You are on page 1of 10

Français d'Amérique: variation, créolisation, normalisation (Actes du colloque, Université d'Avignon, 8-11 oct.), dir. Patrice Brasseur, 217-28.

Avignon: Université d'Avignon, Centre d'études canadiennes.

Des créolismes dans la distribution des déterminants et des complémenteurs en français québécois basilectal
Robert Fournier Université Carleton

Martin Harris (1980:153), se référant aux caractéristiques du français commun général, a fait la prédiction que les articles définis le/la/les, dans un futur proche, ne serviront à rien d'autre qu'à marquer formellement la présence d'un nom.
(1) [...] the 'definite articles' le/la/les [will] come at some future date to be, for instance, nothing but the formal markers of the presence of a noun, and to lose entirely their value as markers of [+ definite, -proximity].

Cette prédiction ne surprend pas quand on sait que les morphèmes de détermination nominale entrent dans un cycle évolutif constant et régulier de renouvellement qu'on a pu constater maintes fois dans l'évolution des langues naturelles. Les cycles de renouvellements morphologiques ont été une préoccupation majeure pour les africanistes comme en témoignent à cet égard les travaux de Greenberg (1977) et de Childs (1982) dans le domaine de la morphologie nominale, par exemple. Greenberg (1978:47) note l'universalité du phénomène au niveau de la vie utile des articles définis:
(2) [...] in a number of languages, a definite article which agrees in gender with the noun passes through a stage in which it combines the uses of a definite and indefinite article and finally becomes a gender marker on the noun. [...] this process can occur even when the definite article does not agree in gender, in which case it ends up as a sign of mere nominality.

Sans vouloir refaire ici l'historique de cette recherche, il n'est pas inutile de rappeler qu'elle exploite, d'une manière ou d'une autre, la notion de "drift" (dérive, tendance) de Sapir (1921) et celle de "changement en chaîne" de Martinet (1955) (formulée en fait dès 1952).1 Cette prédiction ne surprend pas non plus ceux de nous habitués aux données des français créoles où les déterminants définis prénominaux du français historique ont cédé depuis longtemps leur place à un nouveau déterminant postnominal recruté selon le même principe d'évolution cyclique. Quand l'article historique ne disparaît pas, il subit le déclassement catégoriel qui ne lui laisse que de chétives fonctions de classificateur nominal agglutiné dans sa position syntaxique d'origine.2 Ainsi, des traces d'anciens déterminants définis se retrouvent dans un grand nombre de noms auxquels elles se sont agglutinées et permettent, entre autres, de faire des distinctions sémantiques du genre (avec un exemple tiré du créole haïtien):
(3) larat rat "organe du système réticulo-endothélial" "mammifère rongeur"

L'agglutination ainsi conçue est le stade évolutif qui s'insère dans la vie utile d'une particule entre le stade où son poids fonctionnel est à son optimum et le stade où son poids phonologique atteind la valeur zéro (Wittmann & Fournier 1982:188):3

1Pour la notion de cycle, voir aussi Hodge (1970), Wittmann (1969). 2Qu'on parle de classificateur nominal ou d'indice nominal comme le fait Cellier (1985:39), on parle toujours

de la même chose, soit d'un élément qui n'a plus les fonctions d'articles de le/la/les du français scolaire. 3Wittmann (1969) attribue déjà des "qualités cycliques" à un "index d'agglutination" qui lui permet de situer la morphologie du français contemporain, créole et non créole, dans une perspective de l'évolution des langues indo-européennes.

