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Français d'Amérique: variation, créolisation, normalisation (Actes du colloque, Université d'Avignon, 8-11 oct.), dir. Patrice Brasseur, 217-28.

Avignon: Université d'Avignon, Centre d'études canadiennes.

Des créolismes dans la distribution des déterminants et des complémenteurs en français québécois basilectal
Robert Fournier Université Carleton

Martin Harris (1980:153), se référant aux caractéristiques du français commun général, a fait la prédiction que les articles définis le/la/les, dans un futur proche, ne serviront à rien d'autre qu'à marquer formellement la présence d'un nom.
(1) [...] the 'definite articles' le/la/les [will] come at some future date to be, for instance, nothing but the formal markers of the presence of a noun, and to lose entirely their value as markers of [+ definite, -proximity].

Cette prédiction ne surprend pas quand on sait que les morphèmes de détermination nominale entrent dans un cycle évolutif constant et régulier de renouvellement qu'on a pu constater maintes fois dans l'évolution des langues naturelles. Les cycles de renouvellements morphologiques ont été une préoccupation majeure pour les africanistes comme en témoignent à cet égard les travaux de Greenberg (1977) et de Childs (1982) dans le domaine de la morphologie nominale, par exemple. Greenberg (1978:47) note l'universalité du phénomène au niveau de la vie utile des articles définis:
(2) [...] in a number of languages, a definite article which agrees in gender with the noun passes through a stage in which it combines the uses of a definite and indefinite article and finally becomes a gender marker on the noun. [...] this process can occur even when the definite article does not agree in gender, in which case it ends up as a sign of mere nominality.

Sans vouloir refaire ici l'historique de cette recherche, il n'est pas inutile de rappeler qu'elle exploite, d'une manière ou d'une autre, la notion de "drift" (dérive, tendance) de Sapir (1921) et celle de "changement en chaîne" de Martinet (1955) (formulée en fait dès 1952).1 Cette prédiction ne surprend pas non plus ceux de nous habitués aux données des français créoles où les déterminants définis prénominaux du français historique ont cédé depuis longtemps leur place à un nouveau déterminant postnominal recruté selon le même principe d'évolution cyclique. Quand l'article historique ne disparaît pas, il subit le déclassement catégoriel qui ne lui laisse que de chétives fonctions de classificateur nominal agglutiné dans sa position syntaxique d'origine.2 Ainsi, des traces d'anciens déterminants définis se retrouvent dans un grand nombre de noms auxquels elles se sont agglutinées et permettent, entre autres, de faire des distinctions sémantiques du genre (avec un exemple tiré du créole haïtien):
(3) larat rat "organe du système réticulo-endothélial" "mammifère rongeur"

L'agglutination ainsi conçue est le stade évolutif qui s'insère dans la vie utile d'une particule entre le stade où son poids fonctionnel est à son optimum et le stade où son poids phonologique atteind la valeur zéro (Wittmann & Fournier 1982:188):3

1Pour la notion de cycle, voir aussi Hodge (1970), Wittmann (1969). 2Qu'on parle de classificateur nominal ou d'indice nominal comme le fait Cellier (1985:39), on parle toujours

de la même chose, soit d'un élément qui n'a plus les fonctions d'articles de le/la/les du français scolaire. 3Wittmann (1969) attribue déjà des "qualités cycliques" à un "index d'agglutination" qui lui permet de situer la morphologie du français contemporain, créole et non créole, dans une perspective de l'évolution des langues indo-européennes.

