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LE TOUR DE LA QUESTION

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LE TOUR DE LA QUESTION

Le Matérialisme Scientifique……………………….. Monologue d’un scientifique croyant……………… Entretien d’un philosophe chrétien

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et d’un philosophe Chinois…………………… 55 L’Unicité de Dieu…………………………………… 82 Entretien entre un Musulman et un Chrétien……. 87 Entretien entre Musulmans ……………………… 153 Vérité et Réalité…………………………………….. 174

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SCIENTISME - MATERIALISME Extraits de LES TROIS YEUX DE LA CONNAISSANCE

Les trois yeux de l'âme : Saint Bonaventure, enseignait que les hommes et les femmes possèdent au moins trois moyens d'accéder à la connaissance — « trois yeux », comme il disait : • l'œil de chair, par lequel nous percevons le monde extérieur de l'espace, du temps et des objets; • l'œil de raison, par lequel nous acquérons une connaissance de la philosophie, de la logique et du mental* lui-même; • et l'œil de contemplation, par lequel nous nous élevons jusqu'à une connaissance des réalités transcendantes. Saint Bonaventure ajoute que toute connaissance est une sorte d' illumination. • Il y a l'illumination extérieure et inférieure (lumen exterius et lumen interius), qui éclaire l'œil de chair et nous donne accès à la connaissance des objets tangibles. • Il y a la lumen interius, qui éclaire l'œil de raison et nous donne accès aux vérités philosophiques. • Et il y a la lumen superius, la lumière de l'Etre transcendant qui éclaire l'œil de contemplation et révèle une vérité salutaire, « une vérité qui mène à la libération ». Selon Saint Bonaventure, nous trouvons dans le monde extérieur un vestigium ou « « vestige » de Dieu » • l'œil de chair perçoit ce vestige (qui apparaît sous forme d'objets séparés dans l'espace et le temps). • En nous-mêmes, dans notre psyché — en particulier dans la « triple activité de l'âme » (mémoire, raison et volonté) — nous trouvons une imago de Dieu, laquelle nous est révélée par l'œil mental. • Enfin, grâce à l'œil de contemplation, éclairé par la lumen superius, nous accédons à l'ensemble du domaine transcendant, au-delà du sens et de la raison — à l'Ultime Divin, lui-même.

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4 Pour élargir les intuitions de Saint Bonaventure, nous, modernes, pourrions dire que : • l'œil de chair — le cogitatio, la lumen interius/exterius — participe du monde de l'expérience sensorielle commune, qu'il crée en partie et qu'il révèle en partie. C'est le « domaine grossier », celui de l'espace, du temps et de la matière (le subconscient). C'est le domaine partagé par tous ceux qui possèdent un œil de chair semblable. Ainsi, les humains partagent-ils, dans une certaine mesure, ce domaine avec d'autres animaux supérieurs (en particulier les mammifères), parce que les yeux de chair sont identiques chez tous. Si un être humain tend un morceau de viande à un chien, celui-ci réagira à la situation — ce qui ne sera pas le cas d'un minéral ou d'un végétal. (La viande n'existe pas pour l'organisme auquel fait défaut le mode de connaissance et de perception concerné : l'œil de chair.) Dans le domaine grossier, un objet n'est jamais A et non-A; il est soit A soit non-A. Une pierre n'est jamais un arbre; un arbre n'est jamais une montagne, une pierre n'est pas une autre pierre, etc. C'est l'intelligence sensorimotrice fondamentale — la constance objective — l'œil de chair. C'est l'œil empirique, l'œil de l'expérience sensorielle. (Je tiens à préciser d'emblée que j'emploie le terme « empirique » dans son sens philosophique : susceptible d'être décelé par les cinq sens humains ou leurs extensions.) • L'œil de raison, ou de façon plus générale, l'œil du mental — la meditatio, la lumen interius — participe du monde des idées, des images, de la logique et des concepts. C'est le domaine subtil (ou pour être plus précis, la partie inférieure du subtil, la seule que j'évoquerai ici). La pensée moderne a tendance à ne dépendre que de l'œil empirique, l'œil de chair, à tel point qu'il est important de se souvenir que l'œil mental ne peut être réduit à l'œil de chair. Le champ mental comprend mais transcende le champ sensoriel. L'œil du mental, quoique n'excluant pas l'œil de chair, s'élève bien au dessus de lui. Par l'imagination, il est capable de se représenter des objets sensoriels qui ne sont pas présents physiquement, et donc de transcender l'emprisonnement de la chair dans le monde exclusivement contemporain. Par la logique, il peut agir intérieurement sur des objets sensorimoteurs, et ainsi transcender les séquences motrices réelles. Par la volonté, il peut retarder les décharges instinctives et impulsives de la Matérialisme scientifique Positivisme

5 chair et donc transcender les aspects simplement animaux et subhumains de l'organisme. S'il est vrai que l'œil de raison dépende de l'œil de chair pour une partie importante de son information, il est également exact que tout le savoir mental n'émane pas exclusivement du savoir sensoriel, pas plus qu'il ne concerne uniquement des objets du plan charnel. Notre connaissance n'est pas entièrement empirique et sensorielle. « Selon les sensationnalistes [c'est-à-dire les empiristes] », dit Schuon, « toute connaissance trouve son origine dans l'expérience sensorielle [l'œil de chair]. Ils n'hésitent pas à affirmer que le savoir humain ne peut avoir accès à une connaissance supra-sensorielle et ils n'ont pas conscience du fait que le suprasensible peut faire l'objet d'une perception véritable et donc d'une expérience concrète. Schumacher a résumé la situation de manière exacte : « En bref, nous ne “ voyons ” pas uniquement avec nos yeux, mais encore avec une grande partie de notre équipement mental [l'œil de raison]... La lumière de l'intellect [la lumen interius] nous permet de distinguer des objets qui sont invisibles à nos sens corporels... La vérité des idées ne peut être vue par les sens. » Ainsi, les mathématiques sont-elles une connaissance non empirique ou une connaissance supra-empirique. Elles sont découvertes, éclairées et utilisées par l'œil de la raison, non par l'œil de chair. Ainsi, personne n'a jamais vu, avec l'œil de chair, la racine carrée d'un nombre négatif. C'est une entité trans-empirique, qui ne peut être appréhendée que par l'œil de raison. La majeure partie des mathématiques, ainsi que le dit Whitehead, est trans-empirique. Il en va de même de la logique. La vérité d'une déduction logique se fonde sur une cohérence interne — et non sur sa relation aux objets sensoriels. Ainsi : « Toutes les licornes sont mortelles. Tarnac est une licorne. Donc Tarnac est mortelle », serait un syllogisme logique correct. Ce raisonnement est irréprochable sur le plan de la logique pure; il est erroné ou dépourvu de valeur sur le plan empirique, pour la simple raison que nul n'a jamais vu de licorne. Les mathématiques, la logique — et plus encore, l'imagination, la compréhension conceptuelle, l'intuition psychologique, la créativité — sont des domaines dans le cadre desquels nous voyons avec l'œil de Matérialisme scientifique Positivisme

6 raison des objets qui ne sont pas perceptibles à l'œil de chair. Nous sommes donc en droit d'affirmer que le champ mental inclut mais transcende considérablement le champ sensoriel.

L'œil de contemplation est à l'œil de raison ce que l'œil de raison est à l'œil de chair. De même que la raison transcende la chair, la contemplation transcende la raison. De même que la raison ne peut être réduite à, ni dérivée de la connaissance sensorielle, la contemplation ne peut être réduite à, ni dérivée de, la raison. Si l'œil de raison est transempirique, l'œil de contemplation est transrationnel, trans-logique et trans-mental. « La gnose [l'œil de contemplation, la lumen superius] transcende le domaine mental et a fortiori le domaine des sentiments [le domaine sensoriel]. Cette transcendance résulte de la fonction “ supernaturellement naturelle ” de la [gnose], c'est-à-dire de la contemplation de l'Immuable, du Moi qui est Réalité, Conscience et Félicité.

Nous reviendrons tout au long de ce chapitre sur ces trois champs de connaissance différents. Pour l'instant, contentons-nous de supposer que tous les hommes et toutes les femmes possèdent un œil de chair, un œil de raison et un œil de contemplation; que chaque œil a ses propres objets de connaissance (sensoriels, mentaux et transcendantaux); qu'un œil supérieur ne peut être réduit à — ni expliqué par — un œil inférieur; que chaque œil est valable et utile dans son propre champ, mais commet une erreur dès qu'il essaie d'appréhender complètement des domaines supérieurs ou inférieurs. • Je m'efforcerai de démontrer, dans ce contexte, qu'un paradigme transcendantal et véritablement complet doit s'inspirer non seulement de l'œil de chair et de l'œil de raison, mais encore de l'œil de contemplation. Ceci implique qu'un paradigme nouveau et transcendantal — pour autant qu'il existe jamais — se trouverait dans une position des plus favorables, du fait qu'il serait en mesure de recourir aux — et d'intégrer les — trois yeux — grossier, subtil et causal. • Je m'emploierai aussi à montrer que, dans l'ensemble, la science empirico-analytique appartient à l'œil de chair, la philosophie et la psychologie phénoménologiques à l'œil de raison et la religion/méditation à l'œil de contemplation.

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Mais il est une difficulté et un risque majeurs qu'il convient d'aborder dans un premier temps; il s'agit de la tendance à l'erreur catégorielle, qui est l'usurpation par un œil des rôles des deux autres. Je commencerai par évoquer certaines erreurs catégorielles majeures commises par la religion, par la philosophie et par la science, puis je discuterai — à titre d'exemple — des erreurs catégorielles historiques ayant favorisé l'avènement du scientisme moderne. Je n'entends pas pour autant mettre la science en accusation — la religion et la philosophie sont tout aussi coupables, ainsi que nous le verrons. Cependant, sur le plan historique, l'erreur catégorielle la plus récente et la plus répandue concerne le rôle de la science empirique, et il est important d'essayer de la comprendre de manière aussi détaillée que possible non seulement parce que de toutes les erreurs catégorielles c'est sans conteste celle qui a exercé l'influence la plus marquante, mais encore parce qu'elle s'impose toujours à nous de maintes manières subtiles.

Ceci étant posé, nous pouvons aborder la question de la naissance et de la signification de la science empirique. La naissance de la science

On ignore en règle générale que la science — je me réfère pour l'instant aux activités de Kepler, Galilée et Newton — n'était pas en réalité un système rationaliste, mais bien empirique. Ainsi que nous l'avons vu, ces deux tendances ne sont pas identiques : le rationalisme met l'accent sur l'œil de raison; l'empirisme, sur l'œil de chair.

La science fut à l'origine un anti-rationalisme, qui se voulut une révolte directe contre les systèmes rationnels de l'ère scolastique. Ainsi que le dit Whitehead : « Galilée ne cessait de parler de la manière dont se produisent les choses, tandis que ses adversaires [à l'esprit rationnel] avaient élaboré une théorie complète sur le pourquoi des choses. Hélas, les deux théories ne donnaient pas les mêmes résultats. Galilée insistait sur les “ faits irréductibles et obstinés ”, et Simplicius, son rival parlait, lui, de raisons. »

Remarquez que le heurt entre Galilée et ses « faits irréductibles et obstinés », et Simplicius et ses « raisons satisfaisantes », correspond très précisément à un choc entre l'œil de chair et l'œil de raison — entre l'empirisme et le rationalisme.

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8 Whitehead insiste sur ce point : « Il est erroné de voir dans cette révolte historique [de la science] un appel à la raison. Bien au contraire, ce fut de bout en bout un mouvement anti-intellectualiste. Ce fut un retour à la contemplation du fait brut [l'œil de chair; l'empirisme]; lequel se fondit sur une répugnance à l'encontre de la rationalité inflexible de la pensée médiévale. » • On comprend aisément pourquoi la science fut à l'origine une révolte contre le rationalisme. Souvenez-vous que la logique, en et par soi-même, transcende à ce point l'œil de chair sub-humain que par moments, elle paraît presque désincarnée, totalement coupée du monde des objets sensoriels. Ceci ne constitue pas en soi une faille logique, comme tant de romantiques paraissent le croire, mais une force : raisonner au sujet d'une activité signifie que vous n'avez pas à l'accomplir véritablement avec la chair. Le pouvoir même de la logique réside dans sa transcendance des objets sensoriels (ainsi que Piaget l'a démontré la pensée formelle opérationnelle ou logique rationnelle opère sur, et donc transcende, l'expérience concrète et sensorimotrice). • Mais la logique — ou de manière générale, l'œil de raison dans son ensemble — peut souffrir de graves abus. Le seul test final d'un « raisonnement correct » consiste à vérifier si la chaîne de pensée logique possède elle-même une cohérence interne, ou si elle a enfreint quelque canon de logique en cours de processus. Si elle respecte ces critères, elle est parfaitement saine, dans son propre domaine. Elle commence par une prémisse initiale, et extrait par des processus subtils de raisonnement abstrait (ou opératoire formel), toutes les implications et déductions incluses dans cette prémisse. • La prémisse elle-même — la proposition de départ — prend naissance dans n'importe lequel des trois domaines sensoriel, mental ou contemplatif. Si le point de départ a son origine dans le domaine de l'œil de chair, et s'il est valide, nous parlons de « faits indubitables » (Russel) ou de « faits irréductibles et obstinés » (Galilée) ou plus simplement de faits empirico-analytiques. Si le point de départ a son origine dans le domaine de l'œil de raison, nous parlons de « principes de références indubitables » (Russell) ou de « vérités intuitivement évidentes » (Descartes) ou d' « appréhensions phénoménologiques directes » (Husserl), qui peuvent être soit philosophiques soit psychologiques. Si la proposition est influencée par l'œil de contemplation supérieur, nous parlons d'une façon générale de révélation . • Quoi qu'il en soit, les trois points de départ d'un raisonnement sont donc : les faits irréductibles (chair), les vérités évidentes ou axiomatiques (mental), et les intuitions révélatrices (esprit). Matérialisme scientifique Positivisme

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Nous avons dit que la logique risquait de souffrir de graves abus, expliquons-nous. Il est possible de commettre toute sorte d'erreurs voire d'impostures dans la sélection des prémisses initiales. L'une des plus notables est I' « erreur catégorielle », qui se produit lorsqu'un des trois domaines est substitué dans son ensemble à un autre — ou, en d'autres termes, quand des objets (chair) sont confondus avec des pensées (mental) qui sont confondues avec des intuitions transcendantales (contemplation). Lorsqu'une telle erreur se produit, les faits tendent à remplacer les principes et les principes, Dieu.

Ainsi, un vrai rationaliste est une personne qui affirme que toute connaissance valable provient exclusivement de l'œil de raison et qui considère que l'œil de chair (sans parler de la contemplation) est totalement indigne de confiance. Descartes comptait au nombre de ces philosophes, lui qui disait qu'il ne faut « recevoir jamais aucune chose pour vraie, que je ne la connusse évidemment pour telle ». Cette connaissance devait être procurée par la raison et non par les sens. Pour Descartes, la raison — et rien que la raison — était susceptible de dévoiler des vérités évidentes. Il parlait à ce propos d'intuition (une intuition rationnelle et non spirituelle) : « Par intuition j'entends, non point le témoignage instable des sens, ... mais une représentation ... si facile et si distincte qu'il ne subsiste aucun doute sur ce que l'on y comprend; ou bien, ce qui revient au même, une représentation de l'intelligence pure et attentive, qui naît de la seule lumière de la raison... » Une intuition « qui naît de la seule lumière de la raison... ». Seule l'intuition rationnelle était donc en mesure de révéler des vérités évidentes. Descartes estimait qu'ayant établi ces vérités, il nous devenait possible de déduire toute une série de vérités secondaires. Il ajouta : « Telles sont les deux voies! La vérité rationnelle initiale et la déduction! Les plus certaines pour parvenir à la science; du côté de l'esprit on ne doit pas en admettre davantage, et toutes les autres sont à rejeter comme suspectes et exposées à l'erreur. » Voici la déclaration d'un rationaliste pur, d'un homme qui ne croit en rien sinon en l'œil de raison, et qui rejette purement et simplement l'œil de chair et l'œil de contemplation. Mais quelle restriction! Désormais l'œil de raison se voit contraint de révéler des vérités empiriques aussi bien que des vérités contemplatives, une tâche pour laquelle il n'est pas équipé — une tâche qui le mènera de façon

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10 inexorable à commettre des erreurs catégorielles. Il est tout à fait évident que l'œil de raison ne peut appréhender de manière adéquate le domaine de la contemplation; et il devint bien vite patent que l'œil de raison ne pouvait dévoiler, par lui-même, des vérités se situant dans le domaine du monde objectif et sensoriel. • Nous verrons bientôt que le rôle de la science moderne fut de montrer précisément pour quelles raisons le seul raisonnement ne pouvait révéler des faits empiriques. La vérité dans le domaine de l'œil de chair ne peut être vérifiée que par l'œil de chair. Le seul point que je désire mettre en exergue à ce stade est le suivant : quand un œil essaie d'usurper le rôle de l'un des deux autres, il s'ensuit une erreur catégorielle. Celle-ci peut se manifester dans n'importe quelle direction : l'œil de contemplation est mal équipé pour dévoiler les faits de l'œil de chair de même que celui-ci est incapable d'appréhender les vérités de l'œil de contemplation. La sensation, la raison et la contemplation divulguent leurs vérités propres dans leurs domaines propres, et à chaque fois qu'un œil tente de se substituer à un autre, la vision se brouille. Ce type d'erreur catégorielle a été le grand problème de presque toutes les religions majeures : les grands sages de l'hindouisme, du bouddhisme, du christianisme, de l'islam, etc., ont tous ouvert, à un degré plus ou moins grand, l'œil de contemplation — le troisième œil. Mais ceci n'implique pas qu'ils devinrent automatiquement des experts dans les domaines des deux autres yeux. L'éveil, par exemple, ne communique pas l'information selon laquelle l'eau est composée de deux atomes d'hydrogène et d'un atome d'oxygène. S'il dispensait un tel enseignement, celui-ci figurerait au moins dans un texte religieux — or ce n'est pas le cas. Hélas, la Révélation — procurée par l'œil de contemplation — est considérée comme l'arbitre suprême auquel sont soumises les vérités de l'œil de chair et de l'œil de raison. Le Livre de la Genèse, par exemple, est une Révélation de l'évolution du domaine manifeste à partir du Non-manifeste, qui se déroula en sept phases majeures (sept jours). C'est une traduction d'une intuition supramentale en images poétiques propres à l'œil de raison. Hélas, ceux dont l'œil de contemplation demeure fermé, considèrent la Révélation tout à la fois comme un fait empirique et une vérité rationnelle. Et il s'ensuit une erreur catégorielle. Or la science releva cette erreur et réclama vengeance. Ainsi, par exemple, en 535 de notre ère, le moine chrétien Cos-mas écrivitil un ouvrage intitulé Topographie chrétienne. Se fondant entièrement sur une interprétation littérale de la Bible, Cosmas démontra une fois pour toutes que la terre n'avait ni Pôle Nord ni Pôle Sud, mais était un parallélogramme plat dont la longueur était égale au double de la largeur. Ce type d'erreur flagrante est courant dans la théologie dogmatique — et ceci vaut tant pour les religions orientales qu'occidentales. Les hindous et les bouddhistes, par exemple, Matérialisme scientifique Positivisme

11 croyaient que la terre ayant besoin d'un support reposait sur le dos d'un éléphant, lequel devant être lui aussi soutenu était assis sur une tortue (à la question de savoir sur quoi la tortue reposait, la réponse était : « Changeons de sujet, voulez-vous? »). Le point important est que le bouddhisme, le christianisme et d'autres religions authentiques procuraient à leur summum, des visions fondamentales de la réalité ultime mais ces intuitions trans-verbales furent invariablement mêlées à des vérités rationnelles et à des faits empiriques. L'humanité n'avait pas encore appris pour ainsi dire, à différencier et à séparer les domaines respectifs des yeux de chair, de raison et de contemplation. La Révélation fut confondue avec la logique et avec le fait empirique, et tous trois furent présentés comme formant une vérité unique, ce qui eut deux conséquences : les philosophes intervinrent et détruisirent le côté rationnel de la religion, puis la science prit la relève et balaya l'aspect empirique. Je considère que tout rentrait ainsi dans l'ordre. Toutefois, la théologie — qui se fondait en Occident sur un œil de contemplation peu assuré — dépendait dans une telle mesure de son rationalisme et de ses « faits » empiriques (le soleil tourne autour de la terre, affirme la Bible), que lorsque la philosophie et la science la privèrent de ces deux yeux, la spiritualité occidentale fut frappée de cécité. Elle ne se tourna pas vers son œil de contemplation — mais se désagrégea et se perdit en discussions futiles avec les philosophes et les scientifiques. Dès lors, la spiritualité fut démantelée en Occident, et seules la philosophie et la science eurent désormais voix au chapitre. En l'espace d'un siècle, la philosophie en tant que système rationnel — se fondant sur l'œil de raison — fut à son tour renversée, en l'occurrence par le nouvel empirisme scientifique. A ce stade, la connaissance humaine fut réduite au seul œil de chair. Exit l'œil contemplatif; exit l'œil mental — et les êtres humains avaient une opinion tellement déplorable d'eux-mêmes qu'ils acceptèrent d'accorder le statut de mode de connaissance authentique unique à l'œil de chair, celui que nous partageons avec les animaux. L'érudition devint essentiellement sub-humaine, sur le plan de la source et du référent. La science nouvelle Il importe de comprendre que cette restriction regrettable du savoir humain ne fut pas imputable à la science. La science empirico-analytique n'est que le corpus organisé de connaissance vérifiable révélée par l'œil de chair. Prétendre que nous ne devrions pas posséder cette connaissance ni nous en inspirer, reviendrait à dire que nous ne devrions pas avoir de chair. Nous allons maintenant nous intéresser à un autre phénomène — presque sinistre — qui convertit la science en scientisme. Matérialisme scientifique Positivisme

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Mais évoquons tout d'abord la naissance de la science elle-même.

Sur un plan historique, nous approchons de l'an 1600 de notre ère. Avant cette époque, le savoir humain était dominé par l'Église — par un dogme, qui confondait et combinait les yeux de contemplation, de raison et de chair. Si la Bible dit que la terre fut créée en six jours, qu'il en soit ainsi; si un dogme affirme qu'un objet dix fois plus lourd qu'un autre tombe dix fois plus vite que celui-ci, qu'il en soit ainsi. La confusion était telle que personne ne se souciait de faire fonctionner l'œil de chair et de regarder en toute simplicité le monde naturel. Voyons, est-il vrai qu'un objet plus lourd qu'un autre tombe plus rapidement que celuici, comme le prétend l'Église? Pourquoi ne pas faire l'expérience? Si les hommes et les femmes civilisés évoluent à la surface de la terre depuis, disons 10 000 ans, il faut en déduire que 10 000 ans ont été nécessaires pour qu'un individu ait cette simple idée et la mette en pratique. C'est ainsi que vers 1600, un certain Galiléo Galilei monta au sommet de la tour de Pise d'où il laissa tomber deux objets — un lourd et un léger. Tous deux heurtèrent le sol en même temps. A dater de ce jour, le monde n'a plus jamais été le même. La méthode scientifique fut inventée de façon indépendante mais simultanée par Galilée et par Kepler vers l'an 1600. On ne serait pas très éloigné de la réalité si on disait qu'ils utilisèrent tout simplement l'œil de chair pour regarder le domaine de chair — car c'est essentiellement ce qui se passa. L. L. Whyte dit : « Avant l'époque de Kepler et de Galilée, les seuls systèmes de pensée élaborés avaient été des agencements religieux [l'œil de contemplation] ou philosophiques [l'œil de raison] d'expérience subjective, tandis que les quelques observations objectives de la nature alors obtenues demeuraient relativement désorganisées. Le rationalisme médiéval fut subjectif; il n'existait pas encore de philosophie rationnelle de la nature [pas de pensée empiricoanalytique] d'une complexité ou d'une précision comparables. » La démarche de Kepler et de Galilée fut toutefois beaucoup plus qu'une simple utilisation précise et minutieuse de l'œil de chair. Nombre d'individus avaient observé avant eux la nature de manière approfondie et systématique (notamment Aristote), mais aucun n'avait inventé la méthode scientifique. J'insiste sur ce point car il est souvent négligé : si l'expression « méthode scientifique » a quelque valeur historique, il est permis d'affirmer qu'elle l'acquit grâce à Kepler et à Galilée. Kepler et Galilée n'utilisèrent pas l'œil de chair pour regarder la nature sans plus, mais pour la regarder d'une manière particulière et c'est cette manière particulière qui Matérialisme scientifique Positivisme

13 constitue une découverte en soi : la méthode scientifique, la science moderne, la science empirique réelle. On entend souvent dire aujourd'hui que la science ne désigne rien de plus que la « connaissance », ou qu'elle se fonde essentiellement sur une « bonne observation », mais ce n'est pas vrai. Ainsi que le dit Whyte : « L'homme s'était efforcé pendant deux mille ans d'observer, de comparer et de classer ses observations, mais il ne disposait encore d'aucun système de pensée relatif à la nature, qui livrait une méthode quelconque susceptible d'être employée de façon systématique pour faciliter le processus de découverte... » [131] La science n'était pas uniquement une bonne observation, car cette dernière était pratiquée depuis plusieurs milliers d'années; la science était un type particulier d'observation. Permettez-moi, avant de décrire ce type d'observation particulier, d'exposer quelques-unes de ses caractéristiques auxiliaires. Tout d'abord, la nouvelle méthode scientifique était empirico-expérimentale. Supposons que nous devions répondre à la question suivante : « Un objet deux fois plus lourd qu'un autre tombe-t-il deux fois plus vite que ce dernier? » Un rationaliste médiéval aurait pu raisonner ainsi : « Nous savons que lorsqu'un objet naturel voit augmenter une de ses quantités physiques, il voit augmenter toutes les autres dans une mesure proportionnelle. Ainsi, un bâton deux fois plus grand qu'un autre est deux fois plus lourd que celui-ci. Le poids est une quantité physique au même titre que la vitesse. En conséquence, tout objet deux fois plus lourd qu'un autre doit tomber deux fois plus vite que celui-ci. » Galilée, lui, fit l'expérience. Remarquons que la logique du rationaliste était valable. Partant de prémisses initiales, elle déduisait correctement un ensemble de conclusions. Le problème est que les prémisses initiales étaient erronées. La déduction est un mode de connaissance acceptable pour autant que les prémisses initiales soient correctes. D'aucunes sont évidentes et exactes, ainsi que l'a démontré l'histoire de la philosophie, mais d'autres sont évidentes et erronées. Ce qui faisait défaut à Galilée et à Kepler, c'était un moyen de décider, par rapport au domaine sensoriel, si une proposition de départ était vraie ou fausse. Il ne pouvait s'agir d'un moyen rationnel, car il n'en existe pas, mais d'un moyen sensoriel, empirique. Et ce fut, en bref, l'expérience empirique : organisez une situation de manière telle que toutes les variables demeurent constantes à l'exception d'une. Répétez l'expérience à plusieurs reprises, en modifiant Matérialisme scientifique Positivisme

14 à chaque fois cette variable; ensuite, étudiez les résultats ainsi obtenus. Pour Galilée ceci impliquait de prendre plusieurs objets — tous de même taille, lâchés au même moment d'une même hauteur, mais ayant chacun un poids différent. Si les objets tombaient à des vitesses différentes, la raison ne pouvait en être que leur poids. S'ils tombaient tous à la même vitesse (suivant la même accélération), le poids n'exerçait aucune influence sur leur chute. Il s'avéra qu'ils tombaient tous à la même vitesse; la proposition selon laquelle « des objets plus lourds tombent plus vite » était infirmée. Tous les objets (dans un vide) tombent à un taux d'accélération identique — voici une prémisse initiale que vous pouvez maintenant employer en logique déductive.

Cette preuve scientifique est empirique et inductive; elle n'est pas rationnelle et déductive (bien que la science utilise clairement la logique et la déduction; celles-ci sont assujetties à l'induction empirique). L'induction — prônée de façon systématique par Francis Bacon — est l'élaboration de lois générales sur base de cas spécifiques multiples (l'inverse de la déduction). Ainsi, Galilée ayant réalisé son expérience à l'aide d'objets métalliques, aurait pu la renouveler avec d'autres en bois, puis en argile, puis en papier, etc., afin de s'assurer qu'il obtenait toujours les mêmes résultats. C'est cela l'induction : la proposition suggérée est testée dans toute sorte de circonstances nouvelles; si elle n'est pas infirmée dans ces circonstances, elle est confirmée dans cette mesure. La proposition ellemême est en règle générale nommée hypothèse. Une hypothèse qui n'a pas encore été infirmée (sans circonstances atténuantes) est en général baptisée théorie. Et une théorie qui donne l'impression de ne jamais pouvoir être infirmée (éventuellement complétée, mais en aucun cas démentie dans son domaine propre) est quant à elle dénommée loi. Galilée a découvert deux lois relatives au mouvement terrestre; Kepler a découvert trois lois relatives au mouvement planétaire; et le génie Newton a réuni ces lois pour joindre les forces du ciel et celles de la terre : il a ainsi démontré qu'une pomme tombe vers la terre (Galilée) pour la même raison que les planètes tournent autour du soleil (Kepler) — à savoir, la gravité. L'argument capital est que la méthode scientifique classique était empirique et inductive, et non rationnelle et déductive. Bacon, Kepler et Galilée entendaient simplement soumettre l'œil de raison à l'œil de chair, alors que la proposition en question ne concerne que le domaine sensoriel. Aussi étrange que cela Matérialisme scientifique Positivisme

15 paraisse aujourd'hui, ce fut un trait de génie : que l'œil de chair lui-même appréhende les faits se situant dans le domaine sensoriel et évite ainsi les erreurs catégorielles consistant à confondre la chair avec la raison et la contemplation. J'entends montrer que ce fut non seulement un grand atout pour la science, mais encore — potentiellement — pour la religion, car cette manière d'agir dépouillait celle-ci des scories non essentielles et pseudo-scientifiques qui ont contaminé toutes les religions majeures sans exception. Il est un autre point capital relatif à Galilée et à Kepler que nous ne pouvons passer sous silence car il constitue le cœur même de la question. Nous avons vu que d'autres avant eux avaient utilisé de façon minutieuse l'œil de chair, et que d'autres encore avaient procédé, de manière grossière, à un type d'induction, s'efforçant de valider leurs théories dans plusieurs circonstances. Mais Galilée et Kepler ont percé le secret réel et essentiel de la preuve empirico-inductive : dans une expérience scientifique on désire vérifier si un événement particulier est advenu; si tel est le cas, quelque chose a changé. Dans le monde physique, un changement implique nécessairement quelque déplacement dans l'espace-temps; or un déplacement peut se mesurer. Par ailleurs, si un événement ne peut être mesuré, il ne peut faire l'objet d'une expérience empirico-scientifique; et, dans le cadre de cette science, il n'existe pas. Ainsi, il n'est guère exagéré d'affirmer que la science empirico-analytique est une affaire de mesures. Les mesures, et l'on est presque en droit de dire : et rien que les mesures, fournissent les données des expériences scientifiques. Galilée procédait à des mesures. Kepler procédait à des mesures. Newton procédait à des mesures. Là se situait le véritable génie de ces hommes. La raison pour laquelle la science moderne ne vit pas le jour avant Kepler et Galilée tient au fait que personne n'avait jamais procédé avant eux à des mesures systématiques. L. L. Whyte dit : « Nous nous trouvons confrontés, ici, à un moment d'une importance considerable. …..

Après 1600 l'humanité se trouva donc en possession d'une méthode d'étude systématique des aspects de la nature accessibles aux mesures. 1600 marque la naissance de l'âge de la quantité. Jamais auparavant une telle technique n'avait été disponible... » [131] Whitehead est tout aussi catégorique : Aristote, dit-il, a induit le physicien en erreur : « En effet, ses

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16 doctrines [lui] enjoignaient de classer alors qu'elles auraient dû lui conseiller de mesurer. » Car, dit Whitehead : « Si seulement les professeurs avaient mesuré au lieu de classer, combien leur enseignement eût été plus riche! » [130] Whitehead résume en ces termes l'essence de la nouvelle méthode empirico-analytique : « Recherchez des éléments mesurables parmi vos phénomènes, puis recherchez des relations entre ces mesures de quantités physiques. » C'est, dit-il, « la règle de la science ». « Le critère scientifique est la quantité : l'espace, la taille et l'amplitude des forces peuvent tous être exprimés en nombres... Un nombre est un nombre, et les nombres constituent le langage de la science. » . Résumons-nous : La contribution ingénieuse et durable de Galilée et de Kepler consiste à démontrer que, dans le monde physique ou sensorimoteur, l'œil de raison peut et doit être rattaché et soumis à l'œil de chair au moyen d'une expérimentation inductive, dont le cœur même est une mesure renouvelable (nombre). Que l'œil de chair parle pour l'œil de chair — c'est dans cette intention que fut inventée la science empirique. Kant et l'Au-delà L'épitomé de la vérité sensorielle est le fait empirique; l'épitomé de la vérité mentale est l'intuition philosophique et psychologique; et l'épitomé de la vérité contemplative est la sagesse spirituelle. Nous avons vu qu'avant l'ère moderne les hommes et les femmes n'avaient pas suffisamment différencié les yeux de chair, de raison et de contemplation, et qu'ils avaient donc eu tendance à les confondre. La religion essayait d'être scientifique, la philosophie tentait d'être religieuse, et la science s'efforçait d'être philosophique — et toutes faisaient en conséquence fausse route. Elles se rendaient coupables d'erreurs catégorielles. Ce que Galilée et Kepler firent pour l'œil de chair, vis-à-vis de la religion, Kant le fit pour l'œil de raison. C'est-à-dire qu'il aida à dépouiller la religion de sa rationalisation non-

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17 essentielle, tout comme Galilée et Kepler contribuèrent à la libérer de ses scories « scientifiques » non-essentielles. Avant Kant, les philosophes s'efforçaient non seulement de déduire des faits scientifiques — ce qui relève de l'utopie, ainsi que nous l'avons vu — mais encore de déduire des vérités contemporaines ou spirituelles, ce qui est tout aussi impossible mais deux fois plus dangereux. Les philosophes tant séculiers que religieux faisaient toute sorte de déclarations, lesquelles, affirmaient-ils, concernaient des réalités et des vérités ultimes. Ainsi, saint Thomas d'Aquin avait-il avancé des « preuves » rationnelles de l'existence de Dieu; Descartes avait fait de même — et Aristote et Anselme et d'autres. Leur erreur commune consista à vouloir prouver avec l'œil de raison ce que seul peut voir l'œil de contemplation. Et quelqu'un devait tôt ou tard découvrir cette vérité. Ce fut le trait de génie de Kant. En fait, lui-même croyait en Dieu, dans un Ultime Transcendant, dans le noumène. Et il croyait à juste titre que celui-ci était trans-empirique et trans-sensoriel. Mais il démontra que chaque fois que nous essayons de raisonner sur cette réalité trans-empirique, nous constatons que nous pouvons étayer à l'aide d'arguments tout aussi plausibles deux points de vue tout à fait contradictoires — ce qui prouve clairement qu'un tel raisonnement est futile (ou, tout au moins, qu'il ne tient pas les promesses qu'il avait si généreusement faites sous le nom de « métaphysique »). Or tous les philosophes et théologiens exposaient leurs conceptions rationnelles relatives à Dieu (ou Bouddha ou Tao) et à la réalité ultime comme s'ils parlaient directement et véritablement du Réel lui-même, alors qu'en fait, ainsi que Kant l'a démontré, ils déraisonnaient. La raison pure est tout simplement incapable d'appréhender des réalités transcendantes et quand elle s'y emploie, elle constate que la proposition inverse de celle avancée peut être défendue de façon tout aussi plausible. (Cette intuition n'était nullement limitée à l'Occident. Près de quinze cents ans avant Kant, le génie bouddhiste Nagarjuna — fondateur du bouddhisme Mâdhyamika — en était arrivé sensiblement à la même conclusion — une conclusion à laquelle firent écho toutes les écoles majeures de la philosophie et de la psychologie orientales : la Raison ne peut appréhender l'essence de la réalité absolue, et quand elle s'y emploie, elle n'engendre que des incompatibilités dualistes.) Il est impossible de se représenter de manière précise — ni de raisonner sur — la nondualité, ou la réalité ultime. Si vous essayez de traduire une Réalité non-duale en une raison dualiste, vous créerez une opposition là où en fait il n'y en a pas, en conséquence de quoi chaque terme de la contradiction pourra être défendu rationnellement avec une plausibilité absolument égale — et ceci, pour en revenir à Kant, révèle pourquoi la raison n'engendre Matérialisme scientifique Positivisme

18 que paradoxe quand elle essaie d'appréhender Dieu ou l'Absolu. S'adonner à une spéculation métaphysique (exclusivement avec l'œil de raison) revient donc à verser dans l'absurde. En fait, Kant démontra — ainsi que l'exprima Wittgenstein — que la plupart des problèmes métaphysiques n'étaient pas erronés mais dépourvus de sens. Ce n'était pas la réponse qui était mauvaise, c'était la question qui était absurde... Elle se fondait sur une erreur catégorielle : l'œil de raison essaie de sonder les Cieux. Le seul point qui m'intéresse ici est que Kant avait démontré de manière satisfaisante que l'œil de raison ne peut pas, du fait même de sa nature, voir dans le domaine de l'esprit. En d'autres termes, la philosophie ne peut accéder à Dieu — tout au plus peut-elle concevoir Dieu moralement (pratiquement) — et il est donc préférable qu'elle se cantonne aux domaines sensoriel et mental. Cette démonstration a permis à la religion de ne plus devoir se soucier de rationaliser Dieu, tout comme Galilée et Kepler l'avaient dispensée de se préoccuper des molécules. Mais en l'espace de quelques décennies (après le travail de Kant) l'œil de chair, aveuglé par la lumière de Newton, en vint à s'imaginer que son seul domaine était digne de connaissance. La science empirique devint ainsi, sous l'influence d'Auguste Comte et de ses semblables, le scientisme. Celuici ne se contenta plus de parler au nom de l'œil de chair mais fit entendre sa voix au nom de l'œil de raison et de l'œil de contemplation. Ce faisant, il commit les mêmes erreurs catégorielles qu'il avait dénoncées dans la théologie dogmatique, et qu'il avait chèrement fait payer à la religion. Les scientistes s'efforcèrent de soumettre les trois yeux aux procédures propres à la science empirique — avec son œil de chair. Ceci constitue une erreur catégorielle. C'est le monde, et pas seulement la science, qui en fit les frais. Le nouveau scientisme La science empirico-analytique est un aspect de la connaissance qui se fonde sur le domaine de l'œil de chair (toute connaissance sensorielle n'est pas scientifique : je songe notamment à l'impulsion esthétique). Il va de soi que la science empirico-analytique fait appel à l'œil de raison, et je crois même qu'elle recourt à l'œil de contemplation pour l'intuition créative, mais tous deux sont soumis à l'œil de chair et à ses données. Ceci étant, les scientistes en vinrent à revendiquer le monopole des trois yeux. Qu'advint-il? Il existe de multiples manières de formuler le sophisme du scientisme. Au lieu de dire : Matérialisme scientifique Positivisme

19 « Ce qui ne peut être vu par l'œil de chair ne peut être vérifié de manière empirique », le scientiste décréta : « Ce qui ne peut être vu par l'œil de chair n'existe pas. » « Nous disposons d'une excellente méthode d'accéder à la connaissance dans le domaine des cinq sens » devint « la connaissance obtenue par le mental et la contemplation est donc dépourvue de valeur ». Ainsi que l'exprima Smith : « Aucun reproche ne peut être adressé à la science. Il en va tout autrement du scientisme. Alors que la science est positive et se contente d'exposer ce qu'elle découvre, le scientisme est négatif. Il va au-delà des découvertes réelles de la science pour affirmer que les autres approches du savoir sont sans valeur et les autres vérités sans fondement ». Ou, pour être plus précis encore : « Les triomphes de la science moderne enivrèrent l'homme comme le rhum et lui firent perdre tout sens logique. Il en vint à penser que ce que la science découvre permet de douter de tout ce qu'elle ne découvre pas; que les succès qu'elle remporte dans son domaine propre remettent en question la réalité des domaines que ses outils ne peuvent appréhender. » Les scientifiques commencèrent dès lors à imposer le silence aux théologiens et aux philosophes (Dieu n'est pas une proposition vérifiable mais le fondement de toute proposition, donc Dieu ne peut être soumis à l'épreuve scientifique). Le test existait désormais, et les philosophes, les religieux, les théologiens, les mystiques et les poètes succombèrent par milliers. En langage clair, l'œil de raison s'était fermé, comme avant lui l'œil de contemplation. Le scientisme non seulement libérait l'humanité de Dieu, mais encore il la soulageait de la responsabilité de penser. Ainsi, le seul critère de vérité devint-il le critère empirique — c'est-à-dire un test sensorimoteur pratiqué par l'œil de chair (ou par ses extensions) et se fondant en général sur la mesure. Le principe de vérification empirique ne fut bientôt plus appliqué de manière exclusive à l'œil de chair, ce qui eût été valable, mais également à l'œil de raison et à l'œil de contemplation, ce qui constituait une bêtise sans nom, comme le suggère William James. Thomas McPherson dit : « Les déclarations relatives à l'observation réalisée par les scientifiques étant vérifiables empiriquement, le test permettant d'établir si quelque réflexion avait un sens devint « la possibilité de vérification par l'expérience sensorielle », et tout ce qui ne s'y prêtait pas fut considéré comme relevant de l'absurde. » Matérialisme scientifique Positivisme

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Pour l'instant contentons-nous de noter que tout ce qui n'était pas sensoriel devint irréel, tel fut le credo des nouveaux philosophes scientifiques. « Quiconque enfreignait la règle, en pratique ou en théorie, était dénoncé avec une vigueur impitoyable », est qu'ils croyaient eux-mêmes en leurs propres déclarations. » La science devint donc le scientisme, connu aussi sous le nom de positivisme ou de matérialisme scientifique, et c'est là que réside le « bluff » — celui d'une partie jouant le rôle du tout. Whitehead conclut : « De cette façon la philosophie moderne se retrouva ruinée. » Mais l'œil de chair refusa très précisément de procéder à cette coordination. Il affirma au contraire que tout ce qu'il ne voyait pas n'existait pas; alors qu'il aurait dû se montrer plus humble et admettre qu'il ne pouvait voir ce qu'il ne pouvait voir. Kant n'a pas prétendu que Dieu n'existait pas — il a dit que les sens et la raison étaient incapables d'appréhender l'Absolu. Reprenons la formulation de Wittgenstein : « Il convient de garder le silence sur ce dont on ne peut parler »; les scientistes quant à eux tronquaient cette vérité en affirmant : « Ce dont on ne peut parler n'existe pas. » dit Whitehead. Or : « Cette position des scientifiques relevait du « bluff » pur et simple, si tant

A chaque fois que des dimensions supérieures sont représentées sur des plans inférieurs, elles perdent de leur valeur en cours de traduction. Prenons un exemple simple. Réduisez une sphère tridimensionnelle à une surface bi-dimensionnelle et vous obtenez un cercle. La sphère est en quelque sorte coupée en deux afin de s'adapter à la feuille de papier. Remarquez que la sphère peut être coupée selon deux directions totalement différentes — disons, d'est en ouest ou d'ouest en est — pourtant, le cercle obtenu semblera toujours être le même. Nous pourrions donc avancer la conclusion suivante : chaque fois qu'un cercle essaie d'imaginer une sphère, il est susceptible de produire deux formulations tout à fait contradictoires et néanmoins également plausibles, car — pour le cercle — toutes deux sont en fait correctes. Il en va de même pour la raison et l'esprit.

Les positivistes considèrent en conséquence que la sphère n'existe pas — or cette démonstration ne signifie rien sinon que des sphères ne peuvent être appréhendées par des cercles.
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Le nouveau scientisme empirique était né et affirmait, comme il le fait toujours, que seul l'œil de chair et ses quantités numériques sont réels. L'œil de raison, l'œil de contemplation, Dieu, Bouddha, Brahman et Tao — bref, tout le reste est considéré comme dépourvu de sens parce que n'apparaissant pas comme un objet concret. Le scientisme, ne parvenant pas à maîtriser Dieu, proclama l'Esprit dépourvu de sens et de signification. La nature du scientisme Selon Huston Smith, la science a tendance à négliger les valeurs parce que : « La qualité est en soi immensurable... L'incapacité à appréhender le qualitativement immensurable a amené la science à travailler sur ce que Lewis Mumford nomme un “ univers disqualifié ”. » Bref, dit Smith : « Les valeurs, le sens de la vie, la raison d'être et les qualités passent à travers la science comme la mer à travers les mailles des filets des pêcheurs. » La science empirico-analytique ne peut opérer aisément sans mesure; une mesure est essentiellement une quantité; une quantité est un nombre; un nombre se situe per se en dehors de la sphère des valeurs. La qualité n'a jamais accès à cet univers et ne peut y avoir accès. L. L. Whyte dit : « Toutes les amplitudes ont un statut égal devant les lois de l'arithmétique élémentaire, les opérateurs n'établissent aucune différence entre une valeur et une autre. » Dès lors que la connaissance se trouva réduite à un savoir sensoriel, empirique, que l'arbitre de la connaissance sensorielle devint le nombre — un nombre dépourvu par définition de qualité et de valeur — il se produisit une « translation » extraordinaire — peutêtre la plus importante de l'Histoire — lorsque la science entreprit une quête minutieuse de la grande Chaîne d'Être. Tout ce que la science pouvait voir était perçu de façon numérique, or aucun nombre n'étant intrinsèquement meilleur qu'un autre, l'ensemble de la hiérarchie de valeur s'effondra — elle fut réduite à de simples indicateurs de places sans valeur, chaque chose devant prendre la place qui lui revient dans le texte de la nature pour y devenir un élément de ce quelque chose d'inodore, d'incolore et d'insipide; (de cette) simple agitation infinie et insensée de matériau. L'ancienne hiérarchie de valeur et d'être fut donc rejetée au profit d'une hiérarchie de nombre. Il n'était désormais plus possible d'affirmer que certains domaines étaient

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22 supérieurs à, ou plus réels ou meilleurs que, d'autres — tout au plus pouvaient-ils être plus grands ou plus petits. Disons que les niveaux d'importance furent remplacés par des niveaux de grandeur. Mais qu'étions-nous en droit d'attendre de la part d'un animal qui avait renoncé à l'œil de raison et à l'œil de la contemplation? Le seul œil qui nous restait était de nature sensorielle et physique, et quand il observait le monde environnant, il ne pouvait y déceler que des différences de tailles. L'œil de raison et l'œil de contemplation étant fermés, l'œil de chair posait sans sciller son regard sur le monde matériel, et commençait à réciter sa litanie de prétentions : 1, 2, 3, 4, 5, ... La contradiction du scientisme Si le scientisme n'était qu'incroyable, nous serions tous tentés de lui tourner le dos. Mais il n'est pas qu'incroyable — pas plus qu'il n'est que dément dans sa folie quantificatrice — il constitue, en tant que vision du monde, une contradiction formelle. Il existe d'innombrables façons d'aborder ce sujet. Peut-être devrions-nous, pour commencer, faire remarquer que le scientisme affirme que la connaissance contemplative de l'Absolu est impossible — la seule connaissance admissible est de nature sensorielle, et donc indubitablement relative. Si le positivisme se contentait de déclarer : « Nous nous limiterons à l'étude d'un savoir relatif », sa position serait tout à fait acceptable. Mais il va plus loin et affirme : « Seul le savoir relatif est valable. » Et ceci constitue une déclaration absolue; elle sous-entend : « Il est absolument vrai qu'il n'existe pas de vérité absolue. » Citons Schuon : « Le relativisme s'emploie à réduire chaque élément de l'absolu à une relativité, tout en procédant à une exception on ne peut plus illogique en faveur de cette réduction. » Il poursuit : En effet, le relativisme consiste à déclarer qu'il est vrai qu'il n'existe pas de vérité, ou encore qu'il est absolument vrai qu'il n'existe rien hormis le relativement vrai; on pourrait tout aussi bien dire que le langage n'existe pas ou écrire que l'écriture n'existe pas.

Dans le même esprit, le scientiste ne se contente pas de dire : « La preuve empirique est la meilleure méthode pour obtenir des faits dans le domaine

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23 sensoriel », il ajoute : « Seules les propositions susceptibles d'être vérifiées de façon empirique sont vraies. » Hélas, cette proposition ne peut être vérifiée empiriquement. Il n'existe aucune preuve empirique du fait que seule la preuve empirique soit valable. Donc, comme le dit Smith : « L'affirmation voulant qu'il n'existe pas de vérités en dehors de celles de la science n'est pas une vérité scientifique, et en la formulant le scientisme se contredit lui-même. »

Un autre cheval de bataille du scientisme est la notion selon laquelle l'évolution par sélection naturelle (mutation plus probabilité statistique) est la seule explication valable pour l'ensemble de la création. Mon propos n'est pas de remettre en question le principe de l'évolution; il est selon toute vraisemblance correct. Nous discuterons ici de sa cause ou de son agent, en l'occurrence le hasard. Car il est posé que tout, dans quelque domaine que ce soit, est également un produit de l'évolution au hasard. Jacques Monod, dont l'ouvrage le Hasard et la Nécessité est la bible en la matière, explique que : « L'évolution... le produit d'une énorme loterie, tirant au hasard des numéros parmi lesquels une sélection aveugle a désigné de rares gagnants. ... Cette conception est bien la seule qui soit compatible avec les faits. » Il dit donc que, pour autant que nous le sachions, le concept de l'évolution considérée comme une sélection au hasard est plus vrai que ses théories rivales. Même si c'était le cas, nous ne disposerions d'aucun moyen de le savoir. Si tous les phénomènes sont à titre égal le produit d'un hasard aveugle, il ne peut être question d'une chose plus vraie qu'une autre. Une grenouille et un singe sont à titre égal des produits de l'évolution statistique, or nous ne pouvons dire qu'une grenouille est plus vraie qu'un singe. De même, tous les phénomènes étant les résultats d'un hasard statistique, les idées sont elles aussi de tels produits — il est donc impossible qu'une idée soit plus vraie qu'une autre, puisque toutes sont à titre égal des productions du hasard.

Si tout est le produit d'une nécessité statistique, l'idée de la nécessité statistique l'est également, auquel cas elle n'a pas plus d'autorité qu'une autre production.

En psychologie, ce type de scientisme apparaît sous forme de l'hypothèse — presque incontestée dans les milieux orthodoxes —selon laquelle (pour Matérialisme scientifique Positivisme

24 reprendre la formulation de Tart — qui lui-même n'y accorde pas foi) : « Toute expérience humaine est en définitive réductible à des schèmes d'activité électrique et chimique au sein du système nerveux et de l'organisme. » Mais si toute activité humaine était réductible à une réaction biochimique, il en irait de même de cette hypothèse humaine. Donc, en réalité, toutes les hypothèses sont à titre égal des feux d'artifice biochimique. Il ne pourrait être question d'opposer une hypothèse vraie à une autre fausse, puisque toutes les pensées seraient également biochimiques. Il ne pourrait y avoir de pensées vraies opposées à des pensées fausses, mais uniquement des pensées. Si celles-ci sont effectivement réductibles en définitive à des décharges d'électrons dans le système nerveux, il ne peut y avoir ni pensées correctes ni pensées erronées, pour la simple raison qu'il n'existe pas d'électrons vrais et d'électrons faux. En conséquence, si cette déclaration est exacte, elle ne peut être exacte.

