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Denis Creissels, Cours de syntaxe générale 2004

Chapitre 22 Genres, classes nominales, classificateurs
1. Observations préliminaires Les termes de ‘genre’, ‘classe nominale’ et ‘classificateur’ s’utilisent couramment pour se référer à des aspects du système nominal qui ont une relation plus ou moins étroite avec une classification notionnelle des concepts signifiés par les noms, mais cette terminologie peut prêter à confusion : –dans la description de certaines familles de langues (langues Niger-Congo, langues caucasiennes du nord-est), le terme de classe nominale renvoie à un type d’organisation du système nominal qui ne diffère pas fondamentalement du genre des langues indo-européennes ou afro-asiatiques : dans les deux cas, il s’agit d’une partition de l’ensemble des lexèmes nominaux en sous-ensembles basée sur des phénomènes d’accord entre le nom et ses modifieurs, ou entre le nom et les pronoms (ou indices pronominaux) qui peuvent le représenter; –les termes de classe nominale et de classificateur suggèrent des affinités importantes entre les système de ‘classes nominales’ et les systèmes de ‘classificateurs’, alors que les systèmes de classificateurs des langues d’Asie du Sud-est ou d’Océanie n’ont pas grand-chose en commun avec les ‘classes nominales’ des langues africaines ou caucasiennes : les classificateurs des langues d’Asie du Sud-est ou d’Océanie sont des morphèmes qui apparaissent dans des conditions déterminées comme éléments obligatoires du constituant nominal et qui explicitent certaines caractéristiques sémantiques des noms, mais ils ne sont pas impliqués dans des phénomènes d’accord comparables à ceux qui caractérisent à la fois les genres indo-européens ou afro-asiatiques et les classes nominales africaines ou caucasiennes1. Avant de poursuivre, il est utile aussi de souligner qu’un nombre important de langues ignorent tout phénomène qui ressemblerait de près ou de loin à ce qui s’observe dans les langues où on reconnaît un système de classes nominales, de genres nominaux ou de classificateurs nominaux. C’est entre autres le cas des langues finno-ougriennes, des langues turques, du basque, du géorgien, des langues mandé, du zarma, du kanuri, etc. 2. Genres et classes nominales 2.1. La notion de classe d’accord Une comparaison des langues pour lesquelles l’usage du terme de genres nominaux est traditionnel avec celles pour lesquelles il est d’usage de parler de classes nominales ne permet pas d’attribuer à chacun de ces deux termes une valeur stable qui expliquerait pourquoi dans la description de certaines langues on parle de ‘genres nominaux’, alors que dans la description d’autres langues on parle de ‘classes nominales’ pour décrire des phénomènes manifestement très semblables.

Du point de vue terminologique, il serait donc souhaitable d’abandonner l’usage consistant à désigner comme ‘classificateurs’ les affixes qui, dans les langues Niger-Congo, marquent la classe nominale à laquelle appartient un mot. Un terme comme ‘marqueur de classe’ permet d’ailleurs d’éviter la confusion. chapitre 22, page 1 sur 15

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ce qui veut dire que la distinction systématique selon le sexe qu’on trouve par exemple dans dio-k ‘tu dis’ (en s’adressant à un homme) / dio-n ‘tu dis’ (en s’adressant à une femme) ne saurait être considérée comme la manifestation d’un système de genre. . il est impératif de définir une notion de genre indépendante de la notion de sexe.Denis Creissels. lorsqu’un adjectif sert à qualifier une femelle d’animal. (1). mais cette distinction n’apparaît pas dans les pronoms personnels (hi ‘toi’ peut s’utiliser indifféremment pour un interlocuteur de sexe masculin ou féminin. cas ou définitude.). Par exemple. ici encore. du moins au sens que donnent couramment à ce terme les grammairiens. etc. Par exemple. cas ou définitude . la construction des constituants nominaux implique des phénomènes d’accord entre le nom et ses modifieurs: il y a accord entre le nom et un modifieur lorsqu’un changement dans le nom peut impliquer un changement dans le modifieur. ce qui permet de mettre en évidence le fait que des phénomènes grammaticaux semblables à ceux auxquels donne lieu le genre dans les langues indo-européennes ou afro-asiatiques peuvent exister indépendamment du fait que leur fonctionnement mette ou non en jeu la distinction de sexe pour les êtres animés. la forme nuevo de l’adjectif nuevo/-a. une partie des marques de la deuxième personne familière distinguent systématiquement le masculin du féminin. le référence à la distinction de sexe peut se manifester systématiquement dans le langage sans que cela relève d’un système de genre au sens morphosyntaxique du terme. soit en termes de genre (grammatical). la forme nueva de l’adjectif nuevo/-a ‘nouveau/-elle’. Si dans le langage courant on peut s’accommoder de phénomènes de polysémie permettant dans certains contextes d’utiliser comme plus ou moins synonymes genre et sexe. il y a une tendance à utiliser systématiquement ce qui est en principe la forme diminutive de l’adjectif . Cours de syntaxe générale 2004 La notion de classe d’accord permet de dégager ce qu’il y a de commun aux langues couramment décrites. l’accord entre nom et modifieur peut mettre en jeu des distinctions grammaticales relativement indépendantes du lexème particulier qui fonctionne comme tête du constituant nominal : nombre. c’est-à-dire de définir le genre comme un phénomène morphosyntaxique qui a avec la distinction de sexe une relation certes fréquente. esta nueva casa / carretera / iglesia / ley / revista / … ‘cette nouvelle maison / route / église / loi / revue’ 2 D’ailleurs inversement. les noms qui sélectionnent au singulier la forme esta du déterminant démonstratif este/-a sélectionnent aussi la forme ninguna du déterminant ninguno/-a ‘aucun(e). où. et plus généralement la morphologie nominale du basque ne présente aucune distinction masculin / féminin. La définition de cette notion est purement formelle. comme l’illsutre l’ex. Dans beaucoup de langues. etc. pourvu qu’on ait avec lui une relation de familiarité). soit en termes de classes nominales. etc. ceux qui sélectionnent au singulier la forme este du déterminant démonstratif este/-a sélectionnent aussi la forme ningun(o) du déterminant ninguno/-a. mais d’une façon qui n’a pas grand-chose à voir avec un système de genre. dans la terminologie linguistique. chapitre 22. (1) a. et qu’on s’efforce d’expliciter ici. Comme cela a déjà été évoqué au chapitre 21. On peut dans le même ordre d’idées évoquer le cas des langues bantoues du sud (tswana. dans la morphologie verbale du basque. page 2 sur 15 . quels que soient les modifieurs avec lesquels ils se combinent. On parle de classes nominales ou de genres lorsque les deux conditions suivantes sont réunies : –les différences dans les propriétés d’accord des noms ne peuvent pas s’expliquer totalement comme manifestation de distinctions de nombre. en espagnol. mais qui n’a rien de nécessaire. on peut dire qu’une distinction de sexe tend à se grammaticaliser. On peut ainsi diviser l’ensemble des lexèmes nominaux de l’espagnol en sous-ensembles de lexèmes qui ont les mêmes propriétés d’accord. –plusieurs types de modifieurs présentent des phénomènes d’accord qui impliquent la même partition de l’ensemble des lexèmes nominaux en sous-ensembles. comme cela apparaît de manière particulièrement nette dans les systèmes de genre des langues Niger-Congo2. Il n’existe aucun nom qui puisse par exemple se combiner en même temps avec la forme esta du déterminant démonstratif este/-a et avec la forme nuevo de l’adjectif nuevo/-a.