[α1] et [α2] impliquent [-3. mais elle est en progression très avancée dans les différentes variétés du français populaire. eux-mêmes issus d'anciens adverbes déictiques. +4] apparaissent en majuscules. Le phénomène comme tel ne se produit pas fortuitement ou dans des cas isolés mais s'insère dans un cycle plus vaste de renouvellement perpétuel de morphèmes grammaticaux dans une fonction donnée par d'autres morphèmes grammaticaux. réduisant d'étape en étape la liberté d'occurrence et la motivation morphologique du morphème affecté.5 4Voir cependant impérativement Wittmann (1995). FQB = français québécois basilectal contemporain.2 (4) Fournier L'agglutination.) pour une vision plus raffinée de l'évolution du français du 17e siècle aux variétés du français colonial contemporaines.. 1984): (5) ADV > DÉM > ART > CLASSIF > Ø Sur l'échelle des continuités qui séparent le latin des variétés les plus avancées du français contemporain..) il est permis d'établir la comparaison qu'on trouve en (7) et de constater le parallélisme frappant qui existe entre le FQB et le CH. [+4] = [+accentué]. Wittmann & Fournier (1982). . le créole haïtien (CH). 5Le schème sémantique adopté est celui de Bickerton (1977:58). FPP17 = français populaire de Paris du 17 e siècle. [2] = [αgénérique]. CH = créole haïtien contemporain. FPB20 = français populaire basilectal du 20e siècle. -4]. FS20 = français scolaire du 20e siècle. Fournier (1981). AF = ancien français. FC20 = français créole du 20e siècle.. les changements linguistiques ne sont pas subits mais se développent progressivement.. les articles du français scolaire sont d'anciens démonstratifs. . [+3] = [+adverbe]. est un processus qui fait passer des morphèmes grammaticaux cliticisables du domaine de la morphologie flexionnelle au domaine de la morphologie dérivationnelle. On peut trouver l'illustration d'une étape intermédiaire de cohabitation étendue entre un classificateur nominal issu d'un déterminant prénominal et un déterminant postnominal issu d'un adverbe dans une variété de français populaire contemporaine. Les adverbes [+3. La prédiction de Harris a non seulement déjà dépassé ses objectifs pour l'ensemble des français créoles. LÀ pour les transcriptions étymologisantes. Les termes de la comparaison apparaissent en soulignés. [1] = [αprésupposé].) FC20 (CH. Si on admet des liens génétiques tels que schématisés en (6)4: (6) FPP17 FS20 FPB20 (FQB. Wittmann (en prép. le français québécois basilectal (FQB) dont on peut faire l'hypothèse d'une filiation génétique commune avec une variété de français créole. comme phénomène diachronique. Il n'est donc pas étonnant que la théorie du renouvellement des modalités prénominales se retrouve dans les hypothèses adoptées pour faire le portrait de l'histoire du français notamment chez Reighard (1978). . LA pour les transcriptions quasi-phonologiques. ce qui veut dire qu'on n'est pas passé du jour au lendemain d'une détermination prénominale à valeur [+défini] à une détermination postnominale de valeur identique sans que les deux procédés de détermination aient pu en quelque sorte cohabiter un certain temps. Wittmann (1983. Comme on sait.

