois, après quarante et un ans d'interruption; on compta, dans ce recensement, 4 063 000 citoyens. Vingt et un ans après, en 746, on en compta 4 233 000. Enfin, en 767, l'année même de la mort d'Auguste, il y en avait 4 937 000. Si l'on ajoute, au chiiïre que donne Auguste. celui dos femmes et des enfants qui n'étaient pns compris dans le cens romain, on verra que, dans les vingt dernières aimées de son règne l'augmentation avait atteint une moyenne de 16 pour 100 à peu près C'est justement le chiffre auquel s'élève raccroissement de la population en France, après la Révolution, de 1800 à 18-25; c'est-à-dire que des circonstances politiques assez semblables avaient amouc les mêmes résultats. On pourrait croire, à la vérité, que cette augmentation de la population sous Auguste tient à l'introduction des étrangers dans la cité. Mais on sait, par Suétone, qu'Auguste, contrairement à l'exemple et au.x principes de César, se montra très-avare du titre de citoyes?
*

L'inscription d'Ancyre donne,

tation, les

,

romain.

400
le savait
,

OCTAVE
avait

dépensé

,

en une

fois

,

cent millions de
le terrain

sesterces (20 millions) rien que pour acheter

où devait être son forum. Auguste fit mieux encore. L'inscription d'Ancyre contient la liste des monuments
qu'il a fait construire
,

et cette

liste est

si

longue

qu'il

compte quinze temples, plusieurs portiques, un théâtre, un palais pour le sénat un forum une basilique des aquen'est pas possible

de

la citer tout entière.

On
,

y

,

,

ducs, des chemins publics, etc.
velée par
lui.

Rome

entière fut renou-

On peut
fit

dire qu'aucun

monument ne
de Pompée et

lui

échappa
fait

et qu'il

restaurer tous ceux qu'il n'avait pas

reconstruire.

Il

acheva

le théâtre

le

forum de César, il rebâtit le Capitole ; en une seule année il fit réparer quatre-vingt-deux temples qui tombaient en ruine. Tant de millions n'étaient pas dépensés pour rien, et toutes ces profusions, chez un prince aussi rangé cachaieiil une profonde pensée politique. Il vou,

lait

étourdir ce peuple, l'enivrer de luxe et de magnifi-

cence pour le distraire des souvenirs importuns du passé.'
Celte

Rome

de marbre

qu'il lui bâtissait était destinée

à lui faire oublier la

Rome
Il lui

de briques.

Ce

n'était pas

du

reste la seule compensation

guste othùt au peuple.

qu'Auen donnait de plus nobles,
S'il

par lesquelles
lui

il

cherchait à légitimer sou pouvoir.

demandait le sacrifice de sa liberté, il prenait soin de combler de toutes sortes de satisfactions son orgueil national. Personne n'a fait mieux que lui respecter Rome
au dehors
fière
;

personne ne

lui a

donné

tant de sujets d'être
d'elle.

de cet

ascendant qu'elle exerçait autour
partie de l'inscription est pleine

La dernière

du

récit

complaisant de ces

hommages que

les pays les plus re-

culés du monde ont rendus à Rome sous son règne. De peur qu'on n'arrêtât les yeux avec quelque regret sur ce qui se passait au dedans
,

il

s'empressait

de

les

diriger vers celle gloire extérieure.

A

tous les

OCTWE
ce sénat obéissant,

401

citoyens qu'attristait l'aspect de ce forum désert et de
il

montrait les armées: romaines pé-

nétrant chez les Pannoniens et chez les Arabes, les flottes

romaines naviguant snr le Uhin et le Danube, les rois des des Suèves des Marcomans réfugiés à Rome et réclamant l'appui des légions, les Mèdes et les Parthes
Bretons
,
,

ces terribles

ennemis de Rome
,

,

lui

les nations les plus lointaines

les

demandant un moins connues
la

roi
,

les

mieux prv.iégées par leur éloignement troublées par ce grand nom qui pour
,

et leur obscurité,

première

fuis,
11

arrive jusqu'à elles et sollicitant l'alliance romaine. «

m'est venu de l'Inde, disait-il, des ambassadeurs de rois
qui n'en avaient encore envoyé à aucun général romain. Les Bastarnes les Scythes et les Sarmates qui habitent en deçà du Tanaïs, et au delà de ce fleuve, les rois des Albaniens, des Hibères et des Mèdes m'ont envoyé des députés pour demander notre amitié. » 11 était bien dif,

ficile

que

le

cœur des

plus mécontents résistât à tant de

grandeur. Mais ce qui fut surtout un £Oup de maître, ce
fui d'étendre jusijue
trait

dans

le

passé ce souci qu'il

mon-

de la gloire de Rome. Il lionerait presque autant que des dieux dit Suétone ^ tous ceux qui, dans tous les temps, avaient travaillé pour elle et pour montrer
,

