Le Nord du Canal de Mozambique

OPPORTUNITES DE PARTENARIATS STRATEGIQUES POUR UN OCEAN INDIEN OCCIDENTAL PROSPERE
Contexte
Les rives et les eaux côtières de l’Océan Indien Occidental (OIO) sont reconnues mondialement pour leurs richesses biologiques, leurs corridors pour les espèces migratrices, leur beauté naturelle et leurs importantes valeurs écologiques et socio-économiques. Le Canal de Mozambique et la côte Est Africaine constituent l’habitat principal du cœlacanthe, un ‘fossile vivant’ qui illustre la stabilité océanographique à long terme de cette région. La superficie totale des récifs coralliens dans l’OIO est de 11.060 km2 (8% de la superficie mondiale), et celle des mangroves est de 8.897 km2 (soit 1.5% de la superficie mondiale). Les ressources halieutiques abondantes du Canal de Mozambique sont exploitées par les sociétés de pêche nationales mais aussi par les flottes étrangères qui n’ont pas toujours en vue les bénéfices de la région (environs 20% des captures mondiales en thon proviennent du Sud Ouest de l’Océan Indien). L’importance du Nord du Canal de Mozambique a été identifiée pour la première fois par des experts lors d’un atelier régional sous les auspices et la direction de la Commission de l’Océan Indien (COI) en Novembre 2009 à Antananarivo, Madagascar. Actuellement, cette région clé est appelée le paysage de conservation du Nord du Canal de Mozambique (NCM) parmi les scientifiques marins de la région. En 2012, une évaluation initiale de l’Océan Indien menée par le Programme Marin du Centre de Patrimoine Mondial de l’UNESCO a identifié le NCM comme une haute priorité pour devenir un Site de Patrimoine Mondial. Les limites provisoires du NCM comprennent le Nord de Madagascar, l’Archipel des Comores, le Nord de Mozambique et le Sud de Tanzanie, et peut s’étendre jusqu’au sud des Seychelles. En parallèle, le NCM a été ensuite décrit dans la liste finale des régions répondant aux critères des ZEBI/EBSA (Zones Ecologiquement ou Biologiquement Importantes), confirmant ainsi l’importance mondiale de la région.

Le Centre de Corail de l’Océan Indien Occidental
Le Nord du Canal de Mozambique est une des zones de biodiversité marine les plus exceptionnelles au monde et un réservoir biologique pour toute la région de l’Afrique Orientale avec une haute diversité comparée aux coraux de l’Océan Indien. L’endémisme y est exceptionnel est la diversité des récifs se positionne en second lieu après le Triangle de Corail de l’Asie du Sud Est, avec une estimation de plus de 400 espèces de coraux durs1.
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Obura D (2012) The Diversity and Biogeography of Western Indian Ocean Reef-Building Corals. PLoS ONE 7(9): e45013. doi:10.1371/journal.pone.0045013

Défis
Le principal défi est la mauvaise gouvernance de la mer qui se manifeste à travers: La gouvernance et la gestion des AMP : Les AMP dans la région de l’OIO couvrent une surface totale de 17.186 km2 qui correspond à 4% du plateau océanique alors que la Convention sur la Diversité Biologique (CBD) recommande 10%. Comme les bénéfices tangibles et à court terme ne sont souvent pas perçus, les AMP ne bénéficient pas de l’appui politique et publique qu’ils méritent, ce qui entraîne une mauvaise gestion. Les pêches: La region de l’OIO génère environ 4,8% de la capture mondiale, ce qui équivaut à environs 4,5 millions de tonnes de poissons par an (FAO, 2007). Dans la plupart des pays maritimes, la législation de la pêche doit être mise à jour et renforcée. De plus, la gestion et l’application des règlementations sont souvent inadéquates en raison du manque de ressources et de capacités. La pêcherie thonière: Au niveau de la CTOI, l’absence de règles de contrôle des prises, l’absence de points de référence, et la mauvaise application des résolutions, forment des défis importants. Le Suivi, le Contrôle et la Surveillance (SCS) des ZEE restent encore un défi majeur. La Pêche illégale, non déclarée, et non réglementée (pêche INN) : Très peu de pays réagissent aux menaces maritimes grandissantes, dont les pêches INN. Le plus souvent, les raisons sont : une mauvaise gouvernance, un manque de sensibilisation sur le secteur maritime et un manque de capacité de commandement et de contrôle, et des structures règlementaires et juridiques fragiles. Les navires impliqués dans les activités INN dans les ZEE proviennent le plus souvent de flottes lointaines . La Piraterie: Depuis 2008, les principaux utilisateurs des océans de l’OIO ont été victimes de pirateries en provenance de la Somalie. Cela constitue un grave problème au défi de développement car cela affecte les emplois et les revenus et accroit la pauvreté. Par exemple, la piraterie a entraîné un déclin de 4% du PIB des Seychelles dont l’économie dépend de la pêche. Le Développement Pétrolier et Gazier: De grandes découvertes pétrolières et gazières ont été faites au large des côtes de l’Afrique Orientale récemment. Pratiquement, la ligne côtière de l’ensemble de l’Afrique Orientale a été divisée en blocs d’exploration, y compris les zones protégées, les corridors de migration des espèces, les zones de développement touristiques, et les zones de reproduction et de nourricerie de crevettes (cf. le document du WWF sur le pétrole et le gaz). Le secteur du transport: La pollution constitue la préoccupation majeure. Les efforts de réponse sont insuffisants en termes de collaboration efficace entre les organismes environnementaux, les agences de gouvernance maritime et les sociétés de transport qui intègrent les préoccupations environnementales dans les opérations maritimes. Le changement climatique: Les principales préoccupations sont l’augmentation de la température de surface de la mer, les phénomènes météorologiques extrêmes et les changements dans le régime des précipitations. La région n’est pas encore en mesure de gérer et de s’adapter aux impacts du changement climatique qui menacent les secteurs économiques côtières.