On entend souvent dire aujourd'hui que le scientisme est mort, et d'aucuns auront l'impression que j'ai ressuscité dans les sections qui précèdent un homme de paille, et qui plus est un homme de paille mort et enterré. Il est certain que la vision du monde scientiste positiviste a perdu de sa séduction franche; mais je crois non seulement qu'elle survit, mais encore qu'elle élargit de bien des manières sa sphère d'influence. Plus personne n'avouerait être un « scientiste » — le mot lui-même fait presque songer à une maladie honteuse. Mais l'entreprise empirico-scientifique rejette encore trop souvent de façon implicite ou explicite d'autres approches sous prétexte qu'elles ne sont pas aussi valables. J'affirme donc que si rares sont ceux qui s'avouent scientistes, nombreux le sont néanmoins. La « vérification empirique » est toujours à l'honneur dans le cadre de la philosophie et de la psychologie, et ceci signifie « vérification par les sens ou par leurs extensions ». En principe, presque toute autre démarche est condamnée. Sinon comment expliquer qu'il y a quelques années à peine, Jurgen Habermas — considéré par beaucoup (et par moi-même notamment) comme le plus grand philosophe de notre temps — jugea nécessaire de consacrer tout un livre à réfuter et à contrer une fois encore le positivisme? (L'ouvrage en question s'ouvre sur un commentaire pour le moins acerbe : « Le fait que nous désavouions la réflexion [l'œil de raison] est en soit du Matérialisme scientifique Positivisme

25 positivisme. ») Si le positivisme empirique est mort, son cadavre est décidément bien actif. Cependant, si je me suis attardé sur le scientisme et sur ses contradictions, c'est avant tout pour donner un exemple d'une erreur catégorielle omniprésente, afin de mieux faire comprendre les implications d'une telle confusion. Je dirai, en guise de conclusion, qu'un paradigme transcendantal global — ou tout paradigme investigateur complet — devrait recourir aux — et intégrer les — trois yeux; il convient donc de définir d'emblée le rôle respectif de chacun. Si nous ne prenions pas cette précaution, notre « paradigme complet » risquerait d'être ouvert au scientisme, au mentalisme ou au spiritualisme, chacun se fondant sur une erreur catégorielle, chacun également dangereux dans ses effets. Mais la vérification est-elle possible? Échapper au scientisme ou à l'empirisme exclusif revient simplement à prendre conscience du fait que la connaissance empirique n'est pas la seule forme d'expression du savoir; il existe au-delà de celle-ci une connaissance mentalo-rationnelle et une connaissance contemplativo-spirituelle. Mais si tel est le cas, comment vérifier la validité des faits propres à ces formes de connaissance « supérieure »? S'il n'existe pas de preuve empirique, que reste-t-il? C'est un faux problème dû à notre ignorance du fait que toute connaissance valable est essentiellement similaire sur le plan de la structure, et peut donc être vérifiée (ou rejetée) de manière similaire. C'est-à-dire que toute connaissance valable — dans quelque domaine que ce soit — comprend trois composantes fondamentales, que nous nommerons injonction, illumination et confirmation. Ce sujet est toutefois d'une complexité telle que nous lui consacrerons un chapitre entier — le prochain. Pour l'instant je me contenterai d'introduire et de définir les éléments essentiels de notre argument, afin que nous soyons mieux préparés à entrer dans les détails. L'essence de notre théorie est simple : toute connaissance valable — dans quelque domaine que ce soit — consiste en trois composantes fondamentales : Matérialisme scientifique Positivisme

26 1. Une composante instrumentale ou injonctive. Il s'agit d'un ensemble d'instructions, simples ou complexes, internes ou externes. Toutes ont la forme suivante : « Si vous désirez savoir ceci, faites cela. » 2. Une composante illuminative ou appréhensive*. Il s'agit d'une vision illuminative via l'œil particulier de la connaissance ouvert par la composante injonctive. 3. Une composante collective. C'est une communion véritable dans la vision illuminative avec les autres personnes qui emploient le même œil. Si la vision partagée reçoit l'aval d'autrui, nous disposons d'une preuve collective ou consensuelle de la véracité de la vision.

Telles sont les trois composantes essentielles de tout type de connaissance vraie émanant de l'un des trois yeux. Le savoir devient plus compliqué lorsqu'un œil cherche à comparer ses données avec celles d'un œil supérieur ou inférieur, mais ces composantes sous-tendent même cette complication (ainsi que nous le verrons au chapitre suivant).

Permettez-moi de donner quelques exemples en commençant par l'œil de chair. La composante injonctive, avons-nous dit, est celle qui se présente sous la forme : « Si vous désirez voir ceci, faites cela. » Sur le plan de l'œil de chair, qui correspond au savoir le plus simple, les injonctions peuvent être aussi prosaïques que : « Si vous ne croyez pas qu'il pleut dehors, allez-y voir » (phase 1). La personne regarde et a son illumination, sa connaissance (phase 2). Si d'autres répètent la même instruction (« Allez regarder par la fenêtre. ») et que tous observent le même phénomène, il y a consensus (phase 3), et nous sommes en droit de dire : « Il est exact qu'il pleut », etc.

Il arrive cependant que même sur le plan de l'œil de chair, les injonctions soient plus sophistiquées. Ainsi, en science empirique, sommes-nous souvent confrontés à des instructions techniques d'un haut niveau de complexité, telles que : « Si vous désirez voir le noyau d'une cellule, apprenez à réaliser des sections histologiques, à utiliser un microscope, à marquer des tissus, à différencier les composants cellulaires et ensuite regardez. » En d'autres termes, la composante injonctive exige, pour quelque type de connaissance que ce soit, que l'œil approprié reçoive la formation nécessaire jusqu'à ce qu'il soit à la hauteur de son illumination. Ceci est vrai dans les domaines de l'art, Matérialisme scientifique Positivisme

27 de la science, de la philosophie, de la contemplation : bref, c'est vrai pour toute forme de connaissance véritable.

Si une personne refuse de former comme il se doit un œil particulier (charnel, mental, contemplatif), elle refuse en quelque sorte de regarder, et nous sommes en droit de ne tenir aucun compte de ses opinions et de lui refuser voix au chapitre dans le cadre du consensus collectif. Quelqu'un qui refuserait d'étudier la géométrie ne serait pas autorisé à se prononcer sur la validité du théorème de Pythagore; quelqu'un qui refuserait de s'ouvrir à la contemplation n'aurait pas autorité pour juger de la réalité de la Nature ou de l'Esprit de Bouddha. Autrement dit, un individu qui ignore la composante 1 de la connaissance, sera exclu des composantes 2 et 3. Nous dirons donc que le savoir de cette personne n'est pas approprié à sa tâche. Les ecclésiastiques qui refusèrent de regarder à travers le télescope de Galilée n'étaient pas habilités à se prononcer sur les données de l'œil de chair, et leurs opinions dans ce domaine ne devaient pas être prises en considération.

Passons à l'œil suivant, celui de la raison, et nous constaterons que la composante injonctive s'avère encore plus complexe et qu'il est d'autant plus difficile de la partager. Pourtant c'est ce que nous essayons de faire vous et moi en ce moment — nous regardons en utilisant le même œil, celui du mental (même si nous ne sommes pas tout à fait d'accord sur ce que nous voyons); si tel n'était pas le cas, vous ne seriez pas en mesure de comprendre un seul mot écrit sur cette page. Mais pour voir la signification de chacun de ces mots, nous avons tous dû suivre certaines instructions, parmi lesquelles la principale fut : « Apprenez à lire. » En obéissant à cette injonction nous avons accédé à un monde qui n'est pas ouvert à l'œil de chair en tant que tel. E. E. Schumacher a exprimé cela très clairement : « La lumière de l'intellect [la lumen interius] nous permet de voir des objets qui sont invisibles à nos sens corporels. Nul ne nie que les vérités mathématiques et géométriques soient « vues » de cette manière [c'est-à-dire, avec l'œil de raison et non avec l'œil de chair]. Démontrer une hypothèse signifie lui conférer par l'analyse, la simplification, la transformation ou la dissection [la composante injonctive] Matérialisme scientifique Positivisme

28 une forme sous laquelle la vérité peut être vue [la composante illuminative]; au-delà de cette vision il n'y a ni possibilité ni nécessité d'une preuve supplémentaire [hormis, ajouterais-je, de partager cette preuve avec d'autres afin d'établir un consensus collectif — troisième composante]. »

Il est possible de former l'œil de raison à la vision philosophique extérieure ou à la vision psychologique intérieure. Dans la mesure où l'œil de raison refuse de s'élever au-dessus de l'œil de chair, il ne produit rien en philosophie sinon le positivisme (matérialisme) et en psychologie rien, sinon le behaviorisme. En revanche, si l'œil de raison se montre à la hauteur de sa tâche, il engendre la phénoménologie, la linguistique, la philosophie spéculative pure (critique, analytique et de synthèse), et la psychologie intersubjective (ainsi que nous l'expliquerons au chapitre suivant). La preuve dans ce secteur adopte la même forme que dans les autres domaines — les trois mêmes composantes : former l'œil mental, regarder personnellement et enfin procéder à une comparaison et à une confirmation collectives. Il est plus difficile d'arriver à un consensus dans le cadre de ce savoir que dans celui de la connaissance sensorielle; nous possédons tous en effet un même œil de chair mais une disposition mentale différente. Ceci ne doit pas être considéré comme un inconvénient, mais comme une indication de la richesse de l'œil de raison.

Le savoir dans le domaine transcendant s'obtient exactement de la même manière : il y a une injonction, une illumination et une confirmation. En Zen : zazen, satori et imprimatur. Il n'est pas de Zen sans les trois composantes; il n'est en fait aucune connaissance ésotérique ou transcendante authentique sans elles. On commence par pratiquer la contemplation, qui peut être méditation, zazen, mantra, japa, prière intérieure, etc. Quand l'œil de contemplation est parfaitement entraîné, alors regardez. Vérifiez cette illumination directe avec d'autres, et surtout avec le professeur ou gourou. La vérification avec le gourou est comparable au corrigé de problèmes mathématiques avec le professeur lorsqu'on étudie la géométrie. Cette preuve finale, la plus élevée, est en définitive la preuve de l'existence de Dieu ou de la Nature de Bouddha

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29 ou de Tao — il ne s'agit pas d'une preuve empirique ni d'une preuve rationalo-philosophique, mais d'une preuve contemplative. « Notre raison d'être dans cette vie », dit SaintAugustin, « est de restaurer la santé de l'œil du cœur qui permet de voir Dieu. » Restaurer la santé de cet œil revient à le former, et donc à s'ouvrir à la connaissance « qui mène au salut ».

On dit parfois que la connaissance mystique n'est pas une connaissance authentique, parce qu'elle n'est pas publique, mais « privée » et qu'elle ne se prête donc pas à une validation consensuelle. Ceci n'est cependant pas tout à fait correct. Car le secret de la validation consensuelle dans les trois domaines est le même, à savoir : un œil entraîné est un œil public, faute de quoi il n'aurait pas été possible de le former au préalable; et un œil public est un œil collectif ou consensuel. La connaissance mathématique est une connaissance publique pour des mathématiciens formés (mais pas pour des non-mathématiciens); la connaissance contemplative est une connaissance publique pour tous les sages. Bien que la connaissance contemplative soit ineffable, elle n'est pas privée; elle est une vision partagée.

Un paradigme transcendantal complet doit se fonder sur l'œil de chair et sur l'œil de raison, mais également sur l'œil de contemplation. Cet œil renferme un mode de connaissance valable; il peut être partagé publiquement et vérifié collectivement. Rien de plus n'est possible; rien de plus n'est utile. Science et religion Le conflit entre la science empirique et la religion est, et a toujours été, un conflit entre les aspects pseudo-scientifiques de la religion et les aspects pseudo-religieux de la science. Dans la mesure où la science demeure la science et la religion la religion, tout conflit disparaît — ou plus exactement, tout conflit se manifestant est la conséquence d'une erreur catégorielle : les théologiens essaient de jouer aux scientifiques, ou les scientifiques aux théologiens. Il était courant autrefois que les théologiens se prennent pour des scientifiques, et parlent du Christ comme d'un fait historique, de la création comme d'un fait empirique et de Matérialisme scientifique Positivisme

30 l'immaculée conception comme d'un fait biologique, etc.; ce faisant, ils devaient s'attendre à rendre des comptes aux scientifiques sur tous ces points. Le point capital à retenir est le suivant : lorsque des théologiens parlent de faits empiriques, ils doivent être prêts à affronter des scientifiques; quand ils parlent de principes mentaux, ils doivent être prêts à affronter des philosophes ou des psychologues; mais lorsqu'ils pratiquent la contemplation, là ils évoluent dans leur monde propre. Un paradigme transcendantal complet devrait être en mesure d'englober, charitablement, les trois niveaux. En cela il différerait de la religion traditionnelle, de la philosophie/psychologie traditionnelle, et de la science traditionnelle — car il inclurait et intégrerait potentiellement chacune de ces disciplines. Plus près de nous, ce furent les scientifiques empiriques qui s'efforcèrent de se transformer en théologiens, voire en prophètes. Voilà qui fut tout aussi regrettable. Or quand des scientifiques empiriques usurpent le rôle de théologiens, ils doivent être en mesure de répondre aux questions pertinentes et impitoyables de contemplatifs. Ainsi, si le physicien dit : « La physique moderne démontre que toute chose est fondamentalement Une, tout comme le Tao ou Brahman », il pose une affirmation relative non seulement au domaine physique, mais encore à tous les domaines, aux ultimes et aux absolus. Le théologien pourra donc lui dire : « Ceci n'est qu'une idée exposée par l'œil de raison; quelle est votre méthode pour ouvrir l'œil de contemplation? Décrivez-moi, en langage injonctif, la procédure à suivre pour voir — pour voir directement — cette Unité. Si vous n'en êtes pas capable vous avez commis une erreur catégorielle : vous parlez du domaine contemplatif/méditatif en n'utilisant que l'œil de raison. »

La vérité est qu'il est possible d'être un bon physicien sans être pour autant concerné par le plan mystique ou transcendantal. On peut maîtriser la physique sans pour autant maîtriser l'éveil. Mais on ne peut pas devenir un bon Maître Zen sans devenir un mystique. Que l'étude en profondeur, sensible de la physique ait conduit certains physiciens (peut-être dix pour cent) vers une vision mystique du monde est riche en enseignement, non pas sur la physique en soi, mais sur ces scientifiques sensibles et nobles. Matérialisme scientifique Positivisme

31 Hélas, ceux-ci commettent souvent l'erreur catégorielle d'affirmer que des données physiques per se prouvent la réalité des états transcendantaux — une confusion compréhensible mais regrettable, et que la majorité des physiciens, qui ne sont pas des mystiques, n'éprouveront aucun mal à réfuter. Ainsi, il me semble que la règle la plus importante que doit respecter un paradigme transcendantal complet consiste à éviter de commettre des erreurs catégorielles : notamment confondre l'œil de chair avec l'œil de raison ou l'œil de contemplation (ou, dans les modèles plus détaillés, tels que le Védanta à cinq niveaux, confondre chacun de ces niveaux). Si une personne vous demande : « Avez-vous une preuve empirique de la transcendance? », ne paniquez pas. Commencez par lui expliquer les méthodes instrumentales de votre connaissance et invitez-la à y recourir personnellement. Si elle accepte de suivre le fil injonctif, elle acquiert le droit d'accéder à la communauté de ceux dont l'œil est ouvert au domaine transcendant. Tant qu'elle n'a pas fait cette démarche, elle n'est pas en mesure de se forger une opinion relative aux questions transcendantales. Nous ne sommes donc pas plus tenus de prendre en considération ses commentaires qu'un physicien confronté à un individu qui refuse d'étudier les mathématiques.

Nous nous trouvons aujourd'hui dans une position des plus favorables : nous pouvons prôner une approche équilibrée et intégrée de la réalité — un paradigme « nouveau et supérieur » — susceptible d'inclure l'œil de chair, l'œil de raison et l'œil de contemplation. Et je suis convaincu que l'histoire de la pensée démontrera en définitive que faire plus est impossible et faire moins, désastreux.

Chapitre 2
LE PROBLÈME DE LA PREUVE Nous avons vu qu'il existait trois modes de connaissance : sensoriel, symbolique et spirituel. Une question se pose désormais — comme elle s'est très certainement posée dans l'histoire de la philosophie, de la psychologie et de la religion : comment pouvons-nous nous assurer que le « savoir » acquis par l'un de ces modes est valable? Matérialisme scientifique Positivisme

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Ou encore — et cette formulation est plus importante — sur quelles bases pouvons-nous rejeter une « connaissance » en la qualifiant d'erronée? Données et connaissance Le terme « donnée » désigne ici toute expérience perçue de façon directe (« expérience » étant employé dans le sens large de préhension ou de connaissance). William James explique cette nuance en prenant pour exemple la perception d'une feuille de papier : « Si nous considérons notre vision personnelle du papier en faisant abstraction de tout autre événement, le papier vu et la vision du papier ne seraient que deux noms pour un fait indivisible qu'il serait correct de nommer la donnée, le phénomène ou l'expérience ». Je dis quant à moi (et je m'efforcerai de démontrer) qu'il existe des données légitimes — perceptions directes — dans les domaines de la chair, du mental et de l'esprit; c'est-à-dire des données réelles dans les domaines objectifs réels que nous pouvons nommer sensibilia, intelligibilia et transcendelia. C'est l'existence de ces domaines objectifs réels (sensoriel, mental et spirituel) et de leur données réelles qui constitue le fondement de la quête du savoir et qui garantit sa concrétisation. Remarquez que ce n'est pas la simplicité ni l'atomisme d'une donnée qui la définissent, dans n'importe quel domaine que ce soit, c'est la perception immédiate qu'on en a, son appréhension directe. Une donnée n'est pas nécessairement le plus petit élément d'expérience dans l'un ou l'autre domaine, mais la manifestation immédiate de l'expérience révélée quand on est introduit dans ce domaine. Ainsi, quand James parle de donnée dans le domaine de sensibilia, évoque-t-il l'expérience directe d'une feuille de papier, d'un tigre, des murs d'une chambre, etc. : tout ce qui est immédiatement perçu dans la sensibilia présente. Il est vrai que cette donnée sensorielle peut être minuscule — la rétine humaine, par exemple, est capable de percevoir un photon unique, et dans ce registre immédiat, le photon (ou quoi que ce soit) constitue la donnée sensorielle. Mais celle-ci peut également être très grande et très complexe — un coucher de soleil, le ciel nocturne, la vue que l'on a du sommet d'une colline, etc.

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33 L'important n'est pas tant la taille ou la complexité, que l'immédiateté de l'expérience directe. (En fait, maints philosophes qualifient d'intuition cette perception directe de sensibilia — James et Kant, par exemple. Il convient toutefois de ne pas confondre cette intuition sensorielle avec l'intuition spirituelle ni même avec l'intuition mentale, ainsi que Kant prit soin de le faire remarquer. Quand j'emploie le terme « intuition » dans ce sens large, il ne signifie rien de plus que perception directe et immédiate dans l'un ou l'autre domaine, et c'est cette perception, cette expérience ou cette intuition directe qui définit le mieux une donnée.)

Les mêmes remarques s'appliquent aux données relevant d' intelligibilia et de transcendelia.

Dans le domaine d'intelligibilia, par exemple, une expérience mentale présente, instantanée, immédiate, quelle que soit sa nature, est une donnée, une donnée mentale (ou une série de données mentales). La donnée peut être brève ou atomistique — une simple image, une pensée fugace — ou complexe et soutenue — la compréhension de la signification globale d'une phrase, la perception d'une idée, un souvenir persistant. Dans l'un ou l'autre cas — la donnée mentale n'est que l'expérience mentale, de type gestalt, immédiate, quelles que soient sa « taille », sa complexité ou sa durée. Même si vous songez à quelque événement passé ou si vous anticipez des actions futures, la pensée en soi est un événement présent perçu et expérimenté de façon immédiate — il s'agit donc d'une donnée.

Dans le champ du langage, les analystes qualifient souvent l'appréhension présente et directe de symboles d' « intuition linguistique ». Dès que vous maîtrisez une langue particulière, vous connaissez tout simplement (ou comprenez intuitivement) la signification des mots courants. Et même durant la période où vous étudiez la langue, vous expérimentez directement les symboles eux-mêmes à chaque fois que vous les « pensez », même si vous ne connaissez pas encore leur signification. Le fait est que dans un cas comme dans l'autre, vous les voyez avec l'œil de raison et cette « vision » est en soi directe et immédiate. S'il s'ensuit une compréhension du symbole, sa perception devient la donnée mentale directe et immédiate, etc.

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34 Ainsi, qu'il s'agisse d'une lettre, d'un mot, d'une phrase, d'une idée — dans chaque cas la donnée mentale est simplement l'expérience mentale immédiate, quelle qu'elle soit.

Il en va de même dans le domaine de transcendelia. Une donnée peut être une intuition spirituelle unique, une illumination collective, une perception gnostique particulière ou un satori complet — toutes ces données transcendantales font l'objet d'une perception ou d'une intuition par l'œil de la contemplation. Une fois de plus ce n'est pas tant la complexité que l'immédiateté ou la spontanéité qui définit le mieux une donnée.

La signification d' « expérience » et d' « empirisme »

Nous avons dit qu'une donnée est toute expérience immédiate dans n'importe lequel des trois domaines — sensoriel, mental ou transcendantal.

Dans tous ces sens plus larges, « expérience » est simplement synonyme de perception directe, d'appréhension immédiate, d'intuition — sensorielles, mentales et spirituelles. Nous voyons ainsi que dans un sens très précis toute connaissance se fonde sur l'expérience (comme le prétendent les empiristes) — mais pas sur l'expérience sensorielle (contrairement à ce qu'ils prétendent). Ainsi, les vérités a priori ou rationnelles sont celles dont je fais l'expérience dans le domaine mental mais non dans le domaine sensoriel (par exemple, les mathématiques). Et les vérités transcendantales sont celles dont je fais l'expérience dans le domaine spirituel mais pas dans les domaines mental et sensoriel (par exemple, le satori).

En ce sens, il existe toutes sortes de connaissances qui échappent à l'expérience sensorielle, mais aucune ne se situe hors du champ de l'expérience en général. Sensibilia, intelligibilia et transcendelia peuvent toutes s'ouvrir à une perception ou à une intuition expérimentale directe et immédiate, et ces perceptions constituent les données de la quête du savoir dans chacun de ces domaines.

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35 Chacun des trois modes de connaissance a donc accès à des données (expérimentales) réelles dans leurs domaines respectifs — à des données sensorielles, à des données intelligibles et à des données transcendantales — et les données se caractérisent dans chaque cas par leur perception immédiate ou intuitive. Cette immédiateté intuitive doit constituer, James ne l'ignorait pas, l'élément définitionnel des données et notre seul point de départ, faute de quoi nous nous retrouvons pris dans une régression infinie.

Intéressons-nous tout d'abord aux principes abstraits d'accumulation et de vérification de données. Ainsi que nous l'avons suggéré au chapitre précédent, la collecte de données valables dans l'un ou l'autre domaine se fonde sur trois composantes essentielles : 1. Injonction instrumentale. Qui se présente toujours sous la forme : « Si vous désirez savoir ceci, faites cela. » 2. Perception intuitive. Il s'agit d'une perception, d'une préhension ou d'une expérience immédiate cognitives du domaine objectif (ou d'un aspect du domaine objectif) en réponse à l'injonction; c'est-à-dire, la perception immédiate de données. 3. Confirmation collective. Il s'agit d'une vérification des résultats (perception ou données) avec d'autres personnes ayant respecté les phases injonctive et perceptive.

Voyons maintenant quelques exemples de ces trois phases telles qu'elles se manifestent dans les domaines de sensibilia, intelligibilia et transcendelia. Mon intention ici est de montrer que si les trois mêmes phases abstraites opèrent dans chacun, les méthodologies réelles ou concrètes diffèrent dans une mesure considérable (en raison des différences de structures hiérarchiques des données ou des domaines objectifs eux-mêmes).

Investigation empirico-analytique Concentrons-nous sur le domaine de sensibilia — occasions empiriques ou sensorimotrices — et supposons que vous désiriez vérifier si le volume d'hydrogène libéré par l'électrolyse de l'eau est bien égal à deux fois le volume d'oxygène. Vous devez : (1) apprendre à pratiquer une électrolyse, fabriquer l'équipement nécessaire, réaliser l'expérience, isoler les gaz (injonctions); Matérialisme scientifique Positivisme

36 (2) examiner et mesurer les volumes de gaz obtenus (perceptions); et (3) comparer vos données à celles d'autres chercheurs afin d'obtenir une confirmation de résultats.

Nous pourrions multiplier indéfiniment les exemples concrets de ce type, mais l'important est de bien comprendre que tout scientifique empirique réalisant une recherche véritable (c'est-à-dire rassemblant des données), suit des injonctions, appréhende des données (de manière directe ou via une instrumentation sensorielle) et s'assure ensuite que ses résultats suscitent un accord consensuel. C'est ainsi que se construit la base de données de la science analyticoempirique. Toute donnée satisfaisant à chacune de ces trois phases est provisoirement acceptée comme étant valable. L'essentiel est cependant que ces trois phases permettent en outre de rejeter des données apparemment erronées. Car, ainsi que Karl Popper l'a clairement expliqué, s'il n'existe pas de moyen d'infirmer une donnée, au moins sur un plan théorique, celle-ci ne peut accéder au statut cognitif — s'il n'existe pas de moyen d'infirmer un fait, il n'existe pas non plus de moyen de démontrer son exactitude. Les trois phases fournissent un « mécanisme d'infirmation » potentiel et ceci constitue la clé de leur succès. Le problème est le suivant : du fait même de leur nature définitionnelle, les données (de quelque domaine que ce soit) se présentent à la conscience, de manière immédiate, intuitive et apparemment irréfutable, toutefois cette présentation (la perception) dépend d'une injonction ou d'un instrument préalables, or il arrive que nos instruments de connaissance, qu'ils soient scientifiques, personnels ou spirituels, se révèlent imparfaits. Prenons un exemple simple : un individu souffrant de cataracte pourra voir deux lunes — cette donnée est cependant erronée parce que l'instrument est trouble. Elle est immédiate, directe et évidente — il semble vraiment qu'il y ait deux lunes — mais elle n'en est pas moins erronée. Les trois phases nous aident à rectifier cette erreur. Dans l'exemple cidessus, l'individu se tournera vers ses amis et leur demandera : « Voyez-vous aussi deux lunes? » sa donnée empirique, sa sensibilia, sera aussitôt réfutée.

Ainsi, dans le cadre d'une investigation empirique, un fait « erroné » (résultat, par exemple, d'une expérience mal conduite) sera réfuté non seulement par les autres faits, mais encore par la communauté des chercheurs, et c'est cette réfutation potentielle qui constitue le principe de « non-vérifiabilité » de Popper. Matérialisme scientifique Positivisme

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Investigation mentalo-phénoménologique Nous retrouvons les trois mêmes phases abstraites dans la récolte de données linguistiques, noétiques ou mentalo-phénoménologiques valables, mais la méthodologie proprement dite diffère considérablement, du fait que le domaine objectif considéré n'est plus celui de sensibilia mais d'intelligibilia. Les « objets » que nous observons ici sont des pensées — leur structure et leur forme — telles qu'elles se manifestent de façon immédiate à l'œil mental intérieur.

Prenons, à titre d'exemple initial, le champ des mathématiques, car nous y retrouvons les trois mêmes phases essentielles. G. Spencer Brown dit : « La forme primaire de la communication mathématique n'est pas la description, mais l'injonction (phase 1). A cet égard elle est comparable à des formes d'art pratiques telles que la cuisine, dans laquelle le goût d'un gâteau, quoique littéralement indescriptible, peut être communiqué à un lecteur sous la forme d'un ensemble d'injonctions nommé recette... La science naturelle elle-même [c'est-à-dire empirico-analytique] semble dépendre d'injonctions. La formation professionnelle de l'homme de science consiste moins à lire les manuels appropriés [quoique ceux-ci véhiculent également des injonctions], qu'à obéir à des instructions telles que : « Regardez dans ce microscope » [comme dans l'exemple mentionné au premier chapitre].

Mais il n'est pas déplacé pour des scientifiques [empiriques] qui ont regardé à travers le microscope [phase 1], d'échanger leurs réflexions [ph. 3] quant à ce qu'ils ont vu [avec l'œil de chair; ph. 2]; et d'écrire des articles et des manuels consacrés à leurs observations. De même, il n'est pas déplacé pour des mathématiciens, ayant obéi à un ensemble donné d'injonctions [par exemple : imaginez deux droites parallèles se rencontrant à l'infini; représentez-vous la section d'un trapézoïde; calculez le carré de l'hypoténuse, etc.; ph. 1], d'échanger leurs réflexions [ph. 3] quant à ce qu'ils ont vu [avec l'œil de raison; ph. 2], et d'écrire des manuels consacrés à leurs observations.

Mais dans chaque cas, la description dépend de, et est soumise à, l'ensemble d'injonctions qu'il convient de respecter au préalable. »

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38 La nuance importante est, ainsi que nous l'avons dit, la suivante, dans les sciences empiriques, les données (ou leurs macro-effets) peuvent être vues ou expérimentées avec l'œil de chair (ou ses extensions); en phénoménologie rationnelle, y compris les mathématiques, la donnée elle-même est vue ou expérimentée par l'œil de raison. Les injonctions s'adressent à un domaine objectif différent, celui d'intelligibilia et non plus celui de sensibilia.

L'important est qu'il existe des faits, des vérités ou des données mentalophénoménologiques, mais pour qu'ils soient reconnus en tant que tels, ils doivent passer le test des trois phases et toute hypothèse ne réussissant pas cette épreuve sera réfutée par la structure même du domaine intersubjectif d'intelligibilia (les autres faits mentaux eux-mêmes et la communauté des interprètes). Ceci constitue, pour l'intelligibilia, un test expérimental —

Voici qu'apparaît déjà l'une des différences profondes existant entre l'investigation empirico-analytique et l'investigation mentalo-phénoménologique.

Il existe plusieurs manières d'exprimer ces différences importantes entre l'investigation empirico-analytique et l'investigation mentalo-phénoménologique :

1. L'investigation empirico-analytique est pratiquée par un sujet sur un objet; l'investigation mentalo-phénoménologique est pratiquée par un sujet (ou symbole) sur-ou avec d'autres sujets (ou symboles). 2. En matière d'investigation empirico-analytique, le référent de la connaissance conceptuelle n'est pas la connaissance conceptuelle; en phénoménologie mentale, le référent de la connaissance conceptuelle est le processus de connaissance conceptuelle lui-même (ou la structure des idées, du langage, de la communication, des intentions, etc.). En termes plus simples : les faits (données) de l'investigation empiricoanalytique sont des objets; les faits (données) de la phénoménologie mentale sont des pensées. 4. En matière d'investigation empirico-analytique, les propositions ellesmêmes sont intentionnelles (symboliques), mais les données sont nonintentionnelles (pré-symboliques); en phénoménologie mentale, les propositions et les données sont toutes deux intentionnelles et symboliques. 5. L'investigation empirico-analytique porte essentiellement sur des objets de la nature; la phénoménologie mentale porte essentiellement sur des Matérialisme scientifique Positivisme

39 symboles de l'histoire. « Parmi les prémices les plus importantes, il conviendrait de citer la distinction entre la nature [révélée par, ou sous forme de, sensibilia] et l'histoire humaine [révélée par, ou sous forme d'intelligibilia]. 6. Mais la distinction la plus importante, et certainement l'une des plus simples à utiliser, est peut-être la suivante :

L'investigation empirico-analytique est un monologue — un investigateur symbolisant observe une situation non-symbolisante; la phénoménologie mentale est en revanche un dialogue — un investigateur symbolisant observe des situations symbolisantes. Le paradigme de l'investigation empirico-analytique est : « Je vois la pierre »; le paradigme de l'investigation mentalo-phénoménologique est : « Je vous parle et vice versa ».

L'investigation empirico-analytique peut se dérouler sans que le sujet parle à l'objet de l'investigation — aucun scientifique empirique ne parle à des électrons, au plastique, aux molécules, aux protozoaires, aux fougères, ni à quoi que ce soit, parce qu'il étudie des entités préverbales. Mais le champ même de l'investigation mentalo-phénoménologique est l'échange

communicatif ou les relations intersubjectives et inter-symboliques (langage et logique), et cette phénoménologie mentale dépend dans une large mesure du fait de parler à-et avec-le sujet de l'investigation. Or toute science qui parle à son sujet d'investigation n'est pas empirique mais phénoménologique; elle ne monologue pas, elle dialogue.

7. Bref, l'investigation empirico-analytique puise ses données essentielles dans sensibilia; la phénoménologie mentale puise les siennes dans intelligibilia.

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William D. Phillips Le dialogue vu par des scientifiques

Prix Nobel de Physique obtenu en 1997 pour sa co-découverte de méthodes permettant de refroidir et de capturer des atomes avec la lumière du laser. Il a rejoint l’Institut National des Standards et de la Technologie américaine en 1978 où il est en charge du Groupe de Refroidissement des Atomes par Laser dans la Division de Physique Atomique. Il est professeur de Physique à l’Université de Maryland.* Abstract (Phillips doit envoyer un papier pour le dossier de presse) : De nombreux scientifiques sont également dotés de croyances scientifiques conventionnelles. Moi-même, en tant que physicien croyant, en suis un exemple. Ce texte explore la nature de mes croyances et la relation existant entre ma science et ma croyance. J’y compare ma compréhension des domaines religieux et scientifique. Alors qu’en ce qui me concerne, la science et la religion sont parfaitement distinctes à bien des égards (par exemple dans la viabilité d’une revendication), elles partagent également de nombreux traits (par exemple des conclusions basées sur une connaissance reçue, l’expérience et la raison). Ma croyance religieuse n’est pas dénuée de fondement ou irrationnelle, ni scientifique. Introduction Je suis né dans une famille qui ne plaisantait pas avec la religion. Nous priions et avant les repas et avant de nous coucher. Nous appartenions à une église Méthodiste et assistions à la messe de l’école aussi bien qu’aux offices du Dimanche. En bref, l’enfant que j’étais percevait sa famille à l’image de la plupart des autres qu’il connaissait. Il ne m’était donc jamais venu à l’esprit que la foi religieuse pût ne pas être naturelle ni ne faire partie de la vie. Aussi longtemps que je me souvienne, je me suis toujours beaucoup intéressé à la science. Au début, je suppose qu’il s’agissait simplement d’une curiosité enfantine : découvrir la façon dont les choses fonctionnent. Mais lorsqu’on m’a appris que l’on pouvait faire de cette curiosité une profession, j’ai compris que c’était le métier que j’avais vraiment envie d’exercer. À 10 ans environ, je savais que je voulais devenir physicien. Peut-être était-ce parce que la physique était plus hygiénique et moins odorante que la chimie et la biologie (bien que je sois toujours fasciné par ces disciplines) ou peut-être était-ce parce que la physique aborde

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les questions les plus fondamentales quant à la façon dont l’Univers fonctionne (bien qu’à cette époque je n’eus presque aucune notion de ce que ces questions voulaient dire et impliquaient) ? Quoi qu’il en soit, j’étais voué à devenir physicien et physicien je suis aujourd’hui ! Reste qu’il ne me semblait pas, alors, qu’il y eut de conflits fondamentaux entre mon intérêt pour la science et mon terrain d’entente avec la religion. Bien sûr, je savais que les histoires racontées par la Bible, et plus précisément les explications sur la Création, étaient littéralement en conflit avec la perception et la compréhension scientifique des origines de l’Univers et de ses habitants. Mais lorsque je fus en âge de percevoir clairement ces conflits, j’avais également appris l’existence d’une variété d’expressions littéraires, et les façons dont le sens profond émerge de procédés tels que celui des métaphores, des allégories et de la poésie. Mes parents aussi bien que le Pasteur m’encourageaient à être attentif au message spirituel des Écritures. La science était une chose, la religion en était une autre, et il n’y avait aucun problème. Aujourd’hui, je suis toujours un membre de l’Église, de même que je chante au sein d’une chorale Gospel. Notre famille prie avant les repas, se rend à l’Église presque tous les Dimanches et… je prie globalement moins souvent que je ne le devrais ! Ma perception de la religion est plus libérale que celle de certains et plus conservative que celle d’autres personnes. En bref, ma vie religieuse est assez conventionnelle. Il en est de même pour ma vie scientifique ! Je suis membre de la Société Américaine de Physique, l’organisation professionnelle des physiciens. J’écris des articles et donne des conférences qui sont accueillies de la façon dont toute conférence de physicien peut l’être, c’est-à-dire parfois avec respect, parfois avec scepticisme. J’ai l’honneur de diriger un groupe de 15 à 20 scientifiques à l’Institut National des Standards et Technologies (National Institute of Standards and Technology), personnes dont l’enthousiasme et l’intelligence me donnent envie de me lever le matin pour aller travailler. En tant que professeur à l’Université de Maryland, j’ai le plaisir d’enseigner la physique à des étudiants dont les questions suscitent en moi autant de defis personnels que de satisfaction à leur répondre. En bref, je suis un physicien ordinaire. Être un scientifique ordinaire doublé d’un Chrétien ordinaire me semble naturel. Cela semble tout aussi naturel à de nombreux scientifiques que je connais qui sont également de vrais croyants. Cependant, aux yeux de certaines personnes, il semble étrange, voire très étonnant, que quelqu’un puisse avoir une démarche sérieuse tout à la fois vis-à-vis de la science et vis-à-vis de la foi. Je vais maintenant essayer de montrer la façon dont ces deux aspects de ma vie fonctionnent et comment ils s’influencent l’un l’autre et s’informent respectivement. Il ne va s’agir, essentiellement, que du témoignage d’une personne ordinaire qui peut être sérieuse autant en ce qui concerne la science que la foi.

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Ma Science Je me compare un peu à la mécanique quantique. C’est-à-dire que, telle la façon pratique dont la mécanique d’une voiture fonctionne, je travaille de manière pratique sur la nature quantique d’atomes et de lumière. La mécanique quantique est la théorie de la physique qui décrit comment, au niveau submicroscopique, les atomes et les photons (particules de lumière) se comportent. Il s’agit d’une théorie qui a fait ses preuves et qui, autant que l’on puisse l’affirmer, décrit avec exactitude tout ce qui a trait au phénomène ordinaire que l’on vit chaque jour, auquel s’ajoute des phénomènes extrêmement riches qui ne sont perçus que via les instruments specialisés des physiciens quantiques. Le comportement des choses au niveau quantique (microscopique) est incroyablement différent de celui, plus familier, des objets plus grands (macroscopiques). Par exemple, dans la vie ordinaire, nous sommes habitués à affirmer que nous ne pouvons nous trouver en deux lieux différents en même temps (nous n’avons pas le don d’ubiquité). Par contre, dans l’univers quantique, il est commun qu’un atome, un photon ou un électron se trouvent en deux lieux différents au même moment. Dans le monde macroscopique, où ont lieu des événements ordinaires, les objets ont des propriétés qui ne s’altèrent pas du fait qu’on les observe ou non. Le panneau « sens unique » d’une rue indique, selon son emplacement, soit la direction Est, soit l’Ouest. Si nous devons le regarder pour savoir quel sens nous est interdit, puisqu’il s’agit d’un panneau usuel, nous n’avons pas besoin de le regarder pour savoir qu’il indique en soi et quoi qu’il en soit une direction (qui nous est interdite). En physique quantique, par contre, un atome peut tout à la fois pointer simultanément l’est et l’ouest. Et, lorsqu’on en fait l’expérience, on peut démontrer qu’il est erroné de supposer qu’il indique déjà une direction ou une autre avant même d’être observé par un oeil humain. Si ces caractéristiques de mécanique quantique paraissent étranges, voire confuses, à des non physiciens, soyez certains qu’elles le sont également pour des physiciens ! Nous ne prétendons pas comprendre la raison pour laquelle les choses fonctionnent aussi singulièrement ; nous savons simplement qu’elles le font et à partir de cette connaissance, nous réalisons des choses utiles. Nombre de choses que nous pensons aller de soi dans cette vie moderne (l’électroménager, par exemple) n’existent que parce que des scientifiques et des ingénieurs ont compris les aspects singuliers de la physique quantique et ont su créer des procédés à partir de ceux-ci. Je cohabite chaque jour avec les comportements pour le moins étranges de ces objets. Ils me sont aussi familiers que ne peut l’être le fonctionnement interne d’un engin à combustion pour un mécanicien automobile. Si je pense à l’étrangeté de la mécanique quantique, je suis aussi dérouté que quiconque. Mais je peux utiliser ma connaissance de ce comportement étrange pour obtenir des resultats qui sont aussi fiables que l’est celui du

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fonctionnement d’une automobile (bien entendu, les voitures, tout comme mes expériences en laboratoire, ne sont pas parfaitement fiables, mais ces défauts ne sont pas le résultat de problèmes fondamentaux inhérents à la compréhension de la mécanique des voitures ou de la mécanique quantique des atomes). Mon travail de recherche s’est axé sur le refroidissement par laser et la capture des atomes [1]. Aussi surprenant que cela puisse paraître, en braquant de la lumière sur un gaz d’atome… on peut le refroidir. Les températures atteintes figurent parmi les plus faibles observées pour n’importe laquelle des substances existantes – moins d’un millionième de degré au-dessus du zéro absolu. Cette température incroyablement faible implique que les atomes se déplacent extrêmement doucement, moins d’un centimètre par seconde (cela doit être comparé aux centaines de mètres par seconde parcourus par des gaz atomiques à une température se rapprochant de celle de la pièce). Lorsque des atomes se déplacent aussi doucement, leur caractère ondulatoire devient de plus en plus évident. En effet, autre aspect étrange et merveilleux de la nature : la physique quantique nous apprend que toutes les particules se comportent également comme des ondes. En revanche, lorsque les particules sont lourdes ou se déplacent rapidement, la longueur d’onde est tellement faible qu’habituellement, le caractère ondulatoire n’en est pas manifeste. Mais lorsque la vitesse de la lumière ou d’un atome est réduite à moins d’un centimètre par seconde, la longueur d’onde peut devenir plus importante que celle de la lumière visible. Ainsi, le caractère ondulatoire de l’atome peut devenir manifeste même au niveau macroscopique, à une échelle bien plus importante que les dimensions atomiques. Au cours de certaines de nos expériences, nous mettons des atomes de gaz dans un état particulier, appelé le « condensé Bose-Einstein ». Cet mise en « état » n’a été rendue possible que ces dernières années [2]. Dans un condensé, les atomes peuvent atteindre une longueur d’onde plus grande qu’un dixième de millimètre : assez importante pour que quelqu’un doté d’une bonne vue puisse la voir à l’oeil nu. D’une certaine façon, mon groupe de recherche, ainsi que d’autres qui effectuent le même travail, amenons certains des aspects étranges et étonnants de la mécanique quantique depuis le niveau subatomique jusqu’au monde macroscopique. Bien que notre intuition relative à ce qui arrive en ces circonstances ne soit souvent pas très bonne, il nous est toujours apparu que la mécanique quantique continue à donner une description exacte de ce que nous observons. Les expériences réalisées sur les atomes refroidis par les lasers et sur les condensés Bose-Einstein ont des applications à la fois fondamentales et pratiques. Une de ses applications pratiques peut être observée dans au moins 3 pays, qui, suite à de forts éboulements en 2001, utilisent désormais des horloges atomiques fonctionnant avec des atomes lasers refroidis afin que ces dernières leur fournissent leur temps national standard. Et le futur promet d’être encore plus excitant ! Nous espérons pouvoir utiliser les atomes

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refroidis par les lasers comme des « qubits » (morceaux d’atomes) dans les processeurs d’information quantique – ordinateurs quantiques qui seront différents des ordinateurs contemporains d’une façon plus fondamentale que les machines d’aujourd’hui ne diffèrent des bouliers. Ces nouveaux ordinateurs quantiques auront en leur coeur l’étrangeté quantique qui est si intriguante pour les physiciens et pourraient être à même de résoudre des problèmes ingérables par des ordinateurs ordinaires. Ma Foi Être décrit comme religieux m’embarrasse. Je suppose que cela est dû au fait que pour moi, le terme implique nécessairement que la personne est plus concernée par l’apparence extérieure conférée aux pratiques religieuses que par le noyau spirituel de la religion. Ainsi, je préfère me décrire comme une personne de foi. L’auteur de l’Épître aux Hébreux décrit la foi comme « la substance des choses espérées, l’évidence des choses non vues » (« the substance of things hoped for, the evidence of things not seen » [Hébreux 11:1 (KJV)]). Je trouve cette déclaration à la fois magnifique et profonde. La juxtaposition des mots solides « substance » et « evidence » et des descriptions éthérées « espoir pour » et « non vues » insiste sur le fait que la foi est croyance et qu’elle a un fondement différent de celui associé à la connaissance scientifique. Quelqu’un m’a récemment posé la question suivante : « Pouvez-vous imaginer qu’une preuve quelconque puisse un jour vous faire arrêter de croire en Dieu ? » La question est de grande importance car n’importe laquelle des hypothèses scientifiques doit être falsifiable. C’est-à-dire que l’on doit être capable de spécifier ce qui prouverait que l’hypothèse est fausse. Les énoncés qui ne sont pas falsifiables ne sont pas des énoncés scientifiques. Ma réponse à la question relative à Dieu est : « Non, rien ne pourrait me faire arrêter de croire en Dieu [3]. » Ma définition prouve que la croyance n’est pas d’ordre scientifique. Cela dit, je tiens à souligner le fait que ma connaissance scientifique soutient ma foi. Si cette dernière est non-scientifique (je ne dit pas anti-scientifique), elle n’en est pas irrationnelle pour autant ! Lorsque j’observe l’ordre, la compréhension et la beauté de l’Univers, j’en viens à la conclusion que ce que je vois a été créé à dessein par une intelligence supérieure. Mon appréciation scientifique de la cohérence et de la merveilleuse simplicité de la physique renforcent ma croyance en Dieu. La structure de l’Univers semble être mystérieusement adaptée au développement de la vie. Le moindre petit changement de l’une des constantes fondamentales de la nature (par

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exemple, de ces chiffres qui décrivent la valeur de la force existant entre deux électrons) ou des conditions initiales de l’Univers (comme la quantité totale de matière) aurait été un obstacle au développement de la vie – telle que nous la connaissons. Pourquoi l’Univers est-il si incroyablement adapté à l’émergence de la vie ? Et plus encore, pourquoi l’Univers est-il si scrupuleusement adapté à notre existence à nous ? Certains répondent simplement que si cela n’avait pas été le cas, nous ne serions pas là pour nous en poser la question (c’est le Principe Anthropique Faible). Cependant, cela ne répond pas à la question de pourquoi, parmi l’infinité d’univers qui eûssent été possibles, le nôtre soutient-il et maintient-il la vie intelligente ? Cela semble tellement improbable que nombre de personnes en concluent que l’Univers tel qu’il est ne peut avoir été que conçu par un Créateur avisé. Cela constitue-t-il une preuve scientifique légitime pour prouver l’existence d’un créateur intelligent ? Cela se pourrait. Reste que cette preuve n’est pas partagée universellement. D’ailleurs, certains scientifiques, plus qualifiés et souvent plus intelligents que moi, des personnes qui connaissent davantage l’ordre et la beauté du cosmos, sont arrivés à une conclusion inverse (de même que de meilleurs scientifiques sont arrivés à la même conclusion que la mienne). L’hypothèse de l’existence d’univers multiples pose la question de la probabilité infime d’obtenir un univers adapté à la vie (bien que cette hypothèse, du moins pour le moment, ne soit pas plus démontrée que la croyance en l’existence d’un Dieu). J’ai le sentiment (un sentiment pour beaucoup dénué de fondement scientifique ou théologique) que nous ne trouverons jamais de preuves scientifiques à même de justifier l’existence de Dieu de façon convainquante. Je soupçonne Dieu de ne pas laisser Ses « Empreintes » sur Son oeuvre. Un sage affirma que « s’il existait des preuves parfaitement convainquantes de l’existence de Dieu, alors, quelle serait l’utilité de la foi ? » Quoi qu’il en soit, de nombreux scientifiques trouvent la preuve d’ordre scientifique suffisamment imposante et irrésistible pour croire en un créateur doué d’intelligence, créateur qui aurait fait surgir êtres et mouvements dans tout ce que l’on voit autour de nous. Certains souscrivent à une croyance appelée « le Dieu d’Einstein » : une incarnation de l’intelligence et de l’ordre derrière la création, cependant dénuée de la personnalité qui serait soucieuse de sa création et interfèrerait avec elle. En bref, il ne s’agit pas du Dieu de la religion traditionnelle. Il y a autant de variétés de ce genre de croyances qu’il existe de croyants. Ce genre de croyances a suscité une très belle expression poétique , dans laquelle une scientifique identifie son hymne favori : « Immortel, Invisible, Dieu le Plus Sage », par Walter Chalmers Smith, 1867 :

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Immortel, invisible, Dieu le plus sage, Dans la lumière inaccessible, se cache de nos yeux, Tout haut nous t’implorons : Oh aide-nous à voir La splendeur de la lumière cachée en toi. « Immortel, Invisible » est un hymne merveilleux, mais il place Dieu tellement loin des hommes qu’il ne peut figurer sur ma liste des 20 meilleurs hymnes ! Parmi mes favoris, se trouve « Dans le Jardin », par C. Austin Miles, 1913, avec son adorable refrain : Et il marche avec moi, et il parle avec moi, Et il me dit que je lui appartiens ; Et la joie que nous partageons alors que nous restons là, Personne ne l’a jamais connue. « Dans le Jardin » exprime ma croyance dans un Dieu personnel, un Dieu qui est à la fois le créateur de l’Univers et un être intimement concerné par le bien-être des créatures de cet univers. Le « Dieu d’Einstein » n’est pas tout à fait suffisant pour moi. Je crois en un Dieu qui veut de bonnes choses pour nous et qui désir, et attend de nous, de nous occuper de nos semblables. Je crois que Dieu souhaite de la sincérité, des relations aimantes autant envers soi-même qu’entre chacun de nous. Je ne sais comment je peux me reposer sur la beauté et la symétrie de la nature, ou sur l’improbable précision du réglage de l’Univers en astronomie pour soutenir ce genre de croyance. Alors pourquoi crois-je en un Dieu personnel et aimant ? Un autre de mes hymnes favoris me revient en mémoire, peut-être le premier que j’ai appris étant enfant : « Jésus m’aime ! Cela, je le sais, car la Bible me le dit » (Anna B. Warner, 1860). Je crois en la nature aimante de Dieu grace à ce que l’on m’a appris des écritures, des traditions transmises de siècle en siècle, et de la sagesse reçue de mes parents et professeurs. Mais il y a plus encore. Je suis persuadé de la véracité de ce en quoi je crois concernant Dieu car je peux sentir la présence de Dieu dans ma vie et dans le monde. La prière me conforte et m’aide à faire de bons choix. Les gens sont gentils et bons, sacrifiant leur bien-être personnel au bénéfice de celui des autres. Tout cela fait partie de « l’évidence des choses invisibles » qui me convainquent de la réalité d’un Dieu aimant. Bien entendu, je suis au courant des débats instaurés par ceux qui y sont opposés et formulent ainsi leur argumentaire : le recueillement laïque peut générer des états equivalents à ceux issus de la prière ; la valeur psychologique et/ou de survie mène à des attitudes altruistes. Quoi qu’il en soit, je crois.

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Ces croyances se maintiennent-elles sans le moindre doute ? Difficilement ! Je me suis souvent posé la question de savoir si cette croyance en Dieu était juste une béquille psychologique ou une acceptation de la tradition non remise en cause. De temps en temps, je me demande si je n’ai pas tout faux concernant Dieu : peut-être que Dieu n’est pas une personne mais seulement la somme mal définie d’une myriade de consciences de l’Univers. Reste que je n’ai pas ce genre de doutes concernant la physique, et cela représente une différence importante entre ma science et ma foi. Mais j’accepte que ce genre de doutes fasse partie de la vie de la foi. L’histoire de Thomas [Jean 20:24-29] fait partie, je pense, de ce qui, dans l’écriture, peut nous amener à considérer comme normal le fait de douter. Si Thomas, qui était un disciple et un compagnon quotidien de Jésus, a des doutes, alors il n’y a aucune raison pour qu’il soit mal que l’on en ait à notre tour. Parmi les choses qui fomentent le doute chez une personne de foi se trouvent les questionnements difficiles que doit affronter toute personne, scientifique ou non, se prévalant de croire en un Dieu personnel, aimant et actif. Dans mon esprit, la question principale est « pourquoi y a-t-il de la souffrance dans le monde ? » Bien entendu, une partie de la souffrance est le résultat des péchés de ceux qui souffrent. Les gens qui abusent de la drogue et de l’alcool finissent par en souffrir. Ce qui est moins facile à accepter, c’est que des personnes innocentes souffrent à cause des méfaits des autres : les enfants et la famille des personnes qui se droguent, par exemple. Mais si Dieu veut entretenir des relations sincères avec nous, alors nous devons être également libres de le rejeter ainsi que tout ce qu’il souhaite pour nous. La souffrance des coupables comme celle des innocents, en tant que résultat du péché, devrait nous paraître l’une des dérives inévitables du cadeau que Dieu nous a fait : le libre-arbitre. Ce qui pourrait être plus difficile à comprendre, c’est la souffrance de personnes innocentes dûe à des événements imprévisibles, hors de tout contrôle humain. Pourquoi Dieu a-t-il créé un monde dans lequel les volcans détruisent des villes entières et au sein duquel les maladies provoquent un mal indicible chez de jeunes enfants ? Je n’en sais rien. Cette question est aussi vieille que la religion elle-même, et la réponse reste aussi mystérieuse qu’elle l’a toujours été. Le livre de Job, tel que je le vois, a été écrit afin de poser cette question précise, et ce que je comprends de la réponse qui y est donnée, c’est qu’il y a simplement des choses que nous sommes et serons amenés à ne pas comprendre. Cela peut être celle d’avoir un monde dans lequel les créatures de Dieu sont réellement libres de faire des choix, et au sein duquel Dieu devait permettre la possibilité d’une telle souffrance iméritée. Cela peut être ainsi, mais je n’en ai aucune idée.

