Résumés des conférences

341

Ph i lologi e des t ext es bou ddh iqu es d ’A s i e C e n t r a l e
Directeur d’études : M. Georges-Jean Pinault
Programme de l’année 2010-2011 : I. Syntaxe tokharienne : lecture de textes. — II. Questions de dérivation nominale.

Le programme initialement prévu s’est trouvé modifié par les intérêts des auditeurs et par des circonstances externes, notamment le transfert des enseignements depuis la Sorbonne vers un autre site. Néanmoins, les auditeurs ont été remarquablement assidus tout au long de l’année. À la suite des premières conférences, l’enseignement s’est concentré sur la dérivation nominale, ce qui répondait au souhait général de l’auditoire. La matière est très riche, et surtout cet aspect des langues tokhariennes n’est pratiquement pas abordé dans les manuels. Le seul ouvrage qui donne un aperçu des différents suffixes nominaux en tokharien est un des trois tomes du livre d’A. J. Van Windekens : Le tokharien confronté avec les autres langues indo-européennes, vol. II, 1 : La morphologie nominale (Louvain, 1979), première partie, « La formation des noms », p. 3-161. En dehors des idiosyncrasies de l’auteur, dues à sa pratique sans contrôle de l’étymologie, le plan suivi n’était pas satisfaisant, car il distinguait deux grandes catégories : « Suffixes d’origine indo-européenne » et « Suffixes construits par le tokharien au moyen d’éléments indo-européens ». Cette division n’a pas de justification, puisque la valeur et la fonction des suffixes ne peuvent s’observer qu’en synchronie : dans une langue indo-européenne, ils sont tous d’origine indo-européenne, en dehors évidemment des suffixes empruntés à des langues non indo-européennes. Dès le proto-indo-européen, il existait des suffixes « complexes », issus de suffixes plus simples. Les processus de combinaison et de re-segmentation se poursuivent au cours de l’histoire de chaque langue pour donner de « nouveaux » suffixes. Ces processus sont solidaires d’évolutions fonctionnelles : passage d’une formation dénominative à une formation déverbative, ou vice-versa. Il est donc préférable de partir des suffixes attestés dans les deux langues tokhariennes (A et B), et reconstruire ceux qui ont appartenu au tokharien commun. En cas de divergence entre les deux langues, il faut évidemment tenter de l’expliquer par une restructuration. On doit évidemment distinguer entre les formations productives et les vestiges de formations héritées qui ont cessé de servir de modèles à de nouvelles formations. Outre l’ouvrage mentionné plus haut, l’excellent livre de W. Krause, bien que consacré à la morphologie verbale (Westtocharische Grammatik. I : Das Verbum, Heidelberg, 1952), contient des observations très utiles sur les noms verbaux : gérondifs, infinitif, privatif, participes, et aussi noms d’agent, certains noms d’action, etc. Outre quelques articles consacrés à la fonction et à la structure de certains suffixes, la seule monographie disponible est due à J. Hilmarsson : The Nasal Prefixes in Tocharian. A study in word formation (Reykjavík, 1991, TIES Suppl. Series, vol. 3). Comme son titre l’indique, cet ouvrage classe

