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Le sujet productif Pierre Macherey

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"Nouveau millénaire, Défis libertaires" Le sujet productif Pierre Macherey Exposé présenté le 10 mai 2012 Stage de formation des professeurs de philosophie, Lille
Origine : http://philolarge.hypotheses.org/1245 « Il est impossible de faire de l’histoire actuellement sans utiliser une kyrielle de concepts liés directement ou indirectement à la pensée de Marx et sans se placer dans un horizon qui a été décrit et défini par Marx. A la limite on pourrait se demander quelle différence il pourrait y avoir entre être historien et être marxiste. » (Foucault, entretien donné en 1975 au Magazine littéraire, Dits et Ecrits, t. II, éd. Gallimard, 1994, p. 753) Michel Foucault «Entretien sur la prison : le livre et sa méthode» (entretien avec J.-J. Brochier), Magazine littéraire, no 101, juin 1975, pp. 27-33. Dits et Ecrits tome II texte n°156 http://1libertaire.free.fr/MFoucault193.html

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Le pouvoir, de la politique à l’économie Dans la partie conclusive de La volonté de savoir (éd. Gallimard, 1976), Foucault explique comment il a été amené à considérer le pouvoir, tel qu’il existe aujourd’hui, d’un point de vue, non pas négatif, comme une contrainte dont la forme est au départ juridique, mais positif, en tant qu’il repose sur des mécanismes qui, au lieu d’imposer à la vie humaine des bornes, l’organisent sur un plan matériel, et même contribuent à la « produire ». C’est cette idée qui est au principe de la conception du « bio-pouvoir », à propos duquel il écrit : « Ce bio-pouvoir a été, à n’en pas douter, un élément indispensable au développement du capitalisme ; celui-ci n’a pu être assuré qu’au prix de l’insertion contrôlée des corps dans l’appareil de production et moyennant un ajustement des phénomènes de population aux processus économiques. Mais il a exigé davantage ; il lui a fallu la croissance des uns des autres, leur renforcement en même temps que leur utilisabilité et leur docilité ; il lui a fallu des méthodes de pouvoir susceptibles de majorer les forces, les aptitudes, la vie en général sans pour autant les rendre plus difficiles à assujettir ; si le développement des grands appareils d’Etat, comme institutions de pouvoir, a assuré le maintien des rapports de production, les rudiments d’anatomo- et de bio-politique inventés au XVIIIe siècle comme techniques de pouvoir présentes à tous les niveaux du corps social et utilisées par des institutions très diverses (la famille comme l’armée, l’école ou la police, la médecine individuelle ou l’administration des collectivités), ont agi au niveau des processus économiques, de leur déroulement, des forces qui y sont à l’œuvre et les soutiennent ; ils ont opéré aussi comme des facteurs de ségrégation et de hiérarchisation sociale, agissant sur les forces respectives des uns et des autres, garantissant des rapports de domination et des effets d’hégémonie ; l’ajustement de l’accumulation des hommes sur celle du capital, l’articulation de la croissance des groupes humains sur l’expansion des forces productives et la répartition différentielle du profit, ont été, pour une part, rendus possibles par

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l’exercice du bio-pouvoir sous ses formes et avec ses propriétés multiples. L’investissement du corps vivant, sa valorisation et la gestion distributive de ses forces ont été à ce moment-là indispensables. » (VS, p. 185-186) En schématisant, on peut dire que, dans cette page, Foucault expose la nécessité de repenser le pouvoir en le détachant de l’emprise du politique pour le rapprocher du plan où se déroule concrètement l’économie, une économie qui, avant même d’être ciblée sur la valeur de biens échangeables, au titre d’une économie de choses, se préoccupe principalement de la gestion de la vie, des corps et de leurs « forces », terme qui revient ici de manière lancinante. Par ailleurs, il lui importe de restituer à cette nouvelle conception du pouvoir une dimension historique, ce qu’il fait en l’associant au développement du capitalisme et des rapports sociaux de productions très particuliers mis en œuvre par celui-ci dans le contexte de la révolution industrielle : bien que le mot « classe » ne soit pas énoncé, il est manifestement sous-entendu lorsque sont évoqués au passage les « facteurs de ségrégation et de hiérarchisation sociale agissant sur les forces respectives des uns et des autres, garantissant des rapports de domination et des effets d’hégémonie » et « l’articulation de la croissance des groupes humains sur l’expansion des forces productives et la répartition différentielle du profit ». Ici, Foucault peut paraître tout proche de flirter avec les analyses de Marx dans Le Capital, qu’il concilie avec son effort en vue de replacer le pouvoir dans une perspective positive et « productive ». Cinq ans plus tard, revenant sur ce point dans une conférence donnée à Bahia en 1981, publiée sous le titre imagé « Les mailles du pouvoir » (Dits et Ecrits, t. IV, éd. Gallimard, 1994, p. 182 et sq.), Foucault confirme explicitement ce rapprochement. Il y déclare : « Comment pourrions-nous essayer d’analyser le pouvoir dans ses mécanismes positifs ? Il me semble que nous pouvons trouver, dans un certain nombre de textes, les éléments fondamentaux pour une analyse de ce type. Nous pouvons les trouver peut-être chez Bentham, un philosophe anglais de la fin du XVIIIe siècle et du début du XIXe siècle, qui, au fond, a été le grand théoricien du pouvoir bourgeois, et nous pouvons évidemment le trouver aussi chez Marx, essentiellement dans le livre II du Capital. C’est là je pense que nous pourrons trouver quelques éléments dont je me servirai pour l’analyse du pouvoir dans ses mécanismes positifs. » (DE IV, p. 186) Foucault veut dire que Bentham et Marx, même s‘ils le font de manière différente, parlent au fond de la même chose : l’apparition d’une nouvelle configuration de pouvoir, qui coïncide avec l’avènement du capitalisme et de la bourgeoisie, et n’a pas seulement consisté en une mutation institutionnelle ou une prise du pouvoir politique parce qu’elle a reposé, à la base, sur une prise en charge originale des forces mêmes de la vie, qui donnent sa matière propre à l’économie, une économie dont les transformations on impulsé le changement social. On pourrait soutenir que cette façon de voir va dans le sens de la thèse d’une détermination en dernière instance par l’économie, sous réserve d’un élargissement du concept de celle-ci, élargissement au terme duquel ce concept comprend la gestion, ou, pour reprendre le terme ambigu utilisé par Foucault, la « production » de la vie sous toutes ses formes. Dans la suite de sa conférence, en réaffirmant à chaque fois de manière appuyée la référence à Marx, Foucault énumère les quatre aspects qui caractérisent cette mutation historique et sociale du pouvoir : sa déconcentration en une multiplicité de pouvoirs hétérogènes, son désengagement de la forme étatique, son orientation positive et non plus prohibitive et répressive, et enfin sa technicisation progressive qui a procédé par essais et par erreurs, sans être planifiée, donc sans être soumise à des fins conçues et prescrites intentionnellement au départ. Ce dernier point est celui auquel Foucault accorde le plus d’importance ; c’est lui qui est évoqué dans
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le passage de La Volonté de Savoir qui a été cité où il est question « des méthodes de pouvoir susceptibles de majorer les forces, les aptitudes, la vie en général sans pour autant les rendre plus difficiles à assujettir ». Lorsque Foucault donne en référence « le livre II du Capital », il pense manifestement au second tome de l’édition française de l’ouvrage de Marx publiée aux Editions Sociales, qui comprend les sections 4, 5 et 6 du livre I du Capital, le seul qui a paru de son vivant, la rédaction définitive des livres II et III ayant été effectuée après sa mort par Engels. Althusser, dans la préface qu’il avait rédigée pour la publication en 1969 du livre I du Capital dans la collection GF Flammarion, avait préconisé de le lire en commençant directement par la deuxième section, donc en sautant la première, celle dont l’interprétation pose le plus de problèmes, des problèmes qui ne sont susceptibles d’être résolus que lorsqu’on est arrivé à la fin de l’ouvrage et qu’on en a maîtrisé l’argumentation en totalité. Foucault semble aller plus loin encore, en conseillant d’aborder l’ouvrage de Marx par la quatrième section, celle qui est consacrée à « La production de la plus-value (ou survaleur, Mehrwert) relative » : en effet, c’est dans celle-ci qu’il voit apparaître pour la première fois les éléments permettant de déterminer la nouvelle configuration de pouvoir annoncée dès la fin du XVIIIe siècle par un théoricien comme Bentham, qui est celle du « pouvoir bourgeois » dont Marx aurait le mieux contribué à analyser les mécanismes, c’est-à-dire les procédures particulières telles qu’elles relèvent d’une technologie du pouvoir. En polarisant l’attention sur cette partie de l’ouvrage, Foucault trouve du même coup le moyen de prendre distance avec la présentation polémique qu’il avait lui-même donnée dans Les Mots et les Choses, non à proprement parler de la pensée de Marx telle qu’elle est déposée dans ses écrit mais de ce qui en est issu sous la forme d’une vulgate « marxiste », dans laquelle il avait décelé un avatar ou un épiphénomène de l’économie politique sous la forme qui lui avait été donnée par Ricardo, rien de plus. Tout se passe de ce point de vue comme si Foucault proposait d’ajouter un nouveau chapitre à l’entreprise dans laquelle Althusser s’était lui-même engagé en publiant Lire le Capital, où était déjà amorcée une remise en cause de la vulgate marxiste traditionnelle. Qu’est-ce qui a pu intéresser Foucault dans les passages du Capital qui commencent à la section 4 au point qu’il les présente comme les sources d’une étude positive du pouvoir, enracinée dans le développement de l’économie et de ses « forces » ? C’est ce point que nous voudrions élucider en revenant sur le texte de Marx, dont la proposition de Foucault incite à faire une lecture qu’on peut dire « symptomale », car il ne va du tout de soi, à première vue, d’en tirer les principes qu’une analyse du « pouvoir », qui y est au mieux sous-jacente, présente en filigrane. Pour poser crûment la question qui va nous préoccuper, comment, de l’explication du processus de production de la plus-value relative, est-il possible, sans tomber dans la surinterprétation, de tirer les éléments d’une théorie du pouvoir, alors que le problème du pouvoir, s’il n’est pas tout à fait étranger à cette explication, n’y est soulevé qu’à la marge ? Disons tout de suite que cette question, qui met en jeu la relation particulière que le pouvoir entretient avec l’économie du capitalisme, ce qui conduit à mettre entre parenthèses les rapports qu’il peut avoir par ailleurs avec des formes étatiques et politiques, amène à prendre en compte en lui restituant une importance primordiale la notion que Marx a lui-même présentée comme étant sa principale innovation théorique, celle avec laquelle il prétendait rompre radicalement avec l’économie ricardienne : la notion de « force de travail », dans la formulation de laquelle se trouve justement la référence à la « force », référence à laquelle Foucault accorde une telle importance dans sa propre conception de la nouvelle économie du pouvoir ; de cette économie on peut dire qu’elle n’est pas une économie de choses ou une économie de biens, mais une économie de « forces » qui, comme telle, est aussi, indissociablement, une économie de personnes, une économie qui, concrètement, se trouve articulée à des procédures
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la production de marchandises porteuses de valeur. dans les faits. à la journée. considérée dans sa substance qui lui est incorporée en ce sens qu’elle est indissociable et même indiscernable de son existence corporelle : car. dans l’espoir de faire apparaître la pensée de ce dernier sous un jour nouveau. ce que le travailleur aliène en échange d’un salaire. comme c’est le cas dans la plupart des contrats locatifs : cette disposition déséquilibre d’emblée le rapport d’échange. Le régime du salariat et l’exploitation de la force de travail Pour répondre aux questions qui viennent d’être soulevées.fr/LesujetproductifPMacherey01. et en particulier. donc échangeables. la force de travail. et son emploi. si l’on veut comprendre ce que c’est que le travail salarié. donc en parcourant le chemin qui ramène de Foucault vers Marx. c’est-à-dire proprement qu’il la loue. séparée des conditions de son activation telle qu’elle s’effectue dans certaines limites temporelles et à l’intérieur de l’espace propre à l’entreprise. qui détermine la relation du capital au travail.html 4/33 . le capitalisme a élaboré « des méthodes de pouvoir susceptibles de majorer les forces. Précisons que le but d’une telle enquête n’est pas de démontrer que les idées avancées par Foucault se trouvaient déjà inscrites en toutes lettres dans le texte de Marx. soit.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey d’assujettissement des personnes. comme tel héritier de Marx. cette dernière. il faut d’abord revenir sur la théorie du salariat. qui est mesuré dans le temps et dans l’espace. la vie en général sans pour autant les rendre plus difficiles à assujettir ». ce que nous avons appelé sa substance. selon la présentation qu’en donne Marx. ce qui les différenciait des employés) : le régime du salariat. en échange d’un salaire. le prolétaire ne concède en réalité que le droit d’exploiter sa force de travail durant un certain temps et en un certain lieu. est trompeuse. où le travailleur doit se rendre. Dans le contexte propre au capitalisme. dans la mesure où elle représente une pression exercée par le payeur sur le vendeur. est la propriété du prolétaire. formule abrégée qui. c’est le point qui nous préoccupe ici prioritairement. et plus précisément des corps. en mettant en œuvre l’exploitation de la force de travail. repose sur la consommation productive de la force de travail . il deviendrait d’une certaine manière. suppose la dissociation de ces deux aspects. s’il le faisait. l’unité de base de cette mesure étant formellement constitué par la journée de travail telle qu’elle est effectuées dans le cadre de l’entreprise (jusqu’à la fin du XIXe siècle en tout cas. en tant que disposition dont le corps est le porteur durant tout le temps de la vie. donc que la force de travail. le droit d’en user durant un certain temps à l’intérieur de l’espace de son entreprise où elle est « consommée ». et le capitaliste acquiert. de reposer la question du pouvoir en la déplaçant du plan de la politique sur celui de l’économie1. en apportant avec lui sa force de travail. ce qui aurait pour conséquence qu’il perdrait la responsabilité d’entretenir lui-même cette substance qui fait corps avec sa personne. l’esclave de son employeur. avec cette particularité que le règlement du loyer qui lui est versé en échange dans le cadre de cette transaction est différé. le salaire n’étant effectivement versé qu’après usage et non avant. les travailleurs manuels étaient généralement embauchés. prise à la lettre. Pour reprendre les termes utilisés par Foucault. il faut faire soigneusement la distinction entre la force de travail en tant que telle. Il résulte de tout cela que. il arrive assez souvent à Marx d’écrire que le prolétaire vend au capitaliste sa force de travail. et rémunérés. il ne s’appartiendrait plus. Lorsqu’il évoque ce contrat de travail. des aptitudes. constitue la base de l’économie capitaliste. mais d’enrichir la compréhension que nous pouvons avoir de ce texte en l’éclairant à la lumière des hypothèses avancées par Foucault. nous allons donc avoir à nous demander comment.free. En échange du salaire. et distingue radicalement celle-ci des modes de production antérieurs. ce qui reviendrait à forger la fiction d’un Foucault « marxiste » ou « marxisant ». qui. En effet. pour que celle-ci puisse être utilisée dans des conditions 1libertaire. ce n’est pas sa force de travail en tant que telle. Résumons cette théorie à très grands traits.