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Un autre problème difficile – et plus particulièrement pour les chrétiens –, c’est le statut de ceux qui ont une autre foi. En tant que Chrétien, je crois que Jésus révèle et dévoile l’existence de Dieu : je crois que Jésus est la preuve vivante du désir de Dieu de communiquer directement avec nous. Jésus, à travers sa vie et sa mort sacrificielles, nous réconcilie avec Dieu et nous garantie la vie éternelle. Alors qu’en est-il de ceux qui n’acceptent pas cette vision de Jésus ? Et qu’en est-il de tous ceux qui acceptent les principes de comportements préchés par Jésus, et qui vivent selon ces principes bien mieux que moi ? Après tout, Jésus a souvent dit qu’il ne faisait que précher ce que la Loi et les prophètes avaient enseignés il y a de cela fort longtemps. De nouveau, je n’en sais rien ! Pour moi, Jésus est « le chemin, et la vérité et la vie » [Jean 14:6]. Mais je ne peux prétendre (à) parler à la place de Dieu et dire que d’autres, qui empruntent un chemin spirituel différent, sont sur la mauvaise voie. D’ailleurs, l’une des bénédictions du projet de ce livre, c’est d’avoir pu apprendre de l’expérience d’autres scientifiques, dotés de fois différentes. J’ai été bien plus impressionné par les similitudes de notre expérience spirituelle que par leurs différences. Je ne prétendrais bien entendu pas que toutes les religions sont similaires, mais lorsque nombre d’entre elles ont autant de caractéristiques communes, il m’est difficile d’arguer que le Dieu aimant et personnel qui m’est familier n’est pas également en oeuvre dans le coeur de ces personnes de fois différentes. Si je crois que nous comprenons des choses importantes à propos de Dieu et de ses objectifs, je crois également qu’il y a beaucoup de choses que nous ne comprenons pas et ne comprendrons jamais, du moins dans cette vie terrestre. Comme St. Paul le dit : « De même notre vision aujourd’hui est une image confuse dans un miroir dépoli ; mais alors, nous verrons face à face. Ma connaissance aujourd’hui est imparfaite ; mais alors, je connaîtrai comme Dieu me connaît. » [1Cor. 13:12]. D’une telle position d’ignorance, je sens que doit découler l’attention à ne pas être trop dogmatique dans mes croyances : je dois rester ouvert aux aperçus que les autres pourraient donner. La façon dont tout s’ajuste J’ai affirmé que la croyance basée sur la foi était différente de celle basée sur une evidence scientifique. Pourquoi crois-je qu’il existe ces deux façons d’appréhender les choses ? En tant que scientifique entrainé à accepter uniquement les évidences fiables et reproductibles, observées selon le support d’hypothèses, pourquoi crois-je dans « l’évidence des choses invisibles » ?

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Et pourquoi pas ?! Je pense que même les scientifiques qui croient dur comme fer que seules les évidences empiriques mènent à la vérité, peuvent trouver et faire une place, au sein de leur vie, à l’amour et au romantisme. Même s’ils croient que l’amour est uniquement de la biochimie, je doute beaucoup que, dans un moment tendre et romantique, ils ne fassent appel qu’à elle ! Si nous acceptons tous l’idée de céder une part importante de notre vie à quelque chose d’aussi éloigné de la rationalité scientifique qu’est l’amour, alors pourquoi ne le ferions-nous pas également avec la foi ? Je ne suis pas en train de prétendre que l’on doit croire en Dieu sous pretexte que la Science ne peut, non plus, expliquer l’Amour. J’affirme que si la science pouvait expliquer l’amour, il y aurait beaucoup de mérite à continuer de percevoir et vivre l’amour de façon non scientifique… et pourtant, je suis certain que la plupart d’entre nous continueraient à le faire. Si nous le souhaitons, et même sommes avides de le faire, pourquoi, dans ce cas, ne ferions-nous pas la même chose avec le foi ? J’ai conscience du fait que cet argument est un brin désinvolte, reste que je lui trouve du mérite. Il n’y a aucune raison de croire qu’il n’existe qu’une et une seule façon d’appréhender la vie. J’abonde particulièrement dans le sens de l’affirmation du physicien Freeman Dyson ] selon laquelle la Science et la Religion regardent la même réalité à travers des fenêtres différentes. Il me semble que la vie serait plutôt assommante si nous ne la regardions qu’à travers la fenêtre de la Science. Un autre aperçu utile, parfaitement expliqué par Howard Van Till, est que science et religion posent toutes deux des questions différentes sur la réalité. La science peut poser des questions sur la façon dont les choses fonctionnent et sur la succession d’événements qui a mené aux circonstances actuelles ; la religion peut, elle, poser des questions sur la relation que l’on entretient avec Dieu et sur la façon dont on devrait se comporter les uns avec et envers les autres. En réalité, les problèmes n’apparaissent que lorsqu’on pose les mauvaises questions à la mauvaise discipline. Si le livre de la Genèse nous parle de Dieu en tant que le magnifique créateur (chapitre 1) et parent investi et personnifié (chapitre 2), la cosmologie, elle, nous parle de l’évolution stellaire et la biologie, de l’origine des espèces. Mais essayer d’apprendre la cosmologie via la Genèse constitue non seulement un piêtre mélange des genres, mais encore fait-il prendre le risque de rater les importants messages spirituels contenus dans la Genèse. Cette description de la relation entre Science et Religion peut donner l’impression qu’elles sont deux disciplines totalement séparées, utilisant des méthodes entièrement différentes pour poser des problèmes absolument dissemblables. De mon côté, je ne vois pas

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les choses de cette façon. En tant que méthodiste, on m’a appris que la croyance se fonde à partir des quatre piliers que sont les Écritures, la Tradition, La Raison et l’Expérience (les quatre piliers du méthodisme). Je vois d’importants parallèles entre ces derniers et le fondement de la connaissance scientifique. Les Écritures (la Bible) et la Tradition (la sagesse des penseurs religieux à travers l’histoire) représentent la connaissance reçue. La science recèle également de nombreuses connaissances reçues : si on lit les textes classiques de physique, on accepte généralement pour acquises les descriptions de preuves expérimentales sans pour autant avoir besoin de répéter nous-mêmes lesdites experiences. En ce sens, on accepte beaucoup de la science sur simple foi. Cependant, il existe une différence essentielle : en science, on pourrait, en principe, vérifier à tout moment les expériences décrites – d’ailleurs, une multitude de témoins contemporains ont réalisé leurs propres vérifications. Or, cette sorte de vérification n’est généralement pas réalisable pour la connaissance reçue en religion. Pour moi, raison et expérience sont même encore plus comparables en science et en religion. Il existe une conception erronée selon laquelle la religion doit ignorer la raison et l’expérience en faveur de la connaissance reçue. Pourtant, cela n’est pas du tout cohérent avec la tradition religieuse. Les penseurs religieux – du moins depuis St Augustin – ont enseigné que lorsqu’une preuve empirique claire contredit les Écritures, c’est que nous les mésinterprétons. Ainsi, si les méthodes utilisées en science et en religion ne sont pas si différentes les unes des autres et qu’elles regardent la même réalité à travers des fenêtres différentes, la science et la religion peuvent-elles travailler de concert ? Certainement, lorsque des questions d’ordre moral et éthique ont besoin de et font appel à la connaissance scientifique. Cela semble naturel et même impératif qu’il en soit ainsi. Si, par exemple, nous voulons déterminer le bien-fondé du fait de distribuer de la nourriture et des céréales génétiquement modifiées dans des pays pauvres, nous devons évaluer à la fois l’aspect scientifique et éthique de la décision à prendre. Cette sorte de cooperation, au sein de laquelle chacun apporte sa pierre à l’édifice commun, paraît valoir vraiment la peine. D’autre part, les découvertes scientifiques peuvent également représenter un levier pour l’enseignement historique de la religion. Par exemple, l’enseignement de plusieurs traditions religieuses stipule que nous sommes tous frères et soeurs dans la paternité de Dieu. La biologie moderne, pour sa part, confirme l’identité génétique et l’ascendance commune de tous les êtres humains. Si des gestes récurrents d’inhumanité sont perpétrés envers les autres – malheureusement même parfois au sein de la même famille –, donnant un maigre espoir qu’une telle connaissance scientifique altère profondément les comportements, cela confirme néanmoins l’enseignement traditionnel.

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Je pense également que si la science et la foi se rencontrent, c’est que Dieu souhaite que nous découvrions l’univers qu’IL a créé autant que peut se faire. Tout comme de bons parents veulent que leurs enfants apprennent autant de choses que possible par eux-mêmes, je crois que Dieu se réjouit avec nous de chaque nouvelle découverte. Qu’Il veut que nous profitions de la fertilité de la vie à travers toutes les opportunités possibles. Et la découverte scientifique en fait partie. Je crois que Dieu nous appelle à faire du monde un lieu meilleur en augmentant la connaissance que nous en avons. Je pense que la recherche scientifique est un appel profondément religieux. C’est l’une des façons dont Dieu fait de nous des partenaires au sein d’une creation continue. Cependant, tout cela n’est qu’une expression de ma croyance religieuse sur la valeur de la science. Qu’en est-il de ce qui lierait plus directement la croyance religieuse à la connaissance scientifique ? Des études portant sur la précision du réglage de l’Univers et le principe anthropique – incluant l’examen d’hypothèses sur des multivers et les contraintes intrinsèques des lois et constantes physiques – pourraient, un jour, donner des preuves bien plus convaincantes de l’existence d’une intelligence prévalant derrière la création (tout comme elles pourraient ne pas donner de preuves…). Un autre domaine dans lequel la recherche scientifique pourrait apporter des contributions significatives à la croyance religieuse est celui de la conscience humaine. Je trouve que la conscience humaine et le libre-arbitre sont des arguments forts pour l’existence d’une sorte de transcendance. Si nous sommes réellement dotés d’un libre-arbitre, si nos actions représentent un vrai choix et ne sont pas uniquement le résultat de réactions biochimiques suivant des processus déterministes ou aléatoires, alors d’où vient cet arbitre ? S’il n’y a que de la physique et de la chimie, d’où nous viennent les décisions que nous prenons ? Bien entendu, peut-être notre libre-arbitre est-il illusoire, ou peut-être émerge-t-il d’un système complexe dont toutes les composantes sont déterministes ou aléatoires ? Mais je trouve ces hypothèses peu convaincantes et il me semble plus simple de croire en une transcendance qui fournit quelque chose se trouvant au-delà du déterminisme ou de la chance. J’appelle cela « transcendance de Dieu ». Cependant, en considérant le pauvre état d’avancement de notre compréhension scientifique de la conscience humaine et du librearbitre, ma conclusion sur la nécessité de transcendance n’est pas particulièrement bien fondée. Une meilleure connaissance de la conscience, qui pourrait avoir lieu via de futures recherches scientifiques, pourrait changer cette situation de manière significative. La science pourrait-elle prouver Dieu ? Imaginons un instant que l’on trouve de solides preuves selon lesquelles l’Univers n’aurait pas été construit d’après des contraintes intrinsèques (c’est-à-dire que d’autres combinaisons de constantes fondamentales et de

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conditions initiales auraient été permises). Imaginons que nous trouvions des arguments puissants contre l’existence d’univers multiples. Enfin, imaginons qu’une recherche poussée confirme indéniablement qu’une déviation infinitésimale des conditions actuelles qui règnent dans notre Univers aurait donné lieu à un monde désert et inintéressant, dénué d’étoiles ou de planètes, rendant impossible la vie intelligente. Une telle situation pourrait facilement amener les personnes les plus raisonnables à croire que l’hypothèse d’un créateur intelligent est bien plus simple que celle d’une naissance de l’Univers indirecte, spontanée et naturelle. En d’autres termes, il pourrait arriver que la croyance en Dieu devienne, de loin, la conclusion scientifique la plus raisonnable. Cela serait, pour moi et pour de nombreuses personnes, un dénouement très satisfaisant (bien que je doute fortement que cela arrivera – je doute du fait que Dieu ait laissé des « empreintes » aussi transparentes). Cependant, ce scenario ne représenterait un support scientifique qu’à une infime partie de ma croyance en Dieu. En effet, il ne toucherait pas au Dieu personnel et aimant que je connais. Puis-je d’ailleurs imaginer que la science puisse soutenir ma croyance dans un Dieu personnel de la même façon que j’ai imaginé qu’elle pourrait fournir un soutien efficace au concept d’un Créateur intelligent ? J’en doute ! Supposons que nous voulions tester Dieu. Est-il actif, aimant et attentionné ? Nous mettons en place une expérience contrôlée pour tester l’efficacité de l’intercession de prières (de telles experiences ont, en réalité, été réalisées. Sans succès jusqu’à présent). Imaginons que nous trouvions qu’effectivement, ceux pour qui nous avons été assigné de prier guérissent bien plus rapidement que ceux pour qui nous ne prions pas (même les patients eux-mêmes ne savent pas si l’on prie ou non pour eux). Devons-nous en conclure que Dieu est aimant et gentil parce qu’il exerce son pouvoir de guérison, ou qu’il est superficiel car il répond à la souffrance selon un choix arbitraire et hasardeux ? La difficulté de cette question reflète un dilemme théologique auquel je suis confronté de façon permanente : il me paraît difficle de comprendre la raison pour laquelle mes prières pour un ami souffrant devraient inciter Dieu à exercer un pouvoir de guérison alors que je crois que Dieu aime déjà mon ami bien plus profondément que je ne l’aime moi-même. Pourtant, malgré cela, je prie. Ainsi, je ne pense pas que des expériences puissent résoudre cette question, ou fournir des preuves évidentes sur l’existence d’un Dieu personnel. Cette discussion amène inévitablement la question : « Comment un Dieu, attentionné et actif au sein de notre monde, accomplit-il des actions entrant dans le cadre des lois de la physique, lois qui ont toujours été perçues comme étant des descriptions irrécusables de la manière dont l’Univers de Dieu fonctionne ? » Van Till cite la validité non faillible de la loi physique en tant que preuve de la loyauté et fidélité de Dieu envers la Création. Dans ce cas, qu’en est-il des miracles ou violations de la loi physique tels qu’ils sont retranscrits dans les

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Écritures ou dans le récit d’expériences religieuses récentes ? J’ai un grand nombre d’observations à formuler. En premier lieu, nous devrions reconnaître que ceux qui ont écrit les Écritures n’avaient pas la même vision de l’immuabilité de certaines lois physiques que celle que nous en avons aujourd’hui. Ce que nous appèlerions « magie » était autrefois perçu comme un événement quotidien, et accepté comme faisant partie de la vie. Ainsi, le message spirituel delivré par l’intermède d’un miracle n’incluait pas forcément l’idée selon laquelle Dieu parfois suspend les lois physiques, inaltérables en d’autres circonstances. Je ne dis pas que Dieu ne pourrait pas ou ne voudrait pas faire cela, ou que nous serions aptes à verifier de telles suspensions si elles avaient lieu (la science, après tout, est principalement l’histoire d’un phénomène reproduisible ; les phénomènes irreproduisibles sont généralement abandonnés en tant que résultant d’observations non fiables). D’un autre côté, on pourrait imaginer que ce sont les interventions de Dieu qui sont plus subtiles, ayant lieu au niveau de la probabilité quantique – où la physique permet une multiplicité de résultantes plus ou moins probables, à partir desquelles Dieu pourrait choisir, sans entrer en contradiction avec les lois de la physique. Il s’agit de questions intéressantes et amusantes. Quoi qu’il en soit, je crois qu’elles sont beaucoup moins importantes que celles portant sur la façon dont nous, créatures de Dieu, devrions agir envers nos prochains. Lorsque j’étais enfant, j’aimais beaucoup l’histoire de Samuel [1Samuel 3:2-10]. L’enfant Samuel entend Dieu l’appeler dans la nuit, et pense qu’il s’agit de son mentor, Eli. Eli renvoie l’enfant au lit, mais lorsque la situation se reproduit une seconde, puis une troisième fois, Eli, lui, entend que c’est Dieu qui appelle Samuel, et conseille ce dernier sur la façon de lui répondre. Quand, enfant, j’entendais de petits bruits durant la nuit, j’imaginais que j’entendais mon nom et je pensais que peut-être, était-ce Dieu qui m’appelait ? En grandissant, j’ai pris conscience du fait que les bruits nocturnes se jouaient de notre esprit et qu’aucune de mes pensées imaginaires n’était vraie. À présent, je sais que ma première hypothèse était la bonne : Dieu m’appelle, ainsi que chacun de nous, à chaque instant, pour réaliser le travail qui doit être accompli. Je me souviens d’un autre de mes hymnes favoris, « Here I Am, Lord », par Dan Schutte, 1981 (troisième verset et chorus) : Moi, le Seigneur du vent et du feu, Je vais m’occuper du pauvre et du boiteux, Je vais dresser un festin pour eux, Que Ma main sauvera. Le meilleur pain, je leur fournirai, Jusqu’à ce que leurs coeurs soient satsfaits, Je donnerai ma vie pour eux Qui dois-je envoyer ? Ici je me tiens Seigneur. Est-ce vous Seigneur ? Je vous ai entendu appeler dans la nuit. Je vais y aller Seigneur, si vous me guidez. Je vais contenir vos disciples dans mon Coeur. L’un de mes passages favoris des Écritures est celui de « Matthieu 25:31-46 ». S’il est

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l’un de mes favoris, ce n’est pas tant que j’y trouve du réconfort mais parce qu’il semble me dire clairement ce que Dieu attend de moi. Ici, Jésus est clair sur l’idée selon laquelle la façon dont nous traitons ceux qui sont affamés, malades et oppressés est très importante pour lui. Il nous dit « comme vous l’avez fait au dernier de ceux-là… vous me l’avez fait à moi » [Mt. 25:40 (RSV)]. Cette responsabilité à aider ceux qui sont dans le besoin est impressionnante et prémonitoire. Il y a beaucoup à faire. Nous devrions probablement nous y mettre.
(Traduit par Alessia Weil)

Remerciements Je suis infiniment reconnaissant aux nombreuses personnes qui ont forgé ma foi et ma science à travers les années : mes parents, pasteurs, professeurs et mentors, mes amis et collègues, les membres de l’école du dimanche et les classes de cathéchisme que j’ai beaucoup appréciées à travers les années et, bien entendu, ma famille qui a toujours été d’un grand soutien. Enfin, je remercie Dieu pour tout l’amour, la beauté et la merveille de et dans cette creation.

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Nicolas Malebranche

Entretien d’un philosophe chrétien, et d’un philosophe chinois, sur l'existence et la nature de Dieu

AVIS AU LECTEUR touchant l'Entretien d'un philosophe chrétien avec un philosophe chinois, composé par le Père Malebranche, Prêtre de l'Oratoire . Une personne très respectable, et digne de foi, s'il en fut jamais, m'ayant assuré que par le commerce qu'il avait eu avec les Chinois lettrés, il avait appris que leurs sentiments sur la divinité étaient tels que je vais les exposer ; et m'ayant sollicité plusieurs fois de les réfuter, de manière néanmoins que je me servisse des vérités qu'ils reçoivent pour rectifier la fausse idée qu'ils ont de la nature de Dieu, je me suis cru dans une espèce d'obligation de lui obéir ; espérant que peut-être mes raisons serviraient aux missionnaires qui travaillent à la conversion de ces peuples. Je ne sais si pour justifier mon obéissance, je puis ajouter, que la personne dont je parle, m'a assuré que les Chinois goûtaient fort mes sentiments ; et que dans une lettre d'un père jésuite de la Chine à leurs pères de France, j'ai lu le sens de ces paroles : ne nous envoyez point ici de vos savants dans la philosophie, mais ceux qui savent les mathématiques, et les ouvrages du père Malebranche. Au reste ce n'est ni par les ordres de la personne dont je viens de parler, ni par mes soins, que l'Entretien a été imprimé. On en a obtenu l'approbation sans même que je le susse. Je ne regardais pas ce livret comme un présent digne d'être offert au public. J'avoue cependant que je me suis rendu au désir que mes amis avaient qu'il fût imprimé, et cela pour deux raisons : la première, parce que l'on m'a représenté que j'y démontrais des vérités d'une extrême conséquence, et qu'il pouvait servir à réfuter le libertinage ; ceux qui le liront avec attention, jugeront de ce qui en est. La seconde raison, c'est que les copies manuscrites, s'étant répandues dans le monde, il courait un bruit que j'écrivais contre les pères jésuites. J'ai cru que mon écrit paraissant, ce bruit mal fondé se dissiperait. Voici donc ce qu'on m'a appris des erreurs des philosophes chinois, et ce que j'ai prétendu combattre dans mon écrit. Si je l'avais fait imprimer moi-même, je les aurais exposées d'abord dans un Avertissement ; cela paraissant nécessaire pour préparer l'esprit à la lecture de ce petit ouvrage.

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Les Chinois lettrés, du moins ceux avec lesquels s'est entretenue la personne qui m'a instruit de leurs sentiments, croient : Qu'il n'y a que deux genres d'êtres, savoir le Ly ou la souveraine Raison, règle, sagesse, justice, et la matière. Que le Ly et la matière sont des êtres éternels. Que le Ly ne subsiste point en lui-même, et indépendamment de la matière. Apparemment ils le regardent comme une forme, ou comme une qualité répandue dans la matière. Que le Ly n'est ni sage ni intelligent, quoique la sagesse et l'intelligence souveraine. Que le Ly n'est point libre, et qu'il n'agit que par la nécessité de sa nature, sans savoir ni vouloir rien de ce qu'il fait. Qu'il rend intelligent, sage, juste, les portions de matières disposées à recevoir l'intelligence, la sagesse, la justice. Car selon les lettrés dont je parle, l'esprit de l'homme n'est que de la matière épurée, ou disposée à être informée par le Ly, et par là rendue intelligente ou capable de penser. C'est apparemment pour cela qu'ils accordent que le Ly est la lumière qui éclaire tous les hommes, et que c'est en lui que nous voyons toutes choses. Ce sont là en général les erreurs et les paradoxes que j'ai eus en vue dans mon écrit, et que l'on a souhaité que je réfutasse. Comme il y a quatre ou cinq mois qu'il a été imprimé, il est venu à la connaissance des journalistes de Trévoux. Quelqu'un d'entre eux l'a lu apparemment avec un peu trop de précipitation et de prévention, et il en a fait une critique. Je vais la rapporter toute entière, afin que par la comparaison des pièces qu'on aura entre les mains, on puisse juger solidement, non de la capacité de l'auteur, qui sans doute pourrait mieux faire, mais de son équité à mon égard. Car il tâche, ce me semble, de faire naître des soupçons sur lesquels il ne m'est pas permis de me taire ; non seulement à cause de la qualité des auteurs, mais aussi à cause de la multiplicité des exemplaires de leurs jouraux, qui parlent et parleront dans la suite des temps à tous ceux qui les voudront lire. Voici cette critique des Mémoires de Trévoux de l'an 1708. [Nous n'avons pas reproduit ce texte ici]

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Entretien d’un philosophe chrétien, et d’un philosophe chinois, sur l'existence et la nature de Dieu

LE CHINOIS : Quel est ce Seigneur du ciel, que vous venez de si loin nous annoncer ? Nous ne le connaissons point, et nous ne voulons croire que ce que l'évidence nous oblige à croire. Voilà pourquoi nous ne recevons que la matière et le Ly cette souveraine vérité, sagesse, justice, qui subsiste éternellement dans la matière, qui la forme et la range dans ce bel ordre que nous voyons, et qui éclaire aussi cette portion de matière épurée et organisée, dont nous sommes composés. Car c'est nécessairement dans cette souveraine vérité, à laquelle tous les hommes sont unis, les uns plus les autres moins, qu'ils voient les vérités et les lois éternelles, qui sont le lien de toutes les sociétés. LE CHRÉTIEN : Le Dieu, que nous vous annonçons est celui-là même dont l'idée est gravé en vous, et dans tous les hommes. Mais faute d'y faire assez attention, ils ne la reconnaissent point telle qu'elle est, et ils la défigurent étrangement. Voilà pourquoi Dieu, pour nous renouveler son idée, nous a déclaré par son prophète, qu'il est celui qui est ; c'est-à-dire, l'Être qui renferme dans son essence tout ce qu'il y a de réalité ou de perfection dans tous les êtres, l'Être infini en tout sens, en un mot l'Être. Lorsque nous nommons Seigneur du ciel le Dieu, que nous adorons, vous vous imaginez que nous le concevons seulement comme un grand et puissant empereur. Votre Ly, votre souveraine justice, approche infiniment plus de l'idée de notre Dieu, que celle de ce puissant empereur. Détrompez-vous sur notre doctrine. Je vous le répète, notre Dieu c'est celui qui est, c'est l'Être infiniment parfait, c'est l'Être. Ce roi du ciel que vous regardez comme notre Dieu, ne serait qu'un tel être, qu'un être particulier, qu'un être fini. Notre Dieu c'est l'Être sans aucune restriction ou limitation. Il renferme en lui-même d'une manière incompréhensible à tout esprit fini, toutes les perfections, tout ce qu'il y a de réalité véritable dans tous les êtres et créés et possibles. Il renferme en lui ce qu'il y a même de réalité ou de perfection dans la matière, le dernier et le plus imparfait des êtres ; mais sans son imperfection, sa limitation, son néant ; car il n'y a point de néant dans l'Être, de limitation dans l'infini en tout genre. Ma main n'est pas ma tête, ma chaise, ma chambre, ni mon esprit ni le vôtre. Elle renferme pour ainsi dire, une infinité de néants, les néants de tout ce qu'elle n'est point. Mais dans l'Être infiniment parfait il n'y a point de néant. Notre Dieu est tout ce qu'il est partout où il est, et il est partout. Ne vous efforcez pas de comprendre comment cela est ainsi. Car vous êtes fini, et les attributs de l'infini ne seraient point Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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ses attributs, si un esprit fini les pouvait comprendre. On peut démontrer que cela est ainsi : mais on ne peut pas expliquer comment cela est : on peut seulement prouver que cela doit être incompréhensible et inexplicable à tout esprit fini. LE CHINOIS : Je conviens que l'idée que vous me donnez de votre Dieu, est la plus excellente de toutes, car il n'y a rien de plus grand que l'infini en toutes manières. Mais nous nions que cet infini existe. C'est une fiction, une imagination sans réalité. LE CHRETIEN : Vous soutenez, et avec raison, qu'il n'y a qu'une souveraine règle et une souveraine vérité, qui éclaire tous les hommes, et qui met ce bel ordre dans l'univers. Si l'on vous disait que cette souveraine vérité n'est qu'une fiction de votre esprit, comment en prouveriez-vous l'existence ? Certainement la preuve de son existence n'est qu'une suite de celle de l'Être infiniment parfait. Vous le verrez bientôt. Voici cependant une démonstration fort simple et fort naturelle de l'existence de Dieu, et le plus simple de toutes celles que je pourrais vous donner. Penser à rien et ne point penser, apercevoir rien et ne point apercevoir, c'est la même chose. Donc tout ce que l'esprit aperçoit immédiatement et directement, est quelque chose ou existe : je dis immédiatement et directement, prenez-y garde. Car je sais bien, par exemple, que quand on dort, et même en bien des rencontres quand on veille, on pense à des choses qui ne sont point. Mais ce ne sont point alors ces choses-là qui sont l'objet immédiat et direct de notre esprit. L'objet immédiat de notre esprit, même dans nos songes, est très réel. Car si cet objet n'était rien, il n'y aurait point de différence dans nos songes ; car il n'y a point de différence entre des riens. Donc encore un coup, tout ce que l'esprit aperçoit immédiatement, est réellement. Or je pense à l'infini, j'aperçois immédiatement et directement l'infini. Donc il est. Car s'il n'était point, en l'apercevant, je n'apercevrais rien, donc je n'apercevrais point. Ainsi en même temps j'apercevrai et je n'apercevrais point, ce qui est une contradiction manifeste. LE CHINOIS : J'avoue que si l'objet immédiat de votre esprit était l'infini, quand vous y pensez il faudrait nécessairement qu'il existât : mais alors l'objet immédiat de votre esprit n'est que votre esprit même. Je veux dire, que vous n'apercevez l'infini, que parce que cette portion de matière organisée et subtilisée, que vous appelez esprit, vous le représente : ainsi il ne s'ensuit point que l'infini existe absolument et hors de nous, de ce que nous y pensons. LE CHRETIEN : On pourrait apparemment vous faire la même réponse à l'égard du Ly ou de la souveraine vérité que vous recevez pour le premier de vos principes : mais ce ne serait vous Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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répondre qu'indirectement. Prenez donc garde je vous prie. Cette portion de matière organisée et subtilisée que vous appelez esprit, est réellement finie. On ne peut donc, en la voyant immédiatement, voir l'infini. Certainement où il n'y a que deux réalités, on ne peut en apercevoir quatre. Car il y aurait deux réalités que l'on apercevrait, et qui néanmoins ne seraient point. Or ce qui n'est point, ne peut être aperçu. Apercevoir rien, et ne rien apercevoir, c'est la même chose. Il est donc évident que dans une portion de matière finie ou dans un esprit fini, on ne peut y trouver assez de réalité pour y voir l'infini. Faites attention à ceci. L'idée que vous avez seulement de l'espace n'est-elle pas infinie ? Celle que vous avez de cieux est bien vaste : mais ne sentez-vous pas en vous-même, que l'idée de l'espace la surpasse infiniment ? Ne vous répond-elle pas, cette idée, que quelque mouvement que vous donniez à votre esprit pour la parcourir, vous ne l'épuiserez jamais, parce que en effet elle n'a point de bornes. Mais si votre esprit, votre propre substance ne renferme point assez de réalité pour y découvrir l'infini en étendue, un tel infini, un infini particulier ; comment pourriez-vous voir l'infini en tout genre d'être, l'Être infiniment parfait, en un mot l'Être. Je pourrais vous demander comment la matière subtilisée tant qu'il vous plaira, peut représenter ce qu'elle n'est pas ? comment des organes particuliers et sujets au changements, peuvent ou voir, ou se représenter des vérités et des lois éternelles, immuables, et communes à tous les hommes ; car vos opinions me paraissent des paradoxes insoutenables ? LE CHINOIS : Votre raisonnement paraît juste, mais il n'est pas solide, car il est contraire à l'expérience. Ne savez-vous pas qu'un petit tableau peut nous représenter de grandes campagnes, un grand et magnifique palais. Il n'est donc pas nécessaire que ce qui représente, contienne en soi toute la réalité qu'il représente. LE CHRETIEN : Un petit tableau peut nous représenter de grandes campagnes : un simple discours, une description d'un palais peut nous le représenter. Mais ce n'est ni le tableau ni le discours qui est l'objet immédiat de l'esprit, qui voit des palais ou des campagnes. Les palais même matériels, que nous regardons, ne sont point l'objet immédiat de l'esprit qui les voit : c'est l'idée des palais : c'est ce qui touche ou qui affecte actuellement l'esprit, qui est son objet immédiat. Il est certain qu'un tableau ne représente des campagnes, que parce qu'il réfléchit la lumière, qui entrant dans nos yeux, et ébranlant le nerf optique, et par lui le cerveau, de même que le feraient des campagnes, en excite, en conséquence des lois naturelles de l'union de l'âme et du corps, les idées qui seules représentent véritablement les objets, qui seules sont l'objet immédiat de l'esprit. Car vous devez savoir qu'on ne voit point les objets matériels en eux-mêmes. On ne les voit point immédiatement et directement, puisqu'on en voit souvent qui ne sont point. C'est une vérité qu'on peut démontrer en cent manières. Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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LE CHINOIS : Je le veux. Mais on vous dira que c'est dans le Ly que nous voyons toutes choses. Car c'est lui qui est notre lumière. C'est la souveraine vérité, aussi bien que l'ordre et la règle. C'est en lui que je vois les cieux, et que j'aperçois ces espaces infinis qui sont au-dessus des cieux que je vois. LE CHRETIEN : Comment dans le Ly ? Reprenez le principe. Apercevoir le néant et ne point apercevoir, c'en la même chose. Donc on ne peut apercevoir cent réalités où il n'y en a que dix : car il y en aurait quatre-vingt-dix qui n'étant ne pourraient être aperçues. Donc on ne peut apercevoir dans le Ly toutes choses, s'il ne contient éminemment tous les êtres : si le Ly n'est l'Être infiniment parfait, qui est le Dieu que nous adorons. C'en en lui que nous pouvons voir le ciel et ces espaces infinis que nous sentons bien ne pouvoir épuiser, parce que en effet il en renferme en lui la réalité. Mais rien de fini ne contenant l'infini; de cela seul que nous apercevons l'infini, il faut qu'il soit. Tout cela est fondé sur ce principe si évident et si simple, que le néant ne peut être directement aperçu, et qu'apercevoir rien et ne point apercevoir, c'en la même chose. LE CHINOIS : Je vous avoue de bonne foi que je n'ai rien à répliquer à votre démon ration de l'existence de l'Être infini. Cependant je n'en suis point convaincu. Il me semble toujours que quand je pense à l'infini, je ne pense à rien. LE CHRETIEN : Mais comment à rien ? Quand vous pensez à un pied d'étendue ou de matière, vous pensez à quelque chose. Quand vous en apercevez cent ou mille, assurément ce que vous apercevez a cent ou mille fois plus de réalité. Augmentez encore jusqu'à l'infini, et vous concevrez sans peine que qui pense à l'infini, est infiniment éloigné de penser à rien, puisque ce à quoi vous penseriez est plus grand que tout ce à quoi vous aviez pensé. Mais voici ce que c'en. La perception, dont l'infini vous touche, est si légère que vous comptez pour rien ce qui vous touche si légèrement. Je m'explique. Lorsqu'une épine vous pique, l'idée de l'épine produit dans votre âme une perception sensible, qu'on appelle douleur. Lorsque vous regardez l'étendue de votre chambre, son idée produit dans votre âme une perception moins vive, qu'on appelle couleur. Mais lorsque vous regardez dans les airs, la perception que ces espaces, ou plutôt que l'idée de ces espaces produit en vous, n'a plus, ou presque plus de vivacité. Enfin quand vous fermez les yeux, l'idée des espaces immenses que vous concevez alors, ne vous touche plus que d'une perception purement intelletuelle. Mais, je vous prie, faut-il juger de la réalité des idées par la vivacité des perceptions qu'elles produisent en vous? Si cela est, il faudra croire qu'il y a plus de réalité dans la pointe d'une épine qui nous pique, dans un charbon qui nous brûle, ou dans leurs idées, que dans Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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l'univers entier, ou dans son idée. Il faut assurément juger de la réalité des idées, par ce qu'on voit qu'elles renferment. Les enfants croient que l'air n'est rien, parce que la perception qu'ils en ont n'est pas sensible. Mais les philosophes savent bien qu'il y a autant de matière dans un pied cube d'air, que dans un pied cube de plomb. Il semble au contraire que les idées doivent nous toucher avec d'autant moins de force qu'elles sont plus grandes. Et si le ciel nous paraît si petit en comparaison de ce qu'il est, c'est peut-être que la capacité que nous avons d'apercevoir est trop petite pour avoir une perception vive et sensible de toute sa grandeur. Car il est certain que plus nos perceptions sont vives, plus elles partagent notre esprit, et remplissent davantage la capacité que nous avons d'apercevoir ou de penser : capacité qui certainement a des bornes fort étroites. L'idée de l'infini en étendue, renferme donc plus de réalité que celle des cieux; et l'idée de l'infini en tous genres d'êtres, celle qui répond à ce mot l'Être, l'Être infiniment parfait en contient encore infiniment davantage, quoique la perception dont cette idée nous touche soit la plus légère de toutes ; d'autant plus légère qu'elle est plus vaste, et par conséquent infiniment légère, parce qu'elle est infinie. Afin que vous compreniez mieux tout ceci, la réalité et l'efficacité des idées, il est bon que vous fassiez beaucoup de réflexion sur deux vérités. La première, qu'on ne voit point les objets en eux-mêmes, et qu'on ne sent point même son propre corps en lui-même, mais par son idée. La seconde, qu'une même idée peut nous toucher de perceptions toutes différentes. La preuve qu'on ne voit point les objets en eux-mêmes, est évidente : car on en voit souvent qui n'existent point au-dehors, comme lorsqu'on dort, ou que le cerveau est trop échauffé par quelque maladie. Ce qu'on voit alors n'est certainement pas l'objet, puisque l'objet n'est point, et que le néant n'est pas visible : car voir rien et ne point voir, c'est la même chose. C'est donc par l'a&ion des idées sur notre esprit que nous voyons les objets. C'est aussi par l'action des idées que nous sentons notre propre corps. Car il y a mille expériences que des gens à qui on a coupé le bras, sentent encore longtemps après que la main leur fait mal. Certainement la main qui les touche alors, et qui les affecte d'un sentiment de douleur, n'est pas celle qu'on leur a coupée. Ce ne peut donc être que l'idée de la main, en conséquence des ébranlements du cerveau, semblables à ceux que l'on a, quand on nous blesse la main. C'est qu'en effet la matière dont notre corps est composé, ne peut agir sur notre esprit, il n'y a que celui qui lui est supérieur, et qui l'a créé, qui le puisse par l'idée du corps, c'est-à-dire par son essence même, en tant qu'elle est représentative de l'étendue; ce que je vous expliquerai dans son temps. Il est encore certain qu'une même idée peut toucher notre âme de perceptions toutes différentes. Car si votre main était dans de l'eau trop chaude, et qu'en même temps vous y eussiez la goutte, et de plus que vous la regardassiez, l'idée de la même main vous toucherait de trois Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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sentiments différents, douleur, chaleur, couleur. Ainsi il ne faut pas juger que l'idée que l'on a, quand on pense à l'étendue les yeux fermés, soit différente de celle qu'on a, quand on les ouvre au milieu d'une campagne : ce n'est que la même idée de l'étendue qui nous touche de différentes perceptions. Quand vos yeux sont fermés, vous n'avez qu'une perception très faible ou de pure intellection, et toujours la même des diverses parties idéales de l'étendue. Mais quand ils sont ouverts, vous avez diverses perceptions sensibles, qui sont diverses couleurs, lesquelles vous portent à juger de l'existence et de la variété des corps, parce que l'opération de Dieu en vous n'étant pas sensible, vous attribuez aux objets, que vous n'apercevez point en eux-mêmes, toute la réalité que leurs idées vous représentent. Or tout cela se fait en conséquence des lois générales de l'union de l'âme et du corps. Mais il faudrait faire une trop longue digression pour vous expliquer le détail de tout ceci. Revenons à notre sujet, que ce que je viens de dire peut d'autant plus éclaircir, que vous y ferez plus de réflexion. Croyez-vous encore que penser à l'infini, c'est ne penser à rien, c'est ne rien apercevoir ? LE CHINOIS : Je suis bien convaincu que quand je pense à l'infini, je suis très éloigné de penser à rien. Mais alors je ne pense point à un tel être, à un être particulier et déterminé. Or le Dieu que vous adorez n'est-ce pas un tel être, un être particulier ? LE CHRETIEN : Le Dieu que nous adorons n'est point un tel être en ce sens, que son essence soit bornée : il est bien plutôt tout être. Mais il est un tel être en ce sens, qu'il est le seul Être qui renferme dans la simplicité de son essence, tout ce qu'il y a de réalité ou de perfection dans tous les êtres, qui ne sont que des participations (je ne dis pas des parties) infiniment limitées, que des imitations infiniment imparfaites de son essence. Car c'est une propriété de l'Être infini d'être un, et en un sens toutes choses : c'est-à-dire parfaitement simple, sans aucune composition de parties, de réalités, de perfections, et imitable ou imparfaitement participable en une infinité de manières par différents êtres. C'est ce que tout esprit fini ne saurait clairement comprendre : mais c'est ce qu'un esprit, quoique fini, peut clairement déduire de l'idée de l'Être infiniment parfait. Est-ce que vous-même vous croyez que votre Ly, votre souveraine sagesse, règle, vérité, soit un composé de plusieurs réalités différentes, de toutes les idées différentes qu'elle vous découvre : car j'ai ouï dire que la plupart de vos douleurs croient que c'est dans le I y que vous voyez tout ce que vous voyez. LE CHINOIS : Nous trouvons dans le Ly bien des choses que nous ne pouvons comprendre, entre autres l'alliance de sa simplicité avec sa multiplicité. Mais nous sommes Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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certains qu'il y a une sagesse, et une règle souveraine qui nous éclaire, et qui règle tout. Vous mettez apparemment en votre Dieu cette sagesse, et nous croyons qu'elle subsiste dans la matière : elle existe certainement la matière : mais jusqu'à présent nous n'avons point été convaincus de l'existence de votre Dieu. Il est vrai que la preuve que vous venez de me donner de son existence est fort simple, et telle que je ne sais maintenant qu'y répliquer : mais elle est si abstraite qu'elle ne me convainc pas tout à fait. N'en auriez-vous point de plus sensible? LE CHRETIEN : Je vous en donnerai tant qu'il vous plaira. Car il n'y a rien de visible dans le monde que Dieu a créé, d'où on ne puisse s'élever à la connaissance du Créateur, pourvu qu'on raisonne juste. Et certainement je vous convaincrai de son existence, pourvu que vous observiez cette condition, prenez-y garde, de me suivre, et de ne me rien répliquer que vous ne le conceviez distinctement. Lorsque vous ouvrez les yeux au milieu d'une campagne, dans l'instant même que vous les ouvrez', vous découvrez un très grand nombre d'objets, chacun selon sa grandeur, sa figure, son mouvement ou son repos, sa proximité ou son éloignement, et vous découvrez tous ces objets par des perceptions de couleurs toutes différentes. Cherchons quelle est la cause de ces perceptions si promptes que nous avons de tant d'objets. Cette cause ne peut être, ou que ces mêmes objets, et les organes de notre corps qui en reçoivent l'impression, ou notre âme, si vous la distinguez maintenant de ces organes, ou le Ly, ou le Dieu que nous adorons, et que nous croyons agir sans cesse en nous à l'occasion des impressions des objets sur notre corps. Je crois que vous convenez que les objets ne font que réfléchir la lumière vers nos yeux. Comme je suppose que vous savez comment sont faits les yeux, je crois que vous convenez encore, qu'ils ne font que rassembler les rayons qui sont réfléchis de chaque point des objets, en autant de points sur le nerf optique, où se trouve le foyer des humeurs transparentes de l'oeil. Or il est évident que cette réunion des rayons ne fait qu'ébranler les fibres de ce nerf, et par lui les parties du cerveau où ces nerfs aboutissent, et aussi les esprits animaux ou' ces petits corps, qui peuvent être entre ces fibres. Or jusques ici il n'y a point de sentiment, ni aucune perception d'objets. LE CHINOIS : C'est ce que nos docteurs vous nieront. Car ce que nous appelons esprit ou âme n'est, selon eux, que de la matière organisée et subtilisée. Les ébranlements des fibres du cerveau, joints avec les mouvements de ces petits corps, ou de ces esprits animaux, sont la même

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chose que nos perceptions, nos jugements, nos raisonnements, en un mot sont la même chose que nos diverses pensées. LE CHRETIEN : Me voilà arrêté tout court : mais c'est que vous manquez à la condition prescrite. Vous me répliquez ce que vous ne concevez point clairement : car je conçois clairement tout le contraire. Je conçois clairement par l'idée de l'étendue ou de la matière, qu'elle est capable de figures et de mouvements, de rapports de distance ou permanents ou successifs, et rien davantage; et je ne dis que ce que je conçois clairement. Je trouve même qu'il y a moins de rapport entre le mouvement des petits corps, l'ébranlement des fibres de notre cerveau, et nos pensées, qu'entre le carré et le cercle, que personne ne prit jamais l'un pour l'autre. Car le carré et le cercle conviennent du moins en ce qu'ils sont l'un et l'autre des modifications d'une même substance : mais les divers ébranlements du cerveau et des esprits animaux, qui sont des modifications de la matière, ne conviennent en rien avec les pensées de l'esprit, qui sont certainement des modifications d'une autre substance. J'appelle une substance ce que nous pouvons apercevoir seul, sans penser à autre chose, et modification de substance ou manière d'être ce que nous ne pouvons pas apercevoir seul. Ainsi je dis que la matière ou l'étendue créée est une substance, parce que je puis penser à de l'étendue, sans penser à autre chose; et je dis que les figures, que la rondeur par exemple, n'est qu'une modification de substance; parce que nous ne pouvons pas penser à la rondeur sans penser à l'étendue, car la rondeur n'est que l'étendue même de telle façon. Or comme nous pouvons avoir de la joie, de la tristesse, du plaisir, de la douleur, sans penser à l'étendue; comme nous pouvons apercevoir, juger, raisonner, craindre, espérer, haïr, aimer, sans penser à l'étendue, je veux dire sans apercevoir de l'étendue, non dans les objets de nos perceptions, objets qui peuvent avoir de l'étendue, mais dans les perceptions mêmes de ces objets. Il est clair que nos perceptions ne sont pas des modifications de notre cerveau, qui n'est que de l'étendue diversement configurée, mais uniquement de notre esprit, substance seule capable de penser. Il est vrai néanmoins que nous pensons presque toujours en conséquence de ce qui se passe dans notre cerveau, d'où on peut conclure, que notre esprit lui est uni, mais nullement que notre esprit et notre cerveau ne soient qu'une même et unique substance. De bonne foi concevezvous clairement, que les divers arrangements et mouvements des corps petits ou grands soient diverses pensées ou divers sentiments? Si vous le concevez clairement, dites-moi en quel arrangement de fibres du cerveau consiste la joie ou la tristesse, ou tel autre sentiment qu'il vous

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plaira?

LE CHINOIS : J'avoue que je ne le conçois pas clairement. Mais il faut bien que cela soit ainsi, et que nos perceptions ne soient que des modifications de la matière. Car par exemple, dès qu'une épine nous pique le doigt, nous sentons de la douleur, et nous la sentons dans le doigt piqué; marque certaine que la douleur n'est que la piqûre, et que la douleur n'est que dans le doigt. LE CHRÉTIEN : Je n'en conviens pas. Comme l'épine est pointue, je conviens qu'elle fait un trou dans le doigt; car je le conçois clairement, puisqu'une étendue est impénétrable à toute autre étendue. Il y a contradiction que deux ne soient qu'un : ainsi il n'est pas possible que deux pieds cubes d'étendue n'en fassent qu'un. L'épine qui pique le doigt y fait donc nécessairement un trou. Mais que le trou du doigt soit la même chose que la douleur que l'on souffre, et que cette douleur soit dans le doigt piqué, ou une modification du doigt, je n'en conviens pas. Car on doit juger que deux choses sont différentes, quand on en a des idées différentes, quand on peut penser à l'une sans penser à l'autre. Un trou dans un doigt n'est donc pas la même chose que la douleur. Et la douleur n'est pas dans le doigt, ou une modification du doigt. Car l'expérience apprend que le doigt fait mal à ceux-mêmes à qui on a coupé le bras, et qui n ont plus de doigt. Ce ne peut donc être, comme je vous l'ai déjà dit, que l'idée du doigt qui modifie d'un sentiment de douleur notre âme, c'est-à-dire, cette substance de l'homme capable de sentir. Or cela arrive en conséquence des lois générales de l'union de l'âme et du corps que le Créateur a établies, afin que nous retirions la main, et que nous conservions le corps qu'il nous a donné. Je ne m'explique pas davantage : car la condition que j'ai supposée, ce que vous ne devez me répliquer que ce que vous concevez clairement. Je vous prie de vous en souvenir. LE CHINOIS : Eh bien, que la matière soit ou ne soit pas capable de penser, on vous répondra que ce qui est en nous capable de penser, que notre âme sera la vraie cause de toutes ces perceptions différentes que nous avons des objets, lorsque nous ouvrons les yeux au milieu d'une campagne. On vous dira que de la connaissance que l'âme a des diverses projections ou images que les objets tracent sur le nerf optique, elle en forme cette variété de perceptions et de sentiments. Cela me paraît assez vraisemblable. LE CHRÉTIEN : Cela peut paraître vraisemblable, mais certainement cela n'est pas vrai. Car t°. Il n'est pas vrai que l'âme connaisse qu'il se fait telles et telles projections sur le nerf optique : elle ne sait pas même comment l'oeil est fait, et s'il est tapissé du nerf optique. Supposé Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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qu'elle connût tout cela, comme elle ne sait ni l'optique ni la géométrie, elle ne pourrait de la connaissance des projections des objets dans ses yeux, en conclure ni leur figure, ni leur grandeur : leur figure, parce que la projection d'un cercle, par exemple, n'est jamais un cercle, excepté dans un seul cas; leur grandeur, parce qu'elle n'est pas proportionnée à celle des projections, lorsqu'ils ne sont pas dans une égale distance. 3°. Supposé qu'elle sût parfaitement l'optique et la géométrie, elle ne pourrait pas dans le même instant qu'elle ouvre les yeux, avoir tiré ce nombre comme infini de conséquences, toutes nécessaires pour placer tous ces objets dans leur distance, et leur attribuer leurs figures, sans compter cette variété surprenante de couleurs dont on les voit comme couverts; tout cela aujourd'hui comme hier, sans erreur ou avec les mêmes erreurs, et convenir en cela avec un grand nombre d'autres personnes. 4°. Nous avons sentiment intérieur que toutes nos perceptions des objets se font en nous sans nous, et même malgré nous, lorsque nos yeux sont ouverts et que nous les regardons. Je sais par exemple, que quand le soleil touche l'horizon, il n'est pas plus grand que quand il est dans notre méridien, et même que la projection qui s'en trace sur mon nerf optique, est quelque peu plus petite; et cependant malgré mes connaissances je le vois plus grand. Je crois qu'il est au moins un million de fois plus grand que la terre, et le vois sans comparaison plus petit. Si je me promène d'occident en orient en regardant la lune, je vois qu'elle avance du même côté que moi; et je sais cependant qu'elle se va coucher à l'occident. Je sais que la hauteur de l'image qui se peint dans mon oeil, d'un homme qui est à dix pas de moi, diminue de la moitié quand il s'est approché à cinq; et cependant je le vois de la même grandeur : et tout cela indépendamment de la connaissance des raisons sur lesquelles sont réglées les perceptions que nous avons de tous ces objets : car bien des gens, qui aperçoivent les objets mieux que ceux qui savent l'optique, ne les savent pas, ces raisons. Il est donc évident que ce n'est point l'âme qui se donne cette variété de perceptions qu'elle a des objets, dès qu'elle ouvre les yeux au milieu d'une campagne. LE CHINOIS : Je l'avoue, il faut nécessairement que ce soit le Ly. LE CHRETIEN : Oui sans doute, si par le Ly vous entendez un Être infiniment puissant, intelligent, agissant toujours d'une manière uniforme, en un mot l'Etre infiniment parfait. Remarquez surtout deux choses. La première, qu'il est nécessaire que la cause de toutes les perceptions que nous avons des objets, doit savoir parfaitement la géométrie et l'optique, comment les yeux et les membres du corps de tous les hommes sont composés, et les divers changements qui s'y passent à chaque instant, j'entends du moins ceux sur lesquels il est nécessaire de régler nos perceptions. z°. Que cette cause raisonne si juste et si promptement, qu'on voit bien qu'elle est infiniment intelligente, qualité que vous refusez au Ly, et qu'elle Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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découvre de simple vue les conséquences les plus éloignées des principes, selon lesquels elle agit sans cesse dans tous les hommes et en un instant. Pour vous faire concevoir plus distinctement ce que je pense sur cela, je dis que supposé que ce soit moi-même qui me donne la perception de la distance d'un objet, qui serait seulement à trois ou quatre pieds de moi, il est nécessaire que je sache la géométrie, comment mes yeux sont composés, et les changements qui s'y passent, et que je raisonne ainsi. Par la connaissance que j'ai de mes yeux, je sais la distance qui est entre eux. Je sais aussi par leur situation, les deux angles que leurs axes qui concourent au même point de l'objet, font avec la distance de mes yeux. Voilà donc trois choses connues dans un triangle, sa base et deux angles. Donc la perpendiculaire tirée du point de l'objet sur le milieu de la distance qui est entre mes yeux, laquelle marque l'éloignement de l'objet qui m'est directement opposé, peut être connue par la connaissance que j'ai de la géométrie. Car cette science m'apprend qu'un triangle est déterminé quand un côté est donné avec deux angles et que de là on en peut déduire ce que je cherche. Mais si je me fermais un oeil, comme il n'y aurait plus que deux choses connues, la distance des yeux et un angle, le triangle serait indéterminé, et par conséquent je ne pourrais plus par ce moyen apercevoir la distance de l'objet. Je pourrais la connaître par un autre, mais moins exactement, comme par celui-ci. Par la connaissance supposée que j'ai de ce qui se passe dans mes yeux, je connais la grandeur de l'image qui se peint dans le fond de mon œil. Or l'optique m'apprend que plus les objets sont éloignés, plus leurs images ou leurs projections sont petites. Donc par la grandeur de l'image, je dois juger que l'objet, dont je sais d'ailleurs à peu près la grandeur ordinaire, est aussi à peu près à telle distance. Mais ce moyen n'étant pas si exact, il faut que je me serve de mes deux yeux, pour connaître plus exactement la distance de l'objet. De même lorsqu'un homme s'approche de moi, je juge par les moyens précédents ou d'autres semblables, que la distance de lui à moi diminue : mais comme par la connaissance que j'ai de ce qui se passe dans mes yeux, je sais que la projection qui s'en trace dans le fond de mes yeux, augmente à proportion qu'il est plus proche; et que l'optique m'apprend, que les hauteurs des images des objets sont en raison réciproque de leurs distances, je juge avec raison que je dois me donner de cet homme une perception de grandeur toujours égale, quoique son image diminue sans cesse sur mon nerf optique. Quand je regarde un objet et que la projection qui s'en trace dans le fond de mon œil, y change sans cesse de place, je dois apercevoir que cet objet est en mouvement. Mais si je marche en même temps que je le regarde, comme je sais aussi la quantité de mouvement que je me donne, quoique 1 image de cet objet change de place dans le fond de mes yeux, je dois le voir immobile; si ce n'est que le mouvement que je sais que je me donne en marchant, ne soit pas proportionné au changement de place que je sais qu'occupe sur mon nerf optique l'image de cet objet.

