KRISHNAMURTI

 
Le fait fondamental des relations
 
 
 
 
 
 
 

L

e monde est en crise, il est en désintégration, en dégénérescence. Nous sommes emportés par
cette vague et sommes apparemment incapables de la surmonter.
L’erreur qui consiste à vouloir changer ce qui « est » en ce que l’on appelle un idéal, établit un
contraste entre « ce que je suis » et « ce que je devrais être », d’où l’esprit de compétition, le désir de
devenir « quelqu’un » avec tout ce que cela comporte de désespoir. Telle est la structure psychologique
de la société. L’ambition nous mène, nous vénérons le succès, nous condamnons les échecs, les
souffrances se multiplient, et nous faisons de grands efforts pour en sortir.
La méditation dont je parle se trouve au-delà du monde des mots. En cet état d’attention, on peut
être une lumière à soi-même. Tous les actes de la vie quotidienne surgissent de cette lumière  ; tous,
aussi bien dans l’exercice d’une profession que lorsqu’on se promène ou lorsqu’on fait la cuisine ou le
ménage.
Pour la plupart des personnes qui s’adonnent à la méditation, celle-ci n’est que de l'auto-hypnotisme.
Ayant pris des leçons à ce sujet, elles s’assoient à l’orientale, respirent d’une certaine façon et fixent
leurs pensées sur certaines règles. Les systèmes sont nombreux. Ils ont tous pour but de se contrôler et
de s’hypnotiser en vue de certaines expériences que l’on trouve merveilleuses. On pourra avoir des
visions, des expériences dites spirituelles, mais ce ne seront que des projections de réactions et de
conditionnements sans valeur. Ces façons de méditer sont puériles.
Ce dont je parle est totalement différent. Il s’agit d’une intense vigilance qui libère l’esprit de ses
réactions, et qui, de ce fait, et sans aucune intervention volontaire, produit un état de quiétude.
Seul peut être réellement calme et silencieux un esprit très intense et très sensible.
Méditer, c’est être pleinement conscient partout où l’on se trouve, au travail, en promenade, dans
l’autobus, conscient des paroles que l’on dit, des gestes que l’on fait, de la façon dont on mange, dont
on bouscule les gens dans la rue.
La méditation vide l’esprit de toutes ses constructions et déblaie de ce fait un extraordinaire espace
intérieur. Cet espace est la liberté.
Il faut comprendre l’importance de la liberté dans le métier que l’on exerce, dans les relations que
l’on a, dans tout ce que l’on fait. On voit alors que la méditation est création.
 

Saanen, Suisse, 1re causerie publique,
le 7 juillet 1963
Collected Works, Vol. XIII
 
 

 
 

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