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NOTES SUR LE POUVOIR DU FAUX

Achille Mbembe Gallimard | Le Débat
2002/1 - n° 118 pages 49 à 58

ISSN 0246-2346

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-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------Mbembe Achille, « Notes sur le pouvoir du faux », Le Débat, 2002/1 n° 118, p. 49-58. DOI : 10.3917/deba.118.0049

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le nativisme est une forme de culturalisme préoccupée par les questions d’identité et d’authenticité. soi-disant.88.143 . de rompre avec l’impérialisme et la dépendance. © Gallimard Le marxisme et le nationalisme tels qu’ils ont été pratiqués dans nos contrées au cours du XXe siècle sont à l’origine de deux discours sur l’identité africaine : l’afro-radicalisme et le nativisme. Africa Development. Karthala. d’une certaine manière. C’est que.info . Bric-à-brac de dogmes et de doctrines que l’on ne cesse de psalmodier plutôt que manières d’interroger. À propos de ce courant.88. III. du moins éminemment traumatiques et qui. à cet égard. Allant partout pleurant la perte d’un monde. le colonialisme et l’Apartheid. « Social Sciences and the Development Crisis in Africa : Problems and Prospects ».nyu . Longman. Harlow.cairn. le sujet africain pourrait à nouveau dire « je » et s’exprimer en son nom propre. par la praxis.cairn. ils auront conduit à un spectaculaire rétrécissement et à une extraordinaire contraction tant des modes de penser l’Afrique que des termes de l’enquête philosophique sur cette région du monde. vol. croit-il. © Gallimard .20/09/2012 18h59. Université du Witwatersrand. Il est notamment l’auteur de De la postcolonie.122.122. auront profondément marqué la conscience africaine : la traite des esclaves. Face au malaise né de la rencontre entre l’Occident et les mondes autochtones. 23-46 .nyu . le nativisme propose le retour à une africanité mythique à partir de laquelle. l’afro-radicalisme prétend fonder une politique dite révolutionnaire dont l’objectif est. des philosophies du travestissement. Tirant d’une certaine économie politique marxiste ses catégories instituantes.143 . Mahmood Mamdani. la voie à ce que pourrait et devrait être leur destinée dans le monde (politique).info . Mais à les analyser de près. Le projet de ces deux discours n’aura pas seulement été de dire une fois pour toutes la « vérité » au sujet de ce que sont l’Afrique et les Africains (théorie).. lire Claude Aké.128. Citizen and Subject : Achille Mbembe est chercheur à l’Institute for Social and Economic Research.20/09/2012 18h59. Johannesbourg. Samir Amin.128. 1981 . Il aura aussi été d’ouvrir. ils auront posé de mauvaises questions à propos d’événements sinon fondateurs. pp. A Political Economy of Africa. de bout en bout. y compris par la violence 1. Document téléchargé depuis www. 2000). Document téléchargé depuis www.. 1978. ces deux orthodoxies auront été. n° 4.Achille Mbembe Notes sur le pouvoir du faux 1. Essai sur l’imagination politique dans l’Afrique contemporaine (Paris.

du XVe au XIXe siècle.. Dans une très large mesure.143 . dès le IXe siècle.20/09/2012 18h59.info . ce que l’on pourrait appeler ses superficies culturelles et symboliques. implicitement ou explicitement. Ce faisant. Pour ce faire. de manière générale. Ce faisant. ils escamotent l’événement. 1996. bref. animent la pensée africaine depuis la seconde moitié du XIXe siècle. on a besoin de reformuler certaines des interrogations qui. repenser le statut du sujet africain non dans sa généralité (le nunc stans). du politique et du malheur dans un tel langage ? Bref. Sur le versant atlantique. © Gallimard Par-delà les apparences. matériels et imaginaires) perdurent jusqu’à nos jours. Princeton. ces contenus imaginaires se nouent autour de récits. Les disciplines prétendent saisir ce que serait.. de divers contenus imaginaires. le colonialisme et l’Apartheid) et comment. Princeton University Press. non pas sa silhouette. mais la vérité même du continent : son relief et sa géographie. en passant du champ de la géographie au champ de la représentation. C’est cet accident qui. c’est-à-dire en un complexe d’énoncés et de pratiques institutionnelles dont les effets pratiques (politiques. les deux récits partagent la même épistémé. Que de telles superstitions continuent de planer sur le discours des Africains.cairn. est ensuite investi d’une multitude de significations.128. D’une part. comment lire le monde après la tragédie (l’esclavage. l’un et l’autre constituent des formes de superstition dont l’une des fonctions est de nous persuader qu’il ne se passe rien en Afrique puisqu’en vérité. de quoi l’Afrique seraitelle donc le signe ? Comment éviter de parler de ce signe comme s’il s’agissait de quelque chose qui erre à travers le monde sous la forme d’un masque monstrueux et effrayant – l’« afropessimisme » ? Quel serait le statut du sujet. elles développent une grammaire dont l’objectif est d’expliciter ces traits spécifiquement « africains » qui marqueraient l’essentielle différence entre ce continent Document téléchargé depuis www. voire de fantasmes auxquels les uns et les autres prétendent accorder une certaine autorité. sa généalogie et.88. l’histoire ayant déjà eu lieu. les mœurs et coutumes de ses habitants. mais s’appuyant sur des répertoires parfois similaires (commerce et religion notamment). © Gallimard . l’un et l’autre reposent sur une idée du « bien » et du « mal » – une économie morale – dont la puissance de falsification découle des liens opaques que celle-ci entretient