,

;

que personne n'était exclu de ce culte, il fil relever la statue de Pompée aux pieds de laquelle César était tombé, et la plaça dans un lieu public. Cette conduite
,

généreuse
les gloires

était aussi

une tactique habile. En adoptant
il

du passé
il

,

désarmait par avance les partis
lui, et,

qui pouvaient cire tentés de s'en servir contre

en

même

temps,

donnait une sorte de consécration à

son pouvoir en

le rattachant

de quelque manière à ces

vieux souvenirs. Quelque diflérence qui séparât le gouver-

nement qu'il
«

fondait de celui de la république, tous deux

Suet., Aug., 31.

402
étaient d'accord en

OCTAVE

un point : ils cherchaient la grandeur de Rome. Sur ce terrain, qui leur élail commun, Auguste essaya de faire la réconciliation du passé avec
le présent.

frontières, agrandi
Il

Rome , défendu ses son empire, fait respecter son nom. avait poursuivi et complété celle œuvre à laquelle on
Lui aussi avait embelli
depuis sept siècles.
Il

travaillait

pouvait donc se dire

le

continuateur et Théritier de tous ceux qui y avaient mis la main, des Caton , des Paul Emile des Scipion, et se
,

mettre dans leur compagnie.
fit

Il

n'y

manqua pas

lorsqu'il

construire le forum qui portait son

nom

;

nous savons

parSuétone que, sous ces portiques élevés par lui et pleins du souvenir de ses actions, il fit ranger tous les grands hommes de la république, en costume de triomphateurs.
C'était le

comble de l'habileté ; car, en les associant à sa prenait une part de la leur, et il tournait ainsi à son profit la grandeur du régime politique qu'il avait
gloire,
il

renversé.

Ces compensations qu'Auguste offrait aux Romains en échange de leur liberté semblent leur avoir suffi. Tout le monde s'habitua vite au gouvernement nouveau, et
l'on

peut dire qu'Auguste régna sans opposition. Les

complots, qui plus d'une fois menacèrent sa vie, étaient
le

dis qu'il avait disgraciés

crime de quelques mécontents isolés, de jeunes étourou d'ambitieux vulgaires qui
,

voulaient sa place

;

ce n'était pas l'œuvre des partis
qu'il y

Et

même

peut-on dire

eût encore des partis en ce
et

moment? Ceux deSextus Pompée

d'Antoine n'avaient

pas survécu à la mort de leurs chefs ; et depuis Pliilippes il n'y avait guère plus de républicains. A partir de
ce

moment,

c'est

un axiome adopté de tous

les esprits

sages « que le vaste corps de l'empire ne peut plus se tenir debout ni en équilibre , sans qiî'clqu'un qui le dirige. » Seuls
,

quelques

obsli'.iés

,

qui ne sont pas condes déclamalioiis

vertis encore, écrivent,

dans

les écoles,

OCTAVE
violentes sous le

403
et

nom

de Erutus

de Cicéron

,

ou se

permettent de parler librement dans ces réunions polies,
qui étaient les salons de cette époque
: in conviviis rodunt^ in circuUs velUcant. Mais ce sont là des exceptions sans importance et qui disparaissent au milieu de ce concert universel d'admiration et de respect. Pendant

plus de cinquante ans, le sénat, les chevaliers et le peuple s'ingénièrent à trouver des
celui qui avait

honneurs nouveaux pour
,

rendu à

Rome
si

la paix intérieure

et qui,

vigoureusement sa grandeur. Auguste a pris soin de rappeler tous ces hommages dans l'inscription que nous étudions non pas par un accès de vanité puérile mais pour constater cet accord de
au dehors
,

maintenait

,

,

tous les ordres de l'État qui semblait légitimer son au
torité. Cette

pensée se révèle surtout dans ces dernières

lignes de l'inscription

il

rappelle

ces de sa vie qui lui était le plus précieuse, parce
le

une des circonstanque
paru avec
la

consentement de tous
plus d'éclat
:

les citoyens y avait
j'étais

le

«

Pendant que
,

consul pour

treizième fois, dit-il
tout le peuple m'ont
et ont

le sénat, l'ordre

des chevaliers
le

et

donné

le

nom de Père de
dans

la patrie,

voulu que ce

fait fût inscrit

vestibule de

ma maison,

dans

la curie et

dans

mon

forum, au-dessous

des quadriges qui y avaient été placés en mon honneur Quand j'écrivais ces choses, par unsénatus-consulte.


il

j'étais

dans

ma

soixante-seizième année. » Ce n'est pas
la
fin.

sans motif qu'il a réservé ce détail pour

Ce

titre

de Père de

la patrie

dont

fut salué

au

nom de

tous les

citoyens par l'ancien

ami de Brutus, Messala, semblait
accordait au
se soit arrêté

être la consécration légale d'un pouvoir acquis par l'illégalité, et

passé.

une sorte d'amnistie que Rome On comprend qu'Auguste mourant
le
ait

avec complaisance sur
soudre, et qu'il

souvenir qui semblait l'ablà

tenu à terminer par

cette revue

de sa vie politique.

404

OCTAVE

II

rieux, dire en quelques

Je voudrais, après avoir analysé ce monument cumots l'impression qu'il me laisse
l'a écrit.

sur celui qui

La

vie politique d'Auguste est

entre deux documents oïïiciels qui

enfermée tout entière par un rare bon,

je veux dire préambule de l'édilde proscription qu'Octave a signé, et, selon toute apparence, rédigé lui-même, et que nous

heur, nous sont tous
le

lesî

deux parvenus

:

a conservé Appioii

;

et l'inscription

retrouvée sur les
fait voir ^:e

murailles du temple d'Ancyre. L'un nous

qu'Octave
teurs et
bition,
l'autre
six

au des philosophes, dans
était à vingt ans,

sortir des
le

mains des rhé-

premier feu de son am-

et

avec les instincts véritables de sa nature;
était

nous montre cequ'il
les

devenu après cinquanteet

ans d'un pouvoir sans contrôle

sans limites;
le

il

chemin qui! avait fait, et les changements qu'avaient amenés en lui ia connaissance des honnnes et la pratique des alTaires. Le pouvoir l'avait rendu meilleur, ce n'est pas l'ordinaire, et l'histoire romaine ne nous montre plus après lui que des princes que le pouvoir a dépravés. Depuis la
suffit

de

rapprocher pour connaître

balaille

de Philippes jusqu'à celle d'Aciium, ou plutôt

jusqu'au

moment où il sembla demander solennelleiuent pardon au monde en abolissant tous les actes de triumvirat, on sent qu'il travaille à devenir meilleur, et l'on suit presque ses progrès. Je ne crois pas qu'il y ait un autre exemple d'un effort aussi violent fait contre soimême,
Il

et

d'un succès aussi complet à vaincre sa nature.

était

naturellement lâche, et se cacha sous sa tenle
fois

la

première

qu'il fut
il

aux prises avec l'ennemi. Je
il

Qe sais

comment

ût,

]nais

parvint à se donner «lu

cependant il se corrigea au moment même où il fut le maître absolu.. de proscription ne semble plus le l'homme qui a signé le même que celui qui a écrit testament. . ne le cèdent pas à celles d'Antoine . il 405 s'aguerrit en cuinhatlant Soxtns Pompée. par épargner même ses assassins et celui à qui le son meilleur ami. quelque justice qu'on soit forcé de lui rendre. Peut-être avons- nous se tort. philosophe Sénèque put l'appeler un prince clément De toute façon. que de reçues du ciel. IHvus Augushis mitis fuit princeps. qui gagne les cœurs. Celte sorte de peine que parce qu'on y troude bonté acquise. l'édit le i. Il était né cruel. et mettre la place ait pu se changer à ce une vertu. et froidement cruel. avait un jour donné nom de bourreau. l'intérêt personnel. ne laissait guère d'espoir qu'il et pourtant. sans prendre aucune peine. il nous serait difficile de l'aimer. et les orgies de sa jeunesse. car on soupçonne toujours que vait l'en n'a pris tant son profit. car la raison nous dit que nous devrions savoir plus de gré aux gens des qualités qu'ils donnent en triomphant ainsi d'eux-mêmes. où la raison > De Clem. el de- dans l'expédition contre les Dalmates. racontées par Suétone. après tout. il après avoir finit commencé par assassiner ses bienfaiteurs. Mécène. Il est vrai qu'il appelle ailleurs sa clémence une cruauté fatiguée. Cependant. de tous ces vices qui lui étaient naturels. . ou l'apparence d'une vertu à avait fait. ce qui dût changer . et derrière l'effort. L'effort y paraît trop. Mais je ne sais comment il se fait que ces dercelles qu'ils ont nières sont les seules qui nous plaisent. il manque aux et autres un certain charme que la nature seule donne. où il fut blessé deux fois. Il était cynique et débauché. 9. et il il faut il admirer qu'après avoir commencé comme point.OCTAVE cœur. c'estvint téméraire à-dire quand ses passions auraient rencontré le moins d'obstacle.

