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horizons

50 Reportage éthiopie
Des personnes handicapées
sur le chemin de la citoyenneté
Éducation, emploi, accessibilité, prise en charge médicale… Dans tous ces domaines, en Éthiopie,
les personnes handicapées peinent encore à être prises en considération. En cause, surtout :
des croyances ancestrales, qui les condamnent à rester en marge de toute vie sociale. Mais
progressivement, avec l’aide d’organisations non gouvernementales etGeorgia grâce au militantisme
elona ROMA
Sassari d’Éthiopiens
Italy TIRANË SKOPJE
Trabzon JEREVAN BAKU (Baky)
Azerbaijan
Turkme
(Rome)
Napoli
handicapés,
Albania les mentalités
Thessaloniki
Istambulévoluent. Et si tout était une question
Erzurum de temps…
Caspian ASCHAB
ANKARA (Ashgab
.)

Sea
(Sp

Tabriz
s Sardegna (Ita.)
Kérkira Greece Izmir
T u r k e y Diyarbakir Rasht
Gorgan
Palermo Gaziantep Zanjan

Y
Reggio TEHRAN
ATHINAI
Annaba
Bizerte etnebersh
Sicilia Messina Nigussie a
Patrai femme. La seule solution
(Athens)
Konya reste enfants
Adana Halab
handicapés, l’accessibi- Mash
Qacentina Al-Mawsil Erbil
toujours
TUNIS fait de la lutte alors souvent la scolarisation en lité pose, elle aussi, de nombreux
Stif NICOSIA Al-Lädhiqiyah Qom
I r a n

Tibr
Sousse Malta VALLETTA Kriti s
Batna
pour les droits des institution spécialisée. Syria dans son pays. Exem-
Himsproblèmes

i
Iraklion Cyprus
Sfax
Taräbulus
Lebanon I r a q Yazd
personnes
Djerba handicapées son Un premier diplôme de droit en
BAYRÜT (Beirut) ples :
DIMASHQseuls quelques
(Damascus) beaux hôtels
BAGHDAD Esfahan
El Oued Tunisia TARÄBULUS Palestine Dezful K
Touggourt
cheval de bataille.
(Tripoli) Alors, quandAl-Baydä'poche, Yetnebersh poursuit ses 'AMMAN
Aviv-Yafo et restaurants peuvent Karbala' accueillir
Zuwärah Tubruq Al-Iskandarïyah Ghazzah (P.)
Banghäzï études supérieures dans l’action
Al-Basrah
gla la jeune femmeMisrätah aveugle prend (Alexandria) des personnes
YERUSHALAYIM
Bür Sa'ïd Israel Jordan
(Jerusalem) handicapées ; l’un
AL-KUWAYT Kuwait Shiraz
la parole à ce sujet, elle sait de sociale et devient AL-QÄHIRAHune (Cairo)militante
Suez C. des
Ma'än
rares immeubles Rafha' disposant
As-Suways Bandar-e Bushehr
quoi elle parle. C’est parce que Al-Jaghbüb
Ghadämis
acharnée, une figure Al-JïzahpubliqueAl-Aqabah de rampes d’accès et de braille P e r s i a n B
Qeshm
Siwah
Ha'il Bahrain
« personne ne fait confiance Zaltan à une connue de tous : « J’ai toujours dans l’ascenseur estBuraydah
Al-Minya celui qui Ad-Dammam AL-MANAMAH u l f G
Asyut Dubayy
personne L i b i e
handicapée » que cette été très impliquée dans cette cause abrite les locaux du Centre Al-Hufuf
Edjeleh AD-DAWHAH

e Al-Wahat
Sawhaj (Doha)
ABU ZABY
dernière a toujours dû se battre et je reste l’activiste que j’étais Qinaà éthiopien pour le handicap et Qatar (Abu Dhabi)
Al-Uqsur
M

Marzuq Al-Qasr AR-RIYAD (Riyad)


Djanet pour
Ghat prouver qu’elle pouvait, elle l’université ! », explique-t-elle. le développement, Al-Madinah organisation
Nile

Al-Qatrun
aussi, mener une vie normale. Et Al-Jawf E g y p t Aswan pour laquelle travaille Yetne- S a u d i
e