l’ouvrier. formellement. où se fabrique. les choses sont beaucoup moins claires : ce qu’il a acheté à sa valeur. Autrement dit. il ne suffit pas qu’il « aie » sa force de travail. il y soit obligé parce que. ce qui ne dépend pas de lui. spolié. Toutefois. et.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey appropriées. il reçoit un salaire qui. il faut que la marchandise soit payée à son juste prix. non seulement par la survie individuelle de l’ouvrier. c’est tout simplement parce qu’il ne peut faire autrement : c’est la condition de sa survie. il faut qu’il réponde à des intérêts.fr/LesujetproductifPMacherey01. en comprenant dans ceux-ci ce qui est requis. qui fluctue autour d’une valeur moyenne déterminée par la conjoncture. son corps. le travailleur n’est que formellement « libre » de le faire . sans celui-ci. Pour que le système fonctionne normalement. sa force de travail. il ne pourrait subvenir à ses besoins et à ceux de sa famille . lorsqu’il verse le salaire. pour cela. il est impossible d’en rester là. qui correspond à son entretien durant la période où il en a concédé l’usage : par entretien. aux contraintes du marché du travail . alors qu’elle se présente au départ comme une donnée naturelle simple et unifiée.free. en effet. comme « puissance » ayant ses sources dans la vie et dans le corps. dont le tout premier effet est de lier le détenteur de la force de travail. qui lient concrètement les parties contractantes. s’il apporte sur le marché du travail sa « marchandise ». il faut comprendre tout ce qui permet de régénérer cette force selon ses besoins. doit payer ce qu’il a vendu à sa valeur. La capacité existentielle reste la propriété inaliénable du travailleur qui.html 5/33 . pour que la procédure marche. Mais ce n’est pas tout. qui va employer cette force de travail à son bénéfice. qui. pour survivre. Pour que l’échange ait effectivement lieu. qui fait apparaître que la notion de force de travail. Lorsqu’il perçoit son salaire. dont il aliène l’usage . non à valeur égale. le fait que la force de travail soit dissociée de son usage est conditionné historiquement : il correspond au développement d’un mode de production spécifique. exerçant ainsi une sorte de droit de préemption. il les accepte de son plein gré. il se trouve placé dans la position de demandeur d’emploi. de laquelle découle l’installation d’une relation de pouvoir : en effet. mais pour en tirer un supplément de valeur qui est destiné à constituer son profit. Foucault serait légitimé de parler à ce propos d’une procédure technique. celle de sa descendance. comme tout échange marchand. est beaucoup plus complexe : on peut avancer que l’intervention historique du capitalisme et de son mode de production spécifique a précisément pour effet de la compliquer. l’ouvrier n’est donc pas volé. doit en principe s’effectuer à valeur égale. un profit qui va servir soit à accroître sa production soit à augmenter 1libertaire. comme c’est le cas pour tout échange. lorsqu’il échange l’emploi de sa force de travail contre un salaire. au sens où son corps est à lui. ce qu’il reconnaît implicitement lorsqu’il se plie aux conditions de l’échange dont on peut dire que. qui repose sur l’exploitation de la force de travail rendue possible par cette dissociation. dépose une option. le capitaliste entend en effet l’exploiter. de la mettre en œuvre à son profit durant un certain temps et dans un cadre déterminé. ce qui n’a rien du tout de naturel. en échange d’un salaire. il faut que. Mais pour ce qui concerne l’acheteur. c’est lui-même. Ce que le travailleur apporte sur le marché du travail. une position dont on peut dire qu’elle est soumise dans la mesure où elle répond à une nécessité « économique » qui n’a rien de juridique en dernière instance. selon les règles. L’intérêt du vendeur apparaît en toute clarté : l’ouvrier aliène l’usage de sa force de travail contre salaire parce que. sur laquelle le capitaliste. concède à son patron la possibilité de s’en servir. en principe. dans les faits. en même temps que sa force propre de travail. en exploitant la division qui vient d’être évoquée. mais par celle de sa famille. c’est-à-dire par les variations du rapport entre l’offre et la demande. encore faut-il que celleci puisse être mise en œuvre dans certaines conditions. Ceci est un premier point. Le salariat se présente au départ comme un échange. ce qui le rend inattaquable sur le plan du droit.

à proprement parler. Mais. qui fait d’un échange à valeur égale une opération qui profite à une seule de ses parties contractantes. Dans le cadre de l’échange entre le salarié et celui qui le rétribue. son corps. l’autre. dans sa préface à l’édition anglaise de Travail salarié et Capitalde Marx). « donné ». de quelque côté qu’on se tourne. et. restitué sous forme de salaire. ce qui lui permet de faire prévaloir son intérêt. aliénait son travail. « rendre ». Pour le dire autrement. et. du mécanisme du don. il ne perd rien. Si le vendeur. La condition pour que le régime du salariat produise tous ses effets est donc que le travailleur ait été installé dans la position d’un sujet clivé qui. le salarié. donc ne rien perdre. si ce n’était pas le cas. ce qui suppose que cette force puisse être séparée matériellement de son usage. ce qui n’est possible que parce que cet échange s’effectue dans le cadre d’une relation de pouvoir où l’un. ce dont le capitaliste prend possession contre versement du salaire. et son salaire baisse. « recevoir ».27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey sa fortune .fr/LesujetproductifPMacherey01. occupe la position dominée et l’autre. le travailleur. soit d’économiser pour son compte personnel. le capitaliste. ne gagnerait rien de plus. En échange de quoi. l’acheteur. en 1891. ce qui lui confère le droit de l’exploiter à son idée. On mesure à partir de là la rupture introduite dans la présentation raisonnée du régime du salariat par la substitution de la force de travail au travail. ne gagne rien non plus. dans ce cas. le travailleur. Ce schéma est triangulaire : il articule entre elles trois opérations qui sont « donner ». l’un. Réapparaît donc à ce niveau la division qui a déjà été signalée : celle-ci dissocie dans la force de travail deux aspects. Le donneur. de manière conforme à ses intérêts. le vendeur. dans un tout autre contexte. une anomalie. un échange qui met en relation deux parties sur le mode du donnant-donnant. il y gagne. et si celui-ci lui était payé à valeur égale. ce qui lui permet soit de dépenser en pure perte. si. l’acheteur. dont il loue l’emploi à quelqu’un d’autre. son futur employeur. la position dominante. l’affaire ne l’intéresserait en aucun cas. Supposons que le contrat de travail qui est à la base du salariat rentre sous ce schéma. s’il se révèle que son salaire dépasse de si peu que ce soit ses besoins réels. comme l’économie classique jusqu’à Ricardo le suppose pour tout échange. dont l’un est celui qui est « donné » par le vendeur. lorsque cet acheteur est le capitaliste. l’acheteur prétend. demeurant entièrement maître de sa force de travail. sans que pour autant le droit marchand de l’échange ait été formellement violé. non seulement récupérer sa mise. ou formellement vendu. en échange de ce salaire. entraînant à terme avec lui la baisse de la valeur moyenne du salaire versé à tous les autres travailleurs. il n’est pas absurde d’appliquer à l’échange que sanctionne le contrat de travail. n’est pas exactement la même chose que ce qui est « reçu » par celui qui. Que s’est-il passé ? Pour le comprendre. Il y a donc quelque chose de bizarre.free. dans le cadre de ce même échange. rupture que Marx présente comme étant sa principale innovation théorique (commentée par Engels. et l’autre est celui qui est « reçu » par l’acheteur. en a aliéné seulement l’usage. c’est sur cette dissociation que repose le tour de passe-passe dont il a était question. dans la relation qui se met ainsi en place. pour le superflu. mais l’augmenter. occupe la position d’acquéreur : c’est la condition pour que cet échange à valeur égale produise de l’inégalité. le capitaliste . 1libertaire. le schéma élaboré par Mauss pour rendre compte. lui est « rendue » par l’acheteur. c’est-à-dire qu’il ne peut espérer rien gagner de plus que ce qu’il a engagé au départ . ce qui est ainsi « rendu ».html 6/33 . n’est pas exactement la même chose que ce qui a été apporté. dans le cadre de cet échange. est celui qui propose une marchandise dont il cherche à se dessaisir : c’est le travailleur qui apporte sur le marché sa force de travail. ce qui prouve que l’échange à valeur égale duquel le salariat tire sa légitimité sur le plan du droit cache un tour de passe-passe qui métamorphose l’égalité en inégalité. une valeur égale aux besoins d’entretien de cette force. la rectification s’effectue de manière quasiment automatique. Alors que.

