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17

Séries de fonctions
17.1 Un théorème de permutation des signes

et
_
17.1.1 Cas des fonctions continues
Le résultat suivant nous sera utile.
Lemme 17.1 Si (F
n
)
n∈N
est une suite décroissante de compacts non vides dans R, alors l’in-
tersection F =

n∈N
F
n
est un compact non vide.
Démonstration. F est fermé comme intersection de fermés de R. Comme la suite (F
n
)
n∈N
est décroissante, on a F ⊂ F
0
et F est borné comme F
0
. L’ensemble F est donc compact.
Comme tous les F
n
sont non vides, il existe une suite réelle (x
n
)
n∈N
telle que x
n
∈ F
n
⊂ F
0
pour tout n et de cette suite dans le compact F
0
, on peut extraire une sous-suite
_
x
ϕ(n)
_
n∈N
qui
converge vers un réel x.
Pour m ∈ N et n ≥ m, on a ϕ(n) ≥ n ≥ m, donc x
ϕ(n)
∈ F
ϕ(n)
⊂ F
m
et x = lim
n→+∞
x
ϕ(n)
∈ F
m
puisque F
m
est fermé. On a donc x ∈ F =

m∈N
F
m
et F est non vide.
Remarque 17.1 Le résultat précédent est faux pour une intersection de fermés comme le
montre l’exemple des fermés F
n
= ]−∞, n] avec

n∈N
F
n
= ∅.
Nous aurons aussi besoin de ce deuxième lemme technique.
Lemme 17.2 Si (f
n
)
n∈N
est une suite de fonctions continues sur I = [a, b] à valeurs réelles
positives et f une fonction continue sur I à valeurs réelles positives telles que :
∀x ∈ I, f (x) ≤
+∞

n=0
f
n
(x)
on a alors :
_
b
a
f (x) dx ≤
+∞

n=0
_
b
a
f
n
(x) dx
(les sommes des séries numériques considérées valant +∞ en cas de divergence du fait qu’elles
sont à termes positifs.).
371
372 Séries de fonctions
Démonstration. Si
+∞

n=0
_
b
a
f
n
(x) dx = +∞, l’inégalité
_
b
a
f (x) dx ≤
+∞

n=0
_
b
a
f
n
(x) dx est
alors vérifiée.
On suppose donc que la série

_
b
a
f
n
(x) dx converge.
On se donne un réel ε > 0 et pour tout entier n ∈ N, on note :
F
n
=
_
x ∈ I |
n

k=0
f
k
(x) ≤ f (x) − ε
_
.
Chaque F
n
est fermé comme image réciproque du fermé ]−∞, −ε] par la fonction continue
n

k=0
f
k
−f et comme les fonctions f
k
sont à valeurs positives, on a F
n+1
⊂ F
n
⊂ I pour tout n.
Supposons que F =

n∈N
F
n
soit non vide. Il existe alors un réel x ∈ I tel que
n

k=0
f
k
(x) ≤
f (x) −ε pour tout n, ce qui entraîne la convergence de la série à termes positifs

f
n
(x) avec
+∞

n=0
f
n
(x) ≤ f (x) −ε, ce qui est en contradiction avec f (x) ≤
+∞

n=0
f
n
(x) et ε > 0.
L’ensemble F est donc vide et le lemme précédent nous dit alors qu’il existe un entier m tel
que F
m
soit vide, ce qui signifie que :
∀x ∈ I,
m

k=0
f
k
(x) > f (x) − ε
et en conséquence :
_
b
a
f (x) dx ≤
m

k=0
_
b
a
f
k
(x) dx + ε (b −a)

+∞

n=0
_
b
a
f
n
(x) dx + ε (b −a)
Comme le réel ε > 0 est quelconque, on en déduit que
_
b
a
f (x) dx ≤
+∞

n=0
_
b
a
f
n
(x) dx.
Nous sommes maintenant en mesure de montrer un premier théorème de permutation des
signes

et
_
pour les fonctions continues sur un segment.
Théorème 17.1 Soit (f
n
)
n∈N
une suite de fonctions continues sur I = [a, b] à valeurs réelles
ou complexes telle que :
1. la série de fonctions

f
n
converge simplement sur I vers une fonction continue f ;
2. la série numérique

