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Marianne LOUIS

Romain DESFORGES

Permis de démolir signé le 7 juin
De l’élection européenne, dans quelques jours, il restera aux socialistes français un léger parfum de nausée à la vue de certains leurs «homologues» européens re-signer pour 5 ans de compromis avec la droite européenne, au nom de l’attachement indéfectible de la social-démocratie à la construction communautaire. Comme si ceux qui refusent de pratiquer la «danse du ventre» autour de Barosso n’étaient ni pro-européens, ni socialistes, ni démocrates. Heureusement, cette fois la délégation du PS au parlement européen a refusé de participer à ce petit jeu, mais ils seront déjà loin, à Bruxelles et le congrès de Versailles, le remaniement ministériel auront balayé de bien des consciences les engagements de tribune. Le temps d’analyser pour proposer juste, risque d’être bien court. obtient 296 sièges. - Apparition d’un nouveau groupe politique « Conservateurs et réformistes européens» à la droite du PPE, nationaliste et eurosceptique doté de 55 députés, qui devient la 4e entité politique du Parlement. - Percée de l’extrême-droite quasiment partout en Europe (Pays-Bas, Belgique, Autriche, Bulgarie, Hongrie, Roumanie), en passe de renforcer un groupe indépendant au delà des 30 députés. Et l’échec de la social-démocratie dans son ensemble : avec 162 députés notre groupe au Parlement européen, rebaptisé « Alliance des socialistes et démocrates » a perdu 55 députés. Les socialistes et les sociaux-démocrates sont en recul partout tandis que dans le camp de la gauche, Les Verts se renforcent et la gauche radicale se stabilise. A l'exception de la Suède et de la Grèce, les partis se réclamant peu ou prou du socialisme démocratique ont perdu des voix et des sièges.

Parfois, comme en Autriche, ils obtiennent leurs plus mauvais résultats dans une élection générale depuis la fin de la Deuxième guerre mondiale. En Grande-BreEt c’est maintenant, à l’heure de se reconstruire que tagne, un parti antieuropéen, UKIP, est même passé le Parti socialiste doit prendre le temps de se pencher devant les travaillistes, formant la troisième force politique du pays avec les conservateurs. sur les messages de l’élection européenne. La droitisation à grands pas du Parlement européen : Bien sûr les chiffres bruts qui peuvent varier d'un pays - Progression importante du groupe conservateur qui à l'autre et de multiples cas particuliers nationaux

Les partis de mouvance social-démocrate ont subi une défaite historique

invoqués en contre-exemples ponctuels (les scandales qui secouent la grande Bretagne, la violence de la crise en Espagne, les divisions du PS en France, la Ligue du Nord en Italie…) pour masquer une tendance générale pourtant indiscutable. La social-démocratie européenne est défaite. Il y a moins de 10 ans elle dirigeait la majorité des pays européens. Aujourd’hui, la droite gouverne 21 pays sur 27 et sort numériquement renforcée sur les bancs du parlement européen. Dans un contexte de crise accrue et de montée du chômage il n’y a eu aucun «rebond». Clairement, aucun des partis du PSE n’a su ou pu incarner une offre politique alternative en pleine période de doutes sur le système capitaliste.

Et il n’est pas besoin d’être grand clerc pour placer dans la même perspective d’analyse la percée de partis comme le «Parti pirate suédois», qui pour sa première participation réalise un résultat significatif, lui permettant d’accéder à la représentation au parlement européen en ayant mobilisé l’opinion publique sur le téléchargement gratuit ; ou pour considérer que la relative victoire des Verts est aussi à mettre au crédit des trois personnalités qui ont animé la campagne et qui incarnent un combat : Daniel Cohn-Bendit, l’icône de Mai 68, Eva Joly, la passionaria de la lutte contre les paradis fiscaux et José Bové, le combattant de la première heure contre les OGM. Par leur engagement elles ont rendu crédible la sincérité de leur volonté de mettre en œuvre un nouveau modèle de développement, de ne pas céder face aux impératifs et aux contraintes macro-économiques, macro-politiques… bref de ne pas se «social-libéraliser». La punition n’en est que plus injuste pour la gauche française qui n’a pas été la première à se transformer en gardienne de l’orthodoxie du pacte de stabilité. Mais les faits sont là et faute d’avoir à temps mesuré le danger et peut-être trop compté sur «la rente du remords de 2002», le parti socialiste est à la croisée des chemins.