On notera que. l’inventaire précis des genres mineurs pouvant varier d’un usage à l’autre . même si par ailleurs il y a des types sémantiques de noms (essentiellement ceux qui désignent des personnes humaines) pour lesquels la partition en genre sur la base des propriétés d’accord des noms coïncide plus ou moins avec une distinction sémantique. La classe numérotée 8/10 résulte de la confusion de deux classes distinctes du proto-bantou. page 3 sur 15 3 . mais il s’agit seulement d’une stratégie descriptive dont la justification est que. chapitre 22. et toute forme nominale doit nécessairement appartenir à l’un au moins de ces 12 sousensembles (éventuellement à plusieurs). este nuevo edificio / camino / templo / reglamento / periódico / … ‘ce nouveau bâtiment / chemin / temple / règlement / journal’ c. par contre. dans les descriptions des systèmes d’accord des langues bantoues. Les trous dans la numérotation (par exemple l’absence de classe 12 ou 13) tiennent au fait que le tswana a perdu des classes qui existaient en proto-bantou. (1a) et (1b) ont été choisis de façon à montrer que synchroniquement au moins. comme les langues bantoues. il n’est pas permis d’avoir le moindre doute sur le fait que les formes nominales du tswana se répartissent du point de vue de l’accord en 12 sous-ensembles. (2) pour illustrer chacune des 12 ‘classes nominales’ du tswana3. c’est-à-dire qui regroupent un nombre relativement important de lexèmes. Par exemple. et d’autre part la correspondance entre les formes de singulier et de pluriel présente des irrégularités qui font qu’on compliquerait inutilement la description en voulant répartir d’emblée en classes d’accord les lexèmes nominaux plutôt que les formes nominales. renvoie au système reconstruit en proto-bantou. en tswana.Denis Creissels. Cours de syntaxe générale 2004 b. les variations observées dans la relation entre singulier et pluriel et dans les propriétés d’accord de certaines formes font qu’il est permis d’hésiter sur le nombre de classes d’accord au niveau des lexèmes nominaux : la seule chose sûre à ce niveau est l’inventaire des genres majeurs. d’une part il est totalement impossible de dissocier morphologiquement marques de genre et marques de nombre. c’est-à-dire pouvoir s’accorder avec les différents types de modifieurs exactement de la même façon que l’une des 12 formes présentées à l’ex. classe 1 : motho ‘personne’ motho yo motho ofe motho osele motho wa motse motho yo montle ‘cette personne’ ‘quelle personne ?’ ‘une autre personne’ ‘personne du village’ ‘bonne personne’ La numérotation des classes. la partition de l’ensemble des lexèmes nominaux d’une langue romane en deux sous-ensembles selon leurs propriétés d’accord avec les modifieurs est un phénomène grammatical qui ne peut pas se réduire de façon simple à une classification notionnelle des lexèmes nominaux. dans les langues bantoues. *esta nuevo N d. C’est exactement la même chose qui s’observe dans les langues traditionnellement décrites en termes de classes nominales. *este nueva N Les noms qui figurent aux ex. purement conventionnelle. (2) a. la forme de singulier et la forme de pluriel d’un même nom sont généralement traitées comme deux entités distinctes.

