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LES ÉCO SUPPLÉMENTS - LUNDI 7 OCTOBRE 2013

CE SUPPLÉMENT NE PEUT ÊTRE VENDU SÉPARÉMENT

SUPPLÉMENTS

LOGISTIQUE

UN CHANTIER À ENJEUX

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Logistique

Un secteur sur les chapeaux de roues

● Les professionnels sont unanimes quant aux avantages de la nouvelle stratégie nationale de développement de la logistique, seulement toute l'importance est de redoubler d’efforts pour vulgariser la culture logistique auprès des PME.

professionnels souhaitent rattraper le retard enregistré sur ces chantiers. Les bailleurs de fonds internationaux s’impliquent dans ce vaste projet stratégique pour l’économie marocaine et signent des conventions avec

Les bailleurs de fonds internationaux signent des conventions avec l’AMDL.

a fin de cette année et le début de 2014 seront cruciaux pour le secteur du transport et de la logistique. Plusieurs projets verront le jour durant cette période. On note, entre autres, les contrats régionaux des zones logistiques, la création de l’Ob-

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servatoire, des contrats d'application relatifs à l’amélioration de la chaîne logistique des flux import-export et des projets relatifs à la formation. Les professionnels sont unanimes quant aux avantages de la nouvelle stratégie nationale de développement de la logistique, malgré

la persistance de quelques obstacles au niveau de la mise en œuvre de certains chantiers de la stratégie. C’est une véritable feuille de route qui a permis au Maroc d’améliorer son classement mondial sur l’indice de la performance logistique. Avec la mise en place de l’AMDL, les

l’AMDL pour relancer les chantiers inscrits dans le cadre de la stratégie. C’est le cas de la BEI ou encore de la SFI, filiale de la Banque mondiale. Par ailleurs, professionnels et décideurs sont appelés à doubler d’efforts pour vulgariser la culture logistique auprès des PME et les faire adhérer à cette nouvelle dynamique insufflée par la stratégie nationale de développement de ● la logistique.

Sommaire
• L’AMDL donne un nouveau souffle au secteur • Interview : Eric Thizy, directeur général de Schenker Maroc • Interview : Mustapha El Khayat, président de l’Association marocaine de la logistique (AMLOG) • Externalisation des activités logistiques, encore un long chemin à parcourir • Interview : Abdelali Berrada, président du Salon Logismed • Interview : Kamal Chraïbi, associé chez GCL • Systèmes d’information, Eumatech met son expertise aux services des entreprises marocaines 26 27 28 30 31 32 33

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Logistique

L’AMDL donne un nouveau souffle au secteur

● Depuis quelques mois, le secteur de la logistique connaît un nouveau souffle. Il aura fallu attendre la nomination en décembre 2012 de Younès Tazi, fin connaisseur du secteur, à la tête de l’Agence marocaine pour le développement de la logistique (AMDL) pour que les chantiers phares de la stratégie nationale du développement de la logistique ressortent du tiroir.

es professionnels du secteur sont unanimes quant aux effets positifs de la stratégie nationale du développement de la logistique, malgré les multiples défis à surmonter. Il s’agit d’une véritable feuille de route qui a permis aux professionnels et aux investisseurs, tant nationaux qu’étrangers, d’avoir de la visibilité. L’intérêt que portent aujourd’hui les bailleurs de fonds internationaux au secteur de la logistique marocain témoigne de la pertinence des choix du royaume et des actions entreprises dans ce domaine. Ce n’est pas donc un hasard que le Maroc améliore son classement dans le rapport de la Banque mondiale intitulé «Connecting to compete : trade logistics in the global economy». Selon l’Indice de performance logistique (IPL), le royaume passe ainsi de la 94e à la 50e place. Certes, il reste un long chemin à parcourir, mais le pays est dans la bonne voie. Les efforts doivent se concentrer sur la massification des flux, la mise à niveau des opérateurs, le développement des parcs logistiques ainsi que la formation. L’AMDL sur tous les fronts Depuis sa nomination à la tête de l’AMDL, Younès Tazi travaille d’arrache-pied avec son équipe pour rattraper le retard enregistré sur quelques axes de la stratégie et en finaliser d’autres. Après une vaste concertation avec les professionnels et les représentants du secteur du transport et de la logistique, l’agence s’est rapidement penchée sur les dossiers prioritaires, notamment les contrats régionaux relatifs au développement des zones logistiques et des contrats d'applica-

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tion relatifs à l’amélioration de la chaîne logistique des flux importexport, l’Observatoire de la logistique et à la formation. Selon nos informations, les contrats des 4 zones logistiques régionaux (Casablanca-Rabat-Agadir-Tanger) sont en phase de finalisation. Concernant le volet de la gouvernance, les travaux de mise en place de l’Observatoire de la logistique avancent bien. Dans ce cadre, et pour doter le futur observatoire des compétences nécessaires, l’AMDL et la SFI, filiale de la Banque mondiale, ont signé en septembre dernier un accord de coopération porte sur l’assistance technique de la SFI afin de mettre en place le volet «Ressources humaines» de l’observatoire. L’AMDL ne ménage aucun effort pour que l’Observatoire soit opérationnel d’ici la fin de l’année. Il est à rappeler que cet observatoire sera présidé par une personne représentant le secteur privé, désignée par la CGEM. Le volet de la formation continue de

préoccuper les professionnels et les opérateurs du secteur. Si la stratégie nationale de la logistique vise la formation de 60.000 personnes à l’horizon 2015, nous sommes aujourd’hui assez loin de ces objectifs. «Actuellement, la formation en logistique connaît une accélération non maîtrisée: beaucoup de formations de 3e cycle (publiques et privées), peu de formation moyenne (Bac + 2), une formation professionnelle en développement, mais loin de répondre aux besoins spécialisés et croissants de tous les niveaux et spécialités (caristes, manutentionnaires, gestionnaires d’entrepôts, pilotes de flux, réceptionnaires logisticiens, transporteurs qualifiés, chaînes de froid et spécialistes en transport et gestion des flux de matières dangereuses», explique Mustapha El Khayat, président de l’AMLOG. Ce dernier pousse la logique plus loin en proposant la création d’un «Observatoire de compétences en logistique et transport».

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Les contrats des 4 zones logistiques régionaux sont en cours de finalisation. Il s’agit de Tanger, Rabat, Casablanca et Agadir.

Les parcs logistiques : l’urgence de la régulation Les opérateurs privés ne cachent pas leur mécontentement quant au laxisme qui caractérise ce segment, et se plaignent du fait que la SNTL et l’ONCF, deux opérateurs publics, soient favorisés par rapport aux opérateurs privés. Il est à noter que l’AMDL aura un rôle de régulateur et de développeur à assurer dans ce sens. Aujourd’hui, plusieurs entrepôts et plates-formes logistiques voient le jour partout, en dehors de toute régulation. La spéculation bat son plein et l’offre est en train de dépasser la demande. Une étude est en cours pour mettre en adéquation les besoins des entreprises et l’offre en parcs logistiques. Il faut signaler que le ministère de l’Équipement et des transports vient de lancer en septembre dernier l’étude stratégique relative à la deuxième tranche de la plateforme logistique de Zenata (Mohammedia). Celle-ci bénéficie du soutien technique de la Banque européenne d’investissement (BEI) à travers son instrument de partenariat et d’investissement euroméditerranéen (FEMIP). Rappelons que la première tranche a été aménagée par la Société nationale des transports et de la logistique (SNTL) sur une superficie de 28 hectares, dont 36.000 m² d'entrepôts exploités par le privé depuis l’été 2011. La deuxième tranche, objet de l’étude, est en cours d'aménagement. Elle devrait abriter une offre d’immobilier logistique destinée aux opérateurs privés. Cette tranche consistera en 10 entrepôts de 6.000 m² qui seront livrés progressivement à ● partir de début 2014.

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Logistique

INTERVIEW

L’informel continue de tirer le secteur vers le bas
qu'ils comprennent les risques pris (transport sans assurance ayant fait des blessés, et.), mais il est souvent trop tard, et les ennuis commencent! La qualité et la règle ont certes un coût, mais c'est en procédant ainsi que nous y arriverons. Il y a également des lacunes dans la formation. On confond souvent diplômes et compétences. Ce n'est pas seulement en se basant sur des études théoriques que nous formerons les professionnels de demain. On a aussi plus besoin de techniciens que de profils «master». C'est par un accroissement des compétences en termes de transport et de logistique que nous améliorerons la compétitivité du Maroc, tant sur les importations que sur les exportations. Quels sont les chantiers urgents ? La priorité est la lutte contre l’informel. Comment pourrions-nous développer et professionnaliser le transport et la logistique si une part importante des acteurs sont dans l’informel. Comment se dessine la stratégie de Schenker Maroc ? Au Maroc, nous avons développé de nombreuses lignes routières vers de nombreux pays européens et nous

Eric Thizy, Directeur général de Schenker Maroc

Les ÉCO : Quel regard portez-vous sur le secteur ? Eric Thizy : Le transport se professionnalise, mais il y a encore à faire en termes de lutte contre l'informel et de communication auprès des acteurs. Toute cette chaîne prend parfois beaucoup de risques en utilisant des moyens inadaptés ou ne répondant pas aux règles. Ce n’est que lorsque le problème survient

avons réussi à connecter ces hubs à nos 700 agences européennes. Ces développements nous permettent d'afficher une croissance supérieure à 10% chaque année sur l'évolution du nombre d'opérations routières. Notre évolution aérienne et maritime n'est pas en reste, avec une évolution de 55% (air) et de 23% (mer). Les investissements réalisés au Maroc (entrepôts aux normes européennes, certification sécurité, certification qualité) et la communication interne auprès de nos 2.000 agences dans le monde a conduit l'ensemble de ces agences à communiquer à leur tour sur les solutions de notre groupe au Maroc, et par conséquent à acquérir plus de clients! Notre stratégie pour 2014 est donc de continuer ces investissements et, après un développement important sur Casablanca, nous prévoyons un développement dans d'autres régions industrielles du Maroc. ●

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Logistique

La formation reste le maillon faible du secteur
● À travers cet entretien, Mustapha El Khayat fait le point sur l’état d’avancement de la mise en œuvre de la stratégie nationale de développement de la logistique. Il fait le point sur deux axes majeurs : la régulation et la formation.

INTERVIEW

Mustapha El Khayat, Président de l’Association marocaine de la logistique (AMLOG)

nécessaires pour optimiser les chaînes logistiques, d'où la nécessité de créer cette culture logistique qui touche toutes les sphères de la société (de la petite cellule familiale aux sphères de la production, distribution, etc. En un mot dans toute la société).

Les ÉCO : Quel bilan d’étape faites-vous du contrat-programme logistique 20102015 ? Mustapha El Khayat : Le contrat-programme est une excellente chose pour développer la logistique au Maroc. Son point fort c’est le partenariat public-privé. Certes, la création et la mise en place de l’Agence marocaine pour le développement de la logistique (AMDL) a retardé la mise en application du programme. L’AMLOG a dès le début soutenu ce contratprogramme ambitieux, qui permettra au Maroc de se hisser au rang des pôles logistiques mondiaux. Maintenant que l’AMDL est créée, ce retard sera rattrapé par le partenariat étroit entre l’AMDL et la CGEM. Que pensez-vous du travail accompli par l’AMDL ? L’AMDL constitue l’élément clé de la mise en application du contrat-programme. Cette agence est un signe fort de l’existence d’une politique logistique au Maroc. Elle sera épaulée par un Observatoire de la compétitivité logistique, qui sera l’œil de l’AMDL en ce qui concerne toutes les activités logistiques territorialisées au Maroc. L’AMDL aura un rôle de régulateur et de développeur. Il faut qu’elle arrive à maîtriser ces entrepôts et plates-formes logistiques qui se développent partout sans aucune coordination. Ces plates-formes et entrepôts logistiques émergent par-ci par-

là en dehors de toute régulation. Des promoteurs spéculateurs devancent le plan d’action de l’AMDL. Ceci risque de créer une sur-offre dans des espaces non adaptés pour les activités logistiques. La culture logistique n’est pas encore intégrée dans la majorité des entreprises marocaines. Que faites-vous pour sa promotion ?

L’Amlog veut hisser le Maroc au rang des pôles logistiques mondiaux.
De quel type d’entreprises s’agitil ? Grandes ou PME ? Celles qui sont ouvertes sur le marché mondial ou celles qui sont centrées sur le marché local ? La culture logistique est sociétale.

Pour les entreprises marocaines, elles en sont encore à l’état embryonnaire. Seules les entreprises ouvertes sur le marché mondial sont en train de construire une certaine culture logistique, en particulier la perception de la valeur du temps et de la qualité pour réussir leur intégration dans la logique de flux tendus et du justeà-temps. Mais la majorité des autres entreprises ignorent encore la logistique. L’AMLOG tente avec ses moyens limités de diffuser les règles de base de la logistique en organisant des journées sur des thèmes précis et en tentant de faire circuler les bonnes pratiques logistiques qui sont appliquées ailleurs. Maîtriser le temps, réduire les actes inutiles, respecter les relations intra-entreprises, inter-entreprises et avec tous les acteurs sociaux sont autant de valeurs qui sont

La formation et la qualification des ressources humaines sont deux éléments capitaux pour la promotion de la logistique. Quel effort faut-il faire pour assurer au secteur les compétences humaines nécessaires ? Au niveau de la formation, le problème est toujours présent, malgré l’inflation des formations. Actuellement, la formation en logistique connaît une accélération non maîtrisée : beaucoup de formations de 3e cycle (publiques et privées), peu de formations moyennes (Bac + 2), formation professionnelle en développement, mais loin de répondre aux besoins spécialisés et croissants de tous les niveaux et spécialités (caristes, manutentionnaires, gestionnaires d’entrepôts, pilotes de flux, réceptionnaires logisticiens, transporteurs qualifiés, chaînes de froid et spécialistes en transport et gestion des flux de matières dangereuses, etc.). Même les formations existantes sont peu structurées et non coordonnées. Certes, des efforts louables sont en cours pour réguler les formations et avoir une visibilité sur l’existant, le nécessaire, etc. (AMDL, OFPPT, ministère de l’Enseignement supérieur, etc.). À mon sens, il faut un Observatoire de compétences en logistiquetransport, pour éviter des formations inadaptées, des sureffectifs dans certaines formations, etc. La Banque européenne d’investissement (BEI) souhaite dans son projet Logismed cette visibilité sur les for● mations en logistique.

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Logistique

Externalisation des activités logistiques

Encore un long chemin à parcourir

● Absence d’une culture logistique chez une bonne partie des PME, l’informel et l’absence de mesures d’accompagnement et de soutien, font que le taux de l’externalisation des activités logistiques au Maroc est encore faible.

ture de séminaires dédiés. L’Agence mène une réflexion «pour élaborer et instaurer un système de classification et de qualification des acteurs logistiques. L’instauration de ce dispositif préconisé par la stratégie logistique, permettra de bâtir une confiance entre les donneurs d’ordre hésitant à soustraiter leur logistique et les opérateurs logisticiens en quête d’opportunités de business. La définition de spécifications permettant de caractériser les différentes catégories d'acteurs de la logistique favorisera les relations entre clients et fournisseurs». Les zones logistiques ont également un rôle à jouer dans la montée en gamme et la structuration d’acteurs logistiques autour d’opportunités d’affaires offertes par ces centres à valeur ajoutée érigés et exploités selon les normes et standards internationaux de qualité.

bsence d’une culture logistique chez une bonne partie des PME, l’informel et l’absence de mesures d’accompagnement et de soutien font que le taux de l’externalisation des activités logistiques au Maroc est parmi les plus faibles dans la région. Malgré les efforts déployés par les pouvoirs publics et les acteurs privés, la sous-traitance logistique des entreprises au Maroc reste faible. Seulement 10% à 15% des entreprises marocaines optent pour l’externalisation contre un taux de 75% dans certains pays à économie mature. Comment s’explique une telle situation ? Pour Kamal Chraïbi, expert en logistique, la décision de sous-traitance doit être insufflée par la direction générale de l’entreprise. De l’autre côté, les prestataires doivent proposer des tarifs attrayants pour encourager davantage d’entreprises à sous-traiter la partie logistique. Le constat aujourd’hui est que la demande en la matière émane surtout d’entreprises étrangères ou d’entreprises tournées vers l’export.

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Bien sûr, plusieurs prestataires de services logistiques globaux sont maintenant installés au Maroc pour y accompagner le développement du secteur. On cite, entre autres, Geodis, DHL, M&M, ID Logistics, Dachser, Schenker. Les entreprises de transport et de logistique marocaines ne disposent pas des ressources nécessaires pour assurer ces services. Elles se contentent, en conséquence, de transporter les marchandises et

et moyenne entreprises. Que faire donc ? Faut-il imposer la sous-traitance ? Certains professionnels plaident pour l’adoption de lois imposant aux entreprises marocaines (comme c’est le cas dans les pays de l’Union Européenne) une mise à niveau logistique et le respect des normes logistiques pour relancer ce secteur. Pour d’autres, il est important de continuer à sensibiliser davantage autour de l’intérêt de l’externalisation des activités logistiques et son apport positif pour l’entreprise marocaine. Sur ce volet, l’AMDL tente de sensibiliser autour de l’intérêt de la sous-traitance et le recours aux professionnels logisticiens structurés et intégrés a été entrepris, notamment à travers la participation à de nombreux événements et manifestions au niveau national. Cet effort de sensibilisation des donneurs d’ordre se poursuivra à travers l’organisation fu-

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Seulement 10% à 15% des entreprises marocaines optent pour l’externalisation contre un taux de 75% dans certains pays à économie mature.

Des mesures d’accompagnement et de soutien aux PME sont à prévoir.
dans le meilleur des cas de les stocker. L’informel qui bat son plein dans le secteur, explique également en partie le faible taux de l’externalisation. Il est à constater que même de grands groupes industrielles gèrent à leur niveau la partie logistique et non pas uniquement les petite

Vulgariser les pratiques logistiques Au Maroc, rares sont les entreprises qui sont en train de construire une réelle culture logistique. Vu que le tissu productif national est constitué de près de 95% de PME, dont une bonne partie manque de moyens financiers et humains, la logistique ne figure pas parmi leurs priorités. La fonction logistique n’est donc pas valorisée à sa juste valeur au sein de l’entreprise marocaine. D’où la nécessité de créer cette culture logistique qui touche toutes les sphères de la société pour véhiculer les bonnes pratiques logistiques appliquées à l’international : la maîtrise du temps, la réduction des actes inutiles, professionnaliser davantage les relations au sein de l’entreprise pour une meilleure optimisation des chaînes logistiques. Les professionnels estiment qu’en parallèle de ces efforts de sensibilisation et de communication, il est important de mettre en place des mesures d’accompagnement et de soutien aux PME qui désirent moderniser leurs outils logistiques ou opter pour la sous-traitance de leurs activités logistiques. ●

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Logistique
INTERVIEW

«Le Maroc est sur une bonne voie»
logistique. Il est à la 50e place sur 150 pays. L’AMDL fait aujourd’hui un excellent travail depuis la nomination de son directeur en décembre 2012 et travaille sur plusieurs chantiers im-

Abdelali Berrada, Président du Salon Logismed

portants, que je considère comme prioritaires, dont notamment la formation, la création de l’Observatoire ou encore les zones logistiques régionales. ●

Les ÉCO : Quel bilan faites-vous de la 2e édition de Logismed tenue en mai 2013 ? Abdelali Berrada : De l’avis de tous les professionnels, la 2e édition du Salon international du transport et de la logistique pour la Méditerranée (Logismed) a été une grande réussite. Cette deuxième édition a mis en évidence son dynamisme, sa vitalité et a confirmé, sans aucun doute, son positionnement d’événement de référence et du plus grand rassemblement des professionnels du transport et de la logistique en Méditerranée et en Afrique. Logismed 2013 a réuni près de 130 exposants de tous les métiers de la chaîne logistique, dont 26% d’acteurs internationaux, sur près de 10.000m² de surface globale d’exposition et a accueilli plus de 7.500 visiteurs professionnels. Par ailleurs, la forte participation étrangère au niveau des exposants, des visiteurs et des délégations (Sénégal, Cameroun, Espagne, France, Italie, Tunisie), témoigne de l'attractivité du Maroc.

Vous vous penchez actuellement sur les préparatifs de la 3e édition du Salon. Quel est l’état d’avancement de votre réflexion ? Effectivement, nous nous penchons sur l’édition de 2014 du salon. Nous sommes en phase de concertation et d’échange avec tous les partenaires pour fixer les thématiques et réussir la prochaine édition. Nous comptons placer la 3e édition sous le thème «La logistique, un nouveau relais de croissance». En effet, dans un environnement en constante mutation, incertain et concurrentiel, les entreprises cherchent à identifier des pistes potentielles d’amélioration et des relais de croissance. Dans ce cadre, la logistique doit être au cœur de cette démarche. Le Salon sera organisé sous l’égide du ministère de l’Équipement et du transport, aussi Logismed 2014 ambitionne de réunir près de 150 exposants nationaux et internationaux, d’accueillir environ 10.000 visiteurs professionnels et d’organiser un programme riche en conférences et animations diverses.

Quels sont les chantiers prioritaires pour le secteur du transport et de la logistique ? J’estime que depuis la mise en place de la stratégie nationale pour le développement de la logistique en 2010, le Maroc est sur la bonne voie. En témoigne l’évolution du classement du Maroc sur l’indice mondial de la performance

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Logistique

«La fonction logistique n’est pas bien valorisée»
INTERVIEW

Kamal Chraïbi, Associé chez GCL

Les ÉCO : La mise en place effective de l’AMDL a donné un nouveau souffle à la stratégie nationale de développement logistique. Qu’en pensezvous ? Kamal Chraïbi : L’AMDL fait un bon travail depuis la nomination de son directeur. L’agence a pris en main un certain nombre de dossiers urgents qui sont en cours de traitement, je cite notamment le chantier des zones logistiques, de l’Observatoire et de la formation. Maintenant audelà de la stratégie et des délais fixés pour ces chantiers, ce qui retient l’intention aujourd’hui c’est plutôt la volonté des entreprises marocaines à adhérer à cette feuille de route. Aujourd’hui, l’entreprise marocaine, notamment la PME, n’est pas tenue de moderniser son outil logistique. Autrement dit, il n’existe pas de loi ou de normes qui exigent des entreprises marocaines la mise à niveau de leur outil logistique. À ce jour, ce processus dépend de la volonté du chef d’entreprise. En Europe par exemple, il existe des lois qui interdissent de stocker dans des entrepôts qui ne répondent pas aux normes logistiques, sanitaires ou de sécurité. Au Maroc, ce ne sont que les grands prestataires logistiques qui respectent les normes, tels DHL, Geodis, M&M, SNTL, la Voie Express, ou encore les entreprises marocaines tournées vers l’export. À mon sens, ce n’est que par l’adoption d’une loi que les choses vont bouger. En parallèle de cette loi, il est important de prévoir des mesures d’accompa-

gnement et de soutien pour inciter les entreprises marocaines à mettre à niveau leurs outils logistiques. Donc, il faut que les entreprises marocaines s’impliquent davantage dans cette nouvelle dynamique insufflée par la stratégie nationale de développement logistique. Dans le cas contraire, et avec les projets d’infrastructures logistiques programmées, on va se retrouver avec des parcs logistiques performants comme celui de la SNTL qui resteront vides puisqu’il n’y aura pas en face une demande qui se développe. Le deuxième point important, c’est que la fonction logistique n’est pas valorisée à sa juste valeur au sein de l’entreprise marocaine. Les chefs de PME marocaines n’ont pas encore pris conscience du gisement de gains que représente une bonne gestion de la logistique. Beaucoup d’entre eux ignorent l’impact que pourra avoir une gestion optimale de leur logistique sur les coûts de l’entreprise et sa rentabilité. Aujourd’hui, toutes les entreprises qui sous-traitent leur logistique sont soit des filiales de multinationales ou de grandes groupes, notamment dans le secteur de la grande distribution. Je ne dis pas que l’externalisation est une solution complète, mais elle permet au moins de réduire les coûts et de gagner en compétitivité et en

chiffre d’affaires. Quelle est la meilleure formule à votre avis pour impliquer ces entreprises dans la nouvelle dynamique insufflée par la stratégie ? En parallèle de la sensibilisation de l’importance de la logistique, l’AMDL doit travailler en synergie avec les organismes de soutien de l’État, tel l’ANPME, pour créer des formules d’accompagnement et de soutien dédiées spécialement à la logistique. Ces formules doivent également subventionner des missions de conseil au sein de la PME marocaine désireuse de moderniser son outil logistique. En tant que consultant en logistique, quels sont aujourd’hui les besoins réels de l’entreprise marocaine ? D’abord, il faut redéfinir la fonction logistique au sein de l’entreprise : qui fait quoi et qui est responsable de quoi ? Ensuite définir les missions et le rôle des responsables logistiques en mettant en place un organigramme bien précis. Dans l’étape suivante, il faut identifier les besoins en termes d’infrastructures, que ce soit le bâtiment, les équipements d’entreposage, les équipements de manutention. L’autre besoin impératif est le système d’information pour la gestion des