[+3] = [+adverbe]. FC20 = français créole du 20e siècle. On peut trouver l'illustration d'une étape intermédiaire de cohabitation étendue entre un classificateur nominal issu d'un déterminant prénominal et un déterminant postnominal issu d'un adverbe dans une variété de français populaire contemporaine. La prédiction de Harris a non seulement déjà dépassé ses objectifs pour l'ensemble des français créoles. [+4] = [+accentué]. CH = créole haïtien contemporain. LÀ pour les transcriptions étymologisantes. -4]. [1] = [αprésupposé]. le créole haïtien (CH). le français québécois basilectal (FQB) dont on peut faire l'hypothèse d'une filiation génétique commune avec une variété de français créole.) FC20 (CH.2 (4) Fournier L'agglutination. les articles du français scolaire sont d'anciens démonstratifs. . Wittmann (en prép. AF = ancien français.. [2] = [αgénérique]. FPB20 = français populaire basilectal du 20e siècle. ce qui veut dire qu'on n'est pas passé du jour au lendemain d'une détermination prénominale à valeur [+défini] à une détermination postnominale de valeur identique sans que les deux procédés de détermination aient pu en quelque sorte cohabiter un certain temps. Fournier (1981)..5 4Voir cependant impérativement Wittmann (1995).) pour une vision plus raffinée de l'évolution du français du 17e siècle aux variétés du français colonial contemporaines. 5Le schème sémantique adopté est celui de Bickerton (1977:58). Le phénomène comme tel ne se produit pas fortuitement ou dans des cas isolés mais s'insère dans un cycle plus vaste de renouvellement perpétuel de morphèmes grammaticaux dans une fonction donnée par d'autres morphèmes grammaticaux.. 1984): (5) ADV > DÉM > ART > CLASSIF > Ø Sur l'échelle des continuités qui séparent le latin des variétés les plus avancées du français contemporain. réduisant d'étape en étape la liberté d'occurrence et la motivation morphologique du morphème affecté. Si on admet des liens génétiques tels que schématisés en (6)4: (6) FPP17 FS20 FPB20 (FQB. Wittmann (1983. les changements linguistiques ne sont pas subits mais se développent progressivement. FQB = français québécois basilectal contemporain. est un processus qui fait passer des morphèmes grammaticaux cliticisables du domaine de la morphologie flexionnelle au domaine de la morphologie dérivationnelle. LA pour les transcriptions quasi-phonologiques. FS20 = français scolaire du 20e siècle. . Les adverbes [+3. +4] apparaissent en majuscules. FPP17 = français populaire de Paris du 17 e siècle.. . Il n'est donc pas étonnant que la théorie du renouvellement des modalités prénominales se retrouve dans les hypothèses adoptées pour faire le portrait de l'histoire du français notamment chez Reighard (1978). Comme on sait. eux-mêmes issus d'anciens adverbes déictiques. [α1] et [α2] impliquent [-3. Wittmann & Fournier (1982). mais elle est en progression très avancée dans les différentes variétés du français populaire. Les termes de la comparaison apparaissent en soulignés. comme phénomène diachronique.) il est permis d'établir la comparaison qu'on trouve en (7) et de constater le parallélisme frappant qui existe entre le FQB et le CH.

