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Théorie axiomatique du sujet

Séminaire d’Alain Badiou (1996-1998)

[transcription de François Duvert]

Table des matières :


16 octobre 96 2
ère
1 thèse : sujet comme catégorie de la psychologie 2
a) Marx et Althusser .........................................................................................................................3
b) Freud et Lacan..............................................................................................................................3
c) Nietzsche et Deleuze ....................................................................................................................3
d) critique de la psychologie ............................................................................................................4
2ème thèse : sujet comme catégorie morale 6
3ème thèse : il n’y a pas de sujet 7
a) Althusser : AIE.............................................................................................................................7
b) Foucault terminal : le pli ..............................................................................................................7
une ontologie paradoxale 8
a) Descartes ......................................................................................................................................8
b) Kant ..............................................................................................................................................8
c) Sartre ............................................................................................................................................9
d) Lacan ............................................................................................................................................9
e) Badiou ..........................................................................................................................................9
5 mars 97 11
19 mars 97 20
26 novembre 97 29
3 décembre 97 38
17 décembre 97 45
14 janvier 98 56
28 janvier 98 57
4 mars 98 65
18 mars 98 76
8 avril 98 85
3 juin 98 95
I Typologie des figures subjectives 96
le site...............................................................................................................................................96
l’énoncé ..........................................................................................................................................96
a) la politique 96
b) l’art 97
c) l’amour 97
d) la science 97
le nom en sujet................................................................................................................................97
a) politique 98
b) art 98
c) l’amour 98
d) science 98
le nom de la vérité ..........................................................................................................................98
a) politique 98
b) l’art 98
c) amour 98
d) science 98
II les Figures Subjectives 99
politique..........................................................................................................................................99
a) figure réactive 99
b) figure obscure 99
c) figure de la résurrection 100
l’art ...............................................................................................................................................100
a) figure réactive 100
b) figure obscure 100
c) figure de résurrection 100
l’amour .........................................................................................................................................101
a) figure réactive 101
b) la figure obscure 101
c) la figure de résurrection 101
la science ......................................................................................................................................101
a) figure réactive 101
b) figure obscure 102
c) figure de résurrection 102
III Regroupements possibles 102
1er regroupement ...........................................................................................................................102
a) science et art 102
b) amour et politique 102
2ème regroupement.........................................................................................................................103
a) l’art 103
b) politique 103
c) la science 104
d) l’amour 104
3ème regroupement.........................................................................................................................105
a) politique et science 105
b) art et amour 105
IV l’éthique 106

16 OCTOBRE 96
Théorie axiomatique du sujet : mon objectif aujourd’hui est en réalité de commenter ce titre. Théorie
axiomatique du sujet : qu’est-ce qui est entendu par là ? Et quelle est la destination de ce titre ?
Si on prend d’abord le mot théorie : que du sujet il puisse y avoir théorie, comme j’ai écrit un livre qui
s’appelle TS, je peux difficilement soutenir le contraire. Que faut-il entendre sous ce nom ? Il faut le
prendre au sens le plus fort, qui s’élucidera petit à petit, qui est que : du sujet il ne peut y avoir que
théorie. Théorie du sujet, entendez-le comme : il n’y a pas d’autre accès à ce qui est identifié comme
sujet que ce qui est de l’ordre de la théorie. Sujet est l’index nominal d’un concept, et ce concept doit
être construit dans un champ singulier, en la circonstance philosophique, sans qu’il y ait de statut pour
ainsi dire antéprédicatif de ce nom.
Ainsi entendu, théorie du sujet (laissons de côté axiomatique pour l’instant) s’oppose en réalité à 3
thèses, à 3 thèses sur le sujet. C’est donc en ce sens un titre polémique, à sa manière (bien qu’il ait l’air
très sage). En effet, à l’entendre ainsi, il s’oppose à 3 thèses qui ont été ou sont encore actives, dans des
temps récents ou dans une séquence de pensée récente :
1ère thèse : sujet comme catégorie de la psychologie
La 1ère thèse à laquelle ceci s’oppose, c’est la thèse selon laquelle sujet désignerait un registre de
l’expérience. Cette thèse selon laquelle sujet désigne un registre de l’expérience est philosophiquement
une thèse qui identifie sujet et conscience. Et plus précisément, nous y reviendrons, qui identifie sujet
au schème réflexif, ou à la distribution du réflexif et de l’irréflexif. Nommons cela la thèse
phénoménologique (c’est une grossière simplification). On pourrait l’appeler une thèse de conjonction :
sujet est un nom qui récapitule le système général des expériences de la conscience. Il faut rappeler (c’est
un motif connu, mais rappelons-le tout de même), il faut rappeler que depuis le 19ème siècle, se sont
engagées de grandes entreprises intellectuelles expressément destinées à disjoindre sujet de conscience.
On peut même soutenir que c’est un motif central de ce qu’on peut appeler la pensée critique, dès le 19ème
siècle : opposer au thème de la conjonction sujet / conscience, ou à sujet comme support général, ou
générique, des expériences de la conscience, opposer à cela une disjonction de sujet et de conscience.
C’est très frappant de voir que par des chemins tout à fait distincts, cette disjonction de sujet et de
conscience a occupé des penseurs fondamentaux pour notre généalogie, la généalogie de notre siècle. On
en citera 3 :
- l’entreprise de Marx, et on parlera d’Althusser comme son relais contemporain
- l’entreprise de Freud, et si on lui donne son relais contemporain, on nommera Lacan
- l’entreprise de Nietzsche, et si on nomme son relais contemporain, on dira Deleuze
Dans ces entreprises successives, qui ont toutes leur ancêtre fondateur, c’est une entreprise fondamentale
de disjoindre sujet et conscience.
a) Marx et Althusser
Pour Marx, il faut le rappeler par les temps qui courent, la conscience n’est pas sujet, elle est une
production : l’être social détermine la conscience, ce qui veut précisément dire que la conscience n’est
pas identifiable par son autonomie réflexive. Et que en ce sens, elle ne fait pas sujet, puisque son
repérage, son identification, suppose en vérité le détour par l’être social. Remarquez qu’on peut le dire
autrement : pour Marx, la conscience n’est pas expérience, elle est d’abord et avant tout idéologie. Ou
pour autant qu’elle est expérience, elle l’est sous ceci qu’elle est idéologie, idéologie déterminée ou
constituée à son tour dans l’espace de l’être social. Pour Marx, pour autant qu’il y a sujet, ça ne peut
donc pas être la conscience. Le sujet va, éventuellement, se construire comme agent historique - on peut
dire par intériorisation subjectivée de son être social (à la fois subjectivée et négativée de son être social).
Il est bien vrai que pour Marx le sujet suppose la conscience de classe, mais la conscience de classe n’est
pas une conscience, justement. La conscience de classe est le mode propre sous lequel se constitue un
sujet qui intériorise négativement son être social.
Nous aurons quelque chose comme un sujet de l’histoire, éventuellement. Qui d’ailleurs si on y regarde
de près est une structure précaire : il est, ou il n’est pas, ou il est à des degrés variables de sa puissance.
Mais il n’est nullement identifiable ou réductible au dispositif de la conscience comme production : la
conscience en définitive est une production sociale, dans la thématique de l’idéologie.
Une forme dérivée de cette disjonction, c’est la thèse d’Althusser selon laquelle il n’y a pas de sujet du
tout. Ou plus exactement la thèse selon laquelle le sujet n’est lui-même qu’un opérateur idéologique. Il
n’y a que la conscience, si je puis dire : la disjonction annule la thématique du sujet. Il n’y a que la
conscience, mais la conscience, j’y insiste, ne fait pas sujet.
Donc il est hors de tout qu’un motif essentiel de la critique marxiste est de proposer, avec des opérateurs
singuliers (qui sont idéologie, classe, être social etc…), de proposer ou de construire une disjonction de
sujet et de conscience.
b) Freud et Lacan
Pour Freud, qu’il faille distinguer sujet et conscience est immédiatement donné dans le mot inconscient.
On a l’opération de disjonction dans sa forme chimiquement pure, car le mot même choisi, inconscient,
est celui qui institue l’espace subjectif dans l’excentrement du conscient. C’est une opération majeure
chez Freud que de disjoindre absolument la théorie générale du sujet psychique de stricte la centration
sur la conscience et encore bien plus sur la conscience réflexive, sur la conscience de soi.
Chez Freud, il n’y a pas de statut clair du sujet. Sujet n’est que secondairement une catégorie de Freud.
Ce n’est pas son propos. En ce sens, on peut dire que l’opération de Freud procède à la disjonction dan
un absentement relatif de la catégorie de sujet. Bien sûr, la conscience n’est pas le subjectum du
psychisme (puisque l’inconscient l’est en un certain sens plus fondamentalement), mais du coup la
catégorie de sujet elle-même semble dissoute ou absente. En un certain sens, c’est une entreprise propre
de Lacan que d’avoir réintroduit le sujet comme tel dans l’espace de la psychanalyse. Il a désigné par là
une singularité désirante, mais ce n’était évidemment d’aucune manière de la conscience qu’il s’agit. La
disjonction chez Lacan entre ce qui est pensé sous le nom de sujet et la conscience comme telle est
flagrante. Le motif du sujet varie chez Lacan lui-même, il n’est pas stable, mais à aucun moment de son
parcours il n’est identifiable à la conscience.
c) Nietzsche et Deleuze
Et puis, en 3ème lieu, l’entreprise de Nietzsche. En vérité, pour Nietzsche, il faut bien comprendre que la
conscience est une catégorie dérivée de la morale. Ce n’est pas un terme réel, la conscience, pour
Nietzsche. Le réel, lui, est composé de forces. Et en définitive, qu’est-ce que c’est que conscience ? Eh
bien, c’est le nom d’une certaine composition de forces, où en vérité dominent les forces réactives, pour
rependre la typologie nietzschéenne. Conscience c’est une production singulière des forces réactives dans
la combinaison complexe qui est la leur avec les forces actives. Fondamentalement, le noyau réel de cette
composition, c’est le ressentiment. On pourrait soutenir que l’essence de la conscience ou de ce qui doit
être registré comme conscience, c’est le ressentiment. Ce qui éclaire une formule de Deleuze, qui est :
toute conscience est une fausse conscience. Quand on dit ça, toute conscience est une fausse conscience,
on veut dire en fait que, à proprement parler, le terme conscience n’est pas un terme réel, mais la
nomination d’une composition singulière des forces, telle que le réactif y étant en position dominante,
l’affirmation vraie, ou l’affirmatif comme tel, se trouve enrayé ou soumis. On pourrait poser la question :
qu’est-ce qui dès lors pour Nietzsche ou Deleuze ferait sujet, étant entendu que à l’évidence ce ne peut
être la conscience (qui est un terme combinatoire et fallacieux en même temps, un simulacre mais un
simulacre réactif) ? On pourrait désigner comme sujet (même si ce n’est pas le nom courant) un certain
type de combinaison des forces. On irait droit à la figure réelle dont se soutient y compris ce fantôme
réactif qu’est la conscience (on revient au réel de la combinaison des forces). On pourrait dire que
l’espace de la pensée du sujet, c’est une typologie. Dans l’esprit nietzschéen il serait plus légitime de dire
qu’il y a des types subjectifs plutôt que de dire qu’il y a le ou les sujets. Il y a des types subjectifs. Et puis
il y en a deux fondamentaux, en polarité : il y a le type du prêtre, et puis il y a le type dionysiaque. Mais
vous voyez bien que là encore, l’opération typologique disjoint radicalement sujet de conscience dans
l’espace de la théorie nietzschéenne ou deleuzienne.
d) critique de la psychologie
Finalement, il s’est déployé, carrément de 1840 à nos jours, sur une longue période, sur une arche
historique essentielle, il s’est déployé une critique de la conscience (on pourrait l’appeler comme ça),
dont l’opération centrale est de dégager la possibilité éventuelle du sujet de toute identification à la
conscience. Alors évidemment, quand on procède à cette disjonction, de sujet et de conscience, on ouvre
à ce que sujet ne soit pas un pôle de l’expérience. Conscience y sera toujours liée à l’espace de
l’expérience et à la distribution, dans ce champ de l’expérience, du réflexif et de l’irréflexif. Mais si on
disjoint sujet de conscience, on ouvre à la possibilité que sujet soit autre chose que ce qui se désigne dans
ou pour l’expérience. On peut donc dire que cette vaste entreprise critique, qui à la fois court pendant le
19ème et est comme réactivée dans le contemporain, cette vaste critique de la conscience peut se dire
finalement : sujet, pour autant qu’il y a sujet, on n’en trouvera pas le principe du côté de l’expérience.
Mais il faut bien comprendre que cette expression a deux sens (dire que sujet n’est pas ce qui peut
s’identifier dans l’élément de l’expérience), ça a deux sens, qui sont tous les deux fondamentaux.
1er sens : le sujet n’est pas foyer, le constituant ou le système général de l’expérience.
2ème sens, non moins important : il n’y a pas d’expérience du sujet.
Ie non seulement le sujet n’est pas identifiable comme foyer ou polarité constituante de l’expérience,
mais il n’y a pas à proprement parler non plus donation du sujet dans l’expérience. Sur cette 2ème
compréhension de la disjonction sujet / conscience et de l’arrachement de sujet à la détermination par le
champ de l’expérience (il n’y a pas d’expérience du sujet), ça s’adresse plus précisément au point que
sujet n’est pas déterminé comme figure du réflexif. Parce qu’une expérience du sujet comme tel a été
nommée expérience réflexive : l’expérience immédiate ou irréflexive situe sujet comme polarité quant au
champ de l’expérience. Le sujet comme réflexif, c’est en quelque sorte l’extension de l’expérience au
sujet lui-même, en tant que donation d’une expérience subjective du sujet. Le mvt de critique de
l’identification du sujet et de la conscience touche aussi à ce point. C’est donc une critique du réflexif.
C’est un point très important. On pourrait prendre Marx, Freud et Nietzsche et montre que leur opération
de disjonction du sujet de la conscience est aussi une critique du réflexif comme tel. Là, on rencontre la
question de l’héritage cartésien. L’identification du sujet comme appréhension ou énonciation
immédiate de lui-même comme existence. On peut donc dire que nécessairement tout ce mouvement de
critique du sujet est aussi un mvt de critique du cogito cartésien.
Là-dessus, Lacan est exemplaire. On ne va pas reprendre ce point, mais Lacan montre bien comment il
s’agit d’un déplacement. Les termes en jeu dans l’organisation du cogito : je pense, je suis etc… se
déplacent quant à leur position respective. Mais ce déplacement, ce qui est en jeu dans ce déplacement, il
faut bien comprendre que c’est finalement la disjonction sujet conscience. L’inconscient n’est rien
d’autre que le nom de la disjonction. Inconscient, c’est ceci que le sujet n’est pas conscience. Le privatif
inconscient doit être pris en ce sens, sinon on l’interprète comme l’inconscient est ce qui n’est pas
conscient. C’est un mot en chausse-trappe : ce qui n’est pas conscient, mais alors où ? Sur une autre
scène, une autre conscience ? Inconscient désigne l’opération disjonctive elle-même, ie l’impossibilité
d’identifier sujet et conscience.
Donc par conséquencet nécessité aussi de désidentifier l’identité réflexive, de montrer que l’identité
réflexive ne détermine pas l’identité du sujet, et donc de déplacer les éléments constituants du cogito. Je
ne vais pas trop insister là-dessus. Le détail est passionnant. On voit très bien que c’est une trace
disjonctive : ce que dira, Lacan c’est qu’il ne peut pas y avoir de coïncidence topique du sujet et du je
suis. Là où je suis, je ne pense pas, là où je pense, je ne suis pas. C’est un cogito disjonctif, qui retrace au
cœur même du cogito l’opération de disjonction de la conscience et du sujet. On appellera réflexive toute
position qui, sous une forme ou sous une autre, admet la superposition locale d’un je suis et d’un je
pense. Et le fait qu’on puisse superposer un je pense à un je suis, qui est l’essence même du réflexif, c’est
l’opération fondamentale qui finalement revient à identifier sujet à conscience. Aux yeux de l’ensemble
des critiques de la réflexion, en réalité le destin inéluctable de cette position (ie la position d’un point de
coïncidence possible du je suis et du je pense, la position d’une conjonction possible du sujet et de la
conscience), le destin de tout cela est psychologique, ie fait inéluctablement de sujet une catégorie de la
psychologie, si épurée soit-elle, et même si ontologisée soit-elle (comme c’est le cas chez Descartes). Ce
qui nous permet de dire, dans une 1ère détermination négative, dans l’élément de cette critique : sujet
n’est d’aucune façon une catégorie de la psychologie. La disjonction sujet / conscience, c’est de façon
essentielle une opération anti-psychologique. Je dirais même que c’est l’opération anti-psychologique,
par essence. Il n’y en a pas d’autre. Quiconque admet l’identification sujet / conscience est un
psychologue, voilà. Il a beau sophistiquer la question, en définitive il ne quittera pas de manière majeure
le terrain de la psychologie. C’est pourquoi en passant la psychanalyse n’est pas une psychologie. Je
dirais même que la psychanalyse est une critique radicale de la psychologie. Lacan y a insiste maintes
fois. Pour ce qui nous intéresse nous, au fondement de la question, c’est parce que l’essence de la
psychologie c’est toujours l’opération conjonctive sujet / conscience. Si le sujet n’est pas la conscience,
alors le terrain d’existence même de la psychologie se trouve soit régionalisé, cantonné à l’inessentiel,
soit purement et simplement détruit.
Alors on dira : il y a théorie du sujet pour autant qu’il y a théorie de la disjonction sujet conscience.
La théorie du sujet, dans le mouvement même de cette vaste critique de presque deux siècles, qui a petit à
petit arraché la catégorie de sujet à l’espace de la psychologique. Le sujet n’est pas une polarité de
l’expérience, il n’est pas une conscience ou identique à la conscience, et il faut qu’il y en ait théorie en
tant que théorie disjointe. Ie théorie non psychologique. C’est une manière de penser Marx, Freud et
Nietzsche. Nietzsche s’appelait le grand psychologue. Mais comme toujours, quand il disait grand
quelque chose, ça voulait dire : pas la chose. Comme pour la grande politique. La grande politique avait
pour essence de ne pas être une politique. Le grand psychologue n’est pas un psychologue, il est un
typologue. On peut lire cette entreprise comme une gigantesque critique de la psychologie.
Apparemment, c’est une grande d’affaire de se débarrasser de la psychologie, vous imaginez. Pas sûr
qu’au bout de deux siècles, on y soit parvenu. En tout cas, on y revient ! C’est pour ça que sujet lui même
est un terme polémique : pris dans la disjonction, c’est un opérateur fondamental de la critique de la
psychologie. Ça ne se laisse même pas vraiment dire dans cette version restreinte, qu’on trouve, et qui est
qu’il s’agit de dépsychologiser le sujet. On peut le dire comme ça si on veut, mais c’est une forme faible,
la dépsychologisation du sujet. Encore fois, l’opération est une disjonction radicale. Et donc le sujet
comme tel n’a plus rien à voir avec la psychologie. Le sujet n’a rien à voir la psychologie, mais est-ce
que la psychologie n’a rien à voir avec le sujet ? C’est pas la même question ! Je soutiendrais volontiers
qu’une série de débat fondamentaux du siècle sur cette question tournent autour du problème : est-ce que
le fait que le sujet soit disjoint de la conscience et soustrait à la psychologie, signifie que l’espace de la
psychologie, de la conscience et de l’expérience, n’ait rien à voir avec le sujet ? c’est deux questions
différentes : la psychologie peut avoir affaire avec le sujet, quoique le sujet soit extirpé de la
psychologie comme catégorie. Nous aurons à y revenir beaucoup plus tard : est-ce que les théories du
sujet ainsi conçues (ie comme résultat de la disjonction critique), est-ce qu’elles abolissent la
psychologie, ou est-ce qu’elles refondent une psychologie singulière, dont sujet ne sera pas un opérateur
interne, mais sera une condition radicale ? Si vous voulez comprendre l’amour, l’expérience, l’angoisse,
c’est des expériences de la conscience, on ne peut pas dire le contraire. Si vous commencez à dire : ça ne
relève pas comme telle d’une fusion sujet conscience, il faut disjoindre, et sujet est un terme non
psychologique, la question est de savoir si ce terme fait néanmoins retour au champ de l’expérience, et
comment, puisque c’est pas de manière interne ? En récapitulatif, ça peut se dire : est-ce que la critique a
anéanti la psychologie, ou est-ce qu’elle l’a refondée ? ce que Nietzsche avec son intuition tapageuse
habituelle indiquait en s’appelant grand psychologie. Il disait : d’une part, la petite psychologie, je m’en
disjoins, je m’en sépare radicalement, je construis une typologie qui n’a rien à voir avec elle, mais c’est
quand même une grande psycho, parce que du point de la typologie et de la théorie du sujet, je fais retour
élucidant y compris au champ de l’expérience tel que la conscience psychologique le découvre. Cette
question du retour ou de la refondation, on verra plus tard. Mais pour l’instant, nous tenons que il y a
nécessairement théorie du sujet, pour autant qu’il y a opération disjonctive entre sujet et conscience, et
un 1er geste qui est quand même fondamentalement un geste anti-psychologique.
Voilà pour la 1ère thèse à laquelle théorie du sujet s’oppose, qui était la thèse conjonctive, ou la thèse
psychologique, ou la thèse réflexive.
2ème thèse : sujet comme catégorie morale
La 2ème thèse à laquelle théorie du sujet s’oppose est la thèse qui soutient que sujet est en fait une
catégorie de la morale. Dans le 1er cas, c’était une catégorie de la psychologie, de la psychologie
rationnelle, de la psychologie post-cartésienne, dans le 2nd cas sujet est une catégorie de la morale. Si
sujet est une catégorie de la morale, il n’y en a pas théorie (de même si sujet c’est conscience, il y en a
d’abord une expérience). Si sujet est une catégorie de la morale, il y a d’abord une norme : sujet est une
catégorie normative. Et c’est une catégorie éventuellement théorique, mais après coup de son évidence
normative. Parce que dans ce cas, sujet désigne quoi ? Sujet désigne une injonction : l’injonction de tenir
tout animal humain pour un sujet. Tenir tout animal humain pour un sujet, c’est une injonction avant
d’être une détermination théorique. ça veut dire quoi tenir tout animal humain pour un sujet ? ça veut dire
le finaliser, ie le traiter comme une fin, et pas seulement comme un moyen. On sait très bien que traiter
l’autre comme une fin et pas seulement comme un moyen, c’est destiné par la catégorie de sujet. La
catégorie de sujet soutient cette injonction finalisée que l’autre, autrui, l’animal humain qui n’est pas
moi, je dois le considérer comme sujet, et comme sujet ça veut immédiatement dire en tant que fin. Sujet
est au fond non pas le récapitulatif d’une expérience, comme dans la 1ère thèse, mais c’est le récapitulatif
d’un impératif. Sujet est immédiatement normatif en tant qu’il subsume ceci que l’autre doit être
envisagé ou traité comme sujet, ie comme fin.
Cette acception de sujet fait aujourd’hui un retour massif, comme vous le savez. Elle fait un retour
massif, à l’intérieur ou dans le retour ou l’abri d’un dispositif quasi-hégémonique qui est celui du droit.
La question des rapports entre sujet et droit est une question très importante. Vous savez que même
Althusser soutenait que sujet n’était qu’une catégorie du droit. Il n’est donc pas étonnant que dans une
conjoncture générale où le droit reprend position de figure d’opinion quasi hégémonique, sujet revienne
dans cette acception là, dans une acception qui en fait d’abord et avant tout une catégorie normative.
Mais si c’est réellement une catégorie normative, ce n’est pas exactement une catégorie théorique. On ne
peut pas subordonner sa puissance normative à sa détermination théorique, c’est impossible. Ça encore,
Kant l’a très bien vu : l’impératif catégorique est nécessairement intransitif à la raison pure théorique. Et
donc toute théorie du sujet peut être soupçonnée d’être, au sens strict, une dé-moralisation du sujet, dans
cette acception juridico-morale. C’est bien en effet ce que je vais soutenir, ie que théorie du sujet signifie
en effet que sujet n’est pas d’abord une catégorie normative. On soutiendra axiomatiquement (nous
verrons ce que ça veut dire) que la détermination en pensée de l’être du sujet, la détermination dans
pensée de la catégorie de sujet, n’est pas par elle-même normative. Ça voudra dire que l’énoncé selon
lequel tout animal humain est sujet (ce qui veut dire doit être tenu pour sujet) n’est pas compatible avec
une théorie du sujet. Il y a ça dans le titre, donc c’est bien d’un procès de démoralisation du sujet qu’il
s’agit, dans l’expression même de théorie du sujet.
Il y a à cela un motif profond, sur lequel nous aurons l’occasion de revenir, qui est le suivant : si vous
admettez qu’il y a une théorie, au sens fort, conceptuelle, a fortiori une théorie axiomatique, vous
admettez nécessairement une contingence du motif subjectif. Qu’il y ait théorie du sujet veut
nécessairement dire qu’il y a sujet, sous les conditions que la théorie détermine, c’est inéluctable. C’est
comme les lois physiques : le phénomène est phénomène sous ses conditions phénoménales, ça n’a pas
de sens d’en parler en soi. Là ça sera pareil : il faudra admettre en un sens que l’animal humain peut ne
pas être sujet. C’est une thèse complexe. Thèse complexe, à mon avis inéluctablement consécutive à la
disjonction dont je parlais. Si sujet est un opérateur disjoint de conscience, si c’est un terme
théoriquement déterminé sous les conditions qui sont les siennes et dans le champ de pensée qui est le
sien, alors il a une contingence relative : vous ne pouvez pas déduire la nécessité absolue et intrinsèque
du motif subjectif comme tel. L’animal humain peut ne pas être sujet, et par conséquencet la théorie du
sujet sera la théorie d’une possibilité, sous condition. Ce qui est le cas de toute théorie. Toute théorie, a
un moment ou un autre, a comme régime d’énoncé que s’il y a ceci, alors il y a cela. Les énoncés
théoriques sont de cet ordre. Ça ne veut pas dire que c’est la causalité, ça peut être des connexions
logiques, ça peut être des tas de choses, mais c’est du si alors, c’est l’implication. Toute théorie est
implicative. Si sujet est un terme théorique… [chgt K7]… , ie sous condition. Or le sujet comme
catégorie morale est inconditionné, c’est ce qui le définit absolument. C’est ce que Kant exprime en
disant que l’impératif moral est catégorique, ie sans condition. Et le sujet qui s’auto-détermine sous
l’impératif catégorique est par là même lui-même inconditionné. Admettre qu’il y a une théorie du sujet
veut dire que sujet n’est pas un terme inconditionné. Sinon vous pouvez avoir une norme, vous pouvez
avoir une expérience, mais pas une théorie.
Ce sera une discussion très délicate, parce que - comme vous le verrez - nous appellerons humanité la
possibilité conditionnée du sujet. Nous n’appellerons pas ça sujet : il serait absurde d’appeler sujet la
possibilité du sujet. On introduira un nom particulier pour désigner cette possibilité conditionnée comme
telle. J’ai proposé de l’appeler humanité. Comme en ce moment l’humanité, l’humanisme c’est essentiel,
on va donner notre propre espace de définition. On définira l’humanité. On en donnera une définition
extrêmement précise. On appellera humanité ceci qu’il y a possibilité conditionné du sujet. Pas
inconditionnée. Et alors, on aura à se demander si humanité, lui, est normatif. Parce que si sujet en tant
que disposition théorique n’est pas une catégorie normative, rien n’empêche que la possibilité
conditionnée de cette catégorie puisse l’être. Mais alors simplement humanité ne sera pas une catégorie
théorique : c’est le prix à payer. Vous voyez, c’est une anticipation, comment se dessinera l’espace des
questions sur ce 2ème thème. On ne soutiendra pas que sujet est une catégorie normative, et par
conséquencet inconditionnée : elle ne sera qu’une possibilité conditionnée, il est possible qu’il y ait du
sujet, et on peut identifier les conditions de possibilité de son existence. Mais si on appelle humanité, de
façon générique, l’existence de cette possibilité et de son système de conditions, alors surgit la question
de savoir si humanité va être lui une catégorie normative. Je ne tranche pas sur ce point pour l’instant –
d’aucun que ça dépend de quelle théorie du sujet on parle, et donc du contenu indirect de la catégorie
d’humanité. Mais il restera que théorie du sujet comme telle n’est pas de l’ordre de la morale. Sujet en
tout cas n’est pas un opérateur inconditionné ou normatif. C’est un opérateur conditionné, théorique.
Là aussi, on pourrait résumer ces deux premiers mouvements en disant :
- le sujet disjoint de la conscience n’est pas catégorie de la psychologie, en quelque sens qu’on prenne
psychologie.
- et le sujet disjoint de la conscience n’est pas non plus une catégorie de la morale. C’et la 2ème
contraposition.
3ème thèse : il n’y a pas de sujet
La 3ème contraposition à laquelle s’oppose théorie du sujet serait la thèse qu’il n’y a pas de théorie du
sujet car il n’y a pas de sujet du tout. C’est la thèse hyper-disjonctive : vous séparez tellement sujet de
conscience qu’en réalité, il n’y a pas de sujet. Ne subsiste que la conscience, elle-même déterminée du
dehors par différents espaces structuraux. On peut appeler ça la thèse structuraliste stricte. La thèse que
le sujet est une catégorie de l’expérience est une thèse phénoménologique, la thèse selon laquelle sujet
est une catégorie morale est une thèse humaniste au sens générique, et la 3ème thèse est thèse structuraliste
au sens strict (il n’y a pas de pertinence de la catégorie de sujet).
a) Althusser : AIE
C’est par exemple la thèse d’Althusser, par quoi il a si je puis dire optimisée la disposition disjonctive de
Marx. Pour Althusser, l’histoire est un processus sans sujet. Mais alors qu’est-ce que signifie sujet ? Il a
une réponse, qu’on ne va pas redonner dans son détail. Pour lui, sujet, c’était la désignation de
l’interpellation de l’individu par le dispositif complexe de l’Etat moderne. Le dispositif complexe de
l’Etat moderne s’adressait si je puis dire à l’individu sous le motif du sujet. Ce que Althusser essayait de
serrer par l’expression : interpellé en sujet par le dispositif de l’Etat. C’était donc une opération étatique,
sujet. Si vous le prenez dans l’autre sens, ça veut dire que sujet désigne la forme d’assujettissement à
l’Etat (l’Etat étant pour ALthusser un ensemble complexe, qui englobe des appareils institutionnels, qu’il
appelait les AIE) la fonction propre des AIE est de construire ce rapport aux individus supports
quelconques qui est justement l’interpellation en sujet, et de les disposer comme sujets pour s’adresser à
eux. Il n’y a pas d’autre manière d’être sujet que d’être assujetti. L’essence du sujet c’est
l’assujettissement à l’appareil d’Etat. Il apparaissait alors que sujet tait une catégorie du droit,
strictement. Ce qui était transversal à l’interpellation, c’est la catégorie juridique. Vous étiez interpellé en
sujet par l’Etat moderne en tant que sujet du droit. Vous releviez du droit. C’était ça que désignait sujet.
Vous étiez sujet car on pouvait vous juger, à la limite. Ce qui est sujet, c’est ce qui est susceptible d’être
jugé par l’Etat. Il n’y a pas d’autre sujet que ça. Aucune ontologie théorique du sujet n’est pertinente. La
question du sujet était renvoyée à la théorie des appareils d’Etat.
b) Foucault terminal : le pli
C’est en sens la thèse de Foucault aussi, et en particulier dans son œuvre terminale. Dans son œuvre
terminale, Foucault soutient que le sujet est une construction discursive singulière, qui est comme le
moment où des forces se plient. C’est un reploiement du dehors sur lui-même. C’est une courbure
d’intériorité dans la surface discursive générale. C’est la création d’un dedans, mais selon l’examen du
dispositif discursif qui inclut cette espèce de pliure qui fait qu’un dedans se constitue sous l’effet du
dehors. Sujet nomme ça. Cette figure de pli de l’extériorité, ou de ploiement des forces antagoniques,
inventé par les grecs : les grecs ont fait ça, ils ont construit le dedans, le soi comme souci de soi. C’est
une construction discursive, construction qui se donne encore une fois comme une espèce d’involution
ou de courbure de l’extériorité, et rien d’autre. Par conséquencet, là non plus il n’y a pas d’identification
de théorie du sujet comme telle. Il y a cette formation discursive à longue échelle (il faut remonter aux
grecs pour saisir cette pliure). Et dans cette remontée, on a le dispositif où sujet devient pertinent comme
désignant le dedans, mais le dedans est un pli du dehors. Parenthèse : que le sujet ait à voir avec la
topologie est un motif qui sera maintenu. F communique souterrainement avec Lacan sur ce point. La
détermination du soi comme pliure de l’extériorité n’est pas absolument hétérogène au dispositif de
Lacan sur la topologie du sujet. C’est contemporain. Par rapport ça, qu’est-ce qui va être soutenu ici ?
Par rapport à l’idée que la théorie est théorie d’autre chose que de lui-même : du dehors et de ses forces,
ou théorie de l’Etat et du droit. En tout cas, que la théorie du sujet ne se constitue pas dans une
autonomie véritable. La discussion va être serrée.
une ontologie paradoxale
Il est vrai, c’est ce que nous soutiendrons, que le il y a du sujet relève de ce que j’appellerai une
ontologie paradoxale. Mon propos demeurera celui d’une ontologie du sujet, donc distinct de soit une
psychologie, soit une éthique, soit une généalogie discursive. Je maintiendrai le motif d’une ontologie du
sujet, mais cette ontologie sera paradoxale, et c’est ce paradoxe qui va constituer le sujet lui-même.
Je voudrais esquisser l’ordre des questions :
Que l’ontologie du sujet soit paradoxale, inéluctablement, est un thème ancien. Il faut bien en prendre
conscience. Il ne faut pas se croire un contemporain pur quand on est dans une vieille question. Que
l’ontologie du sujet soit paradoxale, ce qui retentit jusque chez Lacan de manière insistante, est un vieux
motif philosophique.
a) Descartes
Il est perceptible si l’on se demande quel est l’être du sujet dans le cogito cartésien. Ie si on pose la
question non pas de l’évidence, de la certitude du cogito, mais je suis : quel est la part d’être du je suis,
quel est l’être attaché au je suis, quel est le mode d’être du je suis ? Je suis, j’existe, dit Descartes, il y a
un écart entre les deux : dans cet écart se tient toute la question de savoir, lorsque je dis je suis, qu’est-ce
qui retentit si je puis dire de position sur l’être dans le suis ? Quelle est cette déclinaison du verbe être
qu’il y a dans je suis ? qu’est-ce que c’est que cet être en 1ère personne ? Qu’en est-il de l’être dans le je
suis ? Descartes dit des choses paradoxales ou étranges là dessus : il dit par exemple que cet être est
coextensif à son acte. Je suis, dans le cogito, pour autant que je pense que je suis. Mais si je puis dire
j’oublie d’y penser le je suis s’effondre. Descartes fait cette remarque de façon tout à fait explicite. On
pourrait dire que le sujet, l’être du sujet, semble être coextensif à un de ses propres actes. C’est quand
même très spécial, que l’être d’une chose soit coextensif à un acte de cette chose. Les actes du je pense
ne sont pas du tout réductibles au cogito. On peut penser à 1000 choses plutôt qu’à stupidement penser je
suis. Vous savez qu’il faut la machinerie du doute, du malin génie, du démon pour que j’en vienne à cette
misérable détermination de penser que je suis, qui n’est quand même pas gd chose. En général, les actes
du je pense ne sont pas je pense que je suis. C’est un des actes possibles du je pense, et à un moment
donné l’être du je suis est suspendu à l’effectivité de cet acte. Ce qui entraîne une chicane ontologique
particulière quant à l’être du sujet.
b) Kant
Si vous vous demandez maintenant quel est l’être du sujet transcendantal chez Kant, l’être de
l’aperception originaire : qu’en est-il de son être, au sujet constituant de l’expérience ? La réponse de
Kant est extraordinaire : c’est un indéterminé qui est le corrélat d’un indéterminé, un vide lié à un vide,
un X corrélat d’un X. Le sujet T est lié à l’indétermination de l’objet T lui-même, tous les deux peuvent
être appelés X, nous dit Kant. Et donc finalement, pour autant qu’on s’engagerait dans une ontologie du
sujet T, il faudrait partir d’une existence absolument vide ou indéterminée, corrélée à un objet lui-même
vide et indéterminé. Cette expérience originaire, finalement, est la corrélation de deux vides. Ça, Kant le
dit aussi avec précision. Mais qu’un être ne se laisse approcher que sous le schème d’une corrélation
vide, c’est tout à fait particulier.
c) Sartre
Pour prendre un exemple plus contemporain, si on se demande quel est l’être de la conscience pour
Sartre, ie l’être du sujet malgré tout (puisque Sartre est encore dans la conjonction sujet et conscience).
Quel est l’être du pour soi sartrien ? Son être, c’est la néantisation (pas le néant) : l’être de la conscience
est de néantiser l’en soi lui-même, de faire être le creux, de faire advenir le sens comme creux de la
passivité de l’en soi. Néantisation, ce mot en lui-même est un concentré d’ontologie paradoxale : c’est le
néant comme activité, c’est pas le néant comme corrélat logique de l’être, comme non être. Néantisation,
ça désigne l’activité du non être.

Donc je prenais ces exemples très rapidement pour indiquer qu’à chaque fois qu’un dispositif
philosophique s’approche de la question de l’être du sujet, qu’il s’agisse du cogito, du sujet
transcendantal, ou de la conscience sartrienne, vous avez la mise en place des catégories d’une onto
paradoxale : être coextensif à un de ses actes, corrélation d’indéterminés pur, ou activité du néant.
d) Lacan
Si on se demande maintenant ce que c’est que l’être du sujet pour Lacan, Lacan dira : il n’en existe pas
de discipline de pensée indépendante. Il n’y a pas d’ontologie du sujet. L’ontologie, nous en avons déjà
parlé ici, c’est pas bien, c’est une hontologie. Donc on va dire : il n’y a pas de théorie autonome possible
de l’être du sujet comme tel. Il dira aussi que ça relève du me on, du non étant. Le me on c’est le non
étant, avec une nuance impérative : interdit d’être, quelque chose comme ça. Pour autant que ça relèverait
de l’ontologie (mais ça n’en relève pas, l’ontologie est abominable), ça relèverait d’une ontologie de
l’interdit d’être ou de l’être barré. L’être du sujet est l’évanouissement, l’éclipse, le choix, c’est ce qui
tombe dans un intervalle. Il dira aussi que le schème d’être du sujet c’est l’ensemble vide. Et puis il dira
aussi que tout l’être du sujet, c’est l’objet. Toutes ces formules sont explicites. Si vous voulez les
recoudre les unes avec les autres, toutes ces formules, c’est un gros travail . on peut dire qu’il y a en
filigrane chez L dans une dispo anti-ontologique une onto du sujet sauf que c une onto à chicane. Chaque
fois que vous vous engagez dans une voie possible vous vous retrouvez dans une autre, comme un
labyrinthe sans entrée ni sortie. Vous circulez comme sur un ruban de Moebius… pur équilibre sous pur
interdit d’être est aussi pur grain de réel. De ce point de vue là, Lacan est dans la tradition : on ne peut
pas saisir l’être du sujet sans un dispo ontologique profondément paradoxal. Alors ce paradoxe, comment
le dire ? On le dira, formule assez bête, comme ça, qui est en même temps indicative : une théorie du
sujet ne se présente pas comme la théorie d’un objet, au sens où d’habitude la théorie est théorie de
quelque chose, d’un objet. Une théorie du sujet ne peut pas se présenter comme objet. ça veut dire que le
sujet n’est pas un objet en un sens particulier :le sujet ne va pas être l’objet de la théorie du sujet. C’est
vrai pour Lacan. Vous savez que chez Lacan il ne peut pas y avoir de théorie de l’objet. A supposer que
l’objet soit l’être du sujet, ce qui est soutenu dans plusieurs textes (la part d’être du sujet n’est rien
d’autre que l’objet a), il ne peut pas y avoir à proprement parler de théorie de l’objet non plus, pour la
raison fondamentale que l’objet est insymbolisable, vous n’en ferez pas de théorie indépendante, c’est
exclu. Ce que Lacan dira, c’est qu’il peut y avoir théorie de ce dont l’objet est le réel, mais pas une
théorie de l’objet : de ce dont l’objet est le réel. C’est une distinction très importante. Ce n’est pas au
sens où sujet serait l’objet de la théorie. Mais c’est plus proche de ce que dirait Lacan, à savoir il peut y
avoir théorie non pas de l’objet mais de ce dont l’objet fait réel. Il n’en fait réel qu’en étant soustrait en
même temps, donc il ne tombe pas dans le champ propre de ce dont il y a théorie.
e) Badiou
La ligne que nous allons suivre sur ces questions très intriquées et décisive. Assumons que la théorie du
sujet n’est pas théorie d’un objet théorique (c’est pas comme la théorie du système solaire ou même
comme théorie des ensembles). Il y a une théorie du sujet (le sujet n’est ni psycho ni moral ni inexistant),
il y a réellement théorie du sujet, mais ce n’est pas la théorie d’un objet au sens où ce serait la théorie
d’un champ objectif quelconque. Il en résulte qu’il n’y a d’être du sujet que théorique. Parce que sinon le
sujet serait l’objet de la théorie. La chicane : si vous parlez de sujet non au sens de l’objet de votre
théorie, qu’étudie ou que symbolise votre théorie, alors cet être du sujet, il faut bien que d’une certaine
manière il soit coextensif à la théorie. S’il n’est pas coextensif à la théorie, nécessairement il est l’objet
de cette théorie. Il faut qu’il soit omniprésent dans la théorie et en un certain sens absent en tant qu’objet
dans cette théorie.
On a l’impression de basculer dans l’idéalisme franc et ouvert : sujet serait une catégorie théorique de
bout en bout, et elle n’aurait nul être. Non ! Ce n’est pas ça non plus qu’on va soutenir. On va soutenir
que sujet n’est pas un objet, mais soutenir jusqu’au bout que sujet n’est pas un objet…. que sujet n’est
pas l’objet de cette théorie, que donc sujet est omniprésent dans le dispositif théorique (ça ne s’en décolle
pas, il n’est pas en vis-à-vis de son dispositif, il n’est pas ce que le dispositif appréhende ou saisit) et que
cependant il y a un bel et bien un être du sujet. Alors comment se tirer de ça ? Apparemment on ne s’en
tire pas. La réponse classique, c’est de dire il y a un être du concept. D’accord, c’est coextensif au
concept. Ce serait une solution d’esprit deleuzien : Deleuze ne s’embarrasse jamais du rapport entre
langage et chose car le langage c’est comme les choses. Ça coappartient au mouvement général. Le
problème du rapport des mots aux choses est bon pour les psycho et les phénoménologie : toute chose a
rapport a toute chose, il n’y a pas de mystères là dedans. L’être théorique du sujet c’est son être. On n’est
pas deleuzien, je ne suis pas deleuzien, ça ne peut pas marcher tout à fait comme ça. La thèse de la
coextension ne peut pas se soutenir d’une ontologie de la dynamique virtuelle générale.
En réalité, là aussi j’anticipe, le point qu’on va traiter va être le suivant : le sujet va apparaître comme le
bord d’une équivoque de l’être lui-même. C’est pour ça que à la fois il n’y en a que théorie et que
cependant il y en a aussi un être. Le sujet, c’est un bord d’équivoque de l’être même. Alors quelle
équivoque ? Cette équivoque va se dire de deux façons. Si vous voulez, il y aura deux équivoques.
- l’être est équivoque, parce que il se dit au même point comme situation et comme vérité. C’est un peu
mon jargon. L’être se dit toujours au même point comme situation et comme vérité. On peut dire aussi
qu’il se donne au même point comme logique ou comme ontologique. Ou encore qu’il se donne au même
point comme disjonction pure et relation. C’est des équivoques ontologiques elles-mêmes. Ce sont les
points d’équivoque de l’être. Sujet, ça va apparaître comme le point d’équivoque elle-même, rien d’autre.
Sujet, ce sera le nom de l’équivoque de l’être. Et théorie du sujet, en fin de compte, ça voudra dire
théorie du caractère équivoque de l’être. Ce sera assez compliqué dans le détail, que je ne donne pas.
Parce que, comme vous venez de l’entendre dans les différentes formulations que je donnais de cette
équivoque, il y a une équivoque décisive pour le sujet qui est l’équivoque vérité situation. Le point où
toute vérité a affaire à ce qui n’est pas elle. Mais ce n’est pas une relation extérieure, c’est au même point
que toute vérité a aussi affaire en ce point là à ce qui n’est pas elle. Et sujet n’est ni la vérité ni ce qui
n’est pas elle, c’est le au même point. C’est au point de l’équivoque distributive entre la vérité et ce qui
n’est pas elle. Mais cette équivoque décisive où se construit le sujet (on montrera pourquoi de façon
argumentée et convaincante), elle est bâtie sur une autre :
- elle est bâtie sur une équivoque qui est l’équivoque de l’être lui-même ; il se donne comme multiplicité
pure, disjonction et dissémination pure, indifférence, et que cependant il n’y a que de la relation, que du
rapport, que de la consistance. Equivoque ontologique décisive, qui interroge la philosophie depuis
toujours : d’un côté il semble que tout soit en déliaison radicale, et cependant en un certain sens tout
est lié. Et l’équivoque déliaison / liaison ou déliaison / relation est comme toujours ce qui supporte, ce
qui se tient en dessous de l’équivoque situation / vérité. Nous poserons que l’être du sujet, c’est le
nouage des équivoques de l’être. Et comme il y a une double équivoque, on peut dire si vous voulez que
le sujet est dans son être l’équivocité de l’équivoque. C’est pour ça qu’il est paradoxal dans son
ontologie. Il est l’équivoque elle-même. si vous voulez l’attraper par quelque chose d’univoque, vous le
manquez. La saisie de l’équivocité de ce qui est équivoque est la même chose que la saisie du sujet.
On peut dire, plus simplement, que le sujet, au fond, c’est la partie louche de l’être. Voyez en quel sens je
dis louche : louche, parce que est louche ce dont l’identité semble à tout moment se dissoudre dans
l’équivoque. Est intrinsèquement louche ce qui a pour être d’être équivoque. L’équivoque, c’est un
partage, ce n’est pas une équivocité de sens, c’est pas herméneutique. Ça ne relève pas de
l’interprétation. C’est une jointure : au même point il se passe en même temps deux chose, c’est tout.
Dire que c’est la partie louche de l’être, au fond c’est le point d’impureté, j'appelle impur ce qui n’arrive
pas à être assigné à un seul registre. C’est le point d’impureté, dont le processus constitue cependant la
pureté du vrai. Ce sera ça : c’est ce matériau impur dont se constitue toute pureté, le sujet. C’est comme
si vous regardez quelque chose d’absolument pur au microscope, ça grouille d’impuretés. Parce que ce
n’est fait que du sujet. Si vous regardez de près, toute chose est louche. Il y a une espèce de composition
pure en trajectoire qu’on appellera vérité, qui en effet est la figure même de la pureté, mais le sujet est le
point microscopique et constitutif en même temps d’impuretés internes de la genèse de cette pureté. C’est
en ce sens que je dis que c’est la part louche de l’être. Le sujet, c’est la cochonnerie avec laquelle on fait
du vrai. C’est pour ça que tout sujet n’est que louche, ça sert à rien de vouloir le purifier. C’est de
entreprises historiques bien connues, ça, purifier le sujet. Le sujet est impurifiable. Les entreprises qui
veulent le purifier ne feront rien d’autre que l’anéantir. C’est la seule manière de le purifier. Si vous
voulez qu’il n’y ait plus personne de louche, il n’y a qu’une seule méthode : qu’il n’y ait plus personne
du tout ! C’est pour ça que toute désignation à la vindicte publique de ce qui est louche est une opération
anti-subjective, comme telle. Nous en avons par les temps qui courent des exemples de plus en plus
notoires. C’est pour ça que ces affaires comptent. Lorsque la catégorie de ce qui est louche, ou impur, ou
équivoque, fonctionne au titre d’une catégorie normative, alors c’est de l’éradication du sujet comme tel
qu’il est question. Parce que c’est dans son être que le sujet est une jointure équivoque de l’être. Voilà.

Le 2ème temps aurait été de dire ce qu’il faut entendre par axiomatique. On va le laisser, c’est trop long.
J’aurai simplement pour conclure voulu dire ceci. J’aurais voulu situer la trajectoire de cette année entre
deux énoncés poétiques, qui sont une manière de dire le paradoxe. Entre deux énoncés poétiques que
j’emprunte à Pindare, et qui situent en quelque sorte les deux polarités entre lesquelles ce paradoxe d’une
TAS va tenter de se déplier.
D’abord, un énoncé que je tire de la 1ère Olympique, où Pindare écrit quelque chose comme toujours de
très difficile à traduire : La rumeur des mortels outrepasse le dire vrai. Sujet, en effet ça relève toujours
d’un franchissement, mais d’un franchissement au regard du vrai. C’est dans le vrai mais ça le franchit
quand même. C’est une connexion mouvante du vrai avec ce qui n’est pas lui, le sujet. C’est
indispensable au vrai, pour autant que le vrai est ce qui n’est pas lui, touche ou est adjointé à ce qui n’est
pas lui. Sujet c’est là. C’est vrai que la rumeur des mortels, elle est saisissable, cette rumeur des mortels
comme saisie du sujet, en un point où quelque chose outrepasse le dire vrai, ie n’est pas aligné au dire
vrai, est désalignée du dire vrai, bien qu’interne à ce dire.
Et puis, d’un autre côté, dans la 6ème Néméenne. Dans la 6ème Néméenne, Pindare, dit ceci : pourtant, en
un point nous ressemblons, soit comme grand esprit, soit comme nature aux immortels...
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5 MARS 97
ère
1 indication : le séminaire du 5 février que je n’ai pas pu assumé sera remplacé. Il aura lieu en avril. En
fait, c’est maintenant, et celui de maintenant aura lieu si je puis dire le deux avril ! Ce qui me permet de
vous rappeler les dates qui nous restent : 19 mars, le deux avril, le 23 avril et le 14 mai.
La prochaine permanence aura lieu le vendredi 14, donc la semaine prochaine, à 17h30, au Cluny. Une
indication pour ceux que ça intéresse : je ferai une conférence à la société française de philosophie
(institution admirable !) le samedi 22 mars, à 16h30, à l’amphithéâtre Michelet, à la Sorbonne, cette
conférence a pour titre Logique et ontologie (vaste question !).

Nous reprenons.
Notre cheminement est pour l’instant celui d’une détermination formelle de ce que nous conviendrons
d’appeler les figures subjectives, des figures du sujet, détermination formelle des figures du sujet que
nous tenterons dans le cadre de ce que j’ai appelé une petite théorie du sujet (petite car elle dans l’espace
d’une logique, et dans l’espace d’une logique somme toute assez pauvre). Je rappelle nos définitions et
axiomes élémentaires, élémentaires au sens de convenons à la petite théorie.
Nous appelons sujet (pour l’instant) ce dont il se soutient qu’il y ait un dire quelconque, pour autant que
ce dire puisse s’évaluer selon le vrai et le faux. C’est une définition conventionnelle du sujet. Ce dire a la
forme de ce qui est classiquement appelé un énoncé. On peut dire : un sujet, c’est le il y a d’un énoncé.
Ce n’est pas l’énoncé qui induit qu’il y ait sujet, mais son il y a, au sens où je parle d’un dire. L’énoncé
ne fait sujet que pour autant qu’il est dit.
Deuxièmement, une variante, pour mettre en place le lexique : nous appelons acte d’un sujet le dire qui le
constitue. Nous avons adopté comme ligne, si je puis dire, de déterminer le sujet du point de son acte. On
appelle acte le dire qui constitue le sujet.
Enfin, on appelle sage, on donne la propriété d’être sage à un sujet tel que son acte est vrai, et pervers un
sujet tel que son acte est faux.
La théorie en la circonstance est a minima l’attribution de cette propriété : dans quelle condition peut-on,
au regard du sujet d’un dire quelconque, établir qu’il est sage ou qu’il est pervers ? Elémentairement, la
théorie commence par cela, par l’attribution réglée, rationnelle, d’une propriété à un sujet, ou de deux
propriétés (être sage et être pervers), et la question est de savoir comment on attribue ces propriétés.
Nous avons montré que en l’absence de tout dire dont on sait qu’il est vrai, en l’absence de toute
détermination comme assurément vraie d’un dire quelconque on ne peut distinguer véritablement un sage
d’un pervers. Car leur qualification procède de ce que l’énoncé est vrai ou faux. Donc si nous n’avons
pas de moyen de déterminer intrinsèquement si un énoncé quelconque est vrai ou faux, on ne peut pas
procéder aux attributions, et donc la théorie est bloquée. Qu’elle soit bloquée, c’est assez important,
signifie qu’elle reste dans l’espace de ses définitions. Vous pouvez toujours dire que le corps théorique
est celui là. Mais vous ne pouvez pas procéder à une détermination singulière, ie à une attribution à un
sujet singulier de la propriété qui lui convient. On a affaire à une théorie définitionnelle, on peut aussi
dire une théorie vide : une théorie qui ne permet pas l’attribution à une figure subjective singulière d’une
propriété. On dira donc que toute théorie du sujet, dans ce cadre élémentaire, est sous condition d’une
vérité au moins (toute théorie axiomatique du sujet). Ce qui se dira : au défaut de toute vérité, ie s’il n’y a
pas une vérité au moins, une théorie du sujet reste vide. Elle peut bien définir ce qu’est un sujet, définir
les propriétés qui lui conviennent, définir les conditions de ces propriétés, elle n’est pas en état d’en
attribuer une à un sujet déterminé. C’est en ce sens qu’elle reste une théorie vide. Il faut une vérité au
moins pour qu’une théorie du sujet ne reste pas vide. Là, nous croisons Descartes.

Parce qu’au fond, une thèse fdtale de Descartes c’est que s‘il n’y a pas une certitude au moins, toute
théorie reste vide. C’est le propos initial que constitue le doute cartésien. Ce que constitue le doute
cartésien, c’est que au défaut de toute vérité, vous pouvez construire des théories cohérentes, mais elles
sont vides. Donc Descartes part bien de ce point qu’il faut une théorie telle qu’elle se soutienne d’au
moins une certitude. A partir de ce moment, elle se remplit progressivement, et elle va investir
successivement d’une part Dieu, d’autre part l’étendue sensible, le monde. Mais pour qu’elle se
remplisse à la fois de l’infinité divine et de la réalité physique du monde, deux enjeux majeurs, il faut
qu’il y ait une vérité au moins. Mais quand on dit une vérité au moins, ça veut dire : il faut qu’il y ait au
moins le savoir de ceci qu’il y a une vérité. C’est ça que veut dire certitude. Certitude veut dire : je sais
qu’il y a une vérité. Donc c’est le savoir d’une vérité au moins qui constitue la condition de non vacuité
de l’espace élémentaire. Nous, nous en sommes au même point, avec la différence que je dirais tout à
l’heure. Il nous faut une vérité au moins pour que notre théorie ne soit pas vide. Il n’y a théorie du sujet
que selon qu’il y ait une vérité. Par conséquencet je signale que au moins dans le terme, il ne saurait y
avoir de théorie du sujet subjectiviste. Car marrant parce que souvent on allègue comme définition au
moins partielle du scepticisme le subjectiviste Il n’y a pas de vérité parce que à chacun sa vérité. On
pourrait montrer que dans ces conditions il ne peut pas y avoir de théorie du sujet. Le subjectivisme est
en réalité sans sujet.
A partir de quoi nous conviendrons d’appeler événement un dire effectif, un dire tel qu’on en puisse
détacher une vérité certaine. Nous ajouterons la condition que cette vérité ne porte pas trace de la
position subjective. Elle est comme deux + deux = 4. C’est en quoi, cette fois, nous nous écartons de
Descartes, pour part, de ce que évidemment dans le cogito cartésien, il y a trace de la position subjective.
La 1ère certitude cartésienne n’est pas telle qu’elle ne porte plus trace de la position subjective. Au
contraire, elle lui est coextensive : je suis j’existe. On détache bien du cogito certaine, mais il es faux que
cette vérité ne porte pas trace de la position subjective. Au contraire, elle n’est rien d’autre que cette
position subjective elle-même. En réalité, ne parviendront au détachement véritable que les premiers
énoncés concernant l’existence de Dieu. Donc un événement, ça ne peut être qu’un dire dans notre petite
théorie, mais nous exigeons que ce qui s’en détache comme vérité certaine soit neutre dans sa
signification au regard de la position du sujet.

Nous avons vu que la médiation de ce point, la rationalité possible de la notion même d’événement, c’est
que ce dire événementiel ait deux propriétés :
- premièrement, en effet, la vérité certaine s’en détache. Elle s’en détache sans porter trace de la position
subjective. Ce qui revient à dire que le dire a une figure indicative. La vérité va s’en détacher, au sens où
elle est en position de conclusion ou de conséquence d’une implication. Tout dire événementiel a une
structure implicative. C’est un énoncé considérable, nous le verrons quand nous serons dans la grande
théorie. Il reste vrai que tout événement, quel que soit son registre, bien au-delà du formalisme étroit où
nous sommes, il sera vrai qu’on y distingue une structure implicative. Et quelque chose d’en détache qui
désormais circule comme vrai, indépendamment de l’événementialité proprement dite, indépendamment
du surgir pur de l’événement. quelque chose s’en détache. Et cette opération de détachement est
constitutive de l’ouverture au vrai de l’événement dans la fonction d’une structure implicative. C’est le
1er point.
- 2ème propriété du dire événementiel : c’est que le sujet du dire est contraint par le dire lui-même à être
un sage, à être le lieu de vérité. Il est contraint par la structure du dire lui-même à être en position vérité.
Ou encore il s’agit d’un dire qui n’est dicible qu’en position de vérité. ça ne veut pas dire qu’il est dit :
c’est événementiel, qu’il soit dit. Rien ne permet de déduire qu’il soit dit. Mais s’il est dit, alors il est dit
en position de vérité. C’est ce qu’on pourrait appeler une position disons de sagesse événementielle : le
dire, de par son il y a pur, contraint la position de celui qui dit, du sujet. On peut l’appeler aussi sagesse
forcée. La structure de ce qui est dit commande absolument et impérativement la position subjective du
sujet. Et nous avons noté cela la figure hystérique.
Nous en avons donné, je le rappelle, 3 formes ou 3 exemples, qui sont le schème général.
- l’énoncé qu’on peut prendre, c’est : si je suis sage, alors p. p est dans la position de ne plus porter trace
de la disposition subjective. p ça peut être n’importe quel énoncé destiné au vrai.
- on peut le dire aussi : je suis sage implique p (on formalise la structure implicative).
- on peut l’inscrire simplement v implique p, v est le chiffre de la position du vrai. Un dire événementiel
est quelque chose qui est dans la figure où v implique p. Je rappelle qu’on démontre que si v implique p
est dit, ie surgit événementiellement, alors il est vrai. Alors il est dit par un sage. La position subjective
forcée contrainte par l’événement v implique p est la position de vérité. Il s’ensuit dès lors que p est vrai,
que p se détache comme vrai. C’est ce que nous avons appelé cette fois le mathème de la figure
hystérique. Ça se dira : … SCHEMA
où on peut dire que la structure implicative v implique p contraint que si elle est événementielle (si elle
est donnée événementiellement), alors son espace de dire est celui de la vérité, que le sujet soit sage. Le
caractère contraint de v implique p, indiqué par la flèche, signifie que v implique p comme événement
force le sujet à être en position de vérité. On peut dire si vous voulez, image compliquée : ce n’est pas car
le sujet est en position de vérité qu’il dit cela, mais c’est pour autant qu’il le dit qu’il est contraint à être
en position de vérité. Ceci est ce qu’on pourrait appeler l’anticipation de vérité hystérique. Que Lacan en
effet remarque bien sous le nom de moi la vérité, je parle. Il est vrai dans ce cas là que, puisque c’est dit,
c’est vrai. Et non pas : au regard du fait qu’on est dans la vérité, c’est vrai. C’est une sorte de rétroaction
contrainte de la position subjective à partir du dire lui-même. Cela induit, autre chose que Lacan a dite,
que la vérité (comme lieu de son dire) est l’inconscient de l’hystérique. Ce qui est inconscient, là, c’est
proprement la vérité elle-même comme lieu du sujet. C’est l’inconscient si je puis dire rétroactif du dire
lui-même. La vérité comme lieu de son dire est l’inconscient du sujet.
Ce qui nous permet de prononcer que dans ces conditions, le sujet est proprement divisé, en effet, en
ceci qu’il est divisé en son dire, à savoir v implique p, ou je suis sage implique p, et le caractère contraint
de la vérité de son dire. Ce caractère contraint de la vérité de son dire est l’inconscient propre du dire.
On peut écrire (schéma) : le sujet, il y a son dire, v implique p, qui lui se donne comme pur événement
(c’est ce qui est dit, ce que le sujet dit), mais de l’avoir dit institue que c’est vrai. Ça, en un certain sens,
c’est la part inconsciente, rétroactivement contrainte par le dire lui-même. Encore faut-il que ce dire
surgisse. Donc le sujet est barré, divisé. Il est divisé en son dire et la vérité contrainte de son dire.
Par conséquencet, on peut très bien transcrire la figure hystérique dans sa productivité de la façon
suivante : S barré implique p. D’un sujet divisé entre son dire et la vérité contrainte de son dire s’infère
que p est vrai. p, j’insiste, lui, ne porte plus trace de la machinerie subjective sous-jacente, et il en est
donc proprement détaché. Il va désormais circuler comme détaché du S barré qui l’institue. Nous
appellerons ce schème, S barré implique p, le diagramme de l’hystérique, et nous y verrons la fixation de
la 1ère figure du sujet. Cette figure, donnée dans ce diagramme, est la 1ère figure repérable du sujet.

Nous avions dit que la 2ème figure repérable est celle qui met au travail la vérité de l’énoncé séparé. C’est
celle qui s’empare, de quoi ? de p. De p inscrit dans son déplacement même par le clivage hystérique,
lequel je le rappelle est ultimement événementiel : le dire a eu lieu, p est là comme vrai. Cette 2ème figure
va éprouver les conséquences de p. Sa matrice va être : de ce que p est vrai, si j’ai p implique q alors je
sais que q est vrai aussi. Ainsi de suite. Le travail propre de cette figure subjective est dans l’épreuve des
conséquences du dire vrai désormais établi. C’est celui qui utilise p pour savoir qui est sage et qui est
pervers. Il suffit de demander si p est vrai. Le sage répond oui le pervers répond non. Dès qu’on a p est
vrai, on peut s’en servir comme test théorique, la théorie est débloquée.
Corollaire annexe : seul l’hystérique permet qu’il y ait des théories non vide. C’est bien connu ! En
particulier, soit dit en passant, s’il n’y avait que des obsessionnels il n’y aurait que des théories vides,
c’est certain. Mais comme il y a des hystériques, il y a des théories non vides. Le travail de
remplissement, c’est cette 2ème figure qui l’opère, c’est pas la figure hystérique elle-même : la figure
hystérique, elle a détaché p et après, c’est plus son problème. Elle va plutôt être dans l’attente ou
l’espérance d’être transie à nouveau par la profération du type V Vp. La 2ème figure s’inscrit comme
sujet, nous l’avons dit, dans ce qui autorise l’usage de p pour discriminer des conséquences. Si vous avez
p pour quoi que ce soit, si vous avez la certitude de p, alors vous pouvez commencer à savoir pour un
sujet quelconque s’il est un sage ou un pervers. La théorie fonctionne. Autrement dit la position
subjective ici induite, c’est de produire du savoir, à savoir produire le savoir des conséquences. Et
comme on sait il est produit à l’infini, car il y a toujours des conséquences à l’infini (si q est une
conséquence de p, alors s’il y a une conséquence de q elle est vraie aussi et ainsi de suite).
Notons en image que la 1ère figure est une figure du point, c’est une implication événementielle, c’est le
détachement de p, tandis que la 2ème figure est une figure de la chaîne, la chaîne des conséquences. Ceci
étant, cette figure subjective n’est pas maître du point initial de l’événement lui-même, car précisément p,
lui, n’est pas conséquence. Il est ce à partir de quoi il y a des conséquences, mais il n’est pas une
conséquence. C’est un surgir, un événement de vérité, ce n’est pas l’enchaînement d’un savoir. Par
conséquencet, cette figure subjective, ordonnée aux conséquence, est nécessairement dans une certaine
cécité à ce qui subjectivement fut engagé dans le point premier, ie dans l’énoncé p. Parce que pour cette
2ème figure, ce qui est vrai, c’est ce qui est conséquence. Evidemment, cette conséquence est suspendue à
p : la figure reçoit p, mais elle le reçoit dans une figure aveuglée, puisque c’est inconséquent. La vérité
hystériquement produite est inconséquente, en le prenant au sens strict, ie ce n’est pas une conséquence.
Pour une figure subjective constituée selon la conséquence, selon l’enchaînement du savoir, l’incsq est
l’incst de sa propre production. Nous appelons cette figure la figure du maître. Le maître des
conséquences, le maître du savoir, si on veut, et nous retrouvons l’hystérique comme inconscient du
maître. Que nous écrirons ainsi : SCHEMA
p est ce que le maître reçoit, il y a p, on ne sait pas bien pourquoi, et dans son registre à lui c’est incsqt.
Mais il est en même temps constitué qu’il y ait p. Autant dire que ce pour quoi il y a p, ie S barré, tombe
en dessous : c’est la figure proprement inconscient de ce dont il se constitue. Et c’est selon ce schème qui
fait de q la 1ère conséquence. Voilà le mathème du maître, qui invite à quoi ? au fond que pour le maître,
p, l’énoncé détaché, représente le sujet clivé inconscient, et que cette représentation est productrice,
puisque d’elle s’infèrent à l’infini des conséquences. On peut dire que l’événement, dans la figure
subjective du maître, ie l’événement, tel que l’hystérique le supporte, est représenté par p dans une
fidélité subjective qui n’en porte plus trace : je rappelle que p ne comporte aucune marque de sa position
subjective. Quand p représente l’événement, on peut à la fois dire à la fois qu’on va l’engager dans une
infinie production du savoir des conséquences, et que en même temps de l’événement il ne porte plus
trace (ce qui veut dire aussi qu’il ne peut être validé consciemment). Le maître est donc celui qui tire
aveuglément les conséquences de p. Cette conséquence aveugle est proprement représentée par ceci que
c’est de p / S barré qu’en définitive s’infère la conséquence elle-même. Nous voilà dans une disposition
somme toute articulée et très claire de deux figures subjectives, la figure hystérique et la figure du maître,
ordonnée l’une à l’événement inaugural où se détache, sous condition d’une vérité contrainte, un énoncé
vrai assumé, et la 2ème qui est sur la brèche du savoir des conséquences de cet énoncé, mais aveugle à sa
production, à son surgir.
Reste à savoir si nous sommes en position d’exhaustion : y a-t-il deux postures subjectives et deux
seulement ?