César. sans parler de ce qu'il y avait de plus grand et de plus brillant dans sa nature. Ce n'est pas croire qu'il qui aurait voulu nous faire ne gardait l'autorité suprême qu'avec répu- • Suet. Mais n'est pas et ses lettres intimes. nous reste quelques fragments. pour nous toucher. parce qu'elle paraît être qui calcule. à vouloir prouver que César ne tenait pas au diadème et qu'Antoine. mais il avait le mérite au moins de ne pas la dissimuler. pour. qu'il écrivait ce qu'il voulait dire à ses amis. le contraste est complet entre eux.. et qu'il lui est ne rien au hasard. dans son Histoire romaine. Je ne sais pourquoi M. nous attire tout d'abord par sa franchise. N^ savons-nous pas laisser d'ailleurs. même arrivé de rédiger par avance ses ^ conversations avec Livie ? Ce qui achève de nous gâter Auguste. 1 et je ne crois pas qu'elle lui fasse du porter le titre. et en autorité. pour accepter des honneurs lui comme en comme Auguste. par Suétone lui-même.. montrent que sa plaisanterie manquait d'aisance dont il et qu'il n'était simple qu'avec effort. I voulait être roi. J'aime mieux m'en tenir à l'opinion com- mune. ne l'avait pas consulté. n'est sympathique h per- sonne. un peu de naturel et d'abandon. Mommsen s'évertue. Il leur manque. 84. Son ambition peut nous déplaire. faire prier Jamais il n'a eu l'air. quand il le lui offrit. . tort. quoiqu'au dire de Suétone il affectât volontiers la simplicité et la bonhomie dans ses relations familières. A«o. avoir de se qu'il souhaitait avec passion. bonhomme qui veut.406 OCTAVE a plus de part que la nalure. Ce sont là des qualités que n'a jamais connues ce personnage raide et composé. c'est le voisinage de César. C'est ce qui fait le produit d'une voîonté que toutes les vertus d'Auguste nous laissent froids et ne nous semblent tout au plus qu'un chef-d'œuvre d'habileté.

elle Il ne plus tenir à ne lui en vint. quand il le montre saluant humble- ment je cliaque sénateur par son sais si je nom. ne tigable. avant les séances. ne préfère pas encore à celte comédie l'impertinence de César qui avait fini par ne plus se ne lever quand le sénat venait le voir. il était hardiment novateur. au moment même où il attirail à lui tous les pouvoirs. quand il demandait avec tant d'instances qu'on le rendit à la paru dégoûtés du pouvoir. En toutes choses. qu'il il était contraint de se serA'ir d'hommes méprisait et dont les excès il s'élevait. à travers tant répondit pas à son attente. plus la nalure . Les dégoûts de César étaient plus profonds Ce pouvoir souverain. et parut médiocre à ce cœur qui Tavait tant souhaité. et plus sincères. plus il voyait s'agiter et se croiser à ses pieds de basses con- déshonoraient sa victoire humaine lui apparaissait voitises et de lâches trahisons. et jusque dans les questions de littérature et de grammaire.OCTAVE gnance. Il se savait détesté des gens à l'eslime desquels il tenait le plus. et que Sylla n'était qu'un sot d'avoir abdiqué la dictature. au moyen d'intrigues ténébreuses dont le souvenir devait le faire rougir. el n'affichait pas un respect hypocrite pour le passé au moment où il en détruisait les restes. el 407 qui aurait osé nous dire. mais vie privée. Tous les deux ont il n'est venu à l'esprit de personne de croire qu'Auguste disait la vérité. et quelque admiration que témoigne pour lui Suétone. qu'il avait pour- suivi pendant plus de vingt ans avec une constance infade périls. plus sous un aspect fâcheux. nous savons au contraire qu'il disait franchement après Pharsale que la république était un mot vide de sens. par dégoût. à sembla plus valoir la . la vie. qu'il avait rendu le gouvernement de la république au peuple el au sénat. Cette franchise est plus de notre goût que les dehors menteurs de vénération qu'Auguste prodiguait au sénat après l'avoir réduit à l'impuissance.

