LA DOCTRINE DU DIEU TRI UN N° 1

La Trinité dans l'Unité
Conférence de G. E. REGAMEY, Pasteur

PRIX: 38 centimes

AGENCE DES PUBLICATIONS DE LA NOUVELLE ÉGLISE LAUSANNE - GENÈVE PARIS

1930

La Trinité dans l'Unité
La Bible est monothéiste.

S'il est une doctrine catégoriquement exprimée dans les Ecritures, c'est bien celle de l'unité de Dieu. La Bible est monothéiste d'un bout à l'autre et tout esprit qui n'est pas enchaîné par les préjugés de l'éducation religieuse ne peut s'empêcher de le reconnaître. Et pourtant. chose étrange, malgré le grand nombre de passages qui, dans la Bible, proclament que Dieu est un, qu'il est le seul Seigneur, qu'Il est Jehova et qu'Il ne donnera pas sa gloire à un autre, malgré le témoignage de Jésus-Christ Lui-même qui, dans sa réponse au scribe qui l'interrogeait, a consacré l'unité de Dieu en rappelant le premier commandement : a Ecoute, Israél, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur », une grosse fraction de l'Eglise chrétienne n'est monothéiste que de nom, car elle affirme que Dieu existe en trois personnes divines, séparées et distinctes, Dieu le Père, Dieu le Fils et Dieu le Saint Esprit. Concevoir Dieu de cette manière, c'est non seulement ne pas tenir compte du témoignage de la Bible entière, mais c'est encore s'élever contre le témoignage de la raison, car la raison éclairée affirme que la Création ne saurait avoir qu'un seul Créateur, autant qu'il n'y a qu'un seul Dieu, Principe et Fin de toutes choses, qu'un seul Absolu et qu'un seul Incréé.
Il y a mystères et mystères.

Les chrétiens qui croient à l'existence de trois personnes divines affirment qu'elles ne font qu'un seul Dieu et cela en raison d'un mystère devant lequel nous n'avons qu'à

—2— nous incliner, sans chercher à comprendre ce que notre intelligence est capable de s'expliquer. Il y a sans doute des mystères devant lesquels on doit s'incliner avec respect, parce qu'ils dépassent la raison. Nous sommes assez intelligents pour savoir que, pauvres êtres finis et limités, nous ne pouvons pas tout comprendre et qu'en particulier nous ne pouvons pas solutionner le problème de la Divinité. •Mais il est des mystères devant lesquels nous ne devons pas nous incliner. Ce sont les mystères qu'une théologie surannée veut imposer à notre foi quand bien même ils contredisent la raison. Et parmi ces derniers, nous nous heurtons en particulier à celui d'une Trinité de personnes divines formant un seul Dieu. L'Eglise et les intellectuels. De tous les dogmes qui, dans le cours des siècles, ont été promulgués dans le sein de la chrétienté, il n'en est aucun qui lui ait été aussi préjudiciable que celui-là. Plus que tout autre, il contribue à éloigner de l'Evangile la fraction la plus importante, sinon la plus nombreuse de nos populations dites chrétiennes, les intellectuels et les penseurs. Or, de même que c'est l'esprit de l'homme qui le dirige et qui gouverne son corps, de •même aussi les intellectuels et les penseurs exercent une influence considérable sur le grand corps social qu'est l'humanité envisagée comme un tout. Ils en sont la tête et le cerveau. Ce sont eux qui la conduisent vers ses destinées heureuses ou malheureuses, suivant qu'ils sont eux-mêmes au bénéfice de lumières spirituelles bannes ou mauvaises. Le rôle de l'Eglise. en ce qui les concerne, consiste à les alimenter de vérités qui, parce qu'elles sont l'essence divine, doivent être marquées au coin de la plus saine raison. L'Eglise, dans le grand corps social, joue le rôle du cœur et des poumons. Dans notre corps physique le sang qui vient du coeur se purifie dans les poumons avant de circuler dans le cerveau et dans tous les autres organes. Mais si le sang

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alimente et entretient la vie du corps naturel, la vérité divine est appelée à jouer le même rôle dans le corps social dont la santé dépend de la pureté des aliments qu'il doit assimiler.
Il faut restaurer le Christianisme.