Pour avancer, nous avions raconté l’histoire que je redonne, mais en la formalisant immédiatement. Dans
ce formalisme élémentaire, il faut simplement noter que si je dis cela : A (p), ça veut dire « A dit que
(..) ». Nous avions pris l’exemple suivant.
B est un citoyen qui dit que x dit que s’il est sage, alors p.
Convention d’écriture : s(A) : A est sage.
B dit que qln a dit que si je suis sage alors p.
Et deuxièmement, le même B dit que si x dit que s(x) implique p, alors q.
Si on transcrit ça, en gros, à vue de schéma, on voit bien que le 1er énoncé signifie que B déclare être
témoin d’un dire hystérique. B raconte qu’il a vu qln dire une implication du type de celle que nous
examinons jusqu’ici. B se déclare (en vérité ou pas, on verra après) qu’il a vu un hystérique x, dans son
action (un hystérique x contraint par le fait que il disait que x implique p). C’est la 1ère chose : 1er énoncé
de B : j’ai vu entendu un dire hystérique. Donc j’ai entendu été témoin d’un événement.
Et 2ème énoncé : B schématise la position du maître, la figure du maître. La signification du 2ème énoncée,
c’est que B dit que s’il y a eu un dire hystérique, alors on peut en tirer les conséquences. S’il y a eu ça,
alors certainement il y a quelque chose comme q qui peut s’en inférer.
Le 1er énoncé, c’est la formule du témoignage d’un événement
Le 2ème énoncé, c’est la formule du maître
Je rappelle ce qu’on en tirait : si B est la conjonction du témoin d’un événement et de la formule de la
maîtrise, de l’action des conséquences, alors de façon contrainte B est un sage.
Si B est pervers, il dit faux, donc il faut que ceci (cf tableau !) soit faux. Mais nous savons que pour
qu’une implication soit fausse, il faut que l’antécédent soit vrai. C’est le seul cas où une implication est
fausse : l’antécédent est vrai et le conséquencet faux. A supposer que B soit pervers, il faudrait que ceci
soit faux, il faudrait donc que ceci soit vrai, ce qui est impossible puisque B l’a dit (or comme B est
pervers…). Ceci ne peut être faux que si l’antécédent est vrai, mais l’antécédent est justement ce que B a
dit. Et donc il impossible que B soit pervers : si celui si est faux celui-ci est vrai, et comme il dit les 2, il
ne peut pas dire. Par conséquencet si qln est à la fois le témoin d’un événement et se déclare en position
de maîtrise, c’est un sage, il est contraint à la vérité. Nous reprendrons cette figure. Si je dis : j’ai vu, j’ai
entendu un événement, et en même temps : quand il y a un événement il y a des conséquences. Qln qui
est en état de dire à la fois ces deux choses (je suis le témoin et je sais que s’il y a un événement il y a des
conséquences), celui-là dit vrai, nécessairement. B est en position de vérité, B est un sage, et il s’ensuit
(c’est le point décisif) que q est vrai. q est en effet une conséquence détachable. En vérité, finalement, q
émerge bien comme une conséquence, car l’événement a réellement eu lieu, le témoin de l’événement est
dans une position telle qu’on infère de cette position que l’événement a réellement eu lieu. Il y a bien eu
un x qui a dit : f(x) implique p, il y a eu un hystérique, il y a eu un événement, et il s’infère que les
conséquences de cet événement sont validées. Ce témoin qui dit à la fois il y a eu l’événement et je sais
ce que c’est la structure de maîtrise autorise qu’il y ait réellement des conséquences, permet de déduire
qu’il y a des conséquences, que q est une conséquence validable de l’événement inscrit par le dire
hystérique. B est dans la figure du maître, c’est ça qui s’infère de toute cette histoire. Un maître, c’est qln
qui a vu un événement (ce qui ne veut pas dire qu’il l’a compris), qln a dit ça, et après je le prends pour
vrai. Pourquoi il le prend pour vrai ? ça va être inconscient. Il dit ça, et par ailleurs il est en position d’en
tirer les conséquences, il va être identifié par les schèmes de conséquence. B est un sage, et il est dans la
figure proprement dite du maître. Il est l’homme des conséquences, il a vu l’événement ça lui a transmis
p, dont il ne sait pas trop quoi faire sinon tirer les conséquences. De l’événement, il n’a rien d’autre faire
de l’événement que tirer les conséquences. La figure hystérique de l’événement est une figure subjective
n’est pas la sienne. Il ne la thématise pas. Il ne va dire moi la Vérité je parle, il va dire il y a la vérité j’en
tire les conséquences.

Comment à partir de là requalifierons-nous le pervers ? Nous allons prendre pervers au sens tordu. La
1ère définition élémentaire est celui qui dit faux. Nous allons pervertir la définition du pervers. Nous
allons le redéfinir ainsi : un pervers est celui qui se garde de tirer d’un hystérique quelque conséquence
que ce soit. Nous avons vu que B est position de maître est un sage. Ça nous amène aux lisières entre
petite théorie et la grande. Nous définirons expressément le pervers, cette fois comme figure subjective,
comme celui qui se garde de tirer d’un dire hystérique quelque conséquence que ce soit. Examinons ceci.
Pour tirer une conséquence de l’énoncé détaché p (je rappelle que l’énoncé détaché p représente le sujet
hystérique pour le maître, il représente le sujet hystérique inconscient pour le maître dans la productivité
des conséquences), pour cela il faut déclarer, malgré tout, l’événement lui-même en tant qu’ayant eu lieu.
C’est ce qui est inscrit dans la position de témoignage dans la 1ère formule. Ie il faut entretenir un rapport
avec le surgir hystérique, non pas selon la structure (ce qui est impossible au maître) mais son existence.
Le maître va témoigner de la figure l’hystérique, c’est son inconscient, bien qu’il ne la comprenne
nullement, car elle est incsqte et pour lui il n’y a que des conséquences. Le pervers, lui, est entièrement
défini par l’horreur de l’hystérique, pour autant que l’hystérique prescrit, veut, déclare qu’il faut tirer les
conséquences de son dire. Au fond, le maître est celui qui accepte de tirer les conséquences de quelque
chose qui est incsqt. Il est donc obligé de supporter ou d’endurer la figure hystérique : il l’endure en ceci
au moins qu’il tire les conséquences de cette incsq, qui est événementielle. Il souffre beaucoup ! Il y a cet
inconscient incsqt qui le tyrannise et le contraint constamment à tirer les conséquences. Mais que les
conséquences sont toujours souterrainement, inconsciemment, dans la genèse d’une incsq ce n’est pas ce
qui fait sa joie, mais ça installe la production des conséquences. Tandis que le pervers, lui, entend
qu’aucune conséquence ne dépend d’une incsq. Il ne veut pas qu’une conséquence dépende d’une incsq.
C’est son horreur de l’hystérique (ne le prenez pas en un sens psychologique). Et il est prêt à sacrifier à
cette maxime la vérité elle-même. On peut dire qu’il est donc structuré ou défini par l’interdit de l’incsq
comme origine de la conséquence, comme point d’ancrage de la conséquence. Donc on peut dire qu’il est
aussi celui qui nie l’événement comme tel. Il n’y a pas d’événement. Il est donc organiquement infidèle
et on peut peut-être appeler le régime subjectif du pervers contre-fidélité. Alors attention : le pervers ne
croiserait rien, il ne croiserait pas une autre figure, s’il ne prétendait pas, lui, tirer la conséquence q sans
avoir à assumer l’événement p. C’est là qu’il est le pervers au même point que les deux autres.
Comprenez bien que le pervers est celui qui veut se dispenser de l’incsq hystérique comme origine de la
conséquence, il va donc prétendre que la conséquence, il peut la tirer autrement que du point de sa
conséquence. C’est bien en quoi il pervertit la conséquence, il n’est pas simplement ailleurs. Il croise les
autres où ? Il croise les autres dans l’énoncé q, dans la conséquence. Il va en particulier dire : même s’il y
avait eu non p, il y aurait eu q quand même. Il n’y a pas besoin qu’il y ait cette incsq ou cette vérité
intrinsèque dont je ne sais pas le ressort, et dont d’ailleurs j’ai horreur de savoir d’où elle sort si elle sort
de quelque chose, mais même sans ce p infâme, j’aurai eu q quand même, moi, je l’aurai sorti. Il s’ensuit
que l’inconscient du pervers est le maître, à savoir l’homme de la conséquence, mais si je puis dire
détaché de l’inconséquence. Naturellement, en réalité il n’y a de conséquence que suspendu à l’incsq,
mais le pervers truque cette disposition, en faisant passer le régime de la conséquence, ie la maîtrise,
dans l’incsqt, et en faisant comme si on pouvait faire l’économie de p, qui marque justement le maître
comme tel. Ceci s’éclairera davantage si je donne le diagramme.
On le construit au rebours : le pervers prétend bien obtenir la conséquence q, il prétend l’obtenir dans
l’économie de p, ce que nous marquerons pas non p. Mais non p est à prendre non pas au sens exact de la
négation logique, mais plutôt au sens de : je n’ai pas besoin de p pour, ou il y n’a pas nécessairement
besoin de p pour que q, je vais tirer la conséquence radicale dans une économie radicale de ce qui pour le
maître pointe le désir du sujet hystérique clivé. Ça va être la productivité perverse : j’obtiens q même
sans p. ce qui va tomber en dessous, c’est que le régime de la conséquence est non p / S barré implique q.
Et nous avons là le mathème du pervers.

SCHEMA

Nous avons par conséquencet le tableau conjoint des 3 figures subjectives :


- la figure hystérique événementielle
- la figure du maître
- la figure du pervers comme conséquence dans l’économie des conséquences, ou dans le déni de
l’événement
Ces figures subjectives, nous pouvons le décrire, ou le redécrire, ou le reparcourir de plusieurs façons.
Tirons-en quelques conséquences.
On peut remarquer que les trois nous donnent une descente du S barré. Il est d’abord à la surface, ensuite
sous une barre, ensuite sous deux barres. Si le S barré est la figure subjective événementielle (un sujet
partagé au point même de l’événement, du surgir, entre le dire et la contrainte de la vérité de ce dire,
c’est ce qui fait la barre : la contrainte de la vérité du dire est inconsciente). Le S barré est la figure
subjective dans l’immédiat. Nous avons trois modes possibles de la dépendance de la figure subjective à
l’événement qui surgit d’un dire quelconque.
Il y a d’abord ce qu’on peut appeler l’événementialité incsq de l’événement lui-même : le sujet se
constitue au point de l’événementialité de l’événement, de l’événement du surgir. Ce surgir n’est la
conséquence de rien. Au point de l’événementialité incsq de l’événement, nous avons la figure
hystérique. Elle se rattache à l’événement au point même…
Son opération c’est le détachement : du S barré se détache p. Elle est au point de l’événementialité de
l’événement, son opération est indicative, de détachement. Et la coupure passe sur le sujet, S barré. Nous
dirons que dans ce cas le sujet est clivé. Donc c’est un mode de connexion du sujet à l’événement, au
point de l’événementialité de l’événement, et qui s’y clive, qui reçoit une barre de césure, de coupure
événementielle, et permet le détachement de l’énoncé p comme énoncé assurément vrai.

Dans la figure du maître, nous avons une fidélité conséquente à l’événement. Ce n’est pas une
événementialité incsq de l’événement, c’est une fidélité conséquente à l’événement. Son opération cette
fois est une production. A partir de l’énoncé détaché, on va produire du savoir, c’est une production. Et
la coupure cette fois passe entre ce qui avait été détaché par l’opération (énoncé p) et, à vrai dire, la
provenance subjective de ce détachement. Elle prend p et elle fait choir dans l’incst, dans l’insu, la
provenance même du détachement de p, et justement la subjectivité clivée comme telle. On peut donc
dire que dans ce cas, le sujet, le S barré, est absenté. Il est dans le régime incst du sujet qui autorise la
production sans être visible ou inscrit dans cette production elle-même. Du point de vue du lieu, c’est la
fidélité conséquente à l’événement. Du point de vue de l’opération, c’est une production infinie de
conséquence. Du point de vue de la coupure, elle passe entre l’énoncé détaché, qui vient représenter ce
qui choit, à savoir ce sujet qui a, lui, reçu la barre événementielle comme telle.

Enfin, dans la figure perverse, l’événement est nié. Attention : c’est la négation de cet événement qui
singularise le pervers. C’est une négation déterminée, c’est pas une négation indéterminée. Il n’y a un
sujet pervers que relativement à un événement, en tant qu’il est le déni de cet événement même. Il va
concerner le présent. L’opération, c’est en vérité la pratique comme conséquence de l’incsq elle-même.
Toute vérité est réellement incsq, elle ne peut pas être réellement conséquente, pourquoi ? car toute
conséquence est conséquence de l’incsq. Le pervers prétend pratiquer la conséquence en déniant
l’incsqce hystérique. Ie ce qu’il pratique, c’est de l’incsq, mais il la pratique comme conséquence : on va
tirer q de non p lui-même. Alors que q ne se tire que de p. il va pratiquer l’incsqce mais comme
conséquence. C’est pourquoi, pour faire court, il est le maître mais le maître du faux, le maître du
semblant, alors que le maître réel est bien maître du vrai. On appellera ce rapport à l’événement un déni :
il va le dénier.
Et une 1ère coupure passe entre négation et affirmation de ce qui a été détaché. C’est la 1ère figure
constitutive du pervers qui est : je déclare que je n’ai pas besoin de p, ie de la vérité détachée, et que
autre chose permet de tirer q. Son problème, c’est de montrer autre chose : le pervers est celui qui
montre, autre chose que quoi ? Autre chose que le vrai. Et cette autre chose, il se fait fort de prouver que
ça a les mêmes conséquences que la chose. C’est celui pour qui l’autre chose a les même conséquence
que la chose. Nous verrons que dans toute disposition subjective, il y a une figure du pervers, et que cette
figure du pervers est toujours de dire que c’est d’autre chose qu’il s’agit pour tirer la conséquence
considérée. Le pervers se dit : ça se passerait pareil, s’il n’y avait pas eu l’événement. Comme quand
François Furet a dit que l’histoire de France aurait finalement été la même s’il n’y avait pas la
Révolution. C’est un pervers de l’histoire ! C’est un schème général. Une bonne partie du travail
académique est pervers : ça consiste à dire que si ce n’avait pas eu lieu, cette chose dite fondamentale, à
raison de ceci, de cela, de structures, de temps long, ça serait arrivé. Ce qui veut dire : pas la peine de
s’agiter, ça suit son cours. C’est le mode propre sur lequel la descente du S barré produit son effet.
Il y a une 2ème coupure : entre le fait qu’il y a p, et p ultimement est le S barré en tant qu’il le représente.
Sans p, je fais la même chose, et ce p sans lequel je fais la même chose, n’est en définitive que l’index du
S barré (et tout ça constitue l’inconscient du pervers). On dira dans ce cas que le sujet, le S barré, nous le
dirons oblitéré.
Il est ici clivé, il est ici absenté, et il est ici oblitéré (l’oblitération indiquant la double barre). Nous
considérerons qu’une seule barre, c’est l’absentement de la figure subjectivée, et une double barre, c’est
une oblitération qui fait que même si p revenait à sa place, S resterait toujours absenté. Après tout, p
entraîne q, pourvu que autre chose l’entraîne aussi. p peut revenir éventuellement à la surface, mais
comme il y a oblitération… C’est la 1ère manière, et elle va nous permettre de synthétiser autour de la
négation.

Nous avons une 1ère manière de prendre les choses : nous avons clivage, absentement, oblitération. Il n’y
a pas de sujet dans la figure de l’un pur. Il n’y a de sujet que clivé, absenté ou oblitéré, à l’intérieur de
figures subjectives qui se constituent selon le clivage, selon l’absentement ou selon l’oblitération (qui
sont respectivement les figures subjectives de l’hystérique, du maître et du pervers). On pourrait peut-être
dire : affirmation, négation, et négation de la négation. Le sujet comme tel semble hystériquement
affirmé, dans le cas de la figure du maître il est nié par absentement, et dans le pervers il est doublement
nié, double barre. Il est négation de la négation.
Mais la négation de la négation ne reconduit pas à l’affirmation : on est dans un espace logique non
classique. La négation de la négation n’équivaut pas à l’affirmation. Le pervers ne reconstitue pas
l’hystérie initiale. Barrer l’absence voilà ce que fait le pervers. Le maître constitue l’absence, le pervers
barre l’absence mais barrer l’absence, ça ne fait pas une présence. Ce n’est pas car vous raturez une
absence que vous faite une présence. J’appelle oblitération la rature de l’absence.
Ce n’est pas non plus une dialectique : le pervers n’est pas la vérité de l’hystérique. Dans le cas de Hegel,
la négation de la négation, c’est la vérité de l’affirmation. Mais là, la négation de la négation n’est pas
l’affirmation première, elle n’est pas l’immédiat ni la vérité de l’immédiat.
Ce n’est ni une logique classique (le rôle de la négation) ni une logique dialectique. C’est une logique
singulière, somme toute de type intuitionniste, soyons technique, où d’une certaine manière la double
négation est tout simplement une production singulière, qui n’équivaut ni à l’affirmation ni à la négation.
Donc il y a bien 3 figures : aucune n’est ramenée à l’autre, aucune n’est la vérité de l’autre. Elles
correspondent au surgir événementiel du sujet clivé, à son absentement dans la production de savoir, et à
son oblitération dans la figure perverse, qui prétend faire l’économie de l’événement. Si on veut trouver
un analogue, ou une métaphore, c’est un peu comme s’agissant de l’être, l’oubli de l’oubli chez
Heidegger. C’est un approfondissement de l’oubli, qui n’est pas non plus identique à l’oubli simple.
L’être se dispose destinalement, du point de vue de sa séparation d’avec la pensée, dans un oubli de
l’oubli, qui fait que ce n’est pas la figure 1ère qui est simplement et originellement oublieuse, c’est un
oubli profond de cette figure 1ère elle-même. On pourrait dire : les présocratiques sont hystériques, les
grecs (Platon et Aristote) sont des maîtres, et puis les modernes sont des pervers. Ie que auroralement,
nous avons le dire poétique et hystérique de Parménide et d’Héraclite, qui finalement atteste la
coprésence de la pensée et de l’être, ie en réalité les donne dans l’unité de leur séparation, dans leur
clivage, c’est pour ça que c’est des poètes : pas besoin de savoir ce qu’ils disent, c’est vrai. Et puis
ensuite les maîtres, les philosophes, Platon et Aristote, qui bricolent tout ça et ont oublié d’où ça venait.
Et puis à l’époque du nihilisme on a oublié cet oubli, et par conséquencet, on a méconnu, dénié,
l’événementiel originaire, l’auroral premier de l’éclosion de l’être, l’oubli de l’oubli. Et donc la
perversion de la pensée elle-même, la fin de la pensée, c’est le nihilisme. Le nihilisme moderne est la
disposition subjective qui est celle où s’installe le pervers.

3ème parcours : on peut examiner les trois schémas du point de vue de la question savoir et vérité. ça va
nous conduire assez loin. Le point de départ est, je crois, assez intéressant. Le point de départ, c’est que
les 3 figures admettent la conséquence q. Elles ne se distribuent pas selon le recul (?), la barre, la
conséquence. Nous avons pris soin de dire que l’hystérique admet la conséquence q et force le maître à
produire et ensuite elle n’en est pas contente (mais ce n’est pas qu’elle ne l’admette pas). Le maître, pour
lui, c’est ça la vérité. Le pervers se fait fort de montrer qu’on la conséquence même avec autre chose que
l’événement hystérisé. Les 3 figures forment un ensemble articulé, elles s’articulent autour de la
conséquence. Mais nous avons affaire à 3 nouages différents autour de cette admission de la
conséquence.
- pour l’hystérique, qu’est-ce que c’est que la conséquence q ? C’est une conséquence tiré par le maître.
Nous savons qu’elle est intrinsèquement décevante au regard du surgir de p. L’hystérique dit : tirez les
conséquences de mon dire vrai, et à la fois elle dit : si ce n’est que ça, faisons autre chose. Le maître peut
travailler indéfiniment. q est validée, la question n’est pas que q serait faux. Mais q est décevant au
regard du surgir de p. Parce que p est le point d’implication subjective de la figure hystérique. Seul p est
le point d’implication subjective de la figure hystérique. Q est une conséquence déléguée au maître et qui
déçoit principiellement, car l’hystérique n’arrive pas à subjectiver cette conséquence. Il la reconnaît mais
le mode propre de subjectivation est le surgir de p. On dira que pour l’hystérique, c’est la conclusion, le
savoir de q n’est pas à la hauteur de la vérité de p. Ce n'est pas qu’on ne sache pas q, au sens de savoir
que c’est vrai. mais ce savoir de q ne parviendra jamais à être à la hauteur de la. vérité inscrite dans p.
Nous noterons cela, ça c’est le schème hystérique : la vérité de p l’emporte toujours sur le savoir de q.
SCHEMA
Encore une fois ça ne veut pas dire que le savoir de q est dénié, ce n’est pas la barre de l’incst. Ça
dit simplement : dans la subjectivité hystérique, le savoir des conséquences n’arrive jamais à être à la
hauteur de la vérité du surgir. La seule chose qui soit à la hauteur de la vérité du surgir, c’est l’infinité
des conséquences. La chose qui donnerait mesure de l’intensité du surgir, c’est l’infinité des
conséquences. Comme on ne lui donne jamais l’infinité, mais seulement des morceaux, ce n’est jamais à
la hauteur de la vérité du surgir. En effet, toute vérité est infinie, ie ce ne serait que la suite infinie des
conséquences qui finirait par donner mesure de l’intensité ponctuelle du surgir hystérique.
- pour le maître, q est une production assumée, et c’est ça la vérité. La vérité, la sienne : c’est de produire
des conséquences. La vérité est dans la forme de la conséquence, pour ce qui est de p, c’est son incst,
quelque chose sont il témoigne mais n’est pas pris dans la vérité qui est de tirer les conséquences. On
peut donc dire que le maître a un savoir de p, sinon il ne pourrait pas tirer les conséquences, mais dans sa
logique propre, ce savoir n’est pas de l’ordre du vrai, car pour cette figure subjective là, le vrai c’est les
conséquences. On dira donc que pour le maître, le savoir de p n’est jamais à la hauteur de la vérité de q.
Parce que la vérité de la conséquence, qui est l’ordre propre de sa figure subjective, le savoir de p, n’état
qu’incsqt, ne peut être paradigmatique de la vérité, la conséquence. Vous avez un bon exemple de ça
dans Platon : Platon critique les mathématiques, et il les critique d’avoir des axiomes qui ne sont pas des
conséquences. Incsq des mathématiques : elles tirent des conséquences rationnelles et admirables
d’axiomes simplement posés. Ce qu’il voudrait, c’est qu’il y ait aussi une vérité conséquence d’axiomes.
Il faudrait remplacer les axiomes par des principes. C’est le travers du maître : c’est de se pervertir
quelquefois en se disant : je pourrait faire l’économie de l’hystérique, c’est l’idée d’un fondement, d’un
principe qui s’auto-déduit de lui-même. C’est la tentation. Quand Platon critique les mathématiques, il est
dans la position du maître : il admire des conséquences admirables, mais c’est bien dommage que tout ça
soit suspendue à une déclaration incsqt, qui n’est conséquence de rien et qui ne sait pas se légitimer elle-
même. On peut récapituler la position du maître en disant que pour lui, la vérité de q, c’est ce qui est
indubitable et conséquencet, par contre le savoir n’est pas à la hauteur de ça.
Ce que nous noterons : v (q) > s(v). La vérité de la conséquence, le savoir qu’on a de l’énoncé, ne sera
jamais à la hauteur de ce qui est déduit, démontré.

- pour le pervers, nous savons que q autorise rétroactivement la négation de p : on peut en venir à q sans
p, en faisant l’économie de p. Par conséquencet, le savoir de q est toujours supérieur à la vérité de p.
Laquelle malheureuse vérité de p est substituable par la vérité de non p. Je vais vous montrer que sans p,
on aura quand même la magnifique conséquence q. Par conséquencet, il est clair que le savoir que l’on a
de la conséquence q est la seule chose qui compte, puisqu’on l’obtiendra aussi bien sans la vérité de p
qu’avec la vérité de p. Par conséquencet, le pervers dit : le savoir q, seule chose à laquelle je parviens,
moi, en faisant l’économie de l’hystérisation événementielle, est supérieure à la prétendue vérité
supposée de p.

Si on examine la question du rapport vérité / savoir dans les trois figures subjectives, on dira :
pour l’hystérique : la vérité de p l’emporte sur le savoir de q
pour le maître : la vérité de la conséquence, c’est ça qui fonctionne, le savoir de l’énoncé premier ne lui
sera jamais exactement commensurable.
pour le pervers : le savoir de q l’emporte de beaucoup et pour toujours sur la supposée vérité de p.
ça nous donne la multiplicité des positions.
C’est là que va se produire le tournant. Pour la 1ère fois, nous constatons qu’il y aurait une 4ème position
possible. Il y aurait une 4ème position possible, qui serait la position selon laquelle le savoir de p
l’emporte sur la vérité de la conséquence. En vérité le problème est d’articuler s v p q dans une
combinatoire différentielle. ça nous ouvre à la question suivante : n’aurions nous pas manqué une 4ème
figure du sujet dans notre labeur ? Nous avons, je crois, déduit assez rationnellement les figures de
l’hystérique, du maître, du pervers. Mais prenons les choses du point de l’examen de la corrélation entre
vérité et savoir, nous avons des maximes cohérentes :
La vérité de l’énoncé p l’emporte sur le savoir des conséquences
La vérité des conséquences l’emporte sur le savoir de l’événement
Le savoir des conséquences l’emporte sur la vérité de l'événement.
Imaginons une position dont s’inférerait que le savoir de l’événement l’emporte sur la vérité des
conséquences, à savoir que la vérité de la pratique de la maîtrise, ie ce que la maîtrise est en état de
produire, en termes de conséquence, n’est pas à la hauteur, non pas de la vérité de p (ceci nous
ramènerait à la position hystérique : il dit que le savoir produit par le maître n’est pas à la hauteur de la
vérité événementielle). Là il serait dit, assumant la position du maître : les conséquences sont une vérité,
mais les conséquences vraies de l’événement ne sont pas à la hauteur de ce que de l’événement on peut
savoir.
Généralisons, ou déplaçons un peu la question. Ça voudrait dire ceci : si on imagine que q - les
conséquences - c’est en quelque manière le présent (puisque l’événement, il a toujours déjà eu lieu,
quand on est dans le conséquence). Dans les conséquences, l’événement a eu lieu, et il a eu lieu a ce
point qu’il n’est plus représenté que par p. Donc imaginons que la production de savoir ou l’examen des
conséquences définissent une contemporanéité, ou une situation, ce à quoi on est co-présent. Nous
sommes co-présent aux conséquence. Le surgir est une fulguration (l’hystérique est au présent, il est ce
qui est crucifié par l’événement, il est barré, clivé, il n’y a pas de coprésence véritable) ensuite
l’événement s’abolit et le maître tire les conséquences. Donc toute coprésence est une coprésence aux
conséquence. Nous traiterons de ce point essentiel. Ou si vous voulez, c’est l’événement qui constitue le
temps de la présence, et non pas le temps dans lequel il y a l’événement (il n’y a pas le temps dans lequel
il y a l’événement). L’événement constitue un certain régime du temps, et ce temps est le temps des
conséquences. C’est pour ça que le temps est le temps du maître, vieux problème. On sait très bien que le
dire hystérique, il est l’instant, il n’est pas le temps : tout temps est le temps d’un maître. Et puis il est
aussi perverti par un pervers. Il y a toujours un temps, et un temps qui est un temps perverti.
L’entrelacement du temps et du temps perverti, du temps du maître et sa perversion par la figure
subjective du pervers, est une donnée fdtale de l’historicité : l’historicité ou la situation temporelle est
entrelacement du temps du maître et du temps du pervers. Ça a l’air très abstrait mais on le voit en lisant
le journal. Lisez le journal, vous y verrez le temps du maître et sa perversion chronique. On peut donc
soutenir que les conséquences c’est ce à quoi nous sommes coprésents.
Si nous prenons ce 4ème énoncé : le savoir de l’événement l’emporte toujours sur la vérité des
conséquences, ça voudrait dire que ce à quoi nous sommes coprésents est frappé de non vérité,
d’insuffisance de vérité par un savoir concernant l’origine. C’est ça qu’incarnerait cette figure. Un savoir
concernant l’origine, s(p) (p fonctionne comme origine), un savoir concernant l’origine vient dilapider,
affaiblir, désintensifier, tout ce dont on est capable de vérité dans le temps, ie en matière de conséquence.
Ou si vous voulez, plus généralement, une capacité temporelle au vrai (qui est la capacité du maître)
serait frappée d’invalidité par un savoir de l’origine. C’est des questions très importantes mais très
compliquées. Il faut comprendre que pour l’hystérique, p n’est pas du tout un savoir de l’origine, ou
d’une origine qu’on puisse savoir. p, c’est ce qui se détache, c’est tout. C’est sa production propre : elle
sait qu’il y a des conséquences, mais pas du tout qu’on puisse la savoir, cette figure hystérique, en tant
qu’origine. Nous appellerons origine (c’est une définition) quand p est représenté dans l’espace du
savoir. Et quand la conséquence ou les conséquences en sont du coup destituées de leur vérité. Donc
nous dirons provisoirement ceci : cette 4ème figure hypothétique (elle est hypothétique car pour l’instant
nous n’en avons pas donné de diagramme). La vérité des conséquences n’est rien au regard du savoir de
l’origine. On intuitionne vaguement quelque chose de religieux, de mythique. Je dis que nous épinglons
comme hypothèse l’idée de remonter à une figure subjective, une 4ème figure subjective, qui serait telle
que s’en déduise cette position entre savoir et vérité. Y a-t-il une figure subjective telle que s’en déduirait
rationnellement cette position (la vérité des conséquences n’est pas gd chose au regard du savoir de la
vérité) ? Vous voyez bien que tout va se jouer autour de la notion de vérité des conséquences. C’est
d’elle qu’il faut reparcourir, puisque cette 4ème figure, c’est le thème même de vérité des conséquences, et
de toute vérité, puisque ce qu’elle va promouvoir, c’est le savoir (de l’origine) au détriment de toute
vérité dont nous serions contemporains, coprésent. La question est celle de la vérité des conséquences, ie
la capacité au vrai telle qu’un événement l’ouvre pour tout sujet. C’est pour ça que je disais que la vérité
dans le temps, la vérité dont nous sommes coprésente, c’est la vérité des conséquences (l’autre est
chevillée ou crucifiée dans l’événement lui-même). Le point est celui-là : on peut dire que cette 4ème
figure oblitérerait ça, ie la capacité du vrai ouverte par l’événement inaugural. Ceci va nous amener la
prochaine fois à la figure suivante : réexaminer exactement comment se présentent dans chacune des
figures le thème de la vérité des conséquences. Nous les avions mentionnées dans leur position relative,
mais comment ça fonctionne, la vérité des conséquences, pour l’hystérique le maître et le pervers ? Y a-t-
il, dans ces 3 figures, possibilité de dénier toute vérité des conséquences, ou pas ? Autrement dit, est-ce
que nos 3 figures subjectives maintiennent d’une façon ou d’une autre, la capacité au vrai ? Alors nous
verrons que oui. Même la figure perverse maintient en réalité la capacité au vrai, quoique de façon
perverse, et nous verrons surgir la 4ème figure comme la seule qui ne la maintient pas. La 4ème figure va
apparaître comme la seule figure subjective de destitution de la capacité au vrai, de la capacité vivante.
J’entends par vivante celle dont nous sommes coprésent, dans le temps, la capacité au vrai temporelle,
effective. Nous verrons que les 3 figures subjectives maintiennent, fut-ce de façon incsqt et pervertie, la
capacité vivante au vrai, aux conséquence. La 4ème est la seule qui ne le maintient pas. C’est pourquoi
nous l’appellerons, après l’avoir examinée et reconstituée, nous l’appellerons la figure du sujet mort. Et il
faudra reconnaître qu’il y a une figure du sujet mort, comme en plus du triple de la figure hystérique, du
maître et du pervers. Et qu’il y ait une figure du sujet mort, c’est que la mort n’est jamais mort d’un sujet,
mais elle est elle-même une figure subjective. C’est ce que nous verrons la prochaine fois.

19 MARS 97
Je voudrais commencer, ce sera une manière comme une autre de récapituler, par parler de la batterie de
signes que nous avons utilisés.
- S : index du sujet
Nous avons utilisé le signe S comme l’index du sujet.
- p : énoncé séparable
Nous avons utilisé p pour indiquer ce que nous avons appelé un énoncé séparable. Je rappelle qu’on
entendra ici par énoncé séparable un énoncé qui ne porte pas trace en lui-même de la position subjective
de son énonciation. C’est un énoncé vrai, un index de vérité, et le point important est que dans l’examen
de ce qu’il est, on ne rencontre pas des indices de position subjective.
- q : énoncé quelconque
Nous avons appelé q un énoncé quelconque, qui sert en général d’index aux conséquence de p, à ce qui
se tire de l’énoncé séparable.
- → : conséquence
Nous avons utilisé le signe de l’implication pour la conséquence.
- -, / : barres de coupure
Nous avons utilisé la barre (soit comme ceci -, soit comme ceci /), et nous l’appelons barre de coupure.
- ~ : négation
Nous avons utilisé le symbole ~ de la négation
- v : lieu de la vérité
Nous avons utilisé le symbole v pour indiquer le lieu de la vérité
- V(x) : vérité de x
Nous notons ainsi V(x) la vérité de x.
- Sa(y) : savoir de y
et puis j’avais noté S pour savoir ou savoir de, et on va mettre un a : Sa, savoir de, pour ne pas le
confondre avec S (l’index du sujet).
Voilà ce qui est en quelque sorte notre matériel littéral.

A partir de ce matériel littéral, nous avons déterminé des figures formelles du sujet, qui, je le rappelle,
sont toutes sous la dépendance d’un dire événementiel, qui se présente schématiquement comme ça : v →
p. Sous la dépendance qu’il y ait eu ce dire événementiel, on peut déterminer des figures du sujet qui se
déploient dans la dépendance d’une figure événementielle. Je rappelle qu’on en a déduit ou proposé 3.
J’en rappelle les configurations :

La figure qui se note ainsi (cf schéma), que nous avons appelée la figure hystérique.
La 2ème (cf schéma), qui va mettre en position inconsciente la figure hystérique, c’est la figure de la
conséquence ou la figure du maître.
Nous en avons une 3ème (cf schéma) que nous proposons d’appeler la figure perverse.
Telles étaient les 3 figures subjectives inférables de la donation événementielle qui produit l’énoncé
séparable.
Je rappelle aussi que dans toute cette affaire, p est en réalité l’index survivant, si je puis dire, du
surgissement événementiel. Il est ce qui s’en sépare, et désormais en position circulante pour des
inscriptions subjectives variées. En un certain sens, la position de p prescrit pour part la figure subjective.
Toutes ces figures subjectives sont marquées par p, et elles n’ont aucun sens sans qu’il y ait eu cette
séparation ou ce surgir de p.
Nous avons étudié les corrélations entre ces figures, dont la plus visible est que le S barré s’y enfonce. Il
est de plus en plus enseveli dans la figure inconsciente qu’il prescrit à la configuration subjective
déterminée.
Je voudrais faire une petite incise : en réalité, il est important de considérer qu’il y ait plusieurs figures
subjectives dans la dépendance d’une figure événementielle. Je le dis d’autant plus que au regard de ce
que j’ai proposé sur ce point dans EE, c’est une transformation. Dans EE et les déploiements qui s’en
sont suivis, il est fait en quelque manière fait l’hypothèse formelle d’une figure subjective unique. Il est
appelé sujet de façon quasi générique ce qui est au point d’une procédure de vérité. Donc il y a surgir
événementiel de la procédure, mais ceci induit un sujet, défini en définitive comme le point différentiel
de la procédure. Etant donnée une procédure de vérité, son point différentiel subjectif est proprement
défini formellement comme unique, et donc on peut parler du sujet de la procédure. Dans le nouveau
dispositif, il y a une transformation importante : on peut parler si on veut continuer à parler du sujet de la
procédure, au sens où c’est tout sujet qui est indexé à p. C’est ce qui subsiste : si on admet que en réalité
p est la trace subsistante de l’événement évanoui, de l’événement aboli, on considérera que ce qui est
subjectivable, ie ce qui constitue du sujet, est nécessairement dans une indexation à p. Entre parenthèses,
toute autre vision des choses ferait du sujet une mémoire (gde discussion contemporaine) : est sujet ce
qui détient l’événement lui-même, le surgir lui-même, en mémoire. Là, nous ne disons pas ça : nous
disons il y a une trace présente, circulante, effective, qui est justement la séparation de p. Donc le sujet
ne se constitue pas comme mémoire de l’événement, mais il se constitue comme ce qui est marqué par ce
que l’événement a rendu possible en effet comme séparation, et qui est là littéralisé sous la forme de p.
Cette discussion est une discussion majeure, y compris politique. Comme vous le savez, le thème de la
mémoire est aujourd’hui important, je dirais volontiers un thème idéologique important, avec l’idée que
le gardiennage d’une vérité est toujours en fin de compte de l’ordre d’une mémoire. C’est dans l’ordre
propre de la mémoire que se soutient qu’il y ait justement fidélité à une vérité, quelque chose comme ça,
d’où le travail de la mémoire, les lieux de mémoire etc… A mon sens, cette thèse revient à dire que
l’événement n’a jamais vraiment disparu. Il est détenu ou tenu dans une mémoire, dont on ne sait
d’ailleurs pas très bien ce qu’elle est. Elle est en définitive historiographique, du coup il s’agit de
convoquer les ultimes témoins, qui conservent la mémoire. Mémoire est en vérité une catégorie
historiographique et empirique, ce n’est pas autre chose. Il est à mon sens très important de considérer
qu’il y a, si je puis dire, une trace indestructible : étant de l’ordre de l’énoncé, de l’inscription, elle ne
relève nullement de la mémoire ou de l’oubli. Si on prend par exemple la question, si importante
aujourd’hui, de l’extermination des juifs d’Europe, des camps de concentration, des chambre à gaz, on
voit bien que quiconque s’installe à cet égard sur le terrain de la mémoire a déjà perdu. Sur le terrain de
la mémoire, le révisionnisme dit que somme toute toute mémoire est une mémoire historienne, où sont
les preuves, où est le protocole de construction de cette mémoire ? La radicalité de ce qui s’est passé est
abolie : vous entrez dans une espèce de chicane, une sorte de tribunal où chacun plaide pour la
construction ou la détention de la mémoire, et où en réalité, ce qui est raturé ou aboli, c’est l’ineffaçable.
Il y a de l’ineffaçable. Ce qui veut dire quoi ? S’agissant de ce dont nous parlons là, il ne s’agit jamais
que de le déclarer, et d’être sujet de cette déclaration : cela a eu lieu, énoncé indestructible de l’ordre du
cela a eu lieu, et on n’a pas à lui demander de preuves. Si vous lui demandez des preuves, alors c’est
qu’il n’est pas là comme ineffaçable mais comme un point de controverse possible. Dans toute
controverse, le sceptique l’emporte. Comment prouver en définitive absolument que ce qui a eu lieu a eu
lieu ? Ce n’est jamais possible, sinon par ceci que ça a eu lieu, et que cet avoir eu lieu est inscrit, inscrit
comme tel. Ie un détachement de sa disparition ou de son engloutissement dans le passé fait que nous lui
sommes pour toujours coprésents. Ce n’est pas une mémoire mais le tracé séparé et indestructible et
inaliénable de l’avoir eu lieu comme tel. C’est le problème que traite Mallarmé dans Jamais un coup de
dés n’abolira le hasard : la question de savoir s’il y a eu un naufrage ou pas, la question de savoir si les
dés ont été lancés ou pas va s’abîmer dans l’indécidable, mais simplement va surgir au ciel une
constellation qui est pour toujours le tracé détaché de cet avoir lieu. Il est imposant d’opposer en ce sens
ce rapport prétendument subjectif de type mémoriel à ce qui a eu lieu, à ceci que ce qui se détache et
s’inscrit de l’avoir eu lieu entre dans la constitution d’une figure subjective. Tout part en fin de compte
de là où va se déplacer ce qui ici s’appelle p, qui est ce qui est inscrit comme tel, détaché, indestructible,
de l’avoir lieu. Je pense que c’est une discussion d’une importance considérable. L’idée qu’on subjective
par la mémoire est à mon avis une idée profondément répandue et profondément erronée. En réalité, la
mémoire ne subjective pas, c’est exactement le contraire : c’est pour autant qu’on est inscrit dans une
figure subjective déterminé que la mémoire est telle ou telle, et l’accès mémoriel n’a aucune évidence du
point de vue de la construction subjective, elle est sous la dépendance de la construction subjective. Dans
notre exemple, c’est absolument comme ça : ce qui travaille chez le négationniste, c’est évidemment le
mode propre sur lequel ce qui a eu lieu est inscrit dans la figure subjective. C’est de ce point là qu’il le
nie. C’est pas par un débat mémoriel objectif et inerte. Absolument pas ! Il est lui-même est constitué
subjectivement par le tracé de cet avoir eu lieu, sur le mode de dire que ça n’a pas eu lieu. Le mode de ce
n’a pas eu lieu est lui-même travaillé subjectivement par le tracé de l’avoir lieu. Il ne faut jamais dire :
nous allons démontrer que ça a eu lieu, parce que ça c’est ce qui constitue déjà la figure subjective. Il
faut simplement dire ça a eu lieu. Et il n’y a pas à subjectiver ce point, à s’engager dans le travail des
preuves, qui par ailleurs doit être lui aussi inlassablement fait et poursuivi par les historiens. Le
renforcement de l’indestructibilité de la trace est une chose nécessaire. Il faut comprendre qu’en
définitive, on ne travaille jamais qu’au renforcement de l’indestructible et non pas à la construction d’une
preuve de la chose. Le travail des historiens qui renforce l’indestructible est utile et nécessaire, mais là
aussi, ils travaillent à partir de l’avoir eu lieu, de la subjectivité de l’avoir eu lieu. Ils le font en tant que
subjectivité inscrite dans la dépendance de cet avoir eu lieu, et pas en constituant le tribunal chicanier ou
mémoriel de cet avoir eu lieu.
Ceci pour dire que les 3 figures s’articulent dans un marquage particulier qui est l’attestation de leur
dépendance constituante à l’événement disparu dans le pointage, à des places différentes, de ce qui en
tient lieu, et qui est la vérité séparée et en un certain sens éternelle, comme toute vérité. p est dans cette
affaire le point de subjectivité du sujet, quelle qu’en soit la figure.

Ceci étant, il y a plusieurs figures. Il faut revenir à ce point. De ce que l’énoncé est unique (ce qui
signifie en dernier ressort que tout processus de subjectivation s’origine d’un événement), ne s’infère
pas, contrairement à ce que j’ai pu laisser entendre autrefois, que les figures subjectives soient uniques.
Nous en avons déjà en tout cas identifié 3, et cette identification développe un pluriel du sujet dans un
marquage littéral unique. En particulier, il est très important d’identifier que de l’intérieur même de
l’espace subjectif ouvert par un événement puissent être prescrites des subjectivité diverses. La 3ème
subjectivité est réactive au sens strict ; elle prétend à venir à la conséquence q dans le déni de p. Son
marquage propre par p est d’être dans le déni de p, par quoi elle en vient cependant à la conséquence.
J’aurais eu tendance à considérer autrefois que cette figure est asubjective, extérieur à l’espace du sujet,
mais je pense qu’il faut l’y mettre. L’importance de ce point est à mes yeux considérable, car en vérité,
elle fait partie du grand mouvement par lequel on sort d’une appréhension dialectique élémentaire, selon
laquelle ce à quoi a affaire le sujet, c’est le non sujet, immédiatement et expressément. En réalité, ce
n’est pas comme ça : le sujet a toujours affaire à d’autres subjectivités (ça ne veut pas dire qu’il n’aura
pas non plus à faire à l’objectif). Il a affaire à d’autres sujets à l’intérieur même de l’unité de la procédure
de vérité. Il se peut que telle ou telle figure subjective travaille pour part contre la procédure, ou en tout
cas à son exténuation. Ce n’est pas car une figure subjective travaille à l’intérieur d’une procédure de
vérité contre le déploiement de cette procédure qu’elle n’est pas subjective, qu’elle n’est pas inscrite
dans l’espace subjectif ouvert par l’événement.
Pour donner un exemple d’une particulière grossièreté, toute révolution ouvre un espace où s’identifie
une contre-révolution singulière, et c’est un tort de ne pas considérer la contre-révolution comme une
figure subjective interne à l’espace subjectif ouvert par la révolution elle-même. Ce n’est pas la
résistance structurelle de quelque chose d’inerte et d’extérieur à la procédure subjective. C’est quelque
chose qui est immanent en un certain sens à l’espace subjectif général. C’est donc une figure subjective
qui n’est identifiable que par p, qu’un événement révolutionnaire a permis de détacher. C’est donc une
figure singulière. Et cependant, il est clair que pour part elle travaille contre la procédure. Mais ce travail
contre la procédure est dans l’espace de la procédure elle-même, il lui est en un certain sens immanent.
C’est ça que signifie la multiplicité des procédures subjectives. Le subjectif a affaire à du subjectif autre.
Il n’a pas seulement ni même principalement affaire à de l’objectif. C’était la dialectique sous-jacente : le
subjectif avait affaire à de l’objectif, soit qu’il l’intériorise, qu’il le transforme, qu’il s’y applique,
l’espace de la représentation était celui du rapport entre objectif et subjectif. Là les choses vont se jouer
entre figures subjectives, ce qui est un déplacement considérable. Il y a pluralité inévitable des figures
subjectives dans la dépendance d’une événementialité unique. Nous en avons déjà distingué 3, et on voit
bien que dans ces 3 figures, ni la position de p (ie l’inscription de la trace ineffaçable détachée de
l’événement), ni la position de la coupure subjective, ni la position de la conséquence ne sont au même
point. Entre ces figures subjectives, toutes requises par le développement de ce qui s’ouvre, il va y avoir
d’inéluctables différences, d’inéluctables tension, et en définitive c’est par des couplages complexes que
la procédure se poursuit, parce que elle traverse ou enchevêtre la multiplicité des procédures subjectives.

Au point élémentaire où nous en sommes, ceci devient : chaque figure subjective finit par être en position
d’inconscient pour une autre. C’est pour ça que chaque figure subjective entre dans la construction de
chaque autre. Le pluriel des figures, c’est pas simplement un affrontement externe de différenciations
externes elles-mêmes objectives. La différence entre les figures subjectives est elle-même subjective. Ce
n’est pas un repérage de l’objectivité de la différence entre les figures subjectives, c’est intériorité
subjective de la différence des figures subjectives. C’est marqué là par le fait que en définitive
l’hystérique est l’inconscient du maître, et le maître est lui-même l’inconscient du pervers. Quant à la
vérité ce dont il s’agit dans tout ça, elle est l’inconscient de l’hystérique. L’enchevêtrement des figures
subjectives se lie dans la construction de ces figures elles-mêmes, et pas simplement dans leur rapport
extérieur ou extrinsèque. C’est la sphère général de la procédure de vérité qui est ici mise en position
d’être subjectivée, précisément à travers la pluralité structurale des figures subjectives.

Alors je voudrais en ce point amorcer une transition tout à fait singulière entre la petite théorie et la
grande théorie, entre la théorie restreinte et la théorie générale, à propos d’une question de nomination.
Ces 3 figures, nous les avons appelées figure de l’hystérique, figure du maître, figure du pervers. Nous
avons donné raison, minimalement, de ces dénominations. Mais en vérité, ces nominations représentent
pour part un marquage psychanalytique, nous avons joué avec marquage psychanalytique. L’enjeu du
marquage était que quelque chose pouvait consoner (non pas s’identifier à avec des réminiscences
freudiennes ou lacaniennes. Ce marquage, il est inessentiel. Car ce dont il s’agit là n’est pas de
reprojeter, de reformuler ou de déplacer par exemple la théorie lacanienne du sujet, qui n’en a aucun
besoin. Le seul thème de pensée qui fait ici connexion, c’est celui de l’inconscient. Il n’y en a pas
d’autre. Nous allons en effet poser que, et les barres l’indiquent, que tout sujet était en définitive marqué
d’inconscient. Je rappelle que inconscient est un vocable inauguralement psychanalytique dans son
développement moderne. Mais nous, qu’est-ce que nous voulons dire par inconscient ? Strictement que
sujet se dire toujours de ce qui est pour part à distance ou à l’écart de son lieu d’énonciation. C’est ça que
nous voulons dire. Il y le système qu’on peut dire de la de la loi, avec ses spécifications (impossible,
interdit etc…) qui fait que sujet n’est pas identifiable au centrement sur soi. Il y a un décentrement exigé
dont en définitive le destin est que nous voulons dire que sujet n’est jamais identique à la conscience.
Philosophiquement sujet ne pourra pas être pris comme identique à la conscience, et inconscient
nommera cette non identité. Ceci étant, je crois important de clarifier les choses. Sujet, dans le cadre de
la théorie axiomatique ici proposée, sujet va prendre une dénotation formelle, proprement philosophique,
dont il ne faut pas penser que le sujet de Lacan serait un cas. Il y aurait du sujet un formalisme général
dont la doctrine de Lacan serait un cas. Ce n’est pas ça : le sujet de Lacan ne sera ni un cas ni du reste
une exception. Ni un cas, ni une exception : c’est autre chose. C’est autre chose, même si il y a une sorte
de consonance harmonique entre les deux ou une résonance entre les 2. C’est autre chose, pourquoi ? Car
c’est dans un espace de pensée qui est autre : le sujet de Lacan est construit dans une pertinence
opératoire qui est indexée à son champ propre, champ hérité de Freud, et dont, si je puis dire, la
destination et le contrôle est clinique (en prenant clinique en un sens conceptuel, et pas empirique). Donc
autre chose : ni il n’y a d’inclusion ni il y a de falsification.
Alors ça touche à une question, ça touche à quoi ? Eh bien je dirais volontiers, nous y reviendrons plus
tard, au fond, sujet (au sens philosophique), et je maintiens la destination philosophique de la théorie, si
on essaie - comme ça - de le nouer et de le séparer en même temps de sujet au sens psychanalytique, je
dirais ceci : sujet, au sens philosophique, c’est une conception du sujet telle que la différence des sexes
n’y est pas le dernier mot. C’est pourquoi par ailleurs, s’il y a un point où on considère que sujet, en
définitive, dénote ce à propos de quoi la différence des sexes c’est le dernier mot, le sujet philosophique,
c’est une fiction. On pourrait dire ça : le sujet au sens psychanalytique, il a produit cette disruption, cette
révolution, qui consiste à tenir que en un certain sens la différence des sexes est le dernier mot de la
question. ça veut dire quoi ? ça ne veut pas dire que ça explique tout, mais ça veut dire que là on arrive
sur le roc de la chose. Le roc, ça a été dit de bien des manières : entre autre chose parce que il n’y a pas
de rapport, ou bien parce que réellement et ontologiquement c’est pas la même chose. Et que donc on ne
peut pas, dans l’espace de la psychanalyse, procéder à une investigation du sujet qui se situerait si je puis
dire véritablement en deça de cette différence. Ou encore, le sujet est absolument et radicalement sexué.
On peut montrer que toute sortes de choses concernant le sujet peuvent se dire sans convoquer
absolument la sexuation. La psychanalyse déterminera de ce point de vue là une série de ressorts qui ne
relève pas de manière transitive de la sexuation. Mais en définitive, il est de l’essence du sujet comme tel
d’être sexué, et la différence sexuelle comme telle est... En particulier, le fait que le sujet soit un sujet
parlant, un parlêtre, comme dit Lacan, est majeur, mais ne saurait identifier le sujet comme tel si on le
laisse à part de la sexuation. De là que en psychanalyse, qu’est-ce qu’un sujet ? En tout cas c’est un être
parlant et sexué, et le et est ineffaçable : il est parlant et sexué. On ne peut supprimer aucune des deux
déterminations sans abolir en même temps la catégorie de sujet qui s’y soutient. C’est pas car vous
additionnez parole et sexe que vous avez sujet, mais en définitive il est quand même sexué et parlant.
Sujet au sens philosophique, c’est ailleurs : parce que ça ne se soutient pas de façon ineffaçable de ceci
que le sujet est sexué. Et à vrai dire, si on y regarde de près, ça ne se soutient pas non plus de manière
ineffaçable que le sujet est parlant. Ça n’est soutenu que par ceux pour qui en réalité l’investigation des
questions philosophique font partie du langage. Mais c’est une option, c’est pas une définition générique
de la philosophique. Platon dans le Cratyle dit : nous autres philosophes ne partons pas des mots mais
des choses. Ultimement, je soutiendrais volontiers qu’aucune des deux déterminations fondamentales du
sujet psychanalytique n’est requise pour une théorie axiomatique du sujet, ni que le sujet soit
essentiellement ou intrinsèquement parlant ni que le sujet soit essentiellement ou intrinsèquement sexué.
Est-ce qu’il est un muet asexué ? qu’est-ce que c’est qu’un muet asexué ? C’est un ange ! Parce que les
anges sont asexués, c’est là qu’on a discuté de la question de la jouissance : on ne voit pas qu’on puisse à
des êtres incorporels assigner la sexuation comme dimension de la reproduction. Et puis muets, ils le
sont, car ils ont une intuition de naissance qui n’a pas besoin de la matérialité langagière. Si on
s’engageait dans la voie selon laquelle le sujet au sens philosophique est un muet asexué, en définitive, la
philosophe n’a jamais fait que la théorie des anges. C’est à peu près ce que disent tous les anti-philo : la
philosophie n’a fait que parler des anges, lesquels n’existent pas. Et on n’a pas parlé des humains dans
cette affaire. Les anti-philosophes ont dit : quelque chose du réel de l’homme (en un sens derechef
asexué), quelque chose du réel de l’humain, a été manqué, parce que précisément, ultimement on n’a pas
trouvé le roc, vrai, de ce qui constitue cette humanité possible. La psychanalyse a une thèse dessus : les
conditions minimale en deça desquelles on ne peut pas tomber si on veut parler de être humain comme
tel, c’est qu’il parle et est sexué. Encore une fois, ça ne détermine pas son concept du sujet mais ça
l’oriente de façon véritablement majeure. Au regard de ça, la philosophie peut apparaître comme n’étant
qu’une angélologie. Il y a de magnifiques angélologies : les angélologies de St Thomas ou Duns Scot,
admirables. On déduit l’existence de classes d’anges, avec une hiérarchie d’anges, c’est magnifique. Je
n’ai rien contre l’angélologie, mais je ne veux pas faire que la théorie des anges. En fait, on aboutit à
cette idée que, à certains égards l’homme dans la philosophique est une fiction angélique. Angélisme,
n’est-ce pas, c’est une grande déclaration récente de Chirac à l’égard de tous ceux qui avaient une
position à peu près correcte sur la question des sans papiers. Il a dit : Angélisme ! Il en appelait lui à un
homme de terre. Celui qui n’est pas angélique, c’est la star du FN du coin, l’homme de terrain.
Mais angélisme, pourquoi pas. Ce que je veux dire, c’est ceci : si on en vient à cette idée que l’humain en
philosophie est une fiction angélique, c’est pas simplement de la négation. C’est parce qu’on dit : s’il
n’est pas parlant et sexué, alors il faut qu’il soit non parlant et non sexué. Ce n’est pas ce que le
philosophe veut dire. Quand je dis que pour le philosophe la sexuation et la parole ne sont pas les
derniers mots des choses, je veux dire qu’on ne va pas non plus être dans l’idée que l’humain est non
sexué et non parlant [chgt K7]… qui soit telle que en effet il se trouve que la sexuation, ou la disposition
des langages, ne sera pas constituante de façon obligée de l’appréhension humaine. Ça revient à quelle
hypothèse ? ça revient à une hypothèse fondamentale dont la philosophie n’a jamais pu faire l’économie,
et qui est : en définitive, il n’y a qu’une pensée. Or le sujet de la philosophie est le sujet de la pensée. Ie
le sujet de la vérité. Quel que soit l’investissement ou les noms qu’on accorde (ça peut être un autre que
nom que pensée, un autre nom que vérité), la philosophie se soutient de l’énoncé que pour autant qu’il y
a de la pensée, que quelque chose se laisse penser, il n’y a pas de division originaire de cette pensée
comme telle. Autrement dit, s’il y a de la vérité, elle est pour tous. Elle ne peut pas, comme telle, ni son
sujet, être sexuée. Et de ce sujet par conséquencet il sera nécessairement soutenu qu’à supposer même
qu’il rencontre la sexuation, il n’en restera pas moins, en définitive, que pour ce qui relève de sa
détermination en pensée, cette rencontre n’est pas une division majeure, n’est pas une division
fondatrice. Par conséquencet, la philosophie travaille selon une ligne d’universalité stricte, et c’est
uniquement parce qu’elle travaille selon cette ligne d’universalité stricte que sa catégorie de sujet est en
effet absolument différente de la catégorie des psychanalystes. Vous voyez bien que ça ne signifie pas
qu’elles sont contradictoires. Dire qu’elle est contradictoire, c’est construire l’unité de plan. Mais quelle
serait l’unité de plan ? L’absorption de la psychanalyse par la philosophie ? Il n’y a pas d’unité de plan,
nous pouvons observer de temps en temps des consonances, faire des emprunts de lexique, métaphoriser
cela dans l’autre champ, mais on ne peut construire une unité de plan. Comme il n’y a pas cette unité de
plan, il n’y a pas de contradiction. Il est vrai que s’agissant du sujet de la psychanalyse il est sexué et il
est un parlêtre. Il est non moins vrai que la philosophie ne dira rien de tel. Mais ceci ne va instituer
aucune espèce de contradiction particulière, sauf à tenir que l’un des plans a pour condition de son
développement la négation de l’autre. Ça a été soutenu. Il est évident que la doctrine sartrienne de la
conscience exigeait en un sens la destruction de la catégorie psychanalytique d’inconscient. C’est comme
ça. De façon interne à la construction de son plan propre, aurait dit Deleuze, Sartre rencontrait ou croisait
ce qu’il imaginaire être la doctrine psychanalytique de l’incst comme quelque chose qui devait être réduit
absolument. Inversement, nombre de psychanalystes considèrent que dans la construction de leur unité de
plan, il faut en un certain sens éliminer toute doctrine du sujet qui ne revient pas à la sexuation et au
parlêtre, ne serait-ce que pour éviter une structure d’ange. Mais c’est une option, ce n’est qu’une option
d’anti-philosophie radicale. Ma propre voie là-dessus est de considérer que les décrochements de plan
sont dans un espace en tension tel qu’il n’est pas vrai que la catégorie de sujet philosophique n’exige
d’aucune façon la destruction de la catégorie psychanalytique. Bien au contraire, j’ai soutenu qu’elle
devait être contemporaine, qu’elle devait soutenir l’épreuve de la contemporanéité. Ie que la catégorie
philosophique de sujet devait pouvoir s’assurer être contemporaine de la catégorie freudienne ou
lacanienne de sujet. Ce qui ne veut pas dire reprendre leur problématique : il y a aussi une épreuve, une
tension qui définit précisément cette contemporanéité.
Pour toutes ces raisons, je voudrais épurer les nominations antérieures, et considérer que la coquetterie
psychanalytique n’était que transitoire, ou disons propédeutique. Nous allons renommer les 3 figures qui
sont ainsi disposées.
La figure inaugurale, nous l’appellerons la figure subjective de la subjectivation. Nous l’appellerons la
figue de la subjectivation, tout simplement. C’est bien ce qu’elle est. Pourquoi nous l’avons appelée
hystérique ? Parce que la connotation de l’hystérie fait comprendre quasiment de façon clinique ce qu’est
une subjectivation. Nous revenons à quelque chose de plus générique, et nous l’appellerons
subjectivation.
La figure du maître nous l’appellerons la figure de la fidélité. Nous l’appelons comme ça pour des
raisons aussi évidentes que l’autre : en réalité, travaillée par la mise en inconscient de la subjectivation,
la figure du maître travaille aux conséquence. La subjectivation est précisément relayée en position
inconsciente, et elle travaille dans la figure de production des conséquences. Donc c’est une figure qui
est fidèle à la subjectivation, on l’appellera la figure de la fidélité en tant que figure des conséquences.
La 3ème figure, dont nous savons qu’elle n’a pas d’autre enjeu que de placer p de telle sorte qu’il y a c’est
non p, nous l’appellerons la figure subjective de la réaction, ou figure réactive.
Petit exercice, je ne le ferai pas, vous pouvez le faire pour votre propre compte : redisposez dans ces 3
schèmes les types nietzschéens. Faites-le chez vous ! Vous n’aurez pas de mal à identifier la figure du
ressentiment, reste les deux autres. Trouvez Ariane, trouvez Dionysos, trouvez le prêtre.

Je rappelle, maintenant que nous avons renommé ces figures, que :


- dans la figure de la subjectivation, l’opération est le détachement. La coupure se fait sur le sujet (c’est
pourquoi on dira qu’il s’agit bien là d’un sujet clivé). Opération de détachement, coupure sur le sujet, ou
sujet clivé. Il faut la concevoir en réalité comme un surgir dont le seul reste est p : p, comme aurait
Thucydide, acquisition pour toujours.
- pour la 2nde figure, je rappelle que l’opération est une production, une production de conséquence, à
partir de la circulation de... Que la coupure est très exactement entre le détaché et si je puis dire le
détachement. Elle est entre ce qui est détaché et ce qui autorise le détachement. Ce qui fait qu’elle met la
figure de subjectivation en position inconsciente. Et nous dirons que dans ce cas que le sujet est absenté.
C’est une figure qui travaille sur p, sur l’index de l’événement, mais qui absente de ce travail ce qui le
rend possible, la raison pour laquelle p s’est détaché (et met le sujet en position inconsciente).
Pour le rendre moins abstrait, ça désigne la position d’une pratique qui se soutient d’une subjectivation
première, sans être en vérité de cette subjectivation. Ce qu’on appelle souvent dans les processus la 2ème
génération, les successeurs : ils sont fidèles, ils tirent les conséquences mais la subjectivation est
proprement inconsciente. Elle est dans l’inconscient. Ça ne veut pas dire qu’elle n’y est pas, mais elle n’y
est que comme figure imprésentée de leur travail, ce qui à la fois les rend possible, comme successeurs,
mais n’est pas ce qui les constitue eux comme figure subjective. C’est comme si vous voulez, exemple
métaphorique, des militants qui continuent à se réclamer d’une révolution qui a eu lieu il y a longtemps
(ce dont le siècle a beaucoup fait l’expérience). C’est pas le longtemps qui compte, c’est le moment où
on ne peut pas dire que rien n’est là, des énoncés détachés on en tire des conséquences, mais la
subjectivation dont s’est arrachée l’énoncé, elle elle n’est plus là que dans ce qui les identifie
inconsciemment. Ou on peut dire ceux qui sont dans une figure amoureuse telle que la puissance
inaugurale de la rencontre, elle est réellement absentée. Ça ne veut pas dire qu’il n’y a rien, il y a un
amour mais un amour qui n’est pas tel qu’il se soutient de cette puissance subjectivante dont tous les
énoncés qui le constitue ont été tirés par voie de conséquence, mais ce n’est pas présenté ni présentable.
La législation des conséquences est le lieu d’être de la chose.
Quant à la 3ème figure, nous le savons, son opération est un déni, l’événement est nié (nous avons :
détachement, production, déni). L’opération est un déni, déni qui s’accomplit de façon singulière : elle
n’accomplit le déni que pour autant qu’elle prétend en venir aux mêmes conséquences. Je vais montrer
que sous l’hypothèse que ça n’a pas eu lieu, j’en viens aux mêmes conséquences. Quant à la coupure, elle
est double : elle sépare le déni de l’énoncé constituant, et l’énoncé constituant du S barré, de sorte qu’on
dira que le S barré est oblitéré.
Le sujet, les opérations, c’est : détachement, production, déni.
Le sujet est clivé, absenté, oblitéré.
C’est ça qui passe dans la triplicité des figures. On peut dire que toute fidélité a pour inconsciente une
subjectivation, et que toute réaction a pour inconscient une fidélité. Ce qui permet des descriptions
empiriques. Si vous vous emparez : quel est l’inconscient d’une fidélité, c’est une subjectivation, et quel
est l’inconscient d’une réaction, c’est une fidélité. Ça a une grande puissance phénoménologique, nous la
ressaisirons le moment venu.
Une fois ceci fait et renommé, nous avions entrepris de situer la question de la vérité et du savoir, au
regard de notre configuration. Où se situent vérité et savoir au regard des formules formelles du sujet ?
Il y a un point que pour l’instant nous n’avons pas remarqué, c’est que la véritable intersection des 3
figures, c’est en réalité q, la conséquence. Bien qu’elle soit en apparence absente ici, mais en réalité nous
savons qu’elle est présente par l’exigence de la subjectivation, qu’on en tire les conséquences. Ce qui fait
surgir p est aussi et en même temps dans le présent même de toute chose la nécessité de ses
conséquences. De même que l’hystérique dit toujours au maître : tire les conséquences, de même la
subjectivation elle-même s’articule à une subjectivité quant au point des conséquences. C’est un point
important parce que ça veut dire que l’accord sur les conséquences d’un événement n’est pas ce qui
identifie une figure du sujet. La figure de la réaction elle-même prétend en venir aux mêmes
conséquences. La fidélité produit des conséquences, et la subjectivation exige qu’on les produise. Donc
l’accord sur q comme lieu de production, l’accord sur les conséquences d’un événement, c’est jamais ce
qui identifie une figure. Nos 3 figures sont bien d’accord sur les conséquences. Mais qu’est-ce que c’est
que les conséquences ? Les conséquences, c’est le présent. Le présent d’une vérité c’est toujours une
conséquence, car l’énoncé initial il a toujours déjà eu lieu. Il est une trace de ce qui est aboli, il est
éternel et ne fixe pas comme tel le présent. Ce qui fixe le présent subjectif, le présent d’une vérité, c’est
toujours une conséquence. Par conséquencet, nous dirons : être d’accord sur le présent n’est jamais ce
qui identifie une figure subjective. Qu’est-ce que c’est qu’être d’accord sur le présent ? C’est le
consensus. La maxime de : en tout cas nous sommes d’accord sur ce qu’il y a, c’est le consensus. La
doctrine politique du consensus, ça consiste à dire que l’accord sur les conséquences identifie une figure
subjective unique. C’est ça. Il est d’autant plus important de remarquer que l’accord sur une conséquence
justement n’identifie pas une figure subjective. Vous pouvez être d’accord sur les conséquences, ce n’est
pas identifiant de la figure subjective. Le protocole de la conséquence n’est absolument pas le même. Or
ce qui identifie une figure subjective, c’est le protocole de la conséquence et non pas la conséquence elle-
même. Si vous dites que la conséquence est l’index du présent, on peut dire (voyez à quel point
finalement c’est important d’identifier la pluralité des figures subjectives, tout ça se joue dans la triplicité
des formules). On pourrait appeler consensuelle la doctrine qui pose que de l’accord sur une conséquence
s’ensuit l’identité des figures subjectives. Aujourd’hui, c’est la doctrine de la politique unique, par
exemple. Quel est l’argumentaire de la politique unique ? L’argumentaire de la politique unique, c’est le
constat de ce qu’il y a : c’est l’argumentaire selon lequel de ce que vous constatez les conséquences,
s’ensuit qu’il n’y a qu’un sujet. C’est comme ça qu’on est roulés dans la farine. Parce que on nous met
devant le nez une conséquence indiscutable. Vous êtes d’accord : comment dire non ? Et alors vous
partagez aussi la figure subjective unique, vous ne pouvez pas faire autrement. Il est fondamental de
décoller l’accord sur la conséquence du protocole de la conséquence. Ie de la figure subjective. Ce qui
fait que en réalité q, pour la figure subjective réactive, et q, pour la figure fidèle, ne sont la même chose
que si on les désubjective, ie que si on les extirpe de la diversité fondamentale des figures subjectives.
Donc on ne peut pas remonter de là à là. C’est le truc, le truc qui nous régit actuellement. On ne remonte
pas de la conséquence à son protocole, ce n’est pas vrai. Remonter de la conséquence à son protocole,
c’est très exactement désubjectiver le sujet. Et la désubjectivation, c’est en réalité la thèse d’un sujet
unique. C’est la doctrine consensuelle, dans son mécanisme intime, qui est toujours de remonter de
l’accord apparent sur la conséquence à la structure subjective qui vise, produit ou implique cette
conséquence, alors que cette remontée n’a aucun sens du point de vue de l’intériorité à la figure
subjective. On peut dire que polémiquement, la thèse de la pluralité des figures subjectives, fut-ce au
regard des conséquences, est le véritable ressort d’une pensée non consensuelle. C’est pourquoi au fur et
à mesure que grandissaient les thèses consensuelles de la politique unique, je me suis rendu compte que
j’étais exposé, vulnérable à cette propagande, il a fallu que je me mette au travail, pour rendre compte de
la pluralisation des figures subjectives, pour être désormais rationnellement armé contre le consensus,
fut-ce cette figure de non consensuel qui est d’être en point d’exception à la globalité, au sens où
l’ébrèchement du tout est le tout lui-même. Là, c’est autre chose, parce que la pluralisation, encore
squelettique, des figures subjectives, autorise véritablement non seulement de déconsensualiser l’espace
général de la vérité, mais de montrer où ça se passe. C’est bien vrai que la pluralité est compatible avec
une apparente identité de la conséquence. C’est le point qui m’avait moi-même en partie aveuglé : une
fois donné l’énoncé p, on peut avoir l’impression que le processus de vérité est en fin de compte le
système de ce qui s’induit de p d’une manière ou d’une autre, de telle sorte que quiconque sera sujet de la
conséquence sera sujet de la vérité de façon univoque. En réalité, non : on peut être sujet de la
conséquence en état disposé dans l’espace subjectif selon des figures tout à fait différentes. Il est
important de réintégrer la figure réactive à l’intérieur de l’espace subjectif et non pas à l’extérieur. Voilà
pour ce considérable commentaire !