indication » < *diḱ-. au profit de la généralisation du thème en *-(V)r. dénominatif d’un nom disparu *tsäk. « sang ». En raison de la chute de *-s final. et parallèlement à la généralisation de *-ol dans les thèmes en liquide.« inébranlable ». Risch. On peut distinguer plusieurs variétés selon les types de flexion. com. on peut proposer la synthèse suivante. Comme dans beaucoup de langues. Thèmes en *‑r-. En dehors de l’héritage du nom *nókw-t.4. De plus. com.« soir » dans des dérivés. sous la forme *-æl. 1. 2. *-wos-. Comme en anatolien. Debrunner. gr. cf. dont certains survivent dans des composés qui ne sont plus analysables en synchronie. *-us-ih2-.dont les premiers remontent à un type de composé indo-eur. ainsi que le conditionnement éventuel des formes sans nasale. bout. et de *-oi dans les thèmes . La sifflante finale survit parfois au pluriel.de noms athématiques à suffixe *-t-. A āk.« irrésistible ».342 Annuaire – EPHE. En réalité. gr. il est sous-jacent à la formation productive de noms résultatifs en *-ælmæ. la persistance de la formation est prouvée par le verbe tokh. B tskäññ. on y trouve deux grandes catégories : 1) des composés à préfixe tokh. sur le plan structurel. et correspondent à divers types flexionnels. À la suite de ces modèles. ἄλυτος « impossible à délier ». 1974). par exemple dans les adjectifs en B -ssu. et les seconds à des hypostases de syntagmes contenant la préposition issue d’indo-eur. Noms-racines. *(h1)én « dans » . qui présuppose donc l’héritage du nom *h2áḱ-os « pointe. respectivement pour le sanskrit et le grec ancien : A. B tserme « fossé » < *tsär-ælmæ. ἄσχετος. 2) la formation de privatif. B camel (A cmol) « naissance » < *cämæl. L’enquête de Hilmarsson visait surtout à déterminer la distribution des diverses variantes. type akessu « final » < tokh. qu’il mettait en relation avec l’accentuation des formations en question en tokharien commun. qui remonte au suffixe de participe parfait. com.ou *yä(n).< indo-eur. ce type est devenu productif sous forme complexe. Wortbildung der homerischen Sprache (Berlin - New York. Cependant. A -t) < *-to-. a hérité de quelques noms. à côté de *-eto-. et le suffixe *-tæ (B -tte.3. Noms à suffixe consonantique. 1954) et E.2. « eau ».« marque. Altindische Grammatik.remontant à la négation *n̄-. Le suffixe simple a connu une certaine productivité. 2.« montrer ». type B śaul (A śol) « vie » < *śāwäl. quelques noms du vocabulaire de base (« feu ». fin » > B āke (pl.). B sleme (A slam) « flamme » < *säl-ælmæ. Le tokh. Thèmes en *-s-. La seule formation vivante est le suffixe de participe prétérit. akenta). l’allomorphe *-wor a été généralisé. av. type B wpelme « tissu ». *æ(n). cf. azgata. une partie des nombreux verbes en AB -tkpeut reposer sur des présents dénominatifs en *-sḱe/o. Thèmes en *-t-. Le cadre descriptif nous a été fourni par des ouvrages exemplaires qui sont consultés par tous les comparatistes. ces noms ne présentent plus guère de différence avec les noms thématiques. Le caractère hétéroclitique a disparu. sur le modèle probable de l’allomorphe *-os dans les thèmes neutres en *‑(e/o)s-. type véd. 2.« marquer. Il est rendu en partie méconnaissable par des faits courants de dissimilation ou d’assimilation de liquide. et surtout dans des dérivés secondaires. fém.1. à préfixe *(h1)n̄« dans ». connu par d’autres langues. II/2 : Die Nominalsuffixe (Göttingen. A partir des thèmes en *-wer/n-. etc. souvent concrétisés. *-ol-. dont certains étaient des thèmes hétéroclitiques en *-r/n-. tout en signalant des points particuliers. *ākæs-wō(n). á-cyuta. nomracine de *deiḱ. SHP — 143e année (2010-2011) les matériaux sur une base formelle de surface. Thèmes en *‑l-. ont été hérités. On trouve des noms d’action. etc. caractériser ». 2. 2. avec préfixe *æ(n).