Si l'humanité nous offre, depuis de si longs siècles, le spectacle d'un organisme débile, languissant et malade, c'est que le sang spirituel qui circule dans ses veines n'est pas suffisamment pur, suffisamment riche. C'est que les vérités dont s'alimente sa vie ne sont pas assez dégagées de toutes les erreurs dont elles ont été entachées. Le christianisme a été falsifié dans le cours des siècles. Il s'agit de le restaurer et d'en adapter tes enseignements aux besoins rationnels en même temps que spirituels de notre époque. Ce n'est plus seulement par le coeur, mais c'est encore par l'intelligence que nous désirons aujourd'hui pénétrer dans les mystères de la foi. Jamais encore comme de nos jours on n'a réclamé un exposé clair, logique et précis des principes essentiels de la religion. C'est le cri d'une aspiration légitime et profonde. On n'est pas . hostile à l'Evangile. On ne demande pas mieux que de croire aux grandes •vérités de la religion chrétienne, car on pressent hien qu'elles renferment un principe vital et régénérateur, mais encore est-il indispensable que la forme dont on les habille ne heurte pas le sens de la logique et de la saine raison.
Les droits de ta raison.

Les droits de la raison, la prédication de l'Evangile les a trop longtemps méconnus, c'est pourquoi le monde actuel échappe à son influence, Depuis de trop longs sièCles on a fait appel au coeur et à la sentimentalité des fidèles du haut des chaires chrétiennes sans se préoccuper, comme il l'aurait fallu, de nourrir également leur intelligence spirituelle. Aussi bien est-ce plutôt dans le sein de la classe dirigée que dans celui de la classe dirigeante de la société

—4— que l'Evangile de Jésus-Christ a conquis les sympathies. C'est une grave lacune. Il faut que I'Eglise comprenne que pour gagner les intellectuels, force lui sera de réformer, et d'une manière beaucoup plus étendue encore qu'au seizième siècle, toute sa théologie. On n'a que faire de nos jours de dogmes qui sont en contradiction avec la raison, d'enseignements qu'un esprit bien pensant ne peut accepter sans faire fi de son intelligence. Le Seigneur ne nous le demande pas. Lui qui est la Sagesse Suprême ne nous a pas créés à son image et selon sa ressemblance pour que nous méprisions le plus noble de ses apanages, l'intelligence. Il veut, au contraire, que nous la cultivions, que nous la nourrissions, que nous l'enrichissions, que nous lui donnions dans le domaine des enseignements spirituels aussi bien que dans tous les autres, la plus entière satisfaction. Le dogme d'une Trinité de personnes divines est antibiblique et irrationnel. Il faut l'abandonner. S'il existe trois personnes divines, distinctes, le Père, le Fils et le Saint. Esprit, également infinies, éternelles, omnipotentes et omniscientes. c'est qu'il y a trois Dieux. Or, les textes sacrés déclarent expressément qu'il n'y a qu'un seul Dieu, qui a fait les cieux et la terre. C'est là, me semble-t-il, une vérité intelligible, rationnelle, qui nie satisfait pleinement et à laquelle j'adhère sans aucune difficulté,
La Bible proclame l'unité de Dieu.

Des passages bibliques qui proclament l'unité de Dieu, je ne rappellerai que quelques-uns choisis parmi les plus importants. C'est tout d'abord celui qui se trouve en tête des dix commandements que les enfants d'IsraM ont été appelés à observer dès après la sortie d'Egypte, alors qu'ils se trouvaient encore dans le désert du Sinaï : « Ecoute, Israël, le Seigneur ton Dieu est le seul Seigneur. Tu n'auras point d'outre Dieu devant ma face ›. (Exode 20 : 3). Au chapitre 6 du Deutéronome, verset 4, cette assertion est répétée. L'unité divine est encore fortement affirmée au