Nous avions donc au-delà de tout ça entrepris de disposer vérité et savoir dans la pluralité des figures
subjectives. Je vais changer un petit peu la notation, pour ne pas la faire confondre avec la notation par
les figures.
- subjectivation : V(p) > Sa (q) : seule l’infinité des conséquences pourrait éventuellement être à la
hauteur de la vérité de la subjectivation.
Nous avions dit : finalement, ce qui se passe dans la figure de subjectivation, c’est que le savoir qu’elle
prend des conséquences, cette figure, n’est jamais à la hauteur de l’intensité de la subjectivation. En
réalité, seule l’infinité des conséquences peuvent éventuellement être à la hauteur de la vérité de la
subjectivation, mais comme cette vérité est en cours, la position de la vérité peut surgir comme toujours
en excès sur le savoir laborieux des conséquences.
- fidélité : V (q) > Sa (p)
Dans la figure de la fidélité, c’est un peu symétrique : ce qui fait vérité de la figure de fidélité ce sont les
conséquences, et la vérité des conséquences paraît l’emporter sur ce que l’on peut savoir de leur origine,
qui d’ailleurs est tombée ou a chu dans la dimension inconsciente.
- réaction : Sa (q) > Sa (p) (car pour la subjectivité réactive, V(p) = V(~p))
En puis dans le cas de la figure réactive, ce qui compte, c’est le savoir, je peux en venir à une
conséquence q de façon déterminée. Ce qui compte c’est le savoir de la conséquence, et ce savoir est
toujours supérieur à la vérité de l’énoncé d’origine, ne serait-ce que parce que pour la figure réactive on a
ceci V(p) = V(~p).
Donc nous avions dit ceci, qui synthétise en quelque sorte la disposition du savoir et de la vérité dans les
3 figures.
Nous avions noté qu’il restait une figure possible, selon laquelle le savoir du point de l’origine serait
absolument supérieur à toute vérité des conséquences.
4ème figure : Sa (p) > V(q)
Nous en étions au commentaire de cette figure qui surgissait là, à vrai dire, dans une déduction littérale.
C’est l’avantage de la détermination : à un moment, vous trouvez un truc qui surgit comme un cas. Est-ce
qu’il a un sens, est-ce qu’il a pas de sens ? Si on la regarde, cette figure, on voit que c’est une figure, qui
(c’est le point essentiel), qui destitue toute vérité du présent. Son effet propre, c’est la destitution de toute
vérité du présent. On supposera qu’il y a un savoir de l’origine (Sa(p) fonctionne comme ça), qui est tel
qu’aucune vérité du présent ne puisse jamais être à sa hauteur. Ou si vous voulez, la capacité de vérité du
présent est entièrement dévaluée. Elle est dévaluée par la fixation de l’énoncé initial dans la forme du
savoir. Le fait que je sache ce qu’il y a eu à l’origine rend vaine une conséquence présente de ce savoir.
Le jeu de la vérité est annulé. quelque chose se fige dans le savoir du vrai, ou encore si vous voulez
l’événement, parce qu’il est su, absorbe toute capacité au vrai, dans le présent vivant. C’est comme si,
dans ce cas là, le savoir tuait le sujet. Puisque quelque chose du sujet est quand même donné dans la
coprésence au présent. J’avais dit que en un sens, ce qui caractérise l’intersection des 3 autres figures,
c’est la conséquence, la validation de la conséquence. Là au contraire la conséquence est dévaluée, non
pas au nom du surgir vrai initial, mais au nom d’un savoir de ce surgir. Alors, c’est pas la figure réactive,
la figure du réactionnaire. Parce que la figure réactive met la subjectivation plus loin, dans la médiation
d’un déni de l’événement. Tandis qu’on peut dire que la figure dont nous testons l’hypothèse ici, n’est
pas dans le déni de l’événement, elle est dans l’hypothèse de son savoir. Dire que p est dans l’hypothèse
de son savoir veut dire : il n’y a pas lieu que l’événement soit subjectivé. Ça ne relève pas d’un surgir
subjectivé, ça relève du savoir. A quoi est renvoyé l’énoncé p ? qu’est-ce que c’est p, décollé d’une
figure de subjectivation, fut-ce dans la forme du déni ? p est renvoyé à une figure d’autorité. p vaut non
pas parce qu’il fut événementiellement détaché, ce qui est le statut que les autres figures conservent, fut-
ce dans le déni, mais p fut nécessairement de toujours vrai. Simplement, ce qu’il y a, c’est que je le sais.
Par conséquencet p, nécessairement, a été transmis. Il a été non pas subjectivé mais transmis. Transmis à
un savoir qui n’en est que l’accueil. Ce qui m’intéresse, c’est de voir si on peut à partir de là reconstruire
un mathème de cette figure. Suivons cette piste. Où y a-t-il division du sujet dans ce cas ? Ou y a-t-il, s’il
y a, division du sujet ? Ou rechercher le S barré, dès lors qu’on est dans une figure où l’énoncé p se
soutient d’avoir été de toujours vrai et transmis dans la figure d’un savoir ? Le sujet se divise en savoir et
ignorance : ou bien il le sait ou bien il le sait pas. C’est l’enjeu de la transmission. La barre de coupure
passe sur le sujet, dans le partage entre celui qui sait et celui qui ne sait pas. Et la contrainte de p, la
transmission, opère la dessus : savoir ou ne pas savoir. On peut donc dire que p est ce à partir de quoi le
sujet est barré en tant que sujet d’ignorance ou sujet de savoir. Ce n’est pas complet encore, mais il y a
ça : c’est le retournement de la figure de subjectivation. La figure de subjectivation, elle, détache p de la
subjectivation elle-même. Là, au contraire, pour autant qu’il y a une division du sujet, elle est prescrite
par p selon des modes (?) possibles de p, puisque p est l’objet d’un savoir, à savoir on le sait ou on ne le
sait pas. C’est le savant ou l’ignorant, l’éclairé et l’inéclairé, celui qui a la révélation et celui qui ne l’a
pas, le croyant et le mécréant.
Seulement, ça n’est possible, ça, qu’autant qu’une garantie s’attache à p. p je peux le savoir, mais encore
faut-il qu’il soit vrai. Si ce n’est pas le lieu de subjectivation, quelle est la garantie de cet énoncé ? d’où
se garantit-il ? Il faut bien que la vérité entre dans le circuit (là elle n’entre pas), il faut que la vérité
surgisse, non pas comme lieu d’énonciation événementielle de p, mais comme garantie de toujours, ou
garantie si je puis dire intemporelle de p, et une telle garantie ne peut être que celle, puisque nous
sommes toujours dans le savoir, d’un sujet délesté de toute ignorance. Pour autant que p est ce qui
soutient la fonction d’un sujet possible selon l’ignorance et le savoir, la garantie de p lui-même doit se
trouver en amont, dans un sujet supposé savoir intégralement. Nous appellerons ça un sujet plein, ie un
sujet non clivé. Et de ce sujet plein, p est une conséquence, cependant que tout sujet est une conséquence
de p.

Nous avons un sujet plein, dont se soutient p comme pur et simple enjeu d’un savoir
dont se soutient le clivage savoir ignorance
le S barré.
Cela constitue le mathème de cette figure. Avons-nous tout dit ? pas tout à fait ! Qu'est-ce qui tombe dans
l’inconscient d’un tel sujet ? Nous l’avons dit, c’est la conséquence : la conséquence ce qui n’aura pas à
être assumé, en tant qu’elle est l’inconscient du sujet. Si nous voulons figurer complètement cette figure,
nous mettons q en dessous de la barre.

Et nous dirons que le sujet qui se suppose du savoir d’origine, garantie elle-même par un sujet plein, et
qu’un tel sujet a pour inconscient la conséquence…

Manque la fin en K7, reconstituée à partir des notes de Yvon Thoraval :

Il est mortification du présent, q est la conséquence, le présent . cf Discours de l’Histoire Universelle de


Bossuet : c’est exactement ce mathème. Quel que soit l’événement vivant du présent, déchiffrement
d’une providence divine dont nous sommes les marionnettes. Si l’histoire se laisse déchiffrer comme
providence, c’est que le sujet se distingue comme cette structure où le présent se trouver mortifié. Quand
le savoir sur l’origine l’emporte sur toutes les conséquences. Toute religion, en effet, soumet la déchirure
du sujet à un savoir original sous la garantie d’un sujet plein, par quoi elle est nécessairement
mortification du présent du présent, ce qui veut dire : cela a déjà eu lieu. C’est différent du réactionnaire,
car il est plus grave de dire cela a déjà eu lieu, car contraint à la mortification. A la mortification, nous ne
sommes coprésents (…). Non pas déni, mais momification de l’événement : dans cette figure le présent
fait défaut, p absorbe le temps. Il en résulte que dans telle figure subjective, le présent est
constitutivement le point de l’obscur. Pour les 3 autres, le clair c’est le présent, c’est la falsification
consensuelle. C’est la figure qui exige le sacrifice du présent. Nous l’appellerons le sujet obscur, de
temps en temps le sujet obscurantiste. Nous verrons par la suite que sujet obscur recouvre bien plus que
la religion. Savoir mortifié de l’origine, c’est une figure subjective coprésente à tout espace de vérité.
C’est le bord extérieur. Le bord, car il ne partage pas le présent, ie la conséquence. C’est la figure de la
mort comme figure subjective. Pour St Paul lui-même, la mort est une figure subjective. Elle sera
néanmoins immanente. Toute procédure de vérité induit aussi sa figure de mort. On a toujours affaire à
un quadrangle. C’est l’obscur. Les questions d’éthique, ce sont toujours des règlements de compte entre
figures subjectives. Dans mon éthique, j’ai fait comme si sujet était contre non sujet. Il faut régler la
figure réactive et la figure de la mort comme immanentes aux figures subjectives.

26 NOVEMBRE 97
Nous en étions à examiner la thèse selon laquelle l’événement ouvre un espace subjectif, ie ouvre en
vérité un lieu, un topos, inédit dans la situation, un sujet étant ensuite une sorte d’inscription dans cet
espace. Il y a une antécédence événementielle de l’espace subjectif sur la singularité du sujet. On peut
récapituler cela simplement par un schéma.
SCHEMA
On peut dire que au départ est donnée S comme situation. L’être sera donné en figure situationnelle. Et il
va y avoir à partir de là une double ligne de développement : l’une que j’appelle ontologique, l’autre que
j’appelle logique. C’est dans la prise ou pince de ce double développement que va se caractériser
l’événement.
Du côté de la logique, on aura la structure implicative de l’événement. L’événement est un système dont
se détache un énoncé fondamental, baptisé epsilon.
Du côté ontologique, on a d’un côté l’enracinement dans le site événementiel, et d’autre part le caractère
infondé, d’auto-appartenance, de l’événement à lui-même.
Structure implicative, d’un côté double caractéristique du côté du site du côté et du côté de la non-
fondation de l’autre, c’est ça qui détermine l’événement dans sa forme inaugural. Ce que nous disons,
c’est que l’événement lui-même ouvre à quelque chose qu’on appellera l’espace subjectif. Espace
subjectif qui, d’une certaine façon, est dans la situation, n’a pas de transcendance particulière, et si on
veut une image, est quelque chose qui dans la situation se déplierait ou s’ouvrirait, un espace de
desserrement de la compacité intrinsèque de la situation, quelle qu’elle soit par ailleurs, et c’est dans ce
desserrement, au regard de cette figure d’ouverture que les figures du sujets apparaissent comme des
inscriptions ou des peuplements.
Voilà, c’était pour récapituler de manière très générale et restreinte ce que nous avions pour l’essentiel
rappelé la dernière fois.

En réalité - là c’est un peu une incise historique mais elle est aussi un appui - ce que nous avons là, c’est
l’idée du rapport (qui est encore problèmetique), du rapport entre ouverture d’un espace et inscription
subjective. C’est ça le nœud du problème, au point où nous en sommes. quelque chose s’ouvre, se
desserre, disons un autre lieu, une autre configuration locale est événementiellement ouverte (de ce point
de vue là, on peut dire que tout événement est une fracture de la situation, ça y ouvre, ça y déchire
quelque chose, un peu comme un tissu serait coupé, incisé, et dont les composantes se disposeraient
autrement), et là (le là de l’apparence subjective), le lieu est comme la condition d’apparaître du sujet
comme tel. Il n’y a de sujet apparaissant ou donné dans son apparaître qu’au regard de cette ouverture,
cette déchirure, qui est toujours de l’ordre de ce qui arrive (et pas de l’ordre de ce qu’il y a).
Or je crois qu’il y a sur ce point une ou plusieurs intuitions platoniciennes : sur la corrélation entre la
question du lieu et la question du sujet. Sujet est anachronique s’agissant de Platon, mais de quelque
chose qui sous d’autres noms (être là, construction de l’individu, donc sous d’autre nom, qui tiennent lieu
de sujet). Ce que nous sommes en train de dire, avant d’en venir à un exemple de ces intuitions
platoniciennes, ce que l’événement ouvre n’est jamais que la possibilité d’un sujet, et non pas sa
nécessité. Ça aussi, c’est en partie un déplacement par rapport aux thèses soutenues dans EE : tout se
passait quand même comme si, de ce qu’il y avait événement s’inférait quasi nécessairement le
surgissement d’un sujet. Ce qui s’ouvre, c’est la possibilité et non la nécessité, encore bien moins sa
figue. C’est son espace. Cet espace serait-il peuplé, comment, selon quelle torsion, quelle séquence,
quelle dilatation ? c’est encore suspendu. Nous passons à la thèse que l’événement (rencontre amoureuse,
insurrection peu importe) ouvre la possibilité d’une figure subjective inédite, et non pas directement cette
figure elle-même. Je pense que le rapport entre un lieu, un espace ouvert, et la constitution ou la
surrection subjective est au cœur d’un texte de Platon, le mythe d’Er le Pamphylien, à la fin de la
République. Je voudrais ponctuer cela.

Je fais une remarque préliminaire. Je serais prêt à soutenir que les mythes de Platon, nous ne savons pas
encore très bien ce que c’est. Il n’est pas vrai que ce soit quelque chose dont la signification ou la
stratégie soit amplement élucidé. Il demeure quelque chose d’opaque et d’imprécis concernant la
fonction stratégique du mythe, y compris dans le nom : est-ce que c’est des mythes ? Quelles sont les
opérations en jeu dans cette affaire ? Et pourquoi ce type d’opérations prend cette forme ? Je rappelle 2-3
choses sur le mythe d’Er.
Er est un soldat mort à une bataille, mort à la fois si je puis dire honorable et ordinaire pour un citoyen
grec quelconque. Et puis il se trouve qu’il ressuscite, quelques jours après, et raconte ce qu’il a vu quand
il était mort. Pendant le laps de temps de sa mort ! Evidemment, un mythe de ce genre est quelque chose
qui temporalise la mort. Pour le rattacher à des choses que nous disons ici, Er est celui pour qui la mort a
été un présent. Il y a eu un présent de la mort. Ce qu’il n’y a en général pas. Et il vient raconter ce qu’est
le présent de la mort. Il est chargé du présent de la mort, de transmettre le présent de la mort.
Ce mythe comporte en réalité 3 strates, 3 composantes (comme toujours dans les mythes de Platon : il
fait tenir ensemble des choses qui sinon ne tiendraient pas ensemble. C’est composite, du point de vue du
concept et de l’argumentation, qu’on fait tenir ensemble par une ressource artistique). Il comporte une
strate morale, il comporte une strate cosmologique, et il comporte une strate que j’appellerai existentielle
ou subjective. 3 composantes.
- la strate morale c’est une classique scène de jugement dernier, à vrai dire la 1ère grande scène de
jugement dernier, ie une distribution des châtiments et des récompenses aux morts selon la qualité de leur
vie. Ça se passe sur 1000 ans. C’est pas le châtiment éternel, au moins, ça a déjà cet avantage ! On en
prend pour 1000 ans. Quelques années d’injustice, 1000 ans de châtiment. Quelques années de justice,
1000 ans de récompense. Je voudrais dire la fortune extraordinaire qu’a eue cette mise en scène du
jugement des morts. C’est devenu un topos littéraire et artistique incroyable. Il est intéressant d’en saisir
une des premières formes dans un texte philosophique. C’est pas le jugement dernier chrétien, c’est autre
chose, et en plus ça a quelque chose de fini. C’est pour ça que c’est une mise en scène : c’est pris dans la
finitude de la scène. Après, on aura tout ce qu’on veut : on aura Virgile et la descente aux enfers, Dante,
les tableaux de la Renaissance sur le jugement dernier... Pour Platon ça a quel statut, ça ? Au fond on
peut dire philosophiquement, c’est pas intéressant, de montrer que les morts sont châtiés ou récompensés.
En réalité, on peut dire que c’est l’ultime parade imaginaire de Platon à une question qui le tourmente
beaucoup, c’est celle du bonheur du criminel. C’est une objection qu’on lui fait tout le temps : vous dites
que le tyran est mauvais, en attendant, il jouit, il est heureux. Platon montre qu’il n’est pas vraiment
heureux si on y regarde de près, le juste est plus heureux que lui etc… Mais il faut croire qu’il n’est pas
complètement satisfait : il faut que ça continue après la mort, c’est l’argument imaginaire ultime. Il est
peut-être heureux, mais il va en prendre pour 1000 ans. Dans le mythe d’Er, au centre, vous avez le
châtiment du tyran. Il va avoir 1000 ans de tourment abominable. C’est vraiment la partie proprement
morale du mythe, dans une espèce de justice distributive qui distribue récompenses et châtiments à
proportion de la qualité morale de l’existence.
Pourquoi c’est devenu un si puissant motif artistique, cette question du jugement ? C’est une vraie
question. J’ai plusieurs hypothèses. Platon s’y attarde : les âmes montent, descendent, les justes iront
avec un écriteau sur la poitrine indiquant combien ils ont été formidables, les méchants avec un écriteau
mais dans le dos etc… C’est un motif artistique car c’est la formule absolue du contraste : ça donne une
matrice formelle qui porte tout à son contraste absolu. Ceux qui montent et ceux qui descendent, ceux qui
sont dans les flamme et ceux qui sont dans la lumière, le haut le bas, la droite la gauche : ce jugement
terminal, c’est la conviction de tous les contrastes. Ça a assuré la fortune artistique. Sa fortune artistique
est plus intéressant que sa destination morale (cette morale du salaire est assez courte). Mais elle est là, et
Platon est content de pouvoir dire ça : vous n’êtes pas convaincus que le tyran est malheureux, mais il ne
perd rien pour attendre !
- la 2ème strate est cosmologique : c’est la présentation d’un mécanisme de l’univers, assez grand quand
même, une mécanique qui est une sorte de modèle astronomique donnant essentiellement le mouvement
des planètes. C’est une espèce de machine cosmologique qui est présente dans le même lieu : là où on
châtie, on montre aussi comment est l’univers. On peut se demander pourquoi. Pourquoi en puissant les
méchants montre-t-on une machine de l’univers ? D’ailleurs personne n’a vraiment compris comment ça
marche, ça tourne comme ça… C’est une machine. Et alors je crois que la clé, c’est quand Platon dit que
cette machine, expression forte et belle « elle tourne sur les genoux de la nécessité ». La machine
cosmologique est un peu l’enfant de la nécessité, sur ses genoux : une nativité particulière ! La nécessité
perce le mouvement cosmologique des astres. Dans un lien, ce qu’il veut dire c’est que au fond il y a la
même nécessité proportionnelle à ce que les méchants soient punis et les bons récompensés qu’il y a de
nécessité dans l’ordre cosmologique lui-même. De toute évidence c’est ça. La machine du cosmos est
faite selon la nécessité, elle est construite selon des proportions singulières, de même il y aura un
châtiment ou une récompense nécessairement proportionné à ce qu’aura été la vie des hommes. Je dirais
donc que sur ces deux strates, morale et cosmologique, nous avons au cœur le rapport entre proportion et
nécessité. Il y a une nécessité proportionnelle, géométrique si vous voulez, qui au fond règle à la fois la
sphère de la moralité et la sphère de la nature, des astres. Tout ça est réglé, pris dans une règle, qui eut
être la règle de distribution des châtiments et des récompense ou la règle du circuit des astres, c’est une
seule et même chose : tout cela est sur les genoux de la nécessité.
- il y a une 3ème strate, qui est le choix, absolu, que les âmes, les morts, une fois passés les 1000 ans de
leur rétribution, vont devoir faire une nouvelle vie. C’est en métempsychose, plus ou moins. Ceux qui ont
vécus, ils sont été punis ou récompensés, et puis ils sont convoqués à choisir une nouvelle existence. Ie le
choix absolu du sujet qu’on aura à être dans une nouvelle vie. C’est ce point qui nous intéresse
particulièrement. Qu’est-ce que c’est que cette histoire du choix d’une nouvelle existence ? Comment le
sujet qu’on aura à être peut-il se donner dans la figure d’un choix radical ? Il y a des lots, en pagaille, il y
a beaucoup de vie à choisir. On pioche dans le lot ce qu’on veut, il y a toutes les espèces de vie possible
et imaginables : vie misérable de citoyen dans un coin, ou la vie d’un grand tyran, et il faut choisir. Les
caractères du choix sont intéressants.
1° il est vrai que tout se passe dans un lieu, et ce lieu, le lieu du choix, Platon en donne une description, il
lui accorde (en tant que lieu) une importance considérable. Ce n’est pas dans le lieu ordinaire, ce n’est
pas sur la scène que l’on habitera plus tard. C’est un lieu que Platon nomme topos daimonios, traduisons
un lieu étonnant, et la question du daimon étant omniprésente dans cette affaire (j’y reviendrai), c’est lieu
étonnant, singulier, atypique frappant, et ce que nous dit Platon, c’est que fondamentalement, ce lieu est
identique à sa lumière. Ce qu’on y voit, dit-il, est au milieu de la lumière. C’est pas la classique histoire
du lieu des Idées, c’est autre chose. C’est le lieu du choix. C’est donc existentiel, c’est pas la question de
la connaissance ou de la contemplation, c’est d’un autre ordre. C’est pas le topos noetos, le lieu
intelligible. C’est un lieu où va se décider, de façon radicale, le sujet qu’on a à devenir. Et alors, il est
identique à sa lumière, il est au milieu de la lumière. Ce n’est pas forcer les choses de dire qu’au sens
strict, ce lieu est une éclaircie. On choisit toujours son existence dans une éclaircie. Et au fond on peut
dire que l’espace subjectif est une éclaircie de la situation. J’ai dit desserrement, ouverture etc… mais
éclaircie. Si on dit une éclaircie de l’être, on va basculer dans Heidegger complètement, mais il n’a pas
tort : c’est une éclaircie, au sens propre de ce qui ouvre dans un espace serré ou compact quelque chose.
Je suis très frappé de voir que le lieu du choix, pour Platon, est aussi en quelque manière ou éclaircie, au
double sens de quelque chose ouvert et de surprenant, et au sens où le lieu n’est pas distinguable de la
lumière, où lieu et lumière c’est la même chose. C’est pas un espace, c’est vraiment un lieu où entre
l’éclaircissement, l’éclairage, et le lieu lui-même, il n’y a pas réellement motif à séparer ou à distinguer.
Là dans ce lieu, 2ème caractéristique, il faut choisir ce que Platon va appeler le génie d’une nouvelle vie.
Le génie d’une nouvelle vie. Socrate a beaucoup parlé de son génie, de son démon, de son daimon.
Daimon est difficile à traduire, démon est pas très bon (même si c’est étymologique), génie est peut-être
anachronique. Il s’agit de choisir principe d’une nouvelle vie, le cœur, le noyau, le noyau de sens d’une
nouvelle vie, ce qui la constitue. On ne choisit pas ses péripéties, son devenir, son détail, mais on choisit
ce qui intimement la gouverne. On choisit vraiment, on peut le dire, anachroniquement, le sujet de cette
vie, c’est ça dont il est question. Alors à partir de là, Platon va dire des choses très compliquées. Platon
c’est très compliqué, on n’en vient jamais à bout, chaque ligne pose des problème. Il va d’abord dire que
quand on aura choisi cette vie, ce qu’on va être, on y sera lié de façon nécessaire. La nécessité revient, la
nécessité dont je vous disais qu’elle présidait au cosmologique et au moral. La nécessité revient en un
point, qui est que le choix fait, quelque chose de nécessaire s’introduit. Donc on voit bien que ce que
Platon veut dire, c’est que le sujet qu’on a à être ne sera pas non plus révocable à merci. quelque chose
du sujet qu’on est est quand même une auto-prescription, une nécessité immanente. Et pas une nécessité
extérieure, une nécessité de péripétie. Mais le choix fait, quelque chose du sujet comme tel a statut de
nécessité, et entre autre chose, on ne pourra pas être autre que ce sujet qu’on est, car toute altérité sera
altérité de ce sujet. Quoiqu’il arrive à ce sujet, c’est à lui que ça arrivera. Là on aura à ce sujet un lien qui
finalement est un lien de nécessité. On reviendra sur ce point : il est vrai que lorsqu’on est dans une
figure subjective, elle n’est pas révocable à merci, il y a quelque chose d’impératif en elle. Mais le choix
lui-même, le choix de la figure subjective, est radicalement libre. C’est peut-être même un des rares
textes grecs où on soit renvoyé à une liberté absolument inconditionnée. Ce n’est pas un thème de la
philosophie antique, cette idée de choix pur, non conditionné. C’est admirable. Le choix,
intrinsèquement, ne renvoie à aucune figure de nécessité. Quand vous choisissez ce que vous allez être,
vous n’êtes pas sur les genoux de la nécessité. Platon le dit en deux formules serrées et frappantes, je
dirais presque violentes.
La 1ère : « ce n’est pas un génie qui vous tirera au sort, c’est vous qui choisirez votre génie ». Nous
revoilà avec notre daimon sur les bras. C’est vous qui choisirez votre génie. République, 617 e. Nous ne
l’avons pas encore rappelé ici, mais pour ceux qui étaient là l’année dernière, ça signifie que Platon
récuse l’hypothèse du sujet obscur, ie du génie qui choisirait pour vous le sujet que vous êtes. Il n’y a
aucun génie dont dépende votre propre génie. Ce qui se dira : il n’y a pas de génie du génie, il n’y a pas
de daimon de daimon, ou encore : il n’y a pas de sujet du sujet. Le sujet n’est pas tel que d’un autre sujet
dépende le sujet qu’il est. Ce n’est pas un génie qui va choisir, c’est vous qui allez choisir votre génie. Et
si on entend dans daimon le principe subjectif lui-même, et bien le principe subjectif lui-même à un
moment donné ne relève de rien d’autre que lui-même. C’est la 1ère formule.
Et la 2ème, difficile à traduire. En grec : aitia genoumenou theos anantios. On peut traduire aussi près que
possible : causalité du choix, le Dieu est hors cause. Theos anaitios : Dieu n’y est pour rien… aitia
genomenou : ça veut dire la cause réside dans qui choisit, la cause est exclusivement dans qui choisit, et
le Dieu lui est non cause, hors cause, il n’y est pour rien. ça veut dire quoi, cette injonction qui est
expliquée à ceux qui vont choisir ? On leur dit : attention, il n’y a pas de sujet du sujet, vous êtes dans
une prescription qui ne renvoie à rien, et pour autant qu’il y a une cause, Dieu lui n’y est pour rien. Nous
sommes dans la récusation du sujet obscur de façon radicale. En un point, le Dieu cesse d’être cause.
Alors qu’on nous a expliqué que tout le reste était sur les genoux de la nécessité. Anankè est à sa manière
une déesse : tout le reste relève de la nécessité, qu’il s’agisse de la cosmologie ou de la morale.
Finalement, dans le lieu qu’ouvre la mort, lieu encore une fois identique à sa propre lumière, on voit bien
que le monde et la rétribution morale sont du côté de la nécessité. Le monde, c’est ce qu’il y a. Et la
rétribution morale c’est ce qu’il y a eu, puisque c’est le jugement des vies passées. C’est ça que le mythe
dit : ce qu’il y a et ce qu’il y a eu relèvent de la nécessité. Ce qu’il y a, en tant que cosmos, ce qu’il y a
eu, en tant que vie passée, ça relève de la nécessité quant à sa valeur et à sa destination. Par contre, ce qui
vient, ce qu’il y a à venir, comme sujet, est pure et simple suspension de l’ordre. Et cette suspension de
l’ordre est scellée de ce que le Dieu lui-même est hors cause. Il y a une distribution très frappant et tout à
fait liée à la question que j’appelle question de l’ouverture de l’espace subjectif. Il est toujours vrai que
ce qu’il y a ou ce qu’il y a eu est nécessaire. On peut toujours dire ça, on peut toujours dire que la
machine du monde est nécessaire. Reste que ce qui a avenir comme sujet est suspension de la nécessité,
exception de la nécessité. Finalement, un sujet, au moment où il se constitue (ce que Platon cherche à
saisir, là, c’est la surrection subjective : non pas le sujet tel qu’il est, mais son surgir, dans quelle
condition surgit le sujet), le sujet, dans le lieu où il est convoqué à surgir, là où un sujet est convoqué à
surgir, il y a exception du nécessaire aux lois morales ou cosmologique, même si Dieu est le nom de ce
nécessaire.
3ème formule très frappante : le texte nous dit à ce moment là, c’est : « o pas kindunos anthropo ». 618 d.
Littéralement, c’est : le total danger pour l’homme, l’absolu danger. Là il y a l’absolu danger. On traduit
souvent le moment critique. On peut lui donner ce sens, mais kindunos, c’est quand même le danger, le
péril. Là, il y a le total péril. Et ce péril, c’est le moment où il est saisi par le sujet qu’il va être. Et il est
saisi par le sujet qui va être est indiscernable du fait qu’il le saisit, puisque c’est un choix. Vous ne
pouvez pas avoir l’absence de péril : c’est un choix, auquel nous serons attachés, et on est saisi par cette
nécessité subjective en même temps qu’on la fait surgir, c’est ça le total péril. Cette formule est
étonnante, parce que Platon explique bien ce qui paraît contraire à ce qu’il dit dans d’autres textes, à
savoir le total péril pour l’homme, ie le choix du sujet qu’il aura à être, est sans norme, sans garantie, que
Dieu s’est retiré. C’est étonnant que au moment où le sujet surgit, le Dieu se retire. Il n’y a de sujet que
dans l’absence du Dieu. Platon soutient cette thèse, malgré tout. Il n’y a de surgir du sujet que dans
l’absence du Dieu. C’est très fort, et très singulier, qu’il n’y ait surrection du sujet que dans l’absence de
Dieu.

ça veut dire qu’on comprend à partir de là l’équilibre des 3 strates du mythe d’Er : au fond,
- il y a nécessité divine quand il s’agit de l’ordre du monde ou de l’ordre du jugement. Mais au fond ça
donne la figure traditionnelle de Dieu : Dieu c’est le monde, et le jugement. C’est anankè. La nécessité,
c’est le monde et le jugement.
- mais un sujet, le surgir d’un sujet, ce n’est ni le monde ni le jugement. Pour que ça ne soit ni le monde,
ni le jugement, il faut de manière essentielle un retrait du Dieu.
On voit bien qu’il y a une anticipation, peut-être aveugle - c’est un mythe - mais les formules sont là. Il y
a une anticipation extraordinaire de l’idée que pour qu’il y ait l’humanité, quelque chose comme ça, il
faut que le divin se retire. Ce n’est que dans le retrait du divin qu’il y a quoi ? eh bien qu’il y a l’espace
du sujet. Ça ne veut pas dire que le divin n’existe pas ou n’est pas important, il est même toute
l’importance, puisqu’il est à la fois l’ordre du monde et l’ordre du jugement. Mais pour qu’il y ait des
sujets, il faut que le divin se retire, un moment (une seconde peut-être) [chgt K7].
Question
Réponse : on peut le dire comme ça, mais dans le texte de Platon, le Dieu ne lui laisse sa chance qu’en
étant inattentif à la norme du choix. Ie n’intervenant d’aucune manière comme cause. Au fond, la
bénévolence du Dieu telle que vous l’invoquez…
Question :
Réponse : ça oui, peut-être ! Peut-être que le Dieu a été inattentif pour qu’il y ait des gens à juger, ce
serait sa jouissance ! C’est la thèse du Dieu méchant, après tout. C’est la thèse du Dieu dont la jouissance
est de punir, finalement. Il est vrai que s’il était attentif, tout le monde choisirait bien (sinon quelle serait
cette attention ?). Platon n’est pas dans l’idée que le Dieu est méchant, il est conduit à cela par un tout
autre problème : le problème du sujet pour Platon n’est pas exactement un problème moral. C’est parce
qu’il suit cette piste à un moment donné : le moment où il cherche à saisir le sujet comme surrection et
non pas comme ce qui est exposé au jugement. Car après tout, une bonne partie de Platon consiste à
chercher qu’est-ce que veut dire que le sujet est exposé au jugement. Mais dans le texte, il y a un moment
où il faut en venir à : qu’est-ce qui fait la nouveauté d’un sujet, pourquoi il surgit comme tel, qu’est-ce
que c’est que ce surgir ? Selon cette piste, antérieure à la question du jugement, on voit qu’il faut
admettre cette espèce de suspension absolue de la nécessité. Bien sûr, après, à la fin du mythe, chacun
choisit ou va choisir ce qu’il a été, ce dont il se souvient, il y a ceux qui ont oublié, ceux qui ont moins
oublié, ceux qui ayant été glorieux veulent être obscur, mais là on retombe dans une psychologie
empirique, une cuisine du sujet. Ce qui est essentiel, c’est cette corrélation entre la convocation au lieu
du choix, très fortement mise en scène par Platon (lieu qui est lui-même une ouverture), et le caractère
non prescrit de ce choix, non normé, suspendu. Et là Platon cherche à être au plus près de ce que c’est
qu’un surgir. Un surgir, c’est autre chose qu’une création. Il y a des textes créationnistes chez Platon : le
démiurge fabrique le cosmos etc... Mais là ce n’est pas une création. On peut bien dire que c’est une
autocréation. Il n’y a pas d’autre manière d’appréhender ce qu’est le surgir d’un sujet autrement que
comme choix pur, autocréation sans norme, et peuplement du lieu, convoquer au lieu du choix un surgir,
une multiplicité disparate de sujets voilà, ceci c’était pour dire qu’il y a incontestablement chez Platon
une intuition, même si elle n’est pas déployée, du lien singulier au lieu du choix, surgir du sujet et
suspension de la nécessité, y compris sous la forme de Dieu.

Question :
Réponse : d’un point de vue matériel, le choix se limite petit à petit. Il y aurait encore une dizaine
d’aspects à examiner, chacun venant limiter les autres. Il y a beaucoup de vies mais ce n’est pas infini.
Par exemple, c’est un problème que nous aurons à nous poser nous-mêmes, il vaut mieux choisir dans les
premiers ! C’est sûr. Il vaut mieux, en apparence, parce que Platon c’est un malin, le plus malin des
philosophes, c’est aussi le plus rusé et le plus indéchiffrable. Il vaut mieux en apparence choisir le 1er car
vous avez tout, apparemment. Mais vous risquez de vous précipiter sur des saloperies. Tout ce qui brille
n’est pas d’or. Vous allez avoir une vie magnifique de tyran puissant, dominant etc… et vous allez sauter
dessus. Il n’est pas sûr que ça soit bien. Si on est le dernier on va avoir des vie minables, mais elles sont
peut-être mieux. C’est compliqué. De fait, si on examine ce point en lui-même, et nous aurons à
l’examiner : quand l’espace subjectif s’ouvre événementiellement, la question du temps subjectif est une
vraie question. C’est une vraie question. Ie puisque l’ouverture d’un espace subjectif est l’ouverture
d’une possibilité, mais quel est en quelque manière le régime d’urgence de cette possibilité ? Ça varie
selon les types d’espaces, c’est une question très compliquée. Est-ce que suivre l’urgence post-
événementielle est ce qui vous stabilise le mieux comme figure subjective dans l’espace ? Pas sûr. Ce
que Platon montre aussi, comme ça, c’est qu’il y a un problème de la prématuration subjective.
Politiquement, c’est connu sous le nom de la question du gauchisme. Le gauchisme est celui qui est dans
la prématuration subjective au regard de l’événement. Il est trop sous son feu. Il y est collé, il est collé à
la subjectivation. Et collé à la subjectivation, il n’arrive pas à maîtriser le présent des conséquences. La
question politique a son équivalent dans toutes les procédures de vérité. c’est la question de l’extrémisme
avant-gardiste dans l’art. ça existe aussi. Il y a un gauchisme artistique : il y a des AG qui jouent un rôle
intéressant, mais au bout du compte, dans la séquence c’est pas les plus grands artistes. Pourquoi ? parce
que le rapport au présent est une question qui détermine la manière dont on va être lié au sujet qu’on
devient dans l’espace subjectif. Même ces questions platoniciennes très étranges (comme il y a un nb fini
de lots il vaut mieux choisir au début, mais on va mal choisir peut-être, et si on choisit à la fin on choisira
peut-être mieux), toutes ces complications font partie de l’advenue d’une figure subjective.

Ceci nous permet de revenir à ce qui est notre 2ème partie de ce rappel : les protocoles et figures de
l’inscription subjective proprement dite. Pour l’instant, nous avons parlé de son espace. Alors je rappelle,
nous l’avons dit la dernière fois, que sous-jacente à toute inscription subjective, nous allons trouver la
question des conséquences de l’énoncé qui se détache comme énoncé surnuméraire de la structure
implicative ou logique de l’événement. On pourrait dire simplement que tout événement met en
circulation un énoncé (un énoncé, ça peut être une chose, une figure, un ensemble, des œuvres, des tas de
chose), ça met en circulation quelque chose qui n’était pas et antérieurement. L’événement décide de
l’indécidable, quelque chose était là pris dans un suspens indécidable, et ça se détache comme ayant été
décidé dans la situation post-événementielle. L’exemple canonique le plus simple c’est l’énoncé je
t’aime. Il est là, la rencontre amoureuse détache ça. Et après, il faut en tirer indéfiniment les
conséquences, sauf à être réactif (mais c’est aussi une figure subjective). C’est l’énoncé matriciel, le plus
simple (au plan logique, pas dans l’existence !). Ça peut être aussi le corps des énoncés politiques, ça
peut être un groupe d’œuvres qui signifie à un moment donné une bascule dans le domaine l’art, ça peut
être un groupe d’énoncés qui inaugure une nouvelle science, comme les énoncés galiléens sur le principe
d’inertie. Epsilon c’est ça. C’est une chose composite, mais dont le statut est détaché, délivré, décidé par
rupture événementielle que désormais c’est mis en circulation. Nous avons dit, je le rappelle, que une
conséquence de cela, c’est ce qui fixait le présent. Au cœur de l’espace subjectif, il y a un présent.
Désormais, quelque chose comme un nouveau présent est là. Présent peut être pris dans les deux sens :
présent au sens de donation, il y a une ouverture, et présent au sens du temps. C’est vraiment la donation
d’un présent comme tel. ça veut dire quoi que c’est le présent comme tel ? J’insiste car les conséquences
sont considérables. C’est un présent absolument pas au sens de l’instant, ou même au sens de ce qui se
distingue organiquement d’un présent et d’un futur. C’est pas présent au sens heideggérien des extases
temporelles. C’est ce qui fixe une contemporanéité. C’est ça. Si vous voulez un exemple frappant, c’est
la manière dont Chateaubriand dans les Mémoires d’Outre-Tombe envisage la révolution française.
Chateaubriand dit deux choses qui ne sont contradictoire que si on n’a pas ça à l’esprit. Il dit que c’est
affreux, il est monarchiste, légitimiste, émigré. Il est contre. Il ne salue pas l’événement comme une
espèce de positivité. Tout au contraire, son espace politique pourrait être dit absolument réactif par
rapport à la révolution qu’il a combattue tout du long, et il a été un ardent partisan de la restauration.
C’est ça qu’il a été. D’un autre côté il dit : la Révolution Française fixe le présente. Ce qui s’est passé là
est irréversible ça a tout modifié pour toujours, et être de son temps, pour lui (qui est un légitimiste
réactionnaire, restaurateur etc…), c’est être de l’époque des énoncés de la révolution française. C’est
pour faire comprendre ce que veut dire présent. Chateaubriand a parfaitement conscience que le présent,
le présent historique, politique etc…, c’est les conséquences de la révolution française : c’est ça le
présent. Il n’y en a pas d’autres. Si vous voulez restaurer la monarchie, vous devez le faire au présent, ie
dans les conditions où en fin de compte le présent est fixé par les conséquences la Révolution Française
et par rien d’autre. Il faudra donc que vous soyez (et c’est à mon avis toute la mélancolie complexe des
Mémoires d’Outre-Tombe) un légitimiste de l’époque de la Révolution Française. C’est compliqué et
aléatoire ! Parce que au fond, son acuité et son intelligence politique exceptionnelles étaient d’avoir
compris ce qu’est le présent historique : c’est pas ce qui est en train de se passer, c’est pas l’instant, ce
que racontent les journaux. Le présent, c’est : quels sont les énoncés surnuméraires qui circulent dont
vous devez être contemporain, dont vous devez tirer les conséquences ? La question du présent, c’est : de
quoi, en matière de vérité, sommes-nous contemporains (et pas du temps qui passe) ? C’est pour ça qu’il
n’y a rien qui soit plus en dehors du présent que la presse quotidienne. C’est intéressant de le lire sous cet
angle. Ce qui me frappe (ça veut pas dire qu’elle a pas des mérites de renseignement ou information),
mais fondamentalement pourquoi c’est pas un présent ? car c’est dans le quotidien, et ça ne cherche pas
qu’est-ce qui constitue le présent. Mais peut-être que ça n’a pas à le chercher, c’est pas un grief. C’est
exemplairement ce qui se dispense de la question du présent. Chateaubriand a d’autant plus de mérite
qu’il n’est pas un partisan si je puis dire du présent, il constate que c’est ça le présent - et c’est pour ça
aussi qu’il était parfaitement incompris dans son camp. Le problème, c’est que nous ne sommes pas assez
de ce présent, et nous n’avons de chance que si nous sommes de ce présent (même si nous sommes des
restaurateurs, des monarchistes). Présent, c’est donc le cœur même de l’espace subjectif, en ce sens là. Le
présent, c’est l’ouverture elle-même, et son épinglage à epsilon, et par conséquencet à la question des
conséquences. Donc le seul rapport subjectif fondamental qu’on puisse avoir au présent, c’est (au sens
strict) d’être conséquencet avec lui. Ce qui constitue à proprement parler un sujet, c’est le mode sur
lequel il traite la question d’être conséquencet avec le présent. Et alors, dernière remarque sur le présent :
vous voyez que en fin de compte, ce qui figure le présent (s’il s’agit de le figurer), ce n’est pas un point,
quelque chose qui fait mouvement vers passé d’un côté et la projection vers l’avenir de l’autre, mais c’est
la conséquence. Le symbole du présent c’est ça, une flèche. Le présent est une flèche, une implication,
une conséquence. Ce qui nous permet de dire philosophiquement : qu’est-ce qu’un présent ? Un présent,
c’est une orientation dans la pensée. Orientation, prenez cette fois la flèche comme la flèche d’une rose
des vents, ou d’un coq de clocher. Prenez le dans la pensée : le présent, c’est une orientation dans la
pensée. C’est pour ça que c’est subjectif, au sens où ce n’est que du point d’un sujet qu’il y a présent
comme orientation dans la pensée. Orientation dans la pensée, ie orientation selon les conséquences.
Donc le présent est évidemment intrinsèquement actif. Le présent n’est pas un coincement immobile du
temps. Le présent est relatif, ou - autre formule proposée - le présent est infini, il est infini comme le sont
les conséquences de l’énoncé événementiel. On peut dire : le présent est une orientation infinie de la
pensée comme noyau, comme fibre essentielle de l’espace subjectif. Et alors, une figure subjective, c’est
au fond un certain traitement du présent : ce qui est là c’est le présent, la possibilité de créer une
orientation dans la pensée. Et un sujet, c’est une figure du rapport au présent, ou encore c’est une
articulation de la conséquence (c’est la même chose). De là que le sujet visé, puisqu’il va être toujours à
la fois traitement de la conséquence, donc rapport au présent, mais qu’il va l’être de l’intérieur de la
situation, donc comme pris dans la situation. Et alors ça nous amène aussi à une autre manière de voir le
présent : sujet va être dans l’espace subjectif, ouverture dans la situation. On est dans la situation : il n’y
a rien de transcendant dans cette affaire. Le sujet va être barré ou clivé : il est simplement pour part un
élément de la situation, et pour part il est en orientation au regard du présent. La situation en elle-même
c’est le passé, pas au sens de passé du présent mais, comme disait Platon, ce qui a eu lieu est dans la
nécessité. La situation on peut dire temporairement que c’est toujours le passé, et la barre sur le sujet est
la barre entre passé et présent : il advient comme sujet en tant qu’il est contemporain au présent, mais il y
advient du point où il est de la situation, donc du passé. C’est ce qui constitue sa division irréductible. Et
finalement, on voit que le sujet ça va être le rapport du présent à l’orientation de la pensée, mais comme
tache, et pas comme être. C’est une autre manière de voir le présent : le présent n’est actif qu pour autant
qu’il est activé. Il existe en tant qu’activation, on peut dire que le sujet est une activation du présent, à
tirer les conséquences, ou ne pas les tirer, lutter contre elles ou au contraire les engendrer. C’est dans
l’activation du présent qu’il y a sujet. On peut dire : un sujet c’est l’acte du présent. C’est l’acte divisé du
présent. Et donc ce qui nous importe là, ce sont les opérations de cette activation, dans un 1er temps :
comment identifier les opérations élémentaires de l’activation du présent ?
Nous en avions, je le rappelle, distingué 3. Nous construisons les figures subjectives :
- d’abord l’implication elle-même : 1ère opération : l’implication, l’orientation, la conséquence. Ie la
situation, ou l’articulation de ce qui s’est détaché de l’événement. La situation ou l’articulation du
présent comme conséquence. C’est immédiatement aussi la dimension temporelle du sujet, puisque c’est
la question de son articulation au présent (mais aussi au passé, il peut être divisé). On peut dire qu’il y a
une 1ère opération, l’implication, qui détermine largement le sujet comme dimension temporelle.
Fibration du temps, rapport au présent. C’est la 1ère opération.
- la 2ème opération, c’est la barre : le sujet est divisé, barré, selon l’expression lacanienne. Il va y avoir
une disposition des éléments constitutifs du sujet toujours au regard d’une barre : passé / présent,
dominant / dominé, refoulant / refoulé, conscient / inconscient, ça a beaucoup de noms tout ça.
Signifiant / signifié, et beaucoup d’autres. Ce sont les déclinaisons de la barre, tous ces couples. Ce
qu’on pourrait appeler la dimension substitutive ou métaphorique : quelque chose vient là, quelque chose
est distribué en dessous. C’est la 2ème grande opération.
- la 3ème grande opération, c’est la négation. La question de la barre c’est la question de l’inconscient. La
question de l’implication c’est le temps. On peut résumer l’enjeu de la barre en disant qu’un sujet n’est
jamais homogène à sa conscience. quelque chose est soustrait à sa conscience, quelque chose de ce qui le
constitue. La barre, c’est aussi la question de l’inconscient. La question de la négation, c’est au fond
l’opérateur par lequel on peut éventuellement estimer le présent. Le rapport au présent est-il conscient ou
inconscient, décliné ou direct, assumé ou forclos ? ça va déterminer les types de l’inscription subjective.
Mais pour le penser il faut un opérateur de négation. Au cœur de la question de la négation, on sait qu’il
va y avoir la reconnaissance de l’événement lui-même : est-il ou on secrètement nié dans la constitution
subjective ? c’est une opération assez compliquée, puisque l’événement ne peut être nié dans la
constitution subjective que sur fond de sa reconnaissance. On peut dire, ultimement, que, de ce point de
vue, la question de la négation, c’est en définir le support de la question éthique du sujet. Si on nie ou pas
l’événement, c’est une question éthique décisive, constituante, structurale. Est-on dans une figure de la
conséquence événementielle, d’évitement du présent ?
On dira :
- implication : question du temps
- barre : question de l’inconscient
- négation : question de l’éthique.
Ceci dans la constitution même des figures. Tout sujet a cette triple dimension temporelle, inconsciente
et éthique. La question de savoir comment les 3 s’articule donne un espace de la pensée du sujet. La
question du temps, la question de l’inconscient, et la question de l’éthique subjective.
Pour donner un exemple :
La question de la temporalité est la question centrale de la CRP, puisque le temps est la dimension du
sens intime.
La question de la négation est la question de la CRPr, parce que obéir la loi morale veut essentiellement
dire nier l’impulsion pathologique, être en souveraineté au regard du pathologique. Souveraineté sur
nous-même.
La question de l’incst, c’est la question de l’art, du beau et du sublime, de la finalité, il y a quelque chose
insaisissable.
Je pense que si on cherche n’importe quelle doctrine du sujet, ça se coupe en 3, toujours. Il y a toujours 3
déterminations parce que il y a 3 opérations :
- il y a l’opération qui fixe le présent subjectif
- l’opération qui montre que le sujet n’est jamais à la mesure de lui-même
- et opération qui détermine le champ des valeurs et qui est la négation.

A partir de là, nous avions fixé 4 figures. Au stade où nous en sommes, il y a 4 figures du sujet selon la
question des conséquences (la question du présent), et les opérations. Je les rappelle en liste :

1° la figure qui s’estime avérée du strict point de l’énoncé événementiel lui-même, qui estime être
homogène à l’énoncé comme conséquence, ie homogène à l’événement (puisque ce qui se détache de
l’événement, c’est l’énoncé). C’est la figure subjective d’identification à l’événement lui-même, dont le
mathème est celui-là, et qu’on appellera la figure de subjectivation puisque c’est la figure de la surrection
d’un sujet dans l’espace subjectif sous condition de sa règle. On peut dire identification est un peu
psychanalytique, mais c’est une image. On peut dire que la figure de subjectivation est toujours en un
certain sens une identification du sujet avec l’événement lui-même. Par conséquencet aussi, nous le
verrons, une identification à la vérité. Quand nous prendrons la topologie dans son ensemble, nous
verrons que la figure de subjectivation est immanente aux 3 autres : elle circule dans les 3 autres, pour la
raison que justement, il n’y a de sujet que subjectivé. Même si c’est un sujet absolument réactif ou
obscur, il n’y a de sujet que sous condition de la subjectivation. C’est moins une figure à part que
l’énergie des figures. Même l’énergie de la figure réactionnaire, ultimement, suppose l’identification
originaire à l’événement. Ceci dit, il y a quand même, dans la manière de peupler l’espace subjectif, un
isolement repérable de cette figure, une figure emblématique porte plutôt la subjectivation que d’autres.
Dans d’autres, la subjectivation est plus lointaine, niée, assourdie. Dans le travail des conséquences, vous
pouvez presque oublier l’événement. C’est les conséquences qui comptent. Tandis que la figure de
subjectivation est la figure de la vivacité originelle, celle qui reconvoque la strate première.

2° la figure qui est directement la figure du travail des conséquences, production des conséquences.
L’énoncé surnuméraire est en position de signifiant majeur, de signifiant maître. Ce qui vaut, c’est la
production des conséquences. C’est la figure de fidélité, ou d’une certaine manière le sujet s’oblitère
dans la production des conséquences. A la surface vous avez la fonction des conséquences, et le sujet est
en dessous, il est comme oblitéré par le travail même de la production des conséquences. En ce sens c’est
une figure d’abnégation subjective, la figure de fidélité. On peut l’appeler la figure militantes, si on veut,
en son sens large, il s’agit produire des effets, des conséquences, au nom de l’énoncé inaugural, mais
sans identification du sujet à cet énoncé. Il est représenté par lui ou aliéné par lui. C’est la figure
productive. Là, c’est dans cette figure que vous voyez vraiment le présent comme tache. Au fond, cette
figure produit du présent, elle est productive du présent. C’est un point très important. Le présent doit
être produit. Chance lui est donnée. C’est pourquoi une phrase extraordinaire de Mallarmé qui dit, à un
moment donné, que s’il peut pas faire vraiment ce qu’il veut faire (le Livre, la nouvelle cérémonie
artistique qui se substituerait en fin de compte aux cérémonies du passé), c’est parce qu’un présent fait
défaut. Dire un présent fait défaut, c’est bien ce que nous disons là : le présent n’est pas produit.
Comment le présent peut-il faire défaut ? Le présent manque si on considère que le présent est une
construction et pas une donation. Chance lui est donnée : un nouveau présent surgit comme possibilité. Et
puis il faut aussi concevoir que le présent peut mourir. C’est le renfermement de l’espace subjectif. Il
écrase le présent, le sujet. Mais ce présent est infini, et cependant il est mortel. Il n’y a aucune
contradiction entre l’infini et le mortel. Au contraire. La grande pensée contemporaine consiste à
comprendre qu’il n’y a pas de contradiction entre être infini et être mortel : la mauvaise voie, c’est de
conclure de la mortalité à la finitude. Nous sommes infinis, ou pouvons l’être. C’est vrai du présent, qui
est à la fois infini et mortel. En fin de compte il y a quelque chose d’infini dans l’inscription subjective,
mais ça n’empêche pas que ça peut finir, que l’infini peut finir. Ce n’est un paradoxe qu’en apparence,
n’importe quelle théorie des nombres infinis le montre aussitôt.

La 3ème figure, c’est la figure qui va tenir que la conséquence, ie le présent, s’obtient autrement que sous
condition de l’événement, qui va arguer de la possibilité de produire le présent sans sa présence.
Admettons que la présence du présent soit l’ouverture événementielle. La figure subjective qui enchaîne
le présent à son imprésence ou à sa non présence, c’est celle qui dit : de toute façon on aurait eu le
présent même si ça s’était passé autrement. Elle prétend dénier la nouveauté du présent, c’est ce que
j’appelle dénier dans le présent sa présence, dénier que le présent ait été une création, le réaligner sur une
temporalité équivoque.

3 DECEMBRE 97
… une hypothèse radicale sur le fondement de la souveraineté. Un livre qui prend l’identification de la
politique contemporaine partir d’une théorie généalogique de la souveraineté, fondée finalement sur la
figure de ce qu’il appelle l’existence nue. L’existence nue, c’est ultimement l’existence de celui qui peut
être sacrifié hors de tout cadre juridique. Celui qui est sacrifiable, sans que pour autant il soit
condamnable. Il est soustrait à la condamnation, fût-ce la condamnation à mort. Comme existence nue, il
est comme tel sacrifiable. L’homo sacer, il est comme tel sacrifiable : sacré au sens de l’existence nue,
exposé à la possibilité du sacrifice, ie à la possibilité du meurtre hors de l’espace juridique. Agamben
essaie remonter de ce point là jusqu’aux formes de la souveraineté (c’est un livre savant, malgré tout, il
travaille aussi sur la question du droit romain et des catégories qui lui sont apparentée), mais finalement
qui en vient à la détermination de la modernité comme centrée sur ce qu’il appelle la biopolitique.
Ultimement, une politique centrée sur la question de la vie, de la survie, la question du pur corps vivant,
et donc aussi de la mort, et des camps de la mort, est comme la vérité sous-jacente et décisive en même
temps de la souveraineté moderne. C’est absolument schématique, mais c’est autour de cela que nous
discuterons samedi prochain, le samedi 6, au Collège international à partir de 9h30.

Nous reprenons là où nous en étions, ie les figures typiques du sujet, ie les schèmes subjectifs qui
peuplent l’espace subjectif, ou qui le disposent. On va les reprendre. J’installe directement l’espace
subjectif :

Imaginons, nous allons dire pourquoi, que cet espace est plié. Je trace la ligne de pli, et je la trace comme
si (c’est une figure provisoire) cette partie était repliée sous l’autre, et repliée sous l’autre de telle sorte
qu’elle soit sous-jacente, en effet, à l’autre. Comprenez que ce qui est de ce côté de la ligne de pli vient
en quelque manière en sous-jacence à l’ensemble de ce qui se dispose de l’autre côté de la ligne de pli.
Nous mettons du côté de la ligne de pli ici, donc sur le repli, la figure de la subjectivation, ie la figure qui
dispose les sujets dans le strict point de son origination par l’énoncé événementiel détaché. Et si nous la
plions en dessous, c’est pour signifier, comme je vous l’avais dit la dernière fois, que la subjectivation est
en un sens sous jacente à l’ensemble des autres figures. Il n’y a pas de sujet qui ne soit ouvert en quelque
sorte par la subjectivation, même s’il est dans le déni le plus radical de cette subjectivation (comme c’est
le cas par exemple pour le sujet obscur). Il faut concevoir, dans image provisoire, que la figure de la
subjectivation est en même temps englobée et coprésente aux 3 autres, ce qui est représenté par une
pliure.
Nous allons retrouver les 3 autres :
- la figure productive, ie la figure de la fidélité.
- la figure réactive
- la figure obscure
C’est la 1ère instance de l’espace de peuplement subjectif : il faut concevoir l’espace subjectif comme un
espace clivé. Disons que cette pliure, on peut la nommer pliure entre subjectivation et procès subjectif,
distinction que j’ai déjà élaborée il y a longtemps et qu’on trouve chez Lacan lui-même, entre autre (mais
en fait on trouverait aussi une racine hegelienne si on examinait l’histoire de la philosophie). Donc
subjectivation, et ici procès subjectif : la subjectivation est sous jacente à l’ensemble du procès subjectif.
Nous voyons évidemment que la figure réactive est dans une sorte de dénégation immédiate de la figure
de fidélité. Comme le schéma le fait apparaître, en un certain sens, on pourrait dire que epsilon est le
symbole même de la figure de fidélité, ce qui veut dire finalement que l’événement est le symbole de la
vérité, puisque epsilon est ce qui en reste, ce qui en est détaché. Et la négation de l’événement est le
symbole même de la figure réactive.
Par ailleurs, on peut voir que le sujet obscur est en dénégation particulière de la figure de subjectivation
elle-même, comme il apparaît évidemment à cette inversion. Dans la subjectivation proprement dite, le
sujet se clive dans sa productivité ou dans son rapport de création de soi comme sujet clivé, par rapport à
l’événement. Tandis que dans le sujet obscur, l’événement, subordonné au sujet plein, rabattu sur le sujet
plein, est déjà clivé. Ce que le sujet obscur dénie singulièrement, c’est la subjectivation, alors qu’en
réalité la figure réactive a un rapport de dénégation à la fidélité et non pas directement à la
subjectivation. Empiriquement d’ailleurs, ça veut dire que la figure réactive, la figure de la réaction, ne
nie pas qu’il y ait eu subjectivation. Elle dira simplement éventuellement que cette subjectivation était
inutile, quelque chose comme ça. On aurait pu avoir le même présent, la même conséquence, en faisant
l’économie du détachement événementiel. Ce sont, ces affaires subjectives, des régimes différents de la
négation. La figure réactive considère au fond que la fidélité est vaine. C’est son énoncé fondamental. Il
y a une vanité de la figure événementielle. Si on veut donner des référents immédiats, ils sont très
simples. Ça veut dire des choses comme : la révolution est inutile, et conserver une fidélité est
absolument vain. C’est aussi le propos des moralistes classiques, qui diront : la rencontre amoureuse est
vaine, et finalement, en définitive, mieux aurait valu en faire l’économie. Elle n’a été qu’illusion
passionnelle, et en fin de compte, la vie aurait suivie le même cours si on en avait fait l’économie. La
fidélité est la cible singulière de la figure réactive. Mais comprenons que la pliure passe sous la figure
obscure quand même. Donc la subjectivation est déniée, mais elle est en même temps nécessaire en
latence, y compris du sujet obscur. Si bien que cette flèche, elle est en trouée du pli (pour atteindre la
subjectivation). Essayez de vous représenter ça comme plié, cette flèche dénégatrice est piquée dans le
pli. Ceci pour dire que l’ensemble de l’espace subjectif est topologisé par la subjectivation, y compris là
même où la subjectivation est en définitive déniée, réprimée opprimée, abaissée, humiliée. De toute
façon, elle est en latence de l’ensemble de l’espace subjectif. C’est le récapitulatif un peu reformulé de la
typologie des figures subjectives.

Nous avions la dernière fois mis l’accent sur la conséquence comment présent. Je la réécris. Le présent,
ie le régime de la conséquence, il est le présent de tout l’espace. Je le mets donc ici : c’est le présent
générique, la conséquence comme conséquence. On peut même dire, puisque c’est la subjectivation qui
anime en réalité toutes les figures subjectives, on peut dire, ce qui permet de côtoyer ou de voisiner
amicalement avec Deleuze, on peut dire si l’on veut que le présent, c’est le pli lui-même. ça ne me gêne
pas, puisque en effet, c’est au point du pli qu’il y a, si je puis dire, l’animation topologique de l’espace
subjectif tout entier, à savoir la latence de la subjectivation dans chacune des figures, qui sinon seraient
des figures inertes, non crées, absentes. Elles ne sont présentes que parce que la subjectivation enchaîne
toute figure du sujet à la déclaration événementielle primordiale. Il y a une centration de l’espace
subjectif, et cette centration se donne comme figure, aussi bien. Je ne vois pas d’inconvénient à dire que
le présent, c’est le pli, et comme (nous allons le voir) l’autre nom du présent c’est la vérité, la vérité c’est
le pli. Ça peut se dire ainsi.

