Théorie axiomatique du sujet

Séminaire d’Alain Badiou (1996-1998) [transcription de François Duvert] Table des matières : 16 octobre 96 2 ère 1 thèse : sujet comme catégorie de la psychologie 2 a) Marx et Althusser .........................................................................................................................3 b) Freud et Lacan..............................................................................................................................3 c) Nietzsche et Deleuze ....................................................................................................................3 d) critique de la psychologie ............................................................................................................4 2ème thèse : sujet comme catégorie morale 6 3ème thèse : il n’y a pas de sujet 7 a) Althusser : AIE.............................................................................................................................7 b) Foucault terminal : le pli ..............................................................................................................7 une ontologie paradoxale 8 a) Descartes ......................................................................................................................................8 b) Kant ..............................................................................................................................................8 c) Sartre ............................................................................................................................................9 d) Lacan ............................................................................................................................................9 e) Badiou ..........................................................................................................................................9 5 mars 97 11 19 mars 97 20 26 novembre 97 29 3 décembre 97 38 17 décembre 97 45 14 janvier 98 56 28 janvier 98 57 4 mars 98 65 18 mars 98 76 8 avril 98 85 3 juin 98 95 I Typologie des figures subjectives 96 le site...............................................................................................................................................96 l’énoncé ..........................................................................................................................................96 a) la politique 96 b) l’art 97 c) l’amour 97 d) la science 97 le nom en sujet................................................................................................................................97 a) politique 98 b) art 98 c) l’amour 98 d) science 98 le nom de la vérité ..........................................................................................................................98 a) politique 98 b) l’art 98 c) amour 98 d) science 98 II les Figures Subjectives 99 politique..........................................................................................................................................99 a) figure réactive 99 b) figure obscure 99 c) figure de la résurrection 100 l’art ...............................................................................................................................................100

a) figure réactive 100 b) figure obscure 100 c) figure de résurrection 100 l’amour .........................................................................................................................................101 a) figure réactive 101 b) la figure obscure 101 c) la figure de résurrection 101 la science ......................................................................................................................................101 a) figure réactive 101 b) figure obscure 102 c) figure de résurrection 102 III Regroupements possibles 102 1er regroupement ...........................................................................................................................102 a) science et art 102 b) amour et politique 102 2ème regroupement.........................................................................................................................103 a) l’art 103 b) politique 103 c) la science 104 d) l’amour 104 3ème regroupement.........................................................................................................................105 a) politique et science 105 b) art et amour 105 IV l’éthique 106

16 OCTOBRE 96 Théorie axiomatique du sujet : mon objectif aujourd’hui est en réalité de commenter ce titre. Théorie axiomatique du sujet : qu’est-ce qui est entendu par là ? Et quelle est la destination de ce titre ? Si on prend d’abord le mot théorie : que du sujet il puisse y avoir théorie, comme j’ai écrit un livre qui s’appelle TS, je peux difficilement soutenir le contraire. Que faut-il entendre sous ce nom ? Il faut le prendre au sens le plus fort, qui s’élucidera petit à petit, qui est que : du sujet il ne peut y avoir que théorie. Théorie du sujet, entendez-le comme : il n’y a pas d’autre accès à ce qui est identifié comme sujet que ce qui est de l’ordre de la théorie. Sujet est l’index nominal d’un concept, et ce concept doit être construit dans un champ singulier, en la circonstance philosophique, sans qu’il y ait de statut pour ainsi dire antéprédicatif de ce nom. Ainsi entendu, théorie du sujet (laissons de côté axiomatique pour l’instant) s’oppose en réalité à 3 thèses, à 3 thèses sur le sujet. C’est donc en ce sens un titre polémique, à sa manière (bien qu’il ait l’air très sage). En effet, à l’entendre ainsi, il s’oppose à 3 thèses qui ont été ou sont encore actives, dans des temps récents ou dans une séquence de pensée récente : 1ère thèse : sujet comme catégorie de la psychologie La 1ère thèse à laquelle ceci s’oppose, c’est la thèse selon laquelle sujet désignerait un registre de l’expérience. Cette thèse selon laquelle sujet désigne un registre de l’expérience est philosophiquement une thèse qui identifie sujet et conscience. Et plus précisément, nous y reviendrons, qui identifie sujet au schème réflexif, ou à la distribution du réflexif et de l’irréflexif. Nommons cela la thèse phénoménologique (c’est une grossière simplification). On pourrait l’appeler une thèse de conjonction : sujet est un nom qui récapitule le système général des expériences de la conscience. Il faut rappeler (c’est un motif connu, mais rappelons-le tout de même), il faut rappeler que depuis le 19ème siècle, se sont engagées de grandes entreprises intellectuelles expressément destinées à disjoindre sujet de conscience. On peut même soutenir que c’est un motif central de ce qu’on peut appeler la pensée critique, dès le 19ème siècle : opposer au thème de la conjonction sujet / conscience, ou à sujet comme support général, ou générique, des expériences de la conscience, opposer à cela une disjonction de sujet et de conscience. C’est très frappant de voir que par des chemins tout à fait distincts, cette disjonction de sujet et de conscience a occupé des penseurs fondamentaux pour notre généalogie, la généalogie de notre siècle. On en citera 3 :

- l’entreprise de Marx, et on parlera d’Althusser comme son relais contemporain - l’entreprise de Freud, et si on lui donne son relais contemporain, on nommera Lacan - l’entreprise de Nietzsche, et si on nomme son relais contemporain, on dira Deleuze Dans ces entreprises successives, qui ont toutes leur ancêtre fondateur, c’est une entreprise fondamentale de disjoindre sujet et conscience. a) Marx et Althusser Pour Marx, il faut le rappeler par les temps qui courent, la conscience n’est pas sujet, elle est une production : l’être social détermine la conscience, ce qui veut précisément dire que la conscience n’est pas identifiable par son autonomie réflexive. Et que en ce sens, elle ne fait pas sujet, puisque son repérage, son identification, suppose en vérité le détour par l’être social. Remarquez qu’on peut le dire autrement : pour Marx, la conscience n’est pas expérience, elle est d’abord et avant tout idéologie. Ou pour autant qu’elle est expérience, elle l’est sous ceci qu’elle est idéologie, idéologie déterminée ou constituée à son tour dans l’espace de l’être social. Pour Marx, pour autant qu’il y a sujet, ça ne peut donc pas être la conscience. Le sujet va, éventuellement, se construire comme agent historique - on peut dire par intériorisation subjectivée de son être social (à la fois subjectivée et négativée de son être social). Il est bien vrai que pour Marx le sujet suppose la conscience de classe, mais la conscience de classe n’est pas une conscience, justement. La conscience de classe est le mode propre sous lequel se constitue un sujet qui intériorise négativement son être social. Nous aurons quelque chose comme un sujet de l’histoire, éventuellement. Qui d’ailleurs si on y regarde de près est une structure précaire : il est, ou il n’est pas, ou il est à des degrés variables de sa puissance. Mais il n’est nullement identifiable ou réductible au dispositif de la conscience comme production : la conscience en définitive est une production sociale, dans la thématique de l’idéologie. Une forme dérivée de cette disjonction, c’est la thèse d’Althusser selon laquelle il n’y a pas de sujet du tout. Ou plus exactement la thèse selon laquelle le sujet n’est lui-même qu’un opérateur idéologique. Il n’y a que la conscience, si je puis dire : la disjonction annule la thématique du sujet. Il n’y a que la conscience, mais la conscience, j’y insiste, ne fait pas sujet. Donc il est hors de tout qu’un motif essentiel de la critique marxiste est de proposer, avec des opérateurs singuliers (qui sont idéologie, classe, être social etc…), de proposer ou de construire une disjonction de sujet et de conscience. b) Freud et Lacan Pour Freud, qu’il faille distinguer sujet et conscience est immédiatement donné dans le mot inconscient. On a l’opération de disjonction dans sa forme chimiquement pure, car le mot même choisi, inconscient, est celui qui institue l’espace subjectif dans l’excentrement du conscient. C’est une opération majeure chez Freud que de disjoindre absolument la théorie générale du sujet psychique de stricte la centration sur la conscience et encore bien plus sur la conscience réflexive, sur la conscience de soi. Chez Freud, il n’y a pas de statut clair du sujet. Sujet n’est que secondairement une catégorie de Freud. Ce n’est pas son propos. En ce sens, on peut dire que l’opération de Freud procède à la disjonction dan un absentement relatif de la catégorie de sujet. Bien sûr, la conscience n’est pas le subjectum du psychisme (puisque l’inconscient l’est en un certain sens plus fondamentalement), mais du coup la catégorie de sujet elle-même semble dissoute ou absente. En un certain sens, c’est une entreprise propre de Lacan que d’avoir réintroduit le sujet comme tel dans l’espace de la psychanalyse. Il a désigné par là une singularité désirante, mais ce n’était évidemment d’aucune manière de la conscience qu’il s’agit. La disjonction chez Lacan entre ce qui est pensé sous le nom de sujet et la conscience comme telle est flagrante. Le motif du sujet varie chez Lacan lui-même, il n’est pas stable, mais à aucun moment de son parcours il n’est identifiable à la conscience. c) Nietzsche et Deleuze Et puis, en 3ème lieu, l’entreprise de Nietzsche. En vérité, pour Nietzsche, il faut bien comprendre que la conscience est une catégorie dérivée de la morale. Ce n’est pas un terme réel, la conscience, pour Nietzsche. Le réel, lui, est composé de forces. Et en définitive, qu’est-ce que c’est que conscience ? Eh bien, c’est le nom d’une certaine composition de forces, où en vérité dominent les forces réactives, pour rependre la typologie nietzschéenne. Conscience c’est une production singulière des forces réactives dans la combinaison complexe qui est la leur avec les forces actives. Fondamentalement, le noyau réel de cette composition, c’est le ressentiment. On pourrait soutenir que l’essence de la conscience ou de ce qui doit être registré comme conscience, c’est le ressentiment. Ce qui éclaire une formule de Deleuze, qui est : toute conscience est une fausse conscience. Quand on dit ça, toute conscience est une fausse conscience,

on veut dire en fait que, à proprement parler, le terme conscience n’est pas un terme réel, mais la nomination d’une composition singulière des forces, telle que le réactif y étant en position dominante, l’affirmation vraie, ou l’affirmatif comme tel, se trouve enrayé ou soumis. On pourrait poser la question : qu’est-ce qui dès lors pour Nietzsche ou Deleuze ferait sujet, étant entendu que à l’évidence ce ne peut être la conscience (qui est un terme combinatoire et fallacieux en même temps, un simulacre mais un simulacre réactif) ? On pourrait désigner comme sujet (même si ce n’est pas le nom courant) un certain type de combinaison des forces. On irait droit à la figure réelle dont se soutient y compris ce fantôme réactif qu’est la conscience (on revient au réel de la combinaison des forces). On pourrait dire que l’espace de la pensée du sujet, c’est une typologie. Dans l’esprit nietzschéen il serait plus légitime de dire qu’il y a des types subjectifs plutôt que de dire qu’il y a le ou les sujets. Il y a des types subjectifs. Et puis il y en a deux fondamentaux, en polarité : il y a le type du prêtre, et puis il y a le type dionysiaque. Mais vous voyez bien que là encore, l’opération typologique disjoint radicalement sujet de conscience dans l’espace de la théorie nietzschéenne ou deleuzienne. d) critique de la psychologie Finalement, il s’est déployé, carrément de 1840 à nos jours, sur une longue période, sur une arche historique essentielle, il s’est déployé une critique de la conscience (on pourrait l’appeler comme ça), dont l’opération centrale est de dégager la possibilité éventuelle du sujet de toute identification à la conscience. Alors évidemment, quand on procède à cette disjonction, de sujet et de conscience, on ouvre à ce que sujet ne soit pas un pôle de l’expérience. Conscience y sera toujours liée à l’espace de l’expérience et à la distribution, dans ce champ de l’expérience, du réflexif et de l’irréflexif. Mais si on disjoint sujet de conscience, on ouvre à la possibilité que sujet soit autre chose que ce qui se désigne dans ou pour l’expérience. On peut donc dire que cette vaste entreprise critique, qui à la fois court pendant le 19ème et est comme réactivée dans le contemporain, cette vaste critique de la conscience peut se dire finalement : sujet, pour autant qu’il y a sujet, on n’en trouvera pas le principe du côté de l’expérience. Mais il faut bien comprendre que cette expression a deux sens (dire que sujet n’est pas ce qui peut s’identifier dans l’élément de l’expérience), ça a deux sens, qui sont tous les deux fondamentaux. 1er sens : le sujet n’est pas foyer, le constituant ou le système général de l’expérience. 2ème sens, non moins important : il n’y a pas d’expérience du sujet. Ie non seulement le sujet n’est pas identifiable comme foyer ou polarité constituante de l’expérience, mais il n’y a pas à proprement parler non plus donation du sujet dans l’expérience. Sur cette 2ème compréhension de la disjonction sujet / conscience et de l’arrachement de sujet à la détermination par le champ de l’expérience (il n’y a pas d’expérience du sujet), ça s’adresse plus précisément au point que sujet n’est pas déterminé comme figure du réflexif. Parce qu’une expérience du sujet comme tel a été nommée expérience réflexive : l’expérience immédiate ou irréflexive situe sujet comme polarité quant au champ de l’expérience. Le sujet comme réflexif, c’est en quelque sorte l’extension de l’expérience au sujet lui-même, en tant que donation d’une expérience subjective du sujet. Le mvt de critique de l’identification du sujet et de la conscience touche aussi à ce point. C’est donc une critique du réflexif. C’est un point très important. On pourrait prendre Marx, Freud et Nietzsche et montre que leur opération de disjonction du sujet de la conscience est aussi une critique du réflexif comme tel. Là, on rencontre la question de l’héritage cartésien. L’identification du sujet comme appréhension ou énonciation immédiate de lui-même comme existence. On peut donc dire que nécessairement tout ce mouvement de critique du sujet est aussi un mvt de critique du cogito cartésien. Là-dessus, Lacan est exemplaire. On ne va pas reprendre ce point, mais Lacan montre bien comment il s’agit d’un déplacement. Les termes en jeu dans l’organisation du cogito : je pense, je suis etc… se déplacent quant à leur position respective. Mais ce déplacement, ce qui est en jeu dans ce déplacement, il faut bien comprendre que c’est finalement la disjonction sujet conscience. L’inconscient n’est rien d’autre que le nom de la disjonction. Inconscient, c’est ceci que le sujet n’est pas conscience. Le privatif inconscient doit être pris en ce sens, sinon on l’interprète comme l’inconscient est ce qui n’est pas conscient. C’est un mot en chausse-trappe : ce qui n’est pas conscient, mais alors où ? Sur une autre scène, une autre conscience ? Inconscient désigne l’opération disjonctive elle-même, ie l’impossibilité d’identifier sujet et conscience. Donc par conséquencet nécessité aussi de désidentifier l’identité réflexive, de montrer que l’identité réflexive ne détermine pas l’identité du sujet, et donc de déplacer les éléments constituants du cogito. Je ne vais pas trop insister là-dessus. Le détail est passionnant. On voit très bien que c’est une trace disjonctive : ce que dira, Lacan c’est qu’il ne peut pas y avoir de coïncidence topique du sujet et du je suis. Là où je suis, je ne pense pas, là où je pense, je ne suis pas. C’est un cogito disjonctif, qui retrace au

cœur même du cogito l’opération de disjonction de la conscience et du sujet. On appellera réflexive toute position qui, sous une forme ou sous une autre, admet la superposition locale d’un je suis et d’un je pense. Et le fait qu’on puisse superposer un je pense à un je suis, qui est l’essence même du réflexif, c’est l’opération fondamentale qui finalement revient à identifier sujet à conscience. Aux yeux de l’ensemble des critiques de la réflexion, en réalité le destin inéluctable de cette position (ie la position d’un point de coïncidence possible du je suis et du je pense, la position d’une conjonction possible du sujet et de la conscience), le destin de tout cela est psychologique, ie fait inéluctablement de sujet une catégorie de la psychologie, si épurée soit-elle, et même si ontologisée soit-elle (comme c’est le cas chez Descartes). Ce qui nous permet de dire, dans une 1ère détermination négative, dans l’élément de cette critique : sujet n’est d’aucune façon une catégorie de la psychologie. La disjonction sujet / conscience, c’est de façon essentielle une opération anti-psychologique. Je dirais même que c’est l’opération anti-psychologique, par essence. Il n’y en a pas d’autre. Quiconque admet l’identification sujet / conscience est un psychologue, voilà. Il a beau sophistiquer la question, en définitive il ne quittera pas de manière majeure le terrain de la psychologie. C’est pourquoi en passant la psychanalyse n’est pas une psychologie. Je dirais même que la psychanalyse est une critique radicale de la psychologie. Lacan y a insiste maintes fois. Pour ce qui nous intéresse nous, au fondement de la question, c’est parce que l’essence de la psychologie c’est toujours l’opération conjonctive sujet / conscience. Si le sujet n’est pas la conscience, alors le terrain d’existence même de la psychologie se trouve soit régionalisé, cantonné à l’inessentiel, soit purement et simplement détruit. Alors on dira : il y a théorie du sujet pour autant qu’il y a théorie de la disjonction sujet conscience. La théorie du sujet, dans le mouvement même de cette vaste critique de presque deux siècles, qui a petit à petit arraché la catégorie de sujet à l’espace de la psychologique. Le sujet n’est pas une polarité de l’expérience, il n’est pas une conscience ou identique à la conscience, et il faut qu’il y en ait théorie en tant que théorie disjointe. Ie théorie non psychologique. C’est une manière de penser Marx, Freud et Nietzsche. Nietzsche s’appelait le grand psychologue. Mais comme toujours, quand il disait grand quelque chose, ça voulait dire : pas la chose. Comme pour la grande politique. La grande politique avait pour essence de ne pas être une politique. Le grand psychologue n’est pas un psychologue, il est un typologue. On peut lire cette entreprise comme une gigantesque critique de la psychologie. Apparemment, c’est une grande d’affaire de se débarrasser de la psychologie, vous imaginez. Pas sûr qu’au bout de deux siècles, on y soit parvenu. En tout cas, on y revient ! C’est pour ça que sujet lui même est un terme polémique : pris dans la disjonction, c’est un opérateur fondamental de la critique de la psychologie. Ça ne se laisse même pas vraiment dire dans cette version restreinte, qu’on trouve, et qui est qu’il s’agit de dépsychologiser le sujet. On peut le dire comme ça si on veut, mais c’est une forme faible, la dépsychologisation du sujet. Encore fois, l’opération est une disjonction radicale. Et donc le sujet comme tel n’a plus rien à voir avec la psychologie. Le sujet n’a rien à voir la psychologie, mais est-ce que la psychologie n’a rien à voir avec le sujet ? C’est pas la même question ! Je soutiendrais volontiers qu’une série de débat fondamentaux du siècle sur cette question tournent autour du problème : est-ce que le fait que le sujet soit disjoint de la conscience et soustrait à la psychologie, signifie que l’espace de la psychologie, de la conscience et de l’expérience, n’ait rien à voir avec le sujet ? c’est deux questions différentes : la psychologie peut avoir affaire avec le sujet, quoique le sujet soit extirpé de la psychologie comme catégorie. Nous aurons à y revenir beaucoup plus tard : est-ce que les théories du sujet ainsi conçues (ie comme résultat de la disjonction critique), est-ce qu’elles abolissent la psychologie, ou est-ce qu’elles refondent une psychologie singulière, dont sujet ne sera pas un opérateur interne, mais sera une condition radicale ? Si vous voulez comprendre l’amour, l’expérience, l’angoisse, c’est des expériences de la conscience, on ne peut pas dire le contraire. Si vous commencez à dire : ça ne relève pas comme telle d’une fusion sujet conscience, il faut disjoindre, et sujet est un terme non psychologique, la question est de savoir si ce terme fait néanmoins retour au champ de l’expérience, et comment, puisque c’est pas de manière interne ? En récapitulatif, ça peut se dire : est-ce que la critique a anéanti la psychologie, ou est-ce qu’elle l’a refondée ? ce que Nietzsche avec son intuition tapageuse habituelle indiquait en s’appelant grand psychologie. Il disait : d’une part, la petite psychologie, je m’en disjoins, je m’en sépare radicalement, je construis une typologie qui n’a rien à voir avec elle, mais c’est quand même une grande psycho, parce que du point de la typologie et de la théorie du sujet, je fais retour élucidant y compris au champ de l’expérience tel que la conscience psychologique le découvre. Cette question du retour ou de la refondation, on verra plus tard. Mais pour l’instant, nous tenons que il y a nécessairement théorie du sujet, pour autant qu’il y a opération disjonctive entre sujet et conscience, et un 1er geste qui est quand même fondamentalement un geste anti-psychologique.

Voilà pour la 1ère thèse à laquelle théorie du sujet s’oppose, qui était la thèse conjonctive, ou la thèse psychologique, ou la thèse réflexive. 2ème thèse : sujet comme catégorie morale La 2ème thèse à laquelle théorie du sujet s’oppose est la thèse qui soutient que sujet est en fait une catégorie de la morale. Dans le 1er cas, c’était une catégorie de la psychologie, de la psychologie rationnelle, de la psychologie post-cartésienne, dans le 2nd cas sujet est une catégorie de la morale. Si sujet est une catégorie de la morale, il n’y en a pas théorie (de même si sujet c’est conscience, il y en a d’abord une expérience). Si sujet est une catégorie de la morale, il y a d’abord une norme : sujet est une catégorie normative. Et c’est une catégorie éventuellement théorique, mais après coup de son évidence normative. Parce que dans ce cas, sujet désigne quoi ? Sujet désigne une injonction : l’injonction de tenir tout animal humain pour un sujet. Tenir tout animal humain pour un sujet, c’est une injonction avant d’être une détermination théorique. ça veut dire quoi tenir tout animal humain pour un sujet ? ça veut dire le finaliser, ie le traiter comme une fin, et pas seulement comme un moyen. On sait très bien que traiter l’autre comme une fin et pas seulement comme un moyen, c’est destiné par la catégorie de sujet. La catégorie de sujet soutient cette injonction finalisée que l’autre, autrui, l’animal humain qui n’est pas moi, je dois le considérer comme sujet, et comme sujet ça veut immédiatement dire en tant que fin. Sujet est au fond non pas le récapitulatif d’une expérience, comme dans la 1ère thèse, mais c’est le récapitulatif d’un impératif. Sujet est immédiatement normatif en tant qu’il subsume ceci que l’autre doit être envisagé ou traité comme sujet, ie comme fin. Cette acception de sujet fait aujourd’hui un retour massif, comme vous le savez. Elle fait un retour massif, à l’intérieur ou dans le retour ou l’abri d’un dispositif quasi-hégémonique qui est celui du droit. La question des rapports entre sujet et droit est une question très importante. Vous savez que même Althusser soutenait que sujet n’était qu’une catégorie du droit. Il n’est donc pas étonnant que dans une conjoncture générale où le droit reprend position de figure d’opinion quasi hégémonique, sujet revienne dans cette acception là, dans une acception qui en fait d’abord et avant tout une catégorie normative. Mais si c’est réellement une catégorie normative, ce n’est pas exactement une catégorie théorique. On ne peut pas subordonner sa puissance normative à sa détermination théorique, c’est impossible. Ça encore, Kant l’a très bien vu : l’impératif catégorique est nécessairement intransitif à la raison pure théorique. Et donc toute théorie du sujet peut être soupçonnée d’être, au sens strict, une dé-moralisation du sujet, dans cette acception juridico-morale. C’est bien en effet ce que je vais soutenir, ie que théorie du sujet signifie en effet que sujet n’est pas d’abord une catégorie normative. On soutiendra axiomatiquement (nous verrons ce que ça veut dire) que la détermination en pensée de l’être du sujet, la détermination dans pensée de la catégorie de sujet, n’est pas par elle-même normative. Ça voudra dire que l’énoncé selon lequel tout animal humain est sujet (ce qui veut dire doit être tenu pour sujet) n’est pas compatible avec une théorie du sujet. Il y a ça dans le titre, donc c’est bien d’un procès de démoralisation du sujet qu’il s’agit, dans l’expression même de théorie du sujet. Il y a à cela un motif profond, sur lequel nous aurons l’occasion de revenir, qui est le suivant : si vous admettez qu’il y a une théorie, au sens fort, conceptuelle, a fortiori une théorie axiomatique, vous admettez nécessairement une contingence du motif subjectif. Qu’il y ait théorie du sujet veut nécessairement dire qu’il y a sujet, sous les conditions que la théorie détermine, c’est inéluctable. C’est comme les lois physiques : le phénomène est phénomène sous ses conditions phénoménales, ça n’a pas de sens d’en parler en soi. Là ça sera pareil : il faudra admettre en un sens que l’animal humain peut ne pas être sujet. C’est une thèse complexe. Thèse complexe, à mon avis inéluctablement consécutive à la disjonction dont je parlais. Si sujet est un opérateur disjoint de conscience, si c’est un terme théoriquement déterminé sous les conditions qui sont les siennes et dans le champ de pensée qui est le sien, alors il a une contingence relative : vous ne pouvez pas déduire la nécessité absolue et intrinsèque du motif subjectif comme tel. L’animal humain peut ne pas être sujet, et par conséquencet la théorie du sujet sera la théorie d’une possibilité, sous condition. Ce qui est le cas de toute théorie. Toute théorie, a un moment ou un autre, a comme régime d’énoncé que s’il y a ceci, alors il y a cela. Les énoncés théoriques sont de cet ordre. Ça ne veut pas dire que c’est la causalité, ça peut être des connexions logiques, ça peut être des tas de choses, mais c’est du si alors, c’est l’implication. Toute théorie est implicative. Si sujet est un terme théorique… [chgt K7]… , ie sous condition. Or le sujet comme catégorie morale est inconditionné, c’est ce qui le définit absolument. C’est ce que Kant exprime en disant que l’impératif moral est catégorique, ie sans condition. Et le sujet qui s’auto-détermine sous l’impératif catégorique est par là même lui-même inconditionné. Admettre qu’il y a une théorie du sujet

veut dire que sujet n’est pas un terme inconditionné. Sinon vous pouvez avoir une norme, vous pouvez avoir une expérience, mais pas une théorie. Ce sera une discussion très délicate, parce que - comme vous le verrez - nous appellerons humanité la possibilité conditionnée du sujet. Nous n’appellerons pas ça sujet : il serait absurde d’appeler sujet la possibilité du sujet. On introduira un nom particulier pour désigner cette possibilité conditionnée comme telle. J’ai proposé de l’appeler humanité. Comme en ce moment l’humanité, l’humanisme c’est essentiel, on va donner notre propre espace de définition. On définira l’humanité. On en donnera une définition extrêmement précise. On appellera humanité ceci qu’il y a possibilité conditionné du sujet. Pas inconditionnée. Et alors, on aura à se demander si humanité, lui, est normatif. Parce que si sujet en tant que disposition théorique n’est pas une catégorie normative, rien n’empêche que la possibilité conditionnée de cette catégorie puisse l’être. Mais alors simplement humanité ne sera pas une catégorie théorique : c’est le prix à payer. Vous voyez, c’est une anticipation, comment se dessinera l’espace des questions sur ce 2ème thème. On ne soutiendra pas que sujet est une catégorie normative, et par conséquencet inconditionnée : elle ne sera qu’une possibilité conditionnée, il est possible qu’il y ait du sujet, et on peut identifier les conditions de possibilité de son existence. Mais si on appelle humanité, de façon générique, l’existence de cette possibilité et de son système de conditions, alors surgit la question de savoir si humanité va être lui une catégorie normative. Je ne tranche pas sur ce point pour l’instant – d’aucun que ça dépend de quelle théorie du sujet on parle, et donc du contenu indirect de la catégorie d’humanité. Mais il restera que théorie du sujet comme telle n’est pas de l’ordre de la morale. Sujet en tout cas n’est pas un opérateur inconditionné ou normatif. C’est un opérateur conditionné, théorique. Là aussi, on pourrait résumer ces deux premiers mouvements en disant : - le sujet disjoint de la conscience n’est pas catégorie de la psychologie, en quelque sens qu’on prenne psychologie. - et le sujet disjoint de la conscience n’est pas non plus une catégorie de la morale. C’et la 2ème contraposition. 3ème thèse : il n’y a pas de sujet La 3ème contraposition à laquelle s’oppose théorie du sujet serait la thèse qu’il n’y a pas de théorie du sujet car il n’y a pas de sujet du tout. C’est la thèse hyper-disjonctive : vous séparez tellement sujet de conscience qu’en réalité, il n’y a pas de sujet. Ne subsiste que la conscience, elle-même déterminée du dehors par différents espaces structuraux. On peut appeler ça la thèse structuraliste stricte. La thèse que le sujet est une catégorie de l’expérience est une thèse phénoménologique, la thèse selon laquelle sujet est une catégorie morale est une thèse humaniste au sens générique, et la 3ème thèse est thèse structuraliste au sens strict (il n’y a pas de pertinence de la catégorie de sujet). a) Althusser : AIE C’est par exemple la thèse d’Althusser, par quoi il a si je puis dire optimisée la disposition disjonctive de Marx. Pour Althusser, l’histoire est un processus sans sujet. Mais alors qu’est-ce que signifie sujet ? Il a une réponse, qu’on ne va pas redonner dans son détail. Pour lui, sujet, c’était la désignation de l’interpellation de l’individu par le dispositif complexe de l’Etat moderne. Le dispositif complexe de l’Etat moderne s’adressait si je puis dire à l’individu sous le motif du sujet. Ce que Althusser essayait de serrer par l’expression : interpellé en sujet par le dispositif de l’Etat. C’était donc une opération étatique, sujet. Si vous le prenez dans l’autre sens, ça veut dire que sujet désigne la forme d’assujettissement à l’Etat (l’Etat étant pour ALthusser un ensemble complexe, qui englobe des appareils institutionnels, qu’il appelait les AIE) la fonction propre des AIE est de construire ce rapport aux individus supports quelconques qui est justement l’interpellation en sujet, et de les disposer comme sujets pour s’adresser à eux. Il n’y a pas d’autre manière d’être sujet que d’être assujetti. L’essence du sujet c’est l’assujettissement à l’appareil d’Etat. Il apparaissait alors que sujet tait une catégorie du droit, strictement. Ce qui était transversal à l’interpellation, c’est la catégorie juridique. Vous étiez interpellé en sujet par l’Etat moderne en tant que sujet du droit. Vous releviez du droit. C’était ça que désignait sujet. Vous étiez sujet car on pouvait vous juger, à la limite. Ce qui est sujet, c’est ce qui est susceptible d’être jugé par l’Etat. Il n’y a pas d’autre sujet que ça. Aucune ontologie théorique du sujet n’est pertinente. La question du sujet était renvoyée à la théorie des appareils d’Etat. b) Foucault terminal : le pli C’est en sens la thèse de Foucault aussi, et en particulier dans son œuvre terminale. Dans son œuvre terminale, Foucault soutient que le sujet est une construction discursive singulière, qui est comme le

moment où des forces se plient. C’est un reploiement du dehors sur lui-même. C’est une courbure d’intériorité dans la surface discursive générale. C’est la création d’un dedans, mais selon l’examen du dispositif discursif qui inclut cette espèce de pliure qui fait qu’un dedans se constitue sous l’effet du dehors. Sujet nomme ça. Cette figure de pli de l’extériorité, ou de ploiement des forces antagoniques, inventé par les grecs : les grecs ont fait ça, ils ont construit le dedans, le soi comme souci de soi. C’est une construction discursive, construction qui se donne encore une fois comme une espèce d’involution ou de courbure de l’extériorité, et rien d’autre. Par conséquencet, là non plus il n’y a pas d’identification de théorie du sujet comme telle. Il y a cette formation discursive à longue échelle (il faut remonter aux grecs pour saisir cette pliure). Et dans cette remontée, on a le dispositif où sujet devient pertinent comme désignant le dedans, mais le dedans est un pli du dehors. Parenthèse : que le sujet ait à voir avec la topologie est un motif qui sera maintenu. F communique souterrainement avec Lacan sur ce point. La détermination du soi comme pliure de l’extériorité n’est pas absolument hétérogène au dispositif de Lacan sur la topologie du sujet. C’est contemporain. Par rapport ça, qu’est-ce qui va être soutenu ici ? Par rapport à l’idée que la théorie est théorie d’autre chose que de lui-même : du dehors et de ses forces, ou théorie de l’Etat et du droit. En tout cas, que la théorie du sujet ne se constitue pas dans une autonomie véritable. La discussion va être serrée. une ontologie paradoxale Il est vrai, c’est ce que nous soutiendrons, que le il y a du sujet relève de ce que j’appellerai une ontologie paradoxale. Mon propos demeurera celui d’une ontologie du sujet, donc distinct de soit une psychologie, soit une éthique, soit une généalogie discursive. Je maintiendrai le motif d’une ontologie du sujet, mais cette ontologie sera paradoxale, et c’est ce paradoxe qui va constituer le sujet lui-même. Je voudrais esquisser l’ordre des questions : Que l’ontologie du sujet soit paradoxale, inéluctablement, est un thème ancien. Il faut bien en prendre conscience. Il ne faut pas se croire un contemporain pur quand on est dans une vieille question. Que l’ontologie du sujet soit paradoxale, ce qui retentit jusque chez Lacan de manière insistante, est un vieux motif philosophique. a) Descartes Il est perceptible si l’on se demande quel est l’être du sujet dans le cogito cartésien. Ie si on pose la question non pas de l’évidence, de la certitude du cogito, mais je suis : quel est la part d’être du je suis, quel est l’être attaché au je suis, quel est le mode d’être du je suis ? Je suis, j’existe, dit Descartes, il y a un écart entre les deux : dans cet écart se tient toute la question de savoir, lorsque je dis je suis, qu’est-ce qui retentit si je puis dire de position sur l’être dans le suis ? Quelle est cette déclinaison du verbe être qu’il y a dans je suis ? qu’est-ce que c’est que cet être en 1ère personne ? Qu’en est-il de l’être dans le je suis ? Descartes dit des choses paradoxales ou étranges là dessus : il dit par exemple que cet être est coextensif à son acte. Je suis, dans le cogito, pour autant que je pense que je suis. Mais si je puis dire j’oublie d’y penser le je suis s’effondre. Descartes fait cette remarque de façon tout à fait explicite. On pourrait dire que le sujet, l’être du sujet, semble être coextensif à un de ses propres actes. C’est quand même très spécial, que l’être d’une chose soit coextensif à un acte de cette chose. Les actes du je pense ne sont pas du tout réductibles au cogito. On peut penser à 1000 choses plutôt qu’à stupidement penser je suis. Vous savez qu’il faut la machinerie du doute, du malin génie, du démon pour que j’en vienne à cette misérable détermination de penser que je suis, qui n’est quand même pas gd chose. En général, les actes du je pense ne sont pas je pense que je suis. C’est un des actes possibles du je pense, et à un moment donné l’être du je suis est suspendu à l’effectivité de cet acte. Ce qui entraîne une chicane ontologique particulière quant à l’être du sujet. b) Kant Si vous vous demandez maintenant quel est l’être du sujet transcendantal chez Kant, l’être de l’aperception originaire : qu’en est-il de son être, au sujet constituant de l’expérience ? La réponse de Kant est extraordinaire : c’est un indéterminé qui est le corrélat d’un indéterminé, un vide lié à un vide, un X corrélat d’un X. Le sujet T est lié à l’indétermination de l’objet T lui-même, tous les deux peuvent être appelés X, nous dit Kant. Et donc finalement, pour autant qu’on s’engagerait dans une ontologie du sujet T, il faudrait partir d’une existence absolument vide ou indéterminée, corrélée à un objet lui-même vide et indéterminé. Cette expérience originaire, finalement, est la corrélation de deux vides. Ça, Kant le dit aussi avec précision. Mais qu’un être ne se laisse approcher que sous le schème d’une corrélation vide, c’est tout à fait particulier.

c) Sartre Pour prendre un exemple plus contemporain, si on se demande quel est l’être de la conscience pour Sartre, ie l’être du sujet malgré tout (puisque Sartre est encore dans la conjonction sujet et conscience). Quel est l’être du pour soi sartrien ? Son être, c’est la néantisation (pas le néant) : l’être de la conscience est de néantiser l’en soi lui-même, de faire être le creux, de faire advenir le sens comme creux de la passivité de l’en soi. Néantisation, ce mot en lui-même est un concentré d’ontologie paradoxale : c’est le néant comme activité, c’est pas le néant comme corrélat logique de l’être, comme non être. Néantisation, ça désigne l’activité du non être. Donc je prenais ces exemples très rapidement pour indiquer qu’à chaque fois qu’un dispositif philosophique s’approche de la question de l’être du sujet, qu’il s’agisse du cogito, du sujet transcendantal, ou de la conscience sartrienne, vous avez la mise en place des catégories d’une onto paradoxale : être coextensif à un de ses actes, corrélation d’indéterminés pur, ou activité du néant. d) Lacan Si on se demande maintenant ce que c’est que l’être du sujet pour Lacan, Lacan dira : il n’en existe pas de discipline de pensée indépendante. Il n’y a pas d’ontologie du sujet. L’ontologie, nous en avons déjà parlé ici, c’est pas bien, c’est une hontologie. Donc on va dire : il n’y a pas de théorie autonome possible de l’être du sujet comme tel. Il dira aussi que ça relève du me on, du non étant. Le me on c’est le non étant, avec une nuance impérative : interdit d’être, quelque chose comme ça. Pour autant que ça relèverait de l’ontologie (mais ça n’en relève pas, l’ontologie est abominable), ça relèverait d’une ontologie de l’interdit d’être ou de l’être barré. L’être du sujet est l’évanouissement, l’éclipse, le choix, c’est ce qui tombe dans un intervalle. Il dira aussi que le schème d’être du sujet c’est l’ensemble vide. Et puis il dira aussi que tout l’être du sujet, c’est l’objet. Toutes ces formules sont explicites. Si vous voulez les recoudre les unes avec les autres, toutes ces formules, c’est un gros travail . on peut dire qu’il y a en filigrane chez L dans une dispo anti-ontologique une onto du sujet sauf que c une onto à chicane. Chaque fois que vous vous engagez dans une voie possible vous vous retrouvez dans une autre, comme un labyrinthe sans entrée ni sortie. Vous circulez comme sur un ruban de Moebius… pur équilibre sous pur interdit d’être est aussi pur grain de réel. De ce point de vue là, Lacan est dans la tradition : on ne peut pas saisir l’être du sujet sans un dispo ontologique profondément paradoxal. Alors ce paradoxe, comment le dire ? On le dira, formule assez bête, comme ça, qui est en même temps indicative : une théorie du sujet ne se présente pas comme la théorie d’un objet, au sens où d’habitude la théorie est théorie de quelque chose, d’un objet. Une théorie du sujet ne peut pas se présenter comme objet. ça veut dire que le sujet n’est pas un objet en un sens particulier :le sujet ne va pas être l’objet de la théorie du sujet. C’est vrai pour Lacan. Vous savez que chez Lacan il ne peut pas y avoir de théorie de l’objet. A supposer que l’objet soit l’être du sujet, ce qui est soutenu dans plusieurs textes (la part d’être du sujet n’est rien d’autre que l’objet a), il ne peut pas y avoir à proprement parler de théorie de l’objet non plus, pour la raison fondamentale que l’objet est insymbolisable, vous n’en ferez pas de théorie indépendante, c’est exclu. Ce que Lacan dira, c’est qu’il peut y avoir théorie de ce dont l’objet est le réel, mais pas une théorie de l’objet : de ce dont l’objet est le réel. C’est une distinction très importante. Ce n’est pas au sens où sujet serait l’objet de la théorie. Mais c’est plus proche de ce que dirait Lacan, à savoir il peut y avoir théorie non pas de l’objet mais de ce dont l’objet fait réel. Il n’en fait réel qu’en étant soustrait en même temps, donc il ne tombe pas dans le champ propre de ce dont il y a théorie. e) Badiou La ligne que nous allons suivre sur ces questions très intriquées et décisive. Assumons que la théorie du sujet n’est pas théorie d’un objet théorique (c’est pas comme la théorie du système solaire ou même comme théorie des ensembles). Il y a une théorie du sujet (le sujet n’est ni psycho ni moral ni inexistant), il y a réellement théorie du sujet, mais ce n’est pas la théorie d’un objet au sens où ce serait la théorie d’un champ objectif quelconque. Il en résulte qu’il n’y a d’être du sujet que théorique. Parce que sinon le sujet serait l’objet de la théorie. La chicane : si vous parlez de sujet non au sens de l’objet de votre théorie, qu’étudie ou que symbolise votre théorie, alors cet être du sujet, il faut bien que d’une certaine manière il soit coextensif à la théorie. S’il n’est pas coextensif à la théorie, nécessairement il est l’objet de cette théorie. Il faut qu’il soit omniprésent dans la théorie et en un certain sens absent en tant qu’objet dans cette théorie. On a l’impression de basculer dans l’idéalisme franc et ouvert : sujet serait une catégorie théorique de bout en bout, et elle n’aurait nul être. Non ! Ce n’est pas ça non plus qu’on va soutenir. On va soutenir

que sujet n’est pas un objet, mais soutenir jusqu’au bout que sujet n’est pas un objet…. que sujet n’est pas l’objet de cette théorie, que donc sujet est omniprésent dans le dispositif théorique (ça ne s’en décolle pas, il n’est pas en vis-à-vis de son dispositif, il n’est pas ce que le dispositif appréhende ou saisit) et que cependant il y a un bel et bien un être du sujet. Alors comment se tirer de ça ? Apparemment on ne s’en tire pas. La réponse classique, c’est de dire il y a un être du concept. D’accord, c’est coextensif au concept. Ce serait une solution d’esprit deleuzien : Deleuze ne s’embarrasse jamais du rapport entre langage et chose car le langage c’est comme les choses. Ça coappartient au mouvement général. Le problème du rapport des mots aux choses est bon pour les psycho et les phénoménologie : toute chose a rapport a toute chose, il n’y a pas de mystères là dedans. L’être théorique du sujet c’est son être. On n’est pas deleuzien, je ne suis pas deleuzien, ça ne peut pas marcher tout à fait comme ça. La thèse de la coextension ne peut pas se soutenir d’une ontologie de la dynamique virtuelle générale. En réalité, là aussi j’anticipe, le point qu’on va traiter va être le suivant : le sujet va apparaître comme le bord d’une équivoque de l’être lui-même. C’est pour ça que à la fois il n’y en a que théorie et que cependant il y en a aussi un être. Le sujet, c’est un bord d’équivoque de l’être même. Alors quelle équivoque ? Cette équivoque va se dire de deux façons. Si vous voulez, il y aura deux équivoques. - l’être est équivoque, parce que il se dit au même point comme situation et comme vérité. C’est un peu mon jargon. L’être se dit toujours au même point comme situation et comme vérité. On peut dire aussi qu’il se donne au même point comme logique ou comme ontologique. Ou encore qu’il se donne au même point comme disjonction pure et relation. C’est des équivoques ontologiques elles-mêmes. Ce sont les points d’équivoque de l’être. Sujet, ça va apparaître comme le point d’équivoque elle-même, rien d’autre. Sujet, ce sera le nom de l’équivoque de l’être. Et théorie du sujet, en fin de compte, ça voudra dire théorie du caractère équivoque de l’être. Ce sera assez compliqué dans le détail, que je ne donne pas. Parce que, comme vous venez de l’entendre dans les différentes formulations que je donnais de cette équivoque, il y a une équivoque décisive pour le sujet qui est l’équivoque vérité situation. Le point où toute vérité a affaire à ce qui n’est pas elle. Mais ce n’est pas une relation extérieure, c’est au même point que toute vérité a aussi affaire en ce point là à ce qui n’est pas elle. Et sujet n’est ni la vérité ni ce qui n’est pas elle, c’est le au même point. C’est au point de l’équivoque distributive entre la vérité et ce qui n’est pas elle. Mais cette équivoque décisive où se construit le sujet (on montrera pourquoi de façon argumentée et convaincante), elle est bâtie sur une autre : - elle est bâtie sur une équivoque qui est l’équivoque de l’être lui-même ; il se donne comme multiplicité pure, disjonction et dissémination pure, indifférence, et que cependant il n’y a que de la relation, que du rapport, que de la consistance. Equivoque ontologique décisive, qui interroge la philosophie depuis toujours : d’un côté il semble que tout soit en déliaison radicale, et cependant en un certain sens tout est lié. Et l’équivoque déliaison / liaison ou déliaison / relation est comme toujours ce qui supporte, ce qui se tient en dessous de l’équivoque situation / vérité. Nous poserons que l’être du sujet, c’est le nouage des équivoques de l’être. Et comme il y a une double équivoque, on peut dire si vous voulez que le sujet est dans son être l’équivocité de l’équivoque. C’est pour ça qu’il est paradoxal dans son ontologie. Il est l’équivoque elle-même. si vous voulez l’attraper par quelque chose d’univoque, vous le manquez. La saisie de l’équivocité de ce qui est équivoque est la même chose que la saisie du sujet. On peut dire, plus simplement, que le sujet, au fond, c’est la partie louche de l’être. Voyez en quel sens je dis louche : louche, parce que est louche ce dont l’identité semble à tout moment se dissoudre dans l’équivoque. Est intrinsèquement louche ce qui a pour être d’être équivoque. L’équivoque, c’est un partage, ce n’est pas une équivocité de sens, c’est pas herméneutique. Ça ne relève pas de l’interprétation. C’est une jointure : au même point il se passe en même temps deux chose, c’est tout. Dire que c’est la partie louche de l’être, au fond c’est le point d’impureté, j'appelle impur ce qui n’arrive pas à être assigné à un seul registre. C’est le point d’impureté, dont le processus constitue cependant la pureté du vrai. Ce sera ça : c’est ce matériau impur dont se constitue toute pureté, le sujet. C’est comme si vous regardez quelque chose d’absolument pur au microscope, ça grouille d’impuretés. Parce que ce n’est fait que du sujet. Si vous regardez de près, toute chose est louche. Il y a une espèce de composition pure en trajectoire qu’on appellera vérité, qui en effet est la figure même de la pureté, mais le sujet est le point microscopique et constitutif en même temps d’impuretés internes de la genèse de cette pureté. C’est en ce sens que je dis que c’est la part louche de l’être. Le sujet, c’est la cochonnerie avec laquelle on fait du vrai. C’est pour ça que tout sujet n’est que louche, ça sert à rien de vouloir le purifier. C’est de entreprises historiques bien connues, ça, purifier le sujet. Le sujet est impurifiable. Les entreprises qui veulent le purifier ne feront rien d’autre que l’anéantir. C’est la seule manière de le purifier. Si vous voulez qu’il n’y ait plus personne de louche, il n’y a qu’une seule méthode : qu’il n’y ait plus personne du tout ! C’est pour ça que toute désignation à la vindicte publique de ce qui est louche est une opération

anti-subjective, comme telle. Nous en avons par les temps qui courent des exemples de plus en plus notoires. C’est pour ça que ces affaires comptent. Lorsque la catégorie de ce qui est louche, ou impur, ou équivoque, fonctionne au titre d’une catégorie normative, alors c’est de l’éradication du sujet comme tel qu’il est question. Parce que c’est dans son être que le sujet est une jointure équivoque de l’être. Voilà. Le 2ème temps aurait été de dire ce qu’il faut entendre par axiomatique. On va le laisser, c’est trop long. J’aurai simplement pour conclure voulu dire ceci. J’aurais voulu situer la trajectoire de cette année entre deux énoncés poétiques, qui sont une manière de dire le paradoxe. Entre deux énoncés poétiques que j’emprunte à Pindare, et qui situent en quelque sorte les deux polarités entre lesquelles ce paradoxe d’une TAS va tenter de se déplier. D’abord, un énoncé que je tire de la 1ère Olympique, où Pindare écrit quelque chose comme toujours de très difficile à traduire : La rumeur des mortels outrepasse le dire vrai. Sujet, en effet ça relève toujours d’un franchissement, mais d’un franchissement au regard du vrai. C’est dans le vrai mais ça le franchit quand même. C’est une connexion mouvante du vrai avec ce qui n’est pas lui, le sujet. C’est indispensable au vrai, pour autant que le vrai est ce qui n’est pas lui, touche ou est adjointé à ce qui n’est pas lui. Sujet c’est là. C’est vrai que la rumeur des mortels, elle est saisissable, cette rumeur des mortels comme saisie du sujet, en un point où quelque chose outrepasse le dire vrai, ie n’est pas aligné au dire vrai, est désalignée du dire vrai, bien qu’interne à ce dire. Et puis, d’un autre côté, dans la 6ème Néméenne. Dans la 6ème Néméenne, Pindare, dit ceci : pourtant, en un point nous ressemblons, soit comme grand esprit, soit comme nature aux immortels... [Manquent les dernières minutes] 5 MARS 97 1 indication : le séminaire du 5 février que je n’ai pas pu assumé sera remplacé. Il aura lieu en avril. En fait, c’est maintenant, et celui de maintenant aura lieu si je puis dire le deux avril ! Ce qui me permet de vous rappeler les dates qui nous restent : 19 mars, le deux avril, le 23 avril et le 14 mai. La prochaine permanence aura lieu le vendredi 14, donc la semaine prochaine, à 17h30, au Cluny. Une indication pour ceux que ça intéresse : je ferai une conférence à la société française de philosophie (institution admirable !) le samedi 22 mars, à 16h30, à l’amphithéâtre Michelet, à la Sorbonne, cette conférence a pour titre Logique et ontologie (vaste question !). Nous reprenons. Notre cheminement est pour l’instant celui d’une détermination formelle de ce que nous conviendrons d’appeler les figures subjectives, des figures du sujet, détermination formelle des figures du sujet que nous tenterons dans le cadre de ce que j’ai appelé une petite théorie du sujet (petite car elle dans l’espace d’une logique, et dans l’espace d’une logique somme toute assez pauvre). Je rappelle nos définitions et axiomes élémentaires, élémentaires au sens de convenons à la petite théorie. Nous appelons sujet (pour l’instant) ce dont il se soutient qu’il y ait un dire quelconque, pour autant que ce dire puisse s’évaluer selon le vrai et le faux. C’est une définition conventionnelle du sujet. Ce dire a la forme de ce qui est classiquement appelé un énoncé. On peut dire : un sujet, c’est le il y a d’un énoncé. Ce n’est pas l’énoncé qui induit qu’il y ait sujet, mais son il y a, au sens où je parle d’un dire. L’énoncé ne fait sujet que pour autant qu’il est dit. Deuxièmement, une variante, pour mettre en place le lexique : nous appelons acte d’un sujet le dire qui le constitue. Nous avons adopté comme ligne, si je puis dire, de déterminer le sujet du point de son acte. On appelle acte le dire qui constitue le sujet. Enfin, on appelle sage, on donne la propriété d’être sage à un sujet tel que son acte est vrai, et pervers un sujet tel que son acte est faux. La théorie en la circonstance est a minima l’attribution de cette propriété : dans quelle condition peut-on, au regard du sujet d’un dire quelconque, établir qu’il est sage ou qu’il est pervers ? Elémentairement, la théorie commence par cela, par l’attribution réglée, rationnelle, d’une propriété à un sujet, ou de deux propriétés (être sage et être pervers), et la question est de savoir comment on attribue ces propriétés. Nous avons montré que en l’absence de tout dire dont on sait qu’il est vrai, en l’absence de toute détermination comme assurément vraie d’un dire quelconque on ne peut distinguer véritablement un sage d’un pervers. Car leur qualification procède de ce que l’énoncé est vrai ou faux. Donc si nous n’avons pas de moyen de déterminer intrinsèquement si un énoncé quelconque est vrai ou faux, on ne peut pas procéder aux attributions, et donc la théorie est bloquée. Qu’elle soit bloquée, c’est assez important,
ère

signifie qu’elle reste dans l’espace de ses définitions. Vous pouvez toujours dire que le corps théorique est celui là. Mais vous ne pouvez pas procéder à une détermination singulière, ie à une attribution à un sujet singulier de la propriété qui lui convient. On a affaire à une théorie définitionnelle, on peut aussi dire une théorie vide : une théorie qui ne permet pas l’attribution à une figure subjective singulière d’une propriété. On dira donc que toute théorie du sujet, dans ce cadre élémentaire, est sous condition d’une vérité au moins (toute théorie axiomatique du sujet). Ce qui se dira : au défaut de toute vérité, ie s’il n’y a pas une vérité au moins, une théorie du sujet reste vide. Elle peut bien définir ce qu’est un sujet, définir les propriétés qui lui conviennent, définir les conditions de ces propriétés, elle n’est pas en état d’en attribuer une à un sujet déterminé. C’est en ce sens qu’elle reste une théorie vide. Il faut une vérité au moins pour qu’une théorie du sujet ne reste pas vide. Là, nous croisons Descartes. Parce qu’au fond, une thèse fdtale de Descartes c’est que s‘il n’y a pas une certitude au moins, toute théorie reste vide. C’est le propos initial que constitue le doute cartésien. Ce que constitue le doute cartésien, c’est que au défaut de toute vérité, vous pouvez construire des théories cohérentes, mais elles sont vides. Donc Descartes part bien de ce point qu’il faut une théorie telle qu’elle se soutienne d’au moins une certitude. A partir de ce moment, elle se remplit progressivement, et elle va investir successivement d’une part Dieu, d’autre part l’étendue sensible, le monde. Mais pour qu’elle se remplisse à la fois de l’infinité divine et de la réalité physique du monde, deux enjeux majeurs, il faut qu’il y ait une vérité au moins. Mais quand on dit une vérité au moins, ça veut dire : il faut qu’il y ait au moins le savoir de ceci qu’il y a une vérité. C’est ça que veut dire certitude. Certitude veut dire : je sais qu’il y a une vérité. Donc c’est le savoir d’une vérité au moins qui constitue la condition de non vacuité de l’espace élémentaire. Nous, nous en sommes au même point, avec la différence que je dirais tout à l’heure. Il nous faut une vérité au moins pour que notre théorie ne soit pas vide. Il n’y a théorie du sujet que selon qu’il y ait une vérité. Par conséquencet je signale que au moins dans le terme, il ne saurait y avoir de théorie du sujet subjectiviste. Car marrant parce que souvent on allègue comme définition au moins partielle du scepticisme le subjectiviste Il n’y a pas de vérité parce que à chacun sa vérité. On pourrait montrer que dans ces conditions il ne peut pas y avoir de théorie du sujet. Le subjectivisme est en réalité sans sujet. A partir de quoi nous conviendrons d’appeler événement un dire effectif, un dire tel qu’on en puisse détacher une vérité certaine. Nous ajouterons la condition que cette vérité ne porte pas trace de la position subjective. Elle est comme deux + deux = 4. C’est en quoi, cette fois, nous nous écartons de Descartes, pour part, de ce que évidemment dans le cogito cartésien, il y a trace de la position subjective. La 1ère certitude cartésienne n’est pas telle qu’elle ne porte plus trace de la position subjective. Au contraire, elle lui est coextensive : je suis j’existe. On détache bien du cogito certaine, mais il es faux que cette vérité ne porte pas trace de la position subjective. Au contraire, elle n’est rien d’autre que cette position subjective elle-même. En réalité, ne parviendront au détachement véritable que les premiers énoncés concernant l’existence de Dieu. Donc un événement, ça ne peut être qu’un dire dans notre petite théorie, mais nous exigeons que ce qui s’en détache comme vérité certaine soit neutre dans sa signification au regard de la position du sujet. Nous avons vu que la médiation de ce point, la rationalité possible de la notion même d’événement, c’est que ce dire événementiel ait deux propriétés : - premièrement, en effet, la vérité certaine s’en détache. Elle s’en détache sans porter trace de la position subjective. Ce qui revient à dire que le dire a une figure indicative. La vérité va s’en détacher, au sens où elle est en position de conclusion ou de conséquence d’une implication. Tout dire événementiel a une structure implicative. C’est un énoncé considérable, nous le verrons quand nous serons dans la grande théorie. Il reste vrai que tout événement, quel que soit son registre, bien au-delà du formalisme étroit où nous sommes, il sera vrai qu’on y distingue une structure implicative. Et quelque chose d’en détache qui désormais circule comme vrai, indépendamment de l’événementialité proprement dite, indépendamment du surgir pur de l’événement. quelque chose s’en détache. Et cette opération de détachement est constitutive de l’ouverture au vrai de l’événement dans la fonction d’une structure implicative. C’est le 1er point. - 2ème propriété du dire événementiel : c’est que le sujet du dire est contraint par le dire lui-même à être un sage, à être le lieu de vérité. Il est contraint par la structure du dire lui-même à être en position vérité. Ou encore il s’agit d’un dire qui n’est dicible qu’en position de vérité. ça ne veut pas dire qu’il est dit : c’est événementiel, qu’il soit dit. Rien ne permet de déduire qu’il soit dit. Mais s’il est dit, alors il est dit en position de vérité. C’est ce qu’on pourrait appeler une position disons de sagesse événementielle : le

dire, de par son il y a pur, contraint la position de celui qui dit, du sujet. On peut l’appeler aussi sagesse forcée. La structure de ce qui est dit commande absolument et impérativement la position subjective du sujet. Et nous avons noté cela la figure hystérique. Nous en avons donné, je le rappelle, 3 formes ou 3 exemples, qui sont le schème général. - l’énoncé qu’on peut prendre, c’est : si je suis sage, alors p. p est dans la position de ne plus porter trace de la disposition subjective. p ça peut être n’importe quel énoncé destiné au vrai. - on peut le dire aussi : je suis sage implique p (on formalise la structure implicative). - on peut l’inscrire simplement v implique p, v est le chiffre de la position du vrai. Un dire événementiel est quelque chose qui est dans la figure où v implique p. Je rappelle qu’on démontre que si v implique p est dit, ie surgit événementiellement, alors il est vrai. Alors il est dit par un sage. La position subjective forcée contrainte par l’événement v implique p est la position de vérité. Il s’ensuit dès lors que p est vrai, que p se détache comme vrai. C’est ce que nous avons appelé cette fois le mathème de la figure hystérique. Ça se dira : … SCHEMA où on peut dire que la structure implicative v implique p contraint que si elle est événementielle (si elle est donnée événementiellement), alors son espace de dire est celui de la vérité, que le sujet soit sage. Le caractère contraint de v implique p, indiqué par la flèche, signifie que v implique p comme événement force le sujet à être en position de vérité. On peut dire si vous voulez, image compliquée : ce n’est pas car le sujet est en position de vérité qu’il dit cela, mais c’est pour autant qu’il le dit qu’il est contraint à être en position de vérité. Ceci est ce qu’on pourrait appeler l’anticipation de vérité hystérique. Que Lacan en effet remarque bien sous le nom de moi la vérité, je parle. Il est vrai dans ce cas là que, puisque c’est dit, c’est vrai. Et non pas : au regard du fait qu’on est dans la vérité, c’est vrai. C’est une sorte de rétroaction contrainte de la position subjective à partir du dire lui-même. Cela induit, autre chose que Lacan a dite, que la vérité (comme lieu de son dire) est l’inconscient de l’hystérique. Ce qui est inconscient, là, c’est proprement la vérité elle-même comme lieu du sujet. C’est l’inconscient si je puis dire rétroactif du dire lui-même. La vérité comme lieu de son dire est l’inconscient du sujet. Ce qui nous permet de prononcer que dans ces conditions, le sujet est proprement divisé, en effet, en ceci qu’il est divisé en son dire, à savoir v implique p, ou je suis sage implique p, et le caractère contraint de la vérité de son dire. Ce caractère contraint de la vérité de son dire est l’inconscient propre du dire. On peut écrire (schéma) : le sujet, il y a son dire, v implique p, qui lui se donne comme pur événement (c’est ce qui est dit, ce que le sujet dit), mais de l’avoir dit institue que c’est vrai. Ça, en un certain sens, c’est la part inconsciente, rétroactivement contrainte par le dire lui-même. Encore faut-il que ce dire surgisse. Donc le sujet est barré, divisé. Il est divisé en son dire et la vérité contrainte de son dire. Par conséquencet, on peut très bien transcrire la figure hystérique dans sa productivité de la façon suivante : S barré implique p. D’un sujet divisé entre son dire et la vérité contrainte de son dire s’infère que p est vrai. p, j’insiste, lui, ne porte plus trace de la machinerie subjective sous-jacente, et il en est donc proprement détaché. Il va désormais circuler comme détaché du S barré qui l’institue. Nous appellerons ce schème, S barré implique p, le diagramme de l’hystérique, et nous y verrons la fixation de la 1ère figure du sujet. Cette figure, donnée dans ce diagramme, est la 1ère figure repérable du sujet. Nous avions dit que la 2ème figure repérable est celle qui met au travail la vérité de l’énoncé séparé. C’est celle qui s’empare, de quoi ? de p. De p inscrit dans son déplacement même par le clivage hystérique, lequel je le rappelle est ultimement événementiel : le dire a eu lieu, p est là comme vrai. Cette 2ème figure va éprouver les conséquences de p. Sa matrice va être : de ce que p est vrai, si j’ai p implique q alors je sais que q est vrai aussi. Ainsi de suite. Le travail propre de cette figure subjective est dans l’épreuve des conséquences du dire vrai désormais établi. C’est celui qui utilise p pour savoir qui est sage et qui est pervers. Il suffit de demander si p est vrai. Le sage répond oui le pervers répond non. Dès qu’on a p est vrai, on peut s’en servir comme test théorique, la théorie est débloquée. Corollaire annexe : seul l’hystérique permet qu’il y ait des théories non vide. C’est bien connu ! En particulier, soit dit en passant, s’il n’y avait que des obsessionnels il n’y aurait que des théories vides, c’est certain. Mais comme il y a des hystériques, il y a des théories non vides. Le travail de remplissement, c’est cette 2ème figure qui l’opère, c’est pas la figure hystérique elle-même : la figure hystérique, elle a détaché p et après, c’est plus son problème. Elle va plutôt être dans l’attente ou l’espérance d’être transie à nouveau par la profération du type V Vp. La 2ème figure s’inscrit comme sujet, nous l’avons dit, dans ce qui autorise l’usage de p pour discriminer des conséquences. Si vous avez p pour quoi que ce soit, si vous avez la certitude de p, alors vous pouvez commencer à savoir pour un sujet quelconque s’il est un sage ou un pervers. La théorie fonctionne. Autrement dit la position subjective ici induite, c’est de produire du savoir, à savoir produire le savoir des conséquences. Et

comme on sait il est produit à l’infini, car il y a toujours des conséquences à l’infini (si q est une conséquence de p, alors s’il y a une conséquence de q elle est vraie aussi et ainsi de suite). Notons en image que la 1ère figure est une figure du point, c’est une implication événementielle, c’est le détachement de p, tandis que la 2ème figure est une figure de la chaîne, la chaîne des conséquences. Ceci étant, cette figure subjective n’est pas maître du point initial de l’événement lui-même, car précisément p, lui, n’est pas conséquence. Il est ce à partir de quoi il y a des conséquences, mais il n’est pas une conséquence. C’est un surgir, un événement de vérité, ce n’est pas l’enchaînement d’un savoir. Par conséquencet, cette figure subjective, ordonnée aux conséquence, est nécessairement dans une certaine cécité à ce qui subjectivement fut engagé dans le point premier, ie dans l’énoncé p. Parce que pour cette 2ème figure, ce qui est vrai, c’est ce qui est conséquence. Evidemment, cette conséquence est suspendue à p : la figure reçoit p, mais elle le reçoit dans une figure aveuglée, puisque c’est inconséquent. La vérité hystériquement produite est inconséquente, en le prenant au sens strict, ie ce n’est pas une conséquence. Pour une figure subjective constituée selon la conséquence, selon l’enchaînement du savoir, l’incsq est l’incst de sa propre production. Nous appelons cette figure la figure du maître. Le maître des conséquences, le maître du savoir, si on veut, et nous retrouvons l’hystérique comme inconscient du maître. Que nous écrirons ainsi : SCHEMA p est ce que le maître reçoit, il y a p, on ne sait pas bien pourquoi, et dans son registre à lui c’est incsqt. Mais il est en même temps constitué qu’il y ait p. Autant dire que ce pour quoi il y a p, ie S barré, tombe en dessous : c’est la figure proprement inconscient de ce dont il se constitue. Et c’est selon ce schème qui fait de q la 1ère conséquence. Voilà le mathème du maître, qui invite à quoi ? au fond que pour le maître, p, l’énoncé détaché, représente le sujet clivé inconscient, et que cette représentation est productrice, puisque d’elle s’infèrent à l’infini des conséquences. On peut dire que l’événement, dans la figure subjective du maître, ie l’événement, tel que l’hystérique le supporte, est représenté par p dans une fidélité subjective qui n’en porte plus trace : je rappelle que p ne comporte aucune marque de sa position subjective. Quand p représente l’événement, on peut à la fois dire à la fois qu’on va l’engager dans une infinie production du savoir des conséquences, et que en même temps de l’événement il ne porte plus trace (ce qui veut dire aussi qu’il ne peut être validé consciemment). Le maître est donc celui qui tire aveuglément les conséquences de p. Cette conséquence aveugle est proprement représentée par ceci que c’est de p / S barré qu’en définitive s’infère la conséquence elle-même. Nous voilà dans une disposition somme toute articulée et très claire de deux figures subjectives, la figure hystérique et la figure du maître, ordonnée l’une à l’événement inaugural où se détache, sous condition d’une vérité contrainte, un énoncé vrai assumé, et la 2ème qui est sur la brèche du savoir des conséquences de cet énoncé, mais aveugle à sa production, à son surgir. Reste à savoir si nous sommes en position d’exhaustion : y a-t-il deux postures subjectives et deux seulement ? Pour avancer, nous avions raconté l’histoire que je redonne, mais en la formalisant immédiatement. Dans ce formalisme élémentaire, il faut simplement noter que si je dis cela : A (p), ça veut dire « A dit que (..) ». Nous avions pris l’exemple suivant. B est un citoyen qui dit que x dit que s’il est sage, alors p. Convention d’écriture : s(A) : A est sage. B dit que qln a dit que si je suis sage alors p. Et deuxièmement, le même B dit que si x dit que s(x) implique p, alors q. Si on transcrit ça, en gros, à vue de schéma, on voit bien que le 1er énoncé signifie que B déclare être témoin d’un dire hystérique. B raconte qu’il a vu qln dire une implication du type de celle que nous examinons jusqu’ici. B se déclare (en vérité ou pas, on verra après) qu’il a vu un hystérique x, dans son action (un hystérique x contraint par le fait que il disait que x implique p). C’est la 1ère chose : 1er énoncé de B : j’ai vu entendu un dire hystérique. Donc j’ai entendu été témoin d’un événement. Et 2ème énoncé : B schématise la position du maître, la figure du maître. La signification du 2ème énoncée, c’est que B dit que s’il y a eu un dire hystérique, alors on peut en tirer les conséquences. S’il y a eu ça, alors certainement il y a quelque chose comme q qui peut s’en inférer. Le 1er énoncé, c’est la formule du témoignage d’un événement Le 2ème énoncé, c’est la formule du maître Je rappelle ce qu’on en tirait : si B est la conjonction du témoin d’un événement et de la formule de la maîtrise, de l’action des conséquences, alors de façon contrainte B est un sage. Si B est pervers, il dit faux, donc il faut que ceci (cf tableau !) soit faux. Mais nous savons que pour qu’une implication soit fausse, il faut que l’antécédent soit vrai. C’est le seul cas où une implication est