des décalages structurels importants émergent découlant notamment du déclassement catégoriel des articles étymologiques dans les variétés "non officielles" du français "oral". En FS. en général) la marque postposée de la présupposition (6da. a pour le féminin singulier. La différence percutante est néanmoins que. +4] L'homme fume la pipe LÀ db. En FQB. en CH et en FS. Cet élément postposé est issu de l'adverbe là du français historique.9 tandis que. ce générique prénominal et le présupposant postnominal s'excluent mutuellement (6cb). [+3. en CH.6 Un adverbe LÀ/LA accentué intact subsiste dans le FQB et dans le CH et peut recevoir lui même (comme d'ailleurs les adverbes déictiques. [+1. locatifs ou temporels. En CH.. par un élément inaccentué postposé au nom ce qui correspond à la fonction que l'article le/la/les remplissait en AF. [-1. en FQB. +4] L'homme fume la pipe LÀ dc.. il subit des mutations phonologiques. [-1.. -2] cb. 6bb) correspond en AF à ce que Bickerton appelle "l'article zéro". en CH le numéral ordinal yon(6aa). 6cb) est toujours exprimée.7 Ce que Bickerton appelle le "soi-disant article indéfini" met en vedette en FQB le pluralisateur les-. -a. [+3. des représentants de l'article déchu. un représentant de l'article étymologique est obligatoirement présent dans tous les contextes de [1] et [2] (exception faite des cas énumérés en (8g). +4] l'homme LÀ fume . à l'exclusion de toute autre modalité. [+3.8 Le générique [+2] en (6ba. -2] ba. [+1. -2] Les hommes fument la pipe Les gars fument la pipe L'homme fume la pipe L'homme fume la pipe L'gars-(là)i fume la pipe L'gars-(là)i fume *(la) pipe-là da. -an. -la [ ] ou -a [a] au féminin singulier. . 6dc). . Quand on compare la distribution des déterminants en FQB. la présupposition [+1] (6ca. L'gars-(là)i fume la pipe LÀ(-là) moun-nan fime la-pip LA(-a) . 9Je suis ici la convention qui veut qu'un (*la) avec l'astérisque placé à l'intérieur des parenthèses indique que l'élément la est agrammatical dans ce contexte (le cas du CH dans le contexte [+2]) et qu'un *(la) avec l'astérisque placé à l'extérieur des parenthèses indique que cet élément y est obligatoire (le cas du FQB pour tous les contextes de [1] et [2].. [-1. 8En FQB. 7Pour la distribution de la particule i à travers les variétés populaires et créoles du français. fume *(la) pipe-la LÀ(-là) L'gars-(là) LÀ lài fume . incorporant au nominatif la particule i (6dc). -nan. le/la/les. lan. se maintiennent dans leur position prénominale d'origine alors qu'en CH... En FQB et CH.. +2] bb. ce -là est suivi au nominatif seulement de la particule i pour le masculin singulier/pluriel et le féminin pluriel.Fournier 3 FS Un homme fume la pipe L'homme fume la pipe FQB Les gars fument la pipe L'homme fume la pipe CH yon moun fime la-pip lòm fime la-pip moun-yo fime la-pip moun-nan fime la-pip moun-nan fime (*la-)pip-la (7) aa. 6db. En FQB. voir Wittmann & Fournier (1981). qui sont dépendantes du contexte phonologique. ci-après).. on a aussi les variantes -hein [ ] pour -lài et -han [ ] pour -la dans des contextes qui semblent être conditionnés phonologiquement (conditions qui ne sont plus respectées dans les générations plus récentes). C'est probablement cette différence cumulée au fait qu'on alphabétise en CH en Haïti mais qu'on n'alphabétise jamais 6Dans le parler de Magouas âgés de la région des Trois-Rivières.. on a ici et dans un grand nombre d'autres cas un choix entre un tel élément prénominal et un pluralisteur postnominal.. contracté en yen/yune ou sten/stune. et subit dans ce cas les contractions suivantes: -lài [ ] ou -i [ ]/[ ] au masculin et au féminin pluriel. -la. +2] ca. fime (*la-)pip-la LA(-a) moun-nan LA(-a) i fime . le numéral ordinal un ne peut apparaître au nominatif à moins d'être précédé du présentatif il y a [ ] ou c'est [se]. seulement le contexte peut nous dire quelle fonction l'article étymologique le/la/les occupe et les là sont toujours adverbes.