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Il est évident que si je ne savais pas exactement la grandeur des projections qui se tracent sur le nerf optique, la situation et le mouvement de mon corps, et divinement pour ainsi dire l'optique et la géométrie; quand il dépendrait de moi de former en moi les perceptions des objets, je ne pourrais jamais apercevoir la distance, la figure, la situation et le mouvement d'aucun corps. Donc il est nécessaire que la cause de toutes les perceptions que j'ai, lorsque j'ouvre les yeux au milieu d'une campagne, sache exactement tout cela, puisque toutes nos perceptions ne sont réglées que par là. Ainsi la règle invariable de nos perceptions, est une géométrie ou optique parfaite : et leur cause occasionnelle ou naturelle est uniquement ce qui se passe dans nos yeux, et dans la situation et le mouvement de notre corps. Car par exemple, si je suis transporté d'un mouvement si uniforme, comme on l'est quelquefois dans un bateau, que je ne sente point ce mouvement, le rivage me paraîtra se mouvoir. De même si je regarde un objet au travers d'un verre convexe ou concave, qui augmente ou diminue l'image qui s'en trace dans l'oeil, je le verrai toujours ou plus grand ou plus petit qu'il n'est : et quoique je sache d'ailleurs la grandeur de cet objet, je n'en aurai jamais de perception sensible, que proportionnée à l'image qui s'en forme dans les yeux. C'est que le Dieu que nous adorons, le Créateur de nos âmes et de nos corps, pour unir ensemble ces deux substances, dont l'homme est composé, s'est fait une loi générale de nous donner à chaque mstant toutes les perceptions des objets sensibles que nous devrions nous donner à nous-mêmes, si sachant parfaitement la géométrie et l'optique, et ce qui se passe dans nos yeux et dans le reste de notre corps, nous pouvions outre cela, uniquement en conséquence de cette connaissance, agir en nous-mêmes, et y produire toutes nos sensations par rapport à ces objets. En effet, Dieu nous ayant faits pour nous occuper de lui, et de nos devoirs envers lui, il a voulu nous apprendre sans application de notre part, par la voie courte et sûre des sensations, tout ce qui nous est nécessaire pour la conservation de la vie; non seulement la présence et la situation des objets qui nous environnent, mais encore leurs diverses qualités, soit utiles soit nuisibles. Faites maintenant une sérieuse attention sur la multitude des sensations que nous avons des objets sensibles, non seulement par la vue, mais par les autres sens : sur la promptitude avec laquelle elles se produisent en nous, sur l'exactitude avec laquelle elles nous avertissent, sur les divers degrés de force ou de vivacité de ces sensations, proportionnés à nos besoins, non seulement en vous et en moi, mais dans tous les hommes, et cela à chaque instant. Considérez enfin les règles invariables et les lois générales de toutes nos perceptions, et admirez profondément l'intelligence et la puissance infinie du Dieu que nous adorons, l'uniformité de sa conduite, sa bonté pour les hommes, son application à leurs besoins à l'égard de la vie présente. Mais que sa bonté paternelle, que notre religion nous apprend qu'il a pour ses enfants, ce audessus de celle-ci! Un ouvrier aime sans doute infiniment davantage son enfant, que son ouvrage. Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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LE CHINOIS : Il me paraît que votre doctrine ressemble fort à celle de notre secte, et que le Ly et le Dieu que vous honorez, ont entre eux assez de rapport. Le peuple de ce pays est idolâtre' : il invoque la pierre et le bois, ou certains dieux particuliers qu'ils se sont imaginés être en état de les secourir. Je croyais aussi que ce Seigneur du ciel que vous nommez votre Dieu, était de même espèce, plus excellent et plus puissant que celui du peuple : mais toujours un Dieu imaginaire. Mais je vois bien que votre religion mérite qu'on l'examine sérieusement. LE CHRÉTIEN : Comparez donc sans prévention votre doctrine avec la nôtre. Vous y êtes d'autant plus obligé, que votre bonheur éternel dépend de cet examen. La religion que nous suivons n'est point une production de notre esprit. Elle nous a été enseignée par cette souveraine vérité que vous appelez le Ly, et il l'a confirmée par un grand nombre de miracles, que vous regarderez comme des fables, prévenus comme vous l'êtes de la sublimité de vos connaissances. Je tâche de vous désabuser par des raisonnements humains. Mais ne croyez pas que notre foi en dépende. Elle est appuyée sur l'autorité divine et proportionnée à la capacité de tous les hommes. Vous dites que le Ly est la souveraine vérité. Je le dis aussi : mais voici comme je l'entends. Dieu, l'Être infiniment parfait, contenant en lui tout ce qu'il y a de réalité ou de perfection, comme je vous l'ai déjà et prouvé et expliqué, il peut en me touchant par ses réalités efficaces, car il n'y a rien en Dieu d'impuissant; c'est-à-dire en me touchant par son essence, en tant que participable par tous les êtres, me découvrir ou me représenter tous les êtres. Je dis en me touchant, car quoique mon esprit soit capable de penser ou d'apercevoir, il ne peut apercevoir que ce qui le touche ou le modifie : et telle est sa grandeur, qu'il n'y a que son Créateur qui puisse agir immédiatement en lui. C'est dans le vrai Ly qu'est la vie des intelligences, la lumière qui les éclaire. Mais c'est ce que les hommes charnels et grossiers ne comprennent pas. Voilà pourquoi je dis que le vrai Ly est la souveraine vérité : c'est qu'il renferme dans son essence, en tant qu'imparfaitement imitable en une infinité de manières, les idées ou les archétypes de tous les êtres, et qu'il nous les découvre, ces idées. Otez les idées, vous ôtez les vérités, car il est évident que les vérités ne sont que les rapports qui sont entre les idées. Dieu est encore la souveraine vérité en ce sens, qu'il ne peut nous tromper, manquer à ses promesses, etc. Mais il n'est pas nécessaire de s'arrêter à ces divers sens selon lesquels on peut dire que Dieu est la souveraine vérité. Dites-moi maintenant : comment entendez-vous que le Ly est la vérité? Mais faites attention que ce mot, vérité, ne signifie que rapport. Car 2 et 2 sont 4 n'est une vérité, que parce Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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qu'il y a un rapport d'égalité entre 2 et 2 et 4. De même 2 et 2 ne sont pas S, n'est aussi une vérité, que parce qu'il y a un rapport d'inégalité entre z et 2 et 5. Qu'entendez-vous donc par souveraine vérité ou souverain rapport? Quel genre d'être est-ce, quelle réalité trouvez-vous dans un rapport, ou un souverain rapport? Si un corps est double d'un autre je conçois qu'il a plus de réalité. Mais ôtez la réalité des corps, vous ôtez leur rapport. Le rapport qui est entre les corps, n'est donc dans le fond que les corps mêmes. Ainsi le Ly ne peut être la souveraine vérité, que parce que étant infiniment parfait, il renferme dans la simplicité de son essence, les idées de toutes les choses qu'il a créées, et qu'il peut créer. Vous dites que le Ly ne peut subsister que dans la matière. Est-ce que vous prétendez qu'il ne consiste que dans les diverses figures qu'ont les corps qui composent l'univers, et que le Ly n'est que l'ordre et l'arrangement qui esst entre eux? Que votre Ly serait peu de chose s'il ne consistait qu'en cela. Et que la matière elle-même, la dernière et la plus méprisable des sub9tances serait au-dessus de ce Ly, dont vous dites cependant tant de merveilles. Car assurément la substance sut mieux que ses divers arrangements, ce qui ne périt point, que ce qui est périssable. LE CHINOIS : Par le Ly nous n'entendons pas simplement l'arrangement de la matière, mais cette souveraine sagesse qui range dans un ordre merveilleux les parties de la matière. LE CHRÉTIEN : En cela votre doctrine ce semblable à la nôtre. Mais pourquoi soutenezvous que le Ly ne subsiste point en lui-même, et qu'il ne peut subsister que dans la matière : qu'il n'est point intelligent, et qu'il ne sait ni ce qu'il est, ni ce qu'il fait? Cela nous fait juger que vous croyez que le Ly n'est que la figure et l'arrangement des corps car la figure et l'arrangement des corps ne peuvent subsister sans les corps mêmes, et manquent d'intelligence. La rondeur par exemple, d'un corps, n est assurément que le corps même de telle façon, et elle ne connaît point ce qu'elle est. Quand vous voyez un bel ouvrage, vous dites qu'il y a là bien du Ly. Si vous voulez dire par là que celui qui l'a composé, a été éclairé par le Ly, par la souveraine sagesse, vous penserez comme nous. Si vous voulez dire que l'idée qu'a l'ouvrier de son ouvrage, est dans le Ly, et que c'est cette idée qui a éclairé l'ouvrier, nous y consentirons. Mais qu'on brise l'ouvrage, l'idée qui éclaire l'ouvrier subsiste toujours. Le Ly ne subsiste donc pas dans l'arrangement des parties dont l'ouvrage est composé, ni par la même raison dans l'arrangement des parties du cerveau de l'ouvrier. Le Ly est une lumière commune à tous les hommes, et tous ces arrangements de matière ne sont que des modifications particulières. Ils peuvent périr et changer ces arrangements : mais le Ly est éternel et immuable. Il subsiste donc en lui-même, non seulement

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indépendamment de la matière, mais indépendamment des intelligences les plus sublimes, qui reçoivent de lui l'excellence de leur nature et la sublimité de leurs connaissances. Pourquoi donc rabaissez-vous le Ly, la souveraine sagesse, jusqu'à soutenir qu'elle ne peut subsister sans la matière. Mais encore un coup, quels étranges paradoxes s'il est vrai que vous les souteniez ! Votre Ly n'est point intelligent. Il est la souveraine sagesse, et il ne sait ni ce qu'il est ni ce qu'il fait. Il éclaire tous les hommes, il leur donne la sagesse et l'intelligence, et il n'est pas sage lui-même. Il arrange certainement les parties de la matière pour certaines fins : il place dans l'homme les yeux au haut de la tête, afin qu'il voie de plus loin, mais sans le savoir ni même sans le vouloir. Car il n'agit que par une impétuosité aveugle de sa nature bienfai santé. Voilà ce que j'ai ouï dire que vous pensiez de votre Ly. Est-ce là rendre justice à celui de qui vous tenez tout ce que vous êtes? LE CHINOIS : Nous disons que le Ly est la souveraine sagesse et la souveraine justice : mais par respect pour lui, nous n'oserions dire qu'il est sage ni qu'il est juste. Car c'est la sagesse et la justice qui rendent sage et juste : et par conséquent la sagesse vaut mieux que le sage, la justice que le juste. Comment pouvez-vous donc dire de votre Dieu, de l'Être infiniment parfait, qu'il est sage. Car la sagesse qui le rendrait sage serait plus parfaite que lui, puisqu'il tirerait d'elle sa perfection. LE CHRÉTIEN : L'Être infiniment parfait est sage. Mais il est à lui-même sa sagesse; il est la sagesse même. Il n'est point sage par une sagesse étrangère et chimérique : il est à lui-même sa lumière, et la lumière qui éclaire toutes les intelligences. Il est juste et la justice essentielle et originale. Il est bon et la bonté même. Il est tout ce qu'il est nécessairement et indépendamment de tout autre être, et tous les êtres tiennent de lui tout ce qu'ils ont de réalité et de perfection : car l'Être infiniment parfait se suffit à lui-même, et tout ce qu'il a fait a sans cesse besoin de lui. LE CHINOIS : Quoi, la souveraine sagesse serait sage elle-même. Il me paraît clair que cela se contredit : car les formes et les qualités sont différentes des sujets. Une sagesse sage! comment cela? c'est la sagesse qui rend sage, mais elle n'est pas sage elle-même. LE CHRETIEN : Je vois bien que vous vous imaginez qu'il y a des formes et des qualités abstraites, et qui ne sont les formes et les qualités d'aucun sujet : qu'il y a une sagesse, une justice, une bonté abstraite, et qui n'est la sagesse d'aucun être. Vos abstractions vous trompent : quoi, pensez-vous qu'il y ait une figure aberrante, une rondeur, par exemple, qui rende ronde une boule, Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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et sans laquelle un corps dont tous les points de la surface seraient également éloignés du centre ne serait point rond? Lorsque je rends cette justice au Ly de dire de lui, qu'il est indépendant de la matière, sage, juste, tout-puissant, en un mot infiniment parfait, et que je l'adore en cette qualité; pensez-vous qu'en cela je ne sois pas juste, indépendamment de votre justice abstraite et imaginaire, si en cela je rends au Ly l'honneur qui lui ce dû? Encore un coup vos abstractions vous trompent. Mais il faut que je vous (explique comment je conçois que Dieu est à lui-même sa sagesse; et en quel sens il est la nôtre. Le Dieu que nous adorons c'est l'Être infiniment parfait, comme je vous l'ai déjà expliqué, et dont je vous ai prouvé l'existence. Or se connaître soi-même est une perfection. Donc l'Être infiniment parfait se connaît parfaitement. Et par conséquent il connaît aussi toutes les manières dont son essence infinie peut être imparfaitement participée, ou imitée par tous les êtres particuliers et finis, soit créés, soit possibles : c'est-à-dire, qu'il voit dans son essence les idées ou les archétypes de tous ces êtres. Or l'Être infiniment parfait est aussi tout-puissant, puisque la toute-puissance ce une perfection. Donc il peut vouloir, et par conséquent créer ces êtres. Ainsi Dieu voit dans son essence infinie l'essence de tous les êtres finis, je veux dire l'idée ou l'archétype de tous ces êtres. Il voit aussi leur existence et toutes leurs manières d'exister par la connaissance qu'il a de ses propres volontés, puisque ce sont ses volontés qui leur donnent l'être. Ainsi l'Être infiniment parfait est à lui-même sa sagesse : il ne tire ses connaissances que de luimême. Et s'il connaît la matière qu'il arrange avec tant d'art par rapport aux fins qu'il se propose, comme il paraît évidemment dans la construction des animaux et des plantes, il ne la connaît que parce qu'il l'a faite. Car si elle était éternelle, il n'en aurait pas formé tant d'ouvrages admirables, puisqu'il n'en aurait pas même la connaissance; l'Être infiniment parfait ne pouvant tirer ses connaissances que de lui-même. Vous voyez donc comment Dieu est sage, et comment il est à lui-même sa sagesse. Dieu est aussi notre sagesse et l'auteur de nos connaissances, parce que lui seul agit immédiatement dans nos esprits, et qu'il leur découvre les idées qu'il renferme des êtres qu'il a créés, et qu'il peut créer : c'est-à-dire parce qu'il nous touche l'esprit par sa substance toujours efficace, non selon tout ce qu'elle est, mais seulement selon qu'elle est représentative de ce que nous voyons. Pour vous rendre sensible ce que je veux dire; imaginez-vous que le plan de ce mur soit visible immédiatement et par lui-même, capable d'agir sur votre esprit et de se faire voir à lui. Je vous ai prouvé que cela n'est pas vrai; car il y a une différence infinie entre le corps qu'on voit immédiatement et directement, je veux dire entre les idées des corps, ou les corps intelligibles, et entre les corps matériels, ceux que l'on regarde en tournant et fixant ses yeux vers eux. Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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Supposons, dis-je, que le plan de ce mur soit capable d'agir sur votre esprit et de se faire voir à lui, il est clair qu'il pourrait vous y faire voir toutes sortes de lignes courbes et droites, et toutes sortes de figures, sans que vous vissiez, le plan. Car si le plan vous touchait seulement en tant que ligne et telle ligne, et que le reste de ce plan ne vous touchât point, et devint parfaitement transparent, vous verriez la ligne sans voir le plan, quoique vous ne vissiez la ligne que dans le plan, et par l'action du plan sur votre esprit : parce que en effet ce plan renferme la réalité de toutes sortes de lignes, sans quoi il ne pourrait vous les représenter en lui-même. Ainsi Dieu, l'Être infiniment parfait, renfermant éminemment en lui-même tout ce qu'il y a de réalité ou de perfection dans tous les êtres, il peut nous les représenter, en nous touchant par son essence, non prise absolument, mais prise en tant que relative à ces êtres, puisque son essence infinie renferme tout ce qu'il y a de réalité véritable dans tous les êtres finis. Ainsi Dieu seul agit immédiatement dans nos âmes, lui seul est notre vie, notre lumière, notre sagesse. Mais il ne nous découvre maintenant en lui que les sciences humaines, et ce qui nous est nécessaire par rapport à la société et à la conservation de la vie présente, tantôt en conséquence de notre attention, et tantôt en conséquence des lois générales de l'union de l'âme et du corps. Il s'est réservé de nous instruire de ce qui a rapport à la vie future par son Verbe, qui s'est fait homme', et qui nous a appris la religion que nous professons. Vous voyez donc qu'on ne rabaisse point la souveraine sagesse, le vrai Ly, en soutenant qu'il est sage; puisqu'il est à lui-même sa sagesse et sa lumière, et la seule lumière de nos esprits. Mais si le Ly ne se connaissait pas lui-même, et ne savait ce qu'il fait; s'il n'avait ni volonté ni liberté; s'il faisait tout dans le monde par une impétuosité aveugle et nécessaire; quelque excellents que fussent ses ouvrages, je ne vois pas que dans la dépendance où vous le mettez encore de la matière, il méritât les éloges que vous lui donnez. LE CHINOIS : Je vois bien qu'il n'y a pas de contradiction que Dieu soit sage, et aussi la sagesse même de la manière que vous l'expliquez. Mais nous concevons encore notre Ly comme l'ordre immuable, la loi éternelle, la règle et la justice même. Comment accorder encore le Ly avec votre Dieu? Comment sera-t-il juste, et en même temps la justice et la règle? Nos docteurs même ne savent point si votre Dieu existe : mais tout le monde sait bien qu'il y a une loi éternelle, une règle immuable, une justice souveraine bien au-dessus de votre Dieu, s'il est juste, puisqu'il ne peut être juste que par elle. Notre Ly est une loi souveraine à laquelle votre Dieu même est obligé de se soumettre. LE CHRETIEN : Vos abstractions vous séduisent encore. Quel genre d'être, est-ce que cette loi et cette règle : comment subsiste-t-elle dans la matière : quel en est le législateur? Elle est éternelle dites-vous. Concevez donc que le législateur est éternel. Elle est nécessaire et immuable Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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dites vous encore : dites donc aussi que le législateur est nécessaire, et qu'il ne lui est pas libre ni de former, ni de suivre ou de ne pas suivre cette loi. Concevez que cette loi n'est immuable et éternelle, que parce qu'elle est écrite pour ainsi dire en carastères éternels dans l'ordre immuable des attributs ou des perfections du législateur, de l'Être éternel et nécessaire, de l'Être infiniment parfait. Mais ne dites pas qu'elle subsiste dans la matière. Je m'explique. L'Être infiniment parfait se connaît parfaitement, et il s'aime lui-même invinciblement, et par la nécessité de sa nature. Vous ne sauriez concevoir autrement l'Être infiniment parfait. Car sa volonté n'est point comme en nous une impression qui lui vienne d'ailleurs : ce ne peut être que l'amour naturel qu'il se porte à lui-même et à ses divines perfections. Il suit de là qu'il estime et qu'il aime nécessairement davantage les êtres qui participent davantage à ses perfections. Il estime donc et il aime davantage l'homme par exemple que le cheval; l'homme vertueux et qui lui ressemble, que l'homme vicieux, qui défigure l'image qu'il porte de la divinité, car nous savons que Dieu a créé l'homme à son image et à sa ressemblance,. L'ordre éternel, immuable et nécessaire qui est entre les perfections que Dieu renferme dans son essence infinie, auxquelles participent inégalement tous les êtres, est donc la loi éternelle nécessaire et immuable. Dieu même est obligé de la suivre : mais il demeure indépendant : car il n'est obligé de la suivre que parce qu'il ne peut ni errer ni se démentir, avoir honte d'être ce qu'il est, cesser de s'estimer et de s'aimer, cesser d'estimer et d'aimer toutes choses à proportion qu'elles participent à son essence. Rien ne l'oblige à suivre cette loi que l'excellence immuable et infinie de son être, excellence qu'il connaît parfaitement et qu'il aime invinciblement. Dieu est donc juste essentiellement, et la justice même, et la règle invariable de tous les esprits qui se corrompent s'ils cessent de se conformer à cette règle, c'est-à-dire s'ils cessent d'estimer et d'aimer toutes choses à proportion qu'elles sont estimables et aimables, à proportion qu'elles participent davantage aux perfections divines. Comme c'est dans l'Être infiniment parfait, ou pour parler comme vous dans le Ly, que nous voyons toutes les vérités, ou tous les rapports, qui sont entre les idées éternelles et immuables qu'il renferme; il est clair que nous y voyons les rapports de perfection, aussi bien que les simples rapports (le grandeur; les rapports qui règlent les jugements de l'esprit, et en même temps les mouvements du coeur, aussi bien que ceux qui ne règlent que les jugements de l'esprit; en un mot les rapports qui ont force de loi, aussi bien que ceux qui sont purement spéculatifs. Ainsi la loi éternelle est en Dieu et Dieu même; puisque cette loi ne consiste que dans l'ordre éternel et immuable des perfections divines. Et cette loi est notifiée à tous les hommes par l'union naturelle, quoique maintenant fort affaiblie, qu'ils ont avec la souveraine Raison, ou' en tant que raisonnables; et de plus par les sentiments d'approbation ou de reproche intérieur dont cette même raison les console lorsqu'ils obéissent à cette loi, ou les désole lorsqu'ils ne lui obéissent pas, ils Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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sont convaincus qu'elle leur est commandée, mais parce que les hommes sont devenus trop charnels, grossiers, esclaves de leurs passions, en un mot incapables de rentrer en eux-mêmes, pour consulter attentivement cette souveraine loi, et pour la suivre constamment, ils ont tous besoin des lumières et des secours de NOTRE SAINTE RELIGION. Car non seulement elle expose clairement tous nos devoirs, mais elle nous donne encore tous les secours nécessaires pour les pratiquer. Comparez donc sans prévention votre doctrine sur le Ly avec celle que je viens de vous exposer. Vos docteurs étaient fort éclairés, j'en conviens : mais ils étaient hommes comme vous et comme nous. Et nous savons qu'il y a un Dieu, un Être infiniment parfait, non seulement par une infinité de preuves que nous croyons démonstratives, mais parce que Dieu lui-même s'est fait connaître aux auteurs de nos Écritures. Mais laissant maintenant à part l'autorité divine de nos Livres sacrés, et celle de vos docteurs, examinez s'il est possible que votre Ly sans devenir le nôtre, c'est-à-dire l'Etre infiniment parfait, puisse être la lumière, la sagesse, la règle qui éclaire tous les hommes. Pourrions-nous voir en lui tout ce que nous y voyons, s'il n'en contenait éminemment la réalité ? Est-ce qu'on pourrait voir dans un plan, s'il était visible par lui-même, des solides qui n'y sont point? N'est-il pas évident que ce qu'on voit immédiatement et directement n'est pas rien, et que voir rien et ne point voir c'est la même chose? Comment trouveriez-vous dans votre Ly ces espaces infinis, j'entends ceux que votre esprit aperçoit immédiatement, et qu'il sait n'avoir point de bornes : car je ne parle pas de ces espaces matériels qu'on ne voit point en eux-mêmes, et par conséquent qu'on pourrait voir ou plutôt croire qu'on les voit, sans qu'ils fussent; et auxquels cependant vous attribuez une existence éternelle qui ne convient certainement qu'à leur idée. Car l'idée de ces espaces où les espaces qui sont l'objet immédiat et direct de votre esprit, sont nécessaires et éternels; puisque ce n'est que l'essence de l'Être infiniment parfait en tant que représentative des espaces, matériels. Dites donc comme nous, que le vrai Ly qui nous éclaire immédiatement, et en qui nous découvrons tous les objets de nos connaissances, est infiniment parfait, et contient éminemment dans la simplicité parfaite de son essence, tout ce qu'il y a de vraie réalité dans tous les êtres finis. Rendez justice au vrai Ly, en avouant de bonne foi qu'il est essentiellement juste; puisque aimant nécessairement son essence, il aime aussi toutes choses à proportion qu'elles sont plus parfaites, puisqu'elles ne sont plus parfaites, que parce qu'elles y participent davantage. Dites aussi qu'il est la justice même, la loi éternelle, la règle invariable, puisque cette loi éternelle n'est que l'ordre immuable des perfections qu'il renferme dans l'infinité et la simplicité de son essence : ordre qui est la loi de Dieu même, et la règle de sa volonté et celle de toutes les volontés créées. Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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Mais défiez-vous de vos abstractions, vaines subtilités de vos docteurs. Il n'y a point de ces formes ou de ces qualités abstraites. Toutes les qualités ne sont que des manières d'être de quelques substances. Si nous aimons Dieu sur toutes choses, et notre prochain comme nousmêmes, en cela nous serons justes, sans être, si cela se peut dire, informés d'une forme abstraite de justice qui ne subsiste nulle part. Vous croyez que c'est le Ly qui arrange la matière dans ce bel ordre que nous remarquons dans l'univers : que c'est lui qui donne aux animaux et aux plantes tout ce qui est nécessaire pour leur conservation et la propagation de leur espèce. Il est donc clair qu'il agit par rapport à certaines fins. Cependant vous soutenez qu'il n'est pas sage et intelligent, et qu'il fait tout cela par une impétuosité aveugle de sa nature bienfaisante. Quelle preuve avez-vous d'un si étrange paradoxe? LE CHINOIS : La voici. C'est que si le Ly était intelligent comme vous le pensez, étant bienfaisant par sa nature, il n'y aurait point de monstres ni aucun désordre dans l'univers. Pourquoi le Ly ferait-il naître aveugle un enfant avec deux yeux? Pourquoi ferait-il croître les blés pour les ravager ensuite par les orages ? Est-ce qu'un Être infiniment sage et intelligent peut changer à tout moment de dessein, faire et aussitôt défaire ce qu'il a fait. L'univers est rempli de contradictions manifestes : marque certaine que le Ly qui le gouverne n'est ni sage ni intelligent. LE CHRETIEN : Quoi ! celui qui nous a donné des yeux et les a placés au haut de la tête, n'a pas eu dessein que nous nous en servissions pour voir, et pour voir de plus loin? Celui qui a donné des ailes aux oiseaux n'a ni su ni voulu qu'ils pussent voler dans l'air? Que ne dites-vous plutôt touchant les désordres de l'univers, que votre esprit étant fini vous ne connaissez pas les diverses fins ou les divers desseins du Ly, dont la sagesse est infinie. De ce que l'univers est rempli d'effets qui se contredisent, vous en concluez que le Ly n'est pas sage : et moi j'en conclus démonstrativement tout le contraire. Voici comment. Le Ly ou plutôt l'Être infiniment parfait que j'adore, doit toujours agir selon ce qu'il est, d'une manière conforme à ses attributs et qui en porte le caractère. Car prenez-y garde il n'a point et ne peut avoir d'autre loi ou d'autres règles de sa conduite, que l'ordre immuable de ses propres attributs. C'est nécessairement dans cet ordre qu'il trouve le motif ou la règle qui le détermine plutôt à agir d'une façon que d'une autre : car il ne se détermine que par sa volonté, et sa volonté n'est que l'amour qu'il se porte à lui-même et à ses divines perfections. Ce n'est point une impression qui lui vienne d'ailleurs et qui le porte ailleurs : ce que je vous dis est nécessairement Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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renfermé dans l'idée de l'Etre infiniment parfait. Or se former des lois générales des communications des mouvements, des lois générales de l'union de l'âme et du corps, et d'autres semblables, après en avoir prévu toutes les suites, porte certainement le caractère d'une sagesse et d'une prescience infinie : et au contraire agir à tous moments par des volontés particulières marque une sagesse et une prévoyance bornée, telle qu'est la nôtre. De plus agir par des lois générales porte le caractère d'une cause générale, l'uniformité dans la conduite exprime l'immutabilité de la cause. Cela est évident et résout vos difficultés. Le Ly, dites-vous, ravage les moissons qu'il a fait croître : donc il n'est pas sage. Il fait et défait sans cesse, il se contredit : donc il change de dessein ou plutôt il agit par une impétuosité aveugle et naturelle. Vous vous trompez. Car au contraire, c'est à cause que le vrai Ly suit toujours les lois très simples des communications des mouvements, que les orages se forment et qu'ils ravagent les moissons, que les pluies produites aussi par les mêmes lois, avaient fait croître. Car tout ce qui arrive naturellement dans la matière n'est qu'une suite de ces lois. C'est une même conduite qui produit des effets si différents. C'est parce que Dieu ne change point sa manière d'agir qu'il suit toujours les mêmes lois, qu'on remarque dans l'univers tant d'effets qui se contredisent. C'est à cause de la simplicité de ces lois que les fruits sont ravagés; mais la fécondité de ces mêmes lois est telle, qu'elles réparent bientôt le mal qu'elles ont fait. Elles sont telles en un mot ces lois, que leur simplicité et leur fécondité jointes ensemble, portent davantage le caractère des attributs divins, que toute autre loi plus féconde mais moins simple, ou plus simple mais moins féconde. Car Dieu ne s'honore pas seulement par l'excellence de son ouvrage, mais encore par la simplicité de ses voies, par la sagesse et l'uniformité de sa conduite. Dieu a établi les lois générales de l'union de l'âme et du corps; en conséquence desquelles selon les diverses impressions qui se font dans le cerveau, nous devons être avertis de la présence des objets, ou de ce qui arrive à notre corps. Dans le cerveau d'un homme qui a perdu un bras, il se fait la même impression que lorsqu'il avait la goutte au petit doigt. Il se fait de même dans le cerveau d'un homme qui dort, la même impression qu'y faisait autrefois son père mort depuis peu. D'où vient que celui-ci est averti de la présence de son père, et que l'autre souffre encore les douleurs de la goutte dans un doigt qu'il n'a plus? C'est que Dieu ne veut pas composer ses voies, ni troubler l'uniformité et la généralité de sa conduite pour remédier à de légers inconvénients. En conséquence des mêmes lois, dès qu'un homme veut remuer le bras, il se remue, sans que l'homme sache seulement ce qu'il faudrait faire pour le remuer. On voit bien que la fin de cette loi est nécessaire à la conservation de la vie et de la société : mais d'où vient qu'il n'y a point d'exception, et que Dieu qui commande l'aumône et défend l'homicide, concourt également à celui qui étend la main pour secourir son prochain, et à celui qui tue son ennemi. C'est assurément Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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que Dieu ne veut pas ôter à ses voies leur simplicité et leur généralité, et qu'il réserve au jour de ses vengeances spunir l'abus criminel que les hommes font de la puissance qu'il leur communique par l'établissement de ses lois. Ne vous imaginez pas que le monde soit le plus excellent ouvrage que Dieu puisse faire, mais que c'est le plus excellent que Dieu puisse faire par des voies aussi simples et aussi sages que celles dont il se sert. Comparez si vous le pouvez l'ouvrage avec les voies, l'ouvrage entier et dans tous les temps avec toutes leurs voies; car c'est le composé de l'ouvrage entier joint aux voies qui porte le plus le caractère des attributs divins, que Dieu a choisi. Car il ne s'est déterminé à tel ouvrage que par sa volonté, que suivant son motif et sa loi; mais sa volonté n'est que l'amour qu'il se porte à lui-même, et son motif et sa loi n'est que l'ordre immuable et nécessaire qui est entre ses divines perfections. Comme l'Être infiniment parfait se suffit à lui-même, il lui est libre de ne rien faire. Mais il ne lui est pas libre de choisir mal, je veux dire de choisir un dessein qui ne soit pas infiniment sage, et par là de démentir ce qu'il est véritablement. N'humanisez donc pas la divinité, ne jugez jamais par vous-mêmes de l'Être infiniment parfait. Un homme qui bâtit une maison et qui peu de jours après la jette par terre, marque très probablement par le changement de sa conduite, son inconstance, son repentir, son peu de prévoyance; parce qu'il n'agit que par des volontés, ou avec des desseins particuliers et bornés. Mais la cause universelle agit et doit agir sans cesse par des volontés générales, et suivre exactement les lois sages qu'elle s'est prescrites après en avoir prévu toutes les suites. Après, disje, en avoir prévu, et voulu positivement et directement tous les effets qui rendent son ouvrage plus parfait, car c'est à cause de ces bons effets qu'il a établi ces lois : mais prévu et seulement permis les mauvais, c'est-à-dire indirectement voulu qu'ils arrivassent. Car il ne les veut point directement ces mauvais effets : il ne les veut que parce qu'il veut directement agir selon ce qu'il est, et conserver dans sa conduite la généralité et l'uniformité qui lui convient, afin qu'elle soit conforme à ses attributs. Ce n'est pas cependant que lorsque l'ordre de ces mêmes attributs demande ou permet qu'il agisse par des volontés particulières, il ne le fasse ; comme il est arrivé dans l'établissement de notre sainte religion, car nous savons qu'elle a été confirmée par plusieurs miracles. Le principe général de tout ceci c'est que les causes agissent selon ce qu'elles sont. Ainsi pour savoir comment elles agissent au lieu de se consulter soi-même, il faut consulter l'idée qu'on a de ces causes. Votre empereur e9t de même nature que vous : cependant ne vous imaginez pas qu'il doive agir comme vous agiriez vous-mêmes dans pareille occasion. Car s'il se glorifiait plus de sa dignité que de sa nature, il pourrait prendre des desseins auxquels vous ne penseriez jamais. Consultez donc l'idée de l'Être infiniment parfait si vous voulez connaître quelque chose dans sa Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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conduite. Mais ne voyez vous pas d'ailleurs qu'il est absolument nécessaire pour la conservation du genre humain et l'établissement des sociétés, que le vrai Ly agisse sans cesse en nous en conséquence des lois générales de l'union de l'âme et du corps, dont les causes naturelles ou occasionnelles sont les divers changements qui arrivent dans les deux substances dont les hommes sont composés. Supposé seulement que Dieu ne nous donne pas toujours les mêmes perceptions, lorsque dans nos yeux ou dans notre cerveau il y a les mêmes impressions; cela seul détruirait toutes les sociétés. Un père méconnaîtrait son enfant, et un ami son ami. On prendrait une pierre pour (lu pain', et généralement tout sera dans une confusion effroyable. Ôtez la généralité des lois naturelles tout retombe dans un chaos où l'on ne connaît plus rien : car les volontés particulières du vrai Ly qui gouverne le monde nous sont entièrement inconnues. On croirait peut-être par exemple qu'en se jetant par la fenêtre on descendrait aussi sûrement de sa maison que par l'escalier, ou qu'en se confiant en Dieu dont la nature est bienfaisante, on marcherait sur les eaux sans se submergera. Ne jugez donc pas que le Ly agisse par une impétuosité aveugle à cause des maux qui vous arrivent. Il laisse à votre industrie éclairée par la connaissance des lois générales à vous garantir de ceux de la vie présente; et il nous envoie pour nous apprendre ce qui est nécessaire pour éviter ceux de la vie future, qui sont certainement bien plus à craindre. Il est infiniment bon, il est naturellement bienfaisant : il fait même à ses créatures, je ne crains point de le dire, tout le bien qu'il peut leur faire, mais en agissant comme il doit agir, prenez garde à cette condition, en agissant selon l'ordre immuable de ses attributs : car Dieu aime infiniment plus sa sagesse que son ouvrage. Le bonheur de l'homme n'est pas la fin de Dieu, j'entends sa fin principale, sa dernière fin. Dieu est à lui-même sa fin : sa dernière fin c'est sa gloire; et lorsqu'il agit, c'est d'agir selon ce qu'il est, toujours d'une manière qui porte le caractère de ses attributs, car il n'a point d'autre loi, ou d'autre règle de sa conduite. LE CHINOIS : Je vous avoue qu'il est nécessaire que le Ly sache ce qu'il fait, et même qu'il le veuille; et je suis assez content de la réponse que vous venez de rendre à l'objection que je vous ai faite. Mais vous supposez toujours que la matière a été créée de rien, ce que je ne crois pas véritable pour deux raisons. La première, c'est qu'il y a contradiction que de rien on puisse faire quelque chose. La deuxième, c'est que je puis affirmer d'une chose, ce que je connais être renfermé dans l'idée que j'en ai. Par exemple, je puis assurer qu'un carré peut être divisé en deux triangles égaux et semblables, parce que je le conçois clairement ; ainsi je puis assurer que l'étendue est éternelle, puisque je la conçois éternelle. LE CHRÉTIEN : Je réponds à votre première objection, qu'il est vrai que Dieu même, ne peut pas de rien faire quelque chose en ce sens, que le rien soit la base ou le sujet de l'ouvrage, ou Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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que l'ouvrage soit formé ou composé de rien : car il y aurait une contradiction manifeste. L'ouvrage serait et ne serait pas en même temps, ce qui seul fait la contradiction. Mais que l'Être infiniment parfait et par conséquent tout-puissant; (car la toute-puissance est renfermée dans l'idée de l'Être infiniment parfait), veuille et produise par conséquent les êtres dont les idées ou les modèles sont renfermés dans son essence qu'il connaît parfaitement; il n'y a en cela nulle contradiction : car le néant et l'être peuvent se succéder l'un à l'autre. Dieu voit en lui-même l'idée de l'étendue : il peut donc vouloir en produire. S'il le veut, et que cependant elle ne soit pas produite, il n'est pas tout-puissant, ni par conséquent infiniment parfait. Niez donc l'existence d'un Être infiniment parfait, ou avouez qu'il a pu créer la matière, et même que lui seul l'a créée, puisqu'il la meut, et l'arrange dans l'ordre que nous admirons. Car étant infiniment parfait, indépendant, ne tirant ses connaissances que de lui-même, et sachant même de toute éternité tout ce qu'il sait devoir arriver, s'il n'avait pas fait la matière, il ne saurait pas seulement les changements qui lui arrivent, ni même si elle existe. LE CHINOIS : Je vous avoue que je ne comprends pas le moindre rapport entre la volonté de votre Dieu, et l'existence d'un fétu. LE CHRÉTIEN : Eh bien qu'en voulez-vous conclure, que l'Être infiniment parfait ne peut pas créer un fétu? Niez donc qu'il y ait un Être infiniment parfait : ou plutôt avouez qu'il y a bien des choses que ni vous ni moi ne pouvons comprendre. Mais de bonne foi concevez-vous clairement quelque rapport entre l'action de votre Ly, quelle qu'elle puisse être, ou entre sa volonté (si maintenant vous convenez qu'il ne fait rien sans le savoir et le vouloir faire), et le mouvement d'un fétu. Pour moi je vous avoue aussi mon ignorance : je ne vois nul rapport entre une volonté et le mouvement d'un corps. Le vrai Ly m'a formé deux yeux d'une structure merveilleuse, et proportionnée à l'a&ion de la lumière. Dès que je les ouvre, j'ai malgré moi diverses perceptions de divers objets, chacun d'une certaine grandeur, couleur, figure et le reste. Qui fait tout cela en moi et dans tous les hommes? C'est un être infiniment intelligent et toutpuissant. Il le fait parce qu'il le veut. Mais quel rapport entre la volonté de l'Être souverain et le moindre de ces effets? Je ne le vois pas clairement ce rapport : mais je le conclus de l'idée que j'ai de cet être. Je sais que les volontés d'un être tout-puissant doivent nécessairement être efficaces, jusqu'à faire tout ce qui ne renferme point de contradiction. Quand je verrai Dieu tel qu'il est, ce que ma religion me fait espérer, je comprendrai clairement en quoi consiste l'efficace de ses volontés. Ce que je conçois maintenant, c'est qu'il y a contradiction que votre Ly Puisse mouvoir un fétu par son efficace propre si l'existence de ce fétu n'est l'effet de la volonté du vrai Ly. Car si Dieu veut et crée par conséquent ou conserve ce fétu en tel lieu, et il ne peut le créer qu'il ne le Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

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crée dans quelque endroit, il sera où il le veut et jamais autre part. C'est qu'il n'y a que celui dont la volonté toujours efficace donne l'existence aux corps qui les puisse mouvoir, ou les faire exister successivement en différents lieux. LE CHINOIS : Cela est fort bien. Mais que répondez-vous à ma seconde preuve de l'éternité de l'étendue : n'est-elle pas démonstrative ? Ne peut-on pas affirmer ce qu'on conçoit clairement? Or quand nous pensons à l'étendue, nous la concevons éternelle, nécessaire, infinie. Donc l'étendue n'est point faite : elle est éternelle, nécessaire, infinie. LE CHRÉTIEN : Oui sans doute, l'étendue, celle que vous apercevez immédiatement et directement, l'étendue intelligible est éternelle, nécessaire, infinie. Car c'est l'idée ou l'archétype de l'étendue créée, que nous apercevons immédiatement : et cette idée est l'essence éternelle de Dieu même, en tant que relative à l'étendue matérielle, ou en tant que représentative de l'étendue dont cet univers est composé. Cette idée n'est point faite, elle est éternelle. Mais l'étendue dont il est question, celle dont cette idée est le modèle, est créée dans le temps par la volonté du ToutPuissant. Est-ce que vous confondez encore les idées des corps avec les corps mêmes ? De l'existence de l'idée qu'on aperçoit d'un palais magnifique, en peut-on conclure l'existence de ce palais? Cette proposition est véritable : on peut affirmer d'une chose, ce que l'on conçoit clairement être renfermé dans l'idée de cette chose. La raison en est que les êtres sont nécessairement conformes aux idées de celui qui les a faits, et que l'on voit dans l'essence de celui qui les a créés, les mêmes idées sur lesquelles il les a créés. Car si nous les voyions ailleurs, ces idées, si nous les voyions par exemple chacun de nous dans les modifications de notre propre substance; comme Dieu n'a pas fait le monde sur mes idées, mais sur les siennes, je ne pourrais pas affirmer d'aucun être ce que je verrais clairement être renfermé dans l'idée que j'en aurais. Mais de l'idée qu'on a des êtres, on ne peut conclure l'existence actuelle de ces êtres. De l'idée éternelle, nécessaire, infinie de l'étendue, on ne peut en conclure qu'il y a une autre étendue nécessaire, éternelle, infinie, on n'en peut pas même conclure qu'il y ait aucun corps. L'Être infiniment parfait voit dans son essence une infinité de mondes possibles de différents genres, dont nous n'avons nulle idée, parce que nous ne connaissons pas toutes les manières dont son essence peut être participée ou imparfaitement imitée ; en peut-on conclure que tous les modèles de ces mondes sont exécutés? Il est donc évident que de l'existence nécessaire des idées, on n'en peut point conclure l'existence nécessaire des êtres, dont ces idées sont les modèles : on peut seulement dans les idées des êtres en découvrir les propriétés; parce que ces êtres ont été faits par celui-là même en qui nous voyons leurs idées. Entretien d’un philosophe chrétien et d’un philosophe chinois

L’UNICITE DE DIEU Par Allan KARDEC 1.- Dieu étant la cause première de toutes choses, le point de départ de tout, le pivot sur lequel repose l'édifice de la création, c'est le point qu'il importe de considérer avant tout. 2.- Il est de principe élémentaire qu'on juge d'une cause par ses effets, alors même qu'on ne voit pas la cause. Si un oiseau fendant l'air est atteint d'un plomb mortel, on juge qu'un habile tireur l'a frappé, quoiqu'on ne voie pas le tireur. Il n'est donc pas toujours nécessaire d'avoir vu une chose pour savoir qu'elle existe. En tout, c'est en observant les effets qu'on arrive à la connaissance des causes. 3.- Un autre principe tout aussi élémentaire, et passé à l'état d'axiome à force de vérité, c'est que tout effet intelligent doit avoir une cause intelligente. Si l'on demandait quel est le constructeur de tel ingénieux mécanisme, que penserait-on de celui qui répondrait qu'il s'est fait tout seul ? Lorsqu'on voit un chef-d’œuvre de l'art ou de l'industrie, on dit que ce doit être le produit d'un homme de génie, parce qu'une haute intelligence a dû présider à sa conception ; on juge néanmoins qu'un homme a dû le faire, parce qu'on sait que la chose n'est pas au-dessus de la capacité humaine, mais il ne viendra à personne la pensée de dire qu'elle est sortie du cerveau d'un idiot ou d'un ignorant, et encore moins qu'elle est le travail d'un animal ou le produit du hasard. 4.- Partout on reconnaît la présence de l'homme à ses ouvrages. L'existence des hommes antédiluviens ne se prouverait pas seulement par des fossiles humains, mais aussi, et avec autant de certitude, par la présence dans les terrains de cette époque, d'objets travaillés par les hommes ; un fragment de vase, une pierre taillée, une arme, une brique suffiront pour attester leur présence. A la grossièreté ou à la perfection du travail, on reconnaîtra le degré d'intelligence et d'avancement de ceux qui l'ont accompli. Si donc, vous trouvant dans un pays habité exclusivement par des sauvages, vous découvriez une statue digne de Phidias, vous n'hésiteriez pas à dire que des sauvages étant incapables de l'avoir faite, elle doit être l'œuvre d'une intelligence supérieure à celle des sauvages. 5.- Eh bien ! en jetant les yeux autour de soi, sur les œuvres de la nature, en observant la prévoyance, la sagesse, l'harmonie qui président à toutes, on reconnaît qu'il n'en est aucune qui ne dépasse la plus haute portée de l'intelligence humaine. Dès lors que l'homme ne peut les produire, c'est qu'elles sont le produit d'une intelligence supérieure à l'humanité, à moins de dire qu'il y a des effets sans cause. 6.- A cela, quelques-uns opposent le raisonnement suivant : Les œuvres dites de la nature sont le produit de forces matérielles qui agissent mécaniquement, par suite des lois d'attraction et de répulsion ; les molécules des corps inertes s'agrègent et se désagrègent sous l'empire de ces lois. Les plantes naissent, poussent, croissent et se multiplient toujours de la

même manière, chacune dans son espèce, en vertu de ces mêmes lois ; chaque sujet est semblable à celui d'où il est sorti ; la croissance, la floraison, la fructification, la coloration sont subordonnées à des causes matérielles, telles que la chaleur, l'électricité, la lumière, l'humidité, etc. Il en est de même des animaux. Les astres se forment par l'attraction moléculaire, et se meuvent perpétuellement dans leurs orbites par l'effet de la gravitation. Cette régularité mécanique dans l'emploi des forces naturelles n'accuse point une intelligence libre. L'homme remue son bras quand il veut et comme il veut, mais celui qui le remuerait dans le même sens depuis sa naissance jusqu'à sa mort serait un automate ; or, les forces organiques de la nature sont purement automatiques. Tout cela est vrai ; mais ces forces sont des effets qui doivent avoir une cause, et nul ne prétend qu'elles constituent la Divinité. Elles sont matérielles et mécaniques ; elles ne sont point intelligentes par elles-mêmes, cela est encore vrai ; mais elles sont mises en œuvre, distribuées, appropriées pour les besoins de chaque chose par une intelligence qui n'est point celle des hommes. L'utile appropriation de ces forces est un effet intelligent qui dénote une cause intelligente. Une pendule se meut avec une régularité automatique, et c'est cette régularité qui en fait le mérite. La force qui la fait agir est toute matérielle et nullement intelligente, mais que serait cette pendule si une intelligence n'avait combiné, calculé l'emploi de cette force pour la faire marcher avec précision ? De ce que l'intelligence n'est pas dans le mécanisme de la pendule, et de ce qu'on ne la voit pas, serait-il rationnel de conclure qu'elle n'existe pas ? On la juge à ses effets. L'existence de l'horloge atteste l'existence de l'horloger ; l'ingéniosité du mécanisme atteste l'intelligence et le savoir de l'horloger. Quand une pendule vous donne à point nommé le renseignement dont vous avez besoin, est-il jamais venu à la pensée de quelqu'un de dire : Voilà une pendule bien intelligente ? Ainsi en est-il du mécanisme de l'univers ; Dieu ne se montre pas, mais il s'affirme par ses œuvres. 7.- L'existence de Dieu est donc un fait acquis, non seulement par la révélation, mais par l'évidence matérielle des faits. Les peuples sauvages n'ont pas eu de révélation, et cependant ils croient instinctivement à l'existence d'une puissance surhumaine ; ils voient des choses qui sont au-dessus du pouvoir humain, et ils en concluent qu'elles proviennent d'un être supérieur à l'humanité. Ne sont-ils pas plus logiques que ceux qui prétendent qu'elles se sont faites toutes seules ? DE LA NATURE DIVINE.