L. Nasser
d’abord aller à l’école : « Les écoles Le handicap, bersh ; etc. EtMakkah
r

entre(Mecca) les
Tummo
A r a b i a
une punition divine
est
Jiddah
publiques
Chirfa
ne sont pas aménagées
Bardaï et Wadi Halfa'
trottoirs défoncés et les
At-Ta'if
R

certaines écoles privées font de la Et elle ne manque pas d’objetsAbû Hamad égouts àBurciel Sudanouvert,
o

discrimination envers les enfants de revendication. ParceAl-Khandaq qu’outre la circulation Sawakin


des
u

Nile Taqatu'
handicapés », Bilmase souvient la jeune
Fada la difficile scolarisation des personnes à mobi-Farasan n Sala
Baraka

e
g

Agadez S o u d a n mAsh-Shihr
e

Keren Mitsiwa SAN'A'


i g e
Les rdifférents visages du handicap e
Umm Durman Kassala ASMERA
Éry
AL-KHARTUM Al-Qadarif' th Al-Hudaydah
Y Al-Mukalla
Tanout (Khartoum) Wad ré
Nguigmi C h a d
Mekele e S
Située entre
Lake l’Érythrée et la Somalie, dans la Corne de l’Afrique,
Al-Fashir Kusti
Madani
Gonder
Aseb
Adan
aradi Zinder Chad Abéché Al-Ubayyid
l’Éthiopie est une république fédérale qui compte environ An-Nuhud Ar-Qadarif L. Djibouti
Boosaaso
Caluula
White Nile

Kano Maiduguri N'DJAMENA Mongo Nyala


Tana DJIBOUTI
Dese
80 millions d’habitants. Les causes du handicap dans ce grand Berbera
Handa
Zaria Cha
ri Am Timan B l ue Nil e Dire Dawa
paysKumotrès pauvre sont diverses. Alors queBirao
go
des décennies de conflits Hargeysa
Burco
ADIS ABEBA
Lo

Jos Malakal
N i g e r i aont affecté des millionsSarh de vétérans de guerre et de civils, les
Garoua Laas Caanood
(Addis Ababa) Nazret
ne

azal
Gh Eyl
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Benue accidents de la route et des maladies telles que la poliomyélite Bou
Ouanda h Jima Ginir
e

a Gore Goba Domo


Central É t h i o p i Imie
le Ngaoundéré
diabète engendrent aussi de nombreux
African Republic handicaps. Certaines Waw Gaalkacyo
i

inCity Enugu
l

itsha spécificités régionalesBouar


comme les morsures
Bambari de serpent venimeux Kelafo
Cameroon
a

Bossembélé Negele Beled


Bangassou
Calabar non soignées provoquent un nombre élevé
Mobaye d’amputations.
Bomu Doruma
Juba
Weyne
m

Douala BANGUI Nimule L. Turkana


ourt
MALABO YAOUNDÉ
Les mines antipersonnelBerbérati
Mobayl-M.
mutilent encore plusieursUeledizaines Lodwar Baydhabo
o
Bioko Dja Aketi Gulu
(Equat. G.) Kribi de civils chaque année. Buta Isiro Baarrdheere MUQDISHO
S

Sorotl Marsabit
Bunia (Mogadishu)
me
Bata Mbale K e n y a
E. Guinea Ouganda
Juba

Ouesso Eldoret
ipe Kisangani
LIBREVILLE Congo KAMPALA Jinja Nanyuki

Gabon N°676 Juin 2009Mbandaka


É Nakuru Jamaame
Kisumu
Rwanda Kismaayo
Port-Gentil
D. R. of Congo
Lambaréné Ewo L. Victoria NAIROBI
Goma
Moanda KIGALI
51
lutter contre ce phénomène.
D’ailleurs, progressivement, des
jeunes handicapés commencent
à faire des études supérieures.
Grâce au travail d’associations
d’étudiants de l’université
d’Addis Abeba, des leçons de
langue des signes sont disponi-
bles. Les professeurs ainsi formés
peuvent intégrer dans leurs
cours les 21 étudiants sourds de
la faculté. Ces évolutions posi-
tives sont avant tout le reflet
d’un besoin de reconnaissance
des étudiants handicapés dési-
reux d’être mieux pris en compte
par la communauté.

Accès aux soins


Le gouvernement éthiopien fait
lui aussi preuve de plus en plus
d’intérêt pour les personnes
handicapées. C’est par le biais
du ministère du Travail et des
affaires sociales que celui-ci
Patient du centre de réhabilitation du CICR 2 (Arba Minch) s’implique dans les questions
relatives au handicap. Ce
lité réduite dans la capitale est “remédier au mal”, de prier et de dernier devrait bientôt être
très difficile, voire dangereuse. boire de l’eau sacrée. secondé par un Conseil national
Se déplacer seul s’avère souvent du handicap. Des avancées
laborieux. 21 étudiants sourds à la modestes mais symboliques
Comme celle de millions faculté de la capitale aussi. Elles montrent que les
d’Éthiopiens handicapés, la Toute prise en charge médicale autorités reconnaissent l’exis-
vie de Yetnebersh se révèle est même encore considérée tence des problèmes auxquels
donc complexe. Cette dernière comme un acte de déloyauté font face les personnes handi-
a cependant eu l’avantage de envers Dieu. La stigmatisation capées et pointent la nécessité
connaître un parcours atypique du handicap est telle que devenir de mettre en place des moyens
dans un pays où les croyances parent d’un enfant handicapé est pour tenter d’y remédier. La
autour du handicap n’ont une honte. Nombreuses sont récente signature de la conven-
jamais évolué. Être handicapé les familles à cacher ces enfants tion de l’ONU relative aux
est encore considéré comme la loin des regards et de la société. droits des personnes handica-
conséquence d’une punition Cette coutume est aussi encou- pées est à considérer comme un
divine. «  Personne n’est prêt à ragée par la peur des violences autre engagement de la part du
accepter qu’ il s’agisse avant tout régulièrement perpétrées contre gouvernement. Mais, parce que
d’un problème humain », pour- les personnes handicapées et des maladies telles que le palu-
suit la jeune femme. Les diffé- notamment les petites filles. disme et le Sida tuent des milliers
rentes autorités religieuses qui Mieux éduquer les jeunes Éthio- de personnes chaque année, il
pourraient être d’importants piens pour en faire de futurs est difficile de faire du handicap
vecteurs de changement des citoyens et parents responsables une priorité dans les questions
mentalités recommandent, pour représente l’une des clés pour de santé publique. ...