an. pour une première fois. disparition progressive du /l/ à l'intervocalique: à la gare > à'a gare. abstraits et locatifs ne prennent ni le déterminant défini la ni le 10Comme le souligne avec raison Wittmann (1995). (8)b. (8)e. ou un nom dont la référence à un objet ou à une situation est identifiable et connue de tous les participants à l'interaction. (8)d. el père. su'a table > sa table. dans el train > dans'l train. on parle là de points de peuplements dont le nombre dépasse aisément la vingtaine qui ont été assez longtemps isolés les uns des autres pour qu'une diffusion par contact est à exclure. réduction phonologique à zéro: à la école > à l'école > à école. populaires et créoles. Mais quand on choisit. nombreux cas d'agglutination permanente de l'article avec le nom: un lévier. pour qui le comportement de là du FQ oral révèle une forte tendance à partager les fonctions et les propriétés du post-déterminant la en créole haïtien. (8)g perte progressive de l'accentuation. (8)f. s'efforcent d'établir l'existence de "différences majeures" entre le créole haïtien et le français. à l'exception du créole seychellois. sur la table > su'a table. lan. Lefebvre dans Lefebvre & Lumsden 1994a). génériques. sur. comme nous l'avons fait. dans le train > dans el train > dans'l train > dans train.4 Fournier en FQB au Québec qui fait que la reconnaissance perceptuelle de la présupposition postnominale va de soi chez les Haïtiens scolarisés mais qu'elle demeure méconnue chez les Québécois d'une scolarisation comparable au point où son existence même est parfois contestée chez d'éminents linguistes québécois "pure laine" (le cas de C.10 Il faut aussi comprendre que la fonction générique que reflète l'ancien article du CH devait être une variation inhérente au FPP17 de l'époque précédant les émigrations. l'existence en CH d'un déterminant déictique la (avec ses variantes phonologiques a. Dans Fournier (1977. élision obligatoire de la voyelle devant un mot débutant par une voyelle: le+amour > l'amour. Parmi ces différences. Les auteurs. une lanterne (voir Wittmann & Fournier 1982 et Wittmann 1984 pour les listes). nan) qui jouerait "un rôle prépondérant au niveau de la syntaxe et du nom et de la phrase" (1994a:192) que ne partagerait pas son homophone français là. on peut remarquer que le déclassement catégoriel de l'article défini a été favorisé par un certain nombre de facteurs morpho-phonologiques: (8)a. Lefebvre & Lumsdem (1994a). peu connu et donc pas facile à trouver. comme d'habitude. La conséquence de l'affaiblissement progressif de l'ancien article et de son déclassement catégoriel étant le recrutement par redoublement d'un nouveau morphème de détermination pouvant marquer la déictique. L'article étymologique semble avoir perdu sa valeur de déterminant déictique pour différentes raisons et suite à diverses causes. . de masse. (8)c. peu cité. épenthèse devant le /l/ suivi d'une consonne: el train. et que les noms non spécifiés. soit un nom dont la référence est rendue explicite par le contexte situationnel de l'interaction. le là postnominal d'origine adverbiale avait dû déjà prendre cette position dans le N" du FPP17 et y remplir la fonction de présupposant avant son exportation dans les colonies vu sa répartition générale dans toutes les variétés. j'avais déjà montré pour le créole haïtien qu'un nom spécifié (= présupposé) est soit un nom dont il a déjà été fait mention dans le discours. de. dans ): d'la farine > d'a farine > a farine. du français colonial. repris dans Fournier 1996). agglutination enclitique avec des prépositions à haut taux de fréquence (à. En FQB. on s'aperçoit rapidement que les propriétés grammaticales décelées pour le CH se retrouvent également dans cette variété de français sans qu'il soit nécesssaire de faire intervenir un traitement différent. C'est un fait déjà noté par Villiard & Champ Roux (1981:170). comme point de comparaison une variété de français populaire comme le FQB. ne considèrent dans leurs comparaisons qu'une variété officielle de français. à la gare > à'a gare > à gare. dans un article. c'est-à-dire le FS.

le marqueur la/là remplit en premier lieu une fonction déictique et renvoie à l'existence de certaines présuppositions. b) et Wittmann (1995. présentent le CH comme étant à branchement régulier à gauche (consistently left-branching). Forget (1989). Lefebvre (1992:150). J'avais également établi qu'il existe une distinction fondamentale entre un la à fonction pragmatique qui est toujours inaccentué et un LA adverbe qui est toujours accentué. il n'en reste pas moins que le la prosodiquement inaccentué du CH chez Fournier (1977. Ainsi. On s'attendrait donc à ce que la structure flexionnelle du CH se présente sous la forme d'une suite ordonnée de noeuds flexionnels comme en (10): (10) C" Agrs" Nég" T" Asp" Agro" Agrv" V" 11Sankoff & Brown (1976) et Currah & Prideaux (1991) réfèrent à des phénomènes identiques pour le tok pisin et le japonais. Demers et Dolbec & Demers. 1996). par exemple. Sa proposition prévoit dans la structure flexionnelle du CH un la comme tête d'un syntagne Agrs" comme en (9) (dont nous reproduisons ici la partie pertinente pour notre propos. Déprez & Vinet (1992a. Demers (1992) et Dolbec & Demers (1992) font la même distinction. Forget. Et c'est aussi la solution retenue par Chomsky (1995) pour les langues typologiquement semblables. au plan pragmatique et sémantique.V"] La solution retenue présente Agrs0 (= la) dans une position branchante à droite. 1984. omettant notamment le noeud flexionnel Agro en supposant que la solution retenue pour Agrs" vaudra mutatis mutandis pour Agro"): (9) N"ij (sujet) T" Agrs" Agrs' Agrs0i (= la) T' e T0 [tj . par exemple. 1996. Cellier (1985:41) parle d'une "valeur de ponctuation orale" de -la tout-à-fait au diapason de l'analyse de Vincent (ce qui ne semble pas avoir échappé à Bollée 1987:330) et Ludwig (1992:114) discerne dans le -la créole une fonction pragmatique grammaticalisée "fréquent à la fois en français parlé hexagonal et en français parlé canadien" qui lui permet de conclure: "Dans toutes ces langues. c'est qu'ils n'ont pas tenu compte de l'exigence formulée jadis par Pupier & Poitras (1975) qui était d'ancrer ce là en syntaxe. Dans la recherche sur le là en québécois.11 Le seul reproche qu'on peut faire à l'ensemble de ces recherches sur le là du québécois. Ceci paraît à première vue inhabituel pour le CH. En l'absence de propositions concrètes à ce propos. on constate que Vincent (1981. il marque la fin d'une unité syntaxique. en second lieu. En effet. 1996) a les mêmes qualités pragmatiques de bracketeur syntaxique que le la québécois chez Vincent. Il n'est pas rare de retrouver ces critères de pertinence discursive dans l'appréciation du statut de -la de différentes variétés du français créole.Fournier 5 déterminant indéfini yon. nous avons déjà amorcé ailleurs (Wittmann & Fournier 1994. Même si le la du CH n'a pas tout à fait une distribution aussi large que celui du FQB (où le là a aussi des fonctions de complémenteurs que le CH ignore). Wittmann 1995) la récupération d'une hypothèse originale de C. 1994)." .

