You are on page 1of 0

JACQUES DERRI DA

adpf association pour la di�usion de la pensée française •
Ministère des A�aires étrangères
Direction générale de la coopération internationale
et du développement
Direction de la coopération culturelle et du français
Division de l’écrit et des médiathèques
Cet ouvrage est aussi
di�onible sur www.adpf.asso.fr
Isbn 2-914935-61-7
adpf association pour la di�usion de la pensée française •
6, rue Ferrus 75683 Paris cedex 14 + ecrire@adpf.asso.fr
©Novembre 2005 adpf ministère des A�aires étrangères
A ·
A U T E U R S
Yves Mabin
Chef de la Division de l’écrit et des médiathèques
Ministère des A¬aires étrangères
Jean de Collongue
Directeur de l’Association pour la di�usion
de la pensée française
Après Claude Lévi-Strauss, Simone Weil,
Gilles Deleuze, Paul Ricœur, Jean-Paul Sartre et Maurice Merleau-Ponty,
le ministère des A�aires étrangères et l’Association pour la di�usion
de la pensée française se devaient de rendre hommage à Jacques Derrida,
philosophe français majeur, décédé en 2004.
Ses écrits, ses enseignements, ses conférences ont donné à la pensée
de l’initiateur de la « déconstruction » un retentissement international.
Nous tenons à remercier vivement Michel Lisse qui, dans cet ouvrage,
réussit sur le mode du témoignage à familiariser le lecteur avec
cette œuvre qui n’a cessé de transformer la ré�exion philosophique sur
le politique, la religion, l’éthique, le droit, la psychanalyse, l’art,
la littérature et les médias.
Cet ouvrage est destiné à tous les lecteurs, et tout particulièrement
à ceux qui fréquentent les bibliothèques des établissements culturels
français à l’étranger.
Je me souviens d’un jeune homme
Repères chronologiques
Bibliographie
15
67
O
u
v
r
a
g
e
s

d
e

J
a
c
q
u
e
s

D
e
r
r
i
d
a
O
u
v
r
a
g
e
s

e
t

r
e
v
u
e
s

c
o
n
s
a
c
r
é
s

à

J
a
c
q
u
e
s

D
e
r
r
i
d
a
A
r
t
i
c
l
e
s
,

t
e
x
t
e
s

e
t

p
r
é
f
a
c
e
s

d
e

J
a
c
q
u
e
s

D
e
r
r
i
d
a
E
n
t
r
e
t
i
e
n
s

e
t

d
é
b
a
t
s

a
v
e
c

J
a
c
q
u
e
s

D
e
r
r
i
d
a
E
n
r
e
g
i
s
t
r
e
m
e
n
t
s

s
o
n
o
r
e
s

e
t


l
m
s
70
72
76
80
82

Après avoir accepté avec joie
et plaisir de rédiger ce livre, après
en avoir conçu le projet auto-
ou pseudo-auto-biographique,
j’ai un jour retrouvé,
presque par hasard, ces lignes
de Jacques Derrida:
otobiographies, pp. 40-41
P.S.
[…] une nouvelle
problématique du
biographique en général,
de la biographie des
philosophes en particulier,
doit mobiliser d’autres
ressources, et au moins
une nouvelle analyse du nom
propre et de la signature.
Ni les lectures
« immanentistes »
des systèmes philosophiques,
qu’elles soient structurales
ou non, ni les lectures
empirico-génétiques externes
n’ont jamais, en tant que telles,
interrogé la dynamis de cette
bordure entre l’« œuvre » et
la « vie », le système et le « sujet »
du système. Cette bordure –
je l’appelle dynamis
à cause de sa force, de
son pouvoir, de sa puissance
virtuelle et mobile aussi
– ni active ni passive, ni dehors
ni dedans. Surtout elle n’est
pas une ligne mince, un trait
invisible ou indivisible entre
l’enclos des philosophèmes
d’une part, et, d’autre part,
la vie d’un auteur déjà
identi�able sous son nom.
Cette bordure divisible traverse
les deux « corps »,
le corpus et le corps,
selon des lois que
nous commençons seulement
à entrevoir.
AC
AF
AP
CFU
CI R
CP
D
DP
DT
EAP
ECHO
ED
EP
ES
FC
FO
FS
GL
GR
HC
KO
LI
M
MA
MAV
MEM
MO
OG
OT
PAR
PAS
PM
POL
POS
PRO
PS
PSY
RE
SN
SCH
SI
SP
TA
UG
V
VEP
VP
L’Autre Cap
L’Archéologie du frivole
Apories
Chaque fois unique, la �n du monde
Circonfession
La Carte postale
La Dissémination
Du droit à la philosophie
Donner le temps
États d’âme de la psychanalyse
Échographies
L’Écriture et la Di�érence
Éperons
De l’e�rit
Feu la cendre
Force de loi
Forcener le subjectile
Glas
De la grammatologie
H.C. pour la vie
Khôra
Limited Inc.
Marges
Mal d’archive
Mémoires d’aveugles
Mémoires – Pour Paul de Man
Moscou aller-retour
Introduction à l’Origine de la géométrie
Otobiographies
Parages
Passions
Papier machine
Politiques de l’amitié
Positions
Le problème de la genèse dans la philosophie de Husserl
Points de su�ension
Psyché
Résistances
Sauf le nom
Schibboleth
Signéponge
Spectres de Marx
D’un ton apocalyptique adopté naguère en philosophie
Ulysse gramophone
Voyous
La Vérité en peinture
La Voix et le Phénomène
Je me souviens d’un jeune homme qui étudiait les lettres
et la linguistique à l’université (la philologie romane, comme
on appelait alors cette discipline en Belgique) et à qui l’on �t
découvrir Jacques Derrida. Dans deux cours di�érents,
la référence à sa pensée surgit comme une bou�ée
d’oxygène dans l’univers clos de la linguistique structurale
et de l’histoire littéraire. En 1981, les noms de Saussure,
de Jakobson et de Martinet s’imposaient toujours comme
incontournables ; De la grammatologie, et en particulier
la première partie du livre, devinrent d’abord des armes pour
résister à une forme de positivisme scienti�que : quelqu’un,
pour la première fois, venait lui dire que la linguistique
structurale était encore une forme de la métaphysique,
que l’opposition entre le signi�é et le signi�ant était aussi
une opposition métaphysique hiérarchisée qui prenait sens
par rapport à une série d’autres oppositions. Et surtout,
pour la première fois également, le jeune homme était
renvoyé aux textes : jamais auparavant, il n’avait lu le Cours
de linguistique générale. À vrai dire, tout, dans l’enseignement
universitaire, est conçu pour forclore la lecture : Saussure
était réduit à une série d’oppositions dont le bien-fondé
était donné pour incontestable. Dans De la grammatologie,
la démarche est tout autre : il s’agit d’abord de lire,
de confronter des citations, de faire résonner entre eux
des extraits du Cours et de la tradition philosophique.
indépendante de l’écriture »
(Cours de linguistique générale,
Clg p. 46). Dérivée parce que
représentative : signi�ant
du signi�ant premier,
représentation de la voix
présente à soi, de
la signi�cation immédiate,
naturelle et directe du sens
(du signi�é, du concept,
de l’objet idéal ou comme
on voudra). Saussure reprend
la dé�nition traditionnelle
de l’écriture qui déjà
chez Platon et chez Aristote
se rétrécissait autour
du modèle de l’écriture
phonétique et du langage
de mots. Rappelons
la dé�nition aristotélicienne :
« Les sons émis par la voix sont
les symboles des états de l’âme,
et les mots écrits les symboles
des mots émis par la voix. »
Saussure : « Langage et écriture
sont deux systèmes de signes
distincts ; l’unique raison d’être
du second est de représenter
le premier » (Clg., p. 45. Nous
soulignons).
gr, p. 46
parmi d’autres, qu’une
modalité des événements
qui peuvent survenir
à un langage dont l’essence,
comme semblent l’enseigner
les faits, peut toujours rester
pure de tout rapport
à l’écriture. « La langue
a une tradition orale
D’une part, selon la tradition
occidentale qui règle non
seulement en théorie mais
en pratique (au principe de
sa pratique) les rapports entre
la parole et l’écriture, Saussure
ne reconnaît à celle-ci qu’une
fonction étroite et dérivée.
Étroite parce qu’elle n’est,
16
Premier choc pour le jeune homme à qui on avait jusque-là
enseigné la radicale nouveauté de Saussure et qui découvrait
que celui-ci reprenait à Platon et à Aristote toute
une conception du rapport entre la parole et l’écriture.
Il n’était pas au bout de ses surprises. Il venait de découvrir,
sans encore en connaître le nom, le logocentrisme, c’est-à-dire
ce privilège accordé par toute une tradition au logos,
au discours, à la raison, à la parole au détriment de l’écriture.
Quelques pages plus loin allait surgir le phonocentrisme,
cet autre privilège accordé à la voix et, de manière dérivée,
à sa représentante : l’écriture alphabétique.
La linguistique s’est donc élaborée grâce à une vieille grille
et, de surcroît, par un mécanisme d’exclusion de l’écriture
et de l’image. Ce dont il n’a pas encore conscience, ce jeune
homme, c’est la portée politique de l’entreprise derridienne :
le logocentrisme et le phonocentrisme génèrent
un ethnocentrisme. À sa place, je relirais le triple exergue
qui ouvre le livre pour m’interroger sur les a�rmations
de Rousseau et de Hegel quant au fait que l’alphabet convienne
« aux peuples policés » et que l’écriture alphabétique soit
« la plus intelligente ». Mais, à cette époque, il ne perçoit que
l’enjeu par rapport à ses études : la linguistique saussurienne
de l’écriture facilite les choses.
Si l’écriture n’est que
la « �guration » (p. 44)
de la langue, on a le droit
de l’exclure de l’intériorité
du système (car il faudrait
croire qu’il y a ici un dedans
de la langue), comme l’image
doit pouvoir s’exclure
sans dommage du système
de la réalité. Se proposant
pour thème « la représentation
de la langue par l’écriture »,
Saussure commence ainsi
par poser que l’écriture
est « en elle-même étrangère
au système interne »
de la langue (p. 44).
Externe/interne, image/réalité,
représentation/présence,
telle est la vieille grille
à laquelle est con�é le soin
de dessiner le champ
d’une science.
gr, p. 50
à la plus légitime des
exigences : la scienti�cité
de la linguistique a en e�et
pour condition que le champ
linguistique ait des frontières
rigoureuses, qu’il soit
un système réglé par
une nécessité interne
et que d’une certaine façon
sa structure soit close.
Le concept représentativiste
Saussure introduit de surcroît
une autre limitation massive :
« Nous bornerons notre étude
au système phonétique, et tout
�écialement à celui qui est
en usage aujourd’hui et dont
le prototype est l’alphabet
grec » (p. 48). Ces deux
limitations sont d’autant plus
rassurantes qu’elles viennent à
point nommé pour répondre
repose sur un système d’oppositions hiérarchisées
(une architectonique, apprendra-t-il à dire plus tard). Il lui reste
cependant beaucoup à découvrir sur ce fonctionnement,
et notamment la menace de contamination que
fait néanmoins peser l’écriture sur la pureté du système.
« Mais ne simpli�ons pas » (ou, comme le jeune homme
le lira plus tard, « les choses ne sont pas si simples »).
Ces mots lui plaisent : tout ne peut pas être réduit à quelques
propositions par une analyse. Au contraire, un texte comporte
en lui toujours plus de ressources signi�antes qu’on veut bien
le donner à entendre. Il commence à comprendre un peu
l’intrigante « tension du geste et du propos ».
gr, p. 45

Et s’il n’ose pas encore rire aux éclats en lisant Derrida
(qu’il ne connaît que par une photo énigmatique et quelque
peu e�rayante du catalogue des éditions de Minuit), le portrait
de Saussure, le Genevois, en prédicateur ou en moraliste
l’amuse. Comme l’amusent également les intrusions dans
le texte de l’autre Genevois de service, Rousseau, sorte
et de prédicateur par
le linguiste genevois. L’accent
compte : tout se passe comme
si, au moment où la science
moderne du logos veut accéder
à son autonomie et
à sa scienti�cité, il fallait
encore faire le procès
d’une hérésie. […]
En s’emportant ainsi,
la véhémente argumentation
de Saussure vise plus
qu’une erreur théorique,
plus qu’une faute morale :
une sorte de souillure et
d’abord un péché. […]
Saussure accuse ici l’inversion
des rapports naturels entre
la parole et l’écriture.
gr, pp. 51-52
impossible de faire abstraction
d’un procédé par lequel
la langue est sans cesse
�gurée ; il est nécessaire d’en
connaître l’utilité, les défauts
et les dangers » (p. 44).
L’écriture aurait donc
l’extériorité qu’on prête
aux ustensiles ; outil imparfait
de surcroît et technique
dangereuse, on dirait presque
malé�que. […]
La contamination
par l’écriture, son fait ou
sa menace, sont dénoncés
avec des accents de moraliste
Mais ne simpli�ons pas :
il y a aussi, sur ce point,
une inquiétude de Saussure.
Sans cela, pourquoi
accorderait-il tant d’attention
à ce phénomène externe,
à cette �guration exilée,
à ce dehors, à ce double ?
Pourquoi juge-t-il « impossible
de faire abstraction » de ce qui
est pourtant désigné comme
l’abstrait même par rapport
au-dedans de la langue ?
« Bien que l’écriture soit
en elle-même étrangère
au système interne, il est
18
de fantôme ou de double de Saussure, à moins que ce soit
l’inverse. Dommage qu’il n’ait pas encore lu La Carte postale,
car il aurait peut-être compris que le couple Rousseau/
Saussure (celui qui n’a pas écrit le Cours de linguistique générale)
pourrait être rapproché du couple plato/Socrates et que
l’architecture de De la grammatologie (la première partie
consacrée à Saussure et la seconde à Rousseau) fait
de ce livre une histoire de doubles ou de fantômes,
ou encore de ventriloques, peut-être du maître, voire du roi,
et de son secrétaire… Néanmoins, le texte de Derrida
ne se limite déjà plus pour lui à une démonstration,
même s’il en garde une certaine allure, comme certains
passages synthétisant les acquis de celle-là et la relançant.
écriture, Lefèbvre a été lu
Lefébure, avec un b qui n’a
jamais existé réellement dans
le mot, et un u provenant
d’une équivoque.
Or maintenant cette forme
est réellement prononcée »
(pp. 53-54).
Où est le mal ? dira-t-on peut-
être ? […] Où est le sacrilège ?
Pourquoi la langue maternelle
devrait-elle être soustraite
à l’opération de l’écriture ?
Pourquoi déterminer cette
opération comme une violence,
et pourquoi la transgression
serait-elle seulement une
déformation ? […] Pourquoi
vouloir punir l’écriture
d’un crime monstrueux,
au point de songer
à lui réserver, dans
le traitement scienti�que
lui-même, un « compartiment
�écial » la tenant à distance ?
Car c’est bien dans une sorte
de léproserie intralinguistique
que Saussure veut contenir
et concentrer ce problème
des déformations par l’écriture.
Et pour être persuadé
qu’il accueillerait fort mal
les innocentes questions que
nous venons de poser –
car en�n Lefébure, ce n’est pas
mal et nous pouvons aimer
ce jeu – lisons la suite. Elle
nous explique que ce n’est pas
là un « jeu naturel »
et son accent est pessimiste :
« Il est probable que
ces déformations deviendront
toujours plus fréquentes,
et que l’on prononcera
de plus en plus de lettres
inutiles. »
gr, pp. 61-62
la nature, ou la monstruosité,
écart naturel dans la nature.
La fonction assumée dans
le discours rousseauiste,
comme nous le verrons,
par la catastrophe, est ici
déléguée à la monstruosité.
Citons tout entière
la conclusion du chapitre VI
du Cours (Représentation
de la langue par l’écriture),
qu’il faudrait comparer
au texte de Rousseau
sur la Prononciation :
« Mais la tyrannie de la lettre
va plus loin encore : à force
de s’imposer à la masse,
elle in�ue sur la langue
et la modi�e. Cela n’arrive que
dans les idiomes très littéraires,
où le document écrit joue
un rôle considérable. Alors
l’image visuelle arrive à créer
des prononciations vicieuses ;
c’est là un fait pathologique.
Cela se voit souvent en français.
Ainsi pour le nom de famille
Lefèvre (du latin faber),
il y avait deux graphies, l’une
populaire et simple, Lefèvre,
l’autre savante et étymologique,
Lefèbvre. Grâce à la confusion
de v et u dans l’ancienne
Tout se passe donc comme
si Saussure voulait à la fois
démontrer l’altération
de la parole par l’écriture,
dénoncer le mal que celle-ci
fait à celle-là, et souligner
l’indépendance inaltérable
et naturelle de la langue.
« La langue est indépendante
de l’écriture » (p. 45),
telle est la vérité de la nature.
Et pourtant la nature est
a�ectée – du dehors – par
un bouleversement qui
la modi�e en son dedans,
qui la dénature et l’oblige
à s’écarter d’elle-même.
La nature se dénaturant
elle-même, s’écartant
d’elle-même, accueillant
naturellement son dehors
en son dedans, c’est
la catastrophe, événement
naturel qui bouleverse
« Tout se passe donc comme si… ». Le jeune homme,
qui garde encore les souvenirs de son enfance marquée par
des expressions telles que « on disait que… », « on faisait
comme si… », se rend compte que le texte de Jacques Derrida
met en scène le recours nécessaire à la �ction : comme
nous ne saurons jamais réellement si Saussure a e�ectivement
voulu démontrer que l’écriture altérait la langue, mais que
celle-ci gardait son indépendance et sa naturalité, comme
nous n’avons d’accès à sa pensée, à sa volonté, à ses désirs…
que textuel, sans aucun autre moyen, et comme le re�ect
de cette limite est une exigence scienti�que, il importe
de marquer la paraphrase et son dépassement du sceau
du comme si. Cependant, dans le même mouvement,
et pour les mêmes raisons, nous ne pouvons pas rejeter
ou exclure telle possibilité syntaxique ou sémantique du texte
de Saussure ou d’un autre : nous ne pouvons pas tenir
les mots « tyrannie », « vicieuses », « pathologique » pour
insigni�ants. « Mais ne simpli�ons pas », la tâche est à la fois
séduisante et redoutable, car elle en appelle à une nouvelle
lecture. Avec la complication supplémentaire qu’il ne s’agit
pas simplement de lire le texte lu par Derrida, mais également
le texte de Derrida lui-même. Par exemple, il importe de
remarquer l’usage de l’italique dans l’expression « s’écartant
d’elle-même », qui nous invite à re�ecter l’indécidabilité
syntaxique : la nature, d’elle-même, dans son propre
mouvement, s’écarte ; mais elle s’écarte d’elle-même,
elle marque un écart par rapport à elle, elle se divise, s’écarte,
met à mal la possibilité de se rapporter à soi-même comme
présence à soi, invalide toute prétention à la pure ré�exivité…
Le jeune homme n’est pas au bout de ses peines, à moins
qu’il ne s’agisse de plaisir, car, cette fois, il rit franchement :
« Lefébure, ce n’est pas mal et nous pouvons aimer ce jeu. »
Là où le moraliste genevois convoquait sérieusement
l’étymologie pour récuser une lecture, Derrida, lui, trouve
le nom « pas mal » et aime le jeu. Le jeune homme aussi, et
il est d’ailleurs déjà passé de Lefébure à Lefémure, puis à Lefépure…
Avec les textes de Jacques Derrida, le jeune homme di�ose
d’une machine à résister : à la linguistique saussurienne
tout d’abord, mais aussi à « l’ancienne critique » littéraire.
Il ne voit certes pas tous les enjeux du travail de Derrida,
toutes les implications de son geste et, surtout, il n’entend
pas encore l’invitation à relire tous les auteurs abordés
dans cette œuvre, mais il n’a pas entièrement tort ; je lisais,
il y a peu, un entretien où Derrida déclarait voir dans
« une attitude de résistance à la culture dominante, à la culture
universitaire dominante »