Justement, ce que je voudrais dire aujourd’hui, c’est reprendre cette question du présent, mais
précisément en l’articulant à la question de la vérité. C’est ça que je voudrais ouvrir aujourd’hui. Le
présent, ultimement, est le présent de quoi ? C’est le présent du sujet, c’est sûr. Mais le présent, c’est
présent de la conséquence, c’est les conséquences (de la rupture événementielle) qui font qu’il y a une
fibration du présent, et en ce sens ce qu’elles déplient, c’est une vérité. On appellera précisément vérité
ce qui est, si je puis dire, l’activité du présent. C’est tout un de dire que le sujet doit être contemporain du
présent, qu’il doit s’inscrire dans la contemporanéité du présent, que de dire qu’il est dans l’étoffe d’une
vérité. En fait, vous remarquerez que le point du présent, ie ultimement le point de la vérité singulière
dont il s’agit, de la vérité du procès, politique, amoureux etc… est inscrit dans la structure des 3 types de
procès subjectifs. Elle est inscrite en pi. Elle n’est pas comme telle inscrite dans la subjectivation. Vous
remarquerez que c’est ce qui singularise le schème de la subjectivation par rapport aux 3 autres. Le point
pi est inscrit dans la subjectivation, c’est lui qui arrime la subjectivation : il y a subjectivation dans
l’élément de l’événement, et sous la déclaration événementielle et pas autrement. C’est ce qui arrive qui
est aussi ce qui subjective. Ce n’est pas ce qu’il y a qui subjective, c’est ce qui arrive. La subjectivation
indique simplement cela : elle indique que ce qui subjective se donne comme intimement lié à l’advenue,
au surgir de l’événement. En un sens, la subjectivation ne marque pas le présent. Elle ne le marque pas,
parce qu’elle en est la sous-jacence générale. Ie elle en est la vie (je fais du Deleuze toutes les minutes en
ce moment !). On va dire : la vérité et le pli, et le sujet est la vie. On peut dire cela : la subjectivation en
pliure de l’ensemble est la vie du présent. Le présent, ce sont les conséquences. Produire du présent, telle
est l’activité de la subjectivité. telle est l’effectivité du présent dont la subjectivation est à tout moment la
relance. La subjectivation est la relance du présent, et la production du présent, c’est les conséquences.
Et donc il est normal que ce qui marque le présent, le régime de la conséquence, soit donné dans les 3
figures qui correspondent, elles, au procès subjectif. Ce qui est simplement la thèse que une vérité, c’est
un processus. Ce n’est ni une origine, ni un résultat, c’est un processus. Ie une vérité devient comme
conséquence. C’est à ce titre qu’elle est inscrite dans la structure même des types subjectifs. Vous
remarquerez que dans le cas du sujet obscur, elle est inscrite sous la barre, puisque le propre du sujet
obscur, c’est de dénier le présent, d’être la négation active du présent. On pourra revenir sur le sujet
obscur, c’est un point très important à mes yeux, mais comprenez bien que le sujet obscur est la
dénégation présente du présent. C’est ça que veut dire que la subjectivation lui est aussi latente. Le
présent est sous la barre, mais c’est bien de ce présent là qu’il s’agit. Le sujet obscur est co-présent au
présent dans la dénégation du présent. C’est pourquoi je dis, et c’est pour cela qu’il faut partie de
l’espace subjectif, qu’il est, si je puis dire, le refoulement présent du présent même. C’est pourquoi le
sujet obscur est contemporain, lui aussi. Il est contemporain, mais au lieu d’être contemporain dans la
production du présent, il est contemporain dans la répression du présent. L’instance subjective qui
marque la répression du présent n’en est pas moins elle-même présente, co-présente au présent. C’est
pourquoi on peut dire qu’il y a bien 3 processus subjectif du présent, co-présents l’un à l’autre. Et en fin
de compte, la marque du présent peut aussi bien être dite marque de la vérité dans la structure subjective.
Ce qui procède, ce qui se tisse là, et qui est le procès même d’une vérité, est tramé subjectivement par la
position subjectivement de la conséquence, dans le type. Ici comme production effective, ici comme
production neutralisée, et ici comme répression. Donc en définitive, il y a 3 modes de rapport à la vérité
qui se trament dans un espace subjectif, qui sont : sa production, sa production neutralisée, et sa
production réprimée. Tout cela, c’est l’effectivité de la vérité au présent, dans le présent même de son
devenir.
Ceci étant, ceci indiqué à titre d’ouverture, il est évident que ce qui fait la matérialité d’une vérité, ce
n’est pas l’idée abstraite de conséquence (qui est jusqu’ici la seule chose que nous ayons inscrit). J’ai dit
les conséquences, mais j’ai inscrit pi. Qu’est-ce que pi ? Pi est la conséquence générique, en tant que
conséquence (mais nous n’entrons pas dans son identification, dans sa diversité, dans sa multiplicité). Il
est évident que epsilon n’a pas une conséquence mais une infinité. Le présent, à ce titre, est infini. Ce que
produit un événement, c’est une infinité de conséquence. Un événement produit un présent comme
dilatation, pas comme présent instantané. Si on veut entrer réellement dans la question de la vérité et de
son inscription subjective, il faut examiner la question de la multiplicité des conséquences, du présent
comme peuplement infini de lui-même, ou comme production infinie, inachevable. En vérité, ce qui est
marqué là comme étant pi, ie disons la variable des conséquences, ou la conséquence générique, ou la
conséquence quelconque, dans son réel, dans son effectivité, se présente en fait toujours comme ceci :
dessin
Ie comme un ensemble de conséquence. Un ensemble de conséquence, c’est ce qui s’infère de epsilon
dans le présent dilaté, comme configuration d’une vérité en travail. C’est un ensemble de conséquence
spécifiées, singulières, effectives. C’est ce qui se passe, ce qui se passe au régime des conséquences. Ie
c’est quoi ? Je vais donner des exemples : c’est par exemple un ensemble ou un groupe d’œuvres d’art
représentatives d’un nouveau tour, d’un nouveau régime de la production artistique. Si on considère
comme Charles Rosen qu’il y a une révolution du style classique avec Haydn, Mozart et Beethoven, alors
une composante du présent, ce n’est pas lié à une œuvre, mais à un complexe d’œuvres, attribuable à des
auteurs variés de surcroît, qui vont fixer les conséquences de cette mutation événementielle du régime
musical. ça peut être un groupe d’énoncé scientifiques corrélatifs d’une mutation de la science etc… ça
se présente comme multiplicité singulière. Alors on l’appellera un état de vérité. Et un état de vérité,
c’est simplement un ensemble de conséquence qui peuplent à un moment donné le présent générique,
ouvert dans l’espace subjectif et assurant la consistance de l’espace subjectif. Si donc on veut
concrétiser, saisir, les figures concrètes de l’espace subjectif, il faudra considérer que partout où il y a
marqué pi, il faudra marquer état de vérité. Une figure effective de l’espace subjective marque chaque
figure subjective par un état de vérité, qui est un état du présent. Un état du présent c’est une multiplicité
immanente au présent lui-même. Le présent est multiple, j’y insiste, c’est une dilatation infinie. Il faut
abandonner l’idée d’une ponctualité insaisissable du présent. Le présent de la vérité est autre chose, il est
peuplé, il est multiforme. On aura plutôt quelque chose comme un état de vérité, éventuellement très
complexe. On l’appellera V indice l, et donc en un certain sens à la base de pi il faut concevoir V indice
l, ie un état de vérité, tel qu’il est en position d’être produit, neutralisé ou réprimé ou absenté. C’est
toujours d’un état de vérité qu’il s’agit. Production, neutralisation, répression sont des opérations
effectives, concrètes : elles portent sur des conséquences effectives, sur des états de vérité.
Qu’appellerons nous une vérité ? Une vérité, c’est l’ensemble des états de vérité. ça paraît trivial. Ce sera
l’ensemble des états de vérité. un état de vérité est un ensemble de conséquence, une vérité est un
ensemble d’états de vérité. Ie que une vérité, c’est la vérité dans tous ses états. Mais quand on dit tous, il
faut toujours s’inquiéter ! qu’est-ce qui est totalisé dans cette affaire ? comment y a-t-il un protocole de
totalisation ? On dira : une vérité, ce sera l’ensemble des états de vérité. Et évidemment, faisons deux
remarques :
- virtuellement, une vérité est infinie, par conséquence une vérité est l’ensemble infini des états de vérité
- elle est formulairement ininscriptible. Vous ne pouvez pas écrire quelque chose qui est ouvert, infini,
toujours encore en état de procéder. C’est un point important, à la fois formel et concret. Vous pouvez
écrire un état de vérité pour autant que c’est un ensemble fini de conséquence. Mais à supposiez que vous
vouliez mettre dans la formule non plus un état de vérité mais la vérité comme ensemble de ses états,
vous supposeriez que le sujet est achevé. S’il y a la vérité, la figure est une figure close : elle ne peut plus
procéder, puisque tout a déjà procédé. Vous ne pouvez pas concevoir que cette figure subjective est une
figure productive, une figure comme production de conséquence, si vous dites qu’elle a déjà produit ou
qu’elle aura produit la vérité comme ensemble de ses états successifs ou simultané. Un sujet ou un type
subjectif inclut dans sa constitution structurale des états de vérité mais non pas une vérité, et la vérité
encore bien moins. Ou encore, si vous voulez : ce qui entre dans la détermination subjective, c’est
toujours un état de vérité. C’est toujours quelque chose comme le réel, mais ça ne peut jamais être v.
parce que v c’est la supposition que la vérité est donnée dans tous ses états, dans son achèvement et à ce
moment la formule n’a plus de sens : production neutralisation répression cessent d’être saisissables
comme des actes, comme des processus. La production est achevée, la neutralisation porte sur quelque
chose d’achevé et la répression aussi. Pour autant que ces figures sont des figures en acte, et tout sujet est
sujet en acte, on ne peut y inscrire la supposition d’une vérité comme achevée. C’est une des acceptions
de cette fameuse histoire lacanienne de la vérité mi-dite. Là nous ne parlons pas du dire, nous sommes
plus ontologiques. C’est pas seulement que la vérité est mi-dite. Si on essaie de se calquer sur la formule,
on dira : elle est toujours mi-là. Elle est toujours là dans la position subjective, elle est toujours là quant à
sa production, sa neutralisation ou sa répression. Mais elle n’est jamais là toute. Car si elle était là toute,
il n’y aurait pas du sujet, puisque les instances du sujet ne sont que, outre la subjectivation latente à
toutes les figures, que production, neutralisation ou répression. Donc mi, c’est une manière de dire. Parce
que finalement on peut le dire autrement : dans le sujet n’entre en règle générale (c’est un peu plus
compliqué, je vous épargne les complications) qu’un état fini de vérité, quelque chose comme ça. Un
sujet est toujours quelque chose comme un état fini de vérité. ça procède, et ça procède en transit d’états
finis de vérité. Etats finis de vérités qui sont dans un marquage symbolique différencié selon les types.
Mais une vérité c’est infini, c’est une infinité d’états de vérité. nous verrons pourquoi (nous sommes en
état de démontrer pourquoi c’est infini). Et donc, ce par quoi la vérité procède, c’est des états finis. Le
fini par rapport à l’infini c’est peu de choses. La vérité n’est pas seulement mi là : la moitié d’un infini
n’est pas fini. Elle est peu là, et un sujet procède quant à ce peu là d’une vérité. Vous voyez bien que ce
qui marque un sujet, c’est un bout de vérité. C’est toujours et structurellement un petit bout. Et cependant
c’est bien dans le processus de ces bouts de vérité qu’une vérité procède. Alors la conséquence est assez
forte et assez singulière, qui est que finalement une vérité est comme l’étoffe du sujet : c’est ça qui en lui
marque le présent comme tel, c’est ça qui marque son acte. Parce que vous voyez bien que dans la figure
de fidélité l’acte est production des conséquences, production de la matière même de la vérité (le sujet
dans son acte a pour étoffe la vérité) mais la vérité n’est là que par bouts, et par peu d’elle-même.
Cependant, il faut admettre que toute vérité est infinie. Donc une vérité, c’est comme cet infini où le sujet
procède fragmentairement. Fragmentairement, dans un partage qui est un partage fini.

Question : …
Réponse : il peut produire de nouvelles conséquences, mais si on ajoute du fini au fini, on ne produit que
du fini. L’ouverture est infinie, mais le marquage ne l’est pas. En fin de compte il y a bien quelque chose
dans le sujet qui est quelque chose comme un suspens entre fini et infini. Vous voyez bien que si ce
n’était pas infini, il faudrait admettre que ça peut cesser de procéder. Si la vérité n’était pas infinie, on
épuiserait les états, et puis il y aurait unification des figures subjectives. A un moment donné, les états
ayant été produit, la figure d’acte du sujet n’aurait plus de matière. Ce n’est ce que nous soutenons. Ce
que nous soutenons, c’est que le sujet peut toujours procéder à son acte, productif contre-productif ou
répressif, peu importe, il peut toujours procéder à son acte, ce qui signifie en fait que la vérité est infinie.
Mais ce qui signifie aussi qu’elle n’est jamais là comme telle.
Je signale en passant que c’est aussi de ça qu’il est question dans la thématique psychanalytique de
l’analyse finie ou infinie. De façon sous-jacente, c’est de ça qu’il est question. A savoir que on peut dire
que c fini en termes d’états de vérité, et cela peut suffire, après tout, de savoir de quel bouts de vérité se
trame un sujet. Mais on peut aussi dire que c’est infini tout simplement parce que la vérité l’est.
L’analyse, ce qui se pense du processus d’un sujet, est en effet au suspens du fini et de l’infini. Nous
l’admettrons, on peut le dire dans ces termes.

Si on veut faire maintenant un pas de plus on peut le faire de deux manières.


On peut d’abord chercher des exemplifications concrètes de cette machinerie. Comme je vous l’ai
souvent dit, ça relève de l’expérience élémentaire. Nous savons parfaitement, quand nous sommes saisis
événementiellement par quelque chose, que nous allons procéder par bouts. C’est même ce à quoi on est
le plus immédiatement préparés, à cette nécessité impérieuse de ne procéder que par bouts. Sauf dans des
théories mythologiques fusionnelles, où quelque chose de l’infini serait épuisé par fusion instantané. En
réalite, ce n’est pas comme ça que ça se passe. On sait très bien que [chgt K7] fragmentairement, par
états de vérité. Donc le problème de ce suspens entre fini et infini relève au fond de l’expérimentation
post-événementielle que nous partageons tous. Vous pouvez vous-mêmesconstruire, y compris dans la
finesse du détail, des panoplies d’exemples sur cette structure, y compris identifier dans votre propre
trajectoire ce qui a été productif, neutralisant et obscur. Vous pouvez le faire, dans l’examen séquentiel
de quelque chose qui vous a à un moment donné saisi dans le post-événementiel. Il y a aussi une
transparence de tout ça. On peut le prendre de ce côté-là.
Pour le prendre de façon plus conceptuelle, sur l’autre versant, il faut revenir sur cette affaire des états de
vérité. Qu’est-ce que c’est qu’un état de vérité ? C’est un ensemble de conséquence, adoptons pour
l’instant la formule ensemble fini de conséquence, pour l’instant, et prenons en compte (car nous allons
en avoir immédiatement l’obstacle et le besoin) le fait que certaines des conséquences peuvent être
négatives, ie peuvent s’exprimer comme des négations. Autrement dit, une conséquence peut se présenter
comme non quelque chose. Assumons que les conséquences peuvent être très bien dans la forme d’une
négation, les conséquences ne sont pas nécessairement affirmatives. La fidélité à un événement entraîne
comme conséquence l’exclusion de telle ou telle possibilité, et non pas seulement l’affirmation de telle
ou telle possibilité. Ne soyons pas dans l’anarchie affirmative ! Le post-événementiel, ça se trace aussi de
ce que certaines possibilités sont interdites en ce sens qu’elles seraient incsqtes, elles, avec la production
événementielle. C’est ce que je veux dire pas négation. Ce n’est pas la forme logique qui nous intéresse,
c’est que dans le processus des conséquences, il y a de la négation aussi (je ne dis pas qu’il n’y a que de
la négation, mais il peut y en avoir). Etre réellement fidèle à une nouveauté, ça frappe d’interdit certaines
des choses anciennes, qui ne peuvent plus être pratiquées ou praticables car elles ne sont plus dans
l’élément de la nouveauté par laquelle on a été saisi. Ceci ouvre une interrogation toute simple, qui est :
est-ce qu’il y a un principe de cohérence des états de vérité ? On dira qu’un état de vérité quelconque est
cohérent s’il ne contient pas simultanément l’affirmation et la négation de la même chose. Simultanée ie
coprésente. S’il ne contient pas à la fois pi n et non pi n. Prenons ça, c’est peut-être la difficulté, un peu
en dehors de la logique formelle. La question de savoir s’il ne contient pas simultanément l’affirmation et
la négation de la même chose est relative à ce qui fonctionne comme négation dans le processus
considéré. C’est un point très important, il est fin, il est subtil. L’ontologie de la négation, ce n’est pas
facile. On pourrait dire : au fond c’est simplement le PNC, la cohérence : un état de vérité quelconque est
cohérent s’il ne contient pas simultanément l’affirmation et la négation de la même chose. Oui, sauf que
qu’est-ce que la négation ? Dans la plupart des procédures, la négation n’est pas simplement logique, ça
peut être interdit, impossibilité, non praticabilité. Ce n’est pas simplement la négation logique. De toute
façon, les conséquences ne sont pas des propositions. Ça peut être des faits, des actes, des gestes, des
œuvres, pas forcément des propositions. Il faut bien comprendre que quand on dit cohérence, c’est relatif
au type de négation qui est en jeu dans le processus de vérité considéré. Là encore, pour prendre le
micro-exemple favori qu’est l’amour, ça n’a pas de sens d’introduire dans cette affaire la négation
logique. Mais c’est une part essentielle de l’amour de savoir si on est d’accord sur la négation. L’amour a
comme composante majeure de savoir si on est bien d’accord non pas directement sur ce qui est interdit,
mais sur la négation elle-même, sur le ne pas. C’est compliqué car les hommes et les femmes n’ont pas la
même conception initiale du ne pas. La négation est fortement sexuée. Il y a une querelle sur le ne pas, il
y a une querelle sur le ne pas. En définitive la querelle sur le ne pas, elle travaille à générer un ne pas sur
lequel il y a le processus d’un accord. Le processus d’un accord va forger un accord amoureux sur ce
qu’est le ne pas ceci cela. Ce que la jalousie a au coeur d’elle-même, c’est une querelle sur la négation.
C’est pas une querelle sur ce qui se passe, mais c’est une querelle sur ce qui ne se passe pas, sur le ne
pas, ou sur ce qui ne doit pas se passer. La querelle, c’est : l’un dit il y a eu ça, oui mais l’autre répond :
c’était rien ! ça veut dire : ça n’était pas un ne pas. C’est absolument vrai que, en vérité, en profondeur,
dans toute procédure subjective, dans toute procédure de vérité, il y a un régime de la négation. L’amour
donne l’exemple de la nécessité que se construise un accord sur le régime de la négation, et un accord
d’autant plus compliqué qu’il faut un accord sur ce qu’est un accord. Tache difficile, compliquée, et
presque jamais atteinte. La discordance sur le ne pas est aussi la discordance sur ce qu’est être d’accord
sur le ne pas et ainsi de suite. C’est le processus : on va sur ce point créer petit à petit des conséquences.
il y a un régime singulier de la négation.
On sait que la question de la négation dans une procédure politique est aussi essentielle. parce qu’elle
touche à la question de qu’est-ce qu'une révolte, qu’est-ce qui est inacceptable, qu’est-ce que l’on refuse
etc… je ne dis pas que ça épuise le contenu de la procédure mais rôle majeur, qui est une protocole
singulier de négation.
Nous poserons qu’un état de vérité doit être cohérent, qu’il n’y a d’état de vérité que cohérent, mais en
nous souvenant que c’est relativement à la négation singulière dont il s’agit dans le processus. C’est pas
forcément la même chose que le PNC, c’est relatif au type de négation sur lequel le processus a travaillé
et qu’il a mis en œuvre. Encore une fois, déjà typologiquement la négation dans l’espace de l’amour, la
négation dans l’espace politique, la négation dans l’espace science (c’est plus proche PNC mais ce n’est
pas exactement lui non plus), ce sont des négations différentes. Mais sous cette réserve de la singularité
du négatif dans les procédures de vérité, nous poserons qu’un état de vérité est cohérent. Donc
finalement, on appellera état de vérité, de façon abstraite, l’ensemble cohérent et fini de conséquence.
C’est la définition formelle. Je tenais à passer par cette question de la négation : il est vrai que ce
formalisme est relatif à la singularité du processus, il y a une singularité de la négation. On appellera état
de vérité un ensemble cohérent de conséquence, et fini pour l’instant. C’est ce que nous appellerons un
état de vérité. Si on prend cette figure abstraite, formelle, on voit deux caractéristiques également
formelles des états de vérité, définis encore là sous réserve de la singularité de la négation comme état
cohérent et fini des conséquences, on voit que :
- premièrement, il y a sens, on peut donner sens à dire qu’un état de vérité en contient un autre. C’est ce
que nous appellerons l’ordre des états. L’état de vérité en contient un autre, s’il contient toutes les
conséquences du premier plus d’autres, tout en restant cohérent. Je donne un exemple : supposons un état
de vérité qui contient 1 et 2. On peut dire qu’il est contenu dans l’état de vérité qui contiendrait le 1, le
deux et un 3ème. On dira qu’un état de vérité en contient un autre s’il contient toutes les conséquences du
premier, et d’autant plus. C’est la figure d’ordre de l’état. On peut dire que ceci représente simplement
un présent plus dense, pour le déformaliser. C’est un présent où il y a tout ce qu’il y a dans le premier, et
encore d’autres choses, ou si vous voulez un présent plus riche, métaphoriquement. C’est un présent plus
riche, un espace de conséquence qui nous dit tout ce qu’il y a déjà dans le premier, mais il nous dit en
plus d’autres choses. On peut dire aussi que là, c’est une information plus complète. Il y a plus de
conséquence dedans (on est encore loin de son infinité). C’est le 1er point à considérer : on peut dire qu’il
y a une forme d’ordre sur les états de vérité, qui exprime leur densité intrinsèque, ie au fond qu’ils sont
une forme multiple du présent, plus déployée.
- et puis la 2ème observation qu’on peut faire, c’est une observation qui concerne la compatibilité des
états. Si vous prenez par exemple un état de vérité de ce type (puisque là on les considère abstraitement),
et considérons un supposé état de vérité de ce type là. Dessin. C’est deux états de vérité possibles.
Remarquez que aucun d’entre eux n’est incohérent, ils ne se contredisent pas. Ce sont bien là, chacun,
des états de vérités possibles. On dira simplement qu’ils sont incompatibles. Ils sont incompatibles, ie ils
ne peuvent pas entrer dans le même état de vérité (si vous les mettez dans le même état de vérité, vous
allez avoir quelque chose d’incohérent). Quand on a cette situation, on dira que les états de vérités sont
incompatibles, et on le notera comme ça : ...
Nous dirons, j’en donne la définition ordinaire, que deux états de vérités, pris formellement, sont
incompatibles, si l’un contient la négation de ce dont l’autre contient l’affirmation. Alors la thèse à ce
moment là qu’on introduit, c’est : une vérité ne peut se composer que d’états de vérité compatibles. Nous
changeons d’échelle. Nous poserons qu’un vérité ne se compose, ou ne se trame, que d’états de vérité qui
sont compatibles. Nous portons la question de la compatibilité au niveau de la vérité dans son ensemble
et pas seulement des états de vérité. Nous demandons qu’un état de vérité soit cohérent, et nous
demandons d’une certaine manière que la vérité qui procède soit cohérente, ie ne contienne pas d’état de
vérité incompatible. Ce sera une grande règle, qui est la règle de consistance du vrai. Le vrai consiste en
ce que il ne procède pas d’états incompatibles. Les états eux-mêmes sont cohérents. Mais le fait qu’ils
soient cohérents n’empêcherait pas qu’ils s’en trouvent éventuellement incompatibles. Le principe
général de consistance d’une vérité, c’est qu’elle ne se compose pas d’états incompatibles.
Alors une des légitimations possibles de cette affaire, je vais vous la donner. Si nous supposons qu’une
vérité contient des états incompatibles, supposons qu’une vérité dans son stade terminale, dans l’intimité
de l’accumulation des états qui la font procéder, contienne finalement deux états incompatibles. Ça
entraîne des conséquences de ce type : dessin. Si elle contient des états incompatibles, elle contient des
conséquences contradictoires, étant entendu comme toujours que la négation ici est la négation du
processus considéré. Si elle contient des conséquences incompatibles ça veut dire que nous avons à la
fois epsilon implique pi 1 et epsilon implique non pi 1. ce sont des choses qui procèdent de ce qui s’est
passé. Mais si nous avons ça, epsilon implique non pi 1, ça veut dire que nous avons non pi 1 implique
non epsilon. C’est la loi logique dite de contraposition : si une chose en implique une autre, la négation
de l’autre implique la négation de la première. Si p implique q, non q implique non p.
Si une vérité contient des états incompatibles, elle contient des conséquences contradictoires :
conséquence pi 1 et conséquence non pi 1. pi 1 et non pi 1 sont co-présents… S’il y avait dans la vérité
des états incompatibles, la figure réactive du sujet serait fondée. Sa prétention constitutive serait
ontologiquement légitimée : la négation de l’énoncé événementiel fait partie de l’espace du présent. C’est
un théorème remarquable qui établit une relation en profondeur entre la consistance du vrai et le
problème de la figure de la réaction. Si le vrai ne consiste pas, alors la réaction est la figure subjective
fondée. C’est bien ce que dit toujours la figure réactive : elle prétend que la vérité n’est pas consistance.
Tout réactionnaire est un relativiste, assure que la vérité ne consiste pas. on le voit tous les jours ! on
pourrait dire ça mais on pourrait dire aussi autre chose. La figure réactive, c’est si je puis dire la
démocratisation de la vérité ! Démocratisation en son sens bas, naturellement. On sait très bien que si la
vérité consiste, il ne peut pas y avoir sur tout point liberté des opinions. Si la vérité consiste il y a
quelque part une borne à la vérité des opinions. Vous n’avez pas la liberté de penser que deux + deux =
5. Est-ce que les états de vérité sont compatibles ? C’est ça la consistance de la vérité. ce que nous
démontrons, c’est que si on admet que les états de vérité peuvent être incompatibles, si la vérité peut être
inconsistante, alors il faut assumer que la seule figure subjective fondée est la figure de la réaction. C’est
une démonstration. Et inversement il est vrai que la figure de réaction soutient et se soutient de ce que la
vérité n’est pas consistante. C’est pourquoi elle est toujours dans l’élément selon lequel la liberté des
opinions subsume la vérité. La vérité inconsiste. C’est une thèse possible, c’est une thèse liée à la figure
subjective de la réaction. On est comme dans un régime de choix, de décision. Parce que en réalité, il est
impossible de démontrer que la vérité consiste. Il est impossible de le démontrer pour une raison simple
c’est que toute vérité est infini : vous ne avez jamais si elle ne comportera plus tard un état incompatible
avec ce qu’il y a là. Il n’y a jamais de démonstration recevable de la consistance d’une vérité. On peut
dire oui, il n’y a rien d’incompatible, mais l’incompatibilité peut venir. L’infinité procédurière du vrai
interdit qu’on puisse prouver qu’elle consiste. C’est bien ce dont toujours argue la figure subjective
réactive : démontrez-moi que la vérité consiste. Non ! ça se dira aussi : il n’y a pas de vérité de la vérité,
il n’y a pas de vérité possible de la consistance de la vérité. comme on ne peut pas démontrer que la
vérité est consistance, on ne peut pas non plus démontrer que la figure de la réaction est infondée. Pour
démontrer qu’elle est infondée, il faudrait démontrer que la vérité est fondée. Or on ne peut pas. Par
conséquencet il faut le déclarer, c’est un choix. Ie finalement, on va assumer, énoncer, sans garantie, sans
garantie démonstrative, que vérité n’a en fait de sens que si la vérité consiste. Ie si elle ne comporte pas
d’état incompatibles, quel que soit le futur de son déploiement. Dire cela, c’est réespacer l’espace
subjectif. Si vous posez que la vérité inconsiste, vous le repliez sur la figure réactive. En fin de compte, si
la vérité est inconsistante, l’espace subjective se résume au vis-à-vis de la figure réactive et de la
subjectivation. Ie à une cérémonie sans fin entre la provocation subjectivante et l’inertie réactive. C’est
ce qu’on pourrait appeler le repliement théâtral de l’espace subjectif : c’est le moment où ça n’est plus
que l’exacerbation de l’irritation subjectivante au regard de l’inertie réactive qui assume indéfiniment
que l’événement n’a pas eu lieu. C’est ce que j’appellerai le chiffonnage de l’espace subjectif. Pas la
peine de se casser la tête à tirer des conséquences, on pourrait les produire autrement et en faisant
l’économie de la déclaration événementielle. Si on admet que la vérité inconsiste, on chiffonne, de telle
sorte qu’on a simplement la figure de la subjectivation sous la figure réactive. Le réespacement complet,
sa réouverture, elle suppose qu’on déclare qu’une vérité est consistante. Et donc ce sera ma conclusion
pour aujourd’hui : en réalité, la typologie des figures subjectives, celle qui est là, que nous avons donnée
jusqu’à présent de manière descriptive, un peu a priori, il faut maintenant la concevoir comme ayant pour
condition l’axiome de la consistance des vérités. Ce qui est là, ce qui est déplié là, introduit
descriptivement, il faut comprendre que ce n’est là que sous condition de l’assertion d la consistance des
vérités, donc sous condition du présent : il y a un présent. La vérité consiste se dira en termes de temps :
il y a un présent. Ce dont nous avons remarqué que la figure réactive le niait toujours. La figure réactive
ne dit jamais qu’il y a un présent : il y a un passé, un avenir éventuellement mais pas de présent. Il y a la
nécessité de se préparer à l’avenir en répudiant le passé. C’est le présent réactif, le présent est escamoté.
C’est un sacrifice chronique. L’énoncé la vérité est consistante et l’énoncé il y a un présent sont deux
énoncés liés. Ces deux énoncés sont conditions de l’espacement subjectif. S’il n’y a pas ça, il y a son
chiffonnage, son introversion, son repli. Nous reprendrons en ce point, en nous demandant si l’hypothèse
de consistance est la seule que nous ayons à faire sur les vérités. Est-ce que notre espace subjectif est
garanti dans sa complétude par la seule hypothèse de la consistance des vérités ? Nous verrons que c’est
un petit plus complexe.

17 DECEMBRE 97
Sujet pour Paris 8 : le Dieu de la métaphysique classique peut-il être tenu pour un sujet ? Si certains
d’entre vous qui ne sont pas de Paris 8 veulent traiter le sujet, je lirai leur travail !

Nous étions parvenus à un point qui est évidemment il faut le dire assez délicat (on ne peut pas avoir que
des problème faciles !) et qu’on pourrait désigner ainsi : qu’est-ce qui noue un sujet à une vérité ? Quel
est le nœud, pour l’instant nous supposons qu’il s’agit de décrypter le nœud entre sujet et vérité, d’un
point de vue catégoriel. Qu’est-ce qui noue un sujet à une vérité ? c’est cette passe, ce passage, qui à
certains égards est une des vraies difficultés de cette théorie axiomatique du sujet. Que un sujet fasse
nœud avec une ou la vérité n’est pas en soi une thèse originale, bien sûr. C’est en un certain justement
une thèse possible de la métaphysique classique. Et on peut et on doit ici mentionner Descartes.
Au fond, entre d’une part l’assertion du cogito, le je suis du cogito, et la vérité de cette assertion, qui fait
roc pour le tout, il y a un nœud originaire. Chez D il y a un nœud entre sujet et vérité. donc la thèse : on
n’identifie un sujet qu’autant qu’il y a au moins une vérité, peut à bon droit être dite une thèse
cartésienne. D’un autre côté c’est aussi une thèse de la psy : u sujet est machiné par une vérité. Une des
significations de incst, c’est précisément de nommer un nœud du sujet à sa vérité, un nœud et aussi un
lieu. Si Lacan s’est si intéressé au nœud et au nouage, c’est de cela qu’il s’agissait : comment et selon
quelle connexion chiffrable, mathématisable, soutenir que le sujet se noue à la vérité, sa vérité, une
vérité, 3 thèses qu’on peut tour à tour pratiquer.
C’est une thèse simultanément possible de la métaphysique classique et sans aucune doute une thèse de
la psy. J’ajoute qu’elle a été une thèse d’un certain marxisme qui nouait l’identification d’un sujet de
l’histoire, le prolétariat, à la vérité de cette historie même, à la capacité de faire vérité quant à l’historie.
Là aussi, entre vérité, par exemple vérité historique, vérité dont l’histoire est capable, et identification
d’un sujet de l’histoire, il y avait un nouage problèmetique, et d’ailleurs une des tensions du marxisme,
plus ou moins explicite, a toujours été de savoir quel était ce nœud. Les débats du marxisme consistent à
réinterroger comment un sujet supposé de l’historie peut faire nœud avec une vérité de l’histoire. Voilà
pour l’extension.
Nous nous y confrontons dans des termes renouvelés : comment se noue un sujet avec une vérité. Comme
la dernière fois j’ai été un peu vite par le formalisme, j’insiste sur la dimension conceptuelle.
Que faut-il entendre ici par vérité ? Je donne une indication provisoire.
Nous appellerons - provisoirement - vérité ce que l’ouverture événementielle de l’espace subjectif
autorise comme production de nouveautés. Je ne dis pas que c’est le dernier mot sur la question de la
vérité. Juste quelques commentaires très simples :
1° vérité est sous condition : il n’y a vérité que sous condition de l’ouverture d’un espace subjectif, et
donc, ultimement, sous condition d’une rupture événementielle. Donc vérité est sous condition, au sens
où vérité n’est d’aucune manière, par exemple, une qualification du jugement (c’est une de ses
définitions possibles, par ailleurs : un jugement vrai est un jgt où se formule l’accord entre le sujet et
l’objet, quelque chose de cet ordre). C’est une théorie non judiciaire. C’est le 1er point : elle est sous
condition, il n’y a de vérité que pour autant que quelque chose arrive, que quelque chose travaille dans
l’espace subjectif.
2° vérité en ce sens là est nécessairement réciprocable à nouveauté. Le processus d’identification d’une
vérité, c’est nécessairement aussi le processus d’identification d’une nouveauté. Par conséquencet, nous
ne disons pas exactement il y a des vérités, si on entend par il y a qu’elles sont là dans la situation. Nous
ne le dirons pas, parce que le processus d’une vérité est le surgir d’une nouveauté. Donc, en un certain
sens, on peut toujours soutenir que vérité, c’est ce qu’il n’y a pas (au sens, encore une fois, du il y a de la
situation prédonnée). Ce que nous dirons, c’est que ce qu’il y a, c’est du savoir. Et que, à certains égards,
une vérité, c’est le il n’y a pas du il y a du savoir.
Nouveauté signifie ici naturellement que la vérité est un processus et non pas un état. Elle devient comme
la nouveauté qu’elle est. Elle se fait être plutôt qu’elle n’est.
Donc vérité, définition provisoire avec deux caractéristiques majeures :
- caractère sous condition
- et caractère de nouveauté.

Sur le caractère de nouveauté, je fais une incise : vous pourriez objecter : après tout, il y a des vérités.
Que devient la vérité comme nouveauté ? Que devient-elle si je puis dire hors de son présent, puisque le
présent travaille depuis le début ? Que devient une vérité décollée de son présent, de son surgir, de sa
production ? Quel est le destin d’une vérité, hors de la pensée ou de l’identification de leur surgir dans
une contemporanéité radicale au présent de l’espace subjectif ? Je voudrais tout de suite répondre à cette
interrogation, qui pourrait prendre la forme brutale que le théorème de Pythagore est vrai pour nous : on
n’est plus dans le présent grec de son surgir. Est-ce qu'il n’y a pas de destin d’une vérité ? Il semble que
oui, quelque chose demeure, il y a marquage, témoignage : on ne peut pas clore la vérité sous le présent
du sujet. Il faut faire une réponse double.
- pour une part, le destin des vérités est de devenir du savoir. Pour une part, il y a un destin de savoir des
vérités, quelles qu’elles soient. Ce qui est quand même leur incorporation à la situation. Le mode propre
d’incorporation à la situation des vérités, c’est une incorporation dans le mode du savoir. Et à vrai dire, le
théorème de Pythagore est vrai va plutôt se dire pour nous : nous savons qu’il est vrai, et nous pouvons
transmettre ce savoir. Le destin d’une vérité est de devenir savoir d’une vérité. C’est une partie de la
réponse à la question. On dira qu’une bonne partie du savoir est en ce sens constitué de débris de vérité.
ça permet de dire qu’une bonne partie du savoir, c’est quoi ? Ce sont des vérités qui ne sont plus
coprésentes à leur présent. Elles sont décollées, dessoudées, descellées de leur présent, ie de l’espace
subjectif de leur surgissement. On peut aussi dire, plus compliqué, qu’une bonne partie du savoir, c’est
de la vérité désubjectivée, décollée de l’espace subjectif, séparée de son présent. Le destin d’une vérité
est une désubjectivation, ou une déprésentification, qui fait que finalement elle s’agglomère ou
s’agglutine au savoir. Mais ce n’est qu’une partie de la réponse à la question.
- ce n’est qu’une partie de la réponse à la question, parce que une vérité est aussi en un certain sens vérité
pour toujours. Comme vous le savez la formule au départ est de Thucydide, qui à la fin de l’introduction
à son livre sur la Guerre du Péloponnèse dit : ce que j’ai fait, là, c’est une acquisition pour toujours
(affirmation d’autant plus frappante qu’elle concerne un récit historique). Nous savons que c’était vrai !
La Guerre du Péloponnèse de Thucydide. Nous lisons encore son livre, même si nous ne sommes plus
dans son présent. Qu’est-ce qui se joue ? Vous voyez bien qu’on pourrait dire que ce n’est pas
complètement réductible à la pure absorption dans le savoir. La Guerre du Péloponnèse de Thucydide
continue à briller d’un éclat singulier, comme ça, qui porte trace d’autre chose que de sa simple
agglomération pulvérulente au savoir. On dira que vérité est réactivable, c’est autre chose que…, dans
son surgir lui-même. Disons elle peut l’être – elle peut l’être. Nous pouvons, dans ce qui est en jeu là,
ressaisir non pas seulement ce qui a pris figure de savoir (tout est là, tout s’agglutine, tout se disperse et
tout se dissémine dans l’incohérence encyclopédique des savoirs). Mais une vérité est réactivable dans
son tracé même, dans quelque chose qui touche à sa nouveauté ou son surgir. Sous quelles conditions ?
Sous condition d’un présent, sous condition que le présent d’une vérité soit tel qu’il convoque pour part
d’autres présents. Ie que pour qu’une vérité soit réactivable, il faut que quelque chose de son présent
soit… Elle n’est représentable que si sa présentification même n’est pas entièrement obsolète. Il faut que
nous ayons puissance de réactiver au présent un présent passé. Cette réactivation au présent d’un présent
passé, tout montre qu’elle est possible, qu’elle se produit. Elle se produit comment ? Elle se produit en
fonction du présent de réactivation. La forme particulière de présent de réactivation est telle qu’elle est
aussi possiblement, autour d’une vérité, réactivation de son présent.
Nous allons compliquer un peu plus notre théorie du temps : le présent est aussi puissance de
présentification du présent passé. Donc nous soutiendrons que nous pouvons avoir l’expérience d’un
présent passé. C’est une thèse très risquée, qu’il faudra encore étayer à propos du temps. Mais je soutiens
que dans l’espace de la théorie du sujet que nous proposons, il y a possiblement expérience, expérience
au présent, du et dans le présent, expérience possible d’un présent passé. C’est la raison pour laquelle je
ne crois pas du tout au relativisme historique, au fait que les époques soient closes sur elles-mêmes. Je ne
crois pas qu’une époque ait un transcendantal historique qui nous est inaccessible. ça prend la forme, très
développée aujourd’hui, de l’idée (ça peut être un relativisme dans l’espace et un relativisme le temps)
qu’il y a des configurations subjectives dans lesquelles il n’est pas possible véritablement d’entrer si on
n’en est pas. Historiquement, ça veut dire au fond que il y a des ensembles historiques à propos desquels
il ne peut y avoir que du savoir. On peut savoir, savoir ce qui s’est passé, mais il n’y a que du savoir.
Donc si c’est le cas, la vérité comme surgissement est perdue. Nous n’avons pas d’autre accès à elle que
son devenir savoir. Je pense que ce n’est pas vrai. Je pense que sous des conditions qui tiennent à la
texture même du présent (je ne dis pas que n’importe quel présent passé est réactivable, ce serait une
absurdité), mais il y a des conditions telles qu’il est de la nature du présent de pouvoir être subjectivation
présent passé, subjectivation partielle, ce que vous voulez, mais subjectivation quand même. Je
participais il y a peu de temps à un séminaire de travail, où un de mes collègues affirmait comme une
évidence partagée, comme une évidence transcendantale, pour tout le monde, ceci que nous ne pouvions
pas savoir ce que pensait un grec. Ce qui m’a frappé, c’était l’accent d’évidence. On peut savoir ce qu’ils
avaient écrit. Mais ce qu’ils avaient pensé, l’intimité de leur rapport au présent, ça non. Je pense que
c’est une idée erronée, et qu’il nous est possible de savoir ce que pensait un grec, et même de penser la
même chose que lui. Je ne dis pas que ce soit une expérience disponible, c’est une expérience sous
condition, sous condition de quoi ? Sous condition d’un présent. Ceci dépend de la texture effective du
présent, et ceci explique que des zones entières de l’histoire soient d’opacité variable. Elles sont
d’opacité variable dans le temps. Il y a des moments où c’est très loin et d’autres moments où cette chose
très loin est plus proche : cela tient au présent lui-même. Mais l’idée qu’il y aurait une clôture des vérités,
un pur destin de savoir, est une idée que je ne crois pas exacte. C’est en ce sens que je dirais que toute
vérité est vérité pour toujours. Elle est réexpérimentable comme telle. Naturellement, c’est une
possibilité d’activation, c’est un simple possible (je ne soutiens pas que nous sommes en état de
subjectiver à tout instant l’ensemble du présent passé).
C’est la raison pour laquelle il y a deux statuts des vérités hors de leur présent et non pas un seul. - il y a
un statut de savoir, classiquement déterminé : nous savons, nous pouvons savoir ce qui a eu lieu, ce qui
est arrivé, ce qui a été tracé etc… Nous l’appellerons le destin d’être des vérités. Quant à l’être, leur
destin est effectivement d’entrer dans une situation sous forme de savoir.
- et puis il y a une autre figure, la figure de resubjectivation possible. Et cette resubjectivation est sous
condition du présent. Elle n’est pas fermée en soi. Il convient de dire que cette 2ème forme d’existence, de
latence, cette mise en latence d’une réactivation possible, il convient de dire que ça, c’est l’éternité. Elles
sont éternelles pas au sens où elles sont projetées dans un ciel extérieur mais parce qu’elle sont
resubjectivables (sous condition) et en ce sens toute vérité est éternellement disponible, disponible
comme telle, ie disponible au présent. Qu’est-ce que c’est finalement que les vérités ? J’ai toujours
soutenu que sans elle la philosophie était impossible. C’est les vérités au présent (pas dans le destin de
savoir), les vérités dans la présence même de leur surgir, telles qu’elles demeurent disponibles pour une
subjectivation au présent. Et en ce sens j’assume le vieux thème philosophique des vérités éternelles,
que je ne distingue nullement des vérités non éternelles. Ce sont deux destins des vérités, et pas deux
types, en affirmant qu’en un sens toute vérité est éternelle. Toute vérité est éternelle, car il n’est pas vrai
que son présent propre ait disparu pour toujours. Du point de vue de la théorie du temps, l’éternité ça
peut aussi se définir. Il y a une activation de l’éternité : qu’est-ce que c’est une éternité au présent ? c’est
quand un présent passé est présentifié. Quand nous ressaisissons une vérité dans l’élément du présent, ie
encore sous l’espace subjectif, au présent passé, et la possibilité que au présent il y ait présence d’un
présent passé, c’est ça l’éternité. Si bien qu’il faudra dire cette formule paradoxale : l’éternité, ça arrive,
de temps en temps. L’éternité, ça peut arriver. Je dirais que c’est notre expérience. Spinoza disait : nous
expérimentons que nous sommes éternels. Je suis convaincu que tous autant que nous sommes nous
avons au moins une fois que nous étions éternels [chgt K7] Il y a de l’infranchissable, il y a réellement
une abolition du temps, mais simplement elle arrive, dans le temps, et elle arrive au présent. L’éternité
c’est ça, c’est le présent de l’abolition du temps, c’est le mode au présent d’une certaine abolition du
temps obtenue en dépit d’une subjectivation du présent passé. Si vous regardez les grandes philosophies,
quelles qu’elles soient, vous verrez qu’elles tournent toutes autour de ce point. Une grande philosophie
est toujours une philosophie qui réellement cherche l’éternité. Elle est retrouvée, quoi ? l’éternité : c’est
Rimbaud. C’est pas les philosophes. Elle n’a pas d’autre mode d’être que d’être trouvée ou retrouvée.
Elle n’est pas l’ailleurs du temps, l’après du temps. Elle est dans le temps, dans le temps lui-même, et
plus précisément elle touche à la question du temps des vérités. Le temps des vérités est une disponibilité
des vérités au présent. Quand, de l’intérieur d’une figure subjective au présent, il y a cette
resubjectivation d’un présent passé, alors quelque chose du temps de l’éternité est retrouvée. L’éternité
est une possibilité : dans son être c’est une possibilité (elle peut venir). Il y a des conditions de cette
venue, des conditions assez strictes. Il est vrai, en fin de compte, que - c’est une des définitions possibles
de la philosophie, définition singulière mais pertinente si on regarde les grandes philosophie - la
philosophie, c’est ce qui prête attention aux conditions de venue de l’éternité. Les conditions de venue de
l’éternité ne dépendent pas de la philosophie. Que ce soit une éternité de l’ordre du bonheur amoureux ou
de l’ordre de l’enthousiasme politique, ou de l’ordre de l’art, ou de la béatitude scientifique, l’éternité
vient sans la philosophie, heureusement. Elle est ce qui peut venir. Mais on dira que la philosophie est ce
qui prête attention à cela, et qui cherche à penser les conditions de possibilité de l’éternité, de l’éternité
des vérités. C’est vrai que la philosophie s’occupe des vérités éternelles, mais c’est un traquenard : ça
entraîne une classification des vérités entre vérités éternelles et vérités qui ne le sont pas. En vérité, toute
vérité est en posture d’éternité possible, et la philosophie est la pensée des conditions de possibilité de
l’éternité, de la resubjectivation, de la mise au présent du présent passé, ie de la consonance des
événements, si on remonte. Vérité, présent des vérités, espace subjectif, ouverture de l’espace subjectif :
si vous resubjectivez un présent passé, quelque chose va retentir de l’événement qui lui a donné
naissance, ou lui en a donné la possibilité. Seulement, vous voyez bien que ne pouvez faire cela qu’à
partir de votre propre présent, donc de votre propre événement. L’éternité, c’est aussi - autre définition -
la convocation d’un événement par un autre, ce que j’appelle la consonance des événements. C’est le
moment où, dans la disposition subjective post-événementielle qui est la votre, quelque chose retentit ou
résonne d’une autre événementialité. Il n’y a de resubjectivation que si d’une certaine manière quelque
chose de la césure événementielle antérieure retentit ou résonne là maintenant, là où vous êtes fidèle à un
événement, celui qui vous a constitué. On pourrait dire finalement que finalement, l’éternité, c’est la
mise en résonance des événements. D’un point de vue ontologique, c’est quelque chose comme ça. Je
vous le rappelle : un événement, c’est ce qui est infondé, au sens strict. C’est un multiple infondé, il n’a
pas d’autre garantie de lui-même, il est sans fdt ou garantie de son être. Par conséquencet, on peut dire :
l’éternité, c’est l’harmonie de l’infondé. L’harmonie au sens musical : quelque chose fait résonner autre
chose, mais où ? dans l’infondé ! L’infondé, c’est aussi le hasard, l’événement est absolument aléatoire,
absolument incalculable, absolument hasardeux. L’éternité, c’est l’harmonie du hasard, dans son
multiple. Je dis cela parce que évidemment il y a une tradition qui a associé l’éternité à la nécessité, y
compris dans le schème de Dieu : l’éternité, c’est ce qui n’est pas contingent, ce qui est à soi-même sa
propre nécessité. Je crois exactement le contraire : pour autant qu’il y a éternité, c’est dans cette
consonance elle-même hasardeuse des hasards. Nous le savons parfaitement : quand nous avons une
petite touche d’éternité, nous savons toujours que c’est dans la bénédiction du hasard. Ce n’est jamais
autrement. Cette transmigration du hasard n’est pas le résultat d’un calcul. C’est de l’ordre de
l’endurance. Quand quelque chose est de l’ordre de cette subjectivation résonante par quoi quelque chose
du temps est aboli, c’est un don du hasard, c’est dans une dépendance du hasard. L’éternité est en effet
dans cet entre deux des hasards qu’ils font qu’il consonnent dans une resubjectivation elle-même
hasardeuse. L’éternité, c’est quelque chose comme l’harmonie des hasards. Face au calcul de probabilité,
il y a quelque chose dont la métaphore est musicale, la mise en consonance, la mise en radiation, elle-
même intraçable et sans chiffre. C’est tout ça qu’on tient dans cette 1ère tentative de définition
approximative, qui est de dire : la vérité c’est ce que l’ouverture de l’espace subjectif rend possible en
matière de nouveauté. Et encore une fois, le destin du nouveau est de devenir de l’ancien, c’est la
réduction de la vérité au savoir, mais l’autre destin, que j’appelle le destin éternel, c’est que la nouveauté
reste neuve. C’est au même point, au même point, c’est devenu ancien et ça se redonne, ça se représente
hasardeusement avec la nouveauté. Donc il n’est pas vrai, c’est une pensée trop nécessaire, de dire que le
seul destin du nouveau soit de vieillir. J’y insiste, car c’est une conception, c’est un choix, un choix de
pensée très important. En réalité, je dirais que l’oppression a pour définition générale de convaincre que
le seul destin de a nouveauté est de vieillir. Si je donne une définition de l’oppression c’est celle-là. Ça
prend toutes les formes : vous êtes jeune vous comprendrez vieux, bien sûr vous croyez à des tas de
choses mais avec l’expérience, ou bien vous avez fait ça mais qu’est-ce qu’il en reste, ou vous avez cru
ça mais quelle erreur voyez où vous en êtes, vous voulez ça, mais vous savez bien qu’on peut pas l’avoir.
C’est ça le discours fondamental de l’oppression, c’est un discours de résignation ultimement. Mais le
point sur lequel il porte c’est cette expérience sauvage que nous pouvons avoir que c’est vrai : on est
jeune, on devient vieux. C’est vrai, en savoir c’est comme ça, on le sait. Mais est-ce qu’il y a que ce que
l’on sait ? La question est légitime. Est-ce qu’il n’y a que ce que l’on sait ? Justement, ce qu’on peut
soutenir c’est qu’il n’y a pas que ce que l’on sait en matière de vérité. Il n’est pas vrai, ultimement, que
ce soit comme ça, que le destin de toute invention est de devenir application, que le destin de toute
nouveauté est de devenir ancienneté, que le destin de projet est de devenir installation, que le destin de
tout amour est de devenir habitude, que le destin de tout art est de devenir commerce, que le destin de
toute science de devenir technique. Ce n’est pas vrai, sous condition. Ce qui est vrai, et nous avons
toujours en nous même un secteur d’expérience qui nous le dit. En réalité quelque chose peut être
réactivé dans sa nouveauté même. Et quelque chose de la nouveauté est réactivable. Evidemment,
l’expérience peut-être la plus forte, l’exemple le plus fort là-dessus est la très vieille question de savoir
pourquoi les œuvres d’art ancienne qui nous émeuvent toujours. Marx : pourquoi est-ce que les œuvres
d’art grec nous émeuvent alors qu’on est à l’époque des machines ? Ça nous émeut, disait-il, car c’est
comme notre enfance, et que cet espèce de jeune enfant que sont les grecs, on est touché comme quand
on se souvient qu’on a été jeune. Très mauvaise piste ! C’est la piste de la nostalgie. On est vieux. Mais
ça n’a rien à voir. En réalité, les œuvres anciennes nous touchent parce que nous subjectivons leur
nouveauté même. Ce n’est pas simplement ce que nous en savons ou en déchiffrons qui opère. Ce qui
opère, c’est quelque chose de leur espace subjectif lui-même, ie leur présent. Je ne dis pas que tout se
figure du présent, que rien ne se perd, mais ce qui nous touche, c’est qu’il y a quelque chose là qui est
donné en coalescence et qui garde sa nouveauté, qui n’est pas devenu un stigmate usé, quelque chose
comme le conservatoire nostalgique de l’ancien. Non, ça agit, ça réagit avec son présent. C’est une
expérience que nous avons absolument. De ce point de vue là le registre de l’art est instructif. Il faut
soutenir que vérité, comme nous le prenons, ie ce dont est capable un espace subjectif, ce dont un espace
subjectif a produit dans l’écho ou la résonance de la rupture événementielle, il est juste de dire que c’est
vérité pour toujours, en même temps que en dernier ressort, c’est vérité comme matériau de savoir, c’est
vrai aussi. Et que donc nous pouvons penser la nouveauté comme nouveauté. Nous le pouvons. Ça
n’arrive pas toujours, ça a des conditions, ça a des conditions de vérité, des conditions événementielles,
mais nous le pouvons. C’est la question de l’éternité. Comme le dit Rimbaud, nous pouvons la retrouver.
Voilà pour le 1er développement sur vérité : vérité dans sa connexion à l’espace subjectif.

Maintenant, dans son être, qu’est-ce que c’est qu’une vérité ? On va l’interroger ontologiquement, dans
un versant matérialiste de l’investigation. Dans son être, je le rappelle une vérité c’est le déploiement
d’un présent, c’est au présent, c’est une condition sine qua non pour que ce soit nouveau. Mais le
présent, c’est quoi ? Le présent, nous l’avons dit, ce sont les conséquences de l’énoncé événementiel.
Donc on peut dire : une vérité, c’est les conséquences de l’énoncé événementiel, ce qui s’en infère
vitalement, qui est homogène en conséquence, conséquencet avec l’énoncé événementiel. Et nous
pouvons pour l’instant dire, comme hypothèse, on donnera des arguments plus tard : c’est infini, parce
que les conséquences d’un énoncé événementiel sont infinies. Rien dans l’énoncé événementiel ne borne
l’horizon de ses conséquences. Dans les promenades que nous faisons dans les différentes procédures de
vérité, l’amour est le plus simple : vérité, dans son être, c’est les conséquences du je t’aime, si on dit que
je t’aime est la déclaration événementielle. La déclaration a des conséquences, et finalement ce qu’on
appelle la vérité amoureuse est le système des conséquences, ce qui est ce qui est conséquencet avec cet
énoncé rudimentaire, partagé par de nombreuses singularités amoureuses. Nous voyons bien que vérité ça
va être ça, et c’est donc au fond la supposition d’un présent de soi-même. Vérité, c’est l’infinité du
présent, des conséquences de l’énoncé. On peut dire : vérité, c’est le déploiement infini d’un présent,
pour autant que ce qu’il architecture, ce sont les conséquences. Donc une vérité, en un certain sens, ça
n’est jamais qu’un multiple. C’est le multiple infini des conséquences, c’est la multiplicité infinie du
présent. J’y insiste : le présent, c’est tout sauf un point. Le point c’est l’instant (un point du temps). Un
présent, c’est autre chose, c’est une multiplicité infinie. J’insiste aussi sur le fait que… c’est qu’un
présent soit une vérité infinie ne nous dit rien de sa durée. Il faut prendre présent au sens où nous
construisons le temps. Si vous la rapportez à la durée, chronologique, le fait que le présent soit infini ne
dit rien sur sa durée. Vous avez des séquences d’une vérité comme durée, des séquences historiques
d’une vérité peuvent être longues ou courtes. Rien dans le présent n’indique ce qu’il en est. Car un infini
peut être ramassé en un temps court, ou pris dans un temps chronologique long. Rien de ce que c’est
qu’un présent ne nous indique la durée du présent, ie son espacement proprement historien ou
chronologique. Nous avons des séquences de vérités courtes, mais néanmoins avec un nb élevé de
conséquence, et nous pouvons avoir des séquences de vérités longue, beaucoup plus sporadiques quant
au dépliement des conséquences. C’est affaire de singularité, ça ne se déduit d’aucune loi, si je puis dire,
du présent. Vous pouvez avoir un amour très long assez rare en vérités, et un amour bref dense en vérités,
ie en variété de conséquence. De même, une séquence scientifique, on l’a souvent observé, il peut y avoir
des moments où dans un bascule événementielle, il y a un torrent de résultats scientifiques, qui fait que
dans une séquence très courte on a un présent vaste. D’autre séquences longues beaucoup plus
sporadiques, où le labeur des conséquences est b plus pénible et ralenti. Quand nous disons : dans son
être une vérité est déploiement du présent, ça ne coïncide en rien avec ce qu’est la séquence saisi dans le
temps de la situation, dans le temps ordinaire. Ce qui fait que le présent au sens où nous en parlons n’est
pas historique au sens du temps de l’histoire. Le présent d’une vérité n’est pas le temps normé de
l’histoire. Ça se donne comme des séquences historiques, bien sûr, mais à chaque fois cette séquence est
un présent, cette séquence exprime les conséquences, ie la vitalité du présent, et ceci que la séquence soit
courte ou longue, ça dépend de la singularité considérée. C’est d’ailleurs pourquoi l’histoire et les
historiens ont du mal avec les vérités, ils ne les aiment pas beaucoup, ils préfèrent faire l’histoire des
erreurs ou du savoir. L’exemple frappante, de ce point de vue là, c’est Foucault. Je le prend comme
historien, c’est injuste. Mais tous de même. Les découpages historiques de Foucault, une épistème,
l’investigation du 18ème siècle dans les Mots et les Choses est une investigation des protocoles discursifs
du savoir, mais tout ce qui est pour nous vérité est absenté : on ne parlera pas des progrès la science
mathématique, des progrès de la physique, on ne parlera pas du Contrat Social de Rousseau, on parlera
d’énormément de choses inconnues avant que Foucault les découvre, ie ce fourmillement savant des
dispositifs de base. Foucault dira : ce qui m’intéresse c’est la situation. Il a raison, alors le discours
historien va embrasser les figures discursives qui sont les figures du savoir de la représentation et
opinion. Mais ce qui fait trou, ce qui a été là dedans une acquisition pour toujours, ça non, ça ne prend
pas place. Ça le transperce, ça ne s’y inscrit pas. De sorte qu’on peut dire qu’une épistème au sens de
Foucault, c’est une époque du savoir. ça oui. Ça l’est avec génie, c’est l’identification d’une époque du
savoir. Mais ce n’est pas une époque des vérités. Pour identifier l’époque du savoir, il faut d’une certaine
manière absenter en fait les procédures de vérité… pour ne laisser que ce qui, dans un pouvoir de
fascination systémique extraordinaire, pour le coup n’est pas réactivable. Evidemment on peut dire : on
n’est plus dans cette épistème, on en est sorti. C’est vrai, sauf c’est pas vrai qu’on est sorti du calcul
différentiel, ou des débats sur la démocratie chez Rousseau, ou des formes de sensibilité de la Nouvelle
Héloïse, ou du Sturm and Drang, ni même de Watteau. C’est des acquisitions pour toujours, c’est
réactivable. Par contre c’est vrai que les configurations que Foucault décrit, c’est pas très intéressant de
les subjectiver, et même c’est pas possible. Je vois là un point intéressant : c’est qu’on peut soutenir que
l’histoire est toujours plus ou moins histoire du savoir, et jamais histoire des vérités. Il y a une raison
profonde à ça, qui est qu’il y a malgré tout quelque chose dans les vérités qui n’est pas réductible à
l’histoire du savoir, la dimension d'éternité. L’éternité, ça n’est pas historique, ça vient au temps mais ce
n’est pas l’histoire du temps. J’en profite pour dire que quand, comme dit Spinoza, nous expérimentons
que nous sommes éternels, nous expérimentons que nous sommes autre chose que notre époque ou que ce
notre époque veut que nous soyons. Ça ne veut pas dire que nous sommes d’une autre époque, ou d’une
époque à venir. Pas du tout. Il y a quelque chose du 18ème qui ne rentre pas dans le dispositif épistémique
de Foucault. Tout y rentre, mais il y a quelque chose qui n’y rentre pas cependant : l’éternité.

Question : Foucault en tant qu’historien, mais en tant que philosophe ?


Réponse : Foucault entreprend en effet l’investigation, avec un génie et une puissance inventive extrême,
de ce que c’est que le dispositif épistémique d’une période, comment on peut l’identifier, quels sont les
protocoles discursifs qui circulent, comment il se constitue. Ce que je veux dire, c’est qu’il a épuisé la
situation. Sauf que il n’y a pas que ce qu’il y a ! Pour autant qu’il y a ce qu’il y a, quelque chose de
dispositif de Foucault est complet. Mais ce qu’il n’y a pas c’est ce qui n’est pas réductible à ce qu’il y a.
C’est ce qui ne se laisse pas intégralement penser dans le dispositif épistémique. De ce point de vue là,
c’est un exemple génial de ce que quand on fait l’histoire des représentations, des épistème, des
protocoles discursifs, on fait l’histoire du savoir, des savoirs, on périodise les savoirs, on dessine une
totalité singulière qui est une figure identifiable du savoir, on montre qu’elle est close, et que les deux
aspects d’identification et de clôture ne sont pas adéquats à ce que j’appelle ici vérité. Empiriquement, ça
veut dire que les choses qui ont ce statut de vérité ne sont pas dans le protocole d’investigation.

Question : …
Réponse : je n’en sais rien, l’œuvre de Foucault est restée ouverte, il y a une trajectoire. A vrai dire
quand on lit le Souci de soi, c’est pas tout à fait la même chose. Je ne dirais pas ce que je dirais sur les
Mots et les choses. Le projet propre de Foucault de ce point de vue là demeure fondamentalement
historien. Un propos historien, qui peut-être quant à lui a produit une vérité sur l’histoire, c’est peut-être
un événement, après tout, cette histoire des épistème, c’est une invention en tout cas, mais une invention
d’historien. Ça se voit sur ce critères très particulier qui est que ce qui fait le 18ème en tant qu’autre chose
que son propre protocole discursif immanent est en percée ou en traversée du dispositif de Foucault, pour
des raisons conséquencetes. Ce qui m’intéresse là dedans, c’est simplement de dire qu’il faut prendre au
sérieux l’idée qu’il n’y a pas d’histoire des vérités. C’est une thèse très frappante, car notre monde est
historien jusqu’au bout des ongles, il ne fait qu’écrire des histoires, l’histoire des cultures, l’histoire des
femmes, l’histoire des techniques, l’histoire du maïs etc… On ne voit que ça ! Même s’agissant des
sujets de vérité, des artistes, des scientifiques, des grandes figures amoureuses, des hommes politique, ce
qui intéresse, c’est la biographie. Or la biographie, c’est quoi ? c’est le traitement d’un sujet en histoire,
c’est l’historicisation d’un sujet. C’est faire d’un sujet de vérité une histoire. Il n’y a qu’à montrer que
son histoire est minable, comme celle de tout le monde. C’est donnée d’emblée. Si vous faites la
biographie d’un génie, vous allez montrer qu’il était avare, qu’il avait une vision politique détestable,
qu’il traitait mal les femmes, il avait des rapports aux autres dégoûtants, il est mort lamentablement et
d’ailleurs il est né pareil etc… je ne le reprocherai pas aux biographes. Quelquefois ce sont des gens un
peu bas ! Mais néanmoins il y a ce point commun (qui n’institue aucune comparaison) : quand vous
traitez de la question des vérités en histoire, dans la figure de l’histoire, c’et une moulinette du savoir, il
n’y a rien à faire. Ultimement, quelqu’un qui lit la bio de Beckett, il veut savoir les femmes qu’il a
aimées, les problème avec ses parents… On va tout savoir, sauf pourquoi on a écrit une biographie ! Si
c’était pour savoir ça, c’était pas la peine, on aurait plus prendre qln d’autre : c’était pareil en gros. Ce
qui échappe c’est le pourquoi d’une biographie, car le pourquoi ne passe pas dans l’histoire. On ne peut
pas l’objecter aux biographes. Les raisons pour lesquelles on fait une biographie d’Archimède ou de
Samuel Beckett sont telles que le passage en savoir historien de la chose va faire que en vérité, ce point
du sujet de vérité, on ne va plus l’y retrouver. Il ne suffira pas de dire à toutes les pages que c’était un
écrivain génial (c’est ce qu’on retrouve !), car ce n’est pas historique. Bien sûr c’est lui qui a été transi,
traversé, structuré par cette vérité. Mais ce faire là n’est pas historique. Il faut bien qu’il ne le soit pas,
parce que s’il l’était intégralement, on ne comprendrait absolument pas l’intérêt qu’on lui porte. Pas plus
qu’on ne s’intéresse à la vie de qln qu’on ne connaît pas. On ne s’y intéresse pas beaucoup. Si qln faisait
la biographie d’Alfred Dupont, personne ne l’achèterait. Il était à Carpentras, il a fait ses études au lycée,
il a épousé une femme, il travaillé dur dans un bureau, il est mort et enterré… ça ne fonctionne que sur
l’horizon de l’éternité des vérités, ce genre d’historisation, mais ça ne fait pas entrer cet horizon dans
l’histoire elle-même.

Question : ne peut-on pas penser…


Réponse : dans un certain sens, en ce cas là, pourquoi interposer entre la rencontre de l’œuvre, de la
chose même, et le sujet, cette historisation ? ou alors la biographie ne peut qu’y conduire mais elle y
conduit pas car tout le monde sait que… C’est un constat, y compris de contemporains récents.
Je pense que les biographies souhaitent vivement que ça serve à ce qu’on rencontre l’œuvre, mais je suis
pas sûr que ce ne soit pas une illusion originaire. C’est l’inverse : je crois que si on a rencontré l’œuvre
on peu s’intéresser à la biographie (c’est curieux de voir comment un animal humain fait ce machin, ça a
un charme de lire les biographies, j’en lis comme tout le monde). Il est étrange et philosophiquement
intéressant de voir qu’un animal humain dont le biographe n’arrive pas à nous convaincre qu’il est autre
chose que comme tout le monde, finalement… dans l’autre sens, je ne crois pas : c’est la déclinaison de
l’éternité dans l’histoire, ce n’est pas praticable. Voilà c’était en entour ou en commentaire de la question
de ce qu’est une vérité dans son être : un ensemble de conséquence, un présent dilaté, quelque chose à la
mesure de quoi n’est pas l’histoire. L’histoire n’est pas apte à saisir le présent au sens où on parle ici du
présent. Elle fait beaucoup de choses, elle est utile et nécessaire.
Question
Réponse : il a aussi dit plusieurs fois que c’était un projet insensé. La question posée est : que dire de
Sartre qui disait qu’il voulait absolument tout savoir de Flaubert, quasiment minute par minute. Oui, mais
ça, c’était un projet de Sartre, ça, ça n’est grand que comme œuvre de Sartre. Ce n’est pas une
biographie, vraiment. Ce n’est pas une biographie, c’est Sartre mettant à l’épreuve de ce malheureux
Flaubert sa catégorie de la totalisation. C’est une catégorie sartrienne, c’est une catégorie fondamentale
dans la CRDial, et c’est lié à la conception qu’il se fait de ce que c’est que la praxis, et son système de
conditions etc... Le point de départ, c’est pas de faire la biographie d’un grand homme, mais 1° de mettre
la catégorie de totalisation, et 2° de la mettre à l’épreuve en réalité de façon personnelle qui a toujours
été la sourde identification de Sartre à Flaubert. Le point de départ c’est pas faire une biblio académique
mais une longue histoire de l’identification intime de Sartre à Flaubert, qui fait que quand il veut mettre à
l’épreuve la catégorie de totalisation, et l’ensemble des concepts qui vont avec, il choisit Flaubert après
avoir hésité à se choisir lui-même, comme les mots l’indiquent. On est dans la biographie comme auto-
biographie identificatoire comme mise à l’épreuve d’une catégorie spéculative fondamentale qui est la
totalisation. Alors effectivement si on soutient que le projet fondamental de qln existe et que c’est la
totalisation de sa liberté, alors il faut l’éprouver jusqu’au moment où on peut expliquer la rédaction des
notes de blanchisserie. C’est un projet pharaonique, un projet philosophique pharaonique. [Chgt K7]

3ème thèse : la production de vérité est en sujet. Elle n’est pas transitive à l’espace subjectif comme tel,
elle est toujours en sujet. Ie que cette production de vérité n’apparaît, n’est effective, que pour autant
qu’elle s’inscrit dans un type subjectif. Je ne vais pas commenter pour la 100ème fois le mot subjectif, ça
va devenir vraiment ressassant. Mais ça veut dire quoi ? ça veut dire que la production de vérité doit être
inscrite dans la formule d’un type subjectif pour apparaître, pour apparaître dans la situation. Elle
n’apparaît pas comme ça, en l’air, ou comme pur tracé sur l’espace subjectif. Il faut qu’elle s’inscrive
dans la combinaison singulière que représente un type subjectif. Si vous voulez une comparaison,
malhabile, c’est comme une quantité qui n’est effective ou opératoire que parce qu’elle s’inscrit dans une
formule. Comme une lettre, si vous voulez, n’a de sens que parce qu’elle fait partie d’une formule. Nous
avons inscrit les formules des types subjectifs. La production de vérité, elle apparaît dans la formule,
dans une formule, elle n’apparaît pas séparée d’une formule subjective. Elle s’inscrit à la place de la
conséquence.

Badiou commente les formules


Par exemple, on dira que la vérité est inscrite dans l’espace subjectif pour autant que sa place est
marquée dans la formule, et quelle que soit la formule considérée, celle que nous avons retenue ou
d’autres possibles, il est essentiel de comprendre que vérité n’apparaît qu’à la place qui lui est prescrite
dans une formule, dans la formule d’un type subjectif. On pourrait dire : il y a un espace subjectif, et puis
les conséquences apparaissent comme un élément de l’espace. Non, admettons que ceci soit une
conséquence, une disposition élémentaire de vérité, ça n’apparaît que dans une formule. C’est un 1er
point. C’est ce que veut dire, alors là littéralement, que la production de vérité n’apparaît que en sujet. En
sujet ça veut dire, au sens précis du terme, dans une formule subjective, dans la formule d’un type
subjectif. Je voudrais ici insister sur le fait que nous abandonnons toute idée du type : le sujet produit la
vérité. Ou le sujet est la source de la vérité, ou la vérité est immédiatement cause du sujet. En réalité, il
faut bien voir que sujet, la formule subjective, c’est une condition d’apparaître de la vérité, parce que
cette apparition est toujours dans une formule subjective. Elle est toujours marquée ou inscrite dans une
formule subjective. Il n’y a pas lieu de dire que le sujet produit la vérité, ou qu’il en est la cause ou rien
de tel. Ce qu’il y a, c’est que le mode d’apparaître propre d’une vérité (il n’y en a pas d’autre) c’est de
venir à sa place dans une formule subjective. Tel est le mode d’apparaître propre d’une vérité. C’est de
venir à sa place dans une formule subjective, à la place que la formule lui prescrit. A la position de la
conséquence, à la position du revirement, il y a diverses positions possibles. Le mode d’apparaître d’une
vérité, c’est de venir à la place que la formule subjective lui prescrit.
C’est là que nous avons notre 1er nœud essentiel entre vérité et sujet. Le 1er nœud se dira : il est
formulaire, ie vérité se marque à une place de la formule subjective, et vérité ne peut se marquer nulle
part ailleurs. Encore une fois, ce n’est pas une transitivité, ce n’est pas une causalité, ce n’est pas une
représentation, ce n’est pas une conscience, ce n’est rien de tel, c’est simplement que vérité ne peut venir
que là où une formule subjective prescrit que ça peut venir : ça peut venir comme conséquence, au dessus
de la barre, sous de la barre, ça peut être absenté. Mais toujours ça vient là où une formule subjective
prescrit que ça soit. C’est ce que j’appelle le nœud formulaire entre vérité et sujet.
Evidemment, il faudra aussi soutenir la réciproque, ie il n’y a de formule subjective réelle, effective, que
pour autant qu’un état de vérité entre dans sa formule, ou dans la composition de sa formule. Nouage,
vraiment, parce qu’on ne peut pas décider, au point où nous en sommes, d’une antériorité quelconque de
vérité sur sujet ou de sujet sur vérité. C’est le point auquel je voulais pour l’instant vous conduire. En
réalité, il y a indécidabilité de toute priorité de l’un sur l’autre. Il y a certainement une antériorité de
l’événement, ça oui, mais pour les 2. Il n’y a pas de vérité dans sa nouveauté sans structure
événementielle, et pas de sujet sans structure événementielle. Mais par contre si on prend vérité et sujet,
eh bien on a une affirmation et sa réciproque :
1° la vérité effective n’apparaît qu’en position dans une formule subjective
2° et inversement une formule subjective n’est celle d’un sujet (n’est réelle) que pour autant que vérité y
est inscrite.
Nous dirons que nouage ici signifie une implication formulaire réversible. Nous le donnons sous une
forme un peu technique. Les formules nous donnent précisément la possibilité de penser cette réciprocité
sans hiérarchie. Si on avait seulement vérité et sujet, on ne s’en sortirait pas : on serait obligé de dire que
vérité est condition du sujet etc… Ici nous n’avons pas sujet en un sens indifférencié mais formule
subjective, nous n’avons pas vérité indifférenciée mais état de vérité, nous avons une implication
formulaire qui nous permet de rester dans l’indécidabilité entre vérité et sujet. Un état de vérité s’inférant
à sa place dans une formule subjective, et inversement il n’y a pas d’autre d’apparaître de la vérité que de
s’inscrire dans une formule subjective. Rien n’est avant l’autre, c’est la réciprocité formulaire.
Cette disposition formulaire, là aussi, on en a l’expérience, même quand on ne connaît pas la formule. On
en a l’expérience sur un point précis, qui est que : demandons-nous par exemple si le sujet amoureux est
antérieur à l’amour, ou l’amour au sujet amoureux. On sent bien que la question ne se laisse pas trancher.
Certainement, il faut qu’il y ait eu une rencontre. Mais la rencontre, c’est la dimension événementielle.
Est-ce que le sujet est induit par l’amour ou est-ce que l’amour n’existe que pour autant qu’il y ait le
sujet amoureux ? Manifestement, c’est indécidable. Ce que nous essayons de creuser, c’est le motif
profond de cette indécidabilité. Nous expérimentons cette indécidabilité, cette réciprocité implicative,
mais il faut la débrouiller. De même, on sait très bien : est-ce que tel ou tel grand inventeur en matière
scientifique est identifiable en dehors de son invention, ou est-ce que c’est son invention qui le qualifie
comme inventeur ? Personne ne sait comment décider, c’est non historique. Le caractère non historique,
c’est aussi cette réciprocité. L’histoire, c’est une mise en ordre, nécessairement. Or là, c’est comme si on
avait un récit sans ordre, c’est ça une vérité : un récit sans ordre. Entre le personnage et ce qui est
raconté, on ne peut pas séparer. On ne peut pas dire : voilà mon personnage, voilà ce qui arrive, ce qu’il
fait ce qu’il pense. Là, entre le personnage et ce qui lui arrive il y a une réciprocité absolue. Ce qui lui
arrive vient à une place subjective prescrit, et inversement le sujet n’existe que s’il est venu à cette place.
C’est sophistiqué, mais c’est aussi très près de l’expérience que nous partageons, à savoir ici
l’indécidabilité entre le processus et le sujet du processus. Nous donnons une forme précise : un état de
vérité ne peut apparaître que dans une formule subjective, et qu’une formule subjective n’est formule
d’un sujet que si un état de vérité s’y inscrit.
C’était pour redire comment une production de vérité sera dite en sujet. Inversement, la réciproque
généralisera : un sujet n’existe qu’à être production de vérité. Production, ici, c’est place formulaire. Et
ce qui tient les deux ensemble, c’est en fin de compte l’espace subjectif, ie la césure événementielle, le
fait que quelque chose est ouvert, et c’est dans cet ouvert que va se loger la réciprocité implicative du
sujet et de la vérité.