408 ' OCTAVE peine d'êlre conservée et tléfeiulue. ce découragement d'un cœur mécontent de lui. en le souhaitant je ne l'ai pas connu. : « J'ai assez vécu pour lorsqu'on la nature ou pour la gloire » qui plus lard. dupe. ce furent aussi des fautes politiques. . Quelque admiration que j'éprouve pour cette belle scène pire. gouvernement Ce qui rendit insuppor- table la tyrannie des premiers Césars. Dans sa possession j'ai tiouvé pour tous charmes D'effroyables soucis. et dégoûté du pouvoir par le pouvoir même. de prendre des précautions contre ses assassins. en finissant. à l'époque du 2)'>^o Marcello . la mort à tout propos. d'éternelles alarmes. je où Auguste propose d'abdifiuer l'emne puis m'empêcher d'en vouloir un peu à Cor- neille d'avoir pris au sérieux et de nous dépeindre grave- ment n'était celte comédie solennelle dont personne à Rome et. et j'y suis parvenu Mais. » c'est : bien à lui qu'il conviendrait de dire. Mille ennemis secrets. que tous ces ménagements hypocrites d'Auguste n'étaient pas seulement des détauls de caractère. veux rendre de remplacer J'ajoute. répondait d'un ton découragé « J'aime le pressait : mieux mourir une fois que de trembler toujours . avec Corneille J'ai souhaité l'empire. si froid. C'est à l'homme qui disait déjà. et qui laissèrent les traces les plus fâcheuses dans le qu'il avait créé. c'est précisément ce vague que les mensonges intéressés d'Auguste avaient répandu sur la nature et les limites véritables de leur . lorsqu'en lisant la tragédie de plaisir Cinnaje mon complet. malgré ses succès. si maître de lui ne me semble pas avoir véritablement connu cette noble tristesse qui. nous révèle l'homme. Ce politique avisé. et jamais de repos. Ces beaux vers dans la me plaisent moins. je suis toujours tenté le personnage d Auguste par celui de César. dans le héros. Point de plaisir sans peine. placés bouche d'Auguste. je l'avoue.

409 principe. lorsque les apparences de la liberté se mêlent au despotisme le plus cache sous des de ces obscurilés. se ' quell peut dire que ce manque de le sincérité des institutions d'Auguste a fait supplice de plusieurs générations.•nyauté déguisée. car il semble que sa vue ne s'étendait guère au delà des le Tout mal est présent qu'à l'avenir. s'ils flattent ou demandant sans cesse avec effroi de manière ils pourront contenter cette autorité ambiguë. C'était un habile difficultés du moment. quelle roule suivre. celui qui accorde tout avec empressement ne peut-il pas être un ennemi déguisé qui veut faire savoir que la république n'existe plus? La lecture de Tacite nous montre d'État de cette terrible les hommes époque marchant au hasard parmi ces ténèbres se heurtant à volontairement entassées. et qui ne pouvait pas supporter autre chose. faut reconnaître celte un excellent administrateur. exposés à déplaire s'ils se taisent ou s'ils parlent. il inventa cette sorte de . On se perd par l'indépendance on peut se perdre aussi par la servilité . tout devient péril et naufrage. et laissa vivre à côté d'elle toutes les l'ormes de l'ancien régime sans s'occuper de les moder ensemble. qui regrette la ré. Placé en présence d'un peuple qui supportait malaisément la royauté. lorsqu'une autorité illimitée républicaines? Au milieu . mal définie et dont les limites échappent. Mais politique qu'on tait si ce ne fut pas il accomun aussi grand partie l'a prétendu. quel langage tenir.OCTAVE pouvoir. que c'éde sod . venu de ce qu'Auguste songeait plus au homme. ce n'était pas vraiment un grand politique. si celui qui refuse quelque chose à l'empereur est un se fictions réel. on sait Quand un gouvernomcnl affiiMne haidiment son comment se conduire avec lui mais . chaque pas à des périls imprévus. On s'ils résistent. ennemi déclaré. ublique. car. plein de ressources pour sortir d'embarras dans les situations difficiles.