une caractéristique commune
entre lui et ses lecteurs ou les chercheurs qui étudient et
parfois traduisent ses textes. Cette attitude de dissidence
ou de résistance, le jeune homme en a besoin pour poursuivre
des études qu’il aime, mais dont il souhaite in�échir
l’orientation. Il veut se débarrasser d’un enseignement
qui fait du vouloir-dire de l’auteur et de l’histoire les bases
de la lecture littéraire. Il s’agit donc de développer la machine
à résister. La dissémination l’attend.
Et il va y trouver ce qu’il cherche, mais aussi et peut-être
surtout ce qu’il ne cherche pas. Il peut augmenter la théorie
du texte, comme système de traces, déjà découverte dans
les ouvrages de Barthes, dont il est, à l’époque, un grand
et friand lecteur, par de nombreuses citations.
[…] l’une des thèses
– il y en a plus d’une – inscrites
dans la dissémination,
c’est justement l’impossibilité
de réduire un texte
comme tel à ses e�ets de sens,
de contenu, de thèse
ou de thème.
d, p. 13
Il n’y a rien avant le texte,
il n’y a pas de prétexte
qui ne soit déjà un texte.
d, p. 364
Jacques Derrida,
« La vérité blessante.
Ou le corps à corps
des langues», dans
Europe, 82e année,
nº 901, mai 2004,
p. 10.
Dès lors, le concept d’auteur en tant que �gure de la maîtrise
doit être récusé, notamment quand il prétend contrôler,
par le biais d’un avant-propos, toute lecture.
Le jeune homme, accaparé qu’il est par sa soif de théorie,
ne perçoit pas la part abyssale de l’expression « dans
une fausse apparence de présent ». Plus loin dans le livre,
plus tard dans sa lecture, il découvrira que ces quelques mots
sont une variation sur Mallarmé qui avait écrit.
Derrida y lira à la fois une écriture du rêve, reposant sur
une logique du sans, et une mise en cause du temps linéaire et
ordonné autour d’un présent. L’apparence est sans apparence,
voilà pourquoi elle est fausse et elle fausse donc le présent,
fallacieusement présent dans son apparence ponctuelle.
fausse… ». Restent seulement
des traces, annonces et rappels,
avant-coups et après-coup
qu’aucun présent n’aura
précédés ni suivis et qu’on
ne peut ordonner sur une ligne
autour d’un point, trace
« ici devançant, là remémorant,
au futur, au passé,
sous une apparence fausse de
présent ».
d, p. 239
[…] il ne reste plus
que l’écriture du rêve, la �ction
sans imaginaire, la mimique
sans imitation, sans
vraisemblance, sans vérité
ni fausseté : de l’apparence
sans réalité dissimulée,
sans arrière-monde, donc
sans apparence : « apparence
et tout-puissant, en pleine
maîtrise de son produit,
présente au lecteur comme
son avenir. Voici ce que
j’ai écrit, puis lu, et que
j’écris que vous allez lire.
d, p. 13
Pour l’avant-propos,
reformant un vouloir-dire
après le coup, le texte est
un écrit – un passé – que,
dans une fausse apparence
de présent, un auteur caché
[…] dans un hymen
(d’où procède le Rêve), vicieux
mais sacré, entre le désir et
l’accomplissement, la perpétration
et son souvenir : ici devançant,
là remémorant, au futur, au passé,
sous une apparence fausse
de présent.
Mallarmé cité dans d, p. 237
le texte n’est plus l’expression
ou la représentation (heureuse
ou non) de quelque vérité
qui viendrait se di�racter
ou se rassembler dans
une littérature polysémique.
C’est à ce concept
herméneutique de polysémie
qu’il faudrait substituer
celui de dissémination.
d, p. 294
Celle-ci [la polysémie] propose
toujours ses multiplicités,
ses variations, dans l’horizon,
au moins, d’une lecture
intégrale et sans rupture
absolue, sans écart insensé,
horizon d’une parousie �nale
du sens en�n déchi�ré,
révélé, devenu présent
dans la richesse rassemblée
de ses déterminations.
d, p. 389
Si Derrida réécrit Mallarmé par le biais d’une variation,
il élabore également un texte non linéaire, fait d’annonces
et de rappels. Ainsi l’expression « dans une fausse apparence
de présent » advient-elle selon la modalité qu’elle décrit,
puisqu’elle est un rappel de quelques mots de Mallarmé et
une annonce de la citation et de la lecture de ces mots
de Mallarmé. Cela peut se passer au sein d’un même ouvrage,
mais aussi entre plusieurs livres…
S’ouvrent alors au jeune homme de nouvelles
per�ectives : il avait associé le pluriel du texte à la pluralité
des sens, aux di�érents codes qui le parcouraient ;
il s’était focalisé sur la polysémie, alors que l’important
tenait dans l’oscillation entre divers possibles,
la dissémination. Il fallait passer de l’herméneutique
à la déconstruction, de la polysémie réglée à la dissémination
et ne plus viser le rassemblement des sens.
Si l’écart entre polysémie ou polythématique et dissémination
lui paraît mince, presque imperceptible, il commence
néanmoins à comprendre les exigences de cette nouvelle
lecture. Il ne s’agit pas de produire des jeux de mots,
il ne s’agit pas de pointer çà et là quelques lieux du texte riches
d’un point de vue polysémique. Non. L’objectif est autre,
il importe de donner au texte lu ses plus grandes chances,
de le suivre dans ses plis et ses déploiements, de montrer
à son égard du re�ect à la fois pour sa langue, sa syntaxe
S’il n’y a donc pas d’unité
thématique ou de sens total
à se réapproprier au-delà
des instances textuelles,
dans un imaginaire,
une intentionnalité ou un vécu,
24
et de le faire résonner autrement, de couper sa toile
pour opérer une autre couture, bref, d’y mettre aussi du sien.
« Le jeu d’une syntaxe »… Voilà ce qui su�end la décision
entre divers possibles. Jacques Derrida citera plusieurs
fois ce mot de Mallarmé : « […] je suis profondément
et scrupuleusement syntaxier […] »
d, p. 206, p. 254
, notamment
dans le cadre de l’explication avec le mot hymen, qui désigne
le voile de la virginité (désirée) et la consommation
du mariage. Le texte mallarméen su�end les di�érences
en insistant sur le lieu de l’hymen comme entre : « entre
le désir et l’accomplissement, la perpétration et son souvenir ».
Dans cette opération de su�ens, il ne reste que le Rêve,
souvenir et anticipation, ni l’un ni l’autre, ni passé, ni futur,
qui ne se relève pas dans un présent.
Ce qui importe, c’est donc l’impossibilité de décider entre
la virginité et le mariage, c’est cet entre comme lieu impossible,
comme lieu où rien n’a vraiment lieu. Jacques Derrida va alors
suivre la « chaîne en mouvement » de l’hymen, en interrogeant
les mots lit, lis, livre, littérature, l’hymne…, avec les e�ets
syntaxiques tels que le passage entre la fonction verbale
et la fonction nominale (il lit/le lit ; lis/le lis). Pour ce faire,
en mouvement, les e�ets
d’un réseau et le jeu d’une
syntaxe.
d, p. 221
Mais la lecture ne doit plus
procéder ici comme un simple
relevé de concepts ou de mots,
comme une ponctuation
statique ou statistique de mots.
Il faut reconstituer une chaîne
(perception/non-perception,
souvenir/image, souvenir/
désir, etc.), produit un e�et
de milieu (milieu comme
élément enveloppant
les deux termes à la fois :
milieu se tenant entre les deux
termes). Opération qui
« à la fois » met la confusion
entre les contraires et se tient
entre les contraires. Ce qui
compte ici, c’est l’entre, […]
dans l’e�acement entre
le désir et l’accomplissement,
entre la perpétration
et son souvenir.
d, p. 240
Rappel : l’hymen, confusion
entre le présent et
le non-présent, avec toutes
les indi�érences qu’elle
commande entre toutes
les séries de contraires
Aufheben, c’est relever, au sens
où « relever » veut dire à la fois
déplacer, élever, remplacer et
promouvoir dans un seul
et même mouvement.
m, p. 143
et cela marquera le jeune homme, Jacques Derrida n’hésite pas
à recourir aux vieilles ressources philologiques, notamment
en comparant les di�érentes versions d’un même texte.
La résistance utilise parfois les mêmes armes que l’adversaire…
Le jeune homme a maintenant terminé ses études
de romaniste. Sa rencontre avec les textes de Derrida a pro�lé
la suite de sa vie. D’une part, il va s’e�orcer de suivre le rythme
des publications du penseur tout en opérant une remontée
dans le passé des textes : il doit aussi lire les textes antérieurs
à 1983. D’autre part, il lui manque beaucoup de références
philosophiques pour saisir au mieux la portée des textes.
C’est pourquoi il entame des études de philosophie.
Marges. De la philosophie va devenir son manuel et son anti-
manuel de philosophie, son ouvrage de référence. D’Aristote
à Heidegger, en passant par Kant, Hegel, Nietzsche, Husserl
et Austin, ce sont nombre de philosophes canoniques
qui sont étudiés par Jacques Derrida. Et le jeune homme
repartira des divers textes de Marges pour appréhender
le corpus philosophique et les concepts majeurs. C’est ainsi,
par exemple, qu’il pourra en�n comprendre le concept
hégélien d’Aufhebung, que Derrida traduit par « relève ».
L’intuition est aufgehobene par le signe,
Ou encore :
[…] c’est-à-dire à la fois
élevée et supprimée, disons
désormais relevée, au sens
où l’on peut être à la fois élevé
et relevé de ses fonctions,
remplacé dans une sorte
de promotion par
ce qui succède et prend
la relève.
m, p. 102
La signature de Jacques
Derrida: un prénom
et un nom de sept lettres.
L’initiale du prénom,
manuscrite, devient un 7.
La signature selon
Jacques Derrida ne vaut
que si elle est itérable:
ici, elle est répétée
et altérée par
les initiales (J.D.),
par la reproduction
technique de l’écriture
manuscrite,
puis par la répétition
sous forme de capitales
et petites capitales
d’imprimerie de
la signature manuscrite.

Il en va de même pour des concepts aristotéliciens (ousia,
grammè, stigmè…), nietzschéens (höherer Mensch, Übermensch,
aktive Vergesslichkeit…), husserliens (lebendige Gegenwart,
Bedeutung, Ausdruck…), heideggériens (Anwesen, Anwensenheit,
Gegenwart, Vorhandenheit…), etc, que Derrida prend soin
de mentionner dans leur langue, et, de traduire en français.
Et cela a toute son importance. Il s’agit, d’une part,
d’attirer l’attention sur le texte philosophique qui, tout
en prétendant à l’universalité, s’écrit dans une langue
particulière, historiquement déterminée et qui utilise
les ressources de cette langue, et, d’autre part, de faire
de la traduction un enjeu majeur du travail de relecture
de la philosophie et de sa réécriture marginale. À l’inverse
de toute une tradition qui a voulu occulter la part de l’écriture
au sein de la démarche philosophique, tenir pour accidentels
les e�ets textuels et atteindre le vouloir-dire universel
du philosophe, Jacques Derrida met en évidence toutes
les apories à l’œuvre au sein des métaphysiques occidentales.
Ainsi de la métaphore. Il s’agit d’un « produit
philosophique » ; dès lors, toute tentative de contrôler
« la métaphorique philosophique » à partir d’un discours
extérieur à la philosophie est vouée à l’échec, mais
la philosophie, elle non plus, ne peut dominer le système
de tropes élaboré par elle, qu’elle ne peut percevoir
« qu’autour d’une tache aveugle ou d’un foyer de surdité ».
Tout philosophème est a�ecté par ce mouvement
périphérique pour deux raisons :
ou plutôt à travers des
mouvements « tropiques » qui,
pour ne plus pouvoir être
appelés d’un nom philosophie,
métaphores, ne font pourtant
pas, et pour la même raison,
un langage « propre ».[…]
Pour se permettre d’ignorer
cette veille de la philosophie,
il faudrait poser que le sens
visé à travers ces �gures est
une essence rigoureusement
indépendante de ce qui
la tran�orte, ce qui reste
une thèse, déjà, philosophie,
on pourrait même dire l’unique
thèse de la philosophie,
celle qui constitue le concept
de métaphore, l’opposition
du propre et du non-propre,
de l’essence et de l’accident,
de l’intuition et du discours,
de la pensée et du langage,
de l’intelligible et du sensible,
etc.
m, pp. 272-273
1. Le philosophe n’y trouvera
jamais que ce qu’il y a mis ou,
du moins ce qu’en tant que
philosophe il a cru y mettre.
2. La constitution des
oppositions fondamentales
de la métaphorologie (physis/
teknè, physis/nomos, sensible/
intelligible ; e�ace/temps,
signi�ant/signi�é, etc.) s’est
produite à travers l’histoire
d’un langage métaphorique
28
De cette lecture intensive des textes de Jacques Derrida,
il va retenir qu’un double principe organise l’œuvre. D’un côté,
chaque texte peut être lu indépendamment des autres :
il n’y a pas de commencement absolu qui serait prescrit par
la chronologie ou par une certaine logique ; de l’autre côté,
l’œuvre de Jacques Derrida est régie par un principe de renvoi :
tous les textes renvoient les uns aux autres de telle sorte que
plus on multiplie les lectures, plus on perçoit la complexité
du travail, les enjeux des recherches… Ce double principe
n’est sans doute pas propre à l’œuvre de Jacques Derrida :
l’accroissement de la compréhension due à de nombreuses
fréquentations du même auteur est une loi quasi universelle
des processus lectoriels. Néanmoins, dans l’œuvre de
Jacques Derrida, ce principe de renvoi est d’une amplitude
remarquable. Ainsi des notes infrapaginales invitent-elles
à consulter d’autres textes où se trouve développée telle
problématique que, pour des raisons d’économie,
Jacques Derrida ne répète pas : démarche, somme toute,
désormais classique dans le champ du savoir. De manière
déjà un peu moins classique, quelques lignes, qui sont soit
une parenthèse, soit une allusion, soit une comparaison,
soit une digression au sein d’un développement argumentatif,
programment un texte à venir. Dans De la grammatologie, alors
qu’il commente Saussure, Jacques Derrida évoque brièvement
l’opposition socratique entre le logos « qui croit être
à lui-même son propre père » et le discours écrit, infantile
et in�rme, incapable de répondre quand on l’interroge, ayant
« toujours besoin de l’assistance de son père », ces derniers
mots étant une citation du Phèdre. Cette courte évocation tisse
un lien avec « La pharmacie de Platon », un des essais de
La Dissémination, où Derrida étudiera minutieusement le Phèdre
pour mettre au jour le refoulement de l’écriture au pro�t
de la parole. Ce système de renvois fonctionne également
à un niveau microscopique, du moins en deçà du mot,
entre autres, pour remettre en cause le mot comme unité
minimale : ainsi le mot glissement, abandonné dans L’Écriture
et la di�érence, va ressurgir décomposé dans nombre
d’autres textes. Par exemple en GL dans Glas (où le nom
propre Hegel fait surgir dès les premières lignes l’aigle,
le gel [et donc la glace], puis l’angle…), mais aussi
dans « Mallarmé »,

où la dernière phrase rappelle
elliptiquement la mort du poète : « Jusqu’au �asme, �nal,
de la glotte ». Ou en LI, au �l des écrits de Mallarmé
et dans le commentaire même qu’en donne Derrida.
Quant au S, glissant du glissement à la dissémination, il s’agit
de la lettre disséminante.
Et ainsi de suite. Un événement va alors survenir dans la vie
du jeune homme déjà un peu moins jeune (on vieillit vite) :
le passage à l’écriture. Un de ses professeurs, directeur
chez Didier Hatier d’une collection aujourd’hui di�arue,
« Auteurs contemporains », lui a proposé d’écrire un bref essai
bio-bibliographique (c’était la règle) consacré à Roland
Barthes. Une fois l’essai rédigé, la question du choix
du prochain auteur se posa. Sans hésiter, le jeune homme
de la forme phonique.
I fondamental, donc, qui entre
dans toute sorte de
compositions : par exemple,
avec le L, dans IL, ou
inversement LIT, LIS,
chacun de ces deux mots
laissant le passage libre
à la fonction verbale et/ou
à la fonction nominale
(le lit/il lit ; le lis, lis ! le livre).
Le lis (lilium virginal) est aussi
la page […].
« mallarmé»

L’I donne lieu à des jeux aussi
délibérément calculés et
d’ailleurs très voisins, qu’il
s’agisse de la forme graphique
de la barre et du point ou
de l’acuité piquante et e�lée
30
S vous disséminant,
« S, dis-je, est la lettre
analytique, dissolvante et
disséminante, par excellence
[…] ».
d, p. 402
Dans Tableau de
la littérature française.
De Madame de Staël
à Rimbaud,
Paris, Gallimard,
1974, pp. 368-379.
un peu moins jeune répondit : « Jacques Derrida ». Le dé� était
de taille : il se devait, pour re�ecter la règle de la collection,
de synthétiser la pensée de Derrida en une vingtaine de pages,
tout en apportant des informations biographiques. De la « vie »
de Derrida, il ne savait que ce qu’il avait lu dans un entretien
accordé au Nouvel Observateur en septembre 1983 (repris depuis
dans Points de su�ension), où les réponses que Derrida avait
données à Catherine David étaient ponctuées de remarques
gentiment ironiques.
Après tout, pense-t-il en regardant les deux photos
qui accompagnaient l’entretien, même si Jacques Derrida
garde une distance par rapport à sa biographie, il a quand
même jugé bon de révéler certains éléments : l’antisémitisme
en Algérie pendant la guerre, en l’absence de tout occupant
allemand, son expulsion de l’école, son rapport compliqué
à Sartre, son inscription en hypokhâgne à Alger, puis
en khâgne à Paris… jusqu’à son arrestation à Prague à la �n
de l’année 1981, sa libération le 1
er
janvier, suite à l’intervention
du gouvernement français, et sa première apparition
à la télévision… Ce qu’ignore ce jeune homme, c’est que cette
apparition de Jacques Derrida, ainsi que son intervention
lors des États généraux de la philosophie organisés en 1979
où il fut photographié par de nombreux journalistes qui
ont rendu publique son image, l’a contraint à abandonner
la « prude coquetterie »

dont il avait fait montre jusqu’alors.
La venue de Jacques Derrida aux Facultés universitaires
Saint-Louis de Bruxelles pourrait être l’occasion d’une
Est-ce nécessaire ? Je n’y
arriverai pas, il faut m’aider…
Comment s’appelait votre
père ? Allons bon. Il avait
cinq noms, tous les noms
de famille sont cryptés,
avec quelques autres, dans
La Carte postale […].
À quel âge avez-vous quitté
l’Algérie ? Décidément…
Je viens en France à dix-neuf
ans. Je ne m’étais jamais
éloigné d’El-Biar.
ps, pp. 128-129
Ah, vous voulez que je vous
dise des choses comme
« Je-suis-né-à-El-Biar-dans-
la-banlieue-d’Alger-famille-
juive-petite-bourgeoise-
assimilée-mais…»
« Si je peux faire
plus qu’une phrase…»,
dans Les Inrockuptibles,
nº 435, 31 mars-
6 avril 2004, p. 28.
32
rencontre au cours de laquelle il e�ère poser quelques
questions biographiques, et celle-ci est e�ectivement
programmée l’après-midi, mais le retour tardif de l’écrivain
d’Amérique la di�ère. Néanmoins, le soir du 23 octobre 1985,
avant sa conférence intitulée « La main de Heidegger », Jacques
Derrida le voit quelques instants et lui suggère de remettre
la liste des questions prévues auxquelles il s’engage
à répondre par écrit.
Puis Jacques Derrida commence sa conférence ;
c’est la première fois que le jeune homme l’entend et il va
commencer à comprendre combien beaucoup de textes de
Derrida sont écrits pour être joués : il assiste à une performance.
Tantôt le rythme ralentit, tantôt il s’accélère ; des citations
en allemand viennent interrompre le phrasé français,
plusieurs langues se mélangent. Certains passages,
très sérieux, provoquent le rire par la mise en évidence
des apories et par la répétition des termes. Ainsi le jeu
entre le premier et le dernier, entre penser et parler rend
à la fois compte de la complexité logique d’un énoncé
de Heidegger et génère le rire de l’auditeur.
Alors que le jeune homme osait à peine esquisser un sourire
quand il lisait certains passages de Derrida, il perçoit
maintenant l’humour de certains morceaux, comme celui
où Derrida va, pour illustrer le risque de contamination
de l’authentique par l’inauthentique, jouer sur le nom Habitat.
qui parle ici et même lui
tout le premier (der Sprecher mit
einbegri�en, er sogar zuerst).
Être le premier parmi ceux
qui ne pensent pas encore,
est-ce penser moins ou plus
le « pas encore » de ce
qui donne le plus à penser,
à savoir que nous ne pensons
pas encore ? Le premier, ici,
celui qui parle et se montre
en parlant ainsi, se désignant
à la troisième personne,
der Sprecher, est-il le premier
parce qu’il pense déjà (ce)
que nous ne pensons pas
encore et déjà le dit ? Ou bien
est-il le premier à ne pas penser
encore, ce qui ne l’empêcherait
pas néanmoins de parler pour
être le premier
à le dire ?
psy, p. 424
Simplement ce qui donne
le plus à penser (das
Bedenklichste), c’est que nous
ne pensons pas encore. Qui,
nous ? Nous tous, précise
Heidegger, y compris celui
pour « grandes surfaces »
(super-marchés), l’artisanat
de l’habitat peut devenir
le trust international
nommé, je crois,
« Habitat ».
psy, pp. 425-426
Certes, reconnaît Heidegger,
l’inauthentique
peut toujours contaminer
l’authentique, le co�rier
authentique peut devenir
un marchand de meubles
Il avait noté, en consultant dans les Analecta Husserliana
« Le retrait de la métaphore » (repris dans Psyché), que Derrida
entendait aborder, outre les thèses, thèmes et propositions,
le texte heideggérien, c’est-à-dire l’écriture de Heidegger
et sa manipulation de la langue.
Eh bien, se dit-il, écoutant Derrida, on peut remplacer
le mot trait par celui de main et on comprend alors ce qui
est en train de se passer. Jacques Derrida suit à la trace
les apparitions de la main dans le texte heideggérien, qu’il
s’agisse du mot ou du concept lui-même (Hand), du mot
en tant qu’il fait partie d’un autre mot (Handwerk), devenant
concept (Hand-Werk), ou d’un autre concept (Vorhandenheit,
Zuhandenheit), voire des photos de Heidegger où sont repérés
un « jeu et [un] théâtre des mains ». De la sorte devient
manifeste l’irréductibilité du texte à une philosophie,
à un sytème de propositions, d’énoncés…
Si Derrida entend montrer toute la qualité du texte
heideggérien, il ne le considère pas pour autant comme
un corpus homogène. Au contraire, il veut également
insister sur le côté ambigu, voire contradictoire qui existe
entre certains lieux du texte et d’autres. C’est pourquoi,
de son discours traitant
de la rhétorique et de ce trope,
mais bien de son écriture,
de son traitement de la langue,
et, plus rigoureusement,
de son traitement du trait,
du trait en tous sens : plus
rigoureusement encore du
trait comme mot de sa langue,
et du trait comme entame
traçante de la langue.
psy, p. 67
[…] il ne s’agit pas seulement
pour moi de considérer
les propositions énoncées,
les thèmes et les thèses
au sujet de la métaphore
comme telle, le contenu
(Das Denken). » […] L’analogie
est double : entre Dichten et
Denken d’une part, mais aussi,
d’autre part, entre les deux,
poésie et pensée, et
l’authentique travail de la main
(Handwerk). Penser,
c’est un travail de la main,
dit expressément Heidegger
[…] : « C’est en tout cas
[le penser, das Denken]
un travail manuel
[Es ist jedenfalls ein Hand-Werk,
une œuvre de la main,
en deux mots]. »
psy, p. 426
« Tout le travail de la main
(Handwerk), tout agir (Handeln)
de l’homme est exposé
à ce danger. L’écrire poétique
(Das Dichten) en est aussi
peu exempt que la pensée
34
après avoir rappelé que Heidegger, après la guerre,
a présenté ses propos sur l’essence de la technique comme
une forme de contestation du régime nazi, Derrida signalera
l’ambiguïté politique de cette problématique.
Même si cette pensée de la main, cette méditation sur
la main comme pensée que Heidegger entend distinguer
des organes de préhension, veut s’écarter de l’ordre
de la saisie conceptuelle pour toucher à l’essence du don,
elle reste néanmoins profondément métaphysique
quand elle devient un critère de distinction entre l’humain
et l’animal.
Derrida tient cette proposition pour déterminante
dans le texte de Heidegger, elle témoigne d’un humanisme
que Heidegger dit soustraire à la détermination
métaphysique, mais qui néanmoins reste dogmatique.
à la règle quand il écrit :
« Le singe, par exemple
(je souligne, J.D.), possède
des organes de préhension,
mais il ne possède pas de main
(Greiforgane besitzt z.B.
der A�e, aber er hat keine
Hand). »
psy, p. 428
un symptôme décisif quant
à l’axiomatique essentielle
du discours tenu. Pas plus que
d’autres, classiques
ou modernes, Heidegger
ne me paraît ici échapper
ou le capital dont on sait bien
à qui ces notions étaient
alors associées. De plus,
avec la division du travail,
c’est implicitement
ce qu’on appelle le « travail
intellectuel » qui se trouve
discrédité.
psy, p. 427
du machinisme moderne.
Cette stratégie a des e�ets
équivoques, on s’en doute :
elle ouvre à une réaction
archaïsante vers l’artisanat
rustique et dénonce le négoce
La méditation sur le Hand-Werk
authentique a aussi le sens
d’une protestation artisanaliste
contre l’e�acement ou
l’abaissement de la main dans
l’automatisation industrielle
le fait toujours l’opposition,
elle e�ace les di�érences
et reconduit à l’homogène,
suivant la plus résistante
tradition métaphysico-
dialectique.
psy, pp. 428-429
Dans son contenu même, c’est
une proposition qui […] inscrit
non pas des di�érences mais
une limite oppositionnelle
absolue dont j’ai essayé de
montrer ailleurs que, comme
Je crois, et j’ai souvent cru
devoir souligner que
la manière, latérale ou centrale,
dont un penseur ou un homme
de science parlait de ladite
« animalité » constituait
À ce moment de la conférence, il devient évident pour
le jeune homme que l’écriture pensante de Jacques Derrida
a des portées politiques, et ce depuis les premiers textes,
mais celles-ci deviennent de plus en plus manifestes.
Le lendemain, après le séminaire donné par Jacques Derrida,
le jeune homme lui remettra une liste de questions
dactylographiée la nuit. Après quelques semaines, ce dernier
lui téléphonera pour se dire dans l’incapacité d’y répondre
par écrit, mais lui proposera de répondre oralement lors
d’une rencontre. Ce sera à Ris-Orangis, au domicile
de Jacques Derrida. Rendez-vous est pris, puis reporté suite
à la mort de François Châtelet. Et en�n, le 15 février 1986,
après une nuit passée à Paris à l’hôtel Saint-Augustin, le jeune
homme se rend en train à Ris-Orangis ; Jacques Derrida
l’attend sur le quai, arborant une superbe écharpe rouge.
L’entretien se déroulera au mieux, Jacques Derrida répondant
avec précision aux questions, apportant des détails ignorés,
lui racontant notamment son expérience de Mai 68.
Le jeune homme était certes désormais nanti des précieuses
informations nécessaires pour la rédaction de son texte,
mais il avait appris un élément beaucoup plus important :
la concordance entre des propositions théoriques
de Jacques Derrida et son comportement. L’ouverture à l’autre,
prônée par Derrida, était également un principe de vie,
comme en témoignaient l’accueil amical et la générosité
dont il avait fait preuve à l’égard de ce jeune homme, encore
étudiant, qui n’avait jusque-là écrit qu’un seul texte.
La rencontre est toujours un risque, car on peut admirer
une œuvre et être déçu par l’auteur. Ce fut loin d’être le cas,
que du contraire ! Depuis ce jour de février 1986, jamais
une ombre n’est venue ternir l’amitié et la générosité
de Jacques Derrida à son égard…
36
Ils se retrouveront deux ans plus tard, les 5 et 6 février 1988
à Heidelberg. L’occasion d’un échange entre Gadamer, Lacoue-
Labarthe et Derrida autour de « l’a�aire Heidegger » permettra
à celui qui termine ses études de philosophie de formuler
une nouvelle demande : son mémoire de �n d’études porte
sur les enjeux politiques de la « déconstruction »,
mais il n’a pas accès aux séminaires de Jacques Derrida et
en particulier à celui qui est intitulé « Nationalité et
nationalisme philosophiques ». Jacques Derrida lui propose
alors de venir à Ris-Orangis pour lire le séminaire. Cet homme
encore jeune se rend donc en voiture chez Jacques Derrida
le vendredi 13 mai. Sur le bureau l’attendent plusieurs
gros dossiers : trois années de séminaire, des centaines et
des centaines de pages, car, et ce sera une nouvelle surprise,
chaque séance est rédigée pour être lue, c’est-à-dire écrite
a�n d’être vocalisée, jouée, selon un certain rythme et
un certain ton, avec des improvisations feintes. Pendant
deux jours, à la table de travail de Jacques Derrida,
que celui-ci lui a généreusement laissée pour se retirer
à l’étage, il va découvrir tout un monde : Spinoza, Tocqueville,
Rozensweig, Scholem, Adorno, Arendt, Wittgenstein,
entre autres, jaillissent auprès des auteurs plus « classiques »
tels que Kant, Fichte et Heidegger, pour être lus et commentés ;
les textes étudiés ne sont pas nécessairement
les « grands » textes, mais il peut également s’agir de textes
« mineurs ». Ainsi, ce n’est pas de la Dialectique négative que
traitera Jacques Derrida, mais bien de « Réponse à la question :
qu’est-ce qui est allemand ? », un entretien radiophonique
avec Adorno, pour aborder la problématique de la langue et
de son rapport au nationalisme. Ou encore le rapport de
Hannah Arendt à l’idiome sera détaillé à partir d’un entretien
à la télévision allemande : « Qu’est-ce qui reste ?
Reste la langue maternelle ». Quant à Wittgenstein, l’attention
portera non sur le célèbre Tractatus, mais sur les Remarques
mêlées. Cet homme encore jeune se souvenait-il à ce moment
de ce passage de « L’âge de Hegel » qui met à mal l’opposition
institutionnelle entre texte majeur et texte mineur basée sur
des mécanismes classi�cateurs et hiérarchisants ?
Peut-être se souvenait-il ? Peut-être même a-t-il rapproché
ce passage d’une note de La Carte postale qui tient certains
« petits » textes d’un auteur comme des menaces pour
un système conceptuel ?
Si c’est le cas, il aura alors compris au moins
une caractéristique du séminaire : la mise en pratique
par Jacques Derrida de ses propositions théoriques relatives
à l’enseignement de la philosophie, car l’interrogation
des textes « mineurs » permet de mettre en lumière l’auto-
déconstruction d’un système philosophique particulier,
mais elle est également une étude de l’institution
« journalistique », empirico-
anecdotique, faiblement
philosophique), ce même texte
est un texte « majeur »
(traitant d’un « grand » thème
philosophique, s’expliquant
avec la grande tradition
problématique, donnant
tous les signes de
la profonde re�onsabilité
théorique).
dp, pp. 206-207
plus d’introniser des textes
« mineurs », ou d’exclure,
en les dévalorisant, des textes
« majeurs ». Le même
programme philosophique
peut induire des sentences
évaluatrices ou classi�catrices
apparemment contradictoires :
ce texte est un texte
« mineur » (par exemple :
circonstanciel,
La force qui domine
l’opération classi�catrice
et hiérarchisante donne à lire
ce qu’elle a intérêt à donner
à lire (elle appelle cela grand
texte, texte de « grande portée »),
elle soustrait, exclut ce qu’elle
a intérêt à sous-évaluer et
qu’en général elle ne peut pas lire
(elle appelle cela texte mineur
ou marginal). […] il ne su�t
[…] de petits textes de Freud,
prudemment abandonnés
dans les coins, animaux-
machines tapis dans l’ombre et
menaçant la sécurité
d’un e�ace et d’une logique.
cp, p. 448, note 2
38
de la philosophie et une tentative pour modi�er
ce fonctionnement institutionnel. Ce qui était manifeste
à ses yeux, au moment où il découvrait le motif de ce séminaire,
c’est l’enjeu éthico-politique qui y est inhérent : le point
de départ tient dans la constatation que la détermination
d’une nationalité ou la proclamation de l’existence
d’une nation par la modernité philosophique ne se base
jamais sur des di�érences accidentelles, extérieures
au philosophique, mais bien sur des philosophèmes.
Il ne sera pas fait appel à des faits empiriques (couleur des
cheveux ou de la peau…) pour dé�nir une identité nationale,
mais à des philosophèmes comme l’e�rit, le génie…,
toujours en rapport avec une certaine conception du langage
ou de la langue, foyer d’identi�cation pour un peuple
ou une nation qui lui confère un statut exemplaire :
la �éci�cité de la langue fait du peuple ou de la nation
qui la parle, le peuple ou la nation par excellence, le peuple
ou la nation qui a un destin à accomplir. Quand cette logique
exemplariste est à l’œuvre, il arrive fréquemment
que le nationalisme aille de pair avec le cosmopolitisme :
la caractéristique particulière qui a fantasmatiquement
permis de fonder ou d’identi�er une nation devient l’exemple
à suivre pour les autres nations ou peuples appelés à s’unir,
voire à se fondre dans la nation exemplaire.
Le 14 mai, au moment du départ, Jacques Derrida lui o�rira
De l’e�rit, accompagné d’une dédicace. Ce livre a été écrit
[…] le nationalisme,
l’a�rmation nationale,
en tant que phénomène
essentiellement
moderne, est toujours
un philosophème.
ac, pp. 48-49
dans l’e�ace de ré�exion qui animait le séminaire. Alors que
personne n’imaginait que Heidegger traite de ce concept
(Geist), Jacques Derrida va au contraire démontrer toute son
importance dans l’ensemble de l’œuvre du penseur allemand.
Dès 1927, dans Être et temps, l’e�rit, associé à l’âme,
la conscience, la personne, est considéré comme un concept
métaphysique qu’il convient d’éviter, dira Heidegger ; pourtant,
à la �n de ce même livre, Heidegger écrira le mot entre
guillemets, pour l’éviter sans l’éviter, comme s’il était possible
de le sauver de sa marque latino-cartésienne.
Si une certaine prudence incitait Heidegger à recourir
aux guillemets en 1927, ce ne sera plus le cas en 1933,
dans le tristement célèbre Discours du rectorat, où le nom,
comme son adjectif (geistig), ne sera plus évité, mais célébré
dans un �ectacle où l’e�rit va apparaître, se présenter
lui-même, sans guillemets. Jacques Derrida va montrer
combien Heidegger entend exalter l’e�rit dans ce discours,
en en faisant le pivot de son texte, et notamment dans
ces mots : « Et le monde �irituel (geistige Welt, souligné)
d’un peuple, […] c’est la puissance de conservation la plus
profonde de ses forces de terre et de sang, en tant que
puissance d’émotion la plus intime […] et puissance
d’ébranlement de son existence […]. Seul un monde �irituel
(Eine geistige Welt allein) garantit au peuple la grandeur ».
cité dans es, p. 60