html 7/33 . « rendu » par le salaire . et se dirige vers ce but qu’elle n’a pas encore atteint. sont soumises à une évaluation commune2 . par définition pareille à nulle autre. une fois celui-ci accompli. on peut dire que. en tant qu’elle-même est le produit d’un travail dont la valeur est égale à celle de ces biens. Le travail mort. qui articule entre eux ces deux aspects. profit que se réserve celui qui a acheté ce droit d’emploi à sa valeur. sur un plan qui lui confère une portée proprement dynamique. qui serait son côté statique. et il devient « sujet productif ». c’est-à-dire l’opération ou le processus qui produit. son côté qu’on peut dire dynamique. il est. de « travail mort » et de « travail vivant ». c’est-à-dire la valeur des biens nécessaires à son entretien. et c’est de l’autre côté. une équivoque redoublée par la langue française qui confond dans un même terme deux choses que la langue anglaise et la langue allemande distinguent : d’une part. ce qui est reçu. en tant qu’elles représentent su « travail social ». Le travail vivant. « reçu » au terme de l’échange. c’est-à-dire du travail mort. Mais ce que le capitaliste « reçoit ». n’est pas exactement la même chose que ce qui a été apporté au départ . cristallisé dans son produit où sa trajectoire s’est achevée. et. c’est quelque chose qui représente économiquement du travail mort. « donne ». c’est du travail vivant. La force de travail. en étant porteuse de la capacité de produire au-delà de la valeur de ce qui est nécessaire pour la produire. qui constitue son apport propre à la théorie du salariat. Mais si ce que le vendeur apporte. c’est le travail « fini ». tout simplement parce qu’il ne présenterait pas d’intérêt pour lui. produit. c’est à ce point de vue un produit. de manière métaphorique. c’est sa force de travail. En anticipant sur les notions qui vont être introduites un peu plus loin. Reprenons sur ces bases le modèle triangulaire du don. et c’est ce qui lui est payé. le travailleur subit une mutation quasi miraculeuse : il cesse d’être son corps en personne. mais de ce qui le produit. une force. assujetti. c’est le travail en cours d’effectuation. Ce qui est ici en jeu. c’est-à-dire la valeur nécessaire à l’entretien de la force qui. et d’autre part ce qui est connoté sous les termes Arbeit et labour. une fois produite. Lorsqu’il a forgé le concept de « force de travail ». comme le fait dans la réalité le mode de production capitaliste qui suppose la possibilité de les substituer l’un à l’autre. objectivé. en vue de l’exploiter. Marx a fait rentrer dans cette formule composée ces deux aspects. donc lorsque celui-ci a atteint son but . alors que le produit que représente le travail mort ne présente qu’une dimension statique.fr/LesujetproductifPMacherey01.free. la possibilité de mettre en oeuvre. de cette façon. au moment où il accepte les dispositions stipulées par son contrat d’embauche. donc de récupérer un profit de son usage. ou du moins la possibilité de l’employer durant un certain temps. c’est l’équivoque dont est affectée la notion de travail. c’est la possibilité d’employer la force de travail au-delà de sa valeur réelle. ce qui est connoté par ces deux langues sous les termes Werk et work. d’activer la puissance dont la force de travail est porteuse lorsqu’elle est exploitée au-delà de ce qui est nécessaire à la production des biens servant à 1libertaire. dont l’existence n’est. Ce que le travailleur apporte sur le marché du travail pour l’échanger contre un salaire. au sens du résultat du procès de travail lorsque celui-ci a atteint son but. alors même qu’ils correspondent à des déterminations différentes. qui est celle. On peut dire que c’est cette distinction terminologique que Marx reprend à son compte lorsqu’il parle.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey et l’échange n’aurait pas lieu. à tous les sens du mot. non de ce qu’il produit. avec la dimension de puissance qui la définit et dont le travail vivant est porteur3 . c’est-àdire l’activité de production en tant qu’elle est effectivement en cours. il en va tout autrement : car ce qui est transmis. du travail. c’est-à-dire le résultat du travail. c’est d’un côté. porteur d’une « force de travail » dont les performances. qui permettent à sa force de travail d’exister. permet ainsi de comprendre ce qui se passe réellement lorsque le travail vivant se transforme en du travail mort et réciproquement4. La notion de force de travail.

et. a cessé d’être la personne qu’il est. à l’arrivée. comme le sont la plupart des rapports juridiques. On comprend alors pourquoi le capitaliste est gagnant. Mais. mais c’est ce que Marx appelle assez énigmatiquement une « force productive ». il y a. calibrées. et peut-on dire normalisées en fonction de principes qui en conditionnent l’usage optimal. c’est parce que. qui a à être mis en œuvre dans le cadre d’une activité productive à travers une procédure d’extériorisation.html 8/33 . dans la mesure où ils enveloppent. peut arriver à se réaliser dans les faits. on dira que ce que le travailleur aliène. un rapport qui. exploitable dans des conditions qui ne sont plus celles d’une activité de travail individuelle. et ce que le capitaliste exploite. c’est-à-dire de ce qui s’appellera à la fin du XIXe siècle. elle. mais est du travail. la réciprocité n’est qu’apparente parce que. c’est le « travail social ». c’est-à-dire lorsque l’acheteur. durant la portion de son temps où l’ouvrier. invraisemblable lorsque le principe en est révélé. qui doit être effectué sous des conditions qui échappent à son initiative et à son contrôle . proprement assujetti. et même gagnant gagnant. le travailleur. qui est incorporée à son existence d’individu : et c’est en tant qu’individu. sa force de travail en tant qu’elle est toute constituée puisqu’elle fait corps avec lui . n’est pas de l’ordre du juridique. prend livraison de la marchandise dont il s’est porté acquéreur.fr/LesujetproductifPMacherey01. c’està-dire sa force de travail. il est devenu l’exécutant d’une opération qui dépasse les limites de son existence propre : cette opération. La question est alors de savoir comment un telle chose. c’est-à-dire à son profit : ce n’est plus à proprement parler un produit. puisque seule l’une des parties contractantes sort gagnante. du moins qui n’est plus seulement son travail à lui. et qui est en réalité un marché de dupes. En jouant sur les termes. l’Arbeitskraft du travailleur. celle-ci se présente sous un tout nouveau jour : elle est devenue de la force de travail. ce que « donne » le travailleur. lui. soumise à des normes communes. avons-nous supposé. opération au terme de laquelle celui-ci est requalifié en vue de s’adapter à des règles communes. travaille pour le capitaliste. et même gagnante gagnante. entendons une force définie par l’activité de production qu’elle est conditionnée à mettre en oeuvre. chez Taylor en particulier. qu’il s’offre à passer en son nom propre le contrat de travail par lequel il aliène l’usage de sa force de travail durant un certain temps en échange d’un salaire. mais qui définissent une activité productive en général. suivant sa trajectoire propre. Pour reprendre la terminologie que nous avons précédemment employée. en vue de l’exploiter à son profit.free. les guillemets sont dans le texte de Marx. Qu’est-ce qui amène le travailleur à se plier « librement ». mais en principe seulement. c’est l’usage de sa Arbeitskraft. au cours de l’échange. ces conditions sont celles de sa régulation ou rationalisation. marquée par les caractères spécifiques attachés aux capacités d’initiative de la personne qui effectue le travail. Si l’échange que sanctionne le régime du salariat a lieu. ayant cessé de travailler pour lui-même. c’est le droit de se servir de cette force en tant que force productive dont les capacités sont répertoriées. sans le dire. dont le schéma se trouve déjà tracé chez Marx. et ce que « reçoit » le capitaliste. dans un échange qui est en principe égal. Sans même s’en rendre compte. c’est l’usage de son corps en tant que celui-ci est porteur d’une force qui est la sienne . formatées. une fois entré dans le régime du salariat. 1libertaire. d’un tel échange dont on ne pas dire que réellement il « profite » à l’autre partie qui. précisément. aux conditions de cet étrange contrat à valeur égale en principe.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey son entretien. entendons sa force de travail personnelle. avec son Arbeitskraft individuellement constituée. Au départ de cette trajectoire. au sens où on parle du conditionnement d’un produit. s’engage dans ce rapport parce qu’elle ne peut faire autrement ? On peut expliquer cette anomalie de la manière suivante : dans le cadre de l’échange en question. « organisation du travail ». ce qui en constitue la matière s’est transformé. qui n’est plus à proprement parler. le capitaliste. dans le cours même de l’échange. c’est un Arbeitsvermögen.

