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Le 1er Européen dans la région du Nipissing

Chronique
historique
par

Les Français étaient les premiers Européens à explorer l’Ontario et Étienne Brûlé était le tout premier à explorer le lac Nipissing, et ce, en 1610. Ainsi, l’an 2010 était le 400e anniversaire de la première présence européenne dans la région du Nipissing. En 2010 à North Bay, Félix Saint-Denis, le directeur artistique du spectacle L’écho d’un peuple au pays des Népissingues a souligné cet anniversaire. Cependant, peu de choses ont bougé dans le Nipissing Ouest et nos historiens ont fait couler peu d’encre à ce sujet. Il faut le dire, l’histoire de l’époque coloniale française dans la région du Nipissing est presqu’inconnue. Le sujet a été premièrement développé 30 ans passé par les historiens comme Murray Leatherdale (1975) et Gaétan Gervais (1980), mais a été délaissé depuis. Quoi qu’il en soit, nous avons manqué un moment opportun pour célébrer un événement important de notre région. Comme nous le verrons plus loin, un autre anniversaire important se présentera bientôt en juillet 2015. Mais avant tout, nous devons premièrement repentir et revoir le voyage d’Étienne Brûlé. La présence d’Étienne Brûlé dans la région du Nipissing s’explique, premièrement, par certaines réalités géographiques et, deuxièmement, par les décisions de Samuel de Champlain. Au début de la Nouvelle-France, les Français ont approfondi leur exploration par les voies maritimes. Les Premières nations et les Français se servaient des cours d’eaux pour se déplacer et transporter des marchandises à tel point que des routes se sont formées. Bien avant la découverte du Nouveau Monde, les Premières nations avaient développé des réseaux qui s’articulaient à travers ces cours d’eau. Le lac Nipissing se situait sur la route importante de la rivière des Outaouais qui reliait les Grands Lacs et la baie Géorgienne au fleuve St-Laurent et à la Nouvelle-France. La route de la rivière des Outaouais concurrençait avec une autre route qui traversait le lac Ontario et le lac Érié. En 1610, la NouvelleFrance était à ses débuts et le territoire demeurait inexploré au-delà de l’Île de Montréal. Selon les Premières nations, il existait au loin plusieurs richesses et des grandes mers accessibles aux Hurons. Samuel de Champlain voulut élargir les réseaux de la Nouvelle-France et se rapprocher des Hurons. Il désigna Étienne Brûlé qui, à l’été 1610, s’embarqua sur la rivière des Outaouais et navigua à travers le lac Nipissing pour atteindre la baie Géorgienne et le pays des Hurons. L’étude d’Étienne Brûlé présente plusieurs défis et son histoire est encore très incomplète à ce jour.Grâce à l’aide de certaines sources primaires, les historiens peuvent mieux assembler ce casse-tête. Notamment, les écrits de Samuel de Champlain nous permettent de dresser un portrait général du voyage d’Étienne Brûlé. Samuel de Champlain était le patron d’Étienne Brûlé et l’essence même de son voyage au pays des Hurons. Les seuls détails que Samuel de Champlain a écrits à ce sujet se trouvent dans son livre Voyages et Descouvertures faites en la Nouvelle-France (1619). Malgré la pénurie d’information, les historiens s’entendent sur certaines choses au sujet d’Étienne Brûlé, par exemple, son jeune âge ainsi que son départ en 1610 vers le pays des Hurons. Malgré tout, l’histoire d’Étienne Brûlé demeure bien encore incertaine. D’ailleurs, il n’a pas laissé d’écriture et, donc, son expérience personnelle, par exemple, au lac Nipissing est inconnue. Le caractère unique du lac Nipissing avec son paysage rocheux et ses

François Castilloux

vagues violentes a certainement impressionné le jeune français. Nous ignorons si Étienne Brûlé a séjourné au lac Nipissing. La pièce L’écho d’un peuple au pays des Népissingues présente Étienne Brûlé en train de camper à Mattawa et au lac Nipissing. Malheureusement, aucune source ne confirme l’exactitude de ces scènes. Toutefois, l’artiste est permis de fabriquer ces scènes parce que le trajet en canot entre Mattawa et la rivière des Français nécessite certes plusieurs arrêts pour le portage et la restauration. Il est donc bien probable qu’Étienne Brûlé ait mis le pied quelque part autour ou près du lac Nipissing. Malgré tout, les sources demeurent muettes et Samuel de Champlain est la meilleure source pour comprendre le voyage d’Étienne Brûlé. La présence d’Étienne Brûlé dans la région du Nipissing s’explique par Samuel de Champlain parce que, après tout, c’est lui qui fit les arrangements pour le voyage d’Étienne Brûlé. À l’époque, la colonie était jeune et les colons avaient peu d’accès aux commerces des Premières nations. De plus, les Français étaient en conflit avec les Iroquois et leurs alliés les Treize Colonies britanniques. Les Iroquois habitaient près de la Nouvelle-France et contrôlaient la route du lac Ontario et du lac Érié. Ce contexte politique a tracé le trajet d’Étienne Brûlé qui a suivi la route non-contrôlée par les Iroquois, c’est-à-dire la route de la rivière des Outaouais. La décision de prendre la route des Outaouais pour atteindre le pays des Hurons est importante pour notre région, car elle a conduit Étienne Brûlé à naviguer à travers le lac Nipissing. Par ailleurs, il semble que ce voyage a préparé les Premières nations, incluant les Nipisssings, aux prochaines explorations françaises. À l’été 1615, Samuel de Champlain refait le trajet vers le pays des Hurons. En juillet 1615, il débarque sur une rive du lac Nipissing et la nation des Nipissings l’accueille chaleureusement. D’ailleurs, il était accompagné d’Étienne Brûlé qui en était à son 2e voyage dans la région (N.-E. Dionne, 1891). Il semble que le voyage d’Étienne Brûlé de 1610 ait bien préparé les Nipissings pour le passage de Champlain. Dès lors, les Nipissings et les Français ont développé une relation spéciale qui perdura bien après la Conquête britannique. Cela sera discuté plus longuement dans un futur proche. Comme nous pouvons le voir, Étienne Brûlé a contribué au passage de Samuel de Champlain qui est un événement important pour le patrimoine du Nipissing. L’an 2015 représente le 400e anniversaire du voyage de Samuel de Champlain au lac Nipissing. À l’égard de notre communauté, il serait très déplorable de répéter le silence de 2010 sur le 400e anniversaire du voyage d’Étienne Brûlé. Les gens du Nipissing doivent assumer leur patrimoine. Natif de Sturgeon Falls, François Castilloux a reçu très tôt une éducation rigoureuse en histoire jusqu’à l’obtention de son grade à l’Université d’Ottawa. Après avoir obtenu son baccalauréat avec une spécialisation approfondie en histoire, il obtient son brevet pour enseigner ce sujet. De plus, François est embauché pour entreprendre sa première grande recherche dans les archives des vieilles paroisses d’Ottawa. Avec une approche et une méthodologie soignée, François remarque le besoin de sa communauté à travailler davantage sur son histoire. Il recherche le passé du lac Nipissing et continue de découvrir les grandes richesses inédites de la région, qui seront présentées ici dans ses chroniques historiques.

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