D’après Jacques Derrida, il s’agit là d’une stratégie retorse, qui,
à la fois, entend légitimer le nazisme en le �iritualisant et
Commence alors, à l’autre
bout du même livre,
le lent travail
de réappropriation qui
se confondra […] avec
une re-germanisation.
es, p. 44
Quelque chose que le mot
« e�rit » nomme encore entre
guillemets se laisse ainsi
sauver. L’e�rit revient.
Le mot « e�rit » commence
à redevenir acceptable. […]
40
se démarquer de son idéologie quand elle n’entend pas la terre
et le sang d’un point de vue �irituel, mais naturel, biologique
et racial. Si Jacques Derrida souligne le verbe sembler, c’est
peut-être pour montrer la complexité du propos heideggérien,
dont rien ne vient garantir à coup sûr l’authenticité.
Mais cette stratégie a un prix : en se distinguant, au nom
de l’e�rit, de l’idéologie biologico-raciale, Heidegger
ne peut éviter de cautionner une logique oppositionnelle
et hiérarchique, et donc de se réinscrire dans
la métaphysique de la subjectivité.
Jacques Derrida suivra alors les allées et venues de l’e�rit
dans divers textes de Heidegger, ce qui lui permettra,
entre autres, de retrouver la problématique de la langue
et du nationalisme. Dans l’Introduction à la métaphysique,
Heidegger entend accorder à la langue allemande un privilège
par rapport aux autres langues : elle serait la seule à générer
la même capacité à penser que la langue grecque, caractérisée
appartenir simplement
au camp « idéologique »
dans lequel on en appelle
à des forces obscures,
à des forces qui, elles,
ne seraient pas �irituelles,
mais naturelles, biologiques,
raciales, selon une
interprétation précisément
non �irituelle de « terre
et sang ».
es, pp. 63-65
Mais, d’autre part, en prenant
le risque de �iritualiser
le nazisme, il a pu vouloir
le racheter ou le sauver en le
marquant de cette a�rmation
(la �iritualité, la science,
le questionnement, etc.).
Cela du même coup démarque
l’engagement de Heidegger et
interrompt une appartenance.
Ce discours semble ne plus
D’une part, Heidegger confère
ainsi la légitimité �irituelle
la plus rassurante et la plus
élevée à tout ce dans quoi
et à tous ceux devant qui
il s’engage, à tout ce qu’il
cautionne et consacre ainsi
à une telle hauteur. On
pourrait dire qu’il �iritualise
le national-socialisme. Et on
pourrait le lui reprocher […].
dans une détermination
oppositionnelle, en
en faisant de nouveau
une unilatéralité de
la subjectivité, fût-ce sous
sa forme volontariste.
es, p. 65
[…] on ne peut se démarquer
du biologisme,
du naturalisme, du racisme
dans sa forme génétique,
on ne peut s’y opposer
qu’en réinscrivant l’e�rit
comme « à la fois la plus puissante de toutes (die mächtigste)
et celle qui est la plus �irituelle (geistigste) ».
cité dans es, p. 109