fausse : l’antécédent est vrai et le conséquencet faux. A supposer que B soit pervers, il faudrait que ceci soit faux, il faudrait donc que ceci soit vrai, ce qui est impossible puisque B l’a dit (or comme B est pervers…). Ceci ne peut être faux que si l’antécédent est vrai, mais l’antécédent est justement ce que B a dit. Et donc il impossible que B soit pervers : si celui si est faux celui-ci est vrai, et comme il dit les 2, il ne peut pas dire. Par conséquencet si qln est à la fois le témoin d’un événement et se déclare en position de maîtrise, c’est un sage, il est contraint à la vérité. Nous reprendrons cette figure. Si je dis : j’ai vu, j’ai entendu un événement, et en même temps : quand il y a un événement il y a des conséquences. Qln qui est en état de dire à la fois ces deux choses (je suis le témoin et je sais que s’il y a un événement il y a des conséquences), celui-là dit vrai, nécessairement. B est en position de vérité, B est un sage, et il s’ensuit (c’est le point décisif) que q est vrai. q est en effet une conséquence détachable. En vérité, finalement, q émerge bien comme une conséquence, car l’événement a réellement eu lieu, le témoin de l’événement est dans une position telle qu’on infère de cette position que l’événement a réellement eu lieu. Il y a bien eu un x qui a dit : f(x) implique p, il y a eu un hystérique, il y a eu un événement, et il s’infère que les conséquences de cet événement sont validées. Ce témoin qui dit à la fois il y a eu l’événement et je sais ce que c’est la structure de maîtrise autorise qu’il y ait réellement des conséquences, permet de déduire qu’il y a des conséquences, que q est une conséquence validable de l’événement inscrit par le dire hystérique. B est dans la figure du maître, c’est ça qui s’infère de toute cette histoire. Un maître, c’est qln qui a vu un événement (ce qui ne veut pas dire qu’il l’a compris), qln a dit ça, et après je le prends pour vrai. Pourquoi il le prend pour vrai ? ça va être inconscient. Il dit ça, et par ailleurs il est en position d’en tirer les conséquences, il va être identifié par les schèmes de conséquence. B est un sage, et il est dans la figure proprement dite du maître. Il est l’homme des conséquences, il a vu l’événement ça lui a transmis p, dont il ne sait pas trop quoi faire sinon tirer les conséquences. De l’événement, il n’a rien d’autre faire de l’événement que tirer les conséquences. La figure hystérique de l’événement est une figure subjective n’est pas la sienne. Il ne la thématise pas. Il ne va dire moi la Vérité je parle, il va dire il y a la vérité j’en tire les conséquences. Comment à partir de là requalifierons-nous le pervers ? Nous allons prendre pervers au sens tordu. La 1ère définition élémentaire est celui qui dit faux. Nous allons pervertir la définition du pervers. Nous allons le redéfinir ainsi : un pervers est celui qui se garde de tirer d’un hystérique quelque conséquence que ce soit. Nous avons vu que B est position de maître est un sage. Ça nous amène aux lisières entre petite théorie et la grande. Nous définirons expressément le pervers, cette fois comme figure subjective, comme celui qui se garde de tirer d’un dire hystérique quelque conséquence que ce soit. Examinons ceci. Pour tirer une conséquence de l’énoncé détaché p (je rappelle que l’énoncé détaché p représente le sujet hystérique pour le maître, il représente le sujet hystérique inconscient pour le maître dans la productivité des conséquences), pour cela il faut déclarer, malgré tout, l’événement lui-même en tant qu’ayant eu lieu. C’est ce qui est inscrit dans la position de témoignage dans la 1ère formule. Ie il faut entretenir un rapport avec le surgir hystérique, non pas selon la structure (ce qui est impossible au maître) mais son existence. Le maître va témoigner de la figure l’hystérique, c’est son inconscient, bien qu’il ne la comprenne nullement, car elle est incsqte et pour lui il n’y a que des conséquences. Le pervers, lui, est entièrement défini par l’horreur de l’hystérique, pour autant que l’hystérique prescrit, veut, déclare qu’il faut tirer les conséquences de son dire. Au fond, le maître est celui qui accepte de tirer les conséquences de quelque chose qui est incsqt. Il est donc obligé de supporter ou d’endurer la figure hystérique : il l’endure en ceci au moins qu’il tire les conséquences de cette incsq, qui est événementielle. Il souffre beaucoup ! Il y a cet inconscient incsqt qui le tyrannise et le contraint constamment à tirer les conséquences. Mais que les conséquences sont toujours souterrainement, inconsciemment, dans la genèse d’une incsq ce n’est pas ce qui fait sa joie, mais ça installe la production des conséquences. Tandis que le pervers, lui, entend qu’aucune conséquence ne dépend d’une incsq. Il ne veut pas qu’une conséquence dépende d’une incsq. C’est son horreur de l’hystérique (ne le prenez pas en un sens psychologique). Et il est prêt à sacrifier à cette maxime la vérité elle-même. On peut dire qu’il est donc structuré ou défini par l’interdit de l’incsq comme origine de la conséquence, comme point d’ancrage de la conséquence. Donc on peut dire qu’il est aussi celui qui nie l’événement comme tel. Il n’y a pas d’événement. Il est donc organiquement infidèle et on peut peut-être appeler le régime subjectif du pervers contre-fidélité. Alors attention : le pervers ne croiserait rien, il ne croiserait pas une autre figure, s’il ne prétendait pas, lui, tirer la conséquence q sans avoir à assumer l’événement p. C’est là qu’il est le pervers au même point que les deux autres. Comprenez bien que le pervers est celui qui veut se dispenser de l’incsq hystérique comme origine de la conséquence, il va donc prétendre que la conséquence, il peut la tirer autrement que du point de sa conséquence. C’est bien en quoi il pervertit la conséquence, il n’est pas simplement ailleurs. Il croise les

autres où ? Il croise les autres dans l’énoncé q, dans la conséquence. Il va en particulier dire : même s’il y avait eu non p, il y aurait eu q quand même. Il n’y a pas besoin qu’il y ait cette incsq ou cette vérité intrinsèque dont je ne sais pas le ressort, et dont d’ailleurs j’ai horreur de savoir d’où elle sort si elle sort de quelque chose, mais même sans ce p infâme, j’aurai eu q quand même, moi, je l’aurai sorti. Il s’ensuit que l’inconscient du pervers est le maître, à savoir l’homme de la conséquence, mais si je puis dire détaché de l’inconséquence. Naturellement, en réalité il n’y a de conséquence que suspendu à l’incsq, mais le pervers truque cette disposition, en faisant passer le régime de la conséquence, ie la maîtrise, dans l’incsqt, et en faisant comme si on pouvait faire l’économie de p, qui marque justement le maître comme tel. Ceci s’éclairera davantage si je donne le diagramme. On le construit au rebours : le pervers prétend bien obtenir la conséquence q, il prétend l’obtenir dans l’économie de p, ce que nous marquerons pas non p. Mais non p est à prendre non pas au sens exact de la négation logique, mais plutôt au sens de : je n’ai pas besoin de p pour, ou il y n’a pas nécessairement besoin de p pour que q, je vais tirer la conséquence radicale dans une économie radicale de ce qui pour le maître pointe le désir du sujet hystérique clivé. Ça va être la productivité perverse : j’obtiens q même sans p. ce qui va tomber en dessous, c’est que le régime de la conséquence est non p / S barré implique q. Et nous avons là le mathème du pervers. SCHEMA Nous avons par conséquencet le tableau conjoint des 3 figures subjectives : - la figure hystérique événementielle - la figure du maître - la figure du pervers comme conséquence dans l’économie des conséquences, ou dans le déni de l’événement Ces figures subjectives, nous pouvons le décrire, ou le redécrire, ou le reparcourir de plusieurs façons. Tirons-en quelques conséquences. On peut remarquer que les trois nous donnent une descente du S barré. Il est d’abord à la surface, ensuite sous une barre, ensuite sous deux barres. Si le S barré est la figure subjective événementielle (un sujet partagé au point même de l’événement, du surgir, entre le dire et la contrainte de la vérité de ce dire, c’est ce qui fait la barre : la contrainte de la vérité du dire est inconsciente). Le S barré est la figure subjective dans l’immédiat. Nous avons trois modes possibles de la dépendance de la figure subjective à l’événement qui surgit d’un dire quelconque. Il y a d’abord ce qu’on peut appeler l’événementialité incsq de l’événement lui-même : le sujet se constitue au point de l’événementialité de l’événement, de l’événement du surgir. Ce surgir n’est la conséquence de rien. Au point de l’événementialité incsq de l’événement, nous avons la figure hystérique. Elle se rattache à l’événement au point même… Son opération c’est le détachement : du S barré se détache p. Elle est au point de l’événementialité de l’événement, son opération est indicative, de détachement. Et la coupure passe sur le sujet, S barré. Nous dirons que dans ce cas le sujet est clivé. Donc c’est un mode de connexion du sujet à l’événement, au point de l’événementialité de l’événement, et qui s’y clive, qui reçoit une barre de césure, de coupure événementielle, et permet le détachement de l’énoncé p comme énoncé assurément vrai. Dans la figure du maître, nous avons une fidélité conséquente à l’événement. Ce n’est pas une événementialité incsq de l’événement, c’est une fidélité conséquente à l’événement. Son opération cette fois est une production. A partir de l’énoncé détaché, on va produire du savoir, c’est une production. Et la coupure cette fois passe entre ce qui avait été détaché par l’opération (énoncé p) et, à vrai dire, la provenance subjective de ce détachement. Elle prend p et elle fait choir dans l’incst, dans l’insu, la provenance même du détachement de p, et justement la subjectivité clivée comme telle. On peut donc dire que dans ce cas, le sujet, le S barré, est absenté. Il est dans le régime incst du sujet qui autorise la production sans être visible ou inscrit dans cette production elle-même. Du point de vue du lieu, c’est la fidélité conséquente à l’événement. Du point de vue de l’opération, c’est une production infinie de conséquence. Du point de vue de la coupure, elle passe entre l’énoncé détaché, qui vient représenter ce qui choit, à savoir ce sujet qui a, lui, reçu la barre événementielle comme telle. Enfin, dans la figure perverse, l’événement est nié. Attention : c’est la négation de cet événement qui singularise le pervers. C’est une négation déterminée, c’est pas une négation indéterminée. Il n’y a un sujet pervers que relativement à un événement, en tant qu’il est le déni de cet événement même. Il va

concerner le présent. L’opération, c’est en vérité la pratique comme conséquence de l’incsq elle-même. Toute vérité est réellement incsq, elle ne peut pas être réellement conséquente, pourquoi ? car toute conséquence est conséquence de l’incsq. Le pervers prétend pratiquer la conséquence en déniant l’incsqce hystérique. Ie ce qu’il pratique, c’est de l’incsq, mais il la pratique comme conséquence : on va tirer q de non p lui-même. Alors que q ne se tire que de p. il va pratiquer l’incsqce mais comme conséquence. C’est pourquoi, pour faire court, il est le maître mais le maître du faux, le maître du semblant, alors que le maître réel est bien maître du vrai. On appellera ce rapport à l’événement un déni : il va le dénier. Et une 1ère coupure passe entre négation et affirmation de ce qui a été détaché. C’est la 1ère figure constitutive du pervers qui est : je déclare que je n’ai pas besoin de p, ie de la vérité détachée, et que autre chose permet de tirer q. Son problème, c’est de montrer autre chose : le pervers est celui qui montre, autre chose que quoi ? Autre chose que le vrai. Et cette autre chose, il se fait fort de prouver que ça a les mêmes conséquences que la chose. C’est celui pour qui l’autre chose a les même conséquence que la chose. Nous verrons que dans toute disposition subjective, il y a une figure du pervers, et que cette figure du pervers est toujours de dire que c’est d’autre chose qu’il s’agit pour tirer la conséquence considérée. Le pervers se dit : ça se passerait pareil, s’il n’y avait pas eu l’événement. Comme quand François Furet a dit que l’histoire de France aurait finalement été la même s’il n’y avait pas la Révolution. C’est un pervers de l’histoire ! C’est un schème général. Une bonne partie du travail académique est pervers : ça consiste à dire que si ce n’avait pas eu lieu, cette chose dite fondamentale, à raison de ceci, de cela, de structures, de temps long, ça serait arrivé. Ce qui veut dire : pas la peine de s’agiter, ça suit son cours. C’est le mode propre sur lequel la descente du S barré produit son effet. Il y a une 2ème coupure : entre le fait qu’il y a p, et p ultimement est le S barré en tant qu’il le représente. Sans p, je fais la même chose, et ce p sans lequel je fais la même chose, n’est en définitive que l’index du S barré (et tout ça constitue l’inconscient du pervers). On dira dans ce cas que le sujet, le S barré, nous le dirons oblitéré. Il est ici clivé, il est ici absenté, et il est ici oblitéré (l’oblitération indiquant la double barre). Nous considérerons qu’une seule barre, c’est l’absentement de la figure subjectivée, et une double barre, c’est une oblitération qui fait que même si p revenait à sa place, S resterait toujours absenté. Après tout, p entraîne q, pourvu que autre chose l’entraîne aussi. p peut revenir éventuellement à la surface, mais comme il y a oblitération… C’est la 1ère manière, et elle va nous permettre de synthétiser autour de la négation. Nous avons une 1ère manière de prendre les choses : nous avons clivage, absentement, oblitération. Il n’y a pas de sujet dans la figure de l’un pur. Il n’y a de sujet que clivé, absenté ou oblitéré, à l’intérieur de figures subjectives qui se constituent selon le clivage, selon l’absentement ou selon l’oblitération (qui sont respectivement les figures subjectives de l’hystérique, du maître et du pervers). On pourrait peut-être dire : affirmation, négation, et négation de la négation. Le sujet comme tel semble hystériquement affirmé, dans le cas de la figure du maître il est nié par absentement, et dans le pervers il est doublement nié, double barre. Il est négation de la négation. Mais la négation de la négation ne reconduit pas à l’affirmation : on est dans un espace logique non classique. La négation de la négation n’équivaut pas à l’affirmation. Le pervers ne reconstitue pas l’hystérie initiale. Barrer l’absence voilà ce que fait le pervers. Le maître constitue l’absence, le pervers barre l’absence mais barrer l’absence, ça ne fait pas une présence. Ce n’est pas car vous raturez une absence que vous faite une présence. J’appelle oblitération la rature de l’absence. Ce n’est pas non plus une dialectique : le pervers n’est pas la vérité de l’hystérique. Dans le cas de Hegel, la négation de la négation, c’est la vérité de l’affirmation. Mais là, la négation de la négation n’est pas l’affirmation première, elle n’est pas l’immédiat ni la vérité de l’immédiat. Ce n’est ni une logique classique (le rôle de la négation) ni une logique dialectique. C’est une logique singulière, somme toute de type intuitionniste, soyons technique, où d’une certaine manière la double négation est tout simplement une production singulière, qui n’équivaut ni à l’affirmation ni à la négation. Donc il y a bien 3 figures : aucune n’est ramenée à l’autre, aucune n’est la vérité de l’autre. Elles correspondent au surgir événementiel du sujet clivé, à son absentement dans la production de savoir, et à son oblitération dans la figure perverse, qui prétend faire l’économie de l’événement. Si on veut trouver un analogue, ou une métaphore, c’est un peu comme s’agissant de l’être, l’oubli de l’oubli chez Heidegger. C’est un approfondissement de l’oubli, qui n’est pas non plus identique à l’oubli simple. L’être se dispose destinalement, du point de vue de sa séparation d’avec la pensée, dans un oubli de l’oubli, qui fait que ce n’est pas la figure 1ère qui est simplement et originellement oublieuse, c’est un

oubli profond de cette figure 1ère elle-même. On pourrait dire : les présocratiques sont hystériques, les grecs (Platon et Aristote) sont des maîtres, et puis les modernes sont des pervers. Ie que auroralement, nous avons le dire poétique et hystérique de Parménide et d’Héraclite, qui finalement atteste la coprésence de la pensée et de l’être, ie en réalité les donne dans l’unité de leur séparation, dans leur clivage, c’est pour ça que c’est des poètes : pas besoin de savoir ce qu’ils disent, c’est vrai. Et puis ensuite les maîtres, les philosophes, Platon et Aristote, qui bricolent tout ça et ont oublié d’où ça venait. Et puis à l’époque du nihilisme on a oublié cet oubli, et par conséquencet, on a méconnu, dénié, l’événementiel originaire, l’auroral premier de l’éclosion de l’être, l’oubli de l’oubli. Et donc la perversion de la pensée elle-même, la fin de la pensée, c’est le nihilisme. Le nihilisme moderne est la disposition subjective qui est celle où s’installe le pervers. 3ème parcours : on peut examiner les trois schémas du point de vue de la question savoir et vérité. ça va nous conduire assez loin. Le point de départ est, je crois, assez intéressant. Le point de départ, c’est que les 3 figures admettent la conséquence q. Elles ne se distribuent pas selon le recul (?), la barre, la conséquence. Nous avons pris soin de dire que l’hystérique admet la conséquence q et force le maître à produire et ensuite elle n’en est pas contente (mais ce n’est pas qu’elle ne l’admette pas). Le maître, pour lui, c’est ça la vérité. Le pervers se fait fort de montrer qu’on la conséquence même avec autre chose que l’événement hystérisé. Les 3 figures forment un ensemble articulé, elles s’articulent autour de la conséquence. Mais nous avons affaire à 3 nouages différents autour de cette admission de la conséquence. - pour l’hystérique, qu’est-ce que c’est que la conséquence q ? C’est une conséquence tiré par le maître. Nous savons qu’elle est intrinsèquement décevante au regard du surgir de p. L’hystérique dit : tirez les conséquences de mon dire vrai, et à la fois elle dit : si ce n’est que ça, faisons autre chose. Le maître peut travailler indéfiniment. q est validée, la question n’est pas que q serait faux. Mais q est décevant au regard du surgir de p. Parce que p est le point d’implication subjective de la figure hystérique. Seul p est le point d’implication subjective de la figure hystérique. Q est une conséquence déléguée au maître et qui déçoit principiellement, car l’hystérique n’arrive pas à subjectiver cette conséquence. Il la reconnaît mais le mode propre de subjectivation est le surgir de p. On dira que pour l’hystérique, c’est la conclusion, le savoir de q n’est pas à la hauteur de la vérité de p. Ce n'est pas qu’on ne sache pas q, au sens de savoir que c’est vrai. mais ce savoir de q ne parviendra jamais à être à la hauteur de la. vérité inscrite dans p. Nous noterons cela, ça c’est le schème hystérique : la vérité de p l’emporte toujours sur le savoir de q. SCHEMA Encore une fois ça ne veut pas dire que le savoir de q est dénié, ce n’est pas la barre de l’incst. Ça dit simplement : dans la subjectivité hystérique, le savoir des conséquences n’arrive jamais à être à la hauteur de la vérité du surgir. La seule chose qui soit à la hauteur de la vérité du surgir, c’est l’infinité des conséquences. La chose qui donnerait mesure de l’intensité du surgir, c’est l’infinité des conséquences. Comme on ne lui donne jamais l’infinité, mais seulement des morceaux, ce n’est jamais à la hauteur de la vérité du surgir. En effet, toute vérité est infinie, ie ce ne serait que la suite infinie des conséquences qui finirait par donner mesure de l’intensité ponctuelle du surgir hystérique. - pour le maître, q est une production assumée, et c’est ça la vérité. La vérité, la sienne : c’est de produire des conséquences. La vérité est dans la forme de la conséquence, pour ce qui est de p, c’est son incst, quelque chose sont il témoigne mais n’est pas pris dans la vérité qui est de tirer les conséquences. On peut donc dire que le maître a un savoir de p, sinon il ne pourrait pas tirer les conséquences, mais dans sa logique propre, ce savoir n’est pas de l’ordre du vrai, car pour cette figure subjective là, le vrai c’est les conséquences. On dira donc que pour le maître, le savoir de p n’est jamais à la hauteur de la vérité de q. Parce que la vérité de la conséquence, qui est l’ordre propre de sa figure subjective, le savoir de p, n’état qu’incsqt, ne peut être paradigmatique de la vérité, la conséquence. Vous avez un bon exemple de ça dans Platon : Platon critique les mathématiques, et il les critique d’avoir des axiomes qui ne sont pas des conséquences. Incsq des mathématiques : elles tirent des conséquences rationnelles et admirables d’axiomes simplement posés. Ce qu’il voudrait, c’est qu’il y ait aussi une vérité conséquence d’axiomes. Il faudrait remplacer les axiomes par des principes. C’est le travers du maître : c’est de se pervertir quelquefois en se disant : je pourrait faire l’économie de l’hystérique, c’est l’idée d’un fondement, d’un principe qui s’auto-déduit de lui-même. C’est la tentation. Quand Platon critique les mathématiques, il est dans la position du maître : il admire des conséquences admirables, mais c’est bien dommage que tout ça soit suspendue à une déclaration incsqt, qui n’est conséquence de rien et qui ne sait pas se légitimer ellemême. On peut récapituler la position du maître en disant que pour lui, la vérité de q, c’est ce qui est indubitable et conséquencet, par contre le savoir n’est pas à la hauteur de ça.

Ce que nous noterons : v (q) > s(v). La vérité de la conséquence, le savoir qu’on a de l’énoncé, ne sera jamais à la hauteur de ce qui est déduit, démontré. - pour le pervers, nous savons que q autorise rétroactivement la négation de p : on peut en venir à q sans p, en faisant l’économie de p. Par conséquencet, le savoir de q est toujours supérieur à la vérité de p. Laquelle malheureuse vérité de p est substituable par la vérité de non p. Je vais vous montrer que sans p, on aura quand même la magnifique conséquence q. Par conséquencet, il est clair que le savoir que l’on a de la conséquence q est la seule chose qui compte, puisqu’on l’obtiendra aussi bien sans la vérité de p qu’avec la vérité de p. Par conséquencet, le pervers dit : le savoir q, seule chose à laquelle je parviens, moi, en faisant l’économie de l’hystérisation événementielle, est supérieure à la prétendue vérité supposée de p. Si on examine la question du rapport vérité / savoir dans les trois figures subjectives, on dira : pour l’hystérique : la vérité de p l’emporte sur le savoir de q pour le maître : la vérité de la conséquence, c’est ça qui fonctionne, le savoir de l’énoncé premier ne lui sera jamais exactement commensurable. pour le pervers : le savoir de q l’emporte de beaucoup et pour toujours sur la supposée vérité de p. ça nous donne la multiplicité des positions. C’est là que va se produire le tournant. Pour la 1ère fois, nous constatons qu’il y aurait une 4ème position possible. Il y aurait une 4ème position possible, qui serait la position selon laquelle le savoir de p l’emporte sur la vérité de la conséquence. En vérité le problème est d’articuler s v p q dans une combinatoire différentielle. ça nous ouvre à la question suivante : n’aurions nous pas manqué une 4ème figure du sujet dans notre labeur ? Nous avons, je crois, déduit assez rationnellement les figures de l’hystérique, du maître, du pervers. Mais prenons les choses du point de l’examen de la corrélation entre vérité et savoir, nous avons des maximes cohérentes : La vérité de l’énoncé p l’emporte sur le savoir des conséquences La vérité des conséquences l’emporte sur le savoir de l’événement Le savoir des conséquences l’emporte sur la vérité de l'événement. Imaginons une position dont s’inférerait que le savoir de l’événement l’emporte sur la vérité des conséquences, à savoir que la vérité de la pratique de la maîtrise, ie ce que la maîtrise est en état de produire, en termes de conséquence, n’est pas à la hauteur, non pas de la vérité de p (ceci nous ramènerait à la position hystérique : il dit que le savoir produit par le maître n’est pas à la hauteur de la vérité événementielle). Là il serait dit, assumant la position du maître : les conséquences sont une vérité, mais les conséquences vraies de l’événement ne sont pas à la hauteur de ce que de l’événement on peut savoir. Généralisons, ou déplaçons un peu la question. Ça voudrait dire ceci : si on imagine que q - les conséquences - c’est en quelque manière le présent (puisque l’événement, il a toujours déjà eu lieu, quand on est dans le conséquence). Dans les conséquences, l’événement a eu lieu, et il a eu lieu a ce point qu’il n’est plus représenté que par p. Donc imaginons que la production de savoir ou l’examen des conséquences définissent une contemporanéité, ou une situation, ce à quoi on est co-présent. Nous sommes co-présent aux conséquence. Le surgir est une fulguration (l’hystérique est au présent, il est ce qui est crucifié par l’événement, il est barré, clivé, il n’y a pas de coprésence véritable) ensuite l’événement s’abolit et le maître tire les conséquences. Donc toute coprésence est une coprésence aux conséquence. Nous traiterons de ce point essentiel. Ou si vous voulez, c’est l’événement qui constitue le temps de la présence, et non pas le temps dans lequel il y a l’événement (il n’y a pas le temps dans lequel il y a l’événement). L’événement constitue un certain régime du temps, et ce temps est le temps des conséquences. C’est pour ça que le temps est le temps du maître, vieux problème. On sait très bien que le dire hystérique, il est l’instant, il n’est pas le temps : tout temps est le temps d’un maître. Et puis il est aussi perverti par un pervers. Il y a toujours un temps, et un temps qui est un temps perverti. L’entrelacement du temps et du temps perverti, du temps du maître et sa perversion par la figure subjective du pervers, est une donnée fdtale de l’historicité : l’historicité ou la situation temporelle est entrelacement du temps du maître et du temps du pervers. Ça a l’air très abstrait mais on le voit en lisant le journal. Lisez le journal, vous y verrez le temps du maître et sa perversion chronique. On peut donc soutenir que les conséquences c’est ce à quoi nous sommes coprésents. Si nous prenons ce 4ème énoncé : le savoir de l’événement l’emporte toujours sur la vérité des conséquences, ça voudrait dire que ce à quoi nous sommes coprésents est frappé de non vérité, d’insuffisance de vérité par un savoir concernant l’origine. C’est ça qu’incarnerait cette figure. Un savoir

concernant l’origine, s(p) (p fonctionne comme origine), un savoir concernant l’origine vient dilapider, affaiblir, désintensifier, tout ce dont on est capable de vérité dans le temps, ie en matière de conséquence. Ou si vous voulez, plus généralement, une capacité temporelle au vrai (qui est la capacité du maître) serait frappée d’invalidité par un savoir de l’origine. C’est des questions très importantes mais très compliquées. Il faut comprendre que pour l’hystérique, p n’est pas du tout un savoir de l’origine, ou d’une origine qu’on puisse savoir. p, c’est ce qui se détache, c’est tout. C’est sa production propre : elle sait qu’il y a des conséquences, mais pas du tout qu’on puisse la savoir, cette figure hystérique, en tant qu’origine. Nous appellerons origine (c’est une définition) quand p est représenté dans l’espace du savoir. Et quand la conséquence ou les conséquences en sont du coup destituées de leur vérité. Donc nous dirons provisoirement ceci : cette 4ème figure hypothétique (elle est hypothétique car pour l’instant nous n’en avons pas donné de diagramme). La vérité des conséquences n’est rien au regard du savoir de l’origine. On intuitionne vaguement quelque chose de religieux, de mythique. Je dis que nous épinglons comme hypothèse l’idée de remonter à une figure subjective, une 4ème figure subjective, qui serait telle que s’en déduise cette position entre savoir et vérité. Y a-t-il une figure subjective telle que s’en déduirait rationnellement cette position (la vérité des conséquences n’est pas gd chose au regard du savoir de la vérité) ? Vous voyez bien que tout va se jouer autour de la notion de vérité des conséquences. C’est d’elle qu’il faut reparcourir, puisque cette 4ème figure, c’est le thème même de vérité des conséquences, et de toute vérité, puisque ce qu’elle va promouvoir, c’est le savoir (de l’origine) au détriment de toute vérité dont nous serions contemporains, coprésent. La question est celle de la vérité des conséquences, ie la capacité au vrai telle qu’un événement l’ouvre pour tout sujet. C’est pour ça que je disais que la vérité dans le temps, la vérité dont nous sommes coprésente, c’est la vérité des conséquences (l’autre est chevillée ou crucifiée dans l’événement lui-même). Le point est celui-là : on peut dire que cette 4ème figure oblitérerait ça, ie la capacité du vrai ouverte par l’événement inaugural. Ceci va nous amener la prochaine fois à la figure suivante : réexaminer exactement comment se présentent dans chacune des figures le thème de la vérité des conséquences. Nous les avions mentionnées dans leur position relative, mais comment ça fonctionne, la vérité des conséquences, pour l’hystérique le maître et le pervers ? Y a-til, dans ces 3 figures, possibilité de dénier toute vérité des conséquences, ou pas ? Autrement dit, est-ce que nos 3 figures subjectives maintiennent d’une façon ou d’une autre, la capacité au vrai ? Alors nous verrons que oui. Même la figure perverse maintient en réalité la capacité au vrai, quoique de façon perverse, et nous verrons surgir la 4ème figure comme la seule qui ne la maintient pas. La 4ème figure va apparaître comme la seule figure subjective de destitution de la capacité au vrai, de la capacité vivante. J’entends par vivante celle dont nous sommes coprésent, dans le temps, la capacité au vrai temporelle, effective. Nous verrons que les 3 figures subjectives maintiennent, fut-ce de façon incsqt et pervertie, la capacité vivante au vrai, aux conséquence. La 4ème est la seule qui ne le maintient pas. C’est pourquoi nous l’appellerons, après l’avoir examinée et reconstituée, nous l’appellerons la figure du sujet mort. Et il faudra reconnaître qu’il y a une figure du sujet mort, comme en plus du triple de la figure hystérique, du maître et du pervers. Et qu’il y ait une figure du sujet mort, c’est que la mort n’est jamais mort d’un sujet, mais elle est elle-même une figure subjective. C’est ce que nous verrons la prochaine fois. 19 MARS 97 Je voudrais commencer, ce sera une manière comme une autre de récapituler, par parler de la batterie de signes que nous avons utilisés. - S : index du sujet Nous avons utilisé le signe S comme l’index du sujet. - p : énoncé séparable Nous avons utilisé p pour indiquer ce que nous avons appelé un énoncé séparable. Je rappelle qu’on entendra ici par énoncé séparable un énoncé qui ne porte pas trace en lui-même de la position subjective de son énonciation. C’est un énoncé vrai, un index de vérité, et le point important est que dans l’examen de ce qu’il est, on ne rencontre pas des indices de position subjective. - q : énoncé quelconque Nous avons appelé q un énoncé quelconque, qui sert en général d’index aux conséquence de p, à ce qui se tire de l’énoncé séparable. - → : conséquence Nous avons utilisé le signe de l’implication pour la conséquence. - -, / : barres de coupure Nous avons utilisé la barre (soit comme ceci -, soit comme ceci /), et nous l’appelons barre de coupure.

- ~ : négation Nous avons utilisé le symbole ~ de la négation - v : lieu de la vérité Nous avons utilisé le symbole v pour indiquer le lieu de la vérité - V(x) : vérité de x Nous notons ainsi V(x) la vérité de x. - Sa(y) : savoir de y et puis j’avais noté S pour savoir ou savoir de, et on va mettre un a : Sa, savoir de, pour ne pas le confondre avec S (l’index du sujet). Voilà ce qui est en quelque sorte notre matériel littéral. A partir de ce matériel littéral, nous avons déterminé des figures formelles du sujet, qui, je le rappelle, sont toutes sous la dépendance d’un dire événementiel, qui se présente schématiquement comme ça : v → p. Sous la dépendance qu’il y ait eu ce dire événementiel, on peut déterminer des figures du sujet qui se déploient dans la dépendance d’une figure événementielle. Je rappelle qu’on en a déduit ou proposé 3. J’en rappelle les configurations :

La figure qui se note ainsi (cf schéma), que nous avons appelée la figure hystérique. La 2ème (cf schéma), qui va mettre en position inconsciente la figure hystérique, c’est la figure de la conséquence ou la figure du maître. Nous en avons une 3ème (cf schéma) que nous proposons d’appeler la figure perverse. Telles étaient les 3 figures subjectives inférables de la donation événementielle qui produit l’énoncé séparable. Je rappelle aussi que dans toute cette affaire, p est en réalité l’index survivant, si je puis dire, du surgissement événementiel. Il est ce qui s’en sépare, et désormais en position circulante pour des inscriptions subjectives variées. En un certain sens, la position de p prescrit pour part la figure subjective. Toutes ces figures subjectives sont marquées par p, et elles n’ont aucun sens sans qu’il y ait eu cette séparation ou ce surgir de p. Nous avons étudié les corrélations entre ces figures, dont la plus visible est que le S barré s’y enfonce. Il est de plus en plus enseveli dans la figure inconsciente qu’il prescrit à la configuration subjective déterminée. Je voudrais faire une petite incise : en réalité, il est important de considérer qu’il y ait plusieurs figures subjectives dans la dépendance d’une figure événementielle. Je le dis d’autant plus que au regard de ce que j’ai proposé sur ce point dans EE, c’est une transformation. Dans EE et les déploiements qui s’en sont suivis, il est fait en quelque manière fait l’hypothèse formelle d’une figure subjective unique. Il est appelé sujet de façon quasi générique ce qui est au point d’une procédure de vérité. Donc il y a surgir événementiel de la procédure, mais ceci induit un sujet, défini en définitive comme le point différentiel de la procédure. Etant donnée une procédure de vérité, son point différentiel subjectif est proprement défini formellement comme unique, et donc on peut parler du sujet de la procédure. Dans le nouveau dispositif, il y a une transformation importante : on peut parler si on veut continuer à parler du sujet de la procédure, au sens où c’est tout sujet qui est indexé à p. C’est ce qui subsiste : si on admet que en réalité p est la trace subsistante de l’événement évanoui, de l’événement aboli, on considérera que ce qui est subjectivable, ie ce qui constitue du sujet, est nécessairement dans une indexation à p. Entre parenthèses, toute autre vision des choses ferait du sujet une mémoire (gde discussion contemporaine) : est sujet ce qui détient l’événement lui-même, le surgir lui-même, en mémoire. Là, nous ne disons pas ça : nous disons il y a une trace présente, circulante, effective, qui est justement la séparation de p. Donc le sujet ne se constitue pas comme mémoire de l’événement, mais il se constitue comme ce qui est marqué par ce que l’événement a rendu possible en effet comme séparation, et qui est là littéralisé sous la forme de p. Cette discussion est une discussion majeure, y compris politique. Comme vous le savez, le thème de la mémoire est aujourd’hui important, je dirais volontiers un thème idéologique important, avec l’idée que le gardiennage d’une vérité est toujours en fin de compte de l’ordre d’une mémoire. C’est dans l’ordre propre de la mémoire que se soutient qu’il y ait justement fidélité à une vérité, quelque chose comme ça, d’où le travail de la mémoire, les lieux de mémoire etc… A mon sens, cette thèse revient à dire que

l’événement n’a jamais vraiment disparu. Il est détenu ou tenu dans une mémoire, dont on ne sait d’ailleurs pas très bien ce qu’elle est. Elle est en définitive historiographique, du coup il s’agit de convoquer les ultimes témoins, qui conservent la mémoire. Mémoire est en vérité une catégorie historiographique et empirique, ce n’est pas autre chose. Il est à mon sens très important de considérer qu’il y a, si je puis dire, une trace indestructible : étant de l’ordre de l’énoncé, de l’inscription, elle ne relève nullement de la mémoire ou de l’oubli. Si on prend par exemple la question, si importante aujourd’hui, de l’extermination des juifs d’Europe, des camps de concentration, des chambre à gaz, on voit bien que quiconque s’installe à cet égard sur le terrain de la mémoire a déjà perdu. Sur le terrain de la mémoire, le révisionnisme dit que somme toute toute mémoire est une mémoire historienne, où sont les preuves, où est le protocole de construction de cette mémoire ? La radicalité de ce qui s’est passé est abolie : vous entrez dans une espèce de chicane, une sorte de tribunal où chacun plaide pour la construction ou la détention de la mémoire, et où en réalité, ce qui est raturé ou aboli, c’est l’ineffaçable. Il y a de l’ineffaçable. Ce qui veut dire quoi ? S’agissant de ce dont nous parlons là, il ne s’agit jamais que de le déclarer, et d’être sujet de cette déclaration : cela a eu lieu, énoncé indestructible de l’ordre du cela a eu lieu, et on n’a pas à lui demander de preuves. Si vous lui demandez des preuves, alors c’est qu’il n’est pas là comme ineffaçable mais comme un point de controverse possible. Dans toute controverse, le sceptique l’emporte. Comment prouver en définitive absolument que ce qui a eu lieu a eu lieu ? Ce n’est jamais possible, sinon par ceci que ça a eu lieu, et que cet avoir eu lieu est inscrit, inscrit comme tel. Ie un détachement de sa disparition ou de son engloutissement dans le passé fait que nous lui sommes pour toujours coprésents. Ce n’est pas une mémoire mais le tracé séparé et indestructible et inaliénable de l’avoir eu lieu comme tel. C’est le problème que traite Mallarmé dans Jamais un coup de dés n’abolira le hasard : la question de savoir s’il y a eu un naufrage ou pas, la question de savoir si les dés ont été lancés ou pas va s’abîmer dans l’indécidable, mais simplement va surgir au ciel une constellation qui est pour toujours le tracé détaché de cet avoir lieu. Il est imposant d’opposer en ce sens ce rapport prétendument subjectif de type mémoriel à ce qui a eu lieu, à ceci que ce qui se détache et s’inscrit de l’avoir eu lieu entre dans la constitution d’une figure subjective. Tout part en fin de compte de là où va se déplacer ce qui ici s’appelle p, qui est ce qui est inscrit comme tel, détaché, indestructible, de l’avoir lieu. Je pense que c’est une discussion d’une importance considérable. L’idée qu’on subjective par la mémoire est à mon avis une idée profondément répandue et profondément erronée. En réalité, la mémoire ne subjective pas, c’est exactement le contraire : c’est pour autant qu’on est inscrit dans une figure subjective déterminé que la mémoire est telle ou telle, et l’accès mémoriel n’a aucune évidence du point de vue de la construction subjective, elle est sous la dépendance de la construction subjective. Dans notre exemple, c’est absolument comme ça : ce qui travaille chez le négationniste, c’est évidemment le mode propre sur lequel ce qui a eu lieu est inscrit dans la figure subjective. C’est de ce point là qu’il le nie. C’est pas par un débat mémoriel objectif et inerte. Absolument pas ! Il est lui-même est constitué subjectivement par le tracé de cet avoir eu lieu, sur le mode de dire que ça n’a pas eu lieu. Le mode de ce n’a pas eu lieu est lui-même travaillé subjectivement par le tracé de l’avoir lieu. Il ne faut jamais dire : nous allons démontrer que ça a eu lieu, parce que ça c’est ce qui constitue déjà la figure subjective. Il faut simplement dire ça a eu lieu. Et il n’y a pas à subjectiver ce point, à s’engager dans le travail des preuves, qui par ailleurs doit être lui aussi inlassablement fait et poursuivi par les historiens. Le renforcement de l’indestructibilité de la trace est une chose nécessaire. Il faut comprendre qu’en définitive, on ne travaille jamais qu’au renforcement de l’indestructible et non pas à la construction d’une preuve de la chose. Le travail des historiens qui renforce l’indestructible est utile et nécessaire, mais là aussi, ils travaillent à partir de l’avoir eu lieu, de la subjectivité de l’avoir eu lieu. Ils le font en tant que subjectivité inscrite dans la dépendance de cet avoir eu lieu, et pas en constituant le tribunal chicanier ou mémoriel de cet avoir eu lieu. Ceci pour dire que les 3 figures s’articulent dans un marquage particulier qui est l’attestation de leur dépendance constituante à l’événement disparu dans le pointage, à des places différentes, de ce qui en tient lieu, et qui est la vérité séparée et en un certain sens éternelle, comme toute vérité. p est dans cette affaire le point de subjectivité du sujet, quelle qu’en soit la figure. Ceci étant, il y a plusieurs figures. Il faut revenir à ce point. De ce que l’énoncé est unique (ce qui signifie en dernier ressort que tout processus de subjectivation s’origine d’un événement), ne s’infère pas, contrairement à ce que j’ai pu laisser entendre autrefois, que les figures subjectives soient uniques. Nous en avons déjà en tout cas identifié 3, et cette identification développe un pluriel du sujet dans un marquage littéral unique. En particulier, il est très important d’identifier que de l’intérieur même de l’espace subjectif ouvert par un événement puissent être prescrites des subjectivité diverses. La 3ème

subjectivité est réactive au sens strict ; elle prétend à venir à la conséquence q dans le déni de p. Son marquage propre par p est d’être dans le déni de p, par quoi elle en vient cependant à la conséquence. J’aurais eu tendance à considérer autrefois que cette figure est asubjective, extérieur à l’espace du sujet, mais je pense qu’il faut l’y mettre. L’importance de ce point est à mes yeux considérable, car en vérité, elle fait partie du grand mouvement par lequel on sort d’une appréhension dialectique élémentaire, selon laquelle ce à quoi a affaire le sujet, c’est le non sujet, immédiatement et expressément. En réalité, ce n’est pas comme ça : le sujet a toujours affaire à d’autres subjectivités (ça ne veut pas dire qu’il n’aura pas non plus à faire à l’objectif). Il a affaire à d’autres sujets à l’intérieur même de l’unité de la procédure de vérité. Il se peut que telle ou telle figure subjective travaille pour part contre la procédure, ou en tout cas à son exténuation. Ce n’est pas car une figure subjective travaille à l’intérieur d’une procédure de vérité contre le déploiement de cette procédure qu’elle n’est pas subjective, qu’elle n’est pas inscrite dans l’espace subjectif ouvert par l’événement. Pour donner un exemple d’une particulière grossièreté, toute révolution ouvre un espace où s’identifie une contre-révolution singulière, et c’est un tort de ne pas considérer la contre-révolution comme une figure subjective interne à l’espace subjectif ouvert par la révolution elle-même. Ce n’est pas la résistance structurelle de quelque chose d’inerte et d’extérieur à la procédure subjective. C’est quelque chose qui est immanent en un certain sens à l’espace subjectif général. C’est donc une figure subjective qui n’est identifiable que par p, qu’un événement révolutionnaire a permis de détacher. C’est donc une figure singulière. Et cependant, il est clair que pour part elle travaille contre la procédure. Mais ce travail contre la procédure est dans l’espace de la procédure elle-même, il lui est en un certain sens immanent. C’est ça que signifie la multiplicité des procédures subjectives. Le subjectif a affaire à du subjectif autre. Il n’a pas seulement ni même principalement affaire à de l’objectif. C’était la dialectique sous-jacente : le subjectif avait affaire à de l’objectif, soit qu’il l’intériorise, qu’il le transforme, qu’il s’y applique, l’espace de la représentation était celui du rapport entre objectif et subjectif. Là les choses vont se jouer entre figures subjectives, ce qui est un déplacement considérable. Il y a pluralité inévitable des figures subjectives dans la dépendance d’une événementialité unique. Nous en avons déjà distingué 3, et on voit bien que dans ces 3 figures, ni la position de p (ie l’inscription de la trace ineffaçable détachée de l’événement), ni la position de la coupure subjective, ni la position de la conséquence ne sont au même point. Entre ces figures subjectives, toutes requises par le développement de ce qui s’ouvre, il va y avoir d’inéluctables différences, d’inéluctables tension, et en définitive c’est par des couplages complexes que la procédure se poursuit, parce que elle traverse ou enchevêtre la multiplicité des procédures subjectives. Au point élémentaire où nous en sommes, ceci devient : chaque figure subjective finit par être en position d’inconscient pour une autre. C’est pour ça que chaque figure subjective entre dans la construction de chaque autre. Le pluriel des figures, c’est pas simplement un affrontement externe de différenciations externes elles-mêmes objectives. La différence entre les figures subjectives est elle-même subjective. Ce n’est pas un repérage de l’objectivité de la différence entre les figures subjectives, c’est intériorité subjective de la différence des figures subjectives. C’est marqué là par le fait que en définitive l’hystérique est l’inconscient du maître, et le maître est lui-même l’inconscient du pervers. Quant à la vérité ce dont il s’agit dans tout ça, elle est l’inconscient de l’hystérique. L’enchevêtrement des figures subjectives se lie dans la construction de ces figures elles-mêmes, et pas simplement dans leur rapport extérieur ou extrinsèque. C’est la sphère général de la procédure de vérité qui est ici mise en position d’être subjectivée, précisément à travers la pluralité structurale des figures subjectives. Alors je voudrais en ce point amorcer une transition tout à fait singulière entre la petite théorie et la grande théorie, entre la théorie restreinte et la théorie générale, à propos d’une question de nomination. Ces 3 figures, nous les avons appelées figure de l’hystérique, figure du maître, figure du pervers. Nous avons donné raison, minimalement, de ces dénominations. Mais en vérité, ces nominations représentent pour part un marquage psychanalytique, nous avons joué avec marquage psychanalytique. L’enjeu du marquage était que quelque chose pouvait consoner (non pas s’identifier à avec des réminiscences freudiennes ou lacaniennes. Ce marquage, il est inessentiel. Car ce dont il s’agit là n’est pas de reprojeter, de reformuler ou de déplacer par exemple la théorie lacanienne du sujet, qui n’en a aucun besoin. Le seul thème de pensée qui fait ici connexion, c’est celui de l’inconscient. Il n’y en a pas d’autre. Nous allons en effet poser que, et les barres l’indiquent, que tout sujet était en définitive marqué d’inconscient. Je rappelle que inconscient est un vocable inauguralement psychanalytique dans son développement moderne. Mais nous, qu’est-ce que nous voulons dire par inconscient ? Strictement que sujet se dire toujours de ce qui est pour part à distance ou à l’écart de son lieu d’énonciation. C’est ça que

nous voulons dire. Il y le système qu’on peut dire de la de la loi, avec ses spécifications (impossible, interdit etc…) qui fait que sujet n’est pas identifiable au centrement sur soi. Il y a un décentrement exigé dont en définitive le destin est que nous voulons dire que sujet n’est jamais identique à la conscience. Philosophiquement sujet ne pourra pas être pris comme identique à la conscience, et inconscient nommera cette non identité. Ceci étant, je crois important de clarifier les choses. Sujet, dans le cadre de la théorie axiomatique ici proposée, sujet va prendre une dénotation formelle, proprement philosophique, dont il ne faut pas penser que le sujet de Lacan serait un cas. Il y aurait du sujet un formalisme général dont la doctrine de Lacan serait un cas. Ce n’est pas ça : le sujet de Lacan ne sera ni un cas ni du reste une exception. Ni un cas, ni une exception : c’est autre chose. C’est autre chose, même si il y a une sorte de consonance harmonique entre les deux ou une résonance entre les 2. C’est autre chose, pourquoi ? Car c’est dans un espace de pensée qui est autre : le sujet de Lacan est construit dans une pertinence opératoire qui est indexée à son champ propre, champ hérité de Freud, et dont, si je puis dire, la destination et le contrôle est clinique (en prenant clinique en un sens conceptuel, et pas empirique). Donc autre chose : ni il n’y a d’inclusion ni il y a de falsification. Alors ça touche à une question, ça touche à quoi ? Eh bien je dirais volontiers, nous y reviendrons plus tard, au fond, sujet (au sens philosophique), et je maintiens la destination philosophique de la théorie, si on essaie - comme ça - de le nouer et de le séparer en même temps de sujet au sens psychanalytique, je dirais ceci : sujet, au sens philosophique, c’est une conception du sujet telle que la différence des sexes n’y est pas le dernier mot. C’est pourquoi par ailleurs, s’il y a un point où on considère que sujet, en définitive, dénote ce à propos de quoi la différence des sexes c’est le dernier mot, le sujet philosophique, c’est une fiction. On pourrait dire ça : le sujet au sens psychanalytique, il a produit cette disruption, cette révolution, qui consiste à tenir que en un certain sens la différence des sexes est le dernier mot de la question. ça veut dire quoi ? ça ne veut pas dire que ça explique tout, mais ça veut dire que là on arrive sur le roc de la chose. Le roc, ça a été dit de bien des manières : entre autre chose parce que il n’y a pas de rapport, ou bien parce que réellement et ontologiquement c’est pas la même chose. Et que donc on ne peut pas, dans l’espace de la psychanalyse, procéder à une investigation du sujet qui se situerait si je puis dire véritablement en deça de cette différence. Ou encore, le sujet est absolument et radicalement sexué. On peut montrer que toute sortes de choses concernant le sujet peuvent se dire sans convoquer absolument la sexuation. La psychanalyse déterminera de ce point de vue là une série de ressorts qui ne relève pas de manière transitive de la sexuation. Mais en définitive, il est de l’essence du sujet comme tel d’être sexué, et la différence sexuelle comme telle est... En particulier, le fait que le sujet soit un sujet parlant, un parlêtre, comme dit Lacan, est majeur, mais ne saurait identifier le sujet comme tel si on le laisse à part de la sexuation. De là que en psychanalyse, qu’est-ce qu’un sujet ? En tout cas c’est un être parlant et sexué, et le et est ineffaçable : il est parlant et sexué. On ne peut supprimer aucune des deux déterminations sans abolir en même temps la catégorie de sujet qui s’y soutient. C’est pas car vous additionnez parole et sexe que vous avez sujet, mais en définitive il est quand même sexué et parlant. Sujet au sens philosophique, c’est ailleurs : parce que ça ne se soutient pas de façon ineffaçable de ceci que le sujet est sexué. Et à vrai dire, si on y regarde de près, ça ne se soutient pas non plus de manière ineffaçable que le sujet est parlant. Ça n’est soutenu que par ceux pour qui en réalité l’investigation des questions philosophique font partie du langage. Mais c’est une option, c’est pas une définition générique de la philosophique. Platon dans le Cratyle dit : nous autres philosophes ne partons pas des mots mais des choses. Ultimement, je soutiendrais volontiers qu’aucune des deux déterminations fondamentales du sujet psychanalytique n’est requise pour une théorie axiomatique du sujet, ni que le sujet soit essentiellement ou intrinsèquement parlant ni que le sujet soit essentiellement ou intrinsèquement sexué. Est-ce qu’il est un muet asexué ? qu’est-ce que c’est qu’un muet asexué ? C’est un ange ! Parce que les anges sont asexués, c’est là qu’on a discuté de la question de la jouissance : on ne voit pas qu’on puisse à des êtres incorporels assigner la sexuation comme dimension de la reproduction. Et puis muets, ils le sont, car ils ont une intuition de naissance qui n’a pas besoin de la matérialité langagière. Si on s’engageait dans la voie selon laquelle le sujet au sens philosophique est un muet asexué, en définitive, la philosophe n’a jamais fait que la théorie des anges. C’est à peu près ce que disent tous les anti-philo : la philosophie n’a fait que parler des anges, lesquels n’existent pas. Et on n’a pas parlé des humains dans cette affaire. Les anti-philosophes ont dit : quelque chose du réel de l’homme (en un sens derechef asexué), quelque chose du réel de l’humain, a été manqué, parce que précisément, ultimement on n’a pas trouvé le roc, vrai, de ce qui constitue cette humanité possible. La psychanalyse a une thèse dessus : les conditions minimale en deça desquelles on ne peut pas tomber si on veut parler de être humain comme tel, c’est qu’il parle et est sexué. Encore une fois, ça ne détermine pas son concept du sujet mais ça l’oriente de façon véritablement majeure. Au regard de ça, la philosophie peut apparaître comme n’étant

qu’une angélologie. Il y a de magnifiques angélologies : les angélologies de St Thomas ou Duns Scot, admirables. On déduit l’existence de classes d’anges, avec une hiérarchie d’anges, c’est magnifique. Je n’ai rien contre l’angélologie, mais je ne veux pas faire que la théorie des anges. En fait, on aboutit à cette idée que, à certains égards l’homme dans la philosophique est une fiction angélique. Angélisme, n’est-ce pas, c’est une grande déclaration récente de Chirac à l’égard de tous ceux qui avaient une position à peu près correcte sur la question des sans papiers. Il a dit : Angélisme ! Il en appelait lui à un homme de terre. Celui qui n’est pas angélique, c’est la star du FN du coin, l’homme de terrain. Mais angélisme, pourquoi pas. Ce que je veux dire, c’est ceci : si on en vient à cette idée que l’humain en philosophie est une fiction angélique, c’est pas simplement de la négation. C’est parce qu’on dit : s’il n’est pas parlant et sexué, alors il faut qu’il soit non parlant et non sexué. Ce n’est pas ce que le philosophe veut dire. Quand je dis que pour le philosophe la sexuation et la parole ne sont pas les derniers mots des choses, je veux dire qu’on ne va pas non plus être dans l’idée que l’humain est non sexué et non parlant [chgt K7]… qui soit telle que en effet il se trouve que la sexuation, ou la disposition des langages, ne sera pas constituante de façon obligée de l’appréhension humaine. Ça revient à quelle hypothèse ? ça revient à une hypothèse fondamentale dont la philosophie n’a jamais pu faire l’économie, et qui est : en définitive, il n’y a qu’une pensée. Or le sujet de la philosophie est le sujet de la pensée. Ie le sujet de la vérité. Quel que soit l’investissement ou les noms qu’on accorde (ça peut être un autre que nom que pensée, un autre nom que vérité), la philosophie se soutient de l’énoncé que pour autant qu’il y a de la pensée, que quelque chose se laisse penser, il n’y a pas de division originaire de cette pensée comme telle. Autrement dit, s’il y a de la vérité, elle est pour tous. Elle ne peut pas, comme telle, ni son sujet, être sexuée. Et de ce sujet par conséquencet il sera nécessairement soutenu qu’à supposer même qu’il rencontre la sexuation, il n’en restera pas moins, en définitive, que pour ce qui relève de sa détermination en pensée, cette rencontre n’est pas une division majeure, n’est pas une division fondatrice. Par conséquencet, la philosophie travaille selon une ligne d’universalité stricte, et c’est uniquement parce qu’elle travaille selon cette ligne d’universalité stricte que sa catégorie de sujet est en effet absolument différente de la catégorie des psychanalystes. Vous voyez bien que ça ne signifie pas qu’elles sont contradictoires. Dire qu’elle est contradictoire, c’est construire l’unité de plan. Mais quelle serait l’unité de plan ? L’absorption de la psychanalyse par la philosophie ? Il n’y a pas d’unité de plan, nous pouvons observer de temps en temps des consonances, faire des emprunts de lexique, métaphoriser cela dans l’autre champ, mais on ne peut construire une unité de plan. Comme il n’y a pas cette unité de plan, il n’y a pas de contradiction. Il est vrai que s’agissant du sujet de la psychanalyse il est sexué et il est un parlêtre. Il est non moins vrai que la philosophie ne dira rien de tel. Mais ceci ne va instituer aucune espèce de contradiction particulière, sauf à tenir que l’un des plans a pour condition de son développement la négation de l’autre. Ça a été soutenu. Il est évident que la doctrine sartrienne de la conscience exigeait en un sens la destruction de la catégorie psychanalytique d’inconscient. C’est comme ça. De façon interne à la construction de son plan propre, aurait dit Deleuze, Sartre rencontrait ou croisait ce qu’il imaginaire être la doctrine psychanalytique de l’incst comme quelque chose qui devait être réduit absolument. Inversement, nombre de psychanalystes considèrent que dans la construction de leur unité de plan, il faut en un certain sens éliminer toute doctrine du sujet qui ne revient pas à la sexuation et au parlêtre, ne serait-ce que pour éviter une structure d’ange. Mais c’est une option, ce n’est qu’une option d’anti-philosophie radicale. Ma propre voie là-dessus est de considérer que les décrochements de plan sont dans un espace en tension tel qu’il n’est pas vrai que la catégorie de sujet philosophique n’exige d’aucune façon la destruction de la catégorie psychanalytique. Bien au contraire, j’ai soutenu qu’elle devait être contemporaine, qu’elle devait soutenir l’épreuve de la contemporanéité. Ie que la catégorie philosophique de sujet devait pouvoir s’assurer être contemporaine de la catégorie freudienne ou lacanienne de sujet. Ce qui ne veut pas dire reprendre leur problématique : il y a aussi une épreuve, une tension qui définit précisément cette contemporanéité. Pour toutes ces raisons, je voudrais épurer les nominations antérieures, et considérer que la coquetterie psychanalytique n’était que transitoire, ou disons propédeutique. Nous allons renommer les 3 figures qui sont ainsi disposées.

La figure inaugurale, nous l’appellerons la figure subjective de la subjectivation. Nous l’appellerons la figue de la subjectivation, tout simplement. C’est bien ce qu’elle est. Pourquoi nous l’avons appelée hystérique ? Parce que la connotation de l’hystérie fait comprendre quasiment de façon clinique ce qu’est une subjectivation. Nous revenons à quelque chose de plus générique, et nous l’appellerons subjectivation. La figure du maître nous l’appellerons la figure de la fidélité. Nous l’appelons comme ça pour des raisons aussi évidentes que l’autre : en réalité, travaillée par la mise en inconscient de la subjectivation, la figure du maître travaille aux conséquence. La subjectivation est précisément relayée en position inconsciente, et elle travaille dans la figure de production des conséquences. Donc c’est une figure qui est fidèle à la subjectivation, on l’appellera la figure de la fidélité en tant que figure des conséquences. La 3ème figure, dont nous savons qu’elle n’a pas d’autre enjeu que de placer p de telle sorte qu’il y a c’est non p, nous l’appellerons la figure subjective de la réaction, ou figure réactive. Petit exercice, je ne le ferai pas, vous pouvez le faire pour votre propre compte : redisposez dans ces 3 schèmes les types nietzschéens. Faites-le chez vous ! Vous n’aurez pas de mal à identifier la figure du ressentiment, reste les deux autres. Trouvez Ariane, trouvez Dionysos, trouvez le prêtre. Je rappelle, maintenant que nous avons renommé ces figures, que : - dans la figure de la subjectivation, l’opération est le détachement. La coupure se fait sur le sujet (c’est pourquoi on dira qu’il s’agit bien là d’un sujet clivé). Opération de détachement, coupure sur le sujet, ou sujet clivé. Il faut la concevoir en réalité comme un surgir dont le seul reste est p : p, comme aurait Thucydide, acquisition pour toujours. - pour la 2nde figure, je rappelle que l’opération est une production, une production de conséquence, à partir de la circulation de... Que la coupure est très exactement entre le détaché et si je puis dire le détachement. Elle est entre ce qui est détaché et ce qui autorise le détachement. Ce qui fait qu’elle met la figure de subjectivation en position inconsciente. Et nous dirons que dans ce cas que le sujet est absenté. C’est une figure qui travaille sur p, sur l’index de l’événement, mais qui absente de ce travail ce qui le rend possible, la raison pour laquelle p s’est détaché (et met le sujet en position inconsciente). Pour le rendre moins abstrait, ça désigne la position d’une pratique qui se soutient d’une subjectivation première, sans être en vérité de cette subjectivation. Ce qu’on appelle souvent dans les processus la 2ème génération, les successeurs : ils sont fidèles, ils tirent les conséquences mais la subjectivation est proprement inconsciente. Elle est dans l’inconscient. Ça ne veut pas dire qu’elle n’y est pas, mais elle n’y est que comme figure imprésentée de leur travail, ce qui à la fois les rend possible, comme successeurs, mais n’est pas ce qui les constitue eux comme figure subjective. C’est comme si vous voulez, exemple métaphorique, des militants qui continuent à se réclamer d’une révolution qui a eu lieu il y a longtemps (ce dont le siècle a beaucoup fait l’expérience). C’est pas le longtemps qui compte, c’est le moment où on ne peut pas dire que rien n’est là, des énoncés détachés on en tire des conséquences, mais la subjectivation dont s’est arrachée l’énoncé, elle elle n’est plus là que dans ce qui les identifie inconsciemment. Ou on peut dire ceux qui sont dans une figure amoureuse telle que la puissance inaugurale de la rencontre, elle est réellement absentée. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien, il y a un amour mais un amour qui n’est pas tel qu’il se soutient de cette puissance subjectivante dont tous les énoncés qui le constitue ont été tirés par voie de conséquence, mais ce n’est pas présenté ni présentable. La législation des conséquences est le lieu d’être de la chose. Quant à la 3ème figure, nous le savons, son opération est un déni, l’événement est nié (nous avons : détachement, production, déni). L’opération est un déni, déni qui s’accomplit de façon singulière : elle n’accomplit le déni que pour autant qu’elle prétend en venir aux mêmes conséquences. Je vais montrer que sous l’hypothèse que ça n’a pas eu lieu, j’en viens aux mêmes conséquences. Quant à la coupure, elle est double : elle sépare le déni de l’énoncé constituant, et l’énoncé constituant du S barré, de sorte qu’on dira que le S barré est oblitéré. Le sujet, les opérations, c’est : détachement, production, déni. Le sujet est clivé, absenté, oblitéré. C’est ça qui passe dans la triplicité des figures. On peut dire que toute fidélité a pour inconsciente une subjectivation, et que toute réaction a pour inconscient une fidélité. Ce qui permet des descriptions empiriques. Si vous vous emparez : quel est l’inconscient d’une fidélité, c’est une subjectivation, et quel est l’inconscient d’une réaction, c’est une fidélité. Ça a une grande puissance phénoménologique, nous la ressaisirons le moment venu.