Le plus surprenant est notre surprise

Comme il a été décrit simplement, par Mario Telo, la gauche a échoué avec son discours imputant la crise à la droite car elle a "partagé l'idéologie blairiste" pendant 15 ans et "peut être identifiée comme responsable" du marasme actuel ; et d’en conclure logiquement qu’"en l'absence d'alternatives Il n’est pas le seul. Loin s’en faut. Depuis juin 2006, les crédibles, les majorités s'accrochent aux partis sociaux-démocrates ont enregistré des défaites gouvernements en place"… ou ne se pas mobilisent dans 1 des 17 élections nationales qui ont eu lieu en 5 pour aller voter. Europe. La faiblesse historique de la participation au niveau européen, 56,9 % des inscrits européens se sont déplacés aux urnes, est aggravée en France où seulement 40,65 % des français ont participé à l’élection. Dans une jeunesse qui pourtant a montré sa capacité de mobilisation ces dernières années et est considérée comme naturellement « portée à gauche», le taux d’abstention est encore plus accablant : 81 % des 18-25 français se sont abstenus. La génération 18-25 qui fut une des premières à bénéficier des programmes d’échanges étudiants européens, attend bien davantage qu’une Union Européenne financiarisée.

Dans leur vie interne, la situation des «grands» partis de gauche n’est guère meilleure.
Au PS, les adhérents à 20 euros de l’élection présidentielle ont fait long feu. Le SPD allemand qui annonçait un million d’adhérents en 1976, en affiche officiellement 600 000 aujourd’hui et perdrait 3 000 adhérents par mois. Selon un sondage de l’institut allemand Allensbach, 40 % des adhérents du SPD jugent que leur parti, en participant à la grande coalition de la conservatrice Angela Merkel, « a perdu

qui ont fondé nos premiers engagements nous anime. Nous considérons que «le socialisme n’est pas mort», Au titre des apports structurants de la «troisième que l’aspiration au bonheur est plus forte que la voie», est-il besoin de rappeler, par exemple, l’agenda résignation de nos concitoyens. 2010 de Gerhardt Schröder, particulièrement brutal pour le monde du travail, qui s’est traduit au plan Cette envie de vivre mieux, dans une société plus juste européen par l’adhésion à une stratégie économique nous en étions les porteurs, jusqu’à ce que la tentation et sociale profondément libéral ? La déréglementa- de ne plus parler que de nous, éloigne de nos tion des marchés du travail au nom de la préoccupation apparentes et médiatisées, les citoyens « flexisécurité », les politiques de défiscalisation, les et d’abord les classes populaires, salariées que nous refontes des systèmes de retraite, les privatisations ? devions défendre. Dès 2002 seuls 13 % des ouvriers ont voté PS. Paradoxalement, si nos élus et candidats Quant au New Labour britannique, qui devait locaux résistent mieux c’est justement grâce à la faible transformer les forces militantes en base «à la fois médiatisation des élections et des «conflits» locaux. massive et passive», selon un proche de Tony Blair, il est en crise lui aussi. Des 400 000 adhérents qu’il Ces mouvements de fonds, ne sauront être dépassés comptait en 1994 lorsque Tony Blair en prit la par un unique totem guérisseur. Ni le mot «primaires», ni l’affirmation du «grand parti socialiste» ne peuvent direction, il en restait 177 000 en juin 2007. remplir le vide laissé par la stérilité de la social-démocratie, incapable de proposer une stratégie pour répondre au quatre crises majeures auxquelles le monde est confronté – crise financière, Le temps maintenant est à la énergétique, alimentaire et environnementale. Il n’y reconstruction de la gauche, aura pas de raccourci.