avec le « culte de la souffrance » et de la victimisation. les terres d’islam.20/09/2012 18h59.122.info .143 . voire de légendes et de fictions qui.50 Achille Mbembe Notes sur le pouvoir du faux Contemporary Africa and the Legacy of Late Colonialism. Ces questions sont les suivantes : si d’Africains il n’en existe pas « à l’état de nature ». Document téléchargé depuis www. dans cette lecture du monde.cairn.nyu .122. ne s’y ramène point nécessairement. et la plupart exigent un détour historique. lui octroyant le statut d’un discours possédé et hanté. D’autre part. les réponses à ces questions ne sont pas évidentes. tout en accordant une place éminente à la traite des esclaves.88. Empruntant des itinéraires certes différents.nyu . mais à partir de l’expérience de l’incertitude radicale que représente la mort et la prédominance du politique comme œuvre de mort ? Les trois disciplines Contrairement à ce qu’ont laissé croire le nativisme et l’afro-radicalisme. tout ne serait que répétition et l’Africain ne saurait s’exprimer dans le monde qu’en tant que sujet blessé et traumatisé. voilà ce que ces notes cherchent à problématiser. c’est-àdire cette durée qui. le même processus aura touché. se transformeront en véritables disciplines. ce que l’on désigne l’Afrique est avant tout un accident géographique.128. au colonialisme et à l’Apartheid. peu à peu.

c’est sans doute la façon dont l’acte de piété répond. Révélation et domination. Brill.122. vol. En tant que l’une des enveloppes les plus anciennes de l’identité africaine. Fabien Éboussi Boulaga. projet cosmopolite avant la lettre. cette visée belliqueuse (ainsi que l’appétit du luxe et la brutalité matérialiste qui en sont les corollaires) n’empêchent cependant pas l’islam de s’offrir en même temps aux convertis comme une proposition de vie éthique à part entière.S. Athens. comme une fabrique de sujets et comme une figure de la souveraineté. © Gallimard . En effet.51 Achille Mbembe Notes sur le pouvoir du faux 2.128. 3.info .). À bien des égards.128. II.88. du moins en certaines de ses régions.88. Lyde. Arabic Literature of Africa.).cairn.S. Dans le récit judéo-chrétien. The Writings of Central Sudanic Africa. Lire Nehemia Levtzion. Guerres saintes et conversions forcées sont légitimées et autorisées par la nécessité de la rectitude et du salut. l’enseignent et tentent d’en traduire les protocoles en un ordre juridique imposable aux croyants.122. Lyde. The History of Islam in Africa. 1994 . Hunwick. De ce point de vue. strictement parlant. le dâr al-harb. vol. O’Fahey (éd. politique et histoire 3. l’islam précède de loin la traite atlantique et le moment colonial proprement dit 2. Tout ce qui se situe au-delà des limites du monde de la Révélation (le dâr al-islam ou l’empire de l’islam) peut être razzié et a vocation à être esclave. le rapport judéo-chrétien à l’Afrique est dominé par le motif des ténèbres. Les lois de la religion définissant les modalités de l’appartenance et de l’exclusion. Malgré leur diversité..cairn.J. Mais cette grammaire de la différence prétend également dire à quelles conditions l’Afrique pourrait être partie prenante d’un projet universel et moderne.J. réuni par John O. Les nouvelles terres qu’il faut « ouvrir » à l’islam constituent.info . Et si quelque chose sépare l’islam des autres religions en Afrique. Brill. l’autorité dont sont porteuses ces traditions est une autorité conquérante et sûre d’elle-même. comme en écho. tragédie primordiale consistant en le recouvrement du vrai par toutes sortes de superstitions. E. Document téléchargé depuis www. E. Paris. Là où la conversion forcée finit par prendre le pas sur l’adhésion libre. O’Fahey. Il est fait de différentes traditions organisées en confréries au sein desquelles des élites religieuses réinterprètent le Coran. il n’y a qu’impiété.20/09/2012 18h59.143 . Pouwels (éd.20/09/2012 18h59. ses villes. À l’extérieur de ce domaine que constitue la « communauté des croyants ». l’observance des préceptes religieux (comment vivre moralement au regard de Dieu) constitue la condition d’admission dans une nation imaginaire dont les frontières physiques et symboliques s’étendent au loin : la communauté des croyants. © Gallimard et le reste du monde. une chose cependant unit ces différentes traditions : le privilège qu’elles accordent à la foi dans la détermination des rapports entre identité. 4. Présence africaine. Habitée par des figures humaines enchaînées dans la nuit de l’ombre. 2000. la foi islamique ne se prive ni de l’usage de la force ni d’une certaine esthétique de la violence. l’islam fonctionne comme un dispositif formel de gouvernance. Document téléchargé depuis www. elle vivrait en retrait de la divinité 4. Cf. le pays de la guerre. ses caravanes. Hunwick.143 . Randall L.nyu . trois en particulier se sont efforcées d’établir leur autorité sur la constitution des significations rattachées à ce lieu géographique. Ohio University Press. Christianisme sans fétiche. La deuxième discipline est le judéo-christianisme. 1995. Dans sa pénétration de l’Afrique. De ces disciplines. La première est l’islam. une relation maître-esclave vient se superposer au rapport croyant-infidèle. R. à l’acte guerrier.. The Writings of Eastern Sudanic Africa to c. ses négociants et ses lettrés. l’Afrique constitue la métaphore par excellence de la chute.nyu . Les façons de gouverner. réuni par R. À l’origine. les façons de croire et les façons de faire le commerce sont liées entre elles selon le principe des vases communicants. afin de s’imposer. John O. 1981. 1900. I.