donc qu’elle ne soit pas exactement la même chose pour celui qui en est naturellement le porteur et pour celui qui en est devenu l’utilisateur.fr/LesujetproductifPMacherey01.free. C’est précisément ce que font voir les images montrées par Chaplin dans son film Les Temps modernes : celles-ci présentent une analyse particulièrement forte du mode de travail propre au capitalisme industriel. qui correspondent. la « force de travail ». outre de machines sophistiquées (dont le prototype est la machine à vapeur). occupe à la fois la position de payeur et celle de récepteur ou de preneur. sans que celui qui est demandeur dans ce rapport en ait conscience. sont incorporés à son système en tant que porteurs d’une force de travail destinée à être consommée productivement. chaque jour ouvrable (et. sous la forme d’une plus-value ou survaleur (Mehrwert) qui n’est pas payée par le salaire et en conséquence se présente comme un excédent. ce dont résulte la possibilité de tirer de son utilisation un profit dont le capitaliste se réserve le bénéfice. Cette journée de travail est idéalement représentée sous la forme d’un segment susceptible d’être découpé en ses éléments. les travailleurs manuels sont généralement employés « à la journée ». ce qui a pour conséquence que cette transformation n’est pas prise en compte dans le calcul des termes de l’échange. Marx se sert du modèle de la « journée de travail ». à côté d’un appareillage matériel. comme l’explique Foucault après Marx.html 9/33 . Ce qui définit le mode de production capitaliste. l’activité productrice dont 1libertaire. un échange qui s’effectue à valeur égale tout en étant inégal. Ceci incite à élargir l’extension du concept de révolution industrielle. donc à activer sa force de travail sous les conditions qui lui sont imposées par l’entrepreneur. dans ce même rapport. tout en restant maître de sa force de travail s’est dessaisi de son usage. L’excédent engendré par l’exploitation de la force de travail est par définition variable. la totalité du temps pendant lequel. Tel est le « truc » sur lequel repose l’exploitation du travailleur qui. dans la mesure où il est lui-même le résultat d’une variation. Le machinisme est un régime de production complexe qui comprend. du même coup. de la « force productive » indispensable pour faire fonctionner ces machines. c’est que la force de travail y soit traitée comme une réalité à deux faces. Le travail nécessaire est celui qui est accompli en vue de produire une quantité de valeur équivalente à celle requise pour l’entretien de la force de travail en tant qu’Arbeitskraft : c’est cette valeur qui est effectivement payée par le salaire versé à l’ouvrier en échange du droit d’exploiter sa force de travail. dans le cadre de l’accomplissement du procès de travail où est mis en œuvre le Vermögenskraft. quantité de valeur qui. au XIXe siècle. les agents plus ou moins qualifiés ou déqualifiés qui le font marcher et qui. à deux périodes de temps distinctes : celle consacrée à du « travail nécessaire » (notwendige Arbeit) et celle consacrée à du « surtravail » (Mehrarbeit. concomitante au développement du capitalisme : celle-ci a reposé sur l’invention. ce qui assure à leur utilisation un maximum de flexibilité). Le surtravail correspond formellement à l’autre partie de la journée durant laquelle l’ouvrier accomplit des tâches qui ne sont pas rémunérées par son salaire parce qu’elles produisent une quantité de valeur en excédent par rapport à celle nécessaire à l’entretien de sa force de travail. dans lequel machines inanimées et machines humaines sont étroitement intriquées les unes aux autres. conformément à l’intérêt de celui qui. ce qui est la condition pour qu’il produise ses effets. alors même que le résultat de cette exploitation représente une valeur qui n’est pas la même que celle rémunérée par le salaire. en conséquence. surplus labour). comme nous l’avons signalé. selon l’analyse proposée par Marx. l’ouvrier s’est engagé à travailler. comme si son usage ne faisait plus partie de cette force et comme si cette force existait indépendamment du fait d’être employée : il s’agit d’un véritable tour de prestidigitation dont le mécanisme demeure caché. résultat d’une création technique associée. à l’installation de procédures de pouvoir spécifiques.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey ce qui sert de véhicule à l’échange a été transformé. Pour en calculer théoriquement le taux. représente.

d’investir la quantité de valeur représentée par le règlement d’un salaire.free. c’est sur la base de cette répartition formelle. parce qu’il n’a pas eu besoin. à l’insu même du travailleur à qui il est impossible de savoir quand il travaille encore pour lui et quand il ne travaille plus pour lui. Soit donc la représentation de la journée de travail comme une ligne (orientée. Ceci dit. simultanément exploitée sous deux faces. qui se succèdent sur une même ligne. au-delà de cette limite. par exemple. en réalité. emprunter deux voies : allonger le sous-segment de droite. il travaille pour le bénéfice exclusif de son employeur . en tant qu’Arbeitskraft. dont la valeur est mesurée par la quantité de travail nécessaire pour la produire. pour disposer des biens qu’elle produit. le capitaliste peut. au lieu de 24 h. elle dure. si elle ne lui coûte rien puisque la valeur s’en retrouve intégralement dans le produit dont il garde la propriété. travaille pour soi-même. va travailler pendant un temps de durée x+x’. et que. jusqu’à une certaine heure de la journée. si on prend 12 h d’activité laborieuse pour donnée de départ. la première solution consiste à étirer autant que cela est possible la durée de la partie de la journée vitale consacrée à l’accomplissement de tâches productives. mais cette procédure.fr/LesujetproductifPMacherey01. que Marx introduit la distinction capitale entre plus-value ou survaleur absolue (à laquelle est consacrée la troisième section du livre I du Capital) et plus-value ou survaleur relative (à laquelle est consacrée la quatrième section. indépendamment de ce butoir à son grand regret infranchissable imposé 1libertaire. 18h. Il ne faut cependant pas perdre de vue que ce découpage de la journée de travail en deux moments. 14h. dont la valeur est mesurée par la quantité de travail qu’elle est susceptible de produire. il ne l’a pas encore trouvée (peutêtre y parviendrait-il en envoyant ses ouvriers travailler sur une autre planète sans modifier les conditions de salaire . 28 heures. ce qui lui offrirait la possibilité de produire davantage de plus-value absolue. et en tant que Vermögenskraft. représentés par des sous-segments. c’est-à-dire la partie du texte qui a particulièrement intéressé Foucault pour des raison qui demeurent à préciser). que son temps se compose dans une proportion déterminée de travail nécessaire et de surtravail entre lesquels la frontière n’est pas nettement discernable . D’autre part. en repoussant l’heure où finit le travail : l’ouvrier. 16h. etc…. ne lui rapporte rien. pourquoi pas ?. celui qui l’intéresse parce qu’il lui rapporte. en accomplissant du travail nécessaire. à chaque moment où l’ouvrier active sa force de travail. mais cela risquerait de lui coûter très cher en moyens de transport. au lieu de travailler un temps total de durée x. dont la première (a).html 10/33 . c’est de la première à la dernière heure. Concrètement. selon l’explication proposée par Marx. n’a de signification qu’en théorie : c’est seulement en vue de calculer formellement le taux d’exploitation de la force de travail qu’il est supposé que. Pour parvenir à modifier en sa faveur le rapport entre ces deux éléments a et b. de manière à grignoter sur la longueur du premier segment (il produit alors de la plus-value ou de la survaleur relative). … Cette augmentation tendancielle rencontre cependant une limite naturelle qui est que la journée astronomique a une durée fixe de 24 heures : si le capitaliste pouvait prolonger cette durée au-delà. soit en le prolongeant vers l’avant (il produit alors de la plus-value ou de la survaleur absolue). l’ouvrier. il n’hésiterait pas une seconde à le faire . ce qui rendrait l’opération peu rentable). ceci est rendu possible par le fait que sa force de travail est. 26 heures. pour la commodité de sa démonstration. donc trouver la procédure technique permettant que. soit en le tirant vers l’arrière. Mehrwert. puis de x+x’+x’’.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey l’exploitation dégage un supplément de valeur. puisqu’elle représente un écoulement temporel parcouru dans un certain sens) divisée en deux parties qui sont censées se succéder : L’intérêt du capitaliste est de modifier en sa faveur la proportion entre les deux quantités de temps ainsi représentées. alors que seule la seconde représente pour lui un profit.

donc à augmenter sans cesse un peu plus la durée du temps de travail. et que les entrepreneurs capitalistes n’ont pas renoncé à tirer de l’exploitation de la force de travail un maximum de plus-value ou de survaleur absolue. et dans ce cas disposer d’un peu de temps à consacrer aux enfants. dont Engels s’était déjà servi pour écrire. il faut quand même qu’il concède une période de relâche. et non réunis en groupe. consacrée non au loisir improductif mais au repos réparateur. avec l’espoir maintenu en permanence de revenir sur elles chaque fois que l’occasion s’en présente. qu’il entend mener à sa guise ! Et. destiné à le régénérer. si il ne le faisait pas ses capacités seraient vites épuisées (comme l’agriculture intensive peut. etc. et que son pouvoir se dissiperait complètement si n’était pas accordé le temps.. comprennent qu’il est de leur intérêt de faire front collectivement pour avancer leurs revendications. se nourrir.free. car il entend. une résistance : à un certain moment. au point de vue de l’entrepreneur est insupportable. son livre sur « La situation de la classe laborieuse en Angleterre (d’après les observations de l’auteur et des sources authentiques) ». prétendent n’avoir en tête que d’appliquer la législation en vigueur. une fois engagée. épuiser le rendement d’un sol). officialisées. il est indispensable qu’il ait affaire à des travailleurs qui se présentent face à lui un à un. éventuellement procréer. la formule imagée qui énonce que l’ouvrier se tue à la tâche n’ayant plus alors valeur métaphorique . L’autre limite que rencontre la tendance à accroître la production de survaleur ou plus-value absolue est que l’insatiabilité de l’employeur qui le pousse à aller toujours plus loin dans ce sens. et concrètement d’allonger la durée du travail (à salaire égal bien entendu). pour que son entreprise d’extorsion de plusvalue produise un maximum de rendement. les revendications des travailleurs. en particulier de limiter la durée du travail des enfants. en tant que propriétaire de son entreprise. ce qui. en 1845.html 11/33 . car. ce qui accroît leur capacité de résistance. qui est l’un des textes fondateurs de ce qui s’est appelé plus tard « sociologie du travail ». à distribuer des contraventions. se mettent à visiter les ateliers. Les polémiques actuelles autour de la question des 35 heures démontrent que ce chapitre des luttes ouvrières n’est toujours pas refermé. présente en outre l’inconvénient. et qui prennent conscience que trop c’est trop. fût-ce un minimum. les ouvriers à qui on en demande toujours davantage.. se propage au travail des adolescents. en déplorant les concessions que le rapports de forces les a obligés à consentir. à répertorier des dommages. la tendance à accroître la production de plus-value absolue rencontre deux limites : d’une part. Le long chapitre 8 de la troisième section du livre I du Capital sur « La journée de travail » (chapitre 10 de l’édition française réalisée sous le contrôle de Marx par Joseph Roy) exploite en rapport à ce thème une abondante (et terrifiante) documentation. comme des travailleurs individuels. lorsqu’elle revêt une forme collective. qui ne sont pas tous acquis au point de vue de l’entrepreneur. de très mauvais gré. ce que redoute particulièrement le capitaliste. puis des adultes .27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey par les conditions naturelles.fr/LesujetproductifPMacherey01. le capitaliste. une procédure qui. 1libertaire. s’il veut pleinement profiter de la force de travail de l’ouvrier au moins pendant une période correspondant au temps pour lequel il lui a versé un salaire. rester maître absolu chez lui et ne veut pas entendre parler d’un contrôle extérieur sur ses activités. des inspecteurs. et alors surgit l’idée de réglementer par la loi le temps de travail. Cette résistance. qui use de la force de travail. et plus généralement aux gestes d’entretien et de renouvellement de cette force de travail. génère. etc. ce qui le dérange et l’exaspère particulièrement. de non-travail. dont il exploite les divisions. de devenir publique : or le capitaliste a horreur de la publicité ! Il ne veut surtout pas qu’on vienne mettre le nez dans ses affaires. dont les ouvriers prennent l’initiative. sont inévitablement relayées par des organes ou des appareils publics. doit tenir compte du fait que celle-ci s’use. à ce sujet. quelle étroitesse d’esprit de leur part ! quelle candeur !. au-delà de certaines limites. car. lorsqu’elles ont atteint un certain niveau de publicité. et qui. par sa démesure même. à faire des rapports.