--5— 32 — chapitre du même livre, surtout au verset 39: • q bservez que c'est Moi, Moi qui suis votre Dieu, et il n'y en a point d'autre avec Moi ». Le livre du prophète Esaie corrobore à plusieurs reprises cette doctrine. « Je suis Jéhova, c'est là mon nom, et je ne donnerai point ma gloire à un autre (42 : 8). « Ainsi parle Jéhova, le roi d'Israël et son Rédempteur, l'Éternel des armées : Je suis le premier et je suis le dernier, et hors de Moi il n'y a point de Dieu (44 6). « Excepté Moi, y a-t-il un Dieu, y a-t-il un rocher ? Je n'en connais point » (44 : 8). « Regardez vers Moi, peuples de la terre, et vous serez sauvés, car je suis Dieu et il n'y en a point d'autre (45 : 22). Au chapitre 46, v. 9, nous lisons : « Rappelez le passé dans votre mémoire ;' car je suis Dieu et il n'y en a point d'autre ; je suis Dieu et il n'y en a aucun de semblable à Moi ». Dans le Nouveau Testament, Jésus confirme cet enseignement. Il cite Lui-même le premier commandement au scribe qui l'interrogeait : « Ecoute, Israël, le Seigneur notre Dieu est le seul Seigneur ,. Ces passages suffisent, me semble-t-il, pour nous convaincre du fait que la révélation, tant juive que chrétienne, est monothéiste. Dieu est un Etre unique. Son unité est si catégoriquement affirmée, si clai rement exprimée que cette doctrine ne devrait faire l'objet d'aucun doute.
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Qui est Jésus-Christ ? Mais alors, me demanderont ceux d'entre mes lecteurs qui sont au courant des enseignements de l'Evangile, s'il n'y a qu'un seul Dieu personnel, que devons-nous penser de Jésus-Christ ? Cette question, le Seigneur l'avait déjà Lui-Même posée à ses disciples (Matth. 16, 15). Elle est restée depuis les premiers siècles de l'Eglise chrétienne à l'ordre du jour des préoccupations des théologiens et des penseurs croyants. Après plus de dix-neuf siècles d'études, de critiques et de discussions à ce sujet, les opinions sont aussi divergentes

-6— de nos jours qu'elles ne font jamais été. Et suivant le lieu de culte où vous vous rendrez. suivant les prédicateurs de la Parole que vous écouterez, vous apprendrez de JésusChrist ou bien qu'Il a été un homme semblable par la naissance et par la mort à tous les autres hommes, et que la seule différence qui existe entre Lui et les autres humains consiste dans le fait qu'Il a vécu une vie en parfaite harmonie avec les commandements de Dieu, ce qui Lui a mérité le titre de Fils unique et de Fils bien-aimé du Père ; ou bien qu'Il a été un grand Maître, un Initié, c'est le point de vue de la théosophie. Ou bien encore. et c'est l'opinion et même la croyance de la grosse majorité des chrétiens de nos jours, qu'Il a été et qu'Il reste la seconde personne de la Trinité divine. Au sein de cette Trinité, Il a joué le rôle de Rédempteur et de Sauveur du monde, en tant qu'Il a été et qu'Il demeure l'égal du Père, auquel Il est intimement uni par les liens de communion de sentiments, de pensées, d'amour, de sagesse et de puissance, mais dont II est distinct en tant que personne divine. Qui est Jésus-Christ ? Il semble au premier abord que le Nouveau Testament est également favorable à deux conceptions différentes de la nature de Celui que nous appelons le Sauveur du Monde. Plusieurs passages des Evangiles et des Epitres représentent en effet le Seigneur Jésus-Christ comme Dieu Luimême incarné dans un corps d'homme, tandis que d'autres passages paraissent établir une séparation complète entre le Père et le Fils et une infériorité de Christ à l'égard de Dieu. Si le Seigneur dit à Philippe : « Celui qui m'a vu a vu le Père », si l'apôtre Paul affirme que « la plénitude de la Divinité habite corporellement en Christ », Jésus dit d'autre part : « Le Père est plus grand que moi ». Il le prie, Il réclame son secours. Il se présente aux hommes comme un frère. un ami. un exemple qu'ils doivent suivre pour s'élever jusqu'à Dieu. De ces deux catégories de passages sont nées plusieurs doctrines contradictoires, dont celle des tripersonnalistes et celle des unitaires sont les plus anciennes.