8.- Il n'est pas donné à l'homme de sonder la nature intime de Dieu. Pour comprendre Dieu, il nous manque encore le sens qui ne s'acquiert que par la complète épuration de l'Esprit. Mais si l'homme ne peut pénétrer son essence, son existence étant donnée comme prémisses, il peut, par le raisonnement, arriver à la connaissance de ses attributs nécessaires

; car, en voyant ce qu'il ne peut point ne pas être sans cesser d'être Dieu, il en conclut ce qu'il doit être. Sans la connaissance des attributs de Dieu, il serait impossible de comprendre l'oeuvre de la création ; c'est le point de départ de toutes les croyances religieuses, et c'est faute de s'y être reportées, comme au phare qui pouvait les diriger, que la plupart des religions ont erré dans leurs dogmes. Celles qui n'ont pas attribué à Dieu la toute-puissance ont imaginé plusieurs dieux ; celles qui ne lui ont pas attribué la souveraine bonté en ont fait un dieu jaloux, colère, partial et vindicatif. 9. Dieu est la suprême et souveraine intelligence. L'intelligence de l'homme est bornée, puisqu'il ne peut ni faire ni comprendre tout ce existe ; celle de Dieu, embrassant l'infini, doit être infinie. Si on supposait bornée sur un point quelconque, on pourrait concevoir un être encore plus intelligent, capable de comprendre et de faire ce que l'autre ne ferait pas, et ainsi de suite jusqu'à l'infini. 10. Dieu est éternel, c'est-à-dire qu'il n'a point eu de commencement et n'aura point de fin. S'il avait eu un commencement, c'est qu'il serait sorti du néant ; or, le néant n'étant rien, ne peut rien produire ; ou bien il aurait été créé par un autre être antérieur, et alors c'est cet être qui serait Dieu. Si on lui supposait un commencement ou une fin, on pourrait donc concevoir un être ayant existé avant lui, ou pouvant exister après lui, et ainsi de suite jusqu'à l'infini. 11. Dieu est immuable. S'il était sujet à des changements, les lois qui régissent l'univers n'auraient aucune stabilité. 12. Dieu est immatériel, c'est-à-dire que sa nature diffère de tout ce que nous appelons matière; autrement il ne serait pas immuable, car il serait sujet aux transformations de la matière. Dieu n'a pas de forme appréciable à nos sens, sans cela il serait matière. Nous disons : la main de Dieu, l'œil de Dieu, la bouche de Dieu, parce que l'homme, ne connaissant que lui, se prend pour terme de comparaison de tout ce qu'il ne comprend pas. Ces images où l'on représente Dieu sous la figure d'un vieillard à longue barbe, couvert d'un manteau, sont ridicules ; elles ont l'inconvénient de rabaisser l'Etre suprême aux mesquines proportions de l'humanité ; de là à lui prêter les passions de l'humanité, à en faire un Dieu colère et jaloux, il n'y a qu'un pas. 13. Dieu est tout-puissant. S'il n'avait pas la suprême puissance, on pourrait concevoir un être plus puissant, et ainsi de suite jusqu'à ce qu'on trouvât l'être qu'aucun autre ne pourrait surpasser en puissance, et c'est celui-là qui serait Dieu. 14. Dieu est souverainement juste et bon. La sagesse providentielle des lois divines se révèle dans les plus petites choses comme dans les plus grandes, et cette sagesse ne permet de douter ni de sa justice ni de sa bonté. L'infini d'une qualité exclut la possibilité de l'existence d'une qualité contraire qui l'amoindrirait ou l'annulerait. Un être infiniment bon ne saurait avoir la plus petite parcelle de méchanceté, ni l'être infiniment mauvais avoir la

plus petite parcelle de bonté ; de même qu'un objet ne saurait être d'un noir absolu avec la plus légère nuance de blanc, ni d'un blanc absolu avec la plus petite tache de noir. Dieu ne saurait donc être à la fois bon et mauvais, car alors, ne possédant ni l'une ni l'autre de ces qualités au suprême degré, il ne serait pas Dieu ; toutes choses seraient soumises au caprice, et il n'y aurait de stabilité pour rien. Il ne pourrait donc être qu'infiniment bon ou infiniment mauvais ; or, comme ses œuvres de sa sagesse, de sa bonté et de sa sollicitude, il en faut conclure que, ne pouvant être à la fois bon et mauvais sans cesser d'être Dieu, il doit être infiniment bon. La souveraine bonté implique la souveraine justice ; car s'il *s'agissait injustement ou avec partialité dans une seule circonstance, ou à l'égard d'une seule de ses créatures, il ne serait pas souverainement juste, et par conséquent ne serait pas souverainement bon. 15. Dieu est infiniment parfait. Il est impossible de concevoir Dieu sans l'infini des perfections, sans quoi il ne serait pas Dieu, car on pourrait toujours concevoir un être possédant ce qui lui manquerait. Pour qu'aucun être ne puisse le surpasser, il faut qu'il soit infini en tout. Les attributs de Dieu, étant infinis, ne sont susceptibles ni d'augmentation ni de diminution, sans cela ils ne seraient pas infinis et Dieu ne serait pas parfait. Si l'on ôtait la plus petite parcelle d'un seul de ses attributs, on n'aurait plus Dieu, puisqu'il pourrait exister un être plus parfait. 16. Dieu est unique. L'unicité de Dieu est la conséquence de l'infini absolu des perfections. Un autre Dieu ne pourrait exister qu'à la condition d'être également infini en toutes choses ; car s'il y avait entre eux la plus légère différence, l'un serait inférieur à l'autre, subordonné à sa puissance, et ne serait pas Dieu. S'il y avait entre eux égalité absolue, ce serait de toute éternité une même pensée, une même volonté, une même puissance ; ainsi confondus dans leur identité, ce ne serait en réalité qu'un seul Dieu. S'ils avaient chacun des attributions spéciales, l'un ferait ce que l'autre ne ferait pas, et alors il n'y aurait pas entre eux égalité parfaite, puisque ni l'un ni l'autre n'aurait la souveraine autorité. 17.- C'est l'ignorance du principe de l'infini des perfections de Dieu qui a engendré le polythéisme, culte de tous les peuples primitifs ; ils ont attribué la divinité à toute puissance qui leur a semblé au-dessus de l'humanité ; plus tard, raison les a conduits à confondre ces diverses puissances en une seule. Puis, à mesure que les hommes ont compris l'essence des attributs divins, ils ont retranché de leurs symboles les croyances qui en étaient la négation. 18.- En résumé, Dieu ne peut être Dieu qu'à la condition de n'être surpassé en rien par un autre être ; car alors l'être qui le surpasserait en quoi que ce soit, ne fût-ce que de l'épaisseur d'un cheveu, serait le véritable Dieu ; pour cela, il faut qu'il soit infini en toutes choses. C'est ainsi que l'existence de Dieu étant constatée par le fait de ses oeuvres, on arrive, par la simple déduction logique, à déterminer les attributs qui le caractérisent.

19.- Dieu est donc la suprême et souveraine intelligence ; il est unique, éternel, immuable, immatériel, tout-puissant, souverainement juste et bon, infini dans toutes ses perfections, et ne peut être autre chose. Tel est le pivot sur lequel repose l'édifice universel ; c'est le phare dont les rayons s'étendent sur l'univers entier, et qui seul peut guider l'homme dans la recherche de la vérité ; en le suivant, il ne s'égarera jamais, et s'il s'est souvent fourvoyé, c'est faute d'avoir suivi la route qui lui était indiquée. Tel est aussi le critérium infaillible de toutes les doctrines philosophiques et religieuses ; l'homme a pour les juger une mesure rigoureusement exacte dans les attributs de Dieu, et il peut se dire avec certitude que toute théorie, tout principe, tout dogme, toute croyance, toute pratique qui serait en contradiction avec un seul de ces attributs, qui tendrait non seulement à l'annuler, mais simplement à l'affaiblir, ne peut être dans la vérité. En philosophie, en psychologie, en morale, en religion, il n'y a de vrai que ce qui ne s'écarte pas d'un iota des qualités essentielles de la Divinité. La religion parfaite serait celle dont aucun article de foi ne serait en opposition ces qualités, dont tous les dogmes pourraient subir l'épreuve de ce contrôle, sans en recevoir aucune atteinte.

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Dialogue Entre un Musulman et un Chrétien

Dr. Hassan M. Baagil

Entretien entre un Musulman et un Chrétien

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Au nom de Dieu, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux

PRÉFACE

Je remercie Dieu qui m'a permis de lire le manuscrit du DIALOGUE ENTRE UN MUSULMAN ET UN CHRÉTIEN et d'écrire une introduction à ce livre remarquable et révélateur. Toute personne intéressée par l’étude comparative des religions trouvera dans cette oeuvre nombre de choses surprenantes, qui remettront en question ce que beaucoup considéraient jusqu'alors comme des vérités absolues. Cet ouvrage du Dr. Hassan M. Baagil reflète les efforts rigoureux et assidus qu'il a mis en oeuvre afin de présenter ses conclusions de façon claire, concise et approfondie. Après quatre ans d'étude du christianisme et de la Bible, le Dr. Baagil, un musulman dévoué, a appris que non seulement les chrétiens divergeaient dans leurs croyances de base (Trinité, Divinité de Jésus, etc.), mais qu'ils ignoraient également que la doctrine de l'église contredit maintes fois la Bible et que la Bible se contredit elle-même. Ses conversations avec des membres du clergé chrétien et des laïques, pendant cette période d'étude, ont donné l'impulsion pour le DIALOGUE ENTRE UN MUSULMAN ET UN CHRÉTIEN. Le lecteur sera surpris d'apprendre que dans la Bible, Jésus (AS) n'a jamais proclamé être Dieu, que Jésus n'est pas mort sur la croix, que les miracles de Jésus ont aussi été réalisés par beaucoup d'autres Prophètes – et même par des mécréants – et que Jésus luimême a prophétisé l'avènement du Prophète Muhammad (que la paix soit sur eux). Tout ceci est très détaillé dans des passages clairs et concis de la Bible. L'inévitable question qui se pose après avoir porté témoignage de telles contradictions évidentes est : La Bible, est-elle la parole de Dieu ? L'effort du Dr. Baagil n'a pas comme intention de ridiculiser les chrétiens certainement pas de railler Jésus et ses enseignements, Dieu l'en préserve ! L'intention est clairement de démontrer que les fausses accusations, les déformations et les mensonges indéniables sur Dieu et Ses Prophètes sont eux-mêmes risibles et constituent une chose très odieuse. Entretien entre un Musulman et un Chrétien et

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Le DIALOGUE ENTRE UN MUSULMAN ET UN CHRÉTIEN éclaire aussi le point de vue musulman à ce sujet et démontre comment le Coran, révélé au Prophète Muhammad environ 600 ans après Jésus (que la paix soit sur eux) corrige les erreurs qui se sont infiltrées, consciemment ou non, dans le message apporté par Jésus. Ce livre ne peut certainement être que bénéfique pour les musulman et les chrétiens, vu l'intérêt qui est porté aux dialogues entre les deux croyances. Avec la volonté de Dieu, ce livre servira d'outil efficace pour les musulmans dans leurs efforts à inviter les chrétiens à embrasser l'Islam. Et réciproquement, en étudiant ce livre, les chrétiens devraient prendre plus conscience de ce que dit vraiment la Bible et de ce qu'a réellement enseigné Jésus (AS). En effet, l'espoir du musulman est que le non-musulman accepte la vérité et qu'il atteste de l'Unicité de Dieu et que Muhammad est Son serviteur et Messager. Que Dieu récompense le Dr. Baagil pour les efforts qu'il a mis en œuvre afin de dissiper l'obscurantisme (que la paix de Dieu soit sur nous tous.)

MUHAMMAD A. NUBEE

REMERCIEMENT

Je suis un américain élevé dans la croyance chrétienne. Avant de commencer ma quête spirituelle pour Allah, c'est à dire Dieu, je considérais beaucoup de sujets très importants comme acquis. Après avoir discuté, lu et relu le manuscrit de l'actuel DIALOGUE ENTRE UN MUSULMAN ET UN CHRÉTIEN, j'ai vérifié toutes les citations de la version du roi James de la Sainte Bible et du Saint Coran. J'ai finalement annoncé publiquement ma Shahâda (l'attestation de foi) en anglais, puis en arabe : « J'atteste qu'il n'y a de vrai divinité qu’Allah, qui n'a aucun associé, et j'atteste que Muhammad est Son serviteur et Messager.»

Entretien entre un Musulman et un Chrétien

90 « Ash-hadu al-lâ Ilâha illal-Lâhu wahdahû lâ sharîka lahû, wa ash-hadu anna Muhammadan °abduhû wa rasûluhû.» À travers cette attestation très simple et fondamentale, je crois que beaucoup de gens se soumettront à Dieu en âme et conscience. J'espère que ce livret, court et facile à lire, sera lu dans le monde entier et attirera tous ceux qui sont en quête d'une vraie foi, où leurs âmes trouveront tranquillité et satisfaction. ROY EARL JOHNSON

NOTE DE L'AUTEUR.

Cet ouvrage a été écrit à la suite de dialogues que j'ai eus avec des membres du clergé ainsi qu'avec des laïques. Les discussions furent polies, plaisantes, amicales et constructives, sans la moindre intention d'offenser le sentiment religieux du chrétien. C'est un ouvrage provocant et en même temps un défi pour le christianisme. Il est indispensable pour ceux qui recherchent la vérité et ceux qui étudient la religion comparative. C : désigne Chrétien M : désigne Musulman PBSL: signifie Que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur lui PBSE: signifie Que la paix et la bénédiction de Dieu soient sur eux H.M. BAAGIL, M.D., Janvier 1984

Entretien entre un Musulman et un Chrétien

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PREMIER CONTACT ENTRE UN CHRÉTIEN ET UN MUSULMAN.

C : Comment expliquez-vous que lors des dernières décennies, on ait pu constater un grand nombre de débats entre chrétiens et musulmans concernant leurs croyances ? M : Je crois que c'est surtout parce que nous avons plusieurs points en commun. Nous croyons en Un Créateur qui a envoyé plusieurs Prophètes, nous croyons en Jésus en tant que Messie ainsi qu'à la Parole de Dieu que les juifs ont niée. Notre Saint Coran mentionne dans la sourate La famille de Imran Âl Imrân (verset 45) :
« (Rappelle-toi) quand les Anges dirent: « Ô Marie, voilà qu’Allah t'annonce une parole de Sa part : son nom sera le Messie Jésus, fils de Marie, illustre icibas comme dans l'au-delà, et l'un des rapprochés d’Allah.»

Des débats ont eu lieu partout en Europe, au Canada, aux Etats Unis et en Australie. Même le Vatican s'est immiscé dans le débat religieux lors de discussions qui ont eu lieu entre des théologiens du Vatican et des savants musulmans d'Egypte, à Rome en 1970, et au Caire en 1974 et en 1978. Des débats ont aussi eu lieu entre des théologiens du Vatican et des savants d'Arabie Saoudite à Rome en 1974. À plusieurs reprises, des musulmans ont été invités par des universités et des églises pour présenter l'Islam. C : Si le christianisme est déjà présent depuis deux millénaires et l'Islam depuis plus de mille quatre cents ans, pourquoi n'y a-t-il pas eu de débats lors des siècles précédents? M : Les trois ou quatre siècles précédents, la plupart des pays musulmans en Afrique et en Asie furent colonisés par l'Angleterre, la France, les Pays-Bas, la Belgique, l'Espagne et le Portugal. Beaucoup de colons missionnaires chrétiens essayèrent de convertir le plus de musulmans possible et tous les moyens étaient bons: ils offraient à la population, en générale très pauvre, des traitements médicaux, des vêtements, de la nourriture et de l'emploi. Mais seul un petit nombre de musulmans fut convertis. Une petite partie de l'élite a été convertie au christianisme à cause d'un préjudice qui leur faisait croire que le christianisme les rapprocherait de la civilisation et engendrerait le progrès scientifique. Entretien entre un Musulman et un Chrétien

92 Ils avaient une mauvaise conception, car ce progrès n’a eu lieu en Europe qu’après la séparation de l'Eglise et de l'État. Après la deuxième guerre mondiale, beaucoup de musulmans d'Asie et d'Afrique émigrèrent vers l'Occident en tant qu'ouvriers qualifiés et non-qualifiés. C'est ainsi qu'ils entrèrent en contact avec les chrétiens. Les étudiants ont également joué un rôle très actif dans l'introduction de l'Islam. C : Voyez-vous d'autres raisons pour lesquelles ces débats ont lieu beaucoup plus souvent qu’auparavant? M : Je crois que le fossé entre les deux parties est en train de se réduire car chacun devient plus tolérant. Toutefois, ceci n'empêche pas le fait qu'ils sont en compétition pour avoir le plus de convertis possible. Je me souviens de mon professeur chrétien qui nous disait : «Muhammad, l'imposteur, l'utopiste, l'épileptique.» De nos jours, on ne trouve presque plus d'écrivains qui décrivent l'Islam d'une telle façon. En tant que musulmans, nous nous sentons beaucoup plus proches des chrétiens que des juifs et des mécréants, comme l'a dit le Coran dans la sourate La table servie Al Mâïda (verset 82) :
« Tu trouveras certainement que les Juifs et les polythéistes sont les ennemis les plus acharnés des croyants. Et tu trouveras certes que les plus disposés à aimer les croyants sont ceux qui disent: « Nous sommes chrétiens» C'est parce qu'il y a parmi eux des prêtres et des moines [c'est à dire des personnes entièrement dévouées au service de Dieu, comme le sont les musulmans] et qu'ils ne s’enflent pas d’orgueil.»

Certaines églises chrétiennes ont fait d'énormes progrès en reconnaissant pour la première fois dans l'histoire que Muhammad [PBSL] est descendant d'Ismaël par son second fils Kédar. Le Dictionnaire de la Bible Davis, 1980 (Davis Dictionary of the Bible), parrainé par le Conseil de l’Éducation Chrétienne de l'Église Presbytérienne aux Etats-Unis, mentionne sous le mot Kédar : « Une tribu descendante d'Ismaël (Genèse 25:13)... Le peuple de Kédar était ‘‘Pliny's Cedrai’’ et de leur tribu surgit finalement Muhammad.» L'Encyclopédie Internationale Standard de la Bible (The International Standard Bible Encyclopedia) cite A. S. Fulton de la façon suivante: «...De toutes les tribus Ismaélites, Kédar est sans doute la plus importante et c'est pour cette raison que, par la suite, le nom a été utilisé pour décrire toutes les tribus sauvages du désert. C'est par Kédar (en Arabe : Keidar) que les généalogistes musulmans retracent la descendance de Muhammad à partir d'Ismaël.»

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93 De même, le Dictionnaire de la Bible Smith (Smith's Bible Dictionary), ne voulant pas rester en retrait par rapport aux autres, écrit: « Kédar (noir). Second fils d'Ismaël (Genèse 25: 13)... Muhammad trace son ascendance jusqu'à Abraham à travers la célèbre tribu de Quraysh qui trouve son origine chez Kédar. Les Arabes dans le Hedjaz sont appelés Béni Harb (hommes de guerre) et étaient Ismaélites depuis leur début. Palgrave dit qu'aujourd'hui leur langue est aussi pure que dans le temps où le Coran fut écrit (610 après J.-C.) et qu'elle est restée invariable durant plus de 1200 ans; une belle preuve de la permanence des Institutions Orientales.» L'atout majeur que les immigrants musulmans ont apporté à l'Occident n'est pas leur main d'oeuvre, mais bien l'Islam qui actuellement est en train de prendre racine ici. Beaucoup de mosquées et de centres islamiques sont fondés et beaucoup de gens se reconvertissent à l'Islam. Je préfère utiliser le mot « reconvertir» au lieu de « convertir» car tout être humain est né en soumission à Dieu (c'est à dire l'Islam), c'est la nature de chaque nouveau-né. Ce sont les parents ou la communauté qui le convertissent au judaïsme, au christianisme, à l'athéisme ou à d'autres croyances. Ceci est également la preuve que l'Islam ne se répand pas par l'épée, mais simplement par la propagation d'individus ou de groupes musulmans. Nous n'avons pas de missions spéciales organisées comme c'est le cas avec les missions chrétiennes. Entre 1934 et 1984, la population mondiale s'est accrû de 136 %, le christianisme de 47 % et l'Islam de 235 % (Voir The Plain Truth, février 1984, dans l'édition du 50ème Anniversaire, citation de The World Almanac and Book of Facts 1935 et Reader 's Digest Almanac and Yearbook 1983). C : Si les trois religions, le judaïsme, le christianisme et l'Islam prétendent émaner du Même et Unique Créateur, pourquoi diffèrent-elles ? M : Tous les Prophètes, d'Adam à Muhammad [PBSE], ont été envoyés avec le même message, à savoir : la soumission de l'homme à Dieu. Cette soumission en arabe veut dire Islam, Islam veut également dire : Paix, la paix entre le Créateur et Ses créatures. Contrairement aux noms ‘‘judaïsme’’ et ‘‘christianisme’’, le nom ‘‘Islam’’ a été donné par Dieu, le Créateur Lui-même, comme il est mentionné dans la sourate La table servie Al Mâïda (verset 3) :
« Aujourd'hui, J'ai parachevé pour vous votre religion et accompli sur vous Mon bienfait Et J'agrée l'Islam comme religion pour vous.»

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Dans la Bible, on ne retrouve ni le nom judaïsme, ni le mot christianisme, même pas dans un dictionnaire de la Bible. Aucun Prophète Israélite n'a mentionné le mot judaïsme. Jésus n'a jamais prétendu avoir établi le christianisme sur terre et ne s'est jamais appelé chrétien. Le mot chrétien n'est mentionné que trois fois dans le Nouveau Testament et il a été utilisé pour la première fois par des païens et des juifs à Antioche en 43 A.D., bien après que Jésus ait quitté cette terre. Lisez Actes (11:26) : « Ce fut à Antioche que, pour la première fois, les disciples furent appelés chrétiens.» Plus tard, le terme fut utilisé par le Roi Agrippa II en s’adressant à Paul dans Actes (26:28) : «Et Agrippa dit à Paul: Tu vas bientôt me persuader de devenir chrétien!» Par conséquent, le nom de ‘‘chrétien’’ fut d'abord utilisé par des ennemis et non par des amis. Finalement, c'est Pierre qui utilise le terme dans sa lettre pour réconforter les croyants dans I Pierre (4:16) : « Mais si quelqu'un souffre comme chrétien, qu'il n'en ait point honte, et qu’il glorifie plutôt Dieu à cause de ce nom.» Le premier musulman sur terre n'était pas Muhammad, mais Abraham, qui s'est entièrement soumis à Dieu. Mais l'Islam en tant que mode de vie a été révélé bien avant Abraham à d'autres Prophètes comme Adam et Noé. L'Islam survint après comme le mode de vie pour l'humanité entière. C : Comment Abraham peut-il être musulman ? Tout le monde sait que c'est un juif ! M : Un juif ? Qui vous a raconté cela ? C : C'est ce que nous apprenons ; cela devrait aussi être confirmé dans la Bible. M : Pourriez-vous me montrer dans quel passage la Bible mentionne que Abraham est juif ? Si cela vous prend trop de temps, laissez-moi vous aider. Lisez Genèse (11:31). C : « Térach prit Abraham, son fils, et Lot, fils d’Haran. fils de son fils, et Saraï, sa belle-fille, femme d’Abraham, son fils. Ils sortirent ensemble d'Ur en Chaldée, pour aller au pays de Canaan. Ils vinrent jusqu'à Charan et ils y habitèrent.» M : Donc, Abraham, qui était né en Ur en Chaldée ne pouvait être juif. Tout d'abord parce que Ur en Chaldée se trouvait en Mésopotamie, qui aujourd'hui fait partie de l'Iraq. Entretien entre un Musulman et un Chrétien

95 Il était donc plus arabe que juif. Deuxièmement, le nom « juif » est apparu après l'existence de Juda, l'arrière-petit-fils d'Abraham (voir l’arbre généalogique page suivante). Continuez à lire Genèse 12:4-5.

C : «Abraham était âgé de soixante-quinze ans, lorsqu'il sortit de Charan... et ils arrivèrent au pays de Canaan.» M : Abraham a donc émigré vers Canaan à l'âge de soixante-quinze ans et la Bible mentionne clairement qu'il était un étranger, dans Genèse (17:8) : « Je te donnerai, et à tes descendants après toi, le pays que tu habites comme étranger, tout le pays de Canaan, en possession perpétuelle, et je serai leur Dieu.» Lisez maintenant Genèse (14:13). C : « un fuyard vint l'annoncer à Abraham, l'Hébreu;...» M : Comment pouvez-vous dire qu'Abraham était juif alors que la Bible le décrit comme un Hébreu, ce qui veut dire: un homme de l'autre côté de l'Euphrate. Hébreu veut également dire appartenir à Eber, un descendant de Chem. Lisez maintenant Genèse (32:28) pour savoir ce qui s'est passé avec le nom de Jacob après avoir lutté contre un Ange. C : « II dit encore: ton nom ne sera plus Jacob, mais il sera appelé Israël; car tu as lutté avec Dieu et avec des hommes, et tu as été vainqueur.» Entretien entre un Musulman et un Chrétien

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M : Abraham était donc un Hébreu. Les descendants de Jacob étaient des Israélites composés de douze tribus, Juda était surnommé «juif» et c'est pourquoi, à l'origine, seuls les descendants de Juda furent appelés juifs. Si vous voulez savoir qui était réellement Moïse, lisez Exode (6:16-20). C : « Voici les noms des fils de Lévi, avec leur postérité: Guerschon, Kehath et Merari... Fils de Kehath: Amram... Amram prit pour femme Jokébed, sa tante; et elle lui enfanta Aaron et Moïse» M : Par conséquent. Moïse ne pouvait être juif car il ne descendait pas de Juda mais de Lévi. Moïse était le «législateur» (la torah est la loi) pour les enfants d'Israël. C : Comment expliquez-vous cela ? M : Nous prenons le Saint Coran comme référence. À l'aide du contexte coranique, il est possible d'expliquer la Bible et de corriger les préjugés juif et chrétien. C'est le dernier Livre révélé qui n'a jamais été corrompu ou falsifié. Son contenu a été garanti par Dieu dans la sourate La Vache al-Baqara (verset 2) :
« C'est le Livre au sujet duquel il n'y a aucun doute, c'est un guide pour les pieux. »

Ainsi que dans la sourate Al-Hijr (verset 9) : « En vérité c'est Nous qui avons fait descendre le Coran, et c'est Nous qui en sommes gardien. » Ce verset est un défi à l'humanité. Il n'y a aucun doute que plus de mille quatre cents ans sont passés sans qu'un seul mot du Coran ne soit changé. Bien que les mécréants aient fait tout leur possible pour le changer, ils ont échoué misérablement dans tous leurs efforts. Comme il est mentionné dans ce saint verset :
« Et c'est Nous qui en sommes gardien.»

Et par Dieu, II l'a préservé. Contrairement au Coran, les autres livres (la Torah, les Psaumes, les Évangiles, etc.) ont subi des modifications sous forme de compléments, omissions ou altérations du texte original. C : Que dit le Coran au sujet d'Abraham et de Moïse et qui peut aussi être déduit de la Bible ? Entretien entre un Musulman et un Chrétien

97 M : Dans la sourate La famille d'Imran (verset 65) :
« Ô vous les gens du Livre [les juifs et les chrétiens]! Pourquoi disputez-vous au sujet d’Abraham, alors que la Torah et l’Évangile ne sont descendus qu'après lui ? Ne raisonnez-vous donc pas ? »

Et dans la sourate La famille d'Imran (verset 67) :
« Abraham n’était ni Juif ni Chrétien. Il était entièrement soumis à Allah (Musulman). Et il n’était point du nombre des polythéistes. »

Dans la sourate La Vache (verset 140) :
« Où dites-vous qu'Abraham, Ismaël, Isaac et Jacob et les tribus étaient Juifs ou Chrétiens ? Dis : « Est-ce vous les plus savants, ou Allah ? » Qui est plus injuste que celui qui cache un témoignage qu'il détient de la part d’Allah ? Et Allah n'est pas inattentif à ce que vous faites. »

Il est évident qu'ils n'étaient pas juifs ou chrétiens, car le nom juif est apparu après Juda et le nom chrétien a fait son apparition bien après le départ de Jésus. C : C'est étrange d'entendre le nom Allah. Pourquoi ne dites-vous pas Dieu lorsque vous parlez en français ? M : En effet, le nom Allah peut sembler bizarre pour des non-musulmans, mais c'est le nom qui a été utilisé par tous les Prophètes, d'Adam jusqu'à Muhammad [PBSE]. Il s'agit d'une contraction des deux mots arabes Al et Ilah, c'est à dire le Dieu. En omettant la lettre « I» vous obtenez le mot Allah. Suivant sa position dans la phrase arabe, le nom peut prendre la forme Allaha qui est proche du nom Hébreu du Créateur, à savoir Eloha. Mais les juifs utilisent de façon erronée la forme du pluriel Elohim qui désigne plus d'un Dieu. Le mot Allaha semble plus proche du terme araméen pour Dieu qu'utilisait Jésus, à savoir Alaha (voir Encyclopedia Britannica 1980 sous Allât et Elohim). Alors que le nom Allah semble bizarre pour les non-musulmans, il ne l'a jamais été pour aucun Prophète, d'Adam à Muhammad [PBSE], car ils propageaient tous le même Islam, c'est à dire la soumission totale, et le nom Allah désigne le nom personnel de l'Etre Suprême. Le nom n'est soumis ni au pluriel ni au genre, il est donc impossible de parler d' « Allahs» ou de Allah au masculin ou au féminin, comme c'est le cas avec Dieux ou Dieu et Déesse.

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98 C'est troublant d'utiliser le mot Allah alors que beaucoup de chrétiens francophones prennent toujours Jésus pour Dieu. Même le mot Créateur est troublant parce que beaucoup de chrétiens prétendent que Jésus a créé le monde. Non seulement le nom Allah est étrange mais aussi la façon dont les musulmans adorent Allah avec l'ablution, l'inclinaison, l'agenouillement, la prosternation et le jeûne. Tout cela parait étrange aux non-musulmans, mais ce n'était pas étrange pour tous les Prophètes. Alors que l'ablution (laver le visage, les bras, les pieds et humidifier les cheveux) avant la prière a été abandonnée par les chrétiens modernes, elle est toujours exigée chez les musulmans et même chez les Prophètes précédents, comme vous pouvez le constater dans les passages suivants de la Bible : Exode (40:31-32) : « Moïse, Aaron et ses fils, s'y lavèrent les mains et les pieds; lorsqu'ils entrèrent dans la tente d'assignation et qu'ils s'approchèrent de l'autel, ils se lavèrent, comme l'Éternel l'avait ordonné à Moïse. » Bien que Paul ait apporté beaucoup de modifications au christianisme, il a toujours respecté l'ablution comme elle est mentionné dans Actes (21:26) : « Alors Paul prit ces hommes, se purifia, et entra le lendemain dans le temple avec eux…» Les femmes musulmanes font la prière avec la tête couverte comme dans les Corinthiens (11:5-6) et (11:13) : « Toute femme, au contraire, qui prie ou qui prophétise, la tête non voilée, déshonore son chef: c'est comme si elle était rasée. Car si une femme n'est pas voilée, qu'elle se coupe aussi les cheveux.» Or, s'il est honteux pour une femme d'avoir les cheveux coupés ou d'être rasée, qu'elle se voile... Jugez-en vous-mêmes: est-il convenable qu'une femme prie Dieu sans être voilée ? Les musulmans prient en s'inclinant, en s'agenouillant, en se prosternant et sans chaussures comme le faisaient les Prophètes : - Psaume (95:6) : « Venez, prosternons-nous et humilions-nous, Fléchissons le genou devant l'Éternel, notre créateur ! » - Josué(5:4) : « Josué tomba le visage contre terre, se prosterna, et lui dit: Qu'est-ce que mon seigneur dit à son serviteur ? » - I les Rois (18:42) : « Mais Elie monta au sommet du Carmel; et, se penchant contre terre, il mit son visage entre ses genoux…» - Nombres (20:6) : « Moïse et Aaron s'éloignèrent de l'assemblée pour aller à l'entrée de la tente d'assignation. Ils tombèrent sur leur visage; et la gloire de l'Éternel leur apparut.» - Genèse (17:3) : « Abraham tomba sur sa face; et Dieu lui parla, en disant:.. »

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99 - Exode (3:5) et Actes (7:33) : « Dieu dit [à Moïse] : N'approche pas d'ici, ôte tes souliers de tes pieds, car le lieu sur lequel tu te tiens est une terre sainte. » Un chrétien aurait des frissons s'il entendait que le pèlerinage ou le Hadj, comme il est fait aujourd'hui par les musulmans en tournant autour de la pierre sacré (Ka'ba) à la Mecque, est quelque chose que faisaient de nombreux Prophètes, même des Prophètes Israélites. C : Pourtant je n'ai jamais lu le mot «pèlerinage» ou « pierre sacrée» dans la Bible. M : Ce sont des mots qui sont mentionnés plusieurs fois dans la Bible mais auxquelles on ne prête pas attention : 1. Et Jacob se leva de bon matin; il prit la pierre dont il avait fait son chevet, il la dressa pour monument, et il versa de l'huile sur son sommet. Il donna à ce lieu le nom de Béthel, c'est à dire La Maison du Seigneur. (Genèse, 28:18-19) 2. Après plusieurs années le même Prophète, Jacob, reçu l'ordre de Dieu d'aller à Béthel (Genèse, 35:4, 35:14-15). Jacob retira tous les dieux étrangers avant de se rendre sur place. Plus tard le Prophète Muhammad [PBSL] retira toutes les idoles autour de la pierre sacrée (Ka 'bd) à la Mecque. 3. Un autre monument fut construit par Jacob et son beau-père Laban (Genèse 31:45-49) « Jacob prit une pierre, et il la dressa pour monument. Jacob dit à ses frères: Ramassez des pierres. Ils prirent des pierres, et firent un monceau; et ils mangèrent là sur le monceau. Laban l'appela Jegar Sahadutha, et Jacob l'appela Galed... On l'appelle aussi Mitspa, parce que Laban dit : Que l'Éternel veille sur toi et sur moi...» 4. Jephthé et Ammon étaient en guerre. Jephthé fit un vœu à Dieu à Mitspé de Galaad qu'il sacrifierait sa fille unique s'il gagnait. Il gagna et brûla sa fille vive comme offrande au Seigneur. (Juges, 11 :29-3 9) 5. Quatre cent mille guerriers tirant l'épée des onze tribus d'Israël ont juré devant le Seigneur à Mitspé d'exterminer les tribus de Benjamin. (Juges, 20 et 21) 6. Les enfants d'Israël sous Samuel ont juré à Mitspé de détruire leurs idoles s'ils vainquaient les Philistins. (I Samuel 7) 7. Toute la nation d'Israël s'est rassemblée à Mitspé quand Samuel fut nommé roi d'Israël. (I Samuel 10) Aujourd'hui, il est clair qu'il n'y a plus aucune Mitspa au monde à part la toute première dans la sainte ville de la Mecque construite par Abraham et son fils Ismaël, de qui le Prophète Muhammad [PBSL] est un descendant. Entretien entre un Musulman et un Chrétien

100 Les musulmans sont réellement les disciples de tous les Prophètes. Je pourrais vous raconter d'autres choses à propos des musulmans, l'Islam et Muhammad [PBSL] dans la Bible, mais pourquoi voulez-vous savoir tout cela si vous n’êtes pas à la recherche de la vérité ? C : Je suis convaincu de ma propre croyance en tant que chrétien, mais je suis stimulé d'apprendre plus sur les deux religions. Parfois, je me sens ridiculisé en tant que chrétien après avoir lu des livres écrits par des musulmans. M : Cela vous a-t-il influencé dans votre vie spirituelle ? C : Oui, je vais moins à l'église qu'avant. J'ai lu des livres écrits par des musulmans en cachette. Je me suis renseigné auprès de musulmans sur des sujets qui ne m'étaient pas clairs, mais je n'ai pas été satisfait jusqu’à présent. Je cherche une religion à laquelle je peux me fier, une religion qui peut me donner la tranquillité d'esprit, qui est scientifiquement acceptable et dans laquelle je ne dois pas simplement croire aveuglément. M : C'est ainsi que ça devrait être. J'apprécie votre attitude. Mais il ne nous est pas permis de séduire qui que ce soit. Nous propageons le message seulement à ceux qui veulent nous écouter. C : Mais je suis libre de choisir la religion qui me plaît et personne ne pourra m'en empêcher. M : Tout à fait, il n'y a aucune contrainte dans la religion. C : Pourquoi alors les musulmans cherchent-ils à convertir les gens à leur religion ? M : Tout comme les chrétiens ont demandé aux juifs d'accepter Jésus comme Messie, nous les musulmans demandons aux chrétiens, aux juifs et à toute l'humanité d'accepter Muhammad [PBSL] comme le sceau de tous les Prophètes. Notre Prophète Muhammad [PBSL] a dit :« Transmettez mon message, ne fusse qu'une seule âya (verset du Saint Coran).» Esaïe aussi mentionne dans le chapitre (21:13) :« Oracle sur l'Arabie.», ce qui veut dire que c'est la responsabilité des musulmans arabes, maintenant bien sûr de tous les musulmans, de propager l'Islam. Esaïe a dit ceci après avoir vu dans une vision une cavalerie sur des ânes et une cavalerie sur des Entretien entre un Musulman et un Chrétien

101 chameaux (21:7): «II vit une cavalerie, des cavaliers deux à deux, des cavaliers sur des ânes, des cavaliers sur des chameaux; et il était attentif, très attentif.» La cavalerie sur les ânes s'avérait être Jésus qui entra à Jérusalem (Jean, 12:14 et Matthieu, 21:5). Qui était alors la cavalerie sur les chameaux ? Ça ne pouvait être que Muhammad [PBSL] qui était venu six cents ans après la venue du Messie. Si ceci n'est pas accepté, alors cette prophétie n'a toujours pas été remplie. C : Vos explications me stimulent à mieux réviser la Bible. J'aimerais avoir encore d'autres discussions avec vous. M : II faut savoir que le succès dans ce bas monde ne garantit pas le succès dans l'au-delà. L'au-delà est bien meilleur et plus durable que cette vie. Les gens deviennent de plus en plus matérialistes et irréligieux. J'espère qu'on se reverra encore plusieurs fois pour discuter les différences de manière franche et sans préjugés. L'Islam est basé sur la raison et il ne faut pas l'accepter aveuglément. Même votre Bible vous dit I Thessaloniciens (5:21) : «Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon.» C : Vous venez de parler de « la cavalerie sur les chameaux » d'Esaïe et vous en concluez qu'il s'agissait de Muhammad. Est-ce que Muhammad est alors prophétisé dans la Bible ? M : Bien sûr. C : Dans l'Ancien ou le Nouveau Testament ? M : Dans les deux. Mais vous ne pourrez le reconnaître dans la Bible tant que vous ne croirez pas dans l’Unicité de Dieu, c'est à dire tant que vous croyez dans la Trinité, la Divinité de Jésus, la Descendance divine de Jésus, le Péché Originel et la Rédemption. Ce sont toutes des doctrines crées par l'homme. Jésus avait prophétisé (Matthieu 15:9) que des gens allaient l'adorer en vain et qu'ils allaient croire à des doctrines créées par l'homme : «C'est en vain qu'ils m'honorent, en enseignant des préceptes qui sont des commandements d'hommes.»

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LA SAINTE BIBLE

M : Etes-vous sûr que la Bible est sacrée ? C : Oui, j'en suis persuadé ; c’est la parole de Dieu. M : Lisez ce que dit Luc concernant ses écritures dans 1:2 et 3. C : «...suivant ce que nous ont transmis ceux qui ont été des témoins oculaires dès le commencement et sont devenus des ministres de la parole, il m'a aussi semblé après avoir fait des recherches exactes sur toutes ces choses depuis leur origine, de te les exposer par écrit d'une manière suivie, excellent Théophile.» M : Si Luc lui-même dit qu'il n'était pas un témoin oculaire et que les connaissances qu'il a amassées venaient de témoins oculaires et non pas par inspiration divine, croyez-vous toujours que la Bible est la parole de Dieu? C : Peut-être seulement cette partie-ci n'est pas la parole de Dieu. M : L'histoire a montré que la Bible a connu des modifications au cours des siècles. La Version 1 Standard Révisée 1952 et 1971 (The Revised Standard Version), la Nouvelle Bible Standard Américaine (The New American Standard Bible) et la Nouvelle Traduction Mondiale des Saintes Écritures (The New Worid Translation of the Holy Scriptures) ont toutes supprimé certains versets au regard de la Version du Roi James (King James Bible). «Reader's Digest» a réduit l'Ancien Testament de cinquante pour cent et le Nouveau Testament de plus ou moins vingt-cinq pour cent. Il y a quelques années les théologiens chrétiens ont voulu supprimer tous les misogynies de la Bible. Est-ce que « saint» veut dire que la Bible ne peut contenir des erreurs ? C : Oui, en effet. Mais de quelles erreurs voulez-vous parler ? M : Supposez qu'un verset mentionne qu'une certaine personne est décédée à l'âge de cinquante ans et qu'un autre verset mentionne que cette même personne est décédée à l'âge de soixante ans, est-ce que les deux énonciations peuvent être correctes ? Entretien entre un Musulman et un Chrétien

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C : Non, les deux ne pourront jamais être correctes. Il en a une qui peut être exacte ou bien les deux sont incorrectes. M : Si un livre saint contient des versets contradictoires, le considérez-vous encore comme étant considérez vous un livre saint ? C : Bien sûr que non, parce qu'une Écriture sainte est une révélation divine et il devrait donc être impossible qu'elle contienne des erreurs ou des versets contradictoires. M : Alors, ce n'est plus une oeuvre sainte. C : Tout à fait. La sainteté disparaît. M : Si c'est le cas, il est impossible de vous y fier à 100 %.Quelles pourraient alors être les causes ? C : II peut s'agir d'une erreur dans la transcription, de modifications délibérées par des copistes, d'omissions ou de compléments. ns M : Si la Bible contenait des versets contradictoires, la considéreriez-vous encore comme étant considéreriez vous sainte ? C : Comme je ne vois pas de versets contradictoires dans la Bible, je crois que la Bible est sainte. M : La Bible contient beaucoup de versets contradictoires. ucoup C : Dans l'Ancien ou le Nouveau Testament ? M : Dans les deux Testaments. Voici quelques exemples de versets contradictoires:

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C : Je ne l'avais jamais vu, y en a-t-il encore beaucoup ? M : Vous en voulez encore plus ? N'est-ce pas encore assez pour nier la sainteté de la Bible ? Regardons Genèse (6:3) : « Alors l'Éternel dit: Mon esprit ne restera pas toujours dans l'homme, car l'homme n'est que chair, et ses jours seront de cent vingt ans.» Mais quel âge avait Noé lorsqu'il mourut ? Il avait plus de cent vingt ans. Lisons Genèse (9:29) : « Tous les jours de Noé furent de neuf cent cinquante ans; puis il mourut.» Certains théologiens maintiennent que ce n'est pas l'âge maximal de l'homme qui atteindra cent vingt ans, mais que le déluge viendrait dans cent vingt ans. Même ceci ne correspond pas, parce Entretien entre un Musulman et un Chrétien

106 qu'au moment du déluge Noé aurait du avoir six cents vingt ans (500 + 120), alors que la Bible mentionne six cents ans. Ecoutez ces versets : Genèse (5:32): « Noé, âgé de cinq cents ans....» Genèse (7:6) :« Noé avait six cents ans, lorsque le déluge d'eaux fut sur la terre.» Le christianisme croit que Dieu créa l'homme à Son image :blanc, noir ou autre, mâle ou femelle ? Nous pouvons lire ceci dans Genèse (1:26) : « Puis Dieu dit: Faisons l'homme à notre image, selon notre ressemblance....» Mais ceci est contredit dans Esaïe (40:18) et (40:25) :«A qui voulez-vous comparer Dieu ? Et quelle image ferez-vous son égale ?...A qui me comparerez-vous, pour que je lui ressemble ? dit le Saint.» C'est aussi le cas dans Psaume (89:6) : «Car qui, dans le ciel, peut se comparer à l'Éternel ? Qui est semblable à toi parmi les fils de Dieu ?»Et dans Jérémie (10:6-7) :«Nul n'est semblable à toi, Ô Éternel ! Tu es grand...Nul n'est semblable à Toi.» C : Mais tout cela se trouve dans l'Ancien Testament. M : Regardons maintenant le Nouveau Testament.

Voici seulement quelques-unes des contradictions dans le Nouveau Testament. Vous en trouverez d'autres si nous discutons ensemble sur la vérité des doctrines du christianisme moderne comme la Trinité, la Divinité de Jésus, la Descendance Divine de Jésus, le Péché Originel et la Rédemption, sans mentionner l'humiliation de beaucoup de Prophètes dans la Bible en les décrivant comme des adorateurs de faux dieux et en les accusant d'inceste, viol et adultère. C : Où trouvez-vous cela dans la Bible ?

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107 M : Noé est décrit en état d'ivresse à tel point qu'il se montre nu en présence de ses fils adultes. (Genèse,9:23-24) : « Alors, Sem et Japhet prirent le manteau, le mirent sur leurs épaules, marchèrent à reculons, et couvrirent la nudité de leur père; comme leur visage était détourné, ils ne virent point la nudité de leur père. Lorsque Noé se réveilla de son vin, il apprit ce que lui avait fait son fils cadet.» Salomon fut non seulement accusé d'avoir un grand harem mais aussi d'avoir adoré de faux dieux (I Rois, 11:9-10) : «L'Éternel fut irrité contre Salomon... lui avait à cet égard défendu d'aller après d'autres dieux; mais Salomon n'observa point les ordres de l'Eternel.» Aaron, le Prophète qui a accompagné son frère Moïse chez le pharaon, fut accusé d'avoir fabriqué le veau d’or pour que les Israélites l'adorent (Exode, 1:4) : «Il [Aaron] les [les anneaux d'or] reçut de leurs mains, jeta l'or dans un moule, et fit un veau en fonte. Et ils dirent: Israël ! Voici ton Dieu, qui t'a fait sortir du pays d'Égypte.» Vous pouvez aussi lire sur l'inceste du Prophète Lot avec ses deux filles (Genèse, 19:36) : «Les deux filles de Lot devinrent enceintes de leur père.» Vous pouvez aussi lire qu'un Prophète était marié avec deux de ses soeurs en même temps (Genèse,29:28) : « Jacob fit ainsi, et il acheva la semaine avec Léa; puis Laban lui donna pour femme Rachel, sa fille.» Encore un autre Prophète qui est accusé d'adultère dans II Samuel (11:4-5) : « Et David envoya des gens pour la chercher. Elle vint vers lui, et il coucha avec elle [la femme d'Urie].Après s'être purifiée de sa souillure, elle retourna dans sa maison. Cette femme devint enceinte, et elle fit dire à David: "Je suis enceinte" » Ma question est la suivante : comment David peut-il être accepté dans la généalogie de Jésus si celle-ci a commencé avec une personne qui a commit l'adultère ? Que Dieu nous en préserve ! Estce que ceci n'est pas en contradiction avec ce qui es mentionné dans Deutéronome (23:2) : « Celui qui est issu d'une union illicite n'entrera point dans l'assemblée de l'Éternel; même sa dixième génération n'entrera point dans l'assemblée de l'Éternel.» Une autre accusation d'inceste est portée contre Amnon, le fils David, qui aurait violé sa demisœur Tamar (II Samuel, 13:14) : Entretien entre un Musulman et un Chrétien

108 « Mais il [Amnon] ne voulut pas l'écouter; il lui [Tamar] fit violence, la déshonora et coucha avec elle.» Absalon aurait commis d’autres viols multiples contre les concubines de David, comme nous pouvons le lire dans II Samuel, 16:22 : « On dressa pour Absalon une tente sur le toit, et Absalon alla vers les concubines de son père, aux yeux de tout Israël.» Je crois qu'aucune personne au monde ne pourrait faire une chose pareille, même pas un barbare. Un autre cas d'inceste, est celui de Juda avec Tamar, sa belle-fille : lorsque Juda partait à Thimna pour tondre ses brebis, il vit Tamar et la prit pour une prostituée, parce qu'elle avait couvert son visage (Genèse, 38:18) : « II [Juda] les [le cachet, le cordon et le bâton] lui donna. Puis il alla vers elle; et elle devint enceinte de lui.» Malgré le fait que juifs et musulmans soient des ennemis déclarés, aucun musulman ne pensera à écrire un livre où il dénigrera un Prophète Israélite tel que Juda, David, Jésus,... (que la bénédiction et la paix de Dieu soient sur eux pour toujours) en les accusant de viol, adultère, inceste ou prostitution. Tous les Prophètes ont été envoyés par Dieu pour la guidance de l'humanité. Croyez-vous que Dieu aurait envoyé les mauvaises personnes pour guider ? C : Je ne le pense pas. Mais ne croyez-vous pas à la Bible ? M : Nous croyons en toutes les Saintes Écritures, mais uniquement dans leur forme originale. Dieu a envoyé à chaque nation un Prophète pour avertir leur peuple, et certains parmi eux avec une Écriture qui servait comme guide pour la nation en question. Le Sahaïf est venu avec Abraham, la Tora (une partie de l'Ancien Testament) avec Moïse, le Zabur (les Psaumes) avec David et l'Évangile (Nouveau Testament) avec Jésus. Aujourd'hui, aucune de ces Écritures n’existe encore dans sa d'origine. Et comme Dieu l'a voulu dans son plan original, II a finalement envoyé Muhammad (que la paix soit sur lui) en tant que sceau de tous les Prophètes avec le Saint Coran comme guide pour l'humanité, partout et pour tous les temps. forme originale avec le texte

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109 Jésus a dit lui-même qu'il était uniquement envoyé pour le peuple d'Israël (Matthieu, 15:24) : « II répondit: Je n'ai été envoyé qu'aux brebis perdues de la maison d'Israël.» encore (Matthieu, 1:21) : « Elle enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus; c'est lui qui sauvera son peuple de ses péchés.» Il a même dit qu'il n'était pas venu pour faire des changements mais pour accomplir (Matthieu, 5:17) : « Ne croyez pas que je sois venu pour abolir la loi ou les Prophètes; je suis venu non pour abolir, mais pour accomplir. Car, je vous le dis en vérité, tant que le ciel et la terre ne passeront point, il ne disparaîtra pas de la loi un seul iota ou un seul trait de lettre, jusqu'à ce que tout soit arrivé.» C : Mais dans Marc 16 :15 Jésus dit « Allez par tout le monde, et prêchez la bonne nouvelle à toutes les nations.» M : Ceci contredit ce qui est mentionné dans Matthieu 15:24) et dans Matthieu (1:21). Deuxièmement, Marc (16: 9-20) a été supprimé dans beaucoup de bibles. La Nouvelle Bible Standard Américaine (The New American Standard Bible) a mis cette partie entre parenthèses et a ajouté le commentaire suivant : « Certains des plus anciens manuscrits omettent les versets de 9 à 20.» La Nouvelle Traduction Mondiale des Saintes Écritures (The New World Translation of the Holy Scriptures) qui est utilisée par les témoins de Jéhovah mentionne que certains anciens manuscrits ajoutent une conclusion longue ou brève après Marc (16:8) mais que d'autres suppriment cette partie. Et dans la Version Standard Révisée (The Revised Standard Version) on peut lire dans une note en bas de page : « Certaines autorités parmi les plus anciennes clôturent le livre à la fin du verset 8....» Ceci voudrait aussi dire que la résurrection n'est pas vraie comme il est mentionné dans Marc (16:9). C : Mais Jésus dit dans Matthieu (28:19): «Allez, faites de toute nation des disciples,...»

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110 M : « Toute nation » doit être compris comme toutes les (douze) tribus d'Israël; sinon, cela contredit Matthieu (15:24) et Matthieu (1:21). Dans la Nouvelle Bible Standard Américaine (The New American Standard Bible) et la Nouvelle Traduction Mondial des Saintes Écritures (The New World Translation of the Holy Scriptures), ce n'est pas traduit par « toute nation » mais par « toutes les nations », ce qui veut dire les douze tribus d'Israël. Que pensez-vous maintenant de la Bible ? C : Je dois avouer que ma croyance est ébranlée. M : Je suis persuadé que vous serez convaincu par l'authenticité de l'Islam après avoir discuté de nos différences.
LA CROYANCE EN LA TRINITÉ

M : Croyez-vous toujours à la Trinité ? C : Bien sûr. C'est écrit dans la Première Epître de Jean (5:7-8): «C'est qu'ils sont trois à rendre témoignage, le Père, la Parole et le Saint-Esprit : et trois sont pour un même. Et il y en a trois qui rendent témoignage: l'Esprit, l'eau et le sang, et les trois sont d'accord.» M : Oh ! Cela se trouve dans la Version du Roi James, autorisée en 1611, qui a d'ailleurs formée la preuve la plus évidente pour la Doctrine de la Trinité. Maintenant la partie « le Père, la Parole et le Saint-Esprit : et ces trois sont pour un même » a été supprimée dans la Version Standard Révisée de 1952 et 1971 (The Revised Standard Version), ainsi que dans beaucoup d'autres bibles, car c'était une paraphrase qui avait empiété sur le texte grecque. Dans la Nouvelle Bible Standard Américaine (The New American Standard Bible) on lit dans 1 Jean (5 :7-8) :« Et c'est l'Esprit qui rend témoignage, parce que l’Esprit est la vérité. Car il y en a trois qui rendent témoignage: l'Esprit, l'eau et le sang, et les trois sont d'accord.» Aussi dans la Nouvelle Traduction Mondiale des Saintes Écritures (The New World Translation of the Holy Scriptures) utilisée par les témoins de Jéhovah vous trouverez : «II y en a ainsi trois à témoigner : l'Esprit, l'eau, le sang, et ces trois tendent au même but.»