ses origines de gauche ».

lucidement

En France, le 21 avril 2002, a été le premier choc politique. Le 7 juin 2009 en est la continuité. Oui depuis le 7 juin les différentes élections partielles locales montrent un retour à des résultats «dans la norme», mais pour autant, pouvons-nous nous contenter de nous accrocher à cette brindille en espérant qu’elle nous porte vers un nouveau monde ? Qui peut en raison, continuer à croire que «la place du Modem doit être discutée» alors qu’à l’échec électoral de la formation de François Bayrou, s’ajoute le fait indiscutable que les 6 députés européens Modem élus siègeront, comme prévu, dans le groupes des libéraux-démocrates, allié du PPE, au Parlement européen ?

Sur le fond, les chantiers sont ouverts. Après la chute du mur de Berlin et la fin de l’horizon communiste, alors que la «finitude» de la planète est maintenant une perspective angoissante mais potentiellement réalisable, la famille de la gauche politique, associative, de la gauche d’engagements, partage un socle de valeurs communes qui lui doit lui permettre d’élaborer un nouveau modèle de développement à proposer à la société. Elle divergera sans doute sur les rythmes, les voies, les moyens, et même sur certains compromis, mais elle a en commun d’avoir toujours considéré que tout n’est pas marchandise, que l’individu, comme la planète, ne peuvent être soumis à la loi du marché comme source de régulation.

C’est de la maison commune de la gauche que doit L’avenir de la gauche ne peut passer par des émerger cette matrice politique, c’est notre cap. Il supplétifs. Elle commence par une analyse lucide : amènera peut être, comme conséquence, certaines nous sommes incapables depuis 2002 d’incarner, de organisations politique à se dépasser, à muter, mais définir et même de nommer la société que nous ce n’est ni le sujet, ni le but. Il en va de même de la Rénovation. C’est à cette aune qu’elle doit être souhaitons. portée. Comme un outil, pas une fin. Il est clair que Et pourtant, la même envie de renaissance des valeurs l’enjeu dépasse largement la question des primaires

et si nous voulons nous donner une réelle crédibilité Le Parti socialiste a une place particulière dans la les autres sujets de Rénovation sont vastes : cumul des gauche en France…malgré tout. C’est aussi pour cela mandats, diversité sociale, féminisation, exemplarité... et parce que nous pensons que c’est largement de sa responsabilité de permettre une nouvelle ère de Sur la forme, rien ne sera possible si nous continuons progrès et de justice que nous avons fait le choix de à nous enfermer dans le carcan des «vielles maisons». nous y engager durablement. Il lui revient donc aussi Plutôt que de moderniser des formes de militantisme de donner le tempo, d’impulser la dynamique et de issues d’un autre âge et que nous avons trainées, donner des signes de sa capacité, de sa volonté de usées, depuis 30 ans, passons directement à l’étape muter. Au moment de «construire la maison 21ème siècle, et acceptons quelques prises de risques commune», il nous revient de signer le permis de dans la forme de notre dialogue avec nos concitoyens démolir l’ancien. : liberté d’organisation géographique, nouveaux médias, audiovisuel, débat direct et public avec les associations, les syndicats, les organisations patronales…

Marianne LOUIS
37 ans, ancienne responsable de l'UNEF-ID et d’une ONG de développement laïque : "Citoyens Solidaires". Je suis Conseillère régionale et adjointe au Maire d'Évry chargée de l'Urbanisme. Je suis membre du Secrétariat National du PS où j'ai en charge la Politique de la Ville.

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Romain DESFORGES
23 ans, étudiant en droit. Militant anti-CPE, puis animateur fédéral du MJS Essonne. j’ai été candidat aux élections cantonales de 2008. Conseiller municipal à Saintry-sur-Seine, je suis vice-président du SAN de Sénart en Essonne chargé du développement durable et de l'économie solidaire. Membre du bureau fédéral

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