Enfin dernier point de récapitulation : j’ai dit état de vérité, ie que ce qui vient s’inscrire dans la formule,
c’est un état de vérité. Eh bien on appellera état de vérité toute instance finie d’une vérité. C’est
existentiel. Il faut bien comprendre que ce qui vient s’inscrire à une place, c’est en réalité toujours un état
de vérité. Selon une formule, ou selon un principe que nous donnons tout de suite : c’est que seul le fini
dans cette affaire peut venir en formule. C’est pas une vérité générale, c’est dans le cas particulier qui
nous occupe, la question du sujet, seul le fini vient en formule. C’est toujours un état de vérité, un
regroupement fini de conséquence. Qu’est-ce que c’est qu’un état de vérité ? Disons que c’est un
ensemble fini de conséquence. Ou encore, un état de vérité, c’est un profil fini du présent. Ce qui vient en
sujet, ie dans la formule subjective, c’est ça, c’est un profil fini du présent (puisque le présent, encore
une fois, c’est la conséquence en général, l’ensemble infini des conséquences). Ça donne un dessin du
nouage, du 1er nouage de vérité et de sujet.

Les conséquences qu’on en tire sont de 3 ordres, et vont structurer nos prochains développements :
- il y a une question qui vient d’apparaître, là, qui est celle du rapport entre fini et infini. Puisque nous
avons à la fois dit : une vérité, c’est l’infini du présent, et un sujet, ça accueille dans sa formule un état de
vérité, ie un profil fini du présent. Il nous faut élucider ce 1er point : comment procède ce rapport là entre
fini et infini ? Il semble bien, quant à la question de l’infinitude, nous avons notre manière d’aborder ce
problème, mais il semble bien que la conclusion qu’on pourrait en tirer, c’est qu’un sujet, c’est une figure
de finitude de la vérité, puisque ça n’accueille dans sa formule qu’un état de vérité. or il est fini. Nous
savons par expérience que quand nous sommes en train de travailler à une œuvre d’art, sur un problème
scientifique, dans une expérience amoureuse, le sujet comme tel est dans l’accueil d’un état de vérité.
Mais il sait bien que quelque chose excède cet état. C’est pas car on aura traité cet état qu’on aura traité
la question. C’est pour ça que c’est fatiguant ! Vous traitez un état de vérité, vous pouvez même être dans
un sentiment d’éternité, lié à la réactivation d’un présent passé, mais il y a un excès latent de la vérité sur
son état, qui fait que vous expérimentez que ce n’est pas le tout de la question. On va continuer dans
d’autres états. Ça continue. Pourquoi ça continue ? La clé est dans le rapport fini infini, et dans le fait que
l’infinité d’une vérité est coprésente à tout état fini de vérité. Un état de vérité, quelconque, est fini, mais
c’est le fini d’un infini spécifié, qui est la vérité qui est en train de procéder. Encore une fois,
phénoménologiquement, ça se donne dans l’expérience d’un excès latent. Il y a quelque chose de façon
latente qui excède l’inscription de l’état de vérité dans la formule subjective. Inscription de l’état de
vérité dans la formule subjective, ça veut dire quelque chose qui nous met en sujet de cette vérité, dans
notre formule. Il y a toujours expérience d’un excès latent. Ça va se donner sous la forme : on n’a pas
traité toute la question. Nous verrons la question de l’éthique, ça se donne sous l’impératif : il faut
continuer. On ne comprendrait pas pourquoi il faudrait continuer si l’état de vérité épuisait la vérité. Il ne
l’épuise pas, et il n’épuise pas même sa propre question. Un état de vérité, c’est un fini mais un c’est un
fini porté, un fini porté par l’infini de la vérité. quelque chose en lui résonne de cet excès infini sur lui
qui fait que l’inscription subjective n’est en effet qu’un moment de vérité. Et il y aura un impératif de
continuation inhérent à toute procédure subjective de vérité. C’est bien pour ça qu’il y a une éthique, il
n’y a pas d’autre racine de l’éthique que la rémanence de l’impératif de continuation. Et le fait que
l’inscription dans une formule subjective d’un état de vérité est aussi une expérience d’un excès, d’un
excès latent. C’est notre 1er problème : fini / infini. Sa ligne générale est à la fois ontologique et éthique,
disons-le comme ça.

- le 2ème problème, nous l’avons soulevé, c’est à propos du destin des vérités, c’est vérité et savoir. Y a-t-
il une pensée possible de leur différence et de leur connexion ? Nous avons dit que le destin de nouveauté
d’une vérité, c’est aussi tout de même de devenir un vieux savoir. Nous avons dit que ce n’était pas le
seul, mais il ne faut pas nier celui-là. Il est vrai qu’une vérité peut devenir un savoir. Il faudra traiter ça,
traiter vérité et savoir. Comment se fait-il qu’une vérité ne se dissolve pas immédiatement en savoir ?
Qu’est-ce qui fait qu’en tant que nouveauté, elle est autre qu’un savoir ? C’est une question cruciale.

- 3ème problème : quel est l’effet sur le processus de vérité des différents types d’inscription
formulaire ? C’est une question évidemment cruciale. La vérité n’apparaît qu’inscrite dans une formule
subjective, mais il y a plusieurs types de formules subjectives : ce n’est pas la même chose si elle
s’inscrit dans une formule de type fidélité, dans un formule de type obscure ou dans plusieurs à la fois. Il
faut déplier cette affaire. La vérité n’apparaît que dans une inscription subjective, mais comme il y a
plusieurs formules subjectives, quel est l’effet sur le processus de vérité de cette multiplicité là ? Les
états de vérité sont si je puis dire accueillis par des formules subjectives intrinsèquement différentes.
C’est le 2ème nouage. Qu’est-ce qui arrive à une vérité en fonction des différents types d’inscriptions
formulaires : est-ce qu’il faudra dire qu’il y a des vérités obscurcies par l’obscur, des vérités mises en
réaction au regard d’elles-mêmes, par une inscription dans une figure réactive, est-ce qu’il faudra dire
qu’il y a des vérités qui procèdent fidèlement, ça veut dire quoi, ça ? C’est un autre nouage : c’est
l’impact sur le processus de vérité de ses formes subjectives. Nous allons rejoindre la grande
métaphysique. Parce que la présence d’un état de vérité dans une formule subjective, je l’ai dit, c’est
l’apparaître de la formule. Elle n’apparaît que comme ça, autrement elle reste possible et indistincte.
C’est son mode d’apparaître : une vérité n’apparaît que sous une forme subjective. S’il y a plusieurs
formules subjectives, cela veut dire que toute vérité a plusieurs modes d’apparaître. Autrement dit, une
vérité apparaît multiplement. Il faudra donc que nous trouvions le nouage au sujet du caractère multiple
de l’apparaître d’une vérité.
Et après on aura la question, à la fin des fins : comment est-elle une bien que son apparaître soit
multiple ? Parce que jusque ici, nous avons toujours dit une vérité, nous n’avons pas laissé entendre qu’il
pouvait y en avoir dans l’espace subjectif plusieurs. Une vérité, un événement, par rapport à un
événement, dans un espace subjectif : sous ces conditions, il y en a une. Mais comment, étant une, peut-
elle apparaître et procéder multiplement ? C’est la question dernière ? Quand nous l’aurons répondu,
nous aurons une théorie achevée !
……………………
caractère réaction. Chateaubriand était un réac mais pas dans la figure subjective réactive. Il tirait les
conséquences : quelles sont les conséquences pour un légitimiste du fait qu’il y a la révolution ? C’est un
militant de la révolution française. La figure réac va consister à dire : faisons comme si il n’y avait pas eu
la révolution française. Château dit que c pas possible : on ne peut pas faire comme s’il n’y avait pas eu.
Il y a eu…. Faisons comme si effectivement… on pouvait tirer ce qui se passe actuellement au présent.
On peut aussi appeler cette figure une figure révisionniste. Révisionniste au sens où réviser une vérité
flagrante, comme l’existence des chambres à gaz. Vous vous enchaînez sur le fait que tout est pareil. La
figure de la réaction, en un sens c la figure révisionniste, qui révise l’ordre propre dans lequel le présent
est présent. De ce point de vue là, C était politiquement un réac mais pas un révisionniste, il ne révisait
pas ce point majeur que la révolution française avait fixé le présent. C’était la 3ème figure.

La 4ème figure

Question
Réponse : il s’agit de savoir ce qu’est un réactionnaire. C’est pas la figure de la réaction. Il y a toujours
une tendance du réac à s’adosser sur le sujet obscur. Il semble difficile aujourd’hui d’être réac sans être
révisionniste au moins sur un point (c peut-être un fait de conjoncture, c peut-être pas structural). Le réac
empiriste, qui défend l’ordre établi, le cours du monde, la conservation générale, qui s’est donné à lui-
même le nom de moderniste. Il est extra de voir des gens qui défendent des positions développées vers
1840 s’appellent modernistes ! Les positions réac contemporaines sont révisionnistes sur un point : la
révolution française, la révolution d’octobre, l’espace est ouvert. On finira par réviser Spartacus ! Il y a
une pulsion révisionniste. A l’arrière plan le grand révisionniste fascisant de l’extermination des juifs
d’Europe…. Sur l’événementialité politique est-elle liée organiquement à la réaction ou est-ce un point
de conjoncture ? L’ex de Château montre que le lien n’est pas nécessaire. On peut repérer des figures
réac politiquement qui cependant n’étaient pas révisionnistes. Notre destin, est-ce que la réac soit
révisionniste ? Peut-être. Mais structuralement il faut distinguer les deux points.

Question :
Réponse : malgré tout du point du débat politique en cours, c’était le point. Je n’ai pas le sentiment que
la figure réactive qui est là entraîne des.. réac. La figure subjective de la réaction soit en général réac on
comprend pourquoi, elle est dans la négation de la présence du présent. Mais la réciproque : que toute
position politiquement réac soit… c’est pas sûr. De là qu’il y ait des figures de grands conservateurs. Pas
réactionnaires, au sens de réviser l’espace… en vérité, c’était la figure du grand libéral conservateur, qui
pouvait être un excellent résistant, reconnaître l’importance considérable des évolutions, ça ne
l’empêchait pas de défendre un certain conservatisme. Je me demande si l’espace de ces figures n’est pas
en voie de rétrécissement…j'ai une idée : l’époque des révolutions est close, on n’est plus dans l’époque
des révolutions. Elle a durée de 89 à 1989. on n’est pas dans la clôture de cette époque. L’adossement
révisionniste porte toujours du côté de montrer comme c’est clos on peut marcher dessus. Tant que ce
n’est pas clos on peut taper sur la tête… ce qu’il propose suppose sans doute que quelque chose de ce se
donnait là soit dans sa clôture historique. C’est la clé de cette collusion circonstancielle entre réac et
figure …
4ème figure : c’est la figure qui cette fois est en réalité en dénégation du présent. Déni le présent lui-même
parce qu’elle raccorde l’événement à une transcendance, elle absorbe l’événement dans une figure de
transcendance ou un sujet plein, un sujet indivis. Ce qui se présente comme détaché d’une
événementialité hasardeuse a été prescrit par un sujet plein, et en tant que prescrit ça se subordonne… la
consistance, ie… j’ai proposé d’appeler ça le sujet obscur. Obscur y compris au sens de l’obscurantisme.
Voilà : typologiquement, nous avons 4 figures du sujet, dont vous voyez que finalement ça se donne
comme des agencements de epsilon et de i selon l’indication, la négation et … 3 opérations. Le temps,
l’inconscient,… disposés de telle sorte que ça donne un espacement. La prochaine fois nous allons entrer
dans la question de leur articulation interne. Comment peuple l’espace subjectif ? Un sujet c’est toujours
un mode d’exposition aux 4 figures. La dynamique reste celle de l’espace… nous verrons que chaque
figure est exposée aux 3 autres.

14 JANVIER 98
… ces morceaux, c’est les morceaux inclus au titre d’état de vérité dans une forme subjective. Je dirais :
c’est presque ce à quoi on reconnaît une vérité. Une vérité n’apparaît que morceau par morceau,
laborieusement. C’est infini dans son être, mais dans son apparaître, c’est morceau par morceau.
Pourquoi la poésie ça se donne dans des poèmes ? Vous pouvez rêver d’un poème total, épiphanique,
Mallarmé en a rêvé aussi, il payait son écho au romantisme. La poésie ça ne se donne qu’en poème. La
musique se donne dans des œuvres, un amour dans des expériences séquentielles, constamment
recommencées, diverses. Une politique c’est des bouts. Pourquoi ? C’est comme ça, une vérité, ça ne se
donne que par bouts, morceaux. Je dirais même que c’est à ça que nous la reconnaissons de manière
intime. On ne va pas avoir la chose d’un seul coup. Ça a commencé, ie c’est autre chose, ça arrive et en
même temps ça ne va se donner que par bouts. On le sait, mais en même temps on l’oublie, parce qu’il y
a quelque chose comme un incorrigible romantisme. On sait très bien qu’il est arrivé quelque chose, que
c’est une invention, une création, que c’est pas comme avant. Il y a quelque chose, et ce quelque chose
on voudrait bien le voir, l’avoir, le voir apparaître mais ça n’apparaît pas. Il en apparaît des bouts. On
raboute les bouts. C’est des conséquences, ça s’enchaîne. Pensez à l’expérience d’un amour, on fait des
trucs, des voyages, des enfants. Comment ça se raboute ? On sait pourtant que c’est la même chose dont
il s’agit, ou alors c’est que c’est mort. Mais cette même chose, où elle est ? Elle n’apparaît pas, il n’y a
que des bouts : c’est pour ça qu’il faut recommencer. L’éthique, ça n’a pas d’autre maxime que
continuer : parce que si c’est une éthique des vérités, ça veut dire qu’il faut d’autres bouts encore,
d’autres morceaux encore. Qu’est-ce que ça pourrait être d’autre ? D’autres conséquences, d’autres états
de vérité. Cet autre chose, c’est la même chose, mais le même de ce la même chose n’apparaît pas. Je
pense qu’il faut comprendre ça, et comprendre cette extraordinaire pulsion des sujets formulaire d’une
vérité à recommencer. Après un tableau un peintre, qu’est-ce qu’il peut faire ? Un autre tableau.
Finalement ça sera lui tout ça, ça sera la même chose. Il n’y a pas le chef d’œuvre absolu de la nouvelle
de Balzac, épiphanique par exemple : le tableau définitif, absolu, on meurt, on produit la mort. Que
l’éthique soit continuer veut dire en effet que c’est toujours bout par bout, dans une formule subjective
finie, que la vérité apparaît.

Alors voyons maintenant, tout ça c’était pour reprendre un peu en définition, c’est ça qui va ouvrir à
d’autres problème. Je les formulerai de la façon suivante : quel est le mode d’apparaître d’une vérité
selon un type subjectif ? Admis qu’elle n’apparaisse que dans la formule, selon un type subjectif, quel est
le mode d’apparaître ? C’est ça qui va nous occuper. C’est le 1er niveau. Je vous le rappelle, parce que
[chgt K7] epsilon est singulier, l’espace subjectif est singulier, nous abordons la chose au niveau des
types subjectifs, c’est encore un niveau de généralité. Mais traitons au moins ce niveau. Un état de vérité
s’inscrit là, il advient ou arrive à un état de vérité quand il apparaît dans ce type de formule plutôt que
dans tel autre. Nous traitons là du sujet dans la singularité de sa formule subjective. Il faut dire que ça
veut dire qu’il y a plusieurs façons d’apparaître. Il y a plusieurs formules subjectives : il y a plusieurs
modes de l’apparaître d’une vérité. Et il y a plusieurs modes de l’apparaître possible du même état de
vérité. Le même état de vérité a plusieurs modes d’apparaître. C’est important. L’apparaître n’est pas
équivoque. L’état de vérité, lui, l’est : c’est le même. Mais son apparaître n’est pas univoque. Une vérité
peut apparaître selon des modes absolument différenciés.

Traitons d’abord de la figure de subjectivation, qui, encore une fois, est sous-jacente aux 3 autres. Ce qui
est frappant dans la figure de subjectivation, c’est que le présent n’est pas marqué comme tel. La figure
de subjectivation n’inclut pas, ne marque pas, un état de vérité particulier : elle n’a affaire qu’à l’énoncé
événementiel. Donc on peut dire qu’elle ne marque pas le présent. Autrement dit, elle a affaire à l’espace
subjectif en général mais pas à la composition singulière du présent. Nous avions dit pourquoi : il faut
interpréter cette figure de subjectivation comme étant la présence du présent. C’est pourquoi elle n’est
aucun présent particulier. Elle est subjectivation, elle ne se réalise donc pas formulairement par
l’incorporation à des états de vérité particuliers, mais uniquement par sa sujétion à l’énoncé événementiel
comme tel. C’est pourquoi il faudra toujours la concevoir comme en quelque manière souterraine aux 3
autres, comme activation du présent. Pas comme réalisation du présent, mais activation du présent, vie du
présent ou présence du présent. C’est ce qu’indique la pliure. Donc en réalité, la vérité n’apparaît pas
dans la figure de subjectivation, ce n’est pas un mode de son apparaître, puisque aucun état de vérité ne
s’y inscrit. On dira plutôt que c’est un mode de son être, directement un mode de son être, étant entendu
que ce qui tient lieu d’être au présent, c’est l’énoncé événementiel, ie l’événement (son être évanoui mais
son être quand même). La subjectivation c’est la formule d’inscription de l’être virtuel d’une vérité telle
que événement l’ouvre ou la marque. Autrement dit, c’est la présence du présent sous l’exclusive
garantie de l’énoncé événementiel.

Dans la figure de fidélité, là c’est très simple, l’apparaître, à savoir l’état de vérité, est en position de
conséquence. L’apparaître est conséquence. Donc vérité, ici, c’est exactement ce qui apparaît. C’est la
production d’une conséquence : si vous produisez une conséquence, l’état de vérité est ce qui apparaît, au
sens strict : ce qui vient à l’apparaître. La formule de fidélité…

Manque la fin

28 JANVIER 98
Nous avons dit, je ne vais pas tout reprendre de ce qui a été déployé, l’espace subjectif,
événementiellement ouvert, se présente comme une sorte de pliage qui est à la fois une ouverture, une
faille, un écartement de la situation (nous reviendrons sur ce point quand nous traiterons de l’effet,
qu’est-ce que l’irruption événementielle transforme dans la situation). Donc un pliage qui est en même
temps un écartement de l’être de la situation, ce qui se dira aussi : c’est un espace de possible, c’est la
restitution du possible d’un impossible antérieur. Et en dessous de ce pliage, il y a la subjectivation, la
formule de la subjectivation, qui comme nous l’avons dit est la vie de l’ensemble des figures subjectives,
quelles qu’elle soient. Et puis à la surface, dans l’espace, peuplant l’espace ainsi plié dans lesquelles les
formules de subjectivation insistent, eh bien nous avons 3 formules subjectives, qui au fond disposent des
places possibles pour un fragment de vérité. Finalement, une formule subjective, c’est une assignation de
place pour un fragment de vérité, ou état de vérité. Pour reformuler ce point, et le détailler, puisque nous
avons la dernière fois à peine esquissé l’interprétation de cette formule, je voudrais procéder à une ultime
modification symbolique, qui là aussi permet une lisibilité un peu autre des formules. Parce que ce qui,
dans le chiffrage actuel, est un peu compliqué, compréhensible mais un peu compliqué, c’est ceci :
- d’un côté, un sujet est coextensif à sa formule. Un sujet, c’est l’existence effective dans un espace
subjectif déterminé, d’une formule subjective. Donc un sujet est coextensif à la formule subjective dans
laquelle il est inscrit, qui est sa formule.
- d’un autre côté, sous la forme du S barré, le sujet figure dans la formule. Personne ne m’a jusque ici fait
cette objection, mais je me la suis faite subitement à moi-même comme représentant quelque chose de
compréhensible (on suit le destin du S barré depuis la subjectivation dans les autres formules), c’est
compréhensible, mais ce n’en est pas moins équivoque. On dit : sujet, c’est la formule, et sujet c’est une
place dans la formule. Il y a une double occurrence qui n’est pas complètement ténébreuse, mais qui n’est
pas non plus complètement satisfaisante. Demandons-nous ceci : au fond, qu’est-ce qui est saisi par la
formule ? Ce que S barré désigne, c’est ce qui est saisi par la formule et en même temps constitutif de
son existence. Qu’est-ce qui est, au fond, le support inscrit d’un sujet ? Le reste, nous savons ce que
c’est : le reste, c’est epsilon, l’énoncé événementiel, pi, conséquence, présent, état de vérité, et puis des
opérations (implication, négation, barre). Epsilon, c’est le marquage de l’événement qui ouvre l’espace
subjectif. Pi, c’est le présent subjectif, le présent de l’espace. Le reste, ce sont les opérations constitutives
de la formule. Mais S barré ? S barré, c’est le support propre de la formule, ce qui fait qu’il y a un sujet,
c’est ce qui porte la formule. Le reste, ce sont ses ingrédients communs : l’énoncés événementiel, les
opérations, le présent, tout ça est en partage des différents types de sujet. Que vous ayez affaire à un sujet
fidèle, réactif ou obscur, vous avez affaire d’une manière à une autre à epsilon, aux états de vérité et aux
opérations. S barré marque le propre du sujet tel que la formule s’en empare et fait en même temps que
c’est ça le sujet. Qu’est-ce que c’est, ça, à bien y réfléchir ? C’est en réalité une matérialité,
nécessairement, parce que tout le reste peut être dit symbolique. Epsilon, c’est une énoncé, pi c’est une
conséquence, le reste c’est des opérations, ça peut être registré à logique ou symbolique. Seul S barré
donné la singularité de chair du sujet comme tel. Qu’il soit barré montre qu’il est en incise de la formule.
Ça veut dire qu’il ne peut pas être simple, substantiel, il ne peut pas être exactement un, il est toujours en
effet marqué, barré, divisé, par l’inscription formulaire qui le constitue. Mais finalement, le S, pour
autant qu’on peut se le représenter, c’est quoi ? Il faut bien en venir à la conséquence que en définitive, le
S, c’est un corps. Un sujet, il faut bien qu’à un moment donné, ce soit un corps. Il faut que ce S barré
dans la formule soit une barre sur un corps. Corps pourra être pris en un sens étendu. Ce n’est pas
nécessairement un corps au sens strict du corps de l’individu vivant. Ça peut par exemple être un corps
collectif, ça peut être des corps. ça peut même, nous le verrons, c’est le cas dans l’art, être un corps au
sens du corps sensible, de la matérialité sensible comme telle. Mais ce qui de l’intérieur d’une formule
subjective supporte son existence effective, c’est toujours la saisie d’un corps. Et si nous ne pensons pas
cela, si nous oublions cela, nous allons vers une exténuation symbolique pure du sujet, ce qui n’est pas
du tout la visée souhaitée. Il faut bien en définitive que, pour le dire en court-circuit, ce que l’événement
saisit, c’est un corps. Ce à quoi ça arrive, c’est un corps, c’est une matérialité. Par conséquencet, nous
remplacerons S par C. Voilà la mutation que je vous propose. Nous remplacerons S barré par C barré :
petit progrès matérialiste ! Il était d’autant plus nécessaire de le dire que ce point du corps va entrer en
particulier très fortement en jeu dans les typologies des processus subjectifs. On peut dire, en gros (c’est
une anticipation grossière), qu’en définitive, ce qui distingue les procédures subjectives, c’est que ce
n’est pas des mêmes corps qu’il s’agit. Ça entraîne des conséquences ailleurs que dans le corps. Ce n’est
pas des mêmes corps qu’il s’agit. Et la différence de corps, ça voudra dire corps collectif, ça voudra dire
corps sexués, ça voudra dire différentes figures du corps sensibles, mais nous verrons que en définitive,
si telle procédure subjective ne ressemble pas ou est distincte absolument d’une autre, à la fin des fins,
c’est parce que ce n’est pas des mêmes corps qu’il s’agit. Ce n’est pas les mêmes corps qui sont
événementiellement saisis. Il est nécessaire de marquer ce point d’emblée y compris dans la symbolique
en substituant à l’indifférenciation trop symbolique du S le marquage par C, qui indique tout de suite que
c’est d’un ou de corps qu’il s’agit, dans la diversité infinie des corps. Voilà pourquoi désormais nous
remplacerons S barré par C barré, appelant sujet la formule tout entière où corps est inscrit, et mettant fin
par conséquencet à cet espèce de double statut du sujet, la formule d’un côté, et son inscription dans la
formule de l’autre.
Par ailleurs, me conformant à une suggestion qui m’a été faite par l’une d’entre vous, je modifierai un
peu pour le sujet fidèle et le sujet réactif la position de la barre. Je la mettrai sous la formule tout entière.
C’est une modification formelle, de lisibilité.

Alors si on remarque tout ce que tout cela donne, en laissant naturellement en dessous, dans son pliage
omniprésent, la formule de subjectivation, nous aurons donc quelque chose comme ça : dessin Nommons
cela en termes d’opérations à partir de ce que nous avons dit. Nous conservons pour chacun des formules
subjectives le nom spécifique de subjectivité fidèle, réactive, obscure. Si on s’intéresse non pas à la
désignation de la formule subjective mais à son opération au regard des fragments de vérité, ce que nous
avons établi la dernière fois, c’est que l’opération qui est ici est une opération de production (c’est là que
le fragment de vérité est produit, tiré comme conséquence de l’énoncé événementiel), que là nous avons
une opération de reproduction, ou de répétition, et que là, nous avons une opération d’occultation. Ce
sont les 3 opérations au regard du fragment de vérité, ie au regard finalement du présent. Le présent est
produit dans la 1ère formule subjective, il est reproduit (ie passéifié dans le 2ème), il est occulté dans la
3ème. Il y a un produit dans les 3 cas :
ici, c’est du présent (on a fait la théorie du présent). On peut tout de suite dire que c’est aussi bien le
présent comme futur (présent et futur sont indistinguable, nous verrons pourquoi) c’est une autre manière
de dire que le présent est dilaté ou infini. Comme c’est le présent du nouveau, présent et futur ne sont pas
réellement discernables, c’est le présent en tant que présent de ce qui vient. Présent et futur, se sont des
extases temporelles qui sont au même point.
La production de la 2ème figure, c’est le passé
et la 3ème figure elle a ceci de particulier qu’elle ne produit pas du temps, pas même le passé, mais sa
production particulière est de produire de la mort. C’est aussi une production, à sa manière.
Finalement, on peut dire que telles sont les opérations formulaires du sujet. Les 3 grandes opérations
formulaires du sujet, c’est production, reproduction, occultation. Et ces opérations se présentifient quand
un fragment de vérité vient effectivement occuper des places marquées à vide, marquées à blanc, dans la
formule. Vous voyez que, au fond, ça, ces 3 schèmes là, sont absolument formels, et donc absolument
universels. Quelle que soit la nature de l’événement, quel que soit l’espace subjectif, quelle que soit la
particularité de la situation, un sujet, avec la subjectivation par en dessous, ça se distribue ainsi. Ce qui
va faire exister comme singularité des sujets, c’est ce qui s’inscrit là, qui sont les conséquences tirées,
effectivement produites, de l’énoncé événementiel, ça va singulariser les sujet, ça va les différencier. Dès
que la place marquée vide du fragment de vérité est occupée, on a un sujet, et pas seulement la formule
abstraite. Nous avons la surrection d’un sujet, qui implique La singularité de la situation, de l’énoncé
événementiel, de la formule. La formule existe quand ces places vides sont occupées par un état de
vérité, par un fragment de vérité. Au fond, à ce moment là une figure subjective peuple l’espace subjectif.
Ce n’est que quand un fragment de vérité vient en position formulaire, un fragment réel, effectif, que la
formule peut être dite peupler ou habiter l’espace subjectif. En même temps, inversement, l’infinité d’une
vérité singulière procède subjectivement. Inversement, c’est pour autant qu’un fragment de vérité
s’inscrit dans la place vide de la formule subjective considérée que la vérité procède. Elle procède
fragmentairement, toujours. C’est précisément cette procession fragmentaire qui constitue le devenir
d’une vérité.

Une fois ce point là bien assis, parce qu’il est la base de tout, je voudrais faire quelques remarques
complémentaires qui concernent les formules et les opérations.
L’implication, il faut bien comprendre qu’elle est formellement identique, dans l’ensemble des
dispositifs formulaires, parce qu’elle indique toujours que quelque chose se présente comme tiré de,
comme conséquence de, comme procédant de. C’est toujours ça qu’elle marque. Même dans la formule
obscure, l’énoncé événementiel est sous dépendance de, ou tiré de, du corps glorieux du sujet incastré, du
corps absolu, du corps céleste. Dieu est un corps, mais simplement c’est un corps sans barre, c’est un
corps absolu. C’est ce que veut dire qu’il soit immatériel : immatériel, ça veut dire un corps sans matière.
C’est pour ça que quand on veut le peindre, on peint un corps, naturellement, qu’est-ce qu’on pourrait
peindre d’autre ? Personne n’a imaginé qu’on puisse le peindre autrement, et c’est normal, c’est
simplement l’idée limite du corps, le corps délivré de toute corporéité. C’est le corps sans barre. Mais là,
l’implication dit que de ce corps supposé s’infère l’énoncé événementiel, et que de cet énoncé
événementiel, il y a loi pour les corps, les corps réels, barrés. L’implication est formellement identique.
Mais elle a deux régimes, en même temps. Cette question est importante, car c’est elle qui détient la part
de nécessité, la loi de consistance de la production subjective. C’est l’implication qui fixe que nous
n’avons pas affaire à une espèce de surgissement subjectif qui se résilierait lui-même dans le chaos. Non,
il y a un ordre. L’implication, c’est ce qui marque que toute formule subjective est selon un ordre, dans
un ordre, et cet ordre est inauguralement celui de la conséquence, celui de l’implication. Un sujet, c’est
toujours tiré des conséquences, c’est toujours dans l’ordre de la conséquence. C’est formellement
identique.
Mais il y a deux figures essentiellement distinctes, selon que l’implication est ouverte ou arrêtée, selon
qu’elle est ouverte ou en butée. On dira que l’implication st ouverte quand elle désigne une place pour un
fragment de vérité. Quand ce à quoi elle se destine, si je puis dire, est un fragment de vérité (et puis un
autre fragment, peut importe). quelque chose là doit venir. Ça c’est un 1er type d’implication : il y a une
conséquence, mais cette conséquence est d’abord donnée comme ouverte ou comme imprésentée,
inauguralement imprésentée. Tandis qu’il y a un autre statut de l’implication, qui est qu’elle soit en
butée. Donc pas destinée à un marquage ouvert qui va venir être occupé par un fragment de vérité, mais
(comme c’est le cas ici) en butée sur quelque chose qui enferme, qui n’est pas une place vide, quelque
chose qui n’est pas ouvert à de l’altérité, mais quelque chose qui est effectivement fixé. Dans le sujet
obscur, l’implication est deux fois en butée. C’est ce qui le constitue. Elle est une 1ère fois en butée sur
epsilon, sur l’énoncé événementiel, ce qui veut dire que c’est une inversion. L’énoncé événementiel, au
lieu d’être source de la conséquence, est lui-même conséquence. C’est le nœud du sujet obscur.
Autrement dit, l’événement est prescrit, le tenant lieu de l’événement est prescrit. Il est prescrit
comment ? Il est dicté, puisque c’est un énoncé, il est prescrit, il est dicté. D’une manière ou d’une autre,
l’énoncé événementiel est dicté. Qu’est-ce qui est dicté ? Ce qui est dicté, ce sont des lettres. Il est une
lettre dictée. Là l’implication, elle est cette dictée elle-même, la subordination de l’événement au corps
sacré, appelons-le comme ça. Convenons d’appeler ça une lettre sainte. On peut l’appeler lettre sainte,
lettre sacrée. L’important est l’idée que l’énoncé événementiel est dicté. De ce point de vue là, le
fragment implicatif qui est en butée sur epsilon, qui fait qu’il y a une dictée de l’énoncé événementiel par
le corps sacré, on peut appeler ça si on veut le mathème de la lettre sacrée. Ne croyez pas que ça vise
uniquement évidemment les figures de l’Ecriture saintes. Le sujet obscur est une figure possible de
n’importe quelle procédure de vérité. Nous avons déjà indiqué par exemple que l’obscurantisme dans les
sciences est une figure du sujet obscur. De même, quelque chose du néoclassicisme ou de l’académisme
dans l’art est de l’ordre du sujet obscur. A chaque fois, on peut repérer qu’il y a la formule C implique
epsilon. quelque chose supposé être événementiel est de l’ordre de la dictée, du dict. C’est pour ça qu’on
peut dire que à chaque fois il y a un effet repérable de lettre sacrée ou de la lettre sainte. Par conséquet,
l’impuissance du nouveau, l’impuissance explicite du nouveau.

Question :
Réponse : la question dans la poésie est que l’énoncé événementiel qu’elle suppose est dans la figure
d’une dictée. Ce n’est pas car on a recours à l’indicible qu’on est dans l’obscur. Ne croyez pas ça.
L’indicible est autre chose que l’obscur. On peut requérir de l’indicible en un certain sens… Après tout,
dans cette formule là, le sujet fidèle, quelque chose du corps est indicible. Je pense que la poésie n’est
pas en exception de ce point de vue là, la poésie comme paradigme de la production artistique, elle a sa
possibilité du sujet obscur comme les autres, mais elle ne lui est pas plus particulièrement assignée. C’est
la 1ère butée du sujet obscur, qui est l’effet de lettre sacrée.
Et puis, il y a une 2ème butée, qui se fait sur le corps, de epsilon sur le corps. Ie que n’est admis
explicitement comme corps acceptable, comme corps inscrit comme sujet, comme corps réel
(subjectivement réel), que ce qui est prescrit par l’énoncé événementiel (et lui-même est en butée d’une
1ère implication). C’est la 2ème butée, dont la formule est : quelque chose de l’énoncé prescrit absolument
le corps. Dans ce cas, le corps est explicite car il est au dessus de la barre. Ce qui veut dire quoi ? Ce qui
veut dire que le corps, et de quelque corps qu’il s’agisse, le corps doit se montrer comme prescrit par la
lettre. Il ne s’agit pas simplement qu’il soit prescrit par la lettre, mais en outre, le fait qu’il soit le sujet de
la barre entraîne qu’il doit se montrer comme prescrit par la lettre. C’est une des acceptions possibles du
mot loi. C’est un mathème de la loi. Loi est un terme qui a beaucoup de sens. Mais là c’est un des sens
incontestables de la loi, qui est quoi ? Que les corps soient visiblement soumis à la lettre, en butée,
immobiles. En ce sens, toute loi est contrainte sur des corps. Mais contrainte, prenez-le non seulement
au sens pur de il faut que le corps soit ceci ou cela, mais plus essentiellement encore il faut qu’il se
montre sous cette contrainte, il faut qu’il soit visiblement sous la lettre. Plein d’exemples viennent à
l’esprit immédiatement. On reviendra là-dessus tout à l’heure.
Je voulais juste faire la remarque sur l’implication. L’implication est doublement en butée : elle peut
s’appeler lettre sainte d’un côté, et puis loi de l’autre, en tant que loi des corps, corps signifiant des
choses différentes selon les procédures. Les procédures sont identifiées par la particularité de leur corps.
C’est la raison profonde pour laquelle le sujet obscur n’est pas un créateur temporel, il ne crée pas de
temps. C’est parce que l’implication est en butée. La création de temps, c’est toujours implication
ouverte. Même le sujet réactif est un créateur temporel, il crée du passé (le passé a besoin d’être créé) : il
créée le passé particulier d’un présent particulier (il ne crée pas de passé formel), il crée le passé
qu’appelle tel ou tel présent. Donc il crée le présent du passé, c’est dans l’espace du présent qu’il crée le
passé de ce présent. C’est une création spécifique du sujet réactif. Le sujet fidèle crée le présent futur. Le
sujet obscur ne crée pas de temps. Il est non création temporelle au présent, en même temps : il est dans
le présent de l’espace subjectif. C’est ce sacrifice au présent du présent que j’ai appelé la production de
mort. ça n’est pas nécessairement tuer des gens, bien que ça le soit souvent. C’est une production de mort
parce que ça produit le sacrifice du présent dans le présent. C’est la création d’une mort particulière, ce
n’est pas la mort en général, c’est cette mort là, dans ce présent là. C’était la 1ère remarque que je voulais
faire sur les modalités de l’implication et sur leur résonance.

Deuxièmement, remarquez que l’énoncé événementiel, ie epsilon, finit par supporter toutes les
opérations. Ie que si vous regardez les différentes formules, l’énoncé événementiel peut être impliqué,
impliquant, sur la barre, sous la barre, affirmé ou nié. Donc il supporte toutes les opérations. En ce sens,
il est bien le pivot des formules subjectives. Dès qu’on parle des formules subjectives, c’est à
l’événement que tout cela est suspendu. Il est engagé dans la totalité des opérations disponibles. Alors je
rappelle qu’il est toujours, en tant qu’énoncé, la décision d’un indécidable. Il était antérieurement
indécidable, et l’événement le décide. Que l’énoncé événementiel soit je t’aime ou l’insurrection ou la
mort, peu importe, de toute façon, il tranche sur de l’indécidable. Il l’est généralement, mais son destin,
le destin de cette décision d’un indécidable, est d’être expérimenté dans toutes les opérations possibles.
C’est en ce sens qu’il va être le cœur mobile de la disposition subjective. Il va être expérimenté comme
puissance d’implication, il va être expérimenté comme impliqué, comme nié, affirmé, il va être
expérimenté comme tout à fait explicite ou comme tout à fait sous la barre. Ça veut dire quoi ? ça veut
dire que l’espace subjectif se définit aussi comme expérimentation sur l’événement. A la fois il est ouvert
par l’événement, mais il est expérimentation exhaustive opérant sur l’énoncé événementiel. L’événement
est à la fois ce qui crée la possibilité subjective et ce qui dans cette possibilité va être expérimenté dans
toutes les configurations opératoires possibles. Donc il y a quelque chose dans l’événement qui est
circulant, qui circule. Une partie du devenir subjectif, nous le traiterons plus tard, c’est cette mobilité
expérimentée du stigmate événementiel.
Là aussi, comme toujours, j’essaie de revenir à des exemples triviaux, pour montrer qu’en vérité, tout ça
est évident en dernier ressort. Pensez par exemple à ceci qu’on pourrait dire que au fond, l’histoire d’un
amour, c’est proprement l’histoire de l’expérimentation dans tous ses états de la déclaration d’amour,
finalement. Que devient le je t’aime ? C’est ça l’histoire d’un amour. ça sera nécessairement expérimenté
dans toutes ses opérations. Je le prends comme epsilon trivial, mais le devenir de l’expérimentation de
cela dans les figures subjectives qui en commandent le destin, ça peut être dit définir en un certain sens le
devenir, ie le processus, le réel, d’un amour. On peut le dire, le repérer, l’identifier, pour toute procédure
de vérité. Il y a comme un dispositif expérimental, comme ça, qui traite l’énoncé événementiel dans
toutes ses dispositions successives possibles au regard des opérations. L’événement est à la fois en ce
sens origine et matière. Ce qui est l’origine, c’est l’événement aboli, l’événement disparu, l’événement
dont l’être infondé est le disparaître, c’est l’ouverture même de la possibilité d’un sujet. Mais l’énoncé
événementiel, qui est la trace de cela, la pure trace, est la matière omniprésente des configurations
subjectives. Ça ça se voit dans le traitement de epsilon dans toutes les opérations.

La 3ème remarque que je veux faire, que je crois d’assez grande portée, c’est que le corps, ce que j’ai
appelé le corps, là, vous remarquerez qu’il est sous la barre dès lors qu’il y a temps. C’est la question
Temps et Corps, question de cours ! Là, ce que nous disons, c’est que s’il y a production temporelle, le
corps est sous la barre. Par contre, dans le sujet obscur, le corps est explicite. Qu’est-ce que ça peut bien
signifier, cette affaire là ? Est-ce que ça a un sens, ou pas ? Eh bien, on peut dire que toute temporalité
effective, et une temporalité effective, c’est la création du présent comme futur, et la production du passé
aussi, donc dès qu’il y a temporalisation, alors le corps est une disposition inexplicite, tout à fait réelle
(être sous la barre, ce n’est pas disparaître, s’abolir, ou être anéantir, c’est être tout à fait actif mais sous
la barre). Disons inexplicite (on peut dire inconscient, si on veut). Le corps est une disposition
inexplicite, et au fond, c’est ça, dans une procédure de vérité, l’expérience de l’éternité dans le temps,
dont je vous ai déjà parlé dans un autre registre, mais toujours en rapport avec le temps. Ie si dans les
procédures de vérité, il y a expérience de l’éternité, c’est pour autant que le présent laisse le corps
inexplicite. Quand on crée du présent, quand on crée du temps, quand il y a de l’invention, donc du sujet,
de l’événement, quand il y a cela, eh bien le corps mortel est inexplicite. Ça ne veut pas dire qu’il n’est
pas là, ça reste lui qui supporte tout, c’est lui la matière (je l’ai dit tout à l’heure), c’est lui qui supporte
tout, mais en position inexplicite. Il est vrai qu’on peut dire, c’est une intuition de très nombreux
philosophes, Platon, Spinoza et beaucoup d’autres, la vérité il n’est jamais faux de dire que c’est un oubli
du corps. Oubli est un mauvais mot, simplement. C’est un oubli du corps, bien qu’il n’y ait que le corps.
Bien qu’il n’y ait que le corps, l’expérience d’une vérité est oubli du corps au sens où le corps est
explicite. Il n’y a pas besoin qu’il soit explicité pour que le présent soit produit. Nous reviendrons sur ce
point. Il est vrai, comme le dit Spinoza, que nous expérimentons que nous sommes éternels. Expérimenter
que nous sommes éternels, ça implique pour part que le corps est inexplicite. Donc ce qui est explicite est
de l’ordre de l’universel, finalement. Encore une fois, ceci n’en est pas moins compatible avec le fait que
[chgt K7] il y a un corps, il y a des corps, il n’y a que cela, mais par la production temporelle, il est mis
en position inexplicite. Lorsque nous expérimentons la vérité, nous expérimentons que nous sommes
éternels, nous expérimentons que le corps peut être mis de côté. Le côté c’est le là sous une autre figure
du là. Ça ça a des noms propres à chaque procédure : c’est enthousiasme, probablement le nom le plus
approprié aux grands moments de la procédure politique, ou bonheur, ou bien ça peut être joie ou bien ça
peut être plaisir. Toutes ces choses sont du corps, bien sûr, mais selon son inexplicite. Ie elles sont
saisies du corps inexplicite par autre chose que lui-même. Par contre, le sujet obscur, dans le sujet
obscur, le corps est explicite - je reviens sur ce point - et la contrainte légale du corps doit être explicite.
Le corps légalisé est par définition un corps explicite. C’est une figure subjective aussi mais le corps
devient explicite. C’est une négation du présent. Ce n’est pas dans la production du présent, mais dans sa
négation pure et simple. L’emblème du sujet obscur, de ce point de vue là, c’est quoi ? C’est le corps
visiblement sous la loi. On pense tout de suite au vêtement : d’une manière ou d’une autre, le vêtement
c’est toujours un peu le corps explicitement sous la loi. Il y a toujours plus ou moins ce qui ne doit pas
être montré. Donc tout vêtement est en partie du sujet obscur. Ça ne veut pas dire qu’il faille marcher nu.
Parce que l’obscur justement fait partie du présent, c’est ça le point, nous verrons comment. Ça
amènerait à une réflexion assez intéressante sur la nudité, symétriquement. Je prends nudité en son sens
général (pas simplement la nudité du corps). C’est la nudité comme la non obligation du corps d’être
sous la loi. La non obligation d’être explicitement et visiblement sous la loi. Comme l’obligation d’être
sous la loi c’est en partie toujours le vêtement, il est de l’ordre du grand voile que la loi se montre, plus
on demande de chose, plus le corps est visiblement sous la loi. Mais symétriquement, on se dit : quand le
corps est inexplicite, il a à voir avec la nudité. On peut le prendre comme nudité. Ie que la nudité
signifierait, je la prends au sens de corps sans loi (sans loi pris au sens précis que j’ai dit, loi = marquage
explicite de la lettre sur le corps, contrainte visible du corps), par rapport à ça, la nudité serait quelque
chose comme un corps auquel est consenti de rester inexplicite. La nudité, ça signifierait ça : le corps qui
n’est pas contraint de se montrer dans l’explicite de la loi. On pourrait appeler nudité cela, ie le corps
subjectif, le corps tel qu’inscrit au sujet, tel que pour autant qu’il se montre, il n’a pas à se montrer sous
la loi. Appelons ça la nudité, ou le corps sans loi. Encore une fois, loi est pris en un sens précis, le corps
de la loi obscure, le corps sans loi, corps non obscur. On peut dire corps lumineux : le corps lumineux,
c’est le corps qui n’est pas sous la contrainte d’avoir à se montrer comme dissimulé par la lettre légale.
Ce corps là, ce n’est pas un corps substantiel enfin visible, ce que j’appelle nudité, là, ce n’est pas le
corps empirique qui tout d’un coup se montrerait, ça n’a rien à voir avec ça. C’est quelque chose qu’on
pourrait dire ainsi : ce corps inexplicite, qui est là, c’est le corps inexplicite en état de se montrer hors loi,
nudité. C’est donc le corps selon une vérité. Ce n’est pas l’explicitation du corps inexplicite.
Explicitation du corps inexplicite ne veut rien dire : le corps inexplicite est sous la barre, il ne va pas
remonter. Ce n’est pas le corps inexplicite qui va se montrer, puisque c’est de rester inexplicite qui le
constitue. Ce qui se montre, c’est le corps tel qu’il est autorisé à être inexplicite, tel qu’il est autorisé à ne
pas se montrer. C’est le corps se montrant hors loi, tel qu’il n’est pas astreint à se montrer. C’est le corps
selon la vérité. Encore une fois, ce n’est pas la soudaine explicitation du corps inexplicite. C’est quelque
chose qui est comme l’emblème en corps, justement, du corps restant inexplicite. C’est ça, la nudité. Si
on le prend au pied de la lettre, c’est la nudité amoureuse : c’est la dénudation telle qu’elle est une figure
évidente de l’amour sexué. Qu’est-ce qui est montré, là ? Ce n’est pas le corps inexplicite qui d’un coup
se déshabille. Le corps inexplicite reste dans l’inexplicite du corps, mais il est emblématisé par un corps
lumineux, qui ne fait que dire : il y a là un corps inexplicite, mais qui ne l’explicite pas pour autant. Il est
nu, de manière essentielle, parce que la nudité est l’emblématique du corps en vérité. On voit que ça veut
dire que la nudité ne peut pas être obscure. Dès que la nudité est obscure, elle est pornographique.

Question : est-ce que le paradigme de ça c’est pas le tableau Courbet, l’Origine du Monde ?
Réponse : on peut se demander s’il n’y a pas une sourde volonté d’explicitation, quand même. C’est à la
lisière. Parce que la volonté d’explicitation du corps inexplicite fait basculer dans le sujet obscur. Parce
que le seul lieu où le corps est explicite, c’est dans le sujet obscur. Toute volonté d’expliciter le corps
inexplicite est obscure. C’est obscène. C’est pour ça que dans le sujet obscur, le corps doit rester sous la
loi, absolument explicite, il ne doit jamais être explicitation de l’inexplicite (s’il est explicitation de
l’inexplicite, il est obscène).
Ça nous indique que quand on est dans la production temporelle, où le corps est inexplicite, il peut y
avoir une épiphanie du corps qui n’en soit pas une explicitation. Ça fera partie des états de vérité. Ça sera
un état de vérité, ça sera produit comme un état de vérité. Un état de vérité peut être une épiphanie du
corps, singulier par conséquencet, et qui n’est pas cependant l’explicitation du corps inexplicite, qui lui
est toujours actif dans la production subjective. Encore une fois dans l’amour, on peut appeler ça la
nudité. Mais la nudité dans l’amour n’est pas du tout la montée à la surface du corps inexplicite. C’est
pas une explicitation, c’est une création fidèle, de conséquence. C’est un corps, bien entendu, mais c’est
un corps créé. La preuve, c’est que ce corps ailleurs, dans d’autres circonstances, hors contexte peut être
parfaitement obscène. C’est pas en soi qu’il est obscène, il l’est dans la procédure. Il y a d’autres corps
de ce genre, qui sont des épiphanies du corps inexplicite et non pas du tout des explicitations de ce corps.
En politique, c’est ce que peut être une manifestation. Une manifestation peut être une épiphanie du
corps collectif sans explicitation de ce corps (ça ne montre ni la classe, ni le peuple, ni rien). Ça ne
montre rien, ça crée un corps particulier, qui est une épiphanie du corps collectif, lequel continue
cependant à être raturé ou inexplicite. On peut montrer que la matière sensible dans l’art peut être comme
telle exactement dans cette position aussi. Et que le corps de la lettre joue cette fonction dans la science :
la lettre comme corps.

Question :
Réponse : je dis hors corps parce qu’elle n’est pas dans le présent. Il n’est pertinent de dire corps que
lorsqu’on dit ce qu’un présent ou un événement saisit. Ce n’est pas le cas de la subjectivation. La
subjectivation est la présence du présent, ou sa vie, elle n’est pas coprésente au présent. En tant qu’elle
n’est pas coprésente au présent, la question de son corps est toujours fictive.

Question
Réponse : c’est le saisissement, je ne sais pas comment nommer cela, mais c’est hors corps. C’est
pourquoi, je vais me rabattre sur la psychanalyse dans un mvt violent, c’est pourquoi le corps de
l’hystérique est un corps fictif, on le sait bien (il m’est arrivé dans les préliminaires de tout ça d’appeler
la subjectivation la figure hystérique). La subjectivation n’est pas saisissable comme corps en même
temps qu’elle est saisissable en tout corps.
Cette dernière remarque concernant la position du cops barré.
Vous voyez que finalement il y a 3 choses à dire là dessus :
- le corps quand il y a temps, production temporelle, est inexplicite.
- par conséquencet, quand il y a temps, s’il y a production de corps, c’est une épiphanie et pas une
explicitation. On peut appeler ça nudité, nudité du collectif, nudité amoureuse, nudité de l’œuvre d’art,
nudité du sensible dans l’œuvre d’art.
- le sujet obscur ne tolère le corps qu’explicitement sous la loi.
Voilà une 1ère esquisse de la dialectique positionnelle du corps dans la question du sujet.
C’était les 3 ponctuations : sur l’implication, sur le fait que l’énoncé événementiel supporte toutes les
opérations, et sur la position du corps.

Maintenant, il faut en venir à la question de l’effectivité, ie de l’occupation de la place vide par un


fragment de vérité. Les rappels que nous venons de faire sont tous formels. Ce qui va venir là, ou là, ou
là, je rappelle que c’est un fragment de vérité, un état de vérité, quelque chose qui est … première est
nécessairement productive, ou au présent futur. Ie que un fragment de vérité ne peut surgir que là,
puisque il n’y a que là qu’il est sous l’opération productive. Pour autant qu’un fragment de vérité, est
produit, ça veut dire qu’il vient là comme conséquence de l’énoncé événementiel, et induisant une
formule subjective ou rendant effective une formule subjective de type fidélité, la rendant effective. C’est
la définition même de cette formule qu’elle est en position productive au regard de l’événement, et ce
n’est que là que peut surgir un fragment de vérité. Ceci se fait toujours, commençons à topologiser un
peu, ceci ne peut se faire qu’aux abords du site événementiel. Si on veut penser les premières productions
de vérité, on dira elles sont produites dans le sujet fidèle, et deuxièmement ça se passe aux abords du site
événementiel. Je vous rappelle que l’événement, l’ensemble des choses qui constituent l’événement
comme multiplicité sont tirées d’une partie de la situation qu’on appelle le site, et qui est le site
événementiel. C’est ce qui fait qu’un événement est événement pour une situation déterminée. Cette
situation est entre la composition de l’événement lui-même et du site. ça veut simplement dire qu’un
événement ça se passe quelque part, pour traduire grossièrement. Un événement, c’est une réquisition
locale, ce n’est pas un soulèvement d’une situation tout entière (c’est une conception mythologique de
l’événement). Par exemple, pour Paul, l’événement Christ se passe en Palestine, et pas ailleurs, ça se
passe chez les juifs et pas ailleurs. C’est pas une brusque mutation de l’empire romain, pas du tout, ça se
passe dans un coin. Et dans un coin, il y a des caractéristiques locales qui font que ces caractéristiques
sont transmutées, soulevées, pour apparaître comme césure. L’idée de site est ordinaire. Au départ ce qui
est requis par l’événement est le site événementiel. Il en résulte qu’il y a un marquage de l’énoncé
événementiel par le site.

Question : pour 68 ?
Réponse : des endroits très restreints ont eu une signification dynamique particulière. deux départements
de l’université de Nanterre ont joué un rôle déterminant. On peut repérer la constitution du site en la
matière. Le site événementiel marque forcément epsilon : ce que nous avons, c’est l’énoncé particulier
nous sommes tous des juifs allemands, qui était un énoncé symptomatique, il n’était pas l’énoncé
événementiel mais ça en faisait partie : il était marqué par le fat que à Nanterre, le 22 mars Cohen Bendit
avait été arrêté et dénoncé par le PC comme étant un juif allemand. C’est énoncé détenait quelque chose
de quoi ? du site. Epsilon est irréversiblement marqué par le site. Il en résulte naturellement que les
premières conséquences de epsilon vont être tirées près du site, dans une certaine intelligence du site,
dans une certaine coappartenance au site événementiel. L’inscription des fragments de vérité commence
toujours aux abords du site événementiel. On a une origine de…

Question :
Réponse : l’énoncé n’a eu lieu comme énoncé événementiel que car il y a eu Cohn Bendit. Je n’ai pas dit
qu’il était réductible au site. Il va se charger de qté d’autres choses, on en tire des conséquences à l’infini,
il est inépuisable. Le nous, le tous, c’était quoi ? Tous ensemble en 95, il y a une résonance considérable
de l’énoncé. Mais c’est marqué par le site. Ça explique que les implications subjectives démarrent, se
font aux abords du site événementiel d’une manière ou d’une autre. Ne prenez pas ça de façon trop
cartographique, le site c’est pas nécessairement un lieu au sens spatial du terme, c’est les ingrédients de
la situation qui entrent dans l’événement. C’est aux abords de ça, dans une inflexion de ça que surgissent
les premières conséquences subjectives. On en redonnera des exemples. Il est exact aussi qu’un grand
énoncé fondateur dans l’ordre de l’art se fait toujours aux abords d’une impasse d’une configuration
artistique antérieure. quelque chose fait césure et ouvre à un nouveau possible. C’est donc très près de
cette impasse que les 1ères conséquences vont se déplier, l’histoire de l’art en offre des illustrations
innombrables. Donc on peut dire que les 1ers états de vérité s’inscrivent là où l’espace subjectif s’ouvre,
et donc là où il y a un dépli ou une ouverture du site événementiel lui-même. Nous disons que l’espace
subjectif ouvre la situation à de nouveaux possibles, il ouvre le site à de nouveaux possibles, et c’est là
dans cette fracture du site événementiel que naissent les premières configurations subjectives, ie les
premières inscriptions de vérité : elles vont surgir près de la fracture ou du pli du site événementiel. Ça
reste ce qu’on peut appeler la dimension locale du procès de vérité. Après, sa trajectoire peut être
immense et vagabonde. Mais il y a une assignation locale liée au site événementiel. C’est là que un ou
des corps sont saisis par l’implication d’un état de vérité. Quand je dis : ça se passe aux abord du site
événementiel, comprenons : c’est là qu’était ce corps. C’est corporel : c’est là qu’était ce corps, de
quelque corps qu’il s’agisse, c’est là qu’était corps saisi par l’implication, produisant un temps,
produisant un présent.

Ensuite, dans un 2ème temps, mais uniquement quand l’état de vérité a été produit, et peut-être alors
beaucoup plus loin du site événementiel, à vrai dire on ne sait pas trop où, peut-être très loin du site
événementiel, ce fragment de vérité produit peut être reproduit, ie répété, ordonné à la répétition, en
dénégation, répété en dénégation de son origine événementielle par une figure réactive. Il peut venir là, il
peut venir là pour autant qu’il a été produit : il ne peut être reproduit que s’il a été produit. Cette fois il
n’y a pas de condition astreignante de proximité au site événementiel. Ça peut être loin, décalé, décalé
dans le temps et l’espace. Un corps est saisi par cette formule subjective dans la modalité de cette
implication explicite, qui prétend montrer que le fragment de vérité se tirait de la négation de
l'événement, hors de l’événement, autrement que par l’événement : c’est la répétition, ma reproduction,
c’est la mise au passé de la production. C’est la seule chose qui puisse la mettre au passé, qui puisse
présenter son passé. Vous ne pouvez présenter un passé que par la répétition.
Et puis enfin le fragment de vérité en question peut venir en position d’occultation, il peut venir être
occulté, dans la saisie par la formule implicative qui cette prescrit cette foi un corps légal, un corps
assigné à la loi. Nous verrons plus tard que c’est ce qu’on pourrait appeler l’étatisation du fragment de
vérité. La vérité est subordonnée à la légalisation des corps. Elle est l’inexplicite, le caché de la
légalisation des corps. Nous admettrons (ce n’est pas pour l’instant entièrement un théorème) qu’un
fragment de vérité ne peut venir en position d’occultation que quand il a été déjà reproduit. Je ne le
démontre pas. Je crois qu’on le démontrer, à la fois formellement et expérimentalement, les 2. Mais pour
l’instant, je l’indique comme schème. Un fragment de vérité est produit en position fidèle, il est reproduit
ré activement et ce n’est qu’au titre de passé qu’il peut être occulté. C’est un théorème sur le temps, une
idée sur le temps : ça veut dire que, au fond, on ne peut pas occulter le présent comme présent. Le présent
comme présent ne se laisse pas occulter. Ce qui se laisse occulter, c’est le présente au passé. Ça aussi,
vous pouvez le rapporter, je voudrais finir et donc je vous laisse en exercice, vous pouvez le rapporter à
des expériences très précises : quand quelque chose qui a été produit comme une déclaration de vérité,
dans une figure subjective au présent, se retrouve en fin de compte entièrement occulté et en position
obscure, c’est toujours que la répétition a travaillé entretemps. C’est une loi générale. Tout le monde le
sait sous la forme, par exemple, que entre l’inauguration triomphale d’un amour et son obscurité ou son
occultation, il y a la routine. C’est la version psychologique empirique plate, mais elle recouvre un
schème fdtal, qui est que pour qu’on fragment de vérité soit occulté, et travaille inconsciemment, comme
inexplicite, il faut qu’il ait été préalablement passéifié.
Ce qui donne une espèce de trajet. Ce qu’il faut ajouter, et qui est je crois très important, c’est que
lorsqu’il est parvenu au stade 3, le fragment vérité, nous l’avons dit, devient mortifère. C’est lui qui
devient mortifère. On peut dire il a été reproduit, mais c’est lui qui devient mortifère, ie producteur de
mort. il faut dire que c’est lui, car a formule subjective, y compris celle du sujet obscur, est inactive tant
qu’un fragment de vérité ne s’y est pas inscrit. Le fragment de vérité s’y inscrit non pas au présent, non
pas même en tant que produisant un passé, mais il s’y inscrit déjà passéifié, et là il est inerte, mais il
produit effectivement de la mort. La question se pose : peut-on le restituer, peut-on le restituer à sa vie ?
Vous voyez la question : est-ce que le destin d’un fragment est toujours de devenir mortifère ? C’est une
thèse souvent soutenue : il ne faut pas trop qu’il y ait de la vérité, car la vérité est mortifère à al fin des
fins. Est-ce que je suis en train de dire ça ? Contentons nous des opinions, la vérité est terrible, dans tous
les ordres (je ne pense pas seulement aux histoires du totalitarisme). On sait très bien que l’amour est un
risque épouvantable, et mortifère, comme tout le monde le sait. Est-ce que c’est destinal, ce schéma ? ça
ne l’est pas, et pour deux raisons.
- la première, c’est qu’il n’y a aucune nécessité que ce trajet s’effectue. Ceci est possible. Pour autant
qu’un fragment de vérité s’est trouvé traité réactivement, il peut venir en position d’inconscience
obscure. 1ère raison : ce trajet n’est pas nécessaire.
- 2ème raison : un fragment de vérité en position obscure est réactivable. Ie ça peut être ressaisi, comme
ça. Ressaisi, ça veut dire quoi ? ça veut dire renouer ou réordonné à la puissance de l’énoncé
événementiel. Dans la figure du sujet obscur, le fragment n’est plus rattaché à epsilon, d’aucune façon. Il
est toujours possible (c’est complexe, je détaillerai plus tard) de désenfouir un fragment de vérité
obscurci, pour autant qu’on peut le réaccorder ou le restituer à sa provenance événementielle. C’est un
processus d’extraction, c’est pas un processus de reproduction. On extrait des entrailles de l’obscur
l’élément de vérité qui y était actif, mais de façon mortifère. Ie vous extrayez le fragment de vérité actif
dont l’activité était mortifère. Comment appeler ça ? Il y a un seul mot qui convient, il faut l’appeler
résurrection. Au sens strict : transformation de ce qui était mort. ça porte sur un fragment de vérité, ça ne
porte pas sur une personne. Un fragment de vérité parvenu à sa position mortifère peut être ressuscité, ie
réordonné à sa puissance événementielle par extraction. Il y a donc une 4ème opération. Nous affirmons
l’existence d’une 4ème opération. Dont, je le signale, Husserl a eu une intuition profonde. Lui, il appelait
ça la désédimentation. Ça concernait une doctrine bien différente de celle qu’on expose ici, la doctrine du
sens. Mais si on isole le motif husserlien de la désédimentation, on y trouve quelque chose de
comparable à ce qui est ici énoncé, à savoir la possibilité de réactiver quelque chose qui est enseveli et
devenu un emblème cadavéreux sous les sédiments qui l’écrasent. On peut le sortir, on peut réactiver les
sédiments. Cette réactivation sédimentaire, c’est un peu ce que j’indique ici, dans un déplacement
essentiel, dans la possibilité d’une extraction réactivante d’un fragment de vérité, perdu finalement dans
la production de mort du sujet obscur. Il y a une 4ème opération. Renommons-les :
Il y a la production
Il y a reproduction
Il y a l’occultation
Et il y a la résurrection.
Nous laissons ouverte une seule question : qui est sujet de la résurrection ? Y a-t-il une formule
subjective de la résurrection ? Etant entendu que c’est certainement une restitution au sujet fidèle. Mais
cette restitution au sujet fidèle n’est pas l’opération du sujet fidèle, qui est une production. La
résurrection transforme la mort en vie et qui stt transforme en temps le non temps. Ce n’est pas
simplement la création du temps ou du présent, c’est représentifier ce qui avait été soustrait au présent,
soustrait au temps par la figure du sujet obscur. Ce n’est donc pas seulement la production du présent
(c’est la figure du sujet fidèle), mais c’est la capacité à transformer à nouveau au présent ce qui avait été
d’abord passéifié et ensuite soustrait, purement et simplement, à la puissance temporelle. Voilà pour
aujourd’hui !

4 MARS 98
Le devoir est le suivante : il faut commenter cette formule de Kierkegaard : « le moi a un égal besoin de
possible et de nécessité. Il désespère autant par manque de possible que manque de nécessité ». Cette
formule est tirée du Traité du désespoir de Kierkegaard. Vous n’êtes pas obligés d’aller voir le Traité du
désespoir, vous pouvez prendre pour elle-même la formule. Simplement, il faut évidemment savoir
minimalement que à vrai dire, ce que Kierkegaard appelle le moi est, en vérité, le nom qu’il adopte pour
sa propre représentation du sujet. Ceci pour que vous ne vous embarquiez pas prématurément dans une
opposition lacanienne du moi et du sujet, imputant à Kierkegaard de ne parler que de l’imaginaire. Le
moi ne recouvre pas en danois le mot qui en français a été traduit par le moi. Il est clair dans le contexte
que le moi, défini d’ailleurs comme un rapport qui se rapporte à lui-même, est de toute évidence le
concept kierkegaardien du sujet. C’est bien un devoir sur le sujet, et pas un devoir sur le moi au sens où
moi serait opposé à sujet. C’était pour les préliminaires.

Le thème d’aujourd’hui c’est la vérité comme procédure subjective, finalement le passage d’un point de
vue local à un point de vue global. Jusqu’à présent, nous nous sommes surtout occupés de cette instance
locale d’une vérité post événementielle qu’est une formule subjective. La figure subjective est la figure
présente, active, locale, de toute procédure de vérité. Bien, mais ceci ne nous dispense pas de nous
interroger sur la procédure, le déploiement lui-même, intégrant éventuellement diverses formules
subjectives, et par conséquencet le passage à un point de vue plus global sur la connexion entre vérité et
formule subjective ; esquisse de globalisation du processus auquel on va aujourd’hui s’introduire, sans en
donner d’ailleurs tous les raffinements ou tous les détails. On avait esquissé ce point à la fin du dernier
séminaire.
Pour y venir, un trajet, un reparcours. Au fond, qu’avons-nous pensé, qu’avons-nous énoncé, qu’avons-
nous proposé jusqu’à présent, qui nous amène au seuil de la procédure de vérité saisie localement ?