Une fois ceci fait et renommé, nous avions entrepris de situer la question de la vérité et du savoir, au regard de notre configuration. Où se situent vérité et savoir au regard des formules formelles du sujet ? Il y a un point que pour l’instant nous n’avons pas remarqué, c’est que la véritable intersection des 3 figures, c’est en réalité q, la conséquence. Bien qu’elle soit en apparence absente ici, mais en réalité nous savons qu’elle est présente par l’exigence de la subjectivation, qu’on en tire les conséquences. Ce qui fait surgir p est aussi et en même temps dans le présent même de toute chose la nécessité de ses conséquences. De même que l’hystérique dit toujours au maître : tire les conséquences, de même la subjectivation elle-même s’articule à une subjectivité quant au point des conséquences. C’est un point important parce que ça veut dire que l’accord sur les conséquences d’un événement n’est pas ce qui identifie une figure du sujet. La figure de la réaction elle-même prétend en venir aux mêmes conséquences. La fidélité produit des conséquences, et la subjectivation exige qu’on les produise. Donc l’accord sur q comme lieu de production, l’accord sur les conséquences d’un événement, c’est jamais ce qui identifie une figure. Nos 3 figures sont bien d’accord sur les conséquences. Mais qu’est-ce que c’est que les conséquences ? Les conséquences, c’est le présent. Le présent d’une vérité c’est toujours une conséquence, car l’énoncé initial il a toujours déjà eu lieu. Il est une trace de ce qui est aboli, il est éternel et ne fixe pas comme tel le présent. Ce qui fixe le présent subjectif, le présent d’une vérité, c’est toujours une conséquence. Par conséquencet, nous dirons : être d’accord sur le présent n’est jamais ce qui identifie une figure subjective. Qu’est-ce que c’est qu’être d’accord sur le présent ? C’est le consensus. La maxime de : en tout cas nous sommes d’accord sur ce qu’il y a, c’est le consensus. La doctrine politique du consensus, ça consiste à dire que l’accord sur les conséquences identifie une figure subjective unique. C’est ça. Il est d’autant plus important de remarquer que l’accord sur une conséquence justement n’identifie pas une figure subjective. Vous pouvez être d’accord sur les conséquences, ce n’est pas identifiant de la figure subjective. Le protocole de la conséquence n’est absolument pas le même. Or ce qui identifie une figure subjective, c’est le protocole de la conséquence et non pas la conséquence ellemême. Si vous dites que la conséquence est l’index du présent, on peut dire (voyez à quel point finalement c’est important d’identifier la pluralité des figures subjectives, tout ça se joue dans la triplicité des formules). On pourrait appeler consensuelle la doctrine qui pose que de l’accord sur une conséquence s’ensuit l’identité des figures subjectives. Aujourd’hui, c’est la doctrine de la politique unique, par exemple. Quel est l’argumentaire de la politique unique ? L’argumentaire de la politique unique, c’est le constat de ce qu’il y a : c’est l’argumentaire selon lequel de ce que vous constatez les conséquences, s’ensuit qu’il n’y a qu’un sujet. C’est comme ça qu’on est roulés dans la farine. Parce que on nous met devant le nez une conséquence indiscutable. Vous êtes d’accord : comment dire non ? Et alors vous partagez aussi la figure subjective unique, vous ne pouvez pas faire autrement. Il est fondamental de décoller l’accord sur la conséquence du protocole de la conséquence. Ie de la figure subjective. Ce qui fait que en réalité q, pour la figure subjective réactive, et q, pour la figure fidèle, ne sont la même chose que si on les désubjective, ie que si on les extirpe de la diversité fondamentale des figures subjectives. Donc on ne peut pas remonter de là à là. C’est le truc, le truc qui nous régit actuellement. On ne remonte pas de la conséquence à son protocole, ce n’est pas vrai. Remonter de la conséquence à son protocole, c’est très exactement désubjectiver le sujet. Et la désubjectivation, c’est en réalité la thèse d’un sujet unique. C’est la doctrine consensuelle, dans son mécanisme intime, qui est toujours de remonter de l’accord apparent sur la conséquence à la structure subjective qui vise, produit ou implique cette conséquence, alors que cette remontée n’a aucun sens du point de vue de l’intériorité à la figure subjective. On peut dire que polémiquement, la thèse de la pluralité des figures subjectives, fut-ce au regard des conséquences, est le véritable ressort d’une pensée non consensuelle. C’est pourquoi au fur et à mesure que grandissaient les thèses consensuelles de la politique unique, je me suis rendu compte que j’étais exposé, vulnérable à cette propagande, il a fallu que je me mette au travail, pour rendre compte de la pluralisation des figures subjectives, pour être désormais rationnellement armé contre le consensus, fut-ce cette figure de non consensuel qui est d’être en point d’exception à la globalité, au sens où l’ébrèchement du tout est le tout lui-même. Là, c’est autre chose, parce que la pluralisation, encore squelettique, des figures subjectives, autorise véritablement non seulement de déconsensualiser l’espace général de la vérité, mais de montrer où ça se passe. C’est bien vrai que la pluralité est compatible avec une apparente identité de la conséquence. C’est le point qui m’avait moi-même en partie aveuglé : une fois donné l’énoncé p, on peut avoir l’impression que le processus de vérité est en fin de compte le système de ce qui s’induit de p d’une manière ou d’une autre, de telle sorte que quiconque sera sujet de la conséquence sera sujet de la vérité de façon univoque. En réalité, non : on peut être sujet de la conséquence en état disposé dans l’espace subjectif selon des figures tout à fait différentes. Il est

important de réintégrer la figure réactive à l’intérieur de l’espace subjectif et non pas à l’extérieur. Voilà pour ce considérable commentaire ! Nous avions donc au-delà de tout ça entrepris de disposer vérité et savoir dans la pluralité des figures subjectives. Je vais changer un petit peu la notation, pour ne pas la faire confondre avec la notation par les figures. - subjectivation : V(p) > Sa (q) : seule l’infinité des conséquences pourrait éventuellement être à la hauteur de la vérité de la subjectivation. Nous avions dit : finalement, ce qui se passe dans la figure de subjectivation, c’est que le savoir qu’elle prend des conséquences, cette figure, n’est jamais à la hauteur de l’intensité de la subjectivation. En réalité, seule l’infinité des conséquences peuvent éventuellement être à la hauteur de la vérité de la subjectivation, mais comme cette vérité est en cours, la position de la vérité peut surgir comme toujours en excès sur le savoir laborieux des conséquences. - fidélité : V (q) > Sa (p) Dans la figure de la fidélité, c’est un peu symétrique : ce qui fait vérité de la figure de fidélité ce sont les conséquences, et la vérité des conséquences paraît l’emporter sur ce que l’on peut savoir de leur origine, qui d’ailleurs est tombée ou a chu dans la dimension inconsciente. - réaction : Sa (q) > Sa (p) (car pour la subjectivité réactive, V(p) = V(~p)) En puis dans le cas de la figure réactive, ce qui compte, c’est le savoir, je peux en venir à une conséquence q de façon déterminée. Ce qui compte c’est le savoir de la conséquence, et ce savoir est toujours supérieur à la vérité de l’énoncé d’origine, ne serait-ce que parce que pour la figure réactive on a ceci V(p) = V(~p). Donc nous avions dit ceci, qui synthétise en quelque sorte la disposition du savoir et de la vérité dans les 3 figures. Nous avions noté qu’il restait une figure possible, selon laquelle le savoir du point de l’origine serait absolument supérieur à toute vérité des conséquences. 4ème figure : Sa (p) > V(q) Nous en étions au commentaire de cette figure qui surgissait là, à vrai dire, dans une déduction littérale. C’est l’avantage de la détermination : à un moment, vous trouvez un truc qui surgit comme un cas. Est-ce qu’il a un sens, est-ce qu’il a pas de sens ? Si on la regarde, cette figure, on voit que c’est une figure, qui (c’est le point essentiel), qui destitue toute vérité du présent. Son effet propre, c’est la destitution de toute vérité du présent. On supposera qu’il y a un savoir de l’origine (Sa(p) fonctionne comme ça), qui est tel qu’aucune vérité du présent ne puisse jamais être à sa hauteur. Ou si vous voulez, la capacité de vérité du présent est entièrement dévaluée. Elle est dévaluée par la fixation de l’énoncé initial dans la forme du savoir. Le fait que je sache ce qu’il y a eu à l’origine rend vaine une conséquence présente de ce savoir. Le jeu de la vérité est annulé. quelque chose se fige dans le savoir du vrai, ou encore si vous voulez l’événement, parce qu’il est su, absorbe toute capacité au vrai, dans le présent vivant. C’est comme si, dans ce cas là, le savoir tuait le sujet. Puisque quelque chose du sujet est quand même donné dans la coprésence au présent. J’avais dit que en un sens, ce qui caractérise l’intersection des 3 autres figures, c’est la conséquence, la validation de la conséquence. Là au contraire la conséquence est dévaluée, non pas au nom du surgir vrai initial, mais au nom d’un savoir de ce surgir. Alors, c’est pas la figure réactive, la figure du réactionnaire. Parce que la figure réactive met la subjectivation plus loin, dans la médiation d’un déni de l’événement. Tandis qu’on peut dire que la figure dont nous testons l’hypothèse ici, n’est pas dans le déni de l’événement, elle est dans l’hypothèse de son savoir. Dire que p est dans l’hypothèse de son savoir veut dire : il n’y a pas lieu que l’événement soit subjectivé. Ça ne relève pas d’un surgir subjectivé, ça relève du savoir. A quoi est renvoyé l’énoncé p ? qu’est-ce que c’est p, décollé d’une figure de subjectivation, fut-ce dans la forme du déni ? p est renvoyé à une figure d’autorité. p vaut non pas parce qu’il fut événementiellement détaché, ce qui est le statut que les autres figures conservent, futce dans le déni, mais p fut nécessairement de toujours vrai. Simplement, ce qu’il y a, c’est que je le sais. Par conséquencet p, nécessairement, a été transmis. Il a été non pas subjectivé mais transmis. Transmis à un savoir qui n’en est que l’accueil. Ce qui m’intéresse, c’est de voir si on peut à partir de là reconstruire un mathème de cette figure. Suivons cette piste. Où y a-t-il division du sujet dans ce cas ? Ou y a-t-il, s’il y a, division du sujet ? Ou rechercher le S barré, dès lors qu’on est dans une figure où l’énoncé p se soutient d’avoir été de toujours vrai et transmis dans la figure d’un savoir ? Le sujet se divise en savoir et ignorance : ou bien il le sait ou bien il le sait pas. C’est l’enjeu de la transmission. La barre de coupure passe sur le sujet, dans le partage entre celui qui sait et celui qui ne sait pas. Et la contrainte de p, la transmission, opère la dessus : savoir ou ne pas savoir. On peut donc dire que p est ce à partir de quoi le

sujet est barré en tant que sujet d’ignorance ou sujet de savoir. Ce n’est pas complet encore, mais il y a ça : c’est le retournement de la figure de subjectivation. La figure de subjectivation, elle, détache p de la subjectivation elle-même. Là, au contraire, pour autant qu’il y a une division du sujet, elle est prescrite par p selon des modes (?) possibles de p, puisque p est l’objet d’un savoir, à savoir on le sait ou on ne le sait pas. C’est le savant ou l’ignorant, l’éclairé et l’inéclairé, celui qui a la révélation et celui qui ne l’a pas, le croyant et le mécréant. Seulement, ça n’est possible, ça, qu’autant qu’une garantie s’attache à p. p je peux le savoir, mais encore faut-il qu’il soit vrai. Si ce n’est pas le lieu de subjectivation, quelle est la garantie de cet énoncé ? d’où se garantit-il ? Il faut bien que la vérité entre dans le circuit (là elle n’entre pas), il faut que la vérité surgisse, non pas comme lieu d’énonciation événementielle de p, mais comme garantie de toujours, ou garantie si je puis dire intemporelle de p, et une telle garantie ne peut être que celle, puisque nous sommes toujours dans le savoir, d’un sujet délesté de toute ignorance. Pour autant que p est ce qui soutient la fonction d’un sujet possible selon l’ignorance et le savoir, la garantie de p lui-même doit se trouver en amont, dans un sujet supposé savoir intégralement. Nous appellerons ça un sujet plein, ie un sujet non clivé. Et de ce sujet plein, p est une conséquence, cependant que tout sujet est une conséquence de p.

Nous avons un sujet plein, dont se soutient p comme pur et simple enjeu d’un savoir dont se soutient le clivage savoir ignorance le S barré. Cela constitue le mathème de cette figure. Avons-nous tout dit ? pas tout à fait ! Qu'est-ce qui tombe dans l’inconscient d’un tel sujet ? Nous l’avons dit, c’est la conséquence : la conséquence ce qui n’aura pas à être assumé, en tant qu’elle est l’inconscient du sujet. Si nous voulons figurer complètement cette figure, nous mettons q en dessous de la barre.

Et nous dirons que le sujet qui se suppose du savoir d’origine, garantie elle-même par un sujet plein, et qu’un tel sujet a pour inconscient la conséquence… Manque la fin en K7, reconstituée à partir des notes de Yvon Thoraval : Il est mortification du présent, q est la conséquence, le présent . cf Discours de l’Histoire Universelle de Bossuet : c’est exactement ce mathème. Quel que soit l’événement vivant du présent, déchiffrement d’une providence divine dont nous sommes les marionnettes. Si l’histoire se laisse déchiffrer comme providence, c’est que le sujet se distingue comme cette structure où le présent se trouver mortifié. Quand le savoir sur l’origine l’emporte sur toutes les conséquences. Toute religion, en effet, soumet la déchirure du sujet à un savoir original sous la garantie d’un sujet plein, par quoi elle est nécessairement mortification du présent du présent, ce qui veut dire : cela a déjà eu lieu. C’est différent du réactionnaire, car il est plus grave de dire cela a déjà eu lieu, car contraint à la mortification. A la mortification, nous ne sommes coprésents (…). Non pas déni, mais momification de l’événement : dans cette figure le présent fait défaut, p absorbe le temps. Il en résulte que dans telle figure subjective, le présent est constitutivement le point de l’obscur. Pour les 3 autres, le clair c’est le présent, c’est la falsification consensuelle. C’est la figure qui exige le sacrifice du présent. Nous l’appellerons le sujet obscur, de temps en temps le sujet obscurantiste. Nous verrons par la suite que sujet obscur recouvre bien plus que la religion. Savoir mortifié de l’origine, c’est une figure subjective coprésente à tout espace de vérité. C’est le bord extérieur. Le bord, car il ne partage pas le présent, ie la conséquence. C’est la figure de la mort comme figure subjective. Pour St Paul lui-même, la mort est une figure subjective. Elle sera néanmoins immanente. Toute procédure de vérité induit aussi sa figure de mort. On a toujours affaire à un quadrangle. C’est l’obscur. Les questions d’éthique, ce sont toujours des règlements de compte entre figures subjectives. Dans mon éthique, j’ai fait comme si sujet était contre non sujet. Il faut régler la figure réactive et la figure de la mort comme immanentes aux figures subjectives. 26 NOVEMBRE 97 Nous en étions à examiner la thèse selon laquelle l’événement ouvre un espace subjectif, ie ouvre en vérité un lieu, un topos, inédit dans la situation, un sujet étant ensuite une sorte d’inscription dans cet

espace. Il y a une antécédence événementielle de l’espace subjectif sur la singularité du sujet. On peut récapituler cela simplement par un schéma. SCHEMA On peut dire que au départ est donnée S comme situation. L’être sera donné en figure situationnelle. Et il va y avoir à partir de là une double ligne de développement : l’une que j’appelle ontologique, l’autre que j’appelle logique. C’est dans la prise ou pince de ce double développement que va se caractériser l’événement. Du côté de la logique, on aura la structure implicative de l’événement. L’événement est un système dont se détache un énoncé fondamental, baptisé epsilon. Du côté ontologique, on a d’un côté l’enracinement dans le site événementiel, et d’autre part le caractère infondé, d’auto-appartenance, de l’événement à lui-même. Structure implicative, d’un côté double caractéristique du côté du site du côté et du côté de la nonfondation de l’autre, c’est ça qui détermine l’événement dans sa forme inaugural. Ce que nous disons, c’est que l’événement lui-même ouvre à quelque chose qu’on appellera l’espace subjectif. Espace subjectif qui, d’une certaine façon, est dans la situation, n’a pas de transcendance particulière, et si on veut une image, est quelque chose qui dans la situation se déplierait ou s’ouvrirait, un espace de desserrement de la compacité intrinsèque de la situation, quelle qu’elle soit par ailleurs, et c’est dans ce desserrement, au regard de cette figure d’ouverture que les figures du sujets apparaissent comme des inscriptions ou des peuplements. Voilà, c’était pour récapituler de manière très générale et restreinte ce que nous avions pour l’essentiel rappelé la dernière fois. En réalité - là c’est un peu une incise historique mais elle est aussi un appui - ce que nous avons là, c’est l’idée du rapport (qui est encore problèmetique), du rapport entre ouverture d’un espace et inscription subjective. C’est ça le nœud du problème, au point où nous en sommes. quelque chose s’ouvre, se desserre, disons un autre lieu, une autre configuration locale est événementiellement ouverte (de ce point de vue là, on peut dire que tout événement est une fracture de la situation, ça y ouvre, ça y déchire quelque chose, un peu comme un tissu serait coupé, incisé, et dont les composantes se disposeraient autrement), et là (le là de l’apparence subjective), le lieu est comme la condition d’apparaître du sujet comme tel. Il n’y a de sujet apparaissant ou donné dans son apparaître qu’au regard de cette ouverture, cette déchirure, qui est toujours de l’ordre de ce qui arrive (et pas de l’ordre de ce qu’il y a). Or je crois qu’il y a sur ce point une ou plusieurs intuitions platoniciennes : sur la corrélation entre la question du lieu et la question du sujet. Sujet est anachronique s’agissant de Platon, mais de quelque chose qui sous d’autres noms (être là, construction de l’individu, donc sous d’autre nom, qui tiennent lieu de sujet). Ce que nous sommes en train de dire, avant d’en venir à un exemple de ces intuitions platoniciennes, ce que l’événement ouvre n’est jamais que la possibilité d’un sujet, et non pas sa nécessité. Ça aussi, c’est en partie un déplacement par rapport aux thèses soutenues dans EE : tout se passait quand même comme si, de ce qu’il y avait événement s’inférait quasi nécessairement le surgissement d’un sujet. Ce qui s’ouvre, c’est la possibilité et non la nécessité, encore bien moins sa figue. C’est son espace. Cet espace serait-il peuplé, comment, selon quelle torsion, quelle séquence, quelle dilatation ? c’est encore suspendu. Nous passons à la thèse que l’événement (rencontre amoureuse, insurrection peu importe) ouvre la possibilité d’une figure subjective inédite, et non pas directement cette figure elle-même. Je pense que le rapport entre un lieu, un espace ouvert, et la constitution ou la surrection subjective est au cœur d’un texte de Platon, le mythe d’Er le Pamphylien, à la fin de la République. Je voudrais ponctuer cela. Je fais une remarque préliminaire. Je serais prêt à soutenir que les mythes de Platon, nous ne savons pas encore très bien ce que c’est. Il n’est pas vrai que ce soit quelque chose dont la signification ou la stratégie soit amplement élucidé. Il demeure quelque chose d’opaque et d’imprécis concernant la fonction stratégique du mythe, y compris dans le nom : est-ce que c’est des mythes ? Quelles sont les opérations en jeu dans cette affaire ? Et pourquoi ce type d’opérations prend cette forme ? Je rappelle 2-3 choses sur le mythe d’Er. Er est un soldat mort à une bataille, mort à la fois si je puis dire honorable et ordinaire pour un citoyen grec quelconque. Et puis il se trouve qu’il ressuscite, quelques jours après, et raconte ce qu’il a vu quand il était mort. Pendant le laps de temps de sa mort ! Evidemment, un mythe de ce genre est quelque chose qui temporalise la mort. Pour le rattacher à des choses que nous disons ici, Er est celui pour qui la mort a

été un présent. Il y a eu un présent de la mort. Ce qu’il n’y a en général pas. Et il vient raconter ce qu’est le présent de la mort. Il est chargé du présent de la mort, de transmettre le présent de la mort. Ce mythe comporte en réalité 3 strates, 3 composantes (comme toujours dans les mythes de Platon : il fait tenir ensemble des choses qui sinon ne tiendraient pas ensemble. C’est composite, du point de vue du concept et de l’argumentation, qu’on fait tenir ensemble par une ressource artistique). Il comporte une strate morale, il comporte une strate cosmologique, et il comporte une strate que j’appellerai existentielle ou subjective. 3 composantes. - la strate morale c’est une classique scène de jugement dernier, à vrai dire la 1ère grande scène de jugement dernier, ie une distribution des châtiments et des récompenses aux morts selon la qualité de leur vie. Ça se passe sur 1000 ans. C’est pas le châtiment éternel, au moins, ça a déjà cet avantage ! On en prend pour 1000 ans. Quelques années d’injustice, 1000 ans de châtiment. Quelques années de justice, 1000 ans de récompense. Je voudrais dire la fortune extraordinaire qu’a eue cette mise en scène du jugement des morts. C’est devenu un topos littéraire et artistique incroyable. Il est intéressant d’en saisir une des premières formes dans un texte philosophique. C’est pas le jugement dernier chrétien, c’est autre chose, et en plus ça a quelque chose de fini. C’est pour ça que c’est une mise en scène : c’est pris dans la finitude de la scène. Après, on aura tout ce qu’on veut : on aura Virgile et la descente aux enfers, Dante, les tableaux de la Renaissance sur le jugement dernier... Pour Platon ça a quel statut, ça ? Au fond on peut dire philosophiquement, c’est pas intéressant, de montrer que les morts sont châtiés ou récompensés. En réalité, on peut dire que c’est l’ultime parade imaginaire de Platon à une question qui le tourmente beaucoup, c’est celle du bonheur du criminel. C’est une objection qu’on lui fait tout le temps : vous dites que le tyran est mauvais, en attendant, il jouit, il est heureux. Platon montre qu’il n’est pas vraiment heureux si on y regarde de près, le juste est plus heureux que lui etc… Mais il faut croire qu’il n’est pas complètement satisfait : il faut que ça continue après la mort, c’est l’argument imaginaire ultime. Il est peut-être heureux, mais il va en prendre pour 1000 ans. Dans le mythe d’Er, au centre, vous avez le châtiment du tyran. Il va avoir 1000 ans de tourment abominable. C’est vraiment la partie proprement morale du mythe, dans une espèce de justice distributive qui distribue récompenses et châtiments à proportion de la qualité morale de l’existence. Pourquoi c’est devenu un si puissant motif artistique, cette question du jugement ? C’est une vraie question. J’ai plusieurs hypothèses. Platon s’y attarde : les âmes montent, descendent, les justes iront avec un écriteau sur la poitrine indiquant combien ils ont été formidables, les méchants avec un écriteau mais dans le dos etc… C’est un motif artistique car c’est la formule absolue du contraste : ça donne une matrice formelle qui porte tout à son contraste absolu. Ceux qui montent et ceux qui descendent, ceux qui sont dans les flamme et ceux qui sont dans la lumière, le haut le bas, la droite la gauche : ce jugement terminal, c’est la conviction de tous les contrastes. Ça a assuré la fortune artistique. Sa fortune artistique est plus intéressant que sa destination morale (cette morale du salaire est assez courte). Mais elle est là, et Platon est content de pouvoir dire ça : vous n’êtes pas convaincus que le tyran est malheureux, mais il ne perd rien pour attendre ! - la 2ème strate est cosmologique : c’est la présentation d’un mécanisme de l’univers, assez grand quand même, une mécanique qui est une sorte de modèle astronomique donnant essentiellement le mouvement des planètes. C’est une espèce de machine cosmologique qui est présente dans le même lieu : là où on châtie, on montre aussi comment est l’univers. On peut se demander pourquoi. Pourquoi en puissant les méchants montre-t-on une machine de l’univers ? D’ailleurs personne n’a vraiment compris comment ça marche, ça tourne comme ça… C’est une machine. Et alors je crois que la clé, c’est quand Platon dit que cette machine, expression forte et belle « elle tourne sur les genoux de la nécessité ». La machine cosmologique est un peu l’enfant de la nécessité, sur ses genoux : une nativité particulière ! La nécessité perce le mouvement cosmologique des astres. Dans un lien, ce qu’il veut dire c’est que au fond il y a la même nécessité proportionnelle à ce que les méchants soient punis et les bons récompensés qu’il y a de nécessité dans l’ordre cosmologique lui-même. De toute évidence c’est ça. La machine du cosmos est faite selon la nécessité, elle est construite selon des proportions singulières, de même il y aura un châtiment ou une récompense nécessairement proportionné à ce qu’aura été la vie des hommes. Je dirais donc que sur ces deux strates, morale et cosmologique, nous avons au cœur le rapport entre proportion et nécessité. Il y a une nécessité proportionnelle, géométrique si vous voulez, qui au fond règle à la fois la sphère de la moralité et la sphère de la nature, des astres. Tout ça est réglé, pris dans une règle, qui eut être la règle de distribution des châtiments et des récompense ou la règle du circuit des astres, c’est une seule et même chose : tout cela est sur les genoux de la nécessité. - il y a une 3ème strate, qui est le choix, absolu, que les âmes, les morts, une fois passés les 1000 ans de leur rétribution, vont devoir faire une nouvelle vie. C’est en métempsychose, plus ou moins. Ceux qui ont

vécus, ils sont été punis ou récompensés, et puis ils sont convoqués à choisir une nouvelle existence. Ie le choix absolu du sujet qu’on aura à être dans une nouvelle vie. C’est ce point qui nous intéresse particulièrement. Qu’est-ce que c’est que cette histoire du choix d’une nouvelle existence ? Comment le sujet qu’on aura à être peut-il se donner dans la figure d’un choix radical ? Il y a des lots, en pagaille, il y a beaucoup de vie à choisir. On pioche dans le lot ce qu’on veut, il y a toutes les espèces de vie possible et imaginables : vie misérable de citoyen dans un coin, ou la vie d’un grand tyran, et il faut choisir. Les caractères du choix sont intéressants. 1° il est vrai que tout se passe dans un lieu, et ce lieu, le lieu du choix, Platon en donne une description, il lui accorde (en tant que lieu) une importance considérable. Ce n’est pas dans le lieu ordinaire, ce n’est pas sur la scène que l’on habitera plus tard. C’est un lieu que Platon nomme topos daimonios, traduisons un lieu étonnant, et la question du daimon étant omniprésente dans cette affaire (j’y reviendrai), c’est lieu étonnant, singulier, atypique frappant, et ce que nous dit Platon, c’est que fondamentalement, ce lieu est identique à sa lumière. Ce qu’on y voit, dit-il, est au milieu de la lumière. C’est pas la classique histoire du lieu des Idées, c’est autre chose. C’est le lieu du choix. C’est donc existentiel, c’est pas la question de la connaissance ou de la contemplation, c’est d’un autre ordre. C’est pas le topos noetos, le lieu intelligible. C’est un lieu où va se décider, de façon radicale, le sujet qu’on a à devenir. Et alors, il est identique à sa lumière, il est au milieu de la lumière. Ce n’est pas forcer les choses de dire qu’au sens strict, ce lieu est une éclaircie. On choisit toujours son existence dans une éclaircie. Et au fond on peut dire que l’espace subjectif est une éclaircie de la situation. J’ai dit desserrement, ouverture etc… mais éclaircie. Si on dit une éclaircie de l’être, on va basculer dans Heidegger complètement, mais il n’a pas tort : c’est une éclaircie, au sens propre de ce qui ouvre dans un espace serré ou compact quelque chose. Je suis très frappé de voir que le lieu du choix, pour Platon, est aussi en quelque manière ou éclaircie, au double sens de quelque chose ouvert et de surprenant, et au sens où le lieu n’est pas distinguable de la lumière, où lieu et lumière c’est la même chose. C’est pas un espace, c’est vraiment un lieu où entre l’éclaircissement, l’éclairage, et le lieu lui-même, il n’y a pas réellement motif à séparer ou à distinguer. Là dans ce lieu, 2ème caractéristique, il faut choisir ce que Platon va appeler le génie d’une nouvelle vie. Le génie d’une nouvelle vie. Socrate a beaucoup parlé de son génie, de son démon, de son daimon. Daimon est difficile à traduire, démon est pas très bon (même si c’est étymologique), génie est peut-être anachronique. Il s’agit de choisir principe d’une nouvelle vie, le cœur, le noyau, le noyau de sens d’une nouvelle vie, ce qui la constitue. On ne choisit pas ses péripéties, son devenir, son détail, mais on choisit ce qui intimement la gouverne. On choisit vraiment, on peut le dire, anachroniquement, le sujet de cette vie, c’est ça dont il est question. Alors à partir de là, Platon va dire des choses très compliquées. Platon c’est très compliqué, on n’en vient jamais à bout, chaque ligne pose des problème. Il va d’abord dire que quand on aura choisi cette vie, ce qu’on va être, on y sera lié de façon nécessaire. La nécessité revient, la nécessité dont je vous disais qu’elle présidait au cosmologique et au moral. La nécessité revient en un point, qui est que le choix fait, quelque chose de nécessaire s’introduit. Donc on voit bien que ce que Platon veut dire, c’est que le sujet qu’on a à être ne sera pas non plus révocable à merci. quelque chose du sujet qu’on est est quand même une auto-prescription, une nécessité immanente. Et pas une nécessité extérieure, une nécessité de péripétie. Mais le choix fait, quelque chose du sujet comme tel a statut de nécessité, et entre autre chose, on ne pourra pas être autre que ce sujet qu’on est, car toute altérité sera altérité de ce sujet. Quoiqu’il arrive à ce sujet, c’est à lui que ça arrivera. Là on aura à ce sujet un lien qui finalement est un lien de nécessité. On reviendra sur ce point : il est vrai que lorsqu’on est dans une figure subjective, elle n’est pas révocable à merci, il y a quelque chose d’impératif en elle. Mais le choix lui-même, le choix de la figure subjective, est radicalement libre. C’est peut-être même un des rares textes grecs où on soit renvoyé à une liberté absolument inconditionnée. Ce n’est pas un thème de la philosophie antique, cette idée de choix pur, non conditionné. C’est admirable. Le choix, intrinsèquement, ne renvoie à aucune figure de nécessité. Quand vous choisissez ce que vous allez être, vous n’êtes pas sur les genoux de la nécessité. Platon le dit en deux formules serrées et frappantes, je dirais presque violentes. La 1ère : « ce n’est pas un génie qui vous tirera au sort, c’est vous qui choisirez votre génie ». Nous revoilà avec notre daimon sur les bras. C’est vous qui choisirez votre génie. République, 617 e. Nous ne l’avons pas encore rappelé ici, mais pour ceux qui étaient là l’année dernière, ça signifie que Platon récuse l’hypothèse du sujet obscur, ie du génie qui choisirait pour vous le sujet que vous êtes. Il n’y a aucun génie dont dépende votre propre génie. Ce qui se dira : il n’y a pas de génie du génie, il n’y a pas de daimon de daimon, ou encore : il n’y a pas de sujet du sujet. Le sujet n’est pas tel que d’un autre sujet dépende le sujet qu’il est. Ce n’est pas un génie qui va choisir, c’est vous qui allez choisir votre génie. Et

si on entend dans daimon le principe subjectif lui-même, et bien le principe subjectif lui-même à un moment donné ne relève de rien d’autre que lui-même. C’est la 1ère formule. Et la 2ème, difficile à traduire. En grec : aitia genoumenou theos anantios. On peut traduire aussi près que possible : causalité du choix, le Dieu est hors cause. Theos anaitios : Dieu n’y est pour rien… aitia genomenou : ça veut dire la cause réside dans qui choisit, la cause est exclusivement dans qui choisit, et le Dieu lui est non cause, hors cause, il n’y est pour rien. ça veut dire quoi, cette injonction qui est expliquée à ceux qui vont choisir ? On leur dit : attention, il n’y a pas de sujet du sujet, vous êtes dans une prescription qui ne renvoie à rien, et pour autant qu’il y a une cause, Dieu lui n’y est pour rien. Nous sommes dans la récusation du sujet obscur de façon radicale. En un point, le Dieu cesse d’être cause. Alors qu’on nous a expliqué que tout le reste était sur les genoux de la nécessité. Anankè est à sa manière une déesse : tout le reste relève de la nécessité, qu’il s’agisse de la cosmologie ou de la morale. Finalement, dans le lieu qu’ouvre la mort, lieu encore une fois identique à sa propre lumière, on voit bien que le monde et la rétribution morale sont du côté de la nécessité. Le monde, c’est ce qu’il y a. Et la rétribution morale c’est ce qu’il y a eu, puisque c’est le jugement des vies passées. C’est ça que le mythe dit : ce qu’il y a et ce qu’il y a eu relèvent de la nécessité. Ce qu’il y a, en tant que cosmos, ce qu’il y a eu, en tant que vie passée, ça relève de la nécessité quant à sa valeur et à sa destination. Par contre, ce qui vient, ce qu’il y a à venir, comme sujet, est pure et simple suspension de l’ordre. Et cette suspension de l’ordre est scellée de ce que le Dieu lui-même est hors cause. Il y a une distribution très frappant et tout à fait liée à la question que j’appelle question de l’ouverture de l’espace subjectif. Il est toujours vrai que ce qu’il y a ou ce qu’il y a eu est nécessaire. On peut toujours dire ça, on peut toujours dire que la machine du monde est nécessaire. Reste que ce qui a avenir comme sujet est suspension de la nécessité, exception de la nécessité. Finalement, un sujet, au moment où il se constitue (ce que Platon cherche à saisir, là, c’est la surrection subjective : non pas le sujet tel qu’il est, mais son surgir, dans quelle condition surgit le sujet), le sujet, dans le lieu où il est convoqué à surgir, là où un sujet est convoqué à surgir, il y a exception du nécessaire aux lois morales ou cosmologique, même si Dieu est le nom de ce nécessaire. 3ème formule très frappante : le texte nous dit à ce moment là, c’est : « o pas kindunos anthropo ». 618 d. Littéralement, c’est : le total danger pour l’homme, l’absolu danger. Là il y a l’absolu danger. On traduit souvent le moment critique. On peut lui donner ce sens, mais kindunos, c’est quand même le danger, le péril. Là, il y a le total péril. Et ce péril, c’est le moment où il est saisi par le sujet qu’il va être. Et il est saisi par le sujet qui va être est indiscernable du fait qu’il le saisit, puisque c’est un choix. Vous ne pouvez pas avoir l’absence de péril : c’est un choix, auquel nous serons attachés, et on est saisi par cette nécessité subjective en même temps qu’on la fait surgir, c’est ça le total péril. Cette formule est étonnante, parce que Platon explique bien ce qui paraît contraire à ce qu’il dit dans d’autres textes, à savoir le total péril pour l’homme, ie le choix du sujet qu’il aura à être, est sans norme, sans garantie, que Dieu s’est retiré. C’est étonnant que au moment où le sujet surgit, le Dieu se retire. Il n’y a de sujet que dans l’absence du Dieu. Platon soutient cette thèse, malgré tout. Il n’y a de surgir du sujet que dans l’absence du Dieu. C’est très fort, et très singulier, qu’il n’y ait surrection du sujet que dans l’absence de Dieu. ça veut dire qu’on comprend à partir de là l’équilibre des 3 strates du mythe d’Er : au fond, - il y a nécessité divine quand il s’agit de l’ordre du monde ou de l’ordre du jugement. Mais au fond ça donne la figure traditionnelle de Dieu : Dieu c’est le monde, et le jugement. C’est anankè. La nécessité, c’est le monde et le jugement. - mais un sujet, le surgir d’un sujet, ce n’est ni le monde ni le jugement. Pour que ça ne soit ni le monde, ni le jugement, il faut de manière essentielle un retrait du Dieu. On voit bien qu’il y a une anticipation, peut-être aveugle - c’est un mythe - mais les formules sont là. Il y a une anticipation extraordinaire de l’idée que pour qu’il y ait l’humanité, quelque chose comme ça, il faut que le divin se retire. Ce n’est que dans le retrait du divin qu’il y a quoi ? eh bien qu’il y a l’espace du sujet. Ça ne veut pas dire que le divin n’existe pas ou n’est pas important, il est même toute l’importance, puisqu’il est à la fois l’ordre du monde et l’ordre du jugement. Mais pour qu’il y ait des sujets, il faut que le divin se retire, un moment (une seconde peut-être) [chgt K7]. Question Réponse : on peut le dire comme ça, mais dans le texte de Platon, le Dieu ne lui laisse sa chance qu’en étant inattentif à la norme du choix. Ie n’intervenant d’aucune manière comme cause. Au fond, la bénévolence du Dieu telle que vous l’invoquez… Question :

Réponse : ça oui, peut-être ! Peut-être que le Dieu a été inattentif pour qu’il y ait des gens à juger, ce serait sa jouissance ! C’est la thèse du Dieu méchant, après tout. C’est la thèse du Dieu dont la jouissance est de punir, finalement. Il est vrai que s’il était attentif, tout le monde choisirait bien (sinon quelle serait cette attention ?). Platon n’est pas dans l’idée que le Dieu est méchant, il est conduit à cela par un tout autre problème : le problème du sujet pour Platon n’est pas exactement un problème moral. C’est parce qu’il suit cette piste à un moment donné : le moment où il cherche à saisir le sujet comme surrection et non pas comme ce qui est exposé au jugement. Car après tout, une bonne partie de Platon consiste à chercher qu’est-ce que veut dire que le sujet est exposé au jugement. Mais dans le texte, il y a un moment où il faut en venir à : qu’est-ce qui fait la nouveauté d’un sujet, pourquoi il surgit comme tel, qu’est-ce que c’est que ce surgir ? Selon cette piste, antérieure à la question du jugement, on voit qu’il faut admettre cette espèce de suspension absolue de la nécessité. Bien sûr, après, à la fin du mythe, chacun choisit ou va choisir ce qu’il a été, ce dont il se souvient, il y a ceux qui ont oublié, ceux qui ont moins oublié, ceux qui ayant été glorieux veulent être obscur, mais là on retombe dans une psychologie empirique, une cuisine du sujet. Ce qui est essentiel, c’est cette corrélation entre la convocation au lieu du choix, très fortement mise en scène par Platon (lieu qui est lui-même une ouverture), et le caractère non prescrit de ce choix, non normé, suspendu. Et là Platon cherche à être au plus près de ce que c’est qu’un surgir. Un surgir, c’est autre chose qu’une création. Il y a des textes créationnistes chez Platon : le démiurge fabrique le cosmos etc... Mais là ce n’est pas une création. On peut bien dire que c’est une autocréation. Il n’y a pas d’autre manière d’appréhender ce qu’est le surgir d’un sujet autrement que comme choix pur, autocréation sans norme, et peuplement du lieu, convoquer au lieu du choix un surgir, une multiplicité disparate de sujets voilà, ceci c’était pour dire qu’il y a incontestablement chez Platon une intuition, même si elle n’est pas déployée, du lien singulier au lieu du choix, surgir du sujet et suspension de la nécessité, y compris sous la forme de Dieu. Question : Réponse : d’un point de vue matériel, le choix se limite petit à petit. Il y aurait encore une dizaine d’aspects à examiner, chacun venant limiter les autres. Il y a beaucoup de vies mais ce n’est pas infini. Par exemple, c’est un problème que nous aurons à nous poser nous-mêmes, il vaut mieux choisir dans les premiers ! C’est sûr. Il vaut mieux, en apparence, parce que Platon c’est un malin, le plus malin des philosophes, c’est aussi le plus rusé et le plus indéchiffrable. Il vaut mieux en apparence choisir le 1er car vous avez tout, apparemment. Mais vous risquez de vous précipiter sur des saloperies. Tout ce qui brille n’est pas d’or. Vous allez avoir une vie magnifique de tyran puissant, dominant etc… et vous allez sauter dessus. Il n’est pas sûr que ça soit bien. Si on est le dernier on va avoir des vie minables, mais elles sont peut-être mieux. C’est compliqué. De fait, si on examine ce point en lui-même, et nous aurons à l’examiner : quand l’espace subjectif s’ouvre événementiellement, la question du temps subjectif est une vraie question. C’est une vraie question. Ie puisque l’ouverture d’un espace subjectif est l’ouverture d’une possibilité, mais quel est en quelque manière le régime d’urgence de cette possibilité ? Ça varie selon les types d’espaces, c’est une question très compliquée. Est-ce que suivre l’urgence postévénementielle est ce qui vous stabilise le mieux comme figure subjective dans l’espace ? Pas sûr. Ce que Platon montre aussi, comme ça, c’est qu’il y a un problème de la prématuration subjective. Politiquement, c’est connu sous le nom de la question du gauchisme. Le gauchisme est celui qui est dans la prématuration subjective au regard de l’événement. Il est trop sous son feu. Il y est collé, il est collé à la subjectivation. Et collé à la subjectivation, il n’arrive pas à maîtriser le présent des conséquences. La question politique a son équivalent dans toutes les procédures de vérité. c’est la question de l’extrémisme avant-gardiste dans l’art. ça existe aussi. Il y a un gauchisme artistique : il y a des AG qui jouent un rôle intéressant, mais au bout du compte, dans la séquence c’est pas les plus grands artistes. Pourquoi ? parce que le rapport au présent est une question qui détermine la manière dont on va être lié au sujet qu’on devient dans l’espace subjectif. Même ces questions platoniciennes très étranges (comme il y a un nb fini de lots il vaut mieux choisir au début, mais on va mal choisir peut-être, et si on choisit à la fin on choisira peut-être mieux), toutes ces complications font partie de l’advenue d’une figure subjective. Ceci nous permet de revenir à ce qui est notre 2ème partie de ce rappel : les protocoles et figures de l’inscription subjective proprement dite. Pour l’instant, nous avons parlé de son espace. Alors je rappelle, nous l’avons dit la dernière fois, que sous-jacente à toute inscription subjective, nous allons trouver la question des conséquences de l’énoncé qui se détache comme énoncé surnuméraire de la structure implicative ou logique de l’événement. On pourrait dire simplement que tout événement met en circulation un énoncé (un énoncé, ça peut être une chose, une figure, un ensemble, des œuvres, des tas de

chose), ça met en circulation quelque chose qui n’était pas et antérieurement. L’événement décide de l’indécidable, quelque chose était là pris dans un suspens indécidable, et ça se détache comme ayant été décidé dans la situation post-événementielle. L’exemple canonique le plus simple c’est l’énoncé je t’aime. Il est là, la rencontre amoureuse détache ça. Et après, il faut en tirer indéfiniment les conséquences, sauf à être réactif (mais c’est aussi une figure subjective). C’est l’énoncé matriciel, le plus simple (au plan logique, pas dans l’existence !). Ça peut être aussi le corps des énoncés politiques, ça peut être un groupe d’œuvres qui signifie à un moment donné une bascule dans le domaine l’art, ça peut être un groupe d’énoncés qui inaugure une nouvelle science, comme les énoncés galiléens sur le principe d’inertie. Epsilon c’est ça. C’est une chose composite, mais dont le statut est détaché, délivré, décidé par rupture événementielle que désormais c’est mis en circulation. Nous avons dit, je le rappelle, que une conséquence de cela, c’est ce qui fixait le présent. Au cœur de l’espace subjectif, il y a un présent. Désormais, quelque chose comme un nouveau présent est là. Présent peut être pris dans les deux sens : présent au sens de donation, il y a une ouverture, et présent au sens du temps. C’est vraiment la donation d’un présent comme tel. ça veut dire quoi que c’est le présent comme tel ? J’insiste car les conséquences sont considérables. C’est un présent absolument pas au sens de l’instant, ou même au sens de ce qui se distingue organiquement d’un présent et d’un futur. C’est pas présent au sens heideggérien des extases temporelles. C’est ce qui fixe une contemporanéité. C’est ça. Si vous voulez un exemple frappant, c’est la manière dont Chateaubriand dans les Mémoires d’Outre-Tombe envisage la révolution française. Chateaubriand dit deux choses qui ne sont contradictoire que si on n’a pas ça à l’esprit. Il dit que c’est affreux, il est monarchiste, légitimiste, émigré. Il est contre. Il ne salue pas l’événement comme une espèce de positivité. Tout au contraire, son espace politique pourrait être dit absolument réactif par rapport à la révolution qu’il a combattue tout du long, et il a été un ardent partisan de la restauration. C’est ça qu’il a été. D’un autre côté il dit : la Révolution Française fixe le présente. Ce qui s’est passé là est irréversible ça a tout modifié pour toujours, et être de son temps, pour lui (qui est un légitimiste réactionnaire, restaurateur etc…), c’est être de l’époque des énoncés de la révolution française. C’est pour faire comprendre ce que veut dire présent. Chateaubriand a parfaitement conscience que le présent, le présent historique, politique etc…, c’est les conséquences de la révolution française : c’est ça le présent. Il n’y en a pas d’autres. Si vous voulez restaurer la monarchie, vous devez le faire au présent, ie dans les conditions où en fin de compte le présent est fixé par les conséquences la Révolution Française et par rien d’autre. Il faudra donc que vous soyez (et c’est à mon avis toute la mélancolie complexe des Mémoires d’Outre-Tombe) un légitimiste de l’époque de la Révolution Française. C’est compliqué et aléatoire ! Parce que au fond, son acuité et son intelligence politique exceptionnelles étaient d’avoir compris ce qu’est le présent historique : c’est pas ce qui est en train de se passer, c’est pas l’instant, ce que racontent les journaux. Le présent, c’est : quels sont les énoncés surnuméraires qui circulent dont vous devez être contemporain, dont vous devez tirer les conséquences ? La question du présent, c’est : de quoi, en matière de vérité, sommes-nous contemporains (et pas du temps qui passe) ? C’est pour ça qu’il n’y a rien qui soit plus en dehors du présent que la presse quotidienne. C’est intéressant de le lire sous cet angle. Ce qui me frappe (ça veut pas dire qu’elle a pas des mérites de renseignement ou information), mais fondamentalement pourquoi c’est pas un présent ? car c’est dans le quotidien, et ça ne cherche pas qu’est-ce qui constitue le présent. Mais peut-être que ça n’a pas à le chercher, c’est pas un grief. C’est exemplairement ce qui se dispense de la question du présent. Chateaubriand a d’autant plus de mérite qu’il n’est pas un partisan si je puis dire du présent, il constate que c’est ça le présent - et c’est pour ça aussi qu’il était parfaitement incompris dans son camp. Le problème, c’est que nous ne sommes pas assez de ce présent, et nous n’avons de chance que si nous sommes de ce présent (même si nous sommes des restaurateurs, des monarchistes). Présent, c’est donc le cœur même de l’espace subjectif, en ce sens là. Le présent, c’est l’ouverture elle-même, et son épinglage à epsilon, et par conséquencet à la question des conséquences. Donc le seul rapport subjectif fondamental qu’on puisse avoir au présent, c’est (au sens strict) d’être conséquencet avec lui. Ce qui constitue à proprement parler un sujet, c’est le mode sur lequel il traite la question d’être conséquencet avec le présent. Et alors, dernière remarque sur le présent : vous voyez que en fin de compte, ce qui figure le présent (s’il s’agit de le figurer), ce n’est pas un point, quelque chose qui fait mouvement vers passé d’un côté et la projection vers l’avenir de l’autre, mais c’est la conséquence. Le symbole du présent c’est ça, une flèche. Le présent est une flèche, une implication, une conséquence. Ce qui nous permet de dire philosophiquement : qu’est-ce qu’un présent ? Un présent, c’est une orientation dans la pensée. Orientation, prenez cette fois la flèche comme la flèche d’une rose des vents, ou d’un coq de clocher. Prenez le dans la pensée : le présent, c’est une orientation dans la pensée. C’est pour ça que c’est subjectif, au sens où ce n’est que du point d’un sujet qu’il y a présent comme orientation dans la pensée. Orientation dans la pensée, ie orientation selon les conséquences.

Donc le présent est évidemment intrinsèquement actif. Le présent n’est pas un coincement immobile du temps. Le présent est relatif, ou - autre formule proposée - le présent est infini, il est infini comme le sont les conséquences de l’énoncé événementiel. On peut dire : le présent est une orientation infinie de la pensée comme noyau, comme fibre essentielle de l’espace subjectif. Et alors, une figure subjective, c’est au fond un certain traitement du présent : ce qui est là c’est le présent, la possibilité de créer une orientation dans la pensée. Et un sujet, c’est une figure du rapport au présent, ou encore c’est une articulation de la conséquence (c’est la même chose). De là que le sujet visé, puisqu’il va être toujours à la fois traitement de la conséquence, donc rapport au présent, mais qu’il va l’être de l’intérieur de la situation, donc comme pris dans la situation. Et alors ça nous amène aussi à une autre manière de voir le présent : sujet va être dans l’espace subjectif, ouverture dans la situation. On est dans la situation : il n’y a rien de transcendant dans cette affaire. Le sujet va être barré ou clivé : il est simplement pour part un élément de la situation, et pour part il est en orientation au regard du présent. La situation en elle-même c’est le passé, pas au sens de passé du présent mais, comme disait Platon, ce qui a eu lieu est dans la nécessité. La situation on peut dire temporairement que c’est toujours le passé, et la barre sur le sujet est la barre entre passé et présent : il advient comme sujet en tant qu’il est contemporain au présent, mais il y advient du point où il est de la situation, donc du passé. C’est ce qui constitue sa division irréductible. Et finalement, on voit que le sujet ça va être le rapport du présent à l’orientation de la pensée, mais comme tache, et pas comme être. C’est une autre manière de voir le présent : le présent n’est actif qu pour autant qu’il est activé. Il existe en tant qu’activation, on peut dire que le sujet est une activation du présent, à tirer les conséquences, ou ne pas les tirer, lutter contre elles ou au contraire les engendrer. C’est dans l’activation du présent qu’il y a sujet. On peut dire : un sujet c’est l’acte du présent. C’est l’acte divisé du présent. Et donc ce qui nous importe là, ce sont les opérations de cette activation, dans un 1er temps : comment identifier les opérations élémentaires de l’activation du présent ? Nous en avions, je le rappelle, distingué 3. Nous construisons les figures subjectives : - d’abord l’implication elle-même : 1ère opération : l’implication, l’orientation, la conséquence. Ie la situation, ou l’articulation de ce qui s’est détaché de l’événement. La situation ou l’articulation du présent comme conséquence. C’est immédiatement aussi la dimension temporelle du sujet, puisque c’est la question de son articulation au présent (mais aussi au passé, il peut être divisé). On peut dire qu’il y a une 1ère opération, l’implication, qui détermine largement le sujet comme dimension temporelle. Fibration du temps, rapport au présent. C’est la 1ère opération. - la 2ème opération, c’est la barre : le sujet est divisé, barré, selon l’expression lacanienne. Il va y avoir une disposition des éléments constitutifs du sujet toujours au regard d’une barre : passé / présent, dominant / dominé, refoulant / refoulé, conscient / inconscient, ça a beaucoup de noms tout ça. Signifiant / signifié, et beaucoup d’autres. Ce sont les déclinaisons de la barre, tous ces couples. Ce qu’on pourrait appeler la dimension substitutive ou métaphorique : quelque chose vient là, quelque chose est distribué en dessous. C’est la 2ème grande opération. - la 3ème grande opération, c’est la négation. La question de la barre c’est la question de l’inconscient. La question de l’implication c’est le temps. On peut résumer l’enjeu de la barre en disant qu’un sujet n’est jamais homogène à sa conscience. quelque chose est soustrait à sa conscience, quelque chose de ce qui le constitue. La barre, c’est aussi la question de l’inconscient. La question de la négation, c’est au fond l’opérateur par lequel on peut éventuellement estimer le présent. Le rapport au présent est-il conscient ou inconscient, décliné ou direct, assumé ou forclos ? ça va déterminer les types de l’inscription subjective. Mais pour le penser il faut un opérateur de négation. Au cœur de la question de la négation, on sait qu’il va y avoir la reconnaissance de l’événement lui-même : est-il ou on secrètement nié dans la constitution subjective ? c’est une opération assez compliquée, puisque l’événement ne peut être nié dans la constitution subjective que sur fond de sa reconnaissance. On peut dire, ultimement, que, de ce point de vue, la question de la négation, c’est en définir le support de la question éthique du sujet. Si on nie ou pas l’événement, c’est une question éthique décisive, constituante, structurale. Est-on dans une figure de la conséquence événementielle, d’évitement du présent ? On dira : - implication : question du temps - barre : question de l’inconscient - négation : question de l’éthique. Ceci dans la constitution même des figures. Tout sujet a cette triple dimension temporelle, inconsciente et éthique. La question de savoir comment les 3 s’articule donne un espace de la pensée du sujet. La question du temps, la question de l’inconscient, et la question de l’éthique subjective. Pour donner un exemple :

La question de la temporalité est la question centrale de la CRP, puisque le temps est la dimension du sens intime. La question de la négation est la question de la CRPr, parce que obéir la loi morale veut essentiellement dire nier l’impulsion pathologique, être en souveraineté au regard du pathologique. Souveraineté sur nous-même. La question de l’incst, c’est la question de l’art, du beau et du sublime, de la finalité, il y a quelque chose insaisissable. Je pense que si on cherche n’importe quelle doctrine du sujet, ça se coupe en 3, toujours. Il y a toujours 3 déterminations parce que il y a 3 opérations : - il y a l’opération qui fixe le présent subjectif - l’opération qui montre que le sujet n’est jamais à la mesure de lui-même - et opération qui détermine le champ des valeurs et qui est la négation. A partir de là, nous avions fixé 4 figures. Au stade où nous en sommes, il y a 4 figures du sujet selon la question des conséquences (la question du présent), et les opérations. Je les rappelle en liste : 1° la figure qui s’estime avérée du strict point de l’énoncé événementiel lui-même, qui estime être homogène à l’énoncé comme conséquence, ie homogène à l’événement (puisque ce qui se détache de l’événement, c’est l’énoncé). C’est la figure subjective d’identification à l’événement lui-même, dont le mathème est celui-là, et qu’on appellera la figure de subjectivation puisque c’est la figure de la surrection d’un sujet dans l’espace subjectif sous condition de sa règle. On peut dire identification est un peu psychanalytique, mais c’est une image. On peut dire que la figure de subjectivation est toujours en un certain sens une identification du sujet avec l’événement lui-même. Par conséquencet aussi, nous le verrons, une identification à la vérité. Quand nous prendrons la topologie dans son ensemble, nous verrons que la figure de subjectivation est immanente aux 3 autres : elle circule dans les 3 autres, pour la raison que justement, il n’y a de sujet que subjectivé. Même si c’est un sujet absolument réactif ou obscur, il n’y a de sujet que sous condition de la subjectivation. C’est moins une figure à part que l’énergie des figures. Même l’énergie de la figure réactionnaire, ultimement, suppose l’identification originaire à l’événement. Ceci dit, il y a quand même, dans la manière de peupler l’espace subjectif, un isolement repérable de cette figure, une figure emblématique porte plutôt la subjectivation que d’autres. Dans d’autres, la subjectivation est plus lointaine, niée, assourdie. Dans le travail des conséquences, vous pouvez presque oublier l’événement. C’est les conséquences qui comptent. Tandis que la figure de subjectivation est la figure de la vivacité originelle, celle qui reconvoque la strate première. 2° la figure qui est directement la figure du travail des conséquences, production des conséquences. L’énoncé surnuméraire est en position de signifiant majeur, de signifiant maître. Ce qui vaut, c’est la production des conséquences. C’est la figure de fidélité, ou d’une certaine manière le sujet s’oblitère dans la production des conséquences. A la surface vous avez la fonction des conséquences, et le sujet est en dessous, il est comme oblitéré par le travail même de la production des conséquences. En ce sens c’est une figure d’abnégation subjective, la figure de fidélité. On peut l’appeler la figure militantes, si on veut, en son sens large, il s’agit produire des effets, des conséquences, au nom de l’énoncé inaugural, mais sans identification du sujet à cet énoncé. Il est représenté par lui ou aliéné par lui. C’est la figure productive. Là, c’est dans cette figure que vous voyez vraiment le présent comme tache. Au fond, cette figure produit du présent, elle est productive du présent. C’est un point très important. Le présent doit être produit. Chance lui est donnée. C’est pourquoi une phrase extraordinaire de Mallarmé qui dit, à un moment donné, que s’il peut pas faire vraiment ce qu’il veut faire (le Livre, la nouvelle cérémonie artistique qui se substituerait en fin de compte aux cérémonies du passé), c’est parce qu’un présent fait défaut. Dire un présent fait défaut, c’est bien ce que nous disons là : le présent n’est pas produit. Comment le présent peut-il faire défaut ? Le présent manque si on considère que le présent est une construction et pas une donation. Chance lui est donnée : un nouveau présent surgit comme possibilité. Et puis il faut aussi concevoir que le présent peut mourir. C’est le renfermement de l’espace subjectif. Il écrase le présent, le sujet. Mais ce présent est infini, et cependant il est mortel. Il n’y a aucune contradiction entre l’infini et le mortel. Au contraire. La grande pensée contemporaine consiste à comprendre qu’il n’y a pas de contradiction entre être infini et être mortel : la mauvaise voie, c’est de conclure de la mortalité à la finitude. Nous sommes infinis, ou pouvons l’être. C’est vrai du présent, qui est à la fois infini et mortel. En fin de compte il y a quelque chose d’infini dans l’inscription subjective,

mais ça n’empêche pas que ça peut finir, que l’infini peut finir. Ce n’est un paradoxe qu’en apparence, n’importe quelle théorie des nombres infinis le montre aussitôt. La 3ème figure, c’est la figure qui va tenir que la conséquence, ie le présent, s’obtient autrement que sous condition de l’événement, qui va arguer de la possibilité de produire le présent sans sa présence. Admettons que la présence du présent soit l’ouverture événementielle. La figure subjective qui enchaîne le présent à son imprésence ou à sa non présence, c’est celle qui dit : de toute façon on aurait eu le présent même si ça s’était passé autrement. Elle prétend dénier la nouveauté du présent, c’est ce que j’appelle dénier dans le présent sa présence, dénier que le présent ait été une création, le réaligner sur une temporalité équivoque. 3 DECEMBRE 97 … une hypothèse radicale sur le fondement de la souveraineté. Un livre qui prend l’identification de la politique contemporaine partir d’une théorie généalogique de la souveraineté, fondée finalement sur la figure de ce qu’il appelle l’existence nue. L’existence nue, c’est ultimement l’existence de celui qui peut être sacrifié hors de tout cadre juridique. Celui qui est sacrifiable, sans que pour autant il soit condamnable. Il est soustrait à la condamnation, fût-ce la condamnation à mort. Comme existence nue, il est comme tel sacrifiable. L’homo sacer, il est comme tel sacrifiable : sacré au sens de l’existence nue, exposé à la possibilité du sacrifice, ie à la possibilité du meurtre hors de l’espace juridique. Agamben essaie remonter de ce point là jusqu’aux formes de la souveraineté (c’est un livre savant, malgré tout, il travaille aussi sur la question du droit romain et des catégories qui lui sont apparentée), mais finalement qui en vient à la détermination de la modernité comme centrée sur ce qu’il appelle la biopolitique. Ultimement, une politique centrée sur la question de la vie, de la survie, la question du pur corps vivant, et donc aussi de la mort, et des camps de la mort, est comme la vérité sous-jacente et décisive en même temps de la souveraineté moderne. C’est absolument schématique, mais c’est autour de cela que nous discuterons samedi prochain, le samedi 6, au Collège international à partir de 9h30. Nous reprenons là où nous en étions, ie les figures typiques du sujet, ie les schèmes subjectifs qui peuplent l’espace subjectif, ou qui le disposent. On va les reprendre. J’installe directement l’espace subjectif :

Imaginons, nous allons dire pourquoi, que cet espace est plié. Je trace la ligne de pli, et je la trace comme si (c’est une figure provisoire) cette partie était repliée sous l’autre, et repliée sous l’autre de telle sorte qu’elle soit sous-jacente, en effet, à l’autre. Comprenez que ce qui est de ce côté de la ligne de pli vient en quelque manière en sous-jacence à l’ensemble de ce qui se dispose de l’autre côté de la ligne de pli. Nous mettons du côté de la ligne de pli ici, donc sur le repli, la figure de la subjectivation, ie la figure qui dispose les sujets dans le strict point de son origination par l’énoncé événementiel détaché. Et si nous la plions en dessous, c’est pour signifier, comme je vous l’avais dit la dernière fois, que la subjectivation est en un sens sous jacente à l’ensemble des autres figures. Il n’y a pas de sujet qui ne soit ouvert en quelque sorte par la subjectivation, même s’il est dans le déni le plus radical de cette subjectivation (comme c’est le cas par exemple pour le sujet obscur). Il faut concevoir, dans image provisoire, que la figure de la

subjectivation est en même temps englobée et coprésente aux 3 autres, ce qui est représenté par une pliure. Nous allons retrouver les 3 autres : - la figure productive, ie la figure de la fidélité. - la figure réactive - la figure obscure C’est la 1ère instance de l’espace de peuplement subjectif : il faut concevoir l’espace subjectif comme un espace clivé. Disons que cette pliure, on peut la nommer pliure entre subjectivation et procès subjectif, distinction que j’ai déjà élaborée il y a longtemps et qu’on trouve chez Lacan lui-même, entre autre (mais en fait on trouverait aussi une racine hegelienne si on examinait l’histoire de la philosophie). Donc subjectivation, et ici procès subjectif : la subjectivation est sous jacente à l’ensemble du procès subjectif. Nous voyons évidemment que la figure réactive est dans une sorte de dénégation immédiate de la figure de fidélité. Comme le schéma le fait apparaître, en un certain sens, on pourrait dire que epsilon est le symbole même de la figure de fidélité, ce qui veut dire finalement que l’événement est le symbole de la vérité, puisque epsilon est ce qui en reste, ce qui en est détaché. Et la négation de l’événement est le symbole même de la figure réactive. Par ailleurs, on peut voir que le sujet obscur est en dénégation particulière de la figure de subjectivation elle-même, comme il apparaît évidemment à cette inversion. Dans la subjectivation proprement dite, le sujet se clive dans sa productivité ou dans son rapport de création de soi comme sujet clivé, par rapport à l’événement. Tandis que dans le sujet obscur, l’événement, subordonné au sujet plein, rabattu sur le sujet plein, est déjà clivé. Ce que le sujet obscur dénie singulièrement, c’est la subjectivation, alors qu’en réalité la figure réactive a un rapport de dénégation à la fidélité et non pas directement à la subjectivation. Empiriquement d’ailleurs, ça veut dire que la figure réactive, la figure de la réaction, ne nie pas qu’il y ait eu subjectivation. Elle dira simplement éventuellement que cette subjectivation était inutile, quelque chose comme ça. On aurait pu avoir le même présent, la même conséquence, en faisant l’économie du détachement événementiel. Ce sont, ces affaires subjectives, des régimes différents de la négation. La figure réactive considère au fond que la fidélité est vaine. C’est son énoncé fondamental. Il y a une vanité de la figure événementielle. Si on veut donner des référents immédiats, ils sont très simples. Ça veut dire des choses comme : la révolution est inutile, et conserver une fidélité est absolument vain. C’est aussi le propos des moralistes classiques, qui diront : la rencontre amoureuse est vaine, et finalement, en définitive, mieux aurait valu en faire l’économie. Elle n’a été qu’illusion passionnelle, et en fin de compte, la vie aurait suivie le même cours si on en avait fait l’économie. La fidélité est la cible singulière de la figure réactive. Mais comprenons que la pliure passe sous la figure obscure quand même. Donc la subjectivation est déniée, mais elle est en même temps nécessaire en latence, y compris du sujet obscur. Si bien que cette flèche, elle est en trouée du pli (pour atteindre la subjectivation). Essayez de vous représenter ça comme plié, cette flèche dénégatrice est piquée dans le pli. Ceci pour dire que l’ensemble de l’espace subjectif est topologisé par la subjectivation, y compris là même où la subjectivation est en définitive déniée, réprimée opprimée, abaissée, humiliée. De toute façon, elle est en latence de l’ensemble de l’espace subjectif. C’est le récapitulatif un peu reformulé de la typologie des figures subjectives. Nous avions la dernière fois mis l’accent sur la conséquence comment présent. Je la réécris. Le présent, ie le régime de la conséquence, il est le présent de tout l’espace. Je le mets donc ici : c’est le présent générique, la conséquence comme conséquence. On peut même dire, puisque c’est la subjectivation qui anime en réalité toutes les figures subjectives, on peut dire, ce qui permet de côtoyer ou de voisiner amicalement avec Deleuze, on peut dire si l’on veut que le présent, c’est le pli lui-même. ça ne me gêne pas, puisque en effet, c’est au point du pli qu’il y a, si je puis dire, l’animation topologique de l’espace subjectif tout entier, à savoir la latence de la subjectivation dans chacune des figures, qui sinon seraient des figures inertes, non crées, absentes. Elles ne sont présentes que parce que la subjectivation enchaîne toute figure du sujet à la déclaration événementielle primordiale. Il y a une centration de l’espace subjectif, et cette centration se donne comme figure, aussi bien. Je ne vois pas d’inconvénient à dire que le présent, c’est le pli, et comme (nous allons le voir) l’autre nom du présent c’est la vérité, la vérité c’est le pli. Ça peut se dire ainsi. Justement, ce que je voudrais dire aujourd’hui, c’est reprendre cette question du présent, mais précisément en l’articulant à la question de la vérité. C’est ça que je voudrais ouvrir aujourd’hui. Le présent, ultimement, est le présent de quoi ? C’est le présent du sujet, c’est sûr. Mais le présent, c’est

présent de la conséquence, c’est les conséquences (de la rupture événementielle) qui font qu’il y a une fibration du présent, et en ce sens ce qu’elles déplient, c’est une vérité. On appellera précisément vérité ce qui est, si je puis dire, l’activité du présent. C’est tout un de dire que le sujet doit être contemporain du présent, qu’il doit s’inscrire dans la contemporanéité du présent, que de dire qu’il est dans l’étoffe d’une vérité. En fait, vous remarquerez que le point du présent, ie ultimement le point de la vérité singulière dont il s’agit, de la vérité du procès, politique, amoureux etc… est inscrit dans la structure des 3 types de procès subjectifs. Elle est inscrite en pi. Elle n’est pas comme telle inscrite dans la subjectivation. Vous remarquerez que c’est ce qui singularise le schème de la subjectivation par rapport aux 3 autres. Le point pi est inscrit dans la subjectivation, c’est lui qui arrime la subjectivation : il y a subjectivation dans l’élément de l’événement, et sous la déclaration événementielle et pas autrement. C’est ce qui arrive qui est aussi ce qui subjective. Ce n’est pas ce qu’il y a qui subjective, c’est ce qui arrive. La subjectivation indique simplement cela : elle indique que ce qui subjective se donne comme intimement lié à l’advenue, au surgir de l’événement. En un sens, la subjectivation ne marque pas le présent. Elle ne le marque pas, parce qu’elle en est la sous-jacence générale. Ie elle en est la vie (je fais du Deleuze toutes les minutes en ce moment !). On va dire : la vérité et le pli, et le sujet est la vie. On peut dire cela : la subjectivation en pliure de l’ensemble est la vie du présent. Le présent, ce sont les conséquences. Produire du présent, telle est l’activité de la subjectivité. telle est l’effectivité du présent dont la subjectivation est à tout moment la relance. La subjectivation est la relance du présent, et la production du présent, c’est les conséquences. Et donc il est normal que ce qui marque le présent, le régime de la conséquence, soit donné dans les 3 figures qui correspondent, elles, au procès subjectif. Ce qui est simplement la thèse que une vérité, c’est un processus. Ce n’est ni une origine, ni un résultat, c’est un processus. Ie une vérité devient comme conséquence. C’est à ce titre qu’elle est inscrite dans la structure même des types subjectifs. Vous remarquerez que dans le cas du sujet obscur, elle est inscrite sous la barre, puisque le propre du sujet obscur, c’est de dénier le présent, d’être la négation active du présent. On pourra revenir sur le sujet obscur, c’est un point très important à mes yeux, mais comprenez bien que le sujet obscur est la dénégation présente du présent. C’est ça que veut dire que la subjectivation lui est aussi latente. Le présent est sous la barre, mais c’est bien de ce présent là qu’il s’agit. Le sujet obscur est co-présent au présent dans la dénégation du présent. C’est pourquoi je dis, et c’est pour cela qu’il faut partie de l’espace subjectif, qu’il est, si je puis dire, le refoulement présent du présent même. C’est pourquoi le sujet obscur est contemporain, lui aussi. Il est contemporain, mais au lieu d’être contemporain dans la production du présent, il est contemporain dans la répression du présent. L’instance subjective qui marque la répression du présent n’en est pas moins elle-même présente, co-présente au présent. C’est pourquoi on peut dire qu’il y a bien 3 processus subjectif du présent, co-présents l’un à l’autre. Et en fin de compte, la marque du présent peut aussi bien être dite marque de la vérité dans la structure subjective. Ce qui procède, ce qui se tisse là, et qui est le procès même d’une vérité, est tramé subjectivement par la position subjectivement de la conséquence, dans le type. Ici comme production effective, ici comme production neutralisée, et ici comme répression. Donc en définitive, il y a 3 modes de rapport à la vérité qui se trament dans un espace subjectif, qui sont : sa production, sa production neutralisée, et sa production réprimée. Tout cela, c’est l’effectivité de la vérité au présent, dans le présent même de son devenir. Ceci étant, ceci indiqué à titre d’ouverture, il est évident que ce qui fait la matérialité d’une vérité, ce n’est pas l’idée abstraite de conséquence (qui est jusqu’ici la seule chose que nous ayons inscrit). J’ai dit les conséquences, mais j’ai inscrit pi. Qu’est-ce que pi ? Pi est la conséquence générique, en tant que conséquence (mais nous n’entrons pas dans son identification, dans sa diversité, dans sa multiplicité). Il est évident que epsilon n’a pas une conséquence mais une infinité. Le présent, à ce titre, est infini. Ce que produit un événement, c’est une infinité de conséquence. Un événement produit un présent comme dilatation, pas comme présent instantané. Si on veut entrer réellement dans la question de la vérité et de son inscription subjective, il faut examiner la question de la multiplicité des conséquences, du présent comme peuplement infini de lui-même, ou comme production infinie, inachevable. En vérité, ce qui est marqué là comme étant pi, ie disons la variable des conséquences, ou la conséquence générique, ou la conséquence quelconque, dans son réel, dans son effectivité, se présente en fait toujours comme ceci : dessin Ie comme un ensemble de conséquence. Un ensemble de conséquence, c’est ce qui s’infère de epsilon dans le présent dilaté, comme configuration d’une vérité en travail. C’est un ensemble de conséquence spécifiées, singulières, effectives. C’est ce qui se passe, ce qui se passe au régime des conséquences. Ie c’est quoi ? Je vais donner des exemples : c’est par exemple un ensemble ou un groupe d’œuvres d’art représentatives d’un nouveau tour, d’un nouveau régime de la production artistique. Si on considère