—7— Le point de vue trinitaire orthodoxe. Il ressort de plusieurs passages des Ecritures qu'il y a en Dieu une Trinité constituée par ce que la Parole appelle le Père, le Fils et le Saint-Esprit. Le Seigneur a dit à ses disciples : « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit Ce passage, comme d'ailleurs tous ceux qui nous parlent du Père et du Fils, a fait prévaloir dans la chrétienté l'idée que le Père, le Fils et le Saint-Esprit désignent chacun une personne divine et que, par conséquent, il existe en Dieu une Trinité de personnes dont chacune a des devoirs spéciaux et distincts à remplir dans l'oeuvre de la Rédemption. C'est pour satisfaire, nous dit-on, à la justice comme à la colère du Père, que Dieu le Fils est venu mourir sur la croix en lieu et place des hommes pécheurs. En ce faisant, Il les a rachetés de leurs péchés, autrement dit, Il leur a obtenu le pardon du Père. Le point de vue unitaire, Mais cette doctrine d'une Trinité de personnes divines est si catégoriquement opposée aux déclarations réitérées de l'unité de Dieu dans les Ecritures, qu'un grand nombre de personnes l'ont repoussée et qu'elles en sont venues à nier la divinité du Seigneur Jésus-Christ. Pour maintenir cette unité de Dieu, elles font donc de Jésus-Christ un homme qui n'a différé de Moïse et de tous les autres législateurs du monde qu'en ce que sa vie a été plus pure et plus en conformité avec la volonté du Père céleste. Et, comme cela arrive très souvent lorsque de fausses doctrines prennent naissance, chaque parti a appuyé sa croyance d'une étude plutôt partiale des textes sacrés pour dévier par suite du sentier de la vérité dans des directions opposées. Entre les Tripersonnalistes qui croient à l'existence de trois personnes divines et les Unitaires qui ne trouvent pas d'autre moyen de conserver l'unité de Dieu qu'en niant la

-8— divinité de Jésus-Christ, se trouve la vraie doctrine des Écritures Saintes en ce qui concerne la Trinité divine, celle qui fait du Père et du Fils un seul et même Etre divin.
Le pourquoi de la Rédemption.

Il est généralement admis que le genre humain est déchu et qu'il a perdu l'état de la perfection spirituelle et par suite de bonheur dans lequel il a été originairement créé. Sa déchéance spirituelle et son éloignement de Dieu ont rendu nécessaire l'oeuvre grandiose de la Rédemption. Mais on connaît encore très peu de nos jours la véritable nature de l'oeuvre de la Rédemption. L'état originel de félicité de l'homme, sa sagesse, la bonté de son cœur, la pureté de ses intentions, tout cela est admirablement décrit dans la Genèse par le récit symbolique du séjour d'Adam et d'Eve dans le jardin d'Eden. Mais l'homme ne s'est pas maintenu dans son état primitif d'innocence. Il s'est graduellement détourné du gouvernement divin, par suite, il a perdu graduellement aussi sa félicité d'antan, félicité dont Je souvenir est resté gravé dans les enseignements de toutes les anciennes religions et de toutes les mythologies qui nous parlent de l'âge d'or de l'humanité. L'homme est devenu amoureux de lui-même. Il s'est peu à peu laissé gouverner par son égoïsme personnel et, de génération en génération, il est tombé dans un état de dégradation, d'asservissement à la matière et de mort spirituelle qui l'empêche de comprendre intuitivement, comme ;a l'origine, la volonté de Dieu et, par conséquent. de jouir de la vie du ciel sur la terre. Dans une conférence subséquente, nous étudierons la nature et le pourquoi de l'incarnation du Verbe divin. Qu'il nous suffise pour aujourd'hui de rappeler que si pour faire sortir l'humanité de son état de péché et de misère spirituelle, il devint nécessaire qu'une intervention divine se produisit, il a été de tout temps dans la pensée de notre