Il y a là une dissymérie, estime Jacques Derrida, entre
les deux langues apparentées et les autres langues du monde,
en quelque sorte, déclarées par Heidegger moins aptes
à penser. Mais cette première dissymétrie s’inclinera devant
une deuxième dissymétrie qui viendra rompre cette alliance
gréco-allemande. En 1953, Heidegger, dans sa lecture
de Trakl, postulera que la langue grecque n’a jamais vraiment
pu dire le Geist tel que le poète l’a pensé : comme �amme
qui en�amme et s’en�amme, comme un lieu
Qu’il s’agisse du grec et, dans une moindre mesure,
du latin, Heidegger ne les rejette pas, mais il les tient pour
inférieurs à l’allemand.
Même si l’on est un homme encore jeune, qui termine
des études de philosophie, on comprend aisément que le livre
de Jacques Derrida est aussi un acte de résistance à Heidegger,
notamment par son titre De l’e�rit, qui fait signe à la fois
vers la tradition philosophique française, entre autres
Helvetius, auteur d’un traité éponyme brûlé à Paris en 1759,
et vers un modèle latin, un De �iritu au style cicéronien.
où la pensée de l’e�rit paraît la
plus idiomatique, quand
la �amme du Geist ne brûle,
pour le meilleur et pour
le pire, qu’au foyer d’une seule
langue.
es, p. 162
Il les dit seulement moins
originaires.
es, p. 163
Heidegger ne disquali�e pas
l’immense sémantique
du sou�e, de la re�iration
ou de l’in�iration qui
s’est imprimée dans le grec
ou dans le latin.
42
Qui plus est, ce titre joue à être une injonction : Heidegger
fait parfois preuve de peu d’e�rit, notamment quand
il disquali�e le français de manière arrogante et naïve,
disant que, « [q]uand [les Français] commencent à penser,
ils parlent allemand : ils assurent qu’ils n’y arriveraient
pas dans leur langue ».
cité dans es, p. 111
À cet Heidegger, Jacques
Derrida lance, de manière très latine et française :
De même, il arrive à Jacques Derrida, semble-t-il,
de se lasser de Heidegger au moment où celui-ci, traitant
de l’animalité, s’emploie à décrire le lézard de manière
pénible, et d’en appeler à un écrivain français :
En 1989, Jacques Derrida est reçu docteur honoris causa
de l’université de Leuven. Il y donne une conférence intitulée
« Politiques de l’amitié ».
Le lendemain, l’homme encore jeune qui travaillera bientôt
à l’université de Louvain-la-Neuve va chercher Jacques Derrida
en voiture, tôt le matin, car celui-ci a accepté de tenir
un séminaire à l’Institut supérieur de philosophie de ladite
université. Après s’être garé dans un parking souterrain
de Louvain-la-Neuve, l’homme encore jeune décide de ne pas
laisser la valise de Jacques Derrida dans le co�re de la voiture.
Il a en tête l’épisode de Prague – de la drogue placée à l’insu
de Derrida dans sa valise, l’arrestation à la douane, la prison –
relaté lors de l’émission « Le bon plaisir de Jacques Derrida »
di�usée le 28 août 1988 sur France-Culture. Bien sûr,
[…] de l’e�rit, que diable !
es, p. 111
Le lézard, dont Heidegger décrit
longuement et laborieusement
le séjour sur la roche au soleil
(et on soupire alors après
Ponge)…
es, p. 82
pense-t-il, il y a peu de risques que les services secrets belges
cachent quoi que ce soit dans cette valise. Bien sûr, Jacques
Derrida a raconté cette aventure deux jours après son retour
dans son séminaire parisien avec un humour extraordinaire,
faisant rire tout le public.
Néanmoins, pense-t-il, il arrive que des vols soient commis
et il est préférable de tran�orter cette valise en lieu sûr.
Le poids du bagage va le surprendre et, chemin faisant,
il s’interroge sur le contenu jusqu’à ce que Jacques Derrida
lui révèle, le sourire aux lèvres, que la valise abrite une statue
de la Vierge de sept kilos, reçue à l’occasion du doctorat honoris
causa. Le séminaire durera plus de deux heures, Jacques
Derrida y abordant d’autres questions que celles de la veille.
Plus tard, ces motifs seront réunis dans un livre, Politiques
de l’amitié, que celui qui est entre-temps devenu assistant
à l’université lira comme un livre écrit pour « les amis »,
mais aussi comme un thriller philosophico-littéraire : Jacques
Derrida va commencer en mettant en avant un mot attribué
à Aristote, « O mes amis, il n’y a nul amy », qui ne pouvait que
générer soit la curiosité, soit l’inquiétude. Pourquoi Jacques
Derrida, qui a tant d’amis dans le monde, reprend-il ce mot ?
Il va tourner autour, le pister dans nombre de textes, le citer
dans di�érentes langues, après avoir pris soin d’e�acer
l’accentuation en grec. Au �l des pages, il va fournir
des indices, minces tout d’abord, puis de plus en plus
importants, qui vont jeter un doute sur cette sentence reprise
par tant et tant de penseurs, d’écrivains. Par exemple :
« O philoi, oudeis philos »
(tel que nous le transcrivons
pour l’instant : sans accent
et sans e�rit car la question
du nombre ressurgira
avec le choix d’écriture
et une décision de lecture).
pol, p. 124
44
La sentence garderait en elle du secret, soigneusement
préservé par Jacques Derrida et néanmoins exhibé comme
secret : la transcription sans accent et sans e�rit accentue
le secret.
En même temps, l’opposition hiérarchique ennemi/ami,
fondement du politique, est patiemment « déconstruite »
pour laisser place à la possibilité d’une amitié sans inimitié
ou hostilité. Alors va pouvoir se donner à lire une autre
sentence portant non sur l’existence de l’ami ou des amis,
voire de l’amitié, mais sur le nombre d’amis : « celui qui a trop
d’amis n’en a aucun ». Par un déplacement d’accent en grec.
Suite à la faute d’un copiste, une sentence sur le nombre
d’amis était devenue une sentence paradoxale sur
la non-existence de l’ami. Après plus de deux cents pages
et un su�ens soigneusement entretenu, Jacques Derrida
révèle qu’une version alternative existe, sans doute plus
en conformité avec le texte d’Aristote. Mais l’amitié est-elle
sauvée pour autant ? Car se pose alors la question du calcul,
donc l’introduction d’une certaine technicité entre les amis.
Combien d’amis est-il bon d’avoir ? Aristote prône le juste
milieu, la modération. Et, l’e�ace de quelques lignes, Jacques
Derrida s’accorde avec le Stagyrite : … on ne peut pas se partager
soi-même entre trop d’amis.
De plus, et pour cette
même raison, ces amis
doivent être amis entre eux.
Cela restreint encore
le nombre, qui n’en fait
l’expérience ?
pol, p. 239
Lui, il se sera partagé à l’extrême entre ses amis ; il aura couru
le monde pour les voir, leur parler, leur lire des textes pendant
des heures, voire des jours, renouant de la sorte,
à sa façon, avec une tradition antique, celle de l’auditorium où
un écrivain pratiquait la recitatio, c’est-à-dire une lecture à voix
haute, basée sur la double opération de l’œil et de la voix.
Sa durée était celle du rouleau et une telle lecture publique,
physiquement éprouvante, permettait de renforcer les amitiés.
Eh bien, grâce à l’avion (dont il avait pourtant, à une époque
de sa vie, une sorte de phobie) ou grâce à sa voiture, grâce
à sa machine à écrire, puis à son ordinateur, il aura réussi
à rejoindre ses nombreux amis. Les rencontrer et faire qu’elles
et ils soient amies et amis, entre elles et entre eux.
Il y a plus. Un autre plus. Après l’examen des deux versions
de la sentence attribuée à Aristote, il va envisager « une autre
amitié ». Les deux versions reposent sur une structure d’appel,
une adresse performative et itérable de telle sorte qu’« il n’y a
jamais un seul ami ». Et il poursuivra :
L’appel, l’adresse performative et itérable semble donc
être « origine » de l’amitié ou de l’amour. Mais de quel appel
est-il question ?
Il pourrait s’agir, car cela paraît au premier examen
tout à fait indi�ensable, d’une promesse, d’une demande,
d’une o�re, d’une déclaration d’amour ou d’amitié,
d’une formule du type : « Je t’aime, peut-être m’entends-tu
dans la nuit » qui excéderait toute reprise dialectique,
une philia hyperbolique et in�exible, une aimance
qui s’adresserait à l’autre pour être entendue. Néanmoins,
ce n’est là qu’une belle tentation, celle du livre Politiques
Non pas qu’il n’y en ait aucun,
mais il n’y en a jamais un seul.
Et un seul, c’est déjà plus d’un,
que je le veuille ou non.
pol, p. 243
46
de l’amitié, dit-il, mais également celle à laquelle ce livre
« se doit de résister, se doit le temps de résister »
pol, p. 246
pour :
1} ne pas transformer le peut-être en programme,
2} ne pas exclure la possibilité que celui qui parle souhaite
ne pas être pleinement entendu,
3} permettre la possibilité de cette philia hyperbolique :
le souhait d’être entendu ne va pas sans la possibilité
de l’échec qui hante chaque situation de parole ou d’écriture.
Cette hantise n’est pas accidentelle, mais structurelle :
c’est le risque du parjure, du crime, du mal radical sans lequel
aucune déclaration, aucun témoignage, aucun acte de foi
ne pourrait avoir lieu. À cela s’ajoute également la nécessité
d’une unilatéralité et d’une dissymétrie de l’appel : une sorte
de don sans retour ni reconnaissance, sans calcul ni exigence
de compréhension, d’entente.
Il faut même désirer
Une telle aimance « originelle », commune à l’amour et
à l’amitié, pourrait permettre de les distinguer, se risque alors
à penser Jacques Derrida : l’amitié supposerait le phénomène
d’une symétrie, d’une réciprocité entre les deux dissymétries,
les deux singularités (l’appel et le contre-appel) ; l’amour
mettrait à nu ou au jour les dissymétries en déchirant ou
en levant le voile phénoménal.
Se poserait alors la question du « statut » de cette aimance,
cette philia « originelle » qu’il a voulu penser pour que restent
possibles l’amour ou l’amitié. Cette aimance, cette philia,
« ne pas savoir qui, l’identité
substantielle de qui est, avant
la déclaration d’amour, à l’origine
de qui donne ou de qui reçoit,
qui a ou n’a pas ce qui se trouve
o�ert ou demandé.»
pol, p. 248
il ne s’agit pas de l’ontologiser, de la réinscrire dans
une histoire de l’être, mais bien plutôt de la laisser rester.
Elle reste. Dire que l’aimance reste, cela signi�e qu’elle reste
avant toute amitié « concrète », qu’elle reste « originairement »,
que sa restance permet que l’amour ou l’amitié surgissent.
Va venir alors pour l’assistant à l’université le temps
des colloques. Entre 1990 et 1995, trois rencontres
internationales lui permettront de partager avec des amis
quelques jours de travail autour et avec Jacques Derrida.
Le premier colloque fut celui de Royaumont, organisé
du 6 au 9 décembre 1990 par Jean-Michel Rabaté et Michaël
Wetzel pour célébrer le soixantième anniversaire de Jacques
Derrida. Ce fut, de l’avis des participants, un colloque
à la fois intime et chaleureux. Les conférences eurent lieu dans
la bibliothèque. Sarah Kofman, sou�rante, ne put se joindre
à l’assemblée, mais Jacques Derrida rassura les organisateurs
en « récupérant » le temps prévu pour l’exposé de celle-là :
Ne vous tracassez pas, dit-il en substance, j’ai de quoi tenir.
Et en e�et, au début de l’après-midi, il sortit de son sac
une épaisse chemise et, exhibant des centaines de pages,
glissa avec un sourire : « Je vous sens un peu inquiets. »
Il commença alors la lecture de Donner le temps. L’assistant,
comme il en fera bien des fois l’expérience par la suite,
fut émerveillé et surpris par la conférence : admiratif devant
la connaissance des auteurs, la multiplicité des références,
la �nesse de la confrontation aux textes et étonné par certains
mots, expressions ou phrases qui vont ouvrir des brèches dans
les évidences. Ainsi, Derrida ne manqua pas de faire suivre
le substantif don par la réserve : « s’il y en a ». La conférence,
dont les premiers mots, après l’exergue, donnait le ton
(« Commençons par l’impossible »), mit à mal toute
philosophie du don associée à la propriété, à la possession,
48
à la subjectivité… qui implique nécessairement un contre-don
(restitution, échange, hommage…). Dès que le don est pris
dans une économie, dans le cercle de l’échange, dans
la reconnaissance…, il cesse d’être un don. Il n’y a de don
qu’impossible :
L’exigence de cette pensée risque néanmoins
de se retourner contre elle, d’exclure le don comme
impossible, de rendre impossible l’impossibilité du don.
D’où une certaine nuance introduite plus tard au nom
de l’inconditionnalité. Le phénomène de don doit être
inconditionnel, irruptif, immotivé, désintéressé : il tient
au kairos, à la « faveur de l’occasion ».
de donner, à se payer d’une
reconnaissance symbolique,
à se féliciter, à s’approuver,
à se grati�er, à se congratuler,
à se rendre symboliquement
la valeur de ce qu’il vient
de donner, de ce qu’il croit
avoir donné, de ce qu’il
s’apprête à donner.
dt, pp. 26-27
un équivalent symbolique.
[…] Le symbolique ouvre et
constitue l’ordre de l’échange
et de la dette, la loi ou l’ordre
de la circulation où s’annule
le don. […] À la limite, le don
comme don devrait ne pas
apparaître comme don :
ni au donataire, ni au donateur.
[…] Si l’autre le perçoit,
s’il le garde comme don, le don
s’annule. Mais celui qui donne
ne doit pas le voir ou le savoir
non plus, sans quoi
il commence, dès le seuil,
dès qu’il y a intention
Pour qu’il y ait du don, il faut
que le donataire ne rende pas,
n’amortisse pas, ne rembourse
pas, ne s’acquitte pas, n’entre
pas dans le contrat, n’ait jamais
contracté de dette. […] Il faut,
à la limite, qu’il ne reconnaisse
pas le don comme don.
S’il le reconnaît comme don,
si le don lui apparaît comme tel,
si le présent lui est présent
comme présent, cette simple
reconnaissance su�t pour
annuler le don. Pourquoi ?
parce qu’elle rend, à la place,
disons, de la chose même,
énigmatique qui se loge en
cette événementialité donatrice.
Il y faut du hasard, de
la rencontre, de l’involontaire,
voire de l’inconscience
ou du désordre, et il y faut
de la liberté intentionnelle,
et que ces deux
conditions s’accordent –
miraculeusement,
gracieusement – l’une
à l’autre.
dt, pp. 157-158
qu’à l’intentionnalité.
Cependant, tout ce qui relève
du sens intentionnel menace
aussi le don de se garder,
d’être gardé dans sa dépense
même. D’où la di�culté
Il n’y a pas de don sans
intention de donner. Le don ne
peut avoir qu’une signi�cation
intentionnelle – aux deux sens
de ce mot qui renvoie aussi
bien à l’intention
L’assistant comprit alors, peut-être confusément,
qu’une des démarches de Jacques Derrida était d’accepter
l’aporie, de la penser, de la déployer plutôt que de la dénier,
parce qu’elle est à l’œuvre partout : dans le don, dans le deuil,
dans la �délité, l’amitié, l’amour…
Apories. Ce sera le titre, accompagné du sous-titre « Mourir –
s’attendre aux ‹ limites de la vérité › », de la conférence
prononcée par Jacques Derrida le 15 juillet 1992, le jour
de ses soixante-deux ans, lors d’une décade de Cerisy-la-Salle,
organisée par Marie-Louise Mallet. Sa conférence mettra en
évidence l’importance de l’aporie dans son travail. Rappelant
son intérêt pour ce motif dès Marges, il précisera que l’aporie,
en tant qu’impasse, n’est pas quelque chose contre quoi
on écrit (c’est-à-dire qu’on ne peut pas s’appuyer sur elle
pour en faire un fondement ou un soutien) ni quelque chose
à partir de quoi on écrit (elle n’est donc pas plus un point
de départ qui permettrait de la congédier tout en la saluant).
Non. L’aporie est autre. Elle demande à ce qu’on reste
en elle, à ce qu’on y demeure sous le mode de l’endurance.
Jacques Derrida va alors convoquer un autre motif, celui
de l’expérience, plus pertinent encore que celui d’endurance
pour dire son geste. L’aporie ne peut être prise dans
un processus dialectique : aucune Aufhebung pour l’aporie,
aucune relève ni réduction pour elle.
J’essayais alors de me mouvoir
non pas contre ou à partir
de l’impasse mais, d’une autre
manière, selon une autre
pensée, peut-être plus
endurante, de l’aporie.
a, p. 32
Le mot signi�e aussi passage,
traversée, endurance, épreuve
du franchissement, mais
peut être une traversée
sans ligne et sans frontière
indivisible.
a, pp. 34-35
Et si donc l’aporie exotérique
restait d’une certaine manière
irréductible, appelant en tout
cas une endurance, disons
plutôt une expérience […].
Que serait une telle expérience ?
50
Une telle expérience de l’aporie, qui peut prendre la forme
d’une « logique » du X sans X telle que Jacques Derrida l’a lue
chez Maurice Blanchot, semble proche de la via negativa, voie
d’approche de Dieu par le renoncement à la détermination.
Ce rapprochement n’est pas fortuit, car il s’agit de maintenir
la possibilité de décider tout en gardant la mémoire
de l’oscillation entre les choix ; autrement dit d’a�rmer,
de trancher autrement que par rapport à la « bonne
conscience », de la certitude subjective, de la conscience de soi
dans sa forme assurée. En e�et, toute décision s’appuyant sur
un savoir, sur une certitude scienti�que, sur un programme,
n’est en rien re�onsable, dans la mesure où le choix est dicté
par cette conscience d’avoir raison.
L’application d’une norme n’est jamais, pour Jacques
Derrida, une forme de la re�onsabilité inconditionnelle.
L’expérience de l’aporie ouvre à une « logique plurielle »,
paradoxale en ceci que :
Trois types d’aporie sont alors dégagés par Jacques Derrida :
1} le non-passage d’une frontière infranchissable ;
2} le non-passage d’une limite inexistante, d’une frontière
trop poreuse pour encore pouvoir arrêter ;
3} le non-passage comme impossible, l’aporie sans lieu.
Ce troisième type d’aporie paraît le plus radical.
[…] le partage entre de
multiples �gures de l’aporie
n’oppose pas les unes
aux autres mais installe
la hantise de l’une dans
l’autre.
a, p. 44
de lieu pour une aporie
déterminée comme expérience
du pas ou du bord,
franchissement ou non
de quelque ligne, rapport
à quelque �gure �atiale
de la limite […]. Il n’y aurait
même pas de place pour
l’aporie, faute de conditions
topographiques ou,
plus radicalement, faute
de la condition topologique
elle-même.
a, pp. 46-47
démarche, déplacement ou
remplacement, kinèse en
général […]. L’impasse même
serait impossible. […].
Il y aurait dans ce cas aporie
parce qu’il n’y a même pas
[…] l’impossible, l’antinomie
ou la contradiction est un non-
passage parce que son milieu
élémentaire ne donne plus lieu
à quelque chose qu’on puisse
appeler passage, pas, marche,
Jacques Derrida entamera alors une longue ré�exion sur
la mort, ouverte par la question :
Le trajet sera impressionnant : toute une relecture
de Sein und Zeit sera déployée, en commençant par le rappel
(à vrai dire la découverte, en ce qui concernait l’assistant)
de la distinction posée par Heidegger entre la �n du vivant,
le verenden dont la traduction la plus parlante est « crever »,
le sterben (mourir) réservé au Dasein à qui il arrive également
de décéder (ableben), formule d’abord juridico-légale pour
décrire l’acte : quitter la vie. Pour le penseur allemand,
les animaux périssent ou crèvent, sans décéder, mais seul
le Dasein peut proprement mourir. Tirant les conséquences
de cette distinction, Jacques Derrida en vient à a�rmer que,
d’une part, tout vivant en tant que vivant ignore la mort
comme telle et que, d’autre part, celui qui dit « je » dans
ce texte, en tant que Dasein, ne connaîtra pas la �n, sera donc,
dans un certain sens, immortel.
Pour Heidegger, la mortalité du Dasein prime. C’est à elle
seule qu’il convient de se référer pour interpréter, voire
rejeter le deuil, la revenance, la survivance… Le geste sera
toujours le même : il consistera à renvoyer ces questions aux
sciences « dérivées » que sont, selon Heidegger, psychologie
et psychanalyse, métaphysique et théologie. En une phrase-
choc, Jacques Derrida le pointait :
impérissable : je ne �nis pas,
je n’en �nis jamais, je sais que
je ne prendrai pas �n.
a, p. 76
Le Dasein, le Dasein en tant
que tel, ne connaît pas la �n
au sens de verenden.
De ce point de vue du moins
et en tant que Dasein, je suis
sinon immortel du moins
Ma mort est-elle possible ?
a, p. 48
L’analytique existentiale
ne veut rien connaître
du revenant et du deuil.
a, p. 110
52
L’expression « ne veut rien connaître » donne l’image
d’un Heidegger assez peureux, se cachant les yeux
au moindre risque de survenue d’un fantôme. L’assistant
comprenait alors, mais toujours assez confusément,
que le rapport de Jacques Derrida à cet homme peu enclin
à s’intéresser à de telles questions était tout sauf simple.
Bien plus tard, il lira que ce rapport était double, à la fois fait
Le rapport était double, l’image l’était également.
Peut-être y a-t-il toujours un moment dans les conférences
et les textes que Jacques Derrida a consacrés à Heidegger
où le grand penseur se transforme en un gros un peu vulgaire
et inculte, notamment en matière de littérature. Peut-être,
en 1992, à Cerisy, Jacques Derrida soupirait-il après
Shake�eare quand il évoquait Heidegger ne voulant rien
connaître de la �ectralité et de la survivance.
d’admiration, de re�ect,
de reconnaissance et, en même
temps, d’allergie profonde
et d’ironie… �
un peu vulgaire, inculte
à certains égards – du point
de vue de la littérature,
des arts. �
Pour moi, il y a deux images
de Heidegger : il y a l’image
de Heidegger grand penseur
et l’image d’un gros, pesant,
dans le plus vivant du présent
vivant, le rétroviseur
d’un s’attendre-à-la-mort
à chaque instant, le futur
antérieur qui précède même
le présent qu’il paraît
seulement modi�er…
a, p. 102
[…] la survivance structure
chaque instant dans une sorte
de torsion irréductible,
celle d’une anticipation
rétro�ective introduisant
le contretemps et le posthume
Entretien avec
D. Janicaud, Heidegger
en France, II. Entretiens,
Paris, Albin Michel,
p. 103.
D’un point de vue philosophique, Heidegger, en préférant
la mortalité du Dasein à sa survie, se situerait du côté de Kant
et de la �nitude originaire sans tenir compte de l’objection
de Hegel avançant une certaine aporie.
Ou encore :
Ce n’est pas que Heidegger ait tort, mais il ne peut élaborer
son analytique existentiale qu’en faisant prévaloir
de manière absolue « l’originarité pré-archique du propre,
de l’authentique, de l’eigentlich »
A, p. 104
, c’est-à-dire
en restant encore dans une per�ective phénoménologico-
métaphysique. Jacques Derrida le montrera en mesurant
la tension et l’écart entre le comme (als) et l’en tant que tel
(als solche) à l’œuvre dans la dé�nition de la mort par
Heidegger comme possibilité la plus propre du Dasein
en tant que sa propre impossibilité.
[…] on ne peut pas
penser la �nitude originaire
sans l’enlever sur fond
d’in�ni, ni l’être-à-mort
sans partir
de l’immortalité.
a, p. 103
[…] qu’on est toujours
déjà de l’autre côté
de l’ici…
a, p. 103
le plus impensable mais
il n’est pas encore le « als solche »
(en tant que tel) car nous
aurons à nous demander
comment une possibilité
(la plus propre) en tant
qu’impossibilité peut encore
apparaître en tant que telle sans
di�araître aussitôt, sans que
le « comme tel » sombre d’avance
et sans que sa di�arition
essentielle fasse perdre
au Dasein tout ce qui
le distingue – et d’autres
formes d’étant et même
du vivant animal en général,
de la bête. Et sans que
son mourir-proprement soit
originairement contaminé,
parasité, contrebandé
par le périr et par
le décéder.
a, pp. 125-126
[…] le Dasein est comme
d’intelligence (Verstehen) avec
sa propre mort. Celle-ci est
à la fois sa possibilité la plus
propre et cette même possibilité
(la plus propre) en tant
qu’impossibilité (donc
la moins propre, dirais-je,
mais Heidegger ne le dira
jamais ainsi). Le « als » (comme,
en tant que) garde en réserve
54
Le trajet ouvert par la question de la possibilité de ma mort
se ferme provisoirement sur l’impossibilité pour
l’impossibilité d’apparaître en tant que telle, c’est-à-dire
sur l’impossibilité d’une simple phénoménologie
de l’impossibilité. Pourquoi simple phénoménologie ? Parce
que reste une aporétique phénoménologie de l’inapparent :
l’impossibilité apparaît en di�araissant ou di�araît aussitôt
qu’elle apparaît. En termes quasi blanchotiens, on dira que
l’impossibilité n’arrive qu’à s’e�acer.
Dès lors, et le retournement est abyssal, le Dasein n’a jamais
accès à la mort comme telle, à sa propre mort, mais seulement
au périr ou au décéder : ce qui peut apparaître au Dasein
comme tel, c’est uniquement l’impossibilité d’apparaître
comme tel.
Alors que Heidegger accordait un privilège incommensurable
au mourir comme possibilité de l’impossibilité,
Jacques Derrida inscrit le « s’attendre à la mort » comme
une des modalités de l’aporétique ; c’est pourquoi la �n
de sa conférence traite du droit à l’aporie. Mais ce droit
à l’endurance de l’aporie, dans sa forme ultime, est lui-même
aporétique, dans la mesure où il n’y a pas de phénoménologie
de l’aporie.
qu’à s’e�acer, c’est encore
les tracer comme possibles
tout en y introduisant
ou en y laissant s’insinuer
le principe même de
leur impossibilité, ce principe
de ruine qui est aussi
leur chance et qui promet
la ligne en la compromettant
dans le parasitage, la gre�e,
la divisibilité. Ce principe
de ruine n’est autre que
la mort, non pas le mourir-
proprement mais, ce qui est
tout autre chose, la �n
du proprement-mourir.
a, p. 129
Tout se concentre donc dans
cette énigme du « comme tel »
et de l’apparaître qui à la fois
marque et e�ace […].
Marquer et e�acer à la fois
ces lignes qui n’arrivent
ou l’homme comme Dasein
n’a jamais, lui non plus,
rapport à la mort comme telle,
seulement au périr, au décéder,
à la mort de l’autre qui n’est
pas l’autre.
a, p. 133
[…] si la mort est bien
la possibilité de l’impossible
et donc la possibilité
de l’apparaître comme tel
de l’impossibilité d’apparaître
comme tel, l’homme
[…] l’aporie ne peut jamais être
simplement endurée comme telle.
L’aporie ultime, c’est
l’impossibilité de l’aporie
comme telle.
a, p. 137
Dans cette « logique » (mais il faudrait renoncer à ce terme qui
reste trop marqué par le logos) aporétique, ce qu’on appelle
« mort » n’est qu’un nom parmi d’autres du possible comme
impossible : on peut lui substituer, s’il y en a, comme
le précise Jacques Derrida, « amour », « amitié », « ho�italité »,
« don », « autre », « témoignage »…
Membre du jury de thèse de Françoise Dastur, Jacques
Derrida reviendra à Louvain-la-Neuve en juin 1993. Ce sera
l’occasion pour l’assistant de l’inviter à un repas dans un
restaurant cambodgien et de lui faire part du projet de colloque
auquel il ré�échit après avoir participé à ceux de Royaumont
et de Cerisy. Il souhaite organiser en juillet 1995 une rencontre
de plusieurs jours au cours de laquelle on étudierait
les rapports de Jacques Derrida à la littérature. Ce dernier
va alors promettre de venir et d’y intervenir.
La promesse sera tenue. Du lundi 24 juillet au samedi
29 juillet 1995, Jacques Derrida animera avec générosité
le colloque « Passions de la littérature avec Jacques Derrida ».
Sa conférence inaugurale, « Demeure. Fiction et témoignage »
(d’abord publiée dans les actes du colloque, puis reprise sous
le titre Demeure. Maurice Blanchot sous forme de livre), sera
à la fois une interrogation des rapports entre �ction et vérité
autobiographique, entre �ction et témoignage, et
un commentaire mot à mot du texte de Maurice Blanchot,
« L’instant de ma mort ». La conférence comportera donc
deux parties : l’une, plus « théorique », tournera autour
des paradoxes liés aux « concepts » de littérature,
de témoignage, de présent ; l’autre, plus « pratique », procédera
par une lecture minutieuse d’un texte. De la sorte Jacques
Derrida organisera sa conférence selon les « deux styles »
de la déconstruction.
cf fo, p. 48
56
Le motif du témoignage traverse nombre de textes
de Jacques Derrida ; dans Apories, il avait déjà été traité
de l’impossibilité pour le Dasein de témoigner de sa propre
mort. Demeure fut l’occasion de rappeler la part �ctionnelle
de tout témoignage et donc un certain rapport entre
celui-ci et la littérature.
Il ne s’agit pas de refuser la pratique juridique du témoignage,
mais plutôt de l’accepter, malgré son impossibilité et malgré
sa part pharmaceutique, chance et menace. Le témoignage
a une structure bi�de : il relève de la narration, du récit,
mais ne s’y réduit pas. Le martyr n’est pas un récitant, mais
un corps o�ert :
Si cette possibilité qu’il semble
interdire était e�ectivement
exclue, si le témoignage,
dès lors, devenait preuve,
information, certitude ou
archive, il perdrait sa fonction
de témoignage. Pour rester
témoignage, il doit donc
se laisser hanter. Il doit
se laisser parasiter par cela
même qu’il exclut de son for
intérieur, la possibilité,
au moins, de la littérature.
C’est sur cette limite
indécidable que nous allons
essayer de demeurer.
Cette limite est une chance
et une menace, la ressource
à la fois du témoignage et
de la �ction littéraire, du droit
et du non-droit, de la vérité et
de la non-vérité, de la véracité
et du mensonge, de la �délité
et du parjure.
dem, pp. 30-31
en déclarant ou en insinuant :
ce que je vous dis là garde
le statut d’une �ction littéraire.
Et pourtant, si le testimonial
est en droit irréductible
au �ctionnel, il n’est pas
de témoignage qui n’implique
structurellement en lui-même
la possibilité de la �ction, du
simulacre, de la dissimulation,
du mensonge et du parjure –
c’est-à-dire aussi de
la littérature, de l’innocente
ou perverse littérature qui joue
innocemment à pervertir
toutes ces distinctions.
Dans notre tradition juridique
européenne, un témoignage
devrait rester étranger
à la littérature et surtout, dans
la littérature, à ce qui se donne
comme �ction, simulation
ou simulacre, ce qui n’est pas
toute la littérature. Un témoin
témoignant, explicitement
ou non sous serment, là où
sans pouvoir ni devoir prouver,
il fait appel à la foi de l’autre
en s’engageant à dire la vérité,
aucun juge n’acceptera qu’il
se décharge ironiquement
de sa re�onsabilité
présent. Le martyr, quand
il témoigne, il ne raconte pas
d’histoire, il s’o�re.
Il témoigne de sa foi
en s’o�rant ou en o�rant
sa vie ou son corps, et cet acte
de témoignage n’est pas
seulement un engagement,
mais sa passion ne renvoie
à rien d’autre qu’à son moment
présent.
dem, p. 44
L’essence du témoignage ne
se réduit pas nécessairement
à la narration, c’est-à-dire
aux rapports descriptifs,
informatifs, au savoir ou
au récit ; c’est d’abord un acte
Néanmoins ce présent, l’instant du témoignage,
est également a�ecté par une certaine divisibilité. Bien sûr,
le témoignage repose sur la possibilité de la présence
du témoin et d’une indivisibilité de l’instant :
Mais, montrera Jacques Derrida, le concept même
de témoignage va mettre à mal cette exigence de l’instant
comme « condition de possibilité » du témoignage.
Le témoignage s’a�ecte lui-même, se marque du sceau
de sa propre impossibilité :
divisible, si le moment
où je témoigne est divisible,
si mon attestation est
divisible, à ce moment-là
elle n’est plus �able,
elle n’a plus cette valeur
de vérité, de �abilité
ou de véracité à laquelle
elle prétend absolument. Par
conséquent, il faut l’instant
pour le témoignage.
dem, p. 36
deux instants après,
le lendemain et pour l’éternité,
d’une certaine manière.
Or cette répétition emporte
l’instant hors de lui-même.
Par conséquent, l’instant est
instantanément,
à l’instant même, divisé,
détruit parce qu’il rend
possible pourtant –
le témoignage.
dem, pp. 36-37
témoignage, il faut aussi
qu’il y ait un enchaînement
temporel, des phrases
par exemple, et surtout que
ces phrases promettent
leur propre répétition, et donc
leur propre reproductibilité
quasi technique. Quand
je m’engage à dire la vérité,
je m’engage à répéter la même
chose, un instant après,
Il faut être présent soi-même,
lever la main, parler
à la première personne
et au présent, et cela pour
témoigner d’un présent,
d’un moment indivisible,
c’est-à-dire à un certain point
d’un moment rassemblé
à la pointe d’une instantanéité
qui doit résister à la division.
Si ce dont je témoigne est
Oculaire, auditive, tactile,
la perception sensible
du témoin doit être
une expérience. À ce titre,
une synthèse constituante
y enchaîne le temps et donc
ne se limite pas à l’instant.
Au moment où l’on est témoin
et au moment où l’on atteste,
« bearing witness »,
à l’instant où l’on porte
58
Impossibilité du témoignage, également parce que
celui-ci est constitué d’une double « logique » qui, à la fois,
relève de la singularité et de l’universalité. Nul ne peut
se substituer au témoin qui reste unique ; nul ne peut occuper
la place à l’instant où il l’a occupée et qui garantit dès lors
la singularité du témoignage. Et pourtant l’engagement
du témoin à dire la vérité implique que quiconque puisse,
s’il avait été à la place du témoin, produire et répéter le même
témoignage.
La deuxième partie de la conférence sera consacrée au texte
de Maurice Blanchot qui est, selon Derrida, un témoignage
« en régime littéraire », redoublé par d’autres témoignages,
non littéraires ceux-là, attestant du même événement,
à savoir que l’écrivain a été presque fusillé en 1944.
Lire le texte de Blanchot comme « une chose littéraire »,
marquée du sceau de la �ction, implique donc de ne pas
associer immédiatement le narrateur, personnage �ctionnel,
et l’écrivain, personnage réel. Nous devons résister à ce désir
de voir Blanchot dans le narrateur, il y va de la littérature
comme institution démocratique, même si, dans le cas
d’un tel texte faisant partie d’une œuvre qui perturbe toute
organisation générique, la frontière entre réalité et �ction
place. En disant : je jure de dire
la vérité là où j’ai été le seul
à voir ou à entendre, et où
je suis seul à pouvoir l’attester,
c’est vrai dans la mesure
où n’importe qui à ma place,
à cet instant, aurait vu
ou entendu ou touché la même
chose, et pourrait répéter
exemplairement,
universellement, la vérité
de mon témoignage.
L’exemplarité de l’« instant »,
ce qui en fait une « instance »,
si vous voulez, c’est qu’elle est
singulière, comme toute
exemplarité, singulière
et universelle, singulière
et universalisable. Le singulier
doit être universalisable,
c’est la condition
testimoniale.
dem, pp. 47-48
de cela et de cela en un ici-
maintenant, c’est-à-dire en
un instant pointu qui supporte
justement cette exemplarité.
L’exemple n’est pas
substituable ; mais en même
temps, c’est toujours la même
aporie qui demeure, cette
irremplaçabilité doit être
exemplaire, c’est-à-dire
remplaçable. L’irremplaçable
doit se laisser remplacer sur
Là où je témoigne, je suis
unique et irremplaçable.
Et à la pointe de cette
irremplaçabilité, de cette
unicité, encore une fois,
il y a l’instant. Même si nous
avons été plusieurs à participer
à un événement, à assister à
une scène, le témoin ne peut
témoigner que là où il a�rme
qu’il était à une place unique
et où il pouvait témoigner
semble ténue. Néanmoins, ce que nous apprend cet incipit,
c’est que dès qu’un texte se donne comme un acte de mémoire,
dès qu’un texte commence par un « JE ME SOUVIENS
[par exemple] d’un jeune homme », il y a et division du sujet,
et convocation de plusieurs âges. Qu’il s’agisse d’un texte
littéraire ou non littéraire.
La suite de la conférence de Jacques Derrida consistera
en une lecture �ne et minutieuse du texte de Maurice
Blanchot. Quant à la problématique du témoignage,
elle sera sans cesse traitée et étudiée dans les années
à venir, conjointe à celles du mensonge, du parjure,
de la promesse…
Les actes du colloque seront publiés grâce à l’aide de
Jacques Derrida et à la bienveillance de Michel Delorme,
directeur des éditions Galilée, où sont édités la grande
majorité des textes du penseur.
Quelques jours après le colloque, le 3 août 1995, Jacques
Derrida enverra à l’assistant une lettre rédigée à même
le programme du colloque qui comportera, bien sûr, des mots
de remerciements, mais aussi une con�dence sur
l’impossibilité à trouver le repos due aux « monstres – du
dehors et du dedans – qui ont décidé de ne jamais [lui] laisser
du répit ». Jacques Derrida devait, dans l’urgence, rédiger
une intervention en faveur de Mumia Abu-Jamal, condamné
à mort aux États-Unis et qui risquait d’être exécuté.
Jacques Derrida n’est pas seulement l’auteur de dizaines
de grands livres, il est également le signataire de nombreux
textes de soutien, lettres de protestation ou de défense
ou interventions dans des revues ou des journaux.
Toute une activité politique ignorée par ceux qui l’ont accusé
d’un désintérêt pour les droits de l’homme. Lorsqu’on est
confronté à des questions éthico-politiques urgentes,
60
pensait Derrida, une opposition simple et radicale est
nécessaire dans un premier temps, comme en témoigne
le texte qui servira de préface à la traduction du livre
de Mumia Abu-Jamal, Live from the Death Row, publié
en 1995 aux États-Unis.