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111 Je peux comprendre que vous n'êtes pas au courant que cette partie fut supprimée, mais je me demande pourquoi beaucoup d'ecclésiastiques et de prédicateurs l'ignorent toujours. La Trinité n'est pas biblique. Le mot « trinité» ne figure même pas dans la Bible, ni dans les dictionnaires de la Bible. Le terme n'a jamais été enseigné, ni mentionné par Jésus. Il n'y a aucun fondement et aucune preuve dans la Bible pour pouvoir accepter la Trinité. C : Pourtant, dans Matthieu (28 :19) nous trouvons : «... les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint Esprit.» Cette partie n'a pas encore été supprimée, n’est-ce pas une preuve de la Trinité ? M : Non. Lorsque vous dites que trois personnes sont assises ensemble en train de manger, cela veut-il dire qu'ils forment une seule personne ? Non. L'énonciation de la Trinité par Athanase, un diacre égyptien d'Alexandrie, fut acceptée par le Concile de Nicée en l'an 325 A.D., c'est-à-dire plus de trois siècles après que Jésus soit partit. Il n'y a aucun doute que le paganisme romain a eu de l'influence dans cette doctrine, à savoir le dieu trin, le Sabbat a été reporté à dimanche, le 25 décembre, la date d'anniversaire de leur dieu soleil Mithra à été introduite comme date de naissance pour Jésus, bien que la Bible a clairement prédit et interdit la décoration de sapins de Noël dans Jérémie.(0:2-5) : « Ainsi parle l'Éternel: N'imitez pas la voie des nations, et ne craignez pas les signes du ciel, parce que les nations les craignent. Car les coutumes des peuples ne sont que vanité. On coupe le bois dans la forêt; la main de l'ouvrier le travaille avec la hache; on l'embellit avec de l'argent et de l'or, on le fixe avec des clous et des marteaux, pour qu'il ne branle pas. Ces dieux sont comme une colonne massive et ils ne parlent point; on les porte parce qu'ils ne peuvent marcher. Ne les craignez pas, car ils ne sauraient faire aucun mal, et ils sont incapables de faire du bien.» Comme le christianisme a dévié du message de Jésus, Dieu a envoyé Son dernier Prophète Muhammad [PBSL] pour réformer les changements suivants: le calendrier julien des romains introduisant l'ère chrétienne, la non-prohibition du porc, la circoncision abolie par Paul (Galates, 5:2 ) : « Voici, moi Paul, je vous dis que, si vous vous faites circoncire, Le Christ ne vous servira en rien.»

Le Saint Coran nous avertit dans la sourate La table servie (verset 73): Entretien entre un Musulman et un Chrétien

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« Ce sont certes des mécréants, ceux qui disent : «En vérité, Dieu est le troisième d’une trinité», Alors qu’il n'y a de divinité qu'Une Divinité Unique ! Et s’ils ne cessent de le dire, certes, un châtiment douloureux touchera les mécréants parmi eux»

Croyez-vous toujours dans la Trinité qui n'a jamais été enseignée par Jésus ? C : Mais Dieu et Jésus ne sont qu'un (Jean, 14 :11) : « Croyez-moi, je suis dans le Père, et le Père est en moi. » M : Lisez alors Jean (17:21). C : « Afin que tous [les disciples] soient un, comme toi, Père, tu es en moi, et comme je suis en toi, afin qu'eux aussi soient un en nous,....» M : II est clair ici que Dieu et Jésus ne sont qu'un, mais que les disciples aussi ne sont qu'un en Jésus et Dieu. Si Jésus est Dieu parce qu'il est en Dieu, pourquoi alors les disciples ne sont-ils pas Dieu, comme ils sont tous, tout comme Jésus, dans Dieu ? Si Dieu, Jésus et Saint-Esprit forment chacun une unité de la Trinité, alors avec les disciples, ils devraient constituer un Dieu avec quinze unités. C : Mais Jésus est Dieu selon Jean (14:9): «...Celui qui m'a vu a vu le Père.» M : Regardez maintenant le contexte, regardez ce qui précède et suit cette phrase (Jean, 14 :8) : « Philippe lui dit: Seigneur, montre-nous le Père, et cela nous suffit » Et Jean (14:9) : «Jésus lui dit: II y a si longtemps que je suis avec vous, et tu ne m'as pas connu, Philippe ! Celui qui m'a vu a vu le Père; comment dis-tu: Montre- nous le Père ?» C’est donc finalement Jésus qui demande à Philippe comment montrer l'apparence de Dieu aux disciples, ce qui est impossible. Il faut croire en Dieu en admirant Sa création : le soleil, la lune, toute création ainsi que Jésus luimême qui fut créé par Dieu. Il dit (Jean, 4:24) : « Dieu est Esprit...» et (Jean, 5:37) : «.Vous avez jamais entendu sa voix, vous n'avez point vu sa face.» Comment pouvez-vous alors voir un esprit ? Ce qu'ils ont vu n'était pas Dieu mais Jésus.

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113 Paul aussi dit (I Timothée, 6 :16) : «.que nul homme n'a vu ni ne peut voir....» Ce que vous pouvez voir n'est donc jamais Dieu. Notre Saint Coran dit sourate Les bestiaux (verset 103) :
« Les regards ne peuvent l’atteindre, cependant qu'il saisit tous les regards. Et II est le Doux, le parfaitement Connaisseur.»

C : Pour être honnête avec vous, il est difficile de nier ce qui nous a été inculqué dès notre enfance. M : Les questions suivantes vous donneront peut-être une meilleure compréhension de Trinité : qu'est-ce que le Saint-Esprit ? C : Le Saint-Esprit est l'Esprit divin et c’est aussi Dieu. Nous croyons que le Père est Dieu, le Fils est Dieu et que le Saint-Esprit est Dieu. Nous ne pouvons pas dire qu'il y a trois Dieux mais un seul. M : Lisez Matthieu (1:18). C : « Voici de quelle manière arriva la naissance de Jésus-Christ. Marie, sa mère, ayant été fiancée à Joseph, se trouva enceinte, par la vertu du Saint-Esprit, avant qu'ils eussent habité ensemble.» M : Comparez ceci avec Luc (1:26-27). C : «Au sixième mois, l'ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth, près d'une vierge fiancée à un homme de la maison de David, nommé Joseph. Le nom de la vierge était Marie.» M : Donc, dans la naissance miraculeuse de Jésus, Matthieu a mentionné le Saint-Esprit alors que Luc a mentionné l'ange Gabriel. Alors qu'est-ce que le Saint-Esprit? C : Le Saint-Esprit est alors l'ange Gabriel. M : Croyez-vous toujours dans la Trinité ? C : Alors Dieu est Dieu, le Saint-Esprit est l'ange Gabriel et Jésus est... la

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114 M : Laissez-moi vous aidez : Jésus est un Prophète, fils Marie. C : Comment pouvez-vous résoudre ce que nous appelons un mystère ? M : Nous utilisons le Coran comme référence pour rectifier les changements qui ont été faits par l'homme dans les textes antérieurement révélés. Si vous croyez maintenant en un Dieu et en Jésus, fils de Marie, en tant que Prophète, pourquoi ne faites-vous pas un pas en plus en acceptant Muhammad comme le dernier messager ? Récitez avec moi la Shahâda ou l'Attestation de Foi, d'abord en français, ensuite en arabe. C : J'atteste qu'il n'est d'autres dieux que Dieu qui n 'a aucun associé et j'atteste que Muhammad est Son serviteur et Messager, Ash-hadu an-là Ilâha illal-Lâhu wahdahû là sharîka lahû, wa ash-hadu anna Muhammadan abduhû wa rasûluhû. Et mes ancêtres alors ? J'aimerais rester avec eux; ils étaient tous chrétiens. M : Abraham a quitté ses parents et ses ancêtres lorsque la vérité, c'est à dire l'Islam, lui fut révélée. Chacun est responsable pour lui-même. Peut-être la vérité ne leur était pas parvenue de manière aussi clair qu'elle vous est parvenue maintenant. Le Saint Coran mentionne dans la sourate Al- Hijr :
« Quiconque prend le droit chemin ne le prend que pour lui-même; et quiconque s’égare, ne s’égare qu’à son propre détriment. Et nul ne portera le fardeau d’autrui. Et Nous n’avons jamais puni [un peuple] avant de lui avoir envoyé un Messager.»

Maintenant que la vérité vous est parvenue, c'est à vous de faire vos choix. C : N'est-il pas possible d'accepter aussi bien l'Islam que le christianisme ? M : Il n'y a pas de contrainte dans la religion. Vous êtes libre de faire ce que vous voulez. Mais si vous combinez les deux croyances, vous ne vous êtes pas encore soumit à Dieu. A ce moment-là, vous serez toujours mécréant comme II le dit dans la sourate Les femmes (versets 150-152): Entretien entre un Musulman et un Chrétien

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« Ceux qui ne croient pas en Dieu et en Ses messagers, et qui veulent faire distinction entre Dieu et Ses Messagers et qui disent: « Nous croyons en certains d’entre eux mais ne croyons pas en d’autres», et qui veulent prendre un chemin intermédiaire (entre la foi et l’incroyance), les voilà les vrais mécréants ! Et Nous avons préparé pour les mécréants un châtiment avilissant. Et ceux qui croient en Dieu et en Ses Messagers et qui ne font de différence entre ces derniers, voilà ceux à qui Il donnera leurs récompenses. Et Dieu est Pardonneur et Miséricordieux».»

C : N'est-il alors pas meilleur de ne pas faire de profession de foi ou Shahâda, de telle façon à ne pas prendre d'engagement ? M : Dès que vous atteignez l'âge adulte, vous êtes mentalement compétent et vous êtes engagé, que vous professiez la Shahâda ou non. Dieu n'a pas créé ce monde pour rien. Il vous a pourvu de sens pour que vous différenciez le bien du mal. Il a envoyé beaucoup de Prophètes pour avertir l'homme. Nous avons été créés pour L'adorer et pour que nous puissions rivaliser entre nous des bonnes œuvres dans ce monde. Sourate Les femmes Al Nissâ’ (verset 191) :
«Seigneur! Tu n 'as pas créé cela en vain. Gloire à Toi !»

Sourate La cité Al Balad (versets 8-10) :
« Ne lui [l'homme] avons-Nous pas assigné deux yeux, et une langue et deux lèvres ? Ne l'avons-Nous pas guidé aux deux voies [le bien et le mal] ? »

Sourate Les Vents qui éparpillent Al Dhâriyyât (versets 56):
« Je n'ai créé les djinns et les hommes que pour qu'ils M’adorent.»

Chaque acte qui est fait pour plaire à Dieu est une adoration. Sourate La caverne Al Kahf (verset 7) :
« Nous avons placé ce qu'il y a sur la terre pour l’embellir, afin d'éprouver les hommes et afin de savoir qui d'entre eux sont les meilleurs dans leurs actions.»

Entretien entre un Musulman et un Chrétien

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LA CROYANCE EN LA DIVINITÉ DE JÉSUS-CHRIST

M : Jésus, est-il Dieu ? C : Oui. Dans l'Évangile selon Jean (1:1): «Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.» M : Nous sommes d'accord qu'une Écriture sainte ne peut contenir de contradictions. S'il y a deux versets contradictoires, alors seulement un peut être vrai ou bien ils sont tous les deux incorrectes; mais les deux versets ne peuvent jamais être tous les deux corrects. Alors Jésus est Dieu selon Jean (1:1). Alors combien de Dieux y a-t-il ? Au moins deux. Ceci est alors en contradiction avec beaucoup de passages dans la Bible: Deutéronome (4:39) :«...Sache donc en ce jour, et retiens dans ton cœur que l'Éternel est Dieu, en haut dans le ciel et ici bas sur la terre, et qu'il n'y en a point d'autre.» Deutéronome (6:4) : « Ecoute, Israël ! L’Éternel, notre Dieu, est le seul Éternel.» Ésaïe (43:10-11): «...Afin que vous le sachiez, que vous me croyiez et compreniez que c'est moi: Avant moi il n'a point été formé de Dieu, Et après moi il n'y en aura point. C'est moi, moi qui suis l'Éternel, Et hors moi il n'y a point de sauveur.» Ésaïe (44:6) : «Ainsi parle l'Éternel... Je suis le premier et Je suis le Dernier, Et hors moi, il n'y a point de Dieu.» Ésaïe (45:18): « Car ainsi parle l'Éternel, Le créateur des cieux, le seul Dieu, qui a formé la terre, qui l'a faite et qui l'a affermie, qui l'a créée pour qu'elle ne soit pas déserte. Qui l'a formée pour qu'elle soit habitée: Je suis l'Éternel, et il n'y en a point d'autre.» Dans Ésaïe (45:18), il suffit à conclure que Dieu Seul était le Créateur et que personne d'autre n’a participé dans la création, même pas Jésus.

Voir aussi: Deutéronome (4:35); Exode (8:10); Samuel (7:22) ; 1 Rois (8:23) ; 1 Chroniques (17:20) Psaumes (86:8), (89:6) et (113:5); Osée (13:4) Zacharie (14:9). C : Mais tous ces versets se trouvent dans l'Ancien Testament. En trouvez-vous dans le Nouveau Entretien entre un Musulman et un Chrétien

117 Testament ? M : Bien sûr ! Lisez dans Marc (12:29) ce que Jésus a dit lui-même : « Jésus répondit: Voici le premier: Écoute, Israël, Seigneur, notre Dieu, est l'unique Seigneur.» I Corinthiens (8:4) : «... nous savons qu'il n'y a point d'idole dans le monde, et qu'il n'y a qu'un seul Dieu.» I Timothée (2:5) : « Car il y a un seul Dieu, et aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, Jésus-Christ homme.» Regardez l'expression « Jésus-Christ homme» Maintenant vous pouvez dire que Jean (1:1) est correct et que tous ces autres versets sont faux, ou l'inverse ? C : Difficile de juger ! M : Si nous regardons ceci maintenant d'un point de vue coranique, nous verrons que cela correspond avec ce que Jésus a dit lui-même dans la Bible. Jésus est mentionné plusieurs fois dans le Coran comme UNE parole de Dieu. Dans la sourate Les femmes (vers 39):
«Alors, les Anges l'appelèrent [Zacharie] pendant que, debout, il priait dans le Sanctuaire:

« Voilà que Dieu t'annonce la naissance de Yahyâ [c'est à dire Saint JeanBaptiste], confirmant d'une parole de Dieu. Il sera un chef, un chaste, un Prophète et du nombre des gens de bien».»

C'est à nouveau mentionné dans la même sourate Les femmes (verset 45) :
« …quand les Anges dirent: « Ô Marie, voilà que Dieu t'annonce une parole de Sa part: son nom sera al-Masih [c'est à dire le Messie Jésus], fils de Marie, illustre ici-bas comme dans l'au-delà, et l'un des rapprochés de Dieu».»

Dans les deux versets du Saint Coran, Jésus est aussi décrit comme une parole de Dieu, c'est à dire une parole venant de Dieu ou appartenant à Dieu, ce qui correspond à 1 Corinthiens (3:23) : « Et vous êtes à Christ et Christ est à Dieu.» Jean (1:1) aurait aussi dû écrire : «...et la Parole était celle de Dieu.» L'erreur a dû se faire lors de

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118 traduction de l'araméen au grec, volontairement ou non. Dans la langue grecque Theos est Dieu, mais Theou veut dire «à /de Dieu» [c'est à dire appartenant à Dieu] (voir « dictionnaire grec », « Bible grecque » ou « Muhammad dans la Bible » (Muhammad in the Bible) professeur Abd al-Ahad Dawud, ancien évêque d’Uramiah, page 16). Une différence d'une seule lettre avec d'énormes conséquences. C : Pourquoi Jésus est-il appelé la Parole de Dieu dans les deux Écritures ? M : La conception de Jésus dans l'utérus de Marie s'est faite sans intervention de sperme, mais uniquement avec le décret de Dieu : « Sois» comme mentionné dans la même sourate Les femmes (verset 47) :
« Elle [Marie] dit: "Seigneur ! Comment aurais-je un enfant alors qu'aucun homme ne m'a touchée ? C’est ainsi ! dit-Il. Dieu crée ce qu'il veut. quand II décide d'une chose. II lui dit seulement: « sois» et elle est aussitôt.»

C : Jésus est Dieu parce qu'il est empreint du Saint Esprit. M : Pourquoi alors ne considérez-vous pas d'autre personnes, qui sont également empreintes par le Saint Esprit, comme étant divines ? Actes (11:24): « Car c'était [Barnabé] un homme de bien, plein d'Esprit Saint et de foi. Et une foule assez nombreuse se joignit au Seigneur.» Actes (5:32): « Nous sommes témoins de ces choses, de même que le Saint Esprit, que Dieu a donné à ceux qui lui obéissent.» Voir aussi Actes (6:5); Pierre (1:21); II Timothée (1:14); 1 Corinthiens (2:16); Luc (1:14). C : Mais Jésus fut rempli avec le Saint-Esprit lorsqu'il était encore dans l'utérus de sa mère. M : C'était aussi le cas pour Saint Jean-Baptiste (Luc,1:13,15): « Mais l'Ange lui dit: "Ne crains point, Zacharie; car ta prière a été exaucée. Ta femme Elisabeth t'enfantera un fils, et tu lui donneras le nom de Jean. Car il sera grand devant le Seigneur. Il ne boira ni vin, ni liqueur enivrante, et il sera rempli de l'Esprit Saint dès le sein de sa mère".»

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119 C : Mais Jésus pouvait faire des miracles. Il a nourrit cinq mille personnes avec seulement cinq pains et deux poissons. M : Elisée et Élie ont fait de même. Elisée a nourrit cent personnes avec vingt pains d'orge et quelques « II mit alors les pains devant eux; et ils mangèrent et en eurent de reste, selon la parole de l’Éternel.» Élisée s'est porté garant de l'augmentation de l'huile d’une veuve et il lui a dit dans II Rois (4:7) : « Va vendre l'huile, et paie ta dette; et tu vivras, toi et tes fils, de ce qui restera.» Voir aussi 1 Rois (17:16) : « La farine qui était dans le pot ne manqua point, et l'huile qui était dans la cruche ne diminua point, selon la parole que l'Éternel avait prononcée par Élie.» Aussi 1 Rois (17:6) : « Les corbeaux lui [Élie] apportaient du pain et de la viande le matin, et du pain et de la viande le soir, et il buvait de l'eau du torrent.» C : Mais Jésus pouvait guérir la lèpre. M : Aussi Elisée a dit à Naaman qui était lépreux de se baigner dans le Jourdain dans II Rois (5:14) : « II [Naaman] descendit alors et se plongea sept fois dans le Jourdain, selon la parole de l'homme de Dieu [Elisée]; et sa chair redevint comme la chair d'un jeune enfant, et il fut pur.» C : Mais Jésus a rendu la vue à un aveugle. M : Elisée a fait de même dans II Rois (6:17) : « Elisée pria, et dit: Éternel, ouvre ses yeux, pour qu'il voie. Et l'Éternel ouvrit les yeux du serviteur, qui vit ... II Rois (6:20): « Lorsqu'ils furent entrés dans Samarie, Elisée dit : Éternel, ouvre les yeux de ces gens pour qu'ils voient! Et l'Éternel ouvrit leurs yeux et ils virent qu'ils étaient au milieu de Samarie.» Élisée aurait même été capable de rendre des gens aveugle dans II Rois (6:18) : « Les Syriens descendirent vers Elisée. Il adressa alors cette prière à l'Éternel: "Daigne frapper Entretien entre un Musulman et un Chrétien

120 d'aveuglement cette nation ! Et l'Éternel les frappa d'aveuglement, selon la parole d'Elisée.» C : Jésus pouvait ressusciter les morts. M : Comparez ce que vous dites avec Elie dans 1 Rois, 7:22) : «L'Éternel écouta la voix d'Elie, et l'âme de l'enfant revint au dedans de lui, et il fut rendu à la vie.» Comparez aussi avec Elisée dans II Rois (4:34) : « II [Elisée] monta, et se coucha sur l'enfant; il mit sa bouche sur sa bouche, ses yeux sur ses yeux, ses mains sur ses mains, et il s'étendit sur lui. Et la chair de l'enfant se réchauffa.» Même les os morts d'Elisée pouvaient rendre la vie à l’homme seulement en touchant le cadavre (II Rois, 1:21) : «Et comme on enterrait un homme, voici, on aperçut une de ces troupes, et l'on jeta l'homme dans le sépulcre d'Elisée. L'homme alla toucher les os d'Elisée, et il reprit vie et se leva sur ses pieds.» C : Mais Jésus a marché sur l'eau. M : Moïse a tendu ses bras vers la mer (Exode,14:22) : «Les enfants d'Israël entrèrent au milieu de la mer à sec, et les eaux formaient comme une muraille à leur droite et à leur gauche.» C : Mais Jésus pouvait exorciser le diable. M : Jésus lui-même a avoué que d'autres personnes pouvaient le faire (Matthieu, 12:27 et Luc, 11:19) : « Et si moi, je chasse les démons par Belzébul, vos fils, par qui les chassent-ils ? C'est pourquoi ils seront eux-mêmes vos juges.» Les disciples aussi pouvaient exorciser le diable, comme le dit Jésus dans Matthieu (7:22) : «Plusieurs me diront en ce jour-là: Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé par ton nom ? N'avons-nous pas chassé des démons par ton nom? Et n'avons-nous pas fait beaucoup de miracles par ton nom ? .» Même les faux Prophètes faisaient des miracles, comme l'avait prédit Jésus (Matthieu, 24:24) : «Car il s'élèvera de faux Christs et de faux Prophètes; ils feront de grands prodiges et des miracles, au point de séduire, s'il était possible, même les élus.» Entretien entre un Musulman et un Chrétien

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C : Mais Elisée et Elie ont fait des miracles en priant le Seigneur. M : Jésus aussi a fait les miracles avec la grâce de Dieu, comme il le dit lui-même (Jean, 5:30) : «Je ne puis rien faire de moi-même...» et (Luc, 11:20) : « Mais, si c'est par le doigt de Dieu que je chasse les démons, le royaume de Dieu est donc venu vers vous.» Tous les miracles réalisés par Jésus avaient déjà été faits par d'anciens Prophètes, disciples et même par des mécréants. Par contre, Jésus ne pouvait pas faire de miracle là où régnait l'incrédulité (Marc, 6:5-6) : « II ne put faire là aucun miracle, si ce n'est qu'il imposa les mains à quelques malades et les guérit. Et il s'étonnait de leur incrédulité. Jésus parcourait les villages d'alentour, en enseignant.» C : Mais Jésus fut ressuscité trois jours après sa mort. M : Nous parlerons plus tard de sa crucifixion parce qu'il y a tellement de controverse à ce sujet. Je dirais seulement brièvement que c'était un Évangile de Paul, qui n'avait jamais vu Jésus de son vivant (II Timothée, 2:8) : « Souviens-toi de Jésus-Christ, issu de la postérité de David, ressuscité des morts, selon mon Évangile.» L'Évangile de la résurrection dans Marc (16:9-20) a aussi été supprimé dans plusieurs Bibles. S'il n'a pas été supprimé, il a été écrit en petits caractères ou entre parenthèses et avec un commentaire. Voir la Version Standard Révisée (The Revised Standard Version), la Nouvelle Bible Standard Américaine (The New American Standard Bible) et la Nouvelle Traduction Mondiale des Saintes Écritures (The New Worid Translation of the Holy Scriptures). Permettez-moi de vous posez une question : est-ce que Jésus a prétendu un jour être Dieu ou a-til dit un jour « Me voici, je suis votre Dieu, adorez-moi» ? C : Non, mais il est Dieu et homme. M : Mais l'a-t-il prétendu un jour ? C : Non.

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122 M : En effet, il avait prédit que des gens allaient l’adorer inutilement et allaient croire en des doctrines qui n'ont pas été faites par Dieu mais par l'homme (Matthieu, 15:9) : « C'est en vain qu'ils m'honorent, en enseignant les préceptes qui sont des commandements hommes.» Toutes les doctrines du christianisme moderne ont été créées par l'homme : la Trinité, la Descendance Divine de Jésus, la Divinité de Jésus-Christ, le Péché Originel Rédemption. On peut conclure des paroles de Jésus inscrites dans le Nouveau Testament qu'il est clair qu'il n'a jamais revendiqué la divinité ou l'association avec Dieu : « Je ne fais rien de moi-même» (Jean, 8:28); « le Père est plus grand que moi» (Jean, 14:28); « le Seigneur, notre Dieu, est l'unique Seigneur» (Marc, 12:29); «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné ?» (Marc, 15:34); «Père, je remets mon esprit entre tes mains» (Luc, 23:46); « Pour ce qui est du jour ou de l’heure, personne ne le sait, ni les Anges dans le ciel, ni le Fils, mais le Père seul» (Marc, 13:32). Jésus fut d'abord appelé Prophète, prédicateur de Dieu, Son serviteur, Messie et plus tard, il a été élevé à fils de Dieu et ensuite à Dieu Lui-même. Utilisons maintenant un peu notre raison : comment Dieu peut-il être né d'un mortel alors que nous sommes tous nés de mortels ? Jésus dormait alors que Dieu ne dort jamais (Psaume, 121:4): «Voici, il ne sommeille ni ne dort. Celui qui garde Israël.» Dieu devrait être Tout Puissant, alors comment pouvait-on lui cracher dessus et comment pouvait-on le crucifier, comme vous le prétendez ? Comment Jésus peut-il être Dieu s'il a adoré Dieu comme tout autre mortel (Luc, 5:16) ? : « Et lui, il se retirait dans les déserts, et priait.»

Jésus fut tenté par Satan pendant quarante jours (Luc, 4:1-13) mais dans Jaques (1:13), on peut lire : «...car Dieu ne peut être tenté par le mal....» Alors comment Jésus peut-il être Dieu ? Nous pouvons raisonner ainsi sans cesse.

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123 C : Oui, moi-même je ne peux le comprendre mais nous devons l'accepter aveuglément. M : N'est-ce pas une contradiction avec la Bible qui dit qu'il faut tout examiner (I Thessaloniciens, 5:21) : « Mais examinez toutes choses; retenez ce qui est bon.» C : Je suis vraiment confus. M : Mais la Bible dit dans I Corinthiens (14:33) : « Car Dieu n'est pas un Dieu de désordre, mais de paix. Comme dans toutes les Églises des saints.» Les doctrines créées par l'homme sèment la confusion.

LA CROYANCE EN LA DESCENDANCE DIVINE DE JÉSUS

M : Jésus, est-il fils de Dieu ? C : Oui. Lisez dans Matthieu (3 :17) lorsque Jésus fut baptisé par Jean : « Et voici, une voix fit entendre des cieux ces paroles: Celui-ci est mon Fils bien-aimé, en qui j'ai mis toute mon affection.» M : Vous ne devez pas comprendre le mot « fils» littéralement car beaucoup de Prophètes ainsi que nous, les hommes, sommes aussi appelés fils et enfants de Dieu dans la Bible. Lisez Exode (4:22). C : « Tu [Moïse] diras à Pharaon: Ainsi parle l’Éternel: Israël est mon fils, mon premier-né.» M : Voici Jacob (Israël) qui est son premier-né. Lisez maintenant II Samuel (7:13-14) ou 1 Chroniques (22 :10). C : « Ce sera lui [Salomon] qui bâtira une maison à mon nom, et j'affermirai pour toujours le trône de son royaume. Je serai pour lui un père, et il sera pour moi un fils.»

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124 M : Ce verset sème la confusion si vous lisez Jérémie |1:9) : « Je suis un père pour Israël, Et Éphraïm est mon premier-né.» Dans Exode (4:22), comme on tient de voir, Israël aussi est appelé le premier-né. Alors qui est réellement le premier-né ? Israël ou Éphraïm? Les gens ordinaires peuvent aussi être appelés enfants de Dieu : lisez Deutéronome (14:1). C : « Vous êtes les enfants de l'Éternel, votre Dieu.» M : Des gens ordinaires peuvent même être appelés premiers-nés : lisez Romains (8:29). C : « Car ceux qu'il a connus d'avance, il les a aussi prédestinés à être semblables à l'image de son Fils afin que son Fils fût le premier-né entre plusieurs frères.» M : S'ils sont tous premiers-nés, alors qui est Jésus ? C : Il est le seul fils engendré par Dieu. M : Bien avant la naissance de Jésus, Dieu a dit à David (Psaume, 2:7) : « Je publierai le décret; L'Éternel m'a [David] dit : Tu es mon fils ! Je t'ai engendré aujourd'hui.» David est donc aussi un fils engendré par Dieu. Le sens de fils de Dieu n'est par littéral mais métaphorique. Cela peut être chaque personne qui est aimée par Dieu Jésus a aussi dit que Dieu n'est pas seulement son Père mais aussi votre Père (Matthieu, 5:45 et 5:48). C : « Afin que vous soyez fils de votre Père»; et Soyez donc parfaits, comme votre Père céleste est parfait.» M : Vous verrez donc qu'il est cité dans plusieurs passages dans la Bible «Fils de Dieu», ce qui signifie amour et affection, proche de Dieu et ce qui ne s’applique pas uniquement à Jésus. Vous verrez « fils» et « filles» de Dieu (II Corinthiens, 6:18) « Et vous serez pour moi des fils et des filles, dit le Seigneur Tout Puissant.» En raison de ces passages et bien d'autres, il n'y a aucune raison pour laquelle Jésus devrait être considéré comme Fils de Dieu, que ce soit dans le sens littéral ou unique. C : Mais il n'a pas de père; c'est pourquoi il est fils de Dieu.

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125 M : Alors pourquoi ne considérez-vous pas Adam comme fils de Dieu. Il n'avait ni père, ni mère et il est appelé fils de Dieu dans Luc (3:38) : «...Seth, fils d’Adam, fils de Dieu.» Lisez Hébreux (7:3) C : « Qui est sans père, sans mère, sans généalogie, qui n'a ni commencement de jours, ni fin de vie -mais qui est rendu semblable au Fils de Dieu-, il demeure sacrificateur à perpétuité.» M : Qui est-il ? La réponse se trouve dans Hébreux (7:1) : « Melchisédech, roi de Salem, sacrificateur du Dieu Très Haut, qui alla au-devant d'Abraham....» Il est plus unique que Jésus ou Adam. Pourquoi n'est-il pas considéré comme étant fils de Dieu ou Dieu Lui-même? C : Comment appelez-vous Jésus alors ? M : Nous les musulmans l'appelons Jésus, fils de Marie. C : Personne ne démentira cela. M : Oui, c'est simple et personne ne peut le nier. Jésus s'appelait fils d'homme et refusa d'être appelé fils de Dieu. Lisez Luc (4:41). C : «Des démons aussi sortirent de beaucoup de personnes, en criant et en disant: Tu es le Fils de Dieu.Mais il les menaçait et ne leur permettait pas de parler, parce qu'ils savaient qu'il était le Christ.» M : II est clair ici qu'il refusa d'être appelé fils de Dieu. Il le refusa à nouveau dans Luc (9:20 et 21), et chargeait même ses disciples. C : « Et vous [les disciples], leur demanda-t-il [Jésus], qui dites-vous que je suis? Pierre répondit: "Le Christ fils de Dieu". Jésus leur recommanda sévèrement de ne le dire à personne.» M : Jésus qui était le Messie attendu comme Prophète, fut élevé du rang de prédicateur au degré de fils de Dieu et ensuite, du rang de maître au degré de Dieu Lui-même. Lisez Jean, (3:2) : « qui vint, lui, auprès de Jésus, de nuit, et lui dit: "Rabbi, nous savons que tu es un docteur venu de Dieu..."»; Jean (6:14): «Ces gens, ayant vu le miracle que Jésus avait fait, disaient : "Celui-ci est vraiment le Prophète qui doit venir dans le monde".» Jésus est aussi appelé Prophète dans Jean (7:40), Matthieu (21:11), Luc (7:16), Luc (24:19). Entretien entre un Musulman et un Chrétien

126 Dans Actes (9:20) : « Et aussitôt il [Paul] prêcha dans les synagogues que Jésus est le Fils de Dieu.» Vous pouvez en conclure que les premiers chrétiens utilisaient toujours des synagogues, mais que lorsque plus tard la chrétienté a dévié de l’apprentissage originel de Jésus, les églises furent établies. Paul, Barnabé et les Gentils (c'est à dire les païens) furent bannis des synagogues étant accusés de blasphème et profanation. Voir Actes (13:50), Actes (17:18) et Actes (21:28). Luc (2: 11): « C'est qu'aujourd'hui, dans la ville de David, il vous est né un Sauveur, qui est le Christ, le Seigneur.» Jean (1:1): « Au commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu.»

JÉSUS A-T-IL ÉTÉ CRUCIFIÉ ?

M : Le Saint Coran mentionne dans la sourate les femmes (verset 157) que Jésus n'a pas été crucifié :
« Et à cause de leur parole [celle des juifs] :Nous avons vraiment tué le Christ, Jésus, fils de Marie, le Messager de Dieu... Or, ils [les Juifs] ne l’ont ni tué, ni crucifié....»

Croyez-vous toujours qu'il est mort sur la croix ? C : Oui, il est décédé et ensuite il a été ressuscité. M : Nous sommes tous d’accord que personne n’a vu le moment de sa résurrection. Ils ont trouvé le sépulcre où on a déposé Jésus vide et on en a conclu qu'il fût ressuscité parce que les disciples et d'autres témoins l'ont vu en vie après sa prétendue crucifixion. Ne pourrait-il pas être possible qu'il n'est pas mort sur la croix, comme il est mentionné dans le Coran. C : Comment pouvez-vous prouver cela ?

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127 M : Regardons les passages dans la Bible qui soutiennent mes propos. Est-ce que vous attachez plus d'importance à ce qu'a dit Jésus ou aux oui-dire des disciples, apôtres et autres témoins. C : Aux paroles de Jésus bien entendu. M : C'est en concordance avec ce que dit Jésus (Matthieu, 10:24) : «Le disciple n'est pas plus que le maître, ni le serviteur plus que son seigneur.» C : Mais Jésus lui-même a dit qu'il ressusciterait des morts (Luc, 24:46) : « Et il leur dit: Ainsi il est écrit que le Christ souffrirait, et qu'il ressusciterait des morts le troisième jour.» M : Le terme souffrir est souvent exagéré dans la Bible et défini comme «mort» comme Paul l'a dit (1 Corinthiens, 15:31) : « Chaque jour je suis exposé à la mort» (c'est à dire je souffre chaque jour). Voici quelques preuves : 1. Sur la croix, Jésus implorait l'aide de Dieu (Matthieu, 27:46): «Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?» et dans Luc,» (22:42): « Disant: Père, si tu voulais éloigner de moi cette coupe! Toutefois,que ma volonté ne se fasse pas, mais la tienne.» (Cette coupe est la coupe de la mort). 2. La prière de Jésus pour ne pas mourir sur la croix fut exaucée par Dieu, selon Luc, Hébreux et Jaques. Alors comment aurait-il pu mourir sur la croix? (Luc, 22:43) : « Alors un ange lui apparut du ciel pour le fortifier.» C’est donc l'Ange qui est venu pour lui assurer que Dieu ne le laisserait pas dans l'abandon. Hébreux (5:7) : « C'est lui [Jésus] qui, dans les jours de sa chair, présenta à grands cris et avec larmes, des prières et des supplications à celui qui pouvait le sauver de la mort et qui fut exaucé à cause de sa piété.» Les prières de Jésus furent exaucées, ce qui veut dire que Dieu y a répondu favorablement. Jaques (5:16): «...La prière fervente du juste a une grande efficacité.» Jésus a dit (Matthieu, 7:710); « Demandez, et l'on vous donnera; cherchez, et vous trouverez; frappez, et l'on vous ouvrira. Car quiconque demande reçoit, celui qui cherche trouve, et l'on ouvre à celui qui frappe. Lequel de vous donnera une Pierre à son fils, s'il lui demande du pain? Ou, s'il demande un poisson, lui donnera-t-il un serpent?.» Si toutes les prières de Jésus furent acceptées par Dieu, y compris Celle de ne pas mourir sur

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128 la croix. Alors comment aurait-il pu mourir sur la croix? 3. Ses jambes n'ont pas été brisées par les soldats romains (Jean, 19:32-33) : «Les soldats vinrent donc, et ils rompirent les jambes au premier, puis à l'autre qui avait été crucifié avec lui. S'étant approchés de Jésus, et le voyant déjà mort, ils ne lui rompirent pas les jambes.» Pouvez-vous vous fier à ces soldats pour pouvoir prononcer la mort de Jésus ou voulaient-ils le sauver parce qu'ils savaient qu'il était innocent ? 4. Si Jésus est mort sur la croix, son sang aurait du coaguler et il ne devrait pas y avoir de sang jaillissant de son corps lorsqu'on lui avait percé le côté. Mais l'Évangile mentionne du sang et de l'eau sortir du côté: (Jean, 19:34): «Mais un des soldats lui perça le côté avec une lance, et aussitôt il sortit du sang et de l'eau.» 5. Lorsque les pharisiens demandèrent à Jésus un miracle de sa vraie mission, il répondit (Matthieu, 12:40): « Car, de même que Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre d'un grand poisson, de même le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans le sein de la terre.» Négligez maintenant le facteur du temps, qui n'est d'ailleurs pas trois jours et trois nuits mais un seul jour (samedi, en journée seulement) et deux nuits (la nuit du vendredi et celle du samedi). Jonas, était-il vivant dans le ventre de la baleine ? C : Oui. M : Jonas, était-il encore vivant lorsque la baleine l’avait vomi ? C : Oui. M : Alors Jésus était bien vivant comme il l'avait, prédit. 6. Jésus a dit lui-même qu'il n'est pas décédé sur la croix. Très tôt dimanche matin. Marie de Magdala se rendit au sépulcre qui était vide. Elle vit quelqu'un debout qui ressemblait à un jardinier. Après avoir parlé avec lui, elle se rendit compte que l'homme en question était Jésus et voulut le toucher. Jésus dit (Jean, 20:17) « Jésus lui dit: Ne me touche pas car je ne suis pas encore monté vers mon Père....» « Ne me touche pas», peut-être parce que sa blessure lui faisait du mal.« Je ne suis pas encore monté vers mon Père» veut dire qu'il était toujours vivant, pas encore mort, car si quelqu'un meurt, il retourne au Créateur. Ceci est la preuve la plus forte admise» par Jésus lui-même.

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129 7. Après la prétendue crucifixion, les disciples croyaient qu'il ne s'agissait pas du même Jésus mais d'un Jésus spiritualisé parce que les corps ressuscités sont spiritualisés. C : Interruption. Comment pouvez-vous être sûr que les corps ressuscités sont spiritualisés ? M : C'est ce que dit Jésus lui-même dans la Bible, il dit ils sont semblables aux Anges. C : Où dans la Bible ? M : Dans Luc (20:34-36) : Jésus leur répondit: Les enfants de ce siècle prennent des femmes et des maris; mais ceux qui seront trouvés dignes d'avoir part au siècle à venir et à la résurrection des morts ne prendront ni femmes ni maris. Car ils ne pourront plus mourir, parce qu'ils seront semblables aux Anges, et qu'ils seront fils de Dieu, étant fils de la résurrection.» Après Jésus les a convaincus qu'il était la même personne en leur faisant toucher ses mains et ses pieds. Lorsqu'ils ne le croyaient toujours pas, il leur a demandé de la viande pour leur montrer qu'il mangeait toujours comme tout être humain. Lisez Luc (24:36-43) « Tandis qu'ils [les disciples] parlaient de la sorte, lui-même se présenta au milieu d'eux, et leur dit : « La paix soit avec vous !.» Saisis de frayeur et d'épouvante, ils croyaient voir un esprit. Mais il leur dit : "Pourquoi êtes-vous troublés, et pourquoi pareilles pensées s'élèvent-elles dans vos cœurs ? Voyez mes mains et mes pieds, c'est bien moi. Touchez-moi et voyez: un esprit n'a ni chair ni os, comme vous voyez que j'ai". Et en disant cela, il leur montra ses mains et ses pieds. Comme, dans leur joie, ils ne croyaient point encore et qu'ils étaient dans l'étonnement, il leur dit : "Avez-vous ici quelque chose à manger ? Ils lui présentèrent du poisson rôti et un rayon de miel. Il en prit, et il mangea devant eux.» 8. Si vous croyez toujours qu'il est mort sur la croix, alors il était un faux Prophète et maudit par Dieu selon ces passages (Deutéronome, 13:5) : « Ce Prophète ou ce songeur sera puni de mort...»; Deutéronome (21:22-23) : «Si l'on fait mourir un homme qui a commis un crime digne de mort, et que tu l'aies pendu à un bois, son cadavre ne passera point la nuit sur le bois; mais tu l'enterreras le jour même, car celui qui est pendu est un objet de malédiction auprès de Dieu, et tu ne souilleras point le pays que l'Éternel, ton Dieu, te donne pour héritage.»

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130 Croire à sa mort sur la croix, c'est le discréditer en tant Prophète. Les juifs ont prétendu avoir tué Jésus sur la croix et ils ont, en conséquence, représenté son allégation de Prophète comme fausse. Les chrétiens croient que la crucifixion est nécessaire pour leur rémission des péchés et ils doivent, par conséquent, aussi accepter la malédiction de Jésus. Cette croyance chrétienne s'oppose à l'enseignement de la Bible dans Osée (6:6) : « Car j'aime la piété et non les sacrifices. Et la connaissance de Dieu plus que les holocaustes.» C'est aussi en opposition avec ce qu’à enseigné Jésus (Matthieu, 9:13): «Allez, et apprenez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices....» A nouveau Jésus dit (Matthieu, 12:7) : « Si vous saviez ce que signifie: Je prends plaisir à la miséricorde, et non aux sacrifices, vous n'auriez pas condamné des innocents.» C : Pourquoi est-ce que les gens croient alors à la résurrection ? M : C'est Paul qui a enseigné la résurrection (Actes, 8): ...Et les uns [juifs] disaient: Que veut dire ce discoureur? D'autres, l'entendant [Paul] annoncer Jésus et la résurrection, disaient: II semble qu'il annonce des divinités étrangères.» Paul, qui n'a jamais vu Jésus a d'ailleurs admit que la résurrection était dans son évangile (II Timothée, 2:8) : « Souviens-toi de Jésus-Christ, issu de la postérité de David, ressuscité des morts, selon mon Évangile.» Il fut aussi le premier à proclamer Jésus fils de Dieu (Actes, 9:20) : « Et aussitôt il prêcha dans les synagogues que Jésus est le Fils de Dieu.» Le christianisme n'est donc pas l'enseignement de Jésus mais celui de Paul. C : Mais Marc (16:19) mentionne que Jésus fut enlevé au ciel et qu'il s'assit à la droite de Dieu: «Le Seigneur, après leur avoir parlé, il fut enlevé au ciel, et s'assit à la droite de Dieu.» M : Comme je vous l'ai dit lors de la discussion sur la Sainte Bible, la partie Marc 16, versets 9-20, a été supprimé dans certaines bibles. Voir la note en bas de page dans La Version Standard Révisée (The Revised Standard Version), la Nouvelle Bible Standard Américaine (The New American Standard Bible) et la Nouvelle Traduction Mondiale des Saintes Écritures (The New World Translation of the Holy Scriptures).

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131 Si vous croyez toujours que Jésus est divin parce qu'il fut enlevé au ciel, alors pourquoi n'acceptez-vous pas la divinité d'autres Prophètes qui furent aussi enlevés au ciel ? C : Qui sont-ils ? M : Elie (II Rois, 2 :11-12) : «...et Élie monta au ciel dans un tourbillon. Elisée regardait et criait... Et il ne le vit plus....» Hénoch aussi fut enlevé au ciel par Dieu (Genèse, 5:24) : « Hénoch marcha avec Dieu; puis il ne fut plus, parce que Dieu le prit.» Ceci fut aussi répété dans Hébreux (11:5) : « C'est par la foi qu'Enoch fut enlevé pour qu'il ne vît point la mort, et qu'il ne parut plus parce Dieu l'avait enlevé; car, avant son enlèvement, il avait reçu le témoignage qu'il était agréé de Dieu.»
LA CROYANCE EN LA RÉDEMPTION ET AU PÉCHÉ ORIGINEL

C : La rémission des péchés à travers la crucifixion n’est donc pas l'enseignement de Jésus ? M : Ceci est la doctrine de la Rédemption qui fut acceptée par l'Eglise trois ou quatre siècles après que Jésus eut quitté la terre. Cette doctrine contredit même la Bible comme le montre ces passages : Deutéronome (24:16): « On ne fera point mourir les pères pour les enfants, et l'on ne fera point mourir les enfants pour les pères; on fera mourir chacun pour son péché.» Jérémie (31:30) : « Mais chacun mourra pour sa propre iniquité....» Ézéchiel (18:20): « L’âme qui pèche, c'est celle qui mourra. Le fils ne portera pas l'iniquité de son père, et le père ne portera pas l'iniquité de son fils. La justice du juste sera sur lui, et la méchanceté du méchant sera sur lui.» Adam et Eve furent donc responsables pour leur propre péché, un péché qui a d'ailleurs été pardonné par Dieu, selon la version musulmane. C : Mais ces exemples se trouvent dans l'ancien testament. M : Lisez ce que dit Jésus dans Matthieu (7:1 et 2). Entretien entre un Musulman et un Chrétien

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C : « Ne jugez point, afin que vous ne soyez point jugés Car on vous jugera du jugement dont vous jugez, et l'on vous mesurera avec la mesure dont vous mesurez. » M : Lisez 1 Corinthiens (3:8). C : « Celui qui plante et celui qui arrose sont égaux, et chacun recevra sa propre récompense selon son propre travail. » Mais nous croyons au Péché Originel. M : Voulez-vous vraiment que je vous prouve que les enfants naissent sans péché ? Lisez Matthieu (19:14). C : « Et Jésus dit: Laissez les petits enfants, et ne les empêchez pas de venir à moi; car le royaume des cieux est pour ceux qui leur ressemblent ». M : Chacun de nous naît donc sans péché et tous les enfants font partie du royaume des cieux. Saviez-vous que c'est Paul qui abolit la loi mosaïque ? Lisez Actes (13:39). C : « Et que quiconque croit est justifié par lui de toutes les choses dont vous ne pouviez être justifiés par la loi de Moïse.» M : Permettez-moi de vous poser une question. Pourquoi croyez-vous à la résurrection alors que Paul lui- même, qui n'a jamais vu Jésus, admet que c'est « son » Évangile ? C : Où est-ce indiqué ? M : Lisez II Timothée (2:8). C : « Souviens-toi de Jésus-Christ, issu de la postérité de David, ressuscité des morts, selon mon Évangile. » Mais pourquoi alors devrions-nous croire qu'il fut crucifié et ressuscité des morts ? M : Moi-même je l'ignore. L’Islam est basé sur la raison et est l'enseignement pur de tous les Prophètes de Dieu et n'est pas contaminé par le paganisme et la superstition. C : C’est ce que je recherche.

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133 M : Pourquoi alors ne pas faire la Shahâda ou l’attestation de foi, d'abord en français, puis en arabe. Laissez-moi vous aidez à le prononcer. C : J'atteste qu'il n'est d'autres dieux que Dieu qui n 'a aucun associé et j'atteste que Muhammad est Son serviteur et Messager. Ash-hadu an-là Ilâha illal-Lâhu wahdahû là sharîka lahû, wa ash-hadu anna Muhammadan abduhû wa rasûluhû. Est-ce que Muhammad [PBSL] fut prophétisé dans la Bible ? M : Oui, mais pour le musulman, il n'est pas nécessaire de l'apprendre à travers la Bible. Comme vous avez étudié la Bible, j'aimerais en discuter avec vous la prochaine fois. N. B. : Le reste de la discussion aura lieu entre deux musulmans : M et m.

MUHAMMAD DANS LA BIBLE Ismaël et Isaac furent tous deux bénis m : Pourquoi Ismaël et sa mère Agar ont-ils quitté Sara ? M : Après le sevrage d’Isaac, sa mère Sara voyait que Ismaël se moquait de lui et elle ne voulait pas qu'Ismaël hérite avec son fils Isaac (Genèse, 21:8-10) : « L'enfant grandit, et fut sevré; et Abraham fit un grand festin le jour où Isaac fut sevré. Sara vit rire le fils qu'Agar, l'égyptienne, avait enfanté à Abraham; et elle dit à Abraham : Chasse cette servante et son fils, car le fils de cette servante n'héritera pas avec mon fils Isaac.» Isaac avait plus ou moins deux ans lorsqu'il fut sevré. Ismaël était alors âgé de seize ans, car Abraham avait quatre-vingt-six ans lorsque Agar enfanta Ismaël et cent ans quand Isaac fut né selon Genèse (16:16) : « Abraham était âgé de quatre-vingt-six ans lorsque Agar enfanta Ismaël à Abraham» et Genèse (21:5) : « Abraham était âgé de cent ans, à la naissance d'Isaac, son fils.» Genèse (21:8-10) est alors en contradiction avec Genèse (21:14-21) où Ismaël est décrit comme un bébé qui est placé sur l'épaule de sa mère et où il est appelé enfant lorsque tous les deux quittèrent Sara : Entretien entre un Musulman et un Chrétien

134 « Abraham se leva de bon matin; il prit du pain et une outre d'eau, qu'il donna à Agar et plaça sur son épaule; il lui remit aussi l'enfant, et la renvoya...Lève-toi, prends l'enfant, saisis-le de ta main....» Ceci est le profil d'un bébé et non d'un adolescent. Ismaël et sa mère Agar ont donc quitté Sara bien avant qu'Isaac fut né. Selon la version musulmane, Abraham prit Ismaël et Agar et construisit un nouvel établissement à la Mecque qui fut appelé Paran dans la Bible (Genèse, :21) à cause d'une instruction divine qui fut donné à Abraham, faisant partie bien sûr du plan de Dieu. Agar courut sept fois entre les deux collines de Safa et Marwa à la recherche d'eau; ceci devint alors le rituel musulman pour le pèlerinage annuel à la Mecque rassemblant des millions de Musulmans du monde entier. Le puits d'eau mentionné dans Genèse (21:19) est toujours présent et s'appelle maintenant Zamzam. Abraham et Ismaël ont par ensuite établi tous les deux la pierre sacrée (Ka’ba) à la Mecque. L'endroit où Abraham fît ses prières près de la Ka'ba est toujours présent et s'appelle aujourd'hui Maqam Ibrahim, c'est dire la Place d'Abraham. Pendant la période du pèlerinage, des pèlerins à la Mecque et des musulmans issus du monde entier commémorent l'offrande d’Abraham et Ismaël en immolant du bétail. m : Mais la Bible mentionne qu'Isaac aurait du être crucifié. M : Non, la version musulmane mentionne que le pacte entre Dieu, Abraham et son unique fils Ismaël fut conclu et scellé au moment où Ismaël aurait du être sacrifié. Et le même jour Abraham, Ismaël et tous les hommes de sa maison furent circoncis, alors qu’Isaac n'était même pas encore né. Genèse (17:24-27) : « Abraham était âgé de quatre-vingt-dix-neuf ans, lorsqu'il fut circoncis. Ismaël, son fils, était âgé de treize ans lorsqu'il fut circoncis. Ce même jour, Abraham fut circoncis, ainsi qu'Ismaël, son fils. Et tous les gens de sa maison, nés dans sa maison, ou acquis à prix d'argent des étrangers, furent circoncis avec lui.» Un an plus tard, Isaac naquit et fut circoncis après huit jours (Genèse, 21:4-5) : « Abraham circoncit son fils Isaac, âgé de huit jours, comme Dieu le lui avait ordonné. Abraham était âgé de cent ans, à la naissance d'Isaac, son fils.»