iter. prakrauñe « solidité » en regard de l’adjectif prākre). qui subsiste parfois tel quel (cf. cf. On peut se demander si ce type ne repose pas en définitive sur d’anciens noms en *-mo-. En particulier. com.« roi ». τέκμαρ « marque » et τέκμωρ « terme ». Ce suffixe d’abstrait / collectif. devenu très productif. wmāri) ont été invoqués à l’appui d’une allomorphie *-mor vs. Cet allomorphe est reflété par tokh. Depuis longtemps. comme dérivés d’une racine signifiant « voir ». évidemment influencé par les autres noms de parenté. qui auraient été pourvus d’abstraits en *-mr̥ sur le modèle de *h1éi-tr̥ / *h1i-tén« trajet » (cf. B lantuññe « royauté ». B wamer (pl. tālorñe « misère ». Néanmoins. adv.5. hétéroclitique en *-mer/n-. quoique sous une forme analogique qui peut remonter à *swésēr. *-wær > B -wer. A kuryar « commerce » < *kwäryår < *kwäryåwær). quelques mots tokhariens ont été cités à l’appui d’un type indo-eur. l’étymologie évidente de ce mot conduit à poser un thème *gwroh2-mr̥. -aunaš). il se continue encore dans le type B pernerñe « gloire ». ‑āwar. on s’est demandé si les exemples tokhariens sont vraiment probants. A tkaṃ « terre » est en synchronie un thème en -n. *swésor-. en regard de *h1i-tó-. s’est ajouté à divers types de bases. En dehors de ces formations.suivaient la flexion protérokinétique. Noter que le tokharien n’a aucune trace de noms d’agent en *‑t(e)r-. B krāmär « charge ». étant donné que les neutres avec suffixe complexe en *-Cer/n. Après examen de tous les cas possibles. à partir duquel on pourrait attendre le degré plein *gwréh2-mr̥ > tokh. Le vocalisme de cette formation constitue une difficulté. type qui a été emprunté en tokh. semble prouver la réalité de cette formation. ainsi que du nom de la « sœur ». 2. A) peut s’expliquer par un développement propre au tokh. com. mais il remonte au thème bien connu en . Résumés des conférences 343 en *-i-. wmera) et A wmār (pl. sur le thème *lānt. -mnaš sont dues probablement à l’analogie du descendant du type en *-wer / n. après restructuration du suffixe complexe *-eh2-wor (dont le reflet subsiste dans B karyor. tokh. adjectif verbal de la même racine.(cf. thématiques ou athématiques.> *-wän-. Tokh. A ārwar « prêt »). lat. hitt. A. dont *h1éi-tr̥ pouvait apparaître comme le doublet athématique. En particulier. ekrorñe « pauvreté ». A. l’existence de gr. A -war. mais qui est souvent déformé par contraction après base terminée par voyelle. qui repose sur un abstrait *perner (< *pærnæ-wær) en regard de l’adjectif perneu « glorieux ». J’ai envisagé de tirer ce mot par dérivation inverse de l’adjectif B kramartse (A krāmärts) « lourd ». Il en résulterait que le tokharien n’aurait plus aucun exemple de thème en *‑m(e)r-. *kråmär (> B *kromär) ou. après nivellement. Sous forme élargie. doté secondairement d’un substantif *h1éi-to-. Puisqu’il a été montré depuis que les formations hittites en ‑mmar. Thèmes en nasale. B ārwer. B keṃ (archaïque tkeṃ). *-wäññæ (cf. Le second avatar productif du suffixe *-wer/n. qui repose sur la substantivation d’un adjectif dérivé de l’allomorphe *-wn̄. B malkwer « lait ». et le suffixe *-mær lui-même repose probablement sur la contraction banale de *-mæ-wær. le degré zéro *gwr̥h2-mr̥ > *kwärmär. itar après généralisation du degré zéro radical). hitt.est le type d’abstrait/collectif tokh. dont le vocalisme est incompatible avec ce type flexionnel. com. et de voir dans ce dernier un ancien composé. il a servi de base à la formation vivante de substantif fait sur le thème de participe prétérit. même si cette paire est exceptionnelle. le seul nom qui subsiste serait tokh. On a montré que cette reconstruction était illusoire : la différence entre *-mær et *-mār (> tokh. Cela ouvre une nouvelle piste. le tokharien a évidemment hérité de plusieurs noms de parenté en *-t(e)r-. *-mōr. Or.