Cours de syntaxe générale 2004 b. classe 4 : metse ‘villages’ metse e metse efe metse esele metse ya balemi metse e mentle ‘ces villages’ ‘quels villages ?’ ‘d’autres villages’ ‘villages de cultivateurs’ ‘bons villages’ e. classe 5 : lekau ‘garçon’ lekau le lekau lefe lekau lesele lekau la motse lekau le lentle ‘ce garçon’ ‘quel garçon ?’ ‘un autre garçon’ ‘garçon du village’ ‘bon garçon’ f. classe 2 : batho ‘personnes’ batho ba batho bafe batho basele batho ba motse batho ba bantle ‘ces personnes’ ‘quelles personnes ?’ ‘d’autres personnes’ ‘personnes du village’ ‘bonnes personnes’ c. page 4 sur 15 . classe 6 : makau ‘garçons’ makau a makau afe makau asele makau a motse makau a mantle g. classe 7 : selo ‘chose’ selo se selo sefe selo sesele selo sa motse selo se sentle ‘cette chose’ ‘quelle chose ?’ ‘une autre chose’ ‘chose du village’ ‘bonne chose’ ‘ces garçons’ ‘quels garçons ?’ ‘d’autres garçons’ ‘garçons du village’ ‘bons garçons’ chapitre 22. classe 3 : motse ‘village’ motse o motse ofe motse osele motse wa balemi motse o montle ‘ce village’ ‘quel village ?’ ‘un autre village’ ‘village de cultivateurs’ ‘bon village’ d.Denis Creissels.

Par exemple. dans les langues qui ont une partition des noms en classes ou genres selon leurs propriétés d’accord avec les différents types de modifieurs avec lesquels les noms peuvent se combiner. chacune des 12 classes nominales du tswana établies sur la base de l’observation des mécanismes d’accord entre le nom et ses modifieurs a ses propres pronoms chapitre 22. classe 15-17 : golo ‘endroit’ golo mo golo gofe golo gosele golo ga banna golo mo gontle ‘cet endroit’ ‘quel endroit ?’ ‘un autre endroit’ ‘endroit des hommes’ ‘bon endroit’ 2.2. classe 11 : lobone ‘lampe’ lobone lo lobone lofe lobone losele lobone lwa parafene lobone lo lontle ‘cette lampe’ ‘quelle lampe ?’ ‘une autre lampe’ ‘lampe à petrole’ ‘bonne lampe’ k. Mécanismes d’accord entre le nom et ses modifieurs et mécanismes d’accord entre le nom et les pronoms (ou indices pronominaux) qui le représentent Généralement. classe 14 : bojalwa ‘bière’ bojalwa jo bojalwa bofe bojalwa bosele bojalwa jwa motse bojalwa jo bontle ‘cette bière’ ‘quelle bière ?’ ‘une autre bière’ ‘bière du village’ ‘bonne bière’ l.Denis Creissels. Cours de syntaxe générale 2004 h. page 5 sur 15 . classe 9 : ngaka ‘médecin’ ngaka e ngaka efe ngaka esele ngaka ya motse ngaka e ntle ‘ce médecin’ ‘quel médecin ?’ ‘un autre médecin’ ‘médecin du village’ ‘bon médecin’ j. on observe aussi entre les noms et les pronoms (ou indices pronominaux) qui peuvent les représenter des phénomènes d’accord qui mettent en jeu la même partition de l’ensemble des lexèmes nominaux en sous-ensembles. classe 8-10 : dilo ‘choses’ dilo tse dilo dife dilo disele dilo tsa motse dilo tse dintle ‘ces choses’ ‘quelles choses ?’ ‘d’autres choses’ ‘choses du village’ ‘bonnes choses’ i.

Denis Creissels. pour chacune des 12 classes nominales du tswana. même si un nom en fonction de sujet est présent). classe 3 Motse o tlhabologile ‘Le village s’est développé’ Ke bonye motse ‘J’ai vu le village’ —> Ke o bonye Ba bua ka ga motse ‘Ils parlent du village’ —> Ba bua ka ga one d. classe 4 Metse e tlhabologile ‘Les villages se sont développés’ Ke bonye metse ‘J’ai vu les villages’ —> Ke e bonye ‘Je les ai vus’ Ba bua ka ga metse ‘Ils parlent des villages’ —> Ba bua ka ga yone ‘Ils parlent d’eux’ e. Cours de syntaxe générale 2004 et indices pronominaux. (3) a. classe 2 Banna ba lapile Ke thusitse banna Ke bua le banna c. avec une valeur anaphorique) et le pronom qui peut occuper dans la phrase des positions identiques à celle du nom auquel il se substitue. au moins partiellement différents de ceux qui peuvent représenter les formes nominales appartenant à d’autres classes. classe 7 Sefofu se lapile Ke thusitse sefofu Ke bua le sefofu ‘L’aveugle est fatigué’ ‘J’ai aidé l’aveugle’ ‘Je parle avec l’aveugle’ ‘Le garçon est fatigué’ ‘J’ai aidé le garçon’ ‘Je parle avec le garçon’ ‘Les hommes sont fatigués’ ‘J’ai aidé les hommes’ ‘Je parle avec les hommes’ —> Ke mo thusitse —> Ke bua le ene ‘Je l’ai aidé’ ‘Je parle avec lui’ —> Ke ba thusitse —> Ke bua le bone ‘Je les ai aidés’ ‘Je parle avec eux’ ‘Je l’ai vu’ ‘Ils parlent de lui’ —> Ke le thusitse —> Ke bua le lone ‘Je l’ai aidé’ ‘Je parle avec lui’ ‘Je les ai aidés’ ‘Je parle avec eux’ —> Ke se thusitse —> Ke bua le sone ‘Je l’ai aidé’ ‘Je parle avec lui’ chapitre 22. (3) présente. l’indice de sujet préfixé au verbe (dont la présence est obligatoire en tswana. l’indice d’objet préfixé au verbe (qui par contre n’apparaît qu’en l’absence du constituant objet. page 6 sur 15 . L’ex. classe 6 Makau a lapile ‘Les garçons sont fatigués’ Ke thusitse makau ‘J’ai aidé les garçons’ —> Ke a thusitse Ke bua le makau ‘Je parle avec les garçons’ —> Ke bua le one g. classe 5 Lekau le lapile Ke thusitse lekau Ke bua le lekau f. classe 1 Monna o lapile ‘L’homme est fatigué’ Ke thusitse monna ‘J’ai aidé l’homme’ Ke bua le monna ‘Je parle avec l’homme’ b.