Nous avons pensé la provenance de tout sujet, la provenance du sujet. C’est déjà en soi une thèse, qui est
que le sujet provient. Elle s’oppose, je le rappelle,
- d’une part à une vision structurale du sujet
- et d’autre part aussi à une vision où sujet est un protocole d’autofondation.
Dès lors que un sujet n’est ni une structure identifiable d’un côté, ni non pris ou captif de la
métaphysique de l’auto-fondation, alors il faut qu’il y ait une provenance. Cette provenance nous l’avons
nommé événement, il y a une provenance événementielle du sujet et nous avons identifiée cette
provenance, cet événement, ontologiquement comme étant un supplément infondé, et logiquement
comme étant une structure indicative, qui en fin de compte décide un énoncé antérieurement indécidable.
Venue, surgir et disparition d’un supplément infondé : c’est l’ontologie de l’événement et d’autre part
détachement d’une décision sur l’indécidable, qui est la structure logique de cette provenance.
Si on le dit très simplement, on dira :
- d’une part quelque chose advient qui n’est pas calculable, un surgir infondé, quelque chose arrive qui
est incalculable.
- et d’autre part quelque chose est dit (ça veut dire aussi quelque chose est fait, exposé, agencé,
composé), qui tranche sur l’indécidable.
Tel est, dans ce conjointement d’un surgir incalculable et d’une décision sur l’indécidable, la provenance
de tout sujet.

Nous avons indiqué le lieu de cette provenance. Le lieu de cette provenance, nous l’avons appelé un site
événementiel. C’est dans la situation, dans la situation pour laquelle il y a sujet, c’est une collection de
termes, une zone, une région de la situation, qui est située au bord du vide, et qui est dotée d’une sorte de
précarité ontologique particulière dans le détail de laquelle je ne reviens pas. Le site événementiel, pour
faire image, c’est une sorte de zone quasi transparente de la situation, transparente à son propre vide.
C’est quelque chose qui est au fond au lieu du minimum d’épaisseur de la situation. Toute situation
comporte des zones où l’épaisseur de l’être est minimale, dans laquelle l’être est affaibli. C’est cet
affaiblissement, cette flexion transparente de l’être qui détermine dans la situation ses régions, ses lieux
qui sont les sites événementiels. Il faut que par ailleurs les lieux sont la matière de l’événement.
L’événement sera entre autres choses composé d’éléments de son site, ie le surgir événementiel n’est pas
un surgir qui amènerait d’ailleurs un supplément d’être. La supplémentation est immanente. Elle se
compose de l’intérieur même de la situation par les éléments même du site. On peut dire, ça fait image
politique, que la supplémentation événementielle, c’est une levée du site. C’est une levée qui comporte
des paradoxes particuliers, des paradoxes de non fondation. Mais tout événement est une levée de son
site, une levée incalculable de son site. Ça veut dire, ça aussi, pour le traduire simplement, que ce qui
arrive arrive toujours là. Ie véritablement l’événement c’est de l’être là. Ça arrive là, ça n’arrive pas
n’importe où, et ça n’arrive pas dans le tout ou pour le tout. Il y a une localisation située de l’événement
dans la situation : levée de son site, l’événement est là, il n’est pas une mutation globale de la situation, il
est en un lieu d’elle-même. C’est une expérience tout à fait connue et frappante : surprise de la
supplémentation, et localisation spécifique de ce qui ainsi advient. Ce là, site, localisation, c’est cette
région précaire, sans épaisseur, ou avec l’épaisseur minimale de la situation.

Nous avons dit aussi que ce qui est dit, l’énoncé événementiel, ce qui est dit, ce qui est fait, ce qui est
agencé, ce qui est composé, ce qui est exposé, est entièrement marqué par le site. L’énoncé nullement
indifférent, étranger, extérieur au site, il est chargé de cette localisation. L’énoncé pourra être dit de ce
point de vue local. Local dans son surgir, dans son détachement. C’est important à dire, car le processus
va être en un certain sens l’universalisation de cette localisation. Il y a toujours quelque chose comme
cela dans une vérité effective, qui est que le là du dire premier s’universalise dans un labeur, un trajet, un
travail : il n’es pas une donnée universelle primitive, il est en charge d’universalisation possible. Cette
universalisation, elle est liée à un labeur, un processus, une procédure subjective qui rencontre obstacles,
chicanes, inversion, réversion : il n’est nullement automatique. Toute universalité est à ce prix, doit
commencer là dans l’extrême localisation de son surgir.

A partir de là nous avons pensé la novation post-événementiel : le site, l’événement, ce détachement d’un
dire localisé, et ce qui est créé espace subjectif. La novation post événementielle immédiate, c’est
l’ouverture d’un espace. C’est dans cet espace ainsi ouvert, dans cet écartement de la situation, que vont
procéder les sujets, comme opérations d’une vérité. Les sujets comme opérations d’une vérité vont
procéder dans l’espace subjectif ainsi ouvert, et qui dans son apparition reste indéterminé. C’est le
peuplement subjectif de l’espace qui va définir le trajet de vérité. Encore faut-il qu’il y ait cette
possibilité indéterminée, et c’est cette possibilité indéterminée, ce lieu nouveau, ouvert, mais encore
inpeuplé, encore anonyme, que nous appelons espace subjectif : c’est ce qui est décidé, ouvert, constitué
par un événement. On pourrait dire que l’espace subjectif va être le plan d’existence du sujet, ie ce à
partir de quoi il va y avoir ce qu’on pourrait appeler un dépli subjectif de la situation tout entière. Parce
que, ne serait-ce qu’en hommage à Deleuze, on peut tout à fait décrire l’espace subjectif comme un dépli
(pas comme un pli, justement). Imaginez quelque chose qui est plié et qui s’ouvre, quelque chose qui
dans la situation n’était pas praticable comme espace car c’était plié. L’événement en un certain sens,
c’est toujours un dépli de situation. C’est cette ouverture dans laquelle les sujets vont s’inscrire. Là
encore, comme j’ai eu souvent l’occasion de le répéter, c’est une expérience. Quasiment physiquement,
on sent le dépli. quelque chose se déplie, quelque chose qui était auparavant replié sur soi-même,
s’entrouvre ou s’ouvre et ce qu’on va en faire est incertain, mais il y a dépli, dans n’importe quelle
rencontre, dans n’importe quelle réquisition historique, idée nouvelle, ce dépli qui rend possible son
peuplement subjective.

Ensuite, il faut penser les figures subjectives qui vont peupler le dépli, ie les formes possibles
d’inscription sur la surface de l’espace. Je n’y reviens pas, mais il y a :
- la figure de la subjectivation, qui initie le subjectif comme tel, qui est moins à proprement parler une
figure que le figural de toutes les figures. Ou comme nous avons dit qui est moins le présent d’une vérité
ou d’un sujet que la présence de ce présent. C’est celle au fond qui lance sur la surface l’énoncé
primordial. C’est celle qui jette sur la surface l’énoncé détaché, l’énoncé epsilon, constitutif de tout ce
qui va suivre. C’est la figure qui jette les dés sur la surface dépliée, les dés subjectifs. Après il faut les
ramasser, c’est le labeur. La subjectivation est une figure foudroyante, et décevante, car elle a jeté les dés
et après elle ne s’en soucie plus. Elle ne se soucie pas de savoir comment ils pourraient être ramassés. Ce
dé lancé à la surface est le 1er énoncé, celui qui décide, qui décide sur l’indécidable. Il faudra
immédiatement explorer les conséquences, à l’infin. On peut dire que c’est le 1er chiffre du sujet.
- et puis sous cette condition là, il y a la figure fidèle, la figure réactive et la figure obscure. Dont je ne
donne plus ici les schémas.

Alors nous avons vu aussi que, à chaque fois, c’est plus proche de notre élaboration dernière, c’est un
corps qui est saisi par la subjectivation. Ce qu’il y a là, c’est d’abord un corps, et ce corps va être mis à sa
place dans une figure subjective. A certains égards, au fond, un sujet, c’est le placement d’un corps.
C’est le placement d’un corps par rapport à quelque chose, qui sont epsilon, l’énoncé initial, son
placement dans l’espace subjectif, les opérations de conséquence, de présent, de barre, de négation, mais
tout ça c’est l’appareillage logique effectif qui finalement dispose un corps dans une formule. Un sujet,
c’est une formule de placement d’un corps.
Ce corps est originairement marqué, ce n’est pas un corps plein. Il est marqué d’être un corps dans et
pour l’espace subjectif. Le fait d’être astreint à la formule, de pouvoir entrer dans la formule, est son
marquage inaugural, le marquage qui le transporte quelle que soit la formule. Ce n’est pas un corps au
sens d’une matérialité inerte. Bien sûr, il est supporté par une matérialité inerte, par une matérialité
vivante, d’accord. Mais ce qui entre dans la formule est toujours un corps raturé, un corps partiellement
légalisé de cela seul doit venir figurer, non pas dans la situation, mais dans le dépli de l’espace subjectif.
C’est un corps barré, disons un corps stigmatisé : il porte les stigmates de son espacement subjectif. En
ce sens, c’est un corps stigmatisé.
Nous avons noté que ce corps stigmatisé, qui est en fin de compte la matérialité de la formule, dans les
figures fidèles et réactives, demeure inexplicite. Inexplicite veut dire : il est sous la barre, sous la barre de
la production subjective. Il est là mais il n’est pas là dans l’explicite de la production, dans l’explicite du
faire subjectif. Il est placé dans l’oubli de soi. Ça ne veut pas dire absent ou inactif, mais placé dans
l’oubli de soi. C’est vrai même de la figure réactive. Là d’une certaine façon le corps est la matérialité
nécessaire, requise à toute production subjective mais en même temps comme tel inexplicite. Il n’est pas
exagéré de dire que en ce sens dans le cas de ces deux formules, la production subjective est oubli du
corps stigmatisé. Mais en même temps cet oubli est ce qui porte la matérialité. Par contre, dans la figure
obscure, le corps stigmatisé est explicite. Le fait qu’il soit explicite veut dire : il exhibe son stigmate. Il
est astreint à exhiber son stigmate. Ça c’est un point très important de rupture et en même temps de
combinaison entre les 3 figures : les modes différenciés de placement du corps inexplicite.
Vous remarquerez aussi, si vous vous référez aux formules, que dans le cas de la figure réactive, le corps
inexplicite est plus loin (car il est sur deux étages). Et c’est important parce que cet éloignement du
corps inexplicite participe du caractère réactif de la formule. Là, c’est un point sur lequel nous
reviendrons dans l’éthique, qui est un point compliqué. C’est : à quelle distance doit se tenir le corps ?
C’est la question éthique centrale, nous le verrons. L’éthique c’est : à quelle distance est le corps ? Et
nous verrons que la réponse, qui peut apparaître simple, c’est : ni trop loin, ni trop près. Trop loin, c’est
réactif. Trop près, c’est obscur. Donc c’est ni trop loin ni trop près, la distance au corps dans la procédure
subjective, à ce corps là, le corps explicite, le corps stigmatisé, tel qu’il entre invariant dans la
composition des formules.

Nous avons fait une théorie du temps : le temps comme production subjective post-événementielle. Ie du
temps des vérités, qui n’est pas le temps de la situation, qui n’est pas le temps des planètes, qui n’est pas
chronos, mais qui est le temps des vérités, ie un temps produit sous condition d’un sujet.
Nous avons dit : le présent, qui est pour une vérité la même chose que le futur, donc le présent-futur (qui
est infini) est défini comme conséquence produite de l’énoncé événementiel. Donc le temps, c’est la
conséquence. Produire du temps, c’est produire des conséquences, ie produire des fragments de vérité.
Donc on peut dire le présent futur, c’est toujours un fragment de vérité. C’est ça qui à tout moment fixe
le degré de contemporanéité à cette vérité. Etre contemporain d’une vérité, c’est partager son temps.
Partager son temps, c’est partager la production de ce temps, et donc être d’une manière ou d’une autre
dans l’élément des conséquences de l’énoncé. Comme tel, le temps est produit par la formule subjective
fidèle.
Alors que le passé est produit par la figure réactive, dans la modalité d’une répétition. Par production du
passé, nous entendons mise au passé du présent produit. Cette vérité doit être reproduite, mais justement
en tant que reproduite, elle est reproduite au passé. Nous avons là la trame subjective du temps, dont il
faut bien voir, c’est ça qui est important, que les différentes dimensions du temps ne sont pas produites
par les mêmes figures subjectives. Il est à la rigueur erroné de dire que le sujet produit le temps. C’est pas
tout à fait ça. Ou le sujet est temporalisation, si on se rapproche d’un thème phénoménologie. On ne dira
pas exactement que le sujet est temporalisation, car on dissimule à ce moment là que la production du
présent futur et la production du passé appartiennent à des figures subjectives différentes (la figure fidèle
et la figure réactive). Le passé n’est produit que sous condition de la production du présent. Ce n’est pas,
pour employer le lexique heideggérien, la structure extatique du temps, c’est une figure différenciée,
effectivement différenciée. Ça a des conséquences étranges, qui nous préoccuperont, qui est que il se
peut très bien qu’un présent n’ait pas de passé. Que la mise au passé d’un présent ne soit pas produite :
encore faut-il la figure réactive s’en empare, mais ça n’arrive pas inconditionnellement. Ça peut arriver,
mais ce n’est pas inévitable. La mise au passé du présent n’est pas nécessaire. Donc il peut y avoir du
présent sans passé. Par contre il ne peut y avoir de passé sans présent.
Et enfin le temps est nié par la figure obscure : c’est ni présent, ni futur, ni passé mais l’occultation du
présent lui-même, une détemporalisation du temps ou plus exactement une déprésentification du présent.
Mais, j’y insiste, c’est un point très important : ceci même est une production particulière. L’occultation
que produit la figure obscure est l’occultation de ce présent là et non pas du présent en général. La figure
obscure est elle-même assignée à une procédure de vérité particulière, elle n’est pas générale. Et ce
qu’elle est en état d’occulter ou de nier est toujours un temps vivant produit singulièrement. Exactement
comme une figure réactive ne produire le passé que de ce présent et pas le présent en général [chgt
K7]…le présent de cet espace subjectif, cette vérité là, et en ce sens elle coappartient à la dimension
générale du sujet.

Enfin, nous avons aussi montré, là j’y insiste car nous allons le retrouver, nous avons établi un lien entre
le temps et le corps. Au fond, nous avons montré que dans la figure fidèle, c’est le vif du présent qui rend
le corps inexplicite. Précisément c’est au nom ou sous la production du présent que le corps stigmatisé
reste inexplicite. C’est le dévouement au présent qui laisse le corps à distance. C’est une expérience
aussi. Que le réel du dévouement au présent laisse le corps dans l’inexplicite. Qui se manifeste par le fait
que, comme aurait dit Spinoza, que le corps s’avère capable d’autre chose que lui-même, ou que la
capacité du corps est absolument autre que ce qu’elle supposait être. Le corps stigmatisé est à distance de
ce corps capable généré par le présent lui-même. C’est ce que Nietzsche appelait l’abolition de la
pesanteur. Le grand ennemi de Nietzsche c’était l’esprit de pesanteur. L’esprit de pesanteur, c’est le
corps stigmatisé. Nietzsche a eu une intuition extrêmement profonde de ce que l’avènement affirmatif du
présent laisse à distance ce corps pesant, ce corps explicite et abolit l’esprit de pesanteur. C’est la raison
pour laquelle il comparait la pensée à la danse. La raison de la comparaison de la pensée et de la danse,
c’est que la grande affirmation dionysiaque, le grand midi, c’était l’abolition de l’esprit de pesanteur,
c’était l’avènement du corps dansant, ce qui rend inexplicite le corps pesant, ie le corps attaché à la terre.
C’est une intuition juste : il y a dans le vif du présent, la production subjective du présent futur d’une
vérité quelque chose qui met à distance le corps stigmatisé. On peut bien appeler ça une identité de la
pensée et de la danse si la danse est la création d’une légèreté impossible, une légèreté qui fait que le
corps stigmatisé n’est plus là, c’est comme s’il n’était plus là. Il est là aussi, son là se rappelle dans la
danse elle-même, N le sait très bien : il y a une retombée, il y a une verticalité qui retombe, mais dans ce
mouvement entre verticalité et retombée, l’élément primordial est la verticalité. Nous avons montré ce
lien entre temps et corps.

Et ce qui est là comme corps, dans le présent, n’est pas le corps de l’inexplicite ou de l’incst. Ce qui est
là, c’est un corps vérité, comme le corps de la danse. Nous avons dit : le corps vérité n’est pas une
explicitation du corps inexplicite. C’est ce qu’on pourrait appeler un corps réel. Et j’ai proposé de
l’appeler nudité, ce corps réel. Ce qui est là, c’est la nudité, ie le corps réel. Alors on pourrait avancer
l’axiome, comme ça, un peu douteux, mais raison de plus, qui est que toute vérité est portée par une
nudité. Je ne dirais pas que toute vérité est nue. Il y a longtemps qu’on a dit que la vérité était nue, quand
elle sortait du puits, elle sort nue du puits : il y a une vieille intuition de ce rapport entre vérité et nudité,
et symétriquement une vieille intuition du rapport entre costume et mensonge. L’habit fait le moine, mais
le nu ne fait pas le moine. Si vous êtes nu, vous n’êtes pas moine, ou très difficilement. Mais je ne dis pas
cela, que la vérité est nue. Je vais dire la vérité est portée par la nudité. C’est autre chose. Le placement
du corps inexplicite reste là, le corps stigmatisé reste là, et puis ce qui vient en explicite n’est pas ce
corps stigmatisé, c’est ce que j’appelle le corps réel qui fait corps pour la vérité, mais sans que jamais
corps stigmatisé cesse d’habiter le dessous de la barre. Cette nudité au fond, c’est le corps réel advenant
comme support d’un fragment de vérité. Il faut bien que n’importe quoi, y compris un fragment de vérité,
soit porté par un corps. Il n’y a que des corps, il n’y a que des corps et des langages, des corps et des
logiques. La logique c’est des formules subjectives : il faut que le corps soit là comme matière, et il faut
que un fragment de vérité porté par un corps, et c’est ce corps réel portant le fragment de vérité qu’on
appellera nudité.
C’est comme le corps collectif d’une manifestation politique. Ou bien c’est comme le corps sensible
matériel dans l’œuvre d’art (teinte, couleur). Ou bien c’est le corps littéral de la science, c’est le corps de
la lettre. Ou bien c’est le corps sexué glorieux de l’amour. C’est le corps réel tel qu’il advient parfois,
comme support d’un fragment de vérité.
ça ce sont le substituts présents du corps inexplicite, dont il ne faut jamais oublier qu’il est toujours là,
sous la barre, avec son stigmate. Stigmate que, sauf dans la figure obscure, il n’est pas astreint à montrer.
Même dans la figure réactive il y a cela, avec un corps un peu trop loin. Dans la figure obscure, vous
savez que le présent est écrasé par la supposition explicite d’un corps total. La position explicite d’un
corps sans stigmate, d’un corps sacré, d’un corps non marqué. Ie d’un corps qui est en même temps et au
même point symbolique et réel : un corps indivis entre le symbolique et le réel. Un corps divin, un corps
immortel : cela écrase le présent. Alors le corps stigmatisé doit être explicite, le corps légalisé doit se
montrer comme corps légalisé. Ou si vous voulez le corps doit se montrer sous le voile explicite de la loi.
Et si possible il ne doit montrer que cela, il ne doit montrer que le stigmate. C’est d’ailleurs assez
difficile. Le sujet obscur est un travail formidable : arriver à ce que la venue à la surface du corps
inexplicite inscrit dans toute formule subjective s’exhibe en exhibant à la limite que son caractère
stigmatisé, ça demande beaucoup de travail, voire même la terreur (mais la terreur est aussi un travail,
infini, qui n’a jamais de fin).

Pour terminer, nous avons repéré les opérations subjectives majeures qui traversent l’architecture de ce
que nous venons de dire. Discerné 3 :
- production, qui est l’opération de la figure fidèle : produire des conséquences, des fragments de vérité
présent. Opération de production
- opération de répétition, propre au sujet réactif, produire un replacement de la vérité produite. Ou
produire du passé.
- et puis opération de l’occultation, propre au sujet obscure : occulter le présent, raturer le présent,
écraser le présent sous le corps sacré.
Ceci nous a donné un 1er tracé ou une 1ère esquisse du tracé de la procédure.

Alors ce qui va nous servir de pivot c’est, je redessine la chose rapidement, nous étions restés sur le
schéma suivant :

soit Vp un fragment de vérité quelconque, ie un groupe de conséquence, ie une formule finie du présent.
Nous avions dit, finalement : pour autant que cette formule est ressaisie dans la formule du sujet réactif,
elle est répétée et mise à distance d’elle-même. Et pour autant qu’elle est ressaisie sous condition d’avoir
été déjà passéifiée par la figure du sujet obscur, elle est écrasée par la figure du corps absolu, ou du corps
symbolique et réel.
Parvenu en 3, là nous avions dit : le fragment de vérité est à la fois mortifié et mortifère. Il ne crée plus
que du corps légal explicite, il ne crée plus que de l’exhibition des stigmates. C’est un point sur lequel je
veux aussi insister : la racine de la mortification au présent, c’est un fragment de vérité. Finalement, de
ce point de vue là, un fragment de vérité, qui est l’emblème du présent, peut aussi bien s’inscrire de telle
sorte qu’il soit production de mort. L’opposition entre production de vie et production de mort, ce n’est
pas l’opposition entre vrai et faux. C’est un point essentielle dans les chicanes que ça introduit pour
l’éthique : ce serait tellement simple si on était assuré de l’identité du brai et du bien. C’est ce que la
philosophie a désiré, la garantie que en définitive il y ait identité du vrai et du bien et que donc la vérité
soit toujours innocente. C’est le fantasme philosophique par excellence. Lacan le disait sous la forme : du
coup, le philosophie prétend qu’on peut et doit aimer la vérité, l’amour de la vérité. Il protestait
vigoureusement contre ce thème de l’amour de la vérité, et il disait la vérité n’avait rien d’aimable en soi.
Derrière ce thème de l’amour de la vérité, il y a la conviction que vrai et bien sont réciprocables en
dernière instance. Ce qu’on vient de dire s’écarte de cette hypothèse. D’une certaine manière, je poserai
moi-même qu’il n’y a de bien que sous condition d’une vérité : j’assume la variante de mon désir de
philosophe. Mais la réciproque n’est pas vrai : il n’est pas vrai que pour autant la vérité induise ou soit
homogène ou identique au bien, parce que le mal lui-même (j’emploie ce mot pour la mortification, les
effets du sujet obscur etc…), le moteur du mal lui-même est un fragment de vérité. Vous voyez, si on
voulait une image, on pourrait dire qu’un fragment de vérité peut s’égarer dans l’obscur, se perdre dans
l’obscur. Ça a un sens précis : ça veut dire être capturé par la formule subjective obscure. Et alors il
produit de la mortification, il devient mortifère. Et ce mortifère là n’existe que sous condition que cette
vérité ait été produite, il n’existe pas en soi. Le fragment de vérité qui vient se disposer ici dans la
formule du sujet obscur, il a fallu qu’il soit produit ici, puis en un sens passéifié ici. Il a fallu qu’il soit
produit, qu’il soit répété et qu’il soit occulté. Mais ne peut être occulté que ce qui a été préalablement
produit et ensuite répété. Le sujet obscur marche à la vérité, comme tous les autres, simplement il marche
à la vérité dans la modalité de l’occultation. L’occultation exige ou requiert qu’il y avait un fragment de
vérité, placé là. Et donc on ne peut pas soutenir que la vérité est absolument innocente, c’est impossible.
Elle n’est pas innocente, puisque son destin peut être d’être mortifère. Il peut lui arriver, à tel ou tel
fragment de vérité, d’être mortifère. Et j’y insiste : à mon sens c’est le fragment de vérité lui-même qui
vient là, ce n’est pas sa méconnaissance, son ignorance, quelque chose qui est venu à sa place. Ce n’est
pas à proprement parler de la vérité trahie. Le motif selon lequel ce qui est criminel, c’est la vérité trahie,
on le connaît. Le sujet obscur n’est pas une trahison, c’est un autre placement, le fragment de vérité est
autrement placé et ce déplacement du fragment suffit pour que le fragment de vérité devienne mortifère.
Il y a un côté, je dirais presque qu’il y a un moment où c’est un fragment de vérité, c’est comme un
virus : ça peut fonctionner dans une disposition structurale absolument mortifère, et puis placé ailleurs,
c’est inoffensif. Ça peut s’enkyster quelque part, de tsq dans la figure du sujet obscur, ça produit de la
mortification. Un petit bout de vérité égaré, qui se promène, égaré comme un virus, ça produit de la mort.
C’est le côté viral de la vérité. Elle a ce côté. C’est plus profond que l’opposition classique qui consiste à
dire la vérité est formidable mais malheureusement il y a ignorance, répression, oppression. Non : sans
vérité, il n’y pas de sujet, pas même de sujet obscur. Tout ça est au présent : le sujet obscur, c’est la
forme présente de l’occultation du présent. C’est ce présent que ça occulte. Ce n’est pas une brusque
irruption d’un démon du passé. Bien sûr, le fragment de vérité a été mis au passé, mais ce n’est pas le
surgissement d’une vieillerie démoniaque. La mortification n’est pas un cauchemar, elle n’est pas une
hantise, elle est un déplacement du fragment de vérité comme tel. Ceci étant, nous avons dit : cependant,
le fragment de vérité ainsi enfoui, ainsi enkysté, dans la machinerie du sujet obscur, peut éventuellement
en être extrait. Evidemment, puisque c’est une question de place. Ce n’est pas une question dénaturation
interne. Ce n’est pas devenu autre chose, c’est un fragment qui est là, un morceau oblitéré du présent, on
peut le redéplacer encore. Comment ? en l’extrayant, un processus par lequel il est extrait de son
placement mortifère, et reconvoqué à sa production, reconvoqué à sa dépendance envers epsilon,
reconvoqué à sa nature événementielle, reconvoqué au présent. Le présent de la vérité qui est occulté
peut être désocculté. C’est proprement revivifier un fragment de vérité. Revivifier : remettre dans la
production du présent un fragment de vérité égaré dans la figuration mortifère.

D’où une 4ème opération, outre la production, la répétition et l’ occultation, qu’on peut appeler la
résurrection. La résurrection, c’est une opération, on en voit bien formellement le principe : c’est une
opération par laquelle le fragment de vérité (ici disposé à la place du sujet obscur) peut en être extrait et
restitué à l’opération productive. Comment, dans quelles conditions, on y viendra. Mais c’est notre 1er
schéma quant à ce que peut être le destin d’un fragment de vérité :

il peut circuler depuis la production jusqu’à la répétition, être pris dans l’occultation, et restitué à la
production par la résurrection. On dira : toute vérité morte peut ressusciter. Il y a des exemples
historiques tout à fait frappants, tout à fait nets de cela.

Le plus spectaculaire, c’est la résurrection des mathématiques grecques aux 16ème et 17ème siècles. C’était
un cadavre installé dans l’obscur depuis longtemps. Le processus est très compliqué, c’est passé par les
arabes etc… Mais pendant des siècles, l’œuvre mathématique d’Archimède, qui en un certain sens
représente la culmination créatrice, stupéfiante, de la mathématique grecque, était devenue
incompréhensible, entièrement mortifiée. Elle était tombée, elle était devenue obscure, insaisissable,
inintelligible. Puis elle a été reconvoquée, restituée à la production, au point qu’elle a constitué l’école
immédiate des grands mathématiciens de la fin du 16ème et du début du 17ème, qui se sont constitués eux-
mêmes en comprenant Archimède. C’est un exemple frappant de ce qu’il faut entendre par résurrection.
Une vérité morte, au sens où il n’était même plus possible de comprendre ce dont il était question, a pu
être réactivée et ouvrir une nouvelle séquence événementielle de la question de la subjectivation
scientifique. C’est une expérience dont vous pourriez trouver de nombreux exemples. Cette expérience
de l’opération de résurrection, par quoi quelque chose de tombé dans la figure mortifiante du sujet
obscur, est reconvoqué ou restitué à la vivacité du présent, est une opération subjective saisissable.
Je voudrais en donner quelques exemples empiriques élémentaires dans chacune des procédures.

En art, que signifie qu’un fragment de vérité tombe en position obscure ? Nous l’avons dit, c’est un
fragment de vérité qui est académisé. L’académisme, c’est la figure artistique du sujet obscur. C’est ce
qui fait que ce qui était vivant est mort. L’extraire de là, extraire quelque chose de l’ordre de l’art vivant
tombé dans la figure mortifère de l’académisme, c’est évidemment le représentifier, le restituer au
présent. Là aussi, comme la Renaissance le fait de l’art grec, par exemple. Mais ce qui est intéressant
pour nous, c’est de voir que cette restitution au présent, elle suppose qu’on l’articule à une production
présente. C’est pas un retour tel quel : c’est simplement que ça va être ressaisi ou réarticulé comme
ingrédient, fragment récupérable au processus continué d’une production subjective présente. Cette
opération, je voudrais lui donner un nom dégagé de toute connotation négative. Ce nom, c’est
néoclassicisme. Il faut absolument distinguer en art, opposer même, néoclassicisme et académisme.
Qu’appellera-t-on néoclassicisme ? Justement, l’inattendue résurrection vivante de quelque chose qui
apparaissait dans sa modalité académique comme mort. Néoclassicisme désigne toujours des séquences
de l’art vivant alors que académisme désigne une figure de mort. Néoclassicisme veut dire que à un
moment donné vous pouvez prendre pour idéal vivant quelque chose de tombé dans la surimposition
mortifère de l’académisme, et l’articuler au présent dans une figure qui est une figure séquentielle. Il peut
y avoir des séquences néoclassiques vivantes de l’art qui sont des résurrections au regard de ce qui dans
la séquence précédente était tenu pour académique. Ce qui fait qu’il faudrait plutôt le schématiser de la
manière suivante. Reprenons le schéma obscur :

L’opération de résurrection va reconduire au sujet productif, epsilon [chgt K7].


On aurait quelque chose de cet ordre : la conséquence présente va incorporer en résurrection le fragment
en le composant à autre chose, qui est une production du présent. ça ne va jamais être le retour tel quel du
fragment (ce serait une passséification supplémentaire, ce serait réactif, ce qui a été mis une fois au passé
le serait une 2ème fois). Ça va être production nouvelle, quelque chose comme le fragment enseveli a été
ressuscité et n’a pu être ressuscité que dans sa conjonction agencement, sa production comme
conséquence nouvelle. Néoclassicisme est toujours quelque chose de cet ordre, jamais le retour pur et
simple de la figure morte. La figure qui ne pouvait être que morte s’avère vivante dans un agencement
singulier qui la reconvoque à la production, qui la reconvoque au présent. Vous trouverez de nombreux
exemples de cela, qui donnent un schéma plus fin de l’opération de résurrection en tant qu’elle est
toujours un agencement du mort au présent au vivant, un agencement de ce qui se donnait comme mort
au présent vivant. C’est dans cet agencement que ce qui était enseveli, ou mort, revient à la surface.
On pourrait continuer avec des exemples empiriques de cet ordre.

Par exemple en science, qu’est-ce que c’est qu’un fragment de vérité scientifique mis en position
obscure ? ça veut dire un usage obscurantiste d’un schème scientifique. Ce que j’appelle académisme en
art, je l’appelle directement obscurantisme s’agissant de la science. Les exemples fourmillent. Nous
sommes contemporains d’un certain nb d’entre eux. Je les cite en vrac. Vous pouvez avoir un usage
créationniste de la théorie du big bang, qui est une mathématique de l’astrophysique. Vous trouverez ça
tous les jours usage religieux de la paléontologie, spécialité Teilhard de Chardin. Vous pouvez avoir des
formes d’idéalisme obscurantiste de la théorie de quanta. Qu’est-ce qui se passe dans ces cas là ? Il peut
y avoir des gens très instruits de ce dont ils parlent, c’est pas la question du savoir et de l’ignorance, des
gens instruits, mais ils la placent, ils la connectent en position obscurantisme. Qu’est-ce que le
désenfouissement ? qu’est-ce qui se passe quand on le tire de là ? ça veut dire qu’on raccorde le fragment
en question à un nouveau dispositif théorique. On éclaircit ce qui rendait encore possible le placement
obscur du fragment. quelque chose rendait encore possible le placement obscur, et on éclaircit cela en
réincorporant ce fragment à un dispositif théorique rénové. Finalement, on l’articule à de nouvelles
conséquences. L’opération n’a rien de nécessaire. On l’articule à de nouvelles conséquences, qui en
éclairent à nouveau la rationalité. Ça fonctionnait de façon obscurantiste, et à un moment, dans le procès
d’invention théorique, l’ombilic qui permettait de le tenir dans l’obscur est à nouveau cisaillé ou à
nouveau coupé.

En politique, qui est un exemple très important de genres de procédures, on peut dire que le destin
obscur d’un fragment de vérité politique, c’est quand ce fragment est étatisé. Là, il est clair que ce qui est
en fonction de corps total, c’est l’Etat. L’Etat incluant pour nous sa norme économique. Ie ce qui était
une production présente émancipatrice, ce qui était une dimension post-événementielle dans la logique de
l’émancipation politique, s’accroche à la rigidité intemporelle, structurelle, de l’Etat. Ce qui explique une
aventure constamment invoquée dans le siècle, qui est l’apparence d’un destin despotique de la logique
d’émancipation. Cette étrange dialectique de la révolution et du despotisme. On dit : ça s’est inversé, ça a
changé. Pas du tout : c’est la même chose mais qui s’est accroché, placé, à une figure subjective autre,
une figure étatisée. L’Etat est en la matière toujours convoqué dans le sujet obscur de la procédure
politique. La résurrection c’est quoi, là ? Comment les choses s’extraient de ce plombage par la figure
corporelle sans stigmate supposé de l’Etat ? La résurrection, c’est une remise de l’Etat sous condition de
la politique. C’est le moment où quelque chose est extrait de sa subordination à l’Etat, et remis dans le
jeu, dans le libre jeu de la production politique. Alors là ce qui est intéressant c’est que ça passe
nécessairement par du corps matériel qui s’oppose au corps non barré ou despotique de l’Etat. C’est une
production de corps libre, qui va pouvoir réarticuler les énoncés ensevelis, les énoncés mortifères, à la
production du présent. C’est ce à quoi on assiste, de temps à autre. On s’aperçoit que littéralement, des
énoncés politiques ressuscitent. Ils étaient morts, la mort voulant dire qu’il avait été établi que ces
énoncés étaient mortifères, qu’ils fonctionnaient dans les souterrains du despotisme. Ils sont morts, ce
sont des énoncés criminels, mais tout Etat est criminel par certains côtés, comme tout Dieu. ce à quoi on
assiste, par des production de corps libre singulière, c’est la résurrection d’un certain nombre d’ énoncés
extraits de ce souterrain à quoi on les condamnait, pour les réarticuler à d’autres choses, pour les restituer
au mouvement de l’invention émancipatrice de la circulation politique générale. C’est une expérience
très frappante de résurrection. Tout ceux qui annoncent que des énoncés émancipateurs sont morts sont
déçus, car le mort n’est pas aussi mort que ça, il n’est jamais aussi mort qu’on souhaiterait qu’il le soit,
jamais aussi étatisé qu’on souhaiterait qu’il le soit.

En amour, il faut bien dire que c’est comme en politique, la figure du sujet obscur, c’est la famille. Il
faut bien le dire ! Dire que la figure du sujet obscur convoque l’Etat ne veut pas dire qu’il ne faut d’Etat
ou que l’Etat est mauvais (ce n’est pas la question). L’Etat a une fonction nécessaire. La politique essaie
de prescrire à l’Etat, pour qu’il fasse autre chose que ce qu’il fait. Ce ne sont pas des thèses anarchistes.
Le fait est que quand un énoncé émancipateur vient en position obscure, c’est parce qu’il a été étatisé.
L’Etat ne fait pas que ça, mais il le fait aussi. Qu’est-ce qu’on appellera famille ? La famille est à l’amour
ce que l’Etat est à la politique. Engels n’avait pas tort d’écrire un l ivre qui s’appelait l’Origine famille,
de la propriété privée et Etat. C’était bien vu ! Ce qui circule entre la famille et Etat c’est bien la
propriété privée. Comprenez-moi bien : ce n’est pas du tout que j’appelle famille un contraire de l’amour.
Je dirais même que en un sens, de même que l’Etat est toujours dans le champ de la politique, de même
quelque chose de la famille est dans le champ de l’amour. Mais que l’amour ait pour projet de fonder une
famille, ce n’est pas contradictoire. Ce n’es pas une logique de contraire mais de place, de placement.
Mais il y a une discordance temporelle, quelque chose comme ça. L’habitus familial est apte à mettre des
énoncés de l’amour dans des positions obscures. Encore une fois, je ne dis pas qu’il ne fait que cela, ni
même qu’il le fait nécessairement. Famille englobera toutes les figures de routine, de répétition au sens
mortifère du terme, de fin de la novation et de la capacité créatrice. Ce n’est pas forcément qu’il y ait
parents, enfants, cousins, arrière grands parents. Il y a un temps de la famille qui est le temps étatique, le
temps de la structure. Alors effectivement, les énoncés primordiaux, les fragments de vérité de l’amour,
peuvent être familialisés au sens de leur production mortifère. La résurrection, c’est quoi ? C’est
nécessairement une distance recouvrée avec l’habitus familial. C’est pas la ruine de la famille, c’est pas
sa dislocation, mais c’est le recouvrement d’une distance avec l’habitus familial. C’est par conséquencet
quelque chose comme une récupération de ce qu’il faut appeler l’anarchie amoureuse. Je lui donnerai un
autre nom, si vous voulez : c’est une réinvention de la nudité. C’est ça, réinventer la nudité. Prenez-le en
tous les sens que vous voulez. Je crois que c’est une bonne image. C’est une bonne image, car il y a une
nudité familiale qui ne fait qu’expliciter le corps stigmatisé, et qui est invisible. La défamilialisation de
ce qui menace l’amour est bien quelque chose comme une réinvention de la nudité. Et le schéma sera le
même. Ça se fait par articulation à autre chose. Une invention singulière réarticule le fragment de vérité
enseveli ou écrasé par le caractère semi étatique de la disposition familiale. C’est la 3ème branche du site,
celle de la résurrection.

Dans tous les cas dont nous venons de parler, ie finalement


- production de nouveau du corps matériel libre
- réinvention de la nudité dans l’amour
- désacadémisation néoclassique en art
- et puis réincorporation théorique dans la science
qu’est-ce qui ce passe ? C’est que la subjectivation se réempare du dispositif mortifère. Il faut convoquer
son omniprésence. quelque chose est resubjectivé. La subjectivation qui rôde sous l’espace subjectif, qui
est pliée sous l’espace subjectif, quelque chose de la subjectivation s’empare et remobilise le fragment de
vérité égaré. Cela relève de l’action, du déplacement, de l’intervention. La résurrection est une figure
active, elle n’a rien de mécanique, elle est rare et difficile, comme si la subjectivité recirculait entre
matériau mortifère et le présent vivant. Ce qu’elle nous propose, cette réactivation, c’est au fond un
couplage. La resubjectivation propose un couplage : c’est un couplage de ce qui était mort au présent
futur de la procédure. Ce qui était mort vient se coupler à quelque chose de la production du présent
futur. C’est aussi une expérience, l’expérience que quand on resubjective une expérience subjective qui
commence à être réactive au mieux et obscure au pire (c’est comme ça qu’on le sent : le subjectif est en
train de défaillir, et on est coincé ou en train de basculer dans le répétitif, le passé, la mémoire, quelque
chose de mortifère et obscur, quand on en est là), si on s’en sort, s’il y a une résurrection c’est que
production arrive à ressaisir le mortifié dans le couplage à autre chose. Chose que la littérature décrit
toujours : comment des personnages de l’histoire apparemment abîmés entre le répétitif et l’obscure ont
une idée, une invention, une rencontre, un paradoxe qui fait que ça va se coupler avec ce qui était
apparemment tenu par l’obscur, le ressortir de là, dans un couplage à autre chose. La résurrection, c’est la
proposition subjectivante d’un couplage (couplage de ce qui est mort à un élément du présent futur).
Si on dit ça, on dit que dans la résurrection il y a un écho événementiel. Il y a quelque chose de quasi
événementiel, une resubjectivation, comme une nouvelle rencontre, quelque chose est à nouveau
rencontré. Et alors nous pouvons le dire sous une forme relativement précise : nous pouvons dire que
c’est comme si cet élément là, auquel l’autre va se coupler, fonctionnait par rapport à l’autre en écho de
epsilon, en écho de l’énoncé primordial, comme s’il était proche ou en retour de l’énoncé primordial.
C’est quasi événementiel. Cette production ne va pas être l’énoncé primordial, mais au regard de ce qui
est extrait des entrailles de l’obscur, et qui va être remis dans la circulation du présent, ça fonctionne
comme si c’était epsilon, l’énoncé événementiel. On peut métaphoriser ça de l’amour : le fragment, c’est
comme s’il fonctionnait à nouveau comme la possibilité réelle de redire je t’aime. L’autre chose est
ressaisie, revivifiée par ça. C’est comme si c’était l’énoncé événementiel lui-même, relativement à ce
qu’il s’agit de ressusciter (en soi non, en soi c’est une conséquence). Mais ça se couple à l’autre comme
si c’était l’énoncé événementiel. On appellera ça la puissance quasi-événementielle d’un fragment de
vérité. Tout fragment de vérité peut aussi avoir une puissance quasi-événementielle. Ie fonctionner au
regard d’un fragment mort comme s’il était epsilon lui-même. Il y a une puissance quasi événementielle
d’un fragment de vérité produit, ie une puissance de résurrection. C’est une conséquence de l’énoncé
événementielle, c’est une production au présent, qui est toujours conséquence de l’énoncé événementiel.
Ce qui se passe dans la procédure de résurrection, c’est ça : c’est un fragment de vérité (produit, comme
les autres) a puissance quasi événementielle au regard d’un fragment mort. Il prend sur lui l’écho de
l’événement. Nous ne sortons pas de la séquence. Mais nous admettrons que dans une séquence post-
événementielle peuvent rendre place des quasi événements, qui sont comme des relances, qui ne sont pas
l’entrée dans une autre séquence, mais qui la périodisent de l’intérieur. La relance a un signe très précis,
c’est que un fragment mort a pu être revivifié. Un fragment de vérité devenu mortifère et obscur a pu être
extrait de sa place. Ça nous permet de procédure schéma un peu plus détaillé.

Commentaires de Badiou qui trace le dessin.

Ce schéma nous l’appellerons schéma de la procédure. C’est la figure globale : les virtualités du destin
d’une vérité sont toutes inscrites dans cette formule et disposent au passage la totalité des types
subjectives, ici figure fidèle, la figure réactive, la figure obscure, et ici la figure subjectivante. On peut
intégrer tout ce que nous avons établi depuis le début de l’investigation.
Mais il faut faire quelques remarques :
- nous n’avons pas là une figure de destin : cette procédure globale dispose des possibles, les possibles de
l’espace subjectif, et rien là dedans n’est au régime de la nécessité. Il n’est jamais nécessaire qu’un
fragment soit passéifié, puis obscurci, puis ressuscité. Ne prenons pas cela comme la succession des
figures de la conscience chez Hegel. On y serait d’autant plus tenté que ça a une apparence circulaire.
Non, c’est un réseau de possible articulé, ce n’est pas un destin ou une figure de nécessité. C’est la 1ère
remarque.
- ceci dit la 2ème tempère la 1ère, dans la durée de la procédure, dans l’infini de son présent, que tel ou tel
fragment de vérité suive ce parcours est relativement probable. Pas tout fragment de vérité, mais dans une
conséquence post-événementielle constituée, stabilisé, que ceci arrive à un fragment de vérité est d’une
probabilité importante. Pourquoi ?
- c’est la 3ème remarque : parce que en soi la procédure est infinie, et les fragments sont virtuellement
infinie simplement. Tout ceci est sous condition que la vérité soit inachevable [chgt K7]. Simplement, ce
qui se passe quand le schéma est accompli, c’est que nous avons en quelque sorte un développement en
spirale. Là, c’est présenté en rond, mais c’est pas en rond, parce que évidemment la résurrection si je puis
dire relève le fragment elle le réinjecte dans la torsion du présent. Nous pouvons donc disposer la chose
comme ça, comme un ressort :

A supposer même que le schéma soit accompli, ce qui n’est pas un destin nécessaire mais une
probabilité, il ne s’ensuit nullement que le développement soit circulaire. En fait, c’est un mouvement
spiralé, développement qui reconvoque l’occulté mais à un autre niveau, avec une nouveauté qui est la
nouveauté du couplage, qui est elle-même une reconvocation de l’événement. Ça veut dire que ce qui fait
écart d’une spire à l’autre, ce qui décroche une spire de l’autre, c’est précisément que c’est quasi
événementiel. Ça relance à une spire ultérieure. C’est la capacité de la nouvelle production de
conséquence qui relance. L’écart de la spirale indique en réalité la dimension quasi événementielle de
tout cela.
Une fois ceci dit :
- c’est une possibilité
- c’est tout de même une probabilité car cette affaire est infinie
- ce n’est pas une circularité, mais un développement en spirale, décroché.
subsiste une question : on voit bien ce qu’est la procédure, sa nature ou son essence, mais :
cette production est-elle aussi et en même temps une transformation ? cette production immanente d’une
vérité est-elle transformation de la situation dans laquelle elle procède ? Est-elle simple auto-affirmation
d’elle-même, est-elle strictement production immanente ? Ou transforme-t-elle la situation même dans
laquelle elle procède, et comment ? Autrement dit nous avons rendu raison de la dynamique de vérité,
mais cette dynamique de vérité, que vaut-elle si je puis dire pour ce qui n’est pas elle ? qu’est-ce qu’elle
bouge, qu’est-ce qu’elle transforme, qu’est-ce qu’elle convoque, hors d’elle-même ? Pour l’instant, nous
nous sommes installés dans l’espace subjectif, très bien, mais ce qui se trame dans l’espace subjectif,
quel effet cela a-t-il sur la situation. Est-ce que la situation reste identique sans son dépli même, ou est-ce
que quelque chose est bougé, transformé par l’avènement du sujet ? On peut dire simplement : qu’est-ce
qu’un sujet ajoute à une situation ? Pour l’instant nous avons seulement dit : est ajouté à la situation le
dépli de la situation. On peut dire aussi : quelle est l’efficace d’une vérité, en dehors de son auto-
production ? Y a-t-il une efficace de la vérité, et qu’est-ce que ça veut dire ? On peut aussi dire : est-ce
que la procédure post-événementielle de vérité n’a valeur que pour le sujet, le sujet qui en est
l’opération ? pour prendre un exemple minimal et un exemple maximal : est-ce qu’un amour n’a de
valeur que pour ceux qui y sont engagés ? ce que dit le proverbe : les amoureux sont seuls au monde,
mais que je crois erroné. C’est la formule restreinte. Jusqu’à la forme la plus déployée, la vérité
politique : est-ce qu’elle ne concerne que les acteurs de la politique elle-même ? Les exemples de l’art et
de la science se disposent entre les 2. Rien de ce que nous avons dit ne permet pour l’instant une théorie
de la transformation. Il va donc falloir reprendre la question autrement, et replacer le processus de vérité
dans la situation. Replacer l’espace subjectif peuplé dans la situation par les figures, et regarder ce qui se
passe. C’est l’objet de la prochaine conférence.

18 MARS 98
La question dont nous allons nous occupé aujourd’hui, comme nous l’avions annoncé, est la suivante :
qu’est-ce qu’une procédure subjective transforme dans la situation ? Nous entrons là dans un examen
qu’on peut dire être celui de l’efficacité d’une vérité. Puisque une procédure subjective est en fin de
compte coextensive à une procédure de vérité, demander qu’est-ce qu’une procédure subjective
transforme, c’est demander aussi bien qu’est-ce que le procès ou le trajet d’une vérité transforme. Et
donc c’est la question de l’efficacité d’une vérité, qui est comme vous le savez peut-être la plus ancienne
question philosophique, après tout. La question : la vérité a-t-elle pouvoir ? La vérité peut-elle quelque
chose ? Et qu’est-ce qu’elle peut ? Et en particulier c’est toute la question du rapport intrinsèque entre
vérité et espace réel de la pratique, ou vérité et politique, vérité et action juste etc… Et donc cette
question, que peut une vérité, est une question centrale, organique, de la philosophie, depuis sa naissance
même. et du reste, le combat philosophique a toujours consisté à soutenir la thèse de l’efficacité d’une
vérité contre la thèse sophistique au sens large que l’ordre de l’efficacité n’est pas la vérité, et que au
contraire l’ordre de la transformation des situations ou l’ordre de l’affirmation subjective n’est pas en
définitive essentiellement lié à la question de la vérité. C’est dire à quel point cette question, dont nous
prenons là le relais, dans les paramètres qui sont les nôtres, est importante : est-ce que une vérité a
pouvoir, est-ce que une procédure subjective a pouvoir, et quel est ce pouvoir ?
2 remarques préliminaires :
- d’abord, transformation de la situation, cela veut dire manière dont les termes de la situation sont
affectés par une procédure de vérité. ça va concerner non pas seulement la consistance propre de la
procédure, qui est ce dont nous nous sommes occupés jusqu’à présent, mais si je puis dire les effets de la
vérité dans l’ensemble de la situation où cette vérité procède.
Il faut lier à cette remarque que l’inscription des figures du sujet est immanente, donc elle est en
situation, dans une situation d’être, et donc cet effet - si on suppose un effet de la procédure de vérité -
est un effet immanent. Et immanent veut dire un effet dans la situation où le trajet de vérité se construit
ou procède. Et au fond, l’idée qu’il y a un effet de la procédure de vérité s’opposerait à la thèse selon
laquelle la procédure de vérité est un pur supplément. C’est ça l’autre hypothèse : la procédure subjective
serait un supplément de la situation, qui pourrait la laisser inaffectée. Si on se demande : est-ce qu’une
vérité transforme la situation, c’est évidemment au sens où elle est autre chose qu’une pure et simple
supplémentation de cette situation, la laissant par ailleurs, dans ses paramètres, identique à elle-même,
pour l’essentiel. La forme pragmatique de cette question, question souvent adressée aux procédures de
vérité, c’est : à quoi ça sert ? Si on ne peut pas mettre en avant un à quoi ça sert convaincant, c’est un
supplément indifférent, dans l’ordre de l’opinion. Admettons que qln démontre un théorème de
mathématique, la question de savoir si la situation est affectée par cela passe par des questions comme : à
quoi ça sert ? Est-ce que ça a des retombées techniques ? Si vous lisez la presse, le régime du compte
rendu de l’invention scientifique est toujours celui là : en plus ça sert à quelque chose, on a trouvé ça et
ça aura des retombées techniques etc…. Ce genre d’interrogations postule qu’il n’y a pas d’effet
intrinsèque d’une vérité. Il y en a éventuellement des effets induits, mais dans un medium intermédiaire
qui n’est pas exactement celui de la procédure de vérité (csq techniques, par exemple). La question que
nous posons est : quel est l’ordre des effets intrinsèques d’une procédure de vérité dans la situation où
elle procède ? C’est la 1ère remarque préliminaire.
- la 2ème remarque, c’est que nous avons sur cette question des effets une situation complexe. Une
situation complexe, puisque nous avons identifié des figures subjectives extrêmement différentes, qui
sont toutes internes à l’espace subjectif et au processus subjectif. Des figures différentes, et il n’y a pas
lieu de penser que les effets subjectifs sont identiques selon les figures. En particulier, on peut ouvrir à
l’hypothèse que tout effet est accompagné d’un contre effet. Si par exemple vous pensez la production de
la figure subjective fidèle est possiblement doublée de la répétition de la figure réactive, ou l’occultation
de la figure obscure, on voit bien que effet, effet de transformation, n’est pas une donnée simple. C’est
une donnée complexe, qui ouvre à la possibilité que des effets soient suivis ou doublés de contre-effets.
Quand nous parlons d’effet de transformation, ce n’est pas selon la linéarité possible d’un progrès, ou des
choses de cet ordre. Nous interrogeons l’effet en tant que tel. La question de savoir si les effets se
cumulent, dessinent une orientation, quelque chose comme ça, ou tout autre question est
vraisemblablement sans pertinente puisque les effets subjectifs sont hétérogènes et différenciés.

Une fois ces remarques préliminaires faites, pour situer en même temps ce que nous avons dit jusqu’à
présent, je fais un schéma général qui nous donne le lieu possible de cet effet.
Tout commence par un événement : il n’y a de procédure de vérité qu’initiée radicalement par une figure
événementielle. Je rappelle simplement ceci que la composition d’un événement, sa composition
ontologique, comporte d’une part son site, et d’autre part lui-même. Je rappelle que le site désigne le
caractère infondé de l’événement, qui a comme propriété très particulière et paradoxale de s’auto-
appartenir.
Nous avons dit : l’événement ouvre dans la situation un espace, que nous avons appelé l’espace subjectif.
L’événement initie une ouverture, une faille, ou un espacement, un remaniement topologique de la
situation, et c’est dans l’espace subjectif que peuvent s’inscrire les figures subjectives qui vont porter la
nouvelle figure de vérité. Sous-jacente à l’espace, il y a la production en détachement que nous avons
appelé l’énoncé événementiel, qui est aussi la même chose que subjectivation, subjectivation qui est en
quelque manière simplement l’aptitude épinglée à l’énoncé détaché epsilon à ce que, justement, les
figures subjectives puissent peupler l’espace subjectif ainsi ouvert. Elle est l’initial de cet espace, et
donc, comme nous avons proposé de le dire, la présence de son présent. La subjectivation est épinglée au
1er énoncé, epsilon, qui va circuler dans la construction de tout sujet.
Je rappelle enfin que epsilon est un énoncé antérieurement indécidable : l’événement décide cet énoncé,
qui dans la situation, avant l’événement, était un énoncé qu’on ne pouvait pas décider.
A partir de quoi il va y avoir inscription des figures. On va les mettre en carré. Ici, les figures subjectives
au regard des fragments de vérité, production d’un fragment de vérité, répétition et mise au passé d’un
fragment de vérité, occultation dans la figure obscure, possibilité d’extraction et de résurrection. Au
centre, nous avons évidemment le présent, l’espace subjectif qui est production d’un temps : le présent
n’est jamais, je le rappelle, que l’infinité des conséquences possibles de l’énoncé epsilon. On peut dire
que ce présent est, du point de vue de la production, pensable comme possibilité, ie en fait comme futur.
Au point de la production du fragment de vérité, le présent se donne comme futur. Dans la position
réactive, il se donne comme passé. Dans l’ordre de l’obscur, il se donne comme nié (c’est le présent nié
qui opère dans la figure obscure). Et dans cette figure là, le présent est restitué. Ça, qui est entièrement
redit, c’est ce qui procède dans l’espace subjectif et qui produit les fragments de vérité, peut les répéter,
peut les occulter, peut les faire resurgir, et déploie, ce faisant, dans des modalités différentes, un présent
singulier, qui est le présent de la vérité elle-même, et détermine par conséquencet l’existence séquentielle
d’une vérité. Une vérité dure, dans sa dimension vivante, pour autant qu’elle est au présent, pour autant
qu’elle procède dans l’engendrement de son propre présent.

Quel est l’effet de tout cela sur l’ensemble, ie sur la situation ? C’est ça notre question d’aujourd’hui. Ce
qui est donné là, c’est la consistance quasi-structurale de ce qu’est une procédure de vérité et de ce que
sont les figures subjectives qui la portent. Mais dans quelle mesure ceci affecte la situation, ou ceci est-il
un pur et simple supplément qui se déplierait dans l’ouverture post-événementielle, mais qui d’une
certaine façon n’affecterait pas ses bords (les bords de la situation dans laquelle une vérité procède) ? Eh
bien nous allons déterminer aujourd’hui un quadruple effet de la procédure subjective sur la situation
prise dans son ensemble.
Il y a :
- un effet ontologique
- un effet logique
- un effet temporel
- et un effet matériel.
Quadruple désignation de l’efficace transformatice d’une vérité dans la situation dont elle procède :
ontologique, logique, temporel et matériel.
1° un effet ontologique
Cet effet ontologique, je l’appellerai la levée événementielle du site. Elle signifie que le site de
l’événement, dans la situation, est présenté différemment qu’il ne l’était sans elle. Comme nous parlons
du site événementiel, il va falloir y revenir un tout petit peu.
Qu’est-ce que c’est que le site événementiel ? Nous avons souvent expliqué qu’un événement n’est
événement que pour une situation. Il n’est pas événement en soi : il est événement pour une situation, il
arrive à une situation, il arrive à cette situation, il vient à cette situation. Et le rattachement de
l’événement à la situation, c’est précisément le site événementiel. Le site événementiel, c’est une partie
de la situation. C’est précisément parce que l’événement a un site dans la situation que
premièrement, il est événement au regard ou pour cette situation
et que deuxièmement il a une signification toujours locale dans la situation. Ce n’est jamais un
événement de la situation tout entière. Il sera pour la situation tout entière, mais il y a une partie
singulière de la situation dans laquelle l’événement prend son être, c’est le site événementiel. Le site
événementiel est ce qui est engagé dans l’être même de l’événement. Les composantes du site sont
constitutives de l’être même de l’événement.
Mais un site événementiel n’est pas n’importe quoi. Il y a des caractéristiques ontologiques du site.
Autrement dit, n’importe quoi n’est pas susceptible d’être pris événementiellement dans une situation
quelconque. Il faut des conditions, qui sont des conditions de site : ce qui vient, ce qui va venir, ce qui
peut arriver, dans l’ordre propre où ça arrive, concerne l’être du site. Le site, lui a une prédétermination a
être un site. Ça ne veut pas dire que l’événement est nécessaire. Mais le site a des caractéristiques
intrinsèques, il a des caractéristiques propres. Quelles sont-elles ? Dans les composantes d’une situation,
il faut distinguer (je reprends l’analyse de EE telle quelle, elle est nécessaire) il faut distinguer 3 types
d’éléments.
Nous prenons situation au sens strict où la situation est un multiple. C’est tout. Nous la prenons dans sa
détermination ontologique stricte, ie nous la prenons comme pure et simple multiplicité. Par
conséquencet, un élément du site, comme ça, ce qui entre dans la composition d’une situation, un
élément c’est simplement quelque chose qui entre dans la composition multiple de la situation. Mais ce
n’est pas la seule manière d’entrer dans la composition multiple de la situation. Là on y entre par une
identification su je puis dire élémentaire. On peut aussi y entrer au sens où on en est une partie, et pas
seulement un élément. Ça c’est l’identification élémentaire de ce qui compose la multiplicité, mais on
peut aussi dire que A est inclus dans S, A étant une partie de la situation, un fragment de la situation.
Notez que être une partie ça veut dire quoi ? ça veut dire qu’un élément de A est un élément de S. Dire
ça, c’est dire que si a est un élément de A, alors a est aussi un élément de S. Mais cela veut dire qu’il y a
deux modalités de l’être dans. L’être dans (en l’occurrence être dans une situation) a deux modalités
selon que l’être dans est élémentaire ou selon qu’il est partitif (ou inclusif). Pour les raisons qui peuvent
vous apparaître assez vite, dans ce cas là on dira que l’élément a est présenté par S. Tandis que dans ce
cas là, on dira que A est représenté par S. Il y a à cela des raisons profondes, que j’enjambe. Vous voyez
que la détermination ontologique de la situation est l’appartenance comme telle, tandis que la logique de
la représentation est l’inclusion, avec une autre règle ou structure que j’appelle l’état de la situation.
L’état de la situation est l’ensemble de ses parties, chargée de la représentation. La situation comme pure
multiple est simplement chargée de la présentation.
Une fois ces rappels élémentaires faits, il en résulte que pour un élément quelconque d’une situation, il y
a 3 cas. Il y a 3 manières possibles, et non pas une seule, d’être immanent à une situation. N’oublions pas
évidemment que l’élément a lui-même à son tour est ontologiquement un multiple, nous n’avons pas
d’atome, nous n’avons que du multiple. Nous n’avons dans la situation que des multiplicités. Ce qu’il y
a, c’est des multiplicités, à l’infini, jusqu’à ce qu’on bute sur le vide. In fine, que vous preniez n’importe
quoi, vous verrez toujours que c’est du multiple dans du multiple, du multiple de multiple dans du
multiple etc… Bien sûr, nous partons d’une situation globale identifiée, a en est un élément constitutif,
mais a à son tour est aussi une multiplicité. Le résultat, c’est que vous avez 3 cas possibles :
- a appartient à la situation de la vie, et est aussi inclus : il est lui-même composé d’agrégats cellulaires,
qui à leur tour participent de la vie et peuvent mourir. Une totalité organique vivante appartient à la
situation de la vie. Cet animal est vivant, mais la composition immanente de cet organisme (les agrégats
cellulaires qui le composent) peuvent à leur tour être considérés comme entités vivantes. L’animal
appartient d’une part à la situation de la vie, et d’autre part, ce qui le composent, les éléments qui le
composent aussi appartiennent à la situation de la vie. Au 1er sens il appartient à la situation de la vie, au
2ème sens aussi. Ceci veut dire a appartient à S et les éléments b qui appartiennent à a appartiennent aussi
à S. Exactement comme d’une part l’animal appartient à la situation vivante et d’autre part les cellules
vivantes qui appartiennent à l’animal appartiennent aussi à la situation. Dans ce cas a est à la fois un
élément et une partie. ça veut dire quoi ? ça veut dire que dans la situation il est simultanément présenté
et représenté. C’est le 1er cas possible, le cas où d’une certaine manière, les deux figures de l’immanence
sont toutes les deux prises en charge ou assumées par le terme que l’on considère.
Nous appellerons un tel terme p, le terme est en situation d’excroissance parce que la présentation simple
qui est la sienne est en même temps investie d’une représentation qui la redouble. C’est le 1er type
d’élément : dans une situation vous avez des excroissances, des termes qui sont simultanément présentés
et représentés, qui appartiennent et sont inclus. C’est les termes les plus verrouillés : combinant les deux
modes d’immanence, ils sont dans un être dans armaturé, fermé, solide. Un exemple : dans les situations
de type social, les institutions. C’est ce qui typiquement d’une part appartient à la situation (est présenté)
et y est représenté, donc étatisé [chgt K7]… déjà dit à propos des fragments de vérité qui sont répétés,
mis au passé par la figure réactive. Il va être à la fois présenté dans sa production et représenté dans sa
répétition. Il va acquérir le statut des excroissances.
- il n’est pas vrai que A est inclus dans la situation, mais où certains éléments de A appartiennent à la
situation cependant. Il y a une partie de A qui est incluse dans la situation. Une partie de B de A est
incluse dans la situation. Autrement dit, ça veut dire une entité présentée qui n’est pas comme telle, dans
sa totalité, représentée, mais qui contient une partie d’elle-même qui est représentée. C’est présenté, et
c’est partiellement représenté. Ces éléments là sont les éléments normaux. Un élément qui a un indice de
représentation en lui-même, bien qu’il ne soit pas comme tel globalement représenté. Du point de vue des
exemples, c’est à peu près n’importe quoi. C’est ce qui est présenté et qui contient en soi-même un
minimum d’assurance représentative. Si vous prenez un individu quelconque, d’un côté il est lui-même, il
est présenté comme lui-même dans la situation, et d’un autre côté une série d’éléments structuraux le
représentent, sont pris partitivement par la situation. C’est ce qui fait que les individus peuvent avoir des
comportements communs ou quelque chose qui limite la singularité. L’écrasante majorité des termes
d’une situation sont de ce type : ils sont présentés mais ils aussi partiellement représentés. Ils ont en eux-
mêmes quelque chose qui appartient à l’ordre de la représentation et pas seulement à l’ordre de la
présentation.
- le 3ème cas, c’est celui où l’élément a appartient à la situation, il n’est pas non plus représente (pas
inclus) mais il ne contient non plus rien qui en lui soit représenté. Rien en lui n’est effectivement
représenté. Ce qui veut dire que étant donné un élément b de A, b n’appartient pas à la situation. Si b
appartenait à la situation, il y aurait un élément qui serait représenté. Tout ce qui compose a est présenté
mais rien de ce qui compose a n’est représenté. Aucune partie de a n’est représentée. C’est une
singularité pure. La singularité pure puisque ça n’est indexé d’aucune façon par la représentation. C’est
donc purement présent. C’est pourquoi nous conviendrons de dire qu’un élément singulier est au bord du
vide. Il est exactement au bord du vide, parce que lui est présenté mais rien de ce qui le compose n’est
représenté, n’est ailleurs que dans le vide de la situation. Vous voyez que singulier veut dire présenté,
mais d’aucune façon représenté. C’est ontologiquement ce qui de la situation est au bord du vide. Si vous
descendez en dessous, c’est pris dans la situation. Alors que les autres, si vous descendez en dessous,
vous avez la partie p.
La question des éléments singuliers est depuis longtemps identifiée, même dans un lexique autre que ce
que je propose.
Typiquement c’est le statut du prolétaire au sens de Marx, dans ce que Marx appelle l’être générique du
prolétaire. Il appartient à la situation, mais il n’y est pas compté ou représenté. C’est pourquoi il n’a rien
à perdre, dira Marx, que ses chaînes. Rien à perdre doit être pris au sens ontologique. Dans les
Manuscrits de 44, on a une ontologie du prolétaire : cette ontologie signifie que le prolétaire est présenté
et nullement représenté, et donc en un certain sens, il n’a rien. L’être qui le compose dans la situation
politique est faite de rien. Il faut le prendre au pied de la lettre : il n’a rien à perdre, ça veut dire rien en
lui n’est représenté, rien n’est dans la réassurance de la représentation. Aujourd’hui, les ouvriers sans
papiers, c’est la même chose : sans papiers veut dire qu’ils ne sont pas représentés ou comptés par l’Etat,
mais ils sont là. La régularisation du sans papier, c’est transformer une singularité en élément normal. On
pourrait trouver d’autres exemples. Ces exemples indiquent comment fonctionne la singularité au bord
du vide, ou la présentation comme non soudées à une représentation.
On peut donner d’autres exemple : il y a un état subjectif de disponibilité amoureuse qui est absolument
dans la même structure. Il doit être décrit, du point de vue subjectif, comme ce qui présente la
disponibilité sans la représenter. Ce qui est un état au bord du vide, expérimenté.
Un exemple scientifique tout à fait frappant, c’est un théorème isolé dont la théorie sous-jacente n’a pas
encore été découverte. On est tombé dessus, on l’a démontré par hasard, mais la théorie qui en éclaire la
signification n’est pas encore découverte. Il y a une phrase admirable de Evariste Galois disait : ce que
nous devons apprendre en mathématiques, c’est l’insu de nos prédécesseurs, ce qui dans le texte
mathématique de nos prédécesseurs était pour eux-mêmes insu. Nous saisissons la singularité : ils ont
trouvé quelque chose mais en dessous il n’y a rien. La théorie qui légitime, éclaire, permet de
comprendre ce quelque chose n’est pas là, c’est un élément singulier.
Pour donner un autre exemple, artistique celui-là : si vous prenez la saturation chromatique du système
tonal chez Wagner, Tristan et Yseut, le système tonal y est poussé jusqu’à une saturation chromatique
telle que vous êtes au bord du vide. Si vous poussez plus loin l’organisation des dissonances, vous brisez
le système tonal lui-même. vous tombez dans le vide de la situation tonale en musique. Le chromatisme
wagnérien est une singularité : il n’est pas représentable, il ne peut pas se représenter dans la situation
musicale de son époque. Après, il faudra faire autre chose. C’était des exemples dans les différentes
procédures de ce qu’il faut entendre par terme singulier.