sur nāk« blâmer ». cf. Le premier type est reflété par des noms en tokh. cf. à savoir °ttau « faisant » < *-tāμu par lénition < *-tāmu < *-dhh1-mō(n). qui avaient souvent valeur collective. Le dérivé du verbe « vivre » (tokh. A kälyme « direction ». « bateau »). e. car il sert à former des noms d’action sur des racines verbales vivantes. mais le suffixe a été ajouté à divers types de thèmes. où *-m final se confondait avec *-n. B olyitau « batelier » (cf. erkenma (A arkämnāṣi. suivi par B saṃtkīnau (A sāṃtkenu) « médecin » (évidemment en rapport avec B sāṃtke « médecine » emprunté au sanskrit. avec le suffixe -um. du moins par la flexion. A āklye « enseignement. plus rarement -om. olyi. nākmant). *-mōn avec rétablissement de la nasale finale > tokh. A śāmāṃ « vivant » < *śā-mānæ < *śāwæ-mānæ. En ce qui concerne les thèmes animés. Le type des noms d’action est reflété par le type B erkau. Les thèmes en *-mon. car l’addition de ce nouveau suffixe *-wmu à des noms thématiques avant la chute de la voyelle finale a permis l’émergence de la forme A ‑om < *-æ-wmu. poison ».en *śādans le thème de présent. On a proposé de partir de composés avec un second membre nom d’agent réinterprété comme suffixe. qui n’est plus lié à une racine verbale vivante : B klyomo. B śanmau « lien ». śāmna) a servi de modèle pour la formation très productive de noms d’agent dérivés de racines verbales. généralisée à tout le paradigme. cf.« poser. pl. sur la racine *dheh1. source de B śaumo (A śom) pouvait être réinterprété comme *śāwmu « pourvu de vie ». sg. la nasale n’apparaît plus qu’au thème faible et au pluriel. A nākäm (pl. le participe B śamāne. sur le thème de présent ou de subjonctif. par ex. B karyor.. com. sg. cf. wsom « venimeux ». *-ēn). sg. En tokh.de flexion amphikinétique (nom. *-ō < *-ōn. *śāwmu « vivant ». Les thèmes animés en nasale simple suivent soit la flexion hystérokinétique (nom. soit la flexion amphikinétique (nom. pl. A klyom « noble ». pl. mais basé sur une forme plus ancienne de cet emprunt). représentés surtout par les reflets de thèmes en *-men-.de flexion hystérokinétique (nom. *-mõ. sur base *śā-. e. un petit groupe de noms d’agent en -au sert à désigner des professions : le plus ancien semble être B käryorttau (A kuryart) « marchand » (cf. sg. *-wā). com. B ‑iye. A kuryar cités plus haut). sg. pl. B śaumo. ñomäntu). tokh. adjectif dérivé du pluriel) «  cimetière  ». śänmānma. pl. śreñ) « étoile ». comme le nom de l’agneau (B yriye).344 Annuaire – EPHE. par un dérivé de valeur possessive sur base nominale. ñemna (A ñom. A -e : ce sont des noms hérités pour une part. *‑mēn). *śāw-. Le suffixe -um pourrait provenir de dérivés de pluriels en -u (< tokh. B nāki (pl.g. il existe un thème hérité. cf. Ce type a connu une certaine productivité. vient du nominatif sg. en regard de wäs (B wase) < *wäsæ « venin. B ściriye (A nom. selon une évolution déjà indo-européenne). en tokh. De ces neutres proviennent les suffixes de pluriel *-nā et *-mnā (> B -nma). sur le thème de présent de aik. on trouve quelques reflets de thèmes en *-men. placer » et « faire » dans plusieurs langues. B. com. Cette formation est devenue productive sur le thème de subjonctif des racines en -ā-. Le type correspondant. B yotkolau « intendant de monastère ». Cette origine s’accorde mieux avec la chronologie relative. qui sert de . le passage à la nasale dentale. Pour les noms animés. Dans les thèmes neutres en nasale. B kälymiye. La forme du suffixe reflète un nom. étude » sur le thème *ākäl-. obl. B akalye. SHP — 143e année (2010-2011) *-om- . B ñem « nom ». pl. sg. résultant de la contraction de *śāwæ. Alternativement. nakanma).g. A repose sur une interprétation concurrente du même modèle. *-mō < *-mōn) sont représentés par des noms d’action et des noms d’agent.« savoir ». B aiśamo « sage ».