page 7 sur 15 . Cours de syntaxe générale 2004 h. Le wolof illustre le cas inverse : dans la construction du constituant nominal. (4). classe 8-10 Difofu di lapile Ke thusitse difofu Ke bua le difofu i. Il faut noter aussi que. mais dans les pronoms de troisième personne et dans les indices pronominaux affixés au verbe n’apparaît aucune distinction en rapport avec les distinctions de classe qui se manifestent dans la construction du constituant nominal. mais dans l’accord avec les pronoms ou indices pronominaux il n’y a pas d’autre possibilité que d’utiliser le féminin – ex. lorsqu’un nom comme ministre se réfère à une femme. Par exemple en français. un même nom peut se comporter différemment dans les deux cas. l’anglais n’a pas de système d’accord entre le le nom et ses modifieurs qui permette de reconnaître à ce niveau un système de genres ou de classes nominales.Denis Creissels. mais seulement un accord entre les noms et les pronoms de troisième personne (he / she / it). chapitre 22. dans les langues qui ont des mécanismes d’accord à la fois entre noms et modifieurs et entre noms et pronoms. Par exemple. il est possible dans l’usage actuel de le traiter comme masculin ou féminin dans l’accord avec les modifieurs. le wolof a des mécanismes d’accord entre le nom et ses modifieurs semblables à ceux du tswana. classe 9 Ngaka e lapile Ke thusitse ngaka Ke bua le ngaka j. classe 11 Lobone lo thubegile ‘La lampe est cassée’ Ke lerile lobone ‘J’ai apporté la lampe’ —> Ke lo lerile ‘Je l’ai apportée’ kwa godimo ga lobone ‘au-dessus de la lampe’ —> kwa godimo ga lone ‘au-dessus d’elle’ ‘Le médecin est fatigué’ ‘J’ai aidé le médecin’ ‘Je parle avec le médecin’ ‘Les aveugles sont fatigués’ ‘J’ai aidé les aveugles’ ‘Je parle avec les aveugles’ —> Ke di thusitse ‘Je les ai aidés’ —> Ke bua le tsone ‘Je parle avec eux’ —> Ke e thusitse —> Ke bua le yone ‘Je l’ai aidé’ ‘Je parle avec lui’ k. classe 15-17 Golo go katologanye ‘L’endroit est loin’ Ke itse golo sentle ‘Je connais bien l’endroit’ —> Ke go itse sentle Ba bua ka ga golo ‘Ils parlent de l’endroit’ —> Ba bua ka ga ‘Je le connais bien’ gone ‘Ils en parlent’ Toutefois. classe 14 Bojalwa bo tshologile ‘La bière s’est renversée’ Ke nole bojalwa ‘J’ai bu la bière’ Ke duetswe ka bojalwa ‘Ils m’ont payé avec de la bière’ —> Ke bo nole ‘Je l’ai bue’ —> Ke duetswe ka jone ‘Ils m’ont payé avec’ l. il n’y a pas de relation nécessaire entre l’accord du nom avec ses modifieurs et l’accord du nom avec les pronoms (ou indices pronominaux).