_
b
a
|f
n
(x)| dx est convergente.
Dans ces conditions, la série numérique

_
b
a
f
n
(x) dx est convergente et :
_
b
a
f (x) dx =
+∞

n=0
_
b
a
f
n
(x) dx.
Un théorème de permutation des signes

et
_
373
Démonstration. Pour tout entier n ≥ 0, on note S
n
=
n

k=0
f
k
la somme partielle d’indice n
et R
n
= f −S
n
=
+∞

k=n+1
f
k
le reste d’indice n. On a alors :
¸
¸
¸
¸
¸
_
b
a
f (x) dx −
n

k=0
_
b
a
f
k
(x) dx
¸
¸
¸
¸
¸
=
¸
¸
¸
¸
¸
_
b
a
_
f (x) −
n

k=0
f
k
(x)
_
dx
¸
¸
¸
¸
¸
=
¸
¸
¸
¸
_
b
a
R
n
(x) dx
¸
¸
¸
¸

_
b
a
|R
n
(x)| dx
avec |R
n
| = |f −S
n
| continue sur I telle que :
∀x ∈ I, |R
n
(x)| ≤
+∞

k=n+1
|f
k
(x)| (17.1)
En effet, dans le cas où
+∞

k=n+1
|f
k
(x)| = +∞, on a automatiquement l’inégalité et dans le cas

+∞

k=n+1
|f
k
(x)| converge, la série
+∞

k=n+1
f
k
(x) est convergente et :
|R
n
(x)| =
¸
¸
¸
¸
¸
+∞

k=n+1
f
k
(x)
¸
¸
¸
¸
¸

+∞

k=n+1
|f
k
(x)| .
Le lemme 17.2 nous dit alors que :
_
b
a
|R
n
(x)| dx ≤ R
n
=
+∞

k=n+1
_
b
a
|f
k
(x)| dx
avec lim
n→+∞
R
n
= 0 puisque la série

_
b
a
|f
n
(x)| dx est convergente.
On a donc :
lim
n→+∞
¸
¸
¸
¸
¸
_
b
a
f (x) dx −
n

k=0
_
b
a
f
k
(x) dx
¸
¸
¸
¸
¸
= 0
soit
_
b
a
f (x) dx = lim
n→+∞
n

k=0
_
b
a
f
k
(x) dx, c’est-à-dire l’égalité annoncée.
Un résultat analogue pour les fonctions continues et absolument intégrables sur un intervalle
quelconque s’en déduit.
Théorème 17.2 Soient I = [a, b[ un intervalle réel avec −∞ < a < b ≤ +∞, (f
n
)
n∈N
une
suite de fonctions continues sur I à valeurs réelles ou complexes telle que :
1. la série de fonctions

f
n
converge simplement sur I vers une fonction continue f ;
2. pour tout n ∈ N l’intégrale
_
b
a
f
n
(x) dx est absolument convergente ;
3. la série numérique

_
b
a
|f
n
(x)| dx est convergente.
374 Séries de fonctions
Dans ces conditions, l’intégrale
_
b
a
f (x) dx est absolument convergente, la série numérique

_
b
a
f
n
(x) dx est convergente et :
_
b
a
f (x) dx =
+∞

n=0
_
b
a
f
n
(x) dx.
Démonstration. Les fonctions |f
n
| et |f| sont continues à valeurs positives sur tout segment
[a, x] ⊂ I (où a < x < b) avec :
∀t ∈ [a, x] , |f (t)| ≤
+∞

n=0
|f
n
(t)|
(la justification est analogue à celle de (17.1)), ce qui entraîne :
_
x
a
|f (t)| dt ≤
+∞

n=0
_
x
a
|f
n
(t)| dt ≤
+∞

n=0
_
b
a
|f
n
(x)| dx < +∞
La fonction x →
_
x
a
|f (t)| dt est donc croissante majorée et en conséquence
_
b
a
|f (t)| dt =
lim
x→b
_
x
a
|f (t)| dt est bien définie, ce qui signifie que l’intégrale
_
b
a
f (x) dx est absolument conver-
gente (on dit aussi que la fonction f est sommable ou absolument intégrable sur I).
Pour tout entier n ≥ 0, on note S
n
=
n