comme Charles Rosen qu’il y a une révolution du style classique avec Haydn, Mozart et Beethoven, alors une composante du présent, ce n’est pas lié à une œuvre, mais à un complexe d’œuvres, attribuable à des auteurs variés de surcroît, qui vont fixer les conséquences de cette mutation événementielle du régime musical. ça peut être un groupe d’énoncé scientifiques corrélatifs d’une mutation de la science etc… ça se présente comme multiplicité singulière. Alors on l’appellera un état de vérité. Et un état de vérité, c’est simplement un ensemble de conséquence qui peuplent à un moment donné le présent générique, ouvert dans l’espace subjectif et assurant la consistance de l’espace subjectif. Si donc on veut concrétiser, saisir, les figures concrètes de l’espace subjectif, il faudra considérer que partout où il y a marqué pi, il faudra marquer état de vérité. Une figure effective de l’espace subjective marque chaque figure subjective par un état de vérité, qui est un état du présent. Un état du présent c’est une multiplicité immanente au présent lui-même. Le présent est multiple, j’y insiste, c’est une dilatation infinie. Il faut abandonner l’idée d’une ponctualité insaisissable du présent. Le présent de la vérité est autre chose, il est peuplé, il est multiforme. On aura plutôt quelque chose comme un état de vérité, éventuellement très complexe. On l’appellera V indice l, et donc en un certain sens à la base de pi il faut concevoir V indice l, ie un état de vérité, tel qu’il est en position d’être produit, neutralisé ou réprimé ou absenté. C’est toujours d’un état de vérité qu’il s’agit. Production, neutralisation, répression sont des opérations effectives, concrètes : elles portent sur des conséquences effectives, sur des états de vérité. Qu’appellerons nous une vérité ? Une vérité, c’est l’ensemble des états de vérité. ça paraît trivial. Ce sera l’ensemble des états de vérité. un état de vérité est un ensemble de conséquence, une vérité est un ensemble d’états de vérité. Ie que une vérité, c’est la vérité dans tous ses états. Mais quand on dit tous, il faut toujours s’inquiéter ! qu’est-ce qui est totalisé dans cette affaire ? comment y a-t-il un protocole de totalisation ? On dira : une vérité, ce sera l’ensemble des états de vérité. Et évidemment, faisons deux remarques : - virtuellement, une vérité est infinie, par conséquence une vérité est l’ensemble infini des états de vérité - elle est formulairement ininscriptible. Vous ne pouvez pas écrire quelque chose qui est ouvert, infini, toujours encore en état de procéder. C’est un point important, à la fois formel et concret. Vous pouvez écrire un état de vérité pour autant que c’est un ensemble fini de conséquence. Mais à supposiez que vous vouliez mettre dans la formule non plus un état de vérité mais la vérité comme ensemble de ses états, vous supposeriez que le sujet est achevé. S’il y a la vérité, la figure est une figure close : elle ne peut plus procéder, puisque tout a déjà procédé. Vous ne pouvez pas concevoir que cette figure subjective est une figure productive, une figure comme production de conséquence, si vous dites qu’elle a déjà produit ou qu’elle aura produit la vérité comme ensemble de ses états successifs ou simultané. Un sujet ou un type subjectif inclut dans sa constitution structurale des états de vérité mais non pas une vérité, et la vérité encore bien moins. Ou encore, si vous voulez : ce qui entre dans la détermination subjective, c’est toujours un état de vérité. C’est toujours quelque chose comme le réel, mais ça ne peut jamais être v. parce que v c’est la supposition que la vérité est donnée dans tous ses états, dans son achèvement et à ce moment la formule n’a plus de sens : production neutralisation répression cessent d’être saisissables comme des actes, comme des processus. La production est achevée, la neutralisation porte sur quelque chose d’achevé et la répression aussi. Pour autant que ces figures sont des figures en acte, et tout sujet est sujet en acte, on ne peut y inscrire la supposition d’une vérité comme achevée. C’est une des acceptions de cette fameuse histoire lacanienne de la vérité mi-dite. Là nous ne parlons pas du dire, nous sommes plus ontologiques. C’est pas seulement que la vérité est mi-dite. Si on essaie de se calquer sur la formule, on dira : elle est toujours mi-là. Elle est toujours là dans la position subjective, elle est toujours là quant à sa production, sa neutralisation ou sa répression. Mais elle n’est jamais là toute. Car si elle était là toute, il n’y aurait pas du sujet, puisque les instances du sujet ne sont que, outre la subjectivation latente à toutes les figures, que production, neutralisation ou répression. Donc mi, c’est une manière de dire. Parce que finalement on peut le dire autrement : dans le sujet n’entre en règle générale (c’est un peu plus compliqué, je vous épargne les complications) qu’un état fini de vérité, quelque chose comme ça. Un sujet est toujours quelque chose comme un état fini de vérité. ça procède, et ça procède en transit d’états finis de vérité. Etats finis de vérités qui sont dans un marquage symbolique différencié selon les types. Mais une vérité c’est infini, c’est une infinité d’états de vérité. nous verrons pourquoi (nous sommes en état de démontrer pourquoi c’est infini). Et donc, ce par quoi la vérité procède, c’est des états finis. Le fini par rapport à l’infini c’est peu de choses. La vérité n’est pas seulement mi là : la moitié d’un infini n’est pas fini. Elle est peu là, et un sujet procède quant à ce peu là d’une vérité. Vous voyez bien que ce qui marque un sujet, c’est un bout de vérité. C’est toujours et structurellement un petit bout. Et cependant c’est bien dans le processus de ces bouts de vérité qu’une vérité procède. Alors la conséquence est assez forte et assez singulière, qui est que finalement une vérité est comme l’étoffe du sujet : c’est ça qui en lui

marque le présent comme tel, c’est ça qui marque son acte. Parce que vous voyez bien que dans la figure de fidélité l’acte est production des conséquences, production de la matière même de la vérité (le sujet dans son acte a pour étoffe la vérité) mais la vérité n’est là que par bouts, et par peu d’elle-même. Cependant, il faut admettre que toute vérité est infinie. Donc une vérité, c’est comme cet infini où le sujet procède fragmentairement. Fragmentairement, dans un partage qui est un partage fini. Question : … Réponse : il peut produire de nouvelles conséquences, mais si on ajoute du fini au fini, on ne produit que du fini. L’ouverture est infinie, mais le marquage ne l’est pas. En fin de compte il y a bien quelque chose dans le sujet qui est quelque chose comme un suspens entre fini et infini. Vous voyez bien que si ce n’était pas infini, il faudrait admettre que ça peut cesser de procéder. Si la vérité n’était pas infinie, on épuiserait les états, et puis il y aurait unification des figures subjectives. A un moment donné, les états ayant été produit, la figure d’acte du sujet n’aurait plus de matière. Ce n’est ce que nous soutenons. Ce que nous soutenons, c’est que le sujet peut toujours procéder à son acte, productif contre-productif ou répressif, peu importe, il peut toujours procéder à son acte, ce qui signifie en fait que la vérité est infinie. Mais ce qui signifie aussi qu’elle n’est jamais là comme telle. Je signale en passant que c’est aussi de ça qu’il est question dans la thématique psychanalytique de l’analyse finie ou infinie. De façon sous-jacente, c’est de ça qu’il est question. A savoir que on peut dire que c fini en termes d’états de vérité, et cela peut suffire, après tout, de savoir de quel bouts de vérité se trame un sujet. Mais on peut aussi dire que c’est infini tout simplement parce que la vérité l’est. L’analyse, ce qui se pense du processus d’un sujet, est en effet au suspens du fini et de l’infini. Nous l’admettrons, on peut le dire dans ces termes. Si on veut faire maintenant un pas de plus on peut le faire de deux manières. On peut d’abord chercher des exemplifications concrètes de cette machinerie. Comme je vous l’ai souvent dit, ça relève de l’expérience élémentaire. Nous savons parfaitement, quand nous sommes saisis événementiellement par quelque chose, que nous allons procéder par bouts. C’est même ce à quoi on est le plus immédiatement préparés, à cette nécessité impérieuse de ne procéder que par bouts. Sauf dans des théories mythologiques fusionnelles, où quelque chose de l’infini serait épuisé par fusion instantané. En réalite, ce n’est pas comme ça que ça se passe. On sait très bien que [chgt K7] fragmentairement, par états de vérité. Donc le problème de ce suspens entre fini et infini relève au fond de l’expérimentation post-événementielle que nous partageons tous. Vous pouvez vous-mêmesconstruire, y compris dans la finesse du détail, des panoplies d’exemples sur cette structure, y compris identifier dans votre propre trajectoire ce qui a été productif, neutralisant et obscur. Vous pouvez le faire, dans l’examen séquentiel de quelque chose qui vous a à un moment donné saisi dans le post-événementiel. Il y a aussi une transparence de tout ça. On peut le prendre de ce côté-là. Pour le prendre de façon plus conceptuelle, sur l’autre versant, il faut revenir sur cette affaire des états de vérité. Qu’est-ce que c’est qu’un état de vérité ? C’est un ensemble de conséquence, adoptons pour l’instant la formule ensemble fini de conséquence, pour l’instant, et prenons en compte (car nous allons en avoir immédiatement l’obstacle et le besoin) le fait que certaines des conséquences peuvent être négatives, ie peuvent s’exprimer comme des négations. Autrement dit, une conséquence peut se présenter comme non quelque chose. Assumons que les conséquences peuvent être très bien dans la forme d’une négation, les conséquences ne sont pas nécessairement affirmatives. La fidélité à un événement entraîne comme conséquence l’exclusion de telle ou telle possibilité, et non pas seulement l’affirmation de telle ou telle possibilité. Ne soyons pas dans l’anarchie affirmative ! Le post-événementiel, ça se trace aussi de ce que certaines possibilités sont interdites en ce sens qu’elles seraient incsqtes, elles, avec la production événementielle. C’est ce que je veux dire pas négation. Ce n’est pas la forme logique qui nous intéresse, c’est que dans le processus des conséquences, il y a de la négation aussi (je ne dis pas qu’il n’y a que de la négation, mais il peut y en avoir). Etre réellement fidèle à une nouveauté, ça frappe d’interdit certaines des choses anciennes, qui ne peuvent plus être pratiquées ou praticables car elles ne sont plus dans l’élément de la nouveauté par laquelle on a été saisi. Ceci ouvre une interrogation toute simple, qui est : est-ce qu’il y a un principe de cohérence des états de vérité ? On dira qu’un état de vérité quelconque est cohérent s’il ne contient pas simultanément l’affirmation et la négation de la même chose. Simultanée ie coprésente. S’il ne contient pas à la fois pi n et non pi n. Prenons ça, c’est peut-être la difficulté, un peu en dehors de la logique formelle. La question de savoir s’il ne contient pas simultanément l’affirmation et la négation de la même chose est relative à ce qui fonctionne comme négation dans le processus considéré. C’est un point très important, il est fin, il est subtil. L’ontologie de la négation, ce n’est pas

facile. On pourrait dire : au fond c’est simplement le PNC, la cohérence : un état de vérité quelconque est cohérent s’il ne contient pas simultanément l’affirmation et la négation de la même chose. Oui, sauf que qu’est-ce que la négation ? Dans la plupart des procédures, la négation n’est pas simplement logique, ça peut être interdit, impossibilité, non praticabilité. Ce n’est pas simplement la négation logique. De toute façon, les conséquences ne sont pas des propositions. Ça peut être des faits, des actes, des gestes, des œuvres, pas forcément des propositions. Il faut bien comprendre que quand on dit cohérence, c’est relatif au type de négation qui est en jeu dans le processus de vérité considéré. Là encore, pour prendre le micro-exemple favori qu’est l’amour, ça n’a pas de sens d’introduire dans cette affaire la négation logique. Mais c’est une part essentielle de l’amour de savoir si on est d’accord sur la négation. L’amour a comme composante majeure de savoir si on est bien d’accord non pas directement sur ce qui est interdit, mais sur la négation elle-même, sur le ne pas. C’est compliqué car les hommes et les femmes n’ont pas la même conception initiale du ne pas. La négation est fortement sexuée. Il y a une querelle sur le ne pas, il y a une querelle sur le ne pas. En définitive la querelle sur le ne pas, elle travaille à générer un ne pas sur lequel il y a le processus d’un accord. Le processus d’un accord va forger un accord amoureux sur ce qu’est le ne pas ceci cela. Ce que la jalousie a au coeur d’elle-même, c’est une querelle sur la négation. C’est pas une querelle sur ce qui se passe, mais c’est une querelle sur ce qui ne se passe pas, sur le ne pas, ou sur ce qui ne doit pas se passer. La querelle, c’est : l’un dit il y a eu ça, oui mais l’autre répond : c’était rien ! ça veut dire : ça n’était pas un ne pas. C’est absolument vrai que, en vérité, en profondeur, dans toute procédure subjective, dans toute procédure de vérité, il y a un régime de la négation. L’amour donne l’exemple de la nécessité que se construise un accord sur le régime de la négation, et un accord d’autant plus compliqué qu’il faut un accord sur ce qu’est un accord. Tache difficile, compliquée, et presque jamais atteinte. La discordance sur le ne pas est aussi la discordance sur ce qu’est être d’accord sur le ne pas et ainsi de suite. C’est le processus : on va sur ce point créer petit à petit des conséquences. il y a un régime singulier de la négation. On sait que la question de la négation dans une procédure politique est aussi essentielle. parce qu’elle touche à la question de qu’est-ce qu'une révolte, qu’est-ce qui est inacceptable, qu’est-ce que l’on refuse etc… je ne dis pas que ça épuise le contenu de la procédure mais rôle majeur, qui est une protocole singulier de négation. Nous poserons qu’un état de vérité doit être cohérent, qu’il n’y a d’état de vérité que cohérent, mais en nous souvenant que c’est relativement à la négation singulière dont il s’agit dans le processus. C’est pas forcément la même chose que le PNC, c’est relatif au type de négation sur lequel le processus a travaillé et qu’il a mis en œuvre. Encore une fois, déjà typologiquement la négation dans l’espace de l’amour, la négation dans l’espace politique, la négation dans l’espace science (c’est plus proche PNC mais ce n’est pas exactement lui non plus), ce sont des négations différentes. Mais sous cette réserve de la singularité du négatif dans les procédures de vérité, nous poserons qu’un état de vérité est cohérent. Donc finalement, on appellera état de vérité, de façon abstraite, l’ensemble cohérent et fini de conséquence. C’est la définition formelle. Je tenais à passer par cette question de la négation : il est vrai que ce formalisme est relatif à la singularité du processus, il y a une singularité de la négation. On appellera état de vérité un ensemble cohérent de conséquence, et fini pour l’instant. C’est ce que nous appellerons un état de vérité. Si on prend cette figure abstraite, formelle, on voit deux caractéristiques également formelles des états de vérité, définis encore là sous réserve de la singularité de la négation comme état cohérent et fini des conséquences, on voit que : - premièrement, il y a sens, on peut donner sens à dire qu’un état de vérité en contient un autre. C’est ce que nous appellerons l’ordre des états. L’état de vérité en contient un autre, s’il contient toutes les conséquences du premier plus d’autres, tout en restant cohérent. Je donne un exemple : supposons un état de vérité qui contient 1 et 2. On peut dire qu’il est contenu dans l’état de vérité qui contiendrait le 1, le deux et un 3ème. On dira qu’un état de vérité en contient un autre s’il contient toutes les conséquences du premier, et d’autant plus. C’est la figure d’ordre de l’état. On peut dire que ceci représente simplement un présent plus dense, pour le déformaliser. C’est un présent où il y a tout ce qu’il y a dans le premier, et encore d’autres choses, ou si vous voulez un présent plus riche, métaphoriquement. C’est un présent plus riche, un espace de conséquence qui nous dit tout ce qu’il y a déjà dans le premier, mais il nous dit en plus d’autres choses. On peut dire aussi que là, c’est une information plus complète. Il y a plus de conséquence dedans (on est encore loin de son infinité). C’est le 1er point à considérer : on peut dire qu’il y a une forme d’ordre sur les états de vérité, qui exprime leur densité intrinsèque, ie au fond qu’ils sont une forme multiple du présent, plus déployée. - et puis la 2ème observation qu’on peut faire, c’est une observation qui concerne la compatibilité des états. Si vous prenez par exemple un état de vérité de ce type (puisque là on les considère abstraitement),

et considérons un supposé état de vérité de ce type là. Dessin. C’est deux états de vérité possibles. Remarquez que aucun d’entre eux n’est incohérent, ils ne se contredisent pas. Ce sont bien là, chacun, des états de vérités possibles. On dira simplement qu’ils sont incompatibles. Ils sont incompatibles, ie ils ne peuvent pas entrer dans le même état de vérité (si vous les mettez dans le même état de vérité, vous allez avoir quelque chose d’incohérent). Quand on a cette situation, on dira que les états de vérités sont incompatibles, et on le notera comme ça : ... Nous dirons, j’en donne la définition ordinaire, que deux états de vérités, pris formellement, sont incompatibles, si l’un contient la négation de ce dont l’autre contient l’affirmation. Alors la thèse à ce moment là qu’on introduit, c’est : une vérité ne peut se composer que d’états de vérité compatibles. Nous changeons d’échelle. Nous poserons qu’un vérité ne se compose, ou ne se trame, que d’états de vérité qui sont compatibles. Nous portons la question de la compatibilité au niveau de la vérité dans son ensemble et pas seulement des états de vérité. Nous demandons qu’un état de vérité soit cohérent, et nous demandons d’une certaine manière que la vérité qui procède soit cohérente, ie ne contienne pas d’état de vérité incompatible. Ce sera une grande règle, qui est la règle de consistance du vrai. Le vrai consiste en ce que il ne procède pas d’états incompatibles. Les états eux-mêmes sont cohérents. Mais le fait qu’ils soient cohérents n’empêcherait pas qu’ils s’en trouvent éventuellement incompatibles. Le principe général de consistance d’une vérité, c’est qu’elle ne se compose pas d’états incompatibles. Alors une des légitimations possibles de cette affaire, je vais vous la donner. Si nous supposons qu’une vérité contient des états incompatibles, supposons qu’une vérité dans son stade terminale, dans l’intimité de l’accumulation des états qui la font procéder, contienne finalement deux états incompatibles. Ça entraîne des conséquences de ce type : dessin. Si elle contient des états incompatibles, elle contient des conséquences contradictoires, étant entendu comme toujours que la négation ici est la négation du processus considéré. Si elle contient des conséquences incompatibles ça veut dire que nous avons à la fois epsilon implique pi 1 et epsilon implique non pi 1. ce sont des choses qui procèdent de ce qui s’est passé. Mais si nous avons ça, epsilon implique non pi 1, ça veut dire que nous avons non pi 1 implique non epsilon. C’est la loi logique dite de contraposition : si une chose en implique une autre, la négation de l’autre implique la négation de la première. Si p implique q, non q implique non p. Si une vérité contient des états incompatibles, elle contient des conséquences contradictoires : conséquence pi 1 et conséquence non pi 1. pi 1 et non pi 1 sont co-présents… S’il y avait dans la vérité des états incompatibles, la figure réactive du sujet serait fondée. Sa prétention constitutive serait ontologiquement légitimée : la négation de l’énoncé événementiel fait partie de l’espace du présent. C’est un théorème remarquable qui établit une relation en profondeur entre la consistance du vrai et le problème de la figure de la réaction. Si le vrai ne consiste pas, alors la réaction est la figure subjective fondée. C’est bien ce que dit toujours la figure réactive : elle prétend que la vérité n’est pas consistance. Tout réactionnaire est un relativiste, assure que la vérité ne consiste pas. on le voit tous les jours ! on pourrait dire ça mais on pourrait dire aussi autre chose. La figure réactive, c’est si je puis dire la démocratisation de la vérité ! Démocratisation en son sens bas, naturellement. On sait très bien que si la vérité consiste, il ne peut pas y avoir sur tout point liberté des opinions. Si la vérité consiste il y a quelque part une borne à la vérité des opinions. Vous n’avez pas la liberté de penser que deux + deux = 5. Est-ce que les états de vérité sont compatibles ? C’est ça la consistance de la vérité. ce que nous démontrons, c’est que si on admet que les états de vérité peuvent être incompatibles, si la vérité peut être inconsistante, alors il faut assumer que la seule figure subjective fondée est la figure de la réaction. C’est une démonstration. Et inversement il est vrai que la figure de réaction soutient et se soutient de ce que la vérité n’est pas consistante. C’est pourquoi elle est toujours dans l’élément selon lequel la liberté des opinions subsume la vérité. La vérité inconsiste. C’est une thèse possible, c’est une thèse liée à la figure subjective de la réaction. On est comme dans un régime de choix, de décision. Parce que en réalité, il est impossible de démontrer que la vérité consiste. Il est impossible de le démontrer pour une raison simple c’est que toute vérité est infini : vous ne avez jamais si elle ne comportera plus tard un état incompatible avec ce qu’il y a là. Il n’y a jamais de démonstration recevable de la consistance d’une vérité. On peut dire oui, il n’y a rien d’incompatible, mais l’incompatibilité peut venir. L’infinité procédurière du vrai interdit qu’on puisse prouver qu’elle consiste. C’est bien ce dont toujours argue la figure subjective réactive : démontrez-moi que la vérité consiste. Non ! ça se dira aussi : il n’y a pas de vérité de la vérité, il n’y a pas de vérité possible de la consistance de la vérité. comme on ne peut pas démontrer que la vérité est consistance, on ne peut pas non plus démontrer que la figure de la réaction est infondée. Pour démontrer qu’elle est infondée, il faudrait démontrer que la vérité est fondée. Or on ne peut pas. Par conséquencet il faut le déclarer, c’est un choix. Ie finalement, on va assumer, énoncer, sans garantie, sans garantie démonstrative, que vérité n’a en fait de sens que si la vérité consiste. Ie si elle ne comporte pas

d’état incompatibles, quel que soit le futur de son déploiement. Dire cela, c’est réespacer l’espace subjectif. Si vous posez que la vérité inconsiste, vous le repliez sur la figure réactive. En fin de compte, si la vérité est inconsistante, l’espace subjective se résume au vis-à-vis de la figure réactive et de la subjectivation. Ie à une cérémonie sans fin entre la provocation subjectivante et l’inertie réactive. C’est ce qu’on pourrait appeler le repliement théâtral de l’espace subjectif : c’est le moment où ça n’est plus que l’exacerbation de l’irritation subjectivante au regard de l’inertie réactive qui assume indéfiniment que l’événement n’a pas eu lieu. C’est ce que j’appellerai le chiffonnage de l’espace subjectif. Pas la peine de se casser la tête à tirer des conséquences, on pourrait les produire autrement et en faisant l’économie de la déclaration événementielle. Si on admet que la vérité inconsiste, on chiffonne, de telle sorte qu’on a simplement la figure de la subjectivation sous la figure réactive. Le réespacement complet, sa réouverture, elle suppose qu’on déclare qu’une vérité est consistante. Et donc ce sera ma conclusion pour aujourd’hui : en réalité, la typologie des figures subjectives, celle qui est là, que nous avons donnée jusqu’à présent de manière descriptive, un peu a priori, il faut maintenant la concevoir comme ayant pour condition l’axiome de la consistance des vérités. Ce qui est là, ce qui est déplié là, introduit descriptivement, il faut comprendre que ce n’est là que sous condition de l’assertion d la consistance des vérités, donc sous condition du présent : il y a un présent. La vérité consiste se dira en termes de temps : il y a un présent. Ce dont nous avons remarqué que la figure réactive le niait toujours. La figure réactive ne dit jamais qu’il y a un présent : il y a un passé, un avenir éventuellement mais pas de présent. Il y a la nécessité de se préparer à l’avenir en répudiant le passé. C’est le présent réactif, le présent est escamoté. C’est un sacrifice chronique. L’énoncé la vérité est consistante et l’énoncé il y a un présent sont deux énoncés liés. Ces deux énoncés sont conditions de l’espacement subjectif. S’il n’y a pas ça, il y a son chiffonnage, son introversion, son repli. Nous reprendrons en ce point, en nous demandant si l’hypothèse de consistance est la seule que nous ayons à faire sur les vérités. Est-ce que notre espace subjectif est garanti dans sa complétude par la seule hypothèse de la consistance des vérités ? Nous verrons que c’est un petit plus complexe. 17 DECEMBRE 97 Sujet pour Paris 8 : le Dieu de la métaphysique classique peut-il être tenu pour un sujet ? Si certains d’entre vous qui ne sont pas de Paris 8 veulent traiter le sujet, je lirai leur travail ! Nous étions parvenus à un point qui est évidemment il faut le dire assez délicat (on ne peut pas avoir que des problème faciles !) et qu’on pourrait désigner ainsi : qu’est-ce qui noue un sujet à une vérité ? Quel est le nœud, pour l’instant nous supposons qu’il s’agit de décrypter le nœud entre sujet et vérité, d’un point de vue catégoriel. Qu’est-ce qui noue un sujet à une vérité ? c’est cette passe, ce passage, qui à certains égards est une des vraies difficultés de cette théorie axiomatique du sujet. Que un sujet fasse nœud avec une ou la vérité n’est pas en soi une thèse originale, bien sûr. C’est en un certain justement une thèse possible de la métaphysique classique. Et on peut et on doit ici mentionner Descartes. Au fond, entre d’une part l’assertion du cogito, le je suis du cogito, et la vérité de cette assertion, qui fait roc pour le tout, il y a un nœud originaire. Chez D il y a un nœud entre sujet et vérité. donc la thèse : on n’identifie un sujet qu’autant qu’il y a au moins une vérité, peut à bon droit être dite une thèse cartésienne. D’un autre côté c’est aussi une thèse de la psy : u sujet est machiné par une vérité. Une des significations de incst, c’est précisément de nommer un nœud du sujet à sa vérité, un nœud et aussi un lieu. Si Lacan s’est si intéressé au nœud et au nouage, c’est de cela qu’il s’agissait : comment et selon quelle connexion chiffrable, mathématisable, soutenir que le sujet se noue à la vérité, sa vérité, une vérité, 3 thèses qu’on peut tour à tour pratiquer. C’est une thèse simultanément possible de la métaphysique classique et sans aucune doute une thèse de la psy. J’ajoute qu’elle a été une thèse d’un certain marxisme qui nouait l’identification d’un sujet de l’histoire, le prolétariat, à la vérité de cette historie même, à la capacité de faire vérité quant à l’historie. Là aussi, entre vérité, par exemple vérité historique, vérité dont l’histoire est capable, et identification d’un sujet de l’histoire, il y avait un nouage problèmetique, et d’ailleurs une des tensions du marxisme, plus ou moins explicite, a toujours été de savoir quel était ce nœud. Les débats du marxisme consistent à réinterroger comment un sujet supposé de l’historie peut faire nœud avec une vérité de l’histoire. Voilà pour l’extension. Nous nous y confrontons dans des termes renouvelés : comment se noue un sujet avec une vérité. Comme la dernière fois j’ai été un peu vite par le formalisme, j’insiste sur la dimension conceptuelle.

Que faut-il entendre ici par vérité ? Je donne une indication provisoire. Nous appellerons - provisoirement - vérité ce que l’ouverture événementielle de l’espace subjectif autorise comme production de nouveautés. Je ne dis pas que c’est le dernier mot sur la question de la vérité. Juste quelques commentaires très simples : 1° vérité est sous condition : il n’y a vérité que sous condition de l’ouverture d’un espace subjectif, et donc, ultimement, sous condition d’une rupture événementielle. Donc vérité est sous condition, au sens où vérité n’est d’aucune manière, par exemple, une qualification du jugement (c’est une de ses définitions possibles, par ailleurs : un jugement vrai est un jgt où se formule l’accord entre le sujet et l’objet, quelque chose de cet ordre). C’est une théorie non judiciaire. C’est le 1er point : elle est sous condition, il n’y a de vérité que pour autant que quelque chose arrive, que quelque chose travaille dans l’espace subjectif. 2° vérité en ce sens là est nécessairement réciprocable à nouveauté. Le processus d’identification d’une vérité, c’est nécessairement aussi le processus d’identification d’une nouveauté. Par conséquencet, nous ne disons pas exactement il y a des vérités, si on entend par il y a qu’elles sont là dans la situation. Nous ne le dirons pas, parce que le processus d’une vérité est le surgir d’une nouveauté. Donc, en un certain sens, on peut toujours soutenir que vérité, c’est ce qu’il n’y a pas (au sens, encore une fois, du il y a de la situation prédonnée). Ce que nous dirons, c’est que ce qu’il y a, c’est du savoir. Et que, à certains égards, une vérité, c’est le il n’y a pas du il y a du savoir. Nouveauté signifie ici naturellement que la vérité est un processus et non pas un état. Elle devient comme la nouveauté qu’elle est. Elle se fait être plutôt qu’elle n’est. Donc vérité, définition provisoire avec deux caractéristiques majeures : - caractère sous condition - et caractère de nouveauté. Sur le caractère de nouveauté, je fais une incise : vous pourriez objecter : après tout, il y a des vérités. Que devient la vérité comme nouveauté ? Que devient-elle si je puis dire hors de son présent, puisque le présent travaille depuis le début ? Que devient une vérité décollée de son présent, de son surgir, de sa production ? Quel est le destin d’une vérité, hors de la pensée ou de l’identification de leur surgir dans une contemporanéité radicale au présent de l’espace subjectif ? Je voudrais tout de suite répondre à cette interrogation, qui pourrait prendre la forme brutale que le théorème de Pythagore est vrai pour nous : on n’est plus dans le présent grec de son surgir. Est-ce qu'il n’y a pas de destin d’une vérité ? Il semble que oui, quelque chose demeure, il y a marquage, témoignage : on ne peut pas clore la vérité sous le présent du sujet. Il faut faire une réponse double. - pour une part, le destin des vérités est de devenir du savoir. Pour une part, il y a un destin de savoir des vérités, quelles qu’elles soient. Ce qui est quand même leur incorporation à la situation. Le mode propre d’incorporation à la situation des vérités, c’est une incorporation dans le mode du savoir. Et à vrai dire, le théorème de Pythagore est vrai va plutôt se dire pour nous : nous savons qu’il est vrai, et nous pouvons transmettre ce savoir. Le destin d’une vérité est de devenir savoir d’une vérité. C’est une partie de la réponse à la question. On dira qu’une bonne partie du savoir est en ce sens constitué de débris de vérité. ça permet de dire qu’une bonne partie du savoir, c’est quoi ? Ce sont des vérités qui ne sont plus coprésentes à leur présent. Elles sont décollées, dessoudées, descellées de leur présent, ie de l’espace subjectif de leur surgissement. On peut aussi dire, plus compliqué, qu’une bonne partie du savoir, c’est de la vérité désubjectivée, décollée de l’espace subjectif, séparée de son présent. Le destin d’une vérité est une désubjectivation, ou une déprésentification, qui fait que finalement elle s’agglomère ou s’agglutine au savoir. Mais ce n’est qu’une partie de la réponse à la question. - ce n’est qu’une partie de la réponse à la question, parce que une vérité est aussi en un certain sens vérité pour toujours. Comme vous le savez la formule au départ est de Thucydide, qui à la fin de l’introduction à son livre sur la Guerre du Péloponnèse dit : ce que j’ai fait, là, c’est une acquisition pour toujours (affirmation d’autant plus frappante qu’elle concerne un récit historique). Nous savons que c’était vrai ! La Guerre du Péloponnèse de Thucydide. Nous lisons encore son livre, même si nous ne sommes plus dans son présent. Qu’est-ce qui se joue ? Vous voyez bien qu’on pourrait dire que ce n’est pas complètement réductible à la pure absorption dans le savoir. La Guerre du Péloponnèse de Thucydide continue à briller d’un éclat singulier, comme ça, qui porte trace d’autre chose que de sa simple agglomération pulvérulente au savoir. On dira que vérité est réactivable, c’est autre chose que…, dans son surgir lui-même. Disons elle peut l’être – elle peut l’être. Nous pouvons, dans ce qui est en jeu là, ressaisir non pas seulement ce qui a pris figure de savoir (tout est là, tout s’agglutine, tout se disperse et tout se dissémine dans l’incohérence encyclopédique des savoirs). Mais une vérité est réactivable dans

son tracé même, dans quelque chose qui touche à sa nouveauté ou son surgir. Sous quelles conditions ? Sous condition d’un présent, sous condition que le présent d’une vérité soit tel qu’il convoque pour part d’autres présents. Ie que pour qu’une vérité soit réactivable, il faut que quelque chose de son présent soit… Elle n’est représentable que si sa présentification même n’est pas entièrement obsolète. Il faut que nous ayons puissance de réactiver au présent un présent passé. Cette réactivation au présent d’un présent passé, tout montre qu’elle est possible, qu’elle se produit. Elle se produit comment ? Elle se produit en fonction du présent de réactivation. La forme particulière de présent de réactivation est telle qu’elle est aussi possiblement, autour d’une vérité, réactivation de son présent. Nous allons compliquer un peu plus notre théorie du temps : le présent est aussi puissance de présentification du présent passé. Donc nous soutiendrons que nous pouvons avoir l’expérience d’un présent passé. C’est une thèse très risquée, qu’il faudra encore étayer à propos du temps. Mais je soutiens que dans l’espace de la théorie du sujet que nous proposons, il y a possiblement expérience, expérience au présent, du et dans le présent, expérience possible d’un présent passé. C’est la raison pour laquelle je ne crois pas du tout au relativisme historique, au fait que les époques soient closes sur elles-mêmes. Je ne crois pas qu’une époque ait un transcendantal historique qui nous est inaccessible. ça prend la forme, très développée aujourd’hui, de l’idée (ça peut être un relativisme dans l’espace et un relativisme le temps) qu’il y a des configurations subjectives dans lesquelles il n’est pas possible véritablement d’entrer si on n’en est pas. Historiquement, ça veut dire au fond que il y a des ensembles historiques à propos desquels il ne peut y avoir que du savoir. On peut savoir, savoir ce qui s’est passé, mais il n’y a que du savoir. Donc si c’est le cas, la vérité comme surgissement est perdue. Nous n’avons pas d’autre accès à elle que son devenir savoir. Je pense que ce n’est pas vrai. Je pense que sous des conditions qui tiennent à la texture même du présent (je ne dis pas que n’importe quel présent passé est réactivable, ce serait une absurdité), mais il y a des conditions telles qu’il est de la nature du présent de pouvoir être subjectivation présent passé, subjectivation partielle, ce que vous voulez, mais subjectivation quand même. Je participais il y a peu de temps à un séminaire de travail, où un de mes collègues affirmait comme une évidence partagée, comme une évidence transcendantale, pour tout le monde, ceci que nous ne pouvions pas savoir ce que pensait un grec. Ce qui m’a frappé, c’était l’accent d’évidence. On peut savoir ce qu’ils avaient écrit. Mais ce qu’ils avaient pensé, l’intimité de leur rapport au présent, ça non. Je pense que c’est une idée erronée, et qu’il nous est possible de savoir ce que pensait un grec, et même de penser la même chose que lui. Je ne dis pas que ce soit une expérience disponible, c’est une expérience sous condition, sous condition de quoi ? Sous condition d’un présent. Ceci dépend de la texture effective du présent, et ceci explique que des zones entières de l’histoire soient d’opacité variable. Elles sont d’opacité variable dans le temps. Il y a des moments où c’est très loin et d’autres moments où cette chose très loin est plus proche : cela tient au présent lui-même. Mais l’idée qu’il y aurait une clôture des vérités, un pur destin de savoir, est une idée que je ne crois pas exacte. C’est en ce sens que je dirais que toute vérité est vérité pour toujours. Elle est réexpérimentable comme telle. Naturellement, c’est une possibilité d’activation, c’est un simple possible (je ne soutiens pas que nous sommes en état de subjectiver à tout instant l’ensemble du présent passé). C’est la raison pour laquelle il y a deux statuts des vérités hors de leur présent et non pas un seul. - il y a un statut de savoir, classiquement déterminé : nous savons, nous pouvons savoir ce qui a eu lieu, ce qui est arrivé, ce qui a été tracé etc… Nous l’appellerons le destin d’être des vérités. Quant à l’être, leur destin est effectivement d’entrer dans une situation sous forme de savoir. - et puis il y a une autre figure, la figure de resubjectivation possible. Et cette resubjectivation est sous condition du présent. Elle n’est pas fermée en soi. Il convient de dire que cette 2ème forme d’existence, de latence, cette mise en latence d’une réactivation possible, il convient de dire que ça, c’est l’éternité. Elles sont éternelles pas au sens où elles sont projetées dans un ciel extérieur mais parce qu’elle sont resubjectivables (sous condition) et en ce sens toute vérité est éternellement disponible, disponible comme telle, ie disponible au présent. Qu’est-ce que c’est finalement que les vérités ? J’ai toujours soutenu que sans elle la philosophie était impossible. C’est les vérités au présent (pas dans le destin de savoir), les vérités dans la présence même de leur surgir, telles qu’elles demeurent disponibles pour une subjectivation au présent. Et en ce sens j’assume le vieux thème philosophique des vérités éternelles, que je ne distingue nullement des vérités non éternelles. Ce sont deux destins des vérités, et pas deux types, en affirmant qu’en un sens toute vérité est éternelle. Toute vérité est éternelle, car il n’est pas vrai que son présent propre ait disparu pour toujours. Du point de vue de la théorie du temps, l’éternité ça peut aussi se définir. Il y a une activation de l’éternité : qu’est-ce que c’est une éternité au présent ? c’est quand un présent passé est présentifié. Quand nous ressaisissons une vérité dans l’élément du présent, ie encore sous l’espace subjectif, au présent passé, et la possibilité que au présent il y ait présence d’un

présent passé, c’est ça l’éternité. Si bien qu’il faudra dire cette formule paradoxale : l’éternité, ça arrive, de temps en temps. L’éternité, ça peut arriver. Je dirais que c’est notre expérience. Spinoza disait : nous expérimentons que nous sommes éternels. Je suis convaincu que tous autant que nous sommes nous avons au moins une fois que nous étions éternels [chgt K7] Il y a de l’infranchissable, il y a réellement une abolition du temps, mais simplement elle arrive, dans le temps, et elle arrive au présent. L’éternité c’est ça, c’est le présent de l’abolition du temps, c’est le mode au présent d’une certaine abolition du temps obtenue en dépit d’une subjectivation du présent passé. Si vous regardez les grandes philosophies, quelles qu’elles soient, vous verrez qu’elles tournent toutes autour de ce point. Une grande philosophie est toujours une philosophie qui réellement cherche l’éternité. Elle est retrouvée, quoi ? l’éternité : c’est Rimbaud. C’est pas les philosophes. Elle n’a pas d’autre mode d’être que d’être trouvée ou retrouvée. Elle n’est pas l’ailleurs du temps, l’après du temps. Elle est dans le temps, dans le temps lui-même, et plus précisément elle touche à la question du temps des vérités. Le temps des vérités est une disponibilité des vérités au présent. Quand, de l’intérieur d’une figure subjective au présent, il y a cette resubjectivation d’un présent passé, alors quelque chose du temps de l’éternité est retrouvée. L’éternité est une possibilité : dans son être c’est une possibilité (elle peut venir). Il y a des conditions de cette venue, des conditions assez strictes. Il est vrai, en fin de compte, que - c’est une des définitions possibles de la philosophie, définition singulière mais pertinente si on regarde les grandes philosophie - la philosophie, c’est ce qui prête attention aux conditions de venue de l’éternité. Les conditions de venue de l’éternité ne dépendent pas de la philosophie. Que ce soit une éternité de l’ordre du bonheur amoureux ou de l’ordre de l’enthousiasme politique, ou de l’ordre de l’art, ou de la béatitude scientifique, l’éternité vient sans la philosophie, heureusement. Elle est ce qui peut venir. Mais on dira que la philosophie est ce qui prête attention à cela, et qui cherche à penser les conditions de possibilité de l’éternité, de l’éternité des vérités. C’est vrai que la philosophie s’occupe des vérités éternelles, mais c’est un traquenard : ça entraîne une classification des vérités entre vérités éternelles et vérités qui ne le sont pas. En vérité, toute vérité est en posture d’éternité possible, et la philosophie est la pensée des conditions de possibilité de l’éternité, de la resubjectivation, de la mise au présent du présent passé, ie de la consonance des événements, si on remonte. Vérité, présent des vérités, espace subjectif, ouverture de l’espace subjectif : si vous resubjectivez un présent passé, quelque chose va retentir de l’événement qui lui a donné naissance, ou lui en a donné la possibilité. Seulement, vous voyez bien que ne pouvez faire cela qu’à partir de votre propre présent, donc de votre propre événement. L’éternité, c’est aussi - autre définition la convocation d’un événement par un autre, ce que j’appelle la consonance des événements. C’est le moment où, dans la disposition subjective post-événementielle qui est la votre, quelque chose retentit ou résonne d’une autre événementialité. Il n’y a de resubjectivation que si d’une certaine manière quelque chose de la césure événementielle antérieure retentit ou résonne là maintenant, là où vous êtes fidèle à un événement, celui qui vous a constitué. On pourrait dire finalement que finalement, l’éternité, c’est la mise en résonance des événements. D’un point de vue ontologique, c’est quelque chose comme ça. Je vous le rappelle : un événement, c’est ce qui est infondé, au sens strict. C’est un multiple infondé, il n’a pas d’autre garantie de lui-même, il est sans fdt ou garantie de son être. Par conséquencet, on peut dire : l’éternité, c’est l’harmonie de l’infondé. L’harmonie au sens musical : quelque chose fait résonner autre chose, mais où ? dans l’infondé ! L’infondé, c’est aussi le hasard, l’événement est absolument aléatoire, absolument incalculable, absolument hasardeux. L’éternité, c’est l’harmonie du hasard, dans son multiple. Je dis cela parce que évidemment il y a une tradition qui a associé l’éternité à la nécessité, y compris dans le schème de Dieu : l’éternité, c’est ce qui n’est pas contingent, ce qui est à soi-même sa propre nécessité. Je crois exactement le contraire : pour autant qu’il y a éternité, c’est dans cette consonance elle-même hasardeuse des hasards. Nous le savons parfaitement : quand nous avons une petite touche d’éternité, nous savons toujours que c’est dans la bénédiction du hasard. Ce n’est jamais autrement. Cette transmigration du hasard n’est pas le résultat d’un calcul. C’est de l’ordre de l’endurance. Quand quelque chose est de l’ordre de cette subjectivation résonante par quoi quelque chose du temps est aboli, c’est un don du hasard, c’est dans une dépendance du hasard. L’éternité est en effet dans cet entre deux des hasards qu’ils font qu’il consonnent dans une resubjectivation elle-même hasardeuse. L’éternité, c’est quelque chose comme l’harmonie des hasards. Face au calcul de probabilité, il y a quelque chose dont la métaphore est musicale, la mise en consonance, la mise en radiation, ellemême intraçable et sans chiffre. C’est tout ça qu’on tient dans cette 1ère tentative de définition approximative, qui est de dire : la vérité c’est ce que l’ouverture de l’espace subjectif rend possible en matière de nouveauté. Et encore une fois, le destin du nouveau est de devenir de l’ancien, c’est la réduction de la vérité au savoir, mais l’autre destin, que j’appelle le destin éternel, c’est que la nouveauté reste neuve. C’est au même point, au même point, c’est devenu ancien et ça se redonne, ça se représente

hasardeusement avec la nouveauté. Donc il n’est pas vrai, c’est une pensée trop nécessaire, de dire que le seul destin du nouveau soit de vieillir. J’y insiste, car c’est une conception, c’est un choix, un choix de pensée très important. En réalité, je dirais que l’oppression a pour définition générale de convaincre que le seul destin de a nouveauté est de vieillir. Si je donne une définition de l’oppression c’est celle-là. Ça prend toutes les formes : vous êtes jeune vous comprendrez vieux, bien sûr vous croyez à des tas de choses mais avec l’expérience, ou bien vous avez fait ça mais qu’est-ce qu’il en reste, ou vous avez cru ça mais quelle erreur voyez où vous en êtes, vous voulez ça, mais vous savez bien qu’on peut pas l’avoir. C’est ça le discours fondamental de l’oppression, c’est un discours de résignation ultimement. Mais le point sur lequel il porte c’est cette expérience sauvage que nous pouvons avoir que c’est vrai : on est jeune, on devient vieux. C’est vrai, en savoir c’est comme ça, on le sait. Mais est-ce qu’il y a que ce que l’on sait ? La question est légitime. Est-ce qu’il n’y a que ce que l’on sait ? Justement, ce qu’on peut soutenir c’est qu’il n’y a pas que ce que l’on sait en matière de vérité. Il n’est pas vrai, ultimement, que ce soit comme ça, que le destin de toute invention est de devenir application, que le destin de toute nouveauté est de devenir ancienneté, que le destin de projet est de devenir installation, que le destin de tout amour est de devenir habitude, que le destin de tout art est de devenir commerce, que le destin de toute science de devenir technique. Ce n’est pas vrai, sous condition. Ce qui est vrai, et nous avons toujours en nous même un secteur d’expérience qui nous le dit. En réalité quelque chose peut être réactivé dans sa nouveauté même. Et quelque chose de la nouveauté est réactivable. Evidemment, l’expérience peut-être la plus forte, l’exemple le plus fort là-dessus est la très vieille question de savoir pourquoi les œuvres d’art ancienne qui nous émeuvent toujours. Marx : pourquoi est-ce que les œuvres d’art grec nous émeuvent alors qu’on est à l’époque des machines ? Ça nous émeut, disait-il, car c’est comme notre enfance, et que cet espèce de jeune enfant que sont les grecs, on est touché comme quand on se souvient qu’on a été jeune. Très mauvaise piste ! C’est la piste de la nostalgie. On est vieux. Mais ça n’a rien à voir. En réalité, les œuvres anciennes nous touchent parce que nous subjectivons leur nouveauté même. Ce n’est pas simplement ce que nous en savons ou en déchiffrons qui opère. Ce qui opère, c’est quelque chose de leur espace subjectif lui-même, ie leur présent. Je ne dis pas que tout se figure du présent, que rien ne se perd, mais ce qui nous touche, c’est qu’il y a quelque chose là qui est donné en coalescence et qui garde sa nouveauté, qui n’est pas devenu un stigmate usé, quelque chose comme le conservatoire nostalgique de l’ancien. Non, ça agit, ça réagit avec son présent. C’est une expérience que nous avons absolument. De ce point de vue là le registre de l’art est instructif. Il faut soutenir que vérité, comme nous le prenons, ie ce dont est capable un espace subjectif, ce dont un espace subjectif a produit dans l’écho ou la résonance de la rupture événementielle, il est juste de dire que c’est vérité pour toujours, en même temps que en dernier ressort, c’est vérité comme matériau de savoir, c’est vrai aussi. Et que donc nous pouvons penser la nouveauté comme nouveauté. Nous le pouvons. Ça n’arrive pas toujours, ça a des conditions, ça a des conditions de vérité, des conditions événementielles, mais nous le pouvons. C’est la question de l’éternité. Comme le dit Rimbaud, nous pouvons la retrouver. Voilà pour le 1er développement sur vérité : vérité dans sa connexion à l’espace subjectif. Maintenant, dans son être, qu’est-ce que c’est qu’une vérité ? On va l’interroger ontologiquement, dans un versant matérialiste de l’investigation. Dans son être, je le rappelle une vérité c’est le déploiement d’un présent, c’est au présent, c’est une condition sine qua non pour que ce soit nouveau. Mais le présent, c’est quoi ? Le présent, nous l’avons dit, ce sont les conséquences de l’énoncé événementiel. Donc on peut dire : une vérité, c’est les conséquences de l’énoncé événementiel, ce qui s’en infère vitalement, qui est homogène en conséquence, conséquencet avec l’énoncé événementiel. Et nous pouvons pour l’instant dire, comme hypothèse, on donnera des arguments plus tard : c’est infini, parce que les conséquences d’un énoncé événementiel sont infinies. Rien dans l’énoncé événementiel ne borne l’horizon de ses conséquences. Dans les promenades que nous faisons dans les différentes procédures de vérité, l’amour est le plus simple : vérité, dans son être, c’est les conséquences du je t’aime, si on dit que je t’aime est la déclaration événementielle. La déclaration a des conséquences, et finalement ce qu’on appelle la vérité amoureuse est le système des conséquences, ce qui est ce qui est conséquencet avec cet énoncé rudimentaire, partagé par de nombreuses singularités amoureuses. Nous voyons bien que vérité ça va être ça, et c’est donc au fond la supposition d’un présent de soi-même. Vérité, c’est l’infinité du présent, des conséquences de l’énoncé. On peut dire : vérité, c’est le déploiement infini d’un présent, pour autant que ce qu’il architecture, ce sont les conséquences. Donc une vérité, en un certain sens, ça n’est jamais qu’un multiple. C’est le multiple infini des conséquences, c’est la multiplicité infinie du présent. J’y insiste : le présent, c’est tout sauf un point. Le point c’est l’instant (un point du temps). Un présent, c’est autre chose, c’est une multiplicité infinie. J’insiste aussi sur le fait que… c’est qu’un

présent soit une vérité infinie ne nous dit rien de sa durée. Il faut prendre présent au sens où nous construisons le temps. Si vous la rapportez à la durée, chronologique, le fait que le présent soit infini ne dit rien sur sa durée. Vous avez des séquences d’une vérité comme durée, des séquences historiques d’une vérité peuvent être longues ou courtes. Rien dans le présent n’indique ce qu’il en est. Car un infini peut être ramassé en un temps court, ou pris dans un temps chronologique long. Rien de ce que c’est qu’un présent ne nous indique la durée du présent, ie son espacement proprement historien ou chronologique. Nous avons des séquences de vérités courtes, mais néanmoins avec un nb élevé de conséquence, et nous pouvons avoir des séquences de vérités longue, beaucoup plus sporadiques quant au dépliement des conséquences. C’est affaire de singularité, ça ne se déduit d’aucune loi, si je puis dire, du présent. Vous pouvez avoir un amour très long assez rare en vérités, et un amour bref dense en vérités, ie en variété de conséquence. De même, une séquence scientifique, on l’a souvent observé, il peut y avoir des moments où dans un bascule événementielle, il y a un torrent de résultats scientifiques, qui fait que dans une séquence très courte on a un présent vaste. D’autre séquences longues beaucoup plus sporadiques, où le labeur des conséquences est b plus pénible et ralenti. Quand nous disons : dans son être une vérité est déploiement du présent, ça ne coïncide en rien avec ce qu’est la séquence saisi dans le temps de la situation, dans le temps ordinaire. Ce qui fait que le présent au sens où nous en parlons n’est pas historique au sens du temps de l’histoire. Le présent d’une vérité n’est pas le temps normé de l’histoire. Ça se donne comme des séquences historiques, bien sûr, mais à chaque fois cette séquence est un présent, cette séquence exprime les conséquences, ie la vitalité du présent, et ceci que la séquence soit courte ou longue, ça dépend de la singularité considérée. C’est d’ailleurs pourquoi l’histoire et les historiens ont du mal avec les vérités, ils ne les aiment pas beaucoup, ils préfèrent faire l’histoire des erreurs ou du savoir. L’exemple frappante, de ce point de vue là, c’est Foucault. Je le prend comme historien, c’est injuste. Mais tous de même. Les découpages historiques de Foucault, une épistème, l’investigation du 18ème siècle dans les Mots et les Choses est une investigation des protocoles discursifs du savoir, mais tout ce qui est pour nous vérité est absenté : on ne parlera pas des progrès la science mathématique, des progrès de la physique, on ne parlera pas du Contrat Social de Rousseau, on parlera d’énormément de choses inconnues avant que Foucault les découvre, ie ce fourmillement savant des dispositifs de base. Foucault dira : ce qui m’intéresse c’est la situation. Il a raison, alors le discours historien va embrasser les figures discursives qui sont les figures du savoir de la représentation et opinion. Mais ce qui fait trou, ce qui a été là dedans une acquisition pour toujours, ça non, ça ne prend pas place. Ça le transperce, ça ne s’y inscrit pas. De sorte qu’on peut dire qu’une épistème au sens de Foucault, c’est une époque du savoir. ça oui. Ça l’est avec génie, c’est l’identification d’une époque du savoir. Mais ce n’est pas une époque des vérités. Pour identifier l’époque du savoir, il faut d’une certaine manière absenter en fait les procédures de vérité… pour ne laisser que ce qui, dans un pouvoir de fascination systémique extraordinaire, pour le coup n’est pas réactivable. Evidemment on peut dire : on n’est plus dans cette épistème, on en est sorti. C’est vrai, sauf c’est pas vrai qu’on est sorti du calcul différentiel, ou des débats sur la démocratie chez Rousseau, ou des formes de sensibilité de la Nouvelle Héloïse, ou du Sturm and Drang, ni même de Watteau. C’est des acquisitions pour toujours, c’est réactivable. Par contre c’est vrai que les configurations que Foucault décrit, c’est pas très intéressant de les subjectiver, et même c’est pas possible. Je vois là un point intéressant : c’est qu’on peut soutenir que l’histoire est toujours plus ou moins histoire du savoir, et jamais histoire des vérités. Il y a une raison profonde à ça, qui est qu’il y a malgré tout quelque chose dans les vérités qui n’est pas réductible à l’histoire du savoir, la dimension d'éternité. L’éternité, ça n’est pas historique, ça vient au temps mais ce n’est pas l’histoire du temps. J’en profite pour dire que quand, comme dit Spinoza, nous expérimentons que nous sommes éternels, nous expérimentons que nous sommes autre chose que notre époque ou que ce notre époque veut que nous soyons. Ça ne veut pas dire que nous sommes d’une autre époque, ou d’une époque à venir. Pas du tout. Il y a quelque chose du 18ème qui ne rentre pas dans le dispositif épistémique de Foucault. Tout y rentre, mais il y a quelque chose qui n’y rentre pas cependant : l’éternité. Question : Foucault en tant qu’historien, mais en tant que philosophe ? Réponse : Foucault entreprend en effet l’investigation, avec un génie et une puissance inventive extrême, de ce que c’est que le dispositif épistémique d’une période, comment on peut l’identifier, quels sont les protocoles discursifs qui circulent, comment il se constitue. Ce que je veux dire, c’est qu’il a épuisé la situation. Sauf que il n’y a pas que ce qu’il y a ! Pour autant qu’il y a ce qu’il y a, quelque chose de dispositif de Foucault est complet. Mais ce qu’il n’y a pas c’est ce qui n’est pas réductible à ce qu’il y a. C’est ce qui ne se laisse pas intégralement penser dans le dispositif épistémique. De ce point de vue là, c’est un exemple génial de ce que quand on fait l’histoire des représentations, des épistème, des

protocoles discursifs, on fait l’histoire du savoir, des savoirs, on périodise les savoirs, on dessine une totalité singulière qui est une figure identifiable du savoir, on montre qu’elle est close, et que les deux aspects d’identification et de clôture ne sont pas adéquats à ce que j’appelle ici vérité. Empiriquement, ça veut dire que les choses qui ont ce statut de vérité ne sont pas dans le protocole d’investigation. Question : … Réponse : je n’en sais rien, l’œuvre de Foucault est restée ouverte, il y a une trajectoire. A vrai dire quand on lit le Souci de soi, c’est pas tout à fait la même chose. Je ne dirais pas ce que je dirais sur les Mots et les choses. Le projet propre de Foucault de ce point de vue là demeure fondamentalement historien. Un propos historien, qui peut-être quant à lui a produit une vérité sur l’histoire, c’est peut-être un événement, après tout, cette histoire des épistème, c’est une invention en tout cas, mais une invention d’historien. Ça se voit sur ce critères très particulier qui est que ce qui fait le 18ème en tant qu’autre chose que son propre protocole discursif immanent est en percée ou en traversée du dispositif de Foucault, pour des raisons conséquencetes. Ce qui m’intéresse là dedans, c’est simplement de dire qu’il faut prendre au sérieux l’idée qu’il n’y a pas d’histoire des vérités. C’est une thèse très frappante, car notre monde est historien jusqu’au bout des ongles, il ne fait qu’écrire des histoires, l’histoire des cultures, l’histoire des femmes, l’histoire des techniques, l’histoire du maïs etc… On ne voit que ça ! Même s’agissant des sujets de vérité, des artistes, des scientifiques, des grandes figures amoureuses, des hommes politique, ce qui intéresse, c’est la biographie. Or la biographie, c’est quoi ? c’est le traitement d’un sujet en histoire, c’est l’historicisation d’un sujet. C’est faire d’un sujet de vérité une histoire. Il n’y a qu’à montrer que son histoire est minable, comme celle de tout le monde. C’est donnée d’emblée. Si vous faites la biographie d’un génie, vous allez montrer qu’il était avare, qu’il avait une vision politique détestable, qu’il traitait mal les femmes, il avait des rapports aux autres dégoûtants, il est mort lamentablement et d’ailleurs il est né pareil etc… je ne le reprocherai pas aux biographes. Quelquefois ce sont des gens un peu bas ! Mais néanmoins il y a ce point commun (qui n’institue aucune comparaison) : quand vous traitez de la question des vérités en histoire, dans la figure de l’histoire, c’et une moulinette du savoir, il n’y a rien à faire. Ultimement, quelqu’un qui lit la bio de Beckett, il veut savoir les femmes qu’il a aimées, les problème avec ses parents… On va tout savoir, sauf pourquoi on a écrit une biographie ! Si c’était pour savoir ça, c’était pas la peine, on aurait plus prendre qln d’autre : c’était pareil en gros. Ce qui échappe c’est le pourquoi d’une biographie, car le pourquoi ne passe pas dans l’histoire. On ne peut pas l’objecter aux biographes. Les raisons pour lesquelles on fait une biographie d’Archimède ou de Samuel Beckett sont telles que le passage en savoir historien de la chose va faire que en vérité, ce point du sujet de vérité, on ne va plus l’y retrouver. Il ne suffira pas de dire à toutes les pages que c’était un écrivain génial (c’est ce qu’on retrouve !), car ce n’est pas historique. Bien sûr c’est lui qui a été transi, traversé, structuré par cette vérité. Mais ce faire là n’est pas historique. Il faut bien qu’il ne le soit pas, parce que s’il l’était intégralement, on ne comprendrait absolument pas l’intérêt qu’on lui porte. Pas plus qu’on ne s’intéresse à la vie de qln qu’on ne connaît pas. On ne s’y intéresse pas beaucoup. Si qln faisait la biographie d’Alfred Dupont, personne ne l’achèterait. Il était à Carpentras, il a fait ses études au lycée, il a épousé une femme, il travaillé dur dans un bureau, il est mort et enterré… ça ne fonctionne que sur l’horizon de l’éternité des vérités, ce genre d’historisation, mais ça ne fait pas entrer cet horizon dans l’histoire elle-même. Question : ne peut-on pas penser… Réponse : dans un certain sens, en ce cas là, pourquoi interposer entre la rencontre de l’œuvre, de la chose même, et le sujet, cette historisation ? ou alors la biographie ne peut qu’y conduire mais elle y conduit pas car tout le monde sait que… C’est un constat, y compris de contemporains récents. Je pense que les biographies souhaitent vivement que ça serve à ce qu’on rencontre l’œuvre, mais je suis pas sûr que ce ne soit pas une illusion originaire. C’est l’inverse : je crois que si on a rencontré l’œuvre on peu s’intéresser à la biographie (c’est curieux de voir comment un animal humain fait ce machin, ça a un charme de lire les biographies, j’en lis comme tout le monde). Il est étrange et philosophiquement intéressant de voir qu’un animal humain dont le biographe n’arrive pas à nous convaincre qu’il est autre chose que comme tout le monde, finalement… dans l’autre sens, je ne crois pas : c’est la déclinaison de l’éternité dans l’histoire, ce n’est pas praticable. Voilà c’était en entour ou en commentaire de la question de ce qu’est une vérité dans son être : un ensemble de conséquence, un présent dilaté, quelque chose à la mesure de quoi n’est pas l’histoire. L’histoire n’est pas apte à saisir le présent au sens où on parle ici du présent. Elle fait beaucoup de choses, elle est utile et nécessaire.

Question Réponse : il a aussi dit plusieurs fois que c’était un projet insensé. La question posée est : que dire de Sartre qui disait qu’il voulait absolument tout savoir de Flaubert, quasiment minute par minute. Oui, mais ça, c’était un projet de Sartre, ça, ça n’est grand que comme œuvre de Sartre. Ce n’est pas une biographie, vraiment. Ce n’est pas une biographie, c’est Sartre mettant à l’épreuve de ce malheureux Flaubert sa catégorie de la totalisation. C’est une catégorie sartrienne, c’est une catégorie fondamentale dans la CRDial, et c’est lié à la conception qu’il se fait de ce que c’est que la praxis, et son système de conditions etc... Le point de départ, c’est pas de faire la biographie d’un grand homme, mais 1° de mettre la catégorie de totalisation, et 2° de la mettre à l’épreuve en réalité de façon personnelle qui a toujours été la sourde identification de Sartre à Flaubert. Le point de départ c’est pas faire une biblio académique mais une longue histoire de l’identification intime de Sartre à Flaubert, qui fait que quand il veut mettre à l’épreuve la catégorie de totalisation, et l’ensemble des concepts qui vont avec, il choisit Flaubert après avoir hésité à se choisir lui-même, comme les mots l’indiquent. On est dans la biographie comme autobiographie identificatoire comme mise à l’épreuve d’une catégorie spéculative fondamentale qui est la totalisation. Alors effectivement si on soutient que le projet fondamental de qln existe et que c’est la totalisation de sa liberté, alors il faut l’éprouver jusqu’au moment où on peut expliquer la rédaction des notes de blanchisserie. C’est un projet pharaonique, un projet philosophique pharaonique. [Chgt K7] 3ème thèse : la production de vérité est en sujet. Elle n’est pas transitive à l’espace subjectif comme tel, elle est toujours en sujet. Ie que cette production de vérité n’apparaît, n’est effective, que pour autant qu’elle s’inscrit dans un type subjectif. Je ne vais pas commenter pour la 100ème fois le mot subjectif, ça va devenir vraiment ressassant. Mais ça veut dire quoi ? ça veut dire que la production de vérité doit être inscrite dans la formule d’un type subjectif pour apparaître, pour apparaître dans la situation. Elle n’apparaît pas comme ça, en l’air, ou comme pur tracé sur l’espace subjectif. Il faut qu’elle s’inscrive dans la combinaison singulière que représente un type subjectif. Si vous voulez une comparaison, malhabile, c’est comme une quantité qui n’est effective ou opératoire que parce qu’elle s’inscrit dans une formule. Comme une lettre, si vous voulez, n’a de sens que parce qu’elle fait partie d’une formule. Nous avons inscrit les formules des types subjectifs. La production de vérité, elle apparaît dans la formule, dans une formule, elle n’apparaît pas séparée d’une formule subjective. Elle s’inscrit à la place de la conséquence. Badiou commente les formules Par exemple, on dira que la vérité est inscrite dans l’espace subjectif pour autant que sa place est marquée dans la formule, et quelle que soit la formule considérée, celle que nous avons retenue ou d’autres possibles, il est essentiel de comprendre que vérité n’apparaît qu’à la place qui lui est prescrite dans une formule, dans la formule d’un type subjectif. On pourrait dire : il y a un espace subjectif, et puis les conséquences apparaissent comme un élément de l’espace. Non, admettons que ceci soit une conséquence, une disposition élémentaire de vérité, ça n’apparaît que dans une formule. C’est un 1er point. C’est ce que veut dire, alors là littéralement, que la production de vérité n’apparaît que en sujet. En sujet ça veut dire, au sens précis du terme, dans une formule subjective, dans la formule d’un type subjectif. Je voudrais ici insister sur le fait que nous abandonnons toute idée du type : le sujet produit la vérité. Ou le sujet est la source de la vérité, ou la vérité est immédiatement cause du sujet. En réalité, il faut bien voir que sujet, la formule subjective, c’est une condition d’apparaître de la vérité, parce que cette apparition est toujours dans une formule subjective. Elle est toujours marquée ou inscrite dans une formule subjective. Il n’y a pas lieu de dire que le sujet produit la vérité, ou qu’il en est la cause ou rien de tel. Ce qu’il y a, c’est que le mode d’apparaître propre d’une vérité (il n’y en a pas d’autre) c’est de venir à sa place dans une formule subjective. Tel est le mode d’apparaître propre d’une vérité. C’est de venir à sa place dans une formule subjective, à la place que la formule lui prescrit. A la position de la conséquence, à la position du revirement, il y a diverses positions possibles. Le mode d’apparaître d’une vérité, c’est de venir à la place que la formule subjective lui prescrit. C’est là que nous avons notre 1er nœud essentiel entre vérité et sujet. Le 1er nœud se dira : il est formulaire, ie vérité se marque à une place de la formule subjective, et vérité ne peut se marquer nulle part ailleurs. Encore une fois, ce n’est pas une transitivité, ce n’est pas une causalité, ce n’est pas une représentation, ce n’est pas une conscience, ce n’est rien de tel, c’est simplement que vérité ne peut venir que là où une formule subjective prescrit que ça peut venir : ça peut venir comme conséquence, au dessus de la barre, sous de la barre, ça peut être absenté. Mais toujours ça vient là où une formule subjective prescrit que ça soit. C’est ce que j’appelle le nœud formulaire entre vérité et sujet.