20/09/2012 18h59.122.info . Il établit un nouveau rapport entre celui-ci et le monde de l’événement. bref. C’est le cas de la résurrection des morts.128.20/09/2012 18h59.143 .122. Du reste. Car les apparences simulent une présence.. la promesse d’une vie nouvelle. il n’abolit pas purement et simplement le monde de l’allégorie. avant de se muer en dispositif de civilisation des mœurs. C’est pourquoi en lieu et place d’une vie purement objectale parce que dépourvue de tout contenu moral et esthétique. © Gallimard Telle serait d’ailleurs l’essence du paganisme : partout déguisement. l’effacement de toute identité distincte et séparée. corruption de l’étant. Comme pour les disciplines islamique et judéo-chrétienne. Ce dernier est un ensemble d’idées qui. Dans son versant « préhistorique ». la discipline coloniale fera entrevoir trois autres sortes de biens aux colonisés – la citoyenneté. L’événement.143 . en effet. L’État apparaît d’abord sous sa forme primitive. pourraient être qualifiées de magico-poétiques. Cependant. Ce faisant. quant à lui. un projet de délivrance et de guérison.. La discipline coloniale formalise deux mécanismes d’organisation de la société et du politique qu’elle justifie en référence à la raison : l’État et le marché. Au lendemain de la Seconde Guerre mondiale. Way of Death. d’un monde statique et immuable. songe sublime que domine le désir d’un temps absolu.52 Achille Mbembe Notes sur le pouvoir du faux 5. un véritable travail sur soi. refus de regarder en direction de la lumière. c’est d’ôter les chaînes. le judéo-christianisme substitue une autre figure de la violence : celle de la miséricorde et de la pitié. Joseph Miller. par leur caractère ensorceleur. La « raison universelle » suppose l’existence d’un sujet du même nom.info .nyu . C’est la reconnaissance de cette commune humanité qui autorise la prise en compte de chaque individu en tant que personne juridique dans la société civile. Le prix d’accès à cette promesse réside en l’abandon d’une existence dissipée en échange de la rédemption.cairn. La conversion à la vérité révélée entraîne. le judéochristianisme propose aux indigènes une manière d’initiation à la saisie du vrai. le marché. celle du commandement. c’est la promesse d’élection au salut.88.nyu . dont l’universalité est incarnée par son humanité.128. en fille des Lumières. On retrouve le même projet d’universalisation dans la colonisation. Le projet. l’abolition de la différence et le ralliement à une humanité désormais universelle. © Gallimard . au rapport belliqueux caractéristique de l’islam. 1988. du moins sur le plan rhétorique. l’on ne peut parler d’un « sujet universel » que parce que l’on admet une notion du droit dans laquelle tous sont identiques. tous ont de la valeur – la traduction de l’abstraction de l’humanité en une communauté civique. peuplé de masques et de fétiches. le projet colonial est un projet d’universalisation. la nation et la société civile – auquel il leur interdira cependant l’accès jusque dans sa phase terminale. cette étendue infinie que sont le temps et l’espace de l’immortalité. University of Wisconsin Press. Celle-ci se présente. c’est-à-dire de séparer ce qui relève du monde des apparences et du régime du faux et ce qui relève du vrai.cairn. Madison. absence de discernement et égarement.88. Sa finalité est d’inscrire les colonisés dans l’espace Document téléchargé depuis www. Document téléchargé depuis www. bref. d’une multitude d’objets profanes et d’un matériau humain brut. elle affirme détenir son gouvernement de la « raison universelle ». à son tour. Ce n’est que progressivement qu’il se transforme en une vaste machine productrice de désirs : l’appétit de la marchandise. s’inscrit d’abord dans l’imaginaire autochtone sous son aspect le plus abject : le trafic d’êtres humains 5. À ce titre. Et c’est cette présence qu’il faut réveiller (théologie des pierres d’attente).

