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Crise alimentaire mondiale : le FMI et la banque mondiale craignent le pire Une trentaine de pays sont touchés, la plupart en Afrique

Face à la multiplication des « émeutes de la faim », la crise alimentaire est devenue depuis ce week-end une priorité pour les grandes organisations internationales, le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque mondiale en premier lieu. L’heure est grave : la situation risque d’empirer dans les semaines et les mois à venir. Dossier : Vie chère lundi 14 avril 2008, par Hanan Ben Rhouma « Choc alimentaire mondial », un véritable « tsunami économique et humanitaire ». En qualifiant la crise actuelle ainsi, Louis Michel, commissaire européen au Développement et à l’Aide humanitaire, a très bien saisi son ampleur et sa gravité. Ce phénomène a fait l’objet dimanche d’une réunion du Comité de développement de la Banque mondiale à Washington. Son président, Robert Zoellick, a appelé les Etats à intervenir d’urgence pour éviter que la crise ne s’aggrave et n’appauvrisse davantage les quelques 100 millions de pauvres que compte la planète. Cette déclaration vient à l’heure où un certain nombre de pays sombre dans l’instabilité politique, économique et sociale. Les « émeutes de la faim » se multiplient et deviennent de plus en plus violentes en Egypte, en Côte d’Ivoire, au Cameroun, au Burkina Faso, au Sénégal, à Madagascar ou encore aux Philippines et en Haïti, pour ne citer que ces pays. Les morts se comptent par dizaines. Au Cameroun, on en compte une cinquantaine depuis février. En Haïti, Etat le plus pauvre du continent américain, le gouvernement a été renversé samedi après plus d’une semaine d’émeutes. L’Afrique, continent le plus touché La Banque mondiale estime que 33 pays pourraient connaître des troubles politiques et des désordres sociaux en raison de la forte hausse des prix des produits alimentaires et énergétiques. La FAO, organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, évalue leur nombre à 37, africains pour la plupart. Dans les pays les plus pauvres, le budget alimentaire constitue déjà les trois quarts du budget total d’un ménage (contre 15% dans les pays développés). Quand les prix ne sont pas indexés sur les salaires, que faire ? La Banque mondiale prévoit de doubler ses prêts agricoles en Afrique en les portant à 800 millions de dollars et propose également aux fonds souverains de consacrer 30 milliards de dollars (soit 1% de leur actif) aux investissements en Afrique. D’autre part, le programme alimentaire mondial (PAM) avait réclamé près de 500 millions de dollars à la communauté internationale avant le 1er mai. R. Zoellick a indiqué qu’il a déjà

Or. Ces dernières années. prêts immobiliers à risque qui se sont titrisées et qui a entrainé des pertes financières colossales et des faillites. . rapporteur spécial des Nations Unies pour le droit à l’alimentation. Les biocarburants au détriment de l’autosuffisance alimentaire Les causes sont multiples. Certaines denrées agricoles telles que le soja sont presque exclusivement consacrées à l’alimentation animale. franchement. Les habitudes alimentaires changent et « s’occidentalisent » fortement. a t-il ajouté. Mais deux d’entre elles sont régulièrement citées. a pour sa part estimé que le monde se dirige « vers une très longue période d’émeutes.5 milliards de personnes à plus de 9 milliards d’ici 2050. a reconnu R. La crise alimentaire survient en pleine crise financière dite des « subprimes ». de grands groupes industriels ont cherché une alternative possible à l’« or noir ». La mauvaise santé de l’économie mondiale n’augure rien de bon. « les conséquences seront terribles ». Face au défi environnemental et à l’envolée du prix du pétrole. Jean Ziegler. Si la hausse continue à ce rythme-là. DSK : « Les conséquences seront terribles » Dans un entretien à Libération publié lundi. a lancé Dominique Strauss-Kahn. Mais ce sont les biocarburants qui font l’objet de critiques de plus en plus virulentes. Mais « ce n’est pas assez ». une classe moyenne est apparue au fur et à mesure que les salaires ont augmenté. « il demeure urgent que les gouvernements interviennent ». nous ne pouvons attendre jusque là ». Zoellick. ce genre de situations se finit parfois en guerre ». directeur général du FMI. La croissance des biocarburants se trouve dopé. des vagues de déstabilisation régionale incontrôlable » liés à la hausse des prix et à la pénurie des denrées alimentaires. La hausse de la demande des pays émergents comme la Chine et l’Inde explique en partie la crise. « Mais. se saisira de ces deux dossiers. Une concurrence « déloyale » qui mine la production alimentaire et met à mal les populations des pays en développement. « Comme nous l’avons appris dans le passé. Le G8 Finances. qui se réunira en juin prochain au Japon. de conflits. 64% des terres cultivables de la planète sont dédiées à la nourriture de bétail. a-t-il insisté. Celle-ci passera de quelque 6. Selon le FMI. 20 à 50% de la production mondiale de colza et de mais ont ainsi été détourné de leur usage initial. La consommation de viande prend une place de plus en plus manifeste.reçu plus de la moitié de la somme. Autre fait notable : les terres cultivables ne cessent de décroître au fur et à mesure que la population mondiale augmente et s’urbanise.