» III Cest sans doute vers le milieu de ce règne. il le doit à la puissante organisation qu'il avait rela partie çue d'Auguste. au moment où celui qui était le maître absolu de la république feignait de rendre le gouvernement au peuple et au sénat. On ignore la date exacte de leur publication. Avant cette époque . Le pouvoir d'Auguste. Si malgré un régime politique détestable. l'abaissement général des caractères. en créant lui- même Rome. parce au'il n'était . J'ai remis en honneur les exemples de nos aïeux qui dispavre. et j'ai laissé moi-même des exemples dignes d'être imités par nos descendants. de règlements utiles. se senlaii alors assez fort pour laisser quelque liberté d'écrire. l'empire a eu encore de beaux jours et a duré trois siècles. Elle est assez importante raissaient de nos mœurs. il était défîajit. le des institutions nouvelles pour l'administration de le service des légions. il a organisé l'empire et l'a ainsi rendu capable de résister aux ennemis du dehors et aux causes de dissolution intérieure. mais tout porte à croire qu'il faut la placer dans les années qui suivent fait la vic- toire d'Actium. Voilà vraiment vitale de son œu- pour justifier le témoignage qu'il se rend à lui-même dans cette phrase si fière de l'inscription d'Ancyre : « J'ai fait des lois nouvelles. la œuvre môrite tous les éloges qu'on coordonnant ensemble tout ce que En république avait créé de pratiques sages. les vices des gouvernants et des gouvernés. gouvernement des provinces. le maniement des finances. en remettant en vigueur les traditions perdues.410 OCTAVE lui a prodigués. devenu plus populaire depuis qu'il s'était plus modéré. que parurent les lettres de Cicéron.

soit qu'elle voulût jouir de ce amer qui se trouve. jusque-là on ne occupé que des maux présents.OCTAVE pas assez affermi qui . dans ces malheurs. Quisit sur Personne ne nous a dit quelle impression elle proceux qui la lurent pour la première fois. personne. C'est seulement dans l'intervalle qui sépare ces rigueurs que la correspondance de Cicéron put être publiée. Il était déplaisant se glorifiaient allât d'être les pour des gens qui amis particuliers du prince exhumer leurs professions de foi république les malins devaient s'égayer de ces lettres où Pollion jure d'être l'éternel ennemi des tyrans et où Plancus rejette durement sur la trahison caines. selon le poète. fut On sortait à peine des guerres civiles. Octave luine devait pas être épargné. 41 il le redevint plus tard. Je ne crois pas que cette lecture ait nui au gouvernement d'Auguste. Au premier repos que connut celte génération tourmentée. elle revint sur les années qu'elle venait de traverser et souhaita remonter jusqu'aux origines même de cette lutte dont elle avait vu la fin. Je suppose d'Octave même les malheurs de la république. elle s'empressa de jeter un regard en arrière. et les souvenirs . mais on peut affirmer sans crainte que cette impression très vive. Peut-être la réputation de quelques personnages importants du régime nouveau eut-elle un peu à en qu'on souffrir. Aussi n'est-il les ait lues pas douteux que tout monde alors ne avidement. quand il s'a- perçut que la faveur publique lui échappait. dans le sou- anciennes souffrances . commence par proscrire les hommes. finit par brûler les livres. Soit qu'elle cherchât à se rendre s'était compte des événements plaisir . Ce règne. n'avait l'esprit assez libre pour songer au passé. Rien ne pouvait mieux satisfaire venir des tristes cette curiosité que les lettres le de Cic* ron.