la production de plus-value ou de survaleur absolue ayant été provisoirement stabilisée. c’est-à-dire ce qui représente son principe vital. ce qui est le but final de la production artisanale et industrielle. ce qui est un changement d’état de ce corps. il n’y a pas d’autre moyen que de faire baisser le coût général des marchandises. payée moins cher. Labica (PUF 1982). elle exprime le procès tendanciel et continu à travers lequel ce qui. sans que cette diminution s’accompagne d’une diminution de la quantité de valeur engendrée par l’activité productive en tant que mise en œuvre de la Vermögenskraft. entraînera une diminution de la valeur engagée dans l’entretien de l’Arbeitskraft. Non seulement cette quantité de valeur ne diminuera pas. dans le sens de la production de survaleur ou de plus-value absolue. non d’ailleurs sans un certain flottement sur le plan de la terminologie. rien de plus : et. au sens aristotélicien (Métaphysique delta. a pour condition que soit diminuée la valeur de la force de travail proprement dite. par l’article « force(s) productive(s) » rédigé par J. Autrement dit. Par forces productives.html 12/33 . lorsque l’art du médecin parvient à transformer un corps malade en un corps sain. c’est-à-dire de l’Arbeitskraft rémunérée par le salaire qui paie le travail nécessaire. si les conditions sont pour cela réunies. Lorsque le texte de Marx exploite cette même notion au singulier. Comment s’y prend-il pour y arriver ? Comme il s’y connaît en calcul de coûts. il va lui devenir possible de tirer une quantité de valeur plus grande. dont la portée est cruciale à cet égard. non des êtres existants. P. une capacité dont la force est porteuse en tant que sa réalité est « dynamique » au sens propre du terme. mais elle augmentera : il faudra pour cela que la même durée de temps de travail. mais. pour accroître son profit. à se réaliser « en acte » : par exemple.free. cette diminution et cette augmentation étant strictement corrélatives l’une à l’autre. La dunamis. c’est « le principe du mouvement ou du changement quelconque dans un autre être en tant qu’il est autre » . le capitaliste va faire fond sur la productivité de la force de travail en tant que « force productive » dont. ce qui est sa spécialité. il faut revenir sur la notion de « force productive ». au pluriel. ce qui. pour cela. c’est-à-dire représente une « puissance ». donc d’augmenter la longueur du sous-segment b du schéma d’ensemble de la journée de travail en l’étirant. qui a pour but de réduire au minimum la part de temps consacrée au travail nécessaire. automatiquement. dans le Dictionnaire critique du marxisme réalisé sous la responsabilité de G. un Vermögen. De précieux éléments d’explication sont apportés sur ce sujet. Dans cette perspective. Lefebvre. des instruments techniques ou des corps vivants. son moteur. 12). mais vers la gauche. La force de travail comme force productive Que faut-il entendre par « productivité » de la force de travail ? Pour le savoir. la force est censée représenter la cause à laquelle est imputé un changement : avant que ce changement se soit produit ou ait été 1libertaire. il faut entendre l’ensemble des éléments physiques et organiques qui interviennent dans le déroulement du procès de travail : c’est-à-dire à la fois les moyens naturels et artificiels servant à la production et les dispositions corporelles que les travailleurs activent en vue d’employer ces moyens à la fabrication de biens matériels. le capitaliste garde celle de se tourner de l’autre côté. il le fait en exerçant la « vertu » qui lui est attachée spécifiquement et qui rend cet art dont le médecin dispose agissant. existant d’abord « en puissance ». dans un même laps de temps. C’est cette notion de productivité qui permet de rendre compte du mode de production capitaliste en allant jusqu’à son cœur même. ce qui est tout autre chose. il lui fait signifier. Produktivkraft.fr/LesujetproductifPMacherey01. bloquée. crée davantage de valeur. que ceux-ci soient des matières naturelles.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey Lorsque la possibilité d’accroître la production de plus-value ou de survaleur absolue est. dans celui de la production de survaleur ou de plus-value relative. en dépit de ses tentatives. est destiné. il réalise que cette opération. Produktivkräfte. non vers la droite. au titre de plus-value ou survaleur relative.

html 13/33 . feuille de paie et organigramme d’organisation des tâches en mains. ça marche on ne peut plus matériellement. sous une forme non pas théorique mais pratique . de « puissance » et de « cause ». c’est-à-dire lorsque de la cause ont été dégagés tous ses effets . pour autant que ce qu’elle « est déjà ». il entend façonner à son gré. en passant. de laquelle il tire sa capacité d’agir. et il faut la maintenir dans le rôle de concept abstrait ou de construction intellectuelle qui a une valeur démonstrative. qui ne serait pas agissante. On pourrait. Comme nous l’avons vu. ces créations de l’esprit. comme le fait Newton. exploite la notion de « force ». en tant qu’Arbeitskraft. elle se ramène à un mécanisme qui permet de faire du profit. donc sans que celle-ci ait « encore » eu lieu. au mieux. A ce point de vue. ne fait en rien avancer la connaissance. c’est pourquoi la mécanique renonce à évaluer les forces pour elles-mêmes. elle existe au titre d’une virtualité qui ne se réalise que lorsque le changement est devenu effectif. En conséquence. en faisant franchir les murs de son entreprise à des notions comme celles de « force ». c’est parce qu’il est doté d’une vertu dormitive qui constitue sa puissance ou sa force propre. ce qui n’est tout 1libertaire. ce qui a pour conséquence de les faire passer dans la réalité. la précéderait. ce qui lui épargne l’obligation de se confronter aux données de l’expérience. elle ne « l’est pas encore ». non pendant ses heures de loisir à titre de dérivatif ou de gymnastique intellectuelle. en créant artificiellement les conditions qui permettent qu’une force puisse être considérée indépendamment de son action. le prodige opéré par le régime du salariat consiste à séparer la force de son action. en conséquence. qu’il a acquis le droit d’utiliser en échange d’un salaire. représenté par leurs effets réels. de concrétiser ces fictions. comme si une force qui n’agirait pas. et se contente de calculer leur « travail ». et de ce fait marquée par une ineffaçable ambiguïté. en se réservant le droit de l’utiliser pour ce qu’elle « n’est pas encore ». si l’opium fait dormir. lorsque la mécanique rationnelle. tirer de là une nouvelle et décapante définition de la métaphysique : dans ce contexte un peu particulier. en tant qu’Arbeitsvermögen. lorsqu’il tourne son intérêt vers la force de travail de ses ouvriers. mais tout le temps de la journée ouvrable consacrée à la production.fr/LesujetproductifPMacherey01. la métaphysique.free. Le capitaliste tire le meilleur parti de cette ambiguïté : il paie avec le salaire la force de travail pour ce qu’elle « est déjà ». et énonce. mais certainement pas une valeur explicative au sens d’une explication causale : énoncer que les forces sont les causes du mouvement qu’elles engendrent. intermédiaire entre être et non-être. d’un point de vue physique. est. ce qui. on pourrait dire que le capitaliste. sinon en suscitant de toutes pièces la fiction d’une « vertu » qui disposerait d’une existence indépendante de son actualisation et. qu’une description approximative : dire que. il faut se garder d’attribuer à cette notion une réalité physique. la référence à la puissance assigne à cette virtualité une quasi existence. que. deux formules dans lesquelles le verbe « être » a deux valeurs différentes qu’il confond sous un même terme. pour le mettre en œuvre. fait lui-même de la métaphysique. l’interprétation causaliste de la force et de son action est entachée de présupposés métaphysiques. c’est tout simplement ne rien dire du tout . à condition qu’on sache la prendre par le bon bout. serait encore une force. dont il se sert alors avec une efficacité redoutable : mieux que ne le ferait un philosophe avec des démonstrations abstraites. ce qui rend parfaitement vaine sa prétention à rendre compte objectivement des phénomènes réels dont elle ne propose. en ce sens qu’elle « serait déjà » avant même que celle-ci ne se soit produite. Pour un philosophe positif comme Auguste Comte. que. dans la perspective de la production d’une plus-value ou survaleur relative. et cette sorte particulière de métaphysique. qui est une branche des mathématiques. davantage encore qu’un mystère. il la fait. une absurdité.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey produit. il démontre ainsi. en traitant celle-ci comme une « force productive » dont il envisage d’améliorer la productivité. des lois de l’action des forces. comme il ferait des mots croisés. en la faisant entrer à l’usine.