obl.ou *-moHon-. Le tokh. B -o avec flexion en nasale (B okso « bœuf ») . proskai « peur ».en dehors du nominatif singulier. avec nom. A āknats « ignorant. qui ont reçu en concurrence un nom. sg. com. sg. parfois concrétisés. qui présentent des formes en nasale dans une partie du paradigme. Cela s’explique probablement par la quasi identité de fonction avec le suffixe possessif *-wont-. *-õ > B -o.(B -māne.« apprendre. en B -ntsa (dérivés du thème de subjonctif). sg. En plus du suffixe *-m(e)n-. mais sans palatalisation de la consonne précédente. voyelle caduque. les participes en -nt. Le suffixe est surtout connu sous forme complexe : A -nu issu de dérivés de thème à nasale. en tout cas. Certains thèmes en nasale (*-on-). en -iye. B poyśi « omniscient » < *po-aiśi (calque de skr. com. en B -tsa dans l’exemple unique de nom d’agent privatif B aknātsa. est due au rétablissement post-indo-européen de la nasale finale dans le nom. La situation tokharienne diffère totalement de celle que l’on restitue ordinairement à partir de l’indo-iranien et du grec. masc. Sur le plan syntaxique. B eṅkwe (A oṅk) « homme [mâle] ». tokh. pl. De plus. type B prosko. B en -o sont des abstraits. com.se rattachent à un ensemble dérivationnel complexe : participes en B -ñca. Une partie des noms tokh. Sur le plan fonctionnel. sg. Sinon. obl. notamment en second membre de composé. pour donner des séquences *-o-Hon. sarva-jña-). -uca (associés au participe prétérit). repose aussi sur tokh. de valeur individualisante. Résumés des conférences 345 base au verbe dénominatif AB ākl. mais le suffixe n’est pas devenu productif sous cette forme. alors que les participes en -m-. eṅkweṃ (A oṅkaṃ). nom. sg. A -māṃ. *-æ < *-o-s. com. On entrevoit son addition à des noms thématiques. säsweṃ. Le suffixe de Hoffmann (*-h3en-) n’a pas connu de productivité en tokharien. A ri-pāṣe « gardien de cité ». obl. *-wu. pour donner un type de nom avec nom. com. tokh. se rattachent à ces animés des noms d’agent. il a existé d’autres suffixes complexes en nasale. et surtout AB -ssu < *-swu < *-s-wō(n). alors que les participes en -m. Il est impossible de faire remonter . cf.sont formés sur des verbes transitifs. et par des noms en tokh. en B -auca .fonctionnent comme des noms d’agent. B saswe « maître ». reposant sur des thèmes en sifflante. läkle-näkṣi « qui détruit la souffrance ». La flexion comporte des formes de thèmes en -nt. cf. A -nt. Le type amphikinétique est reflété par des noms isolés. remontant en définitive à *-mh1no-) sont neutres de ce point de vue. qui expliquent un certain nombre de formes. et sont fléchis. 2. sg. après contraction. sg. *-wu. qui ne sont pas fléchis. ont justement le comportement attendu pour un participe. cette forme du nominatif sg. *-wō(n) > tokh. Les participes en -nt. et sont formés aussi sur des verbes qui sont activa tantum. les participes du présent en tokharien n’expriment pas la voix. et finalement *-ä. noms d’agent divers en B -nta. Ce sont probablement à l’origine des thèmes en nasale. säsweñ. *-ōn > tokh. son nom. A -nt (ceux-ci dérivés en partie du thème de subjonctif). nom. a hérité de quelques thèmes en *-(o)nt-. etc. masc. suffixe qui donne de nombreux adjectifs. *-õ. com. Les adjectifs à suffixe AB -u remontent en dernière analyse à un type de thème animé en *-won-. on attend ici les reflets du suffixe de participe actif en *-(e/o)nt-. Par ailleurs. à l’instar des autres noms verbaux. sg. les participes en -nt. qui exprime une action secondaire ou incidente par rapport à l’action principale de la phrase. qui a fourni un type d’adjectifs dérivés de bases terminées par voyelle : il est devenu en partie méconnaissable du fait de la contraction . enseigner ». insensé » < *āknātsā < *æ(n)-knā-tsā. ont interféré avec les thèmes thématiques simples.6. Du point de vue indo-européen. *-ō final aboutissait régulièrement à *-u. sg.