Evidemment, il faudra aussi soutenir la réciproque, ie il n’y a de formule subjective réelle, effective, que pour autant qu’un état de vérité entre dans sa formule, ou dans la composition de sa formule. Nouage, vraiment, parce qu’on ne peut pas décider, au point où nous en sommes, d’une antériorité quelconque de vérité sur sujet ou de sujet sur vérité. C’est le point auquel je voulais pour l’instant vous conduire. En réalité, il y a indécidabilité de toute priorité de l’un sur l’autre. Il y a certainement une antériorité de l’événement, ça oui, mais pour les 2. Il n’y a pas de vérité dans sa nouveauté sans structure événementielle, et pas de sujet sans structure événementielle. Mais par contre si on prend vérité et sujet, eh bien on a une affirmation et sa réciproque : 1° la vérité effective n’apparaît qu’en position dans une formule subjective 2° et inversement une formule subjective n’est celle d’un sujet (n’est réelle) que pour autant que vérité y est inscrite. Nous dirons que nouage ici signifie une implication formulaire réversible. Nous le donnons sous une forme un peu technique. Les formules nous donnent précisément la possibilité de penser cette réciprocité sans hiérarchie. Si on avait seulement vérité et sujet, on ne s’en sortirait pas : on serait obligé de dire que vérité est condition du sujet etc… Ici nous n’avons pas sujet en un sens indifférencié mais formule subjective, nous n’avons pas vérité indifférenciée mais état de vérité, nous avons une implication formulaire qui nous permet de rester dans l’indécidabilité entre vérité et sujet. Un état de vérité s’inférant à sa place dans une formule subjective, et inversement il n’y a pas d’autre d’apparaître de la vérité que de s’inscrire dans une formule subjective. Rien n’est avant l’autre, c’est la réciprocité formulaire. Cette disposition formulaire, là aussi, on en a l’expérience, même quand on ne connaît pas la formule. On en a l’expérience sur un point précis, qui est que : demandons-nous par exemple si le sujet amoureux est antérieur à l’amour, ou l’amour au sujet amoureux. On sent bien que la question ne se laisse pas trancher. Certainement, il faut qu’il y ait eu une rencontre. Mais la rencontre, c’est la dimension événementielle. Est-ce que le sujet est induit par l’amour ou est-ce que l’amour n’existe que pour autant qu’il y ait le sujet amoureux ? Manifestement, c’est indécidable. Ce que nous essayons de creuser, c’est le motif profond de cette indécidabilité. Nous expérimentons cette indécidabilité, cette réciprocité implicative, mais il faut la débrouiller. De même, on sait très bien : est-ce que tel ou tel grand inventeur en matière scientifique est identifiable en dehors de son invention, ou est-ce que c’est son invention qui le qualifie comme inventeur ? Personne ne sait comment décider, c’est non historique. Le caractère non historique, c’est aussi cette réciprocité. L’histoire, c’est une mise en ordre, nécessairement. Or là, c’est comme si on avait un récit sans ordre, c’est ça une vérité : un récit sans ordre. Entre le personnage et ce qui est raconté, on ne peut pas séparer. On ne peut pas dire : voilà mon personnage, voilà ce qui arrive, ce qu’il fait ce qu’il pense. Là, entre le personnage et ce qui lui arrive il y a une réciprocité absolue. Ce qui lui arrive vient à une place subjective prescrit, et inversement le sujet n’existe que s’il est venu à cette place. C’est sophistiqué, mais c’est aussi très près de l’expérience que nous partageons, à savoir ici l’indécidabilité entre le processus et le sujet du processus. Nous donnons une forme précise : un état de vérité ne peut apparaître que dans une formule subjective, et qu’une formule subjective n’est formule d’un sujet que si un état de vérité s’y inscrit. C’était pour redire comment une production de vérité sera dite en sujet. Inversement, la réciproque généralisera : un sujet n’existe qu’à être production de vérité. Production, ici, c’est place formulaire. Et ce qui tient les deux ensemble, c’est en fin de compte l’espace subjectif, ie la césure événementielle, le fait que quelque chose est ouvert, et c’est dans cet ouvert que va se loger la réciprocité implicative du sujet et de la vérité. Enfin dernier point de récapitulation : j’ai dit état de vérité, ie que ce qui vient s’inscrire dans la formule, c’est un état de vérité. Eh bien on appellera état de vérité toute instance finie d’une vérité. C’est existentiel. Il faut bien comprendre que ce qui vient s’inscrire à une place, c’est en réalité toujours un état de vérité. Selon une formule, ou selon un principe que nous donnons tout de suite : c’est que seul le fini dans cette affaire peut venir en formule. C’est pas une vérité générale, c’est dans le cas particulier qui nous occupe, la question du sujet, seul le fini vient en formule. C’est toujours un état de vérité, un regroupement fini de conséquence. Qu’est-ce que c’est qu’un état de vérité ? Disons que c’est un ensemble fini de conséquence. Ou encore, un état de vérité, c’est un profil fini du présent. Ce qui vient en sujet, ie dans la formule subjective, c’est ça, c’est un profil fini du présent (puisque le présent, encore une fois, c’est la conséquence en général, l’ensemble infini des conséquences). Ça donne un dessin du nouage, du 1er nouage de vérité et de sujet. Les conséquences qu’on en tire sont de 3 ordres, et vont structurer nos prochains développements :

- il y a une question qui vient d’apparaître, là, qui est celle du rapport entre fini et infini. Puisque nous avons à la fois dit : une vérité, c’est l’infini du présent, et un sujet, ça accueille dans sa formule un état de vérité, ie un profil fini du présent. Il nous faut élucider ce 1er point : comment procède ce rapport là entre fini et infini ? Il semble bien, quant à la question de l’infinitude, nous avons notre manière d’aborder ce problème, mais il semble bien que la conclusion qu’on pourrait en tirer, c’est qu’un sujet, c’est une figure de finitude de la vérité, puisque ça n’accueille dans sa formule qu’un état de vérité. or il est fini. Nous savons par expérience que quand nous sommes en train de travailler à une œuvre d’art, sur un problème scientifique, dans une expérience amoureuse, le sujet comme tel est dans l’accueil d’un état de vérité. Mais il sait bien que quelque chose excède cet état. C’est pas car on aura traité cet état qu’on aura traité la question. C’est pour ça que c’est fatiguant ! Vous traitez un état de vérité, vous pouvez même être dans un sentiment d’éternité, lié à la réactivation d’un présent passé, mais il y a un excès latent de la vérité sur son état, qui fait que vous expérimentez que ce n’est pas le tout de la question. On va continuer dans d’autres états. Ça continue. Pourquoi ça continue ? La clé est dans le rapport fini infini, et dans le fait que l’infinité d’une vérité est coprésente à tout état fini de vérité. Un état de vérité, quelconque, est fini, mais c’est le fini d’un infini spécifié, qui est la vérité qui est en train de procéder. Encore une fois, phénoménologiquement, ça se donne dans l’expérience d’un excès latent. Il y a quelque chose de façon latente qui excède l’inscription de l’état de vérité dans la formule subjective. Inscription de l’état de vérité dans la formule subjective, ça veut dire quelque chose qui nous met en sujet de cette vérité, dans notre formule. Il y a toujours expérience d’un excès latent. Ça va se donner sous la forme : on n’a pas traité toute la question. Nous verrons la question de l’éthique, ça se donne sous l’impératif : il faut continuer. On ne comprendrait pas pourquoi il faudrait continuer si l’état de vérité épuisait la vérité. Il ne l’épuise pas, et il n’épuise pas même sa propre question. Un état de vérité, c’est un fini mais un c’est un fini porté, un fini porté par l’infini de la vérité. quelque chose en lui résonne de cet excès infini sur lui qui fait que l’inscription subjective n’est en effet qu’un moment de vérité. Et il y aura un impératif de continuation inhérent à toute procédure subjective de vérité. C’est bien pour ça qu’il y a une éthique, il n’y a pas d’autre racine de l’éthique que la rémanence de l’impératif de continuation. Et le fait que l’inscription dans une formule subjective d’un état de vérité est aussi une expérience d’un excès, d’un excès latent. C’est notre 1er problème : fini / infini. Sa ligne générale est à la fois ontologique et éthique, disons-le comme ça. - le 2ème problème, nous l’avons soulevé, c’est à propos du destin des vérités, c’est vérité et savoir. Y a-til une pensée possible de leur différence et de leur connexion ? Nous avons dit que le destin de nouveauté d’une vérité, c’est aussi tout de même de devenir un vieux savoir. Nous avons dit que ce n’était pas le seul, mais il ne faut pas nier celui-là. Il est vrai qu’une vérité peut devenir un savoir. Il faudra traiter ça, traiter vérité et savoir. Comment se fait-il qu’une vérité ne se dissolve pas immédiatement en savoir ? Qu’est-ce qui fait qu’en tant que nouveauté, elle est autre qu’un savoir ? C’est une question cruciale. - 3ème problème : quel est l’effet sur le processus de vérité des différents types d’inscription formulaire ? C’est une question évidemment cruciale. La vérité n’apparaît qu’inscrite dans une formule subjective, mais il y a plusieurs types de formules subjectives : ce n’est pas la même chose si elle s’inscrit dans une formule de type fidélité, dans un formule de type obscure ou dans plusieurs à la fois. Il faut déplier cette affaire. La vérité n’apparaît que dans une inscription subjective, mais comme il y a plusieurs formules subjectives, quel est l’effet sur le processus de vérité de cette multiplicité là ? Les états de vérité sont si je puis dire accueillis par des formules subjectives intrinsèquement différentes. C’est le 2ème nouage. Qu’est-ce qui arrive à une vérité en fonction des différents types d’inscriptions formulaires : est-ce qu’il faudra dire qu’il y a des vérités obscurcies par l’obscur, des vérités mises en réaction au regard d’elles-mêmes, par une inscription dans une figure réactive, est-ce qu’il faudra dire qu’il y a des vérités qui procèdent fidèlement, ça veut dire quoi, ça ? C’est un autre nouage : c’est l’impact sur le processus de vérité de ses formes subjectives. Nous allons rejoindre la grande métaphysique. Parce que la présence d’un état de vérité dans une formule subjective, je l’ai dit, c’est l’apparaître de la formule. Elle n’apparaît que comme ça, autrement elle reste possible et indistincte. C’est son mode d’apparaître : une vérité n’apparaît que sous une forme subjective. S’il y a plusieurs formules subjectives, cela veut dire que toute vérité a plusieurs modes d’apparaître. Autrement dit, une vérité apparaît multiplement. Il faudra donc que nous trouvions le nouage au sujet du caractère multiple de l’apparaître d’une vérité.

Et après on aura la question, à la fin des fins : comment est-elle une bien que son apparaître soit multiple ? Parce que jusque ici, nous avons toujours dit une vérité, nous n’avons pas laissé entendre qu’il pouvait y en avoir dans l’espace subjectif plusieurs. Une vérité, un événement, par rapport à un événement, dans un espace subjectif : sous ces conditions, il y en a une. Mais comment, étant une, peutelle apparaître et procéder multiplement ? C’est la question dernière ? Quand nous l’aurons répondu, nous aurons une théorie achevée ! …………………… caractère réaction. Chateaubriand était un réac mais pas dans la figure subjective réactive. Il tirait les conséquences : quelles sont les conséquences pour un légitimiste du fait qu’il y a la révolution ? C’est un militant de la révolution française. La figure réac va consister à dire : faisons comme si il n’y avait pas eu la révolution française. Château dit que c pas possible : on ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas eu. Il y a eu…. Faisons comme si effectivement… on pouvait tirer ce qui se passe actuellement au présent. On peut aussi appeler cette figure une figure révisionniste. Révisionniste au sens où réviser une vérité flagrante, comme l’existence des chambres à gaz. Vous vous enchaînez sur le fait que tout est pareil. La figure de la réaction, en un sens c la figure révisionniste, qui révise l’ordre propre dans lequel le présent est présent. De ce point de vue là, C était politiquement un réac mais pas un révisionniste, il ne révisait pas ce point majeur que la révolution française avait fixé le présent. C’était la 3ème figure. La 4ème figure Question Réponse : il s’agit de savoir ce qu’est un réactionnaire. C’est pas la figure de la réaction. Il y a toujours une tendance du réac à s’adosser sur le sujet obscur. Il semble difficile aujourd’hui d’être réac sans être révisionniste au moins sur un point (c peut-être un fait de conjoncture, c peut-être pas structural). Le réac empiriste, qui défend l’ordre établi, le cours du monde, la conservation générale, qui s’est donné à luimême le nom de moderniste. Il est extra de voir des gens qui défendent des positions développées vers 1840 s’appellent modernistes ! Les positions réac contemporaines sont révisionnistes sur un point : la révolution française, la révolution d’octobre, l’espace est ouvert. On finira par réviser Spartacus ! Il y a une pulsion révisionniste. A l’arrière plan le grand révisionniste fascisant de l’extermination des juifs d’Europe…. Sur l’événementialité politique est-elle liée organiquement à la réaction ou est-ce un point de conjoncture ? L’ex de Château montre que le lien n’est pas nécessaire. On peut repérer des figures réac politiquement qui cependant n’étaient pas révisionnistes. Notre destin, est-ce que la réac soit révisionniste ? Peut-être. Mais structuralement il faut distinguer les deux points. Question : Réponse : malgré tout du point du débat politique en cours, c’était le point. Je n’ai pas le sentiment que la figure réactive qui est là entraîne des.. réac. La figure subjective de la réaction soit en général réac on comprend pourquoi, elle est dans la négation de la présence du présent. Mais la réciproque : que toute position politiquement réac soit… c’est pas sûr. De là qu’il y ait des figures de grands conservateurs. Pas réactionnaires, au sens de réviser l’espace… en vérité, c’était la figure du grand libéral conservateur, qui pouvait être un excellent résistant, reconnaître l’importance considérable des évolutions, ça ne l’empêchait pas de défendre un certain conservatisme. Je me demande si l’espace de ces figures n’est pas en voie de rétrécissement…j'ai une idée : l’époque des révolutions est close, on n’est plus dans l’époque des révolutions. Elle a durée de 89 à 1989. on n’est pas dans la clôture de cette époque. L’adossement révisionniste porte toujours du côté de montrer comme c’est clos on peut marcher dessus. Tant que ce n’est pas clos on peut taper sur la tête… ce qu’il propose suppose sans doute que quelque chose de ce se donnait là soit dans sa clôture historique. C’est la clé de cette collusion circonstancielle entre réac et figure … 4ème figure : c’est la figure qui cette fois est en réalité en dénégation du présent. Déni le présent lui-même parce qu’elle raccorde l’événement à une transcendance, elle absorbe l’événement dans une figure de transcendance ou un sujet plein, un sujet indivis. Ce qui se présente comme détaché d’une événementialité hasardeuse a été prescrit par un sujet plein, et en tant que prescrit ça se subordonne… la consistance, ie… j’ai proposé d’appeler ça le sujet obscur. Obscur y compris au sens de l’obscurantisme. Voilà : typologiquement, nous avons 4 figures du sujet, dont vous voyez que finalement ça se donne comme des agencements de epsilon et de i selon l’indication, la négation et … 3 opérations. Le temps, l’inconscient,… disposés de telle sorte que ça donne un espacement. La prochaine fois nous allons entrer dans la question de leur articulation interne. Comment peuple l’espace subjectif ? Un sujet c’est toujours

un mode d’exposition aux 4 figures. La dynamique reste celle de l’espace… nous verrons que chaque figure est exposée aux 3 autres. 14 JANVIER 98 … ces morceaux, c’est les morceaux inclus au titre d’état de vérité dans une forme subjective. Je dirais : c’est presque ce à quoi on reconnaît une vérité. Une vérité n’apparaît que morceau par morceau, laborieusement. C’est infini dans son être, mais dans son apparaître, c’est morceau par morceau. Pourquoi la poésie ça se donne dans des poèmes ? Vous pouvez rêver d’un poème total, épiphanique, Mallarmé en a rêvé aussi, il payait son écho au romantisme. La poésie ça ne se donne qu’en poème. La musique se donne dans des œuvres, un amour dans des expériences séquentielles, constamment recommencées, diverses. Une politique c’est des bouts. Pourquoi ? C’est comme ça, une vérité, ça ne se donne que par bouts, morceaux. Je dirais même que c’est à ça que nous la reconnaissons de manière intime. On ne va pas avoir la chose d’un seul coup. Ça a commencé, ie c’est autre chose, ça arrive et en même temps ça ne va se donner que par bouts. On le sait, mais en même temps on l’oublie, parce qu’il y a quelque chose comme un incorrigible romantisme. On sait très bien qu’il est arrivé quelque chose, que c’est une invention, une création, que c’est pas comme avant. Il y a quelque chose, et ce quelque chose on voudrait bien le voir, l’avoir, le voir apparaître mais ça n’apparaît pas. Il en apparaît des bouts. On raboute les bouts. C’est des conséquences, ça s’enchaîne. Pensez à l’expérience d’un amour, on fait des trucs, des voyages, des enfants. Comment ça se raboute ? On sait pourtant que c’est la même chose dont il s’agit, ou alors c’est que c’est mort. Mais cette même chose, où elle est ? Elle n’apparaît pas, il n’y a que des bouts : c’est pour ça qu’il faut recommencer. L’éthique, ça n’a pas d’autre maxime que continuer : parce que si c’est une éthique des vérités, ça veut dire qu’il faut d’autres bouts encore, d’autres morceaux encore. Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ? D’autres conséquences, d’autres états de vérité. Cet autre chose, c’est la même chose, mais le même de ce la même chose n’apparaît pas. Je pense qu’il faut comprendre ça, et comprendre cette extraordinaire pulsion des sujets formulaire d’une vérité à recommencer. Après un tableau un peintre, qu’est-ce qu’il peut faire ? Un autre tableau. Finalement ça sera lui tout ça, ça sera la même chose. Il n’y a pas le chef d’œuvre absolu de la nouvelle de Balzac, épiphanique par exemple : le tableau définitif, absolu, on meurt, on produit la mort. Que l’éthique soit continuer veut dire en effet que c’est toujours bout par bout, dans une formule subjective finie, que la vérité apparaît. Alors voyons maintenant, tout ça c’était pour reprendre un peu en définition, c’est ça qui va ouvrir à d’autres problème. Je les formulerai de la façon suivante : quel est le mode d’apparaître d’une vérité selon un type subjectif ? Admis qu’elle n’apparaisse que dans la formule, selon un type subjectif, quel est le mode d’apparaître ? C’est ça qui va nous occuper. C’est le 1er niveau. Je vous le rappelle, parce que [chgt K7] epsilon est singulier, l’espace subjectif est singulier, nous abordons la chose au niveau des types subjectifs, c’est encore un niveau de généralité. Mais traitons au moins ce niveau. Un état de vérité s’inscrit là, il advient ou arrive à un état de vérité quand il apparaît dans ce type de formule plutôt que dans tel autre. Nous traitons là du sujet dans la singularité de sa formule subjective. Il faut dire que ça veut dire qu’il y a plusieurs façons d’apparaître. Il y a plusieurs formules subjectives : il y a plusieurs modes de l’apparaître d’une vérité. Et il y a plusieurs modes de l’apparaître possible du même état de vérité. Le même état de vérité a plusieurs modes d’apparaître. C’est important. L’apparaître n’est pas équivoque. L’état de vérité, lui, l’est : c’est le même. Mais son apparaître n’est pas univoque. Une vérité peut apparaître selon des modes absolument différenciés. Traitons d’abord de la figure de subjectivation, qui, encore une fois, est sous-jacente aux 3 autres. Ce qui est frappant dans la figure de subjectivation, c’est que le présent n’est pas marqué comme tel. La figure de subjectivation n’inclut pas, ne marque pas, un état de vérité particulier : elle n’a affaire qu’à l’énoncé événementiel. Donc on peut dire qu’elle ne marque pas le présent. Autrement dit, elle a affaire à l’espace subjectif en général mais pas à la composition singulière du présent. Nous avions dit pourquoi : il faut interpréter cette figure de subjectivation comme étant la présence du présent. C’est pourquoi elle n’est aucun présent particulier. Elle est subjectivation, elle ne se réalise donc pas formulairement par l’incorporation à des états de vérité particuliers, mais uniquement par sa sujétion à l’énoncé événementiel comme tel. C’est pourquoi il faudra toujours la concevoir comme en quelque manière souterraine aux 3 autres, comme activation du présent. Pas comme réalisation du présent, mais activation du présent, vie du présent ou présence du présent. C’est ce qu’indique la pliure. Donc en réalité, la vérité n’apparaît pas

dans la figure de subjectivation, ce n’est pas un mode de son apparaître, puisque aucun état de vérité ne s’y inscrit. On dira plutôt que c’est un mode de son être, directement un mode de son être, étant entendu que ce qui tient lieu d’être au présent, c’est l’énoncé événementiel, ie l’événement (son être évanoui mais son être quand même). La subjectivation c’est la formule d’inscription de l’être virtuel d’une vérité telle que événement l’ouvre ou la marque. Autrement dit, c’est la présence du présent sous l’exclusive garantie de l’énoncé événementiel. Dans la figure de fidélité, là c’est très simple, l’apparaître, à savoir l’état de vérité, est en position de conséquence. L’apparaître est conséquence. Donc vérité, ici, c’est exactement ce qui apparaît. C’est la production d’une conséquence : si vous produisez une conséquence, l’état de vérité est ce qui apparaît, au sens strict : ce qui vient à l’apparaître. La formule de fidélité… Manque la fin 28 JANVIER 98 Nous avons dit, je ne vais pas tout reprendre de ce qui a été déployé, l’espace subjectif, événementiellement ouvert, se présente comme une sorte de pliage qui est à la fois une ouverture, une faille, un écartement de la situation (nous reviendrons sur ce point quand nous traiterons de l’effet, qu’est-ce que l’irruption événementielle transforme dans la situation). Donc un pliage qui est en même temps un écartement de l’être de la situation, ce qui se dira aussi : c’est un espace de possible, c’est la restitution du possible d’un impossible antérieur. Et en dessous de ce pliage, il y a la subjectivation, la formule de la subjectivation, qui comme nous l’avons dit est la vie de l’ensemble des figures subjectives, quelles qu’elle soient. Et puis à la surface, dans l’espace, peuplant l’espace ainsi plié dans lesquelles les formules de subjectivation insistent, eh bien nous avons 3 formules subjectives, qui au fond disposent des places possibles pour un fragment de vérité. Finalement, une formule subjective, c’est une assignation de place pour un fragment de vérité, ou état de vérité. Pour reformuler ce point, et le détailler, puisque nous avons la dernière fois à peine esquissé l’interprétation de cette formule, je voudrais procéder à une ultime modification symbolique, qui là aussi permet une lisibilité un peu autre des formules. Parce que ce qui, dans le chiffrage actuel, est un peu compliqué, compréhensible mais un peu compliqué, c’est ceci : - d’un côté, un sujet est coextensif à sa formule. Un sujet, c’est l’existence effective dans un espace subjectif déterminé, d’une formule subjective. Donc un sujet est coextensif à la formule subjective dans laquelle il est inscrit, qui est sa formule. - d’un autre côté, sous la forme du S barré, le sujet figure dans la formule. Personne ne m’a jusque ici fait cette objection, mais je me la suis faite subitement à moi-même comme représentant quelque chose de compréhensible (on suit le destin du S barré depuis la subjectivation dans les autres formules), c’est compréhensible, mais ce n’en est pas moins équivoque. On dit : sujet, c’est la formule, et sujet c’est une place dans la formule. Il y a une double occurrence qui n’est pas complètement ténébreuse, mais qui n’est pas non plus complètement satisfaisante. Demandons-nous ceci : au fond, qu’est-ce qui est saisi par la formule ? Ce que S barré désigne, c’est ce qui est saisi par la formule et en même temps constitutif de son existence. Qu’est-ce qui est, au fond, le support inscrit d’un sujet ? Le reste, nous savons ce que c’est : le reste, c’est epsilon, l’énoncé événementiel, pi, conséquence, présent, état de vérité, et puis des opérations (implication, négation, barre). Epsilon, c’est le marquage de l’événement qui ouvre l’espace subjectif. Pi, c’est le présent subjectif, le présent de l’espace. Le reste, ce sont les opérations constitutives de la formule. Mais S barré ? S barré, c’est le support propre de la formule, ce qui fait qu’il y a un sujet, c’est ce qui porte la formule. Le reste, ce sont ses ingrédients communs : l’énoncés événementiel, les opérations, le présent, tout ça est en partage des différents types de sujet. Que vous ayez affaire à un sujet fidèle, réactif ou obscur, vous avez affaire d’une manière à une autre à epsilon, aux états de vérité et aux opérations. S barré marque le propre du sujet tel que la formule s’en empare et fait en même temps que c’est ça le sujet. Qu’est-ce que c’est, ça, à bien y réfléchir ? C’est en réalité une matérialité, nécessairement, parce que tout le reste peut être dit symbolique. Epsilon, c’est une énoncé, pi c’est une conséquence, le reste c’est des opérations, ça peut être registré à logique ou symbolique. Seul S barré donné la singularité de chair du sujet comme tel. Qu’il soit barré montre qu’il est en incise de la formule. Ça veut dire qu’il ne peut pas être simple, substantiel, il ne peut pas être exactement un, il est toujours en effet marqué, barré, divisé, par l’inscription formulaire qui le constitue. Mais finalement, le S, pour autant qu’on peut se le représenter, c’est quoi ? Il faut bien en venir à la conséquence que en définitive, le S, c’est un corps. Un sujet, il faut bien qu’à un moment donné, ce soit un corps. Il faut que ce S barré

dans la formule soit une barre sur un corps. Corps pourra être pris en un sens étendu. Ce n’est pas nécessairement un corps au sens strict du corps de l’individu vivant. Ça peut par exemple être un corps collectif, ça peut être des corps. ça peut même, nous le verrons, c’est le cas dans l’art, être un corps au sens du corps sensible, de la matérialité sensible comme telle. Mais ce qui de l’intérieur d’une formule subjective supporte son existence effective, c’est toujours la saisie d’un corps. Et si nous ne pensons pas cela, si nous oublions cela, nous allons vers une exténuation symbolique pure du sujet, ce qui n’est pas du tout la visée souhaitée. Il faut bien en définitive que, pour le dire en court-circuit, ce que l’événement saisit, c’est un corps. Ce à quoi ça arrive, c’est un corps, c’est une matérialité. Par conséquencet, nous remplacerons S par C. Voilà la mutation que je vous propose. Nous remplacerons S barré par C barré : petit progrès matérialiste ! Il était d’autant plus nécessaire de le dire que ce point du corps va entrer en particulier très fortement en jeu dans les typologies des processus subjectifs. On peut dire, en gros (c’est une anticipation grossière), qu’en définitive, ce qui distingue les procédures subjectives, c’est que ce n’est pas des mêmes corps qu’il s’agit. Ça entraîne des conséquences ailleurs que dans le corps. Ce n’est pas des mêmes corps qu’il s’agit. Et la différence de corps, ça voudra dire corps collectif, ça voudra dire corps sexués, ça voudra dire différentes figures du corps sensibles, mais nous verrons que en définitive, si telle procédure subjective ne ressemble pas ou est distincte absolument d’une autre, à la fin des fins, c’est parce que ce n’est pas des mêmes corps qu’il s’agit. Ce n’est pas les mêmes corps qui sont événementiellement saisis. Il est nécessaire de marquer ce point d’emblée y compris dans la symbolique en substituant à l’indifférenciation trop symbolique du S le marquage par C, qui indique tout de suite que c’est d’un ou de corps qu’il s’agit, dans la diversité infinie des corps. Voilà pourquoi désormais nous remplacerons S barré par C barré, appelant sujet la formule tout entière où corps est inscrit, et mettant fin par conséquencet à cet espèce de double statut du sujet, la formule d’un côté, et son inscription dans la formule de l’autre. Par ailleurs, me conformant à une suggestion qui m’a été faite par l’une d’entre vous, je modifierai un peu pour le sujet fidèle et le sujet réactif la position de la barre. Je la mettrai sous la formule tout entière. C’est une modification formelle, de lisibilité. Alors si on remarque tout ce que tout cela donne, en laissant naturellement en dessous, dans son pliage omniprésent, la formule de subjectivation, nous aurons donc quelque chose comme ça : dessin Nommons cela en termes d’opérations à partir de ce que nous avons dit. Nous conservons pour chacun des formules subjectives le nom spécifique de subjectivité fidèle, réactive, obscure. Si on s’intéresse non pas à la désignation de la formule subjective mais à son opération au regard des fragments de vérité, ce que nous avons établi la dernière fois, c’est que l’opération qui est ici est une opération de production (c’est là que le fragment de vérité est produit, tiré comme conséquence de l’énoncé événementiel), que là nous avons une opération de reproduction, ou de répétition, et que là, nous avons une opération d’occultation. Ce sont les 3 opérations au regard du fragment de vérité, ie au regard finalement du présent. Le présent est produit dans la 1ère formule subjective, il est reproduit (ie passéifié dans le 2ème), il est occulté dans la 3ème. Il y a un produit dans les 3 cas : ici, c’est du présent (on a fait la théorie du présent). On peut tout de suite dire que c’est aussi bien le présent comme futur (présent et futur sont indistinguable, nous verrons pourquoi) c’est une autre manière de dire que le présent est dilaté ou infini. Comme c’est le présent du nouveau, présent et futur ne sont pas réellement discernables, c’est le présent en tant que présent de ce qui vient. Présent et futur, se sont des extases temporelles qui sont au même point. La production de la 2ème figure, c’est le passé et la 3ème figure elle a ceci de particulier qu’elle ne produit pas du temps, pas même le passé, mais sa production particulière est de produire de la mort. C’est aussi une production, à sa manière. Finalement, on peut dire que telles sont les opérations formulaires du sujet. Les 3 grandes opérations formulaires du sujet, c’est production, reproduction, occultation. Et ces opérations se présentifient quand un fragment de vérité vient effectivement occuper des places marquées à vide, marquées à blanc, dans la formule. Vous voyez que, au fond, ça, ces 3 schèmes là, sont absolument formels, et donc absolument universels. Quelle que soit la nature de l’événement, quel que soit l’espace subjectif, quelle que soit la particularité de la situation, un sujet, avec la subjectivation par en dessous, ça se distribue ainsi. Ce qui va faire exister comme singularité des sujets, c’est ce qui s’inscrit là, qui sont les conséquences tirées, effectivement produites, de l’énoncé événementiel, ça va singulariser les sujet, ça va les différencier. Dès que la place marquée vide du fragment de vérité est occupée, on a un sujet, et pas seulement la formule abstraite. Nous avons la surrection d’un sujet, qui implique La singularité de la situation, de l’énoncé événementiel, de la formule. La formule existe quand ces places vides sont occupées par un état de

vérité, par un fragment de vérité. Au fond, à ce moment là une figure subjective peuple l’espace subjectif. Ce n’est que quand un fragment de vérité vient en position formulaire, un fragment réel, effectif, que la formule peut être dite peupler ou habiter l’espace subjectif. En même temps, inversement, l’infinité d’une vérité singulière procède subjectivement. Inversement, c’est pour autant qu’un fragment de vérité s’inscrit dans la place vide de la formule subjective considérée que la vérité procède. Elle procède fragmentairement, toujours. C’est précisément cette procession fragmentaire qui constitue le devenir d’une vérité. Une fois ce point là bien assis, parce qu’il est la base de tout, je voudrais faire quelques remarques complémentaires qui concernent les formules et les opérations. L’implication, il faut bien comprendre qu’elle est formellement identique, dans l’ensemble des dispositifs formulaires, parce qu’elle indique toujours que quelque chose se présente comme tiré de, comme conséquence de, comme procédant de. C’est toujours ça qu’elle marque. Même dans la formule obscure, l’énoncé événementiel est sous dépendance de, ou tiré de, du corps glorieux du sujet incastré, du corps absolu, du corps céleste. Dieu est un corps, mais simplement c’est un corps sans barre, c’est un corps absolu. C’est ce que veut dire qu’il soit immatériel : immatériel, ça veut dire un corps sans matière. C’est pour ça que quand on veut le peindre, on peint un corps, naturellement, qu’est-ce qu’on pourrait peindre d’autre ? Personne n’a imaginé qu’on puisse le peindre autrement, et c’est normal, c’est simplement l’idée limite du corps, le corps délivré de toute corporéité. C’est le corps sans barre. Mais là, l’implication dit que de ce corps supposé s’infère l’énoncé événementiel, et que de cet énoncé événementiel, il y a loi pour les corps, les corps réels, barrés. L’implication est formellement identique. Mais elle a deux régimes, en même temps. Cette question est importante, car c’est elle qui détient la part de nécessité, la loi de consistance de la production subjective. C’est l’implication qui fixe que nous n’avons pas affaire à une espèce de surgissement subjectif qui se résilierait lui-même dans le chaos. Non, il y a un ordre. L’implication, c’est ce qui marque que toute formule subjective est selon un ordre, dans un ordre, et cet ordre est inauguralement celui de la conséquence, celui de l’implication. Un sujet, c’est toujours tiré des conséquences, c’est toujours dans l’ordre de la conséquence. C’est formellement identique. Mais il y a deux figures essentiellement distinctes, selon que l’implication est ouverte ou arrêtée, selon qu’elle est ouverte ou en butée. On dira que l’implication st ouverte quand elle désigne une place pour un fragment de vérité. Quand ce à quoi elle se destine, si je puis dire, est un fragment de vérité (et puis un autre fragment, peut importe). quelque chose là doit venir. Ça c’est un 1er type d’implication : il y a une conséquence, mais cette conséquence est d’abord donnée comme ouverte ou comme imprésentée, inauguralement imprésentée. Tandis qu’il y a un autre statut de l’implication, qui est qu’elle soit en butée. Donc pas destinée à un marquage ouvert qui va venir être occupé par un fragment de vérité, mais (comme c’est le cas ici) en butée sur quelque chose qui enferme, qui n’est pas une place vide, quelque chose qui n’est pas ouvert à de l’altérité, mais quelque chose qui est effectivement fixé. Dans le sujet obscur, l’implication est deux fois en butée. C’est ce qui le constitue. Elle est une 1ère fois en butée sur epsilon, sur l’énoncé événementiel, ce qui veut dire que c’est une inversion. L’énoncé événementiel, au lieu d’être source de la conséquence, est lui-même conséquence. C’est le nœud du sujet obscur. Autrement dit, l’événement est prescrit, le tenant lieu de l’événement est prescrit. Il est prescrit comment ? Il est dicté, puisque c’est un énoncé, il est prescrit, il est dicté. D’une manière ou d’une autre, l’énoncé événementiel est dicté. Qu’est-ce qui est dicté ? Ce qui est dicté, ce sont des lettres. Il est une lettre dictée. Là l’implication, elle est cette dictée elle-même, la subordination de l’événement au corps sacré, appelons-le comme ça. Convenons d’appeler ça une lettre sainte. On peut l’appeler lettre sainte, lettre sacrée. L’important est l’idée que l’énoncé événementiel est dicté. De ce point de vue là, le fragment implicatif qui est en butée sur epsilon, qui fait qu’il y a une dictée de l’énoncé événementiel par le corps sacré, on peut appeler ça si on veut le mathème de la lettre sacrée. Ne croyez pas que ça vise uniquement évidemment les figures de l’Ecriture saintes. Le sujet obscur est une figure possible de n’importe quelle procédure de vérité. Nous avons déjà indiqué par exemple que l’obscurantisme dans les sciences est une figure du sujet obscur. De même, quelque chose du néoclassicisme ou de l’académisme dans l’art est de l’ordre du sujet obscur. A chaque fois, on peut repérer qu’il y a la formule C implique epsilon. quelque chose supposé être événementiel est de l’ordre de la dictée, du dict. C’est pour ça qu’on peut dire que à chaque fois il y a un effet repérable de lettre sacrée ou de la lettre sainte. Par conséquet, l’impuissance du nouveau, l’impuissance explicite du nouveau. Question :

Réponse : la question dans la poésie est que l’énoncé événementiel qu’elle suppose est dans la figure d’une dictée. Ce n’est pas car on a recours à l’indicible qu’on est dans l’obscur. Ne croyez pas ça. L’indicible est autre chose que l’obscur. On peut requérir de l’indicible en un certain sens… Après tout, dans cette formule là, le sujet fidèle, quelque chose du corps est indicible. Je pense que la poésie n’est pas en exception de ce point de vue là, la poésie comme paradigme de la production artistique, elle a sa possibilité du sujet obscur comme les autres, mais elle ne lui est pas plus particulièrement assignée. C’est la 1ère butée du sujet obscur, qui est l’effet de lettre sacrée. Et puis, il y a une 2ème butée, qui se fait sur le corps, de epsilon sur le corps. Ie que n’est admis explicitement comme corps acceptable, comme corps inscrit comme sujet, comme corps réel (subjectivement réel), que ce qui est prescrit par l’énoncé événementiel (et lui-même est en butée d’une 1ère implication). C’est la 2ème butée, dont la formule est : quelque chose de l’énoncé prescrit absolument le corps. Dans ce cas, le corps est explicite car il est au dessus de la barre. Ce qui veut dire quoi ? Ce qui veut dire que le corps, et de quelque corps qu’il s’agisse, le corps doit se montrer comme prescrit par la lettre. Il ne s’agit pas simplement qu’il soit prescrit par la lettre, mais en outre, le fait qu’il soit le sujet de la barre entraîne qu’il doit se montrer comme prescrit par la lettre. C’est une des acceptions possibles du mot loi. C’est un mathème de la loi. Loi est un terme qui a beaucoup de sens. Mais là c’est un des sens incontestables de la loi, qui est quoi ? Que les corps soient visiblement soumis à la lettre, en butée, immobiles. En ce sens, toute loi est contrainte sur des corps. Mais contrainte, prenez-le non seulement au sens pur de il faut que le corps soit ceci ou cela, mais plus essentiellement encore il faut qu’il se montre sous cette contrainte, il faut qu’il soit visiblement sous la lettre. Plein d’exemples viennent à l’esprit immédiatement. On reviendra là-dessus tout à l’heure. Je voulais juste faire la remarque sur l’implication. L’implication est doublement en butée : elle peut s’appeler lettre sainte d’un côté, et puis loi de l’autre, en tant que loi des corps, corps signifiant des choses différentes selon les procédures. Les procédures sont identifiées par la particularité de leur corps. C’est la raison profonde pour laquelle le sujet obscur n’est pas un créateur temporel, il ne crée pas de temps. C’est parce que l’implication est en butée. La création de temps, c’est toujours implication ouverte. Même le sujet réactif est un créateur temporel, il crée du passé (le passé a besoin d’être créé) : il créée le passé particulier d’un présent particulier (il ne crée pas de passé formel), il crée le passé qu’appelle tel ou tel présent. Donc il crée le présent du passé, c’est dans l’espace du présent qu’il crée le passé de ce présent. C’est une création spécifique du sujet réactif. Le sujet fidèle crée le présent futur. Le sujet obscur ne crée pas de temps. Il est non création temporelle au présent, en même temps : il est dans le présent de l’espace subjectif. C’est ce sacrifice au présent du présent que j’ai appelé la production de mort. ça n’est pas nécessairement tuer des gens, bien que ça le soit souvent. C’est une production de mort parce que ça produit le sacrifice du présent dans le présent. C’est la création d’une mort particulière, ce n’est pas la mort en général, c’est cette mort là, dans ce présent là. C’était la 1ère remarque que je voulais faire sur les modalités de l’implication et sur leur résonance. Deuxièmement, remarquez que l’énoncé événementiel, ie epsilon, finit par supporter toutes les opérations. Ie que si vous regardez les différentes formules, l’énoncé événementiel peut être impliqué, impliquant, sur la barre, sous la barre, affirmé ou nié. Donc il supporte toutes les opérations. En ce sens, il est bien le pivot des formules subjectives. Dès qu’on parle des formules subjectives, c’est à l’événement que tout cela est suspendu. Il est engagé dans la totalité des opérations disponibles. Alors je rappelle qu’il est toujours, en tant qu’énoncé, la décision d’un indécidable. Il était antérieurement indécidable, et l’événement le décide. Que l’énoncé événementiel soit je t’aime ou l’insurrection ou la mort, peu importe, de toute façon, il tranche sur de l’indécidable. Il l’est généralement, mais son destin, le destin de cette décision d’un indécidable, est d’être expérimenté dans toutes les opérations possibles. C’est en ce sens qu’il va être le cœur mobile de la disposition subjective. Il va être expérimenté comme puissance d’implication, il va être expérimenté comme impliqué, comme nié, affirmé, il va être expérimenté comme tout à fait explicite ou comme tout à fait sous la barre. Ça veut dire quoi ? ça veut dire que l’espace subjectif se définit aussi comme expérimentation sur l’événement. A la fois il est ouvert par l’événement, mais il est expérimentation exhaustive opérant sur l’énoncé événementiel. L’événement est à la fois ce qui crée la possibilité subjective et ce qui dans cette possibilité va être expérimenté dans toutes les configurations opératoires possibles. Donc il y a quelque chose dans l’événement qui est circulant, qui circule. Une partie du devenir subjectif, nous le traiterons plus tard, c’est cette mobilité expérimentée du stigmate événementiel. Là aussi, comme toujours, j’essaie de revenir à des exemples triviaux, pour montrer qu’en vérité, tout ça est évident en dernier ressort. Pensez par exemple à ceci qu’on pourrait dire que au fond, l’histoire d’un

amour, c’est proprement l’histoire de l’expérimentation dans tous ses états de la déclaration d’amour, finalement. Que devient le je t’aime ? C’est ça l’histoire d’un amour. ça sera nécessairement expérimenté dans toutes ses opérations. Je le prends comme epsilon trivial, mais le devenir de l’expérimentation de cela dans les figures subjectives qui en commandent le destin, ça peut être dit définir en un certain sens le devenir, ie le processus, le réel, d’un amour. On peut le dire, le repérer, l’identifier, pour toute procédure de vérité. Il y a comme un dispositif expérimental, comme ça, qui traite l’énoncé événementiel dans toutes ses dispositions successives possibles au regard des opérations. L’événement est à la fois en ce sens origine et matière. Ce qui est l’origine, c’est l’événement aboli, l’événement disparu, l’événement dont l’être infondé est le disparaître, c’est l’ouverture même de la possibilité d’un sujet. Mais l’énoncé événementiel, qui est la trace de cela, la pure trace, est la matière omniprésente des configurations subjectives. Ça ça se voit dans le traitement de epsilon dans toutes les opérations. La 3ème remarque que je veux faire, que je crois d’assez grande portée, c’est que le corps, ce que j’ai appelé le corps, là, vous remarquerez qu’il est sous la barre dès lors qu’il y a temps. C’est la question Temps et Corps, question de cours ! Là, ce que nous disons, c’est que s’il y a production temporelle, le corps est sous la barre. Par contre, dans le sujet obscur, le corps est explicite. Qu’est-ce que ça peut bien signifier, cette affaire là ? Est-ce que ça a un sens, ou pas ? Eh bien, on peut dire que toute temporalité effective, et une temporalité effective, c’est la création du présent comme futur, et la production du passé aussi, donc dès qu’il y a temporalisation, alors le corps est une disposition inexplicite, tout à fait réelle (être sous la barre, ce n’est pas disparaître, s’abolir, ou être anéantir, c’est être tout à fait actif mais sous la barre). Disons inexplicite (on peut dire inconscient, si on veut). Le corps est une disposition inexplicite, et au fond, c’est ça, dans une procédure de vérité, l’expérience de l’éternité dans le temps, dont je vous ai déjà parlé dans un autre registre, mais toujours en rapport avec le temps. Ie si dans les procédures de vérité, il y a expérience de l’éternité, c’est pour autant que le présent laisse le corps inexplicite. Quand on crée du présent, quand on crée du temps, quand il y a de l’invention, donc du sujet, de l’événement, quand il y a cela, eh bien le corps mortel est inexplicite. Ça ne veut pas dire qu’il n’est pas là, ça reste lui qui supporte tout, c’est lui la matière (je l’ai dit tout à l’heure), c’est lui qui supporte tout, mais en position inexplicite. Il est vrai qu’on peut dire, c’est une intuition de très nombreux philosophes, Platon, Spinoza et beaucoup d’autres, la vérité il n’est jamais faux de dire que c’est un oubli du corps. Oubli est un mauvais mot, simplement. C’est un oubli du corps, bien qu’il n’y ait que le corps. Bien qu’il n’y ait que le corps, l’expérience d’une vérité est oubli du corps au sens où le corps est explicite. Il n’y a pas besoin qu’il soit explicité pour que le présent soit produit. Nous reviendrons sur ce point. Il est vrai, comme le dit Spinoza, que nous expérimentons que nous sommes éternels. Expérimenter que nous sommes éternels, ça implique pour part que le corps est inexplicite. Donc ce qui est explicite est de l’ordre de l’universel, finalement. Encore une fois, ceci n’en est pas moins compatible avec le fait que [chgt K7] il y a un corps, il y a des corps, il n’y a que cela, mais par la production temporelle, il est mis en position inexplicite. Lorsque nous expérimentons la vérité, nous expérimentons que nous sommes éternels, nous expérimentons que le corps peut être mis de côté. Le côté c’est le là sous une autre figure du là. Ça ça a des noms propres à chaque procédure : c’est enthousiasme, probablement le nom le plus approprié aux grands moments de la procédure politique, ou bonheur, ou bien ça peut être joie ou bien ça peut être plaisir. Toutes ces choses sont du corps, bien sûr, mais selon son inexplicite. Ie elles sont saisies du corps inexplicite par autre chose que lui-même. Par contre, le sujet obscur, dans le sujet obscur, le corps est explicite - je reviens sur ce point - et la contrainte légale du corps doit être explicite. Le corps légalisé est par définition un corps explicite. C’est une figure subjective aussi mais le corps devient explicite. C’est une négation du présent. Ce n’est pas dans la production du présent, mais dans sa négation pure et simple. L’emblème du sujet obscur, de ce point de vue là, c’est quoi ? C’est le corps visiblement sous la loi. On pense tout de suite au vêtement : d’une manière ou d’une autre, le vêtement c’est toujours un peu le corps explicitement sous la loi. Il y a toujours plus ou moins ce qui ne doit pas être montré. Donc tout vêtement est en partie du sujet obscur. Ça ne veut pas dire qu’il faille marcher nu. Parce que l’obscur justement fait partie du présent, c’est ça le point, nous verrons comment. Ça amènerait à une réflexion assez intéressante sur la nudité, symétriquement. Je prends nudité en son sens général (pas simplement la nudité du corps). C’est la nudité comme la non obligation du corps d’être sous la loi. La non obligation d’être explicitement et visiblement sous la loi. Comme l’obligation d’être sous la loi c’est en partie toujours le vêtement, il est de l’ordre du grand voile que la loi se montre, plus on demande de chose, plus le corps est visiblement sous la loi. Mais symétriquement, on se dit : quand le corps est inexplicite, il a à voir avec la nudité. On peut le prendre comme nudité. Ie que la nudité signifierait, je la prends au sens de corps sans loi (sans loi pris au sens précis que j’ai dit, loi = marquage

explicite de la lettre sur le corps, contrainte visible du corps), par rapport à ça, la nudité serait quelque chose comme un corps auquel est consenti de rester inexplicite. La nudité, ça signifierait ça : le corps qui n’est pas contraint de se montrer dans l’explicite de la loi. On pourrait appeler nudité cela, ie le corps subjectif, le corps tel qu’inscrit au sujet, tel que pour autant qu’il se montre, il n’a pas à se montrer sous la loi. Appelons ça la nudité, ou le corps sans loi. Encore une fois, loi est pris en un sens précis, le corps de la loi obscure, le corps sans loi, corps non obscur. On peut dire corps lumineux : le corps lumineux, c’est le corps qui n’est pas sous la contrainte d’avoir à se montrer comme dissimulé par la lettre légale. Ce corps là, ce n’est pas un corps substantiel enfin visible, ce que j’appelle nudité, là, ce n’est pas le corps empirique qui tout d’un coup se montrerait, ça n’a rien à voir avec ça. C’est quelque chose qu’on pourrait dire ainsi : ce corps inexplicite, qui est là, c’est le corps inexplicite en état de se montrer hors loi, nudité. C’est donc le corps selon une vérité. Ce n’est pas l’explicitation du corps inexplicite. Explicitation du corps inexplicite ne veut rien dire : le corps inexplicite est sous la barre, il ne va pas remonter. Ce n’est pas le corps inexplicite qui va se montrer, puisque c’est de rester inexplicite qui le constitue. Ce qui se montre, c’est le corps tel qu’il est autorisé à être inexplicite, tel qu’il est autorisé à ne pas se montrer. C’est le corps se montrant hors loi, tel qu’il n’est pas astreint à se montrer. C’est le corps selon la vérité. Encore une fois, ce n’est pas la soudaine explicitation du corps inexplicite. C’est quelque chose qui est comme l’emblème en corps, justement, du corps restant inexplicite. C’est ça, la nudité. Si on le prend au pied de la lettre, c’est la nudité amoureuse : c’est la dénudation telle qu’elle est une figure évidente de l’amour sexué. Qu’est-ce qui est montré, là ? Ce n’est pas le corps inexplicite qui d’un coup se déshabille. Le corps inexplicite reste dans l’inexplicite du corps, mais il est emblématisé par un corps lumineux, qui ne fait que dire : il y a là un corps inexplicite, mais qui ne l’explicite pas pour autant. Il est nu, de manière essentielle, parce que la nudité est l’emblématique du corps en vérité. On voit que ça veut dire que la nudité ne peut pas être obscure. Dès que la nudité est obscure, elle est pornographique. Question : est-ce que le paradigme de ça c’est pas le tableau Courbet, l’Origine du Monde ? Réponse : on peut se demander s’il n’y a pas une sourde volonté d’explicitation, quand même. C’est à la lisière. Parce que la volonté d’explicitation du corps inexplicite fait basculer dans le sujet obscur. Parce que le seul lieu où le corps est explicite, c’est dans le sujet obscur. Toute volonté d’expliciter le corps inexplicite est obscure. C’est obscène. C’est pour ça que dans le sujet obscur, le corps doit rester sous la loi, absolument explicite, il ne doit jamais être explicitation de l’inexplicite (s’il est explicitation de l’inexplicite, il est obscène). Ça nous indique que quand on est dans la production temporelle, où le corps est inexplicite, il peut y avoir une épiphanie du corps qui n’en soit pas une explicitation. Ça fera partie des états de vérité. Ça sera un état de vérité, ça sera produit comme un état de vérité. Un état de vérité peut être une épiphanie du corps, singulier par conséquencet, et qui n’est pas cependant l’explicitation du corps inexplicite, qui lui est toujours actif dans la production subjective. Encore une fois dans l’amour, on peut appeler ça la nudité. Mais la nudité dans l’amour n’est pas du tout la montée à la surface du corps inexplicite. C’est pas une explicitation, c’est une création fidèle, de conséquence. C’est un corps, bien entendu, mais c’est un corps créé. La preuve, c’est que ce corps ailleurs, dans d’autres circonstances, hors contexte peut être parfaitement obscène. C’est pas en soi qu’il est obscène, il l’est dans la procédure. Il y a d’autres corps de ce genre, qui sont des épiphanies du corps inexplicite et non pas du tout des explicitations de ce corps. En politique, c’est ce que peut être une manifestation. Une manifestation peut être une épiphanie du corps collectif sans explicitation de ce corps (ça ne montre ni la classe, ni le peuple, ni rien). Ça ne montre rien, ça crée un corps particulier, qui est une épiphanie du corps collectif, lequel continue cependant à être raturé ou inexplicite. On peut montrer que la matière sensible dans l’art peut être comme telle exactement dans cette position aussi. Et que le corps de la lettre joue cette fonction dans la science : la lettre comme corps. Question : Réponse : je dis hors corps parce qu’elle n’est pas dans le présent. Il n’est pertinent de dire corps que lorsqu’on dit ce qu’un présent ou un événement saisit. Ce n’est pas le cas de la subjectivation. La subjectivation est la présence du présent, ou sa vie, elle n’est pas coprésente au présent. En tant qu’elle n’est pas coprésente au présent, la question de son corps est toujours fictive. Question Réponse : c’est le saisissement, je ne sais pas comment nommer cela, mais c’est hors corps. C’est pourquoi, je vais me rabattre sur la psychanalyse dans un mvt violent, c’est pourquoi le corps de

l’hystérique est un corps fictif, on le sait bien (il m’est arrivé dans les préliminaires de tout ça d’appeler la subjectivation la figure hystérique). La subjectivation n’est pas saisissable comme corps en même temps qu’elle est saisissable en tout corps. Cette dernière remarque concernant la position du cops barré. Vous voyez que finalement il y a 3 choses à dire là dessus : - le corps quand il y a temps, production temporelle, est inexplicite. - par conséquencet, quand il y a temps, s’il y a production de corps, c’est une épiphanie et pas une explicitation. On peut appeler ça nudité, nudité du collectif, nudité amoureuse, nudité de l’œuvre d’art, nudité du sensible dans l’œuvre d’art. - le sujet obscur ne tolère le corps qu’explicitement sous la loi. Voilà une 1ère esquisse de la dialectique positionnelle du corps dans la question du sujet. C’était les 3 ponctuations : sur l’implication, sur le fait que l’énoncé événementiel supporte toutes les opérations, et sur la position du corps. Maintenant, il faut en venir à la question de l’effectivité, ie de l’occupation de la place vide par un fragment de vérité. Les rappels que nous venons de faire sont tous formels. Ce qui va venir là, ou là, ou là, je rappelle que c’est un fragment de vérité, un état de vérité, quelque chose qui est … première est nécessairement productive, ou au présent futur. Ie que un fragment de vérité ne peut surgir que là, puisque il n’y a que là qu’il est sous l’opération productive. Pour autant qu’un fragment de vérité, est produit, ça veut dire qu’il vient là comme conséquence de l’énoncé événementiel, et induisant une formule subjective ou rendant effective une formule subjective de type fidélité, la rendant effective. C’est la définition même de cette formule qu’elle est en position productive au regard de l’événement, et ce n’est que là que peut surgir un fragment de vérité. Ceci se fait toujours, commençons à topologiser un peu, ceci ne peut se faire qu’aux abords du site événementiel. Si on veut penser les premières productions de vérité, on dira elles sont produites dans le sujet fidèle, et deuxièmement ça se passe aux abords du site événementiel. Je vous rappelle que l’événement, l’ensemble des choses qui constituent l’événement comme multiplicité sont tirées d’une partie de la situation qu’on appelle le site, et qui est le site événementiel. C’est ce qui fait qu’un événement est événement pour une situation déterminée. Cette situation est entre la composition de l’événement lui-même et du site. ça veut simplement dire qu’un événement ça se passe quelque part, pour traduire grossièrement. Un événement, c’est une réquisition locale, ce n’est pas un soulèvement d’une situation tout entière (c’est une conception mythologique de l’événement). Par exemple, pour Paul, l’événement Christ se passe en Palestine, et pas ailleurs, ça se passe chez les juifs et pas ailleurs. C’est pas une brusque mutation de l’empire romain, pas du tout, ça se passe dans un coin. Et dans un coin, il y a des caractéristiques locales qui font que ces caractéristiques sont transmutées, soulevées, pour apparaître comme césure. L’idée de site est ordinaire. Au départ ce qui est requis par l’événement est le site événementiel. Il en résulte qu’il y a un marquage de l’énoncé événementiel par le site. Question : pour 68 ? Réponse : des endroits très restreints ont eu une signification dynamique particulière. deux départements de l’université de Nanterre ont joué un rôle déterminant. On peut repérer la constitution du site en la matière. Le site événementiel marque forcément epsilon : ce que nous avons, c’est l’énoncé particulier nous sommes tous des juifs allemands, qui était un énoncé symptomatique, il n’était pas l’énoncé événementiel mais ça en faisait partie : il était marqué par le fat que à Nanterre, le 22 mars Cohen Bendit avait été arrêté et dénoncé par le PC comme étant un juif allemand. C’est énoncé détenait quelque chose de quoi ? du site. Epsilon est irréversiblement marqué par le site. Il en résulte naturellement que les premières conséquences de epsilon vont être tirées près du site, dans une certaine intelligence du site, dans une certaine coappartenance au site événementiel. L’inscription des fragments de vérité commence toujours aux abords du site événementiel. On a une origine de… Question : Réponse : l’énoncé n’a eu lieu comme énoncé événementiel que car il y a eu Cohn Bendit. Je n’ai pas dit qu’il était réductible au site. Il va se charger de qté d’autres choses, on en tire des conséquences à l’infini, il est inépuisable. Le nous, le tous, c’était quoi ? Tous ensemble en 95, il y a une résonance considérable de l’énoncé. Mais c’est marqué par le site. Ça explique que les implications subjectives démarrent, se font aux abords du site événementiel d’une manière ou d’une autre. Ne prenez pas ça de façon trop cartographique, le site c’est pas nécessairement un lieu au sens spatial du terme, c’est les ingrédients de

la situation qui entrent dans l’événement. C’est aux abords de ça, dans une inflexion de ça que surgissent les premières conséquences subjectives. On en redonnera des exemples. Il est exact aussi qu’un grand énoncé fondateur dans l’ordre de l’art se fait toujours aux abords d’une impasse d’une configuration artistique antérieure. quelque chose fait césure et ouvre à un nouveau possible. C’est donc très près de cette impasse que les 1ères conséquences vont se déplier, l’histoire de l’art en offre des illustrations innombrables. Donc on peut dire que les 1ers états de vérité s’inscrivent là où l’espace subjectif s’ouvre, et donc là où il y a un dépli ou une ouverture du site événementiel lui-même. Nous disons que l’espace subjectif ouvre la situation à de nouveaux possibles, il ouvre le site à de nouveaux possibles, et c’est là dans cette fracture du site événementiel que naissent les premières configurations subjectives, ie les premières inscriptions de vérité : elles vont surgir près de la fracture ou du pli du site événementiel. Ça reste ce qu’on peut appeler la dimension locale du procès de vérité. Après, sa trajectoire peut être immense et vagabonde. Mais il y a une assignation locale liée au site événementiel. C’est là que un ou des corps sont saisis par l’implication d’un état de vérité. Quand je dis : ça se passe aux abord du site événementiel, comprenons : c’est là qu’était ce corps. C’est corporel : c’est là qu’était ce corps, de quelque corps qu’il s’agisse, c’est là qu’était corps saisi par l’implication, produisant un temps, produisant un présent. Ensuite, dans un 2ème temps, mais uniquement quand l’état de vérité a été produit, et peut-être alors beaucoup plus loin du site événementiel, à vrai dire on ne sait pas trop où, peut-être très loin du site événementiel, ce fragment de vérité produit peut être reproduit, ie répété, ordonné à la répétition, en dénégation, répété en dénégation de son origine événementielle par une figure réactive. Il peut venir là, il peut venir là pour autant qu’il a été produit : il ne peut être reproduit que s’il a été produit. Cette fois il n’y a pas de condition astreignante de proximité au site événementiel. Ça peut être loin, décalé, décalé dans le temps et l’espace. Un corps est saisi par cette formule subjective dans la modalité de cette implication explicite, qui prétend montrer que le fragment de vérité se tirait de la négation de l'événement, hors de l’événement, autrement que par l’événement : c’est la répétition, ma reproduction, c’est la mise au passé de la production. C’est la seule chose qui puisse la mettre au passé, qui puisse présenter son passé. Vous ne pouvez présenter un passé que par la répétition. Et puis enfin le fragment de vérité en question peut venir en position d’occultation, il peut venir être occulté, dans la saisie par la formule implicative qui cette prescrit cette foi un corps légal, un corps assigné à la loi. Nous verrons plus tard que c’est ce qu’on pourrait appeler l’étatisation du fragment de vérité. La vérité est subordonnée à la légalisation des corps. Elle est l’inexplicite, le caché de la légalisation des corps. Nous admettrons (ce n’est pas pour l’instant entièrement un théorème) qu’un fragment de vérité ne peut venir en position d’occultation que quand il a été déjà reproduit. Je ne le démontre pas. Je crois qu’on le démontrer, à la fois formellement et expérimentalement, les 2. Mais pour l’instant, je l’indique comme schème. Un fragment de vérité est produit en position fidèle, il est reproduit ré activement et ce n’est qu’au titre de passé qu’il peut être occulté. C’est un théorème sur le temps, une idée sur le temps : ça veut dire que, au fond, on ne peut pas occulter le présent comme présent. Le présent comme présent ne se laisse pas occulter. Ce qui se laisse occulter, c’est le présente au passé. Ça aussi, vous pouvez le rapporter, je voudrais finir et donc je vous laisse en exercice, vous pouvez le rapporter à des expériences très précises : quand quelque chose qui a été produit comme une déclaration de vérité, dans une figure subjective au présent, se retrouve en fin de compte entièrement occulté et en position obscure, c’est toujours que la répétition a travaillé entretemps. C’est une loi générale. Tout le monde le sait sous la forme, par exemple, que entre l’inauguration triomphale d’un amour et son obscurité ou son occultation, il y a la routine. C’est la version psychologique empirique plate, mais elle recouvre un schème fdtal, qui est que pour qu’on fragment de vérité soit occulté, et travaille inconsciemment, comme inexplicite, il faut qu’il ait été préalablement passéifié. Ce qui donne une espèce de trajet. Ce qu’il faut ajouter, et qui est je crois très important, c’est que lorsqu’il est parvenu au stade 3, le fragment vérité, nous l’avons dit, devient mortifère. C’est lui qui devient mortifère. On peut dire il a été reproduit, mais c’est lui qui devient mortifère, ie producteur de mort. il faut dire que c’est lui, car a formule subjective, y compris celle du sujet obscur, est inactive tant qu’un fragment de vérité ne s’y est pas inscrit. Le fragment de vérité s’y inscrit non pas au présent, non pas même en tant que produisant un passé, mais il s’y inscrit déjà passéifié, et là il est inerte, mais il produit effectivement de la mort. La question se pose : peut-on le restituer, peut-on le restituer à sa vie ? Vous voyez la question : est-ce que le destin d’un fragment est toujours de devenir mortifère ? C’est une thèse souvent soutenue : il ne faut pas trop qu’il y ait de la vérité, car la vérité est mortifère à al fin des fins. Est-ce que je suis en train de dire ça ? Contentons nous des opinions, la vérité est terrible, dans tous

les ordres (je ne pense pas seulement aux histoires du totalitarisme). On sait très bien que l’amour est un risque épouvantable, et mortifère, comme tout le monde le sait. Est-ce que c’est destinal, ce schéma ? ça ne l’est pas, et pour deux raisons. - la première, c’est qu’il n’y a aucune nécessité que ce trajet s’effectue. Ceci est possible. Pour autant qu’un fragment de vérité s’est trouvé traité réactivement, il peut venir en position d’inconscience obscure. 1ère raison : ce trajet n’est pas nécessaire. - 2ème raison : un fragment de vérité en position obscure est réactivable. Ie ça peut être ressaisi, comme ça. Ressaisi, ça veut dire quoi ? ça veut dire renouer ou réordonné à la puissance de l’énoncé événementiel. Dans la figure du sujet obscur, le fragment n’est plus rattaché à epsilon, d’aucune façon. Il est toujours possible (c’est complexe, je détaillerai plus tard) de désenfouir un fragment de vérité obscurci, pour autant qu’on peut le réaccorder ou le restituer à sa provenance événementielle. C’est un processus d’extraction, c’est pas un processus de reproduction. On extrait des entrailles de l’obscur l’élément de vérité qui y était actif, mais de façon mortifère. Ie vous extrayez le fragment de vérité actif dont l’activité était mortifère. Comment appeler ça ? Il y a un seul mot qui convient, il faut l’appeler résurrection. Au sens strict : transformation de ce qui était mort. ça porte sur un fragment de vérité, ça ne porte pas sur une personne. Un fragment de vérité parvenu à sa position mortifère peut être ressuscité, ie réordonné à sa puissance événementielle par extraction. Il y a donc une 4ème opération. Nous affirmons l’existence d’une 4ème opération. Dont, je le signale, Husserl a eu une intuition profonde. Lui, il appelait ça la désédimentation. Ça concernait une doctrine bien différente de celle qu’on expose ici, la doctrine du sens. Mais si on isole le motif husserlien de la désédimentation, on y trouve quelque chose de comparable à ce qui est ici énoncé, à savoir la possibilité de réactiver quelque chose qui est enseveli et devenu un emblème cadavéreux sous les sédiments qui l’écrasent. On peut le sortir, on peut réactiver les sédiments. Cette réactivation sédimentaire, c’est un peu ce que j’indique ici, dans un déplacement essentiel, dans la possibilité d’une extraction réactivante d’un fragment de vérité, perdu finalement dans la production de mort du sujet obscur. Il y a une 4ème opération. Renommons-les : Il y a la production Il y a reproduction Il y a l’occultation Et il y a la résurrection. Nous laissons ouverte une seule question : qui est sujet de la résurrection ? Y a-t-il une formule subjective de la résurrection ? Etant entendu que c’est certainement une restitution au sujet fidèle. Mais cette restitution au sujet fidèle n’est pas l’opération du sujet fidèle, qui est une production. La résurrection transforme la mort en vie et qui stt transforme en temps le non temps. Ce n’est pas simplement la création du temps ou du présent, c’est représentifier ce qui avait été soustrait au présent, soustrait au temps par la figure du sujet obscur. Ce n’est donc pas seulement la production du présent (c’est la figure du sujet fidèle), mais c’est la capacité à transformer à nouveau au présent ce qui avait été d’abord passéifié et ensuite soustrait, purement et simplement, à la puissance temporelle. Voilà pour aujourd’hui ! 4 MARS 98 Le devoir est le suivante : il faut commenter cette formule de Kierkegaard : « le moi a un égal besoin de possible et de nécessité. Il désespère autant par manque de possible que manque de nécessité ». Cette formule est tirée du Traité du désespoir de Kierkegaard. Vous n’êtes pas obligés d’aller voir le Traité du désespoir, vous pouvez prendre pour elle-même la formule. Simplement, il faut évidemment savoir minimalement que à vrai dire, ce que Kierkegaard appelle le moi est, en vérité, le nom qu’il adopte pour sa propre représentation du sujet. Ceci pour que vous ne vous embarquiez pas prématurément dans une opposition lacanienne du moi et du sujet, imputant à Kierkegaard de ne parler que de l’imaginaire. Le moi ne recouvre pas en danois le mot qui en français a été traduit par le moi. Il est clair dans le contexte que le moi, défini d’ailleurs comme un rapport qui se rapporte à lui-même, est de toute évidence le concept kierkegaardien du sujet. C’est bien un devoir sur le sujet, et pas un devoir sur le moi au sens où moi serait opposé à sujet. C’était pour les préliminaires. Le thème d’aujourd’hui c’est la vérité comme procédure subjective, finalement le passage d’un point de vue local à un point de vue global. Jusqu’à présent, nous nous sommes surtout occupés de cette instance locale d’une vérité post événementielle qu’est une formule subjective. La figure subjective est la figure présente, active, locale, de toute procédure de vérité. Bien, mais ceci ne nous dispense pas de nous