la structure telle qu'articulée fait une mauvaise prédiction pour générer des exemples comme en (7c). Il me resterait à parler des quelques cas où la distribution des deux la n'est pas identique comme en (16). . par conséquent. Or. Il serait donc logique. il est utile de reproduire la structure arborescente de (9) en (11) sous une forme parenthétisée.6 Fournier Pour apprécier pleinement l'astuce de la proposition de Lefebvre. . pour trouver sa légitimation dans la position de spécifieur de Agrs". qui lui sont transmis par la catégorie fonctionnelle qui lui est coindexée par le souscrit i. et il est à supposer. (16)b. comme en (15) (15) [Agrs" l'garsi [Agrs' làii [ . si cette position est disponible pour le nan du CH. le complexe V" (où il a laissé une trace t qui lui est coindexée par le souscrit j). si Jan vini (*a) m-ap mete-l deyò Si Jean vient *(là). (11) [Agrs" N"ij [Agrs' ??? [ T" e [T' T 0 [V" tj V" V"] T' ] T"] Agrs0i = la Agrs'] Agrs"] (5) (4) (3) (2) (1) (1) (2) (3) (4) (5) On voit dans (11) que le sujet N" a été extrait du matériel fourni par le lexique. . Wittmann & Fournier 1996:256). pour rencontrer le critère de "l'interprétabilité conceptuellement naturelle des artefacts linguistiques" (Chomsky 1995. quand (1) le catégoriel fonctionnel (soit la tête X0 d'une syntagme non . (4) (3) (3) (4) On voit immédiatement que. Autrement dit. . m'as le mettre dehors (CH) (FQB) De toute évidence. [Agrs' nani [ . Autrement dit. Agrs0 (= la) de la parenthèse 4-droite a servi à légitimer le contenu de la parenthèse 5-gauche. comme en (14) (en reprenant les parties pertinentes de (11)): (14) . elle doit l'être aussi pour le lài du FQB. notamment le cas nominatif et sa deixis. ] lai Agrs'] grs"] (5) (4) (3) (3) (4) (5) Jusqu'ici. étant admis que le la dont il est question a un effet "bracketeur" comparable au ia du tok pisin de Sankoff & Brown (1976) et au wa du japonais de Currah & Prideaux (1991). ce là bracketeur du FQB. en réalisant par cette occasion ses traits-ϕ. soit le trait [+présupposé] du la de Agrs0. par exemple: (16)a. on ne peut que conclure que les deux la ont connu un parcours tout à fait identique. que le sujet porte les traits inhérents à cette situation. puisqu'on aurait: (12) *mouni Ø fime lapip lai ce qui est agrammatical. la version grammaticale de (12) étant (13) (13) mouni-nani fime lapip (lai) Ce nan dans (13) étant un élément fonctionnel de la même nature que le la de l'exemple. . . illicite en CH. que ce nan occupe la position laissée disponible par Lefebvre sous la parenthèse 4-gauche (que nous avions marquée par ???). . ] lai Agrs'] . n'est pas rattachable à un nom antécédent comme ce serait le cas pour une relative où le là/la serait licite dans les deux. il n'a pas pu être extrait du matériel lexical fourni par V". .

