Sociologie

I –Classes, stratification et mobilité sociale

Acquis de première: groupe social Notions: classes sociales, groupe de statut

1- 1 – Comment analyser la structure sociale?

Fiche 3 – La multiplicité des critères de distinction brouille-t-elle les frontières de classes ?

I.

Vers l’apparition de nouvelles formes de structuration sociale dans les sociétés post-industrielles
A. Vers une société sans classes ?
Introduction – L’analyse de Tocqueville : la tendance à l’égalisation des conditions

Tocqueville, au XIX° siècle, donne au terme démocratie un sens plus large que celui qui lui est généralement donné par les politistes .Il désigne par ce terme un état de la société et non une forme de gouvernement. Selon lui, la démocratie se caractérise par une égalisation des conditions. Qu’entend-il par-là ?  dans les sociétés démocratiques tous les individus sont –ils intellectuellement égaux ? Non cela serait absurde.  Alors peut- on considérer qu’il existe une égalité économique ? Cela parait impossible à Tocqueville pour qui « il se rencontre toujours des citoyens très pauvres et des citoyens très riches »  Par démocratie il entend la disparition des ordres ou des classes héréditaires qui caractérisaient les sociétés d’Ancien Régime .Dès lors qu’il n’y a plus de différences héréditaires de conditions toutes les occupations, toutes les professions, toutes les dignités, tous les honneurs sont accessibles à tous les individus et non plus à une élite se les transmettant de père en fils. Cela va avoir deux conséquences essentielles :  Contrairement aux sociétés d’Ancien Régime on peut certes observer des pauvres mais ceux- ci ne représentent plus la majorité de la population : avant 1789 la noblesse qui était la classe dominante pesait moins de 5 % de la population.  Au contraire dans la société démocratique « de même qu’il n’y a plus de race de pauvres, il n’y a plus de races de riches ». Les riches et les pauvres qui n’ont pas disparu sont devenus minoritaires et « entre ces deux extrémités de sociétés démocratiques se trouve une multitude d’hommes presque pareils, qui, sans être précisément ni riches, ni pauvres, possèdent assez de biens pour désirer l’ordre, et n’en n’ont pas assez pour exciter l’envie. »

Tocqueville considère donc que la classe qui est dominante du point de vue du nombre et qui est représentative des sociétés démocratiques est la classe moyenne, qui n’est pas une classe au sens marxiste du terme (il vaudrait mieux parler de strates) mais le groupe central par rapport auquel va se définir la société. Avec la démocratie on peut donc parler d’une moyennisation de la société.

1. Un processus de moyennisation caractéristique des sociétés post-industrielles
Les transformations sociales de la France de la seconde moitié du XXe siècle sont marquées par une transformation numérique des classes sociales et par le développement de la société de consommation qui vont dans le sens d'une moyennisation.

a. une évolution de la structure des emplois

Les ouvriers et les employés, dont le salaire, le niveau de vie et la place sociale sont proches des ouvriers (les mariages sont d'ailleurs fréquents entre les deux catégories) voient leurs effectifs baisser. La CSP la plus nombreuse au début des années 1950 était celle des ouvriers. En 1962, encore, sur 100 actifs, 39 étaient ouvriers. Avec le développement du secteur tertiaire où les emplois d'ouvriers sont possibles mais moins fréquents que dans l'industrie, cette part dans la population active totale ne cesse de décroître. La tertiarisation s'explique par les plus faibles gains de productivité de ce secteur et par l'augmentation de la demande, ces deux phénomènes conjugués conduisant à une hausse de l'emploi dans les services. Depuis 1970, la baisse de l'emploi industriel lié à la mécanisation (l'industrie produit plus mais avec moins d'hommes) accélère cette baisse des ouvriers qui ne sont plus aujourd'hui que la 2e CSP après les employés. Dès le milieu des années, un mouvement de réduction du nombre d’ouvriers s’amorce : ils étaient encore plus de 7 millions en 1982, ils étaient 6.5 millions environ en 1990 et 5.9 millions seulement en 1999. Cela représente une diminution de plus de 15% des effectifs ouvriers entre 1982 et 1999, alors que, dans le même temps, la population active occupée augmentait. Résultat : la part de la P.C.S. “ ouvriers ” dans la population active occupée a encore plus nettement diminué que ses effectifs : elle est passée de 32.8% de la population active occupée en 1982 à 25.6% en 1999 (Insee, recensements de la population), soit une diminution de 22% environ. Aujourd’hui, la part des ouvriers dans la population active est inférieure à celle des employés Au contraire, la CSP des employés progresse de 18 à 29 % du total des actifs, d'où une stabilisation du total à 57 % des actifs. la nouvelle classe moyenne est en progression : la part des professions intermédiaires parmi les actifs a augmenté passant de 11 % des actifs en 1965 à 21 % en 1984. D'une part, avec la concentration des entreprises, les emplois d'encadrement progressent, comme par exemple les chefs de service, d'autre part, avec le développement technique, les emplois qualifiés basés sur des compétences intellectuelles, comme les techniciens, sont aussi en hausse. Il faudrait y ajouter une partie des cadres qui ont un revenu, un pouvoir économique et une place sociale plus moyenne que haute (un directeur commercial fait partie de la classe supérieure mais certainement pas un professeur de lycée) pour former l'ensemble de la nouvelle classe moyenne en hausse. Elle est nouvelle parce que sa place est liée à sa qualification, les anciennes classes moyennes (artisans, commerçants, petits chefs d'entreprise auxquels certains ajoutaient les agriculteurs) devaient leur position à la propriété de leur entreprise. Ces anciennes classes moyennes sont en forte baisse avec la concentration des entreprises et avec les gains de productivité. Ce développement des salariés conduit à une homogénéisation des modes de vie, autre élément de la moyennisation de la société française. Une réduction du nombre d’ouvriers

b. Des valeurs matérialistes aux valeurs post-matérialistes ?
Inglehart montre qu’une fois ses besoins matériels immédiats satisfaits, l’homme tourne ses préférences vers des besoins non matériels, de nature intellectuelle ou esthétique. Or, l’évolution de nos sociétés développées en serait justement à ce stade du passage des valeurs matérialistes aux valeurs post-matérialistes, sous l’effet conjugué de la croissance économique, de l’innovation technologique, du développement de l’éducation, des changements dans la répartition sociale. La croissance économique assure une augmentation de la richesse qui permet d’augmenter le niveau de vie et d’améliorer le mode de vie : la consommation augmente et se transforme. Les dépenses d’infrastructure (d’éducation, de santé) sont alors prises en charge: la population est plus instruite et en meilleure santé ; comme la population est plus riche et plus instruite, les revendications changent d’après R.Inglehart : de matérielles, elles deviennent immatérielles. La population souhaite alors plus de liberté, plus d’égalité. On passerait ainsi d’une société de classes à une société caractérisée par une stratification complexe . Il en découle une augmentation générale du niveau de compétence politique et une demande accrue de participation au processus de décision. Les citoyens n’accorderaient plus leur confiance aux organisations traditionnelles (parti, syndicat) censées assurer dans le modèle pluraliste une médiation efficace entre le pouvoir et eux. Dans le même temps, on assiste parmi les nouvelles générations de la classe moyenne à l’apparition de nouveaux enjeux qui proviennent plus de différences dans le style de vie que de besoins économiques. On peut citer par exemple la protection de l’environnement, le rôle de la femme, la redéfinition des valeurs qui se substitueraient au conflit entre la bourgeoisie et la classe ouvrière.

2. Une remise en cause de l’antagonisme de classes ? a. Les effets de la réduction des inégalités sur la conscience de classe

La population a des modes de vie qui se rapprochent, la forte réduction des inégalités économiques (revenu), sociales (grâce à la redistribution et à l’Etat- providence) et éducatives (démocratisation du système scolaire) conduisent à une réduction forte de la conscience de classe, au sens marxiste . Conscience de classe

Intensité des inégalités P Beneton écrit : « dans les sociétés européennes du 19ème siècle paysans, ouvriers et bourgeois différaient profondément par leurs modes de vie. » Ces différences se sont, dans une mesure importante estompées. Bénéton pour appuyer sa thèse prend l’exemple des deux catégories populaires les plus représentatives : les paysans et les ouvriers : • il constate que « le jeune agriculteur français d’aujourd’hui n’a plus grand chose de commun avec ses aïeux : « c’est un producteur urbanisé qui vit à la campagne » • « Quant à l’ouvrier il s’est embourgeoisé, la culture ouvrière a donc perdu la spécificité qui la caractérisait. « Conclusion : Bénéton peut-en conclure que cette tendance à l’homogénéité se manifeste dans de multiples aspects de la vie quotidienne. b. Evolution de la conscience de classe

B. La moyennisation de la société
La France, comme la majorité des pays occidentaux, a mis en place, à la libération, un modèle de développement fordiste reposant sur 3 piliers : • une organisation du travail assurant de formidables gains de productivité reposant sur les principes tayloriens et fordiens • ces gains de productivité vont systématiquement être redistribués à l’ensemble des catégories sociales sous forme de hausses régulières du pouvoir d’achat. Cela permettre d’accroître continument la demande effective qui est à l’origine du modèle de production et de consommation de masse • une organisation centralisée et rigide de la redistribution stabilisée par un réseau de conventions collectives, par la législation sociale et par la part centrale de l’Etat-Providence

A.Lipietz en conclut : « la distribution des revenus prend ainsi la forme d’une mongolfière ventrue (peu de riches, peu de pauvres, beaucoup de moyens) qui s’élève régulièrement et avec ensemble. La hiérarchie des salaires est en effet rigidement corsetée par les conventions collectives : classes aisées, classes moyennes, classes populaires, accèdent successivement à une même structure de consommation, qui s’élève selon des trajectoires décalées dans le temps mais semblables. Le mode de vie de l’ingénieur précède de quelques années celui du technicien, celui-ci éclaire l’avenir de l’ouvrier professionnel, qui montre le chemin à l’OS. Si l’on veut une autre image, la société est emportée par un escalier mécanique où les distances sociales restent stables mais où tout le monde s’élève. Les nouveaux venus de l’exode rural et de l’immigration prennent place sur la dernière marche ». Mendras opère le même raisonnement en parlant de toupie

C. L’apparition de nouvelles formes de stratification
Introduction – De nouveaux critères de différenciation

1. Âge et génération a. Qu’est-ce qu’une génération ?
Une génération est définie par : • l’âge de ses membres, c’est-à-dire qu’elles regroupent l’ensemble des personnes nées dans une période donnée. • un ou des événements historiques clés qui ont marqué l’enfance et la jeunesse de ces personnes

b. La fracture générationnelle

2. Sexe-genre a. La distinction sexe et genre

b. Pourquoi assimiler sexe et genre ?

c. Un exemple : comparaison des destins scolaires et professionnels des filles et des garçons

II.

Vers un retour des classes sociales ? A. Un processus de moyennisation interrompu ?
Introduction

Economiquement, elles ont même tendance à augmenter. L'égalisation des conditions, selon l'expression de Toqueville, est avant tout un imaginaire : "je me pense égal des autres", mais il faut bien une réalité concrète pour l'appuyer. En 1955, un ouvrier pouvait espérer obtenir le niveau de vie d'un cadre (de 1955) 29 ans plus tard soit en 1994. C'était possible, envisageable. En 1995, le temps de rattrapage est passé à 316 ans : l'ouvrier ne le verra pas. Ce calcul montre bien le changement de société : certes, les inégalités étaient plus fortes en 1955, puisque le cadre gagnait en moyenne 3,9 fois le salaire de l'ouvrier alors qu'en 1995 il ne gagne que 2,9 fois ce salaire, mais la croissance les diminuait : "peu m'importe que le cadre gagne beaucoup plus que moi si un jour je peux obtenir autant".

1. « Les classes moyennes sous pression » (R.Bigot)
Le double diamant, Robert Perucci et Earl Wysong, The new class society. Goodbye American Dream, 2003

Depuis les années 80 , on constate : • une flexibilisation du rapport salarial , avec en particulier la remise en cause de la rigidité du lien à l’entreprise, une baisse progressive de la portée des garanties de l’assurance-chômage qui conduisent à un affaiblissement des couches moyennes • en contrepartie , on assiste à une forte hausse des profits qui sont redistribués soit sous forme de revenus financiers ou de stock options pour les dirigeants , ce qui provoque une concentration des revenus sur les couches épargnantes • la conséquence , selon A.Lipietz : « L’ascenseur social repart vers le bas , la montgolfière se dégonfle et elle devient un sablier .L’image du sablier est , elle aussi , à la fois descriptive et plus « physiologique » . ( … )La distribution des revenus passe de la montgolfière au sablier : dégonflement du vaste centre des couches moyennes , et apparition d’une société que l’on appelle en anglais two-tiers , « en deux tiers » , ou hour glass , « en sablier »

2. Vers un renouveau de la conscience de classe ?

B. Des classes populaires en recomposition

C. La bourgeoisie, une classe mobilisée
1. La seule classe au sens marxiste du terme

2. Un groupe fermé

Des ressources complémentaires
Exercices de remédiation I - Vers l’apparition de nouvelles formes de structuration sociale dans les sociétés post-industrielles A - Vers une société sans classes ? Un QCM sur la stratification sociale Dans quelle mesure y –a-t-il moyennisation de la société française ? Sur le blog de C.Peugny : Haut, moyen, bas : se situer dans l’échelle sociale Un rapport de l’OCDE : Une vidéo d’écoseko : la moyennisation de la société Un article de l’observatoire des inégalités sur la moyennisation de la société et sa remise en cause : ici Sur le net, articles et vidéos De base Approfondissement

Une question de synthèse élaborée étape par étape sur la disparition des classes sociales sur le site de Nantes

La stratification sociale

Société: Les gouvernements doivent s'attaquer au fossé record qui ... Un article de Sciences humaines Les classes moyennes de Xavier Molénat ici

B - L’apparition de nouvelles formes de stratification

Une partie 3 de l’EC corrigée : En quoi les nouveaux critères de différenciation ont-ils brouillé les critères de différenciation ?

Les différences entre les sexes : naturelles ou culturelles IRDP Dossier France 2 - Génération Y La génération Y est-elle si différente des autres ?

I - Vers un retour des classes sociales ? A- Un processus moyennisation interrompu ? de

Dissertation corrigée - Pertinence des classes sociales (2012-2013) Un dossier de la Vie des idées Classes sociales et inégalités : portrait d’une France éclatée Une vidéo de la Vie des idées : un débat entre E.Maurin et L.Chauvel : la structure sociale de la France Un documentaire d’Arte Classes moyennes, pauvres demain? –

Une animation flash : les tables d’homogamie

Jean-Michel Quatrepoint, Xerfi Canal Le massacre des classes moyennes Un débat des Jeco Classes moyennes, classes en danger -

B- Des classes populaires en recomposition

C- La bourgeoisie, classe mobilisée

une Un reportage Les Ghettos du Gotha Une interview de M.PinçonCharlot Qu'est-ce qu'un riche ? Extraits_deux sociologues à Chantilly (Pinçon et PinçonCharlot ) La reproduction des élites 1 La reproduction des élites 2 Les relations entre dirigeants du CAC 40

Une interview des Pinçon-Charlot : « La guerre des classes s'accompagne d'une guerre psychologique »

Sign up to vote on this title
UsefulNot useful