5 (sg) / cl.) d.(sg) / me. Propiétés d’accord des noms et morphologie nominale Dans les langues où les noms se répartissent en genres ou classes selon leurs propriéés d’accord avec leurs modifieurs. la commutation entre préfixes de singulier et préfixes de pluriel permet de diviser les noms en types morphologiques. page 8 sur 15 . 2 (pl. (en parlant d’une femme.3.(sg) / ba.(pl) cl. et il n’y a que très peu de noms qui n’entrent pas dans l’une des correspondances entre types morphologiques et classes d’accord énumérées en (5). type morphologique : accord : ex. : mo-tse / me-tse ‘village(s)’ le. on observe souvent une correspondance plus ou moins étroite entre les propriétés d’accord des noms et leurs caractéristiques morphologiques.(pl) cl. 1 (sg) / cl. : ngaka / di-ngaka ‘médecin(s)’ chapitre 22. elle paraît très compétente 2. 4 (pl. en tswana. 2 (pl.) c. (en parlant d’un homme) J’ai vu le nouveau ministre à la télévision .(pl) cl. 7 (sg) / cl.) mo-nna / ba-nna ‘homme(s)’ Ø (sg) / bo. 9 (sg) / cl. 1 (sg) / cl. type morphologique : accord : ex. (5) a. 8-10 (pl.(sg) / di.(pl) cl. : mo.) f. type morphologique : accord : ex. (en parlant d’une femme. elle paraît très compétente c. il paraît très compétent b. type morphologique : accord : ex. : se-lo / di-lo ‘chose(s)’ Ø (sg) / di. : le-kau / ma-kau ‘garçon(s)’ se. type morphologique : accord : ex.(pl) cl. type morphologique : accord : ex.Denis Creissels.) e.) b. Par exemple. 3 (sg) / cl. 8-10 (pl. Cours de syntaxe générale 2004 (4) a. 6 (pl. : nt‰he / bo-nt‰he ‘autruche(s)’ mo. première possibilité) J’ai vu le nouveau ministre à la télévision .(pl) cl. deuxième possibilité) J’ai vu la nouvelle ministre à la télévision .(sg) / ma.

genre des langues dravidiennes). La question de la motivation sémantique de la répartition des lexèmes nominaux en sous-ensembles selon leurs propriétés d’accord Dans les langues qui ont des mécanismes d’accord du type présenté dans les sections précédentes. type morphologique : accord : ex. : go-lo ‘endroit’ Mais dans d’autres langues qui ont également une répartition des lexèmes nominaux en classes d’accord (par exemple dans les langues romanes). et qui généralement laissent subsister pas mal d’exceptions. type morphologique : accord : ex. masculin / féminin (classes nominales des langues causasiennes.(sg) / ma. 8-10 (pl.Denis Creissels. il y a une relation évidente entre le genre des noms qui désignent des êtres animés et le sexe de la personne ou de l’animal auquel ils se réfèrent.) h. 15-17 j. et il est impossible de faire une quelconque généralisation sémantique à propos du genre des noms d’inanimés. : lo. la correspondance entre classes d’accord et types morphologiques de noms est beaucoup moins régulière.(sg) / di. Cours de syntaxe générale 2004 g. : lo-bone / di-pone ‘lampe(s)’ bo. 11 (sg) / cl. les choses ne sont pas aussi claires. ± animé. bien que s’appliquant indifféremment à des personnes des deux sexes). vedette ou victime sont invariablement féminins. mais ce sont seulement des prédictions partielles (il est par exemple impossible de faire une prédiction sur le genre des noms terminés par -e). Une situation semblable caractérise les systèmes de classes nominales des langues NigerCongo : on peut souvent observer une tendance des noms qui ont en commun certains traits sémantiques à se regrouper dans certaines classes. En espagnol par exemple. la question de savoir si la répartition des noms en sous-ensembles selon leurs propriétés d’accord est sémantiquement motivée ou au contraire arbitraire est souvent une question délicate.) i. On peut trouver des langues qui ont une relation très évidente et très simple entre la division des noms en classes d’accord et des traits sémantiques comme ± humain. type morphologique : accord : ex. mais dans les systèmes de genre des langues indo-européennes aussi bien que dans les systèmes de classes nominales des langues bantoues. mais cette relation connaît un certain nombre d’exceptions (par exemple personne. page 9 sur 15 .(sg) / ma.4. 6 (pl. : bo-jalwa / ma-jalwa ‘bière(s)’ go. 11 (sg) / cl.) lo-sea / ma-sea ‘bébé(s)’ lo. type morphologique : accord : ex.(sans distinction entre singulier et pluriel) cl. 14 (sg) / cl.(pl) cl. la terminaison des noms permet souvent de faire des prédictions sur leur genre.(pl) cl. Par exemple en français. 6 (pl. 2.(pl) cl. mais il est impossible de synthétiser ces tendances en une classification exhaustive des concepts signifiés par les noms qui permettrait chapitre 22.