et le mauvais usage que les Curion. ne prêtât libéralement à la république ces qualités dont il est si facile d'embellir les gouvernements qui ne sont plus. se gardaient bien au moins d'en rien dire. Or. Malgré la façon dont l'bisloire et le les officielle racontait l'entrevue de Bologne beau rôle qu'on essayait de donner à Octave dans proscriptions i..4 1 OCTAVE il vivants d'une ('poquo où ttMidail la main aux assassins de César et où il appelait Il Ciccron son étaient pas favorables. ii. les lettres de Cicéron étaient bien plus propres à détruire ces illusions qu'à les encourager. Ce qui gagna à la publication de ces lettres. c'était que l'imagination. on calomniait ses victimes. On a remarqué qu'aucun des grands poètes de ce temps ne parle de lui. . Ce qui était plus à craindre pour lui. C'est ce qu'avait voulu faire Asinius PoUion. Il était assez d'usage alors de maltraiter Cicéron. quand il racontait. dans son plaidoyer pour Lamia. Des gens que Tacite nous dépeint fatigués de luttes et avides de repos ne trouvaient rien là qui pût les séduire. le mal était la railleries ne compromettaient guère sécurité du grand empire. Suas. toujours complaisante pour le passé. et ces dant quelques semaines les conversations des mécontents. Mais atout prendre. - 2 Sen. des scandales de ce temps ne permettait pas de le regretter. Le tableau qu'elles présentent des intrigues. 66. et qui i Voir surtout Yoticius Pat.. y avait là père ne lui de quoi défrayer penpetit. des désordres. ce n'en étaient pas moins des sou- venirs fâcbeux pour lui. que Cicéron était mort comme un lâche pas si 2 ? Ceux dont se sentaient pas le courage ne de l'insulter. les Caeliusjes Dolabella avaient fait de la liberté les rendait bien moins sensibles à la douleur de l'avoir perdue. 6. et nous le dévouement n'allait loin . ce fut la mémoire de celui qui les avait écrites. Pour diminuer un peu ses torts.

Nous nous retrouvons en soull'ert elle. Une . ne peut plus s'oul)lier. vif Il s'en joint pour nous . compagnie des personnages qu'elles nous dépeignent et qui . Nous sommes placés connue eux dans . I attiré vers elles. du passé ayant disparu et l'avenir ne se dessinant pas encore on ne sait plus à quoi s'attacher. : . l'habituant à tout. malgré semblent souvent être nos contemporains les années . intermédiaires les traditions les plus douloureuses de où. fois qu'on les a lues . fera trouver quel- que plaisir à vivre un moment dans la . si humaine si atlrayante jusque dans ses faiblesses. Elle connaissait comme nous. Le silence se faisait donc autant cette grantle gloire .OCTAVE savons par Plularque qu'il fallait 413 se cacher au Palatin pour lire ses ouvrages. FIN. c'est ce qui. c'est ce qui m'a d'abord . que possible autour de le mais la publication de ses lettres le rappela au souvenir de tout monde. hommes de avons ce temps sont en partie les nôtres et nous des maux dont ils se plaignaient. et nous comprenons bien qu'il leur soit arrivé souvent « Que je voudrais être de dire avec le vieil Hésiode mort plus tôt ou être n. les tristesses des . . peut-être. une de ces époques l'histoire . douce si aimable. ces mécontentements du présent et ces incertitudes du lendemain qui ne permettent pas de goûter un repos tranquille. On a vu par tout ce que je viens d'écrire. un autre plus encore. en . et la triste expérience qu'elle l'avait avait faite des révolutions dégoûtée de tout. A cet intérêt que la personne de Cicéron donne à sa tuelle et correspondance.plus tard » C'est ce qui donne pour nous un intérêt si triste et si vif -à la lecture des lettres de Cicéron . Elle n'avait pas plus que la nôtre de croyance solide . combien notre temps ressemble à l'époque dont ces lettres nous entretiennent. cette figure spiri.

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de Cicéron. 1 CiCÉRON DANS LA VIE PUBLIQUE ET PRIVÉE.. . . — Les lettres de Cicéron .. 221 27'J Le vainqueur Brutus..|i . La vie privée 83 129 Atticus CiELius. .TABLE DES MATIÈRES Introduction. La vie publique de Cicéron 25 25 . FIN DE LA TABLE DES MATIÈRF. — La jeunesse romaine au temps de César. .... . vaincus après Pharsale — Ses relations avec Cicéron — Le testament politique d'Auguste 321 38i Octave. Imp f'MT lirii)|)\l. 1G7 221 C^SAR ET Cicéron Cicéron et le camp de César dans et les les Gaules.

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113862 .

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ii/f .