où ils attiraient l’attention sur le fait que ce n’est pas du tout la même chose de traiter la force de travail en tant que force productrice et en tant que force productive.fr/LesujetproductifPMacherey01. qui fait de la métaphysique sans le savoir. elle ne lui rapporterait aucun profit. c’est-à-dire qu’il met en œuvre une force de travail traitée comme une « force productive ». une telle chose ne peut intéresser le capitaliste parce que. qui permet de faire passer en pratique des concepts abstraits dans la réalité. au sens d’une capacité à mettre en acte qui. Le capitalisme. d’une telle démarche ne se dégagerait aucune « croissance » au sens où il l’entend. c’est le travail en tant qu’il est. en tant qu’elle est. au sens fort du terme. Mais. Le travail vivant. le « truc ». le procédé. c’est-à-dire au sens de l’augmentation de la valeur du capital. parce qu’il prend la force de travail comme une force productive. que maîtrise parfaitement une praticienne de la métaphysique du calibre d’une Mme Parisot. cela le placerait formellement dans l’obligation de restituer au travailleur une quantité de valeur égale à celle que produit effectivement son travail : et alors serait vérifiée la thèse de l’économie ricardienne selon laquelle le travail de l’ouvrier est payé à sa valeur réelle.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey de même pas rien. qui produit de la valeur dans des conditions sur lesquelles il est possible d’intervenir en jouant sur les possibilités de transformation dont la vie. a trouvé le moyen. mais productive. non comme une force en acte. non pas productrice. en raison de sa plasticité. Dans une telle perspective. comme telle porteuse de virtualités sur lesquelles peuvent être exercés une pression et un contrôle allant dans le sens de leur intensification. c’est-à-dire de ce qu’elle produit réellement en termes de valeur. telle qu’elle « n’est pas encore ». mais elle devient « normative ». de son adaptibilité.free. entre autres innovations qui ont changé le cours de l’histoire. non seulement est mesurable sur le papier. ce qui est la marque propre de son « génie ». 1972). qu’elle appréhende. La notion de « travail vivant » accède alors à une nouvelle dimension. car il a tout à y gagner : il rejette avec la dernière énergie les règles que la législation prétend lui imposer. Repères-Mame. non telle qu’elle est. non seulement producteur. si on en améliore les potentialités. ce qui rend sa « spéculation » particulièrement efficace. la norme présente une dimension non seulement constative mais performative : elle ne sert pas seulement à repérer un état moyen qu’elle recense comme « normal ». ce qui ouvre la possibilité de la traiter.html 14/33 . sous prétexte que ces règles rigidifient une 1libertaire. C’est ce thème qui avait été abordé par Didier Deleule et François Guéry dans leur petit ouvrage sur Le corps productif (éd. en le soumettant à des normes. et non comme une force productrice. de « son » capital dont il partage la propriété avec ses actionnaires. même si cette opération créait de la valeur. bien évidemment. mais telle qu’elle peut devenir. ou du moins l’obligerait à partager avec les travailleurs qu’il emploie le surplus de valeur engendré par l’activation de leur force de travail : s’il s’en tenait à l’exploitation de la force de travail de ses ouvriers mesurée en fonction de ses résultats. C’est pourquoi la force de travail qu’il emploie l’intéresse. ou plutôt de la requalifier ? C’est la « vertu » ou « puissance » susceptible de lui être attribuée lorsqu’on se met à la considérer et à la traiter matériellement comme une « force productive ». Cela veut dire que le capitalisme. c’est-à-dire qu’elle exerce une action transformatrice sur la réalité à laquelle elle s’applique. mais productif. modifiée dans la perspective de son augmentation : tel est en effet l’objectif que poursuit la rationalisation du travail qui. mais comme une force en puissance. et en faisant bouger ces normes. mais peut être modulée. est créditée. les seuls à qui il ait à rendre des comptes au sujet de la façon dont il le gère. Si le capitaliste payait avec le salaire la force de travail en tant que force productrice. en intensifie la « productivité ». telle qu’elle « est déjà ». Qu’est-ce en effet que cette fameuse productivité attribuée à la force de travail en vue de la qualifier. Le thème actuellement très en vogue de la « flexibilité » se trouve au cœur de cette problématique. s’autorise à la traiter avec un maximum de souplesse.

dénonce tout aussi fortement le moindre contrôle social conscient et la moindre régulation du procès social comme une atteinte aux inviolables droits de la propriété. la division sociale du travail met face à face des producteurs de marchandises indépendants. non seulement en en traçant le parallélogramme. malaxé par leurs courroies de transmission. ce qui est une manière de faire comprendre que sa « force » ne lui appartient plus dans la mesure même où elle a été séparée de lui. y compris les forces de travail de ses ouvriers.fr/LesujetproductifPMacherey01. fonction qu’il doit remplir selon des normes qui lui sont. comme vivante. c’est la loi d’airain du nombre proportionnel ou de la proportionnalité qui subsume des masses déterminées de travailleurs sous des fonctions déterminées. donc avant même qu’ait été développé le système du machinisme industriel. qui rend sa force de travail « productive » dans le sens qui convient au capitaliste. ce connaisseur en métaphysique d’une autre classe que Mme Parisot qu’est Charles Spencer Chaplin a donné une visualisation saisissante dans les séquences de son film Les Temps Modernes où l’on voit son héros.free. qui se trouve à la fin du chapitre 12.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey réalité qu’il considère. de la contrainte que la pression de leurs intérêts réciproques exerce sur eux. etc. Ce passage. a pour effet de créer une nouvelle rigidité. telle qu’elle s’effectue déjà sous le contrôle du capitaliste manufacturier. traverser des cerceaux enflammés. ce qui est sa façon à lui de composer les forces qu’il exploite. au sens fort du terme « fixées ». au point de ne plus savoir ni pouvoir rien faire d’autre quand il est sorti de l’usine. De ces exercices de haute voltige dont la production capitaliste a fait sa spécialité. ne trouvent rien à dire de pire contre toute idée 1libertaire. de la liberté et du « génie » autodispensé des capitalistes individuels. et qu’il est dans l’obligation de respecter. Bien sûr. C’est par ce moyen que la souplesse recrée de la rigidité : le capitaliste ne se contente pas d’être métaphysicien . c’est le hasard et l’arbitraire qui mènent leur jeu bariolé dans la répartition des producteurs de marchandises et de leurs moyens de production entre les différentes branches sociales du travail… La division manufacturière du travail suppose l’autorité inconditionnelle du capital sur des hommes qui ne sont que de simples membres du mécanisme global qui lui est soumis . sur le modèle d’un animal sauvage qu’il s’emploie à dompter. un maximum de profit. met en évidence le contraste entre la forme que prend la division du travail à l’intérieur de l’entreprise. qui célèbre la division manufacturière du travail.. mais en les forçant à rentrer dans le schéma qu’il a établi en fonction de ses intérêts. Un passage du texte de Marx illustre ce point de manière frappante. et en conséquence malléable. Charlot. qui ne reconnaissent d’autre autorité que celle de la concurrence. « Division du travail et manufacture » (chap. comme le fait le mathématicien. tourner de plus en plus vite dans un cylindre en mouvement. il est dialecticien. de manière à lui faire exécuter des tours surprenants dont on ne l’imaginerait pas à première vue capable. il se fond en eux jusqu’à s’y identifier totalement : il devient visseur accéléré de boulons5. entraîné dans les mécanismes de la production industrielle avec lesquels il finit par faire si souplement corps que. de la même manière que dans le monde animal la « guerre de tous contre tous » maintient plus ou moins en vie les conditions d’existence de toutes les espèces. cet aménagement de ses capacités.. au lieu de quoi. qui le rive étroitement à la fonction qui lui est assignée. 14 de l’édition Roy).html 15/33 . l’annexion à vie du travailleur à une opération de détail et la soumission inconditionnelle du travailleur partiel au capital comme une organisation du travail qui augmente sa force productive. en particulier en leur faisant produire de la plus-value relative. qui consistent à tirer des moyens de production dont il dispose. dans la société. et celle qu’elle prend dans le cadre plus large de la société : « Dans la manufacture. lui. il réconcilie les contraires. C’est pourquoi la même conscience bourgeoise. etc. Il est tout à fait caractéristique que les mêmes personnes qui font l’apologie enthousiaste du système des fabriques.

d’où découle le droit illimité d’asservir autrui. il traîne derrière lui comme un fardeau.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey d’organisation générale du travail social que celle-ci transformerait la société tout entière en une vaste fabrique.fr/LesujetproductifPMacherey01. tout cela. du non-interventionnisme. lui. propre à l’époque de la révolution industrielle. de la dérégulation. le régime des fabriques qui a coïncidé avec le déchaînement du capitalisme sauvage. Marx épingle le paradoxe du discours libéral. c’est pour mieux fonder une théorie de l’autorité. Ce système de pouvoir. à ses frais et sous sa responsabilité. près de deux siècles après que se soit mis en place. C’est donc bien sur le plan où se déroule concrètement le procès de travail que se met en place. même dans les cas où il ne dispose pas des moyens matériels suffisants pour l’assumer . l’apôtre de la liberté. alors dépossédé de toute initiative quant à la manière dont sa force de travail est employée. c’est ma liberté à moi. la Kraft. dont la substance. à tous les sens du terme exploitée.free. dans le cadre du système dont il est devenu un rouage. le plus souvent. une « loi d’airain ». Et. c’est-à-dire en fait dirigé. le travailleur s’est comme scindé en deux et devient un sujet divisé. et trouver les procédures concrètes qui permettent de mettre cette idée en oeuvre. que. La nécessité dans la liberté : c’est la grande invention du capitalisme. La liberté. a été assouplie. Il est porteur et détenteur d’une force de travail partagée entre une Arbeitskraft qui lui appartient et dont il a le soin exclusif et un Arbeitsvermögen remodelable à volonté. dont l’autorité consiste en la réalisation d’un ordre extérieur. Une fois qu’il a aliéné l’usage de sa force de travail en échange d’un salaire. qui dissout l’opposition de la nécessité et de la liberté. à travers les formes mêmes sous lesquelles le travail est organisé. de productivité imposée au travailleur individuel. condition de la production d’une plus-value ou survaleur sous ses deux formes absolue et relative. la reproduire (en faisant des enfants). et il est devenu un sujet productif. pour une autre part. afin d’en faire un outil d’asservissement des classes laborieuses auxquelles il ne demande pas leur avis. il s’est transformé en un être dont la puissance ne relève plus seulement des exigences conformes à ses conditions propres d’existence parce que son usage. flexibilisée. un système de pouvoir et d’assujettissement qui concilie miraculeusement les valeurs opposées de la nécessité et de la liberté. surdéterminé. il reste la personne qu’il est. et revêt en conséquence le caractère d’une 1libertaire. le discours du patronat n’a pas bougé d’un pouce : la liberté. sa mise en œuvre. et au type de société que celle-ci met en place. de façon à ce qu’elle puisse être plus étroitement annexée au type de tâche qui lui a été assigné. la loger. qui prend la forme de « l’annexion à vie du travailleur à une opération de détail et de la soumission inconditionnelle du travailleur partiel au capital comme une organisation du travail qui augmente sa force productive ». la soigner. ni a fortiori leur consentement. qui est. qui donne sa trame à l’idéologie bourgeoise : si celui-ci fait l’apologie du laisser faire. ce mot qu’il a sans cesse à la bouche. Car. de fait. ont été placés sous la dépendance de règles qui les transcendent. Pour une part. souvent. et graduellement améliorable. attachée à son existence corporelle dont il conserve jusqu’à la mort la propriété inviolable. Dans cette page. non seulement productrice. une société de normes : celle-ci suppose une complète redéfinition de la notion même de pouvoir.html 16/33 . il fallait y penser. pour que le miracle dialectique se produise. »6. Aujourd’hui. il faut que la relation qu’elle met en jeu ait cessé de prendre la forme d’un pouvoir surplombant. c’est pour lui exclusivement que le capitaliste la revendique. durant la première moitié du XIXe siècle. selon la terminologie utilisée par Foucault. au niveau de productivité auquel elle doit se conformer. est d’un type particulier. car il lui faut la nourrir. pour les plier aux normes de productivité dont il a fait. C’est donc bien une relation de pouvoir qui sous-tend le traitement de la force de travail comme une force. mais dotée d’une dose graduée. pour que la chose marche.