Solutions: Partenariat et Coopérations
Les défis ci-dessus constituent des risques significatifs pour le WIO en général et, en particulier, pour ce paysage de conservation NCM. Il est par conséquent urgent que les Etats de l’OIO prennent des actions qui développeraient un programme régional de gouvernance de • devrait faciliter une collaboration et une synergie renforcées entre les pays maritimes, qui traiteront les problèmes communs liés aux moyens de subsistance, sécurité alimentaire et création de revenus à travers la pêche, le tourisme et autres formes de développement économique dans le NCM ; • serait un instrument hautement approprié pour orienter les efforts des plateformes et programmes existants qui traitent des préoccupations environnementales spécifiques (ceux-ci incluent : la Convention de Nairobi, la COI, les Communautés de développement de l’Afrique de l’Est (SADC, EAC), le Western Indian Ocean Coastal Challenge (WIOCC); le Consortium OIO, l’Association des Sciences Marines de l’OIO (WIOMSA), la CTOI et la Commission des Pêcheries du Sud de l’OIO (SWIOFC).
© Text 2013 WWF • © Photos WWF MWIOPO / Xavier Vincke / Markos Zangas / Peter Scheren / David Obura / WWF-Canon / Cat Holloway• Myh Design /Ny Haja Rakotozandriny

l’environnement marin qui :

Avantages Potentiels pour les Etats de l’ OIO
Un programme multi-acteurs de gouvernance de la mer sur NCM livrera les bénéfices suivants aux pays qui sont inclus dans ce paysage d’importance globale : • Marchés et commerce améliorés dans la région menant vers une croissance économique robuste ; • Capacités améliorées des institutions gouvernementales au niveau de la gestion des ressources marines et côtières, incluant des instruments politiques/législatifs régionaux et nationaux appropriés régulant les secteurs-clés comme le pétrole, le gaz, la mine, le tourisme et la pêche; • Augmentation de la productivité de la pêche suivant de meilleures planification et gestion des zones côtières de production clé, menant vers une sécurité alimentaire améliorée, et par conséquent contribuant à une stabilité politique plus solide; • Des gains financiers plus élevés aux Etats possédant des ressources thonières à travers des protocoles de pêche plus équitable et respectueux de l’environnement ; • Des revenus touristiques plus élevés par la mise en œuvre d’un réseau d’AMP de classe mondiale ; • Une coopération intergouvernementale en place pour gérer les impacts accrus du changement climatique.

Recommandations
Il est important de noter que cette initiative sur le NCM est en train de se développer en tant qu’un partenariat du Consortium OIO. Par rapport à tout ce qui est mentionné ci-dessus, le Consortium OIO recommande aux dirigeants de la région OIO d’adopter le principe d’un programme de gouvernance de la mer pour le NCM et ensuite définir et mettre en œuvre ce processus. Pour cela, nous recommandons l’alignement des efforts des processus de la Convention de Nairobi, COI, SADC, EAC, WIOCC, Consortium OIO, WIOMSA, CTOI et SWIOFC, vers ce but commun. Des éléments plus spécifiques des processus et stratégie vers la mise en œuvre du programme de gouvernance de la mer pourrait inclure les actions suivantes: • Un appui au processus multi-acteur dans les pays les moins avancés qui développeront des mécanismes pour améliorer la réglementation et l’application des lois au niveau de la pêche à petite échelle. • Une analyse rigoureuse du potentiel touristique des sites non-exploités variés au sein du NCM. • Appuyer l’établissement d’un réseau (ou sous-réseau) AMP NCM dynamique. • Promouvoir l’implication du secteur privé et de la société civile dans la définition et la mise en œuvre du programme de gouvernance de la mer. • Coordonner des investigations scientifiques, économiques et sociales entre les nations riveraines du NCM pour mettre à jour les connaissances de base requises pour l’identification des zones de biodiversité et pêche clés qui méritent une protection et une gestion, et adopter les mesures légales et règlementaires nécessaires pour une gestion et une protection solides.