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Dieu et Père qu'Il viendrait Lui-même pour accomplir le grand œuvre de notre Rédemption. Les témoignages bibliques à ce sujet sont très nombreux. L'Ancien Testament déclare que Jéhova sera le Rédempteur. Le prophète Esaie prédit d'une manière frappante que Jéhova revêtira l'humanité pour devenir le Rédempteur et le Sauveur de son peuple : « Un enfant nous est né, dit-Il, un Fils nous a été donné, l'empire a été mis sur son épaule. Il sera appelé Admirable, Conseiller, Dieu Puissant, Père d'éternité, Prince de la Paix Esaie 9, 5. Voici, lisonsnous a-u ch. 25 du même livre, Celui qui est notre Dieu, que nous avons attendu. Soyons dons la joie de son salut Dans ces remarquables passages, l'enfant qui doit naître, le Fils qui doit nous être donné, est expressément appelé Dieu, Père d'éternité. Il est dit d'autre part que c'est Jéhova qui doit apporter le salut. Fréquemment ailleurs 11 est nommé le Rédempteur et le. Sauveur. « C'est moi qui suis Jéhova. Il n'y a point d'autre Sauveur que Moi. Ainsi a dit Jéhova, votre Rédempteur et votre Sauveur, le Saint d'Israël » Esaie 43, 11 et 14. L'Eglise chrétienne aurait dû rester fidèle à cet enseignement.. Celui qui a lu avec quelque attention les Ecritures a certainement remarqué dans la naissance et les miracles deJésus-Christ, l'accomplissement des anciennes prophéties concernant l'incarnation de Jéhova. 11 est écrit dans Esaïe, 700 ans avant la naissance de Jésus-Christ : « Voici une vierge sera enceinte. Elle enfantera un fils et l'on appellera son nom « Emmanuel » Esaie 7, 14. Cette prophétie est citée par Matthieu qui, en parlant de la conception miraculeuse et de la naissance de Jésus-Christ, s'exprime comme suit : « Tout cela se fit pour accomplir ce qui avait été dit du Seigneur par le prophète : Voici une vierge sera enceinte et l'on appellera son nom Emmanuel, ce qui veut dire : Dieu avec nous » Matth. 1. 23. L'apôtre Jean, dans son Evangile, 1. 1,14, s'exprime comme suit «

— 10 --commencement était la Parole, et la Parole était avec Dieu, et la Parole était Dieu. Et la Parole a été faite chair et a habité avec nous. » Qu'est-ce à dire, sinon que Dieu Lui-même s'est manifesté en chair, afin de se rapprocher de ses créatures déchues et de leur ouvrir le chemin du salut ? Qu'est-ce à dire encore, sinon que Jéhova,. qui est souvent appelé le Rédempteur et le Sauveur dans l'Ancien Testament, et Jésus-Christ qui porte les mêmes titres dans le Nouveau Testament sont un seul et même Etre divin? Le nom de Jéhova exprimant l'Etre divin avant sa venue en chair, et le nom de Jésus, celui de ce même Etre divin après son incarnation. Cette doctrine a été pleinement enseignée par le Seiu ,neur Lui-même au cours de son ministère ici-bas. A Philippe. son apôtre, qui Lui demandait de lui faire voir le Père, Jésus a répondu : Je suis avec vous depuis si longtemps, et tu ne m'as pas connu Philippe, celui qui m'a vu a vu le Père. » Jean 14, 19.
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Jéhova et Jésus sont un seul et même Etre divin.
Les expressions «Père et Fils , si fréquemment employées dans la Parole et mal comprises par un grand nombre de chrétiens, les ont amenés à se faire une idée erronée de deux personnes distinctes en Dieu. Cette erreur ne se serait point produite si Ion avait prêté une attention convenable aux propres paroles de Jésus. Son témoignage concernant le Père est le suivant : « Moi et le Père, nous sommes un » Jean 10. 30. « Je suis dans le Père et le Père est -en Moi ». Jean 14. 10. Si ce témoignage signifie quelque chose, il est incontestable que Jéhova et Jésus-Christ ne sont pas deux personnes, mais un seul Etre divin. Il faudrait, à l'appui de cette affirmation, rappeler encore un grand nombre de passages de la Parole qui attribuent à Jéhova dans l'Ancien Testament et à Jésus-Christ