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135 Lorsque le pacte fut conclu et scellé (circoncision et sacrifice), Abraham était donc âgé de quatrevingtdix-neuf ans et Ismaël de treize ans. Isaac naquit un an plus tard, lorsque Abraham eut cent ans. Les descendants d'Ismaël, le Prophète Muhammad [PBSL], y compris tous les musulmans, restent fidèles à ce pacte de circoncision jusqu'à ce jour. Au moins cinq fois par jour, les musulmans joignent l'exaltation d’Abraham et ses descendants à celle de Muhammad [PBSL] et ses descendants lors de leurs prières quotidiennes. m : Mais dans Genèse 22, il est mentionné qu'Isaac aurait du être sacrifié. M : Je sais, mais vous verrez la contradiction. On peut y lire « …ton fils, ton unique, Isaac.» Lorsque Ismaël avait treize ans et qu'Isaac ne fut pas encore né, n'aurait-on pas du écrire « …ton fils, ton unique, Ismaël» ? Lorsque Isaac fut né, Abraham avait deux fils. Pour des raisons de chauvinisme le nom Ismaël fut remplacé par Isaac dans toute la Genèse 22, mais Dieu a préservé le mot « unique» pour nous montrer où ce trouve la falsification. Les mots « Je multiplierai ta postérité» dans Genèse (22:17) s'appliquent auparavant à Ismaël dans Genèse (16:10). Est-ce que toute la Genèse 22 ne s'applique alors pas à Ismaël ? « Je ferai de lui une grande nation » est répété à deux reprises pour Ismaël dans Genèse (17:20) et Genèse (21:18) et ne s'est jamais appliqué à Isaac. m : Les juifs et les chrétiens maintiennent qu'Isaac fut supérieur à Ismaël. M : C'est ce qu'ils disent mais pas ce que dit la Bible (Genèse, 15:4) : « Alors la parole de l'Éternel lui fut adressée ainsi: "Ce n'est pas lui [Éliézer de Damas] qui sera ton héritier, mais c'est celui qui sortira de tes entrailles qui sera ton héritier". Ismaël était donc aussi un héritier. Genèse (16:10) : « L'ange de l'Éternel lui [Agar] dit: "Je multiplierai ta postérité, et elle sera si nombreuse qu'on ne pourra la compter".» Genèse (17:20): « A l'égard d'Ismaël, je t'ai exaucé. Voici, je le bénirai, je le rendrai fécond, et je le multiplierai à l'infini; il engendrera douze princes, et je ferai de lui une grande nation.» Genèse (21:13): « Je ferai aussi une nation du fils de ta servante; car il est ta postérité.» Genèse (21:18): « Lève-toi, prends l'enfant [Ismaël], saisis-le de ta main; car je ferai de lui une grande nation.» Deutéronome (21:15-17) : Entretien entre un Musulman et un Chrétien

136 « Si un homme, qui a deux femmes, aime l'une et n'aime pas l'autre, et s'il en a des fils dont le premier-né soit de la femme qu'il n'aime pas, il ne pourra point, quand il partagera son bien entre ses fils, reconnaître comme premier-né le fils de celle qu'il aime, à la place du fils de celle qu'il n'aime pas, et qui est le premier-né. Mais il reconnaîtra pour premier-né le fils de celle qu'il n'aime pas, et lui donnera sur son bien une portion double; car ce fils est les prémices de sa vigueur, le droit d'aînesse lui appartient.» L'Islam ne dément pas les bienfaits que Dieu a donnés à Isaac et ses descendants, mais le fils promis est Ismaël de qui descendra plus tard Muhammad [PBSL], le sceau de tous les Prophètes. m : Mais les chrétiens et les juifs prétendent qu'Ismaël fut un enfant illégitime. M : C'est à nouveau ce qu'ils disent et non ce que mentionne la Bible. Comment un grand Prophète tel qu'Abraham aurait-il pu avoir une femme et un fils qui sont tous les deux illégitimes ? Genèse 16 :3 : «...Alors Sara la [Agar] donna pour femme à Abraham.» Si leur mariage fut légitime, comment leur progéniture peut être illégitime ? Est-ce qu'un mariage entre deux étrangers, un chaldéen et une égyptienne, n'est pas plus légitime qu'un mariage entre un homme et la fille de son père ? Que ce soit un mensonge sur Abraham ou non, il est mentionné dans Genèse (20:12) : « De plus, il est vrai qu'elle [Sara] est ma soeur, fille de mon père; seulement, elle n'est pas fille de ma mère; et elle est devenue ma femme.» Le nom d'Ismaël fut aussi choisi par Dieu lui-même. (Genèse, 16: 11) : « L'Ange de l'Éternel lui [Agar] dit : Voici, tu es enceinte, et tu enfanteras un fils, à qui tu donneras le nom d'Ismaël; car l’Éternel t'a entendue dans ton affliction.» Ismaël veut dire Dieu entend. Et où dans la Bible est-il mentionné qu'Ismaël fut un enfant illégitime ? m : Nulle part dans la Bible. M : Bien avant qu'Ismaël et Isaac soient nés, Dieu avait fait un pacte avec Abraham (Genèse, 15:18) :

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137 « …et dit: Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d'Egypte jusqu'au grand fleuve, au fleuve d'Euphrate.» La plus grande partie d'Arabie ne se trouvait-elle pas entre le Nil et l'Euphrate où plus tard tous les descendants d'Ismaël s'installèrent ? m : Dites-vous qu'il n'y avait aucune terre promise à Isaac et ses descendants ? M : Nous les musulmans ne nions pas qu'Isaac fut aussi béni. Regardez Genèse (17:8) : «Je te donnerai, et à tes descendants après toi [Isaac], le pays que tu habites comme étranger, tout le pays de Canaan, en possession perpétuelle, et je serai leur Dieu.» Voyez-vous aussi qu'Abraham est mentionné comme étranger» a Canaan mais pas sur la terre entre le Nil et l'Euphrate. En tant que chaldéen, il était plus arabe que juif. m : Mais le pacte s'était fait avec Isaac selon Genèse 7:21) : « J'établirai mon alliance avec Isaac, que Sara t'enfantera à cette époque-ci de l'année prochaine.» M : Est-ce que ceci exclut Ismaël ? Où dans la Bible est-il mentionné que Dieu ne ferait pas de pacte avec Ismaël? m : Nulle part !
CARACTÉRISTIQUES DU PROPHÈTE PAR JÉRÉMIE COMPARAISONS

Jérémie (28:9) : « Mais si un Prophète prophétise la paix, c'est par l'accomplissement de ce qu'il prophétise qu'il sera reconnu comme véritablement envoyé par l'Éternel.» Le mot Islam signifie aussi tranquillité et paix. Paix entre le Créateur et ses créatures. Cette prophétie ne peut pas être appliquée à Jésus étant donné que ce dernier a dit qu'il n'était pas venu pour la paix (Luc, 12:51-53): « Pensez-vous que je sois venu apporter la paix sur la terre? Non, vous dis-je, mais la division. Car désormais cinq dans une maison seront divisés, trois contre deux, et deux contre trois; le père contre le fils et le fils contre le père, la mère contre la fille et la fille contre la mère, la belle-mère contre la belle-fille et la belle-fille contre la belle-mère.» Entretien entre un Musulman et un Chrétien

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Voir aussi Matthieu (10:34-36).
JUSQU’À CE QUE VIENNE LE SCHILO

Ceci était le message de Jacob à ses enfants avant qu'il meurt (Genèse, 49:1) : « Jacob appela ses fils, et dit: Assemblez-vous, et je vous annoncerai ce qui vous arrivera dans la suite des temps.» Genèse (49:10): « Le sceptre ne s'éloignera point de Juda, Ni le bâton souverain d'entre ses pieds, jusqu'à ce que vienne le Schilo, Et que les peuples lui obéissent.» Schilo est aussi le nom d'une ville mais sa vrai signification est paix, tranquillité, repos, c'est à dire Islam. Dans ce contexte-ci, il ne peut référer à une ville. Si le mot référerait à une personne, Schilo pourrait être une altération de Shaluah (Elohim), c'est à dire messager (de Dieu). La chaîne de Prophètes Israélites issus de la descendance d'Isaac s'arrêterait donc aussitôt que viendrait Shilo. Ceci correspond avec la sourate al-Baqara (verset 133) :
« Etiez-vous témoins quand la mort se présenta à Jacob et qu’il dit à ses fils: “Qu’adorerez-vous après moi ?”. Ils répondirent: Nous adorerons ta divinité [Dieu] et la divinité de tes pères, Abraham, Ismaël et Isaac, Divinité Unique et à laquelle nous sommes Soumis”.»

Le fait que la lignée des Prophètes change d'une nation à une autre fut une menace dans Jérémie (31:36) : «Si ces lois viennent à cesser devant moi, dit l'Éternel, La race d'Israël aussi cessera pour toujours d'être une nation devant moi.» Ce fut aussi suggéré par Jésus dans Matthieu (21:43) : « C'est pourquoi, je vous le dis, le royaume de Dieu vous sera enlevé et sera donné à une nation qui en rendra les fruits.»
BAKKA EST LA MECQUE

La sainte Ka'ba, qui fut construite par Abraham et son fils Ismaël, se trouve à la Mecque. Le nom de la Mecque (Makka) est mentionné une fois dans le Saint Coran dans la sourate la Victoire Eclatante (verset 24).

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139 Un autre nom donné à la Mecque est celui de Bakka, dépendant du dialecte de la tribu, et a aussi été mentionné dans la sourate La Famille d'Imran (verset 96):
« La première Maison [d’adoration] qui a été édifiée pour les gens, c’est bien celle de Bakka (la Mecque) bénie et une bonne direction pour l’univers.»

Il est surprenant d'apprendre que le mot fut aussi mentionné par le Prophète David [PBSL] dans son Psaume (84:6) : « Lorsqu'ils traversent la vallée de Baca, Ils la transforment en un lieu plein de sources. Et la pluie la couvre aussi de bénédictions.» La source est ici la célèbre source de Zamzam qui aujourd'hui est toujours présente près de la Ka'ba.

LA MAISON DE MA GLOIRE

Esaïe, chapitre 60 : 1. « Lève-toi, sois éclairée, car ta lumière arrive. Et la gloire de l’Éternel se lève sur toi.» Comparez avec la sourate le Revêtu d'un manteau (versets 1-3) :
« Ô, toi (Muhammad) le revêtu d’un manteau! Lève-toi et avertis ; de ton Seigneur, célèbre la grandeur.»

2. « Voici, les ténèbres couvrent la terre. Et l'obscurité les peuples; Mais sur toi l'Éternel se lève, Sur toi sa gloire apparaît.» L'avènement du Prophète Muhammad [PBSL] était à une époque d'obscurité où le monde avait oublié l'Unicité de Dieu comme l'avaient enseigné Abraham et tous les autres Prophètes, y compris Jésus. 3. « Des nations marchent à ta lumière. Et des rois à la clarté de tes rayons.» 4. « Porte tes yeux alentour, et regarde: Tous ils s'assemblent, ils viennent vers toi....» En moins de vingt-trois ans l'Arabie toute entière fut unie. Entretien entre un Musulman et un Chrétien

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5. «...Quand les richesses de la mer se tourneront vers toi, quand les trésors des nations viendront à toi.» En moins d'un siècle, l'Islam s'est répandu d'Arabie à d'autres pays. 6. « Tu seras couverte d'une foule de chameaux, de dromadaires de Madian et d'Épha; ils viendront tous de Séba; ils porteront de l'or et de l'encens, Et publieront les louanges de l'Éternel.» 7. « Les troupeaux de Kédar se réuniront tous chez toi; Les béliers de Nebajoth seront à ton service; ils monteront sur mon autel et me seront agréables, et je glorifierai la maison de ma gloire.» Les tribus de Kédar (Arabie) qui étaient divisées furent alors unies. « la maison de ma gloire» réfère ici à la Maison de Dieu à la Mecque et non à l'Eglise du Christ comme le pensent les exégètes chrétiens. Il est un fait que les villages de Kédar (maintenant la majorité de l'Arabie Saoudite) sont les seuls endroits dans le monde entier qui restent impénétrables à toute influence de l'Église. 8. «Tes portes seront toujours ouvertes. Elles ne seront fermées ni de jour, ni de nuit, afin de laisser entrer chez toi les trésors des nations, et leurs rois avec leur suite.» Il est un fait que la mosquée qui entoure la sainte Ka'ba, à la Mecque, est restée ouverte jour et nuit depuis qu'elle fut purifiée par le Prophète Muhammad [PBSL] des idoles il y a 1400 ans. Les rois aussi bien que les sujets s’y rendent pour le pèlerinage.
DES CAVALIERS SUR DES ÂNES, DES CAVALIERS SUR DES CHAMEAUX

Voici la vision d'Ésaïe des cavaliers dans Ésaïe (21:7) : « II vit de la cavalerie, des cavaliers deux à deux, des cavaliers sur des ânes, des cavaliers sur des chameaux....» Qui étaient le cavalier sur l'âne ? Tout élève de l'école du dimanche le connaît. C'était Jésus (Jean, 12:14) « Jésus trouva un ânon, et s'assit dessus, selon ce qui est écrit.» Qui est donc le cavalier promis sur le chameau ? Ce formidable Prophète fut négligé par les lecteurs de la Bible. Il s'agit du Prophète Muhammad [PBSL]. Si cela ne s'applique pas à lui, la prophétie doit encore se réaliser.

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141 C'est pourquoi Ésaïe mentionne plus loin dans le même chapitre (21:13): «Oracle sur l'Arabie...», ce qui veut dire que la responsabilité de répandre le message de l'Islam allait se trouver chez les musulmans arabes, et se trouve aujourd'hui bien sûr chez tous les musulmans. Dans Ésaïe (21:14): « Portez de l'eau à ceux qui ont soif; les habitants du pays de Thema portent du pain aux fugitifs.» Thema est probablement Médine vers où le Prophète Muhammad [PBSL] et ses compagnons ont émigré. Chaque immigré devint un frère avec un habitant de Médine et fut nourri et abrité. Dans Esaïe (21:15) : « Car ils fuient devant les épées, devant l'épée nue, devant l'arc tendu, devant un combat acharné.» Ceci est la période où le Prophète Muhammad [PBSL] et ses compagnons furent persécutés et quittèrent la Mecque pour se rendre à Médine. Dans Ésaïe (21:16) : « Car ainsi m'a parlé le Seigneur: Encore une année, comme les années d'un mercenaire et c'en est fait de toute la gloire de Kédar.» C'est exactement dans la deuxième année de l'hégire (l'immigration) que les mécréants furent vaincus dans la bataille de Badr. Finalement Esaïe (21:17) conclut avec : « II ne restera qu'un petit nombre des vaillants archers, fils de Kédar car l'Éternel, le Dieu d'Israël, l'a déclaré.» Kédar est le deuxième fils d'Ismaël (Genèse, 25 :13) de qui émana finalement le Prophète Muhammad [PBSL]. Au début, les enfants de Kédar attaquèrent Muhammad [PBSL] et ses compagnons. Mais comme beaucoup parmi eux avaient accepté l'Islam, le nombre d'enfants de Kédar qui pouvaient résister, diminuait. Dans certains versets de la Bible, Kédar est synonyme d'arabe au sens général, comme dans Ezéchiel (27:21): « L'Arabie et tous les princes de Kédar....»
UN PROPHÈTE COMME MOÏSE

Dieu s'adressa à Moïse (Deutéronome, 18:18) : Entretien entre un Musulman et un Chrétien

142 «Je leur susciterai au sein de leurs frères un Prophète comme toi [Moïse], je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai.» 1. Les frères des israélites (descendants d'Abraham à travers Isaac) ne sont pas des ismaélites (descendants d'Abraham à travers Ismaël). Il est exclu qu'il s'agisse ici de Jésus car il est un Israélite ;sinon le verset aurait du être : « Je leur susciterai au sein de vos frères un Prophète.» 2. Muhammad n'est-t-il pas comme Moïse ? Si ce n'est pas accepté, cette promesse doit encore être réalisée. Le tableau ci-dessous, repris de Al-Ittihad, janvier-mars 1982, page 42, est évident : Ce qui suit est une comparaison entre quelques caractéristiques cruciales de Moïse, Muhammad et Jésus qui pourrait clarifier l'identité de « ce Prophète» qui devait venir après Moïse :

Entretien entre un Musulman et un Chrétien

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3. « Je mettrai mes paroles dans sa bouche.» La révélation de Dieu vint donc par l'intermédiaire de Gabriel et la propre réflexion du Prophète Muhammad [PBSL] ainsi que ses idées ne furent pas impliquées. Mais ceci est le cas pour toutes les révélations divines. Peut-être que ce fut mentionné spécifiquement ici parce qu'on fait une comparaison avec la révélation de Moïse qui est venue en tablettes écrites. Deutéronome (18:19): «Et si quelqu'un n'écoute pas mes paroles qu'il dira en Mon nom, c'est Moi qui lui en demanderai compte.» Entretien entre un Musulman et un Chrétien

144 Dans le Coran, 113 des 114 chapitres (sourates) commencent par
« Au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux.»

Dans ses travaux journaliers, le musulman commence aussi avec cette prononciation. Pas au nom de « Dieu », mais « en Mon Nom », Son Nom personnel qui est « Allah » Comme il s'agit d'un nom personnel, il n'est pas soumis au genre comme Dieu et Déesse ou au pluriel comme Dieu et Dieux. Les chrétiens commencent avec « Au nom du Père, du fils et du Saint-Esprit.» II faut aussi mentionner que ceux qui ne veulent pas l’écouter ou qui le nient seront punis. Ceci correspond avec des passages du Saint Coran : Sourate la famille d'Imran (verset 19):
« Certes, la religion acceptée de Dieu, c’est l’Islam»

Sourate la famille d'Imran (verset 85):
«Et quiconque désire une religion autre que l'Islam, ne sera point agrée, et il sera, dans l’au-delà, parmi les perdants.»
MON SERVITEUR, MESSAGER ET ÉLU

Une réalisation plus claire de la prophétie de Muhammad [PBSL] se trouve dans Ésaïe 42 : 1. « Voici mon serviteur, que je soutiendrai, Mon élu, en qui mon âme prend plaisir. J'ai mis mon esprit sur lui; il annoncera la justice aux nations.» Aussi appelé
« mon messager »

dans le verset 19. Tous les Prophètes étaient sans exception des serviteurs, messagers et élus de Dieu. Pourtant, aucun Prophète à l'exception de Muhammad [PBSL] n’est appelé universellement par ces titres spécifiques, ce qui donne en arabe « °Abduhu wa Rasuluhu-l-Mustafâ», c'est à dire Son serviteur (esclave) et Son Messager élu. L'Attestation de Foi d'une personne acceptant l'Islam est :
« J'atteste qu'il n'est d'autres dieux que Dieu qui n'a aucun associé et j'atteste que Muhammad est Son serviteur et Messager.»

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Cette même formule est répétée cinq fois par jour à travers les minarets lors de l'appel à la prière, cinq fois quotidiennement juste avant le commencement de chaque prière, neuf fois par jour lors de Tashahhud pendant les prières obligatoires et encore plusieurs fois si un musulman accomplit les prières facultatives recommandées. Le titre le plus habituel du Prophète Muhammad [PBSL] est Rasûlullah, c'est à dire le messager de Dieu. 2. « II ne criera point, il n'élèvera point la voix. Et ne la fera point entendre dans les rues.» Ce verset est une description de la décence du Prophète Muhammad [PBSL]. 3. «...Il annoncera la justice selon la vérité.» 4. « II ne se découragera point et ne se relâchera point, jusqu'à ce qu'il ait établi la justice sur la terre et que les îles espèrent en sa loi.» Ceci doit être mit en comparaison avec Jésus qui ne l'a pas emporté sur ses ennemis et qui fut déçu par le rejet des Israélites. 5. « Moi, l'Éternel, je t'ai appelé pour le salut, et je te prendrai par la main, Je te garderai, et Je t'établirai pour traiter alliance avec le peuple, pour être la lumière des nations.» « Je te garderai», c'est à dire il n'y aura pas de Prophète après lui. Après un court laps de temps, plusieurs nations furent guidées vers l'Islam. 6. « Pour ouvrir les yeux des aveugles, pour faire sortir de prison le captif, et de leur cachot ceux qui habitent dans les ténèbres.» « Les yeux des aveugles, la vie dans les ténèbres» désignent ici la vie païenne. « Faire sortir de prison le captif» définit l'abolition de l'esclavage pour la première fois dans l'histoire de l'humanité. 7. « Je suis l'Éternel, c'est là Mon nom; et Je ne donnerai pas Ma gloire à un autre, ni Mon honneur aux idoles.» Le Prophète Muhammad [PBSL] est unique dans la chaîne des Prophètes, car il est le sceau de tous les Prophètes et, contrairement au christianisme et au judaïsme, ses enseignements sont restés intacts jusqu'à ce jour.

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146 8.« Chantez à l'Éternel un cantique nouveau, chantez ses louanges aux extrémités de la terre....» Un cantique nouveau qui ne se fera pas en hébreu ou araméen, mais en arabe. Les louanges de Dieu et de Son Messager Muhammad [PBSL] sont « chantées» cinq fois par jour à travers les minarets de millions de mosquées partout dans le monde. 9.« Que le désert et ses villes élèvent la voix ! Que les villages occupés par Kédar élèvent la voix ! Que les habitants des rochers tressaillent d'allégresse ! Que du sommet des montagnes retentissent des cris de joie !» Sur le mont Arafat, près de la Mecque, les pèlerins scandent chaque année ceci : « Me voici [à Ton service], Ô Dieu. Me voici. Me voici. Tu n'as point d'associé. Me voici. Vraiment les louanges, la grâce et la souveraineté sont toutes à Toi. Tu n'as point d'associé » Ésaïe 42 ne peut jamais s'appliquer à un Prophète Israélite car Kédar est le deuxième fils d'Ismaël. Voir Genèse (25:13). 10.« Qu'on rende gloire à l'Éternel, et que dans les îles on publie ses louanges ! » L'Islam s'est vraiment répandu jusqu'aux îlots des Caraïbes et d'Indonésie. 11.«... Il manifeste sa force contre ses ennemis.» Dans un court laps de temps le Royaume de Dieu fut établi sur terre avec l'avènement de Muhammad [PBSL]. Ce 42ème chapitre d'Ésaïe concorde exactement avec le caractère du Prophète Muhammad [PBSL].
LE ROI DAVID L’APPELA « MON SEIGNEUR »

Psaume (110:1) : « Parole de l'Éternel à mon Seigneur: "Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied".» Ici, sont mentionnés un Éternel et un Seigneur. Si le premier « Éternel» (le locateur) est Dieu, le second Seigneur (celui à qui on parle) ne peut être Dieu étant donné que David ne connaissait qu'un Dieu. Donc on pourrait aussi lire : « Parole de Dieu à mon Seigneur....» Mais qui était alors la personne que David appela « mon Seigneur» ? L'Église dirait Jésus. Entretien entre un Musulman et un Chrétien

147 Mais ceci fut démenti par Jésus lui-même dans Matthieu (22:45), Marc (12:37) et Luc (20:44). Comme il était fils de David, il ne pouvait prétendre à ce titre. Comment David pourrait-il l'appeler «mon Seigneur» s'il était son fils, se dit Jésus? Jésus dit (Luc, 20:41-44): «Jésus leur dit-Comment dit-on que le Christ est fils de David? David lui-même dit dans le livre des Psaumes: Le Seigneur a dit à mon Seigneur: "Assieds-toi à ma droite, Jusqu'à ce que je fasse de tes ennemis ton marchepied". David donc l'appelle Seigneur; comment serait-il son fils?» Jésus doit y avoir répondu, mais sa réponse ne fut pas transcrite dans les quatre Évangiles canoniques. Par contre dans l'Évangile de Barnabé il fut explicitement mentionné que la promesse avait été faite à Ismaël et non à Isaac. Le Seigneur de David était donc Muhammad [PBSL] qu'il vit dans ses pensées. Aucun Prophète n'a jamais accompli autant que Muhammad [PBSL]. Même le travail combiné de tous les autres Prophètes est toujours restreint comparé à ce qu'a fait Muhammad [PBSL] dans une courte période de 23 ans et qui est resté intact jusqu'à ce jour.
ES-TU LE PROPHÈTE ?

Les juifs envoyèrent des prêtres et des lévites à Saint Jean-Baptiste pour s'informer de qui il était vraiment. (Jean,1:20-21) : « II [Saint-Jean Baptiste] déclara, et ne le nia point, il déclara qu'il n'était pas le Christ. Et ils lui demandèrent: Quoi donc ? Es-tu Élie ? Et il dit: Je ne le suis point. Es-tu le Prophète? Et il répondit :Non.» La question cruciale ici est : « Es-tu le Prophète ?.» Qui était alors le Prophète tant attendu après l'avènement de Jésus et Saint-Jean Baptiste? N'était-il pas un Prophète comme Moïse (Deutéronome, 18:18), à savoir Muhammad [PBSL] ?
BAPTISER DU SAINT ESPRIT ET DE FEU

Matthieu (3:11): « Moi [Saint-Jean Baptiste], je vous baptise d'eau, pour vous amener à la repentance;mais celui qui vient après moi est plus puissant que moi, et je ne suis pas digne de porter ses souliers. Lui, il vous baptisera du Saint-esprit et de feu.»

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148 Si ici on fait allusion à Jésus, Saint-Jean Baptiste se serait cramponné à lui et serait devenu un disciple, ce qu'il n'a pas fait. Ici, on a donc fait allusion à un autre grand Prophète et non à Jésus. Le Prophète attendu après Saint-Jean Baptiste ne pouvait être Jésus, car ils furent tous les deux contemporains. À nouveau, n'était-ce pas le Prophète Muhammad [PBSL] à qui Saint-Jean Baptiste faisait allusion ?
LE PLUS PETIT DANS LE ROYAUME DES CIEUX

On a cité Jésus de suite (Matthieu, 11:11) : « Je vous le dis en vérité, parmi ceux qui sont nés de femmes, il n'en a point paru de plus grand que Jean Baptiste. Cependant, le plus petit dans le royaume des cieux est plus grand que lui.» Pouvez-vous croire que Saint-Jean Baptiste est plus grand qu'Adam, Noé, Abraham, Moïse, David et bien d'autres Prophètes ? Combien de païens Saint-Jean Baptiste avait-il converti et combien de disciples avait-il ? Mais là n'est pas la question. La question est : qui fut le plus petit dans le royaume des cieux, plus grand que Saint-Jean Baptiste ? Il ne s'agissait certainement pas de Jésus car à ce moment le royaume des cieux n'était pas encore formé et Jésus n'a jamais prétendu être le plus petit, c'est à dire le plus jeune. Le royaume des cieux consiste en Dieu en tant qu'Être Suprême et tous les Prophètes. Ici, le plus petit ou le plus jeune est le Prophète Muhammad [PBSL].
HEUREUX CEUX QUI PROCURENT LA PAIX

Dans son sermon sur la montagne, Jésus dit (Matthieu, 5:9) : « Heureux ceux qui procurent la paix, car ils seront appelés fils de Dieu ! » Islam veut aussi dire paix : paix entre le Créateur et l'adorateur. Jésus ne pouvait parler de sa propre mission, car il n'était pas venu pour procurer la paix. Matthieu (10:34-36): « Ne croyez pas que je sois venu apporter la paix sur la terre; je ne suis pas venu apporter la paix, mais l'épée. Car je suis venu mettre la division entre l'homme et son père, entre la fille et sa mère, entre la belle-fille et sa belle-mère; et l'homme aura pour ennemis les gens de sa maison.» Voir aussi Luc (12:49-53).

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UN CONSOLATEUR

Jean (14:16): « Et moi, je prierai le Père, et il vous donnera un autre consolateur, afin qu'il demeure éternellement avec vous.» Nous ne connaissons pas exactement le mot original en araméen qui fut utilisé par Jésus pour « consolateur ». D'autres bibles utilisent les termes avocat, aide et dans les bibles grecques on lit le mot Paraclet (Paraklêtos). Il y a différentes explications pour le mot: l'Esprit Saint, la Parole, une personne, etc. Le Saint Coran mentionne dans la sourate le Rang (verset 6) que Jésus a explicitement mentionné le nom Ahmad :
« Et quand Jésus fils de Marie dit: Ô Enfants d'Israël, je suis vraiment le Messager de Dieu envoyé vers vous, confirmant ce qui, dans la Thora, est antérieur à moi et annonciateur d'un Messager à venir après moi, dont le nom sera Ahmad. »

Ahmad est le second nom du Prophète Muhammad et qui veut dire littéralement celui qui loue Dieu plus que d'autres. Quelle que soit la signification du mot « consolateur », nous pouvons conclure que Jésus a laissé derrière lui une oeuvre inachevée et que quelqu'un allait venir pour compléter sa mission. Examinons à présent, dans le contexte de la Bible, si ce consolateur convient au personnage du Prophète Muhammad [PBSL] : 1. « Un autre consolateur » Donc plusieurs consolateurs étaient déjà venus et il y en avait un qui devait encore venir. 2. « Afin qu'il demeure éternellement avec vous » Étant donné que le besoin pour un autre de venir après lui n'existait plus et qu'il serait le sceau de tous les Prophètes. Son enseignement demeurera pour toujours et restera intact. En effet, le Coran et tous ses enseignements demeurent comme ils l'étaient il y a 1400 ans. 3. « II convaincra le monde en ce qui concerne le péché» (Jean, 16:8) Tous les autres Prophètes, y compris Abraham, Moïse, David et Salomon corrigeaient leurs voisins et leur peuple pour leurs péchés, mais pas le monde comme l'a fait Muhammad [PBSL].

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150 Il n'extirpa pas seulement l'idolâtrie en Arabie dans une période de 23 ans, mais envoya aussi des émissaires à Héraclius, aux souverains des empires de Perse et de Rome, au Négus, le roi d'Ethiopie et à Muqauqis, le gouverneur d'Egypte. Il réprimandait les chrétiens pour avoir divisé l'unité de Dieu en trinité, pour avoir élevé Jésus à fils de Dieu et ensuite à Dieu Lui-Même. C'est lui qui condamna les juifs et les chrétiens pour avoir corrompu leurs Écritures, pour avoir contesté la primogéniture d'Ismaël [PBSL] et c'est lui qui a blanchi tous les Prophètes des imputations d'adultère, inceste, viol et idolâtrie. 4. « Le prince de ce monde est jugé» (Jean, 16:11). Il s'agit ici de Satan comme c'est expliqué dans Jean (12:31) et (14:30). Le Prophète Muhammad [PBSL] est donc venu pour corriger le monde et avertir l'homme du jugement. 5. « L'Esprit de vérité» (Jean, 16:13). Depuis son enfance le Prophète Muhammad [PBSL] fut appelé Al-amîn, c'est à dire celui qui est sincère ou honnête et « il vous conduira dans toute la vérité...» (Jean, 16:13). 6. « Car il ne parlera pas de lui-même, mais il dira tout ce qu'il aura entendu» (Jean, 16:13). Le Saint Coran est la parole de Dieu. Il n'y a pas un seul mot du Prophète Muhammad [PBSL] ou de ses compagnons qui a été inclus. L'ange Gabriel le lui récita, le Prophète le mémorisa et les paroles furent notées par ses copistes. Ses propres paroles et enseignements furent enregistrés dans les Ahadith (pluriel de Hadith) ou traditions. Comparez avec Deutéronome (18:18) : «...je mettrai mes paroles dans sa bouche, et il leur dira tout ce que je lui commanderai.» Ceci correspond avec la sourate l'Etoile (versets 2-4) :
« Votre compagnon [Muhammad] ne s’est pas égaré et n’a pas été induit en erreur et il ne prononce rien sous l’effet de la passion; ce n 'est rien d’autre qu’une révélation inspirée.»

7. « et il vous annoncera les choses à venir.» (Jean, 16:13). Toutes les prophéties du Prophète Muhammad [PBSL] se réalisent.

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151 8. « II me glorifiera» (Jean, 16:14). A vrai dire, le Saint Coran et le Prophète Muhammad [PBSL] ont plus de vénération pour Jésus [PBSL] que la Bible et les chrétiens eux-mêmes. Les exemples suivants le prouvent : a.) Selon Deutéronome (13:5), croire en sa mort sur la croix discréditerait son statut de Prophète : « Ce Prophète ou ce songeur sera puni de mort...», il est aussi caractérisé comme maudit (que Dieu nous en préserve), selon Deutéronome (21:2223): «...car celui qui est pendu est un objet de malédiction auprès de Dieu....» b.) Matthieu (27:46): «... Mon Dieu, mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné?.» Ces paroles, ne pourraient-elles pas venir de quelqu'un d'autre que Jésus? Même quelqu'un qui n'est pas Prophète serait ivre de joie de savoir que sa mort lui procurera le titre de martyr, même s'il agonise. N'était-ce pas une insulte envers Jésus de prétendre qu'il n'avait pas de foi en Dieu ? c.) Nous musulmans ne pouvons croire que Jésus qualifia les Gentils de chiens et de pourceaux et qu'il s'adressa à sa mère en lui disant « Femme», conformément à ce qui est mentionné dans la sourate Marie (verset 32) :
«Et la bonté envers ma mère [c'est à dire Marie]. Il [Dieu] ne m'a fait ni violent ni malheureux.»

Matthieu (7:6) : « Ne donnez pas les choses saintes aux chiens, et ne jetez pas vos perles devant les pourceaux....» Jean (2:4) « Jésus lui [Marie] répondit: Femme, qu'y a-t-il entre moi et toi ? »
LA RÉVÉLATION AU PROPHÈTE MUHAMMAD [P.B.SL]

La première révélation de Dieu à Muhammad [PBSL] par l'intermédiaire de l'ange Gabriel fut le mot Iqra ce qui veut dire
« Lis»

dans la sourate l'Adhérence (versets 1-5). Comme le Prophète était illettré il répliqua : « Je ne sais pas lire.»

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Cette première révélation fut prophétisée dans Ésaïe (29:12) : « Ou comme un livre que l'on donne à un homme qui ne sait pas lire, en disant: "Lis donc cela !". Et qui répond: "Je ne sais pas lire".» L'ordre de la révélation n'est pas le même que l'ordre que l'on voit dans le Coran. En d'autres termes, la première partie révélée ne se trouve pas à la première page ainsi que la dernière partie révélée ne se trouve pas à la fin du Coran. Que ces révélations vinrent en parties et qu'elles seraient insérées dans un certain ordre dans le Coran comme ordonné par Dieu, fut aussi mentionné dans Esaïe (28:10-11) : « Car c'est précepte sur précepte, précepte sur précepte, règle sur règle, règle sur règle, un peu ici, un peu là. Eh bien ! C'est par des hommes aux lèvres balbutiantes et au langage barbare que l'Éternel parlera à ce peuple.» Un langage barbare ici veut dire une langue étrangère, pas l'hébreu ou l'araméen, mais l'arabe. Les musulmans partout dans le monde utilisent une langue, à savoir l'arabe, lorsqu'ils font appelle à leur Dieu, dans leurs prières, lors du pèlerinage ainsi que dans leurs salutations aux autres musulmans. Cette unité de langage fut prophétisé dans Sophonie (3:9) : « Alors, je donnerai aux peuples des lèvres pures, afin qu'ils invoquent tous le nom de l'Éternel, pour le servir d'un commun accord.» La vérité est venue en arabe mais certains attendent toujours Jésus [PBSL] pour enseigner à l'humanité comment adorer Dieu en une langue unique lors de son retour. Nous musulmans sommes persuadés que Jésus lors de son retour se joindra aux musulmans dans leurs mosquées, car il est comme tout autre musulman circoncis, comme tout autre musulman il ne mange pas de porc et comme tout autre musulman il fait ses prières avec l'ablution, en s'inclinant et se prosternant. Puisse Dieu, dans son infinie miséricorde, nous guider vers la vérité.
Traduction révisée par : Abu Ahmed

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Raison et religion : la marche à suivre

– Jaddi, c’est quoi le sujet de ton prochain sermon du vendredi ? – Je ne sais pas encore, Hasan ? Pourquoi ? – Parce que j’ai un bon sujet pour toi : les prêts à la banque et les intérêts. – Allons bon ! Pourquoi spécialement ce sujet ? – Parce que c’est urgent ! Cet après-midi, j’ai discuté avec des frères à la mosquée. Ils sont tous étudiants, je crois. Et certains d’entre eux pensent que les intérêts bancaires ne sont pas interdits dans tous les cas. Ils commencent même à en parler aux autres jeunes à droite à gauche. – Tiens donc ! Et dans quels cas est-ce interdit ? – Pour eux, il est interdit de toucher des intérêts avec des taux exorbitants. Sinon, quand les taux d’intérêts ne sont pas trop importants, tu vois, comme ceux que demande la banque pour les prêts, ce n’est pas grave. D’ailleurs, ils disent que c’est normal que la banque demande des intérêts, puisqu’elle ne peut rien faire de son argent pendant tout le temps qu’on va mettre pour rembourser. La banque te rend service et « tout service mérite salaire ». – Tu ne leur as pas demandé comment ils font la différence entre les taux d’intérêts faibles et les forts ? – Si. Et ils m’ont dit : « Mais Hasan, réfléchis donc un peu ! L’islam nous demande de réfléchir, non ? Si les taux d’intérêts faibles sont réellement interdits dans l’islam, pourquoi le commerce, lui, ne l’est pas ? Quand tu réfléchis bien, le commerce, c’est comme les intérêts. Tu achètes un produit et tu le vends en gagnant un peu d’argent dessus. C’est exactement la même chose que les intérêts. Donc, ça prouve, à notre avis, que ce qui est interdit, c’est d’être injuste et de demander trop d’argent. Or justement, l’islam interdit l’injustice, non ? C’est logique, Hasan ! Il suffit de réfléchir. » Voilà ce qu’ils m’ont dit, Jaddi. « Réfléchir ». C’est bien cela le mot clé dans cette triste histoire. En général, je dis à mes enfants de ne pas perdre de temps dans ce genre de discussions, avec des gens qui ne comprennent pas vraiment l’islam. Car, lorsqu’on n’a pas beaucoup de connaissances, cela ne peut amener que des doutes. Si Hasan connaissait mieux le Coran, il aurait pu leur répondre en moins de deux minutes. Dommage. Malgré tout, il m’a effectivement donné un bon sujet pour le sermon de vendredi. Ce sera un sujet difficile, bien plus profond que la simple question des intérêts bancaires ! Mais pour mes enfants, pas la peine d’attendre vendredi. On en discute maintenant.

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– Bon, les enfants. Qu’en pensez-vous ? – Ces jeunes disent des choses très graves, Jaddi. – Qu’est-ce qui est grave exactement, Zeynab ? – Ben… le fait de contredire une des lois d’Allâh ?! – Exact. Et où est le problème ici ? Pourquoi ces jeunes en sont-ils arrivés à ce point-là ? – Parce qu’ils réfléchissent trop ? – Non, pas exactement. On ne réfléchit jamais trop, tu sais, ma petite. – Moi je pense au contraire qu’ils ne réfléchissent pas du tout. – Non plus, Safia. Tout le monde réfléchit. On n’a pas le choix, c’est comme cela que nous fonctionnons. Allâh, dans Sa grande sagesse a décidé que l’homme devait apprendre tout au long de sa vie, pour comprendre le monde dans lequel il vit et pour survivre. Et il doit également apprendre pour préparer la vie après sa mort. C’est pourquoi, Allâh lui a donné de nombreuses facultés pour apprendre. Il y a les 5 sens. Et il y a la faculté de réfléchir et de construire des raisonnements. C’est ce que le Coran nomme « le cœur ». Qalb ou fu-âd en arabe, vous avez déjà lu ces mots, je pense. Avec tout cela, l’homme est paré : il peut comprendre les choses et survivre dans son monde, ce qui lui permet ensuite de se concentrer pleinement sur l’Au-delà. Cela vaut pour tous les êtres humains. Même les malades mentaux, même les enfants fonctionnent comme cela. Ses facultés et son raisonnement sont les seuls moyens dont dispose l’homme pour acquérir des connaissances. Donc, tout le monde réfléchit. D’ailleurs, Safia, tu vois bien que les jeunes dont Hasan nous a parlé réfléchissent beaucoup, non ? Eh bien, c’est comme tout le monde. – Comme tout le monde ? Et pourtant Allâh nous dit que les mécréants sont comme les animaux parce qu’ils ne réfléchissent pas, non ? – Tu peux nous réciter le verset auquel tu penses ? Safia se met à réciter le verset 179 de la sourate 7, Al-A’râf, Les Limbes. Puis elle traduit : – Allâh dit : Et, bien avant, Nous avons créé pour le châtiment de l’Enfer de nombreux individus parmi les jinns et les êtres humains. Ils ont un cœur, mais ils ne l’utilisent pas pour comprendre. Ils ont des yeux, mais ils ne les utilisent pas pour voir. Et ils ont des oreilles, mais ils ne les utilisent pas pour entendre. Ceuxlà sont comme le bétail. Ils sont même plus loin de la vérité que les bêtes. Voilà donc ceux qui sont négligents. – Je ne comprends pas bien le rapport avec les intérêts, avoue Hassan, pressé d’avoir la réponse

155 à la question qui l’intéresse. – Un peu de patience, mon fils. Le problème que tu nous as posé n’est pas les intérêts en soi. Toi, tu as parlé de ces gens qui utilisent les capacités qu’Allâh leur a données pour en arriver à rejeter une interdiction religieuse. Et ce verset parle précisément de ce problème-là. – Je ne vois toujours pas bien le rapport. Peut-être qu’il faudrait l’explication du verset. – Pas peut-être, Hasan. Il faut OBLIGATOIREMENT chercher l’explication ! C’est ça, le réflexe qu’il faut avoir ! Bon. Que nous disent les savants ici ? En gros, ils nous expliquent qu’Allâh parle des gens égarés, qui rejettent Ses versets, Ses signes et Ses ordres. Ça leur fait donc un point commun avec ces jeunes musulmans, n’est-ce pas ? Allâh nous dit ensuite que ces gens égarés sont voués à l’enfer depuis leur création : Il sait depuis toujours qu’ils vont refuser d’être guidés. – Ça veut dire quoi qu’ils vont refuser d’être guidés ? – C’est-à-dire qu’ils ne vont pas profiter des capacités qu’Allâh leur a données pour apprendre comment Le satisfaire et échapper à Son châtiment. C’est bien à cause de cela qu’Il les compare au bétail. Les bêtes mangent, boivent, dorment, se reproduisent et meurent. Elles ne cherchent pas autre chose que cela. Et rien ne peut les faire dévier de ces comportements. Regardez la vache. Si vous lui enlevez un veau chaque année pour le manger, elle ne changera pas ses habitudes et elle ne cherchera pas quoi faire pour éviter ça. Si la sécheresse menace, la vache ne va pas faire de provisions pour préparer l’avenir. Il n’y a pas d’hier ni de demain dans la tête d’une vache. Pour les égarés, c’est exactement pareil. Ils ont tout ce qu’il faut pour comprendre que le message du Prophète est la vérité, que demain ils vont mourir, et qu’ils iront en enfer s’ils continuent comme cela. Ils ont tout : un cœur et un cerveau pour comprendre et ressentir les choses, pour aimer Allâh et craindre Sa colère, des yeux pour voir les signes et accepter la vérité, des oreilles pour entendre et suivre les bons conseils. Ils sont même pires que le bétail, parce qu’au moins les animaux reconnaissent l’existence du Seigneur et qu’ils ne font rien d’autre que ce pour quoi ils ont été créés. Par contre, les égarés, eux, non. Et Allâh les appelle les « négligents » justement parce que malgré les menaces et les promesses des prophètes, ils ne sont pas préoccupés par ce qui risque de leur arriver après la mort. Ils ne voient pas combien c’est important. – Ils ne sont pas préoccupés ? Ça veut dire quoi ? – Ça veut dire que tu peux leur dire tout ce que tu veux sur Allâh, les prophètes, la création, l’enfer et le paradis, ça n’a pas d’influence sur eux parce qu’ils arrivent à la conclusion que c’est faux. Donc ça ne leur fait pas peur. – Si je comprends bien, quand tu dis qu’ils arrivent à une conclusion, tu veux dire qu’ils réfléchissent, c’est ça ? – Oui. – Pourtant, le verset dit bien qu’ils ne réfléchissent pas, non ?

156 – Non, il ne dit pas cela. Je vois que vous n’avez pas encore bien compris ce verset. Je vais vous l’expliquer autrement. Premièrement, les savants disent que ce verset ne dit pas qu’ils ne réfléchissent pas, tout comme il ne dit pas qu’ils sont aveugles et sourds. Non, il dit que tout se passe comme s’ils ne réfléchissaient pas, et comme s’ils étaient aveugles et sourds. Pourquoi ? Parce que, malgré leurs facultés de voir, d’entendre, et de réfléchir, ils n’arrivent pas à reconnaître la vérité. Leurs facultés ne leur servent à rien. Conclusion : c’est comme s’ils ne les avaient pas. Deuxièmement, comme je l’ai déjà dit, tout le monde réfléchit et tout le monde raisonne. C’est quelque chose qu’on ne peut pas s’empêcher de faire. Si je vous demande « Estce que quelqu’un sait où sont mes clés ? », vous comprenez tout de suite que je les ai perdues, et aucun de vous ne va me demander « Et toi, Jaddi, sais-tu où elles sont ? ». C’est comme ça,on raisonne immédiatement, c’est automatique. Et je pourrais vous donner des dizaines d’autres d’exemples comme celui-ci. C’est un moyen puissant qu’Allâh nous a donné pour apprendre, comprendre et savoir comment agir. On a besoin de raisonner pour apprendre à parler et à écrire, pour chercher des arguments et des preuves, et bien sûr pour apprendre et comprendre sa religion. Et même pour faire ses courses ! – Pour faire ses courses ? – Bien sûr ! On réfléchit à l’avance qu’il vaut mieux prendre les packs d’eau et de lait au début, de façon à les mettre au fond du chariot et ne pas écraser les fruits et les œufs. Sans la faculté de raisonner, on ne pourrait rien faire, on n’apprendrait rien, on ne comprendrait rien. – C’est clair. Mais alors, si les égarés réfléchissent, quel est leur problème en réalité ? – Bonne question, Zeynab ! Leur problème, c’est leur raison. – Quoi ? Tu veux dire qu’ils n’ont pas de raison ? – Non, ce n’est pas ça. Les gens qui n’ont pas de raison sont pardonnés par Allâh. Ils ne sont pas responsables de ce qu’ils font ni de ce qu’ils disent. Et à part trois catégories de gens, tout le monde a une raison. – Oh ! Oui, je sais ! Les gens qui dorment, les tout jeunes enfants, et les fous. – C’est exact, Hasan. C’est ce que dit notre prophète, sallallâhu ‘alayhi wa sallam, dans un hadith authentique rapporté par le grand savant Abû Dâwûd. Donc ces gens ont bel et bien une raison. – D’accord. Donc tu dis qu’ils réfléchissent mais qu’ils ont un problème de raison. Pour moi, quand on a un problème de raison, on ne réfléchit pas. Je ne comprends pas. – Vous confondez deux choses : d’un côté, il y a le raisonnement et la réflexion, et de l’autre, : la raison,. Je vais être plus clair, in châ Allâh. Raisonner, réfléchir, c’est juste une méthode d’apprentissage chez l’homme. Une méthode parmi d’autres. L’homme apprend en cherchant des preuves et des arguments. Et c’est là que tout se joue. Quand il s’agit des connaissances utiles ici-bas, l’homme va pouvoir recueillir des preuves de toutes les manières : par le raisonnement, par ses 5 sens – en particulier la vue et l’ouïe- –, et par le témoignage de

157 personnes de confiance. Si, par exemple, je veux savoir ce que Hasan a fait ce matin, j’ai plusieurs possibilités. Imaginez que je l’ai vu faire un footing dans le parc de mes propres yeux. Dans ce cas, ma vue m‘apporte une preuve. Si je ne l’ai pas vu, j’ai plusieurs autres possibilités. Je peux lui demander. Ce qu’il me dit est une preuve, puisqu’il n’est pas un menteur. De la même manière, je vais pouvoir demander à quelqu’un de confiance qui l’a vu. Le témoignage de quelqu’un qui ne ment pas est pour moi une preuve et un argument. Et si je n’ai aucun témoin, sachant que tous les matins Hasan fait un footing dans le parc quand il n’a pas cours, je peux réfléchir, raisonner, et conclure que, ce matin il a sûrement couru, puisqu’en ce moment c’est les vacances. Vous voyez ce que je veux dire ? Pour acquérir des connaissances utiles dans cette vie d’ici-bas, j’ai donc à ma disposition plusieurs façons de recueillir des preuves et des arguments. Mais dans le domaine spirituel, ça se complique. Comment dois-je m’y prendre pour savoir qui est Allâh et ce qu’Il attend de moi, alors que ni moi ni personne ne L’a vu, et que personne n’est revenu du « monde des morts » pour témoigner qu’il y a effectivement quelque chose après ? Comment puis-je savoir autrement qu’en utilisant ma réflexion et mon raisonnement ? – Ben, en lisant par exemple ? Et puis les Arabes de La Mecque, ils l’ont vu, eux, le Prophète. De leurs propres yeux. Ils ont témoigné de ça pour nous. – Ça ne change rien, ma fille. Lire quelque chose dans un livre n’est pas une preuve en soi. Il faut encore que je réfléchisse pour comprendre ce que l’auteur a voulu dire et que je raisonne pour savoir si c’est vrai ou pas. Pour les compagnons, vous prenez le problème d’une mauvaise manière. Selon vous, en quoi ont cru les compagnons exactement ? – Ils ont cru dans le fait que le Prophète, sallallâhu ‘alayhi wa sallam, était bien un prophète d’Allâh et qu’il recevait la Révélation. – Très bien. Et pourtant, ils n’ont pas vu la Révélation descendre sur Lui. Ils ont seulement vu son comportement, écouté ses paroles et, grâce à leur réflexion, ils ont « déduit » qu’il était bien un prophète d’Allâh. Les mécréants ont vu la même chose et pourtant ils ont « déduit » qu’ils n’avaient pas à le suivre. Le simple fait de le voir n’est pas une preuve qu’il a dit la vérité. La preuve est venue avec la réflexion. – D’accord, Jaddi. Je reconnais que c’est vrai. Donc, dans le domaine du spirituel, on ne peut compter que sur le raisonnement et la réflexion. – Seulement il y a un problème de taille avec le raisonnement. – Ah oui ? Lequel ? – D’accord, Jaddi. Je reconnais dans le domaine du spirituel, on ne peut compter que sur le raisonnement et la réflexion pour apprendre. – Seulement il y a un problème de taille avec le raisonnement. – Ah oui ? Lequel ? – Eh bien, on peut arriver à des conclusions qui ne sont pas sûres et certaines. Là, je ne parle

158 pas de conclusions fausses, hein ? Je parle de conclusions qui pourraient être vraies mais dont n’est pas sûr. Ce sont des conclusions probables, sans plus. – Tu peux donner un exemple ? – Oui. Je reprends l’exemple de toute à l’heure. Si on me demande ce qu’a fait Hasan ce matin, je n’ai qu’à reprendre le raisonnement que j’avais construit, et je peux répondre que Hasan était au parc. C’est une conclusion possible, on est d’accord. Mais est-ce que c’est sûr à 100 % ? Non, bien sûr. Parce que je n’ai rien vu de mes yeux et que je n’ai trouvé personne qui a pu témoigner l’avoir vu. Il a pu se passer plein de choses que j’ignore et qui ont empêché Hasan d’aller courir, justement ce matin. Dans ce cas, mon raisonnement ne m’apporte pas de preuve. C’est juste une possibilité. Je ne pourrais pas jurer que Hasan était au parc ce matin. Si on me demandait une réponse sûre à 100 %, je serais obligé de dire que je ne sais pas. Est-ce que c’est clair ? – Oui. Mais je ne vois pas bien où tu veux en venir. – Je veux en venir au cœur de notre sujet : la raison. C’est au niveau de la raison, rappelezvous, que les égarés et les jeunes de la mosquée ont un problème. Avant de vous expliquer en détail ce qu’est la raison, résumons la situation. On a dit que pour apprendre et comprendre des choses dans le domaine religieux, l’homme ne peut compter que sur sa réflexion et son raisonnement. C’est le seul moyen qu’il a pour connaître son Seigneur. C’est le seul moyen, c’est vrai, mais celui-ci n’est pas parfait : il n’est pas fiable à tous les coups. Parfois, il apporte des connaissances qui sont authentiques sans doute possible, parfois aussi des connaissances qui sont fausses sans aucun doute, mais parfois on n’en sait rien. Donc, il faut absolument savoir quand il est possible d’utiliser son raisonnement comme argument. – Et c’est sans doute à ça que sert la raison, c’est ça ? – Exactement. Tu as compris. On ne peut rien apprendre si l’on n’est pas capable de faire la différence entre les vraies preuves et les fausses preuves. Allâh, dans Sa grande bonté, a donné à l‘homme la possibilité de reconnaître les preuves et les arguments valables et de rejeter les informations qui ne sont pas prouvées. Et c’est la raison qui permet cela, al-hamdu lillâh. L’homme qui a une raison saine et forte ne va se baser que sur les preuves, et sur rien d’autre, pour apprendre, pour parler et pour agir. C’est pour cela que la raison s’appelle aussi parfois le discernement, la sagesse ou le bon sens. Sans elle, il est impossible de séparer le vrai du faux, le bon du mauvais, le bien du mal. On accepterait n’importe quelle preuve, même les fausses, et on ne pourrait pas reconnaître quand on est face à une vérité : on pourrait aller jusqu’à rejeter les signes de l’existence d’Allâh. – Et ça, c’est ce que font les égarés dont parle le verset qu’a récité Safia ! – Tu as compris, Zeynab. Tu vois pourquoi j’ai dit qu’ils ont un problème de raison ? Pour certains d’entre eux, l’existence de la Terre, de la Lune… n’est pas une preuve de l’existence d’Allâh. Le fait que la Terre se vide de ses plantes en hiver pour refleurir au printemps n’est