interroger sur la procédure, le déploiement lui-même, intégrant éventuellement diverses formules subjectives, et par conséquencet le passage à un point de vue plus global sur la connexion entre vérité et formule subjective ; esquisse de globalisation du processus auquel on va aujourd’hui s’introduire, sans en donner d’ailleurs tous les raffinements ou tous les détails. On avait esquissé ce point à la fin du dernier séminaire. Pour y venir, un trajet, un reparcours. Au fond, qu’avons-nous pensé, qu’avons-nous énoncé, qu’avonsnous proposé jusqu’à présent, qui nous amène au seuil de la procédure de vérité saisie localement ? Nous avons pensé la provenance de tout sujet, la provenance du sujet. C’est déjà en soi une thèse, qui est que le sujet provient. Elle s’oppose, je le rappelle, - d’une part à une vision structurale du sujet - et d’autre part aussi à une vision où sujet est un protocole d’autofondation. Dès lors que un sujet n’est ni une structure identifiable d’un côté, ni non pris ou captif de la métaphysique de l’auto-fondation, alors il faut qu’il y ait une provenance. Cette provenance nous l’avons nommé événement, il y a une provenance événementielle du sujet et nous avons identifiée cette provenance, cet événement, ontologiquement comme étant un supplément infondé, et logiquement comme étant une structure indicative, qui en fin de compte décide un énoncé antérieurement indécidable. Venue, surgir et disparition d’un supplément infondé : c’est l’ontologie de l’événement et d’autre part détachement d’une décision sur l’indécidable, qui est la structure logique de cette provenance. Si on le dit très simplement, on dira : - d’une part quelque chose advient qui n’est pas calculable, un surgir infondé, quelque chose arrive qui est incalculable. - et d’autre part quelque chose est dit (ça veut dire aussi quelque chose est fait, exposé, agencé, composé), qui tranche sur l’indécidable. Tel est, dans ce conjointement d’un surgir incalculable et d’une décision sur l’indécidable, la provenance de tout sujet. Nous avons indiqué le lieu de cette provenance. Le lieu de cette provenance, nous l’avons appelé un site événementiel. C’est dans la situation, dans la situation pour laquelle il y a sujet, c’est une collection de termes, une zone, une région de la situation, qui est située au bord du vide, et qui est dotée d’une sorte de précarité ontologique particulière dans le détail de laquelle je ne reviens pas. Le site événementiel, pour faire image, c’est une sorte de zone quasi transparente de la situation, transparente à son propre vide. C’est quelque chose qui est au fond au lieu du minimum d’épaisseur de la situation. Toute situation comporte des zones où l’épaisseur de l’être est minimale, dans laquelle l’être est affaibli. C’est cet affaiblissement, cette flexion transparente de l’être qui détermine dans la situation ses régions, ses lieux qui sont les sites événementiels. Il faut que par ailleurs les lieux sont la matière de l’événement. L’événement sera entre autres choses composé d’éléments de son site, ie le surgir événementiel n’est pas un surgir qui amènerait d’ailleurs un supplément d’être. La supplémentation est immanente. Elle se compose de l’intérieur même de la situation par les éléments même du site. On peut dire, ça fait image politique, que la supplémentation événementielle, c’est une levée du site. C’est une levée qui comporte des paradoxes particuliers, des paradoxes de non fondation. Mais tout événement est une levée de son site, une levée incalculable de son site. Ça veut dire, ça aussi, pour le traduire simplement, que ce qui arrive arrive toujours là. Ie véritablement l’événement c’est de l’être là. Ça arrive là, ça n’arrive pas n’importe où, et ça n’arrive pas dans le tout ou pour le tout. Il y a une localisation située de l’événement dans la situation : levée de son site, l’événement est là, il n’est pas une mutation globale de la situation, il est en un lieu d’elle-même. C’est une expérience tout à fait connue et frappante : surprise de la supplémentation, et localisation spécifique de ce qui ainsi advient. Ce là, site, localisation, c’est cette région précaire, sans épaisseur, ou avec l’épaisseur minimale de la situation. Nous avons dit aussi que ce qui est dit, l’énoncé événementiel, ce qui est dit, ce qui est fait, ce qui est agencé, ce qui est composé, ce qui est exposé, est entièrement marqué par le site. L’énoncé nullement indifférent, étranger, extérieur au site, il est chargé de cette localisation. L’énoncé pourra être dit de ce point de vue local. Local dans son surgir, dans son détachement. C’est important à dire, car le processus va être en un certain sens l’universalisation de cette localisation. Il y a toujours quelque chose comme cela dans une vérité effective, qui est que le là du dire premier s’universalise dans un labeur, un trajet, un travail : il n’es pas une donnée universelle primitive, il est en charge d’universalisation possible. Cette universalisation, elle est liée à un labeur, un processus, une procédure subjective qui rencontre obstacles,

chicanes, inversion, réversion : il n’est nullement automatique. Toute universalité est à ce prix, doit commencer là dans l’extrême localisation de son surgir. A partir de là nous avons pensé la novation post-événementiel : le site, l’événement, ce détachement d’un dire localisé, et ce qui est créé espace subjectif. La novation post événementielle immédiate, c’est l’ouverture d’un espace. C’est dans cet espace ainsi ouvert, dans cet écartement de la situation, que vont procéder les sujets, comme opérations d’une vérité. Les sujets comme opérations d’une vérité vont procéder dans l’espace subjectif ainsi ouvert, et qui dans son apparition reste indéterminé. C’est le peuplement subjectif de l’espace qui va définir le trajet de vérité. Encore faut-il qu’il y ait cette possibilité indéterminée, et c’est cette possibilité indéterminée, ce lieu nouveau, ouvert, mais encore inpeuplé, encore anonyme, que nous appelons espace subjectif : c’est ce qui est décidé, ouvert, constitué par un événement. On pourrait dire que l’espace subjectif va être le plan d’existence du sujet, ie ce à partir de quoi il va y avoir ce qu’on pourrait appeler un dépli subjectif de la situation tout entière. Parce que, ne serait-ce qu’en hommage à Deleuze, on peut tout à fait décrire l’espace subjectif comme un dépli (pas comme un pli, justement). Imaginez quelque chose qui est plié et qui s’ouvre, quelque chose qui dans la situation n’était pas praticable comme espace car c’était plié. L’événement en un certain sens, c’est toujours un dépli de situation. C’est cette ouverture dans laquelle les sujets vont s’inscrire. Là encore, comme j’ai eu souvent l’occasion de le répéter, c’est une expérience. Quasiment physiquement, on sent le dépli. quelque chose se déplie, quelque chose qui était auparavant replié sur soi-même, s’entrouvre ou s’ouvre et ce qu’on va en faire est incertain, mais il y a dépli, dans n’importe quelle rencontre, dans n’importe quelle réquisition historique, idée nouvelle, ce dépli qui rend possible son peuplement subjective. Ensuite, il faut penser les figures subjectives qui vont peupler le dépli, ie les formes possibles d’inscription sur la surface de l’espace. Je n’y reviens pas, mais il y a : - la figure de la subjectivation, qui initie le subjectif comme tel, qui est moins à proprement parler une figure que le figural de toutes les figures. Ou comme nous avons dit qui est moins le présent d’une vérité ou d’un sujet que la présence de ce présent. C’est celle au fond qui lance sur la surface l’énoncé primordial. C’est celle qui jette sur la surface l’énoncé détaché, l’énoncé epsilon, constitutif de tout ce qui va suivre. C’est la figure qui jette les dés sur la surface dépliée, les dés subjectifs. Après il faut les ramasser, c’est le labeur. La subjectivation est une figure foudroyante, et décevante, car elle a jeté les dés et après elle ne s’en soucie plus. Elle ne se soucie pas de savoir comment ils pourraient être ramassés. Ce dé lancé à la surface est le 1er énoncé, celui qui décide, qui décide sur l’indécidable. Il faudra immédiatement explorer les conséquences, à l’infin. On peut dire que c’est le 1er chiffre du sujet. - et puis sous cette condition là, il y a la figure fidèle, la figure réactive et la figure obscure. Dont je ne donne plus ici les schémas. Alors nous avons vu aussi que, à chaque fois, c’est plus proche de notre élaboration dernière, c’est un corps qui est saisi par la subjectivation. Ce qu’il y a là, c’est d’abord un corps, et ce corps va être mis à sa place dans une figure subjective. A certains égards, au fond, un sujet, c’est le placement d’un corps. C’est le placement d’un corps par rapport à quelque chose, qui sont epsilon, l’énoncé initial, son placement dans l’espace subjectif, les opérations de conséquence, de présent, de barre, de négation, mais tout ça c’est l’appareillage logique effectif qui finalement dispose un corps dans une formule. Un sujet, c’est une formule de placement d’un corps. Ce corps est originairement marqué, ce n’est pas un corps plein. Il est marqué d’être un corps dans et pour l’espace subjectif. Le fait d’être astreint à la formule, de pouvoir entrer dans la formule, est son marquage inaugural, le marquage qui le transporte quelle que soit la formule. Ce n’est pas un corps au sens d’une matérialité inerte. Bien sûr, il est supporté par une matérialité inerte, par une matérialité vivante, d’accord. Mais ce qui entre dans la formule est toujours un corps raturé, un corps partiellement légalisé de cela seul doit venir figurer, non pas dans la situation, mais dans le dépli de l’espace subjectif. C’est un corps barré, disons un corps stigmatisé : il porte les stigmates de son espacement subjectif. En ce sens, c’est un corps stigmatisé. Nous avons noté que ce corps stigmatisé, qui est en fin de compte la matérialité de la formule, dans les figures fidèles et réactives, demeure inexplicite. Inexplicite veut dire : il est sous la barre, sous la barre de la production subjective. Il est là mais il n’est pas là dans l’explicite de la production, dans l’explicite du faire subjectif. Il est placé dans l’oubli de soi. Ça ne veut pas dire absent ou inactif, mais placé dans l’oubli de soi. C’est vrai même de la figure réactive. Là d’une certaine façon le corps est la matérialité

nécessaire, requise à toute production subjective mais en même temps comme tel inexplicite. Il n’est pas exagéré de dire que en ce sens dans le cas de ces deux formules, la production subjective est oubli du corps stigmatisé. Mais en même temps cet oubli est ce qui porte la matérialité. Par contre, dans la figure obscure, le corps stigmatisé est explicite. Le fait qu’il soit explicite veut dire : il exhibe son stigmate. Il est astreint à exhiber son stigmate. Ça c’est un point très important de rupture et en même temps de combinaison entre les 3 figures : les modes différenciés de placement du corps inexplicite. Vous remarquerez aussi, si vous vous référez aux formules, que dans le cas de la figure réactive, le corps inexplicite est plus loin (car il est sur deux étages). Et c’est important parce que cet éloignement du corps inexplicite participe du caractère réactif de la formule. Là, c’est un point sur lequel nous reviendrons dans l’éthique, qui est un point compliqué. C’est : à quelle distance doit se tenir le corps ? C’est la question éthique centrale, nous le verrons. L’éthique c’est : à quelle distance est le corps ? Et nous verrons que la réponse, qui peut apparaître simple, c’est : ni trop loin, ni trop près. Trop loin, c’est réactif. Trop près, c’est obscur. Donc c’est ni trop loin ni trop près, la distance au corps dans la procédure subjective, à ce corps là, le corps explicite, le corps stigmatisé, tel qu’il entre invariant dans la composition des formules. Nous avons fait une théorie du temps : le temps comme production subjective post-événementielle. Ie du temps des vérités, qui n’est pas le temps de la situation, qui n’est pas le temps des planètes, qui n’est pas chronos, mais qui est le temps des vérités, ie un temps produit sous condition d’un sujet. Nous avons dit : le présent, qui est pour une vérité la même chose que le futur, donc le présent-futur (qui est infini) est défini comme conséquence produite de l’énoncé événementiel. Donc le temps, c’est la conséquence. Produire du temps, c’est produire des conséquences, ie produire des fragments de vérité. Donc on peut dire le présent futur, c’est toujours un fragment de vérité. C’est ça qui à tout moment fixe le degré de contemporanéité à cette vérité. Etre contemporain d’une vérité, c’est partager son temps. Partager son temps, c’est partager la production de ce temps, et donc être d’une manière ou d’une autre dans l’élément des conséquences de l’énoncé. Comme tel, le temps est produit par la formule subjective fidèle. Alors que le passé est produit par la figure réactive, dans la modalité d’une répétition. Par production du passé, nous entendons mise au passé du présent produit. Cette vérité doit être reproduite, mais justement en tant que reproduite, elle est reproduite au passé. Nous avons là la trame subjective du temps, dont il faut bien voir, c’est ça qui est important, que les différentes dimensions du temps ne sont pas produites par les mêmes figures subjectives. Il est à la rigueur erroné de dire que le sujet produit le temps. C’est pas tout à fait ça. Ou le sujet est temporalisation, si on se rapproche d’un thème phénoménologie. On ne dira pas exactement que le sujet est temporalisation, car on dissimule à ce moment là que la production du présent futur et la production du passé appartiennent à des figures subjectives différentes (la figure fidèle et la figure réactive). Le passé n’est produit que sous condition de la production du présent. Ce n’est pas, pour employer le lexique heideggérien, la structure extatique du temps, c’est une figure différenciée, effectivement différenciée. Ça a des conséquences étranges, qui nous préoccuperont, qui est que il se peut très bien qu’un présent n’ait pas de passé. Que la mise au passé d’un présent ne soit pas produite : encore faut-il la figure réactive s’en empare, mais ça n’arrive pas inconditionnellement. Ça peut arriver, mais ce n’est pas inévitable. La mise au passé du présent n’est pas nécessaire. Donc il peut y avoir du présent sans passé. Par contre il ne peut y avoir de passé sans présent. Et enfin le temps est nié par la figure obscure : c’est ni présent, ni futur, ni passé mais l’occultation du présent lui-même, une détemporalisation du temps ou plus exactement une déprésentification du présent. Mais, j’y insiste, c’est un point très important : ceci même est une production particulière. L’occultation que produit la figure obscure est l’occultation de ce présent là et non pas du présent en général. La figure obscure est elle-même assignée à une procédure de vérité particulière, elle n’est pas générale. Et ce qu’elle est en état d’occulter ou de nier est toujours un temps vivant produit singulièrement. Exactement comme une figure réactive ne produire le passé que de ce présent et pas le présent en général [chgt K7]…le présent de cet espace subjectif, cette vérité là, et en ce sens elle coappartient à la dimension générale du sujet. Enfin, nous avons aussi montré, là j’y insiste car nous allons le retrouver, nous avons établi un lien entre le temps et le corps. Au fond, nous avons montré que dans la figure fidèle, c’est le vif du présent qui rend le corps inexplicite. Précisément c’est au nom ou sous la production du présent que le corps stigmatisé reste inexplicite. C’est le dévouement au présent qui laisse le corps à distance. C’est une expérience aussi. Que le réel du dévouement au présent laisse le corps dans l’inexplicite. Qui se manifeste par le fait

que, comme aurait dit Spinoza, que le corps s’avère capable d’autre chose que lui-même, ou que la capacité du corps est absolument autre que ce qu’elle supposait être. Le corps stigmatisé est à distance de ce corps capable généré par le présent lui-même. C’est ce que Nietzsche appelait l’abolition de la pesanteur. Le grand ennemi de Nietzsche c’était l’esprit de pesanteur. L’esprit de pesanteur, c’est le corps stigmatisé. Nietzsche a eu une intuition extrêmement profonde de ce que l’avènement affirmatif du présent laisse à distance ce corps pesant, ce corps explicite et abolit l’esprit de pesanteur. C’est la raison pour laquelle il comparait la pensée à la danse. La raison de la comparaison de la pensée et de la danse, c’est que la grande affirmation dionysiaque, le grand midi, c’était l’abolition de l’esprit de pesanteur, c’était l’avènement du corps dansant, ce qui rend inexplicite le corps pesant, ie le corps attaché à la terre. C’est une intuition juste : il y a dans le vif du présent, la production subjective du présent futur d’une vérité quelque chose qui met à distance le corps stigmatisé. On peut bien appeler ça une identité de la pensée et de la danse si la danse est la création d’une légèreté impossible, une légèreté qui fait que le corps stigmatisé n’est plus là, c’est comme s’il n’était plus là. Il est là aussi, son là se rappelle dans la danse elle-même, N le sait très bien : il y a une retombée, il y a une verticalité qui retombe, mais dans ce mouvement entre verticalité et retombée, l’élément primordial est la verticalité. Nous avons montré ce lien entre temps et corps. Et ce qui est là comme corps, dans le présent, n’est pas le corps de l’inexplicite ou de l’incst. Ce qui est là, c’est un corps vérité, comme le corps de la danse. Nous avons dit : le corps vérité n’est pas une explicitation du corps inexplicite. C’est ce qu’on pourrait appeler un corps réel. Et j’ai proposé de l’appeler nudité, ce corps réel. Ce qui est là, c’est la nudité, ie le corps réel. Alors on pourrait avancer l’axiome, comme ça, un peu douteux, mais raison de plus, qui est que toute vérité est portée par une nudité. Je ne dirais pas que toute vérité est nue. Il y a longtemps qu’on a dit que la vérité était nue, quand elle sortait du puits, elle sort nue du puits : il y a une vieille intuition de ce rapport entre vérité et nudité, et symétriquement une vieille intuition du rapport entre costume et mensonge. L’habit fait le moine, mais le nu ne fait pas le moine. Si vous êtes nu, vous n’êtes pas moine, ou très difficilement. Mais je ne dis pas cela, que la vérité est nue. Je vais dire la vérité est portée par la nudité. C’est autre chose. Le placement du corps inexplicite reste là, le corps stigmatisé reste là, et puis ce qui vient en explicite n’est pas ce corps stigmatisé, c’est ce que j’appelle le corps réel qui fait corps pour la vérité, mais sans que jamais corps stigmatisé cesse d’habiter le dessous de la barre. Cette nudité au fond, c’est le corps réel advenant comme support d’un fragment de vérité. Il faut bien que n’importe quoi, y compris un fragment de vérité, soit porté par un corps. Il n’y a que des corps, il n’y a que des corps et des langages, des corps et des logiques. La logique c’est des formules subjectives : il faut que le corps soit là comme matière, et il faut que un fragment de vérité porté par un corps, et c’est ce corps réel portant le fragment de vérité qu’on appellera nudité. C’est comme le corps collectif d’une manifestation politique. Ou bien c’est comme le corps sensible matériel dans l’œuvre d’art (teinte, couleur). Ou bien c’est le corps littéral de la science, c’est le corps de la lettre. Ou bien c’est le corps sexué glorieux de l’amour. C’est le corps réel tel qu’il advient parfois, comme support d’un fragment de vérité. ça ce sont le substituts présents du corps inexplicite, dont il ne faut jamais oublier qu’il est toujours là, sous la barre, avec son stigmate. Stigmate que, sauf dans la figure obscure, il n’est pas astreint à montrer. Même dans la figure réactive il y a cela, avec un corps un peu trop loin. Dans la figure obscure, vous savez que le présent est écrasé par la supposition explicite d’un corps total. La position explicite d’un corps sans stigmate, d’un corps sacré, d’un corps non marqué. Ie d’un corps qui est en même temps et au même point symbolique et réel : un corps indivis entre le symbolique et le réel. Un corps divin, un corps immortel : cela écrase le présent. Alors le corps stigmatisé doit être explicite, le corps légalisé doit se montrer comme corps légalisé. Ou si vous voulez le corps doit se montrer sous le voile explicite de la loi. Et si possible il ne doit montrer que cela, il ne doit montrer que le stigmate. C’est d’ailleurs assez difficile. Le sujet obscur est un travail formidable : arriver à ce que la venue à la surface du corps inexplicite inscrit dans toute formule subjective s’exhibe en exhibant à la limite que son caractère stigmatisé, ça demande beaucoup de travail, voire même la terreur (mais la terreur est aussi un travail, infini, qui n’a jamais de fin). Pour terminer, nous avons repéré les opérations subjectives majeures qui traversent l’architecture de ce que nous venons de dire. Discerné 3 : - production, qui est l’opération de la figure fidèle : produire des conséquences, des fragments de vérité présent. Opération de production

- opération de répétition, propre au sujet réactif, produire un replacement de la vérité produite. Ou produire du passé. - et puis opération de l’occultation, propre au sujet obscure : occulter le présent, raturer le présent, écraser le présent sous le corps sacré. Ceci nous a donné un 1er tracé ou une 1ère esquisse du tracé de la procédure. Alors ce qui va nous servir de pivot c’est, je redessine la chose rapidement, nous étions restés sur le schéma suivant :

soit Vp un fragment de vérité quelconque, ie un groupe de conséquence, ie une formule finie du présent. Nous avions dit, finalement : pour autant que cette formule est ressaisie dans la formule du sujet réactif, elle est répétée et mise à distance d’elle-même. Et pour autant qu’elle est ressaisie sous condition d’avoir été déjà passéifiée par la figure du sujet obscur, elle est écrasée par la figure du corps absolu, ou du corps symbolique et réel. Parvenu en 3, là nous avions dit : le fragment de vérité est à la fois mortifié et mortifère. Il ne crée plus que du corps légal explicite, il ne crée plus que de l’exhibition des stigmates. C’est un point sur lequel je veux aussi insister : la racine de la mortification au présent, c’est un fragment de vérité. Finalement, de ce point de vue là, un fragment de vérité, qui est l’emblème du présent, peut aussi bien s’inscrire de telle sorte qu’il soit production de mort. L’opposition entre production de vie et production de mort, ce n’est pas l’opposition entre vrai et faux. C’est un point essentielle dans les chicanes que ça introduit pour l’éthique : ce serait tellement simple si on était assuré de l’identité du brai et du bien. C’est ce que la philosophie a désiré, la garantie que en définitive il y ait identité du vrai et du bien et que donc la vérité soit toujours innocente. C’est le fantasme philosophique par excellence. Lacan le disait sous la forme : du coup, le philosophie prétend qu’on peut et doit aimer la vérité, l’amour de la vérité. Il protestait vigoureusement contre ce thème de l’amour de la vérité, et il disait la vérité n’avait rien d’aimable en soi. Derrière ce thème de l’amour de la vérité, il y a la conviction que vrai et bien sont réciprocables en dernière instance. Ce qu’on vient de dire s’écarte de cette hypothèse. D’une certaine manière, je poserai moi-même qu’il n’y a de bien que sous condition d’une vérité : j’assume la variante de mon désir de philosophe. Mais la réciproque n’est pas vrai : il n’est pas vrai que pour autant la vérité induise ou soit homogène ou identique au bien, parce que le mal lui-même (j’emploie ce mot pour la mortification, les effets du sujet obscur etc…), le moteur du mal lui-même est un fragment de vérité. Vous voyez, si on voulait une image, on pourrait dire qu’un fragment de vérité peut s’égarer dans l’obscur, se perdre dans l’obscur. Ça a un sens précis : ça veut dire être capturé par la formule subjective obscure. Et alors il produit de la mortification, il devient mortifère. Et ce mortifère là n’existe que sous condition que cette vérité ait été produite, il n’existe pas en soi. Le fragment de vérité qui vient se disposer ici dans la formule du sujet obscur, il a fallu qu’il soit produit ici, puis en un sens passéifié ici. Il a fallu qu’il soit produit, qu’il soit répété et qu’il soit occulté. Mais ne peut être occulté que ce qui a été préalablement produit et ensuite répété. Le sujet obscur marche à la vérité, comme tous les autres, simplement il marche à la vérité dans la modalité de l’occultation. L’occultation exige ou requiert qu’il y avait un fragment de vérité, placé là. Et donc on ne peut pas soutenir que la vérité est absolument innocente, c’est impossible. Elle n’est pas innocente, puisque son destin peut être d’être mortifère. Il peut lui arriver, à tel ou tel fragment de vérité, d’être mortifère. Et j’y insiste : à mon sens c’est le fragment de vérité lui-même qui vient là, ce n’est pas sa méconnaissance, son ignorance, quelque chose qui est venu à sa place. Ce n’est pas à proprement parler de la vérité trahie. Le motif selon lequel ce qui est criminel, c’est la vérité trahie, on le connaît. Le sujet obscur n’est pas une trahison, c’est un autre placement, le fragment de vérité est autrement placé et ce déplacement du fragment suffit pour que le fragment de vérité devienne mortifère. Il y a un côté, je dirais presque qu’il y a un moment où c’est un fragment de vérité, c’est comme un virus : ça peut fonctionner dans une disposition structurale absolument mortifère, et puis placé ailleurs, c’est inoffensif. Ça peut s’enkyster quelque part, de tsq dans la figure du sujet obscur, ça produit de la mortification. Un petit bout de vérité égaré, qui se promène, égaré comme un virus, ça produit de la mort. C’est le côté viral de la vérité. Elle a ce côté. C’est plus profond que l’opposition classique qui consiste à dire la vérité est formidable mais malheureusement il y a ignorance, répression, oppression. Non : sans vérité, il n’y pas de sujet, pas même de sujet obscur. Tout ça est au présent : le sujet obscur, c’est la

forme présente de l’occultation du présent. C’est ce présent que ça occulte. Ce n’est pas une brusque irruption d’un démon du passé. Bien sûr, le fragment de vérité a été mis au passé, mais ce n’est pas le surgissement d’une vieillerie démoniaque. La mortification n’est pas un cauchemar, elle n’est pas une hantise, elle est un déplacement du fragment de vérité comme tel. Ceci étant, nous avons dit : cependant, le fragment de vérité ainsi enfoui, ainsi enkysté, dans la machinerie du sujet obscur, peut éventuellement en être extrait. Evidemment, puisque c’est une question de place. Ce n’est pas une question dénaturation interne. Ce n’est pas devenu autre chose, c’est un fragment qui est là, un morceau oblitéré du présent, on peut le redéplacer encore. Comment ? en l’extrayant, un processus par lequel il est extrait de son placement mortifère, et reconvoqué à sa production, reconvoqué à sa dépendance envers epsilon, reconvoqué à sa nature événementielle, reconvoqué au présent. Le présent de la vérité qui est occulté peut être désocculté. C’est proprement revivifier un fragment de vérité. Revivifier : remettre dans la production du présent un fragment de vérité égaré dans la figuration mortifère. D’où une 4ème opération, outre la production, la répétition et l’ occultation, qu’on peut appeler la résurrection. La résurrection, c’est une opération, on en voit bien formellement le principe : c’est une opération par laquelle le fragment de vérité (ici disposé à la place du sujet obscur) peut en être extrait et restitué à l’opération productive. Comment, dans quelles conditions, on y viendra. Mais c’est notre 1er schéma quant à ce que peut être le destin d’un fragment de vérité :

il peut circuler depuis la production jusqu’à la répétition, être pris dans l’occultation, et restitué à la production par la résurrection. On dira : toute vérité morte peut ressusciter. Il y a des exemples historiques tout à fait frappants, tout à fait nets de cela. Le plus spectaculaire, c’est la résurrection des mathématiques grecques aux 16ème et 17ème siècles. C’était un cadavre installé dans l’obscur depuis longtemps. Le processus est très compliqué, c’est passé par les arabes etc… Mais pendant des siècles, l’œuvre mathématique d’Archimède, qui en un certain sens représente la culmination créatrice, stupéfiante, de la mathématique grecque, était devenue incompréhensible, entièrement mortifiée. Elle était tombée, elle était devenue obscure, insaisissable, inintelligible. Puis elle a été reconvoquée, restituée à la production, au point qu’elle a constitué l’école immédiate des grands mathématiciens de la fin du 16ème et du début du 17ème, qui se sont constitués euxmêmes en comprenant Archimède. C’est un exemple frappant de ce qu’il faut entendre par résurrection. Une vérité morte, au sens où il n’était même plus possible de comprendre ce dont il était question, a pu être réactivée et ouvrir une nouvelle séquence événementielle de la question de la subjectivation scientifique. C’est une expérience dont vous pourriez trouver de nombreux exemples. Cette expérience de l’opération de résurrection, par quoi quelque chose de tombé dans la figure mortifiante du sujet obscur, est reconvoqué ou restitué à la vivacité du présent, est une opération subjective saisissable. Je voudrais en donner quelques exemples empiriques élémentaires dans chacune des procédures. En art, que signifie qu’un fragment de vérité tombe en position obscure ? Nous l’avons dit, c’est un fragment de vérité qui est académisé. L’académisme, c’est la figure artistique du sujet obscur. C’est ce qui fait que ce qui était vivant est mort. L’extraire de là, extraire quelque chose de l’ordre de l’art vivant tombé dans la figure mortifère de l’académisme, c’est évidemment le représentifier, le restituer au présent. Là aussi, comme la Renaissance le fait de l’art grec, par exemple. Mais ce qui est intéressant pour nous, c’est de voir que cette restitution au présent, elle suppose qu’on l’articule à une production présente. C’est pas un retour tel quel : c’est simplement que ça va être ressaisi ou réarticulé comme ingrédient, fragment récupérable au processus continué d’une production subjective présente. Cette opération, je voudrais lui donner un nom dégagé de toute connotation négative. Ce nom, c’est néoclassicisme. Il faut absolument distinguer en art, opposer même, néoclassicisme et académisme. Qu’appellera-t-on néoclassicisme ? Justement, l’inattendue résurrection vivante de quelque chose qui apparaissait dans sa modalité académique comme mort. Néoclassicisme désigne toujours des séquences de l’art vivant alors que académisme désigne une figure de mort. Néoclassicisme veut dire que à un moment donné vous pouvez prendre pour idéal vivant quelque chose de tombé dans la surimposition mortifère de l’académisme, et l’articuler au présent dans une figure qui est une figure séquentielle. Il peut

y avoir des séquences néoclassiques vivantes de l’art qui sont des résurrections au regard de ce qui dans la séquence précédente était tenu pour académique. Ce qui fait qu’il faudrait plutôt le schématiser de la manière suivante. Reprenons le schéma obscur :

L’opération de résurrection va reconduire au sujet productif, epsilon [chgt K7]. On aurait quelque chose de cet ordre : la conséquence présente va incorporer en résurrection le fragment en le composant à autre chose, qui est une production du présent. ça ne va jamais être le retour tel quel du fragment (ce serait une passséification supplémentaire, ce serait réactif, ce qui a été mis une fois au passé le serait une 2ème fois). Ça va être production nouvelle, quelque chose comme le fragment enseveli a été ressuscité et n’a pu être ressuscité que dans sa conjonction agencement, sa production comme conséquence nouvelle. Néoclassicisme est toujours quelque chose de cet ordre, jamais le retour pur et simple de la figure morte. La figure qui ne pouvait être que morte s’avère vivante dans un agencement singulier qui la reconvoque à la production, qui la reconvoque au présent. Vous trouverez de nombreux exemples de cela, qui donnent un schéma plus fin de l’opération de résurrection en tant qu’elle est toujours un agencement du mort au présent au vivant, un agencement de ce qui se donnait comme mort au présent vivant. C’est dans cet agencement que ce qui était enseveli, ou mort, revient à la surface. On pourrait continuer avec des exemples empiriques de cet ordre. Par exemple en science, qu’est-ce que c’est qu’un fragment de vérité scientifique mis en position obscure ? ça veut dire un usage obscurantiste d’un schème scientifique. Ce que j’appelle académisme en art, je l’appelle directement obscurantisme s’agissant de la science. Les exemples fourmillent. Nous sommes contemporains d’un certain nb d’entre eux. Je les cite en vrac. Vous pouvez avoir un usage créationniste de la théorie du big bang, qui est une mathématique de l’astrophysique. Vous trouverez ça tous les jours usage religieux de la paléontologie, spécialité Teilhard de Chardin. Vous pouvez avoir des formes d’idéalisme obscurantiste de la théorie de quanta. Qu’est-ce qui se passe dans ces cas là ? Il peut y avoir des gens très instruits de ce dont ils parlent, c’est pas la question du savoir et de l’ignorance, des gens instruits, mais ils la placent, ils la connectent en position obscurantisme. Qu’est-ce que le désenfouissement ? qu’est-ce qui se passe quand on le tire de là ? ça veut dire qu’on raccorde le fragment en question à un nouveau dispositif théorique. On éclaircit ce qui rendait encore possible le placement obscur du fragment. quelque chose rendait encore possible le placement obscur, et on éclaircit cela en réincorporant ce fragment à un dispositif théorique rénové. Finalement, on l’articule à de nouvelles conséquences. L’opération n’a rien de nécessaire. On l’articule à de nouvelles conséquences, qui en éclairent à nouveau la rationalité. Ça fonctionnait de façon obscurantiste, et à un moment, dans le procès d’invention théorique, l’ombilic qui permettait de le tenir dans l’obscur est à nouveau cisaillé ou à nouveau coupé. En politique, qui est un exemple très important de genres de procédures, on peut dire que le destin obscur d’un fragment de vérité politique, c’est quand ce fragment est étatisé. Là, il est clair que ce qui est en fonction de corps total, c’est l’Etat. L’Etat incluant pour nous sa norme économique. Ie ce qui était une production présente émancipatrice, ce qui était une dimension post-événementielle dans la logique de l’émancipation politique, s’accroche à la rigidité intemporelle, structurelle, de l’Etat. Ce qui explique une aventure constamment invoquée dans le siècle, qui est l’apparence d’un destin despotique de la logique d’émancipation. Cette étrange dialectique de la révolution et du despotisme. On dit : ça s’est inversé, ça a changé. Pas du tout : c’est la même chose mais qui s’est accroché, placé, à une figure subjective autre, une figure étatisée. L’Etat est en la matière toujours convoqué dans le sujet obscur de la procédure politique. La résurrection c’est quoi, là ? Comment les choses s’extraient de ce plombage par la figure corporelle sans stigmate supposé de l’Etat ? La résurrection, c’est une remise de l’Etat sous condition de la politique. C’est le moment où quelque chose est extrait de sa subordination à l’Etat, et remis dans le jeu, dans le libre jeu de la production politique. Alors là ce qui est intéressant c’est que ça passe nécessairement par du corps matériel qui s’oppose au corps non barré ou despotique de l’Etat. C’est une production de corps libre, qui va pouvoir réarticuler les énoncés ensevelis, les énoncés mortifères, à la production du présent. C’est ce à quoi on assiste, de temps à autre. On s’aperçoit que littéralement, des énoncés politiques ressuscitent. Ils étaient morts, la mort voulant dire qu’il avait été établi que ces énoncés étaient mortifères, qu’ils fonctionnaient dans les souterrains du despotisme. Ils sont morts, ce sont des énoncés criminels, mais tout Etat est criminel par certains côtés, comme tout Dieu. ce à quoi on

assiste, par des production de corps libre singulière, c’est la résurrection d’un certain nombre d’ énoncés extraits de ce souterrain à quoi on les condamnait, pour les réarticuler à d’autres choses, pour les restituer au mouvement de l’invention émancipatrice de la circulation politique générale. C’est une expérience très frappante de résurrection. Tout ceux qui annoncent que des énoncés émancipateurs sont morts sont déçus, car le mort n’est pas aussi mort que ça, il n’est jamais aussi mort qu’on souhaiterait qu’il le soit, jamais aussi étatisé qu’on souhaiterait qu’il le soit. En amour, il faut bien dire que c’est comme en politique, la figure du sujet obscur, c’est la famille. Il faut bien le dire ! Dire que la figure du sujet obscur convoque l’Etat ne veut pas dire qu’il ne faut d’Etat ou que l’Etat est mauvais (ce n’est pas la question). L’Etat a une fonction nécessaire. La politique essaie de prescrire à l’Etat, pour qu’il fasse autre chose que ce qu’il fait. Ce ne sont pas des thèses anarchistes. Le fait est que quand un énoncé émancipateur vient en position obscure, c’est parce qu’il a été étatisé. L’Etat ne fait pas que ça, mais il le fait aussi. Qu’est-ce qu’on appellera famille ? La famille est à l’amour ce que l’Etat est à la politique. Engels n’avait pas tort d’écrire un l ivre qui s’appelait l’Origine famille, de la propriété privée et Etat. C’était bien vu ! Ce qui circule entre la famille et Etat c’est bien la propriété privée. Comprenez-moi bien : ce n’est pas du tout que j’appelle famille un contraire de l’amour. Je dirais même que en un sens, de même que l’Etat est toujours dans le champ de la politique, de même quelque chose de la famille est dans le champ de l’amour. Mais que l’amour ait pour projet de fonder une famille, ce n’est pas contradictoire. Ce n’es pas une logique de contraire mais de place, de placement. Mais il y a une discordance temporelle, quelque chose comme ça. L’habitus familial est apte à mettre des énoncés de l’amour dans des positions obscures. Encore une fois, je ne dis pas qu’il ne fait que cela, ni même qu’il le fait nécessairement. Famille englobera toutes les figures de routine, de répétition au sens mortifère du terme, de fin de la novation et de la capacité créatrice. Ce n’est pas forcément qu’il y ait parents, enfants, cousins, arrière grands parents. Il y a un temps de la famille qui est le temps étatique, le temps de la structure. Alors effectivement, les énoncés primordiaux, les fragments de vérité de l’amour, peuvent être familialisés au sens de leur production mortifère. La résurrection, c’est quoi ? C’est nécessairement une distance recouvrée avec l’habitus familial. C’est pas la ruine de la famille, c’est pas sa dislocation, mais c’est le recouvrement d’une distance avec l’habitus familial. C’est par conséquencet quelque chose comme une récupération de ce qu’il faut appeler l’anarchie amoureuse. Je lui donnerai un autre nom, si vous voulez : c’est une réinvention de la nudité. C’est ça, réinventer la nudité. Prenez-le en tous les sens que vous voulez. Je crois que c’est une bonne image. C’est une bonne image, car il y a une nudité familiale qui ne fait qu’expliciter le corps stigmatisé, et qui est invisible. La défamilialisation de ce qui menace l’amour est bien quelque chose comme une réinvention de la nudité. Et le schéma sera le même. Ça se fait par articulation à autre chose. Une invention singulière réarticule le fragment de vérité enseveli ou écrasé par le caractère semi étatique de la disposition familiale. C’est la 3ème branche du site, celle de la résurrection. Dans tous les cas dont nous venons de parler, ie finalement - production de nouveau du corps matériel libre - réinvention de la nudité dans l’amour - désacadémisation néoclassique en art - et puis réincorporation théorique dans la science qu’est-ce qui ce passe ? C’est que la subjectivation se réempare du dispositif mortifère. Il faut convoquer son omniprésence. quelque chose est resubjectivé. La subjectivation qui rôde sous l’espace subjectif, qui est pliée sous l’espace subjectif, quelque chose de la subjectivation s’empare et remobilise le fragment de vérité égaré. Cela relève de l’action, du déplacement, de l’intervention. La résurrection est une figure active, elle n’a rien de mécanique, elle est rare et difficile, comme si la subjectivité recirculait entre matériau mortifère et le présent vivant. Ce qu’elle nous propose, cette réactivation, c’est au fond un couplage. La resubjectivation propose un couplage : c’est un couplage de ce qui était mort au présent futur de la procédure. Ce qui était mort vient se coupler à quelque chose de la production du présent futur. C’est aussi une expérience, l’expérience que quand on resubjective une expérience subjective qui commence à être réactive au mieux et obscure au pire (c’est comme ça qu’on le sent : le subjectif est en train de défaillir, et on est coincé ou en train de basculer dans le répétitif, le passé, la mémoire, quelque chose de mortifère et obscur, quand on en est là), si on s’en sort, s’il y a une résurrection c’est que production arrive à ressaisir le mortifié dans le couplage à autre chose. Chose que la littérature décrit toujours : comment des personnages de l’histoire apparemment abîmés entre le répétitif et l’obscure ont une idée, une invention, une rencontre, un paradoxe qui fait que ça va se coupler avec ce qui était

apparemment tenu par l’obscur, le ressortir de là, dans un couplage à autre chose. La résurrection, c’est la proposition subjectivante d’un couplage (couplage de ce qui est mort à un élément du présent futur). Si on dit ça, on dit que dans la résurrection il y a un écho événementiel. Il y a quelque chose de quasi événementiel, une resubjectivation, comme une nouvelle rencontre, quelque chose est à nouveau rencontré. Et alors nous pouvons le dire sous une forme relativement précise : nous pouvons dire que c’est comme si cet élément là, auquel l’autre va se coupler, fonctionnait par rapport à l’autre en écho de epsilon, en écho de l’énoncé primordial, comme s’il était proche ou en retour de l’énoncé primordial. C’est quasi événementiel. Cette production ne va pas être l’énoncé primordial, mais au regard de ce qui est extrait des entrailles de l’obscur, et qui va être remis dans la circulation du présent, ça fonctionne comme si c’était epsilon, l’énoncé événementiel. On peut métaphoriser ça de l’amour : le fragment, c’est comme s’il fonctionnait à nouveau comme la possibilité réelle de redire je t’aime. L’autre chose est ressaisie, revivifiée par ça. C’est comme si c’était l’énoncé événementiel lui-même, relativement à ce qu’il s’agit de ressusciter (en soi non, en soi c’est une conséquence). Mais ça se couple à l’autre comme si c’était l’énoncé événementiel. On appellera ça la puissance quasi-événementielle d’un fragment de vérité. Tout fragment de vérité peut aussi avoir une puissance quasi-événementielle. Ie fonctionner au regard d’un fragment mort comme s’il était epsilon lui-même. Il y a une puissance quasi événementielle d’un fragment de vérité produit, ie une puissance de résurrection. C’est une conséquence de l’énoncé événementielle, c’est une production au présent, qui est toujours conséquence de l’énoncé événementiel. Ce qui se passe dans la procédure de résurrection, c’est ça : c’est un fragment de vérité (produit, comme les autres) a puissance quasi événementielle au regard d’un fragment mort. Il prend sur lui l’écho de l’événement. Nous ne sortons pas de la séquence. Mais nous admettrons que dans une séquence postévénementielle peuvent rendre place des quasi événements, qui sont comme des relances, qui ne sont pas l’entrée dans une autre séquence, mais qui la périodisent de l’intérieur. La relance a un signe très précis, c’est que un fragment mort a pu être revivifié. Un fragment de vérité devenu mortifère et obscur a pu être extrait de sa place. Ça nous permet de procédure schéma un peu plus détaillé.

Commentaires de Badiou qui trace le dessin. Ce schéma nous l’appellerons schéma de la procédure. C’est la figure globale : les virtualités du destin d’une vérité sont toutes inscrites dans cette formule et disposent au passage la totalité des types subjectives, ici figure fidèle, la figure réactive, la figure obscure, et ici la figure subjectivante. On peut intégrer tout ce que nous avons établi depuis le début de l’investigation. Mais il faut faire quelques remarques : - nous n’avons pas là une figure de destin : cette procédure globale dispose des possibles, les possibles de l’espace subjectif, et rien là dedans n’est au régime de la nécessité. Il n’est jamais nécessaire qu’un fragment soit passéifié, puis obscurci, puis ressuscité. Ne prenons pas cela comme la succession des

figures de la conscience chez Hegel. On y serait d’autant plus tenté que ça a une apparence circulaire. Non, c’est un réseau de possible articulé, ce n’est pas un destin ou une figure de nécessité. C’est la 1ère remarque. - ceci dit la 2ème tempère la 1ère, dans la durée de la procédure, dans l’infini de son présent, que tel ou tel fragment de vérité suive ce parcours est relativement probable. Pas tout fragment de vérité, mais dans une conséquence post-événementielle constituée, stabilisé, que ceci arrive à un fragment de vérité est d’une probabilité importante. Pourquoi ? - c’est la 3ème remarque : parce que en soi la procédure est infinie, et les fragments sont virtuellement infinie simplement. Tout ceci est sous condition que la vérité soit inachevable [chgt K7]. Simplement, ce qui se passe quand le schéma est accompli, c’est que nous avons en quelque sorte un développement en spirale. Là, c’est présenté en rond, mais c’est pas en rond, parce que évidemment la résurrection si je puis dire relève le fragment elle le réinjecte dans la torsion du présent. Nous pouvons donc disposer la chose comme ça, comme un ressort :

A supposer même que le schéma soit accompli, ce qui n’est pas un destin nécessaire mais une probabilité, il ne s’ensuit nullement que le développement soit circulaire. En fait, c’est un mouvement spiralé, développement qui reconvoque l’occulté mais à un autre niveau, avec une nouveauté qui est la nouveauté du couplage, qui est elle-même une reconvocation de l’événement. Ça veut dire que ce qui fait écart d’une spire à l’autre, ce qui décroche une spire de l’autre, c’est précisément que c’est quasi événementiel. Ça relance à une spire ultérieure. C’est la capacité de la nouvelle production de conséquence qui relance. L’écart de la spirale indique en réalité la dimension quasi événementielle de tout cela. Une fois ceci dit : - c’est une possibilité - c’est tout de même une probabilité car cette affaire est infinie - ce n’est pas une circularité, mais un développement en spirale, décroché. subsiste une question : on voit bien ce qu’est la procédure, sa nature ou son essence, mais : cette production est-elle aussi et en même temps une transformation ? cette production immanente d’une vérité est-elle transformation de la situation dans laquelle elle procède ? Est-elle simple auto-affirmation d’elle-même, est-elle strictement production immanente ? Ou transforme-t-elle la situation même dans laquelle elle procède, et comment ? Autrement dit nous avons rendu raison de la dynamique de vérité, mais cette dynamique de vérité, que vaut-elle si je puis dire pour ce qui n’est pas elle ? qu’est-ce qu’elle bouge, qu’est-ce qu’elle transforme, qu’est-ce qu’elle convoque, hors d’elle-même ? Pour l’instant, nous nous sommes installés dans l’espace subjectif, très bien, mais ce qui se trame dans l’espace subjectif, quel effet cela a-t-il sur la situation. Est-ce que la situation reste identique sans son dépli même, ou est-ce que quelque chose est bougé, transformé par l’avènement du sujet ? On peut dire simplement : qu’est-ce qu’un sujet ajoute à une situation ? Pour l’instant nous avons seulement dit : est ajouté à la situation le dépli de la situation. On peut dire aussi : quelle est l’efficace d’une vérité, en dehors de son auto-

production ? Y a-t-il une efficace de la vérité, et qu’est-ce que ça veut dire ? On peut aussi dire : est-ce que la procédure post-événementielle de vérité n’a valeur que pour le sujet, le sujet qui en est l’opération ? pour prendre un exemple minimal et un exemple maximal : est-ce qu’un amour n’a de valeur que pour ceux qui y sont engagés ? ce que dit le proverbe : les amoureux sont seuls au monde, mais que je crois erroné. C’est la formule restreinte. Jusqu’à la forme la plus déployée, la vérité politique : est-ce qu’elle ne concerne que les acteurs de la politique elle-même ? Les exemples de l’art et de la science se disposent entre les 2. Rien de ce que nous avons dit ne permet pour l’instant une théorie de la transformation. Il va donc falloir reprendre la question autrement, et replacer le processus de vérité dans la situation. Replacer l’espace subjectif peuplé dans la situation par les figures, et regarder ce qui se passe. C’est l’objet de la prochaine conférence. 18 MARS 98 La question dont nous allons nous occupé aujourd’hui, comme nous l’avions annoncé, est la suivante : qu’est-ce qu’une procédure subjective transforme dans la situation ? Nous entrons là dans un examen qu’on peut dire être celui de l’efficacité d’une vérité. Puisque une procédure subjective est en fin de compte coextensive à une procédure de vérité, demander qu’est-ce qu’une procédure subjective transforme, c’est demander aussi bien qu’est-ce que le procès ou le trajet d’une vérité transforme. Et donc c’est la question de l’efficacité d’une vérité, qui est comme vous le savez peut-être la plus ancienne question philosophique, après tout. La question : la vérité a-t-elle pouvoir ? La vérité peut-elle quelque chose ? Et qu’est-ce qu’elle peut ? Et en particulier c’est toute la question du rapport intrinsèque entre vérité et espace réel de la pratique, ou vérité et politique, vérité et action juste etc… Et donc cette question, que peut une vérité, est une question centrale, organique, de la philosophie, depuis sa naissance même. et du reste, le combat philosophique a toujours consisté à soutenir la thèse de l’efficacité d’une vérité contre la thèse sophistique au sens large que l’ordre de l’efficacité n’est pas la vérité, et que au contraire l’ordre de la transformation des situations ou l’ordre de l’affirmation subjective n’est pas en définitive essentiellement lié à la question de la vérité. C’est dire à quel point cette question, dont nous prenons là le relais, dans les paramètres qui sont les nôtres, est importante : est-ce que une vérité a pouvoir, est-ce que une procédure subjective a pouvoir, et quel est ce pouvoir ? 2 remarques préliminaires : - d’abord, transformation de la situation, cela veut dire manière dont les termes de la situation sont affectés par une procédure de vérité. ça va concerner non pas seulement la consistance propre de la procédure, qui est ce dont nous nous sommes occupés jusqu’à présent, mais si je puis dire les effets de la vérité dans l’ensemble de la situation où cette vérité procède. Il faut lier à cette remarque que l’inscription des figures du sujet est immanente, donc elle est en situation, dans une situation d’être, et donc cet effet - si on suppose un effet de la procédure de vérité est un effet immanent. Et immanent veut dire un effet dans la situation où le trajet de vérité se construit ou procède. Et au fond, l’idée qu’il y a un effet de la procédure de vérité s’opposerait à la thèse selon laquelle la procédure de vérité est un pur supplément. C’est ça l’autre hypothèse : la procédure subjective serait un supplément de la situation, qui pourrait la laisser inaffectée. Si on se demande : est-ce qu’une vérité transforme la situation, c’est évidemment au sens où elle est autre chose qu’une pure et simple supplémentation de cette situation, la laissant par ailleurs, dans ses paramètres, identique à elle-même, pour l’essentiel. La forme pragmatique de cette question, question souvent adressée aux procédures de vérité, c’est : à quoi ça sert ? Si on ne peut pas mettre en avant un à quoi ça sert convaincant, c’est un supplément indifférent, dans l’ordre de l’opinion. Admettons que qln démontre un théorème de mathématique, la question de savoir si la situation est affectée par cela passe par des questions comme : à quoi ça sert ? Est-ce que ça a des retombées techniques ? Si vous lisez la presse, le régime du compte rendu de l’invention scientifique est toujours celui là : en plus ça sert à quelque chose, on a trouvé ça et ça aura des retombées techniques etc…. Ce genre d’interrogations postule qu’il n’y a pas d’effet intrinsèque d’une vérité. Il y en a éventuellement des effets induits, mais dans un medium intermédiaire qui n’est pas exactement celui de la procédure de vérité (csq techniques, par exemple). La question que nous posons est : quel est l’ordre des effets intrinsèques d’une procédure de vérité dans la situation où elle procède ? C’est la 1ère remarque préliminaire. - la 2ème remarque, c’est que nous avons sur cette question des effets une situation complexe. Une situation complexe, puisque nous avons identifié des figures subjectives extrêmement différentes, qui sont toutes internes à l’espace subjectif et au processus subjectif. Des figures différentes, et il n’y a pas lieu de penser que les effets subjectifs sont identiques selon les figures. En particulier, on peut ouvrir à

l’hypothèse que tout effet est accompagné d’un contre effet. Si par exemple vous pensez la production de la figure subjective fidèle est possiblement doublée de la répétition de la figure réactive, ou l’occultation de la figure obscure, on voit bien que effet, effet de transformation, n’est pas une donnée simple. C’est une donnée complexe, qui ouvre à la possibilité que des effets soient suivis ou doublés de contre-effets. Quand nous parlons d’effet de transformation, ce n’est pas selon la linéarité possible d’un progrès, ou des choses de cet ordre. Nous interrogeons l’effet en tant que tel. La question de savoir si les effets se cumulent, dessinent une orientation, quelque chose comme ça, ou tout autre question est vraisemblablement sans pertinente puisque les effets subjectifs sont hétérogènes et différenciés. Une fois ces remarques préliminaires faites, pour situer en même temps ce que nous avons dit jusqu’à présent, je fais un schéma général qui nous donne le lieu possible de cet effet. Tout commence par un événement : il n’y a de procédure de vérité qu’initiée radicalement par une figure événementielle. Je rappelle simplement ceci que la composition d’un événement, sa composition ontologique, comporte d’une part son site, et d’autre part lui-même. Je rappelle que le site désigne le caractère infondé de l’événement, qui a comme propriété très particulière et paradoxale de s’autoappartenir. Nous avons dit : l’événement ouvre dans la situation un espace, que nous avons appelé l’espace subjectif. L’événement initie une ouverture, une faille, ou un espacement, un remaniement topologique de la situation, et c’est dans l’espace subjectif que peuvent s’inscrire les figures subjectives qui vont porter la nouvelle figure de vérité. Sous-jacente à l’espace, il y a la production en détachement que nous avons appelé l’énoncé événementiel, qui est aussi la même chose que subjectivation, subjectivation qui est en quelque manière simplement l’aptitude épinglée à l’énoncé détaché epsilon à ce que, justement, les figures subjectives puissent peupler l’espace subjectif ainsi ouvert. Elle est l’initial de cet espace, et donc, comme nous avons proposé de le dire, la présence de son présent. La subjectivation est épinglée au 1er énoncé, epsilon, qui va circuler dans la construction de tout sujet. Je rappelle enfin que epsilon est un énoncé antérieurement indécidable : l’événement décide cet énoncé, qui dans la situation, avant l’événement, était un énoncé qu’on ne pouvait pas décider. A partir de quoi il va y avoir inscription des figures. On va les mettre en carré. Ici, les figures subjectives au regard des fragments de vérité, production d’un fragment de vérité, répétition et mise au passé d’un fragment de vérité, occultation dans la figure obscure, possibilité d’extraction et de résurrection. Au centre, nous avons évidemment le présent, l’espace subjectif qui est production d’un temps : le présent n’est jamais, je le rappelle, que l’infinité des conséquences possibles de l’énoncé epsilon. On peut dire que ce présent est, du point de vue de la production, pensable comme possibilité, ie en fait comme futur. Au point de la production du fragment de vérité, le présent se donne comme futur. Dans la position réactive, il se donne comme passé. Dans l’ordre de l’obscur, il se donne comme nié (c’est le présent nié qui opère dans la figure obscure). Et dans cette figure là, le présent est restitué. Ça, qui est entièrement redit, c’est ce qui procède dans l’espace subjectif et qui produit les fragments de vérité, peut les répéter, peut les occulter, peut les faire resurgir, et déploie, ce faisant, dans des modalités différentes, un présent singulier, qui est le présent de la vérité elle-même, et détermine par conséquencet l’existence séquentielle d’une vérité. Une vérité dure, dans sa dimension vivante, pour autant qu’elle est au présent, pour autant qu’elle procède dans l’engendrement de son propre présent. Quel est l’effet de tout cela sur l’ensemble, ie sur la situation ? C’est ça notre question d’aujourd’hui. Ce qui est donné là, c’est la consistance quasi-structurale de ce qu’est une procédure de vérité et de ce que sont les figures subjectives qui la portent. Mais dans quelle mesure ceci affecte la situation, ou ceci est-il un pur et simple supplément qui se déplierait dans l’ouverture post-événementielle, mais qui d’une certaine façon n’affecterait pas ses bords (les bords de la situation dans laquelle une vérité procède) ? Eh bien nous allons déterminer aujourd’hui un quadruple effet de la procédure subjective sur la situation prise dans son ensemble. Il y a : - un effet ontologique - un effet logique - un effet temporel - et un effet matériel. Quadruple désignation de l’efficace transformatice d’une vérité dans la situation dont elle procède : ontologique, logique, temporel et matériel.

1° un effet ontologique Cet effet ontologique, je l’appellerai la levée événementielle du site. Elle signifie que le site de l’événement, dans la situation, est présenté différemment qu’il ne l’était sans elle. Comme nous parlons du site événementiel, il va falloir y revenir un tout petit peu. Qu’est-ce que c’est que le site événementiel ? Nous avons souvent expliqué qu’un événement n’est événement que pour une situation. Il n’est pas événement en soi : il est événement pour une situation, il arrive à une situation, il arrive à cette situation, il vient à cette situation. Et le rattachement de l’événement à la situation, c’est précisément le site événementiel. Le site événementiel, c’est une partie de la situation. C’est précisément parce que l’événement a un site dans la situation que premièrement, il est événement au regard ou pour cette situation et que deuxièmement il a une signification toujours locale dans la situation. Ce n’est jamais un événement de la situation tout entière. Il sera pour la situation tout entière, mais il y a une partie singulière de la situation dans laquelle l’événement prend son être, c’est le site événementiel. Le site événementiel est ce qui est engagé dans l’être même de l’événement. Les composantes du site sont constitutives de l’être même de l’événement. Mais un site événementiel n’est pas n’importe quoi. Il y a des caractéristiques ontologiques du site. Autrement dit, n’importe quoi n’est pas susceptible d’être pris événementiellement dans une situation quelconque. Il faut des conditions, qui sont des conditions de site : ce qui vient, ce qui va venir, ce qui peut arriver, dans l’ordre propre où ça arrive, concerne l’être du site. Le site, lui a une prédétermination a être un site. Ça ne veut pas dire que l’événement est nécessaire. Mais le site a des caractéristiques intrinsèques, il a des caractéristiques propres. Quelles sont-elles ? Dans les composantes d’une situation, il faut distinguer (je reprends l’analyse de EE telle quelle, elle est nécessaire) il faut distinguer 3 types d’éléments. Nous prenons situation au sens strict où la situation est un multiple. C’est tout. Nous la prenons dans sa détermination ontologique stricte, ie nous la prenons comme pure et simple multiplicité. Par conséquencet, un élément du site, comme ça, ce qui entre dans la composition d’une situation, un élément c’est simplement quelque chose qui entre dans la composition multiple de la situation. Mais ce n’est pas la seule manière d’entrer dans la composition multiple de la situation. Là on y entre par une identification su je puis dire élémentaire. On peut aussi y entrer au sens où on en est une partie, et pas seulement un élément. Ça c’est l’identification élémentaire de ce qui compose la multiplicité, mais on peut aussi dire que A est inclus dans S, A étant une partie de la situation, un fragment de la situation. Notez que être une partie ça veut dire quoi ? ça veut dire qu’un élément de A est un élément de S. Dire ça, c’est dire que si a est un élément de A, alors a est aussi un élément de S. Mais cela veut dire qu’il y a deux modalités de l’être dans. L’être dans (en l’occurrence être dans une situation) a deux modalités selon que l’être dans est élémentaire ou selon qu’il est partitif (ou inclusif). Pour les raisons qui peuvent vous apparaître assez vite, dans ce cas là on dira que l’élément a est présenté par S. Tandis que dans ce cas là, on dira que A est représenté par S. Il y a à cela des raisons profondes, que j’enjambe. Vous voyez que la détermination ontologique de la situation est l’appartenance comme telle, tandis que la logique de la représentation est l’inclusion, avec une autre règle ou structure que j’appelle l’état de la situation. L’état de la situation est l’ensemble de ses parties, chargée de la représentation. La situation comme pure multiple est simplement chargée de la présentation. Une fois ces rappels élémentaires faits, il en résulte que pour un élément quelconque d’une situation, il y a 3 cas. Il y a 3 manières possibles, et non pas une seule, d’être immanent à une situation. N’oublions pas évidemment que l’élément a lui-même à son tour est ontologiquement un multiple, nous n’avons pas d’atome, nous n’avons que du multiple. Nous n’avons dans la situation que des multiplicités. Ce qu’il y a, c’est des multiplicités, à l’infini, jusqu’à ce qu’on bute sur le vide. In fine, que vous preniez n’importe quoi, vous verrez toujours que c’est du multiple dans du multiple, du multiple de multiple dans du multiple etc… Bien sûr, nous partons d’une situation globale identifiée, a en est un élément constitutif, mais a à son tour est aussi une multiplicité. Le résultat, c’est que vous avez 3 cas possibles : - a appartient à la situation de la vie, et est aussi inclus : il est lui-même composé d’agrégats cellulaires, qui à leur tour participent de la vie et peuvent mourir. Une totalité organique vivante appartient à la situation de la vie. Cet animal est vivant, mais la composition immanente de cet organisme (les agrégats cellulaires qui le composent) peuvent à leur tour être considérés comme entités vivantes. L’animal appartient d’une part à la situation de la vie, et d’autre part, ce qui le composent, les éléments qui le composent aussi appartiennent à la situation de la vie. Au 1er sens il appartient à la situation de la vie, au 2ème sens aussi. Ceci veut dire a appartient à S et les éléments b qui appartiennent à a appartiennent aussi à S. Exactement comme d’une part l’animal appartient à la situation vivante et d’autre part les cellules

vivantes qui appartiennent à l’animal appartiennent aussi à la situation. Dans ce cas a est à la fois un élément et une partie. ça veut dire quoi ? ça veut dire que dans la situation il est simultanément présenté et représenté. C’est le 1er cas possible, le cas où d’une certaine manière, les deux figures de l’immanence sont toutes les deux prises en charge ou assumées par le terme que l’on considère. Nous appellerons un tel terme p, le terme est en situation d’excroissance parce que la présentation simple qui est la sienne est en même temps investie d’une représentation qui la redouble. C’est le 1er type d’élément : dans une situation vous avez des excroissances, des termes qui sont simultanément présentés et représentés, qui appartiennent et sont inclus. C’est les termes les plus verrouillés : combinant les deux modes d’immanence, ils sont dans un être dans armaturé, fermé, solide. Un exemple : dans les situations de type social, les institutions. C’est ce qui typiquement d’une part appartient à la situation (est présenté) et y est représenté, donc étatisé [chgt K7]… déjà dit à propos des fragments de vérité qui sont répétés, mis au passé par la figure réactive. Il va être à la fois présenté dans sa production et représenté dans sa répétition. Il va acquérir le statut des excroissances. - il n’est pas vrai que A est inclus dans la situation, mais où certains éléments de A appartiennent à la situation cependant. Il y a une partie de A qui est incluse dans la situation. Une partie de B de A est incluse dans la situation. Autrement dit, ça veut dire une entité présentée qui n’est pas comme telle, dans sa totalité, représentée, mais qui contient une partie d’elle-même qui est représentée. C’est présenté, et c’est partiellement représenté. Ces éléments là sont les éléments normaux. Un élément qui a un indice de représentation en lui-même, bien qu’il ne soit pas comme tel globalement représenté. Du point de vue des exemples, c’est à peu près n’importe quoi. C’est ce qui est présenté et qui contient en soi-même un minimum d’assurance représentative. Si vous prenez un individu quelconque, d’un côté il est lui-même, il est présenté comme lui-même dans la situation, et d’un autre côté une série d’éléments structuraux le représentent, sont pris partitivement par la situation. C’est ce qui fait que les individus peuvent avoir des comportements communs ou quelque chose qui limite la singularité. L’écrasante majorité des termes d’une situation sont de ce type : ils sont présentés mais ils aussi partiellement représentés. Ils ont en euxmêmes quelque chose qui appartient à l’ordre de la représentation et pas seulement à l’ordre de la présentation. - le 3ème cas, c’est celui où l’élément a appartient à la situation, il n’est pas non plus représente (pas inclus) mais il ne contient non plus rien qui en lui soit représenté. Rien en lui n’est effectivement représenté. Ce qui veut dire que étant donné un élément b de A, b n’appartient pas à la situation. Si b appartenait à la situation, il y aurait un élément qui serait représenté. Tout ce qui compose a est présenté mais rien de ce qui compose a n’est représenté. Aucune partie de a n’est représentée. C’est une singularité pure. La singularité pure puisque ça n’est indexé d’aucune façon par la représentation. C’est donc purement présent. C’est pourquoi nous conviendrons de dire qu’un élément singulier est au bord du vide. Il est exactement au bord du vide, parce que lui est présenté mais rien de ce qui le compose n’est représenté, n’est ailleurs que dans le vide de la situation. Vous voyez que singulier veut dire présenté, mais d’aucune façon représenté. C’est ontologiquement ce qui de la situation est au bord du vide. Si vous descendez en dessous, c’est pris dans la situation. Alors que les autres, si vous descendez en dessous, vous avez la partie p. La question des éléments singuliers est depuis longtemps identifiée, même dans un lexique autre que ce que je propose. Typiquement c’est le statut du prolétaire au sens de Marx, dans ce que Marx appelle l’être générique du prolétaire. Il appartient à la situation, mais il n’y est pas compté ou représenté. C’est pourquoi il n’a rien à perdre, dira Marx, que ses chaînes. Rien à perdre doit être pris au sens ontologique. Dans les Manuscrits de 44, on a une ontologie du prolétaire : cette ontologie signifie que le prolétaire est présenté et nullement représenté, et donc en un certain sens, il n’a rien. L’être qui le compose dans la situation politique est faite de rien. Il faut le prendre au pied de la lettre : il n’a rien à perdre, ça veut dire rien en lui n’est représenté, rien n’est dans la réassurance de la représentation. Aujourd’hui, les ouvriers sans papiers, c’est la même chose : sans papiers veut dire qu’ils ne sont pas représentés ou comptés par l’Etat, mais ils sont là. La régularisation du sans papier, c’est transformer une singularité en élément normal. On pourrait trouver d’autres exemples. Ces exemples indiquent comment fonctionne la singularité au bord du vide, ou la présentation comme non soudées à une représentation. On peut donner d’autres exemple : il y a un état subjectif de disponibilité amoureuse qui est absolument dans la même structure. Il doit être décrit, du point de vue subjectif, comme ce qui présente la disponibilité sans la représenter. Ce qui est un état au bord du vide, expérimenté. Un exemple scientifique tout à fait frappant, c’est un théorème isolé dont la théorie sous-jacente n’a pas encore été découverte. On est tombé dessus, on l’a démontré par hasard, mais la théorie qui en éclaire la