fr/LesujetproductifPMacherey01. et présente la caractère paradoxal d’une nature qui ne serait pas « naturelle ». il faut que son intervention.free. au lieu de se présenter comme un ordre tombé du ciel. mais relevant d’une secondarité absolue. indéfiniment flexible et manipulable. relève d’une seconde nature. aménageable. c’est-àdire en tant que principes générateurs de pratiques et de représentations qui peuvent être objectivement adaptées à leur but sans supposer la visée 1libertaire. donc une nature. fabriquée de toutes pièces. et les limites déterminées à l’intérieur desquelles ces fins prennent place. non vers le haut. d’où ressort un ordre dont la persistance s’affirme sous le principe de la transformation. qui tire sa substance même de son instabilité. alors même qu’elle n’est plus « la » nature ou « de la » nature ? C’est le fait qu’elle oriente les comportements humains sans jamais apparaître à la conscience comme le principe qui les dirige. C’est en gros ce que Bourdieu a essayé d’analyser sous le concept d’habitus. ce qui la dispose à devenir elle-même « productive ». tout le sens de cette formule se trouvant concentré dans le « pas encore » (noch nicht). et Foucault sous celui de discipline. Il s’agit donc d’une « condition » instable. non pas donnée telle quelle. c’est vivre une condition forcée en lui reconnaissant les allures de l’évidence. prêt à tout moment à basculer d’un côté ou de l’autre. et c’est ce qui définit l’entreprise de normalisation en laquelle consiste l’organisation du travail qui en améliore la productivité de manière à accroître la production de plus-value relative. au cours d’un processus à tous les sens du mot sans fin. d’ordre et de désordre. sur laquelle elle cherche à exercer son emprise. ou prétendue telle. c’est parce que tout dans sa « nature ». à la posséder dans son être même. la « force de travail » comme « force productive ». on range un plan de réalité foncièrement équivoque. les fins auxquelles elle répond. ce qui est la condition principale de son efficacité : elle agit sous les espèces. Appartenir à la seconde nature. engendrée.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey contrainte formelle. la permanence dans la forme de la nouveauté. en vue d’être conformée à des objectifs de croissance : issue d’un changement. du « pas encore fixé ». transformable. En arrière de la thématique de la seconde nature. qui est une nature sans en être une. mais produite. c’est-à-dire non pas à proprement parler dérivé. elle présente le caractère d’une véritable recréation. en s’enfonçant toujours un peu plus dans les profondeurs de l’inaccompli. ambigu. qui surmonte l’alternative de l’ordre pur et du pur désordre : elle représente ce mixte incertain. qui signale la foncière précarité d’une forme d’existence à la recherche de son accomplissement vers lequel elle ne cesse de tendre précisément dans la mesure où elle n’y parvient jamais. est potentiellement « second ». Sous cette appellation de seconde nature. qui correspond au passage à une seconde nature. qui ne se réfère à aucune base ou fondement. poursuivant une opération qui fouille. La grande métaphysicienne pratique qu’est Mme Parisot pourrait reprendre à son compte la parole de Nietzsche selon laquelle « « l’homme est l’animal dont le type n’est pas encore fixé » (das noch nicht festgestellte Tier) ». adhère au plus près à la réalité vivante. de la spontanéité. et qu’elle réussisse à la pénétrer intimement. structures structurées disposées à fonctionner comme structures structurantes. où l’idée de « productivité » accède à la plénitude de son sens7. Tout au contraire. en l’absence d’une base ou fondement et d’une fin qui l’assureraient en elle-même dans l’absolu : elle représente le même sous la figure de l’autre. si l’humain. dont l’action est avant tout répressive et négative. On peut dire que. elle s’ouvre à des possibilités permanentes de changement. et avec lui la force humaine de travail dont la mise en œuvre constitue le travail vivant. se trouve donc une procédure de désappropriation. Lorsqu’il avance le concept d’habitus (qu’il définit comme « système de dispositions durables et transposables. Qu’est-ce qui autorise la seconde nature à se présenter encore comme « une » nature. mais vers le bas.html 17/33 . A ce point de vue. c’est-à-dire en fait les apparences. donc en ayant d’entrée de jeu renoncé à s’interroger sur ses raisons d’être.

le commandement surmonte l’alternative de la violence et du consensus. 1980. le mécanisme disciplinaire s’impose sous les apparences du naturel : il ne va pas de soi de le considérer à distance et de le ramener à son principe moteur. comme Foucault l’explique dans son étude sur « Le sujet et le pouvoir » (1982). se reconduirait. du « mécanisme par lequel nous arrivons à contrôler… ». à la limite il contraint ou empêche absolument . Foucault refuse de concevoir la discipline comme un ordre ou une incitation descendus de l’âme dans le corps : car c’est sur le seul plan du corps et des puissances qui lui sont reconnues qu’elle se met en place de façon tâtonnante. C’est le sens de la définition de la discipline proposée dans la conférence sur « Les mailles du pouvoir » : « La discipline est. Lorsqu’il fonctionne dans de telles conditions. sur le plan de leur fonctionnement. et qu’on suit de façon machinale. selon les voies propres à une discipline ou à un habitus. 88-89).27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey consciente de fins et la maîtrise expresse des opérations nécessaires pour les atteindre ». t. multiplier ses capacités. et non de la première nature. il facilite ou rend plus difficile. en s’appuyant sur des stratégies de formation qui. comment contrôler sa conduite. du Seuil. Bourdieu récuse la tentation de le placer sous l’horizon des doctrines de la « servitude volontaire ». IV. 191) Lorsque Foucault parle. p. sur le plan de notre actualité à laquelle il est strictement adapté comme peut l’être une technologie qui vise à l’efficacité. comment intensifier sa performance. susceptible d’être appréhendée en conscience. comment le mettre à la place où il sera le plus utile : voilà ce qu’est. à ceci près que ce « naturel » relève de la seconde. par un tour de force.free. Il est un ensemble d’actions sur des actions possibles : il opère sur le champ de possibilité où vient s’inscrire le comportement de sujets agissants : il incite. sans lui reconnaître une réalité antérieure. ce que Marx. éd. Il n’est pas en lui-même une violence qui saurait parfois se cacher. et non du « mécanisme par lequel on arrive à contrôler… ». préalable à son imposition. être soumis à l’ordre ou au désordre d’une seconde nature. comme il le fait ici. n’obéissent à aucune finalité définie. Justement. éd. » (DE. ce qui revient à dissocier ces positions. le mécanisme de pouvoir par lequel nous arrivons à contrôler dans le corps social jusqu’aux éléments les plus ténus. où il écrit : « L’exercice du pouvoir peut bien susciter autant d’acceptation qu’on voudra : il peut accumuler les morts et s’abriter derrière toutes les menaces qu’on peut imaginer. mais il est bien toujours une 1libertaire. à mon sens. implicitement. tout naturellement dirait-on. il rend plus ou moins probable . Il s’agit donc d’une forme d’assujettissement qui engendre le sujet auquel elle s’applique en le recréant de part en part ab initio. au fond. ou un consentement qui. il élargit ou il limite. est cependant parvenu à faire. son comportement. ses aptitudes. et donc coïncider avec notre époque historique. Comment surveiller quelqu’un. la discipline.fr/LesujetproductifPMacherey01.html 18/33 . il détourne. il induit. qui ont le tort à ses yeux de réinjecter une certaine dose de prise de conscience dans le fait de suivre ou de se prêter à un type de comportement acquis sans même qu’on ait à s’en rendre compte. p. au sens d’un présent qui ne peut être que le nôtre. cela fait l’économie du rituel de l’acceptation raisonnée et délibérée : mais c’est être plié sans discussion possible à la règle du « c’est comme ça » qui écarte toute perspective de réflexion et de prise de distance génératrices de contestation. c’est-à-dire les individus. préconstituée.. Dans un esprit voisin. En conséquence. Techniques de l’individualisation du pouvoir. il veut sans doute signaler que l’existence d’un tel système est consubstantiel à ce qu’il appelle par ailleurs « ontologie du présent ». formule qui paraît confondre les positions occupées par l’analyste du système et par celui qui le fait fonctionner à son bénéfice. par lesquels nous arrivons à atteindre les atomes sociaux eux-mêmes. cit. in Le sens pratique.

la théorie althussérienne de l’interpellation des individus en sujets par l’idéologie ne peut leur convenir. au mieux. de manière convergente. c’est-à-dire. par l’allongement de la durée du travail. c’est-à-dire aux sujets productifs qu’ils sont devenus. le capitaliste n’a pas besoin d’adopter la posture d’un bonimenteur de foire et de les convaincre par des arguments du bien-fondé de cette division qui se présente à eux. ni de les forcer. à l’aveugle. cueillis dès leur naissance et formés de manière à être gouvernables. en ce sens que sa réalité ou sa « nature » a été forgée de toutes pièces. c’est-à-dire l’ensemble complexe de procédures que Foucault regroupe sous le concept de « bio-pouvoir » : un tel pouvoir s’exerce et produit ses effets à même les allures de la vie que. IV. p. parce qu’elle se confond entièrement avec la trajectoire à travers laquelle elle se propage. et présente le caractère d’une élaboration secondaire remplissant une fonction justificatrice de recouvrement.fr/LesujetproductifPMacherey01. écartent la référence à l’idéologie. mais possibles. cette idéologie. qui intervient après coup. la procédure de l’assujettissement se déroule entièrement sur le plan des corps. n’a. par la force des choses. Pour que fonctionne le régime du salariat. Et il faut leur concéder que si la procédure par laquelle la force productrice est reconfigurée en force productive trouve sa justification dans une idéologie de la croissance qui en retotalise intellectuellement les effets sur un plan discursif dans la bouche du capitaliste qui a lui-même développé cette procédure peu à peu. qui conditionne l’existence du sujet productif. une fois qu’il en a pris possession. t. L’homo oeconomicus. dont les « sujets » sont configurés de manière à répondre ce qu’on attend d’eux. leurs dispositions naturelles. qui prétend interposer entre les hommes. car ils sont eux-mêmes des sujets « possibles ». On comprend alors pourquoi Bourdieu et Foucault. dont cette structure effectue l’intégration est une fiction.free. Pour eux. sans savoir exactement où il allait. par la diminution du coût des marchandises provoqué par l’augmentation de la productivité. Ce champ d’action éventuelle est précisément ce qui constitue une seconde nature. » (DE. sans qu’on aie besoin ni de les persuader. porteurs d’une force de travail à double face. avec le type d’assujettissement qui lui est propre. à la fois Arbeitskraft et Arbeitsvermögen. division qui lui permet d’en extorquer de la plus-value sous ses deux formes absolue. et les formes historiques dans lesquelles celles-ci sont exploitées une couche intermédiaire occupée par des représentations idéelles ayant leur siège dans l’esprit : de ce point de vue. 236-237) Le nouveau pouvoir ainsi mis en place est celui qui s’exerce sur des actions. mais. car ils diagnostiquent en elle le retour d’un spiritualisme rampant. donc déjà effectuées. Lorsqu’il embauche des sujets productifs. non pas réelles. ce n’est pas elle qui fait la décision. en ce sens. et non seulement producteur. c’est structurer le champ d’action éventuelle des autres.html 19/33 . comme un état de fait qu’ils n’ont pas le choix 1libertaire. il s’efforce de recréer ab initio. économiquement « productifs ». ce ne sont pas des idées et des mots dont l’intervention est requise en première ligne : mais il faut pour cela que se soient mis en place des mécanismes technologiques et institutionnels qui remodèlent de fond en comble le statut des êtres vivants auxquels ce régime s’applique. et ce en tant qu’ils agissent ou sont susceptibles d’agir… Gouverner. au titre d’une seconde nature . qu’une valeur d’accompagnement : elle ne joue directement aucun rôle dans le déroulement de l’opération à travers laquelle s’effectue cette reconfiguration. qu’il n’est pas permis de ramener à un jeu de langage . cette fiction est devenue réelle à partir du moment où elle est devenue historiquement partie prenante au fonctionnement des mécanismes qu’elle sert aveuglément. et relative. dont il anticipe l’exécution en « structurant le champ d’action éventuelle » où elles vont venir prendre place. sous la forme d’une pénétration ou prise de possession qui ne répond à aucun dessein identifiable en propre. et ne suppose le relais d’aucune parole bonne ou mauvaise.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey manière d’agir sur un ou des sujets agissants. dans la perspective que nous avons adoptée en revenant aux analyses de Marx.

