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La révolution française

Procès et mort du Roi

(1)

La Convention proclame la République - Girondins contre Montagnards

A Convention compte sept cent quarante - neuf députés. De son propre choix, la Gironde s'est placée sur les bancs de la droite.
Ce seul fait lui imprime un caractère sinon de réaction, du moins de stabilisation, d ’arrêt. Gardant ses chefs, Brissot, Vergniaud,
Condorcet, Guadet, Gensonné, Isnard, Pétion, elle les a renforcés de quelques recrues qui déjà ont marqué à la Constituante :
Camus, Rabaud-Saint-Etienne, Lanjuinais, Buzot.

Louis XVI - par Ducreux - dernier portrait exécuté au Temple - Musée Carnavalet

A gauche, en face d'elle, la Montagne se groupe autour des élus de Paris: Robespierre, Marat Danton, Camille Desmoulins. On
retrouve sur ses bancs Cambon, Merlin de Douai, Chabot, Carnot, « l'orateur du genre humain » Anacharsis Clootz. Des noms
nouveaux y paraissent le procureur Carrier, le poète M.-J. Chénier, l'ex-prote Tallien, un jeune homme sévère aux traits féminins,
au langage acéré, Saint-Just, un capitaine des Indes passionné pour l'aventure et le plaisir, le ci-devant vicomte de Barras.
Anacharsis Clootz - lavis de Bonneville - Musée Lambinet

Le centre, ou Plaine, ou Marais, génériquement lâche, et en qui pourtant réside la majorité - il dispose de plus de quatre cents
voix -, compte beaucoup d'hommes capables mais sans doctrine, monarchistes d'habitude et de tempérament, et qui vont osciller
suivant la passion et surtout l'intérêt du moment Sieyès, inspirateur et témoin de la première Révolution, en fait partie et un ancien
conseiller à la cour des Comptes de Montpellier, Cambacérès, dont on entendra parler. Barère y reparaît, il ne tardera pas à
passer à la Montagne où par politique le suivra Cambacérès.

Marie-Joseph Chénier - lavis de Bonneville - Musée Lambinet

Au début Gironde et Montagne semblent faire trêve. L'Assemblée s'occupe dès le premier jour d'un objet essentiel, l'enterrement
de la monarchie. Elle vote à l’unanimité, aux acclamations des tribunes, le décret présenté par Collot d'Herbois et appuyé par
l'évêque Grégoire, qui abolit la royauté en France. La République est établie par prétérition.

Dans tout Paris, au son des trompettes, à la lueur des torches, le décret est lu à haute voix. Louis XVI l'entend de sa prison.
Barère de Vieuzac - par Moreau le jeune - B.N. Estampes

Point d'émotion dans la ville, la proclamation de la République semble une formalité; depuis tant de mois, la royauté n'était plus
qu'un nom.

La trêve entre les Montagnards et les Girondins ne pouvait durer. Dès le 22 septembre, les Girondins perdent la première manche
à propos de l'élection des juges. Ils cherchent leur revanche et réclament la mise en accusation de Marat, inspirateur des
massacres de Septembre. Nouvel et grave échec.

Pétion - d'après Chrétien et Fouquet

Danton s'est démis de ses fonctions de ministre, incompatibles avec le mandat de député.

Il cherche à entraîner dans sa retraite Roland qu'il brocarde avec indécence. Après quelques flottements, Roland, guidé par sa
femme, préfère abandonner son siège et garder son portefeuille. Servan, partant pour l'armée, est remplacé par Pache et Danton
par Garat.
Génsonne - par David

Les Montagnards attaquent à leur tour. Les Girondins, en nombre pourtant au club des Jacobins, y sont assaillis de rude manière
par Fabre d'Eglantine et Billaud-Varenne, autres massacreurs. La Montagne finit par l'emporter Brissot est exclu pour avoir osé
accuser la Commune. Dès lors les Girondins s'abstiennent de paraître au club et le livrent à leurs ennemis. Ils préfèrent se
rencontrer chez leurs amis. Ils dînent chez Pétion, chez Clavière, chez Mme Roland, ils se réunissent aussi chez Mme Dodun,
femme d'un administrateur de la Compagnie des Indes. Ils y perdent le peu qu'ils avaient de discipline. Ils ne seront plus qu'un
parti fractionné qui à chaque coup d'air tourbillonne, tandis que les Montagnards se serrent et se concentrent, « répétant »aux
Jacobins tous les grands débats avant d'aborder la Convention.

Camus - dessin de Moreau le Jeune - B.N. Estampes

Pétion, réélu maire de Paris, démissionne pour demeurer à l'Assemblée. Le médecin Chambon, ami de Brissot, est péniblement
nommé à sa place. La Commune s'est renouvelée. Elle n'est pas d'opinion plus modérée. Elle choisit Chaumette pour procureur-
syndic avec Réal et Hébert pour substituts. Beau trio; l'Hôtel de ville échappe à la Gironde.

Après avoir commis la faute d'attaquer Marat, les Girondins attaquent Danton. Ils lui demandent des comptes de sa gestion...
Harcelé par Brissot, Danton n'échappe que par la lassitude de la Convention qui passe enfin à l'ordre du jour. Mais de ce moment
il est à peu près déshonoré. Son influence en baisse d'autant, moins d'ailleurs au profit des Girondins qu'à celui de Robespierre.

C'est ce dernier que les Girondins essaient alors d'abattre. Nouvel échec, plus grave encore. A chaque pas ils perdent du terrain.
Maîtres du pouvoir, ils n'osent pas l'exercer; ils ont des orateurs, point d'hommes d’Etat.

Leur hostilité à l'égard de Paris les a privés d'un point d'appui indispensable dans un pays centralisé comme la France. Anacharsis
Clootz, naguère lié avec eux, leur reproche ouvertement leur fédéralisme. L'accusation est vraie. Sans l'avouer, Buzot et ses amis
tendent à faire de la France un conglomérat de républiques régionales. Ils marchent ainsi au rebours de toute la tradition française.
Ils paieront chèrement leur erreur.