dans le Nouveau, les mêmes titres, les mêmes attributs, les mêmes qualités, les mêmes rôles. On Lit au Psaume 23 Jéhoun, Tu es mon Berger, Je ne manquerai de rien. » Et dans l'Evangile de Jean 10, 14 nous lisons aussi ces paroles sorties de la bouche de Jésus « Je suis le Bon Berger ». Nous avons déjà vu que Jéhova et Jésus-Christ sont appelés l'un et l'autre : « le Rédempteur, le Sauveur, le Vrai Dieu et la Vie éternelle. » Jéhova est désigné comme » le Premier et le Dernier » par Esaiie le prophète 441. 4.), et JésusChrist porte les mêmes titres dans l'Apocalypse (1. 11).
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De tous ces passagesi) il ressort qu'il n'y a qu'un seul Dieu et que Jéhnva dans l'Ancien Testament et Jésus-Christ dans le Nouveau Testament sont les deux principaux noms bibliques par lesquels l'unique Dieu, Créateur. Rédempteur et Sauveur du monde s'est fait connaître aux hommes ; autrement dit Jésus-Christ est Dieu manifesté en chair. C'est là la vraie doctrine concernant le Seigneur. Elle brille d'un éclat lumineux dans les Saintes Ecritures dont chaque expression témoigne que Jésus-Christ est le seul Vrai Dieu et la Vie éternelle. Cette doctrine céleste est l'esprit de toutes les prophéties. Les Ecritures ne sanctionnent aucune doctrine contraire à celle de la parfaite unité de Dieu en essence et en personne. Jéhova a dit « Je suis Jéhova, c'est là mon nom et je ne donnerai ma gloire à aucun autre. » Esaie 42, 8. Jésus-Christ a dit «Toute puissance m'a été donnée dans k ciel et sur la terre. » Matth. 28. 18. Si donc Jésus-Christ n'est pas Jéhova, et si tout pouvoir lui appartient dans le ciel et sur la terre, il devient évident que Jéhova a donné sa gloire à un autre. Cette difficulté cesse d'exister pour celui qui comprend que Jéhova et Jésus-Christ sont les deux noms d'un seul et même Etre divin, du seul vrai Dieu.
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1) Nous en publierons une liste plus complète.

— 12 — Le Fils de Dieu.

Mais ici quelqu'un me demandera peut-être pourquoi, puisque Jésus-Christ était Dieu, la Bible le désigne-t-elle comme le Fils de Dieu ? Cette appellation, c'est range Gabriel qui le premier la fit entendre à la vierge Marie lors de sa visitation. « Le saint enfant qui naîtra de toi, lui dit-il, sera appelé Fils de Dieu. Lue 1. 35. Nous sommes rendus attentifs par ces paroles à la double nature de Jésus-Christ en qui le Père et le Fils ne font qu'un de même que l'âme et le corps ne font qu'un dans chacun de nous. L'âme de Jésus-Christ était Dieu le Père. L'Essence divine de Jésus-Christ est appelée le Père, parce qu'elle est la source et la cause de l'existence de son Humanité, c'est à dire du Fils ou de la manifestation de Dieu.
Le Divin et l'Humain en Jésus-Christ.

L'existence de ces deux natures, dont le Seigneur ressentit parfaitement l'influence au cours de son ministère, nous explique le langage parfois contradictoire avec lequel Il a parlé souvent de Lui-même. Quand 11 parlait de sa dépendance à l'égard du Père en Lui, c'est qu'alors 11 s'identifiait avec Sa nature humaine, le Fils. Quand au contraire il proclamait son égalité avec le Père dans l'exercice de ses divines prérogatives, c'est qu'alors Il s'identifiait avec Jé/lova. Il prétendait dans ces momentq là qu'Il était un avec le Père, Jean 10. 30, et qu'Il faisait tout ce que le Père faisait, Jean 5, 19. H affirmait alors sa toute Puissance et son omniscience. Il guérissait les malades, Il apaisait la tempête, ressuscitait les morts. Il déclarait qu'Il avait le pouvoir de donner sa vie et de la reprendre. Il enseignait qu'Il était le Pain de vie, Jean 6, 35, la Résurrection et la Vie, Jean 11, 25; le Chemin, la Vérité et la Vie, Jean 14. 6 ; que tout ce que le Père avait était à Lui, Jean 16, 15, Dans d'autres moments au contraire, Il déclarait que le

— 13 — Père était plus grand que Lui et. que Lui, Jésus, ne pouvait rien faire de Lui-même. Toutes ces déclarations qui sont apparemment contradictoires sont parfaitement vraies et en parfait accord les unes avec les autres. Celles d'entre elles par lesquelles Il affirmait ses attributs divins, Lui étaient dictées par la prédoniinence en Lui de sa nature divine ; et celles par lesquelles Il exprimait son absolue dépendance à l'égard du Père, Il les émettait sous l'influence de sa nature humaine. La pauvreté du langage humain nous oblige, nous aussi, à nous servir d'expression qui ne répondent pas à la parfaite réalité de ce que nous éprouvons. Quand nous disons : « Je suis malade », nous nous identifions h' plus souvent avec notre corps matériel. Quand nous disons « J'aime, je sais, je pense nous nous identifions avec les affections de notre mental. En employant le pronom « je » dans ces deux catégories d'expressions, nous prenons la partie pour le tout. C'est quelque chose de pareil que nous retrouvons clans le langage humain de Jésus-Christ. Quand Il disait qu'Il ne pouvait rien faire de Lui-même, c'est de sa nature humaine, externe, qu'Il voulait parler, de même que nous dirions en parlant de notre nature matérielle, de notre corps. qu'il ne peut rien faire par lui-même, l'âme étant en nous l'instrument de toute notre activité, de toute notre force, de toute notre intelligence. C'est dans ce sens également que l'Humain ou le Fils priait le Père en Lui, pour qu'Il Lui apportât aide et secours dans l'accomplissement du grand oeuvre qui avait nécessité leur union. Lorsque dans une grande épreuve, dans un violent chagrin, il nous semble que toute force nous est enlevée. nous nous adressons involontairement au principe intérieur de notre double nature. Ainsi David, qui était le type du Seigneur, s'est écrié : «Pourquoi es-tu abattue, ô mon âme, et pourquoi frémis-tu au dedans de moi Espère en Dieu ! » Ps. 42, 6. C'est ainsi également qUe lorsque l'Humain du Seigneur souffrait sur la croix, il s'écria : « Mon Dieu. mon Dieu, pourquoi m'as-tu abandonné t, »
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--14 Le Fils est la nature humaine dont Dieu s'est revétu et qu'Il a divinisée.
Les passages ci-agrès nous prouvent enfin que JésusChrist, le Fils, a bien été la nature humaine que Dieu le Père a revêtue pour venir dans le monde: «Je suis venu du Père dans le monde », Jean 16, 28 ; « Je suis issu de Dieu et je viens de sa part », Jean 8, 42 ; Personne n'est monté au ciel que celui qui est descendu du ciel, savoir le Fils de l'homme qui est dans le ciel », Jean 3, 13. « Je connais le Père parce que je viens de sa part et c'est Lui qui m'a envoyé ,. Venir du Père et avoir été envoyé dans le monde, ne signifient pas que le Seigneur est venu d'une place ou d'un monde dans lequel se trouvait le Père, dans un autre. « Le Père demeure en Moi», a-t-II dit. Il est venu du Père comme une plante vient d'une semence. En tant qu'être humain, Il n'est pas venu de Lui-même. S'il avait été un Etre divin égal au Père, comment serait-Il provenu de Lui ? Nous disons donc que pour accomplir son but, venir dans le monde, le Divin s'est revêtu d'un corps matériel, de même que pour vivre dans ce monde nous devons tous en avoir un. Ce corps matériel et toute la nature qui s'y rattache, Dieu l'a appelé son Fils, ce Fils qu'il a glorifié, cette nature qu'il a divinisée et dont il a fait son tabernacle humain, en le remplissant corporellement, selon le langage de l'apôtre Paul, de la plénitude de la Divinité jColoss. 2, 9). Nous reprendrons d'ailleurs ce sujet, que nous traiterons plus complètement, dans une prochaine conférence sur Jésus-Christ.