s’applique. sa relative invisibilité. et qui. si elles ont à intervenir. le capitalisme a en quelque sorte noyé l’idéologie dans l’économie. dans le détail de son existence. et sans la perspective de la renégocier. lorsque le travail est déjà fait. ne s’avouant jamais comme tel parce qu’il a avantage à se présenter sous le déguisement de l’évidence et de la spontanéité. au sens à la fois du régime de la production matérielle et des recettes qui l’organisent de manière à en tirer un maximum de rendement avec un minimum de perte. le sujet productif trouve le moyen de s’opposer au système dans lequel il est pris dès sa naissance. préméditée. elle fait quand même place à une prise de conscience. ni même la possibilité. d’après Foucault le système disciplinaire. qui le saisit si on peut dire à la source. Plutôt qu’en assumant un projet de rupture définitive. 219220) Cette économie disciplinaire. médicaux). à ras de terre. tire son efficacité de sa capacité à développer à son propos un discours cohérent dont elle tire sa justification. sa faible extériorisation. trouvant son assise dans une claire conscience de la situation. éd. sous condition cependant de revoir complètement la conception de cette résistance. sans que cela influe sur sa trajectoire. à de telles « masses ». A ce point de vue. dans le meilleur des cas. liée à l’équivoque de la seconde nature qui est un mixte d’ordre et de désordre. et qui constitue la clé de son assujettissement. tout simplement parce qu’elle n’a pas besoin. militaires. répondant à la formule « classe contre classe ». est déjà toute tracée. ne le font qu’après coup. une trajectoire qui. 19775. d’une façon qui.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey d’accepter ou de refuser. qu’elle parvient à en « économiser » l’usage. permet de faire l’impasse sur des représentations idéologiques . bref. par la faible dépense qu’il entraîne . celle-ci intervient après coup. En instaurant la seconde nature dans le cadre duquel la force de travail a été rendue « productive ». L’une de ces recettes est. par sa discrétion. Gallimard. industriels. insidieux. au jour le jour. mouvants. donc trop tard pour que les données du problème puissent être discutées et renégociées. entre autres économies. ces dernières. qui est celle d’un pouvoir horizontal. le sujet productif n’a plus qu’à s’adosser à des points de résistance dispersés. » (Surveiller et punir.free. dans le contexte propre à la seconde nature. Bourdieu a raison de soutenir que leur servitude n’est en rien volontaire. lier enfin cette croissance « économique » du pouvoir et le rendement des appareils à l’intérieur desquels il s’exerce (que ce soient les appareils pédagogiques. Une telle situation est à première vue désespérante : si. Pris dans les « mailles » du nouveau pouvoir. non raisonnés et coordonnés au départ. d’autant plus frappante qu’elle est coupée de la réalité. sans échec.fr/LesujetproductifPMacherey01. ouvre un espace aux frontières indéfinissables. Cette révision amène à écarter l’idée d’une résistance globale. efface du même coup toute possibilité de résistance ? Non.html 20/33 . Cela veut-il dire que la nouvelle figure de pouvoir ainsi mise en place. avec d’infimes possibilités d’écart. non à des individus pris un à un. ni lacune . le peu de résistance qu’il suscite) . faire croître à la fois la docilité et l’utilité de tous les éléments du système. dont la thématique idéologique du grand soir fournit une image frappante. faire que les effets de ce pouvoir social soient portés à leur maximum d’intensité et étendus aussi loin que possible. d’être réfléchie comme telle pour être assumée8. qu’il définit ainsi de manière générale : « Le propre des disciplines. mais à de « multiplicités » : et c’est précisément en incorporant les existences individuelles à de telles multiplicités. auxquels l’instabilité de la conjoncture. p. initiée dès le départ à partir d’un centre. c’est qu’elles tentent de définir à l’égard des multiplicités une tactique de pouvoir qui réponde à trois critères : rendre l’exercice du pouvoir le moins coûteux possible (économiquement. politiquement. 1libertaire. Foucault l’indique clairement ici.

l’opposition de la liberté et de la nécessité. voilà ce qui constitue le point de départ tant historique que conceptuel de la production capitaliste. là où l’employeur déploie les figures diverses de son autorité. sous le commandement du même capitaliste. et représentent l’avènement d’une nouvelle forme de pouvoir. de manière à leur ôter le caractère inabouti auquel elles sont condamnées lorsqu’elles maintiennent leur forme spontanée. à la manière d’un magicien. en exploitent autant que possible les failles. en s’engageant dans des luttes partielles. à des plans d’ensemble de mieux en mieux concertés et coordonnés. auf demselben Arbeitsfeld) à la production de la même sorte de marchandise. dans le même espace (ou si l’on veut dans le même champ de travail. PUF/Quadrige. où leurs opérations ont à être 1libertaire. qui profitent au mieux des occasions dans lesquelles ce système laisse émerger les équivoques et les contradictions sur lesquelles il est bâti et dont il ne parvient pas à effacer tout à fait la marque. qu’en des bio-résistances qui.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey assujettissement qui fait de lui un sujet clivé. que le travailleur assujetti trouve à lutter et à s’opposer contre cette autorité qui est parvenue à pénétrer les moindres replis de son être. à même leur déroulement. Cette lutte et cette opposition n’ont cependant aucune chance d’aboutir si elles sont menées de façon individuelle : c’est pourquoi elles doivent être reprises en charge par les associations de travailleurs. » (éd. dont il ne faut pas qu’il se dépêche de renouer les fils sous forme de programmes d’ensemble.html 21/33 . principalement ce qui s’appelle aujourd’hui les syndicats. non seulement les uns à côté des autres.free. lorsque celui-ci est pressé de rendre toujours plus de productivité. s’efforcent de desserrer cette emprise. forcément trompeurs s’ils prétendent résoudre définitivement la question à laquelle ils se confrontent. Le mieux qui reste à faire au travailleur. là où cela est possible. p. C’est donc à même le procès de production. à tâtons. mais les uns avec les autres : « Qu’un nombre important d’ouvriers travaillent dans le même temps. de manière à installer peu à peu. à son profit. une question dont une vue claire et rationnelle ne se dégage que peu à peu. sans promesse et sans garantie. le plus souvent improvisées. sans illusions et avec l’énergie du désespoir. pour surmonter. Il est possible en particulier de relire les quelques pages du chapitre 11 sur la coopération (chapitre 13 de la traduction de Joseph Roy) de la quatrième section du livre I du Capital où sont examinées certaines des modalités particulières sous lesquelles est effectuée l’intégration de la relation de pouvoir au déroulement du procès de travail : le « truc » dont le capitaliste se sert. quitte à reprendre à nouveau le problème à son point de départ lorsque d’autres occasions se présenteront. il est possible de comprendre les raisons pour lesquelles Foucault s’est particulièrement intéressé aux passages du Capital dans lesquels sont mises en évidence les figures de l’autorité qui adhèrent étroitement au déroulement du procès de travail. est de suivre la voie qu’a lui-même empruntée le capitaliste pour installer le régime d’exploitation dont il espère tirer un maximum de profit. La condition première de cette intégration est fournie par le rassemblement des travailleurs en un même lieu où ils travaillent. Le nouveau pouvoir et les formes d’autorité développées à même le déroulement du procès de travail A partir des indications précédentes. face aux technologies de pouvoir qui se sont emparées de son existence même. des technologies de résistance qui. c’est-à-dire de procéder par essai et par erreur. 362) Ce rassemblement dans un même « champ ». du moins pour commencer. Restent donc à la disposition du sujet productif des stratégies plurielles. Contre un bio-pouvoir.fr/LesujetproductifPMacherey01. qui en organisent les manifestations et les soumettent. il n’est de recours. remettant à plus tard la synthèse de ces initiatives qui en recentre provisoirement la dispersion.

mais de la création d’une force productive qui doit être en soi la force d’une masse. reprendra cette notion en parlant de « la journée loyale de travail ». ou encore simplement à une échelle minuscule. une force qui ne résulte pas seulement de l’addition des éléments associés mais de leur combinaison qui.html 22/33 . L’aspect principal de ce changement est constitué par l’apparition de ce que Marx appelle « la journée de travail moyen » : Taylor. quand il s’agit de soulever un poids. p. la force spécifique de la journée de travail combinée est force productive sociale du travail ou force productive du travail social. p. ou alors seulement en un laps de temps bien plus long. a une incidence directe sur la façon dont les ouvriers activent leur force de travail : « Même quand le mode de travail reste le même. par exemple. ou qu’elle exécute différentes opérations en même temps ou qu’elle rentabilise les moyens de production grâce à leur usage collectif. avant de se transmettre aux forces de travail particulières des individus. l’union fait la force. en effectuant leur synthèse. Que. la somme mécanique des forces de chaque travailleur pris isolément est essentiellement différente du potentiel de force sociale qui se développe. dont les caractères sont spécifiquement déterminés par l’existence corporelle de celui qui en est le détenteur .27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey coordonnées. comme cela a été expliqué. ce qui la rend calculable à l’aide de paramètres différents : elle a cessé d’être cette force-ci ou cette force-là. ce qui permet de planifier. unité de base de son système d’organisation rationnelle du 1libertaire. » (id. la journée de travail combinée produit de plus grandes masses de valeur d’échange et diminue ainsi le temps de travail nécessaire à la production d’un effet utile déterminé. Il n’est pas question ici d’une augmentation de la force productive individuelle grâce à la coopération.. l’emploi simultané d’un nombre important de travailleurs entraîne