Nous appellerons site événementiel une partie de la situation qui n’est composée que d’éléments
singuliers. C’est une définition strictement ontologique. Ie une partie de la situation où n’opère pas la
représentation. Ou si vous voulez, une partie non représentée (une partie se compose d’élément qui sont
présentés mais non représentés). Si on définit ainsi le site événementiel, on peut dire qu’il est une zone
au bord du vide de la situation tout entière. Il est composé d’éléments singuliers. Il est dans la situation
ce qu’on peut appeler une zone de moindre épaisseur, de fragilité ou transparence, en dessous de laquelle
il n’y a que le vide. Voilà pour la doctrine du site événementiel.
Il n’y a événement que pour autant qu’il y a des sites de ce type dans une situation, ie des domaines de
saturation, de non représentation, de disponibilité, de fragilité, de précarité. En dernier ressort, ça veut
dire comme Marx dira qu’il n’y a d'événement révolutionnaire que pour autant qu’il y a le prolétariat. Le
prolétariat c’est quoi ? C’est le site événementiel de la révolution possible. Marx ne soutient pas que
c’est car il y a le prolétariat qu’il y aura nécessairement la révolution. Pour autant qu’elle aura lieu, c’est
justement parce que il y a une identification possible de ce site événementiel singulier qu’est le prolétaire
en tant que présenté et non représenté. Nous assumerons de façon absolument générale cette thèse : il n’y
a en effet d’événement que pour autant qu’il mobilise un site événementiel, et qu’il fait entrer dans la
composition de son advenue supplémentaire des éléments du site, des éléments singuliers. Simplement,
quand l’événement survient, dans la survenue de l’événement qui est aussi sa disparition, dans cet
apparaître et disparaître de l’événement, les singularités du site sont en un certain sens représentées (au
sens strict : re-présentées). Il y a le site dans la situation, et il y a le site pour autant si je puis dire que
dans sa composition intrinsèque il y a… Un événement, c’est comme si, le temps d’un éclair, la
singularité se dédoublait. Au sens où il y a elle-même dans son être situationnel au bord du vide etc… et
elle-même dans la composition de l’événement. C’est de l’expérience. Dans l’événement, pour autant
qu’il affecte son site, il y a le passage des élément du site comme étant le temps d’un éclair autre chose
qu’eux-mêmes. C’est ce qu’on appellera la levée événementielle. Il est levée événementielle dans son
apparaître. On peut donc dire que l’événement est une représentation non représentative du site. Non
représentative au sens de l’inclusion : c’est pas inclus, c’est pas représenté au sens de l’inclusion
étatique. Mais c’est quand même représenté au sens strict : vous avez la présentation situationnelle et la
présentation événementielle. Pour reprendre notre exemple, c’est l’énigme du prolétaire. D’un côté, il est
structuralement réduit à une force de travail non représenté, et événementiellement, le prolétaire
révolutionnaire est autre chose qu’une force de travail. Il est à la fois identifié au bord du vide en tant que
pure force de travail qui n’a rien, et il est, en tant qu’assomption événementielle révolutionnaire, il est de
toute évidence représenté autrement tout chose, tout en étant lui-même, et pas autre chose. Il y a donc
bien présentation et représentation, mais représentation veut dire deux fois présenté (ça veut pas dire
appartenir et être inclus), ça veut dire être deux fois présenté, situationnellement et événementiellement.
Cet écart entre les 2, cet écart la singularité situationnelle et la singularité événementielle, il fait
apparaître, quoi ? Il fait apparaître le vide de la situation, comme tel. Puisque précisément la singularité
est au bord du vide. Si vous la soulevez, ce que vous voyez apparaître, c’est le vide. C’est bien ce qui se
passe dans un événement révolutionnaire ou artistique. quelque chose est convoqué du vide de la
situation par écart entre la singularité situationnelle et la singularité événementielle. C’est ce qui se passe
ontologiquement dans l’événement.
Nous avons que cela va décider un énoncé. Cet écart, ce surgissement du vide, décide un énoncé. Enoncé,
c’est compliqué : ça peut être un groupe d’œuvres, c’est en récapitulatif du ce qui se passe à ce moment
là. Ce qui va rester, c’est l’énoncé qui se détache, qui a été décidé. On peut dire : le prolétaire n’a rien à
perdre, prolétaires de tous les pays unissez-vous, c’est un énoncé en ce sens là. Ça peut décider : je vous
aime, aussi bien. Ça se détache aussi du fait qu’une singularité événementielle est à l’écart d’une
singularité situationnelle. Pensez-y, vous le verrez ! Ça découvre aussi le vide de la situation. C’est pour
ça qu’une déclaration est suspendue au risque du vide. Je prenais les exemples de Galois : ça va décider
des esquisses que Galois va donner de sa théorie, ayant déchiffré l’insu de ses prédécesseurs, ayant
événementialisé cette singularité errante dans les maths. Ou bien ça va faire que les premières œuvres
atonales de Schönberg vont événementialiser la singularité saturée du chromatisme de Wagner. On
comprend que quelque chose va rester, va s’inscrire, qui est le résultat finalement de cette levée
événementielle pure qui écarte la singularité d’elle-même et découvre le vide. Evidemment, cet énoncé,
que nous avons structuralement appelé epsilon (parce que au départ c’est pas grand-chose !), alors
comment fonctionne epsilon ? il fonctionne quand même comme une sorte de compte du site lui-même.
Parce que finalement, ce qui va rester de ce double statut événementiel et situationnel du site, c’est
epsilon. Epsilon va fonctionner comme s’il comptait enfin le site, comme s’il était un compte à part. Il va
d’une certaine manière nommer le site. Il va avoir au site un rapport d’exception. Nous l’avons dit :
epsilon est dépendant du site, car le site est la matière. C’est la production première qui enregistre que le
site a été événementialisé. Epsilon va d’une certaine manière représenter le site, dans un nom, dans un
énoncé. Il ne va pas le représenter comme l’état de la situation, il ne va pas l’inclure. Mais il fonctionne
comme un nom du site, détaché de la puissance événementielle. A ce moment là, quel rapport entretient
un terme quelconque de la situation avec epsilon ? il y a des termes de la situation qui vont avoir un
certain rapport à epsilon, d’autres aucun, d’autres un demi rapport : quelle est la connexion ou la non
connexion d’un terme quelconque de la situation à ce supplément qu’est epsilon ? C’est autre chose que
son inscription subjective. Quel est le rapport d’un terme quelconque de la situation à epsilon ? pour
donner un exemple concret, prolétaire, les révolutions ou les émeutes ouvrières, ça ça va attester la
singularité, dans son double statut événementiel et situationnel. Et puis vous allez avoir l’inscription
subjective : les partis révolutionnaires, contre-révolutionnaires, le destin de ces énoncés, éventuellement
leur saturation et leur clôture. Ça d’un côté. Mais d’un autre côté vous avez la question de savoir quel est
le rapport d’un terme quelconque de la situation à ça. Selon que vous êtes liés ou non à epsilon, cela
modifie le rapport au site : le site est toujours là, c’est un élément de la situation. Il faut distinguer le
travail subjectif d’epsilon, et le rapport d’existence d’epsilon qui indique des connexions disconnexions
par rapport au site événementiel lui-même, par rapport à ce qui est au bord du vide. Nous appellerons ça
un effet de sillage, que nous distinguerons de l’espace subjectif. Il porte sur le degré de connexion des
termes de la situation à epsilon, et donc en fin de compte à l’événement lui-même. Et nous dirons que
dans le sillage (autre chose que sa production), les termes de la situation sont dans une connexion à
epsilon et ont un autre rapport au site événementiel. Si nous parlons de transformation, transformation
veut dire ouverture d’une autre possibilité de rapport au site événementiel. Pour le dire très platement,
pendant toute une séquence, ouvrier voudra dire autre chose que ce que ça voulait dire avant. Ça voudra
dire autre chose que ils sont des révolutionnaires, mais ils sont dans le sillage. Le sillage, ça a des noms :
les sympathisants, les compagnons de route. Mais si vous prenez un amateur d’art contemporain, il est
dans le sillage. Ça ne veut pas dire que c’est un artiste, qu’il produit ou reproduit ou obscurcit ou répète
les figures effectives de l’art contemporain, mais il admet comme peinture des choses qui antérieurement
n’étaient pas admises comme telles. En ce sens, il est dans le sillage. De même ceux qui comprennent un
peu la science, telle science, ou tel fragment de science. On ne va pas dire qu’ils sont nécessairement
dans l’inscription subjective de la science, mais ils sont dans le sillage. Le sillage est traversé de contre
sillage (subjectivité obscure : vous pouvez avoir ce rapport à l’art contemporain qui est affreux,
dégoûtant, abominable et que vous le haïssez sans rien y connaître. Peu importe, c’est le sillage de la
subjectivité obscure. L’effet ontologique, c’est la production de l’effet de sillage. C’est la production de
l’effet de sillage comme transformation, via epsilon, du rapport au site. Ça veut dire une transformation
du rapport aux singularités : un autre rapport aux singularités, la possibilité d’un autre rapport aux
singularités (un autre rapport que celui qui consiste à dire : elles ne sont pas grand chose car elles sont au
bord du vide).

Le 2ème type d’effet est l’effet logique [chgt K7] qu’est-ce que le transcendantal vient faire dans cette
affaire ? Donnons une définition très simple : on dira que toute situation d’être comporte une
organisation transcendantale (sans sujet), un champ transcendantal, qui fixe, qui règle, qui mesure, le
degré d’apparition ou d’existence des termes qui constituent la situation. Ou qui constituent la logique de
l’apparaître. Ce n’est pas tout qu’un terme soit, dans son être, encore faut-il qu’il apparaisse en situation.
Un multiple, il est dans sa composition multiple, mais son être là, le fait qu’il soit en situation, a des
degrés variables d’existence : c’est pour ça qu’il y a un devenir, et que tout n’est pas donné dans
l’immobilité de son être. Et alors le transcendantal organise ça, selon des modalités dans lesquelles je
n’entre pas ici, mais disons simplement qu’il fixe un minimum et un maximum, qu’on peut appeler
minimum et maximum d’existence. On distinguera être et existence : exister c’est être en situation, c’est
être là, et être là, ça a des degrés. L’être en tant qu’être n’a pas de degrés, mais l’existence en a. Cette
venue à l’être là, ces degrés sont réglés ou normés par le transcendantal de la situation. Il y a un
minimum et un maximum. Le minimum : ce n’est pas là (ça ne veut pas dire que ce n’est pas). Le
maximum : il est évident que c’est là. Le minimum, ce n’est pas dans la situation, le maximum c’est
certainement dans la situation.
L’énoncé epsilon, l’énoncé événementiel, il était indécidable. Ça veut dire que son degré d’existence ou
de vérité était indécidable, par rapport au transcendantal. Dire qu’il était indécidable veut dire que son
degré d’existence, d’apparaître, sa consistance logique, sa vérité, était indécidable. Bien entendu, c’est
supérieur au minimum et inférieur au maximum (si ça avait été l’un ou l’autre on aurait su, décidé), mais
on ne peut en dire rien d’autre. La seule chose qu’on en sache, c’est que ce n’est pas le minimum, donc
c’est un peu là. C’est pas le maximum, donc on n’est pas sûr que c’est là quand même. C’est un être là
indistinct. C’est un peu plus que pas mais un peu moins que vraiment quelque chose. C’est un terme qui,
dans la situation et au regard du transcendantal, est indécidable.
Si epsilon est décidé par l’événement, ça veut dire que l’existence d’epsilon prend la valeur maximale.
On est sûr que cela est là. Ça veut dire que l’évidence d’epsilon s’installe dans la situation alors que
avant elle était absolument ininstallée. Ça veut dire que le champ transcendantal a été modifié,
forcément. S’il ne l’avait pas été, l’indécidabilité subsisterait. Le simple fait que quelque chose
d’indécidable ait été décidé suppose une modification du champ transcendantal : le minimum et
maximum ne sont plus les mêmes. Le champ est différent, ça s’est déplacé, ça a bougé. L’évaluation
d’existence n’est plus la même. L’évaluation de ce qui existe et de ce qui n’existe pas n’est plus la même.
Exister c’est apparaître. C’est être et apparaître. Il y a modification de l’évaluation de l’existence.
Je vais appel en ce point à votre expérience : quand il se passe quelque chose, vraiment, il est bien vrai
que ce qui existe et n’existe pas ne sont plus distribués de la même façon. C’est l’expérience. On n’est
plus constitué de la même manière quant à ce qui existe et à ce qui n’existe pas. Tout simplement. Donc
la logique de l’existence a été modifiée. quelque chose a été décidé, qui n’était pas décidable : le champ
transcendantal a changé. Ça veut dire que la manière dont on dit ceci existe et ceci n’existe pas n’est plus
la même. Je fais appel à l’exemple canonique du champ d’existence ouvert par une déclaration d’ouvert :
en réalité ce qui existe et ce qui n’existe pas dans le champ existentiel se trouve déplacé et modifié quant
à ses normes. Des choses sont certaines qui ne l’étaient pas, des choses sont possibles qui ne l’étaient
pas, des choses deviennent douteuses qui étaient certaines… Tout ça se remanie et se déplace : le champ
est bousculé ou transformé. C’est une transformation logique majeure. On peut la résumer de la façon
suivante : l’événement et la procédure subjective qui s’ensuit modifient la logique de la situation. Il y a
un déplacement fondamental de la logique de la situation, et notamment de ses bornes, ie ce qui concerne
le minimum d’existence et le maximum d’existence. Là aussi, si on reprend notre exemple, ça voudra
dire : de façon post-événementielle, on peut dire quelque chose comme politiquement, le prolétariat
existe. Mais antérieurement, l’énoncé n’a pas de sens, antérieurement à ce qui événementiellement atteste
cette existence, il n’est pas décidé, il est indécidable. Antérieurement si existe quelque chose qui
n’existait avant, c’est que le champ transcendantal a été modifié, ce qui norme les jgt d’existence.
Seulement si l alogique de la situation est transformée, vous allez avoir des termes de la situation affectés
par cette modification, et d’autres pas. Là, c’est très simple : si le champ transcendantal est modifié, il y a
des termes qui existaient peu existeront beaucoup, d’autres qui existaient beaucoup existeront peu, et
d’autres qui resteront pareils. Par conséquencet, l’appartenance à la situation va être affectée quant à
l’existence de transformations variables. Il y a des termes de la situation dont le principe d’existence va
être normé autrement. Il n’y a pas besoin qu’il soit inscrit subjectivement, il suffit que le champ T ait été
modifié. Il y a des gens qui ressentent la secousse de l’événement sans être pour autant constitués comme
sujets de l’événement. Les normes de l’existence ont été bouleversées, et ça les affecte. Vous pouvez
exister moins, dans la nouvelle situation, sans rien faire, ou exister plus, sans avoir fait gd chose, puisque
le champ transcendantal qui norme les procédures d’existence a été inéluctablement bouleversé par
epsilon et ses conséquences. Ça ça va faire un autre effet qu’on peut appeler l’effet logique : une
transformation logique, c’est que des termes de la situation, en nb x, voient leur norme d’existence
affectée par l’ouverture de l’espace subjectif, sans qu’il y ait besoin pour cela qu’ils soient eux dans
l’espace subjectif. Effet de bord. Ça affecte l’idée de ce qui existe et de ce qui n’existe pas. C’est là
qu’est le remaniement logique, c’est dans les jugements d’existence. Le champ de l’existence est
bouleversé, même si l’être sous-jacent reste identique. Voilà pour le 2ème effet de transformation.
Le 3ème est un effet temporel. On en a pas mal parlé, ça ira plus vite. On peut dire que l’espace subjectif
constitue un nouveau présent, constitue un nouveau temps. Un nouveau temps articulé sur une production
infinie de présent. Et les figures subjectives opèrent directement là-dessus. C’est des producteurs de
temps, au sens large. La figure fidèle produit le présent, la figure réactive met le présent au passé, la
figure obscure nie le présent, le présent, et l’opération de résurrection extrait du temps le fragment de
vérité et le représentifier. Il y a un nouveau temps et les figures subjectives opèrent directement sur le
temps. Ce temps interfère avec le temps normal de la situation. Il y a par ailleurs un temps de la situation,
hérité de la situation elle-même, qu’on peut si on veut appeler le temps objectif (puisque l’autre est le
temps subjectif). Et au fond, tout terme de la situation est à ce moment là pris dans ce qu’il faut appeler
un enchevêtrement temporel, entre le temps hérité de la situation (ou temps objectif), et puis le présent tel
qu’il est institué de façon post-événementielle. Cette interférence, cet enchevêtrement temporel, cette
interférence temporelle, pour un terme quelconque de la situation, elle se déplie entre deux formes. On
appellera l’une inertie. L’inertie c’est la prédominance du temps hérité sur le temps présent. Et ce que
j’appellerais la modernité. Modernité, je lui donne une signification précise : on appellera modernité la
prédominance du présent dans l’enchevêtrement temporel. On admettra qu’il y a toujours des
interférences. Là, c’est une prédominance du présent. S’il y a une prédominance du temps hérité, c’est la
situation, c’est l’inertie. C’est les deux effets de bord : enchevêtrement temporel disposé entre inertie et
modernité est variable selon les situations. Mais il y a toujours une enchevêtrement temporel. Ce qui veut
dire quoi ? ce qui veut dire être contemporain du présent est un problème. On n’est pas mécaniquement
contemporain du présent. On est disposé dans un enchevêtrement qui oscille entre inertie et modernité.
La loi de cet enchevêtrement détermine où on en est quant au temps. Mais être contemporain du présent
des vérités est un problème, ce n’est jamais donné. Ou vous êtes dans le dispositif enchevêtré inertie
modernité est un problème qui a des conditions singulières. Il y a réellement des animaux qui se
débrouillent dans l’enchevêtrement temporel comme ils peuvent.
A titre d’exercice conceptuel, remarquons que inertie, ie soumission au temps objectif, au temps
contraint de la situation, ce n’est pas la même chose que l’occultation par le sujet obscur. L’occultation
par le sujet obscur est une opération. Ce n’est pas simplement l’héritage temporel de la situation au sens
formel. Le sujet obscur lui-même est au présent : il est la négation au présent du présent. Il est actif et
contemporain d’emblée. C’est un point sur lequel j’insiste car il est très important. Quand on identifie la
figure du sujet obscur comme étant traditionaliste, conservateur, réactionnaire, on se trompe : ça, c’est
l’inertie. Le sujet obscur, c’est une invention. C’est une dénégation au présent du présent. Il n’y a de
sujet obscur qu’au regard d’un présent singulier, présent d’une vérité. Il faut distinguer inertie de sujet
obscur, dans la question du temps, de même qu’il faut distinguer modernité de sujet fidèle. Etre dans la
modernité c’est être dans le sillage du présent, c’est pas être dans sa production. La production c’est une
figure subjective. D’un point de vue d’un terme quelconque, ça oscille entre inertie et modernité, mais ni
l’inertie n’est le sujet obscur ni la modernité n’est la production. Finalement, c’est au regard de ça que se
constitue le grand partage entre conservateur et progressiste, qui est induit par une procédure de vérité.
Dès qu’il y a procédure de vérité, dès qu’il y a espace subjectif, il y a conservateur et progressiste.
Pourquoi il y a conservateurs et progressistes ? Car il y a enchevêtrement temporel. Fondamentalement,
ultimement, il y a un choix temporel. Dès qu’il y a une procédure subjective, chacun peu à peu est
sommé de choisir son camp. Ce qui ne veut pas dire endosser nécessairement l’inscription subjective
comme telle, mais il y a le fait inévitable dans la situation qu’il faut choisir son camp, dans un
enchevêtrement complexe qui fait interférer le temps de l’inertie, le temps objectif de la situation et le
présent des conséquences. Voilà pour l’effet temporel.

Le 4ème est l’effet matériel. Nous en avons déjà parlé : toute procédure subjective produit des corps
nouveaux. Qui sont les corps supports des fragments de vérité. Il y a une production de corps comme
corps nouveaux, et ça c’est une transformation matérielle. Je rappelle la loi de production de ces corps :
le corps barré, qui est l’individu pris dans une figure subjective, demeure inexplicite (sauf pour le sujet
obscur). A vrai dire, le corps barré inexplicite signifie simplement qu’une procédure de vérité saisit des
individus vivants. En définitive, il n’y a pas de procédure de vérité sans assignation à des gens, donc à
des corps. Il faut bien que des corps soient inscrits dans une figure subjective, ici le corps barré, et en
général il est inexplicite. Par contre la procédure subjective elle-même produit des corps nouveaux, et le
corps du fragment de vérité lui-même, le corps support du fragment de vérité. Ces fragments de vérité
sont incorporés.
C’est par exemple en politique le corps collectif rassemblé : manifestation, insurrection, émeute… C’est
le corps nouveau, c’est le corps, le corps produit comme nouveauté sur la base de l’engagement.
On avait parlé du corps sexué glorieux de l’amour.
On avait parlé du corps sensible artistique, de la surface sensible artistique, sonore ou visible. Ils peuvent
porter des fragments de vérité.
Ce qui est important à voir, c’est que ces corps, quels qu’ils soient, sont composés ou agencés à partir
d’éléments de la situation. Tout ça est immanent. Quand vous avez une production de corps nouveaux, ce
qui compose ces corps nouveaux est évidemment dans la situation, ce sont des éléments de la situation.
D’autant plus que ce n’est pas avec le corps barré inexplicité qu’on fait ça (lui, il reste dans l’inscription
subjective). On le fait avec des ingrédients de la situation : couleurs, sons, corps sexué, langage, lettre.
On reprend tout cela et c’est avec tout cela que le sujet fabrique du corps nouveau comme support du
fragment de vérité. Les éléments de la situation sont transformés. Comment ? par incorporation. Ils sont
incorporés à une production de corps nouveau comme support du fragment de vérité. Cette opération
d’incorporation est ce qu’on appellera l’effet matériel de la procédure de vérité. Vous êtes obligés de
mobiliser des éléments objectifs de la situation pour les composer, pour les agencer, les rassembler de
telle sorte qu’ils produisent du corps et que ce corps puisse être le support d’un fragment de vérité. Ils
étaient disponibles, ils n’étaient pas pris dans une incorporation nouvelle. Voilà donc pour l’effet
matériel qui est effet d’incorporation.

Voilà pour les 4 transformations qu’une procédure de vérité induit dans la situation :
- un effet ontologique, qui transforme le rapport au site événementiel : transformation du rapport au site
événementiel.
- un effet logique, qui est un déplacement du champ transcendantal et donc une modification du régime
d’existence.
- un effet temporel, qui est la création d’une interférence des temps, et donc l’opportunité d’un choix
temporel.
- un effet matériel, qui est un effet d’incorporation.
On appellera le nouage de ces 4 effets la transformation de la situation par une procédure de vérité : elle
transforme le rapport au site, la logique, le temps et elle transforme le corps.

Bien entendu, à l’intérieur même de ces 4 effets, de ces 4 protocoles de transformation, va jouer la
multiplicité des figures subjectives. Ce n’est pas un effet unique simple. Comme je l’ai annoncé, il y a
des contre-effets dans l’effet. L’effet est aussi, et en même temps, du contre effet. Là, je donne
simplement quelques exemples, que vous pourrez compléter par vous-mêmes (il ne s’agit que de tirer les
conséquences) :
- la levée du site : le fait que le site événementiel fonctionne autrement. Ça c’est délocalisé par le sujet
réactif. Le sujet réactif est qln qui délocalise le site, et justement bloque ce nouveau rapport au site. Que
nous dit le sujet réactif ? Il nous dit que le fragment de vérité aurait pu être une conséquence de la
négation de epsilon. Il répète le fragment de vérité, et il l’infère de la négation de l’événement. C’est
pareil, même s’il ne s’était rien passé. L’exemple canonique que j’aime prendre est l’œuvre de Furet sur
la révolution française : elle n’aurait pas lieu, ça aurait été pareil. Quand vous dites, ça, vous délocalisez
le site. Epsilon devient indifférent. Comme epsilon est en un certain sens le nom du site, comme
Révolution Française est un des noms de la France, eh bien il n’y a pas de nouveau rapport possible au
site : le site est délocalisé. La France aurait mieux fait de pas se montrer dans cette modalité là. Celui qui
dit : on aurait pu avoir les mêmes conséquences politique sans aucune tentative de révolution
prolétarienne, il délocalise le prolétariat, il le décolle du site. Le sujet réactif produit cet effet particulier
qu’est la délocalisation du site.

Question :[chgt K7]


Réponse : sauf que c’est une figure subjective. Dans l’espace de la révolution, la contre révolution est
une figure subjective. On en tiendra compte ou pas selon la figure où on s’inscrit soi-même. C’est
simplement pour dire qu’au niveau de cet effet ontologique, la figure réactive induit un contre effet. Si
l’effet c’est localiser autrement le site, ça induit le contre effet qui est de délocaliser le site.
- la modification du transcendantal, l’effet logique, est proprement niée par le sujet obscur. C’est une
négation radicale de toute modification du régime d’existence.
- elle est restaurée par le sujet fidèle dans la résurrection. C’est une définition importante : l’opération de
résurrection, c’est une redynamisation de la logique nouvelle. Chaque fois que vous avez récupération
d’un fragment de vérité enseveli (enseveli par le sujet obscur), … l’ensemble du déplacement
transcendantal, l’ensemble de la logique nouvelle, c’est la … du déplacement logique qui est occultée et
niée par le sujet obscur.
- et puis pour finir si on prend l’effet matériel, la production du corps, le sujet obscur est proprement la
négation de l’effet corporel. Quant à l’effet matériel, il y a un grand débat pour savoir s’il y a production
de corps nouveau ou une explicitation de corps barré. C’est une tension qui traverse tout le champ
subjectif. Pour le sujet obscur, il s’agit de rendre explicite le corps barré, de l’expliciter comme corps
sous la loi. Dans le sujet fidèle comme dans le sujet réactif, le corps barré reste inexplicite, il s’agit de
savoir si on produit ou non du corps nouveau. Une production singulière du sujet obscur, ce n’est pas de
produire du corps nouveau, mais de rendre explicite le corps inexplicite. De montrer du corps asservi
sous la loi, le corps barré, le corps qui n’est pas autre chose que la barre qu’il supporte.
Les effets et contre effets sont enchevêtrés, et quand on isole chacun des effets il ne faut pas perdre de
vue l’enchaînement d’effet et de contre effet. Ça interdit l’idée de développement linéaire de la
transformations des figures : elles se transforment et se contre transforment en même temps. Il y a des
traversées par cette contrariété subjective entre effet et contre effet, localisation et délocalisation, corps
nouveau ou explicitation du corps barré et ainsi de suite. Et donc la transformation de la situation est une
transformation conflictuelle. C’est pas une transformation simple, c’est une transformation conflictuelle.
On dira bien que la situation est transformée, il n’y a pas de doute : ce que peut une vérité est
considérable :
• elle peut quant à l’être,
• elle peut quant à l’apparaître ou la logique,
• elle peut quant au temps,
• elle peut quant au corps.
Elle peut beaucoup, simplement, elle peut mais de l’intérieur de ce qu’elle peut elle peut conflictuelle
ment, dans un régime qui intrique effet et contre effet. Choisir, dans ce champ là, c’est toujours se
démêler là dedans. C’est toujours couper dans un champ en transformation qui est conflictuel. Vous ne
pouvez pas dire qu’on peut s’embarquer dans la procédure et puis la situation se transforme
tranquillement. Il y a un paquet de conflits et c’est ce paquet de conflit qui est la transformation elle-
même.
Reste à nous poser une ultime question, que nous verrons la prochaine fois : jusqu’où peut aller cette
transformation ? Nous l’avons vu, son spectre est considérable : ça affecte l’identité de la situation dans
son être, ça affecte le transcendantal logique de la situation, ça affecte le temps et ça affecte les corps.
C’est considérable, toutes les dimensions de la situation sont convoquées. Jusqu’où ça peut aller ?
C’est le problème clé de l’éthique des vérités. Car ce qui doit être supposé, c’est que en tout cas cette
transformation ne peut pas être totale, dans aucun de ces registres. Elle ne peut pas être totale. Et
pourquoi elle ne peut pas être totale ? Pourquoi il y a nécessairement des points inaccessibles à cette
transformation - par conséquencet, un problème de mesure de la transformation. C’est le champ d’une
question éthique. Ce n’est pas tout de savoir ce qu’une vérité peut, il faut aussi savoir ce qu’elle ne peut
pas. Ce qu’elle ne peut pas, ça nous intéressera la prochaine fois !

8 AVRIL 98
Le thème d’aujourd’hui, puisque nous procédons par thème à chaque fois, le thème d’aujourd’hui
concerne la typologie des procédures subjectives, la typologie des procédures de vérité. Quelles sont les
conséquences, quels sont les effets de cette typologie sur les formules subjectives, sur les figures
subjectives ? Nous allons naturellement retrouver le cadre général que je propose depuis de nombreuses
années : procédure de vérité, ie une procédure politique, ou une procédure scientifique, ou une procédure
artistique, ou une procédure amoureuse, mais ce qui nous intéresse c’est de savoir ce que cela implique,
comment cela se donne dans la caractérisation interne de la procédure. Jusqu’à présent, la théorie du
sujet proposée était une théorie formelle, au sens où elle ne déterminait pas, ne prescrivait pas la
singularité de la procédure elle-même. Le but est de donner une classification des procédures et de
repérer le point singulier ou les points singuliers qui la caractérisent comme étant tel ou tel type de
procédure. Je voudrais faire deux rq préliminaires.
1° il n’y a pas de déduction de la typologie des procédures. Je veux dire qu’on ne peut pas tirer du
concept général de procédure subjective, de procédure de vérité, les types de procédures subjectives ou
de procédures de vérité. Qu’il y ait amour, qu’il y ait politique, qu’il y ait art et qu’il y ait science, cela en
dernier ressort est contingent, au sens où il n’y en a pas de déduction nécessaire. Peut-être est-ce
simplement les registrations de vérité dont l’animal humain est capable. On pourrait imaginer des œuvres
de philosophie-fiction qui essaieraient de représenter des procédures de vérités inconnues. Dans la
pratique que j’ai de la littérature de SF, je n’ai jamais rien vu de tel. ça pourrait être un programme :
essayer d’imaginer des êtres non pas tant pourvu de cornes, de gros yeux rouges, ou de pattes écailleuses,
comme c’est en général le cas quand on cherche à imaginer ce que seraient d’autres êtres vivants, mais
pourvus d’un autre et irréductible rapport à la vérité. C’est beaucoup plus difficile. Ce qui me frappe dans
la SF, c’est que l’imagination est pauvre : en réalité, vous créez un monstre, comme Aristote l’avait
parfaitement vu, par excès, par défaut ou par composition. C’est les 3 possibilités :
- par excès : exagération de telle ou telle dispositions des parties. Il est très grand, très petit il a une
très grosse tête, il a 17 pieds
- par défaut, il lui manque quelque chose,
- par combinaison : vous mettez ensemble des choses qui ne vont pas ensemble dans l’univers que
nous connaissons. Je n’ai jamais vu de monstre fabriqué autrement.
Mais qu’est-ce qu’un monstre subjectif ? c’est une autre affaire. Dans la fiction, ils sont simplement
particulièrement méchants. Ce sont des tueurs abominables, ou alors dans quelques cas, comme rencontre
du 3ème type, ils sont particulièrement gentils. C’est un espace court ! ça indique ma thèse, à contre-
courant, qui est que en réalité, l’extraordinaire faiblesse de l’imagination. L’imagination n’est pas
exceptionnelle. A côté de la raison, elle n’est pas grand chose. A côté des mathématiques, les productions
de l’imagination pure sont extraordinairement limitées, comme on le voit dans le champ de la
monstruosité.
Ceci pour dire, en conclusion de cette 1ère remarque, que vous pouvez vous fixer comme programme
possible d’écrire un livre de SF dans lequel il s’agirait de créer une monstruosité subjective véritable, ie
une autre procédure de vérité que celle que nous connaissons, ce qui requiert peut être un autre système
perceptif. Mais créer réellement ce que serait un autre système perceptif, essayez-le, en dehors de la très
médiocre télépathie. Une autre perception, c’est de la fiction philosophique hard.
Je dis tout cela pour dire que en vérité, l’existence des registres des procédures de vérité que je propose
n’est en tout cas pas l’objet d’une déduction nécessaire. Il se trouve que c’est de cela que nous sommes
capables. C’est ce type de procédure de vérité qui peut saisir les corps, saisir les corps que nous sommes.
Il y a un problème très parallèle à celui là, qu’on trouve chez Spinoza. Comme vous le savez, Spinoza a
introduit la thèse que Dieu est exprimé par une infinité d’attributs, et que ce que l’intellect peut
concevoir comme étant l’essence de Dieu se développe dans une infinité attributive, mais nous - les
hommes - nous ne sont immanents qu’à deux types d’attributs, qui sont la pensée et l’étendue. C’est deux
parmi l’infinité attributive de la substance. Si on essaie d’imaginer un attribut qui n’est ni étendue ni
pensée, c’est absolument impossible. Alors qu’il y en a une infinité. C’est dire à quel point là aussi il y a
une pauvreté imaginative radicale : là même où on sait intellectuellement qu’il y a une infinité d’attributs
de la substance, il n’en reste pas moins que nous sommes astreints à ne pouvoir imaginer rien qui
ressemble à un attribut qui n’est ni la pensée ni l’étendue. De la même façon nous ne sommes pas en état
de fut-ce que d’imaginer ce que pourrait être une procédure de vérité qui n’est pas dans un des ordres ici
mentionnés. Il en résulte qu’il n’y a pas de raison de postuler que ce sont les seuls possibles - ni
d’ailleurs de postuler qu’il y en a d’autres. Là, nous nous séparons de Spinoza. Spinoza dit qu’il y a
effectivement une infinité d’autres attributs. Quant à savoir ce que sont les types de procédures de vérité
que nous n’imaginons pas, nous ne le savons pas et ne ferons là-dessus aucune hypothèse ni positive ni
négative. Ça peut se dire plus techniquement : il n’y a pas de déduction transcendantale du dispositif des
vérités. C’est la 1ère rq.

2° la 2ème remarque, c’est que la typologie que nous allons esquisser est une typologie des genres de
vérités. Ne perdons jamais de vue qu’une procédure de vérité est une singularité. Ce qui procède, ce n’est
pas le type, c’est dans le type une singularité. On ne proposera pas là une typologie des vérités, que ceux-
ci laisseraient échapper l’irréductible et l’événementiel de chaque procédure, mais nous sommes encore à
un niveau assez formel, qui est un repérage typique des caractéristiques immanentes. Nous allons
regrouper certaines vérités sous une catégorie, qui précisément prendra le nom politique ou prendra le
nom art.

Une fois ceci dit, une fois ces précautions rappelées, engageons nous dans la description de cette
typologie. Il faut commencer par le commencement, ie l’événement et l’énoncé qui se détache de
l’événement. Puisque c’est à partir de l’événement et de l’énoncé qui s’en détache que s’ouvre tout
espace subjectif. En amont même de cela, il faut remonter jusqu’au site événementiel, jusqu’aux
caractérisations du site événementiel. Puisque, nous le savons, ce que l’événement élève, ce que
l’événement détache, contient comme sa matière, le site événementiel. Nous avons parlé de cet effet la
dernière fois. Nous allons, dans un 1er parcours, traiter de 3 choses, avec 3 critères typologiques :
- le site événementiel
- et le contenu de l’événement par là même, la matière événementielle
- et enfin les caractéristiques de l’énoncé impliqué ou détaché au moment où l’événement disparaît et ne
subsiste plus comme trace de cette disparition que l’énoncé.

Nous dirons (nous allons avoir affaire à un certain nb de définitions) que il y a politique, que nous
sommes dans le type politique, quand le site événementiel concerne le collectif. Que faut-il entendre par
collectif (puisque ça va être l’index d’identification de l’événement politique comme tel) ? Par collectif,
on entendra un ensemble de singularités, qui est tel que la levée événementielle concerne l’ensemble de
la situation, et plus spécifiquement l’infinité de la situation. Donc il y a politique quand le site
événementiel est collectif, et par collectif on entendra un ensemble de singularité qui est tel que en levée
événementielle apparaît une prescription qui concerne toute la situation et l’intimité de la situation.
Ceci implique deux choses, importantes dans l’identification de l’événement politique.
1° il est local : ça concerne un site
2° il y a politique si la levée événementielle de ce site est comme une métonymie de la situation tout
entière, implique un pour tous. Ce que nous entendons pas collectif, c’est pas simplement un sous-
ensemble, c’est un sous-ensemble dont la levée événementielle crée un pour tous. Il y a une condition à
cela. C’est que pour une levée locale, appelons là comme ça provisoirement, une insurrection locale, une
révolte locale, concerne le tout de la situation, il faut qu’elle cesse d’être captive de l’état de la situation.
Alors je ne peux pas rentrer dans la technique de ce point mais on va la comprendre indirectement.
Ce qui caractérise l’état de la situation, c’est qu’il est toujours en excès de puissance sur la situation elle-
même (définition en mathème). Il y a un excès de puissance sur la situation elle-même. Et deuxièmement
point, plus important, cet excès de puissance est indéterminé, est errant, est infixé. Il n’y a pas de
détermination intrinsèque donnée de l’excès de l’état de la situation sur la situation. Ou si vous voulez,
pour être plus technique philosophiquement, il y a un excès de puissance de la représentation sur la
présentation, la représentation est un excès de puissance, mais cet excès de puissance est sans mesure. Au
sens strict : il ne se donne pas accompagné d’une mesure.
Pour vous faire comprendre empiriquement ce point, posons, par exemple, que pour l’essentiel, l’état de
la situation contemporaine, c’est l’économie - l’économie capitaliste, que c’est ça qui la configure, y
compris planétairement. On sait bien que ce qui est dit, et constamment prononcé, c’est qu’il y a là
quelque chose qui est en excès de puissance sur la présentation, quelle qu’elle soit. Ça se dira : il y a là
une nécessité, quelque chose qui est de l’ordre du nécessaire et auquel, par conséquencet, il faut se
soumettre. Et si on ne s’y soumet pas, comme chacun le sait, on entre dans la décadence. C’est ça être
moderne. Peut-être à aucune époque n’a-t-on aussi clairement défini la modernité comme une
soumission. La modernité, c’est la soumission. A quoi ? Eh bien à une puissance constamment en excès
sur toute présentation simple, mais dont il faut bien voir que ce qui la caractérise, c’est qu’elle n’est à
aucun moment mesurable, comme puissance : elle est omniprésente, errante, inassignable et sans mesure.
Telle est en effet la surpuissance de l’économie sur nos destins. C’est une loi, un état de situation (c’est
comme ça), ce c’est comme ça est investi d’une puissance anonyme, et cette puissance anonyme est elle-
même non normée (où est la mesure de cet excès ? il faut se soumettre à quel degré de puissance ? est-ce
que le rapport de puissance est tel qu’il faille s’y soumettre réellement ? ceci est errant, fuyant et
inassignable).
C’est une caractéristique générale (cet exemple est très évident) de l’état de la situation. L’état de la
situation se présente toujours comme un excès de puissance mais par ailleurs comme un excès de
puissance indéterminé. Pour qu’il y ait événement politique, il faut que quelque chose vienne mesurer cet
excès. C’est un point essentiel. Ie vienne interrompre l’errance de l’excès. C’est un point sur lequel
j’insiste, parce que, dans toute une série de doctrines classiques, y compris de doctrines révolutionnaires
classique, on a dit que la levée politique venait briser cet excès, venait briser l’excès (détruire l’Etat,
changer l’état de la situation : dites-le comme vous voulez, c’est ça qui est contenu dans l’idée d’une
rupture radicale avec l’état des choses existant). Ce qu’il faut dire, en tout cas, et qui est antérieur à cela,
et probablement plus fdtal, c’est que ce qui est nécessaire, c’est que l’excès soit mesuré, ie qu’il cesse
d’être dans l’indétermination de sa propre puissance. Parce que il est clair (si vous y réfléchissez une
seconde) que le principe de soumission n’est pas le principe de soumission à la puissance, mais à son
indétermination, mais à son caractère sans mesure. Sans mesure au sens strict : il n’y pas de mesure,
personne ne peut donner une mesure. Les lois économiques sont nécessaires mais quelle est la mesure de
sa nécessité ? Il n’y en a pas, c’est pour ça que la subjectivité s’exerce comme soumission. La politique
ne peut libérer la puissance universelle d’un site, quel qu’il soit, donc ne peut faire lever un site
événementiel, que soustrait à cette indétermination. Car cette indétermination de la puissance est
interrompue : quelque chose se passe, tout simplement. Et par conséquencet, l’événement politique,
comme événement dont le site est collectif, est nécessairement fixation d’une mesure à la surpuissance de
l’état de la situation. Ou, négativement, interruption de l’indétermination ou du caractère sans mesure de
cette puissance. C’est ce qui peut se dire aussi : l’événement politique montre l’état de la situation. Il le
montre, dans une distance qui est aussi une mesure. Parce que ordinairement, l’état de la situation, en tant
qu’il est ce qu’il est, ne se montre pas. Ce qui se montre, c’est les effets de soumission qu’il induit, c’est
tout. Nous sommes donc en train de dire que en tout cas, l’événement politique n’est possible comme
levée de son site que sous la condition de la fixation d’une mesure à la surpuissance de l’Etat. Donc
évidemment, c’est un défi lancé à l’exercice de cette surpuissance ou de cet excès que, comme je le
disais, en réalité, subjectivement l’exercice de cet excès est absolument lié à l’indétermination de la
puissance. Il en résulte que l’énoncé qui se détache a deux caractéristiques (c’est propre à la politique) :
l’énoncé (ça peut être un mot d’ordre, un complexe de pratiques, ça va dépendre de la particularité de la
séquence), il deux caractéristiques interne qu’on retrouve dans les grands énoncés politiques :
- il fixe une mesure à l’Etat. Il fixe une mesure à la puissance de l’Etat, donc il interrompt la surpuissance
étatique dans son indétermination. C’est ce qu’on appellera son effet de distance : il tient l’Etat à
distance, pour autant qu’il lui fixe une mesure. Ça ne veut pas dire qu’il déclare que cette mesure est
faible, il peut déclarer qu’elle est très grande. Mais il la fixe, il assure une fixation de cette puissance, et
il travaille dans la fixation de cette puissance alors que l’état normal des choses est l’indétermination.
C’est la 1ère caractéristique.
- la 2ème caractéristique, c’est qu’il v rapporter à cette mesure ou à cette distance une maxime égalitaire.
Une maxime égalitaire, quel qu’en soit le contenu, l’enjeu, la forme. Il va énoncer, dans une distance à
l’Etat, la possibilité, éventuellement locale, de l’égalité. Egalité dont on sait très bien qu’elle est
constamment déclarée impossible par l’état de la situation au nom de du caractère indéterminé de la
puissance. Vous avez un lien nécessaire entre fixer la puissance, tenir une distance à l’Etat qui mesure sa
surpuissance et dans cette distance proposer, fut-ce localement la viabilité d’une maxime égalitaire
quelconque. Nous parlons pour n’importe quelle séquence politique de ce type.
Pour exactement spécifier ce qu’il faut entendre par maxime égalitaire, on dira ceci : l’état de la situation
propose toujours ce qu’on appellera un principe d’identification. Dans l’espace d’exercice de sa
puissance indéterminée, il est identifiant. Et en particulier, il fixe des identités partitives qui indiquent, en
vérité, des degrés d’appartenance à la nécessité. Le degré d’appartenance à la nécessité comme nécessité
d’une puissance indéterminée fixe ce qu’on peut appeler l’identification de chacun dans l’espace de
l’Etat. Chacun est identifié conformément à sa position au regard de la surpuissance étatique. C’est le
degré d’homogénéité à la nécessité qui fonctionne là comme principe d’identification. Plus vous êtes
homogène à la nécessité indéterminée, plus vous êtes identifié par l’état de la situation comme lui
appartenant, comme étant ce qu’il faut. Nous appellerons ce principe d’identification, comme production
de l’état de la situation, nous le noterons par la lettre i. i, ça voudra dire l’identification telle qu’elle opère
dans l’espace de ce qui est assigné par la surpuissance errante de l’Etat. En réalité qu’est-ce que c’est
qu’une identification ? [chgt K7] tous peuvent être plus que leur identification. C’est là que fonctionne le
pour tous. Le pour tous désigne que pour tous est ouverte la possibilité d’être plus que son identification
étatique, ie plus que la façon dont la puissance indéterminée de l’Etat le constitue comme identité, ie en
réalité comme appartenance à la nécessité.
- ça nous permet de donner en formule ce que c’est en réalité que l’énoncé détaché, lorsqu’il s’agit de la
séquence politique. L’état de la situation, nous le notons P(S), ce qui veut dire ensemble des parties de la
situation. Et en effet, l’Etat règle ce qui configure l’ensemble de ce qui est inclus dans la situation,
l’ensemble des parties de la situation, et c’est ça qui par rapport à la situation elle-même est dans un
excès indéterminé. C’est un théorème de la multiplicité en général : la puissance des parties d’un
ensemble est supérieure à la puissance de l’ensemble lui-même. De combien supérieure ? On ne sait pas.
Cet excès est indéterminé. C’est un énoncé math, ontologique, par conséquencet, et on peut lui donner
une traduction politique immédiate : l’exercice de la surpuissance de l’Etat fonctionne de façon
indéterminée. Un événement politique, ie la levée d’un site local opère d’abord par fixation d’une mesure
de surpuissance de l’Etat. Elle interrompt cette indétermination en assignant cette surpuissance à une
mesure. ça se donne dans des énoncés sur l’Etat. La situation est révolutionnaire parce que l’Etat est dans
tel ou tel degré de faiblesse, ou elle ne l’est pas car l’Etat est dans telle ou telle situation de force. Ça va
se donner comme un jugement de la puissance de l’Etat, qui est une interruption de son indétermination.
Ce qui veut dire que est contenu dans tout énoncé politique post-événementiel une interruption de ce
qu’il y a d’errant dans la surpuissance étatique. C’est la 1ère composante. Ceci touche à l’infini de la
situation, parce que ces types de puissance sont en réalité infinis. Les énoncés sont des énoncés sur
l’infini, d’une manière ou d’une autre. C’est la 1ère composante.
Et puis la 2ème composante, qui s’articule à la 1ère, va se dire : pour tout x, x > i. Sous condition que l’on
ait cela, alors on peut travailler, fut-ce localement, à l’idée qu’il est possible pour tous d’être supérieur à
leur identification étatique. C’est P(S), l’Etat, qui prescrit i.
C’est le mathème du mot d’ordre politique. Vous pouvez vous exercer à en chercher quelques uns dans
l’histoire, et à identifier les deux composantes : vous verrez que ça marche très bien : il y a quelque chose
comme la mise en détermination ou la fixation d’une puissance et d’autre part quelque chose qui arrache
x à la fixation de i.
Question :
Réponse : aucune ! quand il s’agit de la procédure politique, ce qui est l’état de la situation s’appelle
généralement l’Etat. Simplement dans la pensée que nous en proposons ici, l’Etat doit être pris avec ce
qui le norme. Aujourd’hui, l’Etat n’est pas compréhensible si on ne le prend pas avec sa norme assumée,
revendiquée, qui est l’économie. Une fois qu’on prend l’Etat plus sa norme, on a quelque chose qui, au
regard de la situation historico-politique, est l’état de la situation. Donc fixation d’une mesure à la
puissance indéterminée de l’Etat, c’est l’effet de distance. Toute politique présuppose qu’on soit dans
une certaine distance à l’Etat, et cette distance est conquise par une mesure de sa puissance. D’autre part,
le travail qui s’ouvre alors, c’est la possibilité pour tous d’être arraché à son identification, d’être plus
que son identification, c’est la maxime égalitaire. Si l’on s’en tient à site événementiel, événement,
énoncé détaché, ie aux préconditions constitutives de l’espace subjective, politique désignera cela, ça se
concentrera dans les caractéristiques que nous venons de dire : l’Etat pris à la fois dans son excès
indéterminé et dans sa puissance d’identification, l’événement comme levée locale d’un site, l’énoncé
qui se détache comme mesure de la puissance de l’Etat, et de l’intérieur de la distance ainsi crée, le
travail d’une maxime égalitaire.

Quand il y a art, maintenant.


- nous dirons qu’il y a art quand le site événementiel concerne la mise en forme signifiante du sensible.
Attention ! Mise en forme signifiante du sensible, comme site événementiel, ça veut dire que c’est au
bord du vide, que c’est de la singularité pure. Donc c’est mise en forme du sensible, mais où ? Eh bien, là
où cette mise en forme est au plus près d’être indiscernable de l’informe. Là où cette mise en forme est
au plus près d’être indiscernable de l’informe. Vous avez site événementiel artistique quand c’est au bord
du vide, comme tout site. Un pas de plus dans la mise en forme et vous êtes dans l’informe, justement ! Il
y a site événementiel artistique là où les principes de la forme sont saturés jusqu’au bord de l’informe.
C’est un point très important de ce qu’on peut appeler les conditions d’un événement d’art. C’est pas
simplement qu’il y ait de la mise en forme, c’est que la mise en forme soit saturée jusqu’au point où
d’une certaine façon la zone de mise en forme est au bord de sa dissolution informelle. C’est le cas par
exemple si le système tonal est et musical saturé jusqu’à un chromatisme tel que si on va un peu plus loin
il n’y a plus de mise en forme du tout, et le formalisme tonal se dissout. Le site événementiel artistique
se situe toujours là où, dans la situation artistique, la mise en forme est au plus près de l’informe.
- que va être la levée du site ? Qu’est-ce que c’est que l’événement ? l’événement artistique, c’est
toujours ce qui rend possible que soit considérée comme une forme ce qui dans la situation n’était
représentable que comme informe. L’événement artistique c’est une levée, une zone où une forme est
indiscernable avec l’informe, et va imposer que soit considérée comme une forme ce qui ne pouvait pas
l’être antérieurement, ce qui antérieurement était tenu pour de l’informe. Une révolution artistique, c’est
ça : proposer comme forme ce qui dans le dispositif ou l’état de la situation antérieure était considéré
comme informe. C’est possible car dans le site, dans la situation, on est au point où la mise en forme est
au bord de l’informe. Il y a quasiment une réversibilité entre mise en forme, progrès de la mise en forme,
et passage à l’informe. La survenue événementielle va rendre possible que soit traitée comme forme ce
qui antérieurement ne l’était pas.
- par conséquencet, l’énoncé qui se détache, qui va prendre la forme d’œuvre (l’énoncé c’est pas une
théorie, c’est ce qui est produit) va annoncer qu’un nouveau régime de la forme est ouvert. Il y a un
nouveau régime de la forme. Peut être considérée comme mise en forme signifiante du sensible ce qui
était perceptible antérieurement que comme informe, que comme non mise en forme.
Appelons f (un peu l’équivalent de i) ce qui est prescrit dans la situation comme régime de la forme, ce
qui est identifiable comme forme, ou identifiable comme mise en forme signifiante du sensible. D’une
certaine façon, l’énoncé qui se détache de l’événement artistique va donc être quelque chose comme non
f = F. quelque chose qui n’était pas identifiable comme une forme fonctionne néanmoins comme une
forme. Et quelque chose qui était de l’ordre de l’informe est assumable comme forme. Un énoncé
événementiel artistique, produit dans un agencement sensible effectif, est de ce type. Par conséquencet,
n’est-ce pas, là aussi, nous avons l’équivalent d’une identification qui est raturée ou supplantée dans
l’ouverture de l’espace subjectif. Dans le cas de la politique, c’est l’identification. Ce qui vous permet
d‘être identifié, il sera affirmé que vous pouvez être plus, autre chose. Dans le cas de l’art, ce qui est
annoncé, c’est que l’identification formelle entre en mutation : va être identifiée comme forme, et donc
comme principe d’agencement artistique du sensible, ce qui antérieurement était de l’ordre de la non
forme. De ce point de vue là, l’énoncé artistique, l’énoncé événementiel artistique, il annonce comme
forme de la non forme, dans sa réception immédiate. De la non forme, au sens du régime antérieur des
formes. Pour l’art on peut dire :
- le site c’est la zone d’indiscernabilité relative entre forme et non forme.
- l’événement, c’est la levée de ce site
- et l’énoncé événementiel porte que de la non forme est désormais ouverte comme forme.
On appellera sujet ce qui tire les conséquences de ça, ce qui travaille dans le principe F qui n’est plus
sous l’identification f.

L’amour, on va aussi en donner la formule.


- c’est quand le site événementiel concentre la sexuation, et donc la différence comme telle, prise
radicalement, ie prise au départ comme pure et simple incompatibilité, comme non rapport. Nous le
noterons comme ça :…, puisque c’est le signe algébrique de l’incompatibilité. x ne marche pas avec lui.
Il n’a pas de rapport, on peut le dire comme on veut. L’incompatibilité, au registre de la différence
comme telle, qui ici est la différence sexuelle (il n’y en a pas peut-être pas d’autre, à la fin des fins), c’est
réellement 1 + 1. x, c’est 1, y c’est 1, il y a incompatibilité de cet 1 et de cet 1. ce qui veut dire, c’est très
important, qu’ils ne font pas 2. C’est une autre algèbre : 1 et 1, ça ne fait pas 2. ça fait de l’incompatible.
On part de ça.
- et alors la levée du site, qui est une rencontre, ça va être une fracture de l’un au profit du deux. Ie que
chaque 1 va faire 2. C’est pas que 1 + 1 se met à faire 2, c’est chaque 1 qui se met à faire 2. Opération
d’algèbre particulière là aussi. On avait 1, 1, on a chaque 1 qui s’ouvre au 2, chaque 1 est 2, et c’est dans
cette surimposition du deux que nous avons située la scène de l’amour comme tel. C’est un deux qui
n’est pas 1 + 1, mais qui est le processus de sa dualité. C’est le deux comme processus du 2, c’est le deux
comme dualisation de l’1. Et alors, l’événement, c’est la fracture immanente de l’1 pour un deux
surimposé, ou un processus de dualisation, ou la construction d’une scène du 2. Il n’y a pas de scène du
2, il n’y a pas de lieu pour le deux : il y a des lieux de l’1, mais il n’y a pas de lieu pour le 2.
- l’énoncé détaché, qui va faire trace de la rencontre, ce qui va dire on s’aime, nous nous aimons, ce qui
veut dire il y a du 2, eh bien ça va prononcer que il y a processus de ce dont il n’y a pas rapport. On
comprend bien que, pour qu’il y ait processus de ce dont il n’y a pas rapport, il faut que quelque chose se
rapporte aux termes incompatibles, de telle sorte que ce quelque chose leur soit commun. Ce n’est pas
eux qui entrent en rapport. L’amour ce n’est pas que x entre en rapport avec y. c’est un travail de la
différence elle-même, de l’incompatible. Ce qu’il y a, c’est une fraction de chaque 1 au profit de quelque
chose qui fait qu’il y a rapport, et l’autre aussi y a rapport. Mais ça ne veut pas dire que eux, ce faisant,
entrent en rapport.
On va l’inscrire aussi :
La levée du site, c’est une rencontre portant sur des incompatibles. C’est la levée événementielle elle-
même. le site, c’est de l’incompatible. La levée c’est une rencontre de l’incompatible, ie de la différence
radicale ou de la disjonction.
Et ça ça induit l’existence de quelque chose, on l’appellera a, qui est tel que d’une part, ça a puissance
sur x, et d’autre part ça a puissance sur y. Ce n’est pas que l’incompatibilité immédiate cesse, ce n’est
pas q’ un rapport d’ordre quelconque s’établisse entre x et y, mais que x et y entrent dans un rapport à un
terme unique, et c’est l’existence de ce terme qui est prononcée par l’énoncé événementiel. Ce qui
explique que l’un dit je t’aime, l’autre dit je t’aime, ça veut dire il y a l’amour, il existe a. Désormais, il
existe a. Et nous reconnaissons l’un et l’autre que ce a a puissance sur nous, ce qui ne construit pas
nécessairement un rapport entre x et y. Simplement, il est admis qu’il existe un terme auquel ils ont l’un
et l’autre rapport. C’est la formule générale de l’énoncé organique par quoi s’ouvre une séquence
amoureuse.
Pour récapituler :
- le site : c’est de l’incompatible
- la levée du site : c’est la rencontre
- ce qui est produit, c’est un deux qui est tel que chaque un y a rapport. Mais c’est un processus
pourquoi ? pourquoi est-ce qu’il faut dire que l’amour est coextensif à sa durée, qu’il est processus ?
C’est que le fait que chacun ait rapport ou soit en position par rapport à a n’élimine pas que la différence
est radicale. Ça traite la radicalité de cette différence dans un élément nouveau, dans une scène nouvelle,
qui est la scène du 2. 2, car x et y ont tous les deux rapports à a. On tirerait de ça des conséquences
merveilleuses (comme on a un 1er axiome, on peut en tirer des conséquences algébriques et ensuite se
demander à quoi ça correspond dans la vie).
On a commencé à figurer les énoncés :
L’énoncé politique primordial :
________ artistique________ :
________amoureux________ :
A chaque fois, on fait apparaître le caractère paradoxal de l’énoncé, inhérent au caractère événementiel
de cette prononciation.
Là, le caractère paradoxal, il est lié au fait que x est pour tous, alors que, en principe, pour tous est i. Là,
le pour tous va fonctionner sur quelque chose en excès, ou supérieur, à l’identité sur l’état de la situation.
Ici c’est l’apparition de la négation : fonctionne comme forme ce qui est précisément affirmé comme de
la non forme.
Ici, c’est que fait un certain rapport quelque chose dont l’essence est le non rapport. Il y a quand même
quelque chose comme un rapport dont la matière est le non rapport.

Terminons par la science.


- il y a science quand le site événementiel concerne la puissance de la lettre, soit l’inscription répétable et
vérifiable. C’est de la puissance de la lettre vérifiable, répétable, calculable ou inscriptible qu’il s’agit. La
production corporelle de la science, c’est le corps de la lettre. S’il y a site, c’est au point d’impasse de
cette puissance. Pour l’art, s’il y a site, c’est au point de saturation de la forme, là où la forme bascule
dans l’informe. Alors quand même, pour pas être trop abstrait, reprenons l’exemple canonique de cela :
c’est l’exemple pythagoricien. Qu’est-ce que c’est que la puissance de la lettre dans la mathématique
pythagoricienne ? C’est la puissance du nb entier, la puissance du chiffrage par le nombre entier. Donc
tout rapport est un rapport de nombres entiers. Tout rapport, ramené à la puissance littérale du nombre,
est du type p / q (p et q entiers). La discipline de la saisie littérale pour les pythagoriciens, c’est que tout
rapport puisse être soumis ou chiffré comme rapport de nb. Ce qui arrive, c’est que si on prend un carré,
et sa diagonale et son côté, eh bien le rapport d / c n’est pas rationnel. Il n’existe pas p et q qui sont tels
que p / q = d / c. D’où le fait qu’une figure géométrique très simple, le carré et sa diagonale, fonctionne
comme site événementiel pour la mathématique pythagoricienne. Une zone où la puissance de la lettre,
qui est celle du nb entier comme capacité à saisir des rapports, est en impasse.
- que va être la levée de ce site et l’énoncé qui s’en détache ? La levée du site va nécessairement être de
changer le registre même de la puissance de la lettre. Ie d’établir ailleurs la mesure des rapports [chgt K7]
sinon vous stagnez dans l’impasse. L’événement n’est pas obligatoire : vous pouvez compléter votre
doctrine en disant qu’il y a des rapports sans mesure, qu’il y a des incommensurables, vous stagnez dans
le point d’impasse. La levée du site, c’est de changer la norme de la mesure. La levée événementielle
d’un site scientifique, ça consiste toujours à dire qu’il y a un autre type de puissance de la lettre que celui
qui est établi. Ce qui veut dire empiriquement qu’on va engager d’autres lettres. Je signale en passant que
cette autre lettre porte toujours trace de ce qui précède. On va utiliser des nb qui encore aujourd’hui
s’appellent irrationnels. Pour nous il n’y a rien de plus rationnel ! Ils s’appellent comme ça, c’est la trace
de l’événement : c’est une fracture inventive si radicale que la norme de la puissance ancienne se fait
encore entendre, jusqu’au point où on peut lire dans les devoirs que les nb irrationnels sont la preuves
qu’il y a de l’irrationnel ! L’événement a été traumatique. C’est la même chose sur les nb imaginaires,
qu’on a petit à petit appelé nombre complexes, ce qui est plus raisonnable. C’est intéressant de voir que
la nomination porte encore la puissance de la rupture, la force de choc de la rupture, l’état sédimentaire
ancien des choses.
Etant donné qu’on appellera a une situation soumise à la lettre, ou littéralisable, le site en dernier ressort
va se présente sous la forme suivante : il existe une situation a qui n’est pas littéralisable dans le
dispositif existant. Ce rapport là, si vous êtes dans un dispositif littéral qui n’admet que les nombres
entiers, ce n’est pas littéralisable, ça n’est pas soumis à la puissance de la lettre, c’est soustrait à cette
puissance. On dira que ça, ça a va se transformer en réalité en ça, ie dans un nouveau régime de la
puissance de la lettre, a est soumis à cette puissance. C’est un peu comme dans l’art, parenté observée
depuis longtemps, où ce qui était informe devient forme, là ce qui était soustrait à un régime de la
puissance de la lettre tombe sous un régime nouveau de cette puissance.
Voilà le 1er parcours : en termes de site, d’événement, et d’énoncé primordial, il donne la caractérisation
typo poussée jusqu’à sa formalisation maximale des 4 grandes procédures subjectives et procédures de
vérité.

Il faut maintenant examiner les choses dans l’espace subjectif. Là nous avons simplement ce qui ouvre
l’espace subjectif.
On va commencer naturellement par ce qui se passe pour la figure fidèle, puisque la figure de
subjectivation, c’est en ce sens la vie de l’énoncé événementiel lui-même. C’est ce qu’on a écrit, là, mais
en tant que c’est présent, en tant que c’est effectivement énoncé ou réénoncé. Une figure de
subjectivation, c’est ce qui s’épingle à l’un des mathèmes que je vous ai donnés. Le chiffrage des figures
de subjectivation : c’est là, et là comme singularité, c’est pas là dans la formule abstraite donnée, c’est
dans la forme particulière qui est une œuvre d’art, une rencontre singulière, une proposition de
remaniement scientifique particulière. Ça correspond à la formule et c’en est une réalisation singulière.
Alors on peut à ce moment là dire, se demander quelle est la figure, la forme, du sujet fidèle comme
production de présent. Nous savons que la production du présent, c’est la production des conséquences
de l’énoncé événementiel. Et nous pouvons à ce moment-là identifier empiriquement les figures
subjectives fidèles comme étant celles qui sont au travail des conséquences de l’événement. Qu’est-ce
que c’est qu’un sujet politique ? C’est ce qui, sous condition de cette fixation, est au travail quant à cette
maxime. Un sujet artistique est celui qui est au travail quant au conséquence de celle-ci. Un sujet
amoureux est au travail quant aux conséquence de cette formule. Un sujet scientifique, c’est ce qui est au
travail dans les conséquences de cette formule sur la puissance de la lettre. Nous entrons dans une passe
importante qui va nous dire ce qu’est un sujet. Qu’est-ce que c’est, dans la situation concrète ? Parce que
jusqu’ici nous avons eu des formules. Un sujet ainsi conçu n’est nullement un individu. Nous avons dit
qu’il y a du corps dans le sujet, du corps barré, ça peut être éventuellement le corps de l’individu, ça peut
être autre chose, matérialité corporelle. Ne croyons pas que notre théorie du sujet est une théorie de
l’individu : l’individu, c’est un animal quelconque susceptible d’être incorporé à un sujet. Quand nous
allons dire ce qu’est un sujet, ce n’est pas reconnaissable comme qln qui porte un nom propre et qui se
promène dans la rue, même si ça incorpore quelque chose de ce genre.

Par exemple, pour la politique, le sujet est ce qui porte les conséquences d’une maxime égalitaire, la
maxime elle-même ne pouvant travailler que sous condition d’un principe de distance. qln qui fait
travailler les conséquences de pour tout x, x > i. ça peut se dire de bien des façons : je n’ai jamais trouvé
un politique qui dise : mon travail, c’est pour tout x, x >i ! ça se dit : tous égaux, régularisation des sans
papiers, libération nationale d’un territoire opprimé, liberté égalité fraternité, socialisation des moyens
de production etc… Les avatars ! Mais c’est subjectivement politique pour autant que en définitive ça dit
pour tout x, x >i. il tire les conséquences en situation de la maxime égalitaire. Ce qui fait que ça porte ça,
c’est collectif. Ça ne peut être que collectif. Un collectif qui en général vient du site ou est proche du site
ou est le site, mais qui ensuite est dans une trajectoire mobile dans la situation, porte le travail des
conséquences de la maxime égalitaire singulière qui est la sienne. On appellera ce sujet, en prenant le
mot en un sens très large, une organisation. On est toujours captif de nos propres séquences, mais
organisation ça désigne simplement un collectif dans sa capacité effective à porter de façon prolongée
les conséquences de la maxime égalitaire. Il en résulte qu’en politique, la figure productive du sujet, le
sujet fidèle, est toujours une organisation, ie quelque chose qui est une métonymie du pour tous : un
collectif, quelque chose qui en lui-même détient le caractère inéluctablement collectif de tout ce qui
mérite le nom de politique. C’est pas un individus, c’est un agrégat de corps d’individus. Matériellement,
en définitive, ce sont des corps, mais ils ne sont sujets que pour autant qu’ils sont dans ce collectif qui
porte le devenir de la maxime égalitaire. Nous dirons : dans la procédure politique, le sujet est organisé.
Le sujet, c’est de l’organisé, c’est du collectif autour d’une maxime commune.

Pour l’art, le sujet qu’est-ce qu’il est ? Il est effectuation de non f = f. Ie que ça va se donner ainsi : il est
matérialisation d’une mise en forme du sensible, création de forme, sous condition que non f, du point de
vue de q, soit une forme. Il est un créateur de formes tel que du point de cette forme nouvelle, ce qui était
antérieurement informe peut être considéré comme forme. Il crée de la musique dans les conditions où il
n’y a plus de système tonal. Cependant il crée de la forme dans l’élément de cet informe antérieurement
inscrit. C’est quoi ça ? On appellera ça une œuvre. En art, le sujet c’est une œuvre. Oui mais l’auteur, le
compositeur, l’artiste ? L’artiste, c’est du corps barré qui est dans la formule, c’est tout. Ça n’a pas plus
d’intérêt que ça. Le sujet en art n’est pas l’artiste, c’est l’œuvre. C’est un point important et éclairant sur
la question du sujet. Je ne dis pas que ce qu’on appelle artiste n’entre pas dans la composition de la
formule subjective. On aura un énoncé événementiel de type suivant : …, qui crée les conséquences.
Sujet, c’est ça, mais l’identification subjective proprement dite, la capacité productive de cette figure, est
ici. L’espace de la forme détient ce qui était l’espace de l’informe. On dira que le sujet fidèle, c’est
l’œuvre.