La dualité de sa nature rend compréhensibles les tentations du Seigneur.
Disons encore que l'existence de ces deux natures distinctes dans le Seigneur peut seule expliquer les combats spirituels. les tentations de Jésus. Si cette dualité n'eut point existé, les tentations auraient été impossibles. Comment Dieu, dans sa nature divine, aurait-il pu être tenté sans cesser d'être Dieu ? C'est donc l'humain ou le Fils seul qui

— 15 — l'a été ; mais, d'autre part, comment cet humain aurait-il pu triompher de ces tentations sans le secours de l'âme divine qui l'habitait ? Pour être tenté, il fallait que JésusChrist fut un homme. Pour vaincre dans ses combats spirituels il fallait qu'Il fut Dieu.
Le sens originel du mot « personne ».

A l'appui de notre manière de voir, nous pouvons dire enfin que les termes « Père et Fils » ne sont pas uniquement employés pour désigner des personnes, mais qu'ils servent souvent à exprimer des rapports. C'est ainsi que dans les Ecritures on trouve ces expressions : le Pére d'éternité, le Père de miséricorde, le Père des lumières, le Fils de la paix, le Fils du tonnerre, le Fils de perdition ». Ces expressions étaient très courantes dans les langues anciennes. Nous disons de nos jours encore le père d'un ouvrage, d'un système, d'une école, pour désigner celui qui en est l'auteur. Il s'en suit que l'idée de g personnes » ne doit pas être nécessairement attachée aux termes de Père et de Fils. Et la doctrine des trois personnes de la Trinité devient d'autant plus suspecte qu'elle s'apppuie sur un sens secondaire et retréci de ces termes, toutes les fois qu'ils sont appliqués à la plus élevée de toutes les existences, à l'Eire qui remplit les terres et les cieux de sa personne vivante, à l'âme de l'univers 1).
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1 ) il est vrai qu'une intelligence finie ne peut jamais comprendre complètement le Dieu infini « Ses perfections sont immenses, et dépassent toutes recherches». Mais nous pouvons bien, autant que le permettent nos capacités finies, comprendre ce qu'il a plu à Dieu de révéler concernant Lui-même, et il y a la plus grande différence possible entre ce qui surpasse notre r a ison et ce qui contredit entièrement ses perceptions les plus claires. L'obscurité répandue sur la doctrine de la Trinité, telle qu'elle est généralement reçue, provient du changement opéré par le temps dans la signification du mot Personne. Ce mot ne s'applique pas exclusivement à un être à part, à une identité distincte: mais le mot latin Persona. d'où vient le mot français personne, signifie aussi bien un rôle qu'une personne, et c'est da ns ce premier sens qu'il a été employé par les Pères latins dans

— 16 — Disons enfin que si le Christ a Lui-Même recommandé à ses apôtres de faire de toutes les nations des disciples et de les baptiser au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (Matth. 28, 19), il est frappant de constater que dans le livre des Actes, les apôtres n'ont jamais baptisé qu'au nom du Seigneur Jésus seul (Actes 2, 38 ; 8, 16 ; 19, 4. 5. 6 ; etc.), ce qui nous prouve que, dans l'esprit des disciples immédiats du Sauveur du inonde, le Christ a bien été l'incarnation de Jehova, la manifestation sur le plan visible du Dieu invisible dans son essence intime, le Divin qui s'est revêtu, pour être approché par les puissances infernales et en triompher, d'une nature humaine semblable à la nôtre, nature qu'Il a glorifiée et emportée avec Lui dans le ciel, nature en qui habite désormais corporellement la plénitude de la Divinité (Coi. 2, 9).

F IN

(Suite de la note de la page

1.5).

leur traduction du symbole d'Athanase de l'original grec. Le substantif Per.wna est dérivé du participe personans, résonnant, du verbe persono, sonner à travers, résonner. C'était le terme usité pour désigner les personnages des anciens drames, parce que, dans les représentations, les acteurs portaient des masques, au travers desquels se faisait entendre la voix du récitant; et à cause de cette circonstance le masque lui-même était appelé persona. Lorsque cette signification était universellement connue, l'expression tres personoe, trois personnes, était convenablement employée pour désigner la triple manifestation de l'Etre Divin, et l'on pourrait conséquemment dire, tres personne, sed unus Deus, trois personnes, mais un seul Dieu. Mais la signification restreinte qu'on donne aujourd'hui au mot personne, ne le rend plus propre à être employé, si nous tenons à avoir des idées claires et conséquentes sur l'objet de notre adoration.