soit C0. l'occurrence de yon et dé est incompatible avec celle de la présupposition (Fournier 1977) même si. sans faire état de la situation du FQB. quelques". existe au niveau de l'expression de l'indéfini."13 En fait. Une autre différence entre le FQB et le CH. Lafage (1976:608-10) nous apprend qu'il existe en éwé ce qu'elle appelle un "article de phrase". . . La retractation de ce texte dans la liste officielle des travaux de l'équipe publiée dans Lefebvre & Lumsden (1994b) ne m'empêchera pas d'affirmer que le démarquage obligatoire à droite de toute dislocation à gauche est une option de la Grammaire Universelle partagée par le FQB et l'éwé que le CH ignore. ce n'est pas le cas pour le FQB (7aa) où un est strictement un numéral ordinal et des un numéral indéfini (des "un certain nombre de. Pour la motivation de cette convention et d'autres reliées à celle-ci. . . . (Éwé) (Éwé) Lumsden (1989). avait déjà remarqué que les déterminants postposés du CH et de l'éwé-fon ne sont pas identiques. éyé "et" . qui est un "morphème démarcatif séparant la subordonnée qui précède la principale de cette dernière. alors que cette même option n'est pas disponible en CH (17a). à partir de "2". un complémenteur (ici le catégoriel vide C0). . [C" né "donné = si" [C' Ci [ . (17)b. m-ap mete-l deyò [C" Si [C' C i [ Jean vient ] *(là)i C'] C" ]. il n'est pas facile de concevoir les choses autrement. 14Les souscrits marquent ici les identités structurelles d'une variété à l'autre. (17)a. en français. Effectivement. Ainsi. peut-être périphérique à mon sujet mais suffisamment remarquable pour que je la présente brièvement ici. (18)b. la formation d'un article indéfini à partir du numéral ordinal "1" n'est pas une option de la Grammaire Universelle qui est favorisée par la grande majorité des langues naturelles. .Fournier 7 lexical X") qui autorise (par extraction ou insertion) le contenu du spécifieur sous X" adjacent à X' n'est pas Agrs0 mais C0. l'éwé offre en (18) deux options pour rendre la structure (17a) sousjacente à (16a) (18)a. en variation avec zéro. . . ben des "un grand nombre") qui tous les deux peuvent recevoir la marque de la présupposition. se copie obligatoirement sous la forme du bracketeur là dans la position disponible de la parenthèse C'-droite du FQB (17b). 13Nous pouvons laisser de côté ici la problématique que soulève le fait que l'article de phrase et l'article de nom ne sont pas tout à fait homophones en éwé au niveau de la ditribution des tons (Lafage 1976:609). Lefebvre.12 que (2) le contenu autorisé par C0 n'est pas un syntagme nominal provenant d'une extraction (ici l'insertion du connecteur cataphorique si). et que (3) le tout (ici le C" "bracketé" des deux bords) forme une dislocation à gauche d'une principale. ] *(lái) C'] C" ]. C0 signale l'absence du complémenteur universel que sous C 0. Pour un locuteur du FS habitué à voir dans un l'article indéfini et dans des le pluriel de un. . [C" e "si" [C' Ci [ . la présupposition peut porter sur les numéraux ordinaux dans les deux cas (19):14 12Je suis ici la convention selon laquelle les symboles catégoriel en italiques représentent des catégories vides. comme son pluriel. ] *(lái) C'] C" ]. les conditions sont réunies pour que le contenu de la parenthèse C'-gauche. voir Wittmann (1996:n 7). en CH. [C" si [C' C i [ Jan vini ] (*a)i C'] C" ]. lá. Or. reprend les caractéristiques essentielles d'un la phrastique calqué sur le FQB ce qui lui a valu une certaine notoriété dans les hypothèses substratistes de C. dans le créole spontané d'un grand nombre de Québécois d'origine haïtienne. m'as le mettre dehors (CH) (FQB) J'ai relaté ailleurs (Fournier 1996) le parcours particulier de l'exemple (16a) depuis 1979 qui. Si le CH conserve yon comme article indéfini et dans une certaine mesure dé. On sait que.

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