qui sont dépendantes du contexte phonologique. .7 Ce que Bickerton appelle le "soi-disant article indéfini" met en vedette en FQB le pluralisateur les-.. en général) la marque postposée de la présupposition (6da. en FQB..6 Un adverbe LÀ/LA accentué intact subsiste dans le FQB et dans le CH et peut recevoir lui même (comme d'ailleurs les adverbes déictiques. ce -là est suivi au nominatif seulement de la particule i pour le masculin singulier/pluriel et le féminin pluriel.9 tandis que. -2] cb. Quand on compare la distribution des déterminants en FQB. incorporant au nominatif la particule i (6dc).. on a ici et dans un grand nombre d'autres cas un choix entre un tel élément prénominal et un pluralisteur postnominal. . -2] ba.. En CH. En FQB. un représentant de l'article étymologique est obligatoirement présent dans tous les contextes de [1] et [2] (exception faite des cas énumérés en (8g). et subit dans ce cas les contractions suivantes: -lài [ ] ou -i [ ]/[ ] au masculin et au féminin pluriel. [-1. En FQB et CH. on a aussi les variantes -hein [ ] pour -lài et -han [ ] pour -la dans des contextes qui semblent être conditionnés phonologiquement (conditions qui ne sont plus respectées dans les générations plus récentes). -an. en CH le numéral ordinal yon(6aa).. ce générique prénominal et le présupposant postnominal s'excluent mutuellement (6cb)... contracté en yen/yune ou sten/stune. +4] l'homme LÀ fume . lan. -la [ ] ou -a [a] au féminin singulier. +2] ca. -a. a pour le féminin singulier. 8En FQB. la présupposition [+1] (6ca. le numéral ordinal un ne peut apparaître au nominatif à moins d'être précédé du présentatif il y a [ ] ou c'est [se]. -nan. -la.. des décalages structurels importants émergent découlant notamment du déclassement catégoriel des articles étymologiques dans les variétés "non officielles" du français "oral". 6cb) est toujours exprimée. L'gars-(là)i fume la pipe LÀ(-là) moun-nan fime la-pip LA(-a) . fume *(la) pipe-la LÀ(-là) L'gars-(là) LÀ lài fume . La différence percutante est néanmoins que. par un élément inaccentué postposé au nom ce qui correspond à la fonction que l'article le/la/les remplissait en AF.. +4] L'homme fume la pipe LÀ db. il subit des mutations phonologiques. 6dc). en CH.Fournier 3 FS Un homme fume la pipe L'homme fume la pipe FQB Les gars fument la pipe L'homme fume la pipe CH yon moun fime la-pip lòm fime la-pip moun-yo fime la-pip moun-nan fime la-pip moun-nan fime (*la-)pip-la (7) aa. En FQB. [-1. fime (*la-)pip-la LA(-a) moun-nan LA(-a) i fime . [-1. locatifs ou temporels. des représentants de l'article déchu. ci-après). seulement le contexte peut nous dire quelle fonction l'article étymologique le/la/les occupe et les là sont toujours adverbes. le/la/les. En FS.. Cet élément postposé est issu de l'adverbe là du français historique. à l'exclusion de toute autre modalité. +2] bb. 7Pour la distribution de la particule i à travers les variétés populaires et créoles du français. -2] Les hommes fument la pipe Les gars fument la pipe L'homme fume la pipe L'homme fume la pipe L'gars-(là)i fume la pipe L'gars-(là)i fume *(la) pipe-là da. 6bb) correspond en AF à ce que Bickerton appelle "l'article zéro". en CH et en FS. +4] L'homme fume la pipe LÀ dc. [+1. voir Wittmann & Fournier (1981). [+3. 9Je suis ici la convention qui veut qu'un (*la) avec l'astérisque placé à l'intérieur des parenthèses indique que l'élément la est agrammatical dans ce contexte (le cas du CH dans le contexte [+2]) et qu'un *(la) avec l'astérisque placé à l'extérieur des parenthèses indique que cet élément y est obligatoire (le cas du FQB pour tous les contextes de [1] et [2]. se maintiennent dans leur position prénominale d'origine alors qu'en CH. [+1. [+3.8 Le générique [+2] en (6ba. 6db. C'est probablement cette différence cumulée au fait qu'on alphabétise en CH en Haïti mais qu'on n'alphabétise jamais 6Dans le parler de Magouas âgés de la région des Trois-Rivières. [+3.

du français colonial. on peut remarquer que le déclassement catégoriel de l'article défini a été favorisé par un certain nombre de facteurs morpho-phonologiques: (8)a. de masse. populaires et créoles. s'efforcent d'établir l'existence de "différences majeures" entre le créole haïtien et le français. de. an. élision obligatoire de la voyelle devant un mot débutant par une voyelle: le+amour > l'amour. Lefebvre dans Lefebvre & Lumsden 1994a). (8)g perte progressive de l'accentuation. ne considèrent dans leurs comparaisons qu'une variété officielle de français. dans le train > dans el train > dans'l train > dans train. l'existence en CH d'un déterminant déictique la (avec ses variantes phonologiques a. on parle là de points de peuplements dont le nombre dépasse aisément la vingtaine qui ont été assez longtemps isolés les uns des autres pour qu'une diffusion par contact est à exclure. génériques. pour qui le comportement de là du FQ oral révèle une forte tendance à partager les fonctions et les propriétés du post-déterminant la en créole haïtien. sur. L'article étymologique semble avoir perdu sa valeur de déterminant déictique pour différentes raisons et suite à diverses causes. dans un article. (8)b. dans el train > dans'l train. repris dans Fournier 1996). Dans Fournier (1977. dans ): d'la farine > d'a farine > a farine. Les auteurs. sur la table > su'a table. réduction phonologique à zéro: à la école > à l'école > à école. c'est-à-dire le FS. En FQB. el père. comme nous l'avons fait. soit un nom dont la référence est rendue explicite par le contexte situationnel de l'interaction.4 Fournier en FQB au Québec qui fait que la reconnaissance perceptuelle de la présupposition postnominale va de soi chez les Haïtiens scolarisés mais qu'elle demeure méconnue chez les Québécois d'une scolarisation comparable au point où son existence même est parfois contestée chez d'éminents linguistes québécois "pure laine" (le cas de C.10 Il faut aussi comprendre que la fonction générique que reflète l'ancien article du CH devait être une variation inhérente au FPP17 de l'époque précédant les émigrations. le là postnominal d'origine adverbiale avait dû déjà prendre cette position dans le N" du FPP17 et y remplir la fonction de présupposant avant son exportation dans les colonies vu sa répartition générale dans toutes les variétés. épenthèse devant le /l/ suivi d'une consonne: el train. pour une première fois. comme point de comparaison une variété de français populaire comme le FQB. nan) qui jouerait "un rôle prépondérant au niveau de la syntaxe et du nom et de la phrase" (1994a:192) que ne partagerait pas son homophone français là. Lefebvre & Lumsdem (1994a). et que les noms non spécifiés. comme d'habitude. (8)d. agglutination enclitique avec des prépositions à haut taux de fréquence (à. peu connu et donc pas facile à trouver. à l'exception du créole seychellois. (8)c. abstraits et locatifs ne prennent ni le déterminant défini la ni le 10Comme le souligne avec raison Wittmann (1995). (8)e. ou un nom dont la référence à un objet ou à une situation est identifiable et connue de tous les participants à l'interaction. La conséquence de l'affaiblissement progressif de l'ancien article et de son déclassement catégoriel étant le recrutement par redoublement d'un nouveau morphème de détermination pouvant marquer la déictique. nombreux cas d'agglutination permanente de l'article avec le nom: un lévier. Parmi ces différences. Mais quand on choisit. on s'aperçoit rapidement que les propriétés grammaticales décelées pour le CH se retrouvent également dans cette variété de français sans qu'il soit nécesssaire de faire intervenir un traitement différent. lan. su'a table > sa table. peu cité. . (8)f. une lanterne (voir Wittmann & Fournier 1982 et Wittmann 1984 pour les listes). à la gare > à'a gare > à gare. j'avais déjà montré pour le créole haïtien qu'un nom spécifié (= présupposé) est soit un nom dont il a déjà été fait mention dans le discours. C'est un fait déjà noté par Villiard & Champ Roux (1981:170). disparition progressive du /l/ à l'intervocalique: à la gare > à'a gare.