n’ont pas eu de succès. sg.346 Annuaire – EPHE. qui remonte à tokh. tallānt (A tālont). A -e. et de quelques suffixes qui sont visiblement empruntés. B -lle. Un facteur décisif de la restructuration semble avoir été un type en *-ont-i. fém. Le seul développement notable est celui du type d’abstrait/collectif en B -i. le fait le plus remarquable est la productivité. et notamment l’anatolien.ou *-eyo-). Si la situation est relativement bien décantée sur le plan formel. du type de nom d’action formé sur le degré radical *o. *-äy < *-oi. en plus des noms thématiques de structures diverses. En ce qui concerne les adjectifs. type gr. le type parallèle est représenté par B tallāu (A tālo) « malheureux ». en sorte qu’il a été possible de couvrir la quasi-totalité de la dérivation nominale. une fois contractée. pernent (A parnont) < *pærnæntä < *pærnæ-wænt-ä(n). autrement que sous forme élargie. après base terminée en *-ā. le développement du suffixe complexe *-wont-. La place allouée à ce résumé ne permet pas de donner une liste de tous les résultats. La distribution entre *-yo. etc. une formation qui a laissé des traces dans d’autres langues.et *-i- / *‑ey.est affranchie de la répartition attendue par l’application indo-européenne de la loi de Sievers. est bien mieux établi. le tokharien n’a pas de reflet direct du type *bhér-o-nt-. sg. obl. τóμος. tallauntsa (A tāloṃts). De façon paradoxale. et l’accent a été mis sur les étapes successives qui peuvent expliquer la situation tokharienne. au-delà de caractérisations vagues telles que valeur « de relation » ou « d’appartenance ». la finale -e a permis de pallier la perte fréquente de la voyelle finale dans divers types de noms qui fonctionnaient comme noms d’action ou comme abstraits concrétisés. B -tse. du fait de l’affaiblissement phonétique des voyelles indo-eur. B -ññe. A -ant provoque la palatalisation de la dernière consonne de la racine. com. masc. notamment en nasale. On a aussi traité des suffixes de diminutif. c’est-à-dire au substitut du nom. il est certain que les noms. animé amphikinétique. sg. A -i (< *-iyo. A -iṃ et A -ñi (< *-n(i)yo-). SHP — 143e année (2010-2011) tous ces suffixes à des formations hérités. Une étude consacrée à l’ensemble de ce problème est sous presse. il reste à poursuivre des études plus approfondies sur la distribution de plusieurs de ces suffixes. On voit que des facteurs . obl. ce qu’il faut aussi expliquer.> tokh. fém. *i et *u. plutôt que de prendre à leur valeur faciale les formes tokhariennes en vue d’une reconstruction indo-européenne spéculative. et pour cette raison elle est beaucoup plus productive que son pendant tokh. Cela dit. Par contraste. Ce type d’analyse a été poursuivi au cours de l’année. mais ce suffixe ne donne pas à lui seul des noms d’agent en tokharien. parallèle à la généralisation de *-wor et *-ol que nous avons mentionnée plus haut pour d’autres types suffixaux. athématiques avec suffixes *-u- / *-ew. on observe une certaine productivité des dérivés en *-ro-. com. masc. B -i. dès le tokharien commun. A -ts (< *-tyo-).et *-iyo. B -ṣṣe. En tokh. même si sa forme originelle est oblitérée du fait de contractions après base terminée par voyelle : type B perneu (A parno) « glorieux ». A -ṣi (< *-s(i)yo-). *-æñcä : à l’origine. On a présenté les différentes approches possibles. cette finale *-äy a perdu tout contact avec les thèmes en *‑i-. De façon plus globale. sg. substantifs ou adjectifs. A. A -l pour les gérondifs (< *‑lyo-). mais les adjectifs les plus productifs ne sont pas thématiques « simples » : les suffixes en question sont B -iye. En ce qui concerne les noms thématiques. à valeur possessive. nom. Le point commun semble être *-ā. car le suffixe B -eñca. il s’agit d’un abstrait fait sur le thème du participe. pernauntsa (A parnoṃts) < *pernewäntsā < *pærnæ-wäntsā .

de faire provenir de racines du proto-indo-européen. qu’il semble impossible. Il faudra certainement tenir compte de ces thèmes nominaux disparus du lexique des noms pour avoir une vue complète de la dérivation nominale en tokharien commun. Résumés des conférences 347 multiples peuvent expliquer la productivité de tel ou tel type de formation. d’après leur structure. . reposent probablement sur des dénominatifs. De nombreuses racines verbales du tokharien. Je dois également mentionner un paramètre supplémentaire.

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful