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Réforme grégorienne

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Grégoire VII. La réforme grégorienne est une politique menée durant le Moyen Âge sous l'impulsion de la papauté. Si les historiens admettent que le pape Léon IX a commencé le redressement de l'Église, c'est pourtant le pape Grégoire VII qui a laissé son nom à la réforme. De plus, les efforts pour sortir l'Église catholique d'une crise généralisée depuis le Xe siècle se poursuivent bien après le pontificat de Grégoire VII. Ainsi l'expression « réforme grégorienne » peut paraître impropre puisqu'elle ne s'est pas limitée à quelques années mais concerne au total près de trois siècles. Elle comporte trois projets principaux : 1. Affirmation de l'indépendance du clergé : les laïcs ne peuvent plus intervenir dans les nominations. Ce point ne va pas sans conflits, notamment entre le pape et les empereurs germaniques qui se considèrent comme les représentants de Dieu sur terre (Querelle des Investitures). 2. Réforme du clergé : pour que le clergé suscite le respect. Le clergé est mieux instruit et l'Église impose le célibat des prêtres ainsi que le mariage chrétien pour les laïcs. 3. Affirmation du rôle du pape : à partir du XIe siècle, le pape met en place une structure centralisée autour de la papauté. En 1059, le pape Nicolas II crée le collège des cardinaux qui élit le nouveau pape. De plus, on voit se développer la curie pontificale qui contrôle ce qui se fait dans l'Église. Enfin, le pape multiplie les interventions pontificales. L'une des plus connues est matérialisée par le Décret de 1059 réformant l'élection pontificale et interdisant le nicolaïsme et la simonie.

Sommaire
• 1 Contexte historique • 1.1 L'Église aux Xe et XIe siècles • 1.2 La crise de l'Église (Xe et XIe siècles) • 1.3 Les prémices du renouveau • 1.4 L'affrontement du pape et de l'empereur 11

• 2 La mise en œuvre de la réforme de Léon IX à Urbain II (1049-1099) • 2.1 Léon IX (1049-1054) • 2.2 Nicolas II (1059 - 1061) • 2.3 Grégoire VII (1073-1085) • 2.4 L'œuvre d'Urbain II (1088-1099) • 3 Les structures de l'Église à l'issue de la réforme grégorienne • 3.1 Les cardinaux • 3.2 Les services de la Curie romaine • 3.3 Les revenus pontificaux • 3.4 La constitution du droit canonique • 3.5 Les évêques • 4 Conséquences de la réforme grégorienne • 4.1 Dans différents pays • 4.2 Un facteur essentiel du renouveau en Occident au XIIe siècle • 5 Notes et références • 6 Voir aussi • 6.1 Bibliographie • 6.2 Articles connexes • 6.3 Liens externes

Contexte historique
L'Église aux Xe et XIe siècles
Dans l'Occident de la fin du premier millénaire, les invasions sarrasines et scandinaves ont ébranlé l'ordre carolingien. Au Xe siècle, la dynastie ottonienne de ce que l'on appellera plus tard le SaintEmpire romain germanique se pose en héritière des Carolingiens. Othon Ier intervient dans les affaires des autres états et aussi dans les affaires religieuses. Ainsi, il a déposé deux papes, Jean XII et Benoît V. Son petit-fils Othon III impose son ancien précepteur Gerbert qui devient pape sous le nom de Sylvestre II1. Plus généralement, Jacques Le Goff caractérise la chrétienté du XIe siècle par l'effondrement de l'organisation carolingienne et l'effacement de la papauté : les empiétements du pouvoir temporel ne sont pas le seul fait de l'empereur, d'une façon plus générale, les grands laïcs ont mis la main sur l'Église. La conséquence en est que le trafic des charges ecclésiastiques se généralise. Les prêtres vendent les sacrements, s'adonnent au trafic des reliques et en tirent des revenus substantiels. C'est ce qu'on appelle la simonie. Si les empereurs du Saint-Empire ont accaparé le droit d'investiture du pape, les rois capétiens vendent des évêchés et, après la conquête de l'Angleterre, les rois normands distribuent à leurs fidèles les sièges épiscopaux anglais. En outre, le mariage des prêtres se généralise en France, en Allemagne et en Italie2.

La crise de l'Église (Xe et XIe siècles)
Avec le déclin du pouvoir carolingien et les invasions scandinaves en Occident, l'Église souffre à divers degrés de maux et de désordres : • La féodalisation du clergé : de nombreux évêques et abbés sont devenus des seigneurs ; cela implique une insertion des prélats dans le système féodo-vassalique. Des principautés ecclésiastiques se sont formées à l'est de la France actuelle. L'archevêque de Reims est très puissant et possède des prérogatives comtales (ban, pouvoir de frapper monnaie, de lever les impôts). Ils doivent prendre en main la sécurité à l'intérieur de leur domaine. 22

Les paroisses rurales tombent aux mains des seigneurs ou de simples chevaliers qui nomment à leur tête des desservants peu instruits, parfois des serfs. À l'ouest du royaume, les princes contrôlent leur clergé : par exemple, le duc de Normandie donne l'investiture aux évêques de sa principauté. Les évêques sont donc devenus des vassaux du duc et doivent par conséquent les mêmes services que les vassaux laïcs : l'ost, c'est-à-dire le service armé. Certains clercs participent donc aux combats. On voit des évêques normands prendre part à la bataille de Hastings en 1066 : l'évêque Odon de Bayeux, demi-frère du duc de Normandie, et Geoffroy de Montbray, évêque de Coutances. Les clercs s'éloignent ainsi de leurs fonctions pastorales et religieuses. • Le nicolaïsme atteint quelques évêchés : le principe du célibat et de la chasteté est battu en brèche en plusieurs endroits. En Normandie et en Bretagne, l'archevêque Robert d'Évreux, de la dynastie ducale, a eu un fils, comte d'Évreux. • La simonie : à quelques exceptions près (duché de Normandie par exemple), la simonie sévit partout. Les prêtres vendent les sacrements, s'adonnent au trafic des reliques et en tirent des revenus substantiels. Un des plus célèbres est Manassé de Reims. • Apparition d'hérésies : elles sont limitées et ne portent pas de nom précis. En 1022, le roi de France Robert le Pieux fait condamner au bûcher des hérétiques. Face à tous ces problèmes, certains monastères essaient de remettre de l'ordre, dès les années 1020 (réforme clunisienne). Puis, la papauté décide d'intervenir, à partir de Léon IX.

Les prémices du renouveau
Le monastère de Cluny, fondé en 909, donne le signal de la réforme. L'abbaye devient la tête de l'Ordre de Cluny qui impose sa réforme à partir de la règle bénédictine à de nombreux monastères. À la fin du XIe siècle, on en compte plus de mille deux cents en France, dans l'Empire et en Italie. Cluny devient une puissance de la chrétienté. Ce qui fait l'originalité de Cluny, c'est que l'abbaye est indépendante de toute autorité civile ou religieuse3. Article détaillé : ordre de Cluny. La papauté s'émancipe de l'Empire à partir de 1049, élection du pape Léon IX. Ce dernier avait été choisi par l'empereur Henri III sur les conseils d'Hildebrand qui était déjà lui-même le partisan le plus convaincu de l'indépendance de la papauté. C'est une époque où les tensions sont particulièrement vives entre l'empereur et la population romaine qui n'hésite pas à assassiner les papes nommés par l'empereur4. Influencé par la réforme clunisienne, Léon IX a l'habileté de se faire élire aussi par la population romaine. Il choisit à son tour comme conseiller Humbert de Moyenmoutier, lui aussi fervent partisan de l'accroissement du pouvoir pontifical et nomme Hildebrandt sous-diacre, chargé de l'administration des revenus du saint-siège. Dès le début du règne de Léon IX, pour affirmer la suprématie du souverain pontife, on cherche à élaborer des textes qui font référence à la Bible pour étayer la prééminence du successeur de Pierre. Un successeur de Léon IX, Nicolas II, s'enhardit en confiant l'élection du pape à un collège de cardinaux. Après le règne d'Alexandre II qui doit affronter un antipape, Hildebrand, élu pape en 1073, prend le nom de Grégoire VII. C'est par simple notification qu'il prévient l'empereur Henri IV de son élection1. L'éloignement, puis la rupture entre les églises d'Occident et d'Orient que l'on situe symboliquement en 1054 n'est pas sans rapport avec la réforme de l'Église que l'on associe à Grégoire VII. Né de querelles en apparence minime, pain azyme, mariage des prêtres, filioque, le schisme de 1054 se révèle définitif. Tout se passe comme si les Occidentaux, en prenant l'initiative de la rupture, avaient voulu rendre indépendante de l'Orient l'Église qu'ils voulaient réformer2.

L'affrontement du pape et de l'empereur
Voir l'article détaillé Querelle des investitures En 1073 Henri IV est un jeune homme de 23 ans. À l'instar de ses prédécesseurs, il se considère 33

comme le porteur de la tradition carolingienne. La condamnation, lors du concile romain de 1075, de l'investiture des évêques par les laïcs provoque l'incompréhension d'Henri IV devant cette violation de la coutume. Citant Tertullien, Grégoire VII lui réplique : « Le Christ n'a pas dit Je suis la coutume, il a dit Je suis la vérité1 ». Devant ce qu'il ressentait comme une menace contre ses prérogatives, Henri IV réunit un concile à Worms en 1076 ; le concile destitue le pape. Grégoire VII réplique en excommuniant l'empereur et en déliant ses sujets de leur fidélité. Il oblige ainsi l'empereur à venir se repentir et faire pénitence à Canossa en 1077. Le pape et l'empereur continuent à s'affronter jusqu'à la mort du premier, en 1085. Grégoire VII se montre intransigeant sur la « théocratie pontificale » : l'auctoritas du pape est supérieure à la potestas du roi. De son côté, Henri IV défend la « théocratie royale » : l'empereur tient son pouvoir de Dieu seul, et l'Église et l'État se trouvent confondus1. Le conflit ne se termine qu'en 1122 avec le Concordat de Worms mais il rebondira avec la Lutte du sacerdoce et de l'Empire qui durera jusqu'à la moitié du XIIIe siècle.

La mise en œuvre de la réforme de Léon IX à Urbain II (10491099)
Léon IX (1049-1054)
L'autorité de l'empereur est faible sur ses vassaux et pendant le règne d'Henri III, une puissante famille romaine, celle des comtes de Tusculum est maitresse de la ville. Habituée à faire élire le pape elle tente de reprendre ses prérogatives. Critiquant la faible moralité des papes désignés par l'empereur elle fait élire un pape concurrent, obligeant l'empereur à intervenir militairement, à réunir un grand concile le 20 décembre 1046 pour démettre les papes concurrents4. Mais cela ne suffit pas, coup sur coup deux papes désignés par l'empereur sont assassinés (Clément II et Damase II). Le nouveau candidat envoyé par l'empereur à la finesse de demander aux romains de l'élire, ce qui leur convient : il est élevé à la charge pontificale sous le nom de Léon IX le 1er février 10494. Élevé dans l'esprit de la réforme monastique, il conclut que c'est l'indignité des papes précédents qui leur a valu leur désaveu par les romains et leur déchéance. Il s'entoure de réformateurs et en particulier il nomme un clunisien, Hildebrand (le futur Grégoire VII), sous-diacre et le charge de l'administration des revenus du saintsiège, proche de la faillite5. Hildebrand agissant en véritable éminence grise, est à l'origine des actes les plus importants de son pontificat et de ceux de ses successeurs (Victor II (1055-1057), Étienne IV (1057-1058), Nicolas II (1058-1061), Alexandre II (1061-1073))6. De fait Hildebrand lance la réforme grégorienne vingt-cinq ans avant de devenir pape lui-même. Léon IX meurt en 1054, mais une délégation romaine comprenant Hildebrand parvient à convaincre Henri III de choisir Victor II, le parti réformateur reste donc dans l'entourage du Saint Siège, mais le pape reste choisi par l'empereur. Victor II reste très fidèle à Henri III, mais son ministère ne dure que deux ans et il décède quelques mois après l'empereur. Après avoir présidé aux obsèques impériales le 28 octobre 1056, Victor II est, le 5 novembre suivant, le principal artisan de l'élection du jeune fils de six ans d'Henri III comme empereur, sous le nom d'Henri IV, et met en place la régence d'Agnès d'Aquitaine, veuve de l'empereur.

Nicolas II (1059 - 1061)
À la mort de Victor II, en 1057, le parti réformateur profite de la disparition de Henri III et de la minorité de Henri IV pour faire élire Étienne IX puis Nicolas II, en 1059, sans l'assentiment impérial5. En avril 1059, le nouveau pape décrète que seuls les cardinaux peuvent nommer le nouveau pape5 et que ce choix serait ratifié par acclamation par le clergé et le peuple de Rome5. Il y a en fait deux types de cardinaux : les cardinaux évêques (au nombre de 7), et les prêtres cardinaux (au nombre de 28 en théorie). L'élection est réservée uniquement aux cardinaux évêques .(les réformateurs sont majoritaires parmi eux, alors qu'ils sont minoritaires dans le collège des prêtres cardinaux)(En 1081 le décret est élargi aux prêtres cardinaux.) 44

Le décret élimine donc l'empereur dans le choix du pontife. Le même décret de Nicolas II interdit aux prêtres de se marier et ordonne aux mariés de répudier leur femme (nicolaïsme) et il interdit à ceux-ci de revendre leur pouvoir spirituel (simonie).

Grégoire VII (1073-1085)
Article détaillé : Grégoire VII.

Dictatus papæ, archives du Vatican. La réforme grégorienne a commencé avant le pontificat de Grégoire VII. Ainsi, c'est Nicolas II qui, par décret, en 1059, institue la nomination d'un nouveau pape par les seuls cardinaux, éliminant donc l'empereur dans le choix du pontife. Le même décret de Nicolas II interdit l'investiture laïque des églises (simonie) et l'assistance aux messes dites par des clercs mariés ou concubinaires (nicolaïsme)2. En 1075, lorsque Grégoire VII écrit (mais ne publie pas7) une série de vingt sept brèves propositions connues sous le nom de Dictatus papae, il va beaucoup plus loin que la simple affirmation de l'indépendance pontificale, il propose l'instauration d'une théocratie pontificale beaucoup plus radicale. Selon la proposition XII, le pape serait habilité à déposer les empereurs2. La réforme de Grégoire VII rencontre l'hostilité des princes. En 1076, l'empereur Henri IV dépose Grégoire VII qui n'hésite pas à excommunier l'empereur. Henri IV est finalement contraint à demander le pardon du pape lors de la Pénitence de Canossa en janvier 1077. Mais la lutte ne s'arrête pas, le pape renouvelle ses excommunications et l'empereur fait élire alors un antipape, Clément III. La querelle des Investitures n'est pas terminée à la mort de Grégoire VII en 1085. Le conflit ne prend fin qu'à la suite de longues tractations, à l'occasion d'une réunion organisée à Worms en 1122. Un Concordat est établi entre le Saint-Office et l'empereur de Germanie Henri V.

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Henri IV fait pénitence à Canossa L'empereur Henri IV n'est pas le seul à tenter à s'opposer aux réformes du pape dont les décisions sont également mal accueillies par une partie du clergé, surtout le haut-clergé et par l'ensemble des princes, néanmoins, la réforme réussit. Des solutions de compromis permettent de distinguer l'investiture spirituelle, soustraite aux princes et l'investiture temporelle, toujours conférée par celui-ci. Après l'acceptation du principe par le roi d'Angleterre, le roi de France et l'empereur d'Allemagne, le pape Calixte II fait ratifier ce qu'il considère comme la « liberté de l'Église » par le premier concile du Latran2. Jusqu'au XIe siècle, il y avait en Occident des Églises en communion avec Rome beaucoup plus qu'une Église catholique dirigée par le pape. Les papes du XIe siècle font de Rome le siège d'un véritable gouvernement de l'Église latine. Pour faire triompher la réforme, ils forgent la monarchie pontificale. La réforme grégorienne institue un pape souverain, chef de l'Église universelle, exerçant sur tous ses membres la plénitude du pouvoir. (plenitudo potestatis) disposant des glaives spirituel et temporel. À partir d'Innocent III, l'Église est condidérée par tous comme une monarchie élective, universelle et absolue, assimilée à la Cité de Dieu sur la terre. Le pape peut déposer, rétablir ou déplacer les évêques, ériger les abbayes, reconnaître les ordres religieux7.

L'œuvre d'Urbain II (1088-1099)
Au terme du bref pontificat de Victor III, successeur de Grégoire VII, Eudes de Châtillon convoque les évêques partisans de la Réforme grégorienne à Terracina, dans le Latium : Rome est aux mains des partisans de Clément III. Là, il est élu pape puis consacré le 12 mars 1088 sous le nom d'Urbain II. Son premier acte est d'affirmer solennellement sa fidélité à l'œuvre de Grégoire VII ; il renouvelle les condamnations de ce dernier en matière de discipline ecclésiastique : simonie (trafic de biens spirituels), nicolaïsme (« incontinence » du clergé) ou encore investiture des clercs par les laïcs. En revanche, il se montre plus souple que Grégoire, notamment sur les cas de clercs ordonnés par des évêques simoniaques ou schismatiques : il considère leur ordination comme valide, s'attirant ainsi les critiques de théologiens comme Bonizo de Sutri, Deusdedit ou Bruno de Segni. Pour rendre plus souples les condamnations, il applique la doctrine de la dispense selon Yves de Chartres. Il ménage Guillaume II d'Angleterre en conflit avec Anselme, l'archevêque de Cantorbéry qui veut assurer l'indépendance de l'Église vis-à-vis du roi. Dans la même logique, il conforte la papauté en faisant des royaumes hispaniques et de la Sicile des États vassaux du Saint-Siège. Urbain II continue à s'appuyer sur l'Ordre de Cluny et les souverains. Sa position est difficile. Il ne peut rentrer à Rome, occupée par Clément III. Il tente de la reprendre en 1089, mais est chassé par Henri IV l'année suivante. Par sa politique modérée en France et en Angleterre, il crée un parti romain en sa faveur, isole l'empereur. Il doit affronter personnellement le schisme du parti impérial, dont il triomphe avec l'aide de Conrad, fils d'Henri IV. En 1093, Urbain II peut regagner Rome. Il achète la reddition du palais du Latran l'année suivante, et fait tomber le 66

château Saint-Ange en 1098, parachevant ainsi sa reconquête de la ville. Sa politique devient alors plus rigoureuse. L'exemption, qui place les abbayes sous la responsabilité directe du pape, est largement pratiquée, concerne tous les établissements clunisiens. Les chanoines réguliers sont créés, les légats réutilisés, les primats instaurés. Il préside les conciles de Plaisance et de Clermont en 1095. Pendant le premier, il invalide toutes les ordinations effectuées par Guibert de Ravenne après sa condamnation. Il condamne également les thèses de Bérenger de Tours qui affirme, contre la thèse de la transsubstantiation, le caractère symbolique de la présence du Christ dans l'eucharistie. Enfin, répondant à l'appel de l'empereur byzantin Alexis Ier Comnène, il exhorte les chrétiens d'Occident à défendre ceux d'Orient. La réforme grégorienne commence à aboutir, l'Église est indépendante et Clément III est isolé. Les valeurs de l'Église s'affirment complètement dans la société féodale. L'action des rois est influencée par le serment du sacre: maintenir la justice, défendre les faibles. Les pillages, guerres privées sont combattues par la Paix de Dieu avec des ligues pour la paix, des forces de polices organisées par les évêques. Urbain II consacre la Trêve de Dieu au concile de Clermont en 1095, qui suspend la guerre aux temps consacrés. À Clermont, le 18 novembre 1095, devant 13 archevêques et 225 évêques, Urbain II réitère la condamnation de l'investiture laïque et interdit aux clercs de rendre hommage à un laïc, même un roi. Il proclame solennellement la trêve de Dieu, déjà annoncée dans des synodes précédents. C'est aussi à cette occasion qu'il renouvelle l'excommunication prononcée par l'évêque Hugues de Lyon contre le roi de France Philippe Ier pour son remariage avec Bertrade de Montfort. Enfin, le 27 novembre, il prêche la Croisade, conçue par lui comme un moyen d'unifier la chrétienté occidentale sous l'autorité pontificale. Il en fixe le début au 15 août 1096 ; pour en assurer la direction spirituelle, il nomme Adhémar de Monteil, évêque du Puy, le commandement militaire revenant à Raymond IV de Toulouse. Parallèlement, il encourage la Reconquista ou reconquête de l'Espagne occupée par les Maures. Cet appel apparaît en contradiction avec les valeurs ancestrales de l'Église. C'est en réalité une évolution logique. La guerre sainte était apparue avec l'empereur, afin d'agrandir l'espace chrétien. Dans un monde féodal où les rapports de puissance se jouent par la force (la diplomatie est inexistante), la guerre sainte permet à la chevalerie d'aller faire la guerre ailleurs. La croisade est en fait une tentative de pacification et une continuation de la Réforme grégorienne sur l'émancipation du pouvoir religieux de celui des clercs. Pour la motiver, Urbain II accorde l'indulgence plénière, la rémission de tous les péchés. Il développe ses objectifs dans plusieurs lettres aux clergés de différentes régions d'Europe. L'engouement est grand, relayé par des prédicateurs comme Pierre l'Ermite, suivi par près de 150 000 hommes. Les armées partent au cri de « Dieu le veut ! ». Urbain II meurt le 29 juillet 1099, avant d'apprendre la nouvelle de la conquête de Jérusalem, tombée le 15 juillet. Il est béatifié le 14 juillet 1881 par Léon XIII.

Les structures de l'Église à l'issue de la réforme grégorienne
Ce qu'on appelle la « réforme grégorienne » comporte trois aspects. D'abord l'affirmation de l'indépendance du clergé : les laïcs ne peuvent plus intervenir dans les nominations. Ensuite une réforme du clergé incluant une meilleure instruction et le célibat des prêtres auquel fait pendant le mariage chrétien pour les laïcs. Enfin l'affirmation du rôle du pape.

Les cardinaux
Longtemps, les papes avaient eu pour conseil élargi le synode romain, c'est-à-dire une assemblée représentative des clercs et des fidèles de l'Église locale de Rome. Ce synode se réunissait pour l'anniversaire de l'élection du pape ou au moment du Carème. C'est cette assemblée qui sert d'instrument pour mettre en œuvre les première réforme du XIe siècle. Peu à peu, le « conseil restreint », composés des « clercs cardinaux », c'est-à-dire les plus éminents prend le pas sur le synode romain et l'élimine définitivement. En 1061, Alexandre II est le premier pape à être élu par les cardinaux. Cette prérogative exclusive du collège des cardinaux est officiellement inscrite dans le 77

canon I du troisième concile du Latran, en 1179. Dès lors, les cardinaux forment un collège dont les membres viennent immédiatement après le pape dans la hiérarchie. Au premier concile de Lyon, en 1245, et au deuxième concile de Lyon, en 1274, ils ont le pas sur les primats des églises nationales7.

Les services de la Curie romaine
Le camérier (que l'on appellera plus tard Camerlingue)devient le véritable chef de la trésorerie pontificale. Il dirige la Chambre apostolique,nouveau bureau créé pour centraliser les produits de la fiscalité et mettre de l'ordre dans les finances. En outre, des fonctionnaires spéciaux sont créés pour résoudre les cas réservés à l'absolution pontificale. Des tribunaux commencent à se former. Au XIIe siècle, les « auditeurs des causes du sacré palais » (auditores causarum sacrii palatii) constituent l'"auditorium" de la curie romaine, c'est-à-dire du gouvernement pontifical. La pénitencerie est un autre service qui se constitue entre le XIe et le XIIIe siècle. C'est l'embryon du tribunal suprême de la Signature apostolique. Le prêtre pénitencier qui a le pouvoir d'absoudre dans les cas réservés au pape devient un des personnages les plus importants de la curie7.

Les revenus pontificaux
Les revenus pontificaux sont de deux origines différentes: Ou bien ils ressortent de diverses taxes propres aux états pontificaux, ou bien il s'agit d'impôts ecclésiastiques prélevés dans les différentes sphères de la chrétienté. Entre les deux catégories, le denier de Saint-Pierre perçu en Angleterre, en Pologne, en Hongrie et dans les pays scandinaves7. Parmi les revenus en provenance de l'Église, on peut compter les contributions des églises et des monastères exempts, les droits de pallium versés par les nouveaux archevêques, les servitia communia payés par les évêques et les abbés à leur entrée en charge et qui se montent à un tiers d'une année de revenu, et enfin les droits de visite (visitationes) à payer lors de la visite ad limina des archevêques, obligatoires à partir du XIIe siècle, visite au cours de laquelle ils doivent notamment rendre des comptes7. Sur décision de Nicolas IV, à partir de la fin du XIIe siècle, le collège des cardinaux dispose de la moitié environ des revenus pontificaux et intervient dans la nomination des collecteurs pontificaux et dans le contrôle de la perception7.

La constitution du droit canonique
Depuis les origines chrétiennes, différents auteurs s'étaient livrés à « l'inventaire des auctoritates »8, c'est-à-dire, des textes faisant autorité en matière de droit et de jurisprudence ecclésiastique. À l'occasion de la querelle des investitures, des centres spécialisés se créent, comme l'école de Bologne, à la fin du XIe siècle. Un moine camaldule, Gratien, dont la vie n'est pas très bien connue entreprend avec une équipe de collaborateurs de rassembler des milliers de textes concernant le droit et la discipline de l'Église. Cette compilation de textes classés et commentés est connue sous le nom de Concordia discordantium (concordance de canons discordants) ou Decretum Gratiani, autrement dit le Décret de Gratien, ouvrage dont l'objectif initial était l'enseignement, mais qui fait vite autorité dans les tribunaux eccésiastiques. Les Décrétales de Grégoire sont ensuite constituées par le dominicain Raymond de Penafort sur ordre de Grégoire IX pour rassembler quelques décrétales postérieures au décret de Gratien. Ce droit canonique donne à la papauté des bases sures pour l'action7.

Les évêques
Les évêques deviennent moins dépendants des princes laïques, mais plus dépendants de Rome. En 1234, le pape Grégoire IX impose aux archévêques de se déplacer à Rome pour y recevoir le pallium et faire un serment d'obédience. Les chapitres des chanoines cathédraux deviennent les collèges électoraux naturels des évêques de la même façon que le collège des cardinaux pour le pape. Lors de ses visites sur le terrain l'évêque contrôle l'état des lieux, des objets, des livres sacrés et des vêtements liturgiques. En même temps, il fait ses prédications et distribue la confirmation. Pour l'assister, 88

l'évêque désigne des vicaires généraux, révocables ad nutum(sans préavis)7. Les revenus de l'évêque proviennent des biens affectés à sa charge, la mense épiscopale et des taxes collecttées sur les clercs. Les clercs perçoivent en effet la dîme sur toutes les récoltes, et le tiers de cette dîme tombe dans les caisses de l'évêque7.

Conséquences de la réforme grégorienne
Dans différents pays
En France, le processus de féodalisation des clercs s'arrêta. Yves de Chartres distingue l'investiture temporelle (par le roi pour les biens matériels) et spirituelle ou par la crosse (accordé par le peuple, le clergé et conférée par le métropolitain). En Angleterre, le roi exige un serment de fidélité de la part des clercs. Dans l'Empire, après de longues discussions entre le pape et l'empereur Henri V, le compromis du concordat de Worms fut finalement accepté en 1122. C'est la fin de la querelle des investitures. Mais en 1152 débute la lutte du sacerdoce et de l'Empire dont l'enjeu est la domination sur la chrétienté occidentale. Les relations avec le patriarcat de Constantinople se détériorent, car les chrétiens d'Orient y voient une forme d'autoritarisme spirituel et de renversement graduel des traditions.

Un facteur essentiel du renouveau en Occident au XIIe siècle
Article détaillé : Renaissance du XIIe siècle. Le médiéviste Jacques Verger note que le renouveau récent de l'histoire religieuse des XIe et XIIe siècles, inauguré d'abord en Italie, puis étendu à tous les pays d'Europe occidentale, a complètement modifié l'étude de cette période. « Tous les historiens sont aujourd'hui d'accord pour voir dans la réforme de l'Église un grand mouvement de renouveau religieux qui s'étend sur la plus grande partie des XIe et XIIe siècles »9. En ce sens, au-delà encore des traductions de textes grécoarabes qui ont eu lieu pendant cette période, la réforme grégorienne a été un facteur essentiel de renouveau culturel en Occident pendant toute cette période.

Notes et références
1. ↑ a, b, c et d Antonin-Marcel Henry et Jean Chélini, La longue marche de l'Église, ElsevierBordas, 1981, p.198-200. 2. ↑ a, b, c, d et e Jacques Le Goff, « Le christianisme médiéval », dans Histoire des religions, Tome 2, Gallimard, coll. « La Pléiade », p.811-815. 3. ↑ Jacques Le Goff, Le christianisme médiéval, dans Histoire des religions, Tome 2, Gallimard, coll. La Pléiade, p.807 4. ↑ a, b et c Prosper Alfaric, Un pape alsacien: Léon IX d'Eguisheim, Annuaire de la Société Historique, Littéraire et Scientifique du Club Vosgien, volume I (1-2), Strasbourg Imprimerie Alsacienne 1933, Encyclopédie universelle [archive] 5. ↑ a, b, c et d Michel Balard, Jean-Philippe Genet et Michel Rouche, Le Moyen Âge en Occident, Hachette 2003, p. 176 6. ↑ MM. Berthelot, Hartwig Derenbourg et F.-Camille Dreyfus, Le pape Grégoire VII, La Grande encyclopédie : inventaire raisonné des sciences, des lettres et des arts par une société de savants et de gens de lettres, Paris, Société anonyme de La Grande encyclopédie, 18851902, Encyclopédie universelle [archive] 7. ↑ a, b, c, d, e, f, g, h, i et j Antonin-Marcel Henry et Jean Chélini, La longue marche de l'Église, Elsevier-Bordas, 1981, p.114-117 99

8. ↑ Gabriel Le Bras, Histoire du droit et des institutions de l'Église en occident, Prolégomènes, Paris, 1956 9. ↑ Jacques Verger, La Renaissance du XIIe siècle, Cerf, 1999, p.18-19

Voir aussi
Bibliographie
• Sylvain Gouguenheim, La réforme grégorienne. De la lutte pour le sacré à la sécularisation du monde, Temps Présent, Paris, 2010 • Jean Chélini, Histoire religieuse de l'Occident médiéval, 1968, Nouvelle bibliographie, 1991, rééd. coll. « Pluriel », 1997 • André Vauchez éd., Histoire du christianisme des origines à nos jours, t. V, Apogée de la papauté et extension de la chrétienté (1054-1274), Desclée, Paris, 1993

Articles connexes
• Histoire de l'Église catholique • Grégoire VII

Liens externes
• Francis Rapp, « Les relations entre le Saint-Empire et la papauté, d'Otton le Grand à Charles IV de Luxembourg (962-1356) » Réforme grégorienne Puissance réaffirmée de l'église

Au tournant du millénaire, deux papes, Léon IX (1049-1054) et surtout Grégoire VII (1073-1085) se distinguent par leur volonté de retrouver une indépendance totale vis à vis des rois.

Grégoire, en particulier, intervient en France contre la nomination des évêques par des laïcs. Il juge l'archevêque de Sens, alors primat des Gaules, trop proche du roi : il est démis et le titre de primat des Gaules revient à Lyon, en 1079, qui porte toujours aujourd'hui ce titre honorifique. On a appelé cette action " réforme grégorienne ". Localement, elle est relayée par le réseau d'abbayes bénédictines. Cathédrale saint Jean de Lyon, siège du "primat des Gaules"

1010

La position de Pape regagne de la splendeur : le roi de France lui-même, Philippe Ier s'agenouille devant le pape Pascal II en 1107. Il accepte le principe des élections épiscopales par les chapitres cathédraux et ne demande qu'un serment de fidélité. Le XIe siècle est donc faste : de nombreux mouvements communautaires sont fondés dans les villes, autour de " collégiales ", régies par la règle dite de saint Augustin. Bruno fonde l'ordre des Chartreux dans son monastère en Isère. En 1098, le plus puissant de tous les ordres monastiques est créé. Cîteaux revendique un retour à l'austérité, face à l'opulence des abbés de Cluny. Le réseau cistercien essaime partout en Europe. La personnalité de saint Bernard (10901153), premier abbé de Clairvaux est incontournable : ces convictions sur l'art, la religion marquent considérablement son temps. Une autre personnalité intéressante est celle de Robert d'Arbrissel : il est à l'origine de l'abbaye de Fontevraud, dont le prestige va durer des siècles. Abbaye cistercienne de Fontfroide (Aude)

Le XIIe siècle est une période prospère de développement économique et démographique. L'art roman atteint des sommets en Bourgogne, en Normandie ou dans le midi, alors que le gothique naît à peine en Ile de France. Les rois de France s'affirment, surtout avec Philippe Auguste. Au XIIIe siècle, Rome appuie l'apparition les ordres mendiants, franciscains et dominicains. Les franciscains se donnent pour mission de vivre dans une pratique fidèle de l'évangile, dans le plus grand dénuement. Les dominicains ont, quant à eux, une vocation d'enseignement. Ils sont très présents à Paris, avec la création de la Sorbonne en 1215. Ces ordres mendiants influencent beaucoup le roi Saint Louis (1226-1270). Chevet de Saint Sernin, Toulouse

Dissidences

1111

Les XIe et XIIe siècles sont donc des périodes où l'église est opulente, rayonnante … Sa puissance l'éloigne du petit peuple. Des hérésies voient le jour (les Vaudois, catharisme …). L'anticléricalisme est très présent. Le catharisme, à lui seul, obtient tant d'adhésion, dans le Languedoc surtout, qu'il fonctionne comme une église autonome, avec ses prêtres, ses évêques… Saint Dominique s'implique personnellement dans la lutte contre l'hérésie. Il prêche partout dans le midi. La fondation en 1214 de son ordre dominicain à Toulouse s'inscrit dans cette logique d'enseignement qu'il veut inculquer aux hérétiques. C'est esprit pédagogique qui explique que de grands théologiens comme Thomas d'Aquin au XIVe siècle sont issus des rangs dominicains. Poussée à l'extrême, cette logique d'enseignement de la vérité à tout prix explique aussi que l'Inquisition, créée en 1232, soit une institution dont les Dominicains ont hérité. En de la lutte contre les cathares, contre lesquels Innocent III a appelé à la Croisade, cette période est aussi celle de persécutions contre les Juifs très violentes. Le commerce de l'argent était interdit aux chrétiens, seuls les juifs y étaient autorisés. Le juif prend l'image de l'usurier détesté de tous, mais indispensable aux puissants. Stelle en homage aux cathares, Minerve (Hérault)

Rayonnement intellectuel

Au point mort après le démembrement de l'empire carolingien, à partir des Xe-XIe siècles, on assiste à un renouveau. Chartres, avec sa prestigieuse école urbaine, devient un important centre intellectuel. Sur le plan de la théologie, de grands esprits s'illustrent et s'affrontent, comme Abélard (1079-1142) et Bernard de Clairvaux. Abélard, influencé par la philosophie grecque, introduit l'usage de la raison dans la théologie. Bernard de Clairvaux s'oppose violemment à ses positions et le condamne en 1140. Paris est le centre de tout ce foisonnement, avec la création de la Sorbonne en 1215. L'université fait de la capitale du royaume de France, la cité la plus important de l'occident pour les sciences, la philosophie… On travaille sur des textes hérités de l'Antiquité, de l'Orient, d'origine juive, arabe, grecque …. Aristote, notamment, fait l'objet de beaucoup d'attention (Thomas d'Aquin, surtout). Chartres

1212

Cette faste période des XI-XIIe siècle est également celle où les grands pèlerinages prennent leur essor. Trois grands pèlerinages se distinguent : Jérusalem, avec les croisades, Rome, et Compostelle. Ce dernier pèlerinage revêt une importance particulière pour l'église de France. L'abbaye de Cluny n'est pas étrangère à ce succès : elle a essaimé partout le long des grandes voies qui traversent la France, et le " camino Francés " en Espagne. Compostelle

Bilan de l'époque grégorienne

Cette époque entre le XI, le XII et le XIIIe est celle où l'église a été la plus puissante : par son rayonnement intellectuel (Université, grands théologiens …), politique (indépendance vis à vis des souverains, mise en place de l'Inquisition … ).

Sa grande influence s'est traduite par des appels au pèlerinage, aux croisades vers Jérusalem ou contre les cathares… Artistiquement, les arts roman et gothique ont atteint des sommets (conques, vers 1080, à gauche, et transept/choeur de Saint Denis, 1140-1260).

1313

Papes, rois et empereurs germaniques de 1031 à 1273
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Pape
Léon IX : 1049 Victor II : 1055 Étienne IX : 1057

Antipape

Roi de France
Henri 1er : 1031

Empereur germanique

1056 : Henri IV (Hohenstaufen) Philippe Ier : 1060

Nicolas II : 1058 Alexandre II : 1061 1061-1272 : Honorius II Grégoire VII : 1073 Victor III : 1086 Urbain II : 1088 Pascal II : 1099

1080-1100 : Clément III

1105-1111 : Sylvestre IV Gélase II : 1118 Callixte II : 1119 Honorius II : 1124 Innocent II : 1130 1130-1138 : Anaclet II 1139 : Victor IV Célestin II : 1243 Lucius II : 1144 Eugène III : 1145 Anastase IV : 1153 Hadrien IV : 1154 Alexandre III : 1159 1159-1160 : Victor IV 1164 : Pascal III 1168-1178 : Callixte III 1179-1180 : Innocent III Lucius III : 1181 Urbain III : 1185 1414 Philippe Auguste : 1180 1152 : Frédéric 1er Barberousse 1138 : Conrad III Louis VII : 1137 1118-1122 : Grégoire VIII 1125 : Lothaire III Louis VI le Gros : 1108 1106 : Henri V

Grégoire VIII : 1187 Clément III : 1187 Célestin III : 1191 Innocent III : 1198 Honorius III : 1216 Louis VIII le Lion : 1223 Louis IX : 1226 1190 : Henri VI 1197 : Philippe 1er de Souabe Othon IV de Brunswick : 1208 1212 : Frédéric II

Grégoire IX : 1227 Célestin IV : 1241 (vacance) : 1241 Innocent IV : 1243 Alexandre IV : 1254 Urbain IV : 1261

1250 : Conrad IV 1254 : Grand Interrègne Philippe III le Hardi : 1270 1273 : Rodolphe 1er de Habsbourg

Les conséquences de la réforme grégorienne
Cours sur la réforme grégorienne (2)
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Table des matières 1. 1 Les moyens d'action de la papauté 1. 1.1 Les moyens institutionnels 2. 1.2 La rédaction du droit canon 2. 2 Les conflits entre la papauté et les rois 3. 3 Aristocratie et Église : la question du mariage 1. 3.1 Les évolutions du XIIe siècle 2. 3.2 La codification du mariage

Les moyens d'action de la papauté
Les moyens institutionnels
• La personne du pape : depuis 1059 il n'est plus nommé par l'empereur mais élu par le collège des cardinaux (décret de Nicolas II). • La haute Église : elle est désormais élue par des corps ecclésiastiques : par exemple les évêques sont élus par l'ensemble des chanoines réunis en des corps cathédraux. Ces grands prélats restent de grands seigneurs politiques. Le pouvoir temporel délègue les insignes de la puissance publique; c'est la teneur du Concordat de Worms en 1122, qui met fin à la Querelle des Investitures entre le pape Callixte II et l'empereur Henri V (voir la succession 1515

des rois, des empereurs et des papes). Les évêques ont un triple pouvoir : • Pouvoir d'instruction : l'évêque enseigne et est garant de la permanence de la foi. • Pouvoir d'ordre : il ordonne les nouveaux prêtres après s'être informé de la dignité des candidats. • Pouvoir de juridiction : il doit veiller à la bonne marche de son diocèse et punir les fautes commises. il dispose à cet effet d'un tribunal (les officialités), une création du XIIIe siècle, et d'un droit canon solidement établi à partir du XIIe siècle. • La structuration de l'Église : la Curie (gouvernement du pape) se développe énormément, tout comme la fiscalité pontificale et les légats (généralement choisis parmi les cardinaux) qui font appliquer les grandes décisions. Les conciles se multiplient. C'est aussi à partir de Grégoire VII (1073-1085) que les papes prennent l'habitude d'envoyer en inspection des ecclésiastiques munis des pleins pouvoirs, les légats pontificaux, devant les décisions desquels évêques et archevêques doivent s'incliner.

La rédaction du droit canon
Le droit canonique subit la double incidence de la renaissance intellectuelle du XIIe siècle et du facteur constitutionnel que représente l'unité de l'Église réalisée par la monarchie pontificale. L'unité des recueils législatifs se fait entre 1140 environ et le XIVe siècle. L'ensemble des recueils produits s'appelle le Corpus Juris Canonici et est le symétrique, pour le droit canonique, de ce qu'est le Corpus Juris Civilis pour le droit romain. Le Corpus Juris Canonici reste applicable dans l'Église jusqu'en 1917, et est alors remplacé par le Codex Juris Canonici, beaucoup plus restreint. Le Corpus Juris Canonici se compose de deux recueils essentiels et d'une groupe de recueils beaucoup moins importants : • Le Décret de Gratien (vers 1140) : La papauté n'avait jamais compilé les documents élaborés par l'Église en un millénaire. Vers 1140, Gratien, moine et professeur à Bologne entre 1139 et 1148, rassemble tous les documents qu'il peut trouver, les trie et les classe: c'est le Décret de Gratien, dont le vrai titre est Concordance des canons discordants. Cette mise en ordre du passé de l'Église n'est pas une oeuvre de commande. C'est sur ce socle que va se construire tout le droit canon. • Les Décrétales de Grégoire IX (1234) : ce sont les textes par lesquels la papauté a continué de légiférer après le Décret. L'ensemble de ces Décrétales ont été l'objet d'une refonte générale sous Grégoire IX qui en charge le général des dominicains, Raymond de Peñaforte, en 1230; il rédige également un code de procédure inquisitoriale au début des années 1230. Dès l'origine, il s'agit d'une compilation officielle. L'influence du droit romain y est nette. • Des recueils mineurs d'autres décrétales, de la fin du XIIIe siècle et du début du XIVe siècle : le Sexte (Liber Sextus Decretalium) de 1298, les Clémentines de 1313 et les Extravagantes (décrétales extra Decretum vagantes). Les grands papes de la réforme grégorienne Léon IX (10491054) Nicolas II (10581061) Il revient sur le principe de nomination des évêques Décret de Nicolas II (les cardinaux sont nommés par le pape).

1616

Grégoire VII (1073- Il donne son nom à la réforme grégorienne, marquée par le Décret sur les 1085) Investitures et le Dictatus Papae de 1075. Il institue les légats pontificaux. Urbain II (10881099) Callixte II (11191124) Alexandre III (1159-1181) Il prêche la croisade. Il fait d'importantes réformes dans l'Église (conciles de Plaisance et de Clermont en 1095) et lutte contre l'empereur germanique. Sous son pontificat est signé le Concordat de Worms (1122). Le IIIe concile de Latran (1179) fait faire de grands progrès à l'organisation ecclésiastique. Il condamne les Vaudois.

Innocent III (1198- Son pontificat voir l'apogée de la réforme grégorienne, et le IVe concile de 1216) Latran qui prend une série de décisions capitales. Grégoire IX (1227- Il complète le Décret de Gratien avec les Décrétales en 1234. Il confie 1241) l'Inquisition aux Mendiants.

Les conflits entre la papauté et les rois
Les rapports entre le Pape et l'empereur ne sont pas simples et sont fait d'une suite de conflits souvent armés; l'enjeu en est toujours le dominium mundi, en particulier en Italie : • XI-XIIe siècles : Querelle des Investitures et conflit avec Henri IV puis Henri V Hohenstaufen, marqué par l'humiliation du premier à Canossa (25 janvier 1077), mais aussi l'antipape suscité par le même et la mort de Grégoire VII en exil. Les évêques allemands, qui ne veulent pas perdre leur rôle politique, soutiennent d'aborf Henri IV dans sa révolte. Cela se termine en 1122 avec le Concordat de Worms, qui distingue dans la fonction épiscopale l'aspect spirituel, qui relève du pape («investiture par l'anneau et la crosse»), et l'aspect temporel («investiture par le sceptre»), qui relève du prince. Cette solution est aussi acceptée en France par les rois capétiens. • XIIe siècle : Querelle du Sacerdoce et de l'Empire et conflit avec Frédéric Ier Barberousse, malgré l'aide que celui-ci avait donnée pour faire arrêter Arnaud de Brescia. Cela prend fin avec l'humiliation de Venise en 1177. • XIIIe siècle : conflit avec Frédéric II, qui s'achève en 1250 par la défaite de Frédéric. C'est une lutte politique, pour sauver les États de l'Église en Italie. l'Allemagne sort de ce conflit en pleine anarchie, parce que Barberousse et Frédéric II ont laissé la féodalité allemande se renforcer. Pendant le Grand Interrègne, l'Allemagne s'émiette en centaines d'États, cependant que l'Italie s'en détache. Les villes de Lombardie se rendent indépendantes, mais sont déchirées par les guerres civiles. • XIVe siècle : conflit avec Louis IV de Bavière, empereur germanique de 1328 à 1346, excommunié par Jean XXII (voir Jean XXII et Louis IV de Bavière). Les rois non plus ne se laissent pas faire; les difficultés sont liées au problème des évêques, en particulier en Angleterre, avec deux épisodes : • Le violent conflit entre Henri Ier Beauclerc et Saint Anselme, archevêque de Canterbury. La pratique de l'investiture laïque disparaît ensuite d'Angleterre. • L'affaire Thomas Becket au XIIe siècle : Thomas Becket (1117/1118-1170) était né à Londres et avait étudié à à Oxford, Paris et Bologne avant d'entrer dans les ordres. Il est élevé par la faveur du roi Henri II à la dignité de chancelier du royaume, puis d'archevêque de Canterbury en 1162. il entre en violent conflit avec le roi, Henri II Plantagenêt, qui 1717

voulait restreindre la juridiction ecclésiastique en la soumettant à la justice royale (constitutions de Clarendon). Thomas Becket se réfugie en France auprès de Louis VII, puis rentre dans son pays. Quatre chevaliers désireux de plaire à Henri II le tuent au pied de l'autel archiépiscopal en 1170. Le roi désavoue le meurtre, fait amende honorable après son excommunication. Thomas Becket est canonisé comme martyr par Alexandre III en 1173. Le clergé developpa autour de son culte destiné à servir les intérêts matériels et spirituels de l'Église une extraordinaire publicité dans toute la chrétienté.

Concordat de Worms
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Photo du Heinricianum, manuscrit du Concordat de Worms (Archives Vaticanes). Le concordat de Worms est l'accord qui met fin à la Querelle des Investitures le 23 septembre1 1122, conflit qui opposait le pape à l'empereur allemand depuis 1075. L'original de l'acte de l'empereur Henri V est conservé aujourd'hui aux archives du Vatican.

Sommaire
• • • • 1 Contexte 2 Contenu 3 Texte original (traduit du Latin) 4 Voir aussi • 4.1 Notes et références • 4.2 Bibliographie • 4.3 Articles connexes • 4.4 Liens externes

Contexte
Alors que les deux parties sont lasses du conflit, le nouveau pape Calixte II entame, en 1119, des négociations avec l'empereur qui n'aboutissent pas. Alors que l'armée impériale et les rebelles venus de Saxe sont prêts à s'affronter, les princes allemands, réunis à l'initiative de l'archevêque de Trèves, enjoignent à Henri V de se soumettre au pape si celui-ci préserve « l'honneur de l'Empire2 ». Un an de 1818

difficiles négociations commence. Lambert d'Ostie, légat du pape Calixte II, sait ménager l'empereur. Henri V, excommunié, est absous sans faire acte de pénitence3. Un accord est trouvé en 1122. Cet accord met fin à la Querelle des investitures et sonne le glas du césaropapisme en Occident4. Il s'avère toutefois difficilement applicable.

Contenu
En signant le concordat de Worms, l'empereur renonce à l'investiture par la crosse et par l'anneau. Il accepte la libre élection des évêques par le chapitre de la cathédrale. En cas de conflit lors de cette désignation, il peut arbitrer en faveur du candidat le plus digne. Il donne ensuite, d'abord en Allemagne puis, après son sacre, sur tout son territoire l'investiture temporelle sous la forme d'un sceptre pour les biens fonciers et les fonctions régaliennes de l'évêque. Ce dernier a l'obligation de s'acquitter des tâches que lui imposent les terres concédées par l'empereur5. Mais ce droit de regard sur l'élection épiscopale ne s'exerce que sur les possessions allemandes de l'empereur. Il perd donc son influence sur la nomination des évêques en Bourgogne et en Italie. Or dans cette dernière région, les évêques étaient les plus fidèles soutiens de l'empereur et de gros pourvoyeurs de fonds pour le trésor impérial6. L'empereur restitue aussi à l'Église les biens et les régales temporelles (le droit de percevoir les revenus d'un siège épiscopal vacant) et spirituelles (soit la nomination aux bénéfices et donc aux prébendes). Il garantit en outre paix et assistance à l'Église.

Texte original (traduit du Latin)
Au nom de la sainte et indivise Trinité. Moi, Henri, par la grâce de Dieu auguste empereur des Romains, avec la force de l'amour que je nourris envers Dieu, la Sainte Église Romaine et le Pape Calixte et pour le Salut de mon âme concédée à Dieu, à ses saints apôtres Pierre et Paul et à la Sainte Église Catholique toutes les investitures au moyen de l'anneau et du bâton; je concède en outre que dans toutes les églises, qui se trouvent sous mon empire ou sous mon règne, puissent avoir lieu des élections canoniques et des consécrations libres. Je restitue à la Sainte Église Romaine les possessions et les droits du Bienheureux Pierre [désigne le Pape, Saint Pierre ayant été le premier Pape], qui depuis le début de cette discorde jusqu'à aujourd'hui, c'est-à-dire depuis le temps de mon père jusqu'à moi, lui furent soustraits, et que je possède encore aujourd'hui; ceux au contraire qui ne sont plus en ma possession, je ferai en sorte qu'ils lui soient restitués. Je restituerai en outre sur le conseil de mes princes ou par sens de la justice les possessions de toutes les autres églises, des princes et de tous les autres, clercs ou laïcs, qui dans cette opposition furent perdues et qui sont encore aujourd'hui en ma possession; celles qui en revanche ne sont plus en ma possession je ferai en sorte qu'elles lui soient restituées. Je concède en outre une vrai paix au Pape Calixte, à la Sainte Église Romaine et à tous ceux qui militent ou ont milité de leur côté; je servirai en outre fidèlement la Sainte Église Romaine dans les circonstances dans lesquelles mon aide sera demandée et dans celles dans lesquelles une question me sera posée, je rendrai la justice voulue. Tout cela a été mis en acte avec le consentement et après le conseil des princes, dont les noms suivent: Adalbert, archevêque de Magonze, F. archevêque de Cologne, H. [Hartwig I. von Spanheim] 7 évêque de Ratisbonne [Regensburg], O. évêque de Bamberg, B. évêque de Spire, H. d'Augsbourg, G. d'Utrecht, Ö. de Constance, E. [Erlolf von Bergholz] 8 abbé de Fulda, Henri duc, Frédéric duc, S. duc, Pertolfe duc, Théopold marquis, Engelbert marquis, Godefroi comte du palais [Gotfried, comte de Calw, comte palatin du Rhin] 9, Otton comte du palais [Otto V., comte palatin de Bavière] 10, Bérenger comte.

Lutte du sacerdoce et de l'Empire
1919

Aller à : Navigation, rechercher Dès la conversion de Constantin au christianisme au IVe siècle s’était posé le problème des relations entre le pouvoir temporel et le pouvoir spirituel : il s’agissait de savoir qui dirige au nom de Dieu, le pape ou l’empereur. L’effacement du pouvoir impérial avait dans un premier temps permis au saint pontife d’affirmer son indépendance. Mais, à partir de 962, l’empereur du Saint-Empire romain germanique prend le contrôle de l’élection pontificale et nomme lui-même les évêques de l’Empire, affirmant la prééminence de son pouvoir sur celui de l’Église. Cependant la mainmise des laïcs sur le clergé est telle qu’elle finit par susciter une réaction de l’Église. Commence alors au milieu du XIe siècle la réforme grégorienne. En 1059, le pape Nicolas II réserve l’élection du pape au collège des cardinaux. Puis, en 1075, Grégoire VII affirme dans les dictatus papae qu’il est le seul à posséder un pouvoir universel, supérieur à celui des souverains et leur retire la nomination des évêques. Commence alors une lutte féroce entre la papauté et l’empereur que les historiens ont appelé la « querelle des investitures ». L’épisode le plus fameux en est l’excommunication d’Henri IV et sa pénitence à Canossa pour obtenir le pardon pontifical. À l’issue de ce conflit, le pape parvient à se soustraire à la tutelle impériale. En 1122, par le Concordat de Worms, l’empereur accepte la libre élection des évêques, se réservant le droit de donner aux prélats l’investiture temporelle. Ce compromis marque la défaite de l’Empire. Le conflit rebondit sous le règne de Frédéric Barberousse avec la lutte du sacerdoce et de l’Empire. Il prend un tour particulièrement violent sous son règne et celui de Frédéric II. Le Saint-Empire romain germanique en sort très affaibli1. Toutefois, la papauté ne parvient pas plus à imposer sa vision d’une théocratie mondiale.

Sommaire
• • • • • 1 La tentation théocratique 2 Le conflit entre Frédéric Barberousse et le pape 3 Le conflit entre Frédéric II et le pape 4 Notes et références 5 Annexes • 5.1 Bibliographie • 5.2 Articles connexes • 5.3 Liens externes

La tentation théocratique

Innocent II 2020

Au XIIe siècle l’empereur du Saint-Empire romain germanique n’ayant plus aucune prise sur l’élection pontificale, la noblesse romaine essaie de retrouver ses anciennes prérogatives. Ainsi, les différentes factions romaines s’affrontent à la mort du pape Honorius II. Le 1er février 1130, Innocent II est élu mais une partie des cardinaux élit un antipape, le cardinal Pierleoni, qui prend le nom d’Anaclet II. Menacé par le schisme d’Anaclet qui durera 8 ans, Innocent II ne retrouve son pouvoir qu’avec le soutien de la France, de l’Angleterre, et l’appui de l’empereur2. En 1139, il organise le deuxième concile du Latran. Le pape y montre son aspiration à gouverner le monde et à disposer de la couronne impériale3. Le concile proclame : « Rome est à la tête du monde »4. À Rome, la doctrine théocratique continue de se développer. Les canonistes subordonnent toujours les affaires temporelles aux affaires spirituelles5. La mort d’Henri V en 1125 marque la fin de la dynastie de Souabe à la tête du Saint-Empire. Le nouvel empereur, Lothaire de Supplinbourg est un prince qui a toujours été fidèle au pape. Celui-ci l’appelle pour l’aider à lutter contre les prétentions de Roger II de Sicile. Deux gestes de l’empereur Lothaire, au départ simples gestes de déférence sont rapidement interprétés par la papauté comme des rites exprimant une entière soumission. À Liège, en 1131, l’empereur prend le cheval du pape par la bride et, en 1133, il se fait remettre un anneau signifiant qu’il tient la Toscane du Saint-Siège. Dans la propagande pontificale Lothaire devient l’écuyer du Saint-Père. Dans une fresque au Latran, il est représenté humblement à genoux recevant des mains d’Innocent II la couronne6. La situation s’envenime lorsqu’en 1157, à la diète de Besançon – la Bourgogne fait alors partie du Saint-Empire romain germanique – le légat du pape, Orlando Bandinelli, futur Alexandre III, déclare que « Rome est si bien disposée à l’endroit de Frédéric Ier qu’elle lui concèderait de bien plus grands beneficia encore ». Le terme latin beneficia a deux significations : bienfaits ou fief. Le mot est traduit en allemand par Lehen, c’est-à-dire fiefs. Le légat faillit bien se faire écharper pour un tel affront5. Cet incident marque d’ailleurs la rupture entre la papauté et Frédéric Barberousse, le début de la phase violente de la lutte du Sacerdoce et de l’Empire. Le pape a, en fait, du mal à imposer son dominium mundi. En Angleterre, il rencontre une vive opposition de la part d’Henri II qui réussit à maintenir sa domination sur l’Église anglaise. À l’intérieur de l’Église, des clercs doutent de la supériorité du pouvoir pontifical sur celui des princes7. En Italie, Arnaud de Brescia défend l’idée d’une pauvreté totale et veut contraindre le pape à renoncer à tout pouvoir temporel. Bien que condamné pour hérésie en 1140, il se joint à une révolte républicaine qui chasse de Rome le pape et ses cardinaux en 1145. Le pape Eugène III doit faire appel à l’empereur Frédéric Barberousse. À Constance, en 1153, les deux hommes signent un accord. En échange de la reconquête des États pontificaux pour le pape, ce dernier s’engage à couronner Barberousse empereur. Rome est reprise en 1155. Barberousse est couronné le lendemain de son entrée dans la ville, le 18 juin 11558 par Adrien IV. Mais la ville reste peu sûre. Il est paradoxal de constater que le pape qui réclame le dominium mundi ne puisse séjourner dans sa capitale par trop rebelle.

Le conflit entre Frédéric Barberousse et le pape
À cette époque, deux maisons s’affrontent dans l’Empire. Les Guelfes, dont le nom dérive de celui de la famille ducale de Bavière, Welf, soutiennent la papauté. Les Gibelins sont les partisans de l’empereur. Leur nom est une altération de Waiblingen le fief d’où viennent les Hohenstaufen.

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Barberousse habillé en croisé Miniature de 1188 Frédéric Ier veut restaurer la puissance impériale. La renaissance du droit romain lui permet de remettre en vigueur l’idée de l’État et de la supériorité du pouvoir du souverain temporel9. Frédéric Barberousse est soutenu dans sa lutte contre le Saint-Siège par son chancelier, Rainald de Dassel, qui le pousse à la rupture avec la papauté10 et par les princes et prélats allemands. Il parvient en effet à prendre en main le clergé allemand grâce à une interprétation audacieuse du concordat de Worms. Il affirme qu’il peut intervenir dans les élections épiscopales quand il y a désaccord entre les électeurs. De plus, il refuse sans relâche l’investiture du temporel au candidat qui lui déplaît. Il peut ainsi imposer ses vues à Augsbourg en 1152, à Worms en 1153 et même au pape à Magdebourg en 115410. Les évêques et les abbés redeviennent ainsi des « fonctionnaires impériaux ». Il affirme par ailleurs qu’il revient aux grands de l’Empire d’élire le souverain choisi par Dieu. Dans cette optique, le pape n’a aucun rôle à jouer. Après avoir réglé les problèmes allemands, Frédéric se rend en Italie, en 1154. Il tient une diète à Roncaglia où il reçoit les plaintes des cités italiennes contre la trop grande puissance de Milan. Il punit cette dernière en détruisant Tortona, son alliée8. En 1159, Alexandre III est élu pape par une courte majorité du conclave. Aussitôt un antipape, Victor IV, est élu, soutenu par l’empereur. Alexandre III doit fuir l’Italie et se réfugie en France. Le conflit ouvert éclate lorsque Frédéric Barberousse cherche à imposer aux villes italiennes l’impôt impérial qu’elles refusent. Pour vaincre leur résistance, l’empereur emploie la violence : en 1162, Milan est détruite et ses habitants dispersés. Ceci provoque l’alliance de certaines villes qui forment la ligue des cités lombardes, soutenue par Alexandre III. Frédéric Barberousse fait élire un nouvel antipape à chaque fois que le précédent disparait. À partir de la diète de Wurtzbourg de 1165, tous les évêques du Saint Empire doivent obéissance à l’antipape. Alexandre III excommunie l’empereur8. En 1167, ce dernier s’empare de Rome qu’il pille11. Mais, l’armée étant décimée par la peste, l’empereur doit se retirer. À Legnano en 1176, il est vaincu par les villes italiennes. Frédéric Barberousse se rend alors à Venise en 1177 où il se prosterne devant le pape et renonce à se mêler de l’élection pontificale. L’excommunication papale contre Barberousse est levée. Comble d’humiliation, l’empereur est obligé d’accepter le service d’écuyer auprès du pape. Il sauve ainsi son pouvoir, Alexandre III allant jusqu’à vanter les avantages d’une coopération des deux pouvoirs5. En 1179, le pape réunit le troisième concile du Latran, pour régler les problèmes liés au schisme. Afin de les éviter, il est dorénavant prévu que le pape soit élu à la majorité des deux-tiers. De son côté, l’empereur continuant à donner son accord à la nomination du préfet de Rome par le 2222

pape, Frédéric Barberousse en profite pour renforcer son contrôle sur le royaume d’Italie. Il conclut un accord avec les villes d’Italie. L’empereur refuse de rendre au Saint-Siège l’héritage de Mathilde, la Toscane. Bien plus, il continue à nommer les évêques et les abbés en Allemagne. En 1186, il marie son fils avec l’héritière du royaume normand de Sicile, Constance. La papauté est ainsi menacée d’encerclement. La situation reste tendue entre les deux parties. Après la mort accidentelle de Barberousse pendant la troisième croisade, son fils Henri VI entre à son tour en conflit avec la papauté sur la question de l’héritage sicilien. En effet, à la mort de Guillaume II, les Normands de Sicile choisissent comme roi Tancrède, neveu de Constance, avec l’appui du pape. À la mort de Trancrède en 1194, Henri VI s’empare de la Sicile et refuse de prêter le serment de vassalité au pape pour ses biens normands de Sicile12. Il souhaite aussi intégrer ceux-ci à son empire mais il meurt avant d’avoir pu réaliser ses projets.

Le conflit entre Frédéric II et le pape

Innocent III, fresque du cloître bénédictin de Subiaco. En 1198, Lothaire de Segni est élu pape sous le nom d’Innocent III. Il soutient l’idée que le pape détient seul l’entière souveraineté (l’auctoritas des Romains). Les princes possèdent quant à eux la potestas, c’est-à-dire la puissance politique qui leur est donnée directement par Dieu. Les souverains ne sont donc pas en mesure de se soustraire à l’autorité pontificale pas plus que les Églises nationales. Sa doctrine est plus souple que les dictatus papae de la réforme grégorienne. En effet, même s’il pense que le pouvoir spirituel l’emporte sur le pouvoir temporel, Innocent III limite l’intervention du pape dans le domaine temporel à trois cas : un grave péché des princes, la nécessité de trancher dans un domaine où nulle juridiction n’est compétente, la défense des biens ecclésiastiques12. Le pape tente de rétablir son autorité sur Rome et ses propres États. Il liquide définitivement ce qui restait de la république romaine en obtenant la démission de la municipalité et la révocation des officiers nommés par le sénat républicain. Le préfet, jusqu’alors agent de l’empereur, devient un fonctionnaire du Saint-Siège. Ces mesures entrainent la révolte des Romains dirigée par la noblesse. Il faut environ six ans au pape pour reprendre le contrôle de la ville. Innocent III parvient dans le même temps, mettre la main sur l’héritage de la comtesse Mathilde, la Marche d’Ancône, la Campanie, le Duché de Spolète13. Innocent III joue aussi des rivalités entre les Hohenstaufen, la maison du défunt empereur, et les Welf. En effet, à la mort d’Henri VI, les princes allemands se divisent sur le nom de son successeur. Les Welfs font élire Otton de Brunswick tandis que les partisans de Hohenstaufen, majoritaires, font élire le frère du roi, Philippe de Souabe.

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Frédéric II et son faucon représentés dans son livre De arte venandi cum avibus (De l’art de chasser au moyen des oiseaux), XIIIe siècle. Innocent III profite de l’occasion pour affirmer les droits supérieurs de la papauté. Dans la décrétale Venerabilem de 1202, il affirme qu’en cas de contestation de l’élection impériale, la décision finale appartient au pape14. Il favorise d’abord le Welf Otton IV, qui, pour obtenir le soutien pontifical, lui a promis la souveraineté totale des États de l’Église, plus l’exarchat de Ravenne, les domaines de la comtesse Mathilde, la Marche d’Ancône, le duché de Spolète et la reconnaissance de sa souveraineté sur la Sicile. Mais dès que son pouvoir est affermi, Otton IV renie sa promesse et se comporte comme tous les empereurs précédents. Innocent III excommunie alors Otton IV en 1210 et favorise la marche au pouvoir de Frédéric II, son pupille et petit-fils de Barberousse. Celui-ci est couronné roi à Aix-laChapelle en 1215 après avoir donné au pape toutes les garanties sur le maintien des droits de l'Église et sur la séparation des royaumes allemand et de Sicile15. Innocent III forge l'arme des « croisades politiques » qui sera reprise par ses successeurs. Il exprime le premier le droit à « l'exposition de proie », c'est-à-dire le droit pour le pape d'autoriser les catholiques à s'emparer des terres de ceux qui ne réprimeraient pas l'hérésie16. ses successeurs s'en serviront pour soumettre les empereurs. Il utilise même le reliquat de la décime versée par le clergé français pour la croisade des Albigeois pour mener sa guerre contre Frédéric II17. Le dernier épisode de la lutte du sacerdoce et de l’Empire oppose Frédéric II et les papes Grégoire IX et Innocent IV. Héritier de l’État normand de Sicile qu’il tient de sa mère, il le réorganise en un État centralisé de caractère moderne en vue de conquérir toute l’Italie. Il place sur le trône d’Allemagne son jeune fils de neuf ans. Le conflit, dès lors, est inévitable. Le nouveau pape, Grégoire IX (1227-1241), décidé à soumettre les Hohenstaufen à l’autorité pontificale, excommunie Frédéric II en 1227, parce qu’il n’est pas parti à temps pour la croisade promise. Lorsque Frédéric II part finalement en Orient, le pape interdit aux Templiers et aux Hospitaliers d'aider l'empereur dans sa reconquête de la Terre Sainte, obligeant ce dernier à négocier un accord avec le sultan Al-Kamel, sans combat. C'est la signature en Février 1229 du traité de Jaffa, par lequel Frédéric II prend possession de la ville et du royaume de Jérusalem18. Ceci ne fait qu'exacerber la fureur du Pape Grégoire IX, qui lance alors contre l'empereur, une armée financée par une taxe sur les revenus du clergé et les reliquats des sommes prélevées pour la croisade des Albigeois16. Cette attaque a tout d'abord réussi à vaincre la résistance au Mont-Cassin, puis est montée rapidement dans les Pouilles. Elle doit finalement battre en retraite à partir de Juin.19 L'armée levée par le pape étant vaincue, l’empereur obtient en 1230 une première fois la levée de l’excommunication en échange de compensations matérielles20. À peine absous, Frédéric mène une lutte féroce contre le pape. Ses juristes développent dans le Liber augustalis, appelé aussi Constitutions de Melfi, l’idée que le souverain est le maître absolu de son royaume et dénoncent la prétention du pape à vouloir régenter le monde. L’empereur doit lutter contre une nouvelle révolte des villes lombardes dirigée en sous-main par le pape. Elle est aggravée par celle 2424

des princes allemands dirigés par Henri, le fils que l’empereur avait placé à la tête de l’Allemagne. Celui-ci place alors un autre fils, Conrad, à la tête de l’Allemagne et le fait couronner roi des Romains en 123721. Frédéric II triomphe ensuite de la Ligue lombarde le 27 novembre 1237 à Cortenuova. Sûr de sa force, il offense alors le pape, en réclamant une partie des villes lombardes et en écrivant aux Romains pour leur rappeler leur grandeur passée du temps de l’Empire romain. En 1239, il veut placer son fils bâtard, Enzio, à la tête de la Sardaigne. Le conflit reprend entre l’empereur et le pape. Frédéric II est excommunié une seconde fois en 1239 22. Le pape mène alors une véritable croisade. Il offre aux soldats qui combattent pour lui les mêmes privilèges qu'à ceux qui parviennent en Terre Sainte. Les Hongrois qui ont fait le vœu de croisade sont même invités à le commuer en participation à la guerre contre Frédéric II16. Celui-ci est dénoncé comme l’Antéchrist par le pape. L'empereur de son côté entreprend l'invasion des États pontificaux à partir de Mars 1240 (à savoir le Latium, l'Ombrie et les Marches). Il marche même sur Rome en 1241, pour empêcher la tenue du conseil qui devait valider une nouvelle excommunication demandée par le pape Grégoire IX. Mais celui-ci meurt le 22 août 1241, avant la tenue du conseil, et l'empereur met provisoirement fin au siège de Rome23, mais occupe toujours les États pontificaux. Le nouveau pape Innocent IV reprend la lutte. Il appelle les Allemands et les Italiens à la croisade contre l'empereur16 mais il est forcé de se réfugier à Lyon où il réunit un concile en 1245. Il y dépose son adversaire et délie ses sujets de leur serment de fidélité. Le pape montre ainsi qu'il est le maître du pouvoir temporel aussi bien que du spirituel puisqu’il peut priver un souverain de son pouvoir politique. Le concile de Lyon est le point culminant de la théocratie pontificale24. Le combat continue jusqu’à la mort de Frédéric II en 12505, transformant l’Italie en un champ de bataille entre Guelfes et Gibelins. En effet, l’empereur ne se tient pas pour battu : malgré des complots, la révolte de Parme, il est sur le point de raffermir son autorité en Italie du Nord, lorsqu’il meurt dans les Pouilles en 125025. La mort de Frédéric II consacre la victoire de la papauté. Innocent IV, désireux d’en finir avec les Hohenstaufen, excommunie le fils de Frédéric II, Conrad IV, et prêche la croisade contre lui. Les deux hommes meurent en 1254. Après la mort de Conrad IV, l’Empire reste sans souverain jusqu’en 1273. C’est le Grand interrègne. Mais la papauté ne jouit pas longtemps de sa victoire. Elle doit faire face au pouvoir montant des monarchies nationales et est à son tour abaissée par le roi de France, Philippe le Bel, après l’attentat d’Anagni en 1303.

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