1996. 1996). on constate que Vincent (1981. b) et Wittmann (1995. 1984. Forget. au plan pragmatique et sémantique. Ainsi. Sa proposition prévoit dans la structure flexionnelle du CH un la comme tête d'un syntagne Agrs" comme en (9) (dont nous reproduisons ici la partie pertinente pour notre propos. c'est qu'ils n'ont pas tenu compte de l'exigence formulée jadis par Pupier & Poitras (1975) qui était d'ancrer ce là en syntaxe. le marqueur la/là remplit en premier lieu une fonction déictique et renvoie à l'existence de certaines présuppositions. Wittmann 1995) la récupération d'une hypothèse originale de C.V"] La solution retenue présente Agrs0 (= la) dans une position branchante à droite. Lefebvre (1992:150). En effet. il marque la fin d'une unité syntaxique. 1994). Ceci paraît à première vue inhabituel pour le CH. présentent le CH comme étant à branchement régulier à gauche (consistently left-branching). 1996) a les mêmes qualités pragmatiques de bracketeur syntaxique que le la québécois chez Vincent. En l'absence de propositions concrètes à ce propos. Il n'est pas rare de retrouver ces critères de pertinence discursive dans l'appréciation du statut de -la de différentes variétés du français créole. Et c'est aussi la solution retenue par Chomsky (1995) pour les langues typologiquement semblables. il n'en reste pas moins que le la prosodiquement inaccentué du CH chez Fournier (1977. Même si le la du CH n'a pas tout à fait une distribution aussi large que celui du FQB (où le là a aussi des fonctions de complémenteurs que le CH ignore). par exemple. Demers et Dolbec & Demers. Cellier (1985:41) parle d'une "valeur de ponctuation orale" de -la tout-à-fait au diapason de l'analyse de Vincent (ce qui ne semble pas avoir échappé à Bollée 1987:330) et Ludwig (1992:114) discerne dans le -la créole une fonction pragmatique grammaticalisée "fréquent à la fois en français parlé hexagonal et en français parlé canadien" qui lui permet de conclure: "Dans toutes ces langues.11 Le seul reproche qu'on peut faire à l'ensemble de ces recherches sur le là du québécois.Fournier 5 déterminant indéfini yon. Demers (1992) et Dolbec & Demers (1992) font la même distinction. omettant notamment le noeud flexionnel Agro en supposant que la solution retenue pour Agrs" vaudra mutatis mutandis pour Agro"): (9) N"ij (sujet) T" Agrs" Agrs' Agrs0i (= la) T' e T0 [tj . J'avais également établi qu'il existe une distinction fondamentale entre un la à fonction pragmatique qui est toujours inaccentué et un LA adverbe qui est toujours accentué. par exemple. Dans la recherche sur le là en québécois. On s'attendrait donc à ce que la structure flexionnelle du CH se présente sous la forme d'une suite ordonnée de noeuds flexionnels comme en (10): (10) C" Agrs" Nég" T" Asp" Agro" Agrv" V" 11Sankoff & Brown (1976) et Currah & Prideaux (1991) réfèrent à des phénomènes identiques pour le tok pisin et le japonais. Forget (1989). Déprez & Vinet (1992a. nous avons déjà amorcé ailleurs (Wittmann & Fournier 1994." . en second lieu.

. comme en (15) (15) [Agrs" l'garsi [Agrs' làii [ . . si Jan vini (*a) m-ap mete-l deyò Si Jean vient *(là). Autrement dit. que le sujet porte les traits inhérents à cette situation. m'as le mettre dehors (CH) (FQB) De toute évidence. que ce nan occupe la position laissée disponible par Lefebvre sous la parenthèse 4-gauche (que nous avions marquée par ???). par exemple: (16)a. pour rencontrer le critère de "l'interprétabilité conceptuellement naturelle des artefacts linguistiques" (Chomsky 1995. . Or. étant admis que le la dont il est question a un effet "bracketeur" comparable au ia du tok pisin de Sankoff & Brown (1976) et au wa du japonais de Currah & Prideaux (1991). puisqu'on aurait: (12) *mouni Ø fime lapip lai ce qui est agrammatical. [Agrs' nani [ . si cette position est disponible pour le nan du CH. Il serait donc logique. Autrement dit. . n'est pas rattachable à un nom antécédent comme ce serait le cas pour une relative où le là/la serait licite dans les deux. (4) (3) (3) (4) On voit immédiatement que. . Wittmann & Fournier 1996:256). quand (1) le catégoriel fonctionnel (soit la tête X0 d'une syntagme non . qui lui sont transmis par la catégorie fonctionnelle qui lui est coindexée par le souscrit i. notamment le cas nominatif et sa deixis. en réalisant par cette occasion ses traits-ϕ. le complexe V" (où il a laissé une trace t qui lui est coindexée par le souscrit j). Il me resterait à parler des quelques cas où la distribution des deux la n'est pas identique comme en (16). . pour trouver sa légitimation dans la position de spécifieur de Agrs". il n'a pas pu être extrait du matériel lexical fourni par V". comme en (14) (en reprenant les parties pertinentes de (11)): (14) . elle doit l'être aussi pour le lài du FQB. soit le trait [+présupposé] du la de Agrs0.6 Fournier Pour apprécier pleinement l'astuce de la proposition de Lefebvre. et il est à supposer. ] lai Agrs'] grs"] (5) (4) (3) (3) (4) (5) Jusqu'ici. Agrs0 (= la) de la parenthèse 4-droite a servi à légitimer le contenu de la parenthèse 5-gauche. ] lai Agrs'] . illicite en CH. ce là bracketeur du FQB. par conséquent. (16)b. il est utile de reproduire la structure arborescente de (9) en (11) sous une forme parenthétisée. on ne peut que conclure que les deux la ont connu un parcours tout à fait identique. (11) [Agrs" N"ij [Agrs' ??? [ T" e [T' T 0 [V" tj V" V"] T' ] T"] Agrs0i = la Agrs'] Agrs"] (5) (4) (3) (2) (1) (1) (2) (3) (4) (5) On voit dans (11) que le sujet N" a été extrait du matériel fourni par le lexique. la structure telle qu'articulée fait une mauvaise prédiction pour générer des exemples comme en (7c). . la version grammaticale de (12) étant (13) (13) mouni-nani fime lapip (lai) Ce nan dans (13) étant un élément fonctionnel de la même nature que le la de l'exemple. .

. . il n'est pas facile de concevoir les choses autrement. . peut-être périphérique à mon sujet mais suffisamment remarquable pour que je la présente brièvement ici. ben des "un grand nombre") qui tous les deux peuvent recevoir la marque de la présupposition. Pour la motivation de cette convention et d'autres reliées à celle-ci. Or. [C" si [C' C i [ Jan vini ] (*a)i C'] C" ]. C0 signale l'absence du complémenteur universel que sous C 0. l'éwé offre en (18) deux options pour rendre la structure (17a) sousjacente à (16a) (18)a. ] *(lái) C'] C" ]. la formation d'un article indéfini à partir du numéral ordinal "1" n'est pas une option de la Grammaire Universelle qui est favorisée par la grande majorité des langues naturelles.Fournier 7 lexical X") qui autorise (par extraction ou insertion) le contenu du spécifieur sous X" adjacent à X' n'est pas Agrs0 mais C0. en variation avec zéro. . (17)a. sans faire état de la situation du FQB. . dans le créole spontané d'un grand nombre de Québécois d'origine haïtienne. un complémenteur (ici le catégoriel vide C0). l'occurrence de yon et dé est incompatible avec celle de la présupposition (Fournier 1977) même si. ce n'est pas le cas pour le FQB (7aa) où un est strictement un numéral ordinal et des un numéral indéfini (des "un certain nombre de.12 que (2) le contenu autorisé par C0 n'est pas un syntagme nominal provenant d'une extraction (ici l'insertion du connecteur cataphorique si). Si le CH conserve yon comme article indéfini et dans une certaine mesure dé. 14Les souscrits marquent ici les identités structurelles d'une variété à l'autre. Effectivement. (Éwé) (Éwé) Lumsden (1989). . m-ap mete-l deyò [C" Si [C' C i [ Jean vient ] *(là)i C'] C" ]. Une autre différence entre le FQB et le CH. . lá. comme son pluriel. 13Nous pouvons laisser de côté ici la problématique que soulève le fait que l'article de phrase et l'article de nom ne sont pas tout à fait homophones en éwé au niveau de la ditribution des tons (Lafage 1976:609). Ainsi. (18)b. . à partir de "2". qui est un "morphème démarcatif séparant la subordonnée qui précède la principale de cette dernière. On sait que. alors que cette même option n'est pas disponible en CH (17a). et que (3) le tout (ici le C" "bracketé" des deux bords) forme une dislocation à gauche d'une principale. les conditions sont réunies pour que le contenu de la parenthèse C'-gauche. se copie obligatoirement sous la forme du bracketeur là dans la position disponible de la parenthèse C'-droite du FQB (17b). reprend les caractéristiques essentielles d'un la phrastique calqué sur le FQB ce qui lui a valu une certaine notoriété dans les hypothèses substratistes de C."13 En fait. quelques". avait déjà remarqué que les déterminants postposés du CH et de l'éwé-fon ne sont pas identiques. La retractation de ce texte dans la liste officielle des travaux de l'équipe publiée dans Lefebvre & Lumsden (1994b) ne m'empêchera pas d'affirmer que le démarquage obligatoire à droite de toute dislocation à gauche est une option de la Grammaire Universelle partagée par le FQB et l'éwé que le CH ignore. . en CH. en français. voir Wittmann (1996:n 7). m'as le mettre dehors (CH) (FQB) J'ai relaté ailleurs (Fournier 1996) le parcours particulier de l'exemple (16a) depuis 1979 qui. éyé "et" . (17)b. existe au niveau de l'expression de l'indéfini. la présupposition peut porter sur les numéraux ordinaux dans les deux cas (19):14 12Je suis ici la convention selon laquelle les symboles catégoriel en italiques représentent des catégories vides. [C" né "donné = si" [C' Ci [ . Lafage (1976:608-10) nous apprend qu'il existe en éwé ce qu'elle appelle un "article de phrase". soit C0. Pour un locuteur du FS habitué à voir dans un l'article indéfini et dans des le pluriel de un. . ] *(lái) C'] C" ]. Lefebvre. [C" e "si" [C' Ci [ .

Le parcours scientifique d'une particule: le déterminant la du créole haïtien. 319-33. Pidginization and creolization: Language acquisition and language universals. Proceedings of the 1992 Annual Conference of the Canadian Linguistic Association. 1981. De quelques anomalies dans le traitement de l'article défini par H. DÉPREZ. Recherches linguistiques à Montréal 17:4355. GLOW Newsletter 27. Canadian Journal of Linguistics 36. Lab. Predicative constructions and functional categories in Haitian Creole. Pidgin and Creole linguistics. CH FQB Fournier Pour contourner cette difficulté en CH quand la présupposition est requise dans le contexte d'un numéral ordinal "1". The minimalist program. . Résumé des règles syntaxiques du créole réunionnais.8 (19)a (19)b. voir Wittmann (1996). Robert. Statut prosodique de la particule discursive là en français québécois. 1977. A. Les démonstratifs . VIIIe Colloque international des études créoles. Monique. S'il y a un substrat à chercher pour le CH. FOURNIER. 1993. 49-69. En conclusion. 1987. nous avons constaté que. . 1992. 1992a. Français du Canada . FOURNIER. Niederehe & L.57-83. Cambridge. CELLIER. UQAM 18:1.37-60. 1991. 1994a. FOURNIER. 1978. 16Mes remerciements à Henri Wittmann. Robert. UQAM 22:1.325-35. Créole français et français nord-américain. PRIDEAUX. Danielle. Derek. Une structure prédicative sans copule.français de France. Annegret. 5-11 mai. .. 1989. The pragmatic function of wa in Japanese. 1985. Robert. BOLLÉE. 16 BIBLIOGRAPHIE BICKERTON. DEMERS. Lesj deux gars-lài . Tinelli (1970): Generative phonology of Haitian Creole. Guadeloupe. (20)b. Revue québécoise de lingustique. MA: MIT Press. dir. ce n'est pas avec la distribution des déterminants qu'on aura pu le démontrer. 1992. Là: un marqueur de pertinence discursive. . . Amsterdam Creole Studies 3. FORGET. Prosodie et fonction discursive: le cas du là en français québécois. Université du Québec à Montréal: Mémoire de maîtrise. Pierre. Valdman. l'aut'-làyé pas gentil CH FQB alors que ce procédé reste facultatif en FQB. youn nan nèg yoj-ai janti.39-42. lot-la pa janti Yen (desj) gars-làyéi gentil. Lisbonne. Satomi & Gary D. on doit obligatoirement avoir recours au pronom numéral youn comme dans (20):15 (20)a. 1977. Québec: Presses de l'Université Laval. 1996. Revue québécoise de linguistique. CHOMSKY. Paris: Sorbonne. Viviane & Marie-Thérèse VINET. Robert. Jean & Monique DEMERS.-J. 15Pour les contractions du type làyé. H. communication présentée à GLOW. Toronto Working Papers in Linguistics. Louis-Jean (dir). des variétés du français colonial comme le FQB et le CH exploitent essentiellement les variations inhérentes au français qu'elles semblent avoir héritées du FPP17. et ça continue. CURRAH. 1992b. de sociolinguistique (Plurilinguismes 8). CALVET.1-13. DÉPREZ. dans ce volume. Bloomington: Indiana University Press. au niveau de la distribution des déterminants et des complémenteurs dérivés des déterminants. dir. Viviane & Marie-Thérèse VINET. Wolf. FOURNIER. Te Reo 28. DOLBEC. 1995. 53-62.11-44. dé nèg-lai yo j . Noam.. Créolistique et grammaire générative. Tübingen: Niemeyer. La grammaire de la particule la en créole haïtien. Actes du Congrès international des linguistes 15:2.

Centre d'études linguistiques Jacques Goudet. André. 1994. 4-7 juin. questions linguistiques. 1983. 1978. How does a language acquire gender markers? Universals of human language. The Indo-European drift and the position of Hittite. 1976. AGR in languages without person and number agreement: the case of the clausal determiner in Haitian and Fon. dir.249-72. Des différences entre le créole haïtien et le français. Pinalie. John S. Langues et linguistiques. Edward.H. Joseph H. WITTMANN. WITTMANN. Stanford. Martin. LUMSDEN. International Journal of American Linguistics 35. Le là en québécois: de l'adverbe au complémenteur. 437-44.comme marqueur morphologique du genre en français. L'expression de la détermination en créole de la Caraïbe: histoire et genèse. Économie des changements phonétiques: traité de phonologie diachronique. LUDWIG. POITRAS. C'est ici ou là? C'est ici là. dir. Diane. 141-56. Pierre & Benoît CHAMP ROUX. dir. REIGHARD. Les réactions en chaîne en morphologie diachronique. La Haye: Mouton. VILLARD. Berne: Francke. Université du Québec à Montréal. LUMSDEN. Revue canadienne de linguistique 37:2. Damoiseau & P.89. The marking of definiteness in Romance. WITTMANN. Fournier & H. 1992. Historical morphology. Les ponctuants de la phrase.47-82.631-66. Language 52. 1996. Paris: L'Harmattan. C. 1955. Brace & World. . 1989. LUMSDEN. Université de Nice. J. Actes du Colloque de la Société internationale de linguistique fonctionnelle 10. Wittmann. 1992. Diane. 1989. Études créoles 15:2. Bonjour là. Thèse de doctorat. The origin of syntax in discourse: A case study of Tok Pisin relatives. HAZAËL-MASSIEUX. Henri. The linguistic cycle. La relative en créole guadeloupéen: l'évolution d'une technique grammaticale dans un contexte disglossique. 1984. Henri. 1984. 281-334. Le français des Amériques.167-76. 3. 1975. HARRIS. 1970. Université Laval 20. dir. 1991. Claire & John S. MARTINET. Fisiak. Les créolismes syntaxiques du français magoua parlé à Trois-Rivières. 1976. Greenberg. Sankoff & H. New York: Harcourt. LEFEBVRE. Revue québécoise de linguistique théorique et appliquée 1. Français écrit et français parlé en pays éwé. CA: Stanford University Press. Ralph. Les problèmes d'arrimage entre les études discursives et prosodiques: le cas du là ponctuant. Cahiers de linguistique de l'Université du Québec 8. Henri. 9-11 octobre. 1969. LEFEBVRE. LEFEBVRE. 1921. Henri. Gillian & Penelope BROWN. bonjour! Annales de l'Association canadienne-française pour l'avancement des sciences 42:1. Claire & John S. 1978. Espace créole 8: fran-çais-créole créole-français. LUMSDEN. dir. Variation omnibus. J. Série sociolinguistique 1.407-36. Diane. Questions créoles. Les langues créoles et la théorie linguistique. Claire. 1995. Paul & M. R. A comparison of NP structure in Haitian and related languages. LAFAGE. Edmonton: Linguistic Research. 1994a. Université d'Avignon. 63-83. Revue canadienne de linguistique 34. WITTMANN. D.201-12. 1994b. Grammaire comparée des variétés coloniales du français populaire de Paris du 17e siècle et origines du français québécois. Université de Montréal. Language sciences 13:1-7. Claire & John S. SANKOFF.266-68.137-56. Le rôle central de la relexification dans la genèse des langues créoles. VINCENT. Calvet 1994:47-93. Suzanne. Le préfixe z. LEFEBVRE. Contraintes sur le changement syntaxique. 1981. Guy. Communication.285-92. Language: An introduction to the study of speech. HODGE. University of Guelph.109-25. Congrès annuel de l'Association canadienne de linguistique. dans ce volume. VINCENT. Thèse de doctorat. dir J. 1980. Haudry. Colloque «Les français d'Amérique du Nord en situation minoritaire». John. Trois-Rivières: Presses universitaires de Trois-Rivières. Henri. Université de Lyon III. 189-207. SAPIR. Manuscrit inédit. Cedergren. WITTMANN. R. 1981. VINCENT. PUPIER.Fournier 9 GREENBERG.

1981. 1982. Revue québécoise de linguistique théorique et appliquée 1. WITTMANN. Trois-Rivières: Presses universitaires de TroisRivières (Le français des Amériques. . Henri & Robert FOURNIER. WITTMANN. H. WITTMANN. WITTMANN. Henri & Robert FOURNIER. 1994.187-202. 1983. 245-80. dir. coudon! Revue québécoise de linguistique théorique et appliquée 3:2. Le créole haïtien. Revue québécoise de linguistique théorique et appliquée 2:2. Henri & Robert FOURNIER. 1996.185-209. 2). En prép. langue kwa relexifiée: vérification d'une hypothèse "P&P" ou élaboration d'astuces computationnelles? Calvet 1994a: 115-39. L'agglutination nominale en français colonial. vol. Grammaire comparée des variétés du français de Paris diffusées dans les Amériques et l'Océan Indien aux 17e et 18 e siècles. Robert Fournier. Le créole. Mélanges linguistiques.177-96. WITTMANN.10 Fournier WITTMANN. Henri & Robert FOURNIER. Contraintes sur la relexification: les limites imposées dans le cadre théorique minimaliste. TroisRivières: Presses universitaires de Trois-Rivières. c'est du français. Henri & Robert FOURNIER. Bom Sadek i bez li: la particule i en français.