k=0
f
k
la somme partielle d’indice n et R
n
= f −S
n
=
+∞

k=n+1
f
k
le reste d’indice n. On a alors :
¸
¸
¸
¸
¸
_
b
a
f (x) dx −
n

k=0
_
b
a
f
k
(x) dx
¸
¸
¸
¸
¸
=
¸
¸
¸
¸
¸
_
b
a
_
f (x) −
n

k=0
f
k
(x)
_
dx
¸
¸
¸
¸
¸
=
¸
¸
¸
¸
_
b
a
R
n
(x) dx
¸
¸
¸
¸

_
b
a
|R
n
(x)| dx
avec
_
b
a
|R
n
(x)| dx ≤ +∞ et |R
n
| = |f −S
n
| continue sur I telle que :
∀x ∈ I, |R
n
(x)| ≤
+∞

k=n+1
|f
k
(x)|
Le lemme 17.2 nous dit alors que pour tout x ∈ ]a, b[ , on a :
_
x
a
|R
n
(x)| dx ≤
+∞

k=n+1
_
x
a
|f
k
(x)| dx
≤ R
n
=
+∞

k=n+1
_
b
a
|f
k
(x)| dx
Un théorème de permutation des signes

et
_
375
et en conséquence :
_
b
a
|R
n
(x)| dx ≤ R
n
avec lim
n→+∞
R
n
= 0 puisque la série

_
b
a
|f
n
(x)| dx est convergente.
On a donc :
lim
n→+∞
¸
¸
¸
¸
¸
_
b
a
f (x) dx −
n

k=0
_
b
a
f
k
(x) dx
¸
¸
¸
¸
¸
= 0
soit
_
b
a
f (x) dx = lim
n→+∞
n

k=0
_
b
a
f
k
(x) dx, c’est-à-dire l’égalité annoncée.
Le cas des fonctions continues et absolument intégrables sur un intervalle I quelconque s’en
déduit facilement.
Remarque 17.2 Dans la démonstration précédente, on a en fait prouvé que :
f − S
n

1
=
_
b
a
¸
¸
¸
¸
¸
f (x) −
n

k=0
f
k
(x)
¸
¸
¸
¸
¸
dx =
_
b
a
|R
n
(x)| dx →
n→+∞
0
ce qui traduit le fait que la série

f
n
converge en moyenne vers la fonction f.
Exercice 17.1 Montrer que pour tout nombre complexe α tel que (α) > 0, on a :
_
+∞
0
x
α
e
x
−1
dx = Γ(α + 1)
+∞

n=1
1
n
α+1
où Γ(z) =
_
+∞
0
x
z−1
e
−x
dx pour (z) > 0.
Solution 17.1 Pour tout réel x > 0, on a :
f (x) =
x
α
e
x
− 1
=
x
α
e
−x
1 −e
−x
=
+∞

n=0
x
α
e
−(n+1)x
=
+∞

n=0
f
n
(x)
avec f et les f
n
continues sur ]0, +∞[ et :
_
+∞
0
|f
n
(x)| dx =
_
+∞
0
x
(α)
e
−(n+1)x
dx < +∞.
Le changement de variable t = (n + 1) x donne :
_
+∞
0
|f
n
(x)| dx =
1
(n + 1)
(α)+1
_
+∞
0
t
(α)
e
−t
dt =
λ
(n + 1)
(α)+1
avec
1
(n + 1)
(α)+1
< +∞ pour (α) > 0.
Le théorème précédent nous dit alors que :
_
+∞
0
x
α
e
x
−1
dx =
+∞

n=0
_
+∞
0
x
α
e
−(n+1)x
dx =
+∞

n=0
1
(n + 1)
α+1
_
+∞
0
t
α
e
−t
dt
= Γ(α + 1)
+∞

n=1
1
n
α+1
376 Séries de fonctions
Par exemple, pour α = 1, on a Γ(α + 1) = Γ(2) = 1 et :
_
+∞
0
x
2
e
x
− 1
dx =
+∞