et les classificateurs qui apparaissent dans le syntagme numéral + nom sont les mêmes que ceux qui apparaissent dans chapitre 22. Cours de syntaxe générale 2004 de prédire globalement leur répartition en classes d’accord. dans lesquels tout nom doit nécessairement appartenir à un genre ou à une classe) . ma-rogo et ma-rokgwe. alors que dans les systèmes de classes nominales. les classificateurs explicitent l’appartenance des noms qu’ils accompagnent à certaines catégories conceptuelles. qui a pris le même préfixe et les mêmes propriétés d’accord que mo-re ‘substance médecinale ou magique’. à partir du moment où le modifieur introduit participe au système des accords en classe. dans les systèmes Niger-Congo de classes nominales.1. la combinaison de noms avec des numéraux ou avec des démonstratifs fait également apparaître des classificateurs. l’usage terminologique retenu dans ce cours consiste à réserver le terme de classificateur à des morphèmes qui accompagnent les noms et qui ont les caractéristiques suivantes : –à la différence des modifieurs du nom. C’est ce qui s’est passé par exemple. et doivent nécessairement se combiner avec leur classificateur . mais n’expriment pas des opérations sémantiques sur le signifié du nom (ce qui veut dire notamment qu’en fonction des contextes. 3. mo-tsoko ‘tabac’. les noms peuvent apparaître seuls avec le même sens que lorsqu’ils sont accompagnés de leur classificateur) . –la relation entre noms et classificateurs ne concerne pas nécessairement la totalité des noms d’une langue (à la différence des systèmes de genres ou de classes nominales. mo-tokwane ‘marijuana’. di-kepe. L’observation de l’intégration des termes d’emprunt peut fournir des indications intéressantes sur le degré de motivation sémantique des systèmes de genres ou de classes nominales : il est raisonnable de penser qu’une motivation sémantique forte doive se traduire par une tendance des emprunts à adopter les propriétés d’accord de noms avec lesquels ils ont des affinités sémantiques. du néerlandais scheer) se sont intégrés à la classe 7 simplement parce qu’il était possible de réanalyser le s initial du mot néerlandais comme préfixe de classe 7. les noms qui sont associés à un classificateur ne peuvent pas apparaître seuls. di-kolo. la distinction de sexe ne se manifeste pas dans la répartition des lexèmes nominaux en classes d’accord. du néerlandais school) et se-kere ‘ciseaux’ (pl. mais ne s’affixent pas au nom lui-même – un classificateur ne peut pas se répéter dans les limites d’un même constituant. Mais dans la majorité des cas. avec le nom mofine ‘vin’ (emprunté au néerlandais au XIXème siècle). Classificateurs 3. –à la différence des morphèmes qui marquent l’appartenance d’un nom à une classe nominale (parfois improprement désignés comme classificateurs).Denis Creissels. les classificateurs proprement dits peuvent constituer des mots à part ou s’affixer à des modifieurs du nom. –dans des conditions déterminées. du néerlandais schip).De même. page 10 sur 15 . bo-rogo ‘pont’ (du néerlandais brug) et bo-rokgwe ‘pantalon’ (du néerlandais broek) se sont intégrés à la classe 14 simplement parce qu’il était possible de réanalyser le b initial du mot néerlandais comme préfixe de classe 14 et former ainsi les pluriels ma-rotho. di-kere. le traitement des emprunts en tswana n’a rien à voir avec la nature du signifié et s’explique seulement par des facilités de traitement morphologique: par exemple. bo-rotho ‘pain’ (du néerlandais brood ). Observations générales sur les classificateurs Pour des raisons déjà exposées à la section 1. se-kepe ‘bateau’ (pl. en chinois –ex. (6). en tswana. l’introduction de modifieurs supplémentaires conduit à la répétition des marques caractéristiques de la classe à laquelle appartient le nom. Par exemple. La différence avec le genre des langues indo-européennes ou sémitiques est que. se-kolo ‘école’ (pl.

(6) a. zhei liu ben shu zhei liu DEM tiao niu DEM six CLAS livre ‘ces six livres’ six CLAS vache ‘ces six vaches’ (7) a. shu ‘livre(s)’ niu ‘vache(s)’ b. page 11 sur 15 . wa-toto CL2-enfant wa-wili CL2-deux ‘deux enfants’ vi-ti CL8-chaise ‘deux chaises’ vi-wili CL8-deux d. le cumul d’un démonstratif et d’un numéral dans le même constituant nominal ne conduit pas à la répétition du classificateur. Kaj te’ tahnaj ixpij rouge plante mûre tomate ‘La tomate mûre est rouge’ (litt. wa-toto CL2-enfant wa-wili ha-wa CL2-deux DEM-CL2 vi-ti CL8-chaise vi-wili hi-vi CL8-deux DEM-CL8 ‘ces deux enfants’ ‘ces deux chaises’ On peut noter aussi que très souvent. et dans ce cas.O3S homme Juan animal serpent ‘Juan a vu le serpent’ (litt. les classificateurs existent aussi avec le statut de nom. Cours de syntaxe générale 2004 le syntagme démonstratif + nom. en chinois. comme dans l’ex. (7) . mais il y plusieurs différences importantes que permet de constater la comparaison avec le swahili –ex.Denis Creissels. liu ben shu liu tiao niu six CLAS livre ‘six livres’ six CLAS vache ‘six vaches’ d. on peut sémantiquement les caractériser comme hyperonymes des noms avec lesquels ils se combinent lorsqu’ils font fonction de classificateur.TAM. zhei ben shu DEM CLAS zhei tiao niu DEM CLAS livre vache ‘ce livre’ ‘cette vache’ c. démonstratif et numéral ont chacun leur marque de classe (et la marque de classe apparaît en outre sur le nom lui-même). (8) a. m-toto / wa-toto CL1 CL2 ‘enfant / enfants’ ki-ti / vi-ti CL7 CL8 ‘chaise / chaises’ b. ‘Plante mûre tomate (est) rouge’) chapitre 22. Xil naj Xuwan no’ lab’a voir. alors qu’en swahili. en particulier. ‘Homme Juan a vu animal serpent’) b. m-toto CL1-enfant ‘cet enfant’ hu.yu DEM-CL1 ki-ti CL7-chaise hi-ki DEM-CL7 ‘cette chaise’ c.S3S. popti’ (jakaltek) (8). ce qui d’une certaine façon rappelle l’accord en classe dans les systèmes de type bantou.

