Laval

Tarek est un artiste rennais. De passage à Laval, il colle des objets sur les murs et poteaux électriques pour personnaliser l’espace urbain.
Graffeur, écrivain et « colleur » Tarek a commencé à graffer à l’adolescence, dans les années 1985. « C’était le début du graffiti en France. J’étais témoin et acteur de ce nouveau mouvement », raconte l’artiste. Une « idée folle » lui vient alors. Écrire un livre sur cet art. Ce qu’il fait, avec Paris Tonkar. « Grâce à ça, j’ai rencontré des graffeurs qui avaient un processus de création. Ils peignaient sur toile, utilisaient des volumes. Je me suis dit qu’on pouvait faire du graffiti autrement. » C’est un tournant dans sa démarche. Il se lance dans l’écriture de scénarios de bandes dessinées (La guerre des gaules, Le malouin, aux éditions Tartamudo), et finalement, commence à « coller » des objets sur les murs, après sa rencontre avec Gregos. Un art intentionnel… « Ce que je fais, je le considère comme une démarche artistique, alors je le fais de jour, à la vue de tous », affirme Tarek. De nuit, il se sentirait délictueux. L’artiste colle souvent autour des gares, dans des lieux de passage ou des endroits où aucun artiste urbain ne va, la campagne. « Par contre, jamais sur les bâtiments historiques, culturels et religieux. » …et temporaire Pour l’artiste, le but n’est pas d’ennuyer les gens, mais de « rendre gratuit et visible un art ». Le souci des collages de Tarek ? L’éphémère et le vol. « Certains arrachent les objets collés aux murs (et pourtant, c’est une colle très forte). Parfois, c’est enlevé par les municipalités. De toute façon, cet art est temporaire. Sa durée de vie est de cinq ans maximum. » Dans des lieux originaux Les lieux désaffectés sont très prisés par les artistes du street art. « Les gares et les maisons abandonnées sont des espaces marginalisés, en accord avec l’art urbain, commente Tarek. On y est loin du regard, on peut peindre tranquillement et s’approprier le lieu, le transformer. » Sortir de l’uniformisation de la société « Nous avons tous une vision étriquée de la société, on reste dans un moule, avec la mode, la musique, les émissions à la télévision. Tout est uniformisé, très codifié », soupire Tarek. Il essaie donc de revendiquer sa personnalité à travers le street art. Une façon artistique de s’affirmer et d’être libre dans « cette société où tout est cadré ». Il pense aussi aux habitants. « La ville doit

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Ouest-France Lundi 12 août 2013

À la découverte de l’art urbain dans la ville
Stupidkidz regroupe des graffeurs lavallois
Des graffeurs sollicités Les membres de l’association Les Stupidkidz peignent sur des plans légaux. Réalisations chez des particuliers, ateliers pour des jeunes et dans les maisons de quartier… Ils sont demandés. « Nous sommes souvent sollicités pour des ateliers de graffitis, afin d’apprendre aux jeunes cet art. Mais nous n’apprécions pas vraiment cette démarche », signale Benjamin, alias Shoko. Pourquoi ? « Le graffiti n’est pas un milieu sain », affirme le graffeur. Objectif premier de l’association « La peinture coûte cher », soupire Jo’, membre de Stupidkidz. Alors contrairement aux grosses associations de graff’, elle ne fait pas de stock de bombes. « Quand on nous demande une fresque, nous achetons le matériel, étant sûr d’avoir une rentrée d’argent », explique Benjamin. La « famille » Stupidkidz À Laval, seuls cinq graffeurs sont actifs en ce moment, mais « les membres des crews, même s’ils ne sont plus dans la ville, se connaissent ». « On forme une sorte de famille dont on est fier de faire partie ! », sourit Benjamin. « Et puis, il n’y a pas d’ennui entre les graffeurs », commente Jo’.

L’association Stupidkidz a été créée par le gros collectif graff’ lavallois, les Cowboyz.

Tarek colle des petites têtes de mort de style mexicain dans les rues lavalloises.

ressembler aux gens et pas l’inverse. Nos villes sont mornes et sans couleur alors qu’une population déborde d’énergie. » Un art à haut risque « On risque davantage en peignant qu’en détournant de l’argent en tant que banquier », affirme l’artiste rennais. Et les peines sont de plus en plus lourdes. L’artiste anglais Vamp a pris trois ans de prison ferme et le

«

Ce qui dérange, c’est que ceux qui peignent sur les murs ne sortent pas d’école d’art. Ils semblent incontrôlables pour la société.