n=1
1
n
2
.
17.1.2 Cas des fonctions continues par morceaux
On rappelle tout d’abord la définition d’une fonction continue par morceaux sur un segment
I = [a, b] .
Définition 17.1 On dit qu’une fonction f définie sur I = [a, b] est continue par morceaux sur
cet intervalle s’il existe une subdivision :
x
0
= a < x
1
< · · · < x
p
< x
p+1
= b
telle que la fonction f soit continue chacun des intervalle ]x
k
, x
k+1
[ (0 ≤ k ≤ p), admette une
limite à droite en a, une limite à gauche en b et des limites à droite et à gauche en chacun des
points x
k
(1 ≤ k ≤ p).
Avec les notations de cette définition, pour tout entier k compris entre 0 et p, la restriction
de la fonction f à l’intervalle ]x
k
, x
k+1
[ se prolonge en une fonction continue sur [x
k
, x
k+1
] .
Une fonction continue par morceaux sur I est donc en particulier intégrable sur cet intervalle.
Les résultats qui suivent vont nous permettre de nous ramener aux cas des fonctions continues
sur un segment.
Lemme 17.3 Si f est continue par morceaux sur I = [a, b] et à valeurs positives, on peut
alors trouver, pour tout réel ε > 0, une fonction g continue sur I telle que 0 ≤ g ≤ f et
_
b
a
(f (x) −g (x)) dx < ε.
Démonstration. Si f est continue, la fonction g = f convient.
Sinon on note x
1
< x
2
< · · · < x
p
les points de discontinuité de f dans ]a, b[ et on désigne
par η > 0 un réel tel que [x
k
−η, x
k
+ η] ⊂ ]a, b[ pour tout k compris entre 1 et p. Le choix de
η sera affiné plus loin en fonction de ε > 0.
On désigne par ϕ la fonction continue qui coïncide avec f sur I \
p

k=1
]x
k
−η, x
k
+ η[ , qui est
affine par morceaux sur chaque intervalle [x
k
−η, x
k
+ η] et vaut 0 en chaque x
k
, soit :
ϕ(x) =
_
¸
¸
¸
¸
¸
_
¸
¸
¸
¸
¸
_
f (x) si x ∈ I \
p

k=1
]x
k
−η, x
k
+ η[
f (x
k
−η)
η
(x
k
−x) si x ∈ [x
k
−η, x
k
]
f (x
k
+ η)
η
(x −x
k
) si x ∈ [x
k
, x
k
+ η]
(faire un dessin). Cette fonction est à valeurs positives, continue sur I \
p

k=1
{x
k
−η, x
k
, x
k
+ η}
et on vérifie facilement qu’elle est continue en chacun des points x
k
−η, x
k
, x
k
+ η.
Un théorème de permutation des signes

et
_
377
On définit alors la fonction g par g = min (f, ϕ) . Cette fonction est continue sur I \
{x
1
, · · · , x
p
} comme minimum de deux fonctions continues sur cet ensemble et pour chaque
x
k
, on a :
lim
x→x

k
g (x) = lim
x→x

k
min (f (x) , ϕ(x)) = min
_
lim
x→x

k
f (x) , lim
x→x

k
ϕ(x)
_
= min
_
lim
x→x

k
f (x) , 0
_
= 0 = g (x
k
)
puisque lim
x→x

k
f (x) ≥ 0 (f est à valeurs positives) et lim
x→x
+
k
g (x) = 0 = g (x
k
) (même démonstra-
tion). La fonction g est donc continue sur I.
Par construction, on a 0 ≤ g (x) ≤ f (x) pour tout x ∈ I et :
_
b
a
(f (x) −f (x)) dx =
p