sa façon propre d’être. Dans tous les cas domine l’idée selon laquelle de la rencontre entre l’Afrique et l’Occident aurait résulté une profonde blessure qui. n’y entrevoyant qu’une série de subterfuges dont le but serait de masquer la violence de l’impérialisme. lire Valentin Y. Plus fondamentalement.info . I. Entreprise de délégitimation. 7. et que l’interrogation sur la capacité d’auto-engendrement et donc d’autogouvernement – pourtant à l’origine de ce projet – soit escamotée. elles utilisent l’imprécation. © Gallimard jet perçu. Achille Mbembe. Chacune aurait. 2001. Berkeley. résistera à toute fermeture tant que l’ex-colonisé ne sera pas parvenu à la redécouverte de son être propre. and the Order of Knowledge. Document téléchargé depuis www. Pour une critique. Indiana University Press. leur but est de fonder ce que l’on présente. chap. Document téléchargé depuis www. soit sur le mode de l’incantation et de la conjuration magique. ou encore un sujet qui soit lui-même le sujet de la perception en même temps que l’ob- 6. De l’Africain. 77. et notre article. Oxford University Press. Philosophy.128. à la thématique de l’universel. University of California Press. L’argument d’autochtonie Depuis la seconde moitié du XIXe siècle.88.nyu . 2000. elles procèdent d’une part par exhumation de ce que les trois projets universalisants ont.88. d’autre part. pour toujours. la brutalité souvent désinvolte de ses moyens et sa mauvaise foi caractérisée en font un exemple parfait d’antilibéralisme 6. La notion d’identité est appauvrie au point d’être réduite à la double métaphore de la racine et du sol (appartenance à un lieu).143 .cairn. ni celle du sujet africain en tant qu’incomplétude et négativité ne font l’objet d’une critique proprement philosophique. le discours des Africains sur eux-mêmes conteste la légitimité et la véracité des énoncés mis en avant par ces trois disciplines et cherche à déplacer le canon qu’elles sont parvenues à instituer. ce langage privilégié de la colère et du ressentiment. The Invention of Africa : Gnosis. Bloomington. elles s’opposent au cosmopolitisme.122. Ce faisant. Mais sa vulgarité.nyu .20/09/2012 18h59. Sur un plan méthodologique.. Kwame Antony Appiah. les écritures native et afro-radicale n’en épousent pas moins le postulat de la différence.128. In My Father’s House : Africa in the Philosophy of Culture. pour ainsi dire. Aussi bien dans la vulgate nativiste que dans le jargon afro-radical. voire à celle de la modernité. à la suite de Cheikh Anta Diop. 1988 . croit-on. les concepts d’aliénation et de dépossession sont utilisés soit de manière polémique. Oxford. d’autoconstitution et d’auto-gouvernement dont l’argument majeur – notamment dans le cas du nativisme – tourne autour de la notion d’autochtonie 7. les écritures native et afro-radicale veulent faire un sujet en état de se connaître soi-même . son certificat d’origine et son sens téléologique. recouvert d’opprobre et enseveli dans l’oubli . On the Postcolony.20/09/2012 18h59. © Gallimard .info . comme les « humanités africaines ». 1992 . « À propos des écritures africaines de soi ». on comprend que l’être-sujet soit décliné comme l’être-à-part plutôt que comme l’être-dans-le-monde.cairn.143 . Politique africaine. même si elles se démarquent des aspects les plus brutaux et les plus grossiers de la grammaire occidentale de la différence.122. ni la conception coloniale de l’Afrique comme monde vide à remplir. Cf. l’argument d’autochtonie consiste en la défense de l’idée selon laquelle chaque formation spatio-raciale aurait sa culture. sa relation propre à l’avenir et au passé. l’une et l’autre se présentent comme des projets d’auto-engendrement. Mudimbe.53 Achille Mbembe Notes sur le pouvoir du faux de la modernité. Au-delà de variations parfois considérables. Dans ces conditions. Sur le plan épistémologique.. Nulle part. son historicité. cependant.

De fait. Christian Bourgois.128. Document téléchargé depuis www.88. de l’autre. De fait. A Reader.. de masques. en effet – et si l’on en croit Hannah Arendt – le problème fut de savoir jusqu’à quel point se faire passer pour ce qu’ils n’étaient point afin de préserver ce qu’ils croyaient être leur être profond 9. Pour les Africains. Mais en érigeant en tâche des tâches la nécessité de combler le trou (c’est-à-dire de nier la négation originaire).20/09/2012 18h59.88. violent et redoutable. La Tradition cachée : le Juif comme paria. Poser ce genre de questions n’a. strictement parlant. le passé est imaginé comme le lieu où gisent. celui dont traitent Hegel et les autres – ontologique. Oxford. Ces deux cauchemars continuent de planer sur le discours autochtone. Race and Enlightenment. Blackwell. naturellement. d’une part.info . c’est le doute sur le statut d’humanité de l’Africain. non seulement la vérité de soi. © Gallimard . mais aussi sa falsification par la violence d’autrui. 1997.128. et cette revendication frénétique d’un statut victimaire ? L’une des raisons en est que. se demander pourquoi en Afrique la lutte pour la souveraineté humaine et la satisfaction des besoins biologiques semblent chaque fois aller de pair avec la participation orgiaque à différentes formes de la destruction humaine. Emmanuel Chukwudi Eze (éd. produisent des figures mi-humaines et mi-animales dont le propre est de se manger elles-mêmes. d’un agrégat de choses mortes. le non-sens apparent de sa vie. un creux qui n’est cependant pas. Le premier est relativement différent de celui auquel furent confrontés les Juifs au temps de la persécution. voilà le signifiant absolu.20/09/2012 18h59. d’une série d’horreurs qui. de l’ordre de l’interrogation philosophique. Le creux en question est constitué. en effet. En effet.info . il existe bel et bien dans l’histoire africaine un élément de terreur.). la question a longtemps été – et à maints égards reste – celle de savoir comment greffer du sens sur le nonsens apparent de leur existence collective. trad. de son travail et de son langage.cairn. sur la longue durée. et. de ses fragments et reflets – a partie liée avec un mensonge démoniaque dont les meilleurs philosophes des Lumières sont malheureusement coupables : l’existence supposée d’un trou au fondement de l’être africain 8. la convocation du passé – ou. Pour ces derniers. Document téléchargé depuis www. plus précisément. lui octroyant le statut d’un discours possédé et hanté.122.nyu . à proprement parler. Si l’on veut enfin réfléchir pour soi et pour le monde. © Gallimard Comment expliquer cette fixation sur le passé et sur la blessure.143 . Paris. portées à leur paroxysme. en tant que signifiant maître du discours nativiste.122.54 Achille Mbembe Notes sur le pouvoir du faux Le génie hérétique L’autre démarche est historique. Ce pouvoir d’autodévoration. il faut sortir de ce labeur ingrat qui consiste à confiner l’entreprise intellectuelle et philosophique en Afrique à n’être jamais que la répression d’un fantasme dont on n’est pas soi-même l’auteur. en revanche. C’est le négatif auprès duquel la pensée africaine doit séjourner. Sylviane Courtine-Denamy. L’horrible souvenir. Hannah Arendt. L’une est. 1987. Elle doit. la critique africaine a fini par se laisser habiter et se laisser « parler » par le démon de l’Autre. si le nativisme et l’afro-radicalisme procèdent par fixation sur le passé et s’ils établissent une cor8. Cf. rien d’« afropessimiste » – ce chiffon rouge que l’on agite en permanence à la face de tous ceux qui veulent échapper aux culs-de-sac du développementalisme et à certaines formes du romantisme populiste. De cette hantise ont résulté deux sortes de dilemmes. Réfléchir pour soi et dans le monde impose de suivre deux démarches. 9.nyu ..cairn.143 .

la forme islamique d’organisation de la cité (polis) ne repose pas sur les statuts hérités. au projet islamique les Africains opposent une réponse que l’on pourrait caractériser d’assimilation créative. à lui tout seul.20/09/2012 18h59. aux ressources du mysticisme et aux nombreux gisements superstitieux des traditions locales 10. Au cœur de certaines de ces traditions. en propre. © Gallimard .nyu . Les trois catégories du jugement rationnel (à savoir le nécessaire. XXXII. les yeux fixés sur les marchandises et. l’imaginaire de la communauté. ils réécrivent et l’islam lui-même. « The Senegalese Murid Trade Diaspora and the Making of a Vernacular Cosmopolitism ». Cahiers d’études africaines. 128. mais sur la soumission spirituelle au cheikh (cas des Soufis). par exemple.143 . sensibles à l’appel du luxe. Scribes. dans un commerce hardi avec le monde 11.info . 2000. Le noyau doctrinal est ré-interprété d’une manière qui laisse largement ouverte la réponse à la question de savoir ce qui constitue. De ce procès émergent plusieurs variétés de l’islam et de cultures politiques du religieux. Ainsi.88. Document téléchargé depuis www. l’impossible et le contingent) assouplissent considérablement le dogme de l’absolu divin. La thèse nativiste selon laquelle de la rencontre entre l’Afrique et le monde aurait résulté une blessure à jamais ouverte – l’impossibilité d’être soi-même – ne résiste pas à l’examen. Attentifs aux détails de lieu et de situation. Au sein de ces cultures marquées par l’oralité. D’autres sont de grands négociants des échanges lointains. pp.. De cette ouverture – qui est en même temps un refus de clore toute rencontre – émergent des pratiques populaires d’observance de la foi et de la loi qui font une large place aux arts de la guérison et de la divination par exemple. elles. Ailleurs. et l’identité africaine. la formation des identités africaines contemporaines s’est faite non en référence à un passé vécu à la manière d’un sort jeté une fois pour toutes.55 Achille Mbembe Notes sur le pouvoir du faux 10.128.143 . Il ne résume guère. souvent de manière inattendue.cairn. L’Afrique musulmane produit également ses propres réformateurs. Mamadou Diouf.info . Pour l’essentiel. 679-702.20/09/2012 18h59. la thèse du « retrait » défendue par de nombreux lettrés. 4. 1992.122. 541-596. Dans tous les cas.. Kassibo Bréhima. C’est ce qu’indique. mais souvent à partir d’une capacité à mettre le passé entre parenthèses – condition d’ouverture sur le présent et sur la vie en cours.128. bref. ou encore à l’interprétation des songes.nyu . au demeurant. et où les signes ésotériques Document téléchargé depuis www. s’organisent selon le modèle de la composition. l’adhésion volontaire à la confrérie prend le pas sur la conscription religieuse. les pratiques effectives des acteurs sociaux.cairn. savants. 12 (3). lecteurs et exégètes du Coran. l’État. Formes endogènes et emprunts extérieurs ». une pédagogie fondée sur la mémorisation donne naissance à une culture religieuse et profane où il n’est pas nécessaire de maîtriser de bout en bout la langue arabe. par exemple. c’est l’autorité politique elle-même qui est frappée de suspicion. Plus loin. pour certains. Finalement. l’hégémonie du Livre est relativisée. bâtissent la cité terrestre et réinterprètent les récits hérités du Prophète. Dans d’autres. voire simples esclaves et griots. Ne risque-t-elle pas de corrompre le religieux ? D’où. pp. Public Culture. la pluralité des réponses doctrinales est manifeste tant du point de vue théologique que du point de vue des pratiques populaires de la foi. 11. légistes. © Gallimard respondance étroite entre l’accident qu’est la géographie et le destin. La plupart sont en même temps des guerriers.122. une société ou un gouvernement islamique. une lecture historique des réappropriations locales des trois disciplines évoquées plus haut. n’est que l’une des variantes possibles de toutes les formes d’organisation sociale légitimées par l’islam. « La géomancie ouest-africaine.88.

l’islam constitue la plus parfaite archive de la ressemblance dans l’histoire de la formation des identités en Afrique. 16. ouvriront la voie à une foule de pratiques sans cesse éloignées de l’orthodoxie 16. II. 2000. Jean Comaroff et John L. Plus que par l’exactitude critique. 13. op. décomposé.M. African Healing Strategies.128.20/09/2012 18h59. voire intercontinentaux). p. in B. Walter Benjamin..info . parce qu’il parvient à tisser entre l’écriture et le langage des rapports onomatopéiques. dès lors. L’identité.). en Afrique de l’Ouest. c’est sans doute à l’islam que s’applique à la perfection la métaphore des « noces de l’arbre et du langage » évoquée par Walter Benjamin. dans ce passage constant du spatial au temporel. Loin d’être le mouvement d’abolition de soi craint par les théologiens de l’inculturation. Christianisme sans fétiche. parfois. Les confréries sont dispersées autour de pôles géographiques à partir desquels elles essaiment.56 Achille Mbembe Notes sur le pouvoir du faux 12.143 . dès ses origines. le tronc. 14. cit. campe sur ses positions 13. Du Toit. comparé à la longue durée de l’islam sur le continent. Chicago. fonctionne à la fois comme image et mirage. « The Esoteric Sciences in West African Islam ».88. vol. toujours. Les branches et la cime déclinent avec hauteur. la théologie chrétienne africaine s’est cristallisée. Du coup. un rapport étroit lie le migrant à son lieu de départ. Deux facteurs expliquent cette labilité. Comaroff. de bout en bout. sera pris à l’envers.122. fait le gros dos. 15. Ainsi.20/09/2012 18h59. De toutes les rencontres entre l’Afrique et les religions monothéistes. parabole et allégorie. Cf. © Gallimard . Buffalo. quant à elle. de la scission et de l’effacement de l’identité qui aurait résulté de la rencontre entre le dogme chrétien et les univers autochtones de signification 14. 350. suivant en cela le discours nativiste.nyu . Le premier a trait à la capacité d’extension et de dispersion spatiale. sur la notion de la perte. puis revêtu du masque et du bric-à-brac ancestral. Œuvres. É.cairn.nyu .88. Abdalla (éd. 1985. il apparaîtra d’abord aux Africains comme un immense champ de signes qui.info . Christianisme. 1997. Le feuillage se hérisse et frémit sous les caresses d’un courant d’air ou. le processus d’osmose entre le christianisme et les formes symboliques autochtones demeure récent. Louis Brenner.128. culture et pouvoir. Gallimard. plusieurs faisceaux relient les mondes arabo-berbère et les mondes négro-africains. sinon plus de poids que les réalités objectives 12. Afriques indociles.cairn. Paris. Lire Achille Mbembe. Trado-Medic Books. Of Revelation and Revolution : The Dialectics of Modernity on a South African Frontier. Boulaga. Chicago University Press. Le second est le génie mimétique. est composée à l’interface entre ce rituel de l’enracinement et cette rythmique de l’éloignement. Entre-temps. En tant qu’événement. Mais quel que soit l’éloignement.122. Document téléchargé depuis www. Sans doute.143 . Paris. D’où le caractère organisé des migrations et des échanges commerciaux à longue distance (transfrontaliers. sans être dépouillé de son concept. Quelque chose de l’ordre de l’image chaque fois l’y rattache et l’y ramène. et donc de négociation des distances. © Gallimard ont autant. le christianisme. marquée par un extraordinaire pouvoir d’imitation et un don – hors pair – de produire des ressemblances à partir de différents signes et langages. 1988. F. pouvoir et État en postcolonie. L’on sait que. NY. Les réponses africaines au projet universaliste judéo-chrétien n’en sont pas moins complexes. Les rameaux ne cachent ni leur inclination ni leur inaccessibilité. Karthala. l’histoire culturelle de l’islam en Afrique est. L’histoire et l’anthropologie récente révèlent cependant que la pratique des acteurs a été tout autre 15. De nombreuses traditions islamiques africaines résolvent le problème de l’extranéité de l’islam de manière complexe. une fois décryptés. t. I.. 2. Document téléchargé depuis www. Leur identité religieuse se construit en rassemblant des mots qui signifient des choses différentes en diverses langues et en les ordonnant autour d’un signifié central qui. toujours.

d’où l’immense travail sur les formes et sur les langages dont il fera l’objet. prendre des tournures insupportables (guerre. mais bel et bien en tant que geste artistique et projet esthétique ouvert aussi bien à l’action qu’à la méditation et à la contemplation.. De ce génie hérétique découle la capacité des Africains d’habiter plusieurs mondes et de se situer des deux côtés de l’image simultanément. bref diverses formes d’instabilité). comme le soutiennent les nativistes. l’on ne saurait sous-estimer son pouvoir d’enchantement. soudaine poussée de l’inflation. sa violence onirique et sa capacité de symbolisation. dans l’Afrique d’aujourd’hui. ce pouvoir d’enchantement et de symbolisation est utilisé à la manière d’une ressource.122.cairn. L’un de ces langages est celui de l’Esprit et de sa force absolue.57 Achille Mbembe Notes sur le pouvoir du faux Document téléchargé depuis www. il s’offrira aux Africains comme allégorie et comme esthétique.20/09/2012 18h59. De fait. dans toute sa splendeur et sa misère. l’expérience de l’incertitude radicale. La nudité de la violence et Document téléchargé depuis www. chaque fois. de ce point de vue. Finalement. Ainsi s’explique. volatilité et incertitude. comment rendre compte de la falsification à laquelle. volatilité des prix. © Gallimard Les Africains l’utiliseront à la manière d’un miroir dans lequel ils se représenteront leurs sociétés et leur histoire.143 . Le pouvoir de cette métaphore réside dans sa profondeur tragicopoétique.88.20/09/2012 18h59. ✧ Trois conclusions découlent de l’argumentation développée ci-dessus. Dans la plupart des mouvements charismatiques en Afrique. la facilité apparente avec laquelle il a pu être domestiqué et traduit dans les systèmes locaux d’intelligibilité. elle est la manifestation.info . D’autre part. Ce génie lui-même opère par enroulement du sujet dans l’événement. dans ce songe réside un pouvoir d’enchantement de la vie humaine en ce qu’elle a de plus insaisissable : le triomphe d’un homme revêtu de tous les attributs de la souveraineté divine et dont l’omnipotence éclate au soir de la mort. des limites du principe divin lui-même : l’histoire d’un Dieu dont l’existence s’achève sur une croix.nyu . Cruciale dans la réception du judéo-christianisme en Afrique sera. Si. Premièrement. © Gallimard . par le surcroît de théâtralité qui. autorisera un dédoublement du temps et une prise du monde et des choses à l’envers. par la scission des choses. D’une part. accompagne toute manifestation de la vie. D’autre part. produit des situations d’extraordinaire instabilité. Tout comme le colonialisme. soumis l’extérieur ? Deuxièmement.128. les exemples analysés plus haut suffisent à montrer les limites des écritures nativiste et afro-radicale du sujet africain..info . C’est également ce génie hérétique qui. au sortir du sépulcre. comme hier. soudain.128. Ils indiquent qu’il ne saurait y avoir de discours sur les formes contemporaines de l’identité africaine qui ne tienne compte du génie hérétique au fondement de la rencontre entre l’Afrique et le monde.cairn. en retour.88. en grande partie. dans son effort pour ingérer le monde. chaque fois.122. le désir de souveraineté que résume bien l’idée de résurrection des morts. porté aux extrémités. voie d’entrée dans l’utopie en même temps que spectacle théâtral qui. Celle-ci permet au sujet croyant de penser son existence non point de façon purement politicoinstrumentale. la vie peut. l’Afrique a été falsifiée au contact de l’extérieur. le judéo-christianisme est reçu à la manière d’une magie : combinaison de terreur et de séduction que traduisent bien les catégories de salut et de rédemption. ces exemples suggèrent qu’au cœur du processus de formation des identités africaines contemporaines se trouve. pauvreté et maladie. l’Afrique a.143 .nyu . par leur dédoublement.

ces textes font partie de la mémoire récente des sociétés africaines. Springer-Verlag. qu’à regarder ce qui se passe autour de nous : les guerres sauvages de l’Éthiopie et de l’Érythrée. de cet objet mouvant. Cette écriture doit.122. Les lire consiste à saisir le pouvoir de falsification au cœur de cette mémoire d’hier et d’aujourd’hui.. Encore faut-il préciser que dans de tels contextes. Cela exige que l’on développe une technique de la lecture et de l’écriture qui soit en même temps une esthétique de l’ouverture et de la rencontre. a contrario du désir de vivre. Barbara Plankensteiner (éd. du réel et de l’irréel) qui. en bien des endroits. Renvoyant constamment à plusieurs autres. mais également tout un ensemble de textes visuels. Du coup. C’est ce pouvoir de prolifération (et sa capacité d’oblitération des notions du vrai et du faux. les gens sont alors pipés par les sens. © Gallimard la crudité de la brutalité peuvent. quel rapport existe-t-il finalement entre le langage et ce que l’on appelle la vérité ? Quel coefficient de vérité peut-on accorder à ce signe qu’est l’Afrique et dont j’ai dit.nyu . ils se contentent de casser des pierres.cairn. 2001 . Mais il s’agit de rencontres fragmentaires – éphémères.20/09/2012 18h59. fait du politique une œuvre de mort. 1999. être étroitement liée à une manière de lire les archives du présent. Sarah Nuttall. quel qu’en soit le prix – représente le vecteur le plus radical de l’incertitude. Parce que surgis d’une certaine pratique de la vie quotidienne et nourrissant sans cesse celle-ci. on peut le résumer en trois termes : absence de ruptures nettes .cairn. quelquefois ratées – avec des régions de la connaissance qui ne se ramènent pas aux sciences sociales stricto sensu.88. C’est également ce pouvoir qui donne à l’expérience africaine contemporaine son caractère sinon unique. Vienne. de la Sierra Leone.88.128.143 . à l’occasion. imagés et récités 18. Document téléchargé depuis www. la manipulation de la peur de mourir – ou. Tel étant le cas. Lire Bogumil Jewsiewicki. le plus près possible. l’histoire ou la politique. Document téléchargé depuis www. comme dans un miroir.).20/09/2012 18h59. Il n’y a. © Gallimard . New York.143 . An/Sichten.). au sein d’une relation que l’on pourrait qualifier de proliférante. 18. revêtir des allures cauchemardesques. Sur le génocide rwandais. la question pourrait être de savoir comment enrichir le langage et le discours qui nous permettraient de nous rapprocher.58 Achille Mbembe Notes sur le pouvoir du faux Achille Mbembe. du Liberia. Oxford University Press.info . le réel et la fable se réfléchissant l’un dans l’autre. Cape Town. c’est avant tout un certain rapport du sujet au temps – une certaine temporalité. du langage et de la vie. 17. Cela dit. Mais ce qu’à la vérité il importe de saisir. Persuadés qu’il n’y a rien à attendre du futur. The Rwandan Genocide of 1984. ou encore les sacrifices humains du Rwanda et du Burundi. chantés. qu’elle était avant tout un accident géographique ? Les exemples cités plus haut indiquent qu’il y aura toujours une part du signe qui échappera à la prison de notre langage et de notre dis- cours. et recrée plusieurs autres. à cet égard.info . où la dette entre ceux qui gouvernent et ceux qui sont gouvernés est une dette de sang. Il devient une œuvre de mort puisqu’un rapport d’égalité relative est établi entre la capacité de tuer et son corollaire. Ce caractère unique. la possibilité d’être tué en retour. Malerei aus dem Kongo 1990-2000.nyu . peints. Senses of Culture. chaque fois. Le politique se transforme alors en ce par quoi cette peur et ce désir s’affirment en chaque sujet. Taylor. elle-même. d’entrée de jeu. Sacrifice as Terror. Cheryl-Ann Michael (éd. force irrésistible de l’enroulement 17.122. du Congo ou de l’Angola.. hachées. chaque chose efface.128. faiblesse des continuités . du moins sa part d’originalité. 2000. car elle renferme dans sa diversité une partie de l’expérience que le sujet africain contemporain a du pouvoir. partout. Berg. Celles-ci embrassent non seulement la philosophie. lire Christopher C.