»

Français Rask est en jugement aux États-Unis. « Il y a dégradation mais pas atteinte à la vie de la société, comme les braqueurs, les détournements ou les violeurs », se positionne Tarek. Certains sortent indemnes de ces peines de prisons, d’autres arrêtent complètement l’art urbain.

L’hippodrome, spot légal L’ancien hippodrome est couvert de graff’. C’est un site légal pour l’association Stupidkidz. « On peut y peindre tranquillement, c’est agréable et convivial, explique Benjamin. Aujourd’hui, des personnes discutent avec nous lorsqu’ils nous voient peindre. Bien souvent, ils apprécient ce que l’on crée. »

Tarek

Claire SEZNEC.

5€

C’est le coût moyen d’une bombe aérosol. Une vingtaine de bombes sont nécessaires pour peindre une grosse pièce.

On peut voir ce graff derrière l’usine Ingénérium, rue de l’Ermitage.

Un autre graff que l’on peut admirer à l’hippodrome.

Même les bancs publics inspirent les graffeurs.

Un petit lexique du street art
Background Il s’agit de l’arrière-plan, le fond du graffiti. Character Personnage peint avec le graffiti. Crew C’est le nom que se donne un groupe de graffeurs qui peint souvent ensemble. Il peut être temporaire ou permanent. Graffiti C’est le nom donné à l’œuvre du

graffeur. Généralement, un graff est une succession de lettres. Il peut être accompagné d’un character et/ou d’un background

(vandales ou légaux). Un « bon spot » peut signifier soit un endroit où l’on peut peindre tranquillement soit un mur situé dans un endroit très visible. Street art Catégorie regroupant tous les éléments artistiques créés dans la rue de manière officielle ou illégale. Tag C’est la signature du graffeur. À la base, les tags étaient utilisés par les gangs de New York pour marquer leurs territoires.

Graffeur Celui qui pratique le graffiti (Writer ou Graffiti artist en anglais). Jam Événement légal organisé pour rassembler des graffeurs. Spot Lieux où sont réalisés des graffs/tags

Des inscriptions « sauvages » Emmanuel Doreau, adjoint municipal chargé de la culture, dissocie les « inscriptions sauvages » du street art. « Sur le plan juridique, les deux sont des dégradations, tempère-t-il. Mais les marques dites sauvages, sans caractère artistique apparent se trouvent sur des propriétés privées ou sur des monuments historiques. C’est mal vécu. » Mettre des murs à disposition Par contre, le street art et le graff artistique dérangent moins. Selon Emmanuel Doreau, il n’y a pas de demande particulière pour des murs légaux à graffer. « S’il y en avait, on chercherait des endroits possibles », affirme-t-il. Il précise tout de même que

Le street art accepté par la Ville

pour avoir un mur à disposition, il faut avoir un « véritable projet artistique alliant la pédagogie et la culture ».

Un projet original Un groupe de jeunes monte le projet de réaliser une fresque, « sur la Maison rigolote, rue du Hameau ». Un lieu mis à leur disposition. Le projet a été déposé à la mairie. Emmanuel Doreau estime que « cela a un coût, qu’il faudrait refaire les enduits, monter un échafaudage et avoir l’accord de l’architecte. » Ce que dit la loi Le street art et le graffiti restent des activités illégales et condamnables. Selon l’article 322-1, « La destruction, la dégradation ou la détérioration

d’un bien appartenant à autrui est punie de deux ans d’emprisonnement et de 30 000 € d’amende, sauf s’il n’en est résulté qu’un dommage léger. Le fait de tracer des inscriptions, des signes ou des dessins sans autorisation préalable, sur les façades, les véhicules, les voies publiques ou le mobilier urbain est puni de 3 750 € d’amende et d’une peine de travail d’intérêt général lorsqu’il n’en est résulté qu’un dommage léger. » Pour ce qui est des dommages légers : suspension de permis de conduire, retrait du permis de chasser, travail d’intérêt général, confiscation de la chose ayant servi à commettre l’infraction.

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