L’ex. qui apparaissent lorsque le nom se combine avec des numéraux. le cas le plus banal étant celui où la présence du classificateur est nécessaire si et seulement si le nom est combiné à un modifieur d’un type particulier.1. tzotzil (10) donne une autre illustration de ce type de classificateur.2. Le classificateur -p’ej de l’ex. On ne cherchera pas ici à présenter un inventaire exhaustif. gras DEM acheter. Les différents types de classificateurs Les classificateurs peuvent être répartis en plusieurs types selon ce qui conditionne leur apparition. Comme l’illustre l’ex. chinois (6) ci-dessus. Une particularité intéressante des classificateurs nominaux du popti’ est qu’ils fonctionnent aussi comme l’équivalent de pronoms : dans l’ex. Cours de syntaxe générale 2004 3. Classificateurs numéraux Les classificateurs numéraux.TAM.TAM. (9) Xinloq’ [hune’ no’ txitam baq’ich tu’] ying q’ing. il n’est pas rare que les mêmes classificateurs apparaissent lorsque le nom se combine avec un démonstratif.2. et réapparaît ensuite occupant à lui seul dans la phrase une place de constituant nominal.S1S. et ils peuvent accompagner le nom dépourvu de tout modifieur. sont un type particulièrement commun de classificateurs. page 12 sur 15 . mais seulement à présenter les types les mieux établis de classificateurs.2. le nom qui le désigne de façon précise apparaît accompagné de l’hyperonyme qui pourra suffire à le représenter dans la suite du discours. Ce sont précisément des classificateurs de ce type qui appaissaient dans l’ex. (8) ci-dessus. On notera qu’en tzotzil.S3S animal mais il est mort hier’ Cet emploi des classificateurs nominaux du popti’ résulte de la grammaticalisation de l’utilisation de noms de sens relativement général (qui sont par ailleurs devenus des classificateurs) pour représenter des référents préalablement introduits dans le discours au moyen d’un de leurs hyponymes. ou plus généralement avec des quantifieurs. Il s’agit là d’un phénomène discursif probablement universel.O3S un animal cochon ‘J’avais acheté ce cochon gras pour la fête. (9). dans les langues d’Asie du sud-est (où ce type de classificateur est particulièrement répandu). no’ ‘animal’ apparaît une première fois comme classificateur à l’intérieur du constituant nominal hune’ no’ txitam baq’ich tu’ ‘litt. les classificateurs numéraux s’affixent aux numéraux.Denis Creissels.2. De tels classificateurs n’ont été signalé que dans très peu de langues. qu’illustrerait en français une phrase comme Un cochoni était allongé dans la cour. pour fête yaj xkam [no’] ewi hier mais mourir. ‘ce gros animal cochon’. Classificateurs nominaux Les classificateurs qu’il a été proposé d’appeler ‘classificateurs nominaux’ font en un sens exception à ce qui est le fonctionnement le plus courant des classificateurs. chapitre 22. car leur apparition ne dépend pas de la présence de tel ou tel type de modifieur. 3. avec le fonctionnement d’un pronom qui représente le référent précédemment introduit par le constituant nominal hune’ no’ txitam baq’ich tu’ . L’originalité d’un système tel que celui du popti’ est que lorsque le référent est introduit pour la première fois. l’animali semblait dormir. 3.

ou l’introduction d’un mensuratif : gorgée de bière. Classificateurs génitivaux Les classificateurs génitivaux (désignés de manière équivalente comme classificateurs possessifs) ont la particularité de n’apparaître que si le nom se combine avec un modifieur génitival ou avec un possessif. ou bien sa recatégorisation implicite comme comptable (trois bières peut ainsi selon le contexte s’interpréter comme trois variétés de bière ou trois verres de bière). Le propre des mensuratifs (dont l’emploi est plus ou moins important selon les langues en fonction de la façon dont chaque langue codifie la catégorisation des noms selon le trait ±continu –cf. chapitre 22. (10) a.2. Par exemple. comme le ponapéen –ex. en français. tonneau de bière. et de signifier l’opération par laquelle est constitué. (6) et (10) ci-dessus est que les mensuratifs précisent la constitution de l’un des types d’individus comptables qu’il est possible de concevoir à partir de la substance à laquelle se réfère le nom (ce qui implique que le même nom puisse se combiner avec des mensuratifs différents pour signifier différentes individualisations possibles de la substance en question). les autres étant des mensuratifs. De tels classificateurs ont été rencontrés principalement dans des langues océaniennes. j-ch’ix tzajal kantela un-CLAS rouge chandelle ‘une chandelle rouge’ Le problème essentiel que posent les classificateurs numéraux. Nous les examinerons de façon plus approfondie au chapitre 25. à partir de la substance en question. La différence sémantique entre les mensuratifs et les classificateurs numéraux illustrés par les ex. goutte de bière. etc. j-p’ej k’anal alaxa orange un-CLAS jaune ‘une orange jaune’ b. et -ch’ix –(10b)– se suffixe aux numéraux accompagnant un nom d’objet de forme allongée. litre de bière. tandis que les classificateurs numéraux n’expriment pas le choix d’un mode particulier d’individualisation et ne font qu’expliciter des caractérisques sémantiques des individus que l’on compte. Par exemple. 23) est de se combiner à des noms conçus comme se référant à des substances qui ne se présentent pas de manière immédiate comme des collections d’individus pouvant être comptés. page 13 sur 15 . comme le panare –ex.Denis Creissels.3. verre de bière. est qu’ils se confondent facilement avec les termes de mesure (ou mensuratifs). seule une petite partie des mots énumérés comme classificateurs dans les descriptions du chinois sont réellement des classificateurs. il n’est pas facile de distinguer les syntagmes numéral + mensuratif + nom des syntagmes numéral + classificateur + nom. 3. un type d’individu pouvant être compté. (11b). dans les langues qui ont des classificateurs numéraux. Du point de vue grammatical. (11a). la combinaison d’un nom comme bière avec un numéral implique. ch. qui par contre s’utilisent universellement dans la quantification des noms massifs. et les descriptions de ces langues donnent généralement des inventaires de ‘classificateurs’ qui en réalité mêlent classificateurs proprement dits et mensuratifs. qui au sens strict du terme existent seulement dans certaines langues. et dans des langues amazoniennes. Cours de syntaxe générale 2004 (10a) se suffixe aux numéraux accompagnant un nom d’objet rond.