k=1
_
x
k

x
k
−η
(f (x) −g (x)) dx

p

k=1
_
x
k

x
k
−η
f (x) dx ≤ 2pη f

< ε
pour 0 < η <
ε
2p f

Remarque 17.3 Le lemme précédent est encore vrai pour f de signe quelconque, avec g non
nécessairement positive, comme on le voit en remplaçant f par f − inf
x∈I
f (x) (f continue par
morceaux sur [a, b] est minorée).
Lemme 17.4 Si f est continue par morceaux sur I = [a, b] et à valeurs positives, on peut
alors trouver, pour tout réel ε > 0, une fonction h continue sur I telle que 0 ≤ f ≤ h et
_
b
a
(h(x) − f (x)) dx < ε.
Démonstration. Comme f est continue par morceaux sur I, elle est majorée et f
1
=
sup
x∈I
f (x) − f est continue par morceaux positives, on peut donc trouver, pour tout réel ε > 0,
une fonction g
1
continue sur I telle que 0 ≤ g
1
≤ f
1
et
_
b
a
(f
1
(x) −g
1
(x)) dx < ε. La fonction
h = sup
x∈I
f (x) −g
1
convient alors.
De ces lemmes, on déduit que le lemme 17.2 est encore valable pour les fonctions continues
par morceaux.
Lemme 17.5 Si (f
n
)
n∈N
est une suite de fonctions continues par morceaux sur I = [a, b] à
valeurs réelles positives et f une fonction continue par morceaux sur I à valeurs réelles positives
telles que :
∀x ∈ I, f (x) ≤
+∞

n=0
f
n
(x)
on a alors :
_
b
a
f (x) dx ≤
+∞

n=0
_
b
a
f
n
(x) dx
378 Séries de fonctions
Démonstration. On se donne un réel ε > 0 et on désigne par g et h
n
, pour n ∈ N, des
fonctions continues sur I telles que :
0 ≤ g ≤ f, 0 ≤ f
n
≤ h
n
et
_
β
α
(f (x) −g (x)) dx < ε,
_
β
α
(h
n
(x) −f
n
(x)) dx <
ε
2
n
On a alors :
0 ≤ g ≤ f ≤
+∞

n=0
f
n

+∞

n=0
h
n
les fonctions g et h
n
étant continues positives. Le lemme 17.2 nous dit alors que :
0 ≤
_
b
a
g (x) dx ≤
+∞

n=0
_
b
a
h
n
(x) dx
et en conséquence :
0 ≤
_
b
a
f (x) dx ≤ ε +
_
b
a
g (x) dx ≤ ε +
+∞

n=0
_
b
a
h
n
(x) dx
≤ ε +
+∞

n=0
_
b
a
f
n
(x) dx + ε
+∞

n=0
1
2
n
≤ 3ε +
+∞

n=0
_
b
a
f
n
(x) dx
Et comme ε > 0 est quelconque, on a bien l’inégalité annoncée.
En reprenant la démonstration faite dans le cas des fonctions continues, on déduit alors le
résultat suivant.
Théorème 17.3 Soient I = [a, b[ un intervalle réel avec −∞ < a < b ≤ +∞, (f
n
)
n∈N
une
suite de fonctions continues par morceaux sur I à valeurs réelles ou complexes telle que :
1. la série de fonctions

f
n
converge simplement sur I vers une fonction continue par
morceaux f ;
2. pour tout n ∈ N l’intégrale
_
b
a
f
n
(x) dx est absolument convergente ;
3. la série numérique

_
b
a
|f
n
(x)| dx est convergente.
Dans ces conditions, l’intégrale
_
b
a
f (x) dx est absolument convergente, la série numérique

_
b
a
f
n
(x) dx est convergente et :
_
b
a
f (x) dx =
+∞

n=0
_
b
a
f
n
(x) dx.
Remarque 17.4 Là encore, on a :
f −S
n

1
=
_
b
a
¸
¸
¸
¸
¸
f (x) −
n

k=0
f
k
(x)
¸
¸
¸
¸
¸
dx →
n→+∞
0
c’est-à-dire que la série

f
n
converge en moyenne vers la fonction f.
Un théorème de convergence dominée 379
17.2 Un théorème de convergence dominée
Théorème 17.4 Soit I = [a, b[ un intervalle réel avec −∞ < a < b ≤ +∞. On se donne une
suite (f
n
)
n∈N
de fonctions continues par morceaux sur I à valeurs réelles positives telle que :
1. la suite (f
n
)
n∈N
converge simplement sur I vers la fonction nulle ;
2. il existe une fonction ϕ continue par morceaux sur I à valeurs réelles positives telle l’in-
tégrale
_
b
a
ϕ(x) dx est convergente et 0 ≤ f
n
≤ ϕ pour tout n ∈ N.
Dans ces conditions, on a : lim
n→+∞
_
b
a
f
n
(x) dx = 0.
Démonstration. L’idée de la démonstration est d’utiliser une suite (g
n
)
n∈N
telle que la
série