159 pas une preuve que la résurrection est une chose facile pour Allâh. Les Mecquois ont vu que Muhammad était le plus honnête des hommes, mais ça ne les a pas empêchés de le traiter de menteur quand il les a appelés à l’islam. Par Sa grande générosité, Allâh leur offre même des raisonnements tout faits dans le Coran : Il leur facilite le travail. Je ne peux pas citer tous les exemples, tant ils sont nombreux, mais disons juste qu’Allâh leur prouve pourquoi Dieu ne peut pas avoir eu d’enfant, que le Coran n’est pas une parole qu’un être humain a pu enseigner à Muhammad, que le prophète ne peut pas être un fou, ni une victime de la sorcellerie, qu’Il est impossible qu’il y ait plusieurs dieux… Pourtant, les égarés n’acceptent pas ces arguments. Je donnerai un dernier exemple : même s’ils voyaient bien que leurs ancêtres étaient complètement égarés, notamment quand ils enterraient leurs filles vivantes, ils continuent à les imiter et à les défendre. Vous voyez ? Les arguments et les preuves n’ont pas de prise sur eux. C’est le signe que leur raison est faible et bien malade. Ils voient les preuves, mais n’en tiennent pas compte. Ils prennent leurs décisions en fonction d’autres critères, comme leurs sentiments, leurs émotions, leurs principes… Ils ont rejeté le Prophète, non pas parce qu’ils rejetaient ses arguments, mais parce qu’ils ne supportaient pas qu’on touche à la religion de leurs parents ou qu’on touche aux privilèges que leur système religieux malhonnête réservait aux riches. La haine et la peur de tout perdre ont fait disparaître leur capacité naturelle à accepter les preuves, et c’est pour cela qu’Allâh dit dans les versets 14 et 15 de la sourate 15, Al-Hijr : Et même si Nous ouvrions au-dessus des idolâtres une porte dans le ciel pour qu’ils voient les anges y passer sans arrêt pour y monter et en descendre, ils diraient : ‘ Notre vue est victime d’une illusion : nous sommes ensorcelés par Muhammad. ’. C’est là qu’on voit la faiblesse de leur raison : pour juger et pour apprendre, ils font passer des choses avant les preuves. – Mais peut-être qu’ils n’avaient réellement pas les moyens de comprendre les arguments, non ? Ce n’est peut-être pas vraiment de leur faute ? – Si c’était le cas, Hasan, comment expliques-tu qu’ils comprennent ce genre de chose dès qu’on sort du domaine religieux ? Non, Hasan, ça ne peut pas être comme tu dis. Allâh ne va pas donner des arguments que seule une partie des humains pourrait comprendre. Ce n’est pas possible ! Tous les humains normaux peuvent comprendre ces réalités. Et c’est pour cela qu’ils seront châtiés par Allâh. Ils sont égarés. Allâh leur a donné une raison saine au départ et ils sont responsables de ce qu’ils en font par la suite. – Mais comment sait-on que leur raison fonctionne bien. - Juste en regardant comment ils l’utilisent dans la vie de tous les jours. Par exemple, ils comprennent, quand un objet a changé de place, que quelqu’un l’a déplacé et qu’il n’a pas bougé tout seul. Il y a forcément un responsable. Mais ils refusent de reconnaître l’existence

160 d’un Créateur. Ensuite, pour les hommes de toutes les époques, ne pas mentir est une qualité fort appréciée. Et on accepte sans souci le témoignage de celui qui est honnête et de haute moralité. Ce qu’il dit est une preuve. Le domaine scientifique et le domaine juridique fonctionnent entièrement sur la base de preuves et, parmi les preuves, il y a le témoignage de gens fiables. Mais les Mecquois n’ont pas voulu croire l’homme le plus honnête de leur peuple, uniquement lorsqu’il a commencé a parlé de la religion. Enfin, chaque génération d’être humain essaie de faire mieux que ses ancêtres, en corrigeant leurs erreurs. C’est comme cela que l’humanité progresse, de génération en génération. Les hommes comprennent que leurs pères n’ont pas eu forcément raison dans tous les domaines. Vous voyez bien que leur raison fonctionne correctement ! Ils font preuve de bon sens dans leur vie de tous les jours. Mais ils deviennent fous quand il s’agit de religion. En fait, ils ont un problème avec la religion. – Jaddi, j’ai une question. Tu dis qu’ils imitent la religion de leur peuple. Ce sont les parents qui enseignent la religion aux enfants, c’est normal qu’on les imite, non ? – C’est vrai. Mais le problème n’est pas là, ma petite Safia. Le problème, c’est que dans le domaine religieux, et seulement là, ils n’arrivent pas à imaginer que leurs parents peuvent avoir tort. Ils naissent et trouvent des parents et un peuple sur une voie, avec une croyance et une pratique particulières. Et ils les suivent. Ils n’imaginent même pas que leurs parents peuvent être égarés. Et ils le disent exactement comme ça : « Je suis chrétien parce que mes parents sont chrétiens » et pas « Je suis chrétien que le christianisme est la vérité ». Et c’est cela que les Mecquois disaient au Prophète, sallallâhu ‘alayhi wa sallam. Et tu trouves ça aussi chez les musulmans malheureusement : ils suivent les coutumes de leurs parents même quand celles-ci n’ont rien à voir avec la religion de Muhammad. – Donc, les gens qui suivent un savant dans tout ce qu’il dit et dans tout ce qu’il fait, c’est le même problème ? – Oui, tu as bien compris. Il arrive que des musulmans soient tellement attachés à un savant, ou à une personne en particulier qu’ils considèrent que tout ce que ces personnes disent est la vérité, et que tout ce que disent les autres est faux. Et c’est un problème qui ne touche que la religion, rien d’autre. Dans les autres domaines, ils pensent que tout le monde, absolument tout le monde, peut se tromper et qu’il faut toujours faire attention et ne jamais croire quelqu’un seulement sur parole. C’est ça qui pose problème chez les égarés, qui rejettent les signes d’Allâh. Est-ce que c’est clair pour vous ? – Oui, très clair. Mais justement, Jaddi, les jeunes avec qui j’ai parlé toute à l’heure à la mosquée, ils n’ont pas tous ces problèmes. Ils sont musulmans, ils croient. – Je suis d’accord avec toi. Mais ils sont égarés sur la question des intérêts puisqu’ils rejettent une interdiction divine. Et les savants disent que, s’ils n’ont aucune raison qui puisse excuser cette grave erreur, ils ne sont plus musulmans. Il faut leur expliquer où ils se trompent et les

161 prévenir des dangers de leur position. Il faut qu’ils reviennent à la vérité. – Oui, mais leur problème est bien différent de celui des égarés, non ? – Non, c’est exactement le même problème. – Comment ça, Jaddi ? – Leur raison n’est pas saine. Elle est faible. Elle est malade. Eux aussi ont des problèmes avec les preuves et les arguments. Ils ne sont pas capables de repérer les vraies preuves et ils acceptent les fausses. Et vous verrez, ils ne font ça que dans le domaine religieux. – Mais c’est quand même différent, j’en suis sûr. – Oui, c’est vrai. Les égarés dont j’ai parlé juste avant n’acceptent jamais de se baser sur leurs raisonnements et leur réflexion dans le domaine religieux, même quand c’est nécessaire. C’est pour cela qu’ils restent égarés. Au contraire, les gens comme ces jeunes ne font confiance qu’à leur raisonnement et à leur réflexion dans tous les cas. Leur raisonnement est la seule preuve qu’ils acceptent : c’est lui qui va leur dire ce qui est vrai et ce qui est faux. Et c’est un fonctionnement qui les égare, eux aussi. – Si je comprends bien, les uns ont un problème parce qu’ils ne raisonnent pas assez et eux ont un problème parce qu’ils raisonnent trop ? – C’est à peu près cela, oui. – Donc ça veut dire que, normalement, pour éviter les problèmes, il faudrait raisonner dans certains cas et ne pas raisonner dans les autres ? – Tu as compris. – Mais comment peut-on savoir ce qu’il faut faire, alors ? – C’est ta raison qui te le dira, si elle est forte et saine. Sur certains sujets, et seulement sous certaines conditions, le raisonnement apporte des preuves et des connaissances sûres. Sur d’autres, jamais. Tes jeunes, Hasan, ont fait au moins trois erreurs graves. Et ce sont des erreurs qu’ils ne font sans doute jamais en dehors de la religion. Première erreur : ils ont raisonné alors qu’il leur manque des connaissances. Ils n’ont pas cerné à fond la question. Ils ont donc fait un raisonnement faux parce qu’ils ont basé leur raisonnement sur un seul fait : l’islam permet le commerce. Et à partir de là, ils ont monté une théorie stupide. Une seule information – une information vraie – pour réfléchir sur le licite et l’illicite ! Et leur raison ne leur a pas mis la puce à l’oreille sur le fait qu’il pourrait exister d’autres informations, dans le Coran et dans la pratique du Prophète, sur le commerce et sur les intérêts. Ce qui nous prouve également qu’ils manquent cruellement de connaissances, c’est qu’ils ne parlent que de celui qui réclame les intérêts, et pas de celui qui les paie. Ils ont de graves lacunes. Il est impossible de bâtir un raisonnement correct sans connaître la définition des intérêts et du commerce dans l’islam. Un compagnon, qu’Allâh soit satisfait de lui, a fait une erreur de ce genre. Ce compagnon c’est ‘Adiyy. Avant d’être musulman, il avait été chrétien. Quand il a rencontré le prophète pour la première fois, il portait autour du cou une grosse croix en

162 argent. Qui me raconte la suite ? Safia ? – Je vais essayer. Je crois que le Prophète, sallallâhu ‘alayhi wa sallam, a lu le verset 31 de la sourate 9, At-Tawbah, Le Repentir, dans lequel Allâh dit que les juifs et les chrétiens ont vénéré leurs rabbins et leurs prêtres comme des seigneurs à la place d’Allâh. Mais pour ‘Adiyy, qui connaissait bien le christianisme, les chrétiens n’adoraient pas leurs prêtres. Et c’est ce qu’il a dit. Alors le Prophète lui a expliqué que les chrétiens adoraient bel et bien leurs prêtres car ils leur obéissaient même quand ceux-ci leur interdisaient des choses licites et leur permettaient des choses illicites. C’est en ce sens qu’ils les prenaient pour des dieux. – Mâ châ Allâh. Bravo ! Vous avez compris que l’erreur de ‘Adiyy a été de raisonner sur le sens de ce verset en fonction de ses connaissances. En fonction de ce que lui-même appelait « adoration ». Il aurait pu se dire que le Coran se trompait, ou inventer une explication qui colle mieux avec sa compréhension, mais il a demandé au Prophète, qui lui donc a appris le vrai sens de ce mot. Les jeunes de la mosquée raisonnent à partir de ce que eux-mêmes appellent commerce et intérêts. Ils ne sont pas allés chercher le sens que ces mots ont en islam. Ils n’ont pas recherché toutes les connaissances qu’il pouvait y avoir sur le sujet. Et pourtant, ils ne font pas ces erreurs dans la vie de tous les jours. Ils envisagent toujours la possibilité qu’ils ignorent une information qui pourrait annuler leur raisonnement. Un exemple. Dans ma vie, j’ai rencontré trois oies seulement. À chaque fois, c’était une oie blanche. Si je leur dis : « J’en conclus que toutes les oies du monde sont blanches », que pensez-vous qu’ils vont me dire ? – Ils vont te dire que tu ne peux pas conclure cela, parce que tu n’as pas rencontré assez d’oies et que même s’il n’existe qu’une seule oie noire dans le monde alors ta conclusion est nulle. – C’est cela. Et tu ne les verras jamais parler de chirurgie des artères coronaires, ou de la vidange des moteurs d’avions à réaction. Pourquoi ? Parce qu’ils reconnaissent qu’ils n’ont pas assez de connaissances pour en parler, ou même pour simplement réfléchir à ces sujets. Mais pour la religion, cela ne leur pose aucun problème ! Vous comprenez ? – Oui, la première erreur, c’est de parler de religion et de raisonner sans avoir toutes les connaissances nécessaires. Et c’est la même chose, j’imagine, quand on prend en compte un verset unique, ou un hadith unique, pour déduire une règle, non ? Comme ceux qui disent que celui qui ne pratique pas du tout l’islam reste musulman en se basant uniquement sur le hadith qui dit que celui qui croit va au Paradis. – Tout à fait. Bien vu. Et c’est aussi le cas des gens qui se basent sur des versets et des hadith sans leur explication. Bon. La deuxième erreur, C’est qu’ils vont trop loin dans leur raisonnement. Quand on fait une déduction, on part d’une information connue et on tire une

163 conclusion à partir de cette information. Si on va plus loin que ce que nous apprend l’information de départ, ce n’est plus une déduction. C’est une invention. Les jeunes dont nous a parlé Hasan partent d’une information – les intérêts sont interdits et le commerce est permis – et font la déduction que, comme selon eux le commerce c’est comme les intérêts, l’interdiction des intérêts ne concerne que les taux très élevés. Comment peut-on arriver à cette conclusion-là ? C’est impossible. Et on n’en a pas le droit. Ils sont allés bien trop loin. Le bon sens interdit normalement de faire cela. C’est comme ceux qui déduisent, à partir de l’information qu’Allâh à deux mains, que les mains de Dieu sont comme celles des hommes. D’autres poussent le raisonnement encore plus loin, en disant que comme Allâh ne peut avoir des mains d’hommes, alors c’est que l’information de départ « Allâh a des mains », ne veut rien dire, ou bien signifie « Allah est Généreux ». Voilà comment en poussant trop loin le raisonnement, au-delà de ce qui est permis, on en arrive à nier une information contenue dans le Coran. –Et j’imagine que dans la vie de tous les jours, ils ne font pas ça, hein ? – Tu as compris. En effet, dans la vie de tous les jours, le bon sens et la raison reviennent. S’ils rentrent chez eux un jour de pluie et qu’ils voient deux traces de pas devant chez eux, ils vont conclure que quelqu’un est venu. Mais si tu leur dis : « Moi, j’en déduis que c’était une femme, blanche, sans voile, environ 40 ans, avec un bébé dans les bras, qui venait de Lyon, en train, puis en taxi, mais qui s’est trompée d’adresse car la famille qu’elle cherche habite dans une autre ville… », ils vont te prendre pour un fou. – Oui, même Sherlock Holmes, le commissaire Maigret, Hercule Poirot et l’inspecteur Tahar réunis ne seraient pas capables de faire ce genre de déduction ! Et la troisième raison ? – La troisième raison, c’est la plus importante et la plus grave. Ça concerne la manière de réfléchir dans les affaires religieuses. Les jeunes t’ont dit que l’islam nous demandait de réfléchir. – Oui, mais ça, c’est vrai ! – C’est vrai. Il y a quantité de versets qui nous le demande. Mais pour celui qui a une raison saine, réfléchir est un moyen d’atteindre un but. Ce n’est pas le but en soi. On ne réfléchit pas pour réfléchir, ou pour se persuader qu’on est intelligent. L’intelligent du point de vue de la religion n’est pas celui qui réfléchit à tout. Alors, quel est le but qu’un croyant sain cherche à atteindre par la réflexion ? – Il cherche à croire ? – Tout juste. Réfléchir et raisonner, cela sert à se persuader que l’islam est la vérité. Comme quand tu vas chez le médecin, tu as besoin de preuves pour savoir que tu peux lui faire confiance et le suivre. S’il te montre ses diplômes, tu vas savoir que tu peux y aller les yeux fermés. Ce n’est qu’en réfléchissant que tu vas pouvoir comprendre qu’Allâh et son prophète disent la vérité et que tu dois absolument obéir. Seulement, Allâh ne nous demande pas

164 uniquement de réfléchir. Il nous demande d’abord de croire. Et Il nous donne des preuves que l’islam est la vérité et que la seule solution pour nous est de l’adopter. Ces preuves sont un peu partout : dans la nature, dans l’être humain, dans la personnalité et la vie du Prophète, et dans la Révélation. Qui peut définir ce que j’entends par Révélation ? – Moi. C’est la parole d’Allâh, le Coran, et la sunnah du Prophète. La sunnah, c’est la mise en pratique du Prophète et ses paroles. – Très bien. Donc l’homme doit réfléchir à ces preuves qui l’entourent de toutes parts. Et tout ce qui permet de convaincre l’homme que l’islam est la voie à suivre est accessible au raisonnement. Par contre, une fois convaincu, l’homme doit adopter les croyances et les pratiques islamiques, qui, elles, ne se trouvent que dans le Révélation. – Comment ça, Jaddi ? Dans cette discussion à propos de la manière de réfléchir sur les sujets religieux, nous en sommes au moment où j’explique à mes petits-enfants que l’homme a tout intérêt à réfléchir aux preuves de l’authenticité de l’islam, mais que, une fois convaincu, il doit accepter les croyances et la pratique islamiques, mentionnées dans la parole d’Allâh et celle de Son prophète, dans leur intégralité. Et là, ils me demandent un peu plus de détails. * – Pour l’être humain, il faut absolument arriver à croire. C’est un enjeu capital. Croire, c’est quoi ? C’est reconnaître qu’Allâh existe et qu’Il dit la vérité, par l’intermédiaire de Son prophète. Or, ce qu’Allâh apprend aux hommes concerne essentiellement deux choses : ce en quoi ils doivent croire et ce qu’ils doivent faire. Autrement dit, une fois qu’on a reconnu que ce qui vient d’Allâh est la stricte vérité, il reste à apprendre et à accepter les croyances et la pratique islamiques. Et la description des croyances et de la pratique peut se faire, en théorie, à 3 niveaux. – Ouh la la ! Ça commence à devenir difficile pour moi ! – Ne t’inquiète pas, Zeynab, c’est très simple. Et pour que vous compreniez bien, comparons l’homme qui recherche la vérité à une personne qui est malade et doit aller chez le médecin pour un problème grave. – Bon. Je vais essayer de me concentrer. Avec l’aide d’Allâh, ça ira. – Donc, mes enfants, je disais que les connaissances religieuses sont à dans 3 niveaux. Au niveau 1, nous avons les éléments mentionnés par la Révélation, mais que l’on peut aussi connaître par soi-même, comme le fait qu’Allâh existe et qu’Il est le Très-Haut, ou le fait que le meurtre est une chose abominable. Au niveau 2, il y a les choses mentionnées par la Révélation, mais qu’on ne peut pas connaître par soi-même, comme le fait qu’Allâh est audessus du Trône ou bien les détails de la règle juridique islamique pour punir le meurtrier. Et enfin au niveau 3, nous avons les choses qui ne sont pas mentionnées dans la Révélation,

165 comme la manière dont Allâh est établi au-dessus de Son trône ou les raisons pour lesquelles les règles de punition du meurtrier sont celles-là et pas d’autres. Et la raison, quand elle est saine, dit que la réflexion et le raisonnement ne peuvent servir que pour le niveau 1. C’est vraiment du bon sens. - Pourquoi ça, Jaddi ? - Pourquoi ? Et bien, parce que c’est le seul niveau pour lequel on peut chercher et trouver des preuves en dehors de la Révélation, comme dans la création. Et ce niveau est indispensable car c’est le niveau par lequel on peut convaincre celui qui ne croit pas. Vous comprenez bien que pour convaincre un mécréant que Dieu existe, ça ne sert à rien de lui réciter des versets ou de lui donner des hadith. Non, il faut sortir de la Révélation pour le convaincre. En lui parlant de la Création, de la personne du Prophète, sallallâhu ‘alayhi wa sallam, du bien et du mal, et des choses comme ça. – Est-ce que tu peux nous expliquer ça un peu mieux, Jaddi ? – Oui. Comme promis. Prenons l’exemple du médecin que vous devez aller voir pour un problème grave. Vous devez lui faire confiance avant de mettre votre vie entre ses mains, comme on dit. Et qu’est-ce qui va vous mettre en confiance ? Par exemple, la plaque qu’il a fait poser à côté de sa porte, et qui stipule qu’il possède tous les diplômes qu’il faut. Ce n’est pas un charlatan. Sans même vous rendre compte que vous réfléchissez, en quelques secondes, vous vous dites que ces diplômes prouvent qu’il a étudié et qu’il sait de quoi il parle. Il a tout ce qu’il faut pour être en mesure de vous soigner. Votre bon sens accepte cet argument. On est au niveau 1. Avec la plaque et les diplômes, vous arrivez à la conclusion qu’il est docteur. Mais s’il vous avait seulement dit qu’il était médecin, sans rien vous montrer, vous ne l’auriez peut-être pas cru. C’est la même chose avec la Révélation : au niveau 1, vous pouvez réfléchir à ce que vous voyez dans la création, et dans la personnalité et les miracles du Prophète pour avoir des preuves que la Révélation dit vrai. Mais maintenant, regardez bien. Quand le médecin vous soigne, et puisque vous lui faites confiance, vous allez accepter ce qu’il vous dit : quelle maladie vous avez et quel traitement vous devez avaler. Et cela, même si vous ne comprenez pas ce qu’il dit et que vous n’avez aucun moyen de vérifier que ce qu’il dit est vrai, même en y réfléchissant pendant des heures. On est là au niveau 2. Quant au niveau 3, il y a des tas de choses que le médecin sait mais qu’il ne vous explique pas ; il ne vous parle même pas car vous ne pourriez pas les comprendre, et que ça n’a pas d’intérêt pour vous à ce moment-là. Par exemple, des informations sur le fonctionnement chimique, électrique et mécanique de votre corps, l’effet des médicaments sur les récepteurs ou sur les neurotransmetteurs ou sur la production des enzymes… Encore pire ! Vous n’avez absolument aucune idée de ce qu’il vous cache. C’est plus clair ? – Oui, Jaddi, j’ai compris. Il y a des choses qu’on peut comprendre par nous-mêmes et des choses qu’on ne peut pas deviner. Ce qui fait que le raisonnement ne sert à rien dans

166 beaucoup de cas. Mais de toute façon, on n’a pas besoin de les comprendre pour croire et pratiquer, c’est bien ça ? – Oui ! Très bien. Et ce que vous devez garder à l’esprit, c’est que si vous ne cherchez pas à comprendre pour les niveaux 2 et 3, c’est justement parce que vous avez réfléchi au niveau 1. C’est parce que vous avez la certitude qu’il est bien médecin que vous lui faites entièrement confiance. Avez-vous remarqué une chose sur la différence entre le niveau 1 et les deux autres niveaux ? – Heu…les niveaux 2 et 3 concernent les détails ? – C’est ça, Hasan. Et le niveau 1 ? – Il concerne des connaissances très générales. – En effet. Le niveau 1, c’est-à-dire le seul niveau accessible à l’être humain, apporte des informations concernant la croyance et la pratique qui sont très générales : Allâh est le seul Dieu, le seul Créateur ; je dois faire ce qu’Il veut de moi, je rendrai des comptes après la vie d’ici-bas ; Muhammad est l’envoyé d’Allâh, il transmet ce qu’Allâh attend de moi. Au niveau 2, on a accès à quelques détails sur ce qui est et sur ce qui se passe, ainsi que sur ce que je dois faire : Allâh entend, Il voit, Il parle, Il a deux mains ; je dois prier d’une certaine manière ; au Paradis, il y aura du lait, de l’eau, du vin et du miel ; Muhammad reçoit la Révélation par l’intermédiaire de l’Ange Jibrîl. Ce qu’on ne sait pas, au niveau 3, ce sont les détails concernant par exemple comment sont les attributs d’Allâh et pourquoi les choses sont ainsi : comment sont les mains d’Allâh, pourquoi faire cinq prières et pas dix ou une seule, quel goût a le lait du Paradis, comment l’Ange fait passer la Révélation au Prophète. Les enfants, comprenez-vous bien la différence entre les trois ? – Oui, ça peut aller. C’est pas facile, cette histoire de niveaux. – C’est vrai. Retiens juste que pour pouvoir raisonner sur le niveau 2 et le niveau 3, il faudrait voir Allâh et comprendre Allâh, comprendre comment Il juge et décide, comprendre ce qu’Il fait et comment Il le fait. Vous voyez combien c’est impossible pour l‘homme, qui n’arrive déjà pas à comprendre les autres êtres humains ni même la fourmi, ou l’abeille, alors imaginez un peu ! À ce propos, Ibn Khaldûn, le célèbre grand penseur et savant d’Afrique du Nord du 14e siècle, connu dans le monde entier, a dit dans les Muqaddimah, l’introduction de son livre d’histoire, que raisonner sur la réalité d’Allâh revient à chercher à peser les montagnes avec une balance qui sert à peser les toutes petites quantités d’or. C’est impossible ! Par contre, au niveau 1, on a seulement besoin de voir le monde qui nous entoure et de connaître l’être humain pour tirer des conclusions. Non seulement c’est possible, mais c’est surtout à la portée de tout le monde. – Ah ! Voilà, Jaddi ! Si tu me parles de balance, de montagnes et surtout d’or, je comprends mieux. – Eh oui ! Tout le monde n’a pas les capacités de Ibn Khaldûn pour expliquer clairement les

167 choses aux jeunes filles… Bref. C’est donc pour cela que les savants ont toujours dit que la réflexion et le raisonnement peuvent permettre aux personnes doués de raison de percevoir certaines vérités, et de distinguer entre le vrai et le faux, mais seulement de manière grossière, non détaillée, comme pour quelques attributs d’Allâh ou pour certains domaines du bien et du mal. Mais la Révélation ne doit jamais être loin du raisonnement. – Qu’est-ce que tu veux dire ? – Je veux dire que c’est la Révélation qui convainc en définitive, pas le raisonnement. Je vous explique. Si on s’intéresse aux compagnons du Prophète, qui sont les hommes qui ont la raison la plus saine qui soit, seule une petite partie d’entre eux est arrivée à la conclusion qu’Allâh était unique par leur réflexion, bien avant le début de la révélation. Ceux-là n’ont jamais été idolâtres de leur vie. Les autres, c’est-à-dire la majorité, ont attendu la Révélation et c’est ensuite qu’ils y ont réfléchi. Pourtant, la Révélation s’est bien adressée aux deux groupes. Le premier a vu ses conclusions confirmées par la Révélation, les autres ont confirmé la Révélation par leur raisonnement. L’important pour vous c’est de comprendre que dans les deux cas, le raisonnement a convaincu tous les compagnons que la Révélation était la vérité. Et c’est pour cela que, pour eux, la Révélation est considérée comme la seule preuve nécessaire et suffisante. Seule, ça veut dire qu’il n’existe pas de preuve en dehors d’Elle : on ne peut rien apprendre dans le domaine religieux sans elle. Nécessaire, ça veut dire que tant que la Révélation ne dit rien, on ne peut rien croire et on ne doit rien faire. Suffisante, ça veut dire que quand la Révélation dit quelque chose, on n’a besoin de rien d’autre pour croire et agir. Pour les compagnons, la réflexion dans le domaine religieux n’a donc aucun intérêt si elle n’est pas confirmée par le Coran ou la Sunnah. Pour illustrer cela, les savants expliquent que beaucoup de compagnons étaient arrivés, seuls, à la conclusion que l’alcool comportait plus de mal que de bien et ils n’en buvaient jamais. Pourtant, c’est seulement quand la Révélation a confirmé leur conclusion que la consommation d’alcool est devenu illicite. Pas avant. Et aucun compagnon n’a considéré l’alcool comme une chose interdite avant la Révélation. Le péché ne vient que quand il y a interdiction divine, et l’interdiction ne vient que dans la Révélation. Voilà comment se comportaient les compagnons, ainsi que tous les savants qui les ont suivis à la trace. Voilà comment nous, de modestes croyants, qui ne sommes ni compagnons ni savants, nous devons nous comporter : au niveau 1, on réfléchit mais sans accorder plus d’importance que la réflexion n’en a dans le domaine religieux ; au niveau deux, on croit dans ce qui est dit par Allâh et par Son messager, on applique ce qu’Allâh nous demande comme Il nous le demande ; au niveau 3, on ne sait pas et on ne cherche pas. – Donc, en gros, Jaddi, tu es en train de nous dire que les compagnons, qu’Allâh soient satisfait d’eux tous, ne raisonnaient pas sur n’importe quoi et ne se fiaient pas à leurs conclusions, même au niveau 1 ?

168 – Oui, c’est cela. – Mais pourquoi réfléchir alors ? Nous voilà presque arrivés à la fin de cette discussion sur la place de la réflexion et du raisonnement. Je viens de dire que le musulman n’avait pas le droit de raisonner dans le domaine religieux, sauf dans certains domaines. Et que même dans ces quelques domaines, il ne doit pas toujours faire confiance à son raisonnement. Les enfants sont surpris. Pour eux, cela signifie que réfléchir ne sert à rien en islam. Et c’est une erreur de penser une telle chose. – Mes enfants, je sais que certaines personnes critiquent les musulmans et prétendent qu’ils obéissent à Allâh sans réfléchir, et sans comprendre. Tout cela parce que les musulmans sains ne veulent pas entrer dans la discussion au sujet de détails qu’ils ne peuvent pas comprendre. Mais la réalité est tout autre. Une fois qu’ils étaient convaincus de l’authenticité de l’islam, les compagnons réfléchissaient toujours. Encore plus, même. Mais pas pour découvrir ce qu’ils devaient croire ou ce qu’ils devaient pratiquer. Non. Ils réfléchissaient et méditaient pour savoir comment croire le plus profondément et le plus sincèrement possible, et pour pratiquer le mieux possible. À rien d’autre qu’à cela. Vous voyez, par exemple, dès qu’ils ont appris qu’Allâh est le Hakîm, c’est-à-dire « Celui qui possède la seule vraie sagesse », ils ont commencé à méditer sur le monde. Non pas pour découvrir que le monde a un Créateur. Non, ça, ils le savaient déjà. Mais pour trouver des signes de la grande Sagesse d’Allâh et croire avec encore plus de force. Ils pensaient à Allâh à chaque moment, et réfléchissaient à tout ce qu’Il a créé pour conclure, comme le dit la fin du verset 191 de la sourate 3, Âlu ‘Imrâne, La Famille de ‘Imrâne : Ô ! Notre Maître ! Tu n’as pas créé tout cela sans avoir un but plein de sagesse ou par amusement. Tu es Parfait, sans aucun défaut, aucune faille. Vous voyez, c'est comme l’histoire qu’Allâh nous raconte dans la sourate 2, Al-Baqarah, La Vache, au verset 260, à propos du Prophète Ibrâhîm, ‘alayhissalâm, qui voulait qu’Allâh lui montre comment Il fait revivre les morts uniquement pour augmenter la force de sa foi. Ibrâhîm n’a pas cherché à se convaincre qu’Allâh fait revivre les morts. Non. Ça, il en était sûr. Mais plus tu as de preuves pour une chose, et plus la foi se renforce, surtout quand on a des preuves visuelles. Alors, pour les compagnons, c’est pareil : ils croyaient sincèrement dans la Sagesse d’Allâh. Ils cherchaient dans le monde les effets de cette sagesse, car pour une raison saine, observer la création permet de connaître le Créateur. Et c’est dans cette même optique qu’ils réfléchissaient à la parole d’Allâh, à son organisation, à son langage, à ses ordres, ses interdictions, à ses histoires, ainsi qu’à la personnalité, à l’histoire, aux miracles, aux actes et aux paroles de leur Prophète. Passons à la pratique religieuse maintenant. Par exemple, dès que les compagnons avaient appris qu’Allâh leur ordonnait la justice, et qu’ils avaient compris ce que l’islam appelle « justice », ils réfléchissaient sur la manière d’être islamiquement juste, à chaque seconde de leur vie. Mais

169 leur réflexion ne dépassait pas la limite. Ils ne s’interrogeaient jamais sur le comment ni sur le pourquoi. Allâh est Sage comme Il le veut et Sa sagesse n’a rien à voir avec la sagesse des hommes. Les compagnons ne cherchaient pas comment est Sa sagesse à Lui. De plus, Allâh ordonne ce qu’Il veut, quand Il veut, à qui Il veut. Ils cherchaient à apprendre, auprès du Prophète seulement, comment pratiquer, mais jamais à savoir pourquoi Il ordonne ou interdit une chose. – Ils ne cherchaient jamais le pourquoi ? Mais pourtant les savants qui travaillent sur la loi islamique recherchent toujours pourquoi les choses sont interdites ou obligatoires, non ? C’est comme cela qu’ils peuvent déduire l’interdiction d’une chose nouvelle par comparaison avec une chose déjà interdite. Et même dans le Coran, Allâh nous parle des raisons de certains ordres ou certaines interdictions. Pour l’interdiction du porc par exemple, Allâh nous dit dans le verset 145 de la sourate 6, Al-An’âm, Le Bétail, que le porc est une impureté. Rijs en arabe. Donc on a bien la cause, on sait pourquoi c’est interdit ! – Tout cela est vrai, Safia. Mais ça ne change rien. D’abord pour la plus grande partie de la pratique islamique, on ne connaît pas la raison. Regardez juste la manière de prier, les horaires de prière… Et pourtant, on obéit, tout autant que quand on connaît la raison. Quand je dis qu’ils ne posaient pas la question du pourquoi, je veux dire, pour reprendre ton exemple, qu’ils croyaient qu’Allâh a Lui seul a le droit de le leur interdire, et qu’Il a Lui seul le droit de décider de la raison de cette interdiction. Donc ils ne demandent pas pourquoi le porc est interdit, ni pourquoi le porc est une impureté et pas les autres animaux, ni pourquoi les impuretés sont interdites aux hommes. Aucun savant n’a décidé que le porc est un rijs, aucun savant n’a essayé de démontrer que le porc n’est pas un rijs. Aucun savant n’a cherché une solution pour que le porc ne soit plus un rijs. Car il leur suffit comme preuve qu’Allah l’ait interdit pour cette raison. Alors ils ont regardé comment le Prophète avait mis en pratique cette interdiction et ils l’ont imité. Point. – Une dernière question, Jaddi. Tu as dit que les croyants ne doivent pas chercher le pourquoi Allâh a ordonné ou interdit une chose, ni comment est Allâh. Mais tant qu’on croit et qu’on pratique correctement ce qui est ordonné et qu’on évite ce qui est interdit, où est le mal exactement ? – Tu n’as pas encore vraiment compris les problèmes que pose la réflexion sur des choses qu’on ne perçoit pas. Imagine que tu rentres chez toi et que tu voies deux traces de pas devant ta maison. Tu vas en déduire que quelqu’un est passé. Et tu auras raison. Mais si tu veux pousser plus loin le raisonnement, en cherchant par exemple qui est venu ou pourquoi on est passé chez toi, tu ne pourras pas arriver à une conclusion sûre. Si tu déduis que c’est ton voisin qui a dû passé, par exemple, comme il le fait régulièrement, et qu’il avait justement besoin de ta tondeuse, ça pourrait être vrai comme ça pourrait être faux. Un esprit sain n’accepterait jamais ce raisonnement car il ne permet d’acquérir aucune connaissance. Le

170 problème, c’est que les gens ne voient pas combien ces raisonnements douteux sont graves, parce qu’en général ils les font sans y penser et dans des situations où ils ne risquent rien du tout. Mais imagine que tu doives témoigner au tribunal que ton voisin est bien passé chez toi cet après-midi. Là, tu ne vas plus pouvoir faire confiance à ce raisonnement. Tu ne vas pas prendre le risque de mentir au tribunal ! Pour l’instant tu ne vois pas le mal dans le domaine religieux parce que tu ne connais pas le risque. Et le risque, c’est l’enfer. Regarde comme le raisonnement n’est pas sûr pour des choses simples, banales, que tu connais, que tu vois, et que tu comprends. Tu aperçois deux simples traces de pas et que peux-tu en faire ? Absolument rien. Et tu le sais, très clairement, que tu ne peux rien en faire. Comment, dans ces conditions, peux-tu espérer découvrir des choses sur Allâh qu’Il ne t’a pas dites. Le bon sens te dit qu’Allâh n’est pas comme Ses créatures. Le raisonnement d’une créature ne peut pas L’atteindre : il sera forcément faux. Donc le bon sens te dit que parler d’Allâh sans savoir est une mauvaise chose. Mais mauvaise à quel point ? Là encore c’est la Révélation qui te l’apprend. Plus exactement, le verset 33 de la sourate 7, Al-A’râf, Les Limbes, dans lequel Allâh nous interdit 4 choses : Ô Muhammad, dis aux idôlatres : « Allâh a seulement interdit les actes abjects et laids, qu’ils soient faits devant les gens ou en cachette, les actes de désobéissance, surtout de faire du tort aux autres sans raison, ainsi que le fait d’associer à Allâh ce qui n’a reçu aucune permission de Sa part pour cela, et le fait de dire au sujet d’Allâh ce que vous ne savez pas. » Voilà, les enfants. Entre parenthèses, les savants disent que « …et le fait de dire au sujet d’Allâh ce que vous ne savez pas » signifie qu’il est interdit de parler d’Allâh Lui-même ou de ce qu’Il dit sans savoir. L’énorme savant de Damas, Ibn Qayyim Al-Jawziyyah, qui a vécu au 14e siècle, a analysé ce verset. Il dit que ces 4 interdictions sont les plus graves qui soient : elles sont impardonnables dans tous les cas. Il dit aussi qu’elles sont rangées de la moins grave à la pire. Résultat : la chose la plus grave qui soit, c’est bien de parler d’Allâh sans savoir. Et ça comprend plusieurs choses, je vous en donne quelques-unes : mentir sur Lui, nier ce qu’Il a affirmé, affirmer ce qu’Il a nié, rendre vrai ce qu’Il a rendu faux et inversement, et Le décrire par ce qu’Il n’a jamais dit ou par ce qui ne Lui convient pas, que ce soit une description de Lui, de Ses attributs, de Ses paroles ou de Ses actes. Bref, voilà ce que vous risquez à raisonner là où il ne le faut pas. – Tu dis que c’est un péché plus grave que de donner des associés à Allâh ? – Ibn Al-Qayyim le dit ! Et il l’explique. Ce péché est à l’origine de l’idolâtrie, de la mécréance, des inventions dans la religion… bref, de toutes les déviances religieuses. Et c’est évident. Celui qui a une raison saine reconnaît l’autorité d’Allâh et l’autorité de Son prophète. La preuve, c’est ce qu’Allâh dit et ce que Son prophète explique et met en pratique. Le croyant sain écoute et il obéit. Il ne peut pas dévier. Mais la raison, quand elle est faible et malsaine,

171 laisse la porte ouverte à la passion, aux sentiments et au vent. Le système qui sert à repérer et à accepter les preuves est mort. Et la passion des gens ne les amène jamais à la vérité. Mais à la mécréance, sous toutes ses formes, et à l’innovation. Et c’est dans ces malheurs que les jeunes dont nous a parlé Hasan sont tombés. – Ah ! Je vais enfin avoir ma réponse ! – Ah ! L’être humain, alors ! Je vous ai appris des choses extrêmement importantes, et tout ce qui t’intéresse c’est d’avoir une réponse à leur donner ? Eh bien, tu leur diras que tout leur problème vient du fait que leur raison est faible et qu’ils n’arrivent pas à reconnaître la Révélation comme seule preuve possible. Comme ils pensent qu’être intelligent c’est réfléchir sur tout, ils ont rejeté l’autorité d’Allâh et l’ont remplacée par leur propre réflexion et leur propre raisonnement. En faisant ça, ils n’ont pas reconnu que c’est Lui Seul qui décide quoi ordonner et quoi interdire, que Lui seul sait pourquoi, et que seul Son prophète a les connaissances pour interpréter Ses paroles et nous expliquer comment Lui obéir. Et que nous n’avons besoin de personne d’autre que le Prophète pour cela. La réponse, Hasan, est donc très simple : pour savoir de quelle manière les intérêts sont interdits, revenons à Allâh et à Son prophète. Qu’ils regardent comment le Prophète a pratiqué et expliqué l’interdiction des intérêts, et ils verront qu’il n’a jamais fait de séparation entre les intérêts à taux faibles et les intérêts à taux élevés, et qu’il n’a jamais considéré que le commerce et les intérêts étaient le même type de transaction. Ni lui, ni ses compagnons, ni les savants qui les ont suivis. Les jeunes de la mosquée ont donc parlé sur Allâh et Son prophète sans connaissance et sans preuve, ils ont juste donné leur avis, et ils ont menti. Et s’ils ne sont pas satisfaits avec cela, dis-leur que les mécréants de La Mecque avaient exactement le même avis qu’eux sur la question. Eux aussi ont prétendu sans science et sans jugement que les intérêts et le commerce, c’était la même chose. Mais Allâh leur fait comprendre que leur raison est bien malsaine, dans le verset 275 de la sourate 2, Al-Baqarah, La Vache, puisqu’ils considèrent leur raisonnement, c’est une bonne une preuve pour comprendre les ordres et les interdictions divins. Or, la vraie preuve, la seule preuve, c’est la Révélation. Et la Révélation nous apprend qu’Allâh a permis le commerce et qu’Il a interdit les intérêts. Voilà l’argument qui prouve définitivement qu’il y a une différence entre les deux. Puis Allâh a ajouté que l’interdiction des intérêts et l’autorisation de la vente sont des choses qui ne concernent que Lui. Et personne d’autre. Nous n’avons plus qu’à obéir, et ceux qui refusent entreront en enfer. Selon les savants, il se peut même, que c’est le simple fait de dire que « la vente et les intérêts sont une seule et même chose » qui vaut l’enfer. – Lâ hawlâ wa lâ quwwata illâ billâh ! Qu’Allâh nous en protège. – Âmine. – Ils n’ont aucune excuse, alors ? – Je ne sais pas, Hasan. Je ne les connais pas. Mais il faut les prévenir des dangers du chemin

172 qu’ils ont pris. Le problème, voyez-vous, c’est que leur raison fonctionne très bien dans la vie de tous les jours. En général, ils acceptent ce que leur dit l’autorité sans le remettre en question. Dès qu’ils voient les diplômes du médecin, ils le suivent les yeux fermés. Pourquoi ne font-il pas de même avec Allâh et Son prophète, alors que, d’après ce qu’ils disent, ils sont convaincus et ils croient ? Quand ils ont une question à résoudre dans leur vie de tous les jours, ou dans leurs études, ils vont chercher la réponse auprès de spécialistes ou d’experts. Aussi, pourquoi ne vont-ils pas chercher les réponses auprès des savants de l’islam ? Quand ils veulent avoir des informations sur un événement qui s’est passé, ils ne font confiance qu’à ceux qui en ont été témoins. Pourquoi ne cherchent-ils pas à savoir comment les compagnons, qui ont vu le Prophète, se sont comportés dans leur recherche de la vérité. Allâh leur a donné une raison, qui fonctionne, comme on l’a vu. Cette raison leur permet de reconnaître la vérité et de la suivre. Comment expliquer qu’ils l’abandonnent uniquement dans le domaine religieux ? Je vous pose la question. Comment en sont-ils arrivés à se passer des paroles d’Allâh, de Son messager, des compagnons et des grands savants ? – Par orgueil, peut-être ? – Oui, hélas, c’est le fléau de l’humanité. C’est l’orgueil qui empêche l‘homme de suivre la voie droite alors qu’il sait que c’est la bonne, qui lui fait croire qu’il est assez intelligent pour s’en sortir seul. C’est l’orgueil, encore, qui prend la place de la raison quand celle-ci est faible. Et vous, mes enfants, faites très attention à l’orgueil, parce qu’on ne la voit pas arriver. Placez votre confiance en Allâh. Et répétez sans arrêt : lâ hawla wa lâ qouwwata illâ billâh. Parce qu’il n’y a pas d’autre moyen de comprendre les choses avec clairvoyance, d’agir avec finesse et d’être fort que grâce à Allâh, jamais grâce à soi-même. Ne donnez pas votre avis sur les affaires de la religion : vous ne devez même pas avoir un avis à vous. Oubliez à jamais les ‘ je pense que ’, les ‘ à mon avis’ ! Ne faites rien, ne dites rien, ne prenez aucune décision sans chercher d’abord la décision d’Allâh. Et la décision d’Allâh se trouve dans le Coran, c’est vrai, mais on ne peut la comprendre sans les explications du Prophète et la mise en pratique de ses compagnons. Alors cherchez la science auprès des savants qui reviennent à Allâh, Son prophète et les compagnons. Ne placez jamais votre confiance dans votre intelligence seulement. Des gens plus intelligents que vous sont en enfer. Regardez la sourate 74, AlMuddaththir, Celui qui est enveloppé dans son manteau, les versets 11 à 30. Soyez toujours conscients que vous êtes de toutes petites choses par rapport à votre Créateur. Et même par rapport à votre Prophète et ses compagnons. Réfléchissez dans certains cas et ne réfléchissez pas dans d’autres. L’intelligence, c’est justement de savoir dans quels cas votre réflexion peut vous apporter un plus. Et ne posez pas de questions sur tout et n’importe quoi. L’islam n’est pas une matière de culture générale. Ne donnez votre temps que pour les questions qui vous aideront à croire plus sincèrement et à pratiquer plus fermement. Voilà comment garder d’abord une raison saine, ce précieux cadeau qu’Allâh nous a donné pour repérer la vérité, et

173 ensuite pour rester humble, qui est la condition pour accepter de suivre la vérité. Et invoquez Allâh de vous préserver en disant par exemple : Allâhumma arina-l-haqqa haqqan warzuqna-t-tibâ'ahû wa arina-l-bâtila bâtilan warzuqna-jtinâbah. Ô Allâh ! Fais que quand nous voyons la vérité nous considérions qu’elle est bien la vérité et fais que nous la suivions ; et fais que quand nous voyons le faux nous le considérions vraiment comme le faux, et fais que nous nous en écartions. – Bârakallâhu fîk pour la réponse à mon problème, Jaddi,… et bien sûr pour tout le reste. Et je suivrai tes conseils, in châ Allâh. – Wa fîka bârakallâh, mon fils. Il faut suivre ces conseils, les transmettre aux gens et les enseigner à vos enfants dès le plus jeune âge, quand vous en aurez. L’humilité s’apprend au berceau. J’espère que tu as bien compris que le problème est grave, plus grave que ce que tu imaginais au départ. – Oui, oui ! C’est bon ! J’ai tout compris. Je pourrais même répéter chaque mot, avec l’aide d’Allâh. – Tant mieux. Je me demandais justement quand tu serais prêt à prononcer le sermon du vendredi à la mosquée !

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Vérité et Réalité Introduction : principes de base Discussion sur la réalité et sur les façons dont elle est conçue, mise en place et comprise. Ensuite nous discuterons de la différence entre la vérité relative et la Vérité Totale, et exposerons comment cette réalisation peut conduire à l’éveil. D’abord, posons quelques principes fondamentaux. 1. « La réalité se présente en niveaux ou couches. 2. « Il y a toujours un niveau au delà. 3. « Tout ce qui existe a deux faces. 4. « Rien ne peut exister sans son contraire pour l’équilibrer. 5. « Tout est fait d’énergie. 6. « Les deux énergies fondamentales sont l’énergie centrifuge et l’énergie centripète. 7. « Ce qui est en haut est comme ce qui est en bas. 8. « Ce qui est à l’intérieur est comme ce qui est à l’extérieur. 9. « La réalité est relative et finie. 10. « La Vérité est universelle et éternelle. 11. « La réalité est une vérité, avec un petit « v ». 12. « La Vérité, avec un ‘V’ majuscule, est indépendante de toute réalité, elle inclut toutes les réalités. 13. « La réalité est une expérience subjective qui peut être expliquée.

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14. « La Vérité est évidente, n’a besoin d’aucune explication et ne peut être saisie par les mots. »

Où est le monde ? Comme il est dit plus haut, la Vérité Totale est universelle et ne dépend pas de la perception de personne. De l’autre côté, la réalité n’existe que dans le mental de qui la perçoit. « L’expérience de la réalité est toujours subjective car ce n’est que par la perception que vous pouvez connaître quelque chose. Toute expérience de vision, son, toucher, goût, odeur, sentiments, pensées, énergies subtiles, etc. dépend complètement du fait que vous soyez là pour en avoir la perception. Les philosophes et les mystiques ont dit beaucoup de choses sur la nature illusoire du monde. La vérité est que le monde, avec tous ses êtres et tous ses objets, existe. Mais il n’existe pas ‘hors’ de vous comme il en a l’air. « L’illusion portait sur l’existence d’un monde extérieur objectif que vous puissiez connaître et dont vous puissiez faire l’expérience. La vérité est que la seule preuve que vous aurez jamais d’un monde extérieur vous vient par vos sens – et vos perceptions sont à l’intérieur de vous, elles font partie de vous. Même s’il y avait un monde à l’extérieur de vous, vous n’auriez aucun moyen d’en savoir quoi que ce soit hors des perceptions que vous en avez. Il vous faut faire confiance à vos perceptions pour avoir connaissance de quoi que ce soit, et vos perceptions autant que ce qu’elles vous font connaître font partie de vous. « Vous avez fait beaucoup d’expériences qui vous prouvent que ceci est vrai. Vous savez que si dix personnes sont témoins d’un accident, il y aura dix récits différents de Vérité et Réalité

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ce qui s’est passé. Quelques-uns seront très éloignés les uns des autres, d’autres se ressembleront, mais chacun sera unique. Chaque témoin est limité par ses perceptions spécifiques et par ses mémoires, qui sont aussi des perceptions. »

Le monde fait partie de vous « Puisque le monde n’est pas à l’extérieur, comme il semble l’être, mais bien à l’intérieur de vous, votre relation au monde est de toute evidence très différente de ce que vous enseigne votre culture. Vos parents, vos professeurs, vos habitudes de pensée, tout vous dit que vous faites partie du monde. Bien que cela semble vrai, cela repose sur une mauvaise compréhension. « La vérité est que vous êtes bien plus immense que tout ce qu’on vous a dit. La nature même de votre être inclut toute la Création – le monde fait partie de vous. « Pour connaître quoi que ce soit sur quelque chose, il faut que vous le perceviez – et dès que vous percevez quelque chose, cela vous appartient. C’est votre perception et c’est à l’intérieur de vous, le percipient. Percevoir quelque chose, c’est le posséder. « Vous possédez le monde parce que son existence est dans vos perceptions, à cet endroit interne que j’appellerais votre domaine, ou votre ‘point de rendez-vous’. C’est votre spectacle à vous et vous en êtes responsable, que vous en soyez l’acteur ou seulement le spectateur. « Les deux éléments essentiels de la réalité sont le percipient et ses perceptions. Ce sont les perceptions qui appartiennent au percipient, pas l’inverse. Le monde vous appartient parce que c’est vous qui le percevez, et personne d’autre. »

Vous accueillez le monde « Puisque le monde existe à l’intérieur de vous et vous appartient, vous êtes d’une façon essentielle l’hôte ou l’hôtesse du monde.

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C’est vous l’aubergiste qui recevez toutes vos perceptions. Tout ce qui dans le monde apparaît comme êtres, objets, sentiments, pensées et faits sont en réalité des perceptions, qui trouvent place dans l’espace que vous mettez à leur disposition à l’intérieur de vous. S’il y a quelqu’un ou quelque chose dans votre vie, c’est parce que vous l’avez invité dans votre auberge. Si vous sentez qu’une certaine circonstance, une certain personne ou un certain événement n’est pas ce que vous auriez choisi dans votre vie, c’est que vous, l’hôte et le propriétaire du lieu du rendez-vous, vous dormez. « Si cette idée ne vous était jamais venue, alors s’il vous plait ouvrez-vous ici à une plus grande compréhension. Il y a aussi d’autres invités dans votre monde. Vous n’êtes pas seulement l’hôte de toutes vos perceptions courantes mais aussi celui de chaque perception que vous ayez jamais eue, y compris celles que vous avez reniées. Votre mental conscient est une petite bulle flottant à la surface de la vaste partie inconsciente de votre mental, qui contient toutes les perceptions qui sont en ce moment en dehors de votre champ de conscience. » Quand l'hôte dort « Tout comme il existe un apparent monde extérieur contenant d’autres personnes, certaines parties du moi sont en compétition pour parvenir à la conscience et s’exprimer. Vos composantes intérieures sont comme les gens du monde ‘extérieur’ installés dans votre lieu de rendez-vous. Si vous avez conscience d’être un hôte, vous pouvez choisir qui vous invitez chez vous, quand les gens doivent arriver et quand ils doivent partir. « Si vous dormez et n’avez pas conscience de votre rôle d’hôte, les ‘invités’ intérieurs et extérieurs arrivent et s’en vont dans ce qui semble être une succession aléatoire et même chaotique d’événements. Même quand vous pensez que vous avez la situation bien en mains, elle peut bifurquer vers une direction que vous n’aviez pas anticipée. Ce n’est pas parce qu’il y a un monde extérieur objectif que vous ne contrôlez pas. C’est parce que vous dormiez et n’aviez pas conscience de Qui Vous Êtes Vraiment, et de votre rôle en tant qu’hôte de votre propre monde. »

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Quand l'hôte s'éveille « Voilà le coup de théâtre de la pièce qui se joue chez vous, lorsque la victime devient le libérateur. Quand vous vous réveillez et devenez conscient de votre véritable identité et de vos responsabilités en tant qu’hôte du monde, vous regagnez la grandeur, la liberté, le pouvoir et la force l’intention qui étaient vôtres et que vous aviez perdus quand vous vous êtes endormi, il y a bien longtemps. « L’éveil à la libération et à la récupération par l’individu de son pouvoir a été le but véritable de toutes les religions, de tous les arts, de toutes les sciences et philosophies. C’était le message derrière toutes les prophéties. On peut connaître la Vérité. Même si cela dépasse le pouvoir des mots de l’exprimer, vous connaîtrez la Vérité quand vous serez pleinement éveillé.

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