conjointement à un nom. y-ukung wanë 1S-liquide miel ‘mon miel’ (litt. et des systèmes à accord de classe de type Niger-Congo. si par exemple deux noms font apparaître la même marque de classe sur les démonstratifs. où chaque nom est affecté à une classe nominale qui doit être explicitée chaque fois qu’est introduit un modifieur participant au système d’accord en classe. Cours de syntaxe générale 2004 (11) a. ‘véhicule’. etc.4.3. les critères de sélection varient selon le modifieur qui conditionne l’apparition du classificateur.5. ‘objet pour couper’. chapitre 22. mais plutôt selon l’utilisation que peut en faire leur possesseur : on rencontre en effet couramment des classificateurs génitivaux avec des signifiés comme ‘aliment’. Le problème qui peut se poser alors est de tracer la limite entre des systèmes mettant en jeu plusieurs systèmes de classificateurs conditionnés chacun par la présence d’un certain type de modifieur. –la particularité des classificateurs génitivaux est qu’ils ne se réfèrent pas primordialement à une classification des objets concrets selon leur forme. 12 section 8. qu’on peut désigner comme ‘incorporation classificatoire’ – cf. l’hypéronyme du nom apparaît incorporé à un verbe dont ce nom représente un argument. Il s’agit donc là d’un type particulier d’incorporation. dans les systèmes de classes nominales de type Niger-Congo. Plusieurs systèmes différents de classificateurs dans la même langue Il est possible que des classificateurs de types différents coexistent dans la même langue (par exemple on trouve en Océanie des langues qui possèdent à la fois un système de classificateurs numéraux et un système de classificateurs génitivaux). Le critère essentiel pour faire la distinction est que. 3. sur les numéraux. 3.3. etc. were-i pwoht véhicule-1S barque ‘ma barque’ (litt. au lieu d’apparaître dans les limites du constituant nominal. avec une distinction fondamentale entre ‘sphérique’. mais. apparaît ce qu’on peut considérer comme un hypéronyme de ce nom. ‘boisson’. ‘mon liquide miel’) 3. Classification nominale et incorporation On trouve parfois le terme de ‘classificateurs verbaux’ pour parler d’un phénomène qui présente certaines ressemblances avec le fonctionnement des classificateurs décrit dans ce qui précède. ‘mon véhicule barque’) b. ‘long et rigide’ et ‘plat et souple’ . la classification des objets concrets selon leur forme joue un rôle important dans la structuration des systèmes de classificateurs. Il s’agit en effet de constructions dans lesquelles. page 14 sur 15 . Le sémantisme des classificateurs L’observation des distinctions sémantiques qui structurent les systèmes de classificateurs dans des langues variées autorise les deux généralisations suivantes : –à l’exception des classificateurs génitivaux. Par contre.Denis Creissels. ch. ‘animal domestique’. ils font apparaître aussi la même marque de classe sur les possessifs. le choix des marques de classe qui apparaissent affixées à chaque type de modifieur met en jeu une répartition des lexèmes nominaux en sous-ensembles qui ne varie pas d’un modifieur à l’autre : sous réserve de complications dûes à des homonymies provoquées par des processus morphophonologiques. dans les systèmes océaniens dans lesquels coexistent plusieurs types de classificateurs.

qui ne s’applique manifestement pas à de tels morphèmes. Cours de syntaxe générale 2004 3. Mais dans l’analyse de la langue. dans la mesure où il délimite le type de signifié que peuvent avoir les noms qu’il permet de former. les morphèmes qui servent simplement à former des noms dérivés ne doivent pas être confondus avec les classificateurs au sens de la définition retenue dans ce cours. car dans cet usage. Classification nominale et dérivation On trouve enfin parfois un usage du terme de classificateur qui peut prêter à confusion. Le problème est que n’importe quel morphème qui permet de former des noms est d’une certaine façon impliqué du point de vue cognitif dans un phénomène de catégorisation ou classification. etc. Par exemple. poir-ier. le terme de classificateur s’applique tout simplement à des morphèmes de dérivation qui permettent de former des noms à partir d’autres noms. chapitre 22. page 15 sur 15 .Denis Creissels. en français. -ier peut servir à former des noms d’arbres (pomm-ier.6. mangu-ier.).