(g
n
−g
n+1
) vérifie les conditions du théorème 17.3 avec 0 ≤ f
n
≤ g
n
, la suite (g
n
)
n∈N
convergeant simplement vers 0 (cette suite est de même nature que la série

(g
n
−g
n+1
)).
Pour n ∈ N fixé, on définit la suite de fonctions (f
n,p
)
p≥n
par :
∀p ≥ n, f
n,p
= max
n≤k≤p
(f
k
)
Les fonctions f
n,p
sont continues par morceaux à valeurs positives comme max d’une suite fi-
nie de fonctions continues par morceaux à valeurs positives et avec {f
n
, · · · , f
p
} ⊂ {f
n
, · · · , f
p
, f
p+1
} ,
on déduit que la suite (f
n,p
)
p≥n
est croissante.
Avec {f
n+1
, · · · , f
p
} ⊂ {f
n
, f
n+1
, · · · , f
p
} , on déduit que f
n+1,p
≤ f
n,p
pour tout p ≥ n + 1.
Avec 0 ≤ f
n,p
≤ f
n,p+1
≤ ϕ pour tout p ≥ n, on déduit que les intégrales I
n,p
=
_
b
a
f
n,p
(x) dx
sont convergentes et que la suite (I
n,p
)
p≥n
est croissante majorée par
_
b
a
ϕ(x) dx, donc conver-
gente. En notant I
n
= lim
p→+∞
I
n,p
, on peut construire une suite strictement croissante d’entiers
(p
n
)
n∈N
telle que :
∀n ∈ N, I
n

1
2
n
≤ I
n,p
n
≤ I
n
On définit alors la suite de fonctions (g
n
)
n∈N
par :
∀n ∈ N, g
n
= f
n,p
n
= max {f
n
, f
n+1
, · · · , f
p
n
}
et on a :
∀n ∈ N, I
n

1
2
n
≤ I
n,p
n
=
_
b
a
g
n
(x) dx ≤ I
n
Comme la suite (f
n
)
n∈N
converge simplement vers 0, pour tout x ∈ I et tout réel ε > 0, on
peut trouver un entier n
x,ε
tel que :
∀k ≥ n
x,ε
, 0 ≤ f
k
(x) ≤ ε
ce qui entraîne que :
∀n ≥ n
x,ε
, 0 ≤ g
n
(x) = max {f
n
(x) , · · · , f
p
n
(x)} ≤ ε
La suite (f
n
)
n∈N
converge donc simplement vers 0 et la série

(g
n
−g
n+1
) qui est de même
nature que cette suite converge simplement vers g
0
.
380 Séries de fonctions
Avec :
|g
n
−g
n+1
| ≤ g
n
+ g
n+1
≤ 2ϕ
on déduit que pour tout n ∈ N l’intégrale
_
b
a
(g
n
−g
n+1
) (x) dx est absolument convergente.
Il nous reste à montrer que la série

_
b
a
|(g
n
−g
n+1
) (x)| dx est convergente.
On a :
g
n+1
−g
n
= f
n+1,p
n+1
−f
n,p
n
≤ f
n,p
n+1
−f
n,p
n
avec f
n,p
n+1
−f
n,p
n
≥ 0 (les suites (p
n
)
n∈N
et (f
n,p
)
p≥n
sont croissantes), donc :
max (0, g
n+1
−g
n
) ≤ f
n,p
n+1
−f
n,p
n
et avec max (0, u) =
u
2
+
|u|
2
, soit |u| = 2 max (0, u) −u, on déduit que :
|g
n+1
−g
n
| ≤ 2
_
f
n,p
n+1
−f
n,p
n
_
−(g
n+1
−g
n
)
avec :
_
b
a
_
f
n,p
n+1
(x) −f
n,p
n
(x)
_
dx =
_
b
a
f
n,p
n+1
(x) dx −
_
b
a
f
n,p
n
(x) dx
= I
n,p
n
+1
−I
n,p
n
≤ I
n