signification n’est pas encore découverte. Il y a une phrase admirable de Evariste Galois disait : ce que nous devons apprendre en mathématiques, c’est l’insu de nos prédécesseurs, ce qui dans le texte mathématique de nos prédécesseurs était pour eux-mêmes insu. Nous saisissons la singularité : ils ont trouvé quelque chose mais en dessous il n’y a rien. La théorie qui légitime, éclaire, permet de comprendre ce quelque chose n’est pas là, c’est un élément singulier. Pour donner un autre exemple, artistique celui-là : si vous prenez la saturation chromatique du système tonal chez Wagner, Tristan et Yseut, le système tonal y est poussé jusqu’à une saturation chromatique telle que vous êtes au bord du vide. Si vous poussez plus loin l’organisation des dissonances, vous brisez le système tonal lui-même. vous tombez dans le vide de la situation tonale en musique. Le chromatisme wagnérien est une singularité : il n’est pas représentable, il ne peut pas se représenter dans la situation musicale de son époque. Après, il faudra faire autre chose. C’était des exemples dans les différentes procédures de ce qu’il faut entendre par terme singulier. Nous appellerons site événementiel une partie de la situation qui n’est composée que d’éléments singuliers. C’est une définition strictement ontologique. Ie une partie de la situation où n’opère pas la représentation. Ou si vous voulez, une partie non représentée (une partie se compose d’élément qui sont présentés mais non représentés). Si on définit ainsi le site événementiel, on peut dire qu’il est une zone au bord du vide de la situation tout entière. Il est composé d’éléments singuliers. Il est dans la situation ce qu’on peut appeler une zone de moindre épaisseur, de fragilité ou transparence, en dessous de laquelle il n’y a que le vide. Voilà pour la doctrine du site événementiel. Il n’y a événement que pour autant qu’il y a des sites de ce type dans une situation, ie des domaines de saturation, de non représentation, de disponibilité, de fragilité, de précarité. En dernier ressort, ça veut dire comme Marx dira qu’il n’y a d'événement révolutionnaire que pour autant qu’il y a le prolétariat. Le prolétariat c’est quoi ? C’est le site événementiel de la révolution possible. Marx ne soutient pas que c’est car il y a le prolétariat qu’il y aura nécessairement la révolution. Pour autant qu’elle aura lieu, c’est justement parce que il y a une identification possible de ce site événementiel singulier qu’est le prolétaire en tant que présenté et non représenté. Nous assumerons de façon absolument générale cette thèse : il n’y a en effet d’événement que pour autant qu’il mobilise un site événementiel, et qu’il fait entrer dans la composition de son advenue supplémentaire des éléments du site, des éléments singuliers. Simplement, quand l’événement survient, dans la survenue de l’événement qui est aussi sa disparition, dans cet apparaître et disparaître de l’événement, les singularités du site sont en un certain sens représentées (au sens strict : re-présentées). Il y a le site dans la situation, et il y a le site pour autant si je puis dire que dans sa composition intrinsèque il y a… Un événement, c’est comme si, le temps d’un éclair, la singularité se dédoublait. Au sens où il y a elle-même dans son être situationnel au bord du vide etc… et elle-même dans la composition de l’événement. C’est de l’expérience. Dans l’événement, pour autant qu’il affecte son site, il y a le passage des élément du site comme étant le temps d’un éclair autre chose qu’eux-mêmes. C’est ce qu’on appellera la levée événementielle. Il est levée événementielle dans son apparaître. On peut donc dire que l’événement est une représentation non représentative du site. Non représentative au sens de l’inclusion : c’est pas inclus, c’est pas représenté au sens de l’inclusion étatique. Mais c’est quand même représenté au sens strict : vous avez la présentation situationnelle et la présentation événementielle. Pour reprendre notre exemple, c’est l’énigme du prolétaire. D’un côté, il est structuralement réduit à une force de travail non représenté, et événementiellement, le prolétaire révolutionnaire est autre chose qu’une force de travail. Il est à la fois identifié au bord du vide en tant que pure force de travail qui n’a rien, et il est, en tant qu’assomption événementielle révolutionnaire, il est de toute évidence représenté autrement tout chose, tout en étant lui-même, et pas autre chose. Il y a donc bien présentation et représentation, mais représentation veut dire deux fois présenté (ça veut pas dire appartenir et être inclus), ça veut dire être deux fois présenté, situationnellement et événementiellement. Cet écart entre les 2, cet écart la singularité situationnelle et la singularité événementielle, il fait apparaître, quoi ? Il fait apparaître le vide de la situation, comme tel. Puisque précisément la singularité est au bord du vide. Si vous la soulevez, ce que vous voyez apparaître, c’est le vide. C’est bien ce qui se passe dans un événement révolutionnaire ou artistique. quelque chose est convoqué du vide de la situation par écart entre la singularité situationnelle et la singularité événementielle. C’est ce qui se passe ontologiquement dans l’événement. Nous avons que cela va décider un énoncé. Cet écart, ce surgissement du vide, décide un énoncé. Enoncé, c’est compliqué : ça peut être un groupe d’œuvres, c’est en récapitulatif du ce qui se passe à ce moment là. Ce qui va rester, c’est l’énoncé qui se détache, qui a été décidé. On peut dire : le prolétaire n’a rien à perdre, prolétaires de tous les pays unissez-vous, c’est un énoncé en ce sens là. Ça peut décider : je vous

aime, aussi bien. Ça se détache aussi du fait qu’une singularité événementielle est à l’écart d’une singularité situationnelle. Pensez-y, vous le verrez ! Ça découvre aussi le vide de la situation. C’est pour ça qu’une déclaration est suspendue au risque du vide. Je prenais les exemples de Galois : ça va décider des esquisses que Galois va donner de sa théorie, ayant déchiffré l’insu de ses prédécesseurs, ayant événementialisé cette singularité errante dans les maths. Ou bien ça va faire que les premières œuvres atonales de Schönberg vont événementialiser la singularité saturée du chromatisme de Wagner. On comprend que quelque chose va rester, va s’inscrire, qui est le résultat finalement de cette levée événementielle pure qui écarte la singularité d’elle-même et découvre le vide. Evidemment, cet énoncé, que nous avons structuralement appelé epsilon (parce que au départ c’est pas grand-chose !), alors comment fonctionne epsilon ? il fonctionne quand même comme une sorte de compte du site lui-même. Parce que finalement, ce qui va rester de ce double statut événementiel et situationnel du site, c’est epsilon. Epsilon va fonctionner comme s’il comptait enfin le site, comme s’il était un compte à part. Il va d’une certaine manière nommer le site. Il va avoir au site un rapport d’exception. Nous l’avons dit : epsilon est dépendant du site, car le site est la matière. C’est la production première qui enregistre que le site a été événementialisé. Epsilon va d’une certaine manière représenter le site, dans un nom, dans un énoncé. Il ne va pas le représenter comme l’état de la situation, il ne va pas l’inclure. Mais il fonctionne comme un nom du site, détaché de la puissance événementielle. A ce moment là, quel rapport entretient un terme quelconque de la situation avec epsilon ? il y a des termes de la situation qui vont avoir un certain rapport à epsilon, d’autres aucun, d’autres un demi rapport : quelle est la connexion ou la non connexion d’un terme quelconque de la situation à ce supplément qu’est epsilon ? C’est autre chose que son inscription subjective. Quel est le rapport d’un terme quelconque de la situation à epsilon ? pour donner un exemple concret, prolétaire, les révolutions ou les émeutes ouvrières, ça ça va attester la singularité, dans son double statut événementiel et situationnel. Et puis vous allez avoir l’inscription subjective : les partis révolutionnaires, contre-révolutionnaires, le destin de ces énoncés, éventuellement leur saturation et leur clôture. Ça d’un côté. Mais d’un autre côté vous avez la question de savoir quel est le rapport d’un terme quelconque de la situation à ça. Selon que vous êtes liés ou non à epsilon, cela modifie le rapport au site : le site est toujours là, c’est un élément de la situation. Il faut distinguer le travail subjectif d’epsilon, et le rapport d’existence d’epsilon qui indique des connexions disconnexions par rapport au site événementiel lui-même, par rapport à ce qui est au bord du vide. Nous appellerons ça un effet de sillage, que nous distinguerons de l’espace subjectif. Il porte sur le degré de connexion des termes de la situation à epsilon, et donc en fin de compte à l’événement lui-même. Et nous dirons que dans le sillage (autre chose que sa production), les termes de la situation sont dans une connexion à epsilon et ont un autre rapport au site événementiel. Si nous parlons de transformation, transformation veut dire ouverture d’une autre possibilité de rapport au site événementiel. Pour le dire très platement, pendant toute une séquence, ouvrier voudra dire autre chose que ce que ça voulait dire avant. Ça voudra dire autre chose que ils sont des révolutionnaires, mais ils sont dans le sillage. Le sillage, ça a des noms : les sympathisants, les compagnons de route. Mais si vous prenez un amateur d’art contemporain, il est dans le sillage. Ça ne veut pas dire que c’est un artiste, qu’il produit ou reproduit ou obscurcit ou répète les figures effectives de l’art contemporain, mais il admet comme peinture des choses qui antérieurement n’étaient pas admises comme telles. En ce sens, il est dans le sillage. De même ceux qui comprennent un peu la science, telle science, ou tel fragment de science. On ne va pas dire qu’ils sont nécessairement dans l’inscription subjective de la science, mais ils sont dans le sillage. Le sillage est traversé de contre sillage (subjectivité obscure : vous pouvez avoir ce rapport à l’art contemporain qui est affreux, dégoûtant, abominable et que vous le haïssez sans rien y connaître. Peu importe, c’est le sillage de la subjectivité obscure. L’effet ontologique, c’est la production de l’effet de sillage. C’est la production de l’effet de sillage comme transformation, via epsilon, du rapport au site. Ça veut dire une transformation du rapport aux singularités : un autre rapport aux singularités, la possibilité d’un autre rapport aux singularités (un autre rapport que celui qui consiste à dire : elles ne sont pas grand chose car elles sont au bord du vide). Le 2ème type d’effet est l’effet logique [chgt K7] qu’est-ce que le transcendantal vient faire dans cette affaire ? Donnons une définition très simple : on dira que toute situation d’être comporte une organisation transcendantale (sans sujet), un champ transcendantal, qui fixe, qui règle, qui mesure, le degré d’apparition ou d’existence des termes qui constituent la situation. Ou qui constituent la logique de l’apparaître. Ce n’est pas tout qu’un terme soit, dans son être, encore faut-il qu’il apparaisse en situation. Un multiple, il est dans sa composition multiple, mais son être là, le fait qu’il soit en situation, a des degrés variables d’existence : c’est pour ça qu’il y a un devenir, et que tout n’est pas donné dans

l’immobilité de son être. Et alors le transcendantal organise ça, selon des modalités dans lesquelles je n’entre pas ici, mais disons simplement qu’il fixe un minimum et un maximum, qu’on peut appeler minimum et maximum d’existence. On distinguera être et existence : exister c’est être en situation, c’est être là, et être là, ça a des degrés. L’être en tant qu’être n’a pas de degrés, mais l’existence en a. Cette venue à l’être là, ces degrés sont réglés ou normés par le transcendantal de la situation. Il y a un minimum et un maximum. Le minimum : ce n’est pas là (ça ne veut pas dire que ce n’est pas). Le maximum : il est évident que c’est là. Le minimum, ce n’est pas dans la situation, le maximum c’est certainement dans la situation. L’énoncé epsilon, l’énoncé événementiel, il était indécidable. Ça veut dire que son degré d’existence ou de vérité était indécidable, par rapport au transcendantal. Dire qu’il était indécidable veut dire que son degré d’existence, d’apparaître, sa consistance logique, sa vérité, était indécidable. Bien entendu, c’est supérieur au minimum et inférieur au maximum (si ça avait été l’un ou l’autre on aurait su, décidé), mais on ne peut en dire rien d’autre. La seule chose qu’on en sache, c’est que ce n’est pas le minimum, donc c’est un peu là. C’est pas le maximum, donc on n’est pas sûr que c’est là quand même. C’est un être là indistinct. C’est un peu plus que pas mais un peu moins que vraiment quelque chose. C’est un terme qui, dans la situation et au regard du transcendantal, est indécidable. Si epsilon est décidé par l’événement, ça veut dire que l’existence d’epsilon prend la valeur maximale. On est sûr que cela est là. Ça veut dire que l’évidence d’epsilon s’installe dans la situation alors que avant elle était absolument ininstallée. Ça veut dire que le champ transcendantal a été modifié, forcément. S’il ne l’avait pas été, l’indécidabilité subsisterait. Le simple fait que quelque chose d’indécidable ait été décidé suppose une modification du champ transcendantal : le minimum et maximum ne sont plus les mêmes. Le champ est différent, ça s’est déplacé, ça a bougé. L’évaluation d’existence n’est plus la même. L’évaluation de ce qui existe et de ce qui n’existe pas n’est plus la même. Exister c’est apparaître. C’est être et apparaître. Il y a modification de l’évaluation de l’existence. Je vais appel en ce point à votre expérience : quand il se passe quelque chose, vraiment, il est bien vrai que ce qui existe et n’existe pas ne sont plus distribués de la même façon. C’est l’expérience. On n’est plus constitué de la même manière quant à ce qui existe et à ce qui n’existe pas. Tout simplement. Donc la logique de l’existence a été modifiée. quelque chose a été décidé, qui n’était pas décidable : le champ transcendantal a changé. Ça veut dire que la manière dont on dit ceci existe et ceci n’existe pas n’est plus la même. Je fais appel à l’exemple canonique du champ d’existence ouvert par une déclaration d’ouvert : en réalité ce qui existe et ce qui n’existe pas dans le champ existentiel se trouve déplacé et modifié quant à ses normes. Des choses sont certaines qui ne l’étaient pas, des choses sont possibles qui ne l’étaient pas, des choses deviennent douteuses qui étaient certaines… Tout ça se remanie et se déplace : le champ est bousculé ou transformé. C’est une transformation logique majeure. On peut la résumer de la façon suivante : l’événement et la procédure subjective qui s’ensuit modifient la logique de la situation. Il y a un déplacement fondamental de la logique de la situation, et notamment de ses bornes, ie ce qui concerne le minimum d’existence et le maximum d’existence. Là aussi, si on reprend notre exemple, ça voudra dire : de façon post-événementielle, on peut dire quelque chose comme politiquement, le prolétariat existe. Mais antérieurement, l’énoncé n’a pas de sens, antérieurement à ce qui événementiellement atteste cette existence, il n’est pas décidé, il est indécidable. Antérieurement si existe quelque chose qui n’existait avant, c’est que le champ transcendantal a été modifié, ce qui norme les jgt d’existence. Seulement si l alogique de la situation est transformée, vous allez avoir des termes de la situation affectés par cette modification, et d’autres pas. Là, c’est très simple : si le champ transcendantal est modifié, il y a des termes qui existaient peu existeront beaucoup, d’autres qui existaient beaucoup existeront peu, et d’autres qui resteront pareils. Par conséquencet, l’appartenance à la situation va être affectée quant à l’existence de transformations variables. Il y a des termes de la situation dont le principe d’existence va être normé autrement. Il n’y a pas besoin qu’il soit inscrit subjectivement, il suffit que le champ T ait été modifié. Il y a des gens qui ressentent la secousse de l’événement sans être pour autant constitués comme sujets de l’événement. Les normes de l’existence ont été bouleversées, et ça les affecte. Vous pouvez exister moins, dans la nouvelle situation, sans rien faire, ou exister plus, sans avoir fait gd chose, puisque le champ transcendantal qui norme les procédures d’existence a été inéluctablement bouleversé par epsilon et ses conséquences. Ça ça va faire un autre effet qu’on peut appeler l’effet logique : une transformation logique, c’est que des termes de la situation, en nb x, voient leur norme d’existence affectée par l’ouverture de l’espace subjectif, sans qu’il y ait besoin pour cela qu’ils soient eux dans l’espace subjectif. Effet de bord. Ça affecte l’idée de ce qui existe et de ce qui n’existe pas. C’est là qu’est le remaniement logique, c’est dans les jugements d’existence. Le champ de l’existence est bouleversé, même si l’être sous-jacent reste identique. Voilà pour le 2ème effet de transformation.

Le 3ème est un effet temporel. On en a pas mal parlé, ça ira plus vite. On peut dire que l’espace subjectif constitue un nouveau présent, constitue un nouveau temps. Un nouveau temps articulé sur une production infinie de présent. Et les figures subjectives opèrent directement là-dessus. C’est des producteurs de temps, au sens large. La figure fidèle produit le présent, la figure réactive met le présent au passé, la figure obscure nie le présent, le présent, et l’opération de résurrection extrait du temps le fragment de vérité et le représentifier. Il y a un nouveau temps et les figures subjectives opèrent directement sur le temps. Ce temps interfère avec le temps normal de la situation. Il y a par ailleurs un temps de la situation, hérité de la situation elle-même, qu’on peut si on veut appeler le temps objectif (puisque l’autre est le temps subjectif). Et au fond, tout terme de la situation est à ce moment là pris dans ce qu’il faut appeler un enchevêtrement temporel, entre le temps hérité de la situation (ou temps objectif), et puis le présent tel qu’il est institué de façon post-événementielle. Cette interférence, cet enchevêtrement temporel, cette interférence temporelle, pour un terme quelconque de la situation, elle se déplie entre deux formes. On appellera l’une inertie. L’inertie c’est la prédominance du temps hérité sur le temps présent. Et ce que j’appellerais la modernité. Modernité, je lui donne une signification précise : on appellera modernité la prédominance du présent dans l’enchevêtrement temporel. On admettra qu’il y a toujours des interférences. Là, c’est une prédominance du présent. S’il y a une prédominance du temps hérité, c’est la situation, c’est l’inertie. C’est les deux effets de bord : enchevêtrement temporel disposé entre inertie et modernité est variable selon les situations. Mais il y a toujours une enchevêtrement temporel. Ce qui veut dire quoi ? ce qui veut dire être contemporain du présent est un problème. On n’est pas mécaniquement contemporain du présent. On est disposé dans un enchevêtrement qui oscille entre inertie et modernité. La loi de cet enchevêtrement détermine où on en est quant au temps. Mais être contemporain du présent des vérités est un problème, ce n’est jamais donné. Ou vous êtes dans le dispositif enchevêtré inertie modernité est un problème qui a des conditions singulières. Il y a réellement des animaux qui se débrouillent dans l’enchevêtrement temporel comme ils peuvent. A titre d’exercice conceptuel, remarquons que inertie, ie soumission au temps objectif, au temps contraint de la situation, ce n’est pas la même chose que l’occultation par le sujet obscur. L’occultation par le sujet obscur est une opération. Ce n’est pas simplement l’héritage temporel de la situation au sens formel. Le sujet obscur lui-même est au présent : il est la négation au présent du présent. Il est actif et contemporain d’emblée. C’est un point sur lequel j’insiste car il est très important. Quand on identifie la figure du sujet obscur comme étant traditionaliste, conservateur, réactionnaire, on se trompe : ça, c’est l’inertie. Le sujet obscur, c’est une invention. C’est une dénégation au présent du présent. Il n’y a de sujet obscur qu’au regard d’un présent singulier, présent d’une vérité. Il faut distinguer inertie de sujet obscur, dans la question du temps, de même qu’il faut distinguer modernité de sujet fidèle. Etre dans la modernité c’est être dans le sillage du présent, c’est pas être dans sa production. La production c’est une figure subjective. D’un point de vue d’un terme quelconque, ça oscille entre inertie et modernité, mais ni l’inertie n’est le sujet obscur ni la modernité n’est la production. Finalement, c’est au regard de ça que se constitue le grand partage entre conservateur et progressiste, qui est induit par une procédure de vérité. Dès qu’il y a procédure de vérité, dès qu’il y a espace subjectif, il y a conservateur et progressiste. Pourquoi il y a conservateurs et progressistes ? Car il y a enchevêtrement temporel. Fondamentalement, ultimement, il y a un choix temporel. Dès qu’il y a une procédure subjective, chacun peu à peu est sommé de choisir son camp. Ce qui ne veut pas dire endosser nécessairement l’inscription subjective comme telle, mais il y a le fait inévitable dans la situation qu’il faut choisir son camp, dans un enchevêtrement complexe qui fait interférer le temps de l’inertie, le temps objectif de la situation et le présent des conséquences. Voilà pour l’effet temporel. Le 4ème est l’effet matériel. Nous en avons déjà parlé : toute procédure subjective produit des corps nouveaux. Qui sont les corps supports des fragments de vérité. Il y a une production de corps comme corps nouveaux, et ça c’est une transformation matérielle. Je rappelle la loi de production de ces corps : le corps barré, qui est l’individu pris dans une figure subjective, demeure inexplicite (sauf pour le sujet obscur). A vrai dire, le corps barré inexplicite signifie simplement qu’une procédure de vérité saisit des individus vivants. En définitive, il n’y a pas de procédure de vérité sans assignation à des gens, donc à des corps. Il faut bien que des corps soient inscrits dans une figure subjective, ici le corps barré, et en général il est inexplicite. Par contre la procédure subjective elle-même produit des corps nouveaux, et le corps du fragment de vérité lui-même, le corps support du fragment de vérité. Ces fragments de vérité sont incorporés.

C’est par exemple en politique le corps collectif rassemblé : manifestation, insurrection, émeute… C’est le corps nouveau, c’est le corps, le corps produit comme nouveauté sur la base de l’engagement. On avait parlé du corps sexué glorieux de l’amour. On avait parlé du corps sensible artistique, de la surface sensible artistique, sonore ou visible. Ils peuvent porter des fragments de vérité. Ce qui est important à voir, c’est que ces corps, quels qu’ils soient, sont composés ou agencés à partir d’éléments de la situation. Tout ça est immanent. Quand vous avez une production de corps nouveaux, ce qui compose ces corps nouveaux est évidemment dans la situation, ce sont des éléments de la situation. D’autant plus que ce n’est pas avec le corps barré inexplicité qu’on fait ça (lui, il reste dans l’inscription subjective). On le fait avec des ingrédients de la situation : couleurs, sons, corps sexué, langage, lettre. On reprend tout cela et c’est avec tout cela que le sujet fabrique du corps nouveau comme support du fragment de vérité. Les éléments de la situation sont transformés. Comment ? par incorporation. Ils sont incorporés à une production de corps nouveau comme support du fragment de vérité. Cette opération d’incorporation est ce qu’on appellera l’effet matériel de la procédure de vérité. Vous êtes obligés de mobiliser des éléments objectifs de la situation pour les composer, pour les agencer, les rassembler de telle sorte qu’ils produisent du corps et que ce corps puisse être le support d’un fragment de vérité. Ils étaient disponibles, ils n’étaient pas pris dans une incorporation nouvelle. Voilà donc pour l’effet matériel qui est effet d’incorporation. Voilà pour les 4 transformations qu’une procédure de vérité induit dans la situation : - un effet ontologique, qui transforme le rapport au site événementiel : transformation du rapport au site événementiel. - un effet logique, qui est un déplacement du champ transcendantal et donc une modification du régime d’existence. - un effet temporel, qui est la création d’une interférence des temps, et donc l’opportunité d’un choix temporel. - un effet matériel, qui est un effet d’incorporation. On appellera le nouage de ces 4 effets la transformation de la situation par une procédure de vérité : elle transforme le rapport au site, la logique, le temps et elle transforme le corps. Bien entendu, à l’intérieur même de ces 4 effets, de ces 4 protocoles de transformation, va jouer la multiplicité des figures subjectives. Ce n’est pas un effet unique simple. Comme je l’ai annoncé, il y a des contre-effets dans l’effet. L’effet est aussi, et en même temps, du contre effet. Là, je donne simplement quelques exemples, que vous pourrez compléter par vous-mêmes (il ne s’agit que de tirer les conséquences) : - la levée du site : le fait que le site événementiel fonctionne autrement. Ça c’est délocalisé par le sujet réactif. Le sujet réactif est qln qui délocalise le site, et justement bloque ce nouveau rapport au site. Que nous dit le sujet réactif ? Il nous dit que le fragment de vérité aurait pu être une conséquence de la négation de epsilon. Il répète le fragment de vérité, et il l’infère de la négation de l’événement. C’est pareil, même s’il ne s’était rien passé. L’exemple canonique que j’aime prendre est l’œuvre de Furet sur la révolution française : elle n’aurait pas lieu, ça aurait été pareil. Quand vous dites, ça, vous délocalisez le site. Epsilon devient indifférent. Comme epsilon est en un certain sens le nom du site, comme Révolution Française est un des noms de la France, eh bien il n’y a pas de nouveau rapport possible au site : le site est délocalisé. La France aurait mieux fait de pas se montrer dans cette modalité là. Celui qui dit : on aurait pu avoir les mêmes conséquences politique sans aucune tentative de révolution prolétarienne, il délocalise le prolétariat, il le décolle du site. Le sujet réactif produit cet effet particulier qu’est la délocalisation du site. Question :[chgt K7] Réponse : sauf que c’est une figure subjective. Dans l’espace de la révolution, la contre révolution est une figure subjective. On en tiendra compte ou pas selon la figure où on s’inscrit soi-même. C’est simplement pour dire qu’au niveau de cet effet ontologique, la figure réactive induit un contre effet. Si l’effet c’est localiser autrement le site, ça induit le contre effet qui est de délocaliser le site. - la modification du transcendantal, l’effet logique, est proprement niée par le sujet obscur. C’est une négation radicale de toute modification du régime d’existence. - elle est restaurée par le sujet fidèle dans la résurrection. C’est une définition importante : l’opération de résurrection, c’est une redynamisation de la logique nouvelle. Chaque fois que vous avez récupération

d’un fragment de vérité enseveli (enseveli par le sujet obscur), … l’ensemble du déplacement transcendantal, l’ensemble de la logique nouvelle, c’est la … du déplacement logique qui est occultée et niée par le sujet obscur. - et puis pour finir si on prend l’effet matériel, la production du corps, le sujet obscur est proprement la négation de l’effet corporel. Quant à l’effet matériel, il y a un grand débat pour savoir s’il y a production de corps nouveau ou une explicitation de corps barré. C’est une tension qui traverse tout le champ subjectif. Pour le sujet obscur, il s’agit de rendre explicite le corps barré, de l’expliciter comme corps sous la loi. Dans le sujet fidèle comme dans le sujet réactif, le corps barré reste inexplicite, il s’agit de savoir si on produit ou non du corps nouveau. Une production singulière du sujet obscur, ce n’est pas de produire du corps nouveau, mais de rendre explicite le corps inexplicite. De montrer du corps asservi sous la loi, le corps barré, le corps qui n’est pas autre chose que la barre qu’il supporte. Les effets et contre effets sont enchevêtrés, et quand on isole chacun des effets il ne faut pas perdre de vue l’enchaînement d’effet et de contre effet. Ça interdit l’idée de développement linéaire de la transformations des figures : elles se transforment et se contre transforment en même temps. Il y a des traversées par cette contrariété subjective entre effet et contre effet, localisation et délocalisation, corps nouveau ou explicitation du corps barré et ainsi de suite. Et donc la transformation de la situation est une transformation conflictuelle. C’est pas une transformation simple, c’est une transformation conflictuelle. On dira bien que la situation est transformée, il n’y a pas de doute : ce que peut une vérité est considérable : • elle peut quant à l’être, • elle peut quant à l’apparaître ou la logique, • elle peut quant au temps, • elle peut quant au corps. Elle peut beaucoup, simplement, elle peut mais de l’intérieur de ce qu’elle peut elle peut conflictuelle ment, dans un régime qui intrique effet et contre effet. Choisir, dans ce champ là, c’est toujours se démêler là dedans. C’est toujours couper dans un champ en transformation qui est conflictuel. Vous ne pouvez pas dire qu’on peut s’embarquer dans la procédure et puis la situation se transforme tranquillement. Il y a un paquet de conflits et c’est ce paquet de conflit qui est la transformation ellemême. Reste à nous poser une ultime question, que nous verrons la prochaine fois : jusqu’où peut aller cette transformation ? Nous l’avons vu, son spectre est considérable : ça affecte l’identité de la situation dans son être, ça affecte le transcendantal logique de la situation, ça affecte le temps et ça affecte les corps. C’est considérable, toutes les dimensions de la situation sont convoquées. Jusqu’où ça peut aller ? C’est le problème clé de l’éthique des vérités. Car ce qui doit être supposé, c’est que en tout cas cette transformation ne peut pas être totale, dans aucun de ces registres. Elle ne peut pas être totale. Et pourquoi elle ne peut pas être totale ? Pourquoi il y a nécessairement des points inaccessibles à cette transformation - par conséquencet, un problème de mesure de la transformation. C’est le champ d’une question éthique. Ce n’est pas tout de savoir ce qu’une vérité peut, il faut aussi savoir ce qu’elle ne peut pas. Ce qu’elle ne peut pas, ça nous intéressera la prochaine fois ! 8 AVRIL 98 Le thème d’aujourd’hui, puisque nous procédons par thème à chaque fois, le thème d’aujourd’hui concerne la typologie des procédures subjectives, la typologie des procédures de vérité. Quelles sont les conséquences, quels sont les effets de cette typologie sur les formules subjectives, sur les figures subjectives ? Nous allons naturellement retrouver le cadre général que je propose depuis de nombreuses années : procédure de vérité, ie une procédure politique, ou une procédure scientifique, ou une procédure artistique, ou une procédure amoureuse, mais ce qui nous intéresse c’est de savoir ce que cela implique, comment cela se donne dans la caractérisation interne de la procédure. Jusqu’à présent, la théorie du sujet proposée était une théorie formelle, au sens où elle ne déterminait pas, ne prescrivait pas la singularité de la procédure elle-même. Le but est de donner une classification des procédures et de repérer le point singulier ou les points singuliers qui la caractérisent comme étant tel ou tel type de procédure. Je voudrais faire deux rq préliminaires. 1° il n’y a pas de déduction de la typologie des procédures. Je veux dire qu’on ne peut pas tirer du concept général de procédure subjective, de procédure de vérité, les types de procédures subjectives ou de procédures de vérité. Qu’il y ait amour, qu’il y ait politique, qu’il y ait art et qu’il y ait science, cela en dernier ressort est contingent, au sens où il n’y en a pas de déduction nécessaire. Peut-être est-ce

simplement les registrations de vérité dont l’animal humain est capable. On pourrait imaginer des œuvres de philosophie-fiction qui essaieraient de représenter des procédures de vérités inconnues. Dans la pratique que j’ai de la littérature de SF, je n’ai jamais rien vu de tel. ça pourrait être un programme : essayer d’imaginer des êtres non pas tant pourvu de cornes, de gros yeux rouges, ou de pattes écailleuses, comme c’est en général le cas quand on cherche à imaginer ce que seraient d’autres êtres vivants, mais pourvus d’un autre et irréductible rapport à la vérité. C’est beaucoup plus difficile. Ce qui me frappe dans la SF, c’est que l’imagination est pauvre : en réalité, vous créez un monstre, comme Aristote l’avait parfaitement vu, par excès, par défaut ou par composition. C’est les 3 possibilités : par excès : exagération de telle ou telle dispositions des parties. Il est très grand, très petit il a une très grosse tête, il a 17 pieds par défaut, il lui manque quelque chose, par combinaison : vous mettez ensemble des choses qui ne vont pas ensemble dans l’univers que nous connaissons. Je n’ai jamais vu de monstre fabriqué autrement. Mais qu’est-ce qu’un monstre subjectif ? c’est une autre affaire. Dans la fiction, ils sont simplement particulièrement méchants. Ce sont des tueurs abominables, ou alors dans quelques cas, comme rencontre du 3ème type, ils sont particulièrement gentils. C’est un espace court ! ça indique ma thèse, à contrecourant, qui est que en réalité, l’extraordinaire faiblesse de l’imagination. L’imagination n’est pas exceptionnelle. A côté de la raison, elle n’est pas grand chose. A côté des mathématiques, les productions de l’imagination pure sont extraordinairement limitées, comme on le voit dans le champ de la monstruosité. Ceci pour dire, en conclusion de cette 1ère remarque, que vous pouvez vous fixer comme programme possible d’écrire un livre de SF dans lequel il s’agirait de créer une monstruosité subjective véritable, ie une autre procédure de vérité que celle que nous connaissons, ce qui requiert peut être un autre système perceptif. Mais créer réellement ce que serait un autre système perceptif, essayez-le, en dehors de la très médiocre télépathie. Une autre perception, c’est de la fiction philosophique hard. Je dis tout cela pour dire que en vérité, l’existence des registres des procédures de vérité que je propose n’est en tout cas pas l’objet d’une déduction nécessaire. Il se trouve que c’est de cela que nous sommes capables. C’est ce type de procédure de vérité qui peut saisir les corps, saisir les corps que nous sommes. Il y a un problème très parallèle à celui là, qu’on trouve chez Spinoza. Comme vous le savez, Spinoza a introduit la thèse que Dieu est exprimé par une infinité d’attributs, et que ce que l’intellect peut concevoir comme étant l’essence de Dieu se développe dans une infinité attributive, mais nous - les hommes - nous ne sont immanents qu’à deux types d’attributs, qui sont la pensée et l’étendue. C’est deux parmi l’infinité attributive de la substance. Si on essaie d’imaginer un attribut qui n’est ni étendue ni pensée, c’est absolument impossible. Alors qu’il y en a une infinité. C’est dire à quel point là aussi il y a une pauvreté imaginative radicale : là même où on sait intellectuellement qu’il y a une infinité d’attributs de la substance, il n’en reste pas moins que nous sommes astreints à ne pouvoir imaginer rien qui ressemble à un attribut qui n’est ni la pensée ni l’étendue. De la même façon nous ne sommes pas en état de fut-ce que d’imaginer ce que pourrait être une procédure de vérité qui n’est pas dans un des ordres ici mentionnés. Il en résulte qu’il n’y a pas de raison de postuler que ce sont les seuls possibles - ni d’ailleurs de postuler qu’il y en a d’autres. Là, nous nous séparons de Spinoza. Spinoza dit qu’il y a effectivement une infinité d’autres attributs. Quant à savoir ce que sont les types de procédures de vérité que nous n’imaginons pas, nous ne le savons pas et ne ferons là-dessus aucune hypothèse ni positive ni négative. Ça peut se dire plus techniquement : il n’y a pas de déduction transcendantale du dispositif des vérités. C’est la 1ère rq. 2° la 2ème remarque, c’est que la typologie que nous allons esquisser est une typologie des genres de vérités. Ne perdons jamais de vue qu’une procédure de vérité est une singularité. Ce qui procède, ce n’est pas le type, c’est dans le type une singularité. On ne proposera pas là une typologie des vérités, que ceuxci laisseraient échapper l’irréductible et l’événementiel de chaque procédure, mais nous sommes encore à un niveau assez formel, qui est un repérage typique des caractéristiques immanentes. Nous allons regrouper certaines vérités sous une catégorie, qui précisément prendra le nom politique ou prendra le nom art. Une fois ceci dit, une fois ces précautions rappelées, engageons nous dans la description de cette typologie. Il faut commencer par le commencement, ie l’événement et l’énoncé qui se détache de l’événement. Puisque c’est à partir de l’événement et de l’énoncé qui s’en détache que s’ouvre tout espace subjectif. En amont même de cela, il faut remonter jusqu’au site événementiel, jusqu’aux

caractérisations du site événementiel. Puisque, nous le savons, ce que l’événement élève, ce que l’événement détache, contient comme sa matière, le site événementiel. Nous avons parlé de cet effet la dernière fois. Nous allons, dans un 1er parcours, traiter de 3 choses, avec 3 critères typologiques : - le site événementiel - et le contenu de l’événement par là même, la matière événementielle - et enfin les caractéristiques de l’énoncé impliqué ou détaché au moment où l’événement disparaît et ne subsiste plus comme trace de cette disparition que l’énoncé. Nous dirons (nous allons avoir affaire à un certain nb de définitions) que il y a politique, que nous sommes dans le type politique, quand le site événementiel concerne le collectif. Que faut-il entendre par collectif (puisque ça va être l’index d’identification de l’événement politique comme tel) ? Par collectif, on entendra un ensemble de singularités, qui est tel que la levée événementielle concerne l’ensemble de la situation, et plus spécifiquement l’infinité de la situation. Donc il y a politique quand le site événementiel est collectif, et par collectif on entendra un ensemble de singularité qui est tel que en levée événementielle apparaît une prescription qui concerne toute la situation et l’intimité de la situation. Ceci implique deux choses, importantes dans l’identification de l’événement politique. 1° il est local : ça concerne un site 2° il y a politique si la levée événementielle de ce site est comme une métonymie de la situation tout entière, implique un pour tous. Ce que nous entendons pas collectif, c’est pas simplement un sousensemble, c’est un sous-ensemble dont la levée événementielle crée un pour tous. Il y a une condition à cela. C’est que pour une levée locale, appelons là comme ça provisoirement, une insurrection locale, une révolte locale, concerne le tout de la situation, il faut qu’elle cesse d’être captive de l’état de la situation. Alors je ne peux pas rentrer dans la technique de ce point mais on va la comprendre indirectement. Ce qui caractérise l’état de la situation, c’est qu’il est toujours en excès de puissance sur la situation ellemême (définition en mathème). Il y a un excès de puissance sur la situation elle-même. Et deuxièmement point, plus important, cet excès de puissance est indéterminé, est errant, est infixé. Il n’y a pas de détermination intrinsèque donnée de l’excès de l’état de la situation sur la situation. Ou si vous voulez, pour être plus technique philosophiquement, il y a un excès de puissance de la représentation sur la présentation, la représentation est un excès de puissance, mais cet excès de puissance est sans mesure. Au sens strict : il ne se donne pas accompagné d’une mesure. Pour vous faire comprendre empiriquement ce point, posons, par exemple, que pour l’essentiel, l’état de la situation contemporaine, c’est l’économie - l’économie capitaliste, que c’est ça qui la configure, y compris planétairement. On sait bien que ce qui est dit, et constamment prononcé, c’est qu’il y a là quelque chose qui est en excès de puissance sur la présentation, quelle qu’elle soit. Ça se dira : il y a là une nécessité, quelque chose qui est de l’ordre du nécessaire et auquel, par conséquencet, il faut se soumettre. Et si on ne s’y soumet pas, comme chacun le sait, on entre dans la décadence. C’est ça être moderne. Peut-être à aucune époque n’a-t-on aussi clairement défini la modernité comme une soumission. La modernité, c’est la soumission. A quoi ? Eh bien à une puissance constamment en excès sur toute présentation simple, mais dont il faut bien voir que ce qui la caractérise, c’est qu’elle n’est à aucun moment mesurable, comme puissance : elle est omniprésente, errante, inassignable et sans mesure. Telle est en effet la surpuissance de l’économie sur nos destins. C’est une loi, un état de situation (c’est comme ça), ce c’est comme ça est investi d’une puissance anonyme, et cette puissance anonyme est ellemême non normée (où est la mesure de cet excès ? il faut se soumettre à quel degré de puissance ? est-ce que le rapport de puissance est tel qu’il faille s’y soumettre réellement ? ceci est errant, fuyant et inassignable). C’est une caractéristique générale (cet exemple est très évident) de l’état de la situation. L’état de la situation se présente toujours comme un excès de puissance mais par ailleurs comme un excès de puissance indéterminé. Pour qu’il y ait événement politique, il faut que quelque chose vienne mesurer cet excès. C’est un point essentiel. Ie vienne interrompre l’errance de l’excès. C’est un point sur lequel j’insiste, parce que, dans toute une série de doctrines classiques, y compris de doctrines révolutionnaires classique, on a dit que la levée politique venait briser cet excès, venait briser l’excès (détruire l’Etat, changer l’état de la situation : dites-le comme vous voulez, c’est ça qui est contenu dans l’idée d’une rupture radicale avec l’état des choses existant). Ce qu’il faut dire, en tout cas, et qui est antérieur à cela, et probablement plus fdtal, c’est que ce qui est nécessaire, c’est que l’excès soit mesuré, ie qu’il cesse d’être dans l’indétermination de sa propre puissance. Parce que il est clair (si vous y réfléchissez une seconde) que le principe de soumission n’est pas le principe de soumission à la puissance, mais à son indétermination, mais à son caractère sans mesure. Sans mesure au sens strict : il n’y pas de mesure,

personne ne peut donner une mesure. Les lois économiques sont nécessaires mais quelle est la mesure de sa nécessité ? Il n’y en a pas, c’est pour ça que la subjectivité s’exerce comme soumission. La politique ne peut libérer la puissance universelle d’un site, quel qu’il soit, donc ne peut faire lever un site événementiel, que soustrait à cette indétermination. Car cette indétermination de la puissance est interrompue : quelque chose se passe, tout simplement. Et par conséquencet, l’événement politique, comme événement dont le site est collectif, est nécessairement fixation d’une mesure à la surpuissance de l’état de la situation. Ou, négativement, interruption de l’indétermination ou du caractère sans mesure de cette puissance. C’est ce qui peut se dire aussi : l’événement politique montre l’état de la situation. Il le montre, dans une distance qui est aussi une mesure. Parce que ordinairement, l’état de la situation, en tant qu’il est ce qu’il est, ne se montre pas. Ce qui se montre, c’est les effets de soumission qu’il induit, c’est tout. Nous sommes donc en train de dire que en tout cas, l’événement politique n’est possible comme levée de son site que sous la condition de la fixation d’une mesure à la surpuissance de l’Etat. Donc évidemment, c’est un défi lancé à l’exercice de cette surpuissance ou de cet excès que, comme je le disais, en réalité, subjectivement l’exercice de cet excès est absolument lié à l’indétermination de la puissance. Il en résulte que l’énoncé qui se détache a deux caractéristiques (c’est propre à la politique) : l’énoncé (ça peut être un mot d’ordre, un complexe de pratiques, ça va dépendre de la particularité de la séquence), il deux caractéristiques interne qu’on retrouve dans les grands énoncés politiques : - il fixe une mesure à l’Etat. Il fixe une mesure à la puissance de l’Etat, donc il interrompt la surpuissance étatique dans son indétermination. C’est ce qu’on appellera son effet de distance : il tient l’Etat à distance, pour autant qu’il lui fixe une mesure. Ça ne veut pas dire qu’il déclare que cette mesure est faible, il peut déclarer qu’elle est très grande. Mais il la fixe, il assure une fixation de cette puissance, et il travaille dans la fixation de cette puissance alors que l’état normal des choses est l’indétermination. C’est la 1ère caractéristique. - la 2ème caractéristique, c’est qu’il v rapporter à cette mesure ou à cette distance une maxime égalitaire. Une maxime égalitaire, quel qu’en soit le contenu, l’enjeu, la forme. Il va énoncer, dans une distance à l’Etat, la possibilité, éventuellement locale, de l’égalité. Egalité dont on sait très bien qu’elle est constamment déclarée impossible par l’état de la situation au nom de du caractère indéterminé de la puissance. Vous avez un lien nécessaire entre fixer la puissance, tenir une distance à l’Etat qui mesure sa surpuissance et dans cette distance proposer, fut-ce localement la viabilité d’une maxime égalitaire quelconque. Nous parlons pour n’importe quelle séquence politique de ce type. Pour exactement spécifier ce qu’il faut entendre par maxime égalitaire, on dira ceci : l’état de la situation propose toujours ce qu’on appellera un principe d’identification. Dans l’espace d’exercice de sa puissance indéterminée, il est identifiant. Et en particulier, il fixe des identités partitives qui indiquent, en vérité, des degrés d’appartenance à la nécessité. Le degré d’appartenance à la nécessité comme nécessité d’une puissance indéterminée fixe ce qu’on peut appeler l’identification de chacun dans l’espace de l’Etat. Chacun est identifié conformément à sa position au regard de la surpuissance étatique. C’est le degré d’homogénéité à la nécessité qui fonctionne là comme principe d’identification. Plus vous êtes homogène à la nécessité indéterminée, plus vous êtes identifié par l’état de la situation comme lui appartenant, comme étant ce qu’il faut. Nous appellerons ce principe d’identification, comme production de l’état de la situation, nous le noterons par la lettre i. i, ça voudra dire l’identification telle qu’elle opère dans l’espace de ce qui est assigné par la surpuissance errante de l’Etat. En réalité qu’est-ce que c’est qu’une identification ? [chgt K7] tous peuvent être plus que leur identification. C’est là que fonctionne le pour tous. Le pour tous désigne que pour tous est ouverte la possibilité d’être plus que son identification étatique, ie plus que la façon dont la puissance indéterminée de l’Etat le constitue comme identité, ie en réalité comme appartenance à la nécessité. - ça nous permet de donner en formule ce que c’est en réalité que l’énoncé détaché, lorsqu’il s’agit de la séquence politique. L’état de la situation, nous le notons P(S), ce qui veut dire ensemble des parties de la situation. Et en effet, l’Etat règle ce qui configure l’ensemble de ce qui est inclus dans la situation, l’ensemble des parties de la situation, et c’est ça qui par rapport à la situation elle-même est dans un excès indéterminé. C’est un théorème de la multiplicité en général : la puissance des parties d’un ensemble est supérieure à la puissance de l’ensemble lui-même. De combien supérieure ? On ne sait pas. Cet excès est indéterminé. C’est un énoncé math, ontologique, par conséquencet, et on peut lui donner une traduction politique immédiate : l’exercice de la surpuissance de l’Etat fonctionne de façon indéterminée. Un événement politique, ie la levée d’un site local opère d’abord par fixation d’une mesure de surpuissance de l’Etat. Elle interrompt cette indétermination en assignant cette surpuissance à une mesure. ça se donne dans des énoncés sur l’Etat. La situation est révolutionnaire parce que l’Etat est dans tel ou tel degré de faiblesse, ou elle ne l’est pas car l’Etat est dans telle ou telle situation de force. Ça va

se donner comme un jugement de la puissance de l’Etat, qui est une interruption de son indétermination. Ce qui veut dire que est contenu dans tout énoncé politique post-événementiel une interruption de ce qu’il y a d’errant dans la surpuissance étatique. C’est la 1ère composante. Ceci touche à l’infini de la situation, parce que ces types de puissance sont en réalité infinis. Les énoncés sont des énoncés sur l’infini, d’une manière ou d’une autre. C’est la 1ère composante. Et puis la 2ème composante, qui s’articule à la 1ère, va se dire : pour tout x, x > i. Sous condition que l’on ait cela, alors on peut travailler, fut-ce localement, à l’idée qu’il est possible pour tous d’être supérieur à leur identification étatique. C’est P(S), l’Etat, qui prescrit i. C’est le mathème du mot d’ordre politique. Vous pouvez vous exercer à en chercher quelques uns dans l’histoire, et à identifier les deux composantes : vous verrez que ça marche très bien : il y a quelque chose comme la mise en détermination ou la fixation d’une puissance et d’autre part quelque chose qui arrache x à la fixation de i. Question : Réponse : aucune ! quand il s’agit de la procédure politique, ce qui est l’état de la situation s’appelle généralement l’Etat. Simplement dans la pensée que nous en proposons ici, l’Etat doit être pris avec ce qui le norme. Aujourd’hui, l’Etat n’est pas compréhensible si on ne le prend pas avec sa norme assumée, revendiquée, qui est l’économie. Une fois qu’on prend l’Etat plus sa norme, on a quelque chose qui, au regard de la situation historico-politique, est l’état de la situation. Donc fixation d’une mesure à la puissance indéterminée de l’Etat, c’est l’effet de distance. Toute politique présuppose qu’on soit dans une certaine distance à l’Etat, et cette distance est conquise par une mesure de sa puissance. D’autre part, le travail qui s’ouvre alors, c’est la possibilité pour tous d’être arraché à son identification, d’être plus que son identification, c’est la maxime égalitaire. Si l’on s’en tient à site événementiel, événement, énoncé détaché, ie aux préconditions constitutives de l’espace subjective, politique désignera cela, ça se concentrera dans les caractéristiques que nous venons de dire : l’Etat pris à la fois dans son excès indéterminé et dans sa puissance d’identification, l’événement comme levée locale d’un site, l’énoncé qui se détache comme mesure de la puissance de l’Etat, et de l’intérieur de la distance ainsi crée, le travail d’une maxime égalitaire. Quand il y a art, maintenant. - nous dirons qu’il y a art quand le site événementiel concerne la mise en forme signifiante du sensible. Attention ! Mise en forme signifiante du sensible, comme site événementiel, ça veut dire que c’est au bord du vide, que c’est de la singularité pure. Donc c’est mise en forme du sensible, mais où ? Eh bien, là où cette mise en forme est au plus près d’être indiscernable de l’informe. Là où cette mise en forme est au plus près d’être indiscernable de l’informe. Vous avez site événementiel artistique quand c’est au bord du vide, comme tout site. Un pas de plus dans la mise en forme et vous êtes dans l’informe, justement ! Il y a site événementiel artistique là où les principes de la forme sont saturés jusqu’au bord de l’informe. C’est un point très important de ce qu’on peut appeler les conditions d’un événement d’art. C’est pas simplement qu’il y ait de la mise en forme, c’est que la mise en forme soit saturée jusqu’au point où d’une certaine façon la zone de mise en forme est au bord de sa dissolution informelle. C’est le cas par exemple si le système tonal est et musical saturé jusqu’à un chromatisme tel que si on va un peu plus loin il n’y a plus de mise en forme du tout, et le formalisme tonal se dissout. Le site événementiel artistique se situe toujours là où, dans la situation artistique, la mise en forme est au plus près de l’informe. - que va être la levée du site ? Qu’est-ce que c’est que l’événement ? l’événement artistique, c’est toujours ce qui rend possible que soit considérée comme une forme ce qui dans la situation n’était représentable que comme informe. L’événement artistique c’est une levée, une zone où une forme est indiscernable avec l’informe, et va imposer que soit considérée comme une forme ce qui ne pouvait pas l’être antérieurement, ce qui antérieurement était tenu pour de l’informe. Une révolution artistique, c’est ça : proposer comme forme ce qui dans le dispositif ou l’état de la situation antérieure était considéré comme informe. C’est possible car dans le site, dans la situation, on est au point où la mise en forme est au bord de l’informe. Il y a quasiment une réversibilité entre mise en forme, progrès de la mise en forme, et passage à l’informe. La survenue événementielle va rendre possible que soit traitée comme forme ce qui antérieurement ne l’était pas. - par conséquencet, l’énoncé qui se détache, qui va prendre la forme d’œuvre (l’énoncé c’est pas une théorie, c’est ce qui est produit) va annoncer qu’un nouveau régime de la forme est ouvert. Il y a un nouveau régime de la forme. Peut être considérée comme mise en forme signifiante du sensible ce qui était perceptible antérieurement que comme informe, que comme non mise en forme.

Appelons f (un peu l’équivalent de i) ce qui est prescrit dans la situation comme régime de la forme, ce qui est identifiable comme forme, ou identifiable comme mise en forme signifiante du sensible. D’une certaine façon, l’énoncé qui se détache de l’événement artistique va donc être quelque chose comme non f = F. quelque chose qui n’était pas identifiable comme une forme fonctionne néanmoins comme une forme. Et quelque chose qui était de l’ordre de l’informe est assumable comme forme. Un énoncé événementiel artistique, produit dans un agencement sensible effectif, est de ce type. Par conséquencet, n’est-ce pas, là aussi, nous avons l’équivalent d’une identification qui est raturée ou supplantée dans l’ouverture de l’espace subjectif. Dans le cas de la politique, c’est l’identification. Ce qui vous permet d‘être identifié, il sera affirmé que vous pouvez être plus, autre chose. Dans le cas de l’art, ce qui est annoncé, c’est que l’identification formelle entre en mutation : va être identifiée comme forme, et donc comme principe d’agencement artistique du sensible, ce qui antérieurement était de l’ordre de la non forme. De ce point de vue là, l’énoncé artistique, l’énoncé événementiel artistique, il annonce comme forme de la non forme, dans sa réception immédiate. De la non forme, au sens du régime antérieur des formes. Pour l’art on peut dire : - le site c’est la zone d’indiscernabilité relative entre forme et non forme. - l’événement, c’est la levée de ce site - et l’énoncé événementiel porte que de la non forme est désormais ouverte comme forme. On appellera sujet ce qui tire les conséquences de ça, ce qui travaille dans le principe F qui n’est plus sous l’identification f. L’amour, on va aussi en donner la formule. - c’est quand le site événementiel concentre la sexuation, et donc la différence comme telle, prise radicalement, ie prise au départ comme pure et simple incompatibilité, comme non rapport. Nous le noterons comme ça :…, puisque c’est le signe algébrique de l’incompatibilité. x ne marche pas avec lui. Il n’a pas de rapport, on peut le dire comme on veut. L’incompatibilité, au registre de la différence comme telle, qui ici est la différence sexuelle (il n’y en a pas peut-être pas d’autre, à la fin des fins), c’est réellement 1 + 1. x, c’est 1, y c’est 1, il y a incompatibilité de cet 1 et de cet 1. ce qui veut dire, c’est très important, qu’ils ne font pas 2. C’est une autre algèbre : 1 et 1, ça ne fait pas 2. ça fait de l’incompatible. On part de ça. - et alors la levée du site, qui est une rencontre, ça va être une fracture de l’un au profit du deux. Ie que chaque 1 va faire 2. C’est pas que 1 + 1 se met à faire 2, c’est chaque 1 qui se met à faire 2. Opération d’algèbre particulière là aussi. On avait 1, 1, on a chaque 1 qui s’ouvre au 2, chaque 1 est 2, et c’est dans cette surimposition du deux que nous avons située la scène de l’amour comme tel. C’est un deux qui n’est pas 1 + 1, mais qui est le processus de sa dualité. C’est le deux comme processus du 2, c’est le deux comme dualisation de l’1. Et alors, l’événement, c’est la fracture immanente de l’1 pour un deux surimposé, ou un processus de dualisation, ou la construction d’une scène du 2. Il n’y a pas de scène du 2, il n’y a pas de lieu pour le deux : il y a des lieux de l’1, mais il n’y a pas de lieu pour le 2. - l’énoncé détaché, qui va faire trace de la rencontre, ce qui va dire on s’aime, nous nous aimons, ce qui veut dire il y a du 2, eh bien ça va prononcer que il y a processus de ce dont il n’y a pas rapport. On comprend bien que, pour qu’il y ait processus de ce dont il n’y a pas rapport, il faut que quelque chose se rapporte aux termes incompatibles, de telle sorte que ce quelque chose leur soit commun. Ce n’est pas eux qui entrent en rapport. L’amour ce n’est pas que x entre en rapport avec y. c’est un travail de la différence elle-même, de l’incompatible. Ce qu’il y a, c’est une fraction de chaque 1 au profit de quelque chose qui fait qu’il y a rapport, et l’autre aussi y a rapport. Mais ça ne veut pas dire que eux, ce faisant, entrent en rapport. On va l’inscrire aussi : La levée du site, c’est une rencontre portant sur des incompatibles. C’est la levée événementielle ellemême. le site, c’est de l’incompatible. La levée c’est une rencontre de l’incompatible, ie de la différence radicale ou de la disjonction. Et ça ça induit l’existence de quelque chose, on l’appellera a, qui est tel que d’une part, ça a puissance sur x, et d’autre part ça a puissance sur y. Ce n’est pas que l’incompatibilité immédiate cesse, ce n’est pas q’ un rapport d’ordre quelconque s’établisse entre x et y, mais que x et y entrent dans un rapport à un terme unique, et c’est l’existence de ce terme qui est prononcée par l’énoncé événementiel. Ce qui explique que l’un dit je t’aime, l’autre dit je t’aime, ça veut dire il y a l’amour, il existe a. Désormais, il existe a. Et nous reconnaissons l’un et l’autre que ce a a puissance sur nous, ce qui ne construit pas nécessairement un rapport entre x et y. Simplement, il est admis qu’il existe un terme auquel ils ont l’un

et l’autre rapport. C’est la formule générale de l’énoncé organique par quoi s’ouvre une séquence amoureuse. Pour récapituler : - le site : c’est de l’incompatible - la levée du site : c’est la rencontre - ce qui est produit, c’est un deux qui est tel que chaque un y a rapport. Mais c’est un processus pourquoi ? pourquoi est-ce qu’il faut dire que l’amour est coextensif à sa durée, qu’il est processus ? C’est que le fait que chacun ait rapport ou soit en position par rapport à a n’élimine pas que la différence est radicale. Ça traite la radicalité de cette différence dans un élément nouveau, dans une scène nouvelle, qui est la scène du 2. 2, car x et y ont tous les deux rapports à a. On tirerait de ça des conséquences merveilleuses (comme on a un 1er axiome, on peut en tirer des conséquences algébriques et ensuite se demander à quoi ça correspond dans la vie). On a commencé à figurer les énoncés : L’énoncé politique primordial : ________ artistique________ : ________amoureux________ : A chaque fois, on fait apparaître le caractère paradoxal de l’énoncé, inhérent au caractère événementiel de cette prononciation. Là, le caractère paradoxal, il est lié au fait que x est pour tous, alors que, en principe, pour tous est i. Là, le pour tous va fonctionner sur quelque chose en excès, ou supérieur, à l’identité sur l’état de la situation. Ici c’est l’apparition de la négation : fonctionne comme forme ce qui est précisément affirmé comme de la non forme. Ici, c’est que fait un certain rapport quelque chose dont l’essence est le non rapport. Il y a quand même quelque chose comme un rapport dont la matière est le non rapport. Terminons par la science. - il y a science quand le site événementiel concerne la puissance de la lettre, soit l’inscription répétable et vérifiable. C’est de la puissance de la lettre vérifiable, répétable, calculable ou inscriptible qu’il s’agit. La production corporelle de la science, c’est le corps de la lettre. S’il y a site, c’est au point d’impasse de cette puissance. Pour l’art, s’il y a site, c’est au point de saturation de la forme, là où la forme bascule dans l’informe. Alors quand même, pour pas être trop abstrait, reprenons l’exemple canonique de cela : c’est l’exemple pythagoricien. Qu’est-ce que c’est que la puissance de la lettre dans la mathématique pythagoricienne ? C’est la puissance du nb entier, la puissance du chiffrage par le nombre entier. Donc tout rapport est un rapport de nombres entiers. Tout rapport, ramené à la puissance littérale du nombre, est du type p / q (p et q entiers). La discipline de la saisie littérale pour les pythagoriciens, c’est que tout rapport puisse être soumis ou chiffré comme rapport de nb. Ce qui arrive, c’est que si on prend un carré, et sa diagonale et son côté, eh bien le rapport d / c n’est pas rationnel. Il n’existe pas p et q qui sont tels que p / q = d / c. D’où le fait qu’une figure géométrique très simple, le carré et sa diagonale, fonctionne comme site événementiel pour la mathématique pythagoricienne. Une zone où la puissance de la lettre, qui est celle du nb entier comme capacité à saisir des rapports, est en impasse. - que va être la levée de ce site et l’énoncé qui s’en détache ? La levée du site va nécessairement être de changer le registre même de la puissance de la lettre. Ie d’établir ailleurs la mesure des rapports [chgt K7] sinon vous stagnez dans l’impasse. L’événement n’est pas obligatoire : vous pouvez compléter votre doctrine en disant qu’il y a des rapports sans mesure, qu’il y a des incommensurables, vous stagnez dans le point d’impasse. La levée du site, c’est de changer la norme de la mesure. La levée événementielle d’un site scientifique, ça consiste toujours à dire qu’il y a un autre type de puissance de la lettre que celui qui est établi. Ce qui veut dire empiriquement qu’on va engager d’autres lettres. Je signale en passant que cette autre lettre porte toujours trace de ce qui précède. On va utiliser des nb qui encore aujourd’hui s’appellent irrationnels. Pour nous il n’y a rien de plus rationnel ! Ils s’appellent comme ça, c’est la trace de l’événement : c’est une fracture inventive si radicale que la norme de la puissance ancienne se fait encore entendre, jusqu’au point où on peut lire dans les devoirs que les nb irrationnels sont la preuves qu’il y a de l’irrationnel ! L’événement a été traumatique. C’est la même chose sur les nb imaginaires, qu’on a petit à petit appelé nombre complexes, ce qui est plus raisonnable. C’est intéressant de voir que la nomination porte encore la puissance de la rupture, la force de choc de la rupture, l’état sédimentaire ancien des choses. Etant donné qu’on appellera a une situation soumise à la lettre, ou littéralisable, le site en dernier ressort va se présente sous la forme suivante : il existe une situation a qui n’est pas littéralisable dans le

dispositif existant. Ce rapport là, si vous êtes dans un dispositif littéral qui n’admet que les nombres entiers, ce n’est pas littéralisable, ça n’est pas soumis à la puissance de la lettre, c’est soustrait à cette puissance. On dira que ça, ça a va se transformer en réalité en ça, ie dans un nouveau régime de la puissance de la lettre, a est soumis à cette puissance. C’est un peu comme dans l’art, parenté observée depuis longtemps, où ce qui était informe devient forme, là ce qui était soustrait à un régime de la puissance de la lettre tombe sous un régime nouveau de cette puissance. Voilà le 1er parcours : en termes de site, d’événement, et d’énoncé primordial, il donne la caractérisation typo poussée jusqu’à sa formalisation maximale des 4 grandes procédures subjectives et procédures de vérité. Il faut maintenant examiner les choses dans l’espace subjectif. Là nous avons simplement ce qui ouvre l’espace subjectif. On va commencer naturellement par ce qui se passe pour la figure fidèle, puisque la figure de subjectivation, c’est en ce sens la vie de l’énoncé événementiel lui-même. C’est ce qu’on a écrit, là, mais en tant que c’est présent, en tant que c’est effectivement énoncé ou réénoncé. Une figure de subjectivation, c’est ce qui s’épingle à l’un des mathèmes que je vous ai donnés. Le chiffrage des figures de subjectivation : c’est là, et là comme singularité, c’est pas là dans la formule abstraite donnée, c’est dans la forme particulière qui est une œuvre d’art, une rencontre singulière, une proposition de remaniement scientifique particulière. Ça correspond à la formule et c’en est une réalisation singulière. Alors on peut à ce moment là dire, se demander quelle est la figure, la forme, du sujet fidèle comme production de présent. Nous savons que la production du présent, c’est la production des conséquences de l’énoncé événementiel. Et nous pouvons à ce moment-là identifier empiriquement les figures subjectives fidèles comme étant celles qui sont au travail des conséquences de l’événement. Qu’est-ce que c’est qu’un sujet politique ? C’est ce qui, sous condition de cette fixation, est au travail quant à cette maxime. Un sujet artistique est celui qui est au travail quant au conséquence de celle-ci. Un sujet amoureux est au travail quant aux conséquence de cette formule. Un sujet scientifique, c’est ce qui est au travail dans les conséquences de cette formule sur la puissance de la lettre. Nous entrons dans une passe importante qui va nous dire ce qu’est un sujet. Qu’est-ce que c’est, dans la situation concrète ? Parce que jusqu’ici nous avons eu des formules. Un sujet ainsi conçu n’est nullement un individu. Nous avons dit qu’il y a du corps dans le sujet, du corps barré, ça peut être éventuellement le corps de l’individu, ça peut être autre chose, matérialité corporelle. Ne croyons pas que notre théorie du sujet est une théorie de l’individu : l’individu, c’est un animal quelconque susceptible d’être incorporé à un sujet. Quand nous allons dire ce qu’est un sujet, ce n’est pas reconnaissable comme qln qui porte un nom propre et qui se promène dans la rue, même si ça incorpore quelque chose de ce genre. Par exemple, pour la politique, le sujet est ce qui porte les conséquences d’une maxime égalitaire, la maxime elle-même ne pouvant travailler que sous condition d’un principe de distance. qln qui fait travailler les conséquences de pour tout x, x > i. ça peut se dire de bien des façons : je n’ai jamais trouvé un politique qui dise : mon travail, c’est pour tout x, x >i ! ça se dit : tous égaux, régularisation des sans papiers, libération nationale d’un territoire opprimé, liberté égalité fraternité, socialisation des moyens de production etc… Les avatars ! Mais c’est subjectivement politique pour autant que en définitive ça dit pour tout x, x >i. il tire les conséquences en situation de la maxime égalitaire. Ce qui fait que ça porte ça, c’est collectif. Ça ne peut être que collectif. Un collectif qui en général vient du site ou est proche du site ou est le site, mais qui ensuite est dans une trajectoire mobile dans la situation, porte le travail des conséquences de la maxime égalitaire singulière qui est la sienne. On appellera ce sujet, en prenant le mot en un sens très large, une organisation. On est toujours captif de nos propres séquences, mais organisation ça désigne simplement un collectif dans sa capacité effective à porter de façon prolongée les conséquences de la maxime égalitaire. Il en résulte qu’en politique, la figure productive du sujet, le sujet fidèle, est toujours une organisation, ie quelque chose qui est une métonymie du pour tous : un collectif, quelque chose qui en lui-même détient le caractère inéluctablement collectif de tout ce qui mérite le nom de politique. C’est pas un individus, c’est un agrégat de corps d’individus. Matériellement, en définitive, ce sont des corps, mais ils ne sont sujets que pour autant qu’ils sont dans ce collectif qui porte le devenir de la maxime égalitaire. Nous dirons : dans la procédure politique, le sujet est organisé. Le sujet, c’est de l’organisé, c’est du collectif autour d’une maxime commune. Pour l’art, le sujet qu’est-ce qu’il est ? Il est effectuation de non f = f. Ie que ça va se donner ainsi : il est matérialisation d’une mise en forme du sensible, création de forme, sous condition que non f, du point de

vue de q, soit une forme. Il est un créateur de formes tel que du point de cette forme nouvelle, ce qui était antérieurement informe peut être considéré comme forme. Il crée de la musique dans les conditions où il n’y a plus de système tonal. Cependant il crée de la forme dans l’élément de cet informe antérieurement inscrit. C’est quoi ça ? On appellera ça une œuvre. En art, le sujet c’est une œuvre. Oui mais l’auteur, le compositeur, l’artiste ? L’artiste, c’est du corps barré qui est dans la formule, c’est tout. Ça n’a pas plus d’intérêt que ça. Le sujet en art n’est pas l’artiste, c’est l’œuvre. C’est un point important et éclairant sur la question du sujet. Je ne dis pas que ce qu’on appelle artiste n’entre pas dans la composition de la formule subjective. On aura un énoncé événementiel de type suivant : …, qui crée les conséquences. Sujet, c’est ça, mais l’identification subjective proprement dite, la capacité productive de cette figure, est ici. L’espace de la forme détient ce qui était l’espace de l’informe. On dira que le sujet fidèle, c’est l’œuvre. Pour l’amour, qu’est-ce que c’est que le sujet ? Le sujet, prenons le littéralement, on en a les moyens, c’est la production des conséquences de a > x et a > y, c’est les conséquences du fait que x et y ont rapport à l’espace du 2, dans les conditions de l’incompatibilité. L’amour c’est tirer les conséquences de ce que a est > à x et y dans l’espace où il y a une incompatibilité inaltérable entre x et y. La conception à l’eau de rose de l’amour, dont nous expérimentons chaque jour la fausseté mortelle, c’est l’idée que l’amour est la transformation de l’incompatibilité et compatibilité, voire en fusion. C’est une idée désastreuse ! Cet élément là fait travailler un 2, donc fait travailler un rapport, dans les conditions du non rapport, de l’incompatibilité. Tirer les conséquences de cela, effectivité de la production amoureuse, requiert de l’invention, que quelque chose soit produit. Si vous transformer l’incompatibilité en compatibilité, moyennant quoi tout va bien ? Non, tout va mal ! Ici c’est laborieux, ça procède. Notez que quel est le point d’instabilité du travail amoureux, appelons-le comme ça ? C’est que ce rapport là et ce rapport là ne sont pas non plus initialement fixés. Eux aussi, ils sont des rapports qui n’ont pas de mesure immanente fixée. En particulier, la soumission de l’un au principe du deux et la soumission de l’autre au principe du deux ne sont pas commensurables ou aisément comparable. Il y a quelque chose de constamment indéterminé dans le mode propre sur lequel x se rapporte à a et y se rapport à a. Il n’y a pas de norme immanente. La querelle amoureuse porte toujours sur l’amour lui-même, et pas sur autre chose. Même si elle se déclenche à propos de n’importe quel objet occasionnel, et Dieu sait s’il y en a beaucoup, son contenu réel porte en réalité sur l’amour lui-même, car il est vrai que chacun y a rapport, mais la mesure de ce rapport ni n’est identique ni n’est égale ni même n’est exactement commensurable. Il faut donc toujours réassumer le il existe a, car il y a des instabilités dans le x a rapport à a et y a rapport à a, dans le et central qui les conjoint. Le sujet ainsi conçu n’est évidemment ni x ni y, ce qui tire les conséquences de la maxime selon laquelle on travaille au rapport de x à a et de y à a dans les conditions de leur incompatibilité. Je ne lui trouve pas de nom ! L’amour est tellement pris dans la représentation cependant expérimentée fausse que c’est de la psychologie que l’un et l’autre etc… l’incompatibilité s’est renversée en compatibilité, que les noms sont greffés là-dessus. En fin de compte, avec des guillemets considérables, je l’appellerai un couple. C’est couplé. Le sujet c’est le couple, et ce couple incorpore en tout cas au moins deux corps. Mais l’incorporation des deux corps à ce corps n’est pas le corps de chacun qui etc… ce qui me gêne dans couple c’est que c’est étatisé : il y a ce problème du couple qu’il est reconnu par l’Etat, au moins dans le mariage, le paiement des impôts, la cohabitation, le concubinage (mot terrible !). si on examinait dans le détail cette procédure, on verrait qu’elle réinterfère avec l’Etat précisément car elle met en scène une puissance indéterminée. Là, la puissance est indéterminée quand même. Ce qu’il en est au sein du couple de la composante relationnelle de l’amour lui-même est distribuée de façon indéterminée. Alors l’Etat, qui est la grande puissance indéterminée par excellence, intervient pour faire comme s’il pouvait déterminer cette puissance, ie comme s’il pouvait en garantir la commensurabilité, finalement. C’est intéressant : c’est un des grands protocoles d’identification étatique. L’Etat, puissance indéterminée par excellence, identifie en prétendant déterminer de l’indéterminé. On peut dire : c’est lié au fait qu’il faut de la filiation, des héritages etc… Mais c’est plus profond : il faut de la détermination là où c’est intrinsèquement indéterminé. Ne vous inquiétez pas, il n’y a pas beaucoup de travail à faire, vous êtes mariés, vous êtes un couple, fin de l’indétermination amoureuse. Au moins l’Eglise faisait intervenir le grand indéterminé transcendant, qui détermine toute chose, et peut prononcer vous vous aimerez toujours, quoiqu’il arrive, c’est indissoluble ! Le problème c’est que s’il y a quelque chose de soluble, c’est bien ça ! Il n’y a pas de remède. La vérité de la procédure, si on revient au subjectif comme tel, c’est que cette indétermination est constitutive. C’est la raison pour laquelle l’incompatible peut entrer en rapport, mais il faut en payer le prix : si de l’incompatible entre en rapport, vous ne pouvez pas exiger en

plus que ce rapport soit dans le tiers terme qui intervient entièrement déterminé. Ce serait comme s’i n’y avait aucun effet de l’incompatibilité. Un rapport qui se bâtit sur de la disjonction, de l’incompatible, sur la différence sexuelle comme non rapport, il faut qu’il en porte trace dans le fait que le rapport à l’amour de l’un et de l’autre soit incommensurable. Il faut toujours réajuster le quantificateur existentiel : le il existe a est instable. La question de la procédure amoureuse est celle de l’amour lui-même : est-ce qu’il est encore là ? C’est un réajustement de il existe a dans une situation provisoire du rapport. Pour la science, le sujet est la production des conséquences de la nouvelle figure de la puissance littérale, de L (a), dans les conditions qui assume que non l(a). L(a) doit traiter l(a) de façon cohérente. [chgt K7] Un art nouveau n’a pas à rendre compte de ce qu’était l’art ancien. En science, principe de rétroaction, il faut que L(a) fasse montre se sa capacité à subsumer l(a). il faut que notre nouvelle doctrine des rapports expliquer pourquoi il était impossible qu’il y ait rapport de nombre entiers dans la figure précédente. La science doit rendre compte de sa propre invention dans la capacité de sa nouvelle invention à absorber et à traiter de l’impasse antérieur. Parenthèse : c’est la raison pour laquelle Lacan disait que il n’y avait que la science qui était réellement science du réel. Comme il définissait le réel comme point d’impasse de la formalisation, il est vrai que en science, non seulement on force l’impasse, mais vous rendez raison de l’impasse, ce qui n’est pas la même chose. Les deux doivent se faire en même temps. Là où il y avait impasse, donc réel, se tient la nouvelle puissance de la lettre. La nouvelle formalisation est formalisation de ce réel. L(a) va élucider et rendre raison de l(a) : l’événementialité scientifique absorbe la situation antérieure en son impasse. Comme nom générique, on l’appellera un résultat (théorème en physique, loi en physique). Un résultat, c’est une conséquence de l’énoncé événementiel. Une nouvelle ouverture de la puissance de la lettre crée une prodigalité de résultats : c’est le présent vivant de la science dans le présent subjectif. Donc on peut dire que les instances identifiables du sujet fidèle sont des organisations, des œuvres, des résultats et des couples. Les 4 instances du sujet fidèle comme production. On terminera à propos de la nomination de la procédure de vérité supposée achevée. Nous savons qu’elle est inachevable, mais dans la supposition de son achèvement. Œuvre résultats, organisations, couples, c’est des fragments. Mais supposée achevée, comment ça se nomme ? Commençons par la science : on appellera ça une théorie. Une théorie, c’est un ensemble consistant de résultats, initiés par un événement. Au fond, une théorie, c’est les effets supposés complets (ils ne le sont jamais) d’un nouveau régime de la puissance de la lettre. Le système supposé complet ou rassemblé de cette nouvelle puissance de la lettre définit la théorie. Ce sera des choses de gde ampleur, comme la mécanique classique, ou la mécanique relativiste. La 2nde surgit à un point d’impasse de la 1ère. Théorie prend un sens précis : l’espace des résultats cumulés et cohérents d’une figure événementiellement surgie de la puissance de la lettre. En ce qui concerne l’amour, je l’appellerai un amour, purement et simplement. Qu’est-ce que la figure temporellement déployée de ce que nous avons dit ? C’est un amour, justement. Il y a des raisons à ce que amour, nom de la procédure achevée, soit le nom du type. Parmi les procédures de vérité il y a l’amour, et le déploiement effectif ou singulier, c’est un amour, il n’y a pas d’autre nom, amour dont le sujet est couple. C’est important : théorie, les sujets sont des résultats. Amour, le sujet fidèle est un couple. Pour l’art, je l’appellerai une configuration artistique. Par exemple, le système tonale en musique, ou la figuration en peinture, ou la tragédie grecque : des ensembles. L’identification des configurations se fait rétrospectivement, doit décrire l’événement initial, l’énoncé vecteur, les effectuations en œuvre, le déploiement et l’épuisement ou la clôture de tout ça. Là, vous isolez quelque chose qui est une configuration. J’y insiste : une vérité artistique, c’est une configuration. Les œuvres sont les sujets. On a produit des vérités concernant l’agencement signifiant du sensible. La configuration est peuplée d’instance subjective que sont les œuvres. En politique, on appellera ça un mode ou une séquence : la révolution française, la Commune de Paris. Ce sont des séquentialités historiquement assignables, datables, déploiement dont les sujets sont des sujets que j’ai appelés organisés.