entrepôts. Ce système permet d’avoir de l’information et un tableau de bord qui facilite le pilotage des opérations, et enfin le besoin en formation des cadres de l’entreprise. Nous sommes sollicités dans ce sens pour former les cadres et techniciens des entreprises sur les métiers de la logistique et à ce sujet j’aimerais mettre l’accent sur un point important : il faut que les écoles spécialisées en logistique cessent de former des cadres logisticiens à la théorie. Les entreprises marocaines ont besoin de techniciens et d'hommes opérationnels (caristes, responsables d’entrepôts, préparateurs de commande, manutentionnaires, gestionnaires d’entrepôts, pilotes de flux, réceptionnaires logisticiens, transporteurs qualifiés). L’entreprise marocaine a besoin d'hommes de terrain qui vont s’intégrer rapidement et non pas de théoriciens.

Peut-on dire que le conseil en logistique est cher, ce qui constitue un frein pour les PME ? Honnêtement, le conseil en logistique n’est pas cher quand on le compare avec le retour sur investissement et le gain en termes de coûts et de compétitivité. D’abord, il faut bien choisir son consultant car tous les gens ne travaillent pas sur ce créneau et sont de vrais consultants. Donc, il faut s’assurer des références, prendre contact avec les anciens clients pour avoir leurs témoignages avant d’opter pour un cabinet. Aujourd’hui, je peux dire que les tarifs pratiqués ne sont pas exorbitants. Une journée moyenne de conseil (prenant en compte la séniorité du consultant, la taille de l’entreprise et la nature ainsi que la complexité de la mission), varie entre 5.000 et 8000 DH. Il y a aujourd’hui une prise de conscience chez les chefs de PME de l’importance du conseil, il faut simplement les encourager par des mesures d’accompagnement et de soutien fi● nancier.

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Logistique
Systèmes d’information

Eumatech met son expertise aux services des entreprises marocaines

● Une bonne gestion des flux d’information dans le domaine de la logistique devient aujourd’hui fondamentale.

our une meilleure gestion de leurs flux d’information et de leurs données ainsi que la gestion de leurs entrepôts, les entreprises recourent de plus en plus aux consultants et spécialistes des solutions informatiques. Eumatech est l’une des entreprises qui a fait ses preuves dans le conseil et la gestion des projets de flux d’in-

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formation dans plusieurs domaines d’activité, dont notamment le transport et la logistique. Elle propose plusieurs solutions pour la gestion d’entrepôt (avec le WMS : Warehouse Management System), la gestion du transport (avec le TMS : Transport Management System) ou encore la gestion des flux d’informations avec les solutions /EAI (Échange de

données informatisées). «Les entreprises marocaines ont de plus en plus besoin de gagner en compétitivité, et le «levier» logistique est aujourd’hui de plus en plus d’actualité car nos entreprises ont le potentiel de réaliser, dans des délais relativement courts, des économies importantes à ce sujet. La mise en place de solutions informatisées adaptées est au cœur de

ce type de problématique, et c’est à ce niveau qu’Eumatech intervient», souligne Jérôme Fleury, directeur associé et cofondateur d'Eumatech. Malgré une conjoncture économique difficile durant le 1er semestre 2013, Eumatech a eu l’opportunité de remporter 4 appels d’offres d’envergure durant ces 6 premiers mois de l’année : 2 relatifs à l’intégration de solutions

WMS (Warehouse Management System, gestion d’entrepôt), et 2 relatifs à l’intégration de solutions EDI/EAI (Échange de données informatisées), pour le compte de deux grandes institutions publiques en ce qui concerne les WMS (1 grand prestataire logistique et l’OFPPT pour leurs besoins en formation de ressources logistiques sur des logiciels WMS), et 2 grands groupes privés en ce qui concerne l’EDI (industriel et financier). «Parallèlement à ces nouveaux projets, nos clients ont continué à faire appel aux services d’Eumatech tout au long de l’année 2013 pour faire évoluer leurs solutions WMS et EDI», affirme Malik Touimi Benjelloun, directeur associé et co-fondateur ● d'Eumatech.