Mais une telle opposition
ne su�t pas et il faut tenter, a�n de ne pas perdre
le béné�ce de cette prise de position, de rechercher
des lieux où la récupération d’une quelconque prise
de position n’est plus possible. Dès 1984,
Jacques Derrida dessinait un champ d’action :
Rien de surprenant, dès lors, que Jacques Derrida consacre
à la peine de mort deux années de séminaire, de 1999 à 2001
(dont on trouvera trace dans plusieurs livres postérieurs
à ce séminaire) a�n d’aller au-delà de la simple opposition
pour éviter la réappropriation, pour inventer un lieu
inaccessible à la machine dialectique. Il montrera tout d’abord
combien l’opposition à la peine de mort se révèle di�cile,
car les arguments abolitionnistes sont retournés et utilisés par
les anti-abolitionnistes. À vrai dire, il s’agit souvent beaucoup
moins d’une opposition au principe de la peine de mort que
d’une opposition contre la cruauté de la peine de mort : ainsi,
rappellera Jacques Derrida, la Cour suprême des États-Unis
retourner et réapproprier
en philosophie. La machine
dialectique de Hegel
est cette machination même.
Elle est ce qu’il y a de plus
terri�ant dans la raison.
Penser la nécessité
de la philosophie, ce serait
peut-être se rendre en des lieux
inaccessibles à ce programme
de réappropriation. Je ne suis
pas sûr que ce soit simplement
possible et calculable, c’est ce
qui se dérobe à toute assurance,
et le désir à cet égard ne peut
que s’a�rmer, énigmatique
et sans �n. �
Orient, en Afghanistan,
au Salvador, au Chili
ou en Turquie, aux
manifestations de racisme
plus près de nous, et à tant
de choses plus singulières
et sans nom d’État ou de nation.
Mais il est vrai – et il faut
mettre ces deux logiques
en rapport – que les critiques
frontales se laissent toujours
Les critiques frontales
et simples sont toujours
nécessaires, elles sont la loi
de rigueur dans l’urgence
morale et politique, même
si on peut discuter de
la meilleure formulation pour
cette rigueur. Frontale et
simple doit être l’opposition
à ce qui se passe aujourd’hui
en Pologne ou au Moyen-
Ce livre, avec la préface
de Jacques Derrida datée
du 1
er
août 1995, a été
traduit et publié
en 1996 par les éditions
La Découverte
sous le titre: En direct
du couloir de la mort.
Entretien
avec Le Monde,
Éd. La Découverte/
Le Monde, 1984,
p. 78-90.
62
a su�endu en 1972 l’application de la peine de mort,
car celle-ci était tenue pour « cruelle » et donc incompatible
avec deux amendements de la Constitution américaine.
Cinq années plus tard, divers États reprendront les exécutions
sous le mode de l’injection léthale, jugée non cruelle, et ce,
avec l’accord de la Cour suprême. Comme Jacques Derrida
le démontrera longuement dans États d’âme de la psychanalyse,
il peut y avoir une cruauté qui ne fait pas couler le sang.
Et il opposera à l’Union européenne, qui a aboli la peine
de mort, les États-Unis,
Sans doute n’est-ce pas sans raison politique, car la peine
de mort est étroitement liée à la souveraineté de l’État,
ce qui explique sans doute que les conventions internationales
ne se soient pas opposées à son principe :
injuste, et barbare,
une cruauté désormais
non sanglante, la « lethal
injection ».
eap, p. 63
le dernier des pays
occidentaux, de �liation
européenne et chrétienne,
qui maintienne et applique
massivement, avec une cruauté
de plus en plus obscène et
de la peine de mort,
mais de façon implicite,
sans la condamner
et surtout sans contraindre
à ce sujet les États
souverains.
eap, pp. 78-79
C’est en ajoutant aux droits
de l’homme le « droit à la vie »
que nombre de conventions
internationales de ce dernier
demi-siècle se sont élevées,
certes, contre la cruauté
Jacques Derrida mettra également en évidence le rôle joué
par la tradition philosophique dans la justi�cation de la peine
de mort. Déjà mise en place dans les dialogues platoniciens,
celle-ci se poursuivra au �l des siècles, devenant chez Kant,
par exemple, la garante de la dignité de l’homme,
de la possibilité du droit et de l’existence même de l’État.
Il s’agit là d’un
Et pourtant, bien que certains écrivains ou certains textes
littéraires fassent l’éloge de la peine de mort, Jacques Derrida
verra dans la littérature comme institution une tradition
abolitionniste dont Hugo, par ses textes et en particulier
son discours de 1848 réclamant l’abolition de la peine
de mort, sera un des plus grands représentants :
[celui qui publie en 1948
« La littérature et le droit
à la mort »], même quand
ils parlent de littérature.
Le sacri�ce élève, il surmonte
l’égoïsme et l’angoisse de la vie
individuelle. Entre le droit
et la mort, entre le droit pénal
et la peine de mort, il y a une
indissociabilité structurelle,
une dépendance mutuelle
a priori inscrite dans le concept
de droit, du droit de l’homme,
du droit humain, tout autant
que dans le concept de mort,
de mort non naturelle, donc
de mort décidée par une raison
universelle, voire par l’État,
par l’état de droit de l’État
actuel ou l’état de droit
d’un État à venir. Il s’agit
toujours d’une mort qu’on
donne ou qu’on se donne
souverainement.
par, pp. 277-278
droit qui renoncerait à inscrire
en lui la peine de mort ne serait
pas un droit. Ce ne serait pas
un droit humain, ce ne serait
pas un droit digne de la dignité
humaine. Ce ne serait pas un
droit. Pas un droit de l’homme.
L’idée même du droit implique
que quelque chose vaut plus
que la vie. La vie doit ne pas
être sacrée comme telle, elle doit
pouvoir être sacri�ée pour
qu’il y ait du droit. L’idée
du sacri�ce est commune aussi
bien à Kant, Hegel, Heidegger
qu’à Bataille et à ce Blanchot-là
philosophème classique
de toutes les grandes
philosophies du droit
favorables à la peine de mort,
par exemple le noyau logique
de la philosophie du droit
de Kant et de Hegel. La dignité
de l’homme, sa souveraineté,
le signe qu’il accède au droit
universel et s’élève au-dessus
de l’animalité, c’est qu’il se
dresse au-dessus de la vie
biologique. Il met sa vie en jeu
dans le droit, il risque la vie,
il a�rme ainsi sa souveraineté
de sujet ou de conscience. Un
implicitement, le droit
de la littérature, le droit
à la littérature non pas comme
droit à la mort – et à la terreur –
mais comme droit à la vie,
droit au-delà du droit et droit
à l’abolition de la peine
de mort.
par, p. 272
[…] il [Hugo] illustrait mieux
que quiconque une noble
tradition politique et littéraire
française, de Voltaire à Camus :
l’homme écrivain citoyen
inscrivait, au moins
Maurice Blanchot, même s’il a semblé partager
le philosophème classique associant à la peine de mort,
le sacri�ce et la souveraineté du sujet, participe lui aussi
de cette a�rmation du droit à la vie. Jacques Derrida le dira
avec force dans son hommage à cet écrivain qui fut aussi
un de ses amis :
D’une certaine façon, Jacques Derrida l’aura répété sans cesse :
l’écriture est du côté de la vie, à l’inverse de ce qu’a avancé
toute une tradition métaphysique ; l’écriture est pour
la vie, pour la vie excédant l’opposition entre la vie et la mort
et n’ayant rien à voir avec la mort ; oui, l’écriture est pour la vie
pour la vie (et non la vie pour la mort), pour la sur-vie.
Ainsi, à propos de l’économie psychique freudienne qui doit
composer avec une apparence anéconomique de la pulsion
de mort comme au-delà des principes de plaisir et de réalité
pour la réinscrire dans cette économie du possible, Jacques
Derrida avancera la nécessité d’une inconditionnalité,
d’une a�rmation originaire, d’un au-delà de l’au-delà :
et le vivre, et la lumière
de l’apparaître. Nous en avons
mille signes et dans ses textes
et dans la façon dont il a tenu
à la vie, dont il a préféré la vie,
jusqu’à la �n.
cfu, p. 327
[…] au-delà de sa constante
attention à la mort,
à cet événement sans
événement du mourir, […]
Maurice Blanchot n’a aimé,
il n’aura a�rmé que la vie
une vie im-possible sans doute,
une sur-vie, et non
symbolisable, mais la seule
qui vaille d’être vécue, sans
alibi, une fois pour toutes,
la seule à partir de laquelle
(je dis bien à partir de laquelle)
une pensée de la vie est
possible. D’une vie qui vaille
encore d’être vécue, une seule
fois pour toutes. Justi�er
un paci�sme, par exemple,
et le droit à la vie, cela ne
peut se faire, de façon radicale,
à partir d’une économie
de la vie, ou de ce que Freud
allègue, nous l’avions entendu,
sous les noms d’une
constitution biologique
ou d’une idiosyncrasie. Cela
ne peut se faire que depuis
une sur-vie qui ne doit rien
à l’alibi de quelque au-delà
mytho-théologique.
eap, pp. 82-83
de mort et de pouvoir,
la cruauté et la souveraineté
se déterminent comme
« au-delà » des principes.
L’a�rmation originaire,
qui d’avance ainsi s’avance,
elle se prête plutôt qu’elle
ne se donne. Ce n’est pas
un principe, un principat,
une souveraineté. Elle vient
donc d’un au-delà de l’au-delà,
et donc de l’au-delà
de l’économie du possible.
Elle tient à une vie, certes,
mais à une vie autre que celle
de l’économie du possible,
Or j’a�rmerai qu’il y a,
il faut bien qu’il y ait quelque
référence à de l’inconditionnel,
un inconditionnel sans
souveraineté, et donc sans
cruauté, chose sans doute fort
di�cile à penser. Il le faut pour
que cette conditionnalité
économique et symbolique
se détermine. Cette a�rmation
que j’avance, elle s’avance
elle-même, d’avance, déjà,
sans moi, sans alibi, comme
l’a�rmation originaire
depuis laquelle, et donc au-delà
de laquelle les pulsions
Dans les textes d’Hélène Cixous, c’est-à-dire H.C.,
Jacques Derrida retrouvera cette prise de parti pour la vie
qui ignore la mort, donc ne la dénie pas et, par voie
de conséquence, ne l’a�rme pas.
Telle phrase d’Apories résonne maintenant mieux : « Je ne �nis
pas, je n’en �nis jamais, je sais que je ne prendrai pas �n »
à la lumière de cette vie �nie, parce que bordée d’un côté
et in�nie, parce que sans bord opposable :
Si une telle pensée de la vie se donne à lire dans et par
la littérature, quiconque écrit ce �ux vital est pour la vie, donc
abolitionniste, partisan d’une abolition de la peine de mort
sans possibilité de relève ou de reprise.
que personne, la mort n’est
jamais déniée, certes, elle
hante et elle sou�e tout, vous
pourriez le véri�er à chaque
mot, mais ce n’est pas un côté,
c’est un non-côté.
hc, p. 36
Il semble au premier abord que
pour elle, je dis bien pour elle,
il n’y ait qu’un seul côté et
non pas deux, et ce côté est
celui de la vie. La mort, qu’elle
ignore ou méconnaît moins
pour la vie. Parce que c’est
indécidable, on ne peut décider
et trancher que pour la vie.
Mais indécidable, la vie est
aussi, dans sa �nitude même,
in�nie. Ce qui n’a qu’un côté
– un seul bord sans bord
opposé, est in-�ni. Fini
parce que bordé d’un côté mais
in�ni parce que sans bord
opposable.
hc, p. 46
à décider et ne peut plus
décider entre deux bords
ou deux côtés opposables,
mais cet indécidable est le lieu
de la décision qui, si grave
qu’elle soit, ne peut être que
Mais si, comme je le suggère,
la vie n’a pas d’autre côté,
s’il n’y a qu’un seul côté,
celui de la vie vivante,
alors celle-ci reste indécidable,
certes, puisqu’on n’a pas
66
Aujourd’hui, dix ans se sont écoulés depuis le colloque
de 1995. Jacques Derrida m’a toujours témoigné d’une amitié
sans ombre et j’e�ère en avoir fait de même. Comme
beaucoup de ses amis, la nouvelle de sa très grave maladie
en 2003, puis de sa mort, dans la nuit du 8 au 9 octobre 2004,
m’a fortement a�ecté. Le mardi 12, nous étions nombreux
à assister à la cérémonie funéraire, très sobre et très triste ;
nous avons entendu les mots de Jacques, écrits à notre
intention et prononcés par son �ls Pierre, face à la tombe.
Jacques Derrida nous aura, une dernière fois, déclaré sa philia
tout en nous léguant une injonction :
Préférez
toujours
la vie
et a�rmez
sans cesse
la survie…
Je vous aime
et vous
souris d’où
que je sois.
1935-1941 Écoles maternelle et primaire.
1940-1941 « Pétainisation» intense
de l’école dans une Algérie qui n’a
jamais été occupée et n’a jamais vu
un soldat allemand. Le 3 octobre 1940:
l’article 2 du statut des Juifs exclut
les Juifs de l’enseignement et
de la justice. 1943-1947 Retour au lycée de Ben Aknoun.
Scolarité désordonnée : rêve de devenir footballeur professionnel.
Lectures intenses (Rousseau, Gide, Nietzsche, Valéry, Camus).
1947-1949 Pense à un métier d’enseignant (plutôt de lettres).
Lecture impressionnée de Kierkegaard et de Heidegger.
1949-1951 Premier voyage en France. Interne à Louis-le-Grand.
Chambre de bonne rue Lagrange. 1952-1953 École normale
supérieure (Ens). Y fait dès le premier jour la connaissance de
Louis Althusser. Première rencontre avec Marguerite Aucouturier.
1953-1954 «Le problème de la genèse dans la philosophie
de Husserl». Se lie d’amitié avec Michel Foucault.
1956-1957 Reçu à l’agrégation. Obtient une bourse de Special
Auditor à l’Université de Harvard. Lit Joyce. Mariage avec
Marguerite Aucouturier, en juin 1957 à Boston.
1957-1959 Service militaire en pleine guerre d’Algérie sans porter
l’uniforme: enseigne le français et l’anglais à des jeunes
Algériens ou Français d’Algérie. Traduit des articles de presse.
Voit souvent Pierre Bourdieu à Alger. 1959-1960 Première
conférence: décade de Cerisy. Premier enseignement, au lycée
du Mans, avec son ami Gérard Genette. Premier voyage
à Prague, dans la famille de Marguerite. 1960-1964 Enseigne
à la Sorbonne (philosophie générale et logique) : assistant
de Georges Canguilhem, Paul Ricœur et Jean Wahl. Indépendance
de l’Algérie. Première conférence au Collège de philosophie
(sur Foucault et en sa présence). Premières publications dans
Critique et dans Tel Quel (rencontre avec Phillipe Sollers).
1963 Naissance de Pierre Derrida. Invité à l’Ens par Jean
Hyppolite et Althusser, il y enseignera avec le titre de maître-
assistant, jusqu’en 1984. 1964 prix Jean-Cavaillès (prix
d’épistémologie moderne, pour la traduction et l’introduction
de L’Origine de la géométrie de Husserl). 1966 Participe à Baltimore
(Université J. Hopkins) à un grand colloque devenu célèbre depuis
lors – et qui marqua le début d’une intensi�cation �ectaculaire
dans l’accueil fait à certains théoriciens français aux États-Unis.
Il y rencontre Paul de Man, Jacques Lacan et y retrouve Roland
Barthes, Jean Hyppolite, Jean-Pierre Vernant et Lucien Goldman.
1967 Publie ses trois premiers livres. Rencontre à l’étranger
la plus grande ho�italité; en France, un barrage résolu
(les portes de l’Université lui sont dé�nitivement fermées).
Naissance de Jean Derrida. 1968 Rencontres fréquentes avec
Maurice Blanchot. Début d’une série de séminaires à l’université
de Berlin (invitation de Peter Szondi). « Voyage» de plus en plus.
Début de l’enseignement aux États-Unis (Université J. Hopkins,
Baltimore), qui se poursuivra en 1971, en 1974 et de 1996 à 1999.
1971 Premier retour en Algérie depuis 1962. 1972 Colloque
Nietzsche à Cerisy (avec Gilles Deleuze, Pierre Klossowski,
Sarah Kofman, Philippe Lacoue-Labarthe, Jean-FrançoisLyotard,
Jean-Luc Nancy) Trois nouveaux livres; numéros �éciaux
des Lettres françaises et du Monde. Rupture dé�nitive avec Sollers
et Tel Quel. 1974 Inaugure la collection «La philosophie en e�et»
avec Kofman, Lacoue-Labarthe et Nancy aux Éditions Galilée,
récemment fondées par Michel Delorme. 1975 Fonde le Greph
(Groupe de recherches sur l’enseignement philosophique) avec
des amis, collègues et étudiants. Rencontre avec Valerio Adami
et Gérard Titus-Carmel. Participe à la décade de Cerisy sur Francis
Ponge, qu’il avait rencontré chez ses amis Yves et Paule Thévenin
en 1965. Enseignements à l’université de Yale (New Haven)
au titre de Visiting Professor in the Humanities, à l’automne
ou au printemps de chaque année jusqu’en 1986. Début
de ce qu’on a appelé, un peu abusivement, l’école de Yale
(avec de Man, Harold Bloom, Geo�rey Hartman, J. Hillis Miller).
1979 Prend, avec d’autres, l’initiative des États généraux
de la philosophie (Sorbonne). 1980 Soutenance d’une thèse
d’État à la Sorbonne. Décade de Cerisy «Les �ns de l’homme»,
organisée par Lacoue-Labarthe et Nancy. Reçoit à l’université
de Columbia (New York) le premier de ses 21 doctorats Honoris
Causa (avant, entre autres: Louvain, 1989, Cambridge, 1992,
Western Cape, 1998, Pékin et Nankin, 2001, Jérusalem et Coimbra,
2003). 1981 Avec Vernant et quelques amis, fonde l’Association
Jan-Hus (aide aux intellectuels tchèques dissidents ou persécutés).
Emprisonné à Prague suite à un séminaire clandestin, il est
expulsé de Tchécoslovaquie après l’intervention énergique
de François Mitterrand et du gouvernement français.
1982 Joue avec Pascale Ogier dans le �lm de Ken McMullen Ghost
Dance. Enseignement à l’Université de Cornell au titre d’Andrew
D. White Professor at large jusqu’en 1988. 1983 Fondation du Collège
international de philosophie, dont il est le premier directeur élu.
Participe à l’organisation de l’exposition « Art contre Apartheid »,
au Comité d’écrivains pour Nelson Mandela, et aux initiatives
en vue de créer la Fondation culturelle contre l’apartheid.
1984 Devient directeur d’études à l’École des hautes études en
sciences sociales (Ehess) : il y tiendra un séminaire chaque année.
1985 Rencontre Borgès. 1986 Collaboration avec l’architecte
américain Peter Eisenman à un projet pour le parc de la Villette,
qui donnera lieu à de nombreuses rencontres et publications
dans le milieu des recherches architecturales. Enseignement
à New York: jusqu’en 1991, City University of New York (Cuny),
et à partir de 1992, New York University. 1987 Figure dans
Disturbance, de Gary Hill. Lit Feu la cendre avec Carole Bouquet
pour «La bibliothèque des voix » (Des femmes). University
of California (Irvine), enseignement annuel ininterrompu
jusqu’en 2004. 1988 Troisième voyage à Jérusalem. Rencontre
avec des intellectuels palestiniens en territoires occupés.
Prix Frederic-Nietzsche. 1989 Discours d’ouverture du grand
colloque sur « Deconstruction and the Possibility of Justice », organisé
par Cardoso School of Law (New York). 1990 Séminaires à
l’Académie des sciences de l’Urss et à l’université de Moscou.
1991 Membre du comité d’orientation de l’association Descartes.
1992 Chevalier de la Légion d’honneur. 1992 Ordre de
Commenius (décerné par le gouvernement Tchèque et Slovaque).
1992 Prix Ignazio Silone. Décade de Cerisy « Le passage
des frontières autour du travail de Jacques Derrida», organisée
par Marie-Louise Mallet. 1994 Nommé vice-président
du Parlement international des écrivains. Membre du conseil
scienti�que du Collège international de philosophie,
jusqu’en 2000. 1995 Séminaire de Capri sur la religion
avec Gianni Vattimo, Hans-Georg Gadamer, Maurizio Ferraris.
Colloque international à l’université catholique de Louvain-
la-Neuve, organisé par Michel Lisse. 1997 Décade de Cerisy
« L’animal autobiographique», organisée par M.-L. Mallet.
1998 Voyage en Afrique du Sud ; rencontre avec Mandela.
2001 Voyage en Chine. Prix Adorno. 2002 Membre
du conseil scienti�que du Département de philosophie
de L’Ens. Décade de Cerisy « La démocratie à venir»,
organisée par M.-L. Mallet. 2003 Le 20 février,
mort de Maurice Blanchot. Le 24, lors de la cérémonie
d’incinération, lecture de « À Maurice Blanchot ». Le 29 mars,
« Maurice Blanchot est mort», conférence prononcée
au colloque international «Maurice Blanchot. Récits
critiques». Le 17 novembre 2003, reçu docteur Honoris Causa
de l’université de Coimbra.
Jacques
Derrida décède
dans la nuit
du 8 au 9 octobre
2004.
Naissance de
Jackie Derrida,
le 15 juillet 1930,
à El Biar,
près d’Alger.
E
n
s
e
i
g
n
e
m
e
n
t

e
n

F
r
a
n
c
e

P
r
o
f
e
s
s
e
u
r

d
e

l
e
t
t
r
e
s

S
u
p
é
r
i
e
u
r
e
s

a
u

l
y
c
é
e

d
u

M
a
n
s



1
9
5
9



1
9
6
0

A
s
s
i
s
t
a
n
t

d
e

P
h
i
l
o
s
o
p
h
i
e

G
é
n
é
r
a
l
e

à

l
a

S
o
r
b
o
n
n
e



1
9
6
0



1
9
6
4

M
a
î
t
r
e
-
A
s
s
i
s
t
a
n
t

d

H
i
s
t
o
i
r
e

d
e

l
a

P
h
i
l
o
s
o
p
h
i
e

à

l

É
c
o
l
e

n
o
r
m
a
l
e

s
u
p
é
r
i
e
u
r
e
,

E
n
s



1
9
6
4



1
9
8
4

D
i
r
e
c
t
e
u
r

d

É
t
u
d
e
s

à

l

É
c
o
l
e

d
e
s

H
a
u
t
e
s

É
t
u
d
e
s

e
n

S
c
i
e
n
c
e
s

S
o
c
i
a
l
e
s
,

E
h
e
s
s



1
9
8
4



S
o
u
s

l
e

t
i
t
r
e

g
é
n
é
r
a
l

d
e

Q
u
e
s
t
i
o
n
s

d
e

r
e

o
n
s
a
b
i
l
i
t
é
,

J
a
c
q
u
e
s

D
e
r
r
i
d
a

y

a

t
e
n
u

c
h
a
q
u
e

a
n
n
é
e

u
n

s
é
m
i
n
a
i
r
e
,

d
e

1
9
8
4

à

2
0
0
3
.
N
a
t
i
o
n
a
l
i
t
é

e
t

n
a
t
i
o
n
a
l
i
s
m
e

p
h
i
l
o
s
o
p
h
i
q
u
e
s
:

l
e

f
a
n
t
ô
m
e

d
e

l

a
u
t
r
e



1
9
8
4



1
9
8
5
N
a
t
i
o
n
a
l
i
t
é

e
t

n
a
t
i
o
n
a
l
i
s
m
e

p
h
i
l
o
s
o
p
h
i
q
u
e
s
:

m
y
t
h
o
s
,

l
o
g
o
s
,

t
o
p
o
s



1
9
8
5



1
9
8
6
N
a
t
i
o
n
a
l
i
t
é

e
t

n
a
t
i
o
n
a
l
i
s
m
e

p
h
i
l
o
s
o
p
h
i
q
u
e
s
:

l
e

t
h
é
o
l
o
g
i
c
o
-
p
o
l
i
t
i
q
u
e



1
9
8
6



1
9
8
7
N
a
t
i
o
n
a
l
i
t
é

e
t

n
a
t
i
o
n
a
l
i
s
m
e

p
h
i
l
o
s
o
p
h
i
q
u
e
s
:

K
a
n
t
,

l
e

J
u
i
f
,

l

A
l
l
e
m
a
n
d



1
9
8
7



1
9
8
8
P
o
l
i
t
i
q
u
e
s

d
e

l

a
m
i
t
i
é



1
9
8
8



1
9
8
9
M
a
n
g
e
r

l

a
u
t
r
e



1
9
8
9



1
9
9
0
M
a
n
g
e
r

l

a
u
t
r
e



1
9
9
0



1
9
9
1
L
e

s
e
c
r
e
t



1
9
9
1



1
9
9
2
L
e

t
é
m
o
i
g
n
a
g
e



1
9
9
2



1
9
9
3
L
e

t
é
m
o
i
g
n
a
g
e



1
9
9
3



1
9
9
4
L
e

m
e
n
s
o
n
g
e
;

l

i
n
s
t
i
t
u
t
i
o
n

p
h
i
l
o
s
o
p
h
i
q
u
e

d
e
v
a
n
t

l
a

l
o
i



1
9
9
4



1
9
9
5
H
o
s
t
i
l
i
t
é
/
h
o

i
t
a
l
i
t
é



1
9
9
5



1
9
9
6
H
o
s
t
i
l
i
t
é
/
h
o

i
t
a
l
i
t
é



1
9
9
6



1
9
9
7
L
e

p
a
r
j
u
r
e

e
t

l
e

p
a
r
d
o
n



1
9
9
7



1
9
9
8
L
e

p
a
r
j
u
r
e

e
t

l
e

p
a
r
d
o
n



1
9
9
8



1
9
9
9
L
a

p
e
i
n
e

d
e

m
o
r
t



1
9
9
9



2
0
0
0
L
a

p
e
i
n
e

d
e

m
o
r
t



2
0
0
0



2
0
0
1
L
a

b
ê
t
e

e
t

l
e

s
o
u
v
e
r
a
i
n



2
0
0
1



2
0
0
2
L
a

b
ê
t
e

e
t

l
e

s
o
u
v
e
r
a
i
n



2
0
0
2



2
0
0
3
E
n
s
e
i
g
n
e
m
e
n
t

à

l

é
t
r
a
n
g
e
r

P
r
o
f
e
s
s
e
u
r

i
n
v
i
t
é

d
a
n
s

d
e
s

u
n
i
v
e
r
s
i
t
é
s

é
t
r
a
n
g
è
r
e
s

p
o
u
r

u
n

S
é
m
i
n
a
i
r
e

c
o
n
t
i
n
u
:

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

J
o
h
n
s

H
o
p
k
i
n
s

(
B
a
l
t
i
m
o
r
e
,

U
s
a
)



a
u
t
o
m
n
e

1
9
6
8
,

1
9
7
1
,

1
9
7
4

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

Y
a
l
e

(
N
e
w

H
a
v
e
n
,

U
s
a
)
,

a
u

t
i
t
r
e

d
e

V
i
s
i
t
i
n
g

P
r
o
f
e
s
s
o
r

i
n

t
h
e

H
u
m
a
n
i
t
i
e
s



a
u
t
o
m
n
e

o
u

p
r
i
n
t
e
m
p
s

d
e

c
h
a
q
u
e

a
n
n
é
e

d
e

1
9
7
5

à

1
9
8
6

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

C
a
l
i
f
o
r
n
i
e

(
B
e
r
k
e
l
e
y
,

U
s
a
)



1
9
7
8

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

T
o
r
o
n
t
o

(
C
a
n
a
d
a
)



1
9
7
9

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

C
o
r
n
e
l
l

à

P
a
r
i
s



1
9
6
7



1
9
6
8

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

J
o
h
n
s

H
o
p
k
i
n
s

à

P
a
r
i
s



1
9
6
8



1
9
7
4

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d

A
l
g
e
r



1
9
7
1

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d

O
x
f
o
r
d



1
9
7
1



1
9
7
2

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

Z
u
r
i
c
h



1
9
7
2

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

N
e
w

Y
o
r
k

à

P
a
r
i
s



1
9
7
3



1
9
7
4

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

B
e
r
l
i
n

(
O
u
e
s
t
)



1
9
7
3



1
9
7
4

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

Y
a
l
e

à

P
a
r
i
s



1
9
7
5



1
9
8
6

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

G
e
n
è
v
e



1
9
7
8

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

M
i
n
n
e
a
p
o
l
i
s



1
9
7
9

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

S
a
n

S
e
b
a
s
t
i
a
n



1
9
8
1



1
9
8
2

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

C
o
r
n
e
l
l

(
A
n
d
r
e
w

D
.
W
h
i
t
e

P
r
o
f
e
s
s
o
r
-
a
t
-
l
a
r
g
e
)



1
9
8
2



1
9
8
8

C
i
t
y

U
n
i
v
e
r
s
i
t
y

o
f

N
e
w

Y
o
r
k

(
C
u
n
y
)



1
9
8
6



1
9
9
1

I
n
s
t
i
t
u
t
e

f
o
r

S
e
m
i
o
t
i
c
s

S
t
u
d
i
e
s
,

T
o
r
o
n
t
o



1
9
8
4

e
t

1
9
8
7

S
c
h
o
o
l

o
f

C
r
i
t
i
c
i
s
m

a
n
d

T
h
e
o
r
y
,

D
a
r
t
m
o
u
t
h

C
o
l
l
e
g
e
,

H
a
n
o
v
e
r
,

N
e
w

H
a
m
p
s
h
i
r
e



1
9
8
7

U
n
i
v
e
r
s
i
t
y

o
f

C
a
l
i
f
o
r
n
i
a
,

I
r
v
i
n
e



1
9
8
7




S
i
e
g
e
n
,

G
r
a
d
u
a
t
e

C
o
l
l
e
g
e



1
9
8
8

N
e
w

Y
o
r
k

U
n
i
v
e
r
s
i
t
y
,

N
e
w

S
c
h
o
o
l

f
o
r

S
o
c
i
a
l

R
e
s
e
a
r
c
h
,

C
a
r
d
o
z
o

l
a
w

S
c
h
o
o
l

(
N
e
w

Y
o
r
k
)



1
9
9
2




J
o
h
n
s

H
o
p
k
i
n
s

U
n
i
v
e
r
s
i
t
y



1
9
9
6



1
9
9
9

S
t
a
t
e

U
n
i
v
e
r
s
i
t
y

o
f

N
e
w

Y
o
r
k
,

S
t
o
n
y

B
r
o
o
k



2
0
0
2
D
O
C
T
O
R
A
T
H
O
N
O
R
I
S
C
A
U
S
A

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

C
o
l
u
m
b
i
a
,

N
e
w

Y
o
r
k
,

U
s
a

1
9
8
0

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d

E
s
s
e
x
,

C
o
l
c
h
e
s
t
e
r
,

A
n
g
l
e
t
e
r
r
e

1
9
8
7

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

L
o
u
v
a
i
n
,

B
e
l
g
i
q
u
e

1
9
8
9

N
e
w

S
c
h
o
o
l

f
o
r

S
o
c
i
a
l

R
e
s
e
a
r
c
h
,

N
e
w

Y
o
r
k
,

U
s
a

1
9
8
9

W
i
l
l
i
a
m
s

C
o
l
l
e
g
e
,

W
i
l
l
i
a
m
s
t
o
w
n
,

M
a
s
s
,

U
s
a

1
9
8
9

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

C
a
m
b
r
i
d
g
e
,

A
n
g
l
e
t
e
r
r
e

1
9
9
2

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

P
é
c
s
,

H
o
n
g
r
i
e

1
9
9
3

Q
u
e
e
n

s

U
n
i
v
e
r
s
i
t
y
,

K
i
n
g
s
t
o
n
,

C
a
n
a
d
a

1
9
9
5

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

C
r
a
i
o
v
a
,

R
o
u
m
a
n
i
e

1
9
9
6

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

K
a
t
o
w
i
c
e
,

P
o
l
o
g
n
e

1
9
9
7

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

T
u
r
i
n
,

I
t
a
l
i
e

1
9
9
8

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

W
e
s
t
e
r
n

C
a
p
e
,

A
f
r
i
q
u
e

d
u

S
u
d

1
9
9
8

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d

A
t
h
è
n
e
s
,

G
r
è
c
e

1
9
9
9

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

S
o

a
,

B
u
l
g
a
r
i
e

2
0
0
1

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

P
é
k
i
n
,

C
h
i
n
e

2
0
0
1

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

N
a
n
k
i
n
,

C
h
i
n
e

2
0
0
1

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

S
h
a
n
g
h
a
i
,

C
h
i
n
e

2
0
0
1

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

J
é
r
u
s
a
l
e
m
,

I
s
r
a
ë
l

2
0
0
3

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

S
y
d
d
a
n
s
k
,

D
a
n
e
m
a
r
k

2
0
0
3

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

C
o
i
m
b
r
a
,

P
o
r
t
u
g
a
l

2
0
0
3

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

L
o
n
d
r
e
s
,

Q
u
e
e
n

M
a
r
y
,

A
n
g
l
e
t
e
r
r
e

2
0
0
4
68
E
n
s
e
i
g
n
e
m
e
n
t

e
n

F
r
a
n
c
e

P
r
o
f
e
s
s
e
u
r

d
e

l
e
t
t
r
e
s

S
u
p
é
r
i
e
u
r
e
s

a
u

l
y
c
é
e

d
u

M
a
n
s



1
9
5
9



1
9
6
0

A
s
s
i
s
t
a
n
t

d
e

P
h
i
l
o
s
o
p
h
i
e

G
é
n
é
r
a
l
e

à

l
a

S
o
r
b
o
n
n
e



1
9
6
0



1
9
6
4

M
a
î
t
r
e
-
A
s
s
i
s
t
a
n
t

d

H
i
s
t
o
i
r
e

d
e

l
a

P
h
i
l
o
s
o
p
h
i
e

à

l

É
c
o
l
e

n
o
r
m
a
l
e

s
u
p
é
r
i
e
u
r
e
,

E
n
s



1
9
6
4



1
9
8
4

D
i
r
e
c
t
e
u
r

d

É
t
u
d
e
s

à

l

É
c
o
l
e

d
e
s

H
a
u
t
e
s

É
t
u
d
e
s

e
n

S
c
i
e
n
c
e
s

S
o
c
i
a
l
e
s
,

E
h
e
s
s



1
9
8
4



S
o
u
s

l
e

t
i
t
r
e

g
é
n
é
r
a
l

d
e

Q
u
e
s
t
i
o
n
s

d
e

r
e

o
n
s
a
b
i
l
i
t
é
,

J
a
c
q
u
e
s

D
e
r
r
i
d
a

y

a

t
e
n
u

c
h
a
q
u
e

a
n
n
é
e

u
n

s
é
m
i
n
a
i
r
e
,

d
e

1
9
8
4

à

2
0
0
3
.
N
a
t
i
o
n
a
l
i
t
é

e
t

n
a
t
i
o
n
a
l
i
s
m
e

p
h
i
l
o
s
o
p
h
i
q
u
e
s
:

l
e

f
a
n
t
ô
m
e

d
e

l

a
u
t
r
e



1
9
8
4



1
9
8
5
N
a
t
i
o
n
a
l
i
t
é

e
t

n
a
t
i
o
n
a
l
i
s
m
e

p
h
i
l
o
s
o
p
h
i
q
u
e
s
:

m
y
t
h
o
s
,

l
o
g
o
s
,

t
o
p
o
s



1
9
8
5



1
9
8
6
N
a
t
i
o
n
a
l
i
t
é

e
t

n
a
t
i
o
n
a
l
i
s
m
e

p
h
i
l
o
s
o
p
h
i
q
u
e
s
:

l
e

t
h
é
o
l
o
g
i
c
o
-
p
o
l
i
t
i
q
u
e



1
9
8
6



1
9
8
7
N
a
t
i
o
n
a
l
i
t
é

e
t

n
a
t
i
o
n
a
l
i
s
m
e

p
h
i
l
o
s
o
p
h
i
q
u
e
s
:

K
a
n
t
,

l
e

J
u
i
f
,

l

A
l
l
e
m
a
n
d



1
9
8
7



1
9
8
8
P
o
l
i
t
i
q
u
e
s

d
e

l

a
m
i
t
i
é



1
9
8
8



1
9
8
9
M
a
n
g
e
r

l

a
u
t
r
e



1
9
8
9



1
9
9
0
M
a
n
g
e
r

l

a
u
t
r
e



1
9
9
0



1
9
9
1
L
e

s
e
c
r
e
t



1
9
9
1



1
9
9
2
L
e

t
é
m
o
i
g
n
a
g
e



1
9
9
2



1
9
9
3
L
e

t
é
m
o
i
g
n
a
g
e



1
9
9
3



1
9
9
4
L
e

m
e
n
s
o
n
g
e
;

l

i
n
s
t
i
t
u
t
i
o
n

p
h
i
l
o
s
o
p
h
i
q
u
e

d
e
v
a
n
t

l
a

l
o
i



1
9
9
4



1
9
9
5
H
o
s
t
i
l
i
t
é
/
h
o

i
t
a
l
i
t
é



1
9
9
5



1
9
9
6
H
o
s
t
i
l
i
t
é
/
h
o

i
t
a
l
i
t
é



1
9
9
6



1
9
9
7
L
e

p
a
r
j
u
r
e

e
t

l
e

p
a
r
d
o
n



1
9
9
7



1
9
9
8
L
e

p
a
r
j
u
r
e

e
t

l
e

p
a
r
d
o
n



1
9
9
8



1
9
9
9
L
a

p
e
i
n
e

d
e

m
o
r
t



1
9
9
9



2
0
0
0
L
a

p
e
i
n
e

d
e

m
o
r
t



2
0
0
0



2
0
0
1
L
a

b
ê
t
e

e
t

l
e

s
o
u
v
e
r
a
i
n



2
0
0
1



2
0
0
2
L
a

b
ê
t
e

e
t

l
e

s
o
u
v
e
r
a
i
n



2
0
0
2



2
0
0
3
E
n
s
e
i
g
n
e
m
e
n
t

à

l

é
t
r
a
n
g
e
r

P
r
o
f
e
s
s
e
u
r

i
n
v
i
t
é

d
a
n
s

d
e
s

u
n
i
v
e
r
s
i
t
é
s

é
t
r
a
n
g
è
r
e
s

p
o
u
r

u
n

S
é
m
i
n
a
i
r
e

c
o
n
t
i
n
u
:

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

J
o
h
n
s

H
o
p
k
i
n
s

(
B
a
l
t
i
m
o
r
e
,

U
s
a
)



a
u
t
o
m
n
e

1
9
6
8
,

1
9
7
1
,

1
9
7
4

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

Y
a
l
e

(
N
e
w

H
a
v
e
n
,

U
s
a
)
,

a
u

t
i
t
r
e

d
e

V
i
s
i
t
i
n
g

P
r
o
f
e
s
s
o
r

i
n

t
h
e

H
u
m
a
n
i
t
i
e
s



a
u
t
o
m
n
e

o
u

p
r
i
n
t
e
m
p
s

d
e

c
h
a
q
u
e

a
n
n
é
e

d
e

1
9
7
5

à

1
9
8
6

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

C
a
l
i
f
o
r
n
i
e

(
B
e
r
k
e
l
e
y
,

U
s
a
)



1
9
7
8

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

T
o
r
o
n
t
o

(
C
a
n
a
d
a
)



1
9
7
9

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

C
o
r
n
e
l
l

à

P
a
r
i
s



1
9
6
7



1
9
6
8

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

J
o
h
n
s

H
o
p
k
i
n
s

à

P
a
r
i
s



1
9
6
8



1
9
7
4

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d

A
l
g
e
r



1
9
7
1

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d

O
x
f
o
r
d



1
9
7
1



1
9
7
2

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

Z
u
r
i
c
h



1
9
7
2

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

N
e
w

Y
o
r
k

à

P
a
r
i
s



1
9
7
3



1
9
7
4

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

B
e
r
l
i
n

(
O
u
e
s
t
)



1
9
7
3



1
9
7
4

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

Y
a
l
e

à

P
a
r
i
s



1
9
7
5



1
9
8
6

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

G
e
n
è
v
e



1
9
7
8

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

M
i
n
n
e
a
p
o
l
i
s



1
9
7
9

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

S
a
n

S
e
b
a
s
t
i
a
n



1
9
8
1



1
9
8
2

U
n
i
v
e
r
s
i
t
é

d
e

C
o
r
n
e
l
l

(
A
n
d
r
e
w

D
.
W
h
i
t
e

P
r
o
f
e
s
s
o
r
-
a
t
-
l
a
r
g
e
)



1
9
8
2



1
9
8
8

C
i
t
y

U
n
i
v
e
r
s
i
t
y

o
f

N
e
w

Y
o
r
k

(
C
u
n
y
)



1
9
8
6



1
9
9
1

I
n
s
t
i
t
u
t
e

f
o
r

S
e
m
i
o
t
i
c
s

S
t
u
d
i
e
s
,

T
o
r
o
n
t
o



1
9
8
4

e
t

1
9
8
7

S
c
h
o
o
l

o
f

C
r
i
t
i
c
i
s
m

a
n
d

T
h
e
o
r
y
,

D
a
r
t
m
o
u
t
h

C
o
l
l
e
g
e
,

H
a
n
o
v
e
r
,

N
e
w

H
a
m
p
s
h
i
r
e



1
9
8
7

U
n
i
v
e
r
s
i
t
y

o
f

C
a
l
i
f
o
r
n
i
a
,

I
r
v
i
n
e



1
9
8
7




S
i
e
g
e
n
,

G
r
a
d
u
a
t
e

C
o
l
l
e
g
e



1
9
8
8

N
e
w

Y
o
r
k

U
n
i
v
e
r
s
i
t
y
,

N
e
w

S
c
h
o
o
l

f
o
r

S
o
c
i
a
l

R
e
s
e
a
r
c
h
,

C
a
r
d
o
z
o

l
a
w

S
c
h
o
o
l

(
N
e
w

Y
o
r
k
)



1
9
9
2




J
o
h
n
s

H
o
p
k
i
n
s

U
n
i
v
e
r
s
i
t
y



1
9
9
6



1
9
9
9

S
t
a
t
e

U
n
i
v
e
r
s
i
t
y

o
f

N
e
w

Y
o
r
k
,

S
t
o
n
y

B
r
o
o
k



2
0
0
2
L’Origine de la géométrie de Husserl
(introduction et traduction de Jacques Derrida)
Paris, Puf, coll. « Épiméthée» 1962; rééd. 1974, 1990
isbn 2-13-043304-9.
De la grammatologie
Paris, Minuit, coll. «Critique», 1967
isbn 2-7073-0012-8.
L’Écriture et la Di�érence
Paris, Le Seuil, coll. «Tel quel», 1967;
rééd. coll. « Points Essais », 1979
isbn 2-02-005182-6.
La Voix et le Phénomène. Introduction au problème du
signe dans la phénoménologie de Husserl
Puf, 1967
isbn2-13-044702-3 ;
rééd. coll. « Quadridge Grands textes », 2004
isbn 2-13-053958-0.
La Dissémination
Paris, Le Seuil, coll. «Tel quel», 1972
isbn 2-02-001958-2 ;
rééd. coll. « Points Essais », 1993
isbn 2-02-020623-4
Marges. De la philosophie
Paris, Minuit, coll. «Critique», 1972
isbn 2-7073-0053-5.
Positions
Paris, Minuit, coll. «Critique», 1972
isbn 2-7073-0251-1.
L’Archéologie du frivole.
Introduction à l’Essai sur l’origine des connaissances
humaines de Condillac
Paris, Galilée, 1973 ;
rééd., Paris, Galilée, coll. « La philosophie en e�et», 1990
isbn 2-7186-0371-2.
Glas
Paris, Gallée, coll. «Digraphe», 1974;
rééd. Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1995
isbn 2-7186-0015-2.
Éperons. Les styles de Nietzsche
Paris, Flammarion, coll. «Champs», 1978; rééd. 1991
isbn 2-08-081041-3.
La Vérité en peinture
Paris, Flammarion, 1978 ; rééd. coll. «Champs», 1990
isbn 2-08-081057-x.
La Carte postale. De Socrate à Freud et au-delà
Paris, Aubier-Flammarion,
coll. «La philosophie en e�et», 1980
isbn 2-08-226013-5.
L’Oreille de l’autre : otobiographie, transfert traductions,
textes et débats avec Jacques Derrida
(sous la dir. de Claude Lévesque et Christie V. McDonald)
Montréal, Vlb, 1982.
D’un ton apocalyptique adopté naguère en philosophie
Paris, Galilée, coll. «Débats», 1983; rééd. 2005
isbn 2-7186-0680-0.
Signéponge
(Sign�onge/Signéponge)
Columbia University Press, New York, 1983, éd. bilingue;
rééd. Paris, Le Seuil, coll. «Fiction et Cie », 1987
isbn 2-02-009877-6.
Otobiographies.
L’enseignement de Nietzsche et la politique du nom propre
Paris, Galilée, coll. «Débats», 1984; rééd. 2005
isbn 2-7186-0260-0 .
Forcener le subjectile.
Étude pour les dessins et portraits d’Antonin Artaud
Paris, Gallimard, 1986.
Parages
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1986
isbn 2-7186-0295-3 ; rééd. 2003
isbn 2-7186-062-x.
Schibboleth. Pour Paul Celan
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1986
isbn 2-7186-0296-1 ; nouv. éd. augm. 2003
isbn 2-7186-0630-4.
De l’e�rit. Heidegger et la question
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1987
isbn 2-7186-0323-2.
Feu la cendre
Paris, Des femmes, 1987; rééd. 1999
isbn 2-7210-0480-8.
Psyché. Inventions de l’autre
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1987;
nouv. éd. augm. en 2 vol.:
Psyché I, 1998, isbn 2-7186-0502-2.
Psyché. Inventions de l’autre. II, 2003, isbn 2-7186-0615-0.
Ulysse gramophone. Deux mots pour Joyce
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1987
isbn 2-7186-0305-4.
Mémoires. Pour Paul de Man
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1988
isbn 2-7186-0332-1.
Du droit à la philosophie
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1990
isbn 2-7186-0382-8.
Heidegger et la question
Paris, Flammarion, coll. «Champs», 1990
isbn 2-08-081235-1.
Limited Inc
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1990
isbn 2-1786-0364-x.
Mémoires d’aveugle. L’autoportrait et autres ruines
Paris, Réunion des Musées nationaux, 1990; rééd. 1999
isbn 2-7118-2377-6.
Le problème de la genèse dans la philosophie de Husserl
Paris, Puf, coll. « Epiméthée», 1990
isbn 2-13-043011-2.
L’Autre Cap suivi de La Démocratie ajournée
Paris, Minuit, 1991
isbn 2-7073-1379-3.
O
u
v
r
a
g
e
s