Pour récapituler synthétiquement, en définitive, ce qu’il y a comme procédures de vérité déployées, c’est : les modes de la politique, séquentiels des configurations artistiques des amours, des épisodes amoureux des théories A l’intérieur de quoi se dispose, comme identification subjective fidèle : des organisations des œuvres des résultats des couples Quel travail nous reste-t-il ? Le 1er travail, c’est prendre les choses cette fois du point de vue des autres figures subjectives : qu’est-ce qui inscrit la figure réactive et la figure obscure, dont je répète qu’elles sont toujours des possibilités ouvertes par l’espace subjectif ? Peut-être peut-on le prendre du côté des opérations. Production, on l’a vu, mais que signifie l’opération de répétition, l’opération d’occultation et l’opération de résurrection ? qu’est-ce qu’une répétition en art, en politique ? qu’est-ce qu’une résurrection, une occultation ? C’est un 1er travail, trouver les noms. Et puis, il faudra prendre ultimement la question sous l’angle des effets, à la lumière de la question : ces effets ont-ils des limites ? Et ces limites sont-elles spécifiques typologiquement ? Alors on dira oui il y a des limites. Je vais vous donner la liste des limites, de ce qui sera appelé pour des raisons techniques les points d’innommable de chaque procédure : pour la politique, c’est le collectif dès lors qu’il est substantialisé, le collectif comme substance, ou encore la particularité communautaire en science, c’est la cohérence comme telle : la science est cohérente mais la cohérence est sont point interne d’innommable (elle est sous l’impératif de la cohérence, mais elle ne peut pas ressaisir en elle-même sa propre cohérence) en amour c’est la jouissance en art, nous toucherons à la singularité des arts : le point d’innommable doit être identifié pour chaque art. Pour le poème, c’est la puissance de la langue. Il est sous l’impératif de dépasser la puissance de la langue, mais la puissance de la langue est le point qu’il ne peut exhiber comme tel. Pour la peinture, c’est le regard. 3 JUIN 98 Je vous signale à tout hasard que je ferai une conférence, à l’invitation de l’Ecole de la cause freudienne, sur la procédure amoureuse le mercredi 17 juin, à 21h15, au siège de l’Ecole de la Cause, ie 1 rue Huysmans, dans le 6ème. Le titre, c’est : la scène du deux - titre qui a plusieurs sens… Je vous indique tout de suite ce que j’ai l’intention de faire l’année prochaine. Ce sera très différent, parce que, avec un peu d’avance, mais y étant convié par l’opinion générale, je vais faire quelque chose sur le 20ème siècle. Ça s’appellera : de quoi le 20ème siècle a-t-il été la fin, et de quoi le commencement ? Voilà l’objet, si je puis dire, de l’année prochaine, si je puis dire : le siècle. C’était pour les préliminaires ! Nous allons maintenant par conséquencet essayer de donner à ce développement de deux ans sur la théorie du sujet une conclusion, ou une récapitulation provisoire. Je voudrais partir exactement d’une récapitulation de ce qui a été fait ou proposé la dernière fois, et qui concernait principalement – je vous le rappelle - la question de la typologie des espaces subjectifs : y at-il, si je puis dire, des genres en sujet, une typologie des procédures subjectives ? Etant entendu, je le rappelle, c’est un point majeur, que toute procédure subjective est une singularité : il n’est pas question de réduire quelque procédure que ce soit à son type. C’est un agencement singulier : les vérités sont des singularités, ce sont des singularités universelles, mais ce sont des singularités. Le type est une commodité d’investigation, qui donne une espèce d’approximation formelle de la singularité, un placement provisoire de la singularité, mais qui évidemment ne prétend nullement en épuiser la singularité propre. Pour penser une singularité, il faut la penser comme singulière, il faut partir de la singularité, et certainement pas de son type. on peut faire rentrer le type dans l’investigation de la

singularité mais on ne peut pas procéder en sens inverse. Du type, on ne déduit jamais la singularité. Mais au niveau axiomatique auquel nous nous sommes situés pendant ces deux années de travail, il y a sens à définir une typologie, car les énoncés, les sites etc… obéissent à des configurations différentes. I Typologie des figures subjectives J’avais proposé un tableau général de la typologie des figures subjectives. Nous allons les redisposer selon 5 caractéristiques. 1° le site : c’est la caractérisation du site événementiel à partir de quoi s’ouvre l’espace subjectif. 2° l’énoncé : le marquage événementiel qui se détache et qui désormais fixe le présent de la situation. 3° ensuite le nom du sujet (qch comme son nom typique, le nom interne à la typologie) 4° ensuite ce qu’on peut appeler le nom de la vérité elle-même : quel nom donne-t-on à tel type de vérité dans la supposition de son achèvement ? Je rappelle que son achèvement est infini, on est toujours dans la supposition de cet achèvement, n’est jamais dans la saisie en tout de cet achèvement. 5° ensuite la question des figures, qui renvoie, elle, au système des figures du sujet tels qu’elles peuplent l’espace subjectif. Ce sera une 1ère ligne d’investigation. Et puis nous allons examiner ensuite ce qu’il en est pour les différents types de procédures, donc la politique, que nous allons examiner selon les caractéristiques de son type, de son selon son énoncé, du sujet, de ses figures, puis nous allons le faire pour l’art, l’amour et la science, de la même façon. C’est une récapitulation, puisque c’est déjà selon ces considérations que nous avons spécifiés les types la dernière fois. le site En ce qui concerne le site de la politique, nous avons convenu de dire qu’on pouvait l’appeler le collectif. Je rappelle que collectif est déjà, non pas du tout une instance de la particularité communautaire fermée, mais que le site est collectif signifie à la fois qu’il y a réquisition de la particularité comme telle, et cette réquisition de la pluralité comme telle est une métonymie de la réquisition tous. L’horizon de la politique comme politique est qu’elle a valeur pour tous. C’est en ce sens qu’elle est intrinsèquement collective, ie que le site événementiel est toujours un site où s’expose le collectif. En ce qui concerne l’art, le site est le sensible. Je rappelle que à chaque fois le site doit être pensé au bord du vide. Pour le sensible, c’est le sensible qui est au point d’un rapport incertain entre forme et informe. Le site de la création artistique est toujours au point où la question du sensible signifiant, du sensible saisie selon sa forme, est au bord du vide, au bord de sa dissolution. Pour l’amour, nous avons dit que le site est la différence. La différence des sexes, mais on peut soutenir qu’il n’y en a pas d’autres. C’est démontrable. En réalité, la différence comme différence, dans l’expérimentation qui a pour enjeu la différence comme telle, c’est la différence sexuée, il n’y en a pas d’autre, elle est paradigmatique. Pour la science, le site est la lettre, ou plus exactement la puissance de la lettre, y compris de sa puissance matérielle. Voilà pour le site. l’énoncé a) la politique Ensuite nous avons tenté de caractériser ce qu’on pourrait appeler la forme abstraite ou générique de l’énoncé détachable qui se constitue dans la rupture événementielle. Je les rappelle, et je les commente brièvement : Un énoncé de rupture politique, nous avons dit qu’il a deux caractéristiques majeures : - la première, c’est qu’il fixe la puissance de l’Etat, au sens propre de mettre à distance dans une détermination fixe. Au lieu que la puissance de l’Etat soit une espèce d’errance indéterminée qui saisit ou s’empare de toute chose, on a une fixation, ou une détermination, ou une localisation de cette puissance qui permet aussitôt un minimum de distance par rapport à elle. Une thèse fdtale, c’est que toute saisie par la puissance de l’état est en réalité toujours une saisie par la puissance de l’indétermination. Dès qu’il y a un point de détermination, en réalité s’établit une possibilité de distance. Puisque l’état de la situation c’est l’ensemble des parties de la situation, qu’on notera ainsi : …, ça veut dire que l’énoncé assigne à cette puissance une certaine valeur. L’ensemble des parties d’une situation

est assigné à un réel fixé. L’assignation de puissance ne requiert pas qu’on assigne cette puissance comme telle. C’est une erreur de croire que toute rupture politique se fait au nom de la faiblesse relative de l’Etat. De nombreux exemples montrent le contraire. Vous pouvez avoir l’initiation absolument en rupture d’un processus politique dans un état des choses stable, puissant et parfaitement déterminé. C’est la fixation qui permet la distance, et elle peut engager un processus très long si cette puissance est très élevée. Elle peut éventuellement engager un processus plus court si la puissance est de bas niveau. Ça dépend des singularités. Si vous avez une rupture événementielle qui est dans une logique insurrectionnelle, c’est qu’elle fixe la puissance de l’Etat à un bas niveau, ie qu’elle pense que d’un seul coup on peut le renverser. Vous la déterminez comme faible. Par contre, si vous avez l’idée que la rupture engage un processus qui est très long, vous fixez la puissance de l’Etat à un niveau élevé. L’important est qu’elle soit fixée, qu’un minimum de distance soit praticable. C’est la 1ère composante de la maxime. - le 2ème, je l’avais noté x > i pour tout i, c’est ce qu’on appellera la maxime égalitaire de toute politique véritable. Pour tout x, x doit être supposé capable de plus que son identification. La maxime égalitaire n’est pas une maxime creuse, qui dit que tout est égal à tout à ce moment là, elle serait alors formelle. Elle part d’une identification moyenne circulante, prodiguée par l’Etat, et elle affirme que tous sont capables de plus que ce dont on dit qu’ils sont capables. Pour tous, il est vrai qu’il y a plus de possibilité que ce que leur identification socio-politique déclare. x > i : x est toujours en excès sur son identification moyenne. C’est ça que proclame l’énoncé politique en même temps qu’il fixe la distance de l’Etat. Voilà dans le cas de la politique. b) l’art Dans le cas de l’art, une mutation artistique, en gros, consiste à dire que ce qui était reçu comme informe est susceptible d’être une forme. Ce qui était précisément dans la lisière de la forme et de l’informe, et dans le site l’organisation artistique du sensible, ce qui était délimité comme l’informe, l’énoncé affirme que cela peut / va accéder à la forme. Nous l’avions formalisé ainsi : non f f . Ce qui dans l’espace réglé de la situation est exclu de la forme, doit et peut être tenu (sous condition) comme une forme. Tout est énoncé créateur artistique annonce quelque chose de cet ordre. Il annonce que ce qui n’était pas reçu comme organisation signifiant du sensible produisant du sens et produisant de la vérité peut entrer dans cette production. C’est une bascule de l’informe à la forme. c) l’amour En ce qui concerne l’énoncé de l’amour, l’amour part d’une disjonction, d’un non rapport : il part du fait que x et y mis en relation, saisis comme rapport, sont incompatibles. C’est l’expression du rapport du non rapport, le rapport de ce qui n’a pas de rapport, noté ici incompatibilité. Le rapport de ce qui n’a pas rapport implique qu’il existe quelque chose, qu’on appellera l’amour précisément, qui a puissance supérieure à… Ceci se lit : l’amour comme rapport de ce dont il n’y a pas rapport produit / implique qu’il existe un terme tel que lui est en rapport avec l’amour. L’amour va fonctionner comme tiers terme dans le non rapport tel qu’il est dans le non rapporté. Il existe l’amour tel que sa puissance sur x et sur y est attestée, alors même que, inauguralement, ce qu’on met en rapport ne soutient aucun rapport. Vous voyez comment ceci porte sur la question de la différence : là on a en réalité quelque chose comme une disjonction stricte, et ici on a quelque chose comme une conjonction disjonctive, mais au prix qu’existe un 3ème terme. Ceci ne met pas directement en rapport x et y, mais pose l’existence d’un terme qui a un rapport de puissance aux 2. ça se dira aussi : si le non rapport est rapporté, alors il existe quelque chose qui a puissance sur les termes non rapportés. C’est cette chose là qu’on appellera l’amour, qui est une production. d) la science En ce qui concerne la puissance la lettre, nous avions donné un exemple, les irrationnels. Au point où quelque chose n’est pas littéralisable, vient une puissance de littéralisation. Voilà la structure formelle qui permet d’identifier typologiquement, en termes d’énoncés, sur la base de la levée d’un site événementiel, les 4 types de procédures. le nom en sujet Nous passons maintenant à leur nom en sujet.

a) politique Le nom en sujet dans le cas de la procédure politique s’appellera organisation. On prendra le terme le plus neutre, le plus générique. Car là aussi, la singularité politique traite ce point de manière diversifiée : il y a des séquences où ça peut être parti, ou des séquences où c’est association libre… C’est le collectif relevé comme sujet, dans la possibilité du traitement des conséquences d’énoncés de ce type : c’est une organisation. b) art En ce qui concerne l’art nous l’appellerons une œuvre. Il n’y a pas grand chose à dire, je reprends le nom le plus courant. Mais il faut noter que ce qu’on appelle sujet, c’est l’œuvre et pas l’auteur. Ce qui a puissance de sujet dans la procédure artistique, c’est l’œuvre. L’auteur il en est au mieux le corps inexplicite, il en est en position de déchet, insignifiante. Moins on le connaît mieux c’est. C’est pour ça que Homère est formidable : là au moins on a l’Iliade et l’Odyssée, et on sait que c’est ça qui a fonctionné subjectivement dans l’espace grec, et pas Homère qu’on a collé dessus. Le sujet est l’œuvre et pas l’auteur, c’est une évidence, c’est une chose qui n’est surprenante que de prime abord. L’élément sujet est purement psychologisé si on l’appelle auteur. Si on prend sujet au sens de qu’est-ce qui fait sujet dans la procédure artistique, c’est l’œuvre. c) l’amour En ce qui concerne l’amour, j’avais fait part de mes hésitations considérables, mais sauf si vous avez trouvé mieux là-dessus, j’avais dit que c’était le couple. Il faut nommer un sujet qui ait affaire à la différence comme telle, qui ait affaire au 2. L’important de ce que désigne couple, c’est que le sujet n’est pas le sujet aimant ou le sujet aimé. Ce n’est pas un des 2. Si vous dites que c’est un des 2, ça veut dire il y a deux sujets, et si vous dites qu’il y a deux sujets dans l’amour, vous revenez à la thèse que l’amour est un rapport, qu’il est l’un de ce 2. La seule solution, c’est que l’amour est production d’un sujet, et que le sujet est produit par l’amour, c’est ce sujet que nous appelons couple. Ce couple combine ou s’étaye sur deux corps. Il y a bien deux corps, mais nous savons très bien que corps, c’est une place pour le sujet. Couple, peut être dans ses ingrédients constitutifs suppose deux corps, mais c’est un sujet, c’est le sujet de la procédure amoureuse, au sens où on dira : quel bel amour ! De qui on fait l’éloge ? On fait bien l’éloge d’un sujet, mais ce sujet n’est pas l’un + l’autre, c’est ce qui apparaît là, ce qui vient à exister comme ayant puissance sur l’un et l’autre. On appellera ça un couple. Si vous voulez, c’est la puissance de a sur x et y, puissance différenciée, mais qui tient cette différence dans l’existence de la nouveauté de l’amour. d) science En ce qui concerne la science, nous avons convenu de l’appeler un résultat ça subsume un théorème, une loi, un dispositif, une expérimentation - peu importe. C’est ça qui est sujet de la science. Ce qui fait sujet de la science, ce n’est pas Pythagore, c’est le théorème de Pythagore. Je reprends l’analogie avec l’art. Pythagore est comme Homère dans cette affaire, à peu près. Par contre, le résultat demeure comme figure qui fait processus, qui fait sujet, dans le déploiement d’une vérité scientifique. le nom de la vérité Maintenant on prend le nom synthétique, le nom de la vérité dans la supposition de son achèvement. a) politique Pour la vérité politique, on dira que c’est un mode ou une séquence : la politique existe comme toute chose de façon finie et séquentielle, intérieurement infinie et extérieurement finie. Il n’existe pas la politique en général, mais des séquences politiques. Ça a un début et une fin, ça se sature de l’intérieur. Il y a une relève événementielle. b) l’art En ce qui concerne l’art, j’ai proposé de l’appeler les configurations. c) amour En ce qui concerne l’amour j’ai proposé de l’appeler un amour. Je n’ai pas trouvé tellement mieux. C’est autonyme. d) science En ce qui concerne la science, c’est une théorie.

Naturellement, le peuplement subjectif, ou la production ou l’engendrement de la vérité se fait selon les catégories subjectives adéquates, qui elles-mêmes sont l’exploration de l’énoncé, lequel lui-même est la relève événementielle du site. Donc nous avons là la caractérisation de la positivité de ce qui se passe dans l’espace subjectif selon les différents types. II les Figures Subjectives La question qui se pose au-delà, sous le titre des figures, est de savoir si on peut aussi articuler tout cela dans l’espace des figures subjectives différenciées. Je vous le rappelle, on peut finalement les prendre à travers leurs opérations. C’est le plus d’accroche le plus significatif en termes de vérité. Il y a 4 opérations : - la production - la répétition - l’occultation - la résurrection La production relève du type subjectif fidèle. La répétition ___________________réactit. L’occultation___________________obscur La résurrection relève à nouveau du sujet fidèle mais dans une modalité qui réengage, qui est resubjectivante. Peut-on, y a-t-il lieu de nommer de désigner de façon particulière ce qui se passe entre les 4 opérations du point de vue de la typologie différenciée ? Je passe vite car l’exploration détaillée de la chose prend un tour un peu phénoménologique, et au fond on peut l’abandonner à quiconque pourvu qu’il soit guidé par un système de nomination [chgt K7]. politique C’est proprement l’espace de la production : énoncé, figure subjectives productive etc vérité produite. Ce qui nous intéresse, c’est les autres figures. a) figure réactive On peut dire que la figure répétitive en politique, on peut l’appeler la réaction. Le mot réactif vient de là, la classique disposition réactionnaire, ou actionnaire de la réaction. b) figure obscure La figure obscure, ie la figure proprement d’occultation, je pense qu’il faut l’assigner au traditionalisme communautaire, sous toutes ses formes. J’y insiste, traditionalisme communautaire, tel qu’il est réinventé dans les conditions de l’espace subjectif post-événementiel. Je ne l’appelle pas ainsi au sens d’une puissance invariante de la tradition. Il va se revendiquer comme traditionnel, mais il essaie d’être la figure contemporaine de cela, contemporaine de quoi ? contemporaine de la production. Je reprends mon exemple : l’interprétation que je propose par exemple ici des intégrismes religieux, exemple bien connu, n’est pas du tout que c’est un retour de la religion, quelque chose qui (on ne sait pas bien pourquoi) la ferait brusquement ressortir dans son identité immémoriale. C’est une invention, c’est un phénomène contemporain, très complexe, qui n’est nullement une simple résurgence du fonds réactionnaire de l’humanité immuable. On dit : ça revient, mais rien de revient jamais. Le problème, c’est : qu’est-ce qui se passe quand le traditionalisme communautaire intègre les données productives qui fixent le présent ? La figure obscure fixe le présent. L’intégrisme, c’est quoi ? C’est est à mon avis la forme obscure de l’énoncé Dieu est mort. C’est la forme intégriste, religieuse de quoi ? de ce que Dieu n’est plus au présent. C’est contemporain, c’est post-nietzschéen, c’est pas une résurgence médiévale. Aucun Moyen-Âge ne revient chez nous. C’est un bricolage contemporaine, simplement un bricolage obscur, pris dans la figure obscure qui comme on sait mortifie le présent. Mais mortifier le présent est une activité au présent. Tout ceci pour dire que c’est le nom historiquement le plus approprié, c’est sur le sol du traditionalisme communautaire que la figure obscure du sujet politique est la plus déployée aujourd’hui, mais entendons bien que traditionalisme communautaire veut dire constitution d’un présent de la tradition et non pas effet inerte d’un retour de la tradition. Ce serait plus commode si c’était ça, mais ça ne l’est pas. on a affaire à une invention, et la question de savoir si l’invention fidèle ou productive est à la mesure de l’invention obscure.

c) figure de la résurrection En ce qui concerne le protocole de résurrection, c’est la question au fond de qu’est-ce qui réapparaît en politique ? qu’est-ce qu’on arrive à extraire alors que c’était obscurci ? Je pose que c’est les invariants égalitaires. C’est toujours le mode sur lequel la maxime égalitaire, inhérente à toute proposition politique, est venue à la fin des fins à s’enkyster ou s’enfouir dans sa forme obscure, et c’est ça qui est remis à jour. L’histoire est scandée par des répétitions surprenantes de la maxime égalitaire, alors qu’elle était apparemment ensevelie dans l’obscurité de l’histoire. Ce qui resurgit, ce qui est resubjectivé, ce sont les invariantes égalitaires, implicites ou explicites dans toute proposition politique émancipatrice. En figure, nous avons là le traditionalisme communautaire, et là les invariants égalitaires. Répétition, occultation, résurrection. l’art a) figure réactive En ce qui concerne l’art, la répétition, c’est le conservatisme, qui est en un sens la muséographie. b) figure obscure La forme obscure, nous l’avons déjà dit, c’est l’académisme. Entre académisme et traditionalisme, il y a le problème des croisements de procédures. c) figure de résurrection Et puis la résurrection c’est le néoclassicisme : c’est intéressant de faire contraster académisme et néoclassicisme. Néoclassicisme, c’est quand une figure académique supposée classique dans les modalités académiques est réactivée et resubjectivée dans le dispositif artistique. Ça suppose qu’on entend classicisme autrement que comme académisme. C’est une opération sur la langue. Mais il est évident que quand on regarde de près ce que c’est que le néo-classicisme selon Ingres ou David, ou même ce qu’est la période néoclassique soit de Picasso soit de Stravinsky, exemples très épars, on voit bien que ce dont il s’agit, c’est de resubjectiver au plus près, dans les dessous de l’académisme, quelque chose qui paraissait entièrement clos, entièrement fermé. Entre parenthèse, c’est aussi pour ça qu’il n’y a pas de destin linéaire de la production artistique, contrairement aux thèses selon lesquelles la production artistique irait dans un radicalisme inépuisable vers une novation formelle indéfinie, ie la mise en forme d’une quantité constamment grandissante d’informe antérieur. C’est la vision linéaire ou avant-gardiste, mais historiquement, ce n’est pas comme ça que ça se passe. Il y a des résurrections : il y a des séquences créatrices et néoclassiques : vous insisterez sur néo, sur résurrection, ou surrection à nouveau de quelque chose enseveli ou enkysté dans la forme mortifiante de l’académisme proprement dit. Question : le Dieu des poètes passe par… Réponse : la thématique poétique du retour des dieux est une thématique esthétique de la résurrection. Pour se séparer en poésie de quelque chose comme une forme néoclassique, il faut cesser de faire revenir les dieux. Que les poètes aient des difficultés à se passer de l’horizon selon lequel quelque part le Dieu reste en retrait, ça j’en suis persuadé. Qu’est-ce qu’une poésie entièrement extirpée de ce que tu appellerais la figure néoclassique, qui est de laisser entrevoir la possibilité de résurrection du Dieu retiré, les expérimentations poétiques contemporaines gravitent autour de ça. Je ne prends pas néoclassique négativement. J’essaie d’accorder un statut positif et inéluctable au néoclassique, en constituant une histoire ramifiée, avec des bifurcations, et pas une histoire homogène et linéaire. Vous pouvez vousmêmes prendre ces noms et les faire travailler. C’est une toile d’araignée concevable. Petite incise : je pense que la question du néoclassicisme est extrêmement importante aujourd’hui. Il faut en avoir une certaine théorie, parce que mon hypothèse est que nous entrons dans une période néoclassique. C’est pour ça que je m’intéresse à cette question. Ma prophétie, sur la question des arts, c’est que ce qui tremble, ce qui se cherche, ou essaie de prendre figure, va se constituer ou s’est partiellement constitué comme figure néoclassique. Tout le point est de savoir quel est le degré de puissance résurrectionnel de cette instance. Il est vrai qu’il y a des moments où entre néoclassicisme et académisme, il y a quelque chose de quasi-indécidable, ce qui donne lieu à des batailles esthétiques considérables. Mais à voir ce qui se passe en peinture, en musique, en littérature et encore plus peut-être au cinéma, il y a une hypothèse néoclassique qui travaille aujourd’hui. Je ne pense pas qu’il faille immédiatement dire, partant d’un point de vue productif issu de la séquence antérieure, que ces indices néoclassiques sont par eux-mêmes des marques négatives. Chaque fois qu’il y a une période néoclassiques, il y a des théoriciens qui s’engouffrent derrière pour matraquer que c’était mieux avant et

défendre l’académisme. C’est le péril de ce type de période : il y a l’ouverture de ce type de période, et il y a l’activité particulière des tenants du sujet réactif. La résurrection est concomitante d’opérations qui sont des opérations réactives. Et la mêlée est confuse. Mais je pense que c’est quand même une hypothèse plus fiable que l’hypothèse selon laquelle on serait purement et simplement dans la continuation linéaire des séquences ouvertes par le début du siècle dans l’ordre de l’art. l’amour a) figure réactive En ce qui concerne l’amour, j’ai proposé d’appeler routine la figure du sujet réactif. Routine ça me paraît bien convenir. Là encore, j’y insiste, tout couple est l’invention d’une routine. Routine c’est pas quelque chose de préformé. La routine d’un couple est singulière, dont il est l’auteur plus ou moins génial. C’est un point important et très intéressant : si on allait plus loin dans la phénoménologie des intrications temporelles, on verrait que la routine est inéluctable car elle est une figure subjective de tout amour singulier. Au fond, la vision des choses selon laquelle il y aurait l’inventivité qui sauve l’amour et la routine de l’autre qui l’effondre n’est pas complètement fausse, mais elle n’est pas non plus complètement vraie. Il y a une invention conjointe, qui en effet est une invention de l’amour comme enquête infinie sur le monde du point de la différence mais il y a aussi une invention routinière dont même certains écrivains ou artistes ont fait l’éloge, finalement. Les vieux couples routiniers ! Il y a un bonheur de la routine. Qui est à sa manière un bonheur amoureux. Maintenant, comme on est dans le monde des battants et des actants, il faut y aller toujours etc… Mais le repos ! Bien sûr, l’éloge de la routine est toujours en partie gangrené par des postures réactionnaires, qu’il faut la paix des ménages et l’amour c’est bon pour les jeunes. C’est pas ce que je suis en train de dire. En tout cas, il ne faut pas perdre le fil que la routine est dans l’espace subjectif. C’est une espèce de répétition qui structure le présent dans un demi-passé, comme ça. N’oubliez pas que le sujet réactif est l’invention du passé. S’agissant de l’amour, ça veut dire que la routine est l’invention du passé de l’amour. C’est pour ça que c’est associé à l’image attendrissante du très vieux couple, qui peut-être ne fait plus gd chose de son amour, mais qui l’existe, dans une espèce de porté passif, mais qui demeure inventif à sa manière. Ils ont basculé presque entièrement dans le passé, mais le passé a été inventé, il ne vient pas du dehors. Il faut défendre aussi le charme de cela, ou en tout cas le fait que c’est une composante, ou un appui réel parfois du développement ou du tramé de la différence dans sa figure amoureuse. b) la figure obscure Le sujet obscur, c’est la jalousie. C’est la volonté absolue que le corps soit explicite. C’est la volonté qu’il n’y ait rien d’obscur que tout soit exposé, que tout soit clair. C’est ça l’obscurité ! le contenu effectif de la jalousie morbide. C’est sa face ténébreuse. Le contenu est que la volonté que tout soit clair dit, que soit exposé, que tout soit dit, la moindre trace de non dit soit traquée comme étant l’absolue menace sur l’essence de ce qui se passe. Cette volonté d’explicitation absolue bloque le processus. ça dénie le présent comme production : il y a un espèce de ressassement hargneux et mortifère (mortifère au sens strict : n’oublions pas que l’amour est une procédure de vérité assez sanglante). On dit toujours que la politique est meurtrière, oui, elle l’est. Il faut prendre en compte l’échelle des choses : c’est la réquisition de tous : ce tous, quand il est exposé à la tragédie, l’est de façon extraordinaire. Mais l’amour, pris à son échelle, est une procédure terriblement meurtrière. Le sujet obscur est un sujet très actif. Ça concerne deux personnes, mais si l’une tue l’autre, la moitié meurt ! Or comme vous le savez, ça arrive. c) la figure de résurrection Et alors la figure de résurrection, c’est une hypothèse optimiste mais vérifiée : en amour, la refondation est possible. Il y a des résurrections amoureuses, ça existe. La thèse selon laquelle il commence très fort, ensuite descend, et ensuite est au mieux une routine et au pire un désastre, est erronée, temporellement erronée. Il y a un processus ramifié, complexe, dans lequel le système des figures s’imbrique, s’entrelace, se fait et se défait. La résurrection existe, et a donné lieux à des œuvres d’art : les retrouvailles, la 2nde rencontre, qui illustre et donne en subjectivité ce qu’est la figure de la résurrection. la science a) figure réactive Enfin dans les sciences la figure réactive est le pédagogisme : invention des figures particulières de transmission répétitive, de mise au passé, de ce qui existe comme invention.

b) figure obscure L’occultation c’est l’obscurantisme. c) figure de résurrection La résurrection, en hommage à une période historique mais en un sens plus général, je propose de l’appeler renaissance. Il y a des renaissances. Nous avons achevé le tableau. III Regroupements possibles Je voudrais le commenter en termes de regroupement. Qu’est-ce qui se ressemble ? Est-ce que les différents types subjectifs, les différentes procédures, à les voir ainsi, épinglés dans leurs caractéristiques formelles, qu’est-ce qu’on peut en dire ? 1er regroupement Il y a un 1er regroupement, manifeste, qui est de regrouper d’un côté la science et l’art, et de l’autre l’amour et la politique. a) science et art Pourquoi ? Parce que science et art, ça pivote sur la question de la négation : regardez les formules, elles sont quasiment parallèles. L’énoncé pivote sur la question de la négation et par conséquencet aussi sur la nouveauté. Un énoncé scientifique est nouveau, un énoncé artistique même classique est pris dans une subjectivité novatrice. Pivoter sur la négation veut dire que c’est immédiatement pris dans la question du réel comme impossible. Science et art, ça traite le réel comme impossible - soit dans la modalité de la forme - soit dans la modalité de la littéralisation Ce n’était pas possible d’exercer la puissance de la lettre, ou de tenir cela pour une forme. Eh bien, si c’est possible. Science et art sont lisibles ou intelligibles dans la modalité du traitement subjectif de traitement du point de réel de la situation antérieure comme impossible. C’est donné dans la négation. Il faudrait ici faire une théorie de la négation, elle est convoquée, appelée par la question de la science et l’art. On remarquera que dans le Qu’est-ce que la philosophie de Deleuze, les deux types de pensées qui ne sont pas la philosophie, c’est ça, science et art. Parce que là, la figure productive est immédiatement lisible comme figure créatrice. Création de l’œuvre, création de résultats, là il y a une coextensivité entre l’élément de la pensée et de la création : c’est visible dans le fait que c’est un franchissement de négation, c’est une positivation de négation, la science et l’art (du point de vue de leur formule). Ça affirme là même où c’était nié. C’est pas une double négation. Ça affirme là où c’était nié. b) amour et politique De l’autre côté, amour et politique. Ça pivote sur les quantificateurs : universel pour la politique, existentiel pour l’amour. Pour tout x, x > i, ou Il existe a. on a fait le tour des quantificateurs avec l’amour et la politique. Amour : quelque chose vient à exister qui, et la politique c’est : quelque chose doit être tel que pour tous. C’est un rapprochement formel, mais très important, qui est que art et politique sont les procédures de vérité ou des constitutions de sujets qui sont des affirmations au point de la négation, et puis politique et amour c’est la mise en scène des quantificateurs, existentiel pour l’amour, universel pour la politique. C’est des regroupements qui ont une longue tradition, y compris dans leur maniement disjonctif (art science, et politique amour). Ils ont une tradition d’être connectés et d’être disconnecté. Par exemple, l’opposition de la lettre scientifique au sensible artistique est philosophiquement inaugurale. Nous voyons bien que science et art, c’est la même chose, parce que ça traite de l’affirmation au point de négation, mais c’est immédiatement pas la même chose aussi : ça va être diamétralement opposé, car c’est la même formule. On va dire que la lettre scientifique est autre chose, et même l’opposé du sensible artistique. La lettre, c’est le sensible soustrait à lui-même, le sensible en tant que soustrait au sensible, c’est le sensible insensible. Les stoïciens appelaient ça les incorporels. Remontons à Platon : l’incorporel de la lettre doit absolument prévaloir sur le sensible signifiant. Mais en même temps, ça les couple absolument [chgt K7]

… combinaisons différentes, mais qui donnent à penser autrement. Un exemple fondamental, sur lequel je vais être court (car il est complexe dans son examen) est le suivant : une procédure subjective, nous allons l’identifier comme une pensée. Qu’est-ce qu’une pensée ? Philosophie exclue. Comme Hegel le disait, la philosophie, elle vient après, quand tout a déjà eu lieu. Le problème est le suivant : la science est une pensée, l’art est une pensée, la politique est une pensée, l’amour est une pensée, ce sont des types de pensée événementielle, créatrice, qui font surgir le nouveau, il y a un point que nous n’avons pas déterminé, et qui est le suivant : dans quelle mesure les procédures sont-elles la pensée de la pensée qu’elles sont ? C’est un autre problème, que nous avons laissé de côté. Dire la science est une pensée, c’est dire qu’elle constitue un sujet, et qu’elle le constitue dans des conditions telles qu’il y a eu production inventive de ce sujet, mais y a-t-il une identification intérieure à la procédure de ce que la procédure est une pensée. on appellera ça le problème de la pensée de la pensée. Ce n’est pas un problème de réflexion mais un problème d’identification : est-ce qu’une pensée s’identifie comme pensée ? ça n’a aucune évidence : elle peut procéder comme pensée sans s’identifier comme pensée. Nous n’avons pas à notre disposition un sujet conscient de type cartésien. Organisation, œuvre, couple, résultat : tout sauf conscience ! On peut donc interroger chaque type de procédure, au regard de la question suivante : est-ce qu’il y a une identification intérieure à la procédure de la pensée qu’est cette procédure. Si on pose cette question, que je n’examine pas techniquement, on voit apparaître des regroupements différents des regroupements précédents. Il y a deux procédures qui sont aptes à être la pensée de la pensée qu’elles sont, et c’est l’art et la politique. Art et politique sont en état d’être pensée de la pensée en laquelle elles procèdent. Pourquoi ? Esquissons le raisonnement. 2ème regroupement a) l’art S’agissant de l’art, tout simplement car il doit proposer lui-même l’intelligibilité de la forme sensible qu’il propose. Il doit indiquer en lui-même, et par lui-même, que la forme sensible est une pensée, qu’elle est intelligible. Il doit convoquer celui qui regarde, qui entend etc… il doit le convoquer à ce mouvement par lequel justement il va identifier dans le sensible signifiant quel qu’il soit la figure d’une pensée, à travers le passage de l’informe à la forme. Comment ça se fait ? Mallarmé l’avait dit, mais d’autres l’ont dit : toute œuvre d’art est astreinte à proposer une énigme. Il y a une matrice énigmatique de l’art. Pourquoi il y a une énigme ? Pas parce que l’artiste veut faire le malin ! Mais parce que la forme de l’énigme est tout simplement la forme d’accès actif à l’intelligible du sensible lui-même. Donc toute œuvre d’art propose une énigme. J’en suis profondément convaincu. Je dirais même qu’il y a quelque chose de l’essence de l’art qui tient de l’agencement de l’énigme. Sans l’énigme, nous serions comme des butors devant un sensible. L’énigme, c’est ce par quoi nous sommes conviés à entrer dans ce qui se présente, même si c’est une simple surface. A entrer où ? Dans le fait sujet qu’il s’agit justement d’un sujet. Si on pense que l’oeuvre d’art est un sujet, j’appelle énigme ce qui se propose de la considérer comme telle, ie comme un sujet, et non pas comme un objet, justement. Donc ce que j’appelle ici énigme, c’est le mode propre sur lequel ce qui pourrait n’être qu’objet se propose comme sujet. Vous savez très bien que l’énigme de l’œuvre d’art est telle qu’il n’y en a jamais le dernier mot. Il faut toujours recommencer par passer par l’énigme. Ça suppose que l’œuvre d’art par elle-même soit pensée de la pensée qu’elle est. Sinon la notion même d’énigme n’a aucun sens. La raison pour laquelle l’œuvre d’art dispose toujours la pensée qu’elle est, c’est que étant confronté à la menace de l’objectivité sensible pure, elle dispose l’énigme du sujet, du sujet qu’elle est (pas d’un sujet qui est ailleurs), du sujet qu’elle est elle-même. ça a été dit sous la forme : c’est pas vous qui regardez le tableau mais le tableau qui vous regarde etc… Ou la théorie mallarméenne de caractère énigmatique du poème comme nécessité pour le poème lui-même. C’est l’idée fondamentale que ce qui garde l’œuvre d’être autre chose que l’objet qu’elle est, c’est l’énigme du sujet. Cette énigme, le tracé de l’œuvre la dispose et la propose. En ce sens, l’art est toujours pensée de la pensée qu’il est. Je soutiens que toute œuvre d’art est ne pensée et pensée de cette pensée, d’une manière ou d’une autre. b) politique S’agissant de la politique, c’est pour une toute autre raison qu’elle est pensée de la pensée qu’elle est. Elle est comptable du mode propre selon lequel fonctionne en elle l’universalité. Elle a affaire à l’universel de façon intrinsèque : la politique, c’est toujours la proposition de ce qui est supposé avoir pour tous, le tous est dans l’indétermination mais elle est pour tous. Or, ses énoncés ou ses propositions

sont toujours locales, particulières : elle est en situation, en un point quelque part dans la situation et donc elle est confrontée à un rapport spécifique entre le local et le global. C’est propre à la politique comme pensée. Elle est toujours confrontée à la question du rapport local global. Comment quelque chose qui vaut localement peut valoir globalement ? Est-ce que ça peut s’étendre ? Est-ce que ça peut valoir pour tous alors que c’est pour quelques uns ? Ce sont des complexes, et des questions majeures. Elle doit disposer sa pensée dans le local et la pensée de sa pensée dans le global. Il y a toujours ce mouvement inéluctable. La pensée qu’elle est, elle l’effectue localement, mais elle ne l’effectuerait pas politiquement si elle ne référait pas la pensée qu’elle effectue à une identification globale de cette pensée. ça prend des tas de formes. Même la politique basse ! Si par exemple vous promettez qu’on va détaxer tous les propriétaires de stylos en or, vous serez obligé d’expliquer pourquoi ça sert le pays, ou alors de le faire en douce (de façon purement étatique et non politique). Vous serez obligés de dire : je fais ça, je pense que c’est ce qu’il faut faire. Vous serez aussi obligés de dire comment vous pensez que c’est ça qu’il faut penser. C’est une exigence incontournable de la politique, liée à son pour tous. Du côté de l’art, le rapport entre pensée et pensée de la pensée, qui passe par l’énigme, vient de ce qu’il faut identifier le sujet là où il y a pure menace de l’objet Du côté de la politique, le fait qu’il faille identifier la pensée vient du rapport très particulier que la politique entretient au rapport entre localisation de la pratique et globalisation de sa destination. Voilà pourquoi art et politique sont conjointement pensée et identification d’une certaine forme de la pensée de la pensée qu’ils sont. Par contre, il n’en va pas de même de la science et de l’amour. Ils ne sont pas convoqués à être pensée de la pensée qu’ils sont. c) la science La science st captive de son effectuation. Ça ne veut pas dire qu’elle n’est pas une pensée : c’est une pensée extrêmement puissante. Je ne suis pas en train d’en dire du mal. C’est peut-être une entrave que d’être pensée de la pensée. Au jour d’aujourd’hui, les succès de la science sont plus manifestes que ceux de la politique. Ça n’aide pas forcément, d’être astreint en même temps pensée et pensée de cette pensée. La tension dans l’art est manifeste. C’est pas un jgt valeur. La science peut être à même son effectuation, à même la résolution de son problème, sans avoir identifié l’espace réel de pensée dans lequel ceci fonctionne. De là que les scientifiques ont par ailleurs des hypothèses philosophiques sur ce qu’ils sont en train de faire, qui souvent ne valent pas gd chose (en particulier les physiciens). Car l’identification en pensée n’est pas nécessaire. Mais l’effectuation de la pensée à une vigueur particulièrement sévère d) l’amour Du côté de l’amour, c’est encore un autre problème : c’est à vrai dire que son sujet n’est pas thématique : le couple. Il est toujours en perspective de fuite par rapport à ce qui est en train de se faire. Au fond, dans l’amour, on peut vraiment dire que le service du sujet est entièrement aveugle. Le point est que la puissance de a s’affirme au regard de x et de y en tant que non rapportée. L’amour est absolument incapable, lui, d’identifier la pensée qu’il est. La preuve, c’est qu’il s’identifie comme tout sauf comme une pensée. Les seuls qui font tentative réelle pour identifier l’amour comme pensée, en dehors des philosophes, qui font un peu tout, c’est les artistes, et notamment des écrivains. Ils ont tenté d’entrer dans cette construction singulière de l’amour comme pensée. Une bonne partie de la pensée de l’amour comme pensée est artistique, pas amoureuse. C’est identifié comme tout sauf une pensée : un vécu, une épreuve, un sentiment, comme n’importe quoi. Comme un espèce d’artisanat furieux (expression surréaliste). Ça convient assez bien à l’amour tel qu’il s’identifie lui-même ! Mais non, c’est une pensée, qui ne s’identifie que très loin d’elle-même. Et alors finalement là, vous auriez un 2ème type de regroupement. Le 1er regroupement, sur la logique formelle de l’énoncé, c’était science et art d’un côté et de l’autre amour et politique. Il a une grande tradition. Celui qu’on fait rapproche art et politique d’un côté, et science et amour de l’autre. Si on en tirait des formules prématurées, on dirait dans une 1ère formule, que je crois défendable, somme toute la politique est plutôt un art qu’une science, je crois que c’est vrai. Et la 2ème est beaucoup plus tangente : l’amour est plus une science qu’une politique. Aveugle comme la science, prise dans son effectuation, et assez peu capable de maîtriser le rapport du local au global, assez pris dans sa séquence. Ce qui n’empêche pas un optimisme de la refondation, mais c’est toujours terriblement hasardeux.

3ème regroupement Il y a un 3ème type de regroupement 1er regroupement : art science d’un côté, politique amour de l’autre 2ème regroupement : art et politique d’un côté la science et l’amour de l’autre Il y a un 3ème critère : quelles procédures sont presque obligatoirement croisées, quelles procédures rencontrent presque inéluctablement une autre procédure ? Parenthèse : cette question de ce que j’appelle les réseaux subjectifs, ie le moment où il y a des imbrications d’espace, nous ne l’avons pas traitée du tout. Ça ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. ça pose des problème de topologie subjective considérable la question de savoir qu’est-ce que c’est que le nouage de deux espaces subjectifs liés à des événements incommensurables mais qui peuvent tomber sur les mêmes corps. Quelles sont les trajectoires ? comment ça se noue, ça se croise ou se décroise ? C’est une question d’autant plus piégée que c’est la matière première des biographes. Exemple : Chateaubriand, grand écrivain, procédure artistique. S’il n’avait pas écrit les MOT, on ne saurait plus qui il est. Puis on va étudier ses amours, Mme de Récamier etc… Puis on va prendre en compte ses engagements politiques. Le biographe va dire : je tiens le bon bout car je tiens tout ensemble, les MOT, Mme de Récamier et Louis 18, et ce que je tiens là ensemble, je l’appelle Chateaubriand : lisez moi ! Cette question est une question réelle : il est vrai que ce qui est nommé Chateaubriand, on peut y entrer par ces 3 voies. Nous on dira quoi ? Il y a plusieurs choses qui sont tombées sur un même corps. ce qui serait intéressant serait de savoir si et comment ça fonctionne en réseau, du point de vue des procédures. Comment ça se croise ? Le biographe met tout ensemble et dit c’est Chateaubriand. Une biographie est une tautologie. Si on veut traiter le problème de manière non tautologique, il faut une théorie du croisement, du réseau : il faut se demander qu’est-ce qu’une concaténation d’énoncés, des espaces qui se feuillettent, comment on peut être le corps d’une figure réactive quelque part et le corps d’une figure productive ailleurs ? C’est des choses de cet ordre. On va trouver quoi ? c’est une dissémination, un remembrement. Chateaubriand est un corps morcelé selon des logiques disparates, et il faut trouver des logiques du nœud. On peut simplement dire ceci pour aujourd’hui : c’est il y a des croisements canoniques, des nœuds canoniques. a) politique et science Il y a un nœud canonique de la politique et de la science. Pour quelle raison ? pour la raison que toute politique a affaire avec une théorie analytique de son site. Toute politique est au regard de l’état de la situation, et c’est dans son champ. Il y a même, comme on sait, des marxistes qui ont poussé la thèse jusqu’à dire que la politique se déduisait de la science, c’est dire à quel point ce nœud a pu être puissant. Certains marxistes laissaient croire que l’analyse scientifique de la situation concrète prescrivait l’action politique. Vous aviez une transitivité de la politique à la science. C’est un cas extrême. En réalité il y a bien croisement entre les deux : car il y a une part analytique irréductible, qui est la nomination de la situation. Ça parce que la politique à affaire à l’Etat, elle doit fixer l’état, elle doit le mettre à distance, et donc elle a affaire à l’état de la situation de manière intrinsèque. D’où des rapports originaires entre la politique et la science. Je citais le marxisme, mais c’est aussi bien le projet de Platon, le projet philosophique, comme symptôme, c’est bien de construire une politique homogène à la science. Une politique épistémique : ça hante la pensée depuis toujours. Il y a un croissement canonique politique / science pour la raison qu’on vient de dire, dont la théorie est compliquée. b) art et amour Et puis il y a un croisement canonique de l’art de l’amour, aussi ancien que l’autre. Parce que dans l’amour, il y a une question organique de la visibilité des corps. Qu’est-ce que c’est que le corps épiphanique ? Cette question du corps épiphanique est en partage avec l’art. J’ai déjà eu l’occasion de dire souvent que la pensée de la pensée qu’est l’amour est plus artistique qu’amoureuse, mais de façon générale, il y a un croisement art / amour autour de la visibilité du corps. Qu’est-ce que c’est que le corps visible tel qu’il soit aussi et en même temps l’énigme du désir ? C’est une formule presque artistique déjà. C’est le sujet favori des peintres : qu'est-ce que le peintre peint, même lorsqu’il peint une bouteille ou un triangle ? Il peint le corps épiphanique. ça a été pendant longtemps la femme nue, quand même le sujet pictural le plus abondant [chgt K7] la question de qu’est-ce que le corps épiphanique de telle sorte que l’énigme du désir y est patente, est une question fondamentale dans l’art et fondamentale dans l’amour aussi. Il y a un croisement entre l’art et l’amour. Qui fait que tout un chacun pense qu’un amour est quelque chose comme une esthétisation de l’existence. Ce que disent les chansons : La vie est plus

belle quand on s’aime. C’est vrai, mais obscur : c’est vrai car il y a en effet quelque chose comme un croisement canonique de l’art et de l’amour. Nous aurions aussi ce 3ème regroupement, du point de vue des réseaux, qui mettrait d’un côté politique et science, et de l’autre art et amour. Ça épuiserait la combinatoire des types et crée quantité de type d’investigation : théorie des réseaux, théorie des conjonctions et des disjonctions et la théorie de la pensée de la pensée, que nous ne faisons qu’effleurer. IV l’éthique Je voudrais seulement ouvrir l’ultime question que nous nous étions fixée comme programme, qui était la question de l’éthique des vérités, à partir d’une question simple : quelle est l’étendue de pouvoir d’une vérité ? quel est son champ de puissance ? Nous en avons donné le principe, le type, mais quelle est son champ de puissance ? Finalement, à quoi les figures subjectives peuvent-elles prétendre ? c’est ça le lieu de la question éthique. Je vais vraiment juste donner un squelette, et en plus à toute vitesse. Il faut revenir à un point antérieur, qui est que : je vous rappelle que le champ de puissance d’une vérité, nous l’avions examiné, à la lumière de la question : qu’est-ce qu’une vérité change dans la situation ? Il y a un événement, il y a un surgir, il y a l’ouverture d’un espace subjectif, il y a des figures actives ou réactives qui peuplent cet espace, mais qu’est-ce que tout ça change dans la situation ? Quels sont les effets de la surrection subjective et du travail du présent ? Qu’est-ce que l’instauration d’un nouveau présent transforme ? Je rappelle que nous avions désigné 4 effets, ou 4 manières de penser l’effet : - un effet de sillage, d’entraînement : c’est au fond la manière dont les termes de la situation sont connectés à l’énoncé événementiel ou à l’événement. L’énonciation, qu’est-ce qu’elle fait bouger du point de vue de la proximité ou de la non proximité des termes par rapport à l’énoncé ? C’est autre chose que la production. C’est les sympathisants de la politique, les amateurs de l’art contemporain, ceux qui peuvent comprendre au moment où elle se fait, les amis d’un couple, qui disent : c’est un bel amour. - un effet logique, consécutif au fait qu’un énoncé qui était indécidable a été décidé. On avait appelé ça modification du champ transcendantal. Il y a une autre logique. - on avait dit un effet temporel : il y a un nouveau présent, est-ce qu’on est pour ou contre ce présent ? - un effet matériel, qui est qu’il y a production de nouveaux corps, qui viennent au dessus de la barre. Essayez de l’imaginer abstraitement, comme une peinture abstraite : nouveau sillage, nouvelle logique, il y a un présent auquel il faut opter et il y a apparition nouveaux corps. Jusqu’où vont ces effets ? Est-ce qu’ils balayent toute la situation ? Est-ce que tout terme de la situation est emporté dans un sillage, retemporalisé, incorporé dans un nouveau corps, transmuté logiquement ? La thèse que je soutiens est que non, il n’y a jamais d’effet total. Si on prend l’effet logique, on dira : il n’y a jamais transmutation de toutes les valeurs. Ça voudrait dire, avec cette formule nietzschéenne, que le chgt de logique est complet. Eh bien non. S’agissant du temps, on dira : c’est une erreur de dire du passé faisons table rase. Il n’y a jamais de table rase du passé. Sur l’effet matériel, on dira : il n’est pas vrai qu’il y aune incorporation absolue renouvelée. Autrement dit, il n’y a pas d’incarnation générale. Sur l’effet de sillage, on dira : il y a des gens immobiles. Des choses, des termes. Il y a de l’immobile. Le point clé, une fois dit cela, qu’il n’y a pas d’effet total, c’est beaucoup plus rigoureux : on dira que toute procédure de vérité détermine l’existence d'un point en réserve. Il y a toujours un point qui est en réserve des effets de puissance d’une vérité. Ie qui n’est ni pris en sillage ni délogicisié ni retemporalisé, ni réincorporé. On dira qu’il y a un point neutre, ça ouvrirait une théorie du neutre, très important en philosophie contemporaine. Le point neutre, on peut le qualifier de 4 façons : - il est immobile (par rapport à l’effet de vérité, ça n’a pas de sens en soi) : il n’est pas dans un effet de sillage - il est logiquement invarié : il ne change pas de valeur logique - il est atemporel. Il n’est ni dans le présent ni dans le passé. Il n’est pas réactif, il n’est pas de ce temps. Le sujet réactif et le sujet obscur sont de ce temps. Le neutre non, il est indifférent à ce présent institué qu’a ouvert l’événement, mais il n’a pas d’action réactive : il est ineffectif quant au temps. - il ne se laisse pas incorporer, il est inincorporable. Il n’entre dans la composition d’aucun corps. Question : … Réponse : Il s’agit de savoir de quelle procédure on parle. On dira que quand une procédure de vérité est ouverte, il y a un point neutre, qui est le témoin indifférent de tout ça, ça peut être des gens, ou ça peut autre chose. L’important, c’est que ça ait ces caractéristiques là. On peut montrer qu’il y a toujours un

point neutre, et qu’il n’y en a qu’un. Je ne peux pas esquisser la démonstration. Je peux en nommer quelques uns : - dans la procédure scientifique, le fait que la lettre obéisse à un principe de consistance, la consistance de la lettre, n’entre pas dans des effets de vérité. Elle reste un point neutre au regard de ses effets. Les effets de vérité ne permettront pas de rendre raison du caractère consistant des lettres où s’incorpore cette vérité elle-même. Le théorème de Gödel est trop précis pour qu’on utilise comme image. Mais on dira ! la consistance de la science est le nœud neutre de l’effet de vérité scientifique lui-même. C’est absolument là et absolument inaccessible aux effets de vérité eux-mêmes. - en amour le sexe comme tel est neutre. J’avais dit la jouissance, je dis le sexe. Même pas la différence sexuelle, mais le sexe comme tel. C’est exigible, c’est sûrement là, mais c’est le neutre de cette procédure. Il n’y en aura pas vérité, déplacement, sillage, retemporalisation ni rien. c’est présent dans la situation mais c’en est le neutre radical. L’important est de penser qu’il y a ce neutre. De quoi neutre est-il le témoin ? Ultimement, le neutre, il atteste soustractivement le réel d’une vérité tout entière. Il atteste de ne pas être d’aucun de ces effets que cette vérité est bien cette vérité. C’est de n’être pas dans on emprise ou dans son effet que s’atteste la singularité et en définitive l’efficace. Il ne se laisse pas forcer, ce point, et ne se laissant pas forcer, il atteste, dans une fonction d’impossible, il atteste la singularité. Mais il atteste aussi autre chose, qui est que c’est bien de la même situation qu’il s’agit. Le neutre, c’est la continuité. Il est le garant de ce que c’est bien de cette situation, dans son être, que la vérité est vérité. Et donc il est ce qui garantit que, en vérité, une vérité procède bien comme vérité d’un être qui en un certain sens est le même. Le même qu’il y avait. Si l’efficacité de la vérité était totale, on serait dans l’hypothèse d’une constante recréation du monde, ce qui est une thèse cartésienne : la création continuée. Seulement, dans le cas de Descartes, on a un Dieu opérateur de cette relance chronique du monde. Si on est dans l’immanence, on est bien obligés quand même de poser (c’est une manière de démontrer l’existence du neutre) qu’on n’est pas dans la création continuée et que quelque chose toujours, quelle que soit l’étendue des novations, quelque chose atteste l’indifférence du même, la neutralité de l’être, la continuité de la situation, en un point au moins. Voilà pourquoi il y a le neutre. Le neutre pose des tas de problème logico-ontologique que je vous épargne. Ce serait la 1ère série de questions. La question éthique, elle va se dire comment, au regard de ça ? Elle va toucher à la question de savoir s’il y a une expérience du neutre ou pas. Ce serait la 2ème série de questions. Il y a deux types de philosophies : celles qui posent l’existence du neutre, et celles qui posent qu’il n’y en a pas. Si vous posez qu’il y a une expérience du neutre, vous posez qu’il y a une vérité de la vérité. C’est un courtcircuit mais vous pouvez le comprendre assez bien. Il y a des philosophies qui remontent loin, et des configurations modernes, qui posent qu’il y a une expérience du neutre, qu’il y a une vérité de la vérité, et que c’est ça la philosophie. Je pose comme axiome qu’il n’y a pas d’expérience du neutre, mutilant la philosophie, lui portant un coup terrible (j’espère après la relever !). A mes yeux, c’est un axiome éthique. Alors s’il n’y a pas d’expérience du neutre, il n’y en qu’un impératif. Il n’y aura pas d’expérience du neutre, mais il y en aura un impératif. Un impératif non expérimenté, au sens strict qui se dit : ne tente pas d’identifier le neutre. Ou de le forcer. Alors accordez-moi 5 minutes : vous voyez bien que ce qui déroge cet impératif, ce qui ne se tient pas sous cet impératif, on va retrouver les différentes manières d’y déroger : - c’est vouloir que tout soit pris dans le sillage (le neutre va être identifiable dans le sillage). C’est ce qu’on peut appeler l’effet de sommation : sommer tout un chacun d’être dans un effet de sillage, ou comme tout d’être dans l’effet de sillage. Et qui n’est pas dans l’effet de sillage est suspect. C’est la thèse il n’y a pas de neutre, de fait, en réalité. - ou bien vouloir une modification logique complète, ie vouloir que toutes les valeurs logiques soient bouleversées. C’est la transmutation des valeurs, ou ce que Nietzsche appelait casser en deux l’histoire du monde : c’est changer absolument le champ transcendantal de l’apparaître. Chez Nietzsche, l’apparaître, c’est l’être. Changer l’apparaître c’est changer la logique, et c’est en effet casser en deux l’histoire du monde. Vous ne pouvez être dans l’impératif casser en deux l’histoire du monde que si vous renoncez à l’impératif ne cherche pas à identifier le neutre - ou alors c’est vouloir l’absoluité du présent : du passé faisons table rase, ie en réalité, quand vous ne reconnaissez pas le neutre, vous prétendez détenir non pas seulement le présent, mais la présence du présent en même temps. Exactement comme vous allez concevoir non seulement les effets de vérité mais

la vérité de la vérité. Vous pouvez sommez l’absoluité du présent et dans ce cas vous déneutraliser radicalement le temps lui-même. - ou bien c’est vouloir incorporation universelle, l’incarnation générale. Il y a beaucoup de variantes : c’est l’homme nouveau, l’œuvre d’art totale. C’est des propos d’incorporation absolue dans des procédures qui peuvent être très différentes. Mais c’est aussi la vision romantico-fusionnelle absolue de l’amour, qui est : un seul corps. Et donc c’est contre cela, ou au rebours de tout cela que l’éthique minimale se dira : ne cherche pas à identifier le neutre. La conséquence en est qu’on reconnaît l’unicité du neutre et son irréductibilité, de sorte que aucun de ces vouloirs ne peut être autre chose que désastreux. Est-ce que c’est le seul impératif ? Non, si on a comme seul impératif ne tente pas d’identifier le neutre, ça peut être aussi bien de se dégager de la vérité tout court, auquel cas neutre et non neutre s’indifférencient. Cet impératif est nécessairement couplé à un autre, il y a deux impératifs et pas un seul. L’autre impératif se dit : continuez la production de vérité. Continuez, mais continuez sous la conviction qui est coextensive au continuez, de ne pas avoir à identifier le neutre. Ça, c’est une règle précise, en dépit de son caractère abstrait. Continuez sans être dans le vouloir de l’identification du neutre : c’est une règle de la continuation elle-même, une règle particulière de la continuation elle-même. On verrait que quand vous dérogez à l’impératif, vous vous incorporez à une autre figure subjective, réactive ou obscure. L’exemple le plus clair, c’est : qu’est-ce que c’est un jaloux ? La jalousie est la figure obscure de l’amour, c’est qln qui veut identifier le sexe. De l’intérieur de l’amour, c’est qln qui veut identifier le neutre. On pourrait montrer que la prescription éthique se dira : tiens la figure productive et ne t’incorpore pas aux autres, mais l’incorporation aux autres ne va pas se donner abstraitement, elle se donne comme je le dis là. Vouloir que tout soit dans le sillage, ou vouloir que la logique soit complètement changée, etc… ie en définitive vouloir identifier le neutre. C’est pourquoi l’éthique se dit en deux maximes très simples : continuez, sans identifier le neutre. C’est ça qui est la maxime de toute éthique subjective productive. Voilà, nous terminons là dessus ! *

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