_
I
n

1
2
n
_
=
1
2
n
ce qui donne :
_
b
a
|g
n
(x) −g
n+1
(x)| dx ≤ 2
1
2
n
+
_
b
a
g
n
(x) dx −
_
b
a
g
n+1
(x) dx.
On en déduit alors que :
n

k=0
_
b
a
|g
k
(x) −g
k+1
(x)| dx ≤ 2
n

k=0
1
2
k
+
n

k=0
_
b
a
g
k
(x) dx −
n

k=0
_
b
a
g
k+1
(x) dx
≤ 2
n

k=0
1
2
k
+
_
b
a
g
0
(x) dx −
_
b
a
g
n+1
(x) dx
≤ 2
+∞

k=0
1
2
k
+
_
b
a
g
0
(x) dx ≤ 4 +
_
b
a
g
0
(x) dx
ce qui signifie que la série

_
b
a
|(g
n
−g
n+1
) (x)| dx converge.
Enfin avec 0 ≤ f
n
≤ g
n
, on obtient :
0 ≤
_
b
a
f
n
(x) dx ≤
_
b
a
g
n
(x) dx =
_
b
a
+∞

k=n
(g
k
(x) − g
k+1
(x)) dx
avec :
R
n
=
_
b
a
+∞

k=n
(g
n
(x) −g
n+1
(x)) dx =
+∞

k=n
_
b
a
(g
k
(x) − g
k+1
(x)) dx
Exercices supplémentaires 381
et tenant compte de la convergence de

_
b
a
|(g
n
−g
n+1
) (x)| dx et de :
¸
¸
¸
¸
_
b
a
(g
n
(x) −g
n+1
(x)) dx
¸
¸
¸
¸

_
b
a
|g
n
(x) −g
n+1
(x)| dx
on déduit que la série

_
b
a
(g
n
(x) −g
n+1
(x)) dx est absolument convergente et en conséquence
lim
n→+∞
R
n
= 0.
On a bien, en définitive : lim
n→+∞
_
b
a
f
n
(x) dx = 0.
La restriction aux fonctions à valeurs réelles positives est seulement technique. On a en fait
le résultat suivant.
Théorème 17.5 (Convergence dominée) Soit I = [a, b[ un intervalle réel avec −∞ < a <
b ≤ +∞. On se donne une suite (f
n
)
n∈N
de fonctions continues par morceaux sur I à valeurs
réelles ou complexes telle que :
1. la suite (f
n
)
n∈N
converge simplement sur I vers une fonction f continue par morceaux ;
2. il existe une fonction ϕ continue par morceaux sur I à valeurs réelles positives telle l’in-
tégrale
_
b
a
ϕ(x) dx est convergente et 0 ≤ |f
n
| ≤ ϕ pour tout n ∈ N.
Dans ces conditions les fonctions f
n
et f sont absolument intégrables et on a :
lim
n→+∞
_
b
a
f
n
(x) dx =
_
b
a
f (x) dx.
Démonstration. Avec 0 ≤ |f
n
| ≤ ϕ et 0 ≤ |f| = lim
n→+∞
|f
n
| ≤ ϕ, on déduit que les fonctions
f
n
et f sont absolument intégrables sur I.
Des hypothèse, on déduit que lim
n→+∞
|f
n
− f| = 0, les fonction |f
n
−f| étant continues par
morceaux positives avec |f
n
−f| ≤ 2ϕ. Le théorème précédent nous dit alors que :
lim
n→+∞
_
b
a
|f
n
(x) −f (x)| dx = 0
et avec
¸
¸
¸
¸
_
b
a
(f
n
(x) −f (x)) dx
¸
¸
¸
¸

_
b
a
|f
n
(x) −f (x)| dx, on déduit que lim
n→+∞
_
b
a
(f
n
(x) − f (x)) dx =
0, soit lim
n→+∞
_
b
a
f
n
(x) dx =
_
b
a
f (x) dx.
17.3 Exercices supplémentaires
Exercice 17.2 On considère la série de fonctions de terme général u
n
(x) =
2x
n
2
+ x
2
pour
n ≥ 1.
1. Montrer que cette série converge uniformément sur tout intervalle [a, b] . On notera f sa
somme.
2. Exprimer sous forme d’une série de fonctions
_
x
0
f (t) dt pour x ∈ [−1, 1] .