d
e

J
a
c
q
u
e
s

D
e
r
r
i
d
a
Donner le temps I. La fausse monnaie
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1991;
rééd. 1998
isbn 2-7186-0392-5.
Qu’est-ce que la poésie ?
Berlin, Brinkmann & Bose, 1991 (éd. quadrilingue);
rééd. augm. (avec W. Mihuleac, Signum) 1997
isbn 3-922660-46-0.
Points de su�ension. Entretiens
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1992
isbn 2-7186-0410-7.
Khôra
Paris, Galilée, coll. «Incise», 1993
isbn 2-7186-0423-9.
Passions
Paris, Galilée, coll. «Incise», 1993
isbn 2-7186-0421-2.
Prégnances. À propos de la peinture de Colette Deblé
Brandes, 1993 ; rééd. Paris, L’Atelier des brisants, 2004
isbn 2-84623-060-9.
Sauf le nom
Paris, Galilée, coll. «Incise», 1993
isbn 2-7186-0422-0.
Spectres de Marx. L’état de la dette, du deuil
et de la nouvelle internationale
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1993
isbn 2-7186-0429-8.
Force de loi. Le fondement mystique de l’autorité
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1994
isbn 2-7186-0432-8.
Politiques de l’amitié
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et» 1994
isbn 2-7186-0438-7.
Mal d’archive : une impression freudienne
Paris, Galilée, coll. «Incises» 1995
isbn 2-7186-0454-9.
Moscou Aller Retour
La Tour-d’Aigues, L’Aube, coll. «Monde en cours », 1995
isbn 2-87678-226-x ;
rééd. coll. « L’Aube poche», 2005
isbn 2-7526-0109-3.
Apories
Paris, Galilée, coll. «Incises», 1996
isbn 2-7186-0461-1.
Échographies de la télévision
(entretiens avec Bernard Stiegler)
Paris, Galilée/Ina, coll. « Débats», 1996
isbn 2-7186-0480-8.
Erradid
(avec Wanda Mihuleac)
Galerie La Hune Brenner, 1996.
Le Monolinguisme de l’autre
Paris, Galilée, coll. «Incises», 1996
isbn 2-7186-0474-3.
Résistances. De la psychanalyse
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1996
isbn 2-7186-0469-7.
Adieu. À Emmanuel Lévinas
Paris, Galilée, coll. «Incises», 1997
isbn 2-7186-0485-9.
Cosmopolites de tous les pays, encore un e�ort
Paris, Galilée, coll. «Incises», 1997
isbn 2-7186-0484-0.
De l’ho�italité
Paris, Calmann-Lévy,
coll. «Petite bibliothèque des idées », 1997
isbn 2-7021-2795-9.
Le Droit à la philosophie du point de vue cosmopolitique
Lagrasse, Unesco/Verdier, 1997
isbn 2-86432-278-1.
Demeure. Maurice Blanchot
Paris, Galilée, coll. «Incises», 1998
isbn 2-7186-0497-2.
Voiles
(avec Hélène Cixous)
Paris, Galilée, coll. «Incises», 1998
isbn 2-7186-0504-9.
La Contre-allée
(avec Catherine Malabou)
Paris, La Quinzaine littéraire/Louis Vuitton,
coll. «Voyager avec », 1999
isbn 2-910491-08-0.
Donner la mort
Paris, Galilée, coll. «Incises», 1999
isbn 2-7186-0514-6.
États d’âme de la psychanalyse.
L’impossible au-delà d’une souveraine cruauté
Paris, Galilée, coll. «Incises», 2000
isbn 2-7186-0551-0.
Le Toucher, Jean-Luc Nancy
Paris, Galilée, coll. «Incises», 2000
isbn 2-7186-0515-4.
Tourner les mots. Au bord d’un �lm
(avec Safaa Fathy)
Paris, Galilée/Arte Éditions, coll. « Incises», 2000
isbn 2-7186-0540-5.
Atlan grand format. De la couleur à la lettre
Paris, Gallimard, 2001
isbn 2-07-011711-1.
La Connaissance des textes. Lecture d’un manuscrit illisible
(avec Simon Hantaï et Jean-Luc Nancy)
Paris, Galilée, coll. «Écritures-Figures», 2001
isbn 2-7186-0547-2.
De quoi demain… Dialogue
(avec Élisabeth Roudinesco)
Paris, Fayard/Galilée, coll. « Histoire de la pensée», 2001
isbn2-213-60707-9 ;
rééd. Flammarion, coll. «Champs», 2003
isbn 2-08-080080-9
Papier machine. Le ruban de la machine à écrire
et autres réponses
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 2001
isbn 2-7186-0553-7.
L’Université sans condition
Paris, Galilée, coll. «Incises», 2001
isbn 2-7186-0570-7.
Artaud le moma : interjections d’appel
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 2002
isbn 2-7186-0541-3.
Fichus : discours de Francfort
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 2002
isbn 2-7186-0583-9.
H. C. pour la vie, c’est à dire
Paris, Galilée, coll. «Lignes �ctives », 2002
isbn 2-7186-0601-0.
Marx & sons
Paris, Puf/Galilée, coll. « Actuel Marx-Confrontation », 2002
isbn 2-13-053186-5.
Béliers. Le dialogue ininterrompu :
entre deux in�nis, le poème
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 2003
isbn 2-7186-0627-4.
Chaque fois unique, la �n du monde
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 2003
isbn 2-7186-0607-x.
Genèses, généalogies, genres. Les secrets de l’archive
Paris, Galilée, coll. «Lignes �ctives », 2003
isbn 2-7186-0615-0.
Voyous. Deux essais sur la raison
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 2003
isbn 2-7186-0606-1.
Le « concept » du 11 septembre
(entretiens avec Jürgen Habermas présentés
par Giovanna Borradori)
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 2004
isbn 2-7186-0620-7.
Ouvrages posthumes
Apprendre à vivre en�n
(entretien avec Jean Birnbaum)
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 2005
isbn 2-7186-0679-7.
Déplier Ponge
(entretien avec Gérard Farasse)
Villeneuve-d’Ascq, Presses universitaires du Septentrion,
coll. « Objet », 2005
isbn 2-85939-920-8.
L’animal que donc je suis
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et»
à paraître en 2006.
Jacques Derrida a toujours tenu
à mettre en évidence dans la liste de ses livres
certains textes ou préfaces.
Nous reprenons ici
cette distinction.
« Economimesis »
dans Mimesis des articulations, Paris, Aubier-Flammarion,
coll. «La philosophie en e�et», 1975
isbn 2-08-212015-5.
« Fors »
préface à Le Verbier de l’Homme aux loups, Nicolas Abraham
et Maria Torok, Aubier-Flammarion, 1976 ;
rééd. coll. « Champs», 1999
isbn 2-08-081425-7.
« Lecture de Droit de regards de M. F. Plissart »
dans Droit de regards, Marie-Françoise Plissart
(photographies), Minuit, 1985, 1997
isbn 2-7073-1019-0.
« Préjugés – devant la loi »
dans La Faculté de juger, Paris, Minuit, coll. «Critique», 1985
isbn 2-7073-1016-6.
« Circonfession »
dans Jacques Derrida, Jacques Derrida et Geo�rey Bennington,
Paris, Le Seuil, coll. «Les contemporains» 1991
isbn 2-02-012871-3.
« Nous autres Grecs »
dans Nos Grecs et leurs modernes, Le Seuil,
coll. «Chemins de la pensée», 1992
isbn 2-02-014423-9.
« Fourmis »
dans Lectures de la di�érence sexuelle, Paris, Des femmes,
coll. «Essai», 1994
isbn 2-7210-0441-7.
« Avances »
préface à Le Tombeau du dieu artisan, S. Margel,
Paris, Minuit, coll. «Paradoxe», 1995
isbn 2-7073-1534-6.
« Aletheia »
dans Nous avons voué notre vie à des signes,
Bordeaux, William Blake & Co, 1996
isbn 2-84103-055-5.
« Demeure, Athènes »
dans Athènes à l’ombre de l’Acropole,
Jean-François Bonhomme (photographies),
Athènes, Éditions Olkos, 1996.
« Foi et Savoir »
(entretien avec Michel Wieviorka)
dans La Religion, Paris, Le Seuil, 1996
isbn2-02-023560-9 ;
rééd. à part et suivi de «Le siècle et le pardon »,
coll. «Points Essais », 2001
isbn 2-02-047986-9.
« Lignées »
(sur 200 dessins de Micaëla Henich)
dans Mille e tre, cinq, Bordeaux, William Blake & Co,
coll. «La pharmacie de Platon», 1996
isbn 2-84103-045-8.
« Un témoignage donné…»
(entretiens avec Élisabeth Webedans)
dans Questions au judaïsme,
Paris, Desclée de Brouwer, coll. «Midrash», 1996
isbn 2-220-03786-x.
« Manquements – du droit à la justice
(Mais que manque-t-il donc aux sans-papiers ?) »
dans Marx en jeu, Paris, Descartes et Cie, 1997
isbn 2-910301-84-2.
« L’animal que donc je suis »
dans L’animal autobiographique. Autour de Jacques Derrida
(colloque, 11 au 11 juillet 1997, Cerisy-la-Salle,
sous la dir. de Marie-Louise Mallet)
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1999
isbn 2-7186-0511-1.
« La Forme et la façon »
préface à Racisme et Antisémitisme, Alain David,
Paris, Ellipse, coll. «Polis», 2001
isbn 2-7298-0184-7.
« La Veilleuse »
préface à James Joyce ou l’écriture matricide, Jacques Trilling,
Belval, Circe, 2001
isbn 2-84242-118-3.
« Une certaine possibilité impossible »
(avec Gad Soussana et Alexis Nouss)
dans Dire l’évènement, est-ce possible,
Paris, L’Harmattan, coll. «Esthétiques», 2001
isbn 2-7475-0221-x.
« Abraham, l’autre »
dans Judéités. Questions pour Jacques Derrida
(actes colloque international Centre communautaire
de Paris, du 3 au 5 décembre 2000)
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 2003
isbn 2-7186-0582-0.
14 textes
dans Dia�ora: Terres natales de l’exil,
Frédéric Brenner (photographies), Paris, La Martinière, 2003
isbn 2-7324-3058-7.
« La bête et le souverain »
dans La Démocratie à venir. Autour de Jacques Derrida
(sous la dir. de Marie-Louise Mallet)
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 2004
isbn 2-7186-0663-0.
« Le lieu dit : Strasbourg »
dans Penser à Strasbourg,
Paris, Galilée/Ville de Strasbourg, 2004
isbn 2-7186-0657-6.
« Versöhnung, ubuntu, pardon : quel genre ? »
dans Vérité, réconciliation, réparation,
(sous la dir. de Barbara Cassin, Olivier Cayla
et Philippe-Joseph Salazar)
Le genre humain, nº 43, novembre 2004.
« Et cetera… (and so on, und so weiter, and so forth,
et ainsi de suite, und so überall, etc.) »
«Surtout pas de journalistes!»
« Et si l’animal répondait ? »
«Histoire du mensonge. Prolégomènes»
«Pardonner: l’impardonnable et l›imprescriptible»
«Le parjure, peut-être (‹brusques sautes de syntaxe›)»
«Poétique et politique du témoignage»
«Qu ’est-ce qu ’une traduction ‹relevante› ? »
« Les yeux de la langue: I / L’abîme et le volcan, II /
Séculariser la langue. Le volcan, le feu, les Lumières»
dans Jacques Derrida
(sous la dir. de Marie-Louise Mallet et Ginette Michaud)
Paris, l’Herne, coll. «Cahier de L’Herne », 2004
isbn 2-85197-098-4.
Giovannangeli Daniel
Écriture et répétition
Paris, Uge, coll. « 10-18», 1979
isbn 2-264-00248-4.
Lacoue-Labarthe Philippe
et Nancy Jean-Luc (sous la dir. de)
Les �ns de l’homme. À partir du travail de Jacques Derrida
(actes du colloque de Cerisy, 23 juillet-2 août 1980)
Paris, Galilée, 1981
isbn 2-7186-0207-4.
Kofman Sarah
Lectures de Derrida
Paris, Galilée, coll. «Débats», 1984
isbn 2-7186-0251-1.
Malabou Catherine (sous la dir. de)
« Derrida »
Revue philosophique de la France et de l’étranger
nº 2, avril-juin 1990.
Bennington Geo�rey et Derrida Jacques
Jacques Derrida
Paris, Le Seuil, coll. «Les contemporains», 1991
isbn 2-02-012871-3.
Ewald François (sous la dir. de)
Le Magazine Littéraire
nº 286, mars 1991.
Major René
Lacan avec Derrida : Analyse désistentielle
Paris, Mentha, coll. «De l’homme» 1991
isbn 2-7425-0010-3 ;
rééd. Paris, Flammarion, coll. « Champs», 2001
isbn 2-08-08021-3.
rabaté Jean-Michel
et Wetzel Michæl (sous la dir. de)
L’éthique du don : Jacques Derrida et la pensée du don
(actes du colloque de Royaumont, 6-9 décembre 1990)
Paris, Métailié-Transition, coll. «Transition», 1992
isbn 2-86424-129-3.
Mallet Marie-Louise (sous la dir. de)
Le passage des frontières.
Autour du travail de Jacques Derrida
(actes du colloque de Cerisy, 11 au 21 juillet 1992)
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1994
isbn 2-7186-0424-7.
Petrosino Silvano
Jacques Derrida et la loi du possible
Paris, Cerf, coll. «La nuit surveillée », 1994
isbn 2-204-04929-8.
Steinmetz Rudy
Les styles de Derrida
Bruxelles, De Boeck-Wesmael,
coll. «Le Point philosophique », 1994
isbn 2-8041-1982-3.
Gasché Rodolphe
Le tain du miroir. Derrida et la philosophie de la ré�exion
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1995
isbn 2-7186-0433-6.
Lisse Michel (sous la dir. de)
Passions de la littérature. Avec Jacques Derrida
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1996
isbn 2-7186-0476-x.
Ferrié Christian
Pourquoi lire Derrida ? Essai d’interprétation
de l’herméneutique de Jacques Derrida
Paris, Kimé, coll. «philosophie-épistémologie», 1998
isbn 2-84174-119-2.
Marrati-Guénoun Paola
La Genèse et la Trace.
Derrida lecteur de Husserl et Heidegger
Dordrecht, Kluwer Academic Publishers, 1998
isbn 0-7923-4969-5.
Siscar Marcos
Jacques Derrida. Rhétorique et philosophie
Paris, L’Harmattan, 1998
isbn 2-7384-6596-x.
Wills David
Prothèse 2. Paris 1976 – Genève 1978
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1998
isbn 2-7186-0505-7.
Mallet Marie-Louise (sous la dir. de)
L’animal autobiographique. Autour de Jacques Derrida
(actes du colloque Cerisy)
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 1999
isbn 2-7186-0511-1.
Van Sevenant Ann
Importer en philosophie
Paris, Éd. Paris-Méditerranée, 1999
isbn 2-8272-064-4.
Bennington Geo�rey
Interrupting Derrida
London-New York, Routledge, 2000
isbn. 0-4152-2427-6.
Clément Bruno
L’invention du commentaire : Augustin, Jacques Derrida
Paris, Puf, coll. « Écritures», 2000
isbn 2-13-050567-8.
Nault François
Derrida et la théologie. Dire Dieu après la déconstruction
Paris, Montréal, Cerf/Media�aul,
coll. «Cogitatio �dei », 2000
isbn 2-204-06400-9.
O
u
v
r
a
g
e
s

e
t

r
e
v
u
e
s

c
o
n
s
a
c
r
é
s

à

J
a
c
q
u
e
s

D
e
r
r
i
d
a
Roelens Nathalie (sous la dir. de)
Jacques Derrida et l’esthétique
(table ronde, 16 décembre 1998, Université d’Anvers)
Paris, L’Harmattan, 2000,
isbn 2-7384-8811-0.
Cixous Hélène
Portrait de Jacques Derrida en jeune saint juif
Paris, Galilée, coll. «Lignes �ctives », 2001
isbn 2-7186-0556-1.
Giovannangeli Daniel
Le retard de la conscience
Bruxelles, Ousia, 2001
isbn 2-87060-085-2.
Lisse Michel
L’Expérience de la lecture. 2. Le glissement
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 2001
isbn 2-7186-0534-0.
Vidarte Paco
Derritages, Une thèse en déconstruction
Paris, L’Harmattan, coll. «Ouverture philosophique », 2001
isbn 2-7475-1943-0.
Govannangeli Daniel
Finitude et représentation : six leçons sur l’apparaître.
De Descartes à l’ontologie phénoménologique
Bruxelles, Ousia, 2002 ; rééd. coll. «Ébauches», 2003
isbn 2-87060-101-8.
Leroux Georges
et Michaud Ginette (sous la dir. de)
« Derrida lecteur »
Études françaises, nº 1-2, 2002.
Cohen Joseph
et Zargury-Orly Raphael (sous la dir. de)
Judéités. Questions pour Jacques Derrida
(actes du colloque du Centre communautaire de Paris,
3-5 décembre 2000)
Paris, Galilée, coll. «Judéités», 2003
isbn 2-7186-0582-0.
Cusset François
French Theory. Foucault, Derrida, Deleuze & Cie
et les mutations de la vie intellectuelle aux États-Unis
Paris, La Découverte, coll. « La Découverte poche », 2003
isbn 2-7071-4673-0.
Goldschmit Marc
Jacques Derrida, une introduction
Paris, Pocket, coll. «Agora», 2003
isbn 2-266-11574-x.
Lisse Michel (sous la dir. de)
Le Magazine Littéraire
nº 430, avril 2004.
Mallet Marie-Louise
et Michaud Ginette (sous la dir. de)
Jacques Derrida
Paris, l’Herne, coll. «Cahier de L’Herne », 2004
isbn 2-85197-098-4.
Mallet Marie-Louise (sous la dir. de)
La démocratie à venir. Autour de Jacques Derrida
(actes du Colloque de Cerisy, 8-18 juillet 2002)
Paris, Galilée, coll. «La philosophie en e�et», 2004
isbn 2-7186-0663-0.
Cixous Hélène
Insister. À Jacques Derrida
Paris, Galilée
à paraître en 2006.
1963 � Sur «Lebenswelt und Geschichte» de H. Hohl,
Les Études philosophiques, nº 1, Paris.
� Sur «Phänomenologische Psychologie »
de E. Husserl, Les Études philosophiques, nº 2, Paris.
1964 � Traductions: «Les frontières de la théorie logique»
de W. V. Quine (avec R. Martin) et «Le monde-de-la-vie
et la tradition de la philosophie américaine» de M. Farber,
Les Études philosophiques, nº 2, Paris.
� Sur «E. Husserl’s Theory of Meaning »
de J. N. Mohanty, Les Études philosophiques, nº 4, Paris.
1966 � « La phénoménologie et la clôture
de la métaphysique », Epokhè, nº 7, Athènes (en grec);
repris dans « Derrida et la phénoménologie», Alter,
Revue de phénoménologie, nº 8, Fontenay-aux-Roses,
Éd. Alter, 2000, issn 1249-8947.
1968 � « Culture et écriture : la prolifération des livres
et la �n du livre», Noroît, nº 132.
1970 � « D’un texte à l’écart», Les Temps modernes, nº 284.
1973 � « Edmond Jabès aujourd’hui », Les Nouveaux Cahiers, nº 31.
1974 � « Mallarmé», Tableau de la littérature française:
De Madame de Staël à Rimbaud, vol. 3, Paris, Gallimard.
1975 � « À-coup» (trente-huit réponses sur l’avant-garde),
Digraphe, nº 6, issn 0024-1393.
� « Pour la philosophie», La Nouvelle Critique, nº 84, Paris.
1976 � « Où sont les chasseurs de sorcières? », Le Monde
du 1
er
juillet.
� « Jacques Derrida », Aujourd’hui Rimbaud (enquête
de R. Munier), Paris, Lettres Modernes, coll. « Archives
des Lettres Modernes », isbn 2-256-90352-4.
1977 � « Prière d’insérer », Dits et récits du mortel, M. Bénézet,
Paris, Flammarion, coll. «Digraphe», isbn 2-08-212001-5.
1978 � « Qui a peur de la philosophie? » (Table ronde
autour du Greph), Noroît, nº 224, 225, 226, 227.
1980 � « Pour la création d’un Collège international de
philosophie: une lettre circulaire», La Quinzaine littéraire,
juillet.
1983 � « Économies de la crise», La Quinzaine littéraire, août.
� « La langue et le Discours de la méthode», Recherches
sur la philosophie et le langage, nº 3, Groupe de recherches
sur la philosophie et le langage, Grenoble; repris dans Lettres
philosophiques, nº 4, 1992, issn 1156-6213.
� « Ce que j’aurais dit…», Création et Développement
(actes des rencontres internationales de la Sorbonne,
13 au 12 février), Paris, ministère de la Culture ; repris
dans Le Complexe de Léonard ou la Société de création, Paris,
Éd. du Nouvel Observateur/J.-C. Lattes, 1983,
isbn 84-03-45-1190-3.
� « Tout redé�nir» (non signé), Le Matin du 28 juillet
1984 � « Bonnes volontés de puissance. Une réponse
à Hans-Georg Gadamer », Herméneutique et Néo-structuralisme.
Derrida-Gadamer-Searle, Revue internationale de philosophie, nº 151,
fasc. 4, Université de Bruxelles/Puf, issn 0048-8143.
� « Les événements? Quels événements ? »,
Le Nouvel Observateur, nº 1045.
� « Les philosophes et la parole. Passage de témoin
de F. Georges à J. Derrida», Le Monde, du 22 octobre.
1985 � « Épreuves d’écriture » (pour « Les Immatériaux»
de J.-F. Lyotard et T. Chaput, Paris, Centre Georges
Pompidou); repris partiellement dans Revue philosophique
de la France et de l’étranger, avril-juin 1990, Paris, Puf,
issn 0035-3833.
� « Pas la moindre in�uence…», L’E�et Godard,
C. Desbarats et J.-P. Gorce, Toulouse, Milan, 1985;
rééd. 1989, isbn 2-86726-402-2.
� « Les langages et les institutions de la philosophie»,
Texte, nº 4.
1986 � « Pardonnez-moi de vous prendre au mot», La Quinzaine
littéraire, nº 459 du 16 au 31 mars.
� « Petite fuite alexandrine (vers toi) », Notes. Monostiches/
one-line poems ; repris dans Orange Export Ltd. 1969-1986,
Emmanuel Hocquard et Raquel, Paris, Flammarion,
coll. «Poésie-Flammarion», isbn.2-08-064920-5.
1987 � « La réponse de Jacques Derrida » (à V. Farias),
Le Nouvel Observateur du 27 novembre au 3 décembre.
1988 � « Les chances de la pensée », Légende du siècle, nº 5.
� « Une lettre de Jacques Derrida », Libération du 3 mars.
� « Derrida-Bourdieu. Débat », Libération du 19 mars.
� « Une nouvelle a�aire », La Quinzaine littéraire
du 16 au 29 février.
� « Lettre à Maurice Nadeau» et «Réponse à La Quinzaine
littéraire sur de Man et Jauss», La Quinzaine littéraire, nº 503.
1990 � « Point de vue » (réponse à la question «Seuil de
tolérance, c’est quoi pour vous ? »), Libération du 22 janvier.
� « Videor», Passages de l’image, Paris, Centre Georges
Pompidou, isbn 2-85850-542-x.
� « La voix de l’ami» (en hommage à H. Joly),
Cahier du Groupe de recherches sur la philosophie et le langage,
nº 12, Grenoble.
� « Droit de réponse. À propos de l’enseignement
philosophique. Jacques Derrida répond à Guy Coq », E�rit,
nº 162.
� « Mise au point », Figaro-Magazine du 15 mars.
� « Épreuves d’écriture », Revue philosophique de la France
et de l’étranger, Paris, Puf, issn 0035-3833.
1991 � « Après tout : les chances du Collège», Lacan avec
les philosophes, Paris, Albin Michel, coll. «Bibliothèque
du Collège International de Philosophie »,
isbn 2-226-05216-x.
� « Préférer préfaire à prédire : comment traduire –
le dérapage d’une préface», Kritik der Rahmen-Vernunft.
Parergon-Versionen nach Kant und Derrida, U. Dunkelsbühler,
München, Wilhelm Fink Verlag, isbn 3-7705-2683-x.
� « This is not an Oral Footnote», Annotation and Its Texts,
Barney Stephen éd., Oxford, Oxford University Press, 1991;
repris en français dans L’E�ace de la note, Rennes, Presses
universitaires de Rennes, 2003, isbn 2-911044-83-5.
� « Du ‹sans-prix› », Le Monde du 14 décembre.
� « La philosophie demandée », Ré�exion sur l’état actuel
et les per�ectives de l’enseignement de la philosophie en France,
Bulletin de la Société française de philosophie, janvier-mars, Paris,
Vrin, issn 0037-9352.
� « Lettre» (réponse à «Questions à Jacques Derrida »),
Césure, revue de la Convention Psychanalytique, nº 1,
issn 1161-0220. � «Prière d’insérer », Mathieu Bénézet, Ubacs,
nº 10, issn 0150-5246.
A
r
t
i
c
l
e
s
,

