ÉSOTÉRISME XXIe SIÈCLE.

Autour de René Guénon
Suivi de René Guénon ou la Voie métaphysique ( plus bas )

ÉSOTÉRISME XXIe SIÈCLE Autour de René Guénon Federico González

PROLOGUE J’avais l’intention d’écrire un livre intitulé comme celui-ci, lorsque je constatai qu’il était déjà écrit. En effet, le panorama que je tentais d’y décrire pour ce XXIème siècle en rapport avec la Métaphysique, englobait tout à la fois les quelques rares groupes et individualités sérieux et de type initiatique qui travaillent en Occident, et l’énorme masse de personnalités, cellules, et enfin sectes, qui pullulent autour de la Science Sacrée en la dénaturant, et qui ont apporté la confusion, le chaos et les errements propres à l’obscurité de tout éon qui s’achève; ce qui rend indispensable un redressement, au moins doctrinal, au nom de la préservation des valeurs traditionnelles, des Idées Universelles sans restriction de temps ni de lieu, directement en rapport avec l’essence du Cosmos et sa constante recréation et, par conséquent avec la conservation de la Vie, la Liberté, et la Connaissance qui rendent possible la régénération. Je constatai alors que décrire ce temps présent dans l’Esotérisme revenait à ôter la paille du grain (Cf Saint Matthieu 13, 24-31). En effet, l’ambiance régnant en ce commencement du XXIème siècle, dont témoignent aussi sur la scène ésotérique le mensonge et la tromperie, la falsification et le vol, l’ignorance et la trahison, n’échappe pas aux grandes lignes de la loi qui caractérise les temps modernes. Ainsi, un spécialiste de ces questions devait inclure des informations de première main des sujets traités, ainsi que des rôles joués par les acteurs sur la scène réduite des idées ésotériques contemporaines. Une œuvre de ce genre devait alors réunir une abondante documentation qui enrichisse n’importe quelle investigation dans ce sens et qui ordonne le chemin d’une façon générale.

C’est alors que je compris que le livre était déjà écrit et qu’il l’était de ma main. Ceci vient du fait de diriger la revue SYMBOLOS, dans laquelle j’ai pu rendre compte du panorama ésotérique général des onze années antérieures à la fin du millénaire, ce qui revient au même que de mettre en valeur les éléments qui furent la semence du XXIème siècle, et distinguer entre eux les appartenances à différents ordres, témoignant ainsi de l’existence d’une Science Sacrée, c’est-à-dire d’une Tradition Unanime, si vivante de nos jours, et aussi vraie que ses origines non-créées. Nous sommes nombreux à croire que la plus haute autorité de la Science Sacrée en Occident de notre temps (bien qu’il en existe également d’autres auteurs authentiques) est René Guénon; et son œuvre, qui touche plusieurs disciplines, est le témoignage synthétique et global de cette Science en ces temps que traverse la Civilisation Occidentale que beaucoup d’ésotéristes comparent à une Fin de Cycle. Mais ce n’est pas seulement l’aspect doctrinal ou ordonnateur de son Travail qui ressort, mais aussi son influence dans les milieux ésotériques, et dans l’Histoire de l’Esotérisme en général, à travers l’autorité qu’il a exercée sur divers groupes, écrivains et lecteurs qui ont considéré sa figure providentielle, morts et vivants qui ont bu à sa source malgré que beaucoup d’entre eux ne le mentionnent qu’à peine, ou bien se soient par la suite retourné contre lui, se joignant au collectif qui ne peut que nier les idées ésotériques, de par leur propre nature qui les rend incompréhensibles pour ceux qui –avec raison– les voient comme contraires à toute logique ou science. Et c’est au travers de cette masse de lecteurs qui l’adulent ou le détestent –puisque sa pensée critique eut d’innombrables ennemis depuis le début jusqu’à sa mort– avec toutes les nuances intermédiaires, que la pensée de Guénon s’est diffusée dans le milieu ésotérique, autant pour ses références à la Maçonnerie et à l’Hermétisme, ou aux Religions du Livre, ou à l’Hindouisme, Lamaïsme, Taoïsme ou encore les aborigènes américains, que pour l’esprit irradiant son travail et les aveuglantes analogies qu’il réalise, aliment pour l’intelligence et véhicule pour la compréhension. Et c’est aujourd’hui, cinquante ans après sa mort, ce que l’on peut vérifier en observant combien son œuvre reste vivante, peut-être plus encore que durant sa propre existence temporelle; célébrations, symposiums, numéros de revues, livres, articles, témoignent des divers hommages qui lui sont rendus. Ainsi, de façon naturelle, la figure de Guénon devint l’axe de ce livre sur l’ésotérisme au XXIème siècle. Pour les mêmes motifs, il s’était institué comme le guide spirituel de la revue SYMBOLOS et du groupe de rédacteurs qui la forment. C’est pour celà qu’il est absolument normal que je publie ici ce que j’ai écrit sur Guénon lui-même, la Maçonnerie et la Tradition Hermétique, ce qui forme de par ses propres caractéristiques un regard sur l’ésotérisme contemporain, puisque en tant que directeur de SYMBOLOS je me devais d’être en contact avec les principales idées et milieux ésotériques de ces derniers onze ans, aussi bien en Europe qu’en Amérique, ainsi qu’avec les auteurs actuels. Depuis les débuts de sa publication, cette revue, que nous distribuons parmi les principaux milieux ésotériques, reçut un accueil favorable, spécialement auprès de ceux qui connaissaient ou étaient au courant de l’œuvre de Guénon, avec lesquels nous échangions des exemplaires de nos publications et articles en diverses langues que nous publions dans SYMBOLOS, tout comme plusieurs de nos collaborations furent traduites et diffusées dans ces milieux. A ceci il faut

ajouter l’envoi d’une abondante correspondance de Guénon, qui n’avait pas encore été publiée, et d’études de l’auteur qui, ayant été publiées dans des revues de son époque, n’avaient pas été recueillies dans ses livres et que quelques correspondants me firent parvenir aimablement. Il faut également mentionner que, étant donné la qualité des articles initiaux, nous avons reçu de nombreux travaux d’auteurs qui désiraient spontanément se joindre à SYMBOLOS et publier dans ses pages, ce qui se fit vu la valeur de beaucoup des textes envoyés bien que ces auteurs ne participent pas de tout ce qui est manifeste dans ce milieu et n’appartiennent pas au noyau d’écrivains qui forment la rédaction de notre revue. Ce qui fit que SYMBOLOS s’institua ainsi, et sans l’avoir prétendu, comme une sorte d’éminence d’où observer le panorama de l’ambiance ésotérique de son époque; un point de vue privilégié puisqu’étant intervenu directement dans les questions dont traite le thème, y compris de forme polémique, tout en rendant compte au moyen de commentaires, recensions, ou encore la reproduction photographique de sommaires –que nous avons conservé ici– du mouvement ésotérique en général; pendant que Guénon, la Tradition Hermétique et la FrancMaçonnerie, comme moyens d’accès à la Connaissance en particulier, c’est-à-dire comme guides et chemins de réalisation, constituaient le programme sur lequel insistait tout particulièrement notre revue. De fait, SYMBOLOS a déjà publié jusqu’à présent plus de 4.000 pages sur des thèmes ésotériques de toutes les grandes traditions, y compris la Tradition Précolombienne, que Guénon n’a presque pas approchée, à laquelle SYMBOLOS consacra plusieurs travaux; ce dernier programme a été éliminé en vue de cette collection qui comprend seulement ceux qui sont consacrés aux voies citées précédemment et à leur vigueur, documentée par les publications et les auteurs qui en témoignent dans un sens ou dans l’autre, car la polémique n’est exclue d’aucune manière, tout en signalant concepts et chemins, symboles et pensées ou points de vue également valides, en rejetant beaucoup d’erreurs dans l’interprétation, presque toujours intéressée, de concepts en rapport avec la doctrine traditionnelle et émanant de sources qui, de nos jours plus que jamais, sont opposées à cette doctrine qu’elles prétendent pourtant manipuler et utiliser à leur profit, qui est le même que celui de l’Adversaire. Dans ce sens, l’on insiste tout particulièrement sur les différences entre religion et métaphysique, exotérismeésotérisme et Etre et Non-Etre, qui ont si souvent prêté à des confusions encore aggravées par les personnes et les groupes qui, ou bien par ignorance –qui mène à la haine– ou bien par désir d’hégémonie et pouvoir, ont adultéré la pensée de Guénon déjà de son vivant. Comme par exemple ceux qui s’approprient sa figure et son œuvre à des fins religieuses qui frôlent le fanatisme ou à des fins politiques, dans ce dernier cas des groupes fascistes et traditionalistes du type dur, ralliés aujourd’hui au drapeau de l’“innocente” Nouvelle Droite.

CHAPITRE I RELIGION ET MÉTAPHYSIQUE À LA FIN DU CYCLE * De fait, non seulement notre Revue n’est compromise avec aucune religion –en précisant que nous appelons religions les trois branches: judaïsme, christianisme, islamisme, dérivées du monothéisme abrahamique– mais elle est areligieuse, c’est-àdire qu’elle a un support et un but métaphysique et n’adore pas de divinités personnifiées ni possède de vision anthropomorphique, ou individualisée, de l’Identité Suprême.1 La Tradition Hermétique, comme Enoch-Hermès dont elle tire son nom, est évidemment préchrétienne mais surtout antédiluvienne, c’est-à-dire qu’elle survit aux

catastrophes de divers mondes. C’est pour cela que l’étude des cycles est extrêmement productive dans le travail de la Connaissance, puisqu’elle nous oblige à nous passer d’une vision religieuse, c’est-à-dire exotérique donc historique, rattachée à n’importe quel cycle, pour nous placer après d’épuisantes épreuves et travaux dans une position beaucoup plus ample, de type polaire, où les différences entre les religions et les religions mêmes sont réduites à néant face à la Majesté de l’Être Universel et ses divers états, à la lumière duquel toute querelle s’amoindrit voire disparaît dès que ces passions (nées de la dualité, donc d’un dualisme qui doit recourir à un monisme radical pour résoudre son conflit) se dissolvent à cause de leur genre religieux dans le fondamentalisme, l’intégrisme, ou le sionisme,2 et sont un véritable obstacle pour la Connaissance, c’est-à-dire la Gnose, comme l’indique l’un des sous-titres de SYMBOLOS. Nous tenons pour acquis que cette attitude nous a déjà causé des problèmes avec les religions émanant du Livre. Nous nous référons notamment à quelques escarmouches que nous avons dû essuyer avec des juifs et des islamiques radicaux peu disposés à respecter la Tradition Hermétique, leurs dieux et déesses, ceux qu’ils ont eu l’opportunité de connaître ou même assimiler dans leur corps exotérique en tant que Noms de Pouvoir, Archanges, Anges, etc.; les hébreux ont à la base des problèmes avec Guénon –notre référence intellectuelle– parce qu’il est mort en Islam, sans remarquer que ce dernier cite à plusieurs reprises leur Kabbale, c’est-à-dire leur Tradition. Paradoxalement nous en avons trouvé d’autres, très irrités, pour nous accuser –nousmêmes et Guénon– d’être hébraïsants. Il y a également des groupes islamiques traditionnels, de ceux qui prient, qui croient à leur façon à la guerre sainte et se consacrent systématiquement à la provocation (aussi puérile que d’aller prier à la manière islamique dans la cathédrale de Cordoue ou aussi sérieuse que d’émettre leur propre monnaie à Grenade), accaparent des groupes d’études, spécialement de jeunes ou de faibles ayant besoin de secours religieux, et autres broutilles réalisées par des individus n’ayant en réalité aucun niveau de Connaissance en dépit de leur appartenance à des groupements traditionnels, donc dérivant directement du prophète, ce qui est, dit-on, différent de l’irrégularité de Schuon et sa secte qui depuis des années nous molestent de toutes les manières possibles, essayant concrètement de nous assimiler au satanisme et utilisant même le mensonge et les moyens les plus vils pour nous détruire. Précisons que pratiquement tous les martyrs soufis ont trouvé la mort aux mains d’autorités fanatiques religieuses ou légalistes littérales, toutes convaincues d’avoir raison et de représenter officiellement l’Islam; de fait celui-ci répète constamment cette fragmentation et regroupement de structures particulières, s’opposant parfois les unes aux autres, –ce qui rend difficile savoir laquelle est intégriste, fondamentaliste, ou traditionnelle– et font que de sa propre dynamique leur réseau continue de s’étendre vers les quatre points de l’espace. Nous avons gardé pour la fin la religion dans laquelle sont nés la totalité des rédacteurs de SYMBOLOS, la religion catholique, qui nous disqualifie pour notre appartenance à l’Ordre Maçonnique. Ceci est particulièrement outrageant du fait que ces officiaux, qui depuis des siècles ont trahi leur fondateur et son héritage, son Évangile, dans lequel se consignent ses enseignements, se consacrent en revanche aujourd’hui à des questions "sociales" à l’abri de la science, qu’ils bénissent, s’efforçant ainsi d’assurer leur part de pouvoir et d’influence dans la grande escroquerie institutionnalisée, de laquelle ils ont été –et prétendent continuer d’être– l’un des piliers. Inutile de préciser que ces gens ne croient à aucune sorte d’ésotérisme, voire même ne semblent pas donner crédit à leurs propres dogmes, comme l’on a pu le vérifier auprès de quelques fonctionnaires du Vatican avec lesquels nous avons

conversé il y a quelques années à Rome. Quoi qu’il en soit, nous pensons que ces mouvements radicalisés ne montrent que la crispation et la rigueur qu’ils annoncent, ne survivent que brièvement à la mort d’un être vivant, et ne sont rien de plus, bien que leurs membres intégrants se sentent bien supérieurs (saints héroïques qui défendent la cause de Dieu), ce qui est souvent ainsi d’un point de vue dissolvant, au contraire de ce qu’ils imaginent et prétendent... Dans ce sens il faut souligner l’attitude opposée de la Tradition Hermétique, qui accueillit à Alexandrie toutes les gnoses, et intégra hébreux et chrétiens sous son égide païenne et polythéiste, qui a tellement enrichi l’Occident et aussi cette humanité adamique, de laquelle elle est en fait l’esprit aussi bien que l’âme, malgré que son cheminement subisse les constantes interférences de prétentions religieuses fondées sur le monisme d’une croyance qui dénie à son Dieu la possibilité de Non-Être. En dernier recours et en appliquant cet exposé général au cas de SYMBOLOS avec une perspective vraiment Universelle, c’est-à-dire depuis le pôle, où les mouvements passionnés du cœur-soleil ne sont plus seuls à être perçus et où l’on voit clairement la porte ouverte sur d’autres États de l’Être Universel, nous dirons que ceux-là ne sont pas exclusivement affirmatifs ou ontologiques, mais aussi complètement différents de ce que signe n’importe quelle détermination. Nouvelle réalité dans laquelle on vit seulement par la Grâce de Dieu, qui nous limite par le numéro, et nous donne ainsi la possibilité de transcender le cosmos au moyen d’un véhicule à notre portée. Autrement dit, dans l’humanité où nous devons vivre, c’est-à-dire dans le segment de l’Être Universel que constituent cette Création et son Grand Faiseur (et non pas son assistant, le Démiurge, seigneur du feu et du souffle, pris comme le Dieu des religions). La possibilité nous est alors offerte de nous identifier à lui, tout comme lui-même s’identifie à l’éon, ou Manu, et à son tour ce dernier s’identifie avec le Manu des Manu qui englobe la totalité des créations, des mondes et des humanités dans ses possibilités et développements indéfinis, et, encore plus stupéfiant, dans une parfaite simultanéité, dans l’instant. C’est alors que survient la question: si nous ne savons rien, et même il n’y a rien à savoir, qui sait véritablement pour qui il travaille? Nous ne sommes antireligieux d’aucune façon, mais il convient de savoir où sont tombées les traditions dégénérées par leurs tendances exotériques et les agissements d’individus, depuis des siècles usurpateurs du pouvoir, et s’étant institués officiers dogmatiques de ces religions qu’ils utilisent à leur profit, ce qui est évident dans le catholicisme et sa pompe. Dans le catholicisme, l’étymologie même du mot religion perd son sens puisque les voies sont brisées, et le pont (pontifex) qui unissait l’être individuel à l’Être Universel par le biais de la Connaissance n’existe pas, cette dernière ayant été abandonnée et remplacée par une Foi aveugle –dont le contenu changeant peut être une chose ou l’autre–, c’est-à-dire en complète contradiction avec la Science Sacrée. L’on pense parfois, erronément, que cette fin de cycle voit des forces obscures s’attaquer aux religions, lorsque c’est précisément le contraire qui se passe: celles-ci sont tellement corrompues et adultérées qu’elles ont de ce fait pratiquement perdu toute connexion avec le Principe; elles doivent donc être considérées dans toute leur imposture, et dépassées une fois pour toutes par tous ceux qui aspirent à la Sagesse. En

réalité les monothéismes tels qu’ils se présentent actuellement demeurent des systèmes incomplets, de type unidirectionnel fondé sur la dévotion, qui n’apportent pas de solution au problème du mal, et sont incapables de dépasser la sphère du démiurge. Nous voudrions apporter ici quelque argument plus favorable aux religions, puisque nous sommes loin de vouloir leur faire mal ou de les nier en quelque sorte –comme le rite exotérique– bien que nous ne voulions pas non plus être complices par notre silence d’une chose qui nous préoccupe. De plus, n’oublions pas que la perspective d’un hermétiste est de voir les credo nier sa Tradition, aussi authentique qu’une autre, qui est même présente parmi les religions du Livre, bien que ces dernières n’admettent pas de chemin ou voie de réalisation qui ne passe par leur intermédiaire; dans quelques cas, les esprits religieux les moins étriqués "acceptent" officiellement quatre autres traditions orientales considérées à tort comme des religions. Tout ceci sans mentionner l’importance nulle qu’ils attribuent à la Tradition précolombienne, et aux traditions archaïques en général, dont les vestiges culturels et spirituels n’ont pas encore complètement disparu. La raison en est que, bien qu’en relation étroite, la métaphysique et la religion appartiennent à deux milieux distincts. Et même en considérant, comme le prétend l’Islam, qu’il existe un ésotérisme dans la religion, dans le meilleur des cas il s’agit toujours d’un ésotérisme solaire (bien que l’Islam soit rattaché au lunaire, ce que met en évidence son emblème du Croissant et de l’étoile), alors qu’elle doit obligatoirement contenir des dogmes exotériques pour assumer sa fonction en opposition avec la réalisation polaire, strictement métaphysique. Tant que notre groupe fut fermé, c’est-à-dire lorsque nous travaillions seulement en nous-mêmes au moyen des méthodes hermétiques, Tarot, Kabbale, Alchimie, Arithmosophie, etc., ou même avec la Cyclologie, nous n’eûmes pas de plus graves problèmes, bien qu’il soit connu que ne manquent pas les malheureux dont l’œuvre soidisant pour le bien public est l’un des travestissements, par le biais d’une supposée vertu inventée pour justifier leur ignorance et leur désir de contrôle et pouvoir. Néanmoins, nos ennemis ne faisaient encore que montrer une part infime de ce qui s’est déchaîné par la suite mettant en évidence le degré élémentaire des ces "initiés" et leurs qualités inexistantes, voire une profonde ignorance devant être occultée derrière le fanatisme religieux, sujets qui n’ont rien à voir avec la Connaissance –et le Jnâni yogaet la rapidité du mercure et la malléabilité de l’or présents dans la Tradition HerméticoAlchimique, dans laquelle un grand dieu, celui qui a fabriqué la lire d’Apollon, le grec Hermès descendant de l’égyptien Thot, est à la fois messager, psychopompe et héros culturel; le dieu des diplomates et des commerçants. Signalons en outre que, notre pensée étant métaphysique, c’est-à-dire propre aux "Grands Mystères" et d’incarnation ontologique au travers de la cosmogonie et du symbole, donc du plan intermédiaire, elle fut immédiatement repoussée par les fausses hiérarchies abrahamiques, ignares en ce qui concerne la Science Sacrée, comme l’attestent leur petitesse et l’extrême limitation de leur vision. Ces violentes dissensions sont illustrées par les guerres qui opposent ces religions, ou de leurs noyaux, qui se produisent même dans les soi-disant sociétés initiatiques, ou ésotériques, comme certains les nomment bien que, au lieu de s’occuper de la Connaissance implicite dans leur Tradition, elles ne traitent que de leur expansion quantitative, c’est-à-dire leur nombre de fidèles ou la mesure du pouvoir qu’ils possèdent, quand ce n’est pas des revers infligés aux adversaires osant discuter leur hégémonie, ou l’autorité absolue destinée à imposer leurs vues. Y a-t-il plus grande imposture que de laisser la religion supplanter l’initiation?

Cette engeance est de fait totalement périmée et si certains croient en la "pauvreté" et le "sacrifice" comme un bien en soi, c’est-à-dire que leur croyance trouve sa source dans les œuvres humaines et non dans la grâce du Seigneur, nous trouvons surprenant qu’il subsiste encore une ignorance aussi cristallisée que les orthodoxies, tant religieuses que politiques; les gens sont las de ces alternatives aussi fausses qu’arbitraires où se trouve plongé l’homme moderne, et malgré une certaine relation superstitieuse avec la religion, le peuple semble s’en être oublié et se révèle agnostique, sauf lors de grandes catastrophes ou de certaines "apparitions" mariales et de saints niées par l’Église; les juifs, repliés sur eux-mêmes, attendant la ronde du rabbin collecteur d’impôts... Ceci n’est pas complètement valable dans le cas de l’Islam, en plein essor religieux contemporain, bien que son fondamentalisme même, y compris le terrorisme, trahit sa faiblesse et rencontre un fort rejet parmi les fidèles, ce qui est très clair en Afrique du Nord.3 La vie du Prophète et l’Histoire de l’Islam sont pleines d’exemples d’intervention divine directe, ce qui illustre qu’il n’est nul besoin des obscures manœuvres et des manigances, ni des "poussées" et "coups de coude" de ceux qui ne constituent, au mieux, que l’un de ses groupements, sans compter les diverses Traditions, qui affronteront plus ou moins consciemment la Fin des Temps. De notre côté nous ne cherchons pas à gagner quoi que ce soit, et encore moins une guerre, puisqu’il y a des années que nous avons accepté notre défaite la plus complète devant les inévitables circonstances cycliques. L’on pourra comprendre l’étonnement ressenti cependant lorsque l’on entend dire que l’Islam n’est pas seulement une religion, ni signifie uniquement soumission, mais que ce nom indique la pureté essentielle de toute religion ou connaissance, antérieure ou postérieure. C’est-à-dire qu’il rend islamique par décret n’importe quel penseur, de n’importe quelle époque. Ce fait devient parfaitement clair en lisant dans S. H. Nasr (Vida y pensamiento en el Islam, Herder, Barcelone 1985, p.9) que l’Islam n’est pas seulement le Coran et le Hadith, donc l’héritage reçu il y a quatorze siècles, sinon que "L’Islam comporte, en plus de cette essence, son déploiement dans le temps et dans l’espace et tout ce qu’il a absorbé selon son génie propre et a fait sien par son pouvoir de transformation et synthèse." Le choc est d’autant plus fort que, au chapitre IX de cette œuvre, l’on parle d’Hermès et des écrits hermétiques dans l’Islam, et que l’on y commente l’influence exercée sur ce credo par Hermès Trismégiste (le prophète islamique Idris) par l’intermédiaire des hermétistes sabéens (héritiers de Balkis, reine de Saba, en rapport étroit avec Salomon et son temple), certains d’entre eux ayant été islamisés par la suite ou ayant dû cohabiter par la force avec cette religion et loi, comme ce fut le cas de nombreux sages et martyrs parfois revendiqués à posteriori. Il semble en tout cas pour le moins curieux qu’une tradition comme la Tradition Hermétique, qui est demeurée vivante en Occident jusqu’à nos jours, et qui fut connue des islamiques euxmêmes (Mohamed c.571-631) plusieurs siècles après son avant-dernière irradiation importante, à Alexandrie (nous gardons la dernière pour Florence et son postérieur développement rose-croix et franc-maçon), fasse aujourd’hui partie de la doctrine islamique, ce avec quoi ne peuvent être d’accord ni les hermétistes ni aucune personne sérieuse, sans compter que ceux-ci ne veulent se soumettre à aucune obligation religieuse puisqu’il n’y en a aucune nécessité, selon les impératifs de leur propre Tradition, dont le patron est le dieu Hermès Trismégiste et le Livre est le Corpus Hermeticum.4 Il demeure que l’intérêt envers les institutions religieuses, voire même pour les

"grandes" religions, s’est affaibli5 et c’est précisément ce qu’elles savent et se refusent à accepter, motif pour lequel elles tentent de se rendre plus attirantes (de la façon la plus élémentaire et grossière, à la ressemblance des sectes) afin d’essayer de canaliser les fortes tendances qui existent envers la Connaissance. Car il existe une véritable soif de savoir et un esprit "religieux" –une fureur que connurent les païens– plus en rapport avec la Cosmogonie, le Symbole et la Métaphysique et de nombreuses autres alternatives opposées à toute forme d’orthodoxie religieuse, de dictature intérieure, de menace, censure ou fanatisme, soit tout leur entourage ordinaire, au sein duquel leurs us et coutumes, leurs tabous, phobies et obligations devant être imposés à autrui, ne les rendent bien entendu pas très attirantes aux yeux des habitants de cette fin de cycle. A tout ce qui précède –et qui est rejeté des nouvelles générations– il faut ajouter que cela se trouve être représenté par des individualités aux visées limitées: historiques, idéologiques, sans aucun doute passionnelles, régies par la haine qu’engendre l’envie de ce que l’on n’a pas et que l’on devine qu’on ne le possédera jamais. Dans l’Islam, ce qui est nommé loi islamique correspond évidemment à l’exotérisme; ce que l’on appelle ésotérisme –disons-le une bonne fois– est en propre un point de vue religieux, généralement rattaché à la piété-dévotion-sentimentalisme ou même à des doctrines philosophiques, ou plus exactement théologiques, à l’instar du christianisme, quoique celui-ci nie toute possibilité d’ésotérisme et conforme avec sa doctrine la solide orthodoxie d’une force armée, soit une loi religieuse définie par un groupe possédant le contrôle, ou par des mafias possédant une force de pression suffisante pour l’exercer de différentes positions.6 Dans les deux cas la masse des fidèles, ou la presque totalité de ses affiliés, demeure dans la plus profonde ignorance comme c’est le cas du judaïsme, bien que personne ne puisse nier le rôle éducateur et ordonnateur des religions, les consolations qu’elles apportent, les morales qu’elles propagent, c’est-à-dire les règles de leurs us et coutumes; il faut également préciser qu’elles furent en d’autres temps le siège de sages et de mages, véritables hommes de Connaissance, et paradoxalement comptent encore aujourd’hui de nombreux initiés. * * * Nombreux sont ceux qui ont essayé et essayent depuis des années d’intervenir de bonne foi au sein même des religions abrahamiques, pour que celles-ci comprennent leurs desseins et origines authentiques, et puissent ainsi remplir les fonctions pour lesquelles elles ont réellement été créées. Au moins depuis l’époque où Guénon publiait son œuvre, les tentatives ont été totalement infructueuses, et en particulier beaucoup d’entre nous ont recherché le dialogue avec prêtres et fidèles catholiques de toute tendance durant plus de deux décennies, avec les résultats les plus aberrants et toujours négatifs. D’autre part, des personnages de responsabilité marquée ont essayé et essayent que les autorités religieuses mondiales comprennent qu’elles se trouvent au bord de la fin des temps, donc qu’elles nous expliquent, malgré leur impuissance, ce qui est réellement en train de se passer, ce qui arrivera et à quoi devons-nous nous attendre; en définitive, qu’elles répondent à présent aux questions éternelles de l’être humain, comme le font leurs livres sacrés et le firent leurs prophètes et sages herméneutiques. Car dans l’essence, à l’origine même des religions, se trouve le

message révélé par la voix de leurs envoyés, mais aujourd’hui il est inutile de le rechercher dans le temple "réel", dans celui du quartier ou auprès des autorités ecclésiastiques. Il semblerait que personne ne veuille se rendre compte que, si une pierre est lancée du haut d’une tour sa vitesse augmente de façon géométriquement proportionnelle à la distance parcourue, et c’est ce qui est en train de se passer temporairement de nos jours, alors que nous atteignons le millénaire. L’homme pourra ajouter une nouvelle illusion à un monde qui s’efface (de par la logique des cycles) et peut-être songer dans ce cas à la projection historique et quantitative d’une guerre – sainte ou non– qui mettra dans sa main tous les atouts, et régnera puérilement sur les autres. Pour combien de temps? C’est la question que nous nous posons étant donné la situation cosmique. De plus, cette querelle même nous place spécifiquement en Méditerranée, c’est-à-dire dans une zone géographique réduite qui –si l’on nous passe l’expression– est un cadre plutôt local, presque une bagarre de rues pour ces religions qui prétendent posséder toute Universalité et se limitent à des chicanes à Jérusalem, même s’ils en arrivent peut-être à utiliser des armes atomiques. Et s’il est vrai, comme nous le remarquions, qu’à l’origine elles émanent de la Divinité, le processus cyclique les en a tellement éloignées qu’un futur Homme de Connaissance devra vraiment s’y opposer –même au sein de son propre credo– pour la corruption et le poison moral implicites qu’elles portent, pour avoir renié leurs origines sacrées afin de nous offrir leur version détachée du Principe et liée à des opinions personnelles, parfois basées sur des thèmes traditionnels, mais forgées avec la complicité du groupe et imposées avec la ferveur et le fanatisme de crânes rasés, héros communistes ou "fachos", ou fondamentalistes religieux.7 C’est un symbole que ces extrémismes –et surtout la "spiritualité" qui les motive– se traduisent par le terrorisme, quoique d’idéologies opposées. Seuls les ennemis de Dieu sont capables d’échanger son Éternité contre l’appui prétendu à une guerre régionale ou mondiale, simple escarmouche comparée à elle. Ni arbitraire ni casuel, c’est seulement ce qui découle du niveau où l’on place la déité: si le degré est métaphysique un tel problème n’existe pas; étant religieux, l’adéquation est toujours insuffisante, puisqu’il s’agit d’une déité personnelle, donc individuelle, ou d’un dieu personnalisé, deux formes analogues inhérentes à ce point de vue toujours rattaché à la possession, ou la matérialisation de ce qui est spirituel comme une chose pouvant être acquise, reniant la grâce, à base de génuflexions ou commerce de faveurs et rémunérations avec de soi-disant esprits, dénaturant ainsi l’idée de sacrifice. Dans ce cas, l’on peut arriver à justifier certaines critiques gnostiques envers le judaïsme où l’on assimile Jéhovah, non pas avec la figure de l’Être suprême, mais avec son second, le Démiurge. Quant aux collaborateurs de SYMBOLOS, nous dirons que nous sommes entraînés à la concentration, où la coexistence de différents points de vue, même opposés (mais aussi complémentaires dans leurs multiples –et étranges– relations, donc pouvant se conjuguer indéfiniment), n’est jamais le fruit d’une fixation a priori sur une seule voie de l’esprit, sur laquelle se plaque toute la volonté forgée par des raisons prises comme credo, à l’exclusion de toute forme de conciliation des opposés ou d’exercice du libre arbitre, refusant ou compromettant la reddition à l’intelligence, déesse aussi fuyante que réelle. C’est par l’angoisse du doute, par la vérification de notre rien qui est à chaque fois encore moins, donc grâce aux instruments du cabinet alchimique de l’âme, que l’on perçoit la simultanéité des éons et la perpétuelle naissance de la création. Pour nous –et pour bien d’autres– la déité ou la conception que nous en avons, ne se forme pas à différents niveaux et n’adopte aucune couleur, religieuse ou non; donc il importe peu quel intérêt quantitatif ou historique, lié à des notions de compétition et

de triomphe (un point de vue presque sportif), est soutenu par ces groupes antagoniques et extrêmement limités. Et aussi parce que, même dans le meilleur des cas, si nous devions incarner une entité destinée à vaincre l’Antéchrist à Jérusalem, cela nous laisserait complètement froids vu que cela nous semble mineur, quand bien même cette situation surviendrait-elle de façon symbolique, ou serait déjà évidente. Tout ceci est minime, notre déité est à présent, maintenant même, comme elle a toujours été, jamais conditionnée par aucune détermination; hors de la Réalité il n’y a rien. Le signe que nous attendons est non-humain, et ce n’est pas l’intervention d’une religion, malgré que l’on nous dise que celle-ci ou celle-là n’est pas une religion de plus, sinon La Religion, ou bien que l’on nous rappelle que l’humain révèle le non-humain, ou que l’on nous demande de quelle façon ce dernier pourrait-il s’exprimer si ce n’est au travers de l’homme ou du groupe. Une supercherie dangereuse puisque mettant l’accent sur l’aspect le plus lointain de la déité : l’être individuel déplacé, inversé, jouant le rôle de l’Être Universel avec lequel on le confond. * * * Qu’attend-on encore, que désire-t-on, quelle pourrait être la récompense, quelle serait la gloire ! Devant quel autre serait-ce quelque chose sinon devant soi, face à face maintenant –et toujours– avec Soi-Même ? Il est difficile en vérité de comprendre quelle serait la "satisfaction" de l’élu, quel sceptre, quelle couronne, quel pouvoir, par rapport à quoi ou à qui ? Et quelle serait la relation de tout ceci avec l’Identité Suprême, avec le Principe indifférent, étranger au schisme sur quel sera le vainqueur de cette guerre sainte ou de l’autre ? La Volonté du Ciel ne partage pas les vicissitudes cycliques et le Manu de chaque manvântara fait tourner la Roue de l’Existence Universelle, et précisément sans participer à ce mouvement dont cependant il est involontairement à l’origine. Il n’y a donc pas besoin de s’efforcer, ni rien conquérir sur personne, mais réintégrer la Grande Paix, l’immobilité du Pôle, la totale renonciation de l’Homme Universel tandis que s’accomplissent toutes les prophéties, dont énormément sont étrangères au flux des religions abrahamiques, aujourd’hui franchement décadentes. Il faudrait ajouter à tout ce qui précède l’inaptitude à reconnaître la déité lorsqu’elle se manifeste d’innombrables manières éloignées de la pompe religieuse actuelle (par ailleurs adultérée), tout comme le savaient les peuples "primitifs" et les sages de l’antiquité, à commencer par les taoïstes et tantristes orientaux et les païens occidentaux. La religion est pour beaucoup, ou peut-être a été, une forme adaptée du sacré, une forme simplifiée afin d’être comprise par la majorité, qu’elle commande par une loi morale qui devient en définitive un ensemble d’us et coutumes, et ainsi se perpétue dans un groupe considérable suivant les préceptes d’un dirigeant pour le bien de la société. Il suffit d’obéir à l’instar de braves bœufs patients –et castrés– et d’avoir la foi ; cette attitude est préférable à toute tentative de Connaissance, qui pourrait même arriver à mettre en conflit ou tourner en ridicule n’importe quelle autorité religieuse. La supériorité de niveau de la métaphysique vient de sa propre nature, c’est-à-dire de son Origine et son Objectif, tout comme la limitation exotérique de la religion, ses

dogmes et ses transports, ne peut dépasser un certain degré. Ces deux formes sont apparentées au Sacré, malgré que par les temps qui courent la religion pourrait bien être qualifiée de profane, puisqu’elle refuse la véritable intellectualité, son authentique spiritualité confondue avec les adhésions d’intensité variable –d’une piété incertaine au fanatisme exclusif, descendants directs de l’émotionnel, qui va et qui vient. Mais ce n’est pas tout car, comme nous le remarquions, ces deux formes du sacré se trouvent sur des plans distincts, et la méconnaissance de la métaphysique et sa substitution par la religion, qui la supplante, équivaut à une négation. Ce pour quoi l’on peut confondre aujourd’hui –de bonne ou de mauvaise foi– la métaphysique avec le profane, (notez l’inversion) à force de toujours associer la religion et le sacré. Les différents credo abrahamiques tels qu’ils sont exprimés actuellement doivent être plutôt pris comme des entraves aux nombreuses formes de Connaissance, ou Science Sacrée, en accord avec leurs limitations. Surtout en ce qui concerne le plus haut stade, paradoxalement le seul à donner un sens à l’échafaudage religieux, étant donné que sa révélation dénaturée et ses conceptions sont des erreurs nées de l’ignorance de ce qui est intimement sacré –ou métaphysique– et de sa substitution par les valeurs morales, pieuses et sentimentalistes auxquelles nous nous référions qui se réduisent à des questions minuscules, qui se manifestent à leur tour par des comportements étriqués qui, bien qu’allégoriques, ne dépassent pas le niveau des tabous comme celui concernant l’ingestion de viande de porc. En définitive, la religion prise comme l’une des expressions de la métaphysique a perdu sa signification par sa plongée jour après jour dans la corruption, fait inévitable par ses propres caractéristiques dans un monde en train de succomber. Le Messie, Le Christ Intérieur, Le Mahdi, vient pour restaurer la Connaissance, le Règne de la Métaphysique, et non pour promouvoir ni consacrer une aucune religion en particulier dont la description de la réalité n’est pas de nos jours différente de celle de la science profane, et ce traduit en obnubilations sportives plutôt propres de "hooligans". La religion, liée dans le meilleur des cas avec le salut, est l’obéissance à une méthode déterminée pour obtenir la "libération", tandis que la métaphysique est la Liberté même, en lettres majuscules ; ainsi donc, c’est la Libération du concept de "libération". De nos jours, la Connaissance et la Métaphysique ne passent pas par la Religion, qui s’identifie au monde moderne dans tous ses aspects, pour le simple motif, déjà mentionné, que cette dernière n’appartient même plus au domaine sacré, sinon plutôt au social, encore qu’il existe bien sûr quelques exceptions individuelles, presque aussi rares que celles d’initiés solitaires rattachés à nul appareil religieux, bénéficiaires donc de plus amples points de vue et d’une conception plus universelle, souvent liée à la sacralisation de la Nature incarnée entre autres par Éros et Dionysos qui n’ont jamais été oubliés dans les cosmogonies traditionnelles ni par les peuples archaïques. Quoi qu’il en soit nous ne voulons pas terminer cette note sans revenir sur ceux qui se disent traditionnels et qui, de façon contre-initiatique, prétendent parer de caractéristiques suprêmes leur vague religiosité (qu’ils élèvent à la catégorie de vérité transcendante officielle et qu’ils nomment ésotérisme ou même religion perpétuelle), constituant une scandaleuse dénaturation, aussi bien de la Métaphysique que de la Racine de toute religion monothéiste. C’est justement en cette fin de cycle qu’il faut exposer toute la vérité, à commencer par la révélation de l’authentique cosmogonie, le modèle de l’Univers, les Secrets connus des sages de tous les temps, et démasquer les desseins de l’imposture "religieuse", ses fausses théologies et ses "saints" maîtres dont les exposés littéraux sont éminemment inspirés du profane et arrivent à l’extrême de renier leurs propres livres sacrés en détournant leurs contenus ou même les utilisent en leur propre

bénéfice. Si le moment n’est pas venu de remettre à leur place ces tentatives contretraditionnelles, apparemment acceptées au sein des religions abrahamiques et par des groupes mystico-ésotériques dont le trait est l’hypocrisie face aux authentiques valeurs morales, jusqu’à quand attendrons-nous ? L’initiation est la subtile nourriture des dieux et exige autosacrifice et stoïcisme, tandis que la religion est comme une boisson light, dans le fond un bouillon aussi conventionnel que non-transcendental, en dépit de prendre des formes guerrières, mystiques ou miraculeuses. Il est évident que l’initiation est une action à contre-courant déterminée par l’étrangeté de certaines terribles épreuves avec lesquelles se certifie la qualité de l’Amour. La religion actuelle, en revanche, n’est que complaisance envers la bonté d’un système qui se considère valide et l’égotisme satisfait de se distinguer en l’accomplissant. La première se rapporte à la magie et à la grâce, la seconde au travail, au devoir, à la routine et la rigueur de la loi. Confondre religion et métaphysique –ou religion et sacré– revient à prendre la santé pour le moral, ou la bienfaisance pour de l’amour. Il se passe la même chose lorsque l’on substitue la loi à la justice, l’érudition à la Connaissance, ou que l’on prend les polyglottes pour la culture, bien que l’on n’aille généralement pas jusqu’à confondre "sainteté" et sagesse. Pour terminer nous mentionnerons une nouvelle catégorie : celle du ressac pseudoésotérique, les inséparables de ceux que nous avons déjà nommés au point de pouvoir les identifier. Il s’agit encore de fanatiques obsédés par leurs devises en dehors desquelles rien n’a de valeur, ou même pire: est mauvais ou suspect tout ce qui dépasse leurs étroites limites. En réalité ces personnages résiduels ne se sont jamais intéressés à la Connaissance, sinon que leur position est liée au pouvoir et à la politique,8 donc à des commerces douteux. Le paradoxe est que ces individus se dénomment "traditionnels", alors qu’ils sont en réalité "traditionalistes" et que leur domaine est l’action et la violence –l’action et la violence per se– et ignorent tout de ce que sont la cosmogonie et la métaphysique qui leur importent peu, nonobstant leurs tentatives d’utiliser à Guénon lui-même à leurs fins, bien qu’ils ne sachent ni d’où ils viennent, ni qui ils sont, ni où ils vont, et encore moins que le mot tradition tel qu’ils l’emploient n’a rien à voir avec la Tradition à laquelle se réfère le métaphysicien français. Ils sont encore plus loin d’imaginer qu’ils sont dirigés politiquement par des meneurs occultes et concrets, partisans de la confusion et de l’erreur –qu’ils ne peuvent bien entendu pas déceler par eux-mêmes en raison de leur manque de préparation– leur rayon d’action visant les milieux ésotériques au travers de critères religieux voire même comme guerre religieuse. Ces gens n’ont seulement jamais entendu parler de la plus haute forme de Connaissance, et ne pourront donc jamais rêver l’atteindre, et entretiendront leur frénésie dans les aspects les plus positifs et "populaires" de la déité, qu’on leur présente de façon exclusivement affirmative ou même grossière, presque matérielle. Certains d’entre eux adhèrent au catholicisme ou à l’islamisme en rêvant à un Moyen-Âge imaginaire dans lequel ils seraient de nobles chevaliers –en dépit de leurs actions délictueuses– encore que leur adhésion se limite à se signer à l’entrée d’une église, ou à roter clairement après manger, et l’on dit que d’aucuns sont à l’aise dans l’Islam pour rosser les Juifs (qui à leur tour cognent sur les Palestiniens) ou battre ceux qui ne partagent pas leur propre médiocrité. L’origine de cette engeance se trouve dans la massification et la perversion instaurées en Europe et Amérique par des régimes

totalitaires s’abritant derrière un vague messianisme et portant pareillement la haine et l’envie ; ou alors, ce qui revient au même, le manque de générosité et charité les pousse au métier de terroriste et à des agissements aussi abjects qu’intéressés, donc tout le contraire de la pureté du geste gracieux. Inutile de souligner que ces disciples de Léo Taxil ne connaissent rien de la Tradition Hermétique qu’ils pourraient découvrir, s’ils s’y intéressaient, comme étant la plus ancienne Tradition subsistant encore et par-là la plus traditionnelle selon leurs critères étroits.

NOTES
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Ce texte ne fait pas référence à la religion telle que la définit l’Histoire des Religions, ou lorsque le terme est pris au sens générique (“ce qui est religieux”), sinon aux religions abrahamiques dans leur état actuel, et concrètement à leur ton pieux-moral-dogmatique, sceau du fanatisme promoteur de la dissolution. En Occident, même les adeptes de traditions orientales les interprètent aussi de façon religieuse. Dans l’État d’Israël actuellement, les sionistes ont été remplacés par les ultra-orthodoxes, totalement politisés. Nous venons de lire, dans les mémoires de Y. Rabin, se référant à un groupe de fanatiques ultra-nationalistes : "... groupe sauvage, un cancer à l’intérieur de la démocratie israélienne, qui se réclame d’un mandat divin et impose la terreur dans les rues." Il s’agit d’une nouvelle orthodoxie ultra-religieuse de type radical qui a pris à divers degrés chez les jeunes –et pas tant que cela– ou dans d’autres parties du monde, et qui peut même être terroriste et s’identifier à l’assassinat, comme le cas bien connu d’Yitzac Rabin –un homme de paix– ayant trouvé la mort des mains des plus fanatiques. Ce sont les mêmes qui sont les auteurs des crimes commis envers le peuple palestinien. Certains jetteraient les hauts cris si on leur disait que la religion n’est pas à la mode actuellement. C’est cependant l’Éternité qui est toujours à la mode, tandis que les religions passent. D’autre part, au sujet de la citation de Nasr sur l’annexion de toute chose à l’Islam, elle peut avoir plusieurs lectures parmi lesquelles celle de l’appropriation des biens privés, c’est-à-dire la confiscation de toutes les possessions et la négation de tous les droits, à commencer par les droits de l’homme. L’on peut y ajouter l’accent mis exclusivement sur des phénomènes d’ordre quantitatif, comme le milliard d’islamiques qu’il y a dans le monde et leur progression invincible –et celle de leur loi (la shariyah)– dans tout l’univers, comme si cela était réellement de nature spirituelle (et ce sont là les arguments décisifs de l’œuvre de Hossein S. Nasr) et non pas exactement marqué du sceau de la quantité, c’est-à-dire d’une fausse spiritualité ou, pour reprendre les mots de Guénon, d’une spiritualité à l’envers. L’on peut cependant observer parallèlement à ce rejet de la religion, un courant inverse qui s’est fait remarquer ces dernières années, en particulier dans l’islam, mais aussi parmi de jeunes juifs qui reviennent à leurs croyances et cérémonies, spécialement au Talmud, et de nombreux jeunes qui sont attirés par le catholicisme, dans ses variantes fraterno-chrétienne, social-léniniste, opus-déiste, ou fanatisme religieux rattaché à tout autoritarisme fasciste et inquisitorial. Il semblerait cependant aujourd’hui que ce qui était contrôlé par ces maffias est en train de leur échapper, et que les hiérarchies ne paraissent pas au courant de ce qu’il se passe. Ainsi, dans un journal du 10 juin 1997, l’on apprend que le cardinal J. Ratzinger, l’un des plus

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proches collaborateurs du Pape, révéla que les églises protestantes ont financé dans les années 60-70 des mouvements subversifs latino-américains. En vérité, cette accusation rétrospective nous semble incroyable aux habitants d’Amérique du Sud, où beaucoup des délinquants ayant pris les armes sont ou ont été prêtres, tout comme les agitateurs qui encouragent les invasions de la propriété privée, le vol et la mise à sac “pacifiques” selon eux, tout ceci sous les auspices de l’Église et le consentement des évêques qui nient hypocritement tout contact avec la Théologie de la Libération. En Amérique du Sud, n’importe qui peut le constater et cela paraît quotidiennement dans les journaux. D’autre part, il n’y a pas de village, pour éloigné qu’il soit, qui ne subisse le samedi durant toute la nuit, les lamentations assourdissantes des prières protestantes et des chants dissonants au maximum de volume, afin que les voisins soient forcés de les entendre et ne puissent dormir, pour des motifs confessionnels, de pouvoir, et d’agression à la communauté tout entière. Ces nuits représentent de véritables tortures pour le voisinage, surtout lorsque les catholiques ripostent avec la même méthode. Dans le journal d’aujourd’hui aussi, l’on informe que le patriarche orthodoxe Alexis II ne se réunira pas avec le pape. Motif: la prétendue influence souhaitée par le catholicisme dans les pays de l’ex-U.R.S.S. Pendant ce temps, la Tchétchénie a imposé la shariyah, ou loi islamique, dans laquelle comme on le sait, la femme est mutilée dans sa plus intime essence de fille de Dieu et le voleur se voit couper la main.
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“Les ‘ennemis’ de l’Islam devraient être égorgés sans merci, ‘depuis le nouveau-né jusqu’au vieux au bord du tombeau’, déclare un chef du Groupe Islamique Armé (G.I.A.) dans le bulletin clandestin de l’organisation diffusé en Europe, en justifiant les tueries en Algérie”. “Nous ne faisons ici qu’appliquer les préceptes de Dieu et son prophète”. “Lorsque vous entendez parler d’assassinats et de gens égorgés dans une ville ou un village, sachez qu’il s’agit de partisans du pouvoir ou que l’on exécute les ordres (des chefs du G.I.A.) de faire le bien et combattre le mal” (de la section internationale du journal ABC, Madrid, début octobre 1997, à partir d’un interview intitulé “Notre position” publié dans le numéro 13, de juin 1997, de “Al Yamaa”, qui “se présente comme ‘l’organe officiel du G.I.A. en Occident’.”). Qu’ils nomment cyniquement méta-politique.

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CHAPITRE II ÉSOTÉRISME ET FIN DE CYCLE Un fait courant chez les lecteurs de René Guénon est que, sous l’influence directe de la vérité et la beauté de ses textes, ils désirent à un moment donné rendre effectif tout ce qui est en train de se produire en eux et, à l’exemple de leur guide intellectuel, qui leur dit que lui-même n’est pas un maître et qu’il y a besoin d’un lien avec une tradition, qu’ils veuillent formaliser ce qui est encore virtuel dans le long cheminement vers la Connaissance. Il est reconnu que le métaphysicien français désigne les grandes Traditions de l’humanité –y compris les trois religions monothéistes– comme de possibles vecteurs de la réalisation intellectuelle. De fait, cette possibilité conduit des personnes mal informées à croire que ces voies religieuses sont les seules disponibles pour l’accès et postérieure incarnation de la Sagesse; la cause en est l’amalgame vulgaire entre religieux et sacré et la confusion –pour qui entame un chemin aussi nouveau que surprenant– entre religion et métaphysique. C’est-à-dire entre ésotérisme et exotérisme, équivoque diffusée par plus d’un semeur de désordre par ignorance ou mauvaise foi, toutes deux nuancées d’un certain fanatisme propre à cette fin de cycle.

Quoi qu’il en soit, comme nous le savons bien et avons déjà mentionné, la confession officielle catholique renie tout type d’ésotérisme ; d’autre part, il n’existe dans aucune autre religion que l’Islam une aussi grande différence entre exotérisme et ésotérisme.9Quant au judaïsme actuel, ce qu’il entend par Kabbale –qui signifie Tradition comme nous le savons– est en gros un ensemble d’us et coutumes cérémoniels, marqués par les préjugés et l’intolérance, attributs que partagent les deux autres confessions déjà citées. Il ne faut bien entendu pas oublier la valeur et le bien qu’ont apportés à l’ensemble de l’humanité ces religions civilisatrices, particulièrement dans le passé. De nos jours cependant elles constituent presque une entrave à toute initiation, ce qui ne veut pas dire qu’il ne s’agisse pas d’authentiques révélations et que leur message le plus pur, concrètement leurs livres sacrés où se trouve l’héritage premier de leurs envoyés, ne constitue pas un guide, au moyen de la Parole, sacrée et symbolique, expression d’un Logos Archétypique et donc support de la Connaissance. Mais, fruit de l’ignorance et signe des temps, le fait est que le rite et l’enseignement ont dû être "arrangés" par l’appareil théologique ou légal et par les mauvaises intentions de soidisant prêtres et prétendues autorités qui ont dénaturé à leur gré l’essence de ces théophanies. Malgré cela, l’on peut encore y découvrir une voie de réalisation spirituelle, à la condition qu’elle puisse s’accomplir en accord avec les principes énoncés ici, avec une vocation transparente, libre de toute intention ou manipulation intéressées ; comme c’est le cas de ces livres de sagesse qui constituent la Bible, en particulier ceux de Moïse pour les juifs et les chrétiens et surtout les Évangiles pour ces derniers. D’autre part les islamiques possèdent le Coran et d’autres textes sacrés complémentaires, tout comme les deux autres monothéismes. Il est clair en tout cas que toute la Connaissance se trouve là, pour qui pourrait la dévoiler, et cette source vive existe pour ceux qui pourraient l’incarner, et ce serait erroné, voire monstrueux de nier cette évidence. Quant aux rites et cérémonies exotériques, ils peuvent parfois nous accompagner avec profit dans notre voyage vers l’Unité Centrale et nous signalerons comme méthode le travail avec l’Arbre Séphirotique de Vie de la Kabbale hébraïque, mais celui-ci n’est pratiquement pas connu dans l’exotérisme juif ; or, il serait tout aussi erroné de penser que la Connaissance serait exclusivement patrimoine des religions abrahamiques, et encore davantage par les temps qui courent, inévitablement marqués par la chute et la corruption de toutes les institutions.10 Ceci dit, il s’agit de respecter plusieurs autres alternatives ou voies d’accès au Centre où l’on sait que se conjuguent les contraires et d’où la Volonté du Ciel se répand aux quatre coins de la planète, embrassant dans leur totalité tous les êtres humains se trouvant disposés à s’éveiller conduits par un appel de cette nature. Dans ce cas, il faut compter non seulement les traditions d’Orient ou d’Extrême-Orient, encore vivantes de nos jours, mais aussi de nombreuses autres, certaines d’entre elles archaïques qui, étant donné le moment cyclique crucial que nous devons vivre, ressurgissent avec toute leur puissance vitale.11 De toute manière, pour les habitants des villes d’Occident, rares sont les chemins initiatiques ouverts à la réalisation qui soient en accord avec les possibilités qui nous sont données par les limitations du milieu où nous devons vivre. L’on sait que le processus de la Connaissance est un sentier inversé par rapport à la vision du monde que nous octroient nos sens et se décrit comme une ascension de l’âme allant dans un premier temps de la multiplicité vers l’Unité, et dans un second de l’Être au Non-Être,

ou Suprême Identité (En Soph de la Kabbale) ; ce qui fait que se retourne la conception ordinaire, puisque ce qui n’Est Pas est l’origine aussi de l’Être Universel, dès lors que celui-ci est une affirmation du précédent. Sans aucun doute, le monde actuel ignore et nie cette possibilité qu’est la Métaphysique et n’accepte que la Religion dans le meilleur des cas, et il va de soi que ces deux modalités ne sont pas incompatibles, sauf si l’exotérisme coupe ses attaches avec "les racines des plantes", ce qui malheureusement se passe si souvent dans la culture européenne comme dans l’américaine et sa zone d’influence qui s’étend de nos jours dans le monde entier. Pour l’Occident, René Guénon a signalé tout spécialement deux institutions où l’on pourrait trouver des vestiges pour faciliter cette Initiation à la Connaissance : la Franc-Maçonnerie, qui est comme nous le savons une association ésotérique qui, malgré la dégradation des institutions contemporaines, conserve encore vivante l’Initiation dans certaines Loges, et –à contrecœur– l’Église Catholique –comme emblème du christianisme en général–, bien que cette dernière ait souffert de grandes modifications depuis la mort de Guénon, en particulier dans sa liturgie, malgré que l’on puisse encore y déceler quelques noyaux ésotériques, spécialement dans les ordres monastiques bénédictins et cisterciens (pas uniquement, en fait) ; ceci doit s’étendre aux églises orthodoxes grecque et russe tout comme à d’autres ramifications du christianisme ; il ne faudrait pas non plus oublier certains kabbalistes, encore que ceci ne soit pas valable pour la grande majorité des rabbins, à l’instar de ce qui se passe avec les prélats chrétiens. La pauvreté des religions, en général, est actuellement évidente, et ici doit se joindre l’exotérisme islamique, soit la troisième branche des traditions du Livre, qui de la même manière nient dans leur doctrine, ou en pratique, toute possibilité d’initiation. C’est là un triste panorama offert à l’homme et la femme moyens dans l’aire d’influence de la culture Occidentale, sauf s’ils adhèrent à quelque Tradition de l’Orient, comme l’Hindouisme, le Bouddhisme, le Zen, le Taoïsme, ou même celle d’une rarissime Tarîqah authentique. Étant donné que –soit pour la difficulté de connexion avec ces vrais centres traditionnels, soit pour l’impossibilité de s’attacher effectivement à des cultures, us et coutumes parfois diamétralement opposés aux siennes– cette sombre situation est la réalité présente, il convient de se demander quelles sont les autres possibilités qu’a l’homme actuel de trouver sa véritable identité et de rendre effective sa réalisation intellectuelle-spirituelle par les temps qui courent. Dans ces circonstances et au vu des écueils qui les jalonnent –qui pourraient bien être pris pour les premières épreuves de l’apprenti– il n’est pas surprenant qu’il se produise aujourd’hui des initiations solitaires, c’est-à-dire sans l’appui d’un maître vivant, même dans des traditions archaïques ou apparemment mortes, et l’on doit tenir compte que ces cas, rares jadis, doivent être de plus en plus fréquents par l’impossibilité de pouvoir s’unir à ceux qui seraient capables de nous guider dans notre cheminement, ou celle d’avoir accès à des groupes ésotériques traditionnels comme certaines loges maçonniques. Dans un article paru dans la revue Vers la Tradition et remanié pour le numéro 9-10 de SYMBOLOS, Roland Goffin expose dans ce sens la possibilité de l’initiation individuelle dans le monde actuel (pour sa propre irrégularité) en écrivant : « L’importance reconnue par René Guénon à la connaissance ‘théorique’ des principes métaphysiques et cela en dehors de tout rattachement initiatique, semble trop souvent être perdue de vue par bon nombre de guénoniens ». D’autre part, Guénon a aussi traité dans ses études le sujet des afrâd : « Une autre question, qui se rapporte aussi au

rattachement initiatique, a encore été soulevée en ces derniers temps ; il faut d’ailleurs dire tout d’abord, pour qu’on en comprenne exactement la portée, qu’elle concerne plus particulièrement les cas où l’initiation est obtenue en dehors des moyens ordinaires et normaux. Il doit être bien entendu, avant tout, que de tels cas ne sont jamais qu’exceptionnels, et qu’ils ne se produisent que quand certaines circonstances rendent la transmission normale impossible, puisque leur raison d’être est précisément de suppléer dans une certaine mesure à cette transmission. Nous disons seulement dans une certaine mesure, parce que, d’une part, une telle chose ne peut se produire que pour des individualités possédant des qualifications qui dépassent beaucoup l’ordinaire et ayant des aspirations assez fortes pour attirer en quelque sorte à elles l’influence spirituelle qu’ils ne peuvent rechercher par leurs propres moyens, et aussi parce que, d’autre part, même pour de telles individualités, il est encore plus rare, l’aide fournie par le contact constant avec une organisation traditionnelle faisant défaut, que les résultats obtenus comme conséquence de cette initiation n’aient pas un caractère plus ou moins fragmentaire et incomplet. »12 Néanmoins, ce n’est pas la peine d’aller si loin et de chercher des cas spéciaux, puisque Guénon lui-même reconnaît la validité de la Tradition Hermétique. En effet, à diverses occasions au cours de son œuvre et dans sa correspondance, le métaphysicien français traite de la Tradition Hermétique comme d’une Initiation liée aux Petits Mystères, c’est-à-dire à la restitution de l’être adamique : donc la naissance du véritable état humain. Il n’explique cependant pas de quelle manière peut s’obtenir cette initiation, placée sous l’invocation du dieu Hermès (Hermès Trismégiste), à laquelle se rattache cette transmission qui n’inclut aucun rite autre que le sentier de la Connaissance, l’étude, la méditation et la transmutation qui s’effectuent par cette voie –appelée en Inde JnânîYoga–, où se produit l’illumination en vertu de l’identité entre sujet et objet de la connaissance. Quoi qu’il en soit ce fait n’est absolument pas surprenant, car il ne mentionne pas non plus dans ses écrits ne serait-ce qu’une insinuation au sujet d’une autre "méthode" ou obtention de "résultats" dans le parcours initiatique, à part désigner comme vecteurs le symbole ou des pratiques universellement reconnues, comme peuvent l’être la respiration, le chant et la danse, la prière, le silence et la solitude, etc. Nous sommes chrétiens, spécifiquement catholiques, nous avons été baptisés et confirmés ; nous connaissons les sacrements de la confession et la communion et même l’un d’entre nous a eu la vocation religieuse. Nous avons également baptisé nos enfants –parfois d’une façon personnelle– et nous ne leur avons pas refusé l’instruction de caractère religieux. Mais en fait nous ne pouvons nous identifier ni avec la Théologie officielle, ni avec l’Église de Rome, et encore moins avec l’ignorance, l’hypocrisie, la corruption voire la délinquance du clergé de nos jours. D’un autre côté, le milieu dans lequel nous sommes nés, la culture qui nous a nourris, sont chrétiens et par-là contenant un arrière-fond juif et païen, bien que vus sous l’angle de la programmation et le conditionnement historique octroyés gracieusement par l’Église romaine, nuancés de nationalisme, intolérance et dictature, exercés dans ce siècle même dans les pays de langue castillane. L’on peut observer comment nous avons dû nous dépouiller peu à peu de nos entraves et tabous, beaucoup sur le plan religieux et moral, ce qu’a dû faire l’Église elle-même, pour ses besoins et ceux des fidèles qui sont malgré cela un peu

moins nombreux chaque jour. Dans ce siècle-ci, le catholicisme a en fait totalement modifié les rites, la théologie, la conduite et la piété de ses ouailles et de leurs pasteurs. En honneur à la vérité, il nous faut répéter que, pour des raisons de rythme touchant la fin de cycle, toutes les institutions sont également corrompues. En dépit de quoi nous, rédacteurs de SYMBOLOS, sommes demeurés totalement fidèles aux enseignements évangéliques, ainsi qu’à ceux de l’Ancien Testament. A la doctrine de l’Église aussi, si elle ne s’écarte pas de la pensée traditionnelle, énoncée en Grèce par Pythagore et Platon, postérieurement exprimée par les néoplatoniciens et les gnostiques (chrétiens ou pas), le Corpus Hermeticum, ou encore Proclus, et manifestée plus tard par Denys l’Aréopagite, cristallisant ainsi les structures du Moyen-Âge, et ce qui en suivit (Scot Erigène, l’école de Chartres, les Saint-Victor, Albert le Grand, aussi plusieurs aspects de l’aristotélicien Thomas d’Aquin, Eckhart, Suso, et encore tant d’autres) jusqu’à la Renaissance: Gémiste Pléthon, le Cardinal Bessarion, Marsile Ficin, Pic de la Mirandole, Nicolas de Cuse, Guillaume Postel, etc., etc. et leurs prolongations jusque dans le monde moderne. Telle est la doctrine qui nous intéresse car elle est identique à la base métaphysique de l’authentique christianisme originel. Et nous devons reconnaître que cette conception nous est parvenue au travers de l’Occident, et donc de la chrétienté, et bien sûr de son mode de vie et ses us et coutumes, qui sont les nôtres, pour une grande part, nous le répétons, d’origines juives et païennes. Nous devons y ajouter que la Bible est jusqu’à présent le Livre Sacré de notre Loge – ouverte au commencement de l’Évangile selon saint Jean–, en dépit de l’excommunication dont nous a frappé l’Église Catholique, ce qui nous importe guère, vu le parcours pour le moins accidenté de cette institution, au long des cycles de son existence, donc de la civilisation occidentale, et l’état de corruption dans lequel elle se trouve à ce jour. Mais si la proximité de la Fin de Cycle s’observe particulièrement au sein des religions et dans les groupes ésotériques, elle se constate aussi dans d’authentiques organisations ésotériques, comme la Franc-Maçonnerie ; il nous faut cependant remarquer que le fait est des plus flagrants chez les "adeptes" de Guénon, et plus spécialement chez trois de ses "héritiers" : F. Schuon, M. Pallis et J. Reyor. A ces derniers se joignent les "traditionalistes guénonniens de stricte observance" qui sont pour la plupart plus royalistes que le roi, et sont tenus par une sorte de rigueur qu’ils associent à la vision religieuse, la morale, la politique inquisitoriale et une présomption inversement proportionnelle à leur Connaissance. Et la logique veut qu’il en soit ainsi ; de quelle meilleure façon la contre-tradition pourrait-elle remplir sa fonction qu’en dénaturant la pensée et l’œuvre du plus grand interprète de la Science Sacrée de ce siècle ? Guénon a entamé le combat contre les imposteurs et cela n’a pas cessé de dégénérer depuis ; où pourrait-on mieux le remarquer si ce n’est précisément dans les milieux soi-disant en relation avec cette Science Sacrée ?

NOTES
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René Guénon écrit dans ses Aperçus sur l’ésotérisme islamique et le taoïsme : “L’ésotérisme islamique” : « De toutes les doctrines traditionnelles, la doctrine

islamique est peut-être celle où est marquée le plus nettement la distinction de deux parties complémentaires l’une de l’autre, que l’on peut désigner comme l’exotérisme et l’ésotérisme. » Le texte original fut publié dans Cahiers du Sud, 1947, p.153-154, et il est intéressant de noter qu’il fut écrit après plus de vingt ans passés au Caire, sans compter le précédent séjour de Guénon en Algérie.
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La vision religieuse n’arrive que jusqu’à la ligne d’horizon, incapable d’aller plus loin ou de pouvoir embrasser quelque chose de différent. Nous ne nous référons pas seulement, en Orient, à l’hindouisme ou au bouddhisme, mais aussi à leurs innombrables variantes (zen, djaïnisme, etc.). En tout état de cause, les “églises dispersées” du monde entier peuvent littéralement comptabiliser des millions de fidèles. Initiation et réalisation spirituelle. Ed. Traditionnelles, Paris 1986, p.55. Et il continue plus loin disant : « Un autre point très important est celui-ci : même en pareil cas, il s’agit bien du rattachement à une ‘chaîne’ initiatique et de la transmission d’une influence spirituelle, quelles que soient d’ailleurs les moyens et les modalités, qui peuvent sans doute différer grandement de ce qu’ils sont dans les cas normaux et impliquer, par exemple, une action s’exerçant en dehors des conditions normales de temps et de lieu ; mais, de toute façon, il y a nécessairement là un contact réel, ce qui n’a assurément rien de commun avec des ‘visions’ ou des rêveries qui ne relèvent guère que de l’imagination. » (cf. p.56-57). Et il ajoute, dans les pages 271-272 : « Nous dirons, au point de vue du taçawwuf islamique, que ce dont il s’agit relève de la voie des Afrâd, dont le maître est Seyidna El Khidr, et qui est en dehors de ce qu’on pourrait appeler la juridiction du ‘Pôle’ (El-Qutb), qui comprend seulement les voies régulières et habituelles de l’initiation. On ne saurait trop insister d’ailleurs sur le fait que ce ne sont là que de cas très exceptionnels, ainsi qu’il est déclaré expressément dans le texte que nous venons de citer, et qu’ils ne se produisent que dans de circonstances rendant la transmission normale impossible, par exemple en l’absence de toute organisation initiatique régulièrement constituée. Sur ce sujet, cf. aussi Orient et Occident, p. 230-231. » CHAPITRE III QU’EST-CE QUE LA TRADITION ?

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Tout comme l’on peut dire que l’existence du désordre est nécessaire pour que se crée un ordre, un cadre, l’on pourrait affirmer que l’instauration de ces limites est ce qui peut nous conduire à la pensée de l’illimité. La société contemporaine est donc le cadre, la limitation, où peuvent se voir des événements d’un autre ordre qui ont existé et existeront à jamais. L’homme contemporain a cru que grâce au simple expédient qui consiste à fermer les yeux et nier ce qui a été unanimement appelé Connaissance et Réalité, par toutes les civilisations traditionnelles et par tous les sages dignes d’être considérés comme tels, la Connaissance et la Réalité n’existent pas. C’est là exactement ce qui est arrivé avec l’Esprit qui, puisqu’on le nie, est estimé

insignifiant et ainsi se réduit pratiquement à rien ; cependant, du point de vue hermétique, le moindre est le plus puissant. L’Esprit, tout juste virtuel dans chaque homme, est la plus forte énergie et l’unique qui aie réellement le pouvoir de transmuter. C’est vers cette transmutation que se dirige tout le travail hermétique et cette œuvre ne peut se réaliser si ce n’est dans le milieu où nous sommes placés, avec la "matière" que nous avons entre les mains. Comme l’on sait, cette "transformation de la matière" n’est rien d’autre que notre propre transformation, dans le milieu où nous avons été appelés à vivre et duquel nous ne sommes pas indépendants, qui englobe aussi bien l’Europe que l’Amérique, car dans chaque segment du cycle existe la possibilité latente de la libération. C’est en voyant ce que nous sommes vraiment, et non en supposant ou imaginant ce que nous voudrions être, que nous allons pouvoir réaliser notre tâche. Ce milieu est aussi dans ce sens un reflet de nous-mêmes dans lequel nous pouvons voir sans cesse notre propre image ; nous ne sommes pas étrangers à lui sinon, au contraire, semblables puisque la vie étant un ensemble de relations en mouvement, nous sommes étroitement liés à la société actuelle, vu que nous sommes nés en son sein, ce par quoi notre relation est mutuelle, tout comme ce qu’il se passe entre le microcosme et le macrocosme. La différence établie par le fait que notre vie individuelle se soit produite dans la matrice, dans le moule de la société contemporaine n’est pas essentielle, mais juste secondaire, entre nous et un homme né sous le signe de n’importe quelle autre société, soit dans un milieu différent, et à une autre époque, sous d’autres étoiles. Le cosmos tout entier est un ensemble immense de relations harmoniques en mouvement et la terre constitue une part de cet ensemble. Il est reconnu que l’harmonie s’obtient au travers de la dysharmonie, puisque ce premier concept ne pourrait exister sans le second. Ainsi donc les apparentes dysharmonies partielles ne sont que l’expression dans un monde, un plan ou un ordre, de ce qu’est l’harmonie de l’ensemble. De même l’histoire des civilisations et les différentes étapes qu’elles ont traversées sont également le reflet de ce qu’il leur est inhérent ; il est important de faire ressortir dans ce sens que l’homme actuel se visualise comme historique. Il ne peut en fait imaginer son existence sans l’histoire : les détails anecdotiques de sa personnalité se prolongeant sur le ruban de la succession temporelle constituent ce qu’il appelle son être, ce avec quoi il s’identifie. Il ressent la même chose au sujet du corps social qu’il doit doter d’une histoire, ou d’un credo, pour qu’il soit "effectif", "réel". En revanche, pour les civilisations traditionnelles ou les cultures archaïques, c’est-àdire pour celles qui vivaient la Connaissance et qui nous l’ont léguée comme l’expression suprême de leur propre essence, –par-dessus toute chose ou détails– l’histoire était secondaire.

A vivre l’Éternel Présent, les deux faces de la succession –passé et futur– s’annulaient totalement. Sans l’illusoire anxiété de venir de quelque part et d’aller autre part, ces cultures étaient, tout simplement; elles réalisaient en soi ce pour quoi elles avaient été conçues, leur modèle social répondant ainsi à leur structure interne, en intime relation avec le cosmos. Chacun des individus formant part de cet ordre, étaient aussi inclus dans l’inspiration même de cet ordre, sa raison d’être. Ainsi le schéma social n’était ni arbitraire ni fortuit, et l’appareil culturel, leur Tradition, n’était pas une simple somme de conventions quelconques. Mais ceux-ci symbolisaient d’autres réalités qui se manifestaient par leur intermédiaire afin d’établir un encadrement adéquat pour expérimenter différents niveaux de connaissance et pour concrétiser diverses manières d’existence ; pour cette raison l’on déclare que les origines de toute culture sont sacrées. Il est inutile de souligner que cette phrase ne se réfère en rien à la conception du sacré que possède en général l’homme contemporain. Ce dernier n’est pas pour autant entièrement responsable, ni coupable, de ses propres conceptions. Héritier d’une Tradition dégénérée, habitant d’une ville profane qui a perdu toute la mémoire des choses, devant s’identifier à elle pour pouvoir subsister, il est inévitable qu’il porte au front le sceau de l’ignorance –et donc de la souffrance. Et il est intéressant de remarquer que celui qui porte cette marque indélébile, par laquelle il est constamment et en toute occasion conditionné, n’est autre que chacun de nous, s’exprimant en termes de conception de type historique –et même géographique. Nous apprenons à manger, à marcher, à parler. Nous apprenons à symboliser et à avoir de la mémoire. Et cependant nous oublions que, chez l’homme ordinaire, absolument tout est appris. Nous tenons toutes ces choses pour naturelles. Et, comme tout le monde fait de même, d’un côté nous assistons au spectacle de la plus inconcevable confusion de langues et d’incommunicabilité ; de l’autre à l’explosion de la violence sous toutes ses formes et manifestations, dérivant directement de ces préjugés, de ces valorisations que nous jugeons opportunes ou inopportunes, de l’accord de personnes, d’idées, de choses que nous acceptons sans discussion, nous identifiant à elles pour ainsi les faire "nôtres". Il n’est donc pas étonnant que, dans une société comme celle qui nous est échue, les concepts soit clairement dénaturés au point de sembler inversés par rapport à une civilisation authentique ou à une culture "primitive", ce qui revient à dire par rapport à la Connaissance et la Sagesse. Les images liées au sacré qui s’associent inévitablement à la religion ne pouvaient subir d’autre destin. Cette puérile conception est apparentée à quiconque s’arroge la possession d’une déité ou d’une autre. La Vérité est une, et c’est seulement dans ses strates les plus basses qu’elle se divise pour donner place dans notre ordre au fait de la multiplicité institutionnelle. Comme il est évident, la Vérité n’a en soi rien à voir avec aucune institution, D’un autre côté, les différentes églises, pseudo-églises et sectes d’aujourd’hui –qui seront de plus en plus nombreuses, comme on peut le voir– n’ont pas de point de vue, de vision différente de la société où elles sont insérées (beaucoup d’entre elles en sont le produit), et modifient plutôt leur optique –qui avait à l’origine un environnement sacré– afin de survivre dans le milieu actuel. C’en est arrivé à de tels extrêmes qu’il est difficile de les distinguer de certaines fraternités ou associations de secours mutuels d’une part, de sociétés commerciales se partageant l’utilité de plusieurs bilans d’autre part, et dernièrement, de simples bandes de brigands.

L’institution visible porte en elle le germe de sa propre décadence et de l’humanité à laquelle elle appartient. Quand les temples et les cultures sont achevés de construire, de se solidifier, à cet instant commence leur lente dégradation. Telle est la loi du cycle ; lorsque s’est enfin pu constituer la culture ou la cité, –créée par ses constructeurs– lorsque finalement l’immense effort de quelques-uns a donné lieu à une codification, à un ordre, approprié à la manifestation de la vie humaine, cet ordre commence à décliner. Son époque la plus brillante correspond à l’apogée de son fonctionnement. Mais ce "fonctionnement" même est la cause de sa "chute". L’organisation vivante se convertit en un modèle mécanique. Avec le temps, les hommes éloignés de leurs origines prendront littéralement le modèle mécanique pour la "réalité". Ou, pour s’exprimer autrement, ils confondront leurs propres conceptions culturelles avec la vie même. Le fait est particulièrement douloureux lorsque ces conceptions ont vu leur vérité s’amoindrir en vertu de l’usure inhérente à tout cycle. C’est dans ce sens que l’on dit que, dans le cycle solaire, le soleil est lui-même le protagoniste et la victime de son rituel symbolique quotidien. En effet, enfermé dans sa propre prison, il ne peut outrepasser les limites de l’aurore, midi, crépuscule et minuit, soit de sa "chute". Il ne peut non plus transcender celles que lui imposent solstices et équinoxes. Au cours de cette danse rituelle, parvenu à l’été et à midi dans son ascension, il ne peut que descendre vers l’automne et le crépuscule. Si nous tenons compte du fait que le cycle solaire se lève à l’Orient et se couche à l’Occident, et que ce point cardinal correspond à l’automne, symbole de l’affaiblissement que vit la nature en cette période, et au crépuscule, ce moment du cycle quotidien où la nuit tombe et se génèrent les ombres qui rendent la vision plus difficile, nous pouvons en déduire quelques choses intéressantes. Et non seulement celles qui sont en rapport avec l’actuel milieu social, qui se définit lui-même comme occidental, mais aussi avec le fait que ce cycle même que nous vivons est précédé d’un autre –dans lequel la société et l’être humain individualisé peuvent avoir été différents– et qu’un autre doit le suivre, c’est-à-dire une autre humanité ; nous ignorons pratiquement tout de l’un comme de l’autre. Mais ce que nous ne pouvons nous permettre, c’est de ne rien savoir au sujet des circonstances qui nous sont données de vivre. Nous devons les connaître parce qu’elles sont les formes, les symboles, les manifestations de la vie dont elles sont parties intégrantes. Si nous ne connaissons pas notre milieu et n’en sommes pas les participants à un degré plus ou moins grand, nous ne pourrons en sortir. Et alors il ne nous restera qu’à tenter une fuite imaginaire, ce que par ailleurs nous avons coutume de faire chaque jour. Au contraire, la première tâche de l’aspirant à la Connaissance est d’affronter le monde qui lui est échu. C’est-à-dire le voir et l’entendre, bien que nous soyons dans la phase finale du Kali-Yuga. Afin de pouvoir atteindre cet objectif, il est paradoxalement nécessaire de nous écarter du monde, car étant mêlés à son avenir et en ayant extrait toutes les valeurs constituant notre être, il nous faut nous arrêter et l’observer sans passion. C’est bien évidemment un travail très ardu, puisque notre propre programmation – avec laquelle il ne nous viendrait jamais à l’idée de cesser de nous identifier–, n’est rien d’autre qu’un sentiment adopté et caressé par le milieu même que nous essayons

d’observer. En effet, en nous disant que nos conceptions sont extraites de l’environnement, l’on ne nous dit pas que le fait ne concerne que l’intellect, sinon la totalité de l’être humain ; les croyances les plus chères, les convictions les plus enracinées, les sentiments les plus purs, soit l’identité de l’homme ordinaire, qui est une alternative de ce que lui offre le système socio-culturel en vigueur dans un temps cyclique et cosmique déterminé. Ses différents rôles seront joués en fonction de cela. Il va de soi, donc, que ce que nous entendons par Culture ne sont pas les "arts" et les "lettres" régnant dans une période donnée, ni ce que nous concevons par Tradition est représenté par les us et coutumes d’un temps historique. Ce n’est pas même le catalogage des détails de ces différents peuples. Une Culture est la conception intériorisée d’une façon d’être cohérente, qu’expérimentent tous ceux qui s’y intègrent. C’est un organisme vivant qui, pour se manifester, a pris une structure déterminée le rendant apte à l’interaction de ses différents composants, dont les canaux communiquent dans le but de satisfaire toutes leurs nécessités. Cette forme particulière de voir l’organisation, culturelle ou sociale, prend un intérêt spécial dès que l’on songe que toutes les cités ou civilisations ont, comme nous l’avons déjà souligné, une Origine Mythique, ce qui revient à dire sacrée. Dans un milieu de cette nature, la Tradition en soi n’est que l’image du Monde Archétypal, Intemporel qui s’exprime cycliquement sur le ruban du temps. Et l’attention est fortement attirée par le fait que tous les instruments culturels où s’exprime sa fonction civilisatrice, c’est-à-dire l’Œuvre de ses dieux, demi-dieux, sages ou héros, sont attribués unanimement à des révélations supra-cosmiques, donc surhumaines. Il n’est pas non plus correct de supposer qu’existent plusieurs cosmos. Le cosmos est un seul, comme se charge de fort bien de l’expliquer Platon dans Timeo. La succession de mondes ou de cycles de taille ou de durée indéfinies est le sens conceptuel donné au mot Cosmos. Le cycle de l’électron vivant, le cycle atomique inséré dans le cycle moléculaire, le moléculaire naviguant dans le cellulaire, le cellulaire présent dans le cycle humain, l’humain se déplaçant dans le cycle de la nature, le cycle de la nature coexistant avec celui de la Terre, celui de la Terre dépendant totalement du cycle solaire, le cycle solaire circonscrit à l’ordre de son centre galactique, le centre de la galaxie déterminé par un autre centre galactique, et ainsi successivement, indéfiniment, est constitué le concept de Cosmos. Rien n’est possible au-dehors, puisqu’il ne peut rien exister d’extérieur au Cosmos. Est exclue toute possibilité, de n’importe quel type, puisque le Cosmos est un et l’idée d’une pluralité de Cosmos ou de différentes métaphysiques, est une pure contradiction envers ce que signifient les concepts de Cosmos et de Science Sacrée. Le Cosmos n’est pas la somme de ses parties, tout comme la Tradition n’est pas l’ensemble de coutumes, morales et orthodoxies d’un temps donné, puisque leur Origine est au-delà de toute époque ou détermination. Ainsi donc, lorsque l’on nous dit que quelque chose est supra-cosmique, ou constitue la Tradition, nous devons comprendre que l’on traite d’un concept qui se trouve au-delà de la compréhension ordinaire de l’homme. De quelque chose d’invisible que ne peuvent appréhender les sens de l’homme moyen. De quelque chose qui est cependant

si authentique et si réel que l’on peut dire qu’il s’agit de la vie même. Ce niveau de perception (pour lui donner un nom) est intimement lié à la connaissance directe d’autres modalités du temps et de l’espace commun. Car cet homme se trouve emprisonné entre les murs de son propre cosmos. C’est-à-dire de tout ce qu’il a été capable de concevoir, puisqu’il n’y a rien hors du cosmos de notre conscience. Ces conceptions se transmettent dans l’organisme humain –aller et retour– au travers des conduits du système nerveux, analogues à ceux qui révèlent la civilisation, les rues, voies de communication d’une ville. Il est facile de comprendre que cette dernière n’est pas la somme de ses habitants, des briques formant maisons, non plus que de quelque accident géographique ou particulier, bien que tout ceci en soit partie intégrante. Mais que la Culture transmise par la Tradition –il n’y a pas de Tradition sans Culture ni de Culture sans Tradition– est fondamentalement un concept, une idée, un espace autre, pour le définir ainsi. L’image se fait plus claire si l’on prend une part constitutive du modèle de la cité ou bien une tradition particulière. Le temple ou la maison-foyer est une réplique à l’échelle du modèle social et de la révélation qui l’a engendré. Autant la ville, que le temple ou la maison-foyer, sont des espaces construits, significatifs par rapport à l’aridité de l’espace amorphe et désertique qui les entoure. Ces espaces significatifs, ces héritages traditionnels, furent créés à partir de matières préexistantes, indivises, invisibles et chaotiques –au plus haut degré de cette dernière acception–, comme il est dit dans toutes les genèses ; l’œuvre de la création est réalisée par le Démiurge et ses aides. Aussi bien dans la cité que dans le cosmos, le créateur (ou les créateurs) sont toujours présents mais n’en forment pas partie. Toute construction est le produit d’une idée primitive, d’une conception intelligente se développant à partir d’un centre, d’une synthèse conceptuelle, par intuition directe. Et, de la même façon que nous ne sommes pas notre cœur ou nos poumons, ni notre foie ou nos pieds et mains sinon que les relations du tout constituent un organisme vivant, les diverses relations révélées conforment la Tradition, le Cosmos, et leurs cycles. Cependant, cette limitation imposée par le cosmos même, duquel nous dépendons en tout pour vivre, duquel nous sommes les enfants, donc faits à son image et ressemblance, peut être transcendée par son propre milieu et celui de la Tradition qu’il a faite sienne. En effet, les "vibrations" du créateur sont toujours présentes dans son œuvre bien que de façon immanente.13 Autrement dit, occultées sous la forme de l’idée ou de l’intelligence créatrice. Cette idée ou intelligence est d’un autre ordre que la construction matérielle à laquelle elle donne lieu. Elle est "antérieure", en temps successif, à la construction manifestée mais coexiste parfaitement avec. De cette autre dimension du temps linéaire, l’on peut dire qu’elle est au-delà de celui-ci ; qu’elle le transcende et lui donne son sens véritable.

Cela se passe ainsi avec le monde, car l’idée que nous en avons est relativisée par les parts qui le constituent ; mais de même que tout espace, par exemple une chambre, n’est pas la somme de ses constituants14 sinon qu’il réalise une idée "antérieure" que la chambre ou l’espace symbolisent et qui y est implicite, ainsi la Tradition ne peut être assujettie à des normes... Ce qu’il s’agit de dire en définitive, c’est qu’autant le cosmos que la culture sont limités. Et que c’est cette limitation qui marque notre conditionnement. Ce sont par ailleurs ces mêmes structures qui nous permettent d’en sortir et c’est là exactement ce pour quoi elles ont été conçues ; tel est le cas de la Tradition, car tout comme le mouvement cosmique nous donne une idée de l’immobilité, ainsi la limite est ce qui nous donne l’idée de l’illimité. La Culture devient alors une absence n’ayant rien à voir avec l’information ou l’histoire, quelque chose qui n’est pas la statistique de l’acte culturel mais plutôt sa négation.15 Il se passe quelque chose d’analogue avec l’émanation cosmique. L’intérêt n’est pas telle ou telle autre part du cosmos ou son énergie, mais vérifier que cette réalité est inexistante comme telle, au-delà de ses propres limites. Le symbole en est la pierre qui couronne l’œuvre constructive et qui est aussi l’origine et l’issue du cosmos, ce qui établit un contact avec "d’autres mondes", c’est-à-dire d’autres relations spatio-temporelles qui ne se perçoivent, à l’instar de toute chose, que dans l’intériorité de la conscience. Tout ceci est strictement en rapport avec ce qu’est la Tradition, Unanime et Pérenne, toujours présente et verticale, aussi valable aujourd’hui qu’elle l’a toujours été et le sera pour tout autre manvântara, ou toute autre humanité, puisqu’elle est Éternelle et simultanée, symbolisée par le Pôle comme porte d’entrée et de sortie vers le supracosmique, origine et fin de toute manifestation, à l’encontre de la vision perpétuellement historique et sociale de ceux que leurs limitations traditionalistes ne laissent qu’imaginer des sociétés et des églises idéales, aussi confuses dans leur vague imagination que les projections de leurs aspirations frustrées.

NOTES
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Ces vibrations harmoniques relient en permanence l’immanence et la transcendance divines, tout comme le microcosme et le macrocosme sont une même chose dans l’Éternel Présent, en raison de quoi l’être humain peut accéder à l’Être universel en tout segment du temps chronologique, ce qui revient à incarner la Tradition Primordiale. La résistance des murs aux impacts, la capacité en mètres carrés ou mètres cubes, le poids des matériaux de construction, le sujet de l’acoustique, etc., ou toute autre “mesure”, qui pourraient remplir des rapports entiers, d’innombrables codes qui ne nous diraient rien de cette chambre en soi et avec lesquels nous ne pourrions pas la connaître. L’histoire a son importance, mais pas autant lorsqu’il s’agit de ce qui est intemporel, ce qu’a parfaitement compris Mircea Eliade. Une autre des erreurs

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historicistes occidentales est l’assimilation pure et simple de la Tradition, polaire et toujours actuelle, aux religions du Livre au détriment de toutes ses autres expressions historico-sociales, et surtout en regard de sa manifestation au-delà de tout cadre espace-temps. CHAPITRE IV BRÈVE SUR LA NÉCESSITÉ DE L’EXOTÉRISME En 1925 Guénon écrivait dans L’homme et son devenir selon le Vêdânta : « L’exotérisme et l’ésotérisme, envisagés, non pas comme deux doctrines distinctes et plus ou moins opposées, ce qui serait une conception tout à fait erronée, mais comme les deux faces d’une même doctrine, ont existé dans certaines écoles de l’antiquité grecque. On les retrouve aussi très nettement dans l’Islamisme mais il n’en est pas de même dans les doctrines plus orientales. Pour celles-ci, on ne pourrait parler que d’une sorte ‘d’ésotérisme naturel’, qui existe inévitablement en toute doctrine, et surtout dans l’ordre métaphysique, où il importe de faire toujours la part de l’inexprimable, qui est même ce qu’il y a de plus essentiel, puisque les mots et les symboles n’ont en somme pour raison d’être que d’aider à le concevoir, en fournissant des ‘supports’ pour un travail qui ne peut être que strictement personnel. A ce point de vue, la distinction de l’exotérisme et de l’ésotérisme ne serait pas autre chose que celle de la ‘lettre’ et de ‘l’esprit’ ; et l’on pourrait aussi l’appliquer à la pluralité de sens plus ou moins profonds que présentent les textes traditionnels ou, si l’on préfère, les Écritures sacrées de tous les peuples. » La même année, il affirmait dans L’ésotérisme de Dante : « ... l’ésotérisme véritable est tout autre chose que la religion extérieure, et, s’il a quelques rapports avec celle-ci, ce ne peut être qu’en tant qu’il trouve dans les formes religieuses un mode d’expression symbolique ; peu importe, d’ailleurs, que ces formes soient celles de telle ou telle religion, puisque ce dont il s’agit est l’unité doctrinale essentielle qui se dissimule derrière leur apparente diversité. C’est pourquoi les anciens initiés participaient indistinctement à tous les cultes extérieurs, suivant les coutumes établies dans les divers pays où ils se trouvaient ; ... » Les citations de ce genre se multiplient dans l’œuvre de Guénon et peuvent se trouver dans différents ouvrages, parmi lesquels Aperçus sur l’initiation (1947) : « La religion considère l’être uniquement dans l’état individuel humain et ne vise aucunement à l’en faire sortir, mais au contraire à lui assurer les conditions les plus favorables dans cet état même, tandis que l’initiation a essentiellement pour but de dépasser les possibilités de cet état et de rendre effectivement possible le passage aux états supérieurs, et même, finalement, de conduire l’être au-delà de tout état conditionné quel qu’il soit. » Et dans Symboles fondamentaux de la Science Sacrée, dans les deux volumes de ses Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, etc., et en particulier dans l’étude appelée "Christianisme et Initiation" de Aperçus sur l’Ésotérisme Chrétien, duquel nous citerons : « Pour conclure enfin, nous pouvons dire ceci : en dépit des origines initiatiques du Christianisme, celui-ci, dans son état actuel, n’est certainement rien d’autre qu’une religion, c’est-à-dire une tradition d’ordre exclusivement exotérique, et il n’a pas en lui-même d’autres possibilités que celles de

tout exotérisme ; il ne le prétend d’ailleurs aucunement, puisqu’il n’y est jamais question d’autre chose que d’obtenir le ‘salut’. » Ces citations d’introduction sont importantes car nous voulons nous référer au chapitre de Guénon sur la "Nécessité de l’exotérisme" dans son œuvre Initiation et Réalisation Spirituelle (qui a prêté à tant de confusion et qui en effet prend le contrepoint des près de vingt-sept volumes de ses œuvres complètes, et se réduit d’ailleurs à quelques rares phrases dissonantes dans le contexte habituel de son discours), paru dans Études Traditionnelles à la fin des années quarante. Nous pensons que c’est peut-être dû à une situation de circonstance temporaire, de moment historique ; de nombreux écrits de Guénon en sont l’exemple, publiés à diverses époques, dans divers média (beaucoup parmi eux se trouvant être même opposés entre eux, antagoniques), revues et publications de styles très différents, et donc destinés à des auditoires différents. Cependant l’essence de sa doctrine est la même et nombre de ces études ont formé part des livres qui constituent son œuvre complète, comme c’est le cas ici; dans une forte proportion, la doctrine de l’auteur en est la cause, partant d’une Tradition Primordiale qui se fragmente et donne place à de nombreuses formes traditionnelles parmi lesquelles se trouvent les religions connues, la Maçonnerie (il mentionne même les amérindiens), etc., et il n’hésite pas à voir en elles essentiellement la même chose, c’est-à-dire les Principes Universels émanant d’une unique Origine. Pour nous, cette adéquation aux formes nie précisément que n’importe laquelle d’entre elles soit infaillible ou unique, comme l’affirment les catholiques ou les fondamentalistes de toute religion ou mouvement –y compris les francs-tireurs qui tentent d’utiliser l’œuvre de Guénon pour leurs discours égotistes personnels– en raison de la possibilité de leur donner diverses interprétations ; de même pour l’infaillibilité de quiconque traite ou exprime les thèmes de la Connaissance, par exemple Guénon. En effet, la Doctrine (verticale) est une, mais les modalités qu’elle adopte (horizontales) et la façon de se manifester en accord avec des circonstances de temps et de lieu, invalident cette extrême prétention de précision dogmatique, par ailleurs propre à l’Occident et d’origines aristotéliciennes, rationnelles, logiques et soidisant systématiques, complètement étrangères aux textes sacrés de tous les peuples et même absentes dans Platon et le néoplatonisme.16 C’est dans ce sens que nous faisons nôtres les mots de René Alleau, prononcés au cours du colloque de Cerissy-La-Salle en 1973, intitulé «René Guénon et l’actualité de la pensée traditionnelle», dont il fut l’organisateur avec Marine Scriabine, l’un des plus importants colloques donnés en hommage au métaphysicien français, guide spirituel d’un fort courant de pensée : « La notion d’orthodoxie guénonienne me semble être des plus étrangères à l’œuvre et la pensée de René Guénon, tout comme à la pensée de tout véritable philosophe traditionnel. » En tout cas, le fait que la pensée de Guénon soit vivante pour tous ceux qui peuvent y accéder, prouve l’impossibilité de lui assigner une étiquette et de la rendre assimilable à un niveau qui y soit intéressé. Mais, pour revenir sur le sujet de l’ésotérisme et de l’exotérisme ou, si l’on préfère, de la métaphysique et de la religion, cela ne veut pas dire que l’horizontal ne soit pas un reflet du vertical, et qu’il n’existe donc pas dans l’horizontalité les moyens d’appréhender le vertical, question que connaissent toutes les gnoses. C’est là la raison de ce que les rites exotériques soient un moyen puissant de vivifier l’ésotérisme, encore que nous le connaissions, par la nécessité même de l’actualiser en permanence. Il s’agit, dans ce cas, de rituels religieux (horizontaux), mais il faut tenir compte que ces rites forment part d’un autre, plus large, qui est le rite de

notre engagement envers la Connaissance (verticale) qui marque tous les actes et instants sacrés de notre vie, à l’instar des sociétés traditionnelles. C’est ainsi que le rite exotérique est sûrement à conseiller et sera efficace s’il est compris dans la Gnose. Nous rappellerons à cet effet une citation de Guénon au sujet de Thomas d’Aquin qui disait : « Une chose peut être nécessaire à telle fin, de deux façons. D’abord, comme ce sans quoi il est absolument impossible d’atteindre ce but ; ainsi la nourriture est nécessaire pour conserver la vie. D’une autre manière, comme ce par quoi on atteint mieux et plus convenablement cette fin : ainsi le cheval est nécessaire pour faire la route ». Le schéma est le même dans ce cas : le véhicule n’est pas indispensable, mais il est utile et nous aurions tort de ne pas le prendre si nous en avons la possibilité. Certains possesseurs de rites ésotériques, par exemple les maçons, ont considéré cela comme une indication de s’en tenir à un exotérisme religieux, en particulier le Catholicisme, ce qui donna lieu à ce que l’on nomme la double appartenance. Nous, en réalité, nous pensons que l’article de Guénon sur l’exotérisme religieux est adressé, précisément dans cette circonstance, à Schuon, avec qui Guénon entretenait de graves dissensions du fait de en pas s’en tenir à la Tradition islamique, c’est-à-dire qu’il prétendait diriger une tarîqah soufie sans même être musulman. Ce qui possède une véritable importance dans l’exotérisme catholique, c’est la revitalisation de la vie, la passion et la mort du Christ dans toute sa magnificence symbolique et transcendante, et la lecture des évangiles, y compris les apocryphes et le reste du Nouveau Testament, et les textes de l’Ancien Testament auxquels ils font référence et même sur lesquels ils sont fondés, pleins de signification ésotérique et qui n’ont forcément rien à voir avec la lecture qu’en font les autorités ecclésiastiques et le clergé en général, de nos jours ; cela n’est pas un obstacle pour que cet exotérisme religieux soit valable pour la foule de ceux auxquels leurs propres caractéristiques d’âme et d’intellect ne permettent pas de comprendre les grands mystères de la cosmogonie, l’ontologie et la métaphysique, et ces exotérismes sont parfaitement valables dans le sens qu’ils établissent en quelque sorte un ordre dans le constant devenir du temps, dans les passions et dans les comportements des hommes, tout en ouvrant de nouvelles perspectives de Connaissance dès que l’interprétation littérale, le sentimentalisme, la piété, la stricte «religion » et l’autocompassion peuvent être dépassés. L’exotérisme a été nécessaire et, comme le signale Guénon lui-même, c’est là précisément la fonction de l’Église catholique, mais la nécessité pour un initié de pratiquer les rites exotériques est tout autre chose.17 En fait, il existe ici une contradiction, car en rendant l’exotérisme nécessaire, l’ésotérisme apparaît comme accessoire, alors qu’il est la réalisation primordiale, l’identité du sujet de la Connaissance.18 Mais qu’entend-on exactement par exotérisme ? Assister aux cérémonies religieuses les jours où la participation aux sacrements est une forme de vie sociale ? Ou accepter une fois pour toutes les dogmes, du concile de Nicée jusqu’à nos jours, ou les us et coutumes d’une religion ? Si nous prenons le catholicisme comme référence, l’acceptation du dogme consiste, entre autres, à reconnaître que Jésus est Dieu, et non une manifestation de la Divinité. Un Dieu absolu, incarné dans l’histoire et hors duquel il n’y a pas de salut. L’acceptation de cet exotérisme serait totalement contraire à la pensée ésotérique dans toutes les traditions, et en serait même une forme de négation,

puisque l’affirmation exotérique se passe de la pérenne manifestation divine, du Logos éternel, matière qui est l’essence de tout ésotérisme et cherche à réaliser l’union avec le Principe, possibilité indissociable de l’existence même de l’homme. L’inverse reviendrait à admettre que le verbe est plus que l’esprit ou que la religion est supérieure à la métaphysique. Dans ce sens, il semblerait que Guénon contredise toute son œuvre dans quelques phrases de l’article auquel nous nous référons ; et il prend en effet le contrepoint, il nous semble, de cette citation extraite de son Introduction Générale à l’étude des Doctrines Hindoues : « Pour revenir à la question même qui nous occupe présentement, nous rappellerons que nous avons déjà indiqué ce qui distingue, de la façon la plus essentielle, une doctrine métaphysique et un dogme religieux : c’est que, tandis que le point de vue métaphysique est purement intellectuel, le point de vue religieux implique, comme caractéristique fondamentale, la présence d’un élément sentimental qui influe sur la doctrine elle-même, et qui ne lui permet pas de conserver l’attitude d’une spéculation purement désintéressée ; c’est bien là, en effet, ce qui a lieu pour la théologie, quoique d’une façon plus ou moins marquée suivant que l’on envisage l’une ou l’autre des différentes branches en lesquelles elle peut être divisée. » Guénon a cependant parfois signalé dans ses lettres l’opportunité de suivre le rite exotérique, s’adressant spécialement à de nombreux islamiques et chrétiens et, à ces derniers en particulier, en soulignant à chaque fois le caractère uniquement exotérique du catholicisme de nos jours. Voir la correspondance avec Goffredo Pistoni, publiée dans SYMBOLOS (Nº 9-10, p.309-325). Ainsi, dans une lettre à Rodolfo Martinez Espinosa, issu d’une famille argentine catholique pratiquante : « Quant aux questions que vous soulevez dans votre lettre, permettez-moi de vous dire très franchement que ces difficultés me paraissent venir surtout de ce que vous ne faites pas une distinction assez nette entre le point de vue religieux, d’une part, et le point de vue métaphysique et initiatique, d’autre part ; ... Tout ce qui est religieux, y compris le mysticisme, concerne les possibilités individuelles dans l’extension indéfinie dont elles sont susceptibles, et ne les dépasse pas ; c’est d’ailleurs sa raison d’être, comme celle de la réalisation métaphysique est au contraire d’aller au-delà ; ... » « Je dois aussi appeler votre attention sur le fait que le point de vue religieux est nécessairement lié à certaines contingences historiques, tandis que le point de vue métaphysique se réfère exclusivement à l’ordre principiel. » Nous pensons que cette apparente contradiction qu’introduit dans son œuvre le guide intellectuel de tant de monde, où il n’est pas aussi précis et itératif que de coutume, pourrait être une épreuve, un obstacle à franchir –comme Guénon le fait souvent dans d’autres parties de son œuvre– et représenterait une contradiction à surmonter, livrée à ses lecteurs qui –comme tant d’autres– ne peuvent interpréter sa pensée sur le mode livresque sinon la vivre, et résoudre leur problématique individuelle dans laquelle ils devraient se voir reflétés comme dans un miroir. Au sujet de l’exotérisme correspondant aux « Petits Mystères » et l’ésotérisme aux « Grands Mystères », à l’évidence il n’en est rien et Guénon le précise toujours, car ce sont deux mondes absolument distincts, voire opposés, ce qui n’enlève rien au fait que les pratiques religieuses et l’exotérisme en général soient largement recommandés à

tous ceux qui ne possèdent pas de références directes sur l’ésotérisme. Il est par ailleurs évident que, dans ses écrits, Guénon n’utilise pas le mot Dieu –sinon occasionnellement– comme l’ont fait avec abus ses ‘successeurs’ et c’est clairement intentionnel : à quel dieu ceux qui le nomment ce réfèrent-ils, comme désirant affirmer un sentiment personnel, individualisé, et contraire au concept de l’Identité Suprême, du Soi-Même, de la Non-Dualité ? Il semblerait en effet, nous l’avons dit, que les maçons n’ont pas besoin d’un exotérisme et, au contraire, l’Église de Rome nie la possibilité d’un ésotérisme.19 L’Homme Véritable, vivant au Jardin du Paradis, a-t-il le moindre besoin de fonctions religieuses ? Et nous ne parlons là que des « Petits Mystères ». La vérité en elle-même n’a pas à être « consolatrice », affirme Guénon, et nous nous posons la question : la consolation est-elle nécessaire à la sagesse ? Nous sommes quelques-uns à croire que le grand rite exotérique de Guénon est la réalisation de son œuvre, écrite et personnelle, reflet de sa pensée par sa concentration intérieure, c’est-à-dire celui d’une vie entièrement consacrée à cela. AUTRE ‘MAIS’ : Guénon a traité le sujet ésotérisme-exotérisme dans diverses parties de son œuvre, bien qu’il ne soit fait mention de « nécessité » que dans l’article auquel nous faisons référence. Au chapitre IX de Introduction à l’étude générale des Doctrines Hindoues, les livres alchimistes sont cités comme l’exotérisme de l’alchimie ; plus encore, tout texte sacré est appelé exotérique en regard de ce qu’il exprime (voir note Nº 17), puisque la conception est l’origine de l’écriture. De fait, toute expression n’est pas seulement symbolique, mais aussi l’extériorisation de quelque chose, et « l’on pourrait dire que l’ ‘esprit’ d’une doctrine quelconque est de nature ésotérique, tandis que sa ‘lettre’ est de nature exotérique. ». Malheureusement, cette vision si large est limitée jusqu’à la distorsion par ceux qui assimilent exclusivement l’exotérisme aux cérémonies religieuses de quelque confession et, inversant l’ordre des choses, s’approprient la phrase qui dit que « où il n’y a pas d’exotérisme il n’y a pas de raison de parler d’ésotérisme », subordonnant ce dernier au précédent. Il faut également savoir, ce que l’on omet souvent, que la Franc-Maçonnerie possède de multiples rites spécifiques qui, sans rapport avec les rites proprement religieux, revêtent aussi un aspect ‘exotérique’, car ce qui se ‘joue’ dans l’Atelier peut aussi être pris au sens littéral, donc exotérique, au lieu de sa pleine signification symbolique. Les sacrements chrétiens, ainsi que le manifeste clairement l’Église catholique, sont des rites religieux n’ayant rien à voir avec quelque Initiation que ce soit, ce qui rend incompatible la fusion des deux niveaux car leurs origines et leurs objectifs sont différents. Ceci étant pris du point de vue initiatique ; du point de vue strictement religieux, l’Initiation n’existe pas. Le besoin de savoir, le rite de l’étude et la lecture des livres sacrés, la concentration qu’ils favorisent, la méditation qu’ils éveillent, en somme, ce qui est au-delà de leur contenu linéaire, est ce qui constitue l’ésotérisme de ce qu’expriment ces textes.

NOTES
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‘L’infaillibilité’ papale est aussi un dogme récent, imposé par Pie IX à la fin du siècle dernier. « On pourrait sans doute, mais dans une acception beaucoup plus large, envisager un ésotérisme et un exotérisme dans une doctrine quelconque, en tant qu’on y distingue la conception et l’expression, la première étant tout intérieure, tandis que la seconde n’en est que l’extériorisation » (Introduction Générale à l’étude des doctrines hindoues, 2e partie, ch. IX : “Exotérisme et ésotérisme”. Ceux qui, ayant le plus, ont l’absurdité de croire qu’ils ont besoin du moins ; le moindre a la nécessité du plus et, lorsqu’il est authentique, en découle directement ; le contraire reviendrait à dire que le plus dépend du moindre, et finir ainsi par le nier ouvertement –comme dans le cas de Jean Reyor. Si l’exotérique dépend de l’ésotérique, et l’initiation est effective ou en voie de l’être, l’exotérisme n’est pas indispensable, encore qu’il soit nécessaire à quelques âmes pieuses. L’on ignore généralement, ou l’on dissimule, que la Maçonnerie possède des rites et qu’ils ne sont pas exotériques mais initiatiques, outre que l’on n’y accepte pas, sauf duperie ou simulation, ceux qui ne sont pas libres et hommes de bien. CHAPITRE V QUELQUES EXPRESSIONS DE L’ÉSOTÉRISME ACTUEL

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Actuellement, toute personne à la recherche d’une voie spirituelle se retrouve face à un panorama pour le moins chaotique, ce qui est peu dire. En effet, la première chose qu’elle rencontre d’ordinaire sur son chemin est ce qui se fait appeler le ‘New Age’, le plus nombreux et le plus hétérogène regroupement de différents mouvements parmi lesquels les sectes jouent un rôle primordial et peuvent arriver à posséder plusieurs millions de membres affiliés. S’y unissent de nombreux groupes d’origine orientale, bien qu’il soit important de préciser que beaucoup de sectes ont également cette origine ; en général, ces groupes se rapprochent plus ou moins de l’hindouisme et de sa tradition comme il arrive en Inde même, ou en rejoignent des formes dégradées ainsi que l’on peut le constater chez une indéfinité de gourous qui, se basant sur une certaine terminologie et des pratiques de méditation, ont fondé leurs propres ashrams. Ils sont en cela semblables à diverses personnalités ‘affranchies’ qui soutiennent des idées de type psychologique ou sexuel, incluant des ‘canaux’ ou des pratiques soi-disant fondées sur le tantra yoga. La totalité de ces dirigeants sont profanes, pour ne pas dire absolument ignorants de la Science Sacrée et croient, à l’instar de la science profane, que le monde est en train d’évoluer, de progresser, vers la culmination de ses prétentions spiritualistes. S’y ajoutent ‘psys’, ‘manciens’, guérisseurs et spirites aux diverses dénominations. Tous ont en commun une chose fondamentale qui les rend immédiatement identifiables : la croyance consciente ou non en un spiritualisme matériel, c’est-à-dire en la nécessité de relier leurs pratiques à leurs situations personnelles et à leurs besoins au niveau le plus bas et

le plus individuel.20 L’on peut placer dans ce schéma de nombreux mouvements pseudoreligieux, ou religieux, avec la différence que ces derniers ne prétendent à nul ésotérisme, sinon au salut de leurs fidèles dans un autre monde. Nous ne souhaitons pas énumérer ici les diverses modalités de ‘l’ésotérisme’ actuel, ce qui pourrait remplir plus d’un volume, mais souligner quelques caractéristiques de ces mouvements, parmi lesquels il faut englober non seulement les sectes déjà mentionnées, mais aussi les ‘chasseurs’ de sectes. En Occident, cohabitent avec eux de véritables traditions comme le bouddhisme Mahayana, la Franc-Maçonnerie, la tradition hermétique, le bouddhisme zen, quelques traditions archaïques, certains auteurs fiables comme René Guénon, Ananda K. Coomaraswamy, Mircea Eliade, Walter Otto et Alan Watts parmi bien d’autres, et l’ésotérisme des traditions abrahamiques¸ il faudrait faire ici une importante distinction entre l’ésotérisme chrétien et le ‘christianisme ésotérique’ valable aussi pour l’ésotérisme juif et l’islamique qui prend la religion comme base indispensable de la métaphysique, dénaturant ainsi l’authentique Science Sacrée, la Connaissance traditionnelle, la ramenant à un niveau dévot et dogmatique qui, nous l’avons vu, débouche nécessairement sur un fanatisme d’un genre différent, ce qui les rend parfois encore plus dangereux que les précédents, car ils cherchent le salut ou la conversion de l’humanité par n’importe quel moyen, alors que la plupart du temps les premiers ne dépassent pas la sphère individuelle et n’exercent aucun type d’apostolat, qu’il soit protestant, catholique ou islamique ; cela ne vaut pas pour le judaïsme, refermé sur lui-même. Nous voulons, d’autre part, remarquer que ceux qui s’approchent avec ingénuité et objectivité des rares milieux ésotériques traditionnels existant en Europe et en Amérique pourront observer l’animosité existant entre eux, le copinage et les questions personnelles qui les distinguent, quand il ne s’agit pas de différences de niveau quant à leurs expériences de la réalité, ne possédant parfois que des idées venant de simples références livresques et historiques ; sans parler de la conviction qu’ont les religions que leur Dieu privé représente l’unique vérité, de laquelle elles excluent toute croyance, tous usages et coutumes différents, y compris l’existence de divers dieux, ou noms de pouvoir, anges et archanges, qui curieusement existent dans leur doctrine, comme nous l’avons déjà signalé, bien qu’elles semblent l’ignorer ou ne les considèrent que comme des allégories. Il est logique que celui qui s’engage dans un chemin inconnu puisse s’y égarer ; c’est ainsi que les uns se perdent en prenant certains concepts au sens littéral, ou croient indispensable de suivre certains régimes, parmi lesquels le végétarisme21 occupe une place prépondérante, en les associant aussi à des conceptions déterminées au sujet de la santé et de l’entretien corporel, subordonnant l’âme pour ne pas dire l’Esprit a la forme la plus grossière de la manifestation. Nous ferons remarquer que même le passage par une ou plusieurs organisations New Age et l’exécution de pratiques déterminées peut avoir de la valeur, en tant que moyen négatif pour les abandonner, pour apprendre avec le temps qu’elles ne correspondaient pas aux besoins spirituels. Ceci peut être relié aux dangers qui accompagne tout cheminement et peut être en rapport avec le précepte évangélique qui dit qu’il faut se perdre pour se trouver.22 Mais celui qui accepte a priori certaines orthodoxies, de quelque type que ce soit,

sans s’y attacher, ne se donne pas même la possibilité de se perdre sur le sentier de ce que l’on suppose être la Connaissance. Cela se voit dès le début par la manière d’affronter le fait de Connaître : comme une quête et une aventure de l’âme, assoiffée d’elle-même, ou comme la soumission à une structure se trouvant généralement dénaturée par la croyance, donc une sorte de somme d’axiomes, absorbés quasiment selon des critères administratifs, acceptés de façon passive et linéaire, sans clairsobscurs,23 et sans la Passion, que l’antiquité nomma Fureur ; quant aux pèlerinages, pour n’en donner qu’un exemple, la confusion avec des marches sportives, du tourisme ou d’autres exercices plus ou moins profanes est parfois évidente. L’on ne peut sortir d’un labyrinthe qui n’existe seulement pas, et cela est typique de milieux sclérosés qui confondent le psychopompe avec la pompe. Dans ce sens, nous nous sommes plus d’une fois questionnés sur l’intérêt que peuvent trouver certaines personnes dans un soi-disant ésotérisme, si ce n’est à titre de hobby, ou parce qu’elles n’ont rien d’autre à faire, ou pire encore, pour se faire remarquer. Il faudrait également faire référence ici au fanatisme pris comme une croyance en soi, propre, entre autres, à ceux qui se donnent le nom de traditionalistes et qui, par le biais d’un autoritarisme essentiel, prétendent juger les autres, suivant une hypothétique loi divine et humaine qui non seulement est de leur côté, mais exigeant aussi qu’on l’observe, toujours, évidemment, selon leurs critères et les circonstances aléatoires qu’ils peuvent inventer à leur gré dans le même esprit belliqueux. Car il s’agit pour eux d’avoir un ennemi et de se battre pour pouvoir se sentir eux-mêmes unifiés, pour penser qu’ils ‘sont’ ou pour ‘être’ quelque chose, encore que ce soit l’ombre d’une ombre. De cela naît généralement la fausse idée d’une élite à laquelle aspirer. Celui qui réellement appartient à une élite ne s’en rend pratiquement pas compte et n’a aucune prétention à ce sujet, de la même façon qu’un être noble n’aspire pas à l’être sinon qu’il l’est par nature.24 Vouloir faire partie d’une élite, comme nous l’entendons, ressemble assez à vouloir entrer dans la ‘haute société’ ou voir son nom dans les journaux mondains, soit des ambitions simplement profanes ; ou, ce qui revient au même, souhaiter devenir l’illustre membre d’un milieu où l’on est non seulement ‘brillant’ ou ‘respectable’, mais où l’on acquiert aussi la ‘notoriété’, bien sûr égotiste, oubliant que ‘mon règne n’est pas de ce monde’ ; couronnant le tout d’une morale bigote et scrupuleuse qu’envierait n’importe quel puritain, et qui s’avère beaucoup plus hypocrite lorsqu’on observe leurs agissements délinquants qu’ils s’imaginent sans doute être une guerre sainte. Il est clair, pour nous, que si quelqu’un se sent appelé vers l’Identité Suprême et ne s’identifie avec aucun autre conditionnement, il doit avoir effectivement une solide base morale (le courage, la générosité, le détachement, etc., soit la virtus romaine) pour affronter une telle aventure, et ne pas aspirer à être un bon citoyen ou au perfectionnement éthique, car ce serait l’indice qu’il ne le possède pas.25 Il n’y a pas de meilleure garantie pour lutter contre les passions que se consacrer à la Beauté et à la Vérité, donc à la Connaissance. Il nous faut cependant signaler que, dans les états inférieurs de cette voie, l’on acquiert un certain pouvoir et bien nombreux sont ceux qui demeurent pris dans ce monde obscur, dû le plus souvent au ressentiment de ne pas avancer vers la source lumineuse qui nous donne l’être, c’est-à-dire l’assimilation avec l’Être Universel qui ne nous est accordée que par la Grâce et non par les actions.

« Nombreux sont les appelés, et rares sont les élus ». (Saint Matthieu, 22, 14).26 Remarquons en passant que le thème de la trahison apparaît dans diverses traditions, mais se trouve particulièrement marqué dans le christianisme, dans le cas évident de Judas (et dans la Maçonnerie également, avec la mort d’Hiram rappelons-nous aussi que Dante place les traîtres dans le cercle le plus profond de l’Enfer), et dans l’Islam, aux racines mêmes de la constitution du califat, transparent dans l’assassinat d’Ali, survenu quelques années après celui de ‘Utman, le troisième calife, et suivi de celui de son fils Al Hussein, qui assurait la descendance du Prophète puisque Ali n’était que l’époux de Fatima, c’est-à-dire son gendre. Le problème du mal se trouve ainsi entremêlé à l’histoire du bien, sans être nié, ou mieux, est assimilé à l’histoire du sacrifice, donnant ainsi lieu au mythe du traître-héros.27 Revenant sur le sujet des sectes, l’on peut observer que le christianisme en particulier, au vu de la popularité de certaines d’entre elles, spécialement chez les jeunes, prit la décision d’une part de poursuivre et de jeter l’anathème sur ces alternatives, et d’autre part de prendre nombre de caractéristiques du New Age, de se moderniser, dans le but d’attirer un public qui s’en éloigne irrémissiblement. Dans le cas de l’Islam, où même la doctrine d’Ibn Arabi est, dans certains noyaux, non seulement sanctionnée mais aussi prohibée, la forme que prennent cette subversion et ce rejet de tout ce que l’on n’imagine pas approprié, et le besoin d’imposer sa férule au reste, arrivent à l’extrême de nous faire croire que la shariyah est le taçawwuf, et des organisations religieuses dénaturent le sens de la Paix, la Soumission et l’Amour, c’est-àdire la voie de Soufi et l’Islamisme authentique, en l’identifiant avec des intérêts particuliers, liés à l’historique et au relatif. L’on pense généralement, en Occident, qu’il existe un monobloc appelé Islam, alors que celui-ci se trouve au contraire divisé depuis son commencement entre chiites et sunnites et aussi les khâwarij, également orthodoxesdivision qui existe encore et qui a donné lieu à de multiples fragmentations,28 qui tirent elles aussi l’épée les unes contre les autres, chacune imaginant détenir la vérité, avec une telle haine que les rixes chrétiennes en pâlissent ; cependant, cette haine commune engendre en Occident l’unification de quelques secteurs de ces religions, dans un fanatisme partagé, intellectuel et moral, qu’ils tentent de vendre sous le nom de traditionalisme. Il est effectivement vrai que l’on ne peut être soufi sans être musulman, et il est clair que l’étude du Coran sacré et des hadith, et l’approfondissement de la langue arabe ce dernier aspect étant également quasi indispensable dans d’autres traditions comme le taoïsme, le bouddhisme mahayana, etc. en sont les caractéristiques propres, mais ces possibilités ne sont cependant pas même offertes à ceux que trompent des groupes avec aujourd’hui malheureusement de nombreux membres en Europe et en Amérique qui, se présentant en tant que tarîqah (véritable ésotérisme) ne se consacrent en fait qu’à la loi, ou shariyah, et insistent que son respect, à la façon qu’ils l’entendent ils ont même des prétentions politiques, le plus souvent arbitrairement, est le taçawwuf (initiation), et que le respect de ses normes et exigences sont des conditions indispensables pour obtenir les bénédictions d’une connaissance qui ne va pas au-delà de la religion. Bien entendu, il n’en est pas toujours ainsi, mais dans la plupart des cas ces mouvements qui, comme dans le cas du christianisme et du New Age, tentent de

trouver leur profit au sein de la confusion et des nécessités spirituelles qui caractérisent la Fin de Cycle, sont une imposture. Nous devons ajouter que certaines personnes croient qu’être descendant direct du Prophète est une garantie sur le plan de la Connaissance, raison pour laquelle il faut souligner qu’il y a, et il y a eu, toutes sortes de cas dans sa descendance, et l’on connaît à notre époque des alternatives de dirigeants politiques sans aucun doute musulmans qui n’ont eu aucun lien avec la métaphysique, comme le roi Hussein de Jordanie et le roi Hassan du Maroc, récemment disparus, ou bien des play-boys notoires comme le furent, il y a quelques années, l’Aga Khan et son fils Ali Khan, sans compter des fanatiques religieux, voire des assassins connus, ou certaines personnalités que l’on aurait du mal à reconnaître comme étant islamiques, dont elles ne portent que le nom et n’ont rien de traditionnelles. Il y a aussi ceux qui se disputent et s’invalident mutuellement leurs lignées généalogiques qui, après tant de siècles et tant d’épouses, ne seront pas toujours suffisamment limpides. Nous avons fait remarquer à plusieurs occasions l’existence d’un authentique ésotérisme chrétien, islamique et juif, mais nous avons également constaté la difficulté d’y parvenir au moyen des organisations qui prennent ces religions et leurs apparats comme base indispensable de la réalisation métaphysique. Et qui prient un Dieu externe, étranger à eux-mêmes. Nous avons également donné ici des avertissements sur d’autres groupes en rapport avec le New Age et sur les fantasmagories à ce sujet. Quant à la Maçonnerie, institution initiatique occidentale par excellence, le panorama n’est pas plus clair, bien que ces dernières années ait pu s’observer un intérêt croissant des loges pour faire des recherches dans leurs origines et leurs contenus authentiques. Il n’est pas non plus toujours facile de se lier avec des ateliers qui pratiquent leurs rites dans un réel esprit Traditionnel et où l’on pourvoit l’apprenti initié virtuel des éléments qui lui permettraient d’accéder correctement à l’Enseignement. Dans la majeure partie des loges, le rite initiatique s’est cependant maintenu, reflet du rite cosmique, et tout frère peut, par sa propre méditation sur les symboles qui lui sont offerts et les rites qu’il pratique, arriver à comprendre le modèle de l’Univers, premier pas pour trouver là son issue vers d’autres plans ou niveaux de conscience, c’est-à-dire vers d’autres mondes qui, bien qu’invisibles ou informels sont tout aussi réels que ce qui se perçoit avec les sens. Comme dans toute initiation, cela suppose l’ascension d’une échelle, au moyen de degrés, sur laquelle chacun pourra arriver à destination, selon ses besoins ou ses capacités, comme tout dans la vie. De plus, nous avons déjà mentionné la Tradition Hermétique comme Voie d’accès à la Connaissance, donc nous ne répéterons pas ici ces concepts.29 Nous ajouterons que cette Tradition fut à une époque HerméticoChrétienne dans sa façon de se manifester, mais jamais un ‘Christianisme Hermétique’, ce qui saute aux yeux avec l’ancienneté respective de ces deux Traditions, sans nommer d’autres motifs d’un autre ordre, ou niveau. Il ne nous reste qu’à signaler quelques autres dangers que peut rencontrer celui qui s’intéresse à la voie de la réalisation intellectuelle et spirituelle. Nous venons en effet d’employer les mots intellectuel et spirituel comme des équivalents, selon l’interprétation qu’en donne Guénon, puisque la sagesse en soi est une forme de sainteté, et l’inverse n’est pas forcément vrai, lorsque l’on suppose que le ‘miraculeux’ ou le ‘légal’ sur le plan naturel est le surnaturel. Pour des raisons de terminologie, la Sagesse et la Connaissance pourraient néanmoins se confondre avec une fausse intellectualité et souvent, encore pire, avec l’érudition et des listes de

citations, noms, dates, références, à savoir avec d’immenses vétilles. Dans ce sens, il nous faut apporter notre critique aux universités et à leurs travaux profanes, qui sont gouvernées par des gens du commun, qui posent au savant et considèrent l’université plus importante que la Connaissance en prenant leur petite érudition pour de la sagesse, c’est-à-dire ce que l’on entend par références livresques30 comme le plus important, et jugent les autodidactes ainsi notre guide intellectuel René Guénon comme une chose mineure. Que les aspirants ne se fassent pas d’illusions : sur le sentier de la Connaissance, nous sommes tous des autodidactes à la recherche du Maître Intérieur et il n’y a pas d’Université qui nous conduise à l’Identité Suprême. L’attitude que nous venons de décrire est due, à de nombreuses occasions, à une sorte de conservatisme auquel nous nous accrochons et qui nous empêche de nous détacher de ce qui est notre trésor. De fait, la phrase évangélique qui dit que ‘il est plus facile qu’un chameau passe par le chas d’une aiguille qu’un riche entre au Royaume des Cieux’ (Saint Matthieu 19, 24), ne fait pas seulement référence à ceux qui accumulent de l’argent, mais à tous ceux qui sont ou se considèrent riches de quelque chose, que ce soit l’intelligence, la vertu, la science, l’art, la beauté ou quoi que ce soit d’autre. L’on a souvent pris pour exemple que si la coupe de l’ego est pleine, il est impossible qu’elle puisse recevoir les effluves célestes, les émanations divines.31 L’acquisition de la Connaissance, la Bonne Nouvelle, est incompatible avec un esprit économe qui garde quelques bouts de chandelles ‘au cas où’. Sur le sentier de l’Initiation cela est impossible, car l’on ne peut servir deux maîtres à la fois.32 En définitive, ce en quoi l’on est le plus riche, c’est en préjugés et illusions, auxquels l’on assigne une valeur seulement par les mécanismes de notre esprit dual qui conditionne quand il ne programme pas nos règles de comportement. Quant à nous, nous avons été sauvagement attaqués pour des affaires personnelles, bien que la plus grande part soit due à ce que nous avons soutenu dans ce chapitre et dans d’autres analogues, à savoir : par notre opposition à ceux qui confondent tout et tentent de faire passer la religion pour de la métaphysique, à leur tête des adeptes de Schuon et de Rey qui n’ont pas hésité à employer le complot, la trahison le mensonge, les injures, la diffamation, les insultes et autres grossièretés, dans le but de nous discréditer, sans comprendre qu’ils ne sont parvenus par ce moyen qu’à se discréditer eux-mêmes.33 Comment ces gens peuvent-ils prétendre avoir quelque chose à voir avec le sacré malgré leur volonté de suivre la Voie du Sacristain, ou un monisme radical (qui pour cela rend la dualité implicite) à l’idéologie totalitaire, c’est une chose que nous ne comprendrons jamais. Mais si nous sommes convaincus que c’est dans le cadre de l’œuvre de Guénon, le plus grand métaphysicien d’Occident, qui a soutenu en de nombreuses occasions ce que nous disons34 ou plutôt, nous disons la même chose que lui car, selon ses propres mots, il ne fait que manifester la Tradition Unanime, que se produit ce qu’il a appelé la contretradition, commencée par ceux qui ont profité de sa personnalité pour ensuite la trahir ou la dénaturer, et là se produit à notre échelle le plus triste signe des temps.35

NOTES
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« Laissez-les ; ce sont des guides aveugles ; si un aveugle guide un autre aveugle,

ils tomberont tous deux dans la fosse. » (Saint Matthieu 15, 14).
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« Ce n’est pas ce qui lui entre dans la bouche qui fait l’homme impur ; mais ce qui lui sort de la bouche, cela est ce qui rend l’homme impur. » (Saint Matthieu 15, 11). « Car celui qui veut sauver sa vie la perdra. » (Saint Matthieu 8, 35). Si l’on est pas et pour être il faut être libre l’on ne peut s’identifier avec l’Être Universel. La communication ne s’établit pas, car l’Être Universel est la Liberté, car il n’a aucune sorte de conditionnement, à commencer par le spatio-temporel. « La vérité vous rendra libres ». (Saint Jean 8, 32). La même chose se passe avec l’humilité acquise par rapport à un Univers, ou une déité, bien plus grande. L’humilité se donne sans raison ; c’est une vaine tentative que de désirer être humble, lorsque ce n’est pas une démarche égotiste qui veut secrètement nous rendre meilleurs que les autres. « Qui de vous, à force de soucis, pourrait ajouter une seule coudée à la longueur de sa vie ?» (Saint Matthieu 6, 27). « Malheur à vous, scribes et Pharisiens hypocrites, parce que vous fermez au nez des hommes le royaume des cieux ! Vous-mêmes en effet n’entrez pas, et vous ne laissez pas (entrer) ceux qui sont pour entrer. » (Saint Matthieu 23, 13). Le traître crée le héros. Son existence est pour lui indispensable, tandis que pour le héros sa présence est une ombre de lui-même. C’est pour cela que ces deux composants mythiques ne peuvent jamais être mis sur le même niveau. D’autre part, la trahison est comprise dans la cérémonie. En Argentine, il y a au moins sept ou huit groupuscules qui, invoquant le prophète Ali, se sont constitués en ‘tariqas’ libres. Cela est facilité par la constitution même de l’Islam, religion du désert, où chaque fidèle est indépendant du reste de la Uma, et où d’innombrables soufis sont morts des mains du califat ; précisions que de nos jours il existe dans cette tradition, en Orient, encore beaucoup d’entre eux complètement éloignés de toute soi-disant institutionnalisation à la mode occidentale, plus en rapport avec les firâq, ou sectes, profitant du fait que les aleyas, ou versets des sûras du Coran sont sujets à l’interprétation, raison pour laquelle certains sages islamiques ont même nié la possibilité de traduire ce livre sacré. « On doit donc, comme nous le disions déjà précédemment, parler de quelque chose qui est caché plutôt que véritablement perdu, puisqu'il n'est pas perdu pour tous et que certains le possèdent encore intégralement; et, s'il en est ainsi, d'autres ont toujours la possibilité de le retrouver, pourvu qu'ils le cherchent comme il convient, c'est-à-dire que leur intention soit dirigée de telle sorte que, par les vibrations harmoniques qu'elle éveille selon la loi des ‘actions et réactions concordantes’, elle puisse les mettre en communication spirituelle effective avec le centre suprême. » (René Guénon: Le Roi du Monde, ch. « Le centre suprême caché pendant le ‘Kali-Yuga’ »). (Voir article de Monsieur A. Bachelet : « Autour de la Parole Perdue des maîtres maçons », SYMBOLOS Nº 19-20, p. 214, note 9). « Conducteurs aveugles, qui filtrez le moustique, et avalez le chameau ! » (Saint Matthieu 23, 24).

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« On ne met pas non plus du vin nouveau dans des outres vieilles : autrement, les outres éclatent, le vin se répand et les outres sont perdues; mais on met le vin nouveau dans des outres neuves, et les deux se conservent.» (Saint Matthieu 9, 17). « Nul ne peut servir deux maîtres : car ou il haïra l’un et aimera l’autre, ou il s’attachera à l’un et méprisera l’autre. » (Saint Matthieu 6, 24). « Heureux serez-vous, lorsque les hommes vous haïront, lorsqu’ils vous excommunieront et insulteront, et proscriront votre nom comme mauvais à cause du Fils de l’homme. » (Saint Luc 6, 22). Voir addenda.

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Il serait intéressant de se demander s’il n’est pas en train de se passer la même chose avec la religion. En effet, en ce qui concerne les chrétiens de ces mouvements à la mode néo-fasciste ou fondamentaliste nous préférons nous abstenir de parler actuellement des islamiques, nous savons, au travers de leurs propres écrits, qu’ils refusent l’autorité religieuse, qu’ils considèrent que ses rites ont été dénaturés, qu’ils ne connaissent pas non plus l’orthodoxie catholique, ayant lu peut-être, avec de la chance, deux ou trois pages de la Somme théologique, ou Contre les Gentils, de Saint Thomas d’Aquin, et ne se soumettent pas aux commandements. Quelles intentions ont-ils à s’abriter derrière le bouclier de la religion ? Quel est ‘l’esprit’ qui les anime ? Ne serait-ce pas judicieux de mentionner ici le cagastrum alchimique et ‘paracelsien’ en tant que manifestation de la corruption et de la putréfaction ? CHAPITRE VI GUÉNON DANS LE CŒUR

Pour ceux dont Guénon a été le guide intellectuel qui les a introduits dans le monde de la Connaissance, son œuvre et la personnalité qui la produisit sont réellement providentielles. La rencontre avec Guénon leur a permis d’échapper à la voie obscure comme Dante le raconte au début de La Divine Comédie et de s’attacher une lumière durable dans la course de leur destin, et la conséquente reconnaissance est de rigueur parmi ceux qui ont vécu l’expérience de sa pensée. Cependant, en dépit de cela et malgré les diverses monographies, numéros spéciaux et études qui y ont été consacrés, Guénon est encore très peu connu et ne figure pas dans la littérature officielle d’un pays comme la France, où il est né et dans la langue duquel il écrivit la presque totalité de ses textes. Le fait peut toutefois s’expliquer par la "solidification" de notre temps et le manque d’intérêt pour les sujets traités par notre auteur, pratiquement laissés pour compte comme il le souligne si souvent par le monde moderne dont l’engourdissement en cette phase finale arrive presque aujourd’hui au total obscurcissement de la compréhension et à l’extermination du symbole en tant que messager du plan intermédiaire. Quelque chose de beaucoup plus grave s’y ajoute : la déformation infligée à sa pensée par des individualités qui, guidées par des intérêts personnels et influencées par on ne sait quelles forces obscures, ont dénaturé et adultéré son œuvre, l’utilisant même à leur profit comme l’ont fait certains personnages prétendant être ses successeurs, rognant sur les aspects les plus importants et celant les éléments principaux au détriment de sa summa. Je pense que l’acceptation de ces circonstances

nous place dans la réalité du message de Guénon, projeté sur la société actuelle et, plus précisément, sur l’ésotérisme ayant cours depuis sa mort jusqu’à nos jours. Il est parfois difficile d’être objectifs lorsqu’il s’agit de faits ou de phénomènes, ou encore en traitant d’un auteur qui, par le biais de son œuvre, nous a fait participer à une pensée inconnue et à un monde merveilleux dont les échos résonnent néanmoins aux tréfonds de l’intimité, au point de changer radicalement nos valeurs et de canaliser ainsi notre vie d’une façon totalement inattendue. Quoi qu’il en soit, l’on me pardonnera d’employer le pluriel, car je me permets de parler non seulement au nom des rédacteurs de la revue SYMBOLOS, dont je partage le point de vue, mais aussi au nom de nombreux lecteurs de René Guénon (non de certains d’entre eux soi-disant ‘maîtres’ de sa pensée, qui nous ont peu ou rien appris) ; je nomme ceux qui ont été touchés par l’œuvre de Guénon à la fois simple et complexe, complexité provoquée autant par la difficulté d’expression propre à la Science Sacrée que par celle que connaît le profane pour comprendre les vérités d’un autre ordre, empêchement qui les déforme ou les réduit à leur expression littérale et nous communiquent depuis des années leurs inquiétudes, tout comme ils ont manifesté leur reconnaissance pour ce que ces textes ont apporté à leurs vies, tout en ayant, pour différentes raisons, trouvé difficile d’approfondir sa pensée, ce qui nous amènerait aussi à parler des diverses lectures que l’on peut avoir de l’œuvre de Guénon, propres aux limitations de chacun et, en définitive, omniprésentes. Ainsi, assumant la responsabilité de parler au pluriel, je me permets d’exprimer un certain genre d’expériences, partagées probablement par beaucoup de lecteurs de Guénon, bien que leurs formes puissent avoir été et être encore différentes. Comme trait distinctif de son œuvre, nous ferons ressortir tout d’abord cette exactitude dans l’expression, cette clarté conceptuelle, explicite malgré la longueur de la phrase, les phrases subordonnées, les notes, ce qui nous oblige à faire attention à ce qui est dit, à relire, à essayer de comprendre car nous avons eu au préalable une suite de petites ‘révélations’ nous obligeant à insister sur le texte et bien sûr sur les renvois en bas de page. Il y a d’autre part les rapports constants qu’il offre au lecteur en permanence et qui, d’une façon ou d’une autre, éveillent en ce dernier une sorte de ‘réminiscence’ d’une foule d’images oubliées, mais formant part de son bagage culturel et personnel ; ce qui, sans aucun doute, provoque à son tour chez l’intéressé une multitude d’analogies. Observons que, dans de nombreux cas, cette exactitude peut provoquer un sérieux rigorisme intellectuel dans les recherches de ses lecteurs ; quant à la ‘réminiscence’ et l’analogie, le champ incroyablement riche qui s’ouvre à nous est certainement le plus véritablement Universel que nous ayons connu. Guénon crée également une terminologie parfaitement adaptée à sa façon de dire les choses et la répète tout au long de son œuvre. Ce n’est pas là le résultat d’une simple convention, sinon que l’utilisation précise des termes restitue leur valeur, remontant même souvent aux racines étymologiques des mots. Son discours ne s’éloigne pas non plus, au moyen d’obscures rhétoriques et déclamations, du langage philosophique et culturel d’une éducation moyenne, et est suffisamment compréhensible pour son époque et les années qui suivirent. Sauf l’acception prise par quelques termes ces dernières années, comme le mot ‘personne’ dont l’emploi est lié aujourd’hui au simple

ego et à la ‘personnalité’ (que Guénon appellerait peut-être individualité), son œuvre un enseignement permanent est extrêmement claire et lisible pour ceux qui se concentrent dans leur lecture. Elle est également tout à fait appropriée à ceux qui ont effectué des recherches dans la religion catholique, concrètement dans le thomisme, et contient même certains traits de rationalisme encore que niant la raison qui sont bien utiles pour que des gens de notre formation puissent les comprendre ; cela est également valable en ce qui concerne ses divers aspects logiques, voire positivistes, si je puis dire. Il est aussi remarquable qu’en lisant ses textes des années plus tard (en ce cinquantième anniversaire de sa disparition), demeurent actuels non seulement les idées, mais aussi les mots qui les forment, et il suffit d’une relecture pour percevoir l’extraordinaire cadence du discours, qui répond à la structuration de son œuvre et qui se prolonge d’étude en étude, de chapitre en chapitre, de livre en livre. Mais ce qui fut fondamental pour beaucoup d’entre nous est constitué par l’idée de ce que représente réellement le symbole et la valeur découlant de cette conception, ce qui par ailleurs légitime son rôle de transmission et lui octroie sa fonction authentique. De même, la relation entre les différents symboles constitue des codes complets de connaissance et des ouvertures qui se révèlent à mesure que l’on progresse dans les travaux et on les étudie et comprend en se confrontant aux manifestations distinctes de l’Être universel, à travers des cultures diverses, ou des expériences que l’on peut déduire par analogie et sont accessibles car elles forment l’environnement de tout être humain contemporain. Ces correspondances entre culture et culture, mythe et mythe, langues distinctes, etc., sont caractéristiques de Guénon, qui manie et développe diverses symboliques, même éloignées dans le temps et l’espace, entrelaçant des images qui finissent par transformer en langage propre le vecteur des idées de ce qu’il a nommé la Science Sacrée. Ainsi qu’il a été dit : l’intelligence brille par ce qui la reflète. Dans un précédent travail (‘L’Initiation Hermétique et René Guénon’, SYMBOLOS, Nº 11-12, 1996, page 221), nous avons souligné que l’ordre de lecture de la vaste et complexe œuvre de Guénon peut faire des différences entre une forme ou une autre d’approcher sa pensée et l’ésotérisme en général. Ceci est en parfait accord avec le niveau culturel, l’universalité des images, les préjugés de ses lecteurs et les convictions d’un vieil homme. Car s’il est utile, voire nécessaire, que l’on jette un pont entre l’état profane où se trouve, en termes généraux, l’immense majorité de ceux qui approchent ses travaux pour la première fois, il est aussi indispensable que, face au développement postérieur de cette œuvre, messagère de la Bonne Nouvelle, se maintienne l’ouverture vers la métaphysique, sans la rabaisser au niveau d’intérêts personnels, ou de groupe, pour ne pas empêcher d’entrevoir ainsi son immense pouvoir intellectuel, donc transformateur, que tout le monde n’est malheureusement pas capable d’assimiler. C’est là le cas typique de ceux qui, ayant la sensation d’appartenir à une religion comme si ce n’était pas, d’une façon ou d’une autre, notre cas à tous, placent leurs ‘croyances’ au-dessus de toute nouvelle possibilité, et voient en Guénon un auteur qui les incite à approfondir leur dévotion. Malgré tout, et en dépit du métaphysicien français qui ne cesse d’établir les différences entre Science Sacrée et religion36 (concrètement, les abrahamiques), ils ne peuvent éviter de les identifier entre elles et de croire même que les termes religion et Tradition sont synonymes absolus.

Inutile de préciser que ces religions sont des supports également valables pour la réalisation intellectuelle/spirituelle, c’est-à-dire pour la Connaissance, comme l’ont prouvé de nombreux exemples dans le passé, et elles peuvent encore aujourd’hui être considérées comme des voies valides à condition de dépasser le plan de l’individualité, dont elles sont les extensions plus ou moins sublimées, ce qui les force à avoir de la déité des conceptions anthropomorphiques et historiques et à s’en considérer propriétaires, au détriment de toute autre forme de réalisation, y compris envers d’autres branches abrahamiques, ce qui, nous l’avons souvent répété, débouche fatalement, l’on peut le constater, sur de confus et contradictoires mouvements intégristes et fondamentalistes, sans le moindre amour pour la vérité ni le moindre désir de savoir, et qui ont même tenté d’utiliser l’œuvre et la figure de Guénon au profit de leurs petits intérêts de chapelle, limités et personnels. Ces attitudes, incongrues en regard du discours de Guénon, sont sans nul doute étroitement liées à l’obscurantisme et l’ignorance propres aux dernières étapes de cette fin de cycle, qui affecte toutes les institutions, et les religieuses les premières, en raison de leurs rigides structures dogmatiques.37 Nous faisons spécialement référence à F. Schuon et ses épigones, à la confusion entre religion et métaphysique, et surtout à la comparaison entre les sacrements chrétiens et l’Initiation, qui suppose que le processus de la Connaissance se trouve implicitement dans le christianisme et dans ses rites, ce qui est nier d’une part la véritable réalité de l’Initiation concept que Guénon souligne à plusieurs reprises dans son œuvre étendue et auquel il attribue une importance radicale, un caractère inévitable et propre au processus de transmutation, et d’autre part, le comparer à n’importe quel rite religieux, donc exotérique, de cette manifestation née historiquement, avec deux autres, des évolutions de l’émanation abrahamique qui débouchent sur le judaïsme, le christianisme et l’Islam, c’est-à-dire sous ces formes engendrées par la loi qu’ils déploient au travers de dogmatismes supposés, faisant passer ainsi la lettre avant l’esprit, l’exotérique avant l’ésotérique, comme nous le savons, et excluant de cette manière la possibilité de surmonter cette loi, propre au message implicite de ces religions. Niant ainsi, ou contournant, les innombrables traditions à part celles ‘du Livre’ ; nous faisons référence rien de moins qu’à l’hindouisme, au taoïsme, à la Tradition mahayana, ou lamaïste, au shintô zen, à la Franc-Maçonnerie, prototype de société initiatique, à la Tradition Hermétique, à laquelle le métaphysicien français accorde la Connaissance des Petits Mystères, à des dizaines de cultures pratiquant le chamanisme en Asie, Afrique, Océanie et Amérique, ou à des groupes traditionnels que l’on croyait morts et renaissent aujourd’hui avec une vitalité renouvelée, et qui sont tout simplement niés, laissés de côté, seulement pour accepter les limitations des dites manifestations émanant du tronc abrahamique qui, nous le savons, sont selon Guénon les uniques à correspondre au terme religion, particulièrement au sens moderne du mot.38 NOTES
36

« Or, par là même qu'il s'agit d'ésotérisme et d'initiation, il ne s'agit aucunement de religion, mais bien de connaissance pure et de «science sacrée », qui, pour avoir ce caractère sacré (lequel n'est certes point le monopole de la religion comme certains paraissent le croire à tort), n'en est pas moins essentiellement science, ... » (Aperçus sur l'Initiation, ch. XI: « Organisations initiatiques et sectes

religieuses »). Voir l’addenda au chapitre V ‘Quelques expressions de l’ésotérisme actuel’ où se trouve une sélection de citations de Guénon au sujet de la différence entre Religion et Métaphysique.
37

« ... et l'unité elle-même, à son tour, n'est pas un principe absolu et se suffisant à soi-même, mais c'est du Zéro métaphysique qu'elle tire sa propre réalité." « L'Être, n'étant que la première affirmation, la détermination la plus primordiale, n'est pas le principe suprême de toutes choses ; il n'est, nous le répétons, que le principe de la manifestation, et on voit par là combien le point de vue métaphysique est restreint par ceux qui prétendent le réduire exclusivement à la seule ‘ontologie’ ; faire ainsi abstraction du Non-Être, c'est même proprement exclure tout ce qui est le plus vraiment et le plus purement métaphysique. » (R. Guénon, Les États Multiples de l’Être, ch. V: « Rapports de l'unité et de la multiplicité »). Certains des auteurs écrivant sur la Kabbale confondent Kether avec En Soph, ou l’y assimile en raison de son monothéisme excluant toute éventualité qui ne soit pas comprise dans l’Être Universel, comme c’est le cas de Léo Schaya. Cette confusion existe quasiment depuis la naissance de la doctrine des sephiroth. Ainsi, Yosef Ghikatilla faisait également cette assimilation au XIIIe siècle. Selon G. Scholem, ce serait dû au fait que « Le Zohar fait clairement la distinction entre deux mondes représentant Dieu. En premier lieu, un monde primaire, qui est le plus profondément caché de tous, imperceptible et inintelligible pour tous sauf pour Dieu : c’est le monde du En Soph. En second lieu, un autre monde, relié au premier, qui permet la connaissance de Dieu et duquel la Bible dit : « Ouvre les portes pour que je puisse entrer ». C’est le monde des attributs. En réalité, les deux mondes n’en forment qu’un, tout comme pour reprendre une métaphore du Zohar le charbon et la flamme : le charbon existe aussi sans la flamme, mais son pouvoir latent ne se manifeste qu’à la lumière de celle-ci. Les attributs mystiques de Dieu sont comme des mondes de lumière dans lesquels se manifeste la nature obscure du En Soph. » (Las grandes tendencias de la mística judía, - Major Trends in Jewish Mysticism - Ed. Siruela, Madrid 1996, p. 230). En tout cas, l’on compare l’Unité, première détermination, au Zéro métaphysique, c’est-à-dire l’ontologie à la véritable matière de la Science Sacrée. Cette attitude, qu’il n’y a rien d’autre que l’Unité, élimine aussi bien la pluralité des noms divins que la Possibilité Suprême, qu’elle détermine en se transformant en monisme radical. Néanmoins, Kether, la Couronne, est sur la tête de l’Homme Universel, puisqu’elle appartient à la fois au plan cosmique le plus élevé qu’à ce qui est au-delà de lui. Il faut également souligner que, pour les Occidentaux d’aujourd’hui, la seule façon de connaître En Soph passe par Kether, l’Unité, le plus grand des Symboles qui se polarise en faisant place à la triade, c’est-à-dire aux trois Principes suprêmes, ayant le pouvoir de déchaîner n’importe quelle manifestation dans tous les plans ou mondes, ce qui dépasse définitivement le religieux. Nous ajouterons que, pour l’hindouisme, cela se traduit par la différence entre Îshwara et Brahma (voir R. Guénon, L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, Éditions Traditionnelles, Paris 1997) ; dans le cas du taoïsme, voir, à la fin de

l’addenda à ce chapitre, les différences entre le Tao avec nom et le Tao sans nom. Dans la Tradition Précolombienne, cette instance de la Déité était appelée le Dieu inconnu. (voir F. González, Le Symbolisme Precolombien : Cosmovision des Cultures Archaïques, Ed. Kier, Buenos Aires 2003). Pour d’autres citations analogues et non exhaustives de R. Guénon, voir d’addenda après ces notes. Voir aussi Paul Vuillaud, La Kabbale juive, Tome I, IX.I: « L'Infini (En-Soph)", Editions d'Aujourd' Hui, Plan de la Tour (Var) 1976.
38

Rappelons en passant que pour ceux qui ne le connaissaient pas personnellement, Guénon était à un certain moment de sa carrière un auteur hindouiste, comme ce fut le cas de René Daumal, entre autres, qui vivait à Paris à la même époque que notre auteur. Gardons également à l’esprit les références de Guénon au sujet de la Tradition hindoue et sa pureté par rapport aux autres, et sa mention qu’elle était vivante et qu’on la considérait généralement morte comme le Taoïsme. Actuellement, quelque critique a glissé son avis en affirmant, généralisant, qu’il voit chez les personnes ayant été influencées par l’œuvre de Guénon des caractéristiques propres d’origines hindoues, dont Guénon lui-même était le porte-parole. (Nelly Emont, revue ARIES Nº 8, décembre 1988, commenté dans SYMBOLOS Nº 1, page 185). Cet auteur a raison, sauf que l’on ignore que la même essence est présente dans la totalité des traditions y compris les religions (jusqu’à l’Islam, où Ibn Arabi l’exprime clairement : il établit qu’il existe entre l’Être et le Non-Être, c’est-à-dire le Néant, un Sublime Intermédiaire qui regarde à la fois vers l’Être et vers le Néant, ou Non-Être), bien que ce ne soit pas toujours explicite, et dans les formes initiatiques qui ne constituent pas une religion, comme la FrancMaçonnerie et tant d’autres lorsqu’on les approfondit, et que l’on dépasse le niveau de la déité créatrice prise comme dernière instance de la possibilité de Connaître. Le Non-Être, le véritable Infini (pour la Kabbale hébraïque : En Soph [ ], ou Ayn [ ] = ‘Néant’, c’est-à-dire rien de ce qui pourrait être quelque chose, l’atteste pleinement.

ÉSOTÉRISME XXIe SIÈCLE Autour de René Guénon CONCLUSION Il faut en définitive considérer que cette Fin de Cycle et l’Histoire (le temps), sont constamment modelées par le Démiurge qui produit l’Œuvre d’Art permanente, le dessein créateur. La fin de l’Histoire est donc, sans aucun doute, la fin du temps et la mort de ce Démiurge. L’Histoire du monde (celle de la Création) est le développement du potentiel de la semence, genèse qui comprend une ascension (enfance, jeunesse) et une descente (maturité, vieillesse) et se voit couronner par une apocalypse. Si l’on considère cette apocalypse comme le voyage post mortem de l’âme, c’est-àdire comme la description du processus initiatique qui transmute et donne un sens à la

Création, à l’Histoire du Monde, mais aussi à celle de l’homme, celles-ci seraient une révélation et prendraient une nouvelle dimension, à savoir un sens ultime, qui permettrait l'origine d'un nouveau développement. La Tradition, c’est-à-dire l’Archétype en action, est identique à la permanente actualisation de l’être –qui n’est jamais sorti de soi– et sa réabsorption en Lui-Même lorsque cette Tradition s’achève et que cesse de tourner le mouvement de la Roue. Cet instant, analogue au solstice dans l’année, moment d’arrêt et donc de simultanéité, est la conjoncture grâce à laquelle le temps devient Éternité, le cosmique est le support du supracosmique, et se réalisent d’autres états de l’Être Universel, et une fois ce temps absorbé par l’espace, donne lieu à un nouveau monde, à une nouvelle humanité, conçus par un nouveau Démiurge, grâce à sa perpétuelle réadaptation aux lois des cycles. Le mystère de l'ensemble, qui est pour certains la culmination et le sens de leur vie, ne doit pas ôter aux autres l’Espoir et la Foi authentique en un monde futur, virginal et neuf, possédant la fraîcheur d’une nouvelle aurore, que nous devons atteindre au moyen du sacrifice, voire de la souffrance qui caractérise toute recréation, après quoi la douleur, la maladie, l’ignorance et la mort sont abolies une fois pour toutes, en même temps que l’entrée au Paradis d’un Nouvel Âge d’Or, pour nous et pour nos semblables. SECONDE PARTIE QUELQUES COURANTS, AUTEURS ET ŒUVRES Cette seconde partie présente des notes et des articles, parus dans SYMBOLOS et écrits par moi-même, sur René Guénon, la Tradition Hermétique et la Maçonnerie –à savoir, les voies de réalisation d'Occident– qui témoignent tout ensemble de l'orientation de la revue et renseignent sur l'environnement ésotérique de la période 1990-2000. J'ai préféré éditer ces notes telles quelles : les reproductions de sommaires entiers les rendent peut-être un peu ennuyeuses mais attestent cependant chronologiquement des thèmes, textes et idées y afférentes que publiait SYMBOLOS. (La note au sujet de la revue Villard de Honnecourt a été réalisée conjointement avec Francisco Ariza). CHAPITRE VII AU SUJET DE RENÉ GUÉNON

ÉTUDES TRADITIONNELLES. Numéro spécial consacré à René Guénon, 1951. 11, Quai StMichel. 75005 Paris. Sommaire: Paul Chacornac, Jean Reyor: Présentation. A. K. Coomaraswamy: Sagesse orientale et savoir occidental. Léopold Ziegler: René Guénon et le dépassement du monde moderne. M. Vâlsan: La fonction de René Guénon et le sort de l'Occident. Frithjof Schuon: L'œuvre. Luc Benoist: Perspectives générales. André Préau: René Guénon et l'idée métaphysique. Jean Thamar: Comment situer René Guénon. J. C.: Quelques remarques sur l'œuvre de René Guénon. Marco Pallis: René Guénon et le Bouddhisme.

Paul Chacornac: La vie simple de René Guénon. Gonzague Truc: Souvenirs et perspectives sur René Guénon. F. Vreede: In memoriam René Guénon. Mario Meunier: René Guénon précurseur. Jean Reyor: La dernière veille de la nuit. Nous voulons souligner que la revue Études Traditionnelles –qui s'est appelée Le Voile d'Isis jusqu'en 1937– a été pendant plus de trente ans la tribune de Guénon et de ceux qui rejoignaient sa pensée, bien qu'il ne l'ait jamais dirigée directement. C'est pour quoi nous devons reconnaître à Études Traditionnelles sa valeur et son importance en tant que moyen de diffusion de la pensée de Guénon durant cette longue période. Ce numéro de 160 pages a été le premier hommage rendu à Guénon, car il fut publié six mois après sa mort, ce qui nous permet de croire que certaines idées s'y sont définies, créant ainsi de l'homme et de son œuvre une “image” qui a en quelque sorte conditionné pendant un certain temps ce que l'on nomme le mouvement “guénonien”. Nous nous référons notamment à toutes ces idées concernant le Catholicisme, le Christianisme, la Franc-Maçonnerie, et plus particulièrement l'Islam. Pour certains des intervenants (par exemple Schuon, Pallis, Reyor, Chacornac), il semblerait plutôt que cet hommage posthume leur ait donné une inestimable opportunité de “parler pour eux”, et de s'ériger en quelque sorte en références quasi obligatoires pour comprendre l'œuvre du grand métaphysicien. Cela s'est avéré, un cas récent en est la preuve, être une illusion pure et simple. Suivent nos commentaires sur certains articles. Perspectives Générales. Luc Benoist. Luc Benoist, auteur entre autres des livres Art du Monde et La Cuisine des Anges, signale dans son article que toute l'œuvre de Guénon part du point de vue central et synthétique, c'est-à-dire métaphysique, « celui qui comprend tout sans rien supprimer, qui permet l'économie de la mémoire et de l'effort, qui aide l'invention et la découverte, qui facilite la liaison entre les disciplines les plus étrangères, le point de vue des principes qui unissent les idées et les hommes ».. Et plus loin : « A cette idée de centre est intimement lié l'idée de germe [donc du plus petit]... celui qui contient déjà dans sa mystérieuse complexité tous ses développements ultérieurs. L'idée de germe emporte avec elle l'idée de liaison avec son origine, donc celle de tradition ». Cela fait que la possibilité d'accéder à la Tradition, au centre, soit plus proche que ce que nous pensons en réalité, car elle est contemporaine de la vie et de l'homme lui-même ou, ce qui revient au même, du temps et de l'histoire, bien que la Connaissance que soutient et révèle la Tradition, essentiellement verticale, échappe aux conditionnements propres à la vie, à l'homme (individuel ), au temps et à l'histoire, qui ne sont que ses reflets horizontaux et qu'elle englobe néanmoins, car l'Infini ne nie pas le fini. Mais la métaphysique n'est pas un point de vue parmi d'autres, sinon ce qui, bien que se rapportant au véritablement inexprimable et mystérieux, est cependant ce qui donne réalité à toutes choses, quelles qu'elles soient, ce qui permet en effet l'éclosion de ce germe dans l'être et le complet développement de toutes ses possibilités. S'il n'en avait pas été ainsi, Guénon n'aurait jamais écrit son œuvre, et la Tradition n'aurait aucun sens, car ce qu'elle transmet est précisément l'Idée (l'Être) de l'Inconditionné et, à partir de là, grâce aux supports symboliques véhiculés par cette Idée, le “chaos” de ces possibilités commencera à s'ordonner, premier pas nécessaire pour accéder à l'état réellement Inconditionné et à l'Identité Suprême, ce qui, comme le dit Guénon dans La Métaphysique Orientale, « bien loin d'être une sorte d'anéantissement comme le croient quelques Occidentaux, cet état final est au contraire l'absolue plénitude, la réalité suprême vis-à-vis de laquelle tout le reste n'est qu'illusion. »

Nous pensons que toute l'œuvre de Guénon est intimement mêlée à cette idée, bien qu'en quelques occasions, par ailleurs nécessaires à des fins d'éclaircissement, il ait fallu qu'elle traite de thèmes appartenant davantage au domaine de l'éventuel et du relatif, comme dans le cas de ses travaux dénonçant les déviations et les erreurs du monde moderne, de l'occultisme, de la théosophie et du spiritisme, dans lesquels il a cependant toujours introduit des connaissances de la doctrine, car dans le cas contraire ils n'auraient pas dépassé la simple critique, plaçant donc ces déviations à la place exacte qui leur correspond au sein de l'ensemble de l'ordre total et universel. Benoist divise l'œuvre de Guénon en quatre parties principales. Dans la première, il place précisément La Théosophie, histoire d'une pseudo-religion et L'Erreur Spirite, ainsi que ses divers articles sur le néospiritualisme moderne. En rapport avec ce que nous avons noté précédemment, Benoist signale que « en dehors de leurs valeurs négatives, ces ouvrages contiennent en contre-partie des enseignements très positifs. L'Erreur Spirite surtout possède des chapitres et des pages sur les états posthumes, les différences existant entre réincarnation, transmigration et métempsychose, des définitions capitales, qu'il serait impossible de trouver ailleurs. ». Dans ses livres “critiques”, Benoist place également Principes du Calcul Infinitésimal, « puisqu'en somme, le point de vue y reste le même. L'erreur spirite et le pseudo-infini mathématique dérivent l'une et l'autre de la même incapacité de conception à l'égard du véritable infini et de la possibilité universelle. » La deuxième partie comprend les œuvres dans lesquelles il expose « les raisons du désordre actuel et les conditions purement spirituelles d'un redressement. » Il s'agit de Orient et Occident, La Crise du Monde moderne, Autorité spirituelle et pouvoir temporel,, et enfin Le Règne de la Quantité et les Signes des Temps. De toutes ces œuvres, Benoist se centre spécialement sur la dernière, car elle ferme en quelque sorte les travaux consacrés au « domaine des applications historiques. » En effet, Le Règne de la Quantité est un livre extrêmement important et indispensable à la compréhension de la symbolique de l'histoire (c'est-à-dire l'histoire sacrée) et des cycles cosmiques, considérés comme l'expression des principes d'ordre universel, les premiers desquels, en ce qui concerne l'origine même de la manifestation cosmique, sont Purusha et Prakriti, que Guénon assimile à l'Essence et la Substance primordiales, les deux pôles, spirituel et réflexif, entre lesquels se situe l'ensemble de tous les degrés d'Existence universelle. Dans l'ordre humain et de notre monde, ces deux principes s'appliquent respectivement à la qualité et à la quantité. À l'origine de l'actuel cycle humain (le Manvântara), c'est-à-dire au “Paradis Terrestre”, l'essence et la qualité régnaient partout, car tout était sous l'influence directe du pôle spirituel, et c'est le développement cyclique et historique à partir de cette origine qui s'en est lentement éloigné, ce qui est pris comme une progressive “solidification” ou une “chute” graduelle en direction du pôle substantiel et quantitatif qui est placé à l'extrême opposé de toute spiritualité, et c'est précisément là que nous nous trouvons actuellement. Benoist nous dit cependant que, pour Guénon « la solidification du monde se présente, nous dit René Guénon, sous un double sens : considérée en elle-même, dans un fragment de cycle, elle a évidemment une signification 'défavorable' et même 'sinistre', opposée à la spiritualité. Mails d'un autre côté elle n'en est pas moins nécessaire pour préparer les résultats du cycle sous la forme de la 'Jérusalem céleste', [résultats qui représentent la “cristallisation” positive et transmutée du meilleur du cycle] où ces résultats deviendront les germes du cycle futur. Seulement pour que cette fixation devienne une restauration de 'l'état primordial', il faut l'intervention d'un principe transcendant [qui

s'appelle le Kalki Avatâra dans la tradition hindoue et “le second avènement du Christ ou du Messie” dans le judéo-christianisme] Cette intervention produit le retournement final et amène la réapparition du 'Paradis terrestre' », réapparition, ajouterons-nous, qui n'appartient déjà plus à notre actuel Manvântara sinon au suivant, dans lequel il y aura, selon l'Apocalypse, « de nouveaux cieux et une nouvelle terre ». La troisième division de Benoist contient surtout les nombreux articles que Guénon a consacrés aux traditions occidentales, spécialement celles dérivées de l'ésotérisme chrétien (comme les ordres de chevalerie, le Temple, les légendes sur le Saint Graal, la Fede Santa ou les Fidèles de l'Amour, etc.). L'Ésotérisme de Dante et Le Roi du Monde appartiennent également à cette dernière catégorie, bien que nous soyons d'avis que ce serait plutôt la première de ces œuvres qui se rapporte le plus directement à la tradition occidentale. Naturellement, sont aussi inclus les articles sur le Compagnonnage, et surtout sur la Franc-Maçonnerie, qui formèrent par la suite deux épais volumes : Études sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage. La quatrième et dernière division, toujours selon Benoist, comprend « la partie la plus positive et la plus riche, qui expose avec une clarté inattendue la véritable métaphysique orientale. » Il s'agit de l'Introduction Générale à l'Étude des Doctrines Hindoues (son premier livre publié), L'Homme et son Devenir selon le Vêdânta, Le Symbolisme de la Croix, Les États Multiples de l'Être, et La Grande Triade, cette dernière œuvre se centrant plus précisément sur la métaphysique et la cosmogonie taoïste bien qu'elle fasse de nombreuses références au symbolisme alchimiste, hermétique et maçonnique. Après une brève révision du contenu de tous ces livres, Benoist considère que Les États Multiples de l'Être est le plus original de toute l'œuvre de Guénon, affirmant qu'il « se place davantage au-dessus de toutes les traditions ». Les États multiples « constituent la pièce maîtresse, la clef de voûte de l'œuvre guénonienne, celle dont aucune autre ne. peut donner l'équivalent, et qui au contraire est nécessaire à la parfaite compréhension de tous les autres. Il s'agit de l'élucidation la plus complète qui ait jamais été donnée de la géographie de l'invisible, de l'Infini, du Non-Être et du Possible, de toute la complexité des hiérarchies spirituelles. » Enfin, Benoist parle de l'importance du symbolisme dans l'œuvre “guénonienne”, qui « constitue en fait la base même de l'édifice. » Il ne le dit pas, mais l'on pourrait prendre en compte ici les nombreux articles écrits par Guénon sur les symboles universels, presque tous recueillis par la suite dans Symboles Fondamentaux de la Science Sacrée, livre qui est devenu indispensable pour comprendre non seulement Guénon mais aussi la nature et le message de la Tradition. Pour notre part, nous voudrions ajouter que, à toutes les divisions établies par Benoist, manquent les études consacrées à l'initiation, qui occupent selon nous une place capitale dans la pensée de Guénon, et sont en outre directement liés à l'idée de réalisation, à laquelle conduit nécessairement l'étude de son œuvre. Rappelons, par exemple, les Aperçus sur l'Initiation, et les articles écrits au cours de plusieurs années qui ont été regroupés sous le titre de Initiation et Réalisation Spirituelle. La dernière veille de la nuit. J. Reyor. Un hommage à la mémoire de Guénon où la chaleur humaine n'est pas absente –au contraire de la note de Schuon–, et certaines considérations importantes, mais où Jean Reyor a-t-il pris que la “nécessité” de l'exotérisme joue un rôle si important dans

l'œuvre de Guénon ? Cette observation extraordinaire fondée seulement sur un article de Guénon (voir chapitre IV) en quelque sorte indépendant du reste de son œuvre, a marqué néanmoins une grande partie des écrits et de la vie de Reyor, directeur à ce moment de Études Traditionnelles, et a même révélé une attitude propre à certains “guénoniens” attirés par ce qui est “officiel” et un besoin littéral d'une sécurité fallacieuse, c'est-à-dire par une crainte profonde de la métaphysique et de l'éventualité du non-humain. Un refus de l'inconnu mis en évidence par un attachement égotiste au connu, ce qui nie purement et simplement le symbole, son pouvoir médiateur et de transmutation.

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RENÉ GUENON. Éditions de l'HERNE. Paris 1985. 459 pp. Dirigé par Jean-Pierre Laurant avec la collaboration de Paul Barba-Negra. SOMMAIRE: Jean-Pierre Laurant: Avant-propos: "Nous ne sommes pas au monde..."; Jean-Pierre Laurant: Repères biographique et bibliographiques; René Guénon: Poèmes de jeunesse; LA CRISE DU MONDE MODERNE: Jean Biès: René Guénon, héraut de la dernière chance; Michel Michel: Sciences et tradition, la place de la pensée traditionnelle au sein de la crise épistémologique des sciences profanes; Victor Nguyen: Guénon, l'ésotérisme et la modernité; Daniel Cologne: Puissance et spiritualité dans le traditionalisme intégral; Jean Robin: Le problème du mal dans l'œuvre de René Guénon; René Guénon: Extraits de lettres à Hillel; DES SOURCES POUR SAVOIR?: Nicolas Séd: Les notes de Palingénius pour "l'Archéomètre"; Jean Reyor: De quelques énigmes dans l'œuvre de René Guénon; Pierre Grison: L'Extrême-Asie dans l'œuvre de René Guénon; L'AXE DOCTRINAL: Giovanni Ponte: Réflexions à la lumière de l'œuvre de Guénon concernant l'unité principielle, l'ésotérisme, l'exotérisme et les risques de la voie initiatique; Alain Dumazet: Métaphysique et réalisation; Alain Gouhier: La réponse à Henri Massis, une aventure inachevée; André Conrad: L'indifférence et l'instant, lecture d'un chapitre des "États multiples de l'Être"; Yves Millet: René Guénon contre les Messieurs de Port Royal; René Guénon: Lettre à A. K. Coomaraswamy; Olivier de Frémond: Une lettre à René Guénon; LE SYMBOLISME TRADITIONNEL: Jean Borella: Du symbole selon René Guénon; Roger Payot: Réflexions philosophiques sur le symbolisme selon Guénon; René Guénon: Extrait d'une lettre à Jean Reyor; LIEUX DE RENCONTRE ET POINTS D'AFFRONTEMENTS: Mircea Éliade: Un autre regard sur l'ésotérisme: René Guénon; François Chenique: A propos des "États multiples de l'être" et des degrés du savoir: quaestiones disputatae; Jean Hani: René Guénon et le christianisme. A propos du "Symbolisme de la croix"; Portarius: Sur la possibilité d'un ésotérisme dans le christianisme; Christophe Andruzac: Note sur la diversification des voies spirituelles; Denys Roman: Les cinq "rencontres" de Pierre et de Jean; Denys Roman: Note additionnelle sur le Saint-Empire; Édouard Rivet: René Guénon franc-maçon; René Guénon: Extraits de deux lettres à R.P.; Jean Pierre Schnetzler: René Guénon et le bouddhisme; René Guénon: Une lettre à A. K. Coomaraswamy; Marco Pallis: Une lettre à J.-P. Laurant; Catherine Conrad: Guénon et la philosophie; Frithjof Schuon: Note sur René Guénon; René Guénon: Lettre à F. Schuon; René Guénon: Trois lettres à propos de l'initiation féminine; UNE LENTE IMPRÉGNATION: Eddy Batache: René Guénon et le surréalisme; Pierre Alibert: Albert Gleizes-René Guénon: Frédérick Tristan: Extraits du

Journal; Luc Benoist: Lettre à Jean Paulhan; René Guénon: Deux lettres au peintre René Burlet; Jean Borella: Georges Vallin, 1921-1983; François Chenique: La vie simple d'un prêtre guénonien: l'abbé Henri Stéphane; Gaston Georgel: Ce que je dois à René Guénon; ENTRETIENS: Entretien avec Jean Tourniac; Entretien avec Emilie Poulat; COMMENTAIRE DES ILLUSTRATIONS: René Guénon: Lettres à Hillel; Lettres à F. G. Galvao; Lettre à Julius Evola Science et tradition. Michel Michel. Du point de vue concret où il est placé, cet écrit est très intéressant et précise dans une large mesure la pensée de Guénon sur les sciences profanes en général et en particulier les connexions ou ponts qui peuvent exister entre sa pensée et les concepts des sciences et techniques actuelles, qui ont tellement changé depuis le temps où Guénon écrivait son œuvre. Dans la première partie, il décrit les critiques, évidentes aujourd’hui encore que la vulgarisation scientifique, et pas seulement la vulgarisation, continue d’insister à ce sujet sur les méthodes scientifiques basées fondamentalement sur l’expérimentation, l’empirisme, la spécialisation et les statistiques des sciences "naturelles" et appliquées, et la confusion de chercheurs récents qui refusent la propre instrumentation scientifique, comme c’est le cas de l’épistémologiste Karl popper. L’on a souligné auparavant le rôle octroyé par Guénon à l’arithmétique et à la géométrie, sciences traditionnelles et véhicules de connaissance, et l’erreur des scientifiques qui, croyant traiter directement de la réalité des phénomènes observés, ne se réfèrent en fait qu’à la description de ces phénomènes au moyen d’une traduction, par ailleurs marquée historiquement, c’est-à-dire soumise aux circonstances de temps, et même de lieu ; c’est un fait notoire à l’époque de Guénon et en Europe en général, en raison de l’influence de la mécanique, qui a son origine chez Descartes et de laquelle découle un type de pensée trouvant son accomplissement social dans la révolution industrielle, et s’infiltre et marque toutes les sciences, y compris les "sciences humaines", que l’auteur prend aussi en compte, comme la sociologie, la psychologie, l’histoire, etc. Nous partageons également avec lui la critique qu’il fait au grand métaphysicien français de ne pas avoir prêté davantage d’attention à l’anthropologie, et spécialement aux peuples primitifs ou archaïques comme sociétés traditionnelles encore vivantes aujourd’hui, et que Guénon décrit dans certains cas comme des dégénérescences d’une connaissance ancestrale. Sur ce sujet, entre autres, l’auteur pense que cela serait dû au conditionnement propre à l’époque où Guénon vécut et travailla, à son cadre de référence. Il fait également remarquer que l’attitude de Guénon et de beaucoup de "guénoniens" au sujet du plan intermédiaire, en cela qu’il le nie puisqu’il ne s’agit pas du monde réellement spirituel, est une tentative d’affirmer le caractère primordial de l’origine non humaine de la manifestation, au détriment de la psychologie profonde et de la réalité du plan imaginaire. Il va de soi qu’un travail comme celui-ci, en soi extrêmement condensé, ne peut être synthétisé en quelques lignes, car il contient de nombreuses allusions et suggestions et que l’on y traite, d’une manière directe ou plus voilée, de bien des choses devant être des motifs de réflexion et de méditation pour l’homme contemporain, dont nous sommes aussi. Nous considérons en tout cas plus enrichissant un travail de ce type que les controverses théologiques et de philosophie religieuses sur lesquelles ont débouché nombre de "guénoniens". Du symbole selon René Guénon. Jean Borella. Cette étude débute par une intéressante analyse de l’œuvre de Guénon, qu’il divise en

cinq parties : critique du monde moderne, tradition, métaphysique, symbolique et réalisation spirituelle. Tradition, métaphysique et symbolique constituent le triangle d’assise des pyramides, dont le pôle le plus bas correspond à la critique du monde moderne et aux réformes de la pensée profane, et le pôle le plus haut, logiquement, à la réalisation. Il poursuit en traitant du symbole en tant qu’intermédiaire entre différents plans de l’Être universel et comme unité manifeste et synthétique du connaissable, et aborde quelques théories modernes sur le symbole, en particulier le structuralisme qui, décomposant analytiquement le symbole en des unités différenciées qui ne s’interprètent pas mais se constatent, ainsi que les "mythologies", nient la raison d’être du symbole, qui est le trait d’union entre les parties d’un tout. Les considérations qui suivent, se fondant sur l’œuvre de Guénon, éclairent certains concepts comme correspondance et analogie, mettant l’accent sur l’analogie inverse. Réflexions philosophiques sur le symbolisme selon Guénon. Roger Payot. Dans cet article intéressant et évocateur, l’auteur tente de rapprocher le point de vue philosophique et scientifique sur la fonction du symbole (citant divers auteurs comme André Leroi-Gourhan, Ernst Cassirer, Husserl, et même Kant), de la position sur ce sujet soutenue tout au long de son œuvre par Guénon. Néanmoins, Roger Payot parvient rapidement à la conclusion que ce rapprochement n’est possible qu’à un certain niveau (celui des analogies qu’établissent les possibilités du langage et de la raison), au-delà duquel se trouve le domaine proprement dit ontologique et métaphysique où nous projette le symbole grâce au pouvoir de synthèse qu’il génère, et qui échappe évidemment à l’analyse discursive. C’est la différence qu’il y a entre l’horizontale et la verticale : elles coexistent ensemble, mais la première n’est que le reflet de la seconde. Rappelons ces mots de Guénon, cités par l’auteur : « Le rôle des symboles est d'être le support de conceptions dont les possibilités d'extension sont véritablement illimitées, et toute expression n'est elle-même qu'un symbole; il faut donc toujours réserver la part de l'inexprimable qui est même, dans l'ordre de la métaphysique pure, ce qui importe le plus. » *** Il faut par ailleurs faire l’éloge de la réalisation d’une publication aussi complète que celle des Cahiers de l’Herne au sujet de Guénon, en particulier en ce qui concerne les documents, lettres et même poèmes de jeunesse.

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RENÉ GUÉNON. Les Dossiers H. L’Âge d’Homme, Lausanne. 1984. 324 pp. Dirigé par Pierre-Marie Sigaud. SOMMAIRE: Pierre-Marie Sigaud: Prologue; OUVERTURE: Jean Tourniac: Nouvelles réflexions sur l'œuvre de René Guénon; André Coyné: L'œuvre de Guénon dans la seule perspective qui l'explique; Frithjof Schuon: Quelques critiques; ETUDES: Gérard de Sorval: Jalons pour situer la tradition catholique face à l'œuvre de René Guénon; Jean

Borella: Gnose et gnosticisme chez René Guénon; Marie-Madeleine Davy: Remarques sur les notions d'ésotérisme, de métaphysique et de tradition envisagées dans leur rapport avec le christianisme; Jean Hani: La contribution de René Guénon à l'intelligence de l'Art Sacré: l'exemple de l'Icône de la Nativité; Alain Daniélou: René Guénon et la tradition hindoue; Françoise Le Roux et Christian-J. Guyonvarc'h: René Guénon et les études celtiques; Marco Pallis: "Le Roi du Monde" et le problème des sources d'Ossendowski; CONTRE CULTURE: Walter Heinrich: Guénon et la Méthode Traditionnelle; Francisco García Bazán: Champ d'application de la doctrine métaphysique; Victor Nguyen: Maistre, Maurras, Guénon: contre-révolution et contreculture; René Alleau: De Marx à Guénon: d'une critique "radicale" à une critique "principielle" des sociétés modernes; LECTURES: Frédérick Tristan: Réflexions sur René Guénon (Extraits inédits du Journal de Frédérick Tristan). Michel Le Bris: Pour en finir avec les guerres de religion (notes); Eric Ollivier: La porte du rêve; F. J. Ossang: Via Guénon, sous le signe du feu; Philippe Trainar: Eloge; Bruno de Panafieu: René Guénon, in memoriam; Aldo Ciccolini: Entretien; RECEPTIONS CRITIQUES: León Daudet: Compterendu d'Orient et Occident (1924); Roger Gilbert-Lecomte: Compte-rendu de La Crise du Monde Moderne (1928); René Daumal: Encore sur les livres de René Guénon (1929); André Bretón: René Guénon jugé par le Surréalisme (1953); André Gide: Extrait du Journal (1943); Henri Bosco: Entretiens en pays d'Islâm (1951); Michel Deguy: Guénon et la "Science Sacrée" (1963); CORRESPONDANCE: René Guénon: Lettres a Pierre Germain, Nöelle Maurice-Denis, R. Martínez Espinosa, F. G. Galvao, Eric Ollivier; CHRONOLOGIE; BIBLIOGRAPHIE: Aymon de Lestrange; NOTES SUR LES AUTEURS. L’édition de ce volume (de 322 pages grand format) représente sans aucun doute un effort, bien qu’elle n’aie pas été bien accueillie par divers groupes "guénoniens" car, selon certains, elle semblerait davantage une critique de la pensée de Guénon qu’un hommage. Nous ne partageons pas ce critère. Nous indiquerons plus bas quelques collaborations. Ce dossier a été conçu par Pierre-Marie Sigaud. Gnose et gnosticisme chez René Guénon. Jean Borella. L’auteur croit que jusqu’à 1912, année de son entrée dans l’Islam, rien de ce que Guénon a écrit dans la publication La Gnose et autres media n’est digne de valeur, y compris son magistral travail sur le Démiurge, et pour le prouver, il s’étend dans une interminable discussion théologique et philosophique, étalant une inutile érudition spéculative qui prétend démontrer ce qui est clair dans le reste de l’œuvre de Guénon, en particulier dans Les États Multiples de l’Être et L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, et narre certaines "anecdotes" de sa vie et de son œuvre, auxquelles pourraient d’ailleurs en être opposées d’autres tout aussi effectives et ne conduisant à rien. Quelles sont les intentions de Borella dans cet article et d’autres du même genre où, faisant étalage de ses connaissances de professeur et basochien, il ne fait que jeter de la poudre aux yeux pour n’arriver à rien ? D’un autre côté, sa terminologie donne l’impression qu’il ne croit pas que les états les plus élevés de l’être puissent être appréhendés et expérimentés par les humains, sinon qu’il ne s’agit que de catégories logiques d’un système philosophique fermé, de simples abstractions. Nous ressentons pour Borella un peu la même chose que pour Schuon : nous admirons l’intelligence, et par moments, la profondeur de pensée, et nous avons même parfois savouré ses expressions heureuses, il faut le reconnaître, mais il s’y trouve finalement quelque chose d’artificiel, de trop élaboré et trop habile, comme une chose déjà connue, non seulement pour nous être abreuvés à la même source sinon pour une

situation qui nous est familière depuis notre jeunesse, un goût de léger orgueil intellectuel consenti, admit et exercé, fréquent chez certains esprits religieux et universitaires que nous avons bien connus, et totalement absent chez Guénon, car son œuvre possède la beauté et la grandeur accablantes d’un poète rebelle, d’un mathématicien réformateur, bien plus proche de la contre-culture que du vernis culturel, ce qui a été remarqué par des auteurs aussi différents qu’André Gide, René Daumal, André Breton et Antonin Artaud. Remarques sur les notions d'ésotérisme, de métaphysique et de tradition envisagées dans leur rapport avec le christianisme. M. M. Davy. Un excellent travail de cet important écrivain chrétien, qui fait de son point de vue une version équilibrée et objective de l’œuvre et de la pensée de Guénon. Elle conclut son étude par ses mots : « René Guénon a tracé une voie dont on ne saurait mésestimer la valeur. Elle conserve son essentialité à l'égard d'une époque donnée. Aujourd'hui, l'homme moderne tend à se libérer du poids non seulement des institutions, mais de certaines manières de voir et de vivre les traditions. (...) Aujourd'hui, l'homme est invité à s'adresser à son propre maître intérieur dans le mystère de sa propre dimension de profondeur. » "Le Roi du Monde" et le problème des sources d'Ossendowski. Marco Pallis. Au bout de près de quarante ans à publier la même chose, l’auteur continue d’insister sur la question des termes Agartha et Shambala, dans le but de diminuer l’autorité de Guénon. De Marx à Guénon: d'une critique "radicale" à une critique "principielle" des sociétés modernes. René Alleau. C’est un exposé inhabituel et très intéressant que celui de cet article qui compare la pensée de Guénon et celle de Marx, comme deux façons de voir l’Histoire et la vie en général, y compris la critique du travail dans la société moderne. Nous voulons aussi attirer l’attention, dans ces "Dossiers", sur la bibliographie de toutes les œuvres en français de Guénon, ainsi que sur les traductions en plusieurs langues de quelques-unes d’entre elles anglais, allemand, portugais, espagnol, italien et suédois. L’on y trouve également le détail de toutes les œuvres écrites par différents auteurs sur Guénon, ou qui ont d’une façon ou d’une autre fait référence à son œuvre et à sa vie, ce qui nous donne un total de cinquante-cinq, jusqu’à l’année de publication de ces Dossiers (1984). Idem pour les numéros spéciaux de revues et, enfin, les multiples articles parus au long des années et consacrés au grand métaphysicien français. Et, pour finir, nous signalerons des notes sur les auteurs ayant participé à ce volume monographique.

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L'ÂGE D'OR: Spiritualité et Tradition. Revue trimestrielle. Editions Pardès, B.P. 47, 45390 Puiseaux. France. 1986-87. 151 pp. Rédacteur en chef: Georges Godinet.

Numéro spécial, René Guénon. SOMMAIRE: Avertissement; Julius Evola: René Guénon et la «scolastique» guénonienne; J. E.: Le «don des langues»; J. E.: Sous prétexte de conquérir la Terre, l'homme a rompu tout contact avec la réalité métaphysique; Un entretien avec Henry Montaigu, pour son livre "René Guénon ou la mise en demeure": «René Guénon n'est pas venu pour conserver le vieux-vieux monde en décomposition, mais pour nous rendre les principes intangibles en vue du renouvellement total de tout», (Entretien réalisé par David Gattegno); Pierre et Jean-Louis Grison: Deux aspects de l'œuvre de René Guénon; Claudio Mutti: René Guénon et le «préjugé classique»; Chantal Étienne: René Guénon: étude astrologique; Une lettre de René Guénon à Noèlle-Maurice Denis-Boulet, du 19 décembre 1918 (extraits); Daniel Frot: René Guénon, «témoin à charge» de la crise du monde moderne (recension de: Charles-André Gilis, "Introduction à l'enseignement et au mystère de René Guénon"); D. F.: Une vision «hiératique» de René Guénon (recension de: Jean Robin, "René Guénon, Témoin de la Tradition"); Jean-Marie Balcet: Pour rendre hommage à René Guénon (Recension de: Cahier de l'Herne sur René Guénon); Roberto Bigliardo: Tradition et Civilisation (recension de: Piero Di Vona, "Evola e Guénon, Tradizione e civiltà"); Jean Bernachot: René Guénon et la renaissance du sacré; Patrick Jauffrineau: Les journées traditionnelles de Reims. Dans son propre éditorial, la direction de la revue explique que la publication de ce numéro extraordinaire consacré à Guénon en raison du centième anniversaire de sa naissance, poursuit fondamentalement deux objectifs : offrir aux lecteurs intéressés par l’œuvre de Guénon des informations complémentaires, et résumer et rendre témoignage de l’un des principaux colloques développés en commémoration du centenaire de l’auteur. De ce numéro spécial, nous soulignerons les trois collaborations présentées par J. Evola, ésotériste italien qui diffère de Guénon sur quelques points, en particulier en ce qui concerne la Franc-Maçonnerie ; il commence son premier article en disant : « Indéniablement, René Guénon doit être considéré comme un Maître de notre temps. Ses contributions à la critique du monde moderne, à la compréhension du ‘monde de la Tradition’, des symboles et des enseignements métaphysiques ont une valeur exceptionnelle. » Si nous ne pouvons être d’accord sur certains points de vue d’Evola, nous devons reconnaître la qualité générale de son œuvre, sa contribution à l’ésotérisme occidental et le sérieux que l’auteur apporte à son travail. Pour terminer cette mention sur J. Evola, nous citerons un autre fragment de son article «René Guénon et la «scolastique» guénonienne» : « Il convient enfin de faire justice de ce qu'écrivit un jour Guénon dans un article malheureux intitulé ‘Nécessité d'un exotérisme traditionnel’, où il offrait sur un plateau de dangereux encouragements et alibis à un conformisme frileux et petit-bourgeois. Ils feraient bien, nos ‘premiers de la classe’, d'approfondir la véritable signification de ce qu'on a appelé la Voie de la Main Gauche, voie qui possède un caractère non moins traditionnel que celle de la Main Droite, mais présente, en outre, l'avantage de mettre parfaitement en relief la transcendance propre à toute réalisation et à toute aspiration vraiment initiatiques. Le ‘guénonisme’ abstrait et intellectualisé, celui de simples ‘centres d'études’, peut certes l'ignorer ; mais la fracture entre les formes de la vie extérieure et les résidus du traditionalisme exotérique, d'une part, et, d'autre part, toute possibilité d'orientation transcendante cette fracture est désormais, selon nous, trop profonde et

irréversible. » Remarquable aussi l’interview faite à Henry Montaigu, disparu il y a deux ans. Montaigu, éditeur et directeur de la revue La Place Royale émet dans cette interview, avec son habituel lyrisme passionné, d’intéressantes considérations sur l’œuvre de Guénon. À souligner également le texte des frères Grison, intitulé « Deux aspects de l’œuvre de René Guénon ».L’article est long, et les deux aspects pris en compte sont Le Message de l’Asie et Pour un christianisme traditionnel. Dans la première partie du Message de l’Asie, les frères Grison reprennent un bon nombre de citations du livre Orient et Occident pour identifier les aspects occidentaux qui se sont détachés de l’idée de Principe à partir du XIVe siècle, constatant que cette déviation "moderne" vers la périphérie a défiguré l’être individuel au nom d’une hallucination collective qui, comme le dit Guénon, prend les plus vaines chimères pour d’incontestables réalités. Ils poursuivent en portant clairement sur les relations entre Non-Être et Être, et font une brève et fluide introduction à la métaphysique orientale et à l’idée intégrale de la connaissance en tant que science des sciences. La deuxième partie, Pour un christianisme traditionnel s’avère extraordinaire et pleine de considérations sur l’ésotérisme médiéval, avec de très intéressantes références à Pythagore, Dante, Ibn Arabi, Saint Bernard et tous les ordres de chevalerie de l’époque. Nous voulons rapporter une phrase qui le résume en partie : « l'ésotérisme véritable est tout autre chose que la religion extérieure, et, s'il a quelques rapports avec celle-ci, ce ne peut être qu'en tant qu'il trouve dans les formes religieuses un mode d'expression symbolique ». Ils constatent également la déviation qui se produisit à la fondation de la Grande Loge d’Angleterre, créée en 1717 par les pasteurs protestants Anderson et Desaguliers dont le grade maçonnique était celui de compagnon et qui instaurèrent une maçonnerie dont les auteurs se demandent si elle ne naquit pas incomplète, par la propre vérité des grades initiatiques. A souligner aussi, la clarté de l’exposition sur le OM et la source de méditation ésotérique qu’il constitue et l’universalité réellement implicite dans le christianisme traditionnel. Les frères Grison, importants collaborateurs de la revue Études Traditionnelles et du Dictionnaire des Symboles Chevalier-Gheerbrant, nous amènent à travers cet extraordinaire article à toute une réflexion sur l’histoire sacrée d’Occident.

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RENE GUENON ET L'ACTUALITE DE LA PENSEE TRADITIONNELLE. Actes du Colloque International de Cerisy-La Salle: 13-20 Juillet 1973. Editions du Baucens, Belgique 1977. 333 pp. Dirigés par René Alleau et Marina Scriabine.

SOMMAIRE: Nadjmoud-Dine Bammate: Discours inaugural; René Alleau: Introduction; Discussion; Jean Pierre Laurant: Sources historiques de la pensée de Guénon, Discussion (avec la lecture d'un texte de Gabriel Asfar: Guénon et l'Introduction générale à l'étude des doctrines hindoues Héresies et vérités; 1re Table ronde: Témoignages sur René Guénon; Jean Tourniac: Réflexions sur l'œuvre de René Guénon, Discussion; Philippe Lavastine: TriVarga (Les Trois Valeurs); Nadjmoud-Dine Bammate: René Guénon et L'Islam, Discussion; 2e Table ronde: Le Soufisme; Robert Amadou: René Guénon et le Soufisme; Max Lejbowicz: Essai d'une approche astrologique de René Guénon, Discussion; Jean Baylot: René Guénon et la Franc-maçonnerie, Discussion; Bernard Guillemain: René Guénon et le symbolisme maçonnique, Discussion; 3e Table ronde: L'Initiation (avec lecture d'un texte de Gaston Georgel); Maurice de Gandillac: L'homme et le monde dans le Corpus hermeticum, Discussion; 4e Table ronde: Le Symbolisme (avec un communication de Pierre Narcollier: Réflexions sur la voie symbolique selon René Guénon); 5e Table ronde: Les Sciences traditionnelles (avec lecture d'un texte de Frans Vreede: Science moderne et initiation actuelle); 6e Table ronde: René Guénon et le Catholicisme (avec lecture de textes de Gaston Georgel et de François Chenique); Marina Scriabine: Contre-initiation et contre-tradition, Discussion; René-Marie Burlet: Art et tradition (débat avec projections); 7e Table ronde: Le Roi du monde (avec des exposés de René Alleau et Philippe Lavastine); Jean Hani: René Guénon et la politique, Discussion; Antoine Faivre: Démystification et remythisation, Discussion; Gilles Ferrand: Du rôle et de quelques aspects de la jeunesse (résumé de l'auteur), Discussion; Séance de clôture; Notes; Table des illustrations; Table des matières. Ces colloques, ayant eu lieu du 13 au 20 juillet 1973, furent édités quatre ans plus tard grâce à l’initiative de Marina Scriabine et Nadjmoud-Dine Bammate, le premier colloque étant consacré à l’œuvre et à la personnalité de Guénon. Nous indiquerons quelques uns des travaux présentés, non sans signaler auparavant la richesse des dialogues tenus après chaque conférence qui dénotèrent l’intérêt du public pour tout ce que nous appellerons, respectueusement, le "phénomène guénonien". L'homme et le monde dans le Corpus Hermeticum. Maurice de Gandillac. Cette conférence durant laquelle Guénon n’est pas même nommé est éditée sous forme d’un texte de dix pages, commentant brièvement certains aspects des Hermética que le Père Festugière, suivi en partie, développa en quatre épais volumes sans en terminer avec le sujet, ce qui est courant dans ce type de travaux. De notre point de vue, nous ne voulons pas commenter la conversation en soi, mais indiquer l’importance de l’intervention de Monsieur Gandillac à faveur de l’incorporation des livres du Corpus Hermeticum dans un symposium consacré à Guénon, lequel, tout en ne précisant jamais de quels "livres hermétiques" il s’agit à l’exception du livre d’Hénoch, s’y réfère à deux reprises dans Formes Traditionnelles et Cycles Cosmiques, dans son étude "Le Tombeau d’Hermès", où « il est dit qu'Idris ou Hénoch écrivit de nombreux livres inspirés, après qu'Adam lui-même et Seth en avaient déjà écrit d'autres; ces livres furent les prototypes des livres sacrés des Égyptiens, et les Livres hermétiques plus récents n'en représentent en quelque sorte qu'une ‘réadaptation’, de même aussi que les divers Livres d'Hénoch qui sont parvenus sous ce nom jusqu'à nous. » Et dans une note de l’étude appelée "Hermès" « Ne faudrait-il pas conclure ... que le Livre d'Hénoch, ou du moins ce qui est connu sous ce titre, doit être considéré comme faisant partie intégrante de l'ensemble des ‘livres hermétiques’ ? » Ces brèves références de Guénon suffiraient pour croire que s’y insinue une voie de recherche, puisqu’il s’agit de textes sacrés et donc réellement traditionnels dérivés de l’Égypte hellénistique, et même de certains livres gnostiques, en dépit de la méfiance de Guénon envers le gnosticisme.

Durant le débat qui suivit apparurent néanmoins divers interlocuteurs qui énoncèrent de curieuses opinions sur ce sujet, parmi lesquels René Alleau se fit remarquer en manifestant qu’il fallait faire la différence entre l’hermétisme du Corpus Hermeticum et l’hermétisme de la Renaissance, et dit par la suite que le Corpus Hermeticum était une sorte de mélange, une théosophie syncrétique à la Madame Blavatsky. La découverte des textes de la Hermética eut une importance évidente à la Renaissance (la croyance existait alors qu’ils avaient été écrits par le dieu Hermès lui-même) et les siècles suivants, comme cela a été démontré dans l’œuvre de Frances Yates ; cela est également incontestable pour l’Alchimie ou, mieux, la Tradition hermético-alchimique ainsi que l’a appelée Évola ; d’autre part, les manuscrits égyptiens de l’époque grecque du Corpus sont indubitablement en rapport avec la Gnose, ainsi que l’a démontré une version de l’Asclepios trouvée chez Nag Hammadi. Il faudrait donc aussi préciser qu’il existe une Tradition antérieure que nous pourrions appeler hermétique/gnostique, et qui engendre par ailleurs l’Alchimie et l’actuel ésotérisme hermétique en général, pour lequel la Table d’Émeraude es un texte sacré et qui s’organise sous l’égide d’un dieu, Hermès Trismégiste, produisant des formes qui ne sont que des adaptations à des temps et des lieux différents de la révélation Hermétique. Pourquoi tant de préjugés autour du Corpus Hermeticum, véritable ensemble de sagesse révélée qui, à l’instar de tous les textes sacrés à commencer par les Évangiles chrétiens est totalement ésotérique et susceptible d’avoir quatre niveaux de lecture pouvant même s’opposer les uns aux autres ? L'initiation. Gaston Georgel. N’ayant pu assister au colloque, Gaston Georgel envoie une brève communication sur ce sujet, ce qui donna lieu à la troisième table ronde, qui traitait précisément de l’initiation. Y interviennent des auteurs distingués et des membres du tableau des participants, comme les deux efficaces organisateurs de ces réunions, et S. Hutin, B. Guillemain, J. P. Laurant, Dr. Schnetzler, P. Lavastine, J. P. Teste, P. Warecollier, etc., qui tentent d’élucider le sujet et ce qu’en pensait Guénon, en traitant non seulement de la Franc-Maçonnerie et du Catholicisme, mais aussi du Bouddhisme et des traditions archaïques australiennes. Notre attention a été fortement attirée par une attitude qui nous semble généralisée chez les personnalités qui ont traité ces sujets : elles se réfèrent exclusivement à la possibilité d’une Initiation en la rattachant uniquement à cérémonies et rituels, ou à des activités religieuses. En fait, l’Initiation est une initiation à la Connaissance, et c’est là ce que manifeste Guénon tout au long de son œuvre ; l’on sait également qu’il souligne, sur les traces d’Aristote, l’identité entre Être et Connaissance, raison pour laquelle l’on est ce que l’on connaît. L’initiation sans l’être est une absurdité, qu’il s’agisse de Grands ou de Petits Mystères, et les récipiendaires d’une influence spirituelle de transmission verticale, quoique reçue dans l’horizontal, sont porteurs de cette Connaissance qui est surtout une expérience concrète, un acquis absolu et ineffaçable, ce pour quoi l’on parle précisément de la Connaissance comme une obtention graduelle, par le biais de toutes sortes d’épreuves englobant le physique, la psychologie et la spiritualité, et qui s’incarne dans l’être individuel en l’identifiant à l’Être Universel, expression affirmée du Non-Être (En Soph), qui n’a qu’un rapport indirect et réflexif avec cérémonies, sacrements et attitudes solennelles. Le rite véritable est le Rite de la Connaissance, produit de l’Intuition Directe née du Cœur, édifié par un Enseignement qui n’a pas grand-chose à voir avec attributions bureaucratiques et formalités institutionnelles.

Seul René Alleau, presque à la fin de la table ronde, identifie la Connaissance avec l’Être et assimile ainsi l’initiation aux degrés de Connaissance de l’Être Universel, mais il le fait comme en passant et sans paraître y accorder l’importance capitale qu’elle implique vraiment. Démistification et remythisation. A. Faivre. L’auteur commence par faire une distinction entre les termes ésotérisme, mot relativement récent, et théosophie en tant que science des analogies et des correspondances, qui a eu cours tout au long de l’histoire des idées et qui exclue l’occultisme, sujet qu’il n’est pas intéressant de traiter dans son exposé. Il pense ainsi que l’œuvre de Guénon est, par sa propre envergure, le meilleur prétexte pour parler de la situation et la signification actuelle de notre tradition occidentale. Il poursuit par une révision synthétique de la culture d’Occident, dans un développement aussi plein de bon sens que d’intéressantes trouvailles que nous sommes nombreux à partager avec l’auteur, soulignant bien entendu le type de pensée qu’il nomme théosophique et qui comprend tout ensemble Marsilio Ficino et les kabbalistes chrétiens, la philosophie de la nature, l’école de Chartres, les mancies et spécialement le Tarot, l’iconographie alchimiste, Jung, et même Bachelard, Gilbert Durand, etc., de manière à éclairer progressivement la pensée théosophique qu’il ne rapporte pas, c’est vrai, à Madame Blavatsky, ni ne tente d’enfermer dans des modules rigides. Le discours d’Antoine Faivre, d’où ressort l’imagination créatrice et le plan de l’imaginaire, est plus qu’intéressant et se trouve être impossible à résumer, car il représente en soi une magnifique synthèse, ce pour quoi nous ne pouvons qu’en recommander à nos lecteurs une lecture attentive et la méditation conséquente. Il conclut son excellent travail en mettant sur la table diverses idées de la culture contemporaines, orpheline de principes transcendants, puisque la pensée de Guénon, qui n’est pas, il est vrai, celle d’un "homme moderne", est, paradoxalement, constamment actuelle. Il est à remarquer que l’on peut, tout au long de cette étude, constater l’importance que peut avoir une recherche, ou mieux, une attitude historique, pour enrichir et contribuer à se situer par rapport au programme et surtout à l’Enseignement directement consacré à la Connaissance et, par voie de conséquence, à l’Initiation. Distinguons à ce sujet que la fonction de Guénon, éminemment verticale, et aussi évidemment historique.

CHAPITRE VIII AU SUJET DE L’HERMÉTISME

ARIES, 23 avenue de Bretteville, 92200 Neuilly-sur-Seine, France. Aries est une revue française semestrielle, dirigée par Antoine Faivre, Pierre Deghaye et Roland Edighoffer. Son comité de rédaction compte avec des noms aussi prestigieux que, entre autres, Marie-Madeleine Davy, Gilbert Durand, Joscelyn Godwin, Jean-Pierre

Laurent, Jean Tourniac, Gerhard Wehr, tous écrivains et ésotéristes contemporains reconnus, certains déjà disparus (Mircea Eliade, etc.). Dans le Nº 11, édité par la Table d’Émeraude et correspondant au Nº 1 de 1990, trois articles se regroupant autour d’un thème, la Philosophie Pérenne, avaient constitué en 1989 des allocutions de la Conférence de l’Académie Américaine de Religions, à Anaheim en Californie. Les auteurs en sont Len Bowman, Sheldon R. Isenberg et Tyson Anderson, et leurs apports sont très intéressants à plusieurs aspects, entre autres parce qu’ils permettent d’observer les formes et les voies que prend aux États-Unis la Tradition, ou Philosophie Pérenne. La revue appelle ces auteurs « néo-guénoniens » et les rattache à un « certain ésotérisme guénonien », qualification issue d’un article, dont c’était le titre, paru dans le Nº 8 de ARIES et signé Nelly Emont. Cette participation, aux intentions polémiques, tourne autour de commentaires sur des œuvres et des revues d’auteurs étant précisément qualifiés de membres d’un « ésotérisme guénonien » ; nous ne signalerons pas les livres et ouvrages cités, vu que N. Emont déclare, en généralisant, qu’ils ont tous reçu l’influence de l’œuvre de René Guénon, au point de voir chez eux des caractéristiques propres aux sources hindoues, desquelles Guénon était lui-même le porte-parole. La curiosité de cet article, c’est qu’il oppose la magistrale synthèse guénonienne et des auteurs comme Henry Corbin dont la ligne de pensée comme tout ésotérisme valable s’articule parfaitement avec l’œuvre de Guénon. Encore pires sont les exemples de Jacob Boheme, Louis-Claude de Saint-Martin et Mircea Eliade (ce dernier étant clairement sous influence guénonienne). Contrairement à ce que suggère l’auteur, il n’y a pas plusieurs ésotérismes, mais un seul, car tous partent du supracosmique, ou métaphysique, et y retournent ; les exemples sont vraiment innombrables, à commencer par toutes les grandes religions, et cette recherche au plus profond et au plus secret de l’être et du cosmos est précisément la matière dont traite tout ésotérisme et à laquelle se rapporte toute initiation. Mais il ne peut y avoir aucun doute sur le fait que, dans la réalisation spirituelle du XXe siècle, l’œuvre de Guénon joue un rôle ordonnateur de premier ordre, au point que sa synthèse est la contribution la plus importante, directement et indirectement, à cette période cyclique de la littérature d’Occident. Tout autres sont certaines attitudes "orthodoxes" de quelques personnes persuadées a priori d’appartenir à "l’élite" intellectuelle. Ces individus, certes antipathiques, se limitent à répéter sentencieusement les énoncés de Guénon, et tendent à confondre celui-ci avec n’importe quel ésotérisme sans rien ajouter à son œuvre (qu’ils ne tonifient pas), quand ils ne tentent pas d’apparenter sa pensée à telle ou telle "politique" ; ces personnages sont bien sûr en minorité et remplissent certainement une fonction dans le vaste champ fécondé par le maître de Blois, qui a déclaré n’être que le porte-voix d’idées ne lui étant pas personnelles et présentes tout au long de l’histoire de l’humanité, qu’elles incarnent de façons très différentes, parfois surprenantes, et d’une infinité de formes apparemment contradictoires se rapportant aussi bien au passé qu’au présent, ce qui constitue en définitive l’héritage traditionnel. Guénon n’est pas tout l’ésotérisme, et il a affirmé lui-même que « la vérité ne saurait être la propriété d’un seul homme », mais son œuvre est réellement ésotérique en ce sens qu’elle est l’expression accomplie de la pensée de la Philosophie Pérenne des derniers temps. La revue offre de nombreux commentaires sur livres actuels et courants modernes et anciens de la Tradition, ce qui lui confère une grande versatilité et la stimule, surtout si l’on prend en considération l’époque mouvementée, difficile et paradoxale qui est la sienne ; les notes de Joscelyn Godwin et de Giselle Marie ont attiré notre attention pour leur richesse et amplitude d’intérêt, parmi un ensemble abondant et bigarré d’écrivains issus de deux générations de ce siècle (1940-1990), presque tous français, logiquement, quoique la caractéristique d’ARIES soit précisément de s’ouvrir

aussi bien à tout ésotérisme authentique, qu’à des auteurs ou des événements intellectuels étrangers, des États-Unis, d’Allemagne, d’Angleterre, d’Italie, etc., ce qui n’est pas le trait principal des revues ésotériques parues en France. COLLOQUE. Organisé par la revue ARIES, le Colloque Magie du Livre, Livres de Magie eut lieu les 22 et 23 mai 1992, à la Nouvelle Sorbonne. Y participèrent les professeurs Umberto Eco, Roland Edighoffer, Pierre Deghaye, Antoine Faivre, Massimo Introvigne, Michel Kauffmann, Pierre Lory, Frédérick Tristan, et Monsieur Ladislaus Toth, des Éditions Archè. Les réunions furent suivies avec intérêt par un public nombreux. L’on annonce, pour les 4 et 5 juin 1993, un nouveau Colloque intitulé Gnose et Science. Les actes du colloque de 1992 figurent dans le numéro 15 d’ARIES, avec le sommaire suivant : Préface: Jean-Pierre BRACH et Jean-Paul CORSETTI; Ladislaus TOTH: Savoir et pouvoir par les livres de magie; Frédérick TRISTAN: Bibliothèque, mère du personnage; Pierre DEGHAYE: Le livre merveilleux de l'ermite dans "Henri d'Ofterdingen" de Novalis; Antoine FAIVRE: La théosophie par l'image; Pierre LORY: Le livre comme corps de Dieu; Roland EDIGHOFFER: Le "Liber M"; Umberto ECO: Pourquoi Lulle n'était pas un kabbaliste; Massimo INTROVIGNE: Livres magiques révélés et livres révélés religieux (d'Aleister Crowley aux nouvelles religions); Michel KAUFFMANN: Hypertexte et livre virtuel; Nicolas PETIT: Les livres de magie à la Bibliothèque Sainte-Geneviève; Catalogue de l'exposition organisée à la Bibliothèque Sainte-Geneviève. ARIES. Le numéro de cette revue, publiée par La Table d’Émeraude, consacré au « Colloque de la Sorbonne : Magie du Livre, Livres de Magie » et annoncé dans notre précédent numéro, est paru. Les actes de ce Colloque ont bénéficié d’une magnifique édition, à l’échelle de leur contenu, qui fait de ce numéro de la revue un exemplaire de collection. Les conférences ont toutes été intéressantes, en particulier pour les amants des livres, aimant donc les livres de Magie et la Magie qu’ils contiennent. Si nous voulions souligner l’une de ces études de cet ouvrage d’ARIES, ce serait faire preuve d’injustice, car toutes le mériteraient. S’adjoint le catalogue des livres de l’exposition, organisée à la Bibliothèque de Sainte Geneviève, beaucoup desquels appartiennent à sa propre collection, mais aussi à d’autres, comme celle de l’écrivain Antoine Faivre, qui publie lui-même une belle iconographie à laquelle il fait référence dans un texte préliminaire. ARIES. Directeurs : † Jean-Paul Corsetti, Roland Eighoffer, Jacques Fabry, Antoine Faivre. Nº 19, 1995. « Paracelse et les siens » Colloque des 15 et 16 décembre 1994 à la Sorbonne. 152 p. SOMMAIRE: Roland Edighoffer: Préface; Lucien Braun: Paracelse aujourd'hui. Le lire encore?; Jean-Pierre Brach: Quelques aspects de la doctrine de la prédestination chez Paracelse; Wolf-Dieter Muller-Jahncke: Paracelse et la démonologie de son temps; Joachim Telle: Paracelsus in Deutschland. Bemerkungen zum Paracelsusbild des 16. und 17. Jahrhunderts. Suivi d' un résumé en français, par Roland Edighoffer; Pierre Deghaye: La Révélation selon Paracelse et Jacob Boehme; Roland Edighoffer: Les Rose-Croix et Paracelse; Didier Kahn: Le paracelsisme de Jacques Gohory; Roland Edighoffer, Antoine Faivre et Martine Lefèvre: "Paracelse et les siens": Catalogue de l'exposition réalisée à la Bibliothèque de l'Arsenal (décembre 1994).

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L’HERMÉTISME. Françoise Bonardel. P.U.F. Collection Que Sais-je ? Paris 1985. 127 pages. Depuis quelque temps, spécialement en anglais, s’est établi une distinction entre les termes Hermétique, Hermétisme et Herméticisme, adoptée par certains auteurs français, comme A. Faivre. Pour F. Bonardel, Hermétique serait ce qui concerne le Corpus Hermeticum, Hermétisme tout ce qui se place sous l’égide d’Hermès Trismégiste, la Table d’Émeraude, l’Alchimie, la Magie naturelle, la Kabbale chrétienne et certains textes gnostiques (la Pistis Sophia, par exemple) du Moyen Âge, de la Renaissance ou même postérieurs, et finalement, Herméticisme désignerait l’herméticiste qui partage le Verbe et la compréhension gnostique révélée par ces textes. De notre point de vue, ces distinctions sont valables et nous les acceptons. Cependant, faire référence à ces questions implique de s’adresser à un public capable de les comprendre et de les soupeser, ce qui n’est pas le cas du public de langue espagnole qui souffre d’une grande carence d’information sur l’Hermétisme et la Tradition Hermétique, sauf peut-être quelque référence perçant à travers les brumes de l’occultisme, mais ce sont des thèmes quasiment inconnus, y compris dans le milieu universitaire qui devrait pourtant les étudier, vu l’importance philosophique, religieuse, artistique et scientifique de ces idées qui ont été présentes en Occident depuis leurs origines égyptiennes, en passant par la culture grecque (suivie de la romaine), celle des aventures de leurs Dieux et leurs mythes, ainsi que les apports de sages de l’envergure de Pythagore, Socrate et Platon. Elles ont également été en contact permanent avec d’autres cultures, d’autres formes de pensée et de religions, avec lesquelles elles coïncident en matière de savoir ésotérique, bien que les formes les séparent souvent, jusqu’à les rendre ennemies. La Sophia a toujours été vénérée, en particulier par les adeptes qui, du Phare d’Alexandrie, ont illuminé la Culture d’Occident, car c’est la Tradition Hermétique qui parcourt en permanence l’épine dorsale d’une structure culturelle qui, sans elle, se serait écroulée il y a des siècles, encore que l’homme moderne ne s’en rende pas compte. Malgré cela, que ce courant d’idées ait une trajectoire claire et vérifiable, c’est-à-dire une histoire de transmission ininterrompue exprimée dans divers documents, par différents groupes ou individus se trouvant étroitement liés à la moelle de la pensée contemporaine, est un fait généralement ignoré. C’est la raison de notre joie qu’il existe un travail sur l’Hermétisme aussi extrêmement bref et condensé ainsi que l’exige la collection dans laquelle il est édité de la main de Françoise Bonardel, qui synthétise avec maestria un thème aussi ardu et difficile, mettant beaucoup de sa part pour clarifier les sujets traités, vus à la lumière des Idées Universelles ainsi que dans leur projection historique. L’ouvrage se divise en deux parties distinctes : la première traite de la Tradition Hermétique en soi, éclaircissant les

termes et surtout les concepts de sa doctrine, en se basant fondamentalement sur le Corpus Hermeticum, établissant ses liens avec d’autres gnoses apparemment différentes et ses projections sur la pensée européenne ultérieure jusqu’à nos jours. C’est, à notre avis, la partie du livre qui a le plus de valeur, et un grand travail d’herméneutique et de synthèse. Nous voulons en tirer quelques citations, peut-être un peu longues, mais qui seront utiles au lecteur s’intéressant à la question : Au sujet de Hermès Thot (page 16) : « Hermès-Thoth-Trismégiste fut avant tout le médiateur de l'invisible, le prophète et le sage qui, prolongeant la filiation mythique d'Adam, engage tout homme à retrouver en soi l'Adam primordial en entamant le cycle de cette régénération spirituelle qu'enseigna la révélation hermétique et que la tradition alchimique occidentale assimila à la quête de la Pierre philosophale »; au sujet de Hermès Mercure (page 17) : « Hermès-Mercure demeure (comme Thoth et le Trismégiste) l'initiateur, le médiateur, celui qui assure les diverses formes de passage : qu'il s'agisse de faire transiter les messages entre les dieux et les hommes, de guider les âmes (psychopompe), d'orienter ou de dérouter les voyageurs... Présent aux carrefours, Hermès négocie les changements d'état, les transitions et les liens ; qu'il soit aussi bien capable de pétrifier que de changer en oiseau rappelle qu'il est le maître des extrêmes et des limites : pétrification et volatilisation seraient ainsi deux formes dissociées de ce que la fameuse formule alchimique « Solve et coagula » (dissous et coagule) invitera à réunifier. Néanmoins la question de la régénération spirituelle n'est pas la préoccupation essentielle d'Hermès-Mercure, qui exerce ses fonctions sur un mode souvent ludique, et demeure avant tout un conducteur » ; et de la cosmogonie du Poimandres (page 28) : « Après qu'eut été créée l'obscurité, spiralée comme un serpent et occupant les régions basses, en sort une vapeur humide, gémissante, proférant un appel inarticulé. Le Verbe saint, issu de la lumière, vient alors couvrir la Nature : la vapeur humide se change en feu, lequel donne naissance à l'air; celui-ci rejoint l'élément lumineux igné et divin et tous deux ne cessent d'animer la terre et l'eau, intimement mêlées. » « La seconde phase de cette Genèse est l'engendrement par le Noûs-Dieu d'un Noûsdémiurge : dieu du feu et du souffle, celui-ci engendre à son tour les Gouverneurs, ‘lesquels enveloppent dans leurs cercles le monde sensible; et leur gouvernement se nomme la Destinée’ (1, 9). Suit un épisode assez confus où il est dit que le Verbe de Dieu, s'unissant au Noûs-démiurge de même nature que lui, abandonne la création à son statut de ‘simple matière’ ; par cette union tournent cependant les cercles du monde tandis que les différentes espèces d'animaux sans raison naissent de chaque élément (Air, Eau, Terre) ainsi animé. » « Parallèlement, le Noûs-Dieu engendre l'Homme à son image et lui livre la Création. Or, séduit par l’œuvre du démiurge, l'Homme voulut lui aussi créer, et ‘connaître la puissance de celui qui règne par le feu’ (1, 13) ». La projection historique sera le thème de la seconde partie. Là aussi. L’auteur fait étalage d’une interprétation très précise des thèmes de la Tradition Hermétique et de son importance à la Renaissance. Le lecteur pourra y trouver de multiples noms d’hermétistes et de sages, leurs œuvres et leur pensée, proposant un itinéraire culturel et historique qu’il devra approfondir lui-même avec le guide qui lui est offert. Nous avons trouvé très intéressant le fait d’inclure Mircea Eliade dans cet ensemble (ainsi

que Henry Corbin), car c’est un auteur qui a intégré à son œuvre la Tradition Hermétique et l’Alchimie (à laquelle il a consacré des livres). D’un autre côté, cela amène la continuité de cette gnose jusqu’à nos jours, puisque cela correspond à une réalité que le lecteur doit connaître. Pour cette raison, au sein du volume immense de l’œuvre de l’écrivain roumain, certains fragments de ses livres sont particulièrement indiqués. Nous en reproduirons deux : « A la différence des associations fermées comportant une organisation hiérarchique, des rites initiatiques et la révélation progressive d'une doctrine secrète, l'hermétisme, tout comme l'alchimie, implique uniquement un certain nombre de textes révélés, transmis et interprétés par un maître à quelques disciples soigneusement préparés ( ... ). Il ne faut pas perdre de vue que la révélation contenue dans les grands traités du CH constitue une gnose suprême, notamment la science ésotérique assurant le salut. » « Je comparais mon immersion. dans les documents à une fusion avec la matière jusqu'à la limite de ma résistance physique ( ... ), descente au centre de la matière morte, comparable à un descensus ad inferos. Quand je me retrouve, quand je reviens à la vie, je les comprends » . Cette œuvre est remarquable pour le sérieux de ses exposés et de ses investigations, tout en constituant l’une des meilleures introductions à la Tradition Hermétique.

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COLLECTION « LES CAHIERS DE L’HERMÉTISME ». Ed. Albin Michel, 22 rue Huyghens, 75014 Paris. Cette collection présente des études singulières et chacune trouve sa juste place dans l’ensemble, assurant des critères solides joints à un esprit ouvert et à un travail de recherche de catégorie. Ces différents angles d’approche du programme de la Tradition Hermétique, c’est-àdire du monde intermédiaire, nous donne une perspective pluridimensionnelle qui se déploie comme un éventail de possibilités de recherche et de voies à découvrir. Cela fait plus de quinze ans que les CAHIERS DE L’HERMÉTISME éditent des livres monographiques, ayant pratiquement épuisé (si cela était possible) les sujets de la Tradition Hermétique ou ayant quelque rapport avec elle. Voici la liste des livres publiés : Faust, Jacob Böhme, L'Ange et l'Homme, Alchimie, Kabbalistes chrétiens, Paracelse, Goethe, Lumière et Cosmos, Sophia et l'Âme du monde, L'Astrologie, L'Androgyne I, Le Mythe et le Mythique, Présence d'Hermès Trismégiste, Magie et littérature, L'Androgyne dans la littérature, La Littérature fantastique, Les Vampires, La

Bible: images, mythes et traditions. Les travaux publiés vont depuis des études de doctrine et d’histoire, jusqu’à des bibliographies, des catalogues, des revues, et des documents en tous genres, y compris iconographiques. Il est évident que nous ne pouvons commenter les près de cent études et presque quarante auteurs qui continuent d’écrire cette sorte d’encyclopédie de l’Hermétisme qui, comme un fait historique, ne cesse de paraître pour influencer la culture d’Occident. La collection est dirigée par Antoine Faivre et Frédérick Tristan.

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ESSAIS D’HERMÉNEUTIQUE. Luc-Olivier d’Algange,

C.R.E.T., 1991, France.

Celui qui, dans sa quête de la Connaissance, aura dû se frayer un chemin à travers la philosophie et la religion officielles, comprendra immédiatement le sens et la vérité contenus dans ces courageux, francs et "durs" essais, qui ne font que refléter d’une manière solide et critique la section du devenir que nous devons vivre, concrètement, l’inversion des valeurs de toutes sortes et dans tous les domaines, qui est propre à l’entité dénommée monde moderne. En effet, la mauvaise foi et le manque de préoccupation en tous genres sont quelques-unes des caractéristiques des "philosophes" actuels, véritables bureaucrates vivant aux dépens des universités ou ce qui est pire, de leurs chaînes mentales où ils font "carrière", à condition de ne pas se découvrir le pot aux roses de l’ignorance totale. Mais la même réflexion peut s’appliquer à l’art et s’étend à tous les secteurs actuels de la recherche et de l’existence humaine. L’Église Catholique offre par ailleurs un spectacle pauvre à bien des aspects, qui a par exemple exilé Saint-Christophe des autels pour ne pas être un "personnage" historique, mais une figure mythique, comme si le véritable objet de sa piété religieuse était la personnalité, l’ego des "saints", et non pas leur témoignage direct d’autres mondes (qui les rend archétypaux) ; de là le courroux de beaucoup face à ce genre de substitutions, bien que ce ne soit sûrement pas là le cas du point de vue des adeptes de J. M. Escrivà de Balaguer. Mais la critique du médiocre monde officiel, qui remplit les conditions et les aspirations de la classe moyenne, n’est autre que la possibilité de consolider les autres sujets de ces ouvrages dont l’importance réside aussi bien dans l’amplitude de leur forme véritablement intellectuelle qui témoigne de l’existence chez l’auteur d’une pensée recréant les énoncés de la Philosophie Pérenne, que dans la vitalité qu’ils transcrivent, absolument nécessaire de nos jours.

Parmi les valeurs qui caractérisent ces textes, signalons la reconnaissance de la Poésie comme Modèle d’Audition Métaphysique, et la mention d’un grand nombre d’auteurs que nous ne pouvons pas tous nommer liés à la Connaissance d’une façon ou d’une autre, qui ne sont généralement pas cités dans les études traditionnelles. Luc-Olivier d’Algange offre en permanence de nombreuses ouvertures et compte bien des cordes à son arc, comme en témoigne la publication que nous commentons et les travaux qu’il signe dans diverses revues françaises.

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BIBLIOTHÈQUE PHILOSOPHIQUE HERMÉTIQUE. J. R. Ritman, Amsterdam. « Bibliothèque Philosophique Hermétique » est le nom de la bibliothèque fondée par Joseph R. Ritman en 1957. Le fondateur prévoyait de réunir dans cette collection des manuscrits et des œuvres écrites du domaine de la Tradition Hermétique. L’ensemble de ces œuvres forme une collection de sources pour l’étude de la pensée spirituelle, et reflètent son influence sur la civilisation occidentale. Cette tradition ésotérique, qui tente de réunir la philosophie chrétienne et la non-chrétienne, a exercé une influence considérable au cours de l’histoire ; par exemple, dans l’Alexandrie du IIe siècle de notre ère (les mouvements Gnostiques), au XIIIe siècle (le mysticisme occidental), dans la seconde moitié du XVe siècle en Italie (la philosophie Hermétique) et dans la première moitié du XVIIe siècle en Allemagne (le mouvement Rose-Croix et les courants théosophiques). L’ouverture au public de la Bibliothèque eut lieu en 1984, enrichissant ainsi le patrimoine culturel des Pays-Bas d’une source fertile de pensée spirituelle. Le lieu appelé « bibliothèque de travail » s’ouvrit à Amsterdam en 1984, dans la Bloemstraat. Les publications en hollandais ainsi que l’ensemble des moyens publicitaires étrangers amena des contrats en nombre croissant. Il en a résulté le développement d’une chaîne nationale et internationale de relations avec divers instituts, bibliothèques et hommes de lettres spécialisés dans le domaine de la culture et de l’étude. La Bibliothèque s’est également gagné une réputation internationale grâce à sa participation à des conférences, de fréquentes expositions et la publication de leurs catalogues, en plus de la collaboration apportée à d’autres expositions dans diverses parties du monde. En vertu du principe ad fontes, la Bibliothèque tente de réunir les exemplaires les plus anciens d’œuvres d’intérêt, comme par exemple : un manuscrit, la première ou la plus ancienne édition. Aujourd’hui (1996), elle contient environ 16.000 volumes, beaucoup

desquels sont des livres d’une importance spirituelle inestimable, pour leur ancienneté, leur rareté, leur valeur philosophique ou religieuse, ou leurs qualités artistiques. L’on peut y trouver approximativement 450 manuscrits (200 d’entre eux antérieurs à 1550), environ 4.000 livres imprimés avant 1800 (400 desquels sont des incunables : des livres imprimés entre 1450 et 1500) et 11.000 livres imprimés après 1800. La Bibliothèque Philosophique Hermétique s’est imposé une vaste tâche historicoculturelle : rendre accessibles les sources, par la publication de catalogues d’expositions et d’éditions de textes, et en dirigeant les recherches pour pouvoir documenter et exposer l’hermétisme comme part de notre culture Occidentale. Les objectifs de la Bibliothèque sont menés à terme par le biais de ses propres activités et des activités éditoriales. S’y tiennent de fréquentes expositions, accompagnées de leurs catalogues correspondants ; elle accepte aussi régulièrement de prêter ses œuvres pour d’autres expositions. Parmi les œuvres publiées par la maison d’édition de la Bibliothèque, In de Pelikaan, l’on peut mentionner le catalogue de la collection d’incunables : Christ, Plato, Hermes Trismegistus (1990), et la collection hollandaise du Corpus Hermeticum (1990, plusieurs éditions). Il existe aussi le projet d’un volume bibliographique multiple d’œuvres rosicruciennes jusqu’à 1650 et d’un catalogue des manuscrits antérieurs à 1550.

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THE ROSICRUCIAN ENLIGHTENMENT REVISITED : a Conference in Honor of Frances Yates. (The Western Mystery Tradition in Bohemia) Du 8 au 13 septembre 1995, ville historique de Cesky Krumlov, Bohème du Sud (République Tchèque). C’est sous ce titre que s’est tenu à Cesky Krumlov (République Tchèque) un symposium consacré à ces matières, avec la participation d’auteurs importants de la Tradition Hermétique actuelle. Le programme a été le suivant : "Plenary Addresses": The Rosicrucian Prelude: John Dee's Mission in Central Europe, Nicholas Goodrick-Clarke; Fire in the Hearth, Temple of Wisdom, House of the Spirit: The Meaning of the Rosy Cross, Christopher Bamford; Magical Gardens & Chambers of Marvels, Joscelyn Godwin; Kabbalah in Bohemia, Z'ev ben Shimon Halevi; The Imagery of Alchemy & Rosicrucianism, Adam McLean; The Grail & the Rose, John Matthews; The Rosicrucian Ideal of Good Work, Robert Sardello; Renewal & Revelation through Number, Harmony & Proportion, John Michell; The Rosicrucian Afterglow: The Life and Influence of Comenius, Clare Goodrick-Clarke; The Rosicrucian Legacy, Christopher McIntosh.

"Afternoon Workshops": 'Michel Maier, the deepest of the Rosicrucians', J. Godwin; The Angel of the Western Window, N. G.-Clarke; The Labyrinth of the World & the Paradise of the Hearth, C. G.-Clarke; Rosicrucianism & Alchemy, C. McIntosh; Rosicrucian pretenders at the dawn of the New Age, C. Bamford; Allegory & Symbolism, A. McLean; The Rosicrucian Impulse in Anthroposophy, R. Sardello; Healing the Wounded King, J. Matthews; Symbolic Geometry & the Process of Creation, J. Michell; Kabbalah as a Path to Wisdom, Z. Halevi. "Evening Presentations": Frances Yates & the Poetry of the Divine, Robert Bly; The Folklore of the Rose, R. J. Stewart; An Evening of 16th & 17th Century Czech Music. THE ROSICRUCIAN ENLIGHTENMENT REVISITED : Introduction et édition de Ralph White. Lindisfarne Books, Hudson New-York, 1999. 268 pages. Dans le double numéro de la revue SYMBOLOS consacré à la Tradition Hermétique (1112, 1996), nous informons du symposium s’étant tenu du 8 au 13 septembre 1995, à Cesky Krumlov, Bohème du Sud, (République Tchèque), « En l’honneur de Frances Yates ». Une sélection de ces conférences, parmi lesquelles ressort celle de notre collaborateur Joscelyn Godwin, ont été réunies en un seul volume portant le titre cité plus haut. Le contenu en est : John Matthews: The Grail & the Rose, Christopher Bamford: The Meaning of the Rosy Cross, Nicholas Goodrick-Clarke: The Rosicrucian Prelude: John Dee's Mission in Central Europe, Joscelyn Godwin: The deepest of the Rosicrucians: Michel Maier, Robert Powell: Tycho Brahe, Johannes Kepler, Rudolf II and the Prague Hermetic Renaissance, Rafal Prinke: The Twelfth Adept: Michael Sendivogius in Rodolfine Prague, Clare Goodrick-Clarke: The Rosicrucian after Glow: The Life and Influence of Comenius, Paul Bembridge: The Rosicrucianism Resurgence at the Court of Cromwell, Christopher McIntosh: The Rosicrucian Legacy.

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LE FIL D´ARIANE Ecriture & Tradition. Rue des Combattants, 11. B-1457 Walhain-StPaul, BELGIQUE. Dirigée par J.-M. d’Ansembourg. Nº 48-49 (Printemps-Eté 1993): SOMMAIRE: E.H.: Histoire Juive; R. Van Loo: Le Symbolisme de la Rose; P. Sánchez, Ch. d'Hooghvorst: Une lecture du Lazarillo de Tormes; R. de Valle, C. Froidebise: La Gloire du Monde ou la Table du Paradis; J. M. d'Ansembourg: Entre deux Vins ou la Coupe Electrique; C. de Laveleye: L´Exile ou l´Odyssée de l´Ame au Pays des Sens; C. Rosereau: La Lumière; J. M. d'Ansembourg: Un bon mot du Fils de l´Homme; R. de Valle, S. Feye: La Verité et l'Ancienneté de l´Art Chimique; S. Caillet: La Sainte Parole des Illuminés d´Avignon (IV); E. H.: Florilège Cattesien; A. Allard: Lire sans delire; Librairies et Revues amies. Dans ce

numéro double, cette publication paraît beaucoup mieux présentée, bien qu’elle n’ait pas encore tout à fait terminé de mettre au point sa typographie, ce qui sera fait dans son prochain numéro. Elle est vraiment d’un abord vif et enjoué ; toujours agréablement savante, et maintenant plus facile à lire après plus de dix ans de parution. Nº 63-64, 1998-1999. 178 pages. Revue sporadique à partir de ce numéro (2 numéros par an minimum). L’on y communique le décès de l’un de ses principaux collaborateurs, « diffuseur pendant des décennies de l’œuvre de son instructeur et ami Louis Cattiaux » , le baron de Hoogvorst, à qui la revue dédie un regret In Memoriam.

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SIRUELA Nous avons reçu le catalogue soigné 1982-1992 des éditions Siruela, dirigées par Jacobo F. J. Stuart, également responsable de EL PASEANTE (le promeneur), intéressante revue que nous examinerons prochainement. Elle a réalisé pendant ces dix ans un travail excellent et cohérent. Les éditions sont un modèle de bon goût et de qualité à plus titre, ce qui plaira à ceux qui aiment aussi le livre en tant que bel objet artisanal. Mais ce n’est pas tout : les textes choisis, dont beaucoup possèdent un caractère visuel et symbolique, c’est-à-dire artistique, expriment des idées qui intéresseraient à l’extrême nos lecteurs. Nous citerons certains titres de La Bibliothèque Submergée : Athanasius Kircher: Itinerario del Extasis o las Imágenes de un Saber Universal, El Juego Aureo, América, El Templo de Salomón, Arquitectura y Magia, et Monstruos y Prodigios, tous d’une grande qualité, bien que nous ne puissions pas, par manque de place, nommer les auteurs, les caractéristiques, les commentaires, les études et les traductions à charge de spécialistes éprouvés. Nous signalerons, de la collection Sélection de Lectures Médiévales : Sir Gauvain et le Chevalier Vert, Le Voyage de Saint Brandon, Le Chevalier du Lion, Vie de Merlin, Le Chevalier à l’Épée et La Damoiselle de la Mule, La Nouvelle Vie, La Mort d’Arthur (3 volumes), Bestiaire Médiéval, Percival ou le Haut Livre du Graal, Decameron (2 volumes) et aussi Les Aventures du Roi Singe, histoire de style initiatique taoïste écrite au Moyen Âge chinois, pièce essentielle de la "littérature" de ce pays, à présent publiée au complet en trois tomes (2.000 pages), dont nous connaissions des sélections dans Contes Chinois (Editions Miraguano), ou dans Dragons, Dieux et Esprits de la Mythologie Chinoise (Anaya) et, surtout, les fragments superbement illustrés de gravures traditionnelles d’une édition faite à Pékin sous le nom de Le Roi Singe contre le Démon à l’Os Blanc. Mais il y a beaucoup plus, lié directement ou indirectement à l’ésotérisme et à l’hermétisme (la Bibliothèque de Babel, Borgès à sa tête, par exemple), de la littérature fantastique ancienne et moderne, aux livres rares et curieux pas encore édités en

espagnol. SIRUELA Nous avons souligné le travail de cette excellente maison d’édition dont les collections, qui embrassent un large éventail de littérature, études iconographiques, textes ésotériques et hermétiques, et la culture en général dans des traductions très soignées, ce à quoi il faut ajouter le luxe de la présentation et de l’iconographie, ont représenté une véritable contribution aux éditions en espagnol. Nous n’indiquerons ici que quelques-unes de ses nombreuses publications : Parzival. Wolfram Von Eschenbach. Ed. Siruela, Biblioteca Medieval. Madrid 1999. 430 p. BESTIARIO MEDIEVAL (Bestiaire Médiéval). Préparation de Ignacio Malaxeverría. Siruela, Biblioteca Medieval. Madrid 1999. 278 pages. Tous deux sont des échantillons achevés de l’excellente Bibliothèque Médiévale. DIONISOS, MITO Y CULTO (Dionysos, Mythe et Culte). Walter F. Otto. Éditions Siruela. Madrid 1997. 185 pages. Ce livre extraordinaire, publié dans la collection El Arbol del Paraíso (L’Arbre du Paradis) et écrit par Walter Frédérick Otto (1871-1958) il y a plus de 50 ans, est l’un des travaux essentiels pour qui est intéressé par la Mythologie et la Métaphysique. La figure du dieu Dionýsos, abordée sous différents angles (symbolique, historique, doctrinal), est considérée d’une manière difficile à trouver dans d’autres études de ce genre et qui est un parfait exemple de l’essence authentique de l’esprit grec. L’œuvre est écrite dans un style à la fois clair et lumineux, et nous montre les valeurs véritables de la pensée classique tout en les rapprochant de l’homme actuel, souvent aveuglé par des informations seulement érudites ou matérielles ; l’ivresse divine, et sa maestria dans les rituels d’initiation, nous amènent à comprendre la complexité de la Science Sacrée et l’ambivalence des symboles, des rites et des mythes. Un travail magistral, que nous recommandons chaudement à nos lecteurs. EL FRUTO DE LA NADA (Le Fruit du Néant). Maître Eckhart. Éditions Siruela. El Arbol del Paraíso. Madrid 1998. 234 pages. Cette sélection de sermons et d’écrits du Maître Eckhart, avec l’ajout de quelques textes sages qui lui sont attribués, non sans raison, est un précis fondamental pour tous ceux qui s’intéressent à la naissance de Dieu dans l’âme, et par conséquent à la déification de l’être humain, tel que le signalent le Corpus Hermeticum et d’autres écrits analogues. Il est important de souligner que Maître Eckhart fut persécuté par des membres de son propre ordre dominicain (et bien que cela semble absurde, ils firent de même à l’époque avec Albert le Grand et Saint Thomas d’Aquin) avec la complicité de la Papauté, c’est-à-dire les "officiels" d’alors, qui prohibèrent son œuvre, donnant lieu par la suite aux abus inquisitoriaux dont les protagonistes furent les membres mêmes de l’ordre prédicateur, persécution qui a perduré jusqu’à nos jours.

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TEMENOS ACADEMY. 14 Gloucester Gate, London NW1 4HG. Cette entité a été fondée en 1990 par Kathleen Raine. Nous relevons, dans son Programme d’Été 1996 : "Afternoon Seminars. Reading Essential Texts:" Plotinus: Ennead VI - On the kinds of Being, leader: Joseph Milne (24th April-5th June); The Supreme Word, id.: prof. Arabinda Bassu (3rd-31st May). "Lectures and Special Events": Poetry and Magic, Peter Redgrove (14th May); Universal Elements in Musical Cosmology, Peter Westbrook (20th May); Yeats the Initiate, Dr Kathleen Raine (29th May); The Angel in Poetry, Jeremy Reed (3rd June); The Arts - a superstition of our time?, Stephen Cross (4th June). Dans son Programme for Michelmas Term 1996 (du 24 septembre au 10 décembre) : Being & Cosmos, Joseph Milne; Thomas Taylor the Platonist, Dr Kathleen Raine; Hermeneutics and the Unity of Truth, Todd Mei; Is Nature Alive or Inanimate? The Organismic Versus the Mechanistic Paradigm, Dr. Rupert Sheldrake; Hindu Temples & Gotic Cathedrals: Form & Transformation, Dr Adam Hardy. Dans son programme du dernier trimestre 1997, les conférences suivantes : ANCIENT EGYPT & THE HERMETIC TRADITION: The Divine Origin of the World: Creation Myth as Imaginative Metaphysics: Jeremy Naydler, 21st October. Levels of Reality: Gods, Spirits & the Garments of Soul: Id., 28th October. Initiation & Return: How the Soul Becomes a Star: Id., 4th November. Hermes Trismegistus & the Creation of the Cosmos: Clement Salaman, 11th November. Hermes on God, Gods & Spirits: Id., 18th November. Hermes & the Transformation of Man: Id., 25th November.

CHAPITRE IX FRANC-MAÇONNERIE

VERS LA TRADITION: "Répandre la lumière et rassembler ce qui est épars". 14, avenue de Général de Gaulle; B. P. Nº 193. 51009 Châlons-en-Champagne. Cedex, FRANCE. Trimestrielle. 64 pp. Au sujet de la maçonnerie, cette revue a publié dans ses derniers numéros [1997] les articles suivants :

- Roland Goffin: Entour de la Tradition et de la Parole perdue (Numéros 51-52). - Jean Tourniac(†): Destin eschatologique de la Franc-Maçonnerie. Id.: Juifs et Chrétiens dans le Catéchisme de l'Eglise Catholique (1992) et dans le rituel de Maître Ecossais du Rite Ecossais Rectifié de la Franc-Maçonnerie (51-52). - 'Umar: Nouvelle liturgie catholique et nouveaux rituels maçonniques (54). - Denys Roman(†): Remarques sur quelques symboles maçonniques (55 y 56). - John Deyme de Villedieu: "Outils" et textes symboliques (56 y 57). - Caloier des Isles Hieres: Entre l'Ebal et le Garizim (57). - 'Umar: Petits et Grands Mystères, ou à propos des Hauts-Grades (57). - André Bachelet: Des Hautes Grades? Pour quoi faire? (58). - 'Umar: La Pierre cubique à pointe (60). - Yannick Bénard: La notion de sacrifice. Un point de vue maçonnique (62). - 'Umar: Introduction générale à l'étude du fil à plomb (63). - 'Umar: Les symboles géométriques de l'initiation de métier (64). - André Bachelet: Opérativité et Maçonnerie spéculative; (66). - J. M. V.: Le Delta rayonnant de la loge au R. E. R., et la notion de lumière en Maçonnerie (65, 66 y 67). Dans trois de ses numéros de 1997, l’on peut trouver des articles qui peuvent être considérés comme maçonniques, bien qu’ils ne le soient pas au sens strict du terme, car ils abordent des sujets aussi intimement liés à l’Ordre que la Géométrie, l’Arithmosophie, Pythagore, etc. (Nº 65) : Dr. R. Perotto-André: Sur une représentation du Triangle de Pythagore, 'Umar: Divine proportion et trisection de l'angle; (Nº 66) : Jean Duprat: Quelques remarques sur 888 et 666, auxquels il faut ajouter les articles de ce dernier et de Yves Dangers au sommaire du numéro 67 ; dans ce dernier numéro, il faut signaler la quatrième partie de "Déroulement et enroulement de la Manifestation", de John Deyme de Villedieu, qui se poursuivra dans les numéros suivants. Voir également la Mise au point de André Bachelet (plus loin). Le travail réalisé au cours des ans par cette revue, sous la direction de Roland Goffin, est digne d’être souligné, maintenant toujours son niveau intellectuel et la variété de ses thèmes. Signalons aussi, dans le numéro 66, l’article intitulé « Les deux pêches miraculeuses » de Patrick Zanzi (qui est également l’auteur de « Quelques remarques sur l’Incarnation », Nº 62) que nous aimerions publier dans un prochain numéro de notre revue. Remarquons tout spécialement le numéro 36, dans lequel figure un texte écrit par Jonas que nous publierons également en réponse à l’hommage à Guénon engendré par F. Schuon, édité en 1985 par les Cahiers de l’Herne. Autres textes, publiés par la suite, en rapport direct ou indirect avec la Maçonnerie : Nº 76. Juin - Juillet - Août 1999. John Deyme de Villedieu: Déroulement et enroulement de la Manifestation (V); 'Umar: Sagesse - Force - Beauté. Nº 75. Mars - Avril - Mai 1999. 'Umar: Le Collier de perles et la Chaîne d'Union. Nº 74. Décembre 1998 - Janvier - Février 1999. "A Propos de Frithjof Schuon, Sidi Aïssa

Noreddine". Umar: Le Compagnon fini, Homme primordial; Federico González: Bref sur la confusion entre l'oeuvre de Guénon et celle de Schuon; André Bachelet: Autour de la "Parole perdue" des maîtres maçons. Nº 73. Septembre - Octobre - Novembre 1998. Jean Le-Petit: Initiation et FrancMaçonnerie. Nº 71. Mars - Avril - Mai 1998. 'Umar: A propos de l'infallibilité traditionnelle; Francisco Ariza: Aspects symboliques de quelques rituels maçonniques opératifs. Nº 70. Décembre 1997 - Janvier - Février 1998. 'Umar: Anatomie de la quête ou l'esprit d'escalier. Nº 68. Juin - Juillet - Août 1997. André Bachelet: Opérativité et Maçonnerie spéculative, John Deyme de Villedieu: Denys Roman, Guénonien et Maçon, y 'Umar: Réflexions sur le Tétragramme. André Bachelet: Maçonnerie, Maçons et fin de cycle (en: Colloque "Fin du 2e Millénaire du cycle Chrétien... et Fin de l'âge sombre?", Octobre 1999). [Voir aussi Chapitre VII : "AU SUJET DE RENÉ GUÉNON"]

AUTOUR D’UNE POLÉMIQUE Comme le lecteur se souviendra, dans la rubrique "Revista de revistas" (Revue de Revues) de notre édition sur la Tradition Hermétique, lors de nos commentaires sur l’exemplaire 43-44 de Connaissance des Religions comprenant l’article de André Amalric "La Franc-Maçonnerie est-elle traditionnelle ? (à propos d’un ouvrage de Denys Roman)", nous signalions que nous en laisserions la critique pour notre numéro "Masonería" (13-14 de 1997). Dans l’intervalle, Vers la TRADITION a publié, dans son numéro 67, un article de André Bachelet rapportant cette collaboration de A. Almaric, et notre avis est qu’il a traité le sujet avec bien plus d’élégance et de hauteur que nous ne nous en sentons capables, relevant avec justesse les rectifications aux affirmations les plus lourdes (aux intentions douteuses) proférées par ce dernier. Rappelons que la revue Connaissance des Religions est à tendance schuonienne, et que le suisse luimême se demande dans ce numéro comment peut-on concevoir Dieu géométriquement « circulaire ou sphérique » avec tout ce que cela signifie. Les affirmations du sieur Almaric concernent autant la Maçonnerie que Denys Roman, auteur de deux ouvrages utilisés comme prétexte pour attaquer l’Ordre, dénaturant jusqu’à la pensée de René Guénon. Nous reproduisons la plus grande partie de la Mise au Point de Monsieur André Bachelet et quelques-unes de ses notes (nous sommes responsables des crochets). Voici donc un autre échantillon de la mauvaise foi des milieux « suisses » et de leur animosité envers la Franc-Maçonnerie : « En effet, lorsque M. Amalric aborde le domaine maçonnique, il le fait selon une perspective répandue dans le milieu du Catholicisme "intégral", bien proche de l'intégrisme généralement réfractaire à l’œuvre de René Guénon; il illustre ainsi l'opinion de cette catégorie de traditionalistes pour qui la Maçonnerie, dans sa nature profonde, est toujours la "Synagogue de Satan" abhorrée de l'Église romaine. »

« Que M. A. prenne prétexte de la parution des deux ouvrages de D. Roman pour aborder certains points de l'histoire de la Maçonnerie, est intéressant à plus d'un titre ; ce faisant, il tire des conclusions qui, à quelques exceptions près, ne nous paraissent pas sortir des habituels lieux communs rebattus par les historiens à mentalité profane. En effet, n'a-t-il pas recours, "pour éclairer le lecteur", à la méthode historique "critique", dont on sait que son application, limitée dans son point de vue à l'exotérisme le plus étroit, désacralise tout ce qu'elle touche ?. L'acceptation de ce dernier point par un catholique intransigeant, semble-t-il, comme l'auteur, surprend par son illogisme. Ainsi, sa démonstration ne contribue, par la façon de traiter le sujet, qu'à égarer un peu plus le lecteur. Faut-il redire que la Maçonnerie, de par sa nature initiatique, ne se prête en aucune façon à une investigation par cette méthode, et que celle-ci ne constituera jamais qu'un pis-aller pour quelques spécialistes en mal de "documents" qui, de ce fait, en sont réduits à formuler sans cesse de nouvelles hypothèses. Sa connaissance effective, c'est-à-dire la prise en considération des dépôts qu'elle véhicule et sa véritable raison d'être, demeurera toujours hors de portée de ceux qui se placent sur ce terrain. A titre d'exemple du parti-pris de l'auteur, on constate qu'il avance la facile et confortable thèse sur l'origine chrétienne (sous-entendu : Catholique) de la Maçonnerie, née "spontanément" à l'époque des grandes cathédrales, ce qui est absurde mais bien commode pour éviter de prendre en compte son "origine" pré-chrétienne et son caractère universel dont, de ce fait, il préfère ignorer les incidences notables. Faut-il insister également sur les extravagances verbales et prétentieuses portant sur la nécessité de "l'influence de Maîtres authentiques formés par la tradition purement orale et l' ‘Art de mémoire’ ", et le "retour au ‘Septénaire Sacré’ ", dont on peut regretter la formulation quelque peu... lapidaire compte tenu de leur contenu. Tout au long de son texte, l'auteur nous accable d'expressions qui définissent les limites de son analyse ; on découvre ainsi que la formule de D. Roman, "L'Arche Vivante des Symboles", concernerait en fait: "tout un héritage de ‘dépôts’ plus ou moins hétéroclites... " que ceci "ne pourrait que relever d'un intérêt archéologique très relatif...", pour ajouter ensuite "que l'on peut s'interroger sur le caractère effectif (efficace) de l'initiation maçonnique aujourd'hui (...). Du fait de son ‘détournement’ spéculatif par des individus étrangers au métier de constructeur (...)", celle-ci "aurait été ainsi réduite à ne plus transmettre qu'une ‘influence psychique’ (...) ", "le problème de la rupture de la continuité traditionnelle [étant posé] ", etc.... Mais nous ne pouvons achever cette "anthologie" anti-maçonnique sans parier de la surprenante assurance avec laquelle l'auteur règle, en le réduisant à une "affirmation téméraire", le problème de l'ésotérisme chrétien tel que l'aborda D. Roman dans son oeuvre. Nous nous permettons de lui poser la question suivante: de quel côté se trouve donc la "témérité"? Bien entendu, le refrain habituel sur la nécessité, pour une éventuelle et supposée reconnaissance et réconciliation, "que les liens rompus avec l'Église soient renoués", ne nous est pas épargné. Que l'auteur ne soit pas conscient de l'irréalisme de cette dernière "proposition" est proprement étonnant1. Relevons également une phrase relative à la signification de la "Parole perdue", particulièrement significative par le fait qu'elle illustre sa méconnaissance de l'Art Royal et de toute démarche initiatique général: "[ ... ] les travaux de Denys Roman [ ... ] présentent-ils un autre intérêt ne théorique quand on sait qu'ils s'appliquent à une Franc-Maçonnerie qui se veut purement spéculative et s'interroge elle-même sur la "Parole perdue ", reconnaissant ainsi qu'elle a rompu tout lien avec son origine opérative u lointaine ?". Nous aimerions croire, notamment dans ce cas précis, à une rédaction fautive... En ce qui concerne ce dernier point, nous constatons, en de multiples endroits procédé ou simple négligence ?, l'étrange confusion qui résulte de

l'amalgame entre les bribes de citations de D. Roman et les considérations de l'auteur ; seules, les prises de position de ce dernier permettent de rétablir une attribution correcte. » « Rétablissons maintenant dans son intégrité la citation de R. Guénon, soigneusement choisie, amputée et extraite de son contexte, utilisée dans le but de laisser entendre que celui-ci méprisait les hauts grades de l'Ecossisme, ce qui était manifestement le contraire, ce dont on peut se convaincre en lisant son oeuvre avec l'attention qu'elle mérite. Pour permettre à nos lecteurs de comparer, nous reproduisons au préalable la citation telle que rapportée par M. Amalric: "Il semble résulter de là que tous les systèmes de hauts grades sont complètement inutiles, du moins théoriquement, puisque les rituels des trois grades symboliques décrivent, dans leur ensemble, le cycle complet de l'initiation". Et voici celle de R. Guénon: "Nous avons vu, dans un précédent article, que, l'initiation maçonnique comportant trois phases successives, il ne peut y avoir que trois grades, qui représentent ces trois phases; il semble résulter de là que tous les systèmes de hauts grades sont complètement inutiles, du moins théoriquement, puisque les rituels des trois grades symboliques décrivent, dans leur ensemble, le cycle complet de l'initiation. Cependant, en fait, l'initiation maçonnique étant symbolique, forme des Maçons qui ne sont que le symbole des véritables Maçons, et elle leur trace simplement le programme des opérations qu'ils auront à effectuer pour parvenir à l'initiation réelle. C'est à ce dernier but que tendaient, du moins originairement, les divers systèmes de hauts grades, qui semblent avoir été précisément institués pour réaliser en pratique le grand Œuvre dont la Maçonnerie enseignait la théorie".2 Pour en terminer sur ce point, nous reproduisons deux courtes citations tirées de la conclusion du même chapitre; dans ce texte qui fait partie de ses premiers écrits sur le sujet, R. Guénon fait déjà preuve de son information et de son discernement : "(...) Nous avons simplement voulu dire ici ce que nous pensons de l'institution des hauts grades et de leur raison d'être ; nous les considérons comme ayant une utilité pratique incontestable, mais à la condition, malheureusement trop peu souvent réalisée, surtout aujourd'hui, qu'ils remplissent vraiment le but pour lequel ils ont été créés. Pour cela, il faudrait que les Ateliers de ces hauts grades fussent réservés aux études philosophiques [R. Guénon donne évidemment à ce mot son sens étymologique et non celui qu'on lui attribue habituellement et qui illustre un mode de pensée individuel] et méta physiques, trop souvent négligées dans les Loges symboliques; on ne devrait jamais oublier le caractère initiatique de la Maçonnerie, qui n'est et ne peut être, quoi qu'on en ait dit, ni un club politique ni une association de secours mutuels", et il termine son propos ainsi: "Nous ne nous étendrons pas davantage sur ce sujet, pensant en avoir dit assez pour faire entrevoir ce que pour raient être les hauts grades maçonniques, si, au lieu de vouloir les supprimer purement et simplement, on en faisait des centres initiatiques véritables, chargés de transmettre la science ésotérique et de conserver intégralement le dépôt sacré de la Tradition orthodoxe, une et universelle". Est-il nécessaire d'en dire plus ? » « Au crédit de l'auteur, reconnaissons la justesse de son analyse lorsqu'il dénonce, par exemple, le caractère anti-traditionnel de la plupart des agissements d'Anderson et Désaguliers, et des "Modernes" en général. Mais il aurait fallu à cette occasion, insister sur les rectifications qui, en réponse, furent à plusieurs reprises, l’œuvre des "Anciens" (elles ne se limitèrent pas à l'Union de 1813), et permirent pour le moins la restauration de nombreux usages rituels et symboliques de grande importance, sauvant ainsi une partie non négligeable de l'héritage provenant de la Maçonnerie opérative. Bien que cet

argument lui soit utile pour "dénoncer" le bien fondé des hauts grades, l'auteur reconnaît la place éminente du complément de la Maîtrise qu'est l'Arche Royale dont l'origine opérative est certaine. Egalement, sachons lui gré d'avoir mis l'accent à la suite de R. Guénon sur la nécessité d'un "travail initiatique et opératif réel", même si une telle entreprise peut paraître aujourd'hui et à vue humaine, bien problématique à ceux qui sont soucieux des conditions dans lesquelles la pérennité de l'Ordre devrait s'accomplir. » « Mais nous nous posons une question : ces éléments positifs sont-ils conciliables avec l'essentiel du propos de l'auteur puisqu'il met en cause la réalité de la transmission d'une influence spirituelle dans l'Ordre maçonnique ? » « Ce qui retient surtout l'attention dans ce texte, c'est la prétention du propos qui se manifeste par une désinvolture pour l’œuvre de R. Guénon et celle de D. Roman, doublée d'un mépris pour l'Ordre. Ainsi, si l'on comprend bien l'auteur, R. Guénon et D. Roman (et ceux qui s'efforcent de les suivre fidèlement), se seraient, semble-t-il, intéressés à la Maçonnerie uniquement pour en dénoncer sévèrement, tout au long de leurs oeuvres, la dégénérescence et les lacunes graves et irrémédiables qui en découlent, les déviations, les tares et le laxisme institutionnels, les compromissions avec le siècle, les infiltrations de la "contre-initiation", etc.... Fort bien. Mais ils auraient ainsi fait preuve d'une surprenante cécité en négligeant le fait que la Maçonnerie véhicule depuis son origine, et par voie ininterrompue de transmission, une influence spirituelle qui perdure aujourd'hui. C'eût été, de leur part, mépriser les incidences considérables qui procèdent de cette situation unique en Occident. Rappelons à ce propos la note très ferme et sans appel de R. Guénon : "Des investigations que nous avons dû faire à ce sujet, en un temps déjà lointain, nous ont conduit à une conclusion formelle et indubitable que nous devons exprimer ici nettement, sans nous préoccuper des fureurs qu'elle peut risquer de susciter de divers côtés : si l'on met à part le cas de la survivance possible de quelques rares groupements d'hermétisme chrétien du moyen âge, d'ailleurs extrêmement restreints en tout état de cause, c'est un fait que, de toutes les organisations à prétentions initiatiques qui sont répandues actuellement dans le monde occidental, il n'en est que deux qui, si déchues qu'elles soient l'une et l'autre par suite de l'ignorance et de l'incompréhension de l'immense majorité de leurs membres, peuvent revendiquer une origine traditionnelle authentique et une transmission initiatique réelle ; ces deux organisations, qui d'ailleurs, à vrai dire, n'en furent primitivement qu'une seule, bien qu'à branches multiples, sont le Compagnonnage et la Maçonnerie. Tout le reste n'est que fantaisie ou charlatanisme, même quand il ne sert pas à dissimuler quelque chose de pire ; (...)"3 » « Pour revenir succinctement à la question des hauts grades que l'auteur prétend sans sourciller avoir "étudiée d'assez près", son "analyse" englobant, en fait, toute la Maçonnerie qu'il qualifie au passage de "labyrinthe et de musée", l'amène à constater que leur pratique se résume à "jongler brillamment avec les symboles, les nombres et jouer au ‘mécano’ avec les débris des traditions défuntes éparses dans les différents grades (...)". Peut-on aller plus loin dans le mépris ? Mais l'intérêt de son examen réside pour nous dans le rapprochement significatif qu'il fait entre ceux-ci et l'héritage Templier. Ainsi, il est assez cocasse de voir utilisée l’"autorité" d'un J. de Maistre ("pourtant ‘Chevalier Bienfaisant de la Cité Sainte’", nous dit l'auteur avec un contentement et une naïveté certains) pour dénier tout crédit à la "soi disant" "filiation

Templière" au sein de l'Ordre, lorsqu'on sait que le Régime Ecossais Rectifié auquel il a, un temps, appartenu, y était hostile et l'avait répudiée officiellement ! La simple lecture du chapitre XV du Tome 2 de Denys Roman ayant pour titre : "Willermoz ou les dangers des innovations en matière maçonnique", eut évité à M. Amalric cette singulière maladresse. » « Mais il nous faut mettre un terme à l'examen des propos de l'auteur; mériteraient-ils d'ailleurs d'être relevés s'ils ne manifestaient une tendance bien propre à satisfaire les visées du "Prince de la confusion" ? » Notes
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« Il conviendrait d'inverser la proposition, car ce n'est pas la Maçonnerie qui a "rompu les liens avec l'Église'' [romaine] ; une telle démarche de la part de l’Ordre n'aurait aucune raison d'être. (...) » « Etudes sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage, Tome 2, chapitre: "Les hauts grades maçonniques", p. 268 à 272. (...) » « (Aperçus sur l'initiation, édition 1953, p. 41, note 1). Les adversaires de la Maçonnerie confondent généralement les Obédiences (et les Maçons) avec l'ordre maçonnique, celui-ci étant le principe initiatique, de nature intemporelle et inaffectée. Il en résulte des équivoques dont la portée n'est pas toujours perçue par les Maçons eux-mêmes. (...) »

2

3

TRAVAUX DE LA LOGE NATIONALE DE RECHERCHES VILLARD DE HONNECOURT. 12, rue Christine de Pisan, 75017 Paris. Les Travaux de la Loge Villard de Honnecourt forment la revue semestrielle de la Loge de Recherches Villard de Honnecourt, appartenant à la Grande Loge Nationale Française. Elle est principalement axée sur l’étude et la recherche de la symbolique de la Maçonnerie, bien qu’elle traite aussi de thèmes se rapportant à l’art et à la culture d’autres voies traditionnelles, différentes de l’Ordre Maçonnique. Elle comprend ainsi une partie extrêmement intéressante consacrée à la recherche et à l’élucidation de la véritable histoire de cette organisation initiatique, à l’instar des travaux réalisés à ce sujet par la revue anglaise Ars Quatuor Coronatorum. L’ensemble est considéré dans une optique strictement traditionnelle, sans la moindre concession aux préoccupations sociales et transitoires dont font preuve la plus grande part des loges et obédiences maçonniques actuelles. C’est ainsi qu’un effort d’une réelle importance est fait pour récupérer (surtout grâce aux traductions inédites des manuscrits et documents ayant appartenus aux diverses familles et groupements maçonniques) l’héritage symbolique, rituel et mythique de l’ancienne FrancMaçonnerie opérante, antérieur aux Constitutions d’Anderson et à la naissance de la Maçonnerie spéculative ; et de celle-ci, les premiers textes où se trouve enregistré l’héritage de la Maçonnerie opérante. C’est une tentative de retour aux sources

originelles de la tradition maçonnique, d’où la Maçonnerie actuelle tire son identité et la raison même de son existence. Villard de Honnecourt (de qui tiennent leur nom la revue et la Loge de Recherches) fut précisément un maître d’œuvre du XIIIe siècle à qui l’on doit un album de dessins de géométrie et d’architecture, document d’une valeur extraordinaire pour connaître les procédés de création suivis par les constructeurs médiévaux dans l’élaboration des plans et des idées qui seraient ensuite transcrites dans la pierre. Le code symbolique de la Maçonnerie (également tributaire de l’héritage cosmogonique et métaphysique de la tradition hermétique, pythagoricienne et judéochrétienne) traduit l’idée de la construction archétypale, conçue dans la pensée de l’Artisan divin le Grand Architecte de l’Univers, construction révélée aussi bien dans la structure sacrée du temple que dans le propre processus de réalisation spirituelle, puisque cette idée se réfère à une réalité essentiellement métahistorique et métaphysique toujours présente dans le cœur de l’homme. La réadaptation de cet héritage (tout comme dans le passage de la Maçonnerie opérante à la spéculative) n’affecte absolument pas l’essence de ce qu’il transmet, et l’homme contemporain continue d’avoir le même besoin de se connaître lui-même qu’avait l’homme médiéval. La Loge Villard de Honnecourt fut fondée au début des années soixante par un groupe de francs-maçons (entre autres Jean Tourniac et Jean Baylot) intégrés dans le courant de pensée traditionnelle sous l’égide de l’œuvre de René Guénon, et c’est une des loges qui travaillent sérieusement dans le but de restaurer le versant ésotérique et initiatique de l’Ordre maçonnique. La revue se convertit ainsi en organe de diffusion de ce travail de restauration, ce qui sera sans aucun doute bien accueilli par tous ceux dont l’intérêt pour la Franc-Maçonnerie réside précisément dans les possibilités qu’elle offre en tant que voie d’accès symbolique vers la Connaissance. Nº 30 (2e série): 1er semestre 1995, 253 pp. SOMMAIRE: T. R. Grand Maître Claude Charbonniaud: Avant-Propos; Prof. Jean E. Murat: Introduction; I TRAVAUX ET CONFERENCES: Paul Amaury: Métier et renaissance spirituelle; Jean-Pierre Félix: Aspects initiatiques de l'œuvre de Rabelais; Michel Constant: La nouvelle naissance spirituelle à partir de la tradition de l'Égypte ancienne; Jean-François Blondel: La légende des Quatre couronnés; II ETUDES: Jacques-Noèl Pérès: La dédicace du temple; Pierre Paillère: Nécessité de l'angélologie; Michel Viot: Sources bibliques du rituel de consécration; Jean-Pierre Schnetzler: A la Gloire du Grand Architecte de l'Univers; Witold Zaniewicki: Les cagots; Notes et comptes rendus de Jean E. Murat. Nº 31: 2º semestre 1995, 254 pp. SOMMAIRE: T. R. G. Maître C. Charbonniaud: Avantpropos; I TRAVAUX ET CONFERENCES: Alain Mercier: L'art pictural et ses expressions initiatiques; Jean-François Var: Renaissance spirituelle et Franc-Maçonnerie; Marc Maillet: Expression musicale et renaissance spirituelle; Roland Edighoffer: Le Temple d'Ezechiel et la Cité des Rose-Croix; Gérard Jarlan: L'aurore naissante de Jacob Böhme; II ETUDES: Pierre Warcollier: Le Feu, l'Eau, la Terre dans l'instruction aux Grands Profès; Id.: Commentaires de l'Instruction aux Grands Profès; Jean-François Var: L'Ésotérisme chrétien et le Régime Écossais Rectifié; Notes et comptes rendus de Jean E. Murat. Nº 32: 1er semestre 1996, 272 pp. SOMMAIRE: T. R. F. Yves Trestournel: Allocution; I TRAVAUX ET CONFERENCES: Prof. Jean E. Murat: Être et temps; Simone Vierne: Les

romans de Jules Verne, une œuvre initiatique; Jean-Bernard Lévy: La tolérance; Dov Bezman: Aperçus sur les traditions celtiques; II ETUDES: Jean-François Blondel: Les compagnons passants tailleurs de pierre d'Avignon; Claude Tresmontant: Qui était Jean?; Jean-François Faugère: La pensée de Teilhard de Chardin, avatar de la tradition celtique; Jacques Lutfalla: Dieu créateur, G.A.D.L.U. et physique mathématique; JeanYves Legouas: Les statuts de la société des philosophes inconnus; III COMPTES RENDUS (Jean E. Murat); IV LECTURES D'INSTRUCTION.

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EL TEMPLO DE SALOMON. Isaac Newton. Introd. de J. M. Sánchez Ron. Traducción y estudio filológico C. Morano. Ed. Debate/CSIC, Madrid 1996. CV+140 pp. J.M.S.R. signale fort opportunément dans son prologue que l’économiste Lord Keynes appelait Newton le dernier des mages. L’illustre savant qui énonça la célèbre loi de la gravité universelle fut en effet un ésotériste qui voyait la nature comme le Temple du Grand Architecte de l’Univers et le scientifique, par conséquent, comme un prêtre qui pouvait intervenir dans les processus du monde et mener à la Connaissance et à l’Origine grâce aux pistes laissées par le Créateur et au temps recelé dans son discours cryptographique. Là se trouve la raison de ce que Newton aborde des thèmes bibliques, car il considérait le Livre comme un précis de sagesse révélée, malgré les altérations subies par son texte, souvent perpétrées par la hiérarchie religieuse romaine ; il en est de même de ses investigations alchimiques auxquelles il consacra des travaux et des efforts importants. Il n’était pas en cela très différent des autres savants de son époque, car il est bien connu que la génération des scientifiques qui fondèrent la science moderne (Locke, Kepler, F. Bacon, Robert Boyle, etc. etc.) effectuait des recherches dans ce sens et donnait peut-être plus d’importance aux études biblicothéologiques, voire même à l’Histoire Sacrée, comme dans ce cas, qu’aux sujets exclusivement scientifiques ou mécaniques (physique, chimie, mathématiques, optique, etc.), quoique la vérité oblige à reconnaître que ces thèmes n’ont jamais été séparés, puisqu’ils étaient traités sans la moindre différence entre eux, aussi bien le sacré que le profane, ce qui est facile à vérifier d’après le contenu de la propre bibliothèque de Newton (John Harrison, The Library of Isaac Newton, Cambridge Univ. Press 1978) ou de quelque autre qu’il ait utilisée (la privée de Isaac Barrow, les publiques de Cambridge). « Pourquoi je l’appelle mage ? », questionne Keynes « Parce qu’il contemplait l’Univers et tout ce qu’il contient comme une énigme, comme un secret qui pouvait se déchiffrer en appliquant la pensée pure à certaine évidence, à certain indices mystiques que Dieu avait disséminés de par le monde afin de permettre une sorte de chasse au trésor

philosophique à la fraternité ésotérique. » (p. XI et XII, intr.). C’est ainsi que le savant anglais, nous l’avons déjà signalé, prêtait une attention spéciale aux histoires bibliques, auxquelles il se référa à plusieurs reprises et qu’il jugeait plus anciennes que les histoires grecques voir même que les chaldéennes avec une incontestable érudition et abondance d’informations en tout genre, issues des plus illustres études du lieu et de l’époque. Précisons qu’il n’a pas utilisé l’Histoire Biblique (y compris l’Apocalypse) comme source unique de ses études historiques, mais également Flavius Josèphe, Philon d’Alexandrie, les mythes grecs, etc., et qu’il considérait que la position des étoiles dans les constellations du zodiaque, donnée, par exemple, dans des descriptions de la guerre de Troie ou de la mission de Jason et les Argonautes en quête de la Toison d’Or (qu’il situait en 937 avant Jésus Christ), réglait l’espace et le temps, anticipant ainsi les archéologues qui découvrirent plus tard d’antiques cités dont existaient des descriptions « mythiques », tout comme la science moderne de l’archéo-astronomie qui détermine les dates de lieux y compris de grands ensembles d’après l’étude du ciel de l’époque où ils furent édifiés. L’on peut lire, dans le manuscrit intitulé The original of religions : « De manière que le but de la première institution de la vraie religion en Égypte était de proposer à l’humanité, au moyen de la structure des anciens temples, l’étude de la structure du monde comme le véritable Temple du grand Dieu qu’ils adoraient. » Et c’est là le but des recherches de Newton sur le Temple de Salomon, que nous dévoile ce fascinant et surprenant travail, édité fort opportunément et avec une érudition réconfortante par Ciriaca Morano, et que nous recommandons à nos lecteurs.

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TEXTES FONDATEURS DE LA TRADITION MAÇONNIQUE 1390-1760, Introduction à la pensée de la franc-maçonnerie primitive. Traduits et présentés par Patrick Négrier. Préface de Henri Tort-Nouguès. Ed. Grasset, Paris 1995. 384 pages. L’auteur définit cette publication comme une anthologie et il n’a pas tort, dans la mesure où son travail ne se compare pas à une simple compilation. En effet, aussi bien la sélection des textes que les introductions, les commentaires et les notes, démontrent non seulement la démarche investigatrice de l’auteur et sa réussite, mais aussi son ample culture dans le domaine de la symbolique, de la Bible et de l’ésotérisme, qui lui permet de donner une orientation doctrinale et une organisation didactique à ces anciens textes maçonniques, connus comme « Fondateurs » (13901760). L’auteur commence son exposé en nous replaçant dans le contexte historique, en nous signalant trois périodes correspondant à trois types de documents, qui

correspondent à leur tour à trois époques différentes de l’Ordre : « une première période dite opérative (1356-1598), où la maçonnerie était une corporation professionnelle chrétienne, et où les loges se composaient uniquement d'ouvriers du bâtiment: c'est à cette époque (1390) qu'apparaissent les Old Charges dites Anciens Devoirs; » « une seconde période dite de transition (1599-1722), où ces loges opératives commencèrent à admettre en leur sein des hommes étrangers au métier du bâtiment: c'est à cette époque qu'apparaissent la référence à l'art de mémoire (Statuts Schaw de 1599), l'initiation maçonnique primitivement appelée Mason Word (1637), et les premiers catéchismes symboliques (Edimbourg, 1696); » « et enfin une troisième période dite spéculative (de 1723 à nos jours), où la maçonnerie est devenue une initiation non confessionnelle (laïque), et où les loges se composent principalement d'hommes étrangers au métier du bâtiment: c'est à cette époque qu'apparaissent les deux chartes de la francmaçonnerie moderne, les Constitutions dAnderson (1723 et 1738) et les deux versions du Discours de Ramsay (1736-1737). » Ce livre, écrit à la demande des éditeurs, développe pour le milieu maçonnique de la langue française une fonction extrêmement importante, analogue à celle du Cahier de l’Herne dont il est complémentaire, et consacré également à ces textes fondateurs de la Franc-Maçonnerie (voir Cahier de l'Herne Nº 62, La Franc-Maçonnerie: Documents Fondateurs dans SYMBOLOS Nº 13-14, 1997, p. 389). Cependant, certains textes manquent dans l’un ou l’autre ; dans l’anthologie de Négrier, il faudrait peut-être remarquer la publication des discours de Ramsay, ainsi que les Constitutions d’Anderson, également publiées par D. Ligou (voir compte-rendu suivant), documents possédant une grande valeur pour tout franc-maçon, et qui démontrent aussi le passage, ou, si l’on préfère, l’adaptation, de la maçonnerie opérante à la spéculative, expression de la Science Sacrée correspondant aux nouvelles formes de pensée individuelle et sociale du XVIIIe siècle, qui s’établissaient depuis le milieu du siècle précédent, voire plus tôt (maçonnerie de transition) et qui se prolongeront jusqu’à nos jours. Dans les contributions de Négrier à l’étude de la Maçonnerie, le rapport établi entre les Constitutions d’Anderson et les Old Charges (Anciens Devoirs) nous semble particulièrement intéressant. Cette observation ne laisse pas d’être exacte, dans la mesure où Anderson a consciencieusement étudié les Old Charges, comme le constate Négrier lui-même. Le fait est également mis en évidence par la comparaison objective des documents, en particulier avec le manuscrit Regius et d’autres textes, ainsi que le démontre aussi Daniel Ligou dans son introduction, traduction et notes sur les Constitutions d’Anderson dont, nous l’avons dit, P. Négrier publie sa propre version dans les chapitres 10, 11 et 12 de cette Anthologie. Pour terminer ce bref commentaire, rappelons que les versions de l’anglais des documents publiés dans cet ouvrage sont aussi de P. Négrier (également auteur de La Lettre "G", suivi de Le Mot Sacré de Maître et les Cinq Points du Compagnonnage, Ed.

Détrad, Paris 1990), et ses notes éclairent beaucoup. Voici le contenu de cette anthologie : "Les Anciens Devoirs": 1. Le manuscrit Halliwell dit Regius (1390), 2. Le manuscrit Cooke (1410), 3. L'ancêtre reconstitué de la branche Grand Lodge (avant 1583). "Les catechismes symboliques": 4. Dix témoignages du XVIIe siècle sur le Mason Word (1637-1699), 5. Le manuscrit d'Edimbourg (1696), 6. Le manuscrit Dumfries nº 4 (1710), 7. L'Institution des francs-maçons (1725), 8. Le manuscrit Graham (1726), 9. Le Grand mystère à découvert (1726). "Les Constitutions d'Anderson": 10. L'Edition de 1723, 11. Les Devoirs enjoints aux maçons libres (1735), 12. Les versions ultérieurs du chapitre I des 'Devoirs d'un franc-maçon'. "Le Discours de Ramsay": 13. La version de 1736, 14. La version de 1737. "Extraits d'un catechisme symbolique tardif": 15. Les Trois coups distincts (1760). "Annexe": 16. La Maçonnerie d'après l'Ecriture, de John Tillotson.

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ANDERSON'S CONSTITUTIONS. CONSTITUTIONS D'ANDERSON. Introduction, traduction et notes de Daniel Ligou. Edimaf, Paris 1992. 288 pp. Ce livre sera bien accueilli par les maçons qui ont eu des difficultés à connaître certaines des constitutions de leur Ordre, y compris celles de James Anderson qui donnèrent lieu à la Maçonnerie spéculative forme actuelle d’expression de cet Ordre Initiatique car la seule édition en espagnol que nous connaissions date de 1936 (Barcelone, traduction de Federico Climent) et n’existe plus sur le marché depuis plusieurs années, encore que nous ayons entendu parler d’une version mexicaine et qu’il en existe probablement une autre en Amérique du Sud, bien que J. Benimelli n’en parle pas dans sa Bibliographie de la Maçonnerie (Fondation Universitaire Espagnole, Madrid, 1978). C’est également le cas des versions françaises ou encore des anglaises, presque toutes éditées avant le milieu du siècle la plupart datant du XVIIIe. Cette édition est donc la bienvenue, avec ses notes et commentaires d’un spécialiste de la Maçonnerie, Daniel Ligou, qui étudie le sujet depuis de nombreuses années (voir Dictionnaire de la Franc-Maçonnerie, dans SYMBOLOS Nº 13-14, page 377). D’autre part, l’édition est bilingue anglais-français, ce qui permet d’en vérifier la traduction. Le livre des Constitutions de 1723, support du travail, fut imprimé à Londres par William Hunter, il comptait 92 pages et se composait de quatre parties : histoire ; obligations d’un maçon (« tirées des anciennes archives des loges d’outre-mer, et de celles d’Angleterre, d’Écosse et d’Irlande ») ; règlements généraux (« réunis par G. Payne en 1720 ») avec un post-scriptum sur la façon de constituer une nouvelle Loge ; et des chants maçonniques avec leurs partitions. L’étude de ces Constitutions que nous publierons dans notre collection « Papeles de la Masoneria » nous semble très importante, pour évaluer non seulement l’étude qu’Anderson a faite des Old Charges, sur lesquelles se basent ses Constitutions, mais aussi ses tentatives d’adaptation, dont

beaucoup furent rejetées par la plupart des Loges anglaises jusqu’à ce qu’il ait modifié nombre de ses innovations en les adaptant à la Tradition et qu’il publie finalement des Constitutions corrigées (1738) dont la plus importante rectification portait sur la division par trois effectuée avec les grades maçonniques, qu’il avait inexplicablement réduits à deux ; comme l’on sait, cette influence des « Anciennes » Loges continua de s’exercer sur les Loges « Modernes », à un tel point qu’elles ne s’unifièrent qu’en 1813, après que la nouvelle Franç-Maçonnerie, appelée Spéculative, ait été dotée des idées et rituels traditionnels des « Anciens » et que l’Ordre revienne ainsi à la fonction initiatique. Vues par delà plus de deux siècles, les constitutions d’Anderson apparaissent nettement chrétiennes, malgré le fond mythologique et païen où se déroule l’histoire maçonnique. Aux regards post-conciliaires, il ne semble pas que les différences entre protestants et catholiques, et particulièrement en ce qui concerne l’invocation de la déité, soient plus que de légères nuances d’un même aspect. Ces Constitutions marquent cependant la séparation de la Franc-Maçonnerie et de l’Église car à partir de là, l’Ordre ne s’identifiera plus avec la seule confession chrétienne, ni se soumettra au pouvoir de Rome provoquée par la force des événements et le conséquent aggiornamento qui permit l’Initiation d’un grand nombre de chrétiens réformés, et par la suite ouvrit la porte à l’admission de juifs, islamiques, etc., dans diverses loges de différents lieux géographiques, y compris en Orient, en particulier en Inde et en Chine, et même dans les pays islamiques, construisant ainsi une Franc-Maçonnerie réellement universelle, c’est-à-dire authentiquement catholique, en dépit du paradoxe. Cette publication est remarquable, et l’introduction et les notes de la traduction de D. Ligou sont très utiles et intéressantes. TEMENOS ACADEMY REVIEW. Dirigée par Kathleen Raine. Central Books. 99 Wallis Road. Londres E9 5LN. Nº 2, printemps 1999. 208 pages. Nº 1, printemps 1998. 214 pages. Temenos : a Review of the Arts of the Imagination, a publié 13 numéros de 1981 à 1992, date à laquelle qui vit sa transformation en organisation d’enseignement, la Temenos Academy (14, Gloucester Gate, London NW1 4HG) qui a donné des conférences et des séminaires tout au long de cette période. C’est le premier numéro de la nouvelle série. CHAPITRE X AUTRES COURANTS, PENSÉES ET ŒUVRES

AVALOKA. A Journal of Traditional Religion and Culture, 249 Maynard N. W., Grand Rapids, MI 49504, U.S.A. L’éloignement qui existe entre l’ésotérisme anglais et l’ésotérisme français est proverbial, comme celui qui les sépare tous deux de l’allemand et qui a affecté, en général, les diverses langues européennes durant ces derniers siècles ce qui n’était pas

arrivé au Moyen Âge et à la Renaissance au point que de nombreux ouvrages d’auteurs français ne sont pas connus en anglais et vice versa. Il y a eu, évidemment, bien des raisons, historiques ou autres, pour que se donne cet état de fait, parmi lesquelles il faut souligner l’abandon du latin comme langue culte et « franche » qui fut, durant des siècles, le langage de transmission des secrets et des vérités de la Philosophie et de la Cosmogonie Pérenne. Cette situation a perduré jusqu’à nos jours, et ce n’est qu’assez récemment que s’est établi un courant de flux d’énergies entre les différents pays d’Occident (et principalement entre ce dernier et l’Orient), par le biais de traductions, publications, conférences, et autres, de divers auteurs, inspirés par l’ésotérisme de tous temps et initiés dans différentes formes traditionnelles vivantes et authentiques. La revue américaine AVALOKA s’inscrit dans cette perspective de diffusion du message et des enseignements traditionnels, à un fort bon niveau, aussi bien en ce qui concerne ses propres collaborateurs que les traductions de Guénon ou de Burckhardt jusqu’alors inédites en anglais, ou encore les articles de Coomaraswamy et autres auteurs ne se trouvant pas encore regroupés en volumes. Les remises d’AVALOKA offrent le volume V est paru un matériel de grande valeur ; l’on peut remarquer parmi les collaborations celles du directeur lui-même, Arthur Versluis, ainsi que celles de James Cowan, Eido Shimano, Robert Aitken, Masao Abe, David Fideler ou autres, étant toutes de haut niveau et faisant preuve d’une grande érudition. Dans les prochains numéros, nous reviendrons sur cette revue qui sort aux solstices, et se publie aux États-Unis, en anglais. AVALOKA. Année 1992. Réimpression de textes d’auteurs traditionnels. Livres et Informations. Dans les grandes lignes, le directeur Arthur Versluis regroupe dans ce numéro des travaux qui traitent d’une voie de réalisation de type religieux, concrètement le christianisme, et signe un écho sur la Chevalerie. Remarquons également l’artcile de Hugh Urban sur l’imaginaire, chapeauté par une citation de William Blake.

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LA PLACE ROYAL: Histoire, Culture & Tradition. Mensuel, No. 27. Adresse: La Reynerie 47230, LAVARDAC, FRANCE. Sommaire: Editorial; Luc-Olivier d’Algange: Critique Du Regne De Demos; Hervé Boitel: Le Portugal Reviste; Philippe Barthelet: De la Superstition; Jean-Pierre Hausermann: Nouvelles D’Alsace; Henry Montaigu: Journal de Galére; Frédéric Luz: La Gazette De Cyrano. Dans le numéro 28-29 de juin-juillet 1992, se trouve une information sur le numéro 3 de SYMBOLOS que signe le directeur de la publication, Monsieur Frédéric Luz, qui n’hésite pas à qualifier notre revue « d’excellente ». Nous sommes reconnaissants de cet adjectif car nous considérons très important à plus d’un titre le travail de cette entité nommée « La Place Royal », que préside Monsieur Henry Montaigu et dont des collaborateurs de valeur constituent le corps, malgré notre éloignement de toute « politique ». Nous y reviendrons. Nº 31 de septembre-octobre 1992. Dans notre précédent numéro, nous examinions ce media que dirige Frédéric Luz en étroite collaboration avec Henry Montaigu dont les

chroniques, notes, poèmes (et aussi gravures, croyons-nous) occupaient une grande part de la revue. Dans le nº 31, Monsieur Luz nous annonce le décès de Monsieur Montaigu, qui laisse cependant une œuvre derrière lui. Nous présentons à LA PLACE ROYAL nos plus sincères condoléances pour la douloureuse perte de son collaborateur. Nº 32. Janvier-février-mars 1994. Nouvelle adresse: B.P. 88, 81603 GAILLAC. Cedex. France. Nous nous réjouissons de la réapparition de cette revue qui, depuis la mort de son fondateur, Monsieur Henry Montaigu, il y a un an et demi, reprend la bataille sur le champ culturel et littéraire ésotérique, ainsi que sur l’œuvre de René Guénon. Elle est à présent dirigée par Frédéric Luz, son ancien rédacteur en chef, et ce numéro 32 porte en toute logique sur l’œuvre et les idées d’Henry Montaigu. Rien que cela constitue une étude intéressante, car le point de vue du directeur disparu, qui comprend une critique de la vaste littérature française et de l’histoire du pays et de ses institutions, ainsi que de la culture en général, est la raison d’être de cette revue qui porte déjà un titre significatif. Il s’agit d’un lieu, d’un espace analogue à la cité céleste (Christianopolis, par exemple), dont la projection devrait être la cité des hommes. Mais ce n’est pas là une utopie comme l’on pourrait le croire, selon le sens donné aujourd’hui à ce terme. Il s’agit au contraire d’un espace, une ville, un archétypique château d’images, un véritable règne, et la preuve en est que la structure de cette entité n’a pas disparu avec la mort physique de celui qui l’a conçue dans l’imaginaire, sinon qu’elle se projette encore dans notre milieu, et demeure vive et polémique, comme en témoigne un article de Frédéric Luz qui donne quelques détails sur la conduite intellectuelle et les manigances du « théologien » Jean Borella dans la revue Connaissance des Religions, qui s’ajoute à d’autres critiques sur cet écrivain. Y ont également collaboré Luc-Oliver d'Algange, Philippe Barthelet, Hervé Boitel, Christophe Levalois, Philippe de Saint Robert y Eric Vatré.

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DEUX GROUPES ÉSOTÉRIQUES CHRÉTIENS Nos lecteurs pourront connaître, au travers de leurs publications, deux groupes ésotériques chrétiens et qui se reconnaissent comme tels sans aucun rapport l’un avec l’autre, pour autant que nous sachions, à l’exception, bien sûr, de leur concordance dans l’ésotérisme chrétien. Voici leurs dernières publications : *** LA PLACE ROYAL Nº 37: "LA GNOSE CHRETIENNE". B. P. 88 - 81603 GAILLAC cedex. FRANCE. Octobre 1996. Dirigée par Frédéric Luz. 176 pages. Il faut souligner l’excellente présentation, rénovée, de ce media qui a entamé une nouvelle étape. Editorial: Frédéric Luz; Notes sur la Gnose chrétienne: Luc-Olivier d'Algange; Les gnosimaques: extrait du Dictionnaire de Théologie de M. l'Abbé Bergier, 1829; Gnose chrétienne et gnose anti-chrétienne: Prof. Jean Borella; Jean et Marie: Mr. Ollier (16081657); Les Clefs de la Gnose: Jérôme Rousse-Lacordaire o. p.; Sermon sur la résignation

intérieure: Jean Tauler; L'Homme intérieur ou la nostalgie du Haut-Pays: Luc-Olivier d'Algange; Le Gnostique de saint Clément d'Alexandrie, de Fénelon; Mise au point sur la confrérie du Paraclet: De la fraternité del Chevaliers du Divin Paraclet (Statuts du xvi siècle), Réformation de la Règle des Chevaliers du Paraclet du Maistre Jean de Thionville, 1668; La confrérie de l'Ordre du Très Saint Paraclet et de la Mère de Dieu; L'Eternité s'éveille, préface à "Opéra doré" de Henry Montaigu: Luc-Olivier d'Algange; Opéra Doré, Oratorio sur la fin des temps: Henry Montaigu. *** SOL NEGRO (Soleil Noir) Revista de principios y fines. Apartado 171 de Alhama de Murcia, España. Directeur : Emilio Saura. Nº 3. 1996. Paraît tous les quatre mois. Sommaire : Editorial. Buzón del lector. Guía de Perplejos: Consideraciones sobre el qué, el por qué y el para qué de la enfermedad, M. J. Martínez Albarracín; Homeopatía y filosofía, J. Antonio Antón Pacheco; ¿Tú o usted?, I. Garrido; La bóveda celeste, un mito que perdura, J. López Monje. Comentarios de nuestro tiempo: Rebuscando en la historia, E. Ruiz Castillo; Red de redes, J. Sevilla García; Sobre el éxito de "El mundo de Sofía", A. Martínez Belchí. Archetypica: Simbología; Aspectos qabalísticos de Éxodo 3,1-14, Emilio Saura; Notas sobre el Yi-king, Janus; Notas astrológicas sobre el Concilio Vaticano II, Janus. Literatura, música y artes: Poemas, F. Martínes Albarracín, J. R. Barat; Hombre que mira el mar, J. V. Sánchez; Consideraciones líricas sobre nuestro Siglo de Oro, J. R. Barat; Doce coplillas de intenso amor, J. Cánovas Martínez. Biblioteca del Sol Negro. Nº 4. 1996. Sommaire : Editorial. Buzón del lector. Guía de Perplejos: La mujer como persona en los Evangelios, M. Moreno Villa; ¿Todo es uno?, F. Martínez Albarracín. Comentarios de nuestro tiempo: Nuevas perspectivas sobre el fenómeno "ovni", E. Saura; Comentarios de Marta; Y los sueños sueños son, M. Garrido; Astrología y Libertad, A. Martínez Belchí. Archetypica: Simbolismo de la Cruz; Notas qabalisticas, Emilio Saura; Geografía Sagrada, Janus. Literatura, música y artes: El silencio de Dios, P. Ballesta; En el cementerio de Bruckner, J. P. Sánchez. Psicología y formas de vida: Lejos del mundanal, José Fuentes Blanc; A propósito de "violencia y ternura" de Rof Carballo, E. Ruiz Castillo. Biblioteca del Sol Negro. Textes brefs et précis, fruits d’un travail de synthèse. Porte sur des sujets divers, plus ou moins bons, mais tendant tous vers la connaissance, exprimée de manière fraîche et franche. *** LA PLACE ROYAL. Mas de Combes, 81120 SIEURAC, France. Fondée en 1982 par Henry Montaigu. Directeur depuis 1991 : Frédéric Luz. Nº 38. Noël 1998. 60 pages. Un bel article de Luc Olivier d’Algange, sur Ernst Jünger, ouvre ce numéro dans lequel le directeur, Frédéric Luz, annonce avec son épouse son entrée dans l’Église Orthodoxe (Patriarcat de Kiev) où il a reçu les ordres et communique que LA PLACE ROYAL sera une revue de plus en plus chrétienne. Ce numéro comporte également un article intéressant, de Dominique Devie, sur l’œuvre de Guénon sur Internet, où il parle de notre revue. Et toujours, les contributions centrales de Henry Montaigu.

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RENE DAUMAL Y LA "ENSEÑANZA" DE GURDJIEFF:

Emilio Saura.

A signaler, cette remise d’Émilio Saura (voir dans les numéros 3 et 4 de SYMBOLOS, 1992, son « Approche de la Signature Astrale de la Philosophie »), professeur de philosophie à Murcia (Espagne), sur René Daumal, personnage phare de l’ésotérisme du XXe siècle, en relations non seulement avec Gurdjieff, mais aussi avec notre guide intellectuel, René Guénon, surtout en ce qui concerne l’intérêt de l’auteur de La Montagne Analogue pour la métaphysique hindoue.

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PAIDOS. Nous remercions la maison d’édition Editorial Paidós pour les livres remis à notre rédaction, qui appartiennent tous à sa collection « Paidós Orientalia ». Comme son nom l’indique, cette collection est consacrée presque exclusivement à la pensée orientale, quoique suivant une ligne quelque peu hétérogène, car les titres et les auteurs publiés ne reflètent pas toujours fidèlement cette pensée dans ce qu’elle possède de métaphysique et de traditionnel. Cependant, les textes et les études sont en général de bonne qualité, certains pouvant être considérés comme de véritables « classiques » pour leurs rééditions successives dans plusieurs langues, et ayant été par conséquent lus par plusieurs vagues de lecteurs intéressés par la Philosophie Pérenne. C’est là le cas de Bouddha et l’évangile du bouddhisme de A. K. Coomasraswamy, Patânjali et le yoga de M. Eliade, Méthodologie de l’histoire des religions de M. Eliade et J. M. Kitagawa, 150 contes sûfis de Yalal Al Din-Rumi, et L’hindouisme de L. Renou. Remarquons surtout, parmi les exemplaires que nous avons reçus, Alchimie asiatique de M. Eliade, Dictionnaire des religions, de M. Eliade et I. P. Couliano, et Le chemin du zen de E. Herrigel. DICTIONNAIRE DES RELIGIONS. Cet ouvrage, commencé par Eliade et achevé par I. P. Couliano, son élève et collaborateur, est une révision générale des principales religions, englobant les divers aspects mythiques, symboliques, rituels et anthropologiques des différentes ethnies et des époques se rapportant à chacune d’entre elles. Malgré son approche dans une perspective universitaire et sa terminologie particulière, qui suit la méthode historique, il s’agit d’un livre de grand intérêt pour l’historien des religions et des traditions en général. ALCHIMIE ASIATIQUE . L’auteur expose, sous forme résumée, les principales caractéristiques de l’alchimie orientale (chinoise et hindoue) à l’exception de l’arabe, qui prolonge l’alchimie alexandrine d’origine hermétique, c’est-à-dire égyptienne et grecque, qu’Eliade avait déjà développée dans son livre Forgerons et alchimistes.

« L’alchimie, signale l’auteur, a été et est encore une technique spirituelle au moyen de laquelle l’homme assimile les vertus normatives de la vie et s’acharne à gagner l’immortalité. » LE CHEMIN DU ZEN. Cet ouvrage est le fruit de la propre expérience de l’auteur, qui a su pénétrer et assimiler la réalité essentielle de cette voie traditionnelle de connaissance, née de la synthèse du taoïsme et du bouddhisme mahayana. C’est un livre très instructif, écrit dans un langage accessible à l’homme occidental, mais qui approfondit les différentes méthodes et techniques utilisées dans les écoles zen en les illustrant par des exemples, et incitant le lecteur à les pratiquer presque sans s’en rendre compte. *** COSMOLOGIE ET ALCHIMIE BABYLONIENNES. Mircea Eliade. Paidós Iberica. Barcelone. 1993. 116 pages. ALCHIMIE ASIATIQUE. Idem. 1992. 113 pages. Dans la collection Orientalia ont paru ces deux petits volumes qui, avec Forgerons et Alchimistes (Alianza Ed. Barcelone. 1986. 208 pages) et autres, expriment ce qu’est l’Alchimie en tant que science et art hermétique pour ce grand spécialiste de l’histoire des Religions, ainsi que ses correspondances avec la quasi totalité des Traditions connues. En effet, « L’histoire de l’alchimie européenne (et alexandrine, iranienne, arabe, médiévale) débute avec les influences qu’exerça probablement l’alchimie babylonienne en Égypte. » (Alchimie Asiatique, préface). Et il poursuit : « Pour replacer correctement l’alchimie dans son contexte original, il ne faut pas perdre de vue ce qui suit : dans toutes les cultures où l’alchimie fait acte de présence, elle apparaît toujours intimement liée à une tradition ésotérique ou « mystique » : en Chine, au taoïsme ; en Inde, au yoga et au tantrisme ; dans l’Égypte hellénistique, à la gnose ; dans les pays islamiques, aux écoles mystiques de l’hermétisme et de l’ésotérisme ; en Occident au Moyen Âge et à la Renaissance, à l’hermétisme, au mysticisme chrétien et à la kabbale. Au bout du compte, tous les alchimistes déclarent que leur art est une technique ésotérique, poursuivant des buts semblables ou comparables à ceux des grandes traditions ésotériques et « mystiques ». » (page 79). Un fait curieux est que ce livre soit paru en roumain en 1935 et que l’auteur ait été si clair sur le sujet qu’il allait développer par la suite, toujours en petits volumes en raison de problèmes d’édition. Dans la préface de Cosmologie et Alchimie Babyloniennes, Eliade déclare qu’il se propose de : « Démontrer comme je l’ai moi-même tenté dans L’Alchimie asiatique que les alchimies indienne et chinoise n’étaient ni des sciences empiriques ni préchimiques, sinon des techniques mystiques, soteriologiques , ne signifie pas faire preuve d’érudition, sinon appliquer une méthode qui, bien qu’elle ne soit pas révolutionnaire dans l’étude des cultures orientales, peut s’avérer énormément fertile dans la philosophie de la culture. Le caractère « révolutionnaire » de notre interprétation nous a obligé, il est vrai, à offrir un abondant appareil critique, justement pour prouver jusqu’à la satiété la validité de nos affirmations. » (page 10). Puis commence la première partie de son traité, avec le programme suivant : 1. Cosmos et Magie, 2. Méthodes, 3. Homologie, 4. Le Temple, 5. Cité Sacrée - Centre du Monde, 6.

L’Axe du Monde - l’Arbre de la Vie, 7. Correspondances. C’est-à-dire que la Cosmogonie et ses lois se placent pleinement comme les fondations des Sciences et des arts en général, et de l’Alchimie en particulier. La raison se trouve sans aucun doute dans les lois de l’analogie qui établissent des correspondances entre divers ordres de la réalité et qui rendent les métaux assimilables aux astres, comme la terre au ciel, bien que leurs polarités se trouvent inversées : « Tout ce qui est connu, tout ce qui est concret, participe à cette loi magique de la correspondance. Le cosmos apparaît divisé en régions gouvernées par les dieux, dirigées par les planètes. Entre une zone céleste déterminée et la planète qui la domine ou le dieu qui la représente, il existe des relations magiques, de « correspondance » et « d’influence ». Tout ce qui arrive dans une zone céleste sera également présent, d’une façon ou d’une autre, dans la vie qui, sur terre, se trouve sous son « influence ». Évidemment, ces influences ne s’exercent pas toujours de manière directe. Il y a d’innombrables relations, d’innombrables niveaux entre la terre et le ciel. Ce n’est qu’en son centre, et seulement dans certaines conditions, que la terre peut être directement reliée au ciel. » (page 40). Ces lignes passionnantes se complètent de plusieurs autres, prolongeant la pensée de l’auteur ; ainsi, dans Forgerons et Alchimistes, nous lisons que : « Collaborer avec la Nature, l’aider à produire dans un tempo de plus en plus accéléré, modifier les modalités de la matière : dans tout cela nous croyons avoir découvert l’une des sources de l’idéologie alchimique. » (page 10). Et ailleurs : « L’alchimiste, comme le forgeron, et le potier avant eux, est un « seigneur du feu », puisque c’est au moyen du feu que s’opère le passage d’une substance à une autre. Le premier potier qui parvint, grâce aux braises, à faire durcir considérablement les « formes » qu’il avait données à l’argile dut ressentir l’ivresse du démiurge : il venait de découvrir un agent de transmutation. Ce que la chaleur « naturelle » celle du soleil ou du ventre de la terre faisait mûrir lentement, le feu le faisait dans un tempo insoupçonné. » (page 71). Et tout cela était possible, pour les alchimistes du passé, grâce à ce que : « ...les plantes, les pierres et les métaux, de même que les corps des hommes, leur biologie et leur vie psychomentale, n’étaient rien d’autre que divers instants d’un même processus cosmique. Il était donc possible de passer d’un état à un autre, de transmuer une forme en une autre. » (page 123). Nous avons essayé de souligner quelques-unes des idées de M. Eliade, mais ces trois ouvrages en contiennent bien davantage, qu’il s’agisse de documentation ou de soteriologie, toujours unies au but spirituel par l’intermédiaire des sciences de la Nature. *** PAIDOS (1999) : Les titres que nous avons reçu de cet éditeur sont les suivants : HISTORIA DE LAS CREENCIAS Y DE LAS IDEAS RELIGIOSAS (3 vol.). Mircea Eliade. I: De la Edad de Piedra a los Misterios de Eleusis, 663 p. II: De Gautama Buda al triunfo del Cristianismo, 678 p. III: De Mahoma a la era de las reformas, 456 p. Ed. Paidós Ibérica, col. Orientalia, Barcelone. 1999. Cette œuvre en trois tomes de plus de 1.500 pages, avec des index onomastiques et analytiques, s’avère indispensable pour qui s’intéresse à l’Histoire des Religions, ou simplement à l’Histoire de la Culture, outre les investigateurs en thèmes ésotériques.

C’est un véritable héritage de Mircea Eliade qui, né en Roumanie en 1907, a travaillé inlassablement sur ces sujets, jusqu’à sa mort survenue en 1986, alors qu’il était professeur à l’Université de Chicago. Son œuvre immense, qui est aujourd’hui pratiquement incontournable, a été plusieurs fois remarquée par SYMBOLOS et se trouve présente dans les apports de ses rédacteurs. EL REY Y EL CADAVER. Cuentos, mitos y leyendas sobre la recuperación de la integridad humana. Ed. Paidós Ibérica, col. Orientalia, Barcelone 1999. 351 pages Compilation de Joseph Campbell, l’un des plus grands auteurs d’Amérique du Nord se consacrant aux mythes et à la « philosophia perennis ». SOBRE ADIVINACION Y SINCRONICIDAD. La psicología de las casualidades significativas. Marie-Louise von Franz. Ed. Paidós Ibérica, col. Jungiana. Barcelone 1999. 184 pages. Un livre court, mais clair et précis sur le sujet, composé de cinq conférences données par l’auteur, à Zurich. Marie-Louise von Franz peut être considérée comme l’une des plus éminentes disciples de Carl G. Jung, et cet ouvrage représente un petit classique sur tout ce qui concerne les différents oracles ; depuis les chinois jusqu’aux grecs, en passant par les mayas-quichés. Elle marie la vertu de l’érudition à une simplicité de style qui rend son œuvre accessible à un vaste public.

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THE ONLY TRADITION. William W. Quinn Jr. Suny: State University of New York Press, Albany 1997. 384 pages L’auteur, élève de Mircea Eliade à l’Université de Chicago, fut chargé par son professeur de l’étude des œuvres de René Guénon et de A. K. Coomaraswamy. Quinn definit un panorama appréciable au sujet de ces deux grands auteurs, tout en incluant la Théosophie et Madame Blavatsky dans une grande partie de son étude. Cela lui valut les critiques des « schuonniens », malgré son insistance à déclarer que F. Schuon a recueilli le flambeau de ces deux auteurs, objets de son étude, et de le proclamer « autorité » en la matière. Il critique aussi en particulier Antoine Faivre et « l’historicisme » du courant qu’il conduit, bien qu’il se dise comme lui élève de Mircea Eliade.

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ORIENTE Y OCCIDENTE. Luis Racionero. Ed. Anagrama, Barcelone, 1993. 220 pages Le titre de cet ouvrage est particulièrement significatif pour nous, puisque c’est celui d’une œuvre homonyme de René Guénon, ayant paru en 1924 ; le sujet est cependant

tout aussi actuel, et la conclusion de Racionero est en somme la même que celle de Guénon : il existe une suprématie intellectuelle (entre le monde de l’Orient et l’homme occidental et son milieu culturel). Cet ouvrage offre un panorama des idées et de la culture contemporaines par rapport aux valeurs pérennes généralement propres aux civilisations orientales, et qui se trouvent aux racines de toute culture, à commencer par celle que nous avons héritée des grecs, des alexandrins, des romains, des hébreux, des arabes, etc., c’est-à-dire dans notre héritage occidental, constituant la trame la plus profonde de l’être humain. La capacité d’expliquer des concepts ardus pour l’esprit qui n’y est pas encore entraîné, d’une façon simple et claire, recherchant l’exemple facile, parfois évident, pour exprimer des pensées philosophiques, comme souvent l’ont fait les sages, particulièrement dans le Taoïsme, est le premier message de ce livre où le privilège de la lucidité se joint à la clarté de l’exposé même si l’on n’y adhère pas totalement, et même si l’on n’est pas d’accord avec toutes les assertions de Luis Racionero et que l’on ne parvienne donc pas aux mêmes conclusions. Il nous faut souligner l’optique ample et universelle des observations et du discours, échantillons d’un style d’analyse qui, sans tomber dans la futurologie, ouvre de nouvelles perspectives au point de vue de l’individu et du groupe, et offre la possibilité de réveiller des images et des concepts plutôt malmenés par le mauvais usage que l’on en fait. Mais en même temps, nous nous demandons si cet exposé de la pensée orientale est encore valable pour les peuples qui lui ont donné naissance, et l’on pourrait en douter rien que d’après l’exemple de l’invasion japonaise du continent (Chine, Corée, Mongolie, etc.), fait très récent dont on n’oublie ni la cruauté exercée sur d’autres supposés « frères » orientaux, ni le manque de symétrie caractérisant certains groupes de l’Inde et de l’Extrême-Orient, en quelque sorte analogue à celle qui dresse l’une contre l’autre certaines factions de l’Islam. La tragédie est ce genre littéraire caractérisé par un dilemme dont le discours, qui se multiplie et va crescendo, en une progression vertigineuse et surtout inéluctable, et fatalement, cours vers sa propre fin ; c’est ce qui advient à la pierre lâchée du haut d’une tour et qui augmente sa vitesse de façon géométriquement proportionnelle. C’est ce qui arrive aux temps modernes, comme c’est arrivé à d’autres cultures au cours des temps, sujets bien connus des civilisations orientales qui, elles, contemplent comment se reproduisent les mystérieux détours et cycles de la Roue de la Vie et ses desseins ; personnellement, nous croyons en la libération de l’individu et même du groupe, et nous nous y efforçons, mais à ce stade de la compétition, nous pensons que la reconversion sociale est impossible, à l’instar des personnages de la tragédie qui ne peuvent échapper à leur Destin. Quoi qu’il en soit, ces textes brillants et intelligents sont les bienvenus, ainsi que la synthèse qu’ils renferment et leur forme d’expression, et bien que nous ne soyons pas totalement d’accord avec toutes leurs assertions et conclusions, l’envergure de l’analyse est évidente en regard de la spéculation littérale et « officielle », soi-disant philosophique, à laquelle nous sommes habitués.

Pour terminer, nous signalerons l’exposé extrêmement intéressant sur la physique quantique le monde de l’infiniment petit comprise d’une façon exemplaire, ce qui n’a pas forcément de rapport avec toutes les conclusions qu’en tirent d’autres auteurs, comme F. Capra ; quoique la participation de « l’observateur » qui se transforme en sujet de l’acte créatif est une réalité, pas une hypothèse.

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PARABOLA The Magazine of Myth and Tradition. 656 Broadway, New York, NY 10012. U.S.A. Founder: D. M. Dooling. VOLUME XVIII, Number 1, "HEALING" (Spring 1993): Interview with Lawrence E. Sullivan: Images of Wholeness; Richard S. Sandor: On Death and Coding; Bill Moyers: Wounded Healers; Joel Monture: Saving Mother Earth to Save Ourselves; Kat Duff: The Alchemy of Illnes; Thich Nhat Hanh: Transforming our Suffering; Richard Wentz: The Powwow Doctor; Gray Henry: Even at Night, the Sun is There; ARCS: The Dance of Healing; Joe Louis Lopez: It´s Up to You; Richard Katz: The Kung Approach to Healing; Milton H. Erickson: Word Salad; The Country of the Gadarenes; Marvin Barrett: An Encounter; Tangents; Epicycles; Focus; Currents & Comments; Book Reviews; Full Circle. VOLUME XVIII, Number 2, "PLACE AND SPACE" (Summer 1993): Scott Russell Sanders: Telling the Holy; William Maxwell: Home; An interview with Robert Lawlor: Dreaming the Beginning; Janet Heyneman: Nostalgia for the Present; Czeslaw Miloz: On Exile; Shritvatsa Goswami and Margaret Case: The Birth of a Shrine; Martin Lev: The Gate of Mercy; Sara Rossbach: Feng Shui; David Ulrich: Hawai´i, Landscape of Transformation; Wayne Teasdale: A Glimpse of Paradise; William Shelton: Free Space; Ron Matous: Among These Mountains; Tangent; Epicycles; Poems; Book Reviews; Currents & Comments. Cette revue qui paraît tous les quatre mois, fondée il y a dix-huit ans par D. M. Dooling et dans laquelle l’on a pu lire des signatures aussi respectables que celles de Mircea Eliade, du Dalaï-lama, de Joseph Campbell, de Joseph Epes Brown, etc., offre un vaste panorama à tous ceux qui, pour une raison ou une autre, ont approché ou s’intéressent à la recherche de l’être, au-delà des opportunités qu’offre une vie calquée sur les normes du système et son adhésion à quelque partie du monde moderne. En effet, dans cette revue se succèdent des notes sur des traditions « religieuses » parfaitement vivantes, comme l’islam, le judaïsme, l’hindouisme, le bouddhisme, le bouddhisme zen, etc., en alternance avec la Tradition Hermétique et la Gnose Occidentale en général, et surtout, et c’est là son grand apport concernant diverses études sur la culture des différents peuples archaïques et « primitifs ». Elle possède aussi un aspect tourné vers la psychologie que nous ne partageons pas complètement, tout en considérant la psyché comme une voie de passage, apte à être transcendée et non pas niée en bloc, justement une expérience à surmonter afin de pouvoir reconnaître les différences sur le chemin de la réalisation individuelle, tout comme les sciences de la nature le font par

d’autres moyens : faire face au surnaturel. En outre, cette excellente publication, joliment présentée, bien que se rapprochant parfois du « New Age », ne sombre jamais dans le sensationnalisme ni dans la superstition et privilégie les valeurs culturelles et académiques les plus élevées, ce qui mérite d’être souligné chez une publication tirant à 100.000 exemplaires et représentant une porte d’accès à un programme des plus intéressants grâce auquel les lecteurs pourront donner à leurs inquiétudes pistes et orientations. La partie bibliographique est d’un grand intérêt, tout comme les annonces de livres qui comprennent les publications des plus importantes universités des États-Unis concernant l’ésotérisme, les mythes, l’anthropologie et les religions. Il faut également souligner l’intérêt constamment porté à l’art et au documentaire, auquel il faut ajouter ses propres publications dont certaines sont dédiées aux enfants et réalisées avec des moyens audio (cassettes) et vidéo. Nous préciserons que cette revue s’inscrit dans le cadre de « l’American Way », ce qui peut être quelque peu déconcertant pour qui est strictement accoutumé aux modules de la « culture européenne » ; mais il ne peut en être autrement, puisque cette publication est un échantillon du plus pur et du plus sophistiqué « style new-yorkais ».

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REVISTA DE SORIA. Revue culturelle et informative de la Députation Provinciale. Directeur : Angel Almazán de Gracia. C./ Caballeros, 17. Soria. Espagne. Nº 25. Seconde époque. Été 1999. 120 pages. 120 p., "Celtíberos. Homenaje a José Luis Argente": Un día en Tiermes, 25 años después: Carlos de la Casa, Religión y ritual funerario celtibéricos: Alfredo Jiménez, El origen de la cultura celtibérica: J. Arenas y J. P. Martínez, Los arevacos y sus ciudades: Francisco Burillo, Soria y la herencia numantina: José I. de la Torre, El vaso de los guerreros de Numancia: Fernando Romero, Cosmogonía védica del numantismo, vaso de los toros: Angel Almazán, Los celtíberos: poblamiento y formas de vida: Gonzalo Ruiz. Nº 24. Printemps 1999. 120 pages ; Nº 22. Automne 1998. « Cîteaux et le Symbolisme ». 112 pages ; Nº 6. 1993. « Numance et Montségur ». 116 pages. Nous remarquerons spécialement, parmi d’autres, l’article du directeur « Notes symboliques sur le chrisme » (Nº 24), dans cette revue qui a aussi publié, dans ses numéros précédents, des articles sur la géométrie, la kabbale, etc. Il faut également souligner sa qualité graphique et sa présentation formelle. L’on peut remarquer, chez tous ses collaborateurs, un louable intérêt pour leur ville natale et ses connections universelles.

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REVISTA DE ESTUDIOS BUDISTAS. 2741 Sunset Boulevard. Los Angeles, California

90026. U.S.A. Semestrielle : avril et octobre. 88 pages. Directeurs : Carmen Dragonetti y Fernando Tola. Nº 11 : d’avril a septembre 1996. Sommaire : Nueva etapa del proyecto REB; Artículos: G. P. Malalasekera y K.N. Jayatilleke: El Budismo y la cuestión racial; Fernando Tola y Carmen Dragonetti: Eternidad del Dharma en el Sûtra del Loto; Historia: Jan Hendrik Kern: El Budismo en Java, Bali y Sumatra; Términos y conceptos budistas: Vijñanavada: Idealismo; Giuseppe Tucci: La Escuela Idealista del Budismo; Abstracts; Texto: Maestra Dzau Dzan, F. Tola y C. Dragonetti: Pa ta jen kiao king: El Sûtra de los ocho conocimientos de los grandes seres predicado por Buda; Notas Breves: Luciano Petech: Giuseppe Tucci (1894-1984). Noticias: Actividades de la Asociación Latinoamericana de Estudios Budistas (ALEB), Actividades de FIEB en 1995; Reseñas: Dhammapada, Edited by O. von Hinüber and K. R. Norman, with a complete World Index complied by Shoko Tabata and Tetsuya Tabata, Oxford, The Pali Text Society, 1994; Colaboradores. C’est le début d’une nouvelle étape de cette revue, qui maintiendra les critères exprimés dans la présentation du premier numéro, ainsi que le communiquent ses directeurs qui annoncent également deux importantes modifications apportées à leur édition : un nouveau format de 88 pages contre 176 auparavant, mais avec des changements destinés à ne pas réduire le matériel dans les même proportions ; et la publication d’une collection parallèle de textes basiques du bouddhisme en version espagnole, au rythme de deux par an, avec une introduction et de courtes notes, et le même nombre de pages que la revue, en complément de cette dernière. Ils nous informent également que la revue a accompli le projet sur cinq ans qu’elle s’était donné lors de sa fondation par l’Association Latino-Américaine d’Études Bouddhistes, de Mexico ; elle a été éditée, et continuera de l’être, avec le support de l’Institut International d’Études Bouddhistes de Tokyo et la collaboration technique de Reiyukai de Mexico ; dans ce laps de temps, elle a publié dix numéros, pour un total de 1934 pages et 14500 exemplaires. Les directeurs considèrent que leur revue a atteint les objectifs qu’ils s’étaient proposés pour cette étape, en divulguant ce qu’est réellement le Bouddhisme auprès de gens qui ne le connaissaient pas ou qui n’en avaient qu’une idée erronée ou déformée, et en permettant à d’autres de comprendre plus en profondeur les pratiques qu’ils réalisent.

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HETERODOXIA Trimestral de Pensamiento Crítico y Extravagante. Apartado 42.082. 28080 Madrid. 1993 : Voilà déjà six ans que HETERODOXIA a commencé à sortir, ce qui a représenté pour beaucoup la possibilité de s’exprimer sans faux-semblants sur des sujets marginalisés par la pseudo-intellectualité et la science du terne et médiocre petit monde universitaire et culturel. Sa parution nous disait que l’Espagne d’Unamuno,

d’Ortega y Gasset et d’Eugenio d’Ors, pour n’en nommer que trois (et en omettant complètement l’extraordinaire tradition littéraire et culturelle espagnole cristallisée par le Siècle d’Or), n’était pas morte, et que contre l’avalanche commerciale des Albertos, Mario Conde, Banesto, el Banco Popular et Cambio 16, les structures de l’homme espagnol étaient encore indemnes, en dépit des circonstances vécues par son ego, qui était le spectateur d’équivoques aussi pathétiques que tragi-comiques qui sont encore très loin d’être dissipées. Heterodoxia s’est caractérisée par les qualifications des auteurs présentés, beaucoup d’entre eux étant déjà des écrivains connus comme José Luis Aranguren, Raimundo Panikkar, José Montserrat Torrents, etc., et d’autres qui le deviendront. Malgré tout, plusieurs des articles se perdent généralement en digressions et, à une certaine époque, beaucoup d’abonnés jugeaient excessif le traitement donné à des problèmes théologiques, donc religieux, abordant certaines attitudes personnelles sans but précis, bien que se rapportant à l’état civil de Maître Jésus, qui a parfois été dit marié avec Marie-Madeleine, Jean, l’évangéliste et le prophète apocalyptique, ayant été le fruit charnel de cette union. Ses rédacteurs se sont par ailleurs plus d’une fois référés à la vision ésotérique présente dans la Tradition Unanime et dans la Philosophie Pérenne en tant que « occultisme », sans posséder de la Science Sacrée, semble-t-il, plus qu’un savoir superficiel et profane, alimenté par des revues comme « Más Allá » ou similaires, bien que, curieusement, ils semblent vraiment croire qu’ils savent de quoi ils parlent. Sous la direction de l’écrivain Manuel García Viño, le conseil de rédaction d’HETERODOXIA est formé par : José Antonio Antón, M. Asensio Moreno, A. Fernández Helidoro, Rafael Hereza, Juan Francisco Lerena, Manuel Mantero, José Mora Galiana y Victoria Sendón, qui en signent également de nombreux articles. Elle sort quatre fois par an, et nous remarquons, parmi les notes publiées récemment, celles de Victoria Sendón et d’Emilio Saura. Pour terminer, nous mettrons l’accent sur un article sur SYMBOLOS, que signe un membre du conseil de rédaction, également collaborateur de notre revue, José Antonio Antón qui, après avoir présenté SYMBOLOS et s’être référé au sous-titre Art, Culture, Gnose et en particulier aux symboles, déclare : « C’est tellement ainsi que la propre histoire de la culture est impensable sans la considération d’éléments comme ceux fournis par le symbolisme traditionnel, en dépit de l’intérêt de certains milieux « intellectuels » pour occulter ou éviter le sujet. Pour tout cela, le champs d’action des symboles auxquels se réfère le titre de la revue en question est suffisamment éclairci. » Et il poursuit : « Mais si nous voulons définir davantage la direction de SYMBOLOS, nous pouvons préciser qu’elle répond aux critères de la philosophie de René Guénon, et il ne pouvait en aller autrement d’un contenu qui se veut traditionnel. » Et ensuite, après avoir rendu éloge au fait qu’il ne voit dans notre publication aucun indice de « chapelle » ou de « secte » de quelque type que ce soit, et d’avoir vanté notre présentation et notre iconographie, il termine en disant : «En définitive, nous nous trouvons devant une revue qui, sans aucun doute, sera à partir de maintenant un point de référence pour qui désirera connaître le développement et le traitement de la pensée traditionnelle parmi nous. »

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HELENA TARASIDO In Memoriam Nous avons reçu un bel ouvrage sur l’œuvre plastique d’Helena Tarasido qui englobe près de quarante ans d’un travail fécond. Ce livre, fort bien construit par Editart à Genève, en Suisse, comprend une étude critique de Rafael F. Squirru et une exposition graphique bien documentée sur les différentes phases de production de l’artiste et les diverses techniques utilisées, avec de très bonnes reproductions en couleurs ou en noir et blanc. A la vue de ce document, l’œuvre de ce peintre est prise à sa juste valeur et l’on admire l’effort, le nerf, la persévérance d’un précurseur qui, sans fléchir et à l’encontre des courants de la mode, se battit à l’avant-garde picturale d’Argentine pour fixer l’image de la beauté, toujours changeante et révélatrice, dans une recherche permanente où se recrée l’atmosphère magique, parfois au moyen de paradoxes de forme, de tracé ou de couleur, ou par le biais de visions instantanées patiemment élaborées ou emportées dans des accès déchaînés par de subtiles énergies. Connaissant la Tradition Hindoue, influencée par les symboles amérindiens et les symboles ésotériques en général, éternelle voyageuse aux inquiétudes intellectuelles et amante naturelle du Mystère, ce n’est pas pour autant que la peinture de ce précurseur se soumet aux préceptes, mais au contraire, exprime de façon personnelle les idées et les intuitions que l’homme porte en lui en permanence. Elle tente ainsi de percer les limites pour rechercher un champs plus vaste, à un point tel que, suivant cette direction spatiale, non seulement les ego pourraient se transposer, sinon que l’être pourrait affronter le Non-Être, la nondualité, et l’idée d’une déité non personnalisée, ou d’une personnalité qui se dépersonnalise.

René Guénon ou la voie métaphysique par Arnaud Rouvières L’un des phénomènes majeurs de ces dernières décennies — et désormais, pas seulement en France et en Europe —, est celui de l’influence, souvent «souterraine» ou au second degré, mais «vivifiante», de “l’œuvre” de René Guénon (1886-1951) — référence majeure, et le plus souvent incontestée, de la «pensée traditionnelle». Mais Guénon reste souvent encore méconnu, peu ou mal lu, voire incompris et critiqué pour ce qu’il n’est pas, y compris dans les milieux religieux ou «traditionnels». Cet ensemble “Autour de René Guénon” n’a certes pas la prétention de constituer un dossier de référence, ni même une introduction digne de ce nom à l’étude de Guénon, mais simplement de donner quelques aperçus, qui inciteront peut-être certains lecteurs à aborder plus sérieusement l’“œuvre” du métaphysicien…

René Guénon vers 1925.

A ce propos, il faut d’ailleurs rappeler d’emblée, ici, que Guénon refusa toujours avec force l’idée d’avoir fait “œuvre” originale (au sens littéraire ou philosophique d’une création individuelle), soulignant au contraire qu’il n’avait jamais été que l’humble transmetteur de la Tradition Une et universelle. Guénon est né en 1886 à Blois. Après des études de mathématiques, il fréquenta divers mouvements occultistes et néospiritualistes — dont il dressera une critique implacable dans Le théosophisme, histoire d’une pseudo religion (1921) et L’erreur spirite (1923) — tout en assimilant les grandes doctrines métaphysiques, notamment l’hindouisme, le taoïsme et l’islam. Très tôt initié à l’ésotérisme musulman et installé au Caire à partir de 1930, il y mènera, dans l’islam, une existence retirée, entre l'Université El-Azhar et la revue El-Marifaah — poursuivant, jusqu’à sa mort en 1951, une œuvre entièrement consacrée à la Tradition universelle, à la perspective métaphysique et au symbolisme (1). Science sacrée La vocation essentielle de l’homme, rappelle Guénon, est de parvenir à la «réalisation spirituelle» ou «métaphysique», qui consiste à s’identifier à sa propre essence (le Soi). Les religions exotériques s’adressent à tous les hommes pour conduire le plus grand nombre au «Salut», c’est-à-dire à la perfection de l’état individuel humain. Mais le but ultime de la réalisation spirituelle, c’est-à-dire la «délivrance» ou la «divinisation», ne peut être atteint — au moins virtuellement — que par l’initiation, c’est-à-dire la transmission d’une influence spirituelle d’origine «non humaine», à travers la mise en œuvre d’un certain nombre de rites à caractère ésotérique. Il s’agit d’une voie de connaissance, tout à la fois purgative et illuminative, d’approfondissement ou d’intériorisation de l’exotérisme, qui ne peut être que réservée à une élite spirituellement «qualifiée». Les chemins qui conduisent à cette réalisation passent par l’acquisition d’une métaphysique ou d’une Science sacrée, qui n’a rien à voir avec un corpus philosophique et qui ne passe pas par la raison mais par l’intellect incréé en l’homme (ce que l’islam appelle «l’œil du cœur»). «La connaissance véritable, que nous avons exclusivement en vue, n’a que fort peu de rapports, si même elle en a, avec le savoir “profane”, écrit René Guénon ; les études qui constituent ce dernier ne sont à aucun degré ni à aucun titre une préparation, même lointaine, pour aborder la “Science sacrée”, et parfois même elles sont au contraire un obstacle, en raison de la déformation mentale souvent irrémédiable qui est la conséquence la plus ordinaire d’une certaine éducation. Pour des doctrines (métaphysiques) comme celles que nous exposons, une étude entreprise “de l’extérieur” ne serait d’aucun profit ; il ne s’agit pas d’histoire (…), pas davantage de philologie ou de littérature (…) pas non plus de philosophie. Toutes ces choses, en effet, font également partie de ce savoir que nous qualifions de “profane” ou “d’extérieur”, non par mépris, mais parce qu’il n’est que cela en réalité.»(2) La Science sacrée ne peut donc être mise à la portée de tous et, par nature, ne se prête pas à la «vulgarisation». Sur cette voie “opérative” de la réalisation spirituelle par la connaissance, où il s’agit de devenir ce que l’on connaît, le langage métaphysique est avant tout celui du symbole, qui ouvre les sens intérieurs et met l’homme en relation avec les états supérieurs de l’être. La modernité : une contre-civilisation Un tel cheminement implique toutefois une véritable metanoïa : une rupture avec le

monde profane et les idoles de la modernité (l’illusion du «progrès» matériel, le «règne de la Quantité», l’imposture d’une «science» qui nie toute réalité surnaturelle et toute connaissance métaphysique, l’obsession de la production matérielle, de la consommation etc.) — mais aussi avec toutes les formes pseudo-religieuses, hétérodoxes ou parodiques (occultisme, spiritisme, théosophisme, sectes, satanisme…) nées de l'ignorance et du déchaînement des forces ténébreuses. En cette fin du KaliYuga («l’âge sombre» ou «l’âge de fer» de l’Hindouisme) où l’obscurcissement spirituel atteint un degré inégalé et où la modernité s’affirme de plus en plus comme une contre-civilisation, l’homme spirituel — a fortiori celui qui est engagé dans un cheminement initiatique —, ne peut être, au contraire, qu’un humble témoin de la Tradition Une et universelle. Celle-ci, qui trouve son “point de départ” dans la Lumière omniforme incréée, est d’origine supra-humaine ; c’est elle qui vivifie toutes les grandes traditions spirituelles «orthodoxes» de l’humanité et fonde ce que F. Schuon a appelé «l’unité transcendante des religions». Pour Guénon, la manifestation obéit à une “loi” d’involution spirituelle — d’éloignement cyclique du Principe, depuis l’état « paradisiaque » jusqu’à la décomposition finale et la résorption dans le Principe : «Le développement de toute manifestation implique nécessairement un éloignement de plus en plus grand du principe dont elle procède ; partant du point le plus haut, elle tend forcément vers le bas, et, comme les corps pesants, elle y tend avec une vitesse sans cesse croissante.»(3) On comprend mieux alors, l’importance de “l’œuvre” de Guénon : en ces temps d’obscurcissement spirituel, elle a ouvert l’accès — providentiellement ?— à la métaphysique orientale (hindouisme, taoïsme), permettant ainsi à l’Occident de retrouver ses propres principes et de mieux comprendre son patrimoine spirituel. C’est ce que souligne Frédérick Tristan lorsqu’il écrit que Guénon fut un des ouvriers d’une «restructuration spirituelle» qui aura permis de «remettre en place» ce qui avait été «égaré»(4) — perspective absolument essentielle, sur laquelle Xavier Accart conclut aussi son entretien dans le présent numéro de la Lettre de Symbole : «Ses écrits tentèrent d’éveiller ses contemporains à cette “puissance de l’âme” où, pour reprendre les termes de Maître Eckhart, “Dieu verdoie et fleurit totalement, dans toute la joie et tout l’honneur qu’il est en lui-même”…»

Le mausolée de la famille de sa femme au cimetière de Darassa, au Caire, où son corps fut déposé le 8 janvier 1951.

A.R.

1. Voir ci-dessous la bibliographie complète des œuvres de R. Guénon. 2. René Guénon, L’Homme et son devenir selon le Vêdânta, Éditions Traditionnelles. 3. René Guénon, La Crise du monde moderne, Gallimard, “Folio”, 1994. 4. Frédérick Tristan, « Extraits de Journal », Sigaud, René Guénon, 1984 p. 206. Bibliographie : Livres parus du vivant de R. Guénon : Introduction générale à l'étude des Doctrines Hindoues (1921) , éd. de La Maisnie, 1987, 320 p. - Le Théosophisme, histoire d'une pseudo-religion (1921), Éditions Traditionnelles, 1978, 478 p. - L'Erreur Spirite (1923) , Éditions Traditionnelles, 1984, 408 p. - Orient et Occident (1924), éd. Guy Trédaniel, 1987 p., 231 p. - L'Homme et son Devenir selon le Vêdânta (1925), Éditions Traditionnelles, 1947, 198 p. - L'Ésotérisme de Dante (1925) , Gallimard, coll. Tradition, 1957. - Saint-Bernard (1926), Editions Traditionnelles, 1959, 20 p. - Le Roi du monde (1927), Gallimard, Coll. Tradition, 1991. - La Crise du monde moderne (1927), Gallimard, Coll. Tradition, 1983. - Autorité spirituelle et pouvoir temporel (1929), Guy Trédaniel, 1984, 121 p. - Le Symbolisme de la Croix (1931), Guy Trédaniel, 1984, 158 p. - Les Etats multiples de l'Etre (1931), Guy Trédaniel, 1984, 107 p. - La Métaphysique Orientale (1939). - Le Règne de la quantité et le signe des temps (1945), Gallimard, Coll. Tradition, 1972, 274 p. - Aperçus sur l'initiation (1946), Editions Traditionnelles, 1985, 303 p. - Les Principes du calcul infinitésimal (1946), Gallimard, Coll. Tradition, 1997, 146 p. - La Grande Triade (1946), Gallimard, Coll. Tradition, 1974, 214 p. Recueils d’articles posthumes : - Initiation et réalisation spirituelle (1952), Editions Traditionnelles, 1967, 278 p. - Aperçus sur l'Esotérisme Chrétien (1954), Editions Traditionnelles, 1977, 112 p. - Symboles fondamentaux de la Science Sacrée (1962), Gallimard, Collection Tradition et 1997, Gallimard, amputé de l’avant propos et des annexes de Michel Vâlsan, sous le titre Symboles de la science sacrée, 437 p. - Etudes sur la Franc-Maçonnerie et le Compagnonnage (1964), Editions Traditionnelles, 316 p. - Etudes sur l'Hindouisme (1968), Editions Traditionnelles, 1976, 286 p. - Formes traditionnelles et cycles cosmiques (1970). - Comptes rendus (1973). - Aperçus sur l'ésotérisme islamique et le taoïsme (1973), Gallimard. - Mélanges (1978), Gallimard. - Écrits pour Regnabit, Éditions Archè, 1999, 200 p. - Articles et compte rendus, tome I, Editions Traditionnelles, 2002, 268 p. Autres articles sur René Guénon :

Les hiérarchies spirituelles par René Guénon Entretien de Xavier Accart sur René Guénon L'oeuvre de René Guénon L'empreinte de René Guénon Guénon, douzième homme

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