Pour l’amour, qu’est-ce que c’est que le sujet ? Le sujet, prenons le littéralement, on en a les moyens,
c’est la production des conséquences de a > x et a > y, c’est les conséquences du fait que x et y ont
rapport à l’espace du 2, dans les conditions de l’incompatibilité. L’amour c’est tirer les conséquences de
ce que a est > à x et y dans l’espace où il y a une incompatibilité inaltérable entre x et y. La conception à
l’eau de rose de l’amour, dont nous expérimentons chaque jour la fausseté mortelle, c’est l’idée que
l’amour est la transformation de l’incompatibilité et compatibilité, voire en fusion. C’est une idée
désastreuse ! Cet élément là fait travailler un 2, donc fait travailler un rapport, dans les conditions du non
rapport, de l’incompatibilité. Tirer les conséquences de cela, effectivité de la production amoureuse,
requiert de l’invention, que quelque chose soit produit. Si vous transformer l’incompatibilité en
compatibilité, moyennant quoi tout va bien ? Non, tout va mal ! Ici c’est laborieux, ça procède. Notez que
quel est le point d’instabilité du travail amoureux, appelons-le comme ça ? C’est que ce rapport là et ce
rapport là ne sont pas non plus initialement fixés. Eux aussi, ils sont des rapports qui n’ont pas de mesure
immanente fixée. En particulier, la soumission de l’un au principe du deux et la soumission de l’autre au
principe du deux ne sont pas commensurables ou aisément comparable. Il y a quelque chose de
constamment indéterminé dans le mode propre sur lequel x se rapporte à a et y se rapport à a. Il n’y a pas
de norme immanente. La querelle amoureuse porte toujours sur l’amour lui-même, et pas sur autre chose.
Même si elle se déclenche à propos de n’importe quel objet occasionnel, et Dieu sait s’il y en a
beaucoup, son contenu réel porte en réalité sur l’amour lui-même, car il est vrai que chacun y a rapport,
mais la mesure de ce rapport ni n’est identique ni n’est égale ni même n’est exactement commensurable.
Il faut donc toujours réassumer le il existe a, car il y a des instabilités dans le x a rapport à a et y a rapport
à a, dans le et central qui les conjoint.
Le sujet ainsi conçu n’est évidemment ni x ni y, ce qui tire les conséquences de la maxime selon laquelle
on travaille au rapport de x à a et de y à a dans les conditions de leur incompatibilité. Je ne lui trouve pas
de nom ! L’amour est tellement pris dans la représentation cependant expérimentée fausse que c’est de la
psychologie que l’un et l’autre etc… l’incompatibilité s’est renversée en compatibilité, que les noms sont
greffés là-dessus. En fin de compte, avec des guillemets considérables, je l’appellerai un couple. C’est
couplé. Le sujet c’est le couple, et ce couple incorpore en tout cas au moins deux corps. Mais
l’incorporation des deux corps à ce corps n’est pas le corps de chacun qui etc… ce qui me gêne dans
couple c’est que c’est étatisé : il y a ce problème du couple qu’il est reconnu par l’Etat, au moins dans le
mariage, le paiement des impôts, la cohabitation, le concubinage (mot terrible !). si on examinait dans le
détail cette procédure, on verrait qu’elle réinterfère avec l’Etat précisément car elle met en scène une
puissance indéterminée. Là, la puissance est indéterminée quand même. Ce qu’il en est au sein du couple
de la composante relationnelle de l’amour lui-même est distribuée de façon indéterminée. Alors l’Etat,
qui est la grande puissance indéterminée par excellence, intervient pour faire comme s’il pouvait
déterminer cette puissance, ie comme s’il pouvait en garantir la commensurabilité, finalement. C’est
intéressant : c’est un des grands protocoles d’identification étatique. L’Etat, puissance indéterminée par
excellence, identifie en prétendant déterminer de l’indéterminé. On peut dire : c’est lié au fait qu’il faut
de la filiation, des héritages etc… Mais c’est plus profond : il faut de la détermination là où c’est
intrinsèquement indéterminé. Ne vous inquiétez pas, il n’y a pas beaucoup de travail à faire, vous êtes
mariés, vous êtes un couple, fin de l’indétermination amoureuse. Au moins l’Eglise faisait intervenir le
grand indéterminé transcendant, qui détermine toute chose, et peut prononcer vous vous aimerez
toujours, quoiqu’il arrive, c’est indissoluble ! Le problème c’est que s’il y a quelque chose de soluble,
c’est bien ça ! Il n’y a pas de remède. La vérité de la procédure, si on revient au subjectif comme tel,
c’est que cette indétermination est constitutive. C’est la raison pour laquelle l’incompatible peut entrer en
rapport, mais il faut en payer le prix : si de l’incompatible entre en rapport, vous ne pouvez pas exiger en
plus que ce rapport soit dans le tiers terme qui intervient entièrement déterminé. Ce serait comme s’i n’y
avait aucun effet de l’incompatibilité. Un rapport qui se bâtit sur de la disjonction, de l’incompatible, sur
la différence sexuelle comme non rapport, il faut qu’il en porte trace dans le fait que le rapport à l’amour
de l’un et de l’autre soit incommensurable. Il faut toujours réajuster le quantificateur existentiel : le il
existe a est instable. La question de la procédure amoureuse est celle de l’amour lui-même : est-ce qu’il
est encore là ? C’est un réajustement de il existe a dans une situation provisoire du rapport.

Pour la science, le sujet est la production des conséquences de la nouvelle figure de la puissance littérale,
de L (a), dans les conditions qui assume que non l(a). L(a) doit traiter l(a) de façon cohérente. [chgt K7]
Un art nouveau n’a pas à rendre compte de ce qu’était l’art ancien. En science, principe de rétroaction, il
faut que L(a) fasse montre se sa capacité à subsumer l(a). il faut que notre nouvelle doctrine des rapports
expliquer pourquoi il était impossible qu’il y ait rapport de nombre entiers dans la figure précédente. La
science doit rendre compte de sa propre invention dans la capacité de sa nouvelle invention à absorber et
à traiter de l’impasse antérieur. Parenthèse : c’est la raison pour laquelle Lacan disait que il n’y avait que
la science qui était réellement science du réel. Comme il définissait le réel comme point d’impasse de la
formalisation, il est vrai que en science, non seulement on force l’impasse, mais vous rendez raison de
l’impasse, ce qui n’est pas la même chose. Les deux doivent se faire en même temps. Là où il y avait
impasse, donc réel, se tient la nouvelle puissance de la lettre. La nouvelle formalisation est formalisation
de ce réel. L(a) va élucider et rendre raison de l(a) : l’événementialité scientifique absorbe la situation
antérieure en son impasse.
Comme nom générique, on l’appellera un résultat (théorème en physique, loi en physique). Un résultat,
c’est une conséquence de l’énoncé événementiel. Une nouvelle ouverture de la puissance de la lettre crée
une prodigalité de résultats : c’est le présent vivant de la science dans le présent subjectif.

Donc on peut dire que les instances identifiables du sujet fidèle sont des organisations, des œuvres, des
résultats et des couples. Les 4 instances du sujet fidèle comme production.

On terminera à propos de la nomination de la procédure de vérité supposée achevée. Nous savons qu’elle
est inachevable, mais dans la supposition de son achèvement. Œuvre résultats, organisations, couples,
c’est des fragments. Mais supposée achevée, comment ça se nomme ?

Commençons par la science : on appellera ça une théorie. Une théorie, c’est un ensemble consistant de
résultats, initiés par un événement. Au fond, une théorie, c’est les effets supposés complets (ils ne le sont
jamais) d’un nouveau régime de la puissance de la lettre. Le système supposé complet ou rassemblé de
cette nouvelle puissance de la lettre définit la théorie. Ce sera des choses de gde ampleur, comme la
mécanique classique, ou la mécanique relativiste. La 2nde surgit à un point d’impasse de la 1ère. Théorie
prend un sens précis : l’espace des résultats cumulés et cohérents d’une figure événementiellement surgie
de la puissance de la lettre.

En ce qui concerne l’amour, je l’appellerai un amour, purement et simplement. Qu’est-ce que la figure
temporellement déployée de ce que nous avons dit ? C’est un amour, justement. Il y a des raisons à ce
que amour, nom de la procédure achevée, soit le nom du type. Parmi les procédures de vérité il y a
l’amour, et le déploiement effectif ou singulier, c’est un amour, il n’y a pas d’autre nom, amour dont le
sujet est couple. C’est important : théorie, les sujets sont des résultats. Amour, le sujet fidèle est un
couple.

Pour l’art, je l’appellerai une configuration artistique. Par exemple, le système tonale en musique, ou la
figuration en peinture, ou la tragédie grecque : des ensembles. L’identification des configurations se fait
rétrospectivement, doit décrire l’événement initial, l’énoncé vecteur, les effectuations en œuvre, le
déploiement et l’épuisement ou la clôture de tout ça. Là, vous isolez quelque chose qui est une
configuration. J’y insiste : une vérité artistique, c’est une configuration. Les œuvres sont les sujets. On a
produit des vérités concernant l’agencement signifiant du sensible. La configuration est peuplée
d’instance subjective que sont les œuvres.

En politique, on appellera ça un mode ou une séquence : la révolution française, la Commune de Paris.


Ce sont des séquentialités historiquement assignables, datables, déploiement dont les sujets sont des
sujets que j’ai appelés organisés.
Pour récapituler synthétiquement, en définitive, ce qu’il y a comme procédures de vérité déployées,
c’est :
- les modes de la politique, séquentiels
- des configurations artistiques
- des amours, des épisodes amoureux
- des théories
A l’intérieur de quoi se dispose, comme identification subjective fidèle :
- des organisations
- des œuvres
- des résultats
- des couples
Quel travail nous reste-t-il ?
Le 1er travail, c’est prendre les choses cette fois du point de vue des autres figures subjectives : qu’est-ce
qui inscrit la figure réactive et la figure obscure, dont je répète qu’elles sont toujours des possibilités
ouvertes par l’espace subjectif ? Peut-être peut-on le prendre du côté des opérations. Production, on l’a
vu, mais que signifie l’opération de répétition, l’opération d’occultation et l’opération de résurrection ?
qu’est-ce qu’une répétition en art, en politique ? qu’est-ce qu’une résurrection, une occultation ? C’est un
1er travail, trouver les noms.
Et puis, il faudra prendre ultimement la question sous l’angle des effets, à la lumière de la question : ces
effets ont-ils des limites ? Et ces limites sont-elles spécifiques typologiquement ? Alors on dira oui il y a
des limites. Je vais vous donner la liste des limites, de ce qui sera appelé pour des raisons techniques les
points d’innommable de chaque procédure :
- pour la politique, c’est le collectif dès lors qu’il est substantialisé, le collectif comme substance, ou
encore la particularité communautaire
- en science, c’est la cohérence comme telle : la science est cohérente mais la cohérence est sont point
interne d’innommable (elle est sous l’impératif de la cohérence, mais elle ne peut pas ressaisir en
elle-même sa propre cohérence)
- en amour c’est la jouissance
- en art, nous toucherons à la singularité des arts : le point d’innommable doit être identifié pour
chaque art. Pour le poème, c’est la puissance de la langue. Il est sous l’impératif de dépasser la
puissance de la langue, mais la puissance de la langue est le point qu’il ne peut exhiber comme tel.
Pour la peinture, c’est le regard.

3 JUIN 98
Je vous signale à tout hasard que je ferai une conférence, à l’invitation de l’Ecole de la cause freudienne,
sur la procédure amoureuse le mercredi 17 juin, à 21h15, au siège de l’Ecole de la Cause, ie 1 rue
Huysmans, dans le 6ème. Le titre, c’est : la scène du deux - titre qui a plusieurs sens…
Je vous indique tout de suite ce que j’ai l’intention de faire l’année prochaine. Ce sera très différent,
parce que, avec un peu d’avance, mais y étant convié par l’opinion générale, je vais faire quelque chose
sur le 20ème siècle. Ça s’appellera : de quoi le 20ème siècle a-t-il été la fin, et de quoi le commencement ?
Voilà l’objet, si je puis dire, de l’année prochaine, si je puis dire : le siècle.
C’était pour les préliminaires !

Nous allons maintenant par conséquencet essayer de donner à ce développement de deux ans sur la
théorie du sujet une conclusion, ou une récapitulation provisoire.
Je voudrais partir exactement d’une récapitulation de ce qui a été fait ou proposé la dernière fois, et qui
concernait principalement – je vous le rappelle - la question de la typologie des espaces subjectifs : y a-
t-il, si je puis dire, des genres en sujet, une typologie des procédures subjectives ? Etant entendu, je le
rappelle, c’est un point majeur, que toute procédure subjective est une singularité : il n’est pas question
de réduire quelque procédure que ce soit à son type. C’est un agencement singulier : les vérités sont des
singularités, ce sont des singularités universelles, mais ce sont des singularités. Le type est une
commodité d’investigation, qui donne une espèce d’approximation formelle de la singularité, un
placement provisoire de la singularité, mais qui évidemment ne prétend nullement en épuiser la
singularité propre. Pour penser une singularité, il faut la penser comme singulière, il faut partir de la
singularité, et certainement pas de son type. on peut faire rentrer le type dans l’investigation de la
singularité mais on ne peut pas procéder en sens inverse. Du type, on ne déduit jamais la singularité.
Mais au niveau axiomatique auquel nous nous sommes situés pendant ces deux années de travail, il y a
sens à définir une typologie, car les énoncés, les sites etc… obéissent à des configurations différentes.

I Typologie des figures subjectives

J’avais proposé un tableau général de la typologie des figures subjectives. Nous allons les redisposer
selon 5 caractéristiques.
1° le site : c’est la caractérisation du site événementiel à partir de quoi s’ouvre l’espace subjectif.
2° l’énoncé : le marquage événementiel qui se détache et qui désormais fixe le présent de la situation.
3° ensuite le nom du sujet (qch comme son nom typique, le nom interne à la typologie)
4° ensuite ce qu’on peut appeler le nom de la vérité elle-même : quel nom donne-t-on à tel type de vérité
dans la supposition de son achèvement ? Je rappelle que son achèvement est infini, on est toujours dans
la supposition de cet achèvement, n’est jamais dans la saisie en tout de cet achèvement.
5° ensuite la question des figures, qui renvoie, elle, au système des figures du sujet tels qu’elles peuplent
l’espace subjectif.
Ce sera une 1ère ligne d’investigation.
Et puis nous allons examiner ensuite ce qu’il en est pour les différents types de procédures, donc la
politique, que nous allons examiner selon les caractéristiques de son type, de son selon son énoncé, du
sujet, de ses figures, puis nous allons le faire pour l’art, l’amour et la science, de la même façon.
C’est une récapitulation, puisque c’est déjà selon ces considérations que nous avons spécifiés les types la
dernière fois.
le site
En ce qui concerne le site de la politique, nous avons convenu de dire qu’on pouvait l’appeler le
collectif. Je rappelle que collectif est déjà, non pas du tout une instance de la particularité communautaire
fermée, mais que le site est collectif signifie à la fois qu’il y a réquisition de la particularité comme telle,
et cette réquisition de la pluralité comme telle est une métonymie de la réquisition tous. L’horizon de la
politique comme politique est qu’elle a valeur pour tous. C’est en ce sens qu’elle est intrinsèquement
collective, ie que le site événementiel est toujours un site où s’expose le collectif.
En ce qui concerne l’art, le site est le sensible. Je rappelle que à chaque fois le site doit être pensé au
bord du vide. Pour le sensible, c’est le sensible qui est au point d’un rapport incertain entre forme et
informe. Le site de la création artistique est toujours au point où la question du sensible signifiant, du
sensible saisie selon sa forme, est au bord du vide, au bord de sa dissolution.
Pour l’amour, nous avons dit que le site est la différence. La différence des sexes, mais on peut soutenir
qu’il n’y en a pas d’autres. C’est démontrable. En réalité, la différence comme différence, dans
l’expérimentation qui a pour enjeu la différence comme telle, c’est la différence sexuée, il n’y en a pas
d’autre, elle est paradigmatique.
Pour la science, le site est la lettre, ou plus exactement la puissance de la lettre, y compris de sa
puissance matérielle.
Voilà pour le site.
l’énoncé
a) la politique
Ensuite nous avons tenté de caractériser ce qu’on pourrait appeler la forme abstraite ou générique de
l’énoncé détachable qui se constitue dans la rupture événementielle. Je les rappelle, et je les commente
brièvement :
Un énoncé de rupture politique, nous avons dit qu’il a deux caractéristiques majeures :
- la première, c’est qu’il fixe la puissance de l’Etat, au sens propre de mettre à distance dans une
détermination fixe. Au lieu que la puissance de l’Etat soit une espèce d’errance indéterminée qui saisit ou
s’empare de toute chose, on a une fixation, ou une détermination, ou une localisation de cette puissance
qui permet aussitôt un minimum de distance par rapport à elle. Une thèse fdtale, c’est que toute saisie par
la puissance de l’état est en réalité toujours une saisie par la puissance de l’indétermination. Dès qu’il y a
un point de détermination, en réalité s’établit une possibilité de distance.
Puisque l’état de la situation c’est l’ensemble des parties de la situation, qu’on notera ainsi : …, ça veut
dire que l’énoncé assigne à cette puissance une certaine valeur. L’ensemble des parties d’une situation
est assigné à un réel fixé. L’assignation de puissance ne requiert pas qu’on assigne cette puissance
comme telle. C’est une erreur de croire que toute rupture politique se fait au nom de la faiblesse relative
de l’Etat. De nombreux exemples montrent le contraire. Vous pouvez avoir l’initiation absolument en
rupture d’un processus politique dans un état des choses stable, puissant et parfaitement déterminé. C’est
la fixation qui permet la distance, et elle peut engager un processus très long si cette puissance est très
élevée. Elle peut éventuellement engager un processus plus court si la puissance est de bas niveau. Ça
dépend des singularités. Si vous avez une rupture événementielle qui est dans une logique
insurrectionnelle, c’est qu’elle fixe la puissance de l’Etat à un bas niveau, ie qu’elle pense que d’un seul
coup on peut le renverser. Vous la déterminez comme faible. Par contre, si vous avez l’idée que la
rupture engage un processus qui est très long, vous fixez la puissance de l’Etat à un niveau élevé.
L’important est qu’elle soit fixée, qu’un minimum de distance soit praticable. C’est la 1ère composante de
la maxime.
- le 2ème, je l’avais noté x > i pour tout i, c’est ce qu’on appellera la maxime égalitaire de toute politique
véritable. Pour tout x, x doit être supposé capable de plus que son identification. La maxime égalitaire
n’est pas une maxime creuse, qui dit que tout est égal à tout à ce moment là, elle serait alors formelle.
Elle part d’une identification moyenne circulante, prodiguée par l’Etat, et elle affirme que tous sont
capables de plus que ce dont on dit qu’ils sont capables. Pour tous, il est vrai qu’il y a plus de possibilité
que ce que leur identification socio-politique déclare. x > i : x est toujours en excès sur son identification
moyenne. C’est ça que proclame l’énoncé politique en même temps qu’il fixe la distance de l’Etat.
Voilà dans le cas de la politique.
b) l’art
Dans le cas de l’art, une mutation artistique, en gros, consiste à dire que ce qui était reçu comme
informe est susceptible d’être une forme. Ce qui était précisément dans la lisière de la forme et de
l’informe, et dans le site l’organisation artistique du sensible, ce qui était délimité comme l’informe,
l’énoncé affirme que cela peut / va accéder à la forme.
Nous l’avions formalisé ainsi : non f f . Ce qui dans l’espace réglé de la situation est exclu de la forme,
doit et peut être tenu (sous condition) comme une forme. Tout est énoncé créateur artistique annonce
quelque chose de cet ordre. Il annonce que ce qui n’était pas reçu comme organisation signifiant du
sensible produisant du sens et produisant de la vérité peut entrer dans cette production. C’est une bascule
de l’informe à la forme.
c) l’amour
En ce qui concerne l’énoncé de l’amour, l’amour part d’une disjonction, d’un non rapport : il part du fait
que x et y mis en relation, saisis comme rapport, sont incompatibles. C’est l’expression du rapport du
non rapport, le rapport de ce qui n’a pas de rapport, noté ici incompatibilité. Le rapport de ce qui n’a pas
rapport implique qu’il existe quelque chose, qu’on appellera l’amour précisément, qui a puissance
supérieure à… Ceci se lit : l’amour comme rapport de ce dont il n’y a pas rapport produit / implique qu’il
existe un terme tel que lui est en rapport avec l’amour. L’amour va fonctionner comme tiers terme dans
le non rapport tel qu’il est dans le non rapporté. Il existe l’amour tel que sa puissance sur x et sur y est
attestée, alors même que, inauguralement, ce qu’on met en rapport ne soutient aucun rapport.
Vous voyez comment ceci porte sur la question de la différence : là on a en réalité quelque chose comme
une disjonction stricte, et ici on a quelque chose comme une conjonction disjonctive, mais au prix
qu’existe un 3ème terme. Ceci ne met pas directement en rapport x et y, mais pose l’existence d’un terme
qui a un rapport de puissance aux 2. ça se dira aussi : si le non rapport est rapporté, alors il existe quelque
chose qui a puissance sur les termes non rapportés. C’est cette chose là qu’on appellera l’amour, qui est
une production.
d) la science
En ce qui concerne la puissance la lettre, nous avions donné un exemple, les irrationnels. Au point où
quelque chose n’est pas littéralisable, vient une puissance de littéralisation.
Voilà la structure formelle qui permet d’identifier typologiquement, en termes d’énoncés, sur la base de
la levée d’un site événementiel, les 4 types de procédures.
le nom en sujet
Nous passons maintenant à leur nom en sujet.
a) politique
Le nom en sujet dans le cas de la procédure politique s’appellera organisation. On prendra le terme le
plus neutre, le plus générique. Car là aussi, la singularité politique traite ce point de manière diversifiée :
il y a des séquences où ça peut être parti, ou des séquences où c’est association libre… C’est le collectif
relevé comme sujet, dans la possibilité du traitement des conséquences d’énoncés de ce type : c’est une
organisation.
b) art
En ce qui concerne l’art nous l’appellerons une œuvre. Il n’y a pas grand chose à dire, je reprends le nom
le plus courant. Mais il faut noter que ce qu’on appelle sujet, c’est l’œuvre et pas l’auteur. Ce qui a
puissance de sujet dans la procédure artistique, c’est l’œuvre. L’auteur il en est au mieux le corps
inexplicite, il en est en position de déchet, insignifiante. Moins on le connaît mieux c’est. C’est pour ça
que Homère est formidable : là au moins on a l’Iliade et l’Odyssée, et on sait que c’est ça qui a
fonctionné subjectivement dans l’espace grec, et pas Homère qu’on a collé dessus. Le sujet est l’œuvre et
pas l’auteur, c’est une évidence, c’est une chose qui n’est surprenante que de prime abord. L’élément
sujet est purement psychologisé si on l’appelle auteur. Si on prend sujet au sens de qu’est-ce qui fait sujet
dans la procédure artistique, c’est l’œuvre.
c) l’amour
En ce qui concerne l’amour, j’avais fait part de mes hésitations considérables, mais sauf si vous avez
trouvé mieux là-dessus, j’avais dit que c’était le couple. Il faut nommer un sujet qui ait affaire à la
différence comme telle, qui ait affaire au 2. L’important de ce que désigne couple, c’est que le sujet n’est
pas le sujet aimant ou le sujet aimé. Ce n’est pas un des 2. Si vous dites que c’est un des 2, ça veut dire il
y a deux sujets, et si vous dites qu’il y a deux sujets dans l’amour, vous revenez à la thèse que l’amour
est un rapport, qu’il est l’un de ce 2. La seule solution, c’est que l’amour est production d’un sujet, et que
le sujet est produit par l’amour, c’est ce sujet que nous appelons couple. Ce couple combine ou s’étaye
sur deux corps. Il y a bien deux corps, mais nous savons très bien que corps, c’est une place pour le sujet.
Couple, peut être dans ses ingrédients constitutifs suppose deux corps, mais c’est un sujet, c’est le sujet
de la procédure amoureuse, au sens où on dira : quel bel amour ! De qui on fait l’éloge ? On fait bien
l’éloge d’un sujet, mais ce sujet n’est pas l’un + l’autre, c’est ce qui apparaît là, ce qui vient à exister
comme ayant puissance sur l’un et l’autre. On appellera ça un couple. Si vous voulez, c’est la puissance
de a sur x et y, puissance différenciée, mais qui tient cette différence dans l’existence de la nouveauté de
l’amour.
d) science
En ce qui concerne la science, nous avons convenu de l’appeler un résultat ça subsume un théorème, une
loi, un dispositif, une expérimentation - peu importe. C’est ça qui est sujet de la science. Ce qui fait sujet
de la science, ce n’est pas Pythagore, c’est le théorème de Pythagore. Je reprends l’analogie avec l’art.
Pythagore est comme Homère dans cette affaire, à peu près. Par contre, le résultat demeure comme figure
qui fait processus, qui fait sujet, dans le déploiement d’une vérité scientifique.
le nom de la vérité
Maintenant on prend le nom synthétique, le nom de la vérité dans la supposition de son achèvement.
a) politique
Pour la vérité politique, on dira que c’est un mode ou une séquence : la politique existe comme toute
chose de façon finie et séquentielle, intérieurement infinie et extérieurement finie. Il n’existe pas la
politique en général, mais des séquences politiques. Ça a un début et une fin, ça se sature de l’intérieur. Il
y a une relève événementielle.
b) l’art
En ce qui concerne l’art, j’ai proposé de l’appeler les configurations.
c) amour
En ce qui concerne l’amour j’ai proposé de l’appeler un amour. Je n’ai pas trouvé tellement mieux. C’est
autonyme.
d) science
En ce qui concerne la science, c’est une théorie.
Naturellement, le peuplement subjectif, ou la production ou l’engendrement de la vérité se fait selon les
catégories subjectives adéquates, qui elles-mêmes sont l’exploration de l’énoncé, lequel lui-même est la
relève événementielle du site. Donc nous avons là la caractérisation de la positivité de ce qui se passe
dans l’espace subjectif selon les différents types.
II les Figures Subjectives
La question qui se pose au-delà, sous le titre des figures, est de savoir si on peut aussi articuler tout cela
dans l’espace des figures subjectives différenciées. Je vous le rappelle, on peut finalement les prendre à
travers leurs opérations. C’est le plus d’accroche le plus significatif en termes de vérité. Il y a 4
opérations :
- la production
- la répétition
- l’occultation
- la résurrection
La production relève du type subjectif fidèle.
La répétition ___________________réactit.
L’occultation___________________obscur
La résurrection relève à nouveau du sujet fidèle mais dans une modalité qui réengage, qui est
resubjectivante.
Peut-on, y a-t-il lieu de nommer de désigner de façon particulière ce qui se passe entre les 4 opérations du
point de vue de la typologie différenciée ? Je passe vite car l’exploration détaillée de la chose prend un
tour un peu phénoménologique, et au fond on peut l’abandonner à quiconque pourvu qu’il soit guidé par
un système de nomination [chgt K7].
politique
C’est proprement l’espace de la production : énoncé, figure subjectives productive etc vérité produite. Ce
qui nous intéresse, c’est les autres figures.
a) figure réactive
On peut dire que la figure répétitive en politique, on peut l’appeler la réaction. Le mot réactif vient de
là, la classique disposition réactionnaire, ou actionnaire de la réaction.
b) figure obscure
La figure obscure, ie la figure proprement d’occultation, je pense qu’il faut l’assigner au traditionalisme
communautaire, sous toutes ses formes. J’y insiste, traditionalisme communautaire, tel qu’il est
réinventé dans les conditions de l’espace subjectif post-événementiel. Je ne l’appelle pas ainsi au sens
d’une puissance invariante de la tradition. Il va se revendiquer comme traditionnel, mais il essaie d’être
la figure contemporaine de cela, contemporaine de quoi ? contemporaine de la production.
Je reprends mon exemple : l’interprétation que je propose par exemple ici des intégrismes religieux,
exemple bien connu, n’est pas du tout que c’est un retour de la religion, quelque chose qui (on ne sait pas
bien pourquoi) la ferait brusquement ressortir dans son identité immémoriale. C’est une invention, c’est
un phénomène contemporain, très complexe, qui n’est nullement une simple résurgence du fonds
réactionnaire de l’humanité immuable. On dit : ça revient, mais rien de revient jamais. Le problème,
c’est : qu’est-ce qui se passe quand le traditionalisme communautaire intègre les données productives qui
fixent le présent ? La figure obscure fixe le présent. L’intégrisme, c’est quoi ? C’est est à mon avis la
forme obscure de l’énoncé Dieu est mort. C’est la forme intégriste, religieuse de quoi ? de ce que Dieu
n’est plus au présent. C’est contemporain, c’est post-nietzschéen, c’est pas une résurgence médiévale.
Aucun Moyen-Âge ne revient chez nous. C’est un bricolage contemporaine, simplement un bricolage
obscur, pris dans la figure obscure qui comme on sait mortifie le présent. Mais mortifier le présent est
une activité au présent. Tout ceci pour dire que c’est le nom historiquement le plus approprié, c’est sur le
sol du traditionalisme communautaire que la figure obscure du sujet politique est la plus déployée
aujourd’hui, mais entendons bien que traditionalisme communautaire veut dire constitution d’un présent
de la tradition et non pas effet inerte d’un retour de la tradition. Ce serait plus commode si c’était ça,
mais ça ne l’est pas. on a affaire à une invention, et la question de savoir si l’invention fidèle ou
productive est à la mesure de l’invention obscure.
c) figure de la résurrection
En ce qui concerne le protocole de résurrection, c’est la question au fond de qu’est-ce qui réapparaît en
politique ? qu’est-ce qu’on arrive à extraire alors que c’était obscurci ? Je pose que c’est les invariants
égalitaires. C’est toujours le mode sur lequel la maxime égalitaire, inhérente à toute proposition
politique, est venue à la fin des fins à s’enkyster ou s’enfouir dans sa forme obscure, et c’est ça qui est
remis à jour. L’histoire est scandée par des répétitions surprenantes de la maxime égalitaire, alors qu’elle
était apparemment ensevelie dans l’obscurité de l’histoire. Ce qui resurgit, ce qui est resubjectivé, ce sont
les invariantes égalitaires, implicites ou explicites dans toute proposition politique émancipatrice.
En figure, nous avons là le traditionalisme communautaire, et là les invariants égalitaires. Répétition,
occultation, résurrection.
l’art
a) figure réactive
En ce qui concerne l’art, la répétition, c’est le conservatisme, qui est en un sens la muséographie.
b) figure obscure
La forme obscure, nous l’avons déjà dit, c’est l’académisme. Entre académisme et traditionalisme, il y a
le problème des croisements de procédures.
c) figure de résurrection
Et puis la résurrection c’est le néoclassicisme : c’est intéressant de faire contraster académisme et
néoclassicisme. Néoclassicisme, c’est quand une figure académique supposée classique dans les
modalités académiques est réactivée et resubjectivée dans le dispositif artistique. Ça suppose qu’on
entend classicisme autrement que comme académisme. C’est une opération sur la langue. Mais il est
évident que quand on regarde de près ce que c’est que le néo-classicisme selon Ingres ou David, ou
même ce qu’est la période néoclassique soit de Picasso soit de Stravinsky, exemples très épars, on voit
bien que ce dont il s’agit, c’est de resubjectiver au plus près, dans les dessous de l’académisme, quelque
chose qui paraissait entièrement clos, entièrement fermé.
Entre parenthèse, c’est aussi pour ça qu’il n’y a pas de destin linéaire de la production artistique,
contrairement aux thèses selon lesquelles la production artistique irait dans un radicalisme inépuisable
vers une novation formelle indéfinie, ie la mise en forme d’une quantité constamment grandissante
d’informe antérieur. C’est la vision linéaire ou avant-gardiste, mais historiquement, ce n’est pas comme
ça que ça se passe. Il y a des résurrections : il y a des séquences créatrices et néoclassiques : vous
insisterez sur néo, sur résurrection, ou surrection à nouveau de quelque chose enseveli ou enkysté dans la
forme mortifiante de l’académisme proprement dit.
Question : le Dieu des poètes passe par…
Réponse : la thématique poétique du retour des dieux est une thématique esthétique de la résurrection.
Pour se séparer en poésie de quelque chose comme une forme néoclassique, il faut cesser de faire revenir
les dieux. Que les poètes aient des difficultés à se passer de l’horizon selon lequel quelque part le Dieu
reste en retrait, ça j’en suis persuadé. Qu’est-ce qu’une poésie entièrement extirpée de ce que tu
appellerais la figure néoclassique, qui est de laisser entrevoir la possibilité de résurrection du Dieu retiré,
les expérimentations poétiques contemporaines gravitent autour de ça. Je ne prends pas néoclassique
négativement. J’essaie d’accorder un statut positif et inéluctable au néoclassique, en constituant une
histoire ramifiée, avec des bifurcations, et pas une histoire homogène et linéaire. Vous pouvez vous-
mêmes prendre ces noms et les faire travailler. C’est une toile d’araignée concevable.
Petite incise : je pense que la question du néoclassicisme est extrêmement importante aujourd’hui. Il faut
en avoir une certaine théorie, parce que mon hypothèse est que nous entrons dans une période
néoclassique. C’est pour ça que je m’intéresse à cette question. Ma prophétie, sur la question des arts,
c’est que ce qui tremble, ce qui se cherche, ou essaie de prendre figure, va se constituer ou s’est
partiellement constitué comme figure néoclassique. Tout le point est de savoir quel est le degré de
puissance résurrectionnel de cette instance. Il est vrai qu’il y a des moments où entre néoclassicisme et
académisme, il y a quelque chose de quasi-indécidable, ce qui donne lieu à des batailles esthétiques
considérables. Mais à voir ce qui se passe en peinture, en musique, en littérature et encore plus peut-être
au cinéma, il y a une hypothèse néoclassique qui travaille aujourd’hui. Je ne pense pas qu’il faille
immédiatement dire, partant d’un point de vue productif issu de la séquence antérieure, que ces indices
néoclassiques sont par eux-mêmes des marques négatives. Chaque fois qu’il y a une période
néoclassiques, il y a des théoriciens qui s’engouffrent derrière pour matraquer que c’était mieux avant et
défendre l’académisme. C’est le péril de ce type de période : il y a l’ouverture de ce type de période, et il
y a l’activité particulière des tenants du sujet réactif. La résurrection est concomitante d’opérations qui
sont des opérations réactives. Et la mêlée est confuse. Mais je pense que c’est quand même une
hypothèse plus fiable que l’hypothèse selon laquelle on serait purement et simplement dans la
continuation linéaire des séquences ouvertes par le début du siècle dans l’ordre de l’art.
l’amour
a) figure réactive
En ce qui concerne l’amour, j’ai proposé d’appeler routine la figure du sujet réactif. Routine ça me paraît
bien convenir. Là encore, j’y insiste, tout couple est l’invention d’une routine. Routine c’est pas quelque
chose de préformé. La routine d’un couple est singulière, dont il est l’auteur plus ou moins génial. C’est
un point important et très intéressant : si on allait plus loin dans la phénoménologie des intrications
temporelles, on verrait que la routine est inéluctable car elle est une figure subjective de tout amour
singulier. Au fond, la vision des choses selon laquelle il y aurait l’inventivité qui sauve l’amour et la
routine de l’autre qui l’effondre n’est pas complètement fausse, mais elle n’est pas non plus
complètement vraie. Il y a une invention conjointe, qui en effet est une invention de l’amour comme
enquête infinie sur le monde du point de la différence mais il y a aussi une invention routinière dont
même certains écrivains ou artistes ont fait l’éloge, finalement. Les vieux couples routiniers ! Il y a un
bonheur de la routine. Qui est à sa manière un bonheur amoureux. Maintenant, comme on est dans le
monde des battants et des actants, il faut y aller toujours etc… Mais le repos ! Bien sûr, l’éloge de la
routine est toujours en partie gangrené par des postures réactionnaires, qu’il faut la paix des ménages et
l’amour c’est bon pour les jeunes. C’est pas ce que je suis en train de dire. En tout cas, il ne faut pas
perdre le fil que la routine est dans l’espace subjectif. C’est une espèce de répétition qui structure le
présent dans un demi-passé, comme ça. N’oubliez pas que le sujet réactif est l’invention du passé.
S’agissant de l’amour, ça veut dire que la routine est l’invention du passé de l’amour. C’est pour ça que
c’est associé à l’image attendrissante du très vieux couple, qui peut-être ne fait plus gd chose de son
amour, mais qui l’existe, dans une espèce de porté passif, mais qui demeure inventif à sa manière. Ils ont
basculé presque entièrement dans le passé, mais le passé a été inventé, il ne vient pas du dehors. Il faut
défendre aussi le charme de cela, ou en tout cas le fait que c’est une composante, ou un appui réel parfois
du développement ou du tramé de la différence dans sa figure amoureuse.
b) la figure obscure
Le sujet obscur, c’est la jalousie. C’est la volonté absolue que le corps soit explicite. C’est la volonté
qu’il n’y ait rien d’obscur que tout soit exposé, que tout soit clair. C’est ça l’obscurité ! le contenu
effectif de la jalousie morbide. C’est sa face ténébreuse. Le contenu est que la volonté que tout soit clair
dit, que soit exposé, que tout soit dit, la moindre trace de non dit soit traquée comme étant l’absolue
menace sur l’essence de ce qui se passe. Cette volonté d’explicitation absolue bloque le processus. ça
dénie le présent comme production : il y a un espèce de ressassement hargneux et mortifère (mortifère au
sens strict : n’oublions pas que l’amour est une procédure de vérité assez sanglante). On dit toujours que
la politique est meurtrière, oui, elle l’est. Il faut prendre en compte l’échelle des choses : c’est la
réquisition de tous : ce tous, quand il est exposé à la tragédie, l’est de façon extraordinaire. Mais
l’amour, pris à son échelle, est une procédure terriblement meurtrière. Le sujet obscur est un sujet très
actif. Ça concerne deux personnes, mais si l’une tue l’autre, la moitié meurt ! Or comme vous le savez, ça
arrive.
c) la figure de résurrection
Et alors la figure de résurrection, c’est une hypothèse optimiste mais vérifiée : en amour, la refondation
est possible. Il y a des résurrections amoureuses, ça existe. La thèse selon laquelle il commence très fort,
ensuite descend, et ensuite est au mieux une routine et au pire un désastre, est erronée, temporellement
erronée. Il y a un processus ramifié, complexe, dans lequel le système des figures s’imbrique, s’entrelace,
se fait et se défait. La résurrection existe, et a donné lieux à des œuvres d’art : les retrouvailles, la 2nde
rencontre, qui illustre et donne en subjectivité ce qu’est la figure de la résurrection.
la science
a) figure réactive
Enfin dans les sciences la figure réactive est le pédagogisme : invention des figures particulières de
transmission répétitive, de mise au passé, de ce qui existe comme invention.
b) figure obscure
L’occultation c’est l’obscurantisme.
c) figure de résurrection
La résurrection, en hommage à une période historique mais en un sens plus général, je propose de
l’appeler renaissance. Il y a des renaissances.

Nous avons achevé le tableau.


III Regroupements possibles

Je voudrais le commenter en termes de regroupement. Qu’est-ce qui se ressemble ? Est-ce que les
différents types subjectifs, les différentes procédures, à les voir ainsi, épinglés dans leurs caractéristiques
formelles, qu’est-ce qu’on peut en dire ?
1er regroupement
Il y a un 1er regroupement, manifeste, qui est de regrouper d’un côté la science et l’art, et de l’autre
l’amour et la politique.
a) science et art
Pourquoi ? Parce que science et art, ça pivote sur la question de la négation : regardez les formules,
elles sont quasiment parallèles. L’énoncé pivote sur la question de la négation et par conséquencet aussi
sur la nouveauté. Un énoncé scientifique est nouveau, un énoncé artistique même classique est pris dans
une subjectivité novatrice.
Pivoter sur la négation veut dire que c’est immédiatement pris dans la question du réel comme
impossible. Science et art, ça traite le réel comme impossible
- soit dans la modalité de la forme
- soit dans la modalité de la littéralisation
Ce n’était pas possible d’exercer la puissance de la lettre, ou de tenir cela pour une forme. Eh bien, si
c’est possible. Science et art sont lisibles ou intelligibles dans la modalité du traitement subjectif de
traitement du point de réel de la situation antérieure comme impossible. C’est donné dans la négation. Il
faudrait ici faire une théorie de la négation, elle est convoquée, appelée par la question de la science et
l’art.
On remarquera que dans le Qu’est-ce que la philosophie de Deleuze, les deux types de pensées qui ne
sont pas la philosophie, c’est ça, science et art. Parce que là, la figure productive est immédiatement
lisible comme figure créatrice. Création de l’œuvre, création de résultats, là il y a une coextensivité entre
l’élément de la pensée et de la création : c’est visible dans le fait que c’est un franchissement de
négation, c’est une positivation de négation, la science et l’art (du point de vue de leur formule). Ça
affirme là même où c’était nié. C’est pas une double négation. Ça affirme là où c’était nié.
b) amour et politique
De l’autre côté, amour et politique. Ça pivote sur les quantificateurs : universel pour la politique,
existentiel pour l’amour. Pour tout x, x > i, ou Il existe a. on a fait le tour des quantificateurs avec
l’amour et la politique. Amour : quelque chose vient à exister qui, et la politique c’est : quelque chose
doit être tel que pour tous.
C’est un rapprochement formel, mais très important, qui est que art et politique sont les procédures de
vérité ou des constitutions de sujets qui sont des affirmations au point de la négation, et puis politique et
amour c’est la mise en scène des quantificateurs, existentiel pour l’amour, universel pour la politique.
C’est des regroupements qui ont une longue tradition, y compris dans leur maniement disjonctif (art
science, et politique amour). Ils ont une tradition d’être connectés et d’être disconnecté. Par exemple,
l’opposition de la lettre scientifique au sensible artistique est philosophiquement inaugurale. Nous
voyons bien que science et art, c’est la même chose, parce que ça traite de l’affirmation au point de
négation, mais c’est immédiatement pas la même chose aussi : ça va être diamétralement opposé, car
c’est la même formule. On va dire que la lettre scientifique est autre chose, et même l’opposé du sensible
artistique. La lettre, c’est le sensible soustrait à lui-même, le sensible en tant que soustrait au sensible,
c’est le sensible insensible. Les stoïciens appelaient ça les incorporels. Remontons à Platon : l’incorporel
de la lettre doit absolument prévaloir sur le sensible signifiant. Mais en même temps, ça les couple
absolument [chgt K7]
… combinaisons différentes, mais qui donnent à penser autrement.
Un exemple fondamental, sur lequel je vais être court (car il est complexe dans son examen) est le
suivant : une procédure subjective, nous allons l’identifier comme une pensée. Qu’est-ce qu’une pensée ?
Philosophie exclue. Comme Hegel le disait, la philosophie, elle vient après, quand tout a déjà eu lieu. Le
problème est le suivant : la science est une pensée, l’art est une pensée, la politique est une pensée,
l’amour est une pensée, ce sont des types de pensée événementielle, créatrice, qui font surgir le nouveau,
il y a un point que nous n’avons pas déterminé, et qui est le suivant : dans quelle mesure les procédures
sont-elles la pensée de la pensée qu’elles sont ? C’est un autre problème, que nous avons laissé de côté.
Dire la science est une pensée, c’est dire qu’elle constitue un sujet, et qu’elle le constitue dans des
conditions telles qu’il y a eu production inventive de ce sujet, mais y a-t-il une identification intérieure à
la procédure de ce que la procédure est une pensée. on appellera ça le problème de la pensée de la
pensée. Ce n’est pas un problème de réflexion mais un problème d’identification : est-ce qu’une pensée
s’identifie comme pensée ? ça n’a aucune évidence : elle peut procéder comme pensée sans s’identifier
comme pensée. Nous n’avons pas à notre disposition un sujet conscient de type cartésien. Organisation,
œuvre, couple, résultat : tout sauf conscience ! On peut donc interroger chaque type de procédure, au
regard de la question suivante : est-ce qu’il y a une identification intérieure à la procédure de la pensée
qu’est cette procédure. Si on pose cette question, que je n’examine pas techniquement, on voit apparaître
des regroupements différents des regroupements précédents. Il y a deux procédures qui sont aptes à être
la pensée de la pensée qu’elles sont, et c’est l’art et la politique. Art et politique sont en état d’être
pensée de la pensée en laquelle elles procèdent. Pourquoi ? Esquissons le raisonnement.
2ème regroupement
a) l’art
S’agissant de l’art, tout simplement car il doit proposer lui-même l’intelligibilité de la forme sensible
qu’il propose. Il doit indiquer en lui-même, et par lui-même, que la forme sensible est une pensée, qu’elle
est intelligible. Il doit convoquer celui qui regarde, qui entend etc… il doit le convoquer à ce mouvement
par lequel justement il va identifier dans le sensible signifiant quel qu’il soit la figure d’une pensée, à
travers le passage de l’informe à la forme.
Comment ça se fait ? Mallarmé l’avait dit, mais d’autres l’ont dit : toute œuvre d’art est astreinte à
proposer une énigme. Il y a une matrice énigmatique de l’art. Pourquoi il y a une énigme ? Pas parce que
l’artiste veut faire le malin ! Mais parce que la forme de l’énigme est tout simplement la forme d’accès
actif à l’intelligible du sensible lui-même. Donc toute œuvre d’art propose une énigme. J’en suis
profondément convaincu. Je dirais même qu’il y a quelque chose de l’essence de l’art qui tient de
l’agencement de l’énigme. Sans l’énigme, nous serions comme des butors devant un sensible. L’énigme,
c’est ce par quoi nous sommes conviés à entrer dans ce qui se présente, même si c’est une simple surface.
A entrer où ? Dans le fait sujet qu’il s’agit justement d’un sujet. Si on pense que l’oeuvre d’art est un
sujet, j’appelle énigme ce qui se propose de la considérer comme telle, ie comme un sujet, et non pas
comme un objet, justement. Donc ce que j’appelle ici énigme, c’est le mode propre sur lequel ce qui
pourrait n’être qu’objet se propose comme sujet. Vous savez très bien que l’énigme de l’œuvre d’art est
telle qu’il n’y en a jamais le dernier mot. Il faut toujours recommencer par passer par l’énigme. Ça
suppose que l’œuvre d’art par elle-même soit pensée de la pensée qu’elle est. Sinon la notion même
d’énigme n’a aucun sens. La raison pour laquelle l’œuvre d’art dispose toujours la pensée qu’elle est,
c’est que étant confronté à la menace de l’objectivité sensible pure, elle dispose l’énigme du sujet, du
sujet qu’elle est (pas d’un sujet qui est ailleurs), du sujet qu’elle est elle-même. ça a été dit sous la
forme : c’est pas vous qui regardez le tableau mais le tableau qui vous regarde etc… Ou la théorie
mallarméenne de caractère énigmatique du poème comme nécessité pour le poème lui-même. C’est l’idée
fondamentale que ce qui garde l’œuvre d’être autre chose que l’objet qu’elle est, c’est l’énigme du sujet.
Cette énigme, le tracé de l’œuvre la dispose et la propose. En ce sens, l’art est toujours pensée de la
pensée qu’il est. Je soutiens que toute œuvre d’art est ne pensée et pensée de cette pensée, d’une manière
ou d’une autre.
b) politique
S’agissant de la politique, c’est pour une toute autre raison qu’elle est pensée de la pensée qu’elle est.
Elle est comptable du mode propre selon lequel fonctionne en elle l’universalité. Elle a affaire à
l’universel de façon intrinsèque : la politique, c’est toujours la proposition de ce qui est supposé avoir
pour tous, le tous est dans l’indétermination mais elle est pour tous. Or, ses énoncés ou ses propositions
sont toujours locales, particulières : elle est en situation, en un point quelque part dans la situation et
donc elle est confrontée à un rapport spécifique entre le local et le global. C’est propre à la politique
comme pensée. Elle est toujours confrontée à la question du rapport local global. Comment quelque
chose qui vaut localement peut valoir globalement ? Est-ce que ça peut s’étendre ? Est-ce que ça peut
valoir pour tous alors que c’est pour quelques uns ? Ce sont des complexes, et des questions majeures.
Elle doit disposer sa pensée dans le local et la pensée de sa pensée dans le global. Il y a toujours ce
mouvement inéluctable. La pensée qu’elle est, elle l’effectue localement, mais elle ne l’effectuerait pas
politiquement si elle ne référait pas la pensée qu’elle effectue à une identification globale de cette
pensée. ça prend des tas de formes. Même la politique basse ! Si par exemple vous promettez qu’on va
détaxer tous les propriétaires de stylos en or, vous serez obligé d’expliquer pourquoi ça sert le pays, ou
alors de le faire en douce (de façon purement étatique et non politique). Vous serez obligés de dire : je
fais ça, je pense que c’est ce qu’il faut faire. Vous serez aussi obligés de dire comment vous pensez que
c’est ça qu’il faut penser. C’est une exigence incontournable de la politique, liée à son pour tous.
Du côté de l’art, le rapport entre pensée et pensée de la pensée, qui passe par l’énigme, vient de ce qu’il
faut identifier le sujet là où il y a pure menace de l’objet
Du côté de la politique, le fait qu’il faille identifier la pensée vient du rapport très particulier que la
politique entretient au rapport entre localisation de la pratique et globalisation de sa destination.
Voilà pourquoi art et politique sont conjointement pensée et identification d’une certaine forme de la
pensée de la pensée qu’ils sont.

Par contre, il n’en va pas de même de la science et de l’amour. Ils ne sont pas convoqués à être pensée de
la pensée qu’ils sont.
c) la science
La science st captive de son effectuation. Ça ne veut pas dire qu’elle n’est pas une pensée : c’est une
pensée extrêmement puissante. Je ne suis pas en train d’en dire du mal. C’est peut-être une entrave que
d’être pensée de la pensée. Au jour d’aujourd’hui, les succès de la science sont plus manifestes que ceux
de la politique. Ça n’aide pas forcément, d’être astreint en même temps pensée et pensée de cette pensée.
La tension dans l’art est manifeste. C’est pas un jgt valeur. La science peut être à même son effectuation,
à même la résolution de son problème, sans avoir identifié l’espace réel de pensée dans lequel ceci
fonctionne. De là que les scientifiques ont par ailleurs des hypothèses philosophiques sur ce qu’ils sont
en train de faire, qui souvent ne valent pas gd chose (en particulier les physiciens). Car l’identification en
pensée n’est pas nécessaire. Mais l’effectuation de la pensée à une vigueur particulièrement sévère
d) l’amour
Du côté de l’amour, c’est encore un autre problème : c’est à vrai dire que son sujet n’est pas thématique :
le couple. Il est toujours en perspective de fuite par rapport à ce qui est en train de se faire. Au fond, dans
l’amour, on peut vraiment dire que le service du sujet est entièrement aveugle. Le point est que la
puissance de a s’affirme au regard de x et de y en tant que non rapportée. L’amour est absolument
incapable, lui, d’identifier la pensée qu’il est. La preuve, c’est qu’il s’identifie comme tout sauf comme
une pensée. Les seuls qui font tentative réelle pour identifier l’amour comme pensée, en dehors des
philosophes, qui font un peu tout, c’est les artistes, et notamment des écrivains. Ils ont tenté d’entrer dans
cette construction singulière de l’amour comme pensée. Une bonne partie de la pensée de l’amour
comme pensée est artistique, pas amoureuse. C’est identifié comme tout sauf une pensée : un vécu, une
épreuve, un sentiment, comme n’importe quoi. Comme un espèce d’artisanat furieux (expression
surréaliste). Ça convient assez bien à l’amour tel qu’il s’identifie lui-même ! Mais non, c’est une pensée,
qui ne s’identifie que très loin d’elle-même.
Et alors finalement là, vous auriez un 2ème type de regroupement.
Le 1er regroupement, sur la logique formelle de l’énoncé, c’était science et art d’un côté et de l’autre
amour et politique. Il a une grande tradition.
Celui qu’on fait rapproche art et politique d’un côté, et science et amour de l’autre.
Si on en tirait des formules prématurées, on dirait dans une 1ère formule, que je crois défendable, somme
toute la politique est plutôt un art qu’une science, je crois que c’est vrai. Et la 2ème est beaucoup plus
tangente : l’amour est plus une science qu’une politique. Aveugle comme la science, prise dans son
effectuation, et assez peu capable de maîtriser le rapport du local au global, assez pris dans sa séquence.
Ce qui n’empêche pas un optimisme de la refondation, mais c’est toujours terriblement hasardeux.
3ème regroupement

Il y a un 3ème type de regroupement


1er regroupement : art science d’un côté, politique amour de l’autre
2ème regroupement : art et politique d’un côté la science et l’amour de l’autre
Il y a un 3ème critère : quelles procédures sont presque obligatoirement croisées, quelles procédures
rencontrent presque inéluctablement une autre procédure ?
Parenthèse : cette question de ce que j’appelle les réseaux subjectifs, ie le moment où il y a des
imbrications d’espace, nous ne l’avons pas traitée du tout. Ça ne veut pas dire qu’elle n’existe pas. ça
pose des problème de topologie subjective considérable la question de savoir qu’est-ce que c’est que le
nouage de deux espaces subjectifs liés à des événements incommensurables mais qui peuvent tomber sur
les mêmes corps. Quelles sont les trajectoires ? comment ça se noue, ça se croise ou se décroise ? C’est
une question d’autant plus piégée que c’est la matière première des biographes. Exemple :
Chateaubriand, grand écrivain, procédure artistique. S’il n’avait pas écrit les MOT, on ne saurait plus qui
il est. Puis on va étudier ses amours, Mme de Récamier etc… Puis on va prendre en compte ses
engagements politiques. Le biographe va dire : je tiens le bon bout car je tiens tout ensemble, les MOT,
Mme de Récamier et Louis 18, et ce que je tiens là ensemble, je l’appelle Chateaubriand : lisez moi !
Cette question est une question réelle : il est vrai que ce qui est nommé Chateaubriand, on peut y entrer
par ces 3 voies. Nous on dira quoi ? Il y a plusieurs choses qui sont tombées sur un même corps. ce qui
serait intéressant serait de savoir si et comment ça fonctionne en réseau, du point de vue des procédures.
Comment ça se croise ? Le biographe met tout ensemble et dit c’est Chateaubriand. Une biographie est
une tautologie. Si on veut traiter le problème de manière non tautologique, il faut une théorie du
croisement, du réseau : il faut se demander qu’est-ce qu’une concaténation d’énoncés, des espaces qui se
feuillettent, comment on peut être le corps d’une figure réactive quelque part et le corps d’une figure
productive ailleurs ? C’est des choses de cet ordre. On va trouver quoi ? c’est une dissémination, un
remembrement. Chateaubriand est un corps morcelé selon des logiques disparates, et il faut trouver des
logiques du nœud. On peut simplement dire ceci pour aujourd’hui : c’est il y a des croisements
canoniques, des nœuds canoniques.
a) politique et science
Il y a un nœud canonique de la politique et de la science. Pour quelle raison ? pour la raison que toute
politique a affaire avec une théorie analytique de son site. Toute politique est au regard de l’état de la
situation, et c’est dans son champ. Il y a même, comme on sait, des marxistes qui ont poussé la thèse
jusqu’à dire que la politique se déduisait de la science, c’est dire à quel point ce nœud a pu être puissant.
Certains marxistes laissaient croire que l’analyse scientifique de la situation concrète prescrivait l’action
politique. Vous aviez une transitivité de la politique à la science. C’est un cas extrême. En réalité il y a
bien croisement entre les deux : car il y a une part analytique irréductible, qui est la nomination de la
situation. Ça parce que la politique à affaire à l’Etat, elle doit fixer l’état, elle doit le mettre à distance, et
donc elle a affaire à l’état de la situation de manière intrinsèque. D’où des rapports originaires entre la
politique et la science. Je citais le marxisme, mais c’est aussi bien le projet de Platon, le projet
philosophique, comme symptôme, c’est bien de construire une politique homogène à la science. Une
politique épistémique : ça hante la pensée depuis toujours. Il y a un croissement canonique politique /
science pour la raison qu’on vient de dire, dont la théorie est compliquée.
b) art et amour
Et puis il y a un croisement canonique de l’art de l’amour, aussi ancien que l’autre. Parce que dans
l’amour, il y a une question organique de la visibilité des corps. Qu’est-ce que c’est que le corps
épiphanique ? Cette question du corps épiphanique est en partage avec l’art. J’ai déjà eu l’occasion de
dire souvent que la pensée de la pensée qu’est l’amour est plus artistique qu’amoureuse, mais de façon
générale, il y a un croisement art / amour autour de la visibilité du corps. Qu’est-ce que c’est que le corps
visible tel qu’il soit aussi et en même temps l’énigme du désir ? C’est une formule presque artistique
déjà. C’est le sujet favori des peintres : qu'est-ce que le peintre peint, même lorsqu’il peint une bouteille
ou un triangle ? Il peint le corps épiphanique. ça a été pendant longtemps la femme nue, quand même le
sujet pictural le plus abondant [chgt K7] la question de qu’est-ce que le corps épiphanique de telle sorte
que l’énigme du désir y est patente, est une question fondamentale dans l’art et fondamentale dans
l’amour aussi. Il y a un croisement entre l’art et l’amour. Qui fait que tout un chacun pense qu’un amour
est quelque chose comme une esthétisation de l’existence. Ce que disent les chansons : La vie est plus
belle quand on s’aime. C’est vrai, mais obscur : c’est vrai car il y a en effet quelque chose comme un
croisement canonique de l’art et de l’amour.
Nous aurions aussi ce 3ème regroupement, du point de vue des réseaux, qui mettrait d’un côté politique et
science, et de l’autre art et amour. Ça épuiserait la combinatoire des types et crée quantité de type
d’investigation : théorie des réseaux, théorie des conjonctions et des disjonctions et la théorie de la
pensée de la pensée, que nous ne faisons qu’effleurer.
IV l’éthique
Je voudrais seulement ouvrir l’ultime question que nous nous étions fixée comme programme, qui était la
question de l’éthique des vérités, à partir d’une question simple : quelle est l’étendue de pouvoir d’une
vérité ? quel est son champ de puissance ? Nous en avons donné le principe, le type, mais quelle est son
champ de puissance ? Finalement, à quoi les figures subjectives peuvent-elles prétendre ? c’est ça le lieu
de la question éthique. Je vais vraiment juste donner un squelette, et en plus à toute vitesse.
Il faut revenir à un point antérieur, qui est que : je vous rappelle que le champ de puissance d’une vérité,
nous l’avions examiné, à la lumière de la question : qu’est-ce qu’une vérité change dans la situation ? Il y
a un événement, il y a un surgir, il y a l’ouverture d’un espace subjectif, il y a des figures actives ou
réactives qui peuplent cet espace, mais qu’est-ce que tout ça change dans la situation ? Quels sont les
effets de la surrection subjective et du travail du présent ? Qu’est-ce que l’instauration d’un nouveau
présent transforme ? Je rappelle que nous avions désigné 4 effets, ou 4 manières de penser l’effet :
- un effet de sillage, d’entraînement : c’est au fond la manière dont les termes de la situation sont
connectés à l’énoncé événementiel ou à l’événement. L’énonciation, qu’est-ce qu’elle fait bouger du
point de vue de la proximité ou de la non proximité des termes par rapport à l’énoncé ? C’est autre chose
que la production. C’est les sympathisants de la politique, les amateurs de l’art contemporain, ceux qui
peuvent comprendre au moment où elle se fait, les amis d’un couple, qui disent : c’est un bel amour.
- un effet logique, consécutif au fait qu’un énoncé qui était indécidable a été décidé. On avait appelé ça
modification du champ transcendantal. Il y a une autre logique.
- on avait dit un effet temporel : il y a un nouveau présent, est-ce qu’on est pour ou contre ce présent ?
- un effet matériel, qui est qu’il y a production de nouveaux corps, qui viennent au dessus de la barre.
Essayez de l’imaginer abstraitement, comme une peinture abstraite : nouveau sillage, nouvelle logique, il
y a un présent auquel il faut opter et il y a apparition nouveaux corps.
Jusqu’où vont ces effets ? Est-ce qu’ils balayent toute la situation ? Est-ce que tout terme de la situation
est emporté dans un sillage, retemporalisé, incorporé dans un nouveau corps, transmuté logiquement ? La
thèse que je soutiens est que non, il n’y a jamais d’effet total.
Si on prend l’effet logique, on dira : il n’y a jamais transmutation de toutes les valeurs. Ça voudrait dire,
avec cette formule nietzschéenne, que le chgt de logique est complet. Eh bien non.
S’agissant du temps, on dira : c’est une erreur de dire du passé faisons table rase. Il n’y a jamais de table
rase du passé.
Sur l’effet matériel, on dira : il n’est pas vrai qu’il y aune incorporation absolue renouvelée. Autrement
dit, il n’y a pas d’incarnation générale.
Sur l’effet de sillage, on dira : il y a des gens immobiles. Des choses, des termes. Il y a de l’immobile.
Le point clé, une fois dit cela, qu’il n’y a pas d’effet total, c’est beaucoup plus rigoureux : on dira que
toute procédure de vérité détermine l’existence d'un point en réserve. Il y a toujours un point qui est en
réserve des effets de puissance d’une vérité. Ie qui n’est ni pris en sillage ni délogicisié ni retemporalisé,
ni réincorporé. On dira qu’il y a un point neutre, ça ouvrirait une théorie du neutre, très important en
philosophie contemporaine. Le point neutre, on peut le qualifier de 4 façons :
- il est immobile (par rapport à l’effet de vérité, ça n’a pas de sens en soi) : il n’est pas dans un effet de
sillage
- il est logiquement invarié : il ne change pas de valeur logique
- il est atemporel. Il n’est ni dans le présent ni dans le passé. Il n’est pas réactif, il n’est pas de ce temps.
Le sujet réactif et le sujet obscur sont de ce temps. Le neutre non, il est indifférent à ce présent institué
qu’a ouvert l’événement, mais il n’a pas d’action réactive : il est ineffectif quant au temps.
- il ne se laisse pas incorporer, il est inincorporable. Il n’entre dans la composition d’aucun corps.

Question : …
Réponse : Il s’agit de savoir de quelle procédure on parle. On dira que quand une procédure de vérité est
ouverte, il y a un point neutre, qui est le témoin indifférent de tout ça, ça peut être des gens, ou ça peut
autre chose. L’important, c’est que ça ait ces caractéristiques là. On peut montrer qu’il y a toujours un
point neutre, et qu’il n’y en a qu’un. Je ne peux pas esquisser la démonstration. Je peux en nommer
quelques uns :
- dans la procédure scientifique, le fait que la lettre obéisse à un principe de consistance, la consistance
de la lettre, n’entre pas dans des effets de vérité. Elle reste un point neutre au regard de ses effets. Les
effets de vérité ne permettront pas de rendre raison du caractère consistant des lettres où s’incorpore cette
vérité elle-même. Le théorème de Gödel est trop précis pour qu’on utilise comme image. Mais on dira !
la consistance de la science est le nœud neutre de l’effet de vérité scientifique lui-même. C’est
absolument là et absolument inaccessible aux effets de vérité eux-mêmes.
- en amour le sexe comme tel est neutre. J’avais dit la jouissance, je dis le sexe. Même pas la différence
sexuelle, mais le sexe comme tel. C’est exigible, c’est sûrement là, mais c’est le neutre de cette
procédure. Il n’y en aura pas vérité, déplacement, sillage, retemporalisation ni rien. c’est présent dans la
situation mais c’en est le neutre radical.

L’important est de penser qu’il y a ce neutre. De quoi neutre est-il le témoin ? Ultimement, le neutre, il
atteste soustractivement le réel d’une vérité tout entière. Il atteste de ne pas être d’aucun de ces effets que
cette vérité est bien cette vérité. C’est de n’être pas dans on emprise ou dans son effet que s’atteste la
singularité et en définitive l’efficace. Il ne se laisse pas forcer, ce point, et ne se laissant pas forcer, il
atteste, dans une fonction d’impossible, il atteste la singularité. Mais il atteste aussi autre chose, qui est
que c’est bien de la même situation qu’il s’agit. Le neutre, c’est la continuité. Il est le garant de ce que
c’est bien de cette situation, dans son être, que la vérité est vérité. Et donc il est ce qui garantit que, en
vérité, une vérité procède bien comme vérité d’un être qui en un certain sens est le même. Le même qu’il
y avait. Si l’efficacité de la vérité était totale, on serait dans l’hypothèse d’une constante recréation du
monde, ce qui est une thèse cartésienne : la création continuée. Seulement, dans le cas de Descartes, on a
un Dieu opérateur de cette relance chronique du monde. Si on est dans l’immanence, on est bien obligés
quand même de poser (c’est une manière de démontrer l’existence du neutre) qu’on n’est pas dans la
création continuée et que quelque chose toujours, quelle que soit l’étendue des novations, quelque chose
atteste l’indifférence du même, la neutralité de l’être, la continuité de la situation, en un point au moins.
Voilà pourquoi il y a le neutre.
Le neutre pose des tas de problème logico-ontologique que je vous épargne. Ce serait la 1ère série de
questions.

La question éthique, elle va se dire comment, au regard de ça ? Elle va toucher à la question de savoir
s’il y a une expérience du neutre ou pas. Ce serait la 2ème série de questions. Il y a deux types de
philosophies : celles qui posent l’existence du neutre, et celles qui posent qu’il n’y en a pas. Si vous
posez qu’il y a une expérience du neutre, vous posez qu’il y a une vérité de la vérité. C’est un court-
circuit mais vous pouvez le comprendre assez bien. Il y a des philosophies qui remontent loin, et des
configurations modernes, qui posent qu’il y a une expérience du neutre, qu’il y a une vérité de la vérité,
et que c’est ça la philosophie. Je pose comme axiome qu’il n’y a pas d’expérience du neutre, mutilant la
philosophie, lui portant un coup terrible (j’espère après la relever !). A mes yeux, c’est un axiome
éthique. Alors s’il n’y a pas d’expérience du neutre, il n’y en qu’un impératif. Il n’y aura pas
d’expérience du neutre, mais il y en aura un impératif. Un impératif non expérimenté, au sens strict qui
se dit : ne tente pas d’identifier le neutre. Ou de le forcer. Alors accordez-moi 5 minutes : vous voyez
bien que ce qui déroge cet impératif, ce qui ne se tient pas sous cet impératif, on va retrouver les
différentes manières d’y déroger :
- c’est vouloir que tout soit pris dans le sillage (le neutre va être identifiable dans le sillage). C’est ce
qu’on peut appeler l’effet de sommation : sommer tout un chacun d’être dans un effet de sillage, ou
comme tout d’être dans l’effet de sillage. Et qui n’est pas dans l’effet de sillage est suspect. C’est la thèse
il n’y a pas de neutre, de fait, en réalité.
- ou bien vouloir une modification logique complète, ie vouloir que toutes les valeurs logiques soient
bouleversées. C’est la transmutation des valeurs, ou ce que Nietzsche appelait casser en deux l’histoire
du monde : c’est changer absolument le champ transcendantal de l’apparaître. Chez Nietzsche,
l’apparaître, c’est l’être. Changer l’apparaître c’est changer la logique, et c’est en effet casser en deux
l’histoire du monde. Vous ne pouvez être dans l’impératif casser en deux l’histoire du monde que si vous
renoncez à l’impératif ne cherche pas à identifier le neutre
- ou alors c’est vouloir l’absoluité du présent : du passé faisons table rase, ie en réalité, quand vous ne
reconnaissez pas le neutre, vous prétendez détenir non pas seulement le présent, mais la présence du
présent en même temps. Exactement comme vous allez concevoir non seulement les effets de vérité mais
la vérité de la vérité. Vous pouvez sommez l’absoluité du présent et dans ce cas vous déneutraliser
radicalement le temps lui-même.
- ou bien c’est vouloir incorporation universelle, l’incarnation générale. Il y a beaucoup de variantes :
c’est l’homme nouveau, l’œuvre d’art totale. C’est des propos d’incorporation absolue dans des
procédures qui peuvent être très différentes. Mais c’est aussi la vision romantico-fusionnelle absolue de
l’amour, qui est : un seul corps.
Et donc c’est contre cela, ou au rebours de tout cela que l’éthique minimale se dira : ne cherche pas à
identifier le neutre. La conséquence en est qu’on reconnaît l’unicité du neutre et son irréductibilité, de
sorte que aucun de ces vouloirs ne peut être autre chose que désastreux. Est-ce que c’est le seul
impératif ? Non, si on a comme seul impératif ne tente pas d’identifier le neutre, ça peut être aussi bien
de se dégager de la vérité tout court, auquel cas neutre et non neutre s’indifférencient. Cet impératif est
nécessairement couplé à un autre, il y a deux impératifs et pas un seul.
L’autre impératif se dit : continuez la production de vérité. Continuez, mais continuez sous la conviction
qui est coextensive au continuez, de ne pas avoir à identifier le neutre. Ça, c’est une règle précise, en
dépit de son caractère abstrait. Continuez sans être dans le vouloir de l’identification du neutre : c’est une
règle de la continuation elle-même, une règle particulière de la continuation elle-même. On verrait que
quand vous dérogez à l’impératif, vous vous incorporez à une autre figure subjective, réactive ou
obscure. L’exemple le plus clair, c’est : qu’est-ce que c’est un jaloux ? La jalousie est la figure obscure
de l’amour, c’est qln qui veut identifier le sexe. De l’intérieur de l’amour, c’est qln qui veut identifier le
neutre. On pourrait montrer que la prescription éthique se dira : tiens la figure productive et ne
t’incorpore pas aux autres, mais l’incorporation aux autres ne va pas se donner abstraitement, elle se
donne comme je le dis là. Vouloir que tout soit dans le sillage, ou vouloir que la logique soit
complètement changée, etc… ie en définitive vouloir identifier le neutre. C’est pourquoi l’éthique se dit
en deux maximes très simples : continuez, sans identifier le neutre. C’est ça qui est la maxime de toute
éthique subjective productive.
Voilà, nous terminons là dessus !