t
e
x
t
e
s

e
t

p
r
é
f
a
c
e
s

d
e

J
a
c
q
u
e
s

D
e
r
r
i
d
a
1992 � «Du ‹sans prix›, ou le ‹juste prix › de la transaction»,
Comment penser l’argent? R.-P. Droit (textes réunis par), Paris,
Le Monde Éditions, isbn 2-87899-050-1.
� «Générations d’une ville : mémoire, prophétie,
re�onsabilités», dans Prague: Avenir d’une ville historique
capitale, La Tour d’Aigues, L’Aube, coll. «regards croisés»,
isbn 2-87678-098-4.
� «Syllabe», La Poésie comme avenir. Essai sur l’œuvre
de Michel Deguy, J.-P. Moussaron, Grenoble,
Presses universitaires de Grenoble, coll. « Trait d’union»,
isbn 2-7061-0454-6.
� «Pour repenser l’université » (appel cosigné),
Libération du 27 mai.
� «Le tableau est avant tout un système de mémoire,
Atelier. Valerio Adami », Rue Descartes, nº 4,
Collège internationale de philosophie, Paris, Albin Michel,
issn 1144-0821; repris dans Ateliers I. Esthétique de l’écart,
J. Borel et M. Matieu (sous la dir. de), Paris, L’Harmattan,
coll. «La philosophie en commun», 1994,
isbn 2-7384-2416-3.
� «Faxitexture», Anywhere, nº 2, New York, Rizzoli
International Publications ; rééd. dans Noise, nº 18/19, Paris,
Éd. Maeght, issn 0765-121x; dans Exposé. Revue d’esthétique
et d’art contemporain, nº 2, Orléans, 1995.
� «Générations d’une ville », Lettre internationale.
� «Tombeau pour Louis Marin» (avec P. Bourdieu),
Libération du 4 novembre; repris dans Liber
du 12 décembre; dans Lettres, nº 52, Paris, ministère
de la Culture et de la Communication, direction du Livre
et de la Lecture.
� «Le Sacri�ce: théâtre et philosophie. Dialogue avec
Daniel Mesguich», Lieux extrêmes, nº 3, Paris, issn 1155-2778.
1993 � «Intervention», Penser l’Europe à ses frontières,
La Tour d’Aigues, L’Aube, coll. «Monde en cours »,
isbn 2-87678-150-6.
� «Le Sacri�ce», La Métaphore revue (Théâtre National
Nord-Pas de Calais), nº 1, Paris, Éd. de la Di�érence,
issn 1266-2453.
� «L’autre nom du Collège», Rue Descartes, nº 7,
Collège international de philosophie, Paris, Albin Michel,
issn 1144-0821.
1994 � «Intervention», «Débat» (avec J. Poperen et A. Minc),
« Que faire de la question ‹que faire? ›? », dans Penser ce qui vient
(actes du débat organisé le 18 janvier 1994 à la Sorbonne),
Paris, Éd. Le Nouveau Monde.
� «Penser ce qui vient» (extraits), Libération du 10 mars.
� «Barbaries et papiers de verre ou La petite monnaie
de l’‹actuel›. Lettre à un architecte américain (fragment) »,
Rue Descartes, Collège international de philosophie, Paris,
Albin Michel, issn 1144-0821.
� «La �n de l’apartheid? », Humanité Dimanche, nº 214.
� «Les devoirs de notre ‹ Communauté› », Libération
du 4 novembre.
� «Littératures déplacées », «Di�laced literatures »,
Littératures. Revue du Parlement International des Écrivains,
Strasbourg, octobre/novembre.
1995 � «Non-assistance à personne en danger», Prétrentaine,
nº 1, Paris, Éd. Irsa.
� «Sauver les Phénomènes. Pour Salvatore Puglia»,
Contretemps, Paris, Éd. Transition, issn 1265-2288.
� «M. Pasqua, son conseiller et les étrangers »
(avec P. Bourdieu), Le Monde du 10 janvier.
� «Pour un débat sur le sort des étrangers»
(avec P. Bourdieu et D. Lochak), Libération.
� «La vérité? » (avec É. Balibar, H. Cixous, P. Lacoue-
Labarthe, J.-L. Nancy), Le Monde du 14 août.
1996 � « Chaque fois, c’est-à-dire, et pourtant, Haroldo»
(lu à l’Université de Sao Paulo en octobre), Homenagem
a Haroldo de Campos, Ponti�cia Universidade Catolica
de Sao Paulo.
� « Comment nommer», dans Le poète que je cherche à être,
Cahier Michel Deguy, Paris, La Table Ronde/Belin,
issn 2-7103-0755-3.
� « Le dessin par quatre chemins », (quadrilingue: italien,
anglais, allemand), Institut du Dessin/Fondation Adami,
Milan, Skira, isbn 8-8811-8215-7.
� « Préface» à En direct du couloir de la mort, Abu-Jamal
Mumia, Paris, La Découverte, coll. «Cahiers libres»,
isbn 2-7071-2529-6; nouv. édit. 1999, coll. «La Découverte-
poche», issbn 2-7071-3127-x.
� « Lettre ouverte à Hilary et Bill Clinton»
(avec M.-C. Mendès-France), Les Temps modernes, nº 52.
� « Hostobiographie d’un survivant », La vie la mort, Bulletin
du groupe toulousain de psychanalyse de la Société Psychanalytique
de Paris, nº 8, novembre.
1997 � « Joue – le prénom» (pour Ornette Coleman),
Les Inrockuptibles, nº 115 du 20 août au 2 septembre.
� « Quand j’ai entendu l’expression ‹ délit
d’ho�italité›…», Plein Droit, nº 34, avril.
1998 � « Fidélité à plus d’un. Mériter d’hériter où la généalogie
fait défaut», Idiomes, nationalités, déconstructions. Rencontre
de Rabat avec Jacques Derrida, Cahiers Intersignes, nº 13,
Paris - Casablanca, Intersignes/Éd. Toubkal
� « Le temps des adieux. Heidegger (lu par) Hegel (lu par)
Malabou», Revue philosophique de la France et de l’étranger, Tome
123, nº 1, Paris, Puf, issn 0035-3833.
� « Un seul geste », La Presse du 16 février.
� « Lettre à Madiguène Cissé», Le papier des St. Bernard,
nº 13.
1999 � « La chance de l’ho�italité» (allocution Doctorat
Honoris Causa, Queen’s University), Trois, vol. 14, nº 2-3,
Laval, Canada.
� « Une ho�italité à l’in�ni», «Re�onsabilité et
ho�italité», Autour de Jacques Derrida. Manifeste pour l’ho�italité,
M. Se�ahi (sous la dir. de), Grigny, Paroles de l’Aube;
rééd., Genouilleux, Éd. La passe du vent, 2001,
isbn 2-84562-042-x.
� Témoignage sur le procès de Bernard Noël
(pour la publication du Château de Cène, 1973), Chroniques
de la Bibliothèque nationale de France, nº 6, issn 1283-8683.
� « Qu’est-ce qu’une traduction ‹ relevante›? »,
Quinzièmes Assises de la traduction littéraire, Arles, Atlas/
Actes Sud, isbn 2-7427-2493-1.
� « Hostipitalité», Pera Peras Poros. Atelier interdisciplinaire
avec et autour de Jacques Derrida, Istanbul, Cogito.
2000 � « Mais qu’est-ce donc qui arrive d’un coup à une langue
d’arrivée?» préface à Humus, G. Veltsos, Athènes,
Éd. Plethron/Institut Français d’Athènes.
� « Littératures déplacées », Autodafé, Revue du Parlement
International des Écrivains, nº 1, Paris, Denoël, issn 1623-4790
(publié également à Athènes, Barcelone, Milan, New-York).
� « Vigilances», L’Humanité du 18 septembre.
� « De l’autre côté du monde », Saluer Jabés. Les suites du livre,
D. Cahen (sous la dir. de), Pessac, Opalis,
isbn 2-908799-48-0.
� « La mondialisation, la paix et le cosmopolitique»
(conférence à l’Unesco, 6 novembre 1999), Regards
sur les Idées, nº 54, février.
� « Comme si la �n de l’œuvre était à l’origine du monde»
(conférence, Le Caire, février), Ramallah.
2001 � « Le ressassement ou le droit à la littérature (Nœud,
point – arriver à s’e�acer)», Écritures du ressassement, Modernités,
nº 15, Bordeaux, Presses Universitaires de Bordeaux,
isbn 2-86781-276-3.
� « Avouer – l’impossible : ‹retours›, repentir
et réconciliation» (suivi d’un débat animé par P. Bouretz),
Comment vivre ensemble ? (actes du xxxvii
e
colloque
des intellectuels juifs de langue française), J. Halpérin
et N. Hansson (textes réunis par), Paris, Albin Michel,
coll. «Présences du judaïsme », isbn 2-226-12139-0.
� « Nous», Un très proche Orient. Paroles de paix, Paris,
J. Losfeld/Dada, isbn 2-84412-088-1.
� « Substitutions», Toxicomanie et Devenir de l’Humanité,
C. Olievenstein (sous la dir. de), Paris, Odile Jacob,
isbn 2-7381-1019-3.
2002 � « Le futur antérieur de l’archive », Questions d’archives
(actes colloque Paris 2-3 décembre 1989), N. Léger
(sous la dir. de), Imec, coll. « Inventaire»,
isbn 2-908295-64-4.
� « Peine de mort et souveraineté (pour une
déconstruction de l’onto-théologie politique) »
et «Mondialisation: la guerre ou la paix? », Jacques Derrida.
Le discours monstrueux : Les Balkans et l’Europe – déconstruction
du politique, Divinatio, nº 15.
� « Pour Arne Melberg, un joyeux anniversaire!», Hilsen,
Oslo, Gyldendal Norsk Forlag.
� « L’‹origine› de la psychanalyse: rapport de Jacques
Derrida», Sun Yat-sen Journal of Humanities, nº 14, avril.
� « Message de Jacques Derrida », Le voyage en Palestine
de la délégation du Parlement international des écrivains en réponse
à un appel de Mahmoud Darwish, Castelnau-le-Lez, Éd. Climats,
isbn 2-84158-213-2.
� « Construire des sociétés du savoir », Summary Records,
Unesco Executive Board, Paris, 28 août.
� « Reste – le maître, ou le supplément d’in�ni»,
Le Disciple et ses maîtres. Pour Charles Malamoud, L. Bansat-
Boudon et J. Scheid (sous la dir. de), Paris, Le Seuil,
coll. «Le Genre humain », isbn 2-0205-4152-1.
� « La réaction de Jacques Derrida » (à la mort
de Bourdieu), Le Monde du 25 janvier.
� « Le parjure, peut-être (brusques sautes de syntaxe) »,
Derrida lecteur, Études françaises, vol. 38, nº 1-2, Montréal,
Presse de l’université de Montréal, issn 0014-20851.
2003 � « Cette nuit dans la nuit de la nuit…» (sur La Musique
en re�ect de M.-L. Mallet), Rue Descartes, nº 42, Paris Puf,
issn 1144-0821.
� « Échos des rencontres III », Signes, Histoire, Fictions.
Autour de Louis Marin, F. Pousin et S. Robic (textes réunis par),
Paris, Éd. Arguments, isbn 2-909109-28-3.
� « Guerre, terrorisme : de quoi parlons-nous? »,
Les Inrockuptibles du 5 mars.
2004 � « Les yeux de la langue» (extrait), Magazine littéraire,
nº 430.
� « La parole. Donner, nommer, appeler»,
Paul Ricœur, Paris, L’Herne, coll. «Cahier de l’Herne »,
isbn 2-85197-097-6.
� « L’e�rit de l’argent, autour des écrits
de Jacques Derrida sur l’argent », dans L’Argent. Croyance,
mesure, �éculation, M. Drach (sous la dir. de), Paris,
La Découverte, coll. «Recherches»,
isbn 2-7071-4312-x.
1968 � « Culture et écriture. La prolifération et la �n du livre »,
Noroît, nº 132.
1971 � « Philosophie et communication » (avec P. Ricœur),
La Communication. Actes du XVe Congrès de l’Association des sociétés
de philosophie de langue française, Université de Montréal,
Montréal-Montmorency.
1972 � « Avoir l’oreille de la philosophie» (avec L. Finas),
La Quinzaine littéraire, nº 152; repris dans Écarts: Quatre essais
à propos de Jacques Derrida, Paris, Fayard, coll. «Digraphe»,
1973.
1973 � « Discussion. La question du style », Nietzsche aujourd’hui?
(colloque de Cerisy, juillet 1972), Paris, Uge, coll. « 10-18».
1975 � « Jacques Derrida », Almanach de Shake�eare
& Company, nº 2.
1976 � « Littérature, philosophie et politique sont inséparables»
(avec S. Agacinski, S. Kofman, P. Lacoue-Labarthe,
J.-L. Nancy, B. Pautrat), Le Monde du 30 novembre.
1977 � « Entretien avec Jaques Derrida », Le Déclin de l’écriture,
F. Laruelle, Paris, Aubier-Flammarion, coll. « La philosophie
en e�et».
� « Discussion» (avec J. Batlay, P. Bonne�s, R. Jean,
M. Spada, J.-L. Steinmetz, K. Stierle, I. Tschinka),
Ponge inventeur et classique, P. Bonne�s et P. Oster (sous la dir.
de), Paris, Uge, coll. « 10-18», isbn 2-264-00130-5.
1980 � « Les États généraux de la philosophie» (avec R. Brunet,
G. Coq, V. Jankélévitch, O. Mongin), E�rit, février.
1982 � « Discussions» (avec J.-C. Sempe, D. Cahen),
A�ranchissement du transfert et de la lettre (colloque autour
de La Carte postale, Paris, 4-5 avril 1981), R. Major
(sous la dir. de), Paris, Confrontations, coll. «Vert et noir »,
isbn 2-904044-00-0.
� « Jacques Derrida sur les traces de la philosophie»
(avec C. Descamps), Le Monde du 31 janvier; repris dans
Entretiens avec Le Monde. 1 : Philosophies, Paris, La Découverte/
Le Monde, isbn 2-7071-1455-3.
� « Je n’écris pas sans lumière arti�cielle» (avec A. Rollin),
Le fou parle, nº 21-22.
1983 � « Derrida l’insoumis» (avec C. David), Le Nouvel Observateur,
nº 983.
� « Derrida, philosophie au Collège» (avec J.-L. Thébaut),
Libération, nº 692.
1984 � « La visite de Jacques Derrida », Vu!, nº 38-39, Tokyo.
� « Plaidoyer pour la métaphysique» (avec J.-F. Lyotard),
Le Monde du 28 octobre.
� « Questions à Jacques Derrida. Eidos et télé-vision »
(avec B. Stiegler), Digraphe, nº 33, issn 0024-1393.
1986 � « Architecture et philosophie » (avec E. Meyer, 1984);
trad. française, Revue de philosophie et de religion, nº 4,
Leningrad-Paris.
� « Une carte postale de l’Amérique » (avec V. Vasterling),
Krisis. Tijdschrift voor�loso�e, nº 22, Amsterdam.
� « Débat» (avec P.-J. Labarrière), Altérités, Paris, Osiris.
1987 � « ‹Parole› autobiographique – pourquoi pas (why not)
Sartre» (avec A. Ubukata et T. Minatomichi, trad. japonaise),
Revue de la pensée d’aujourd’hui, vol. 15/8, Tokyo.
� « Le bon plaisir de Jacques Derrida» (avec D. Cahen),
Digraphe, nº 42, issn 0024-1393.
� « Artaud et ses doubles» (avec M. Olivier),
Scènes Magazines, nº 5, Genève.
� « Abus de pouvoir à la Sorbonne» (avec H. Guirchon)
Le Nouvel Observateur du 24 novembre.
� « L’œuvre chorale» (avec P. Eisenmann),
Parc de la Villette, I. Auricoste et H. Tonka, Seyssel,
Champ Vallon, coll. «Vaisseau de pierre »,
isbn 2-903528-86-1.
1988 � « Controverse sur la possibilité d’une science
de la philosophie » (avec F. Laruelle), La Décision philosophique,
nº 5, Osiris, issn 0994-1029.
� « Le philosophe et les architectes », Diagonal, nº 73.
� « L’herméneutique et la déconstruction. Introduction
et rencontre avec Jacques Derrida » (avec H. Salah), Beyrouth.
� « Heidegger-Derrida-Bourdieu. Débat », Libération,
19 au 20 mars.
1989 � « The Ghost Dance/La Danse des fantômes»
(avec A. Payne et M. Lewis, bilingue), Public, nº 2,
Public Access Collective, Toronto.
� « Conversation avec Christopher Norris »
(vidéo-interview), Deconstruction II, Architectural Design ;
repris dans Deconstruction Omnibus Volume, London, Rizzoli,
1990, isbn 0-847810-66-6.
� « L’école a été un enfer pour moi» (avec B. Defrance),
Cahiers pédagogiques, nº 270.
1990 � « Autour de Mémoires. Pour Paul de Man », Les Papiers
du Collège International de Philosophie, nº 11.
� « Un penseur dans la cité : ‹Le philosophe n’a pas
à parler comme tout le monde…›», L’Événement du jeudi
du 12 au 18 avril.
� « Le dessin du philosophe » (avec J. Coignard), Beaux-Arts,
nº 85, décembre.
� « Jacques Derrida ici et ailleurs » (avec R.-P. Droit),
Le Monde du 16 novembre.
� « Le programme philosophique de Jacques Derrida»
(avec R. Maggiori), Libération du 15 novembre.
1991 � « Contresignatures» (avec J. Daive), �g. 5, Paris, Fourbis.
� « Entretien avec Jacques Derrida » (par F. Bilbaut-
Faillant, di�usé du 23 au 29 mars), La Sept/13.
1992 � « Philosophes, en toute indépendance… »
(avec P. Bourdieu, J. Brunschwig, C. Malabou, J.-J. Rosat),
Le Monde du 27 février; repris sous «Point de vue. De l’e�rit
à la lettre», Libération du 28 février.
� « Répliques» (avec G. Parasse), Ponge à l’étude,
Revue des Sciences Humaines, nº 228, Lille, issn 0035-2195.
1993 � « La déconstruction de l’actualité », Passages, nº 9, Paris.
1994 � « Ceux qui veulent accéder au pouvoir ont pour
adversaire le savoir » (avec K. Arezki), Le Matin, nº 686.
� « Contre l’interdit, la vocation de l’intellectuel»,
Humanité dimanche, nº 250 ; repris dans L’Écho de la Dordogne,
du 4 janvier 1995.
� « Derrida à prix d’ami» (avec R. Maggiori), Libération
du 24 novembre.
� « Jacques Derrida : Les réponses au problème algérien
sont, pour une large part, internationales» (avec A. Metref ),
Le Nouveau Politis du 7 au 13 avril.
� « Postface: Entretien avec Jacques Derrida »
(extraits d’un entretien avec B. Stiegler enregistré par l’Ina
les 22 et 23 décembre 1993), Dossiers de l’audiovisuel, nº 54,
Ina publications.
� « Spectres de Marx. Entretien avec Jacques Derrida »
(avec C. Boissinot), Laval théologique et philosophique, 50, 3,
Laval, Québec.
� « Toute prise de parole est un acte pédagogique»
(avec J. Blain), Lire, nº 222.
1996 � « Où la philosophie et la poétique, indissociables,
font événement d’écriture» (avec M. Calle-Gruber),
Cahiers de l’École des sciences philosophiques et religieuses, nº 20,
Bruxelles; repris dans Spirale, nº 150, Montréal.
� « Oui, mes livres sont politiques », Le Nouvel Observateur
du 22 au 28 février.
� « Débat lors de la soirée du 26 février
au Théâtre de l’Odéon», Philosophie, philosophie (Revue des
étudiants de philosophie Université Paris viii Vincennes,
Saint-Denis), hors série.
E
n
t
r
e
t
i
e
n
s

e
t

d
é
b
a
t
s

a
v
e
c

J
a
c
q
u
e
s

D
e
r
r
i
d
a
1997 � «II n’y a pas de culture ni de lien social sans un principe
d’ho�italité», Le Monde du 2 décembre; repris dans
E�ace Social, nº 5.
� «L’une des pires oppressions: l’interdiction d’une
langue» (avec A. Khelladi), Algérie littérature/Action, nº 9.
� «La langue de l’autre» (avec O. Coleman),
Les Inrockuptibles, nº 115.
� «Le musicien, le philosophe et les fanatiques »
(avec P. Caries), Jazz Magazine, septembre.
� «Les urgences de Jacques Derrida » (avec M. Halter),
Les Nouvelles françaises, nº 3.
1998 � «Archive et brouillon » (avec M. Contat, D. Ferrer, 1995),
Pourquoi la critique génétique ?, Paris, Éd. du Cnrs,
coll. «Textes et manuscrits », isbn 2-271-05596-2.
� «Conversation autour du Collège International
de Philosophie» (avec M. Abensour, É. de Fontenay,
M.-L. Mallet, É. Tassin), Lignes, nº 35.
� «De nouvelles marques pour l’écrit » (avec P. Sirinelli),
Le Feuilleton de la Société des Gens de lettres, nº 1, issn 1287-2687.
� Extrait d’entretien avec P. R. Pires (Salon du livre, Paris,
mars), dans Lena Bergstein, Galeria Debret/Paco Impérial,
Paris-Rio de Janeiro.
1999 � «Connaissez-vous Jacques Derrida ? »
(avec F.-O. Giesbert), Le Figaro Magazine du 16 octobre.
� «Jacques Derrida. Un grand moment d’humanité»
(avec J.-P. Monferran), L’Humanité, hors série «Débats»,
octobre.
2000 � «Extase, crise » (avec R. Lesgards et V. Adami),
Couleurs et mots, Valerio Adami, Paris, Le Cherche Midi,
isbn 2-86274-706-8.
� «Derrida, Mandela, la politique et l’Algérie»
(avec J.-P. Monferran), L’Humanité du 17 novembre.
� «Le pardon et la pratique philosophique
transculturelle», Le xx
e
siècle, nº 1, Hong-Kong.
� «Jacques Derrida et la phénoménologie »
(avec M. Contat et J. Birnbaum; di�usé sur France Culture,
« Staccato», le 6 juillet 1999); retranscrit dans le Bulletin
d’information du Groupe d’études sartriennes, nº 14,
issn 0996-8431.
2001 � «Quelle philosophie pour ce siècle ? », Centenaire
de la Société française de philosophie, Paris, Vrin.
� «Entre le corps écrivant et l’écriture…» (avec D. Ferrer),
Genesis, nº 17, Paris, Jean-Michel Place, issn 1167-5101.
� Sur Heidegger, dans Heidegger en France II. Entretiens,
Paris, Albin Michel, isbn 2-226-12703-8.
� «La souveraineté est politique, médiatique et
technologique», Midi Libre Dimanche du 8 juillet.
� «Le cinéma et ses fantômes » (avec A. de Baecque,
Th. Jousse), Cahiers du cinéma, avril.
� «La langue n’appartient pas» (avec É. Grossman),
Paul Celan, Europe, isbn 2-9108-1452-1.
2002 � «Artaud, oui… » (avec É. Grossman), Artaud, Europe,
isbn 2-9108-1460-2.
� «Le contraire du semblable» (extrait du débat avec
P. Ricœur, France Culture) L’Humanité hebdo du 21 décembre.
2003 � «Derrida et Levinas : ‹entre lui et moi dans l’a�ection
et la con�ance partagée›» (avec A. David), Magazine littéraire,
nº 419, issn 0024-9807.
2004 � « Re�onsabilité: du sens à venir» (avec J.-L. Nancy),
Sens en tous sens. Autour des travaux de Jean-Luc Nancy, Paris,
Galilée, coll. « La philosophie en e�et», isbn 2-7186-0612-6.
� « Questions à Jacques Derrida » (C. Malabou, M. Crépon,
M. de Launay), La Philosophie au risque de la promesse, Paris,
Bayard, isbn 2-227-47336-3.
� « Jacques Derrida, penseur de l’événement »
(avec J.-A. Nielsberg), L’Humanité du 28 janvier.
� « Du mot à la vie: un dialogue entre Jacques Derrida
et Hélène Cixous » (propos recueillis par A. Armel),
Magazine littéraire, nº 430, issn 0024-9807.
� « Si je peux faire plus qu’une phrase…»
(avec S. Bourmeau, J.-M. Colard et J. Lindguard),
Les Inrockuptibles, nº 435.
� « La vérité blessante » (avec É. Grossman), Jacques Derrida,
Europe, isbn 2910814831.
E
n
r
e
g
i
s
t
r
e
m
e
n
t
s

s
o
n
o
r
e
s
Feu la cendre
(lu par Jacques Derrida et Carole Bouquet)
1 cd, 76 min.
Paris, Des femmes, coll. « La bibliothèque des voix», 1987
ean 3328140020199.
Circonfession
(lu par Jacques Derrida, mis en e�ace sonore
par Marie-Louise Mallet)
5 cd, 5 h 35 min.
Paris, Des femmes, coll. « La bibliothèque des voix», 1993
ean 3328140020403.
Ghost Dance
�lm de Ken McMullen, 94 min., 1983
(participation de Jacques Derrida)
Caryl Chessman. L’écriture contre la mort
réalisation Jean-Christophe Rosé
(texte de Jacques Derrida)
Tf1/I na/ministère de la Culture, 56 min., 1985
Jacques Derrida
�lm de Didier Éribon, réalisation Philippe Collin,
(avec Geo�rey Bennington, Hélène Cixous, René Major,
Gérard Titus-Carmel, Gianni Vattimo)
La Sept/Gmt productions,
«Pro�ls Contemporains», 60 min., 1990
Jacques Derrida
TV Fnac, «Les Grands Entretiens », nº 14, 72 min., 1991
Mémoires d’aveugle, le �lm de l’exposition
réalisation Jean-Paul Fargier
Musée du Louvre, 1992
Jacques Derrida
Films for the Humanities and Sciences, 39 min., 1996
Jacques Derrida : Le �ectre de Marx
réalisation Marie Mandy
Csc Production, 28 min., 1996
D’ailleurs Derrida
réalisation Saafa Fathy
Arte/Gloria Films, 68 min., 2000
Derrida
réalisation Amy Ziering Kofman et Kirby Dick,
Jane Doe Films, 85 min., 2002
di�onible en dvd zone 1
F
i
l
m
s
Nous tenons à vivement remercier Marguerite Derrida, Simon Hantaï,
Hélène Cixous, Michel Delorme et les éditions Galilée ainsi qu’Amy Ziering Kofman,
Kirby Dick, Jane Doe Films (Usa), Eurozoom (Paris) et tous ceux sans qui
nous n’aurions pu composer la séquence iconographique de cet ouvrage.