Juin 2009 N°676


horizons
52 Reportage
... Néanmoins, certaines ONG
s’emparent du problème. Ainsi,
le travail du Comité international
de la Croix-Rouge (CICR) a-t-il
permis la prise en charge d’un
grand nombre de personnes
handicapées physiques. Par le
biais de centres orthopédiques, le
CICR fournit des appareillages
(prothèses, fauteuils roulants), et
gère la rééducation des patients
qui reçoivent tous une nouvelle Rue d’Addis Abeba
paire de chaussure. Victimes de
leur succès, ces centres souffrent pour le handicap et le dévelop- Le handicap en chiffres :
d’un cruel manque de personnel. pement encourage l’intégration
Selon Marc Zlot, responsable des professionnelle des personnes
des données contradictoires
programmes orthopédiques du handicapées. Mais développer ce Le dernier recensement officiel réalisé en 1994
CICR, il faudrait 2 500 employés type d’initiative reste difficile et fait encore aujourd’hui polémique. Alors que le
pour répondre aux besoins du pousse les ONG à chercher des gouvernement estime que 2 % de la population est
pays qui ne compte à ce jour fonds au-delà des frontières. handicapée, l’Organisation mondiale de la santé (OMS)
qu’une soixantaine de techni- Toutefois, depuis quelques en comptabilise 10 %. Selon le CICR (Comité international
ciens spécialisés. Pour mieux années, les opportunités permet- de la Croix-Rouge), 400 000 patients auraient besoin
informer et orienter le public, tant aux personnes handicapées d’une prise en charge orthopédique. Parce que très
des campagnes radiophoniques d’évoluer dans le monde du peuplée et victime d’un long conflit, la région Oromia,
ont été mises en place dans travail se multiplient. À Addis dans le sud du pays, est celle qui compte le plus grand
différentes régions. Certaines Abeba par exemple, une coopé- nombre de personnes handicapées, 10 % des 27 millions
personnes dont le handicap n’a rative groupant des travailleurs d’habitants y seraient invalides selon l’OMS.
jamais été pris en charge ont handicapés a ainsi pris en charge
ainsi eu pour la première fois l’entretien des toilettes publiques les mentalités pour lutter contre
accès à des soins. de la ville. L’expérience plus l’ignorance reste la priorité
que concluante se poursuit avec absolue, la clé du changement.
Bourses et succès. Autre initiative : grâce à Et ce qu’il faut, c’est avant tout
microcrédits pour des bourses attribuées par des du temps. Grâce aux moyens de
jeunes entrepreneurs fondations internationales, les communication modernes, les
handicapés jeunes entrepreneurs handicapés nouvelles générations s’ouvrent
En matière d’emploi, les peuvent enfin mener à bien leurs lentement sur le monde et pren-
personnes handicapées ne projets professionnels. Certains nent conscience de ce qui se
représentent pas, non plus, obtiennent même des microcré- passe au-delà des frontières. La
une priorité. Les initiatives dits, chose encore impensable il jeunesse peut ainsi commencer à
concrètes, publiques et privées, y a quelques années. oublier les croyances ancestrales
restent limitées. Selon Yetne- Tous ces petits pas en avant ont qui condamnent des millions de
bersh Nigussie, c’est « parce que permis aux personnes handica- citoyens Éthiopiens à rester en
handicap rime avec improduc- pées de se faire une place dans marge de la société. Et si, dans
tivité » que les entreprises sont la société civile. Leur condition les années à venir, le parcours de
encore réticentes à intégrer des aujourd’hui en Éthiopie est Yetnebersh Nigussie n’avait plus
salariés handicapés. En propo- comparable à celle en vigueur rien d’exceptionnel ? l
sant des formations de sensi- dans certains pays d’Europe il y
bilisation, le Centre éthiopien a quelques années. Faire évoluer Texte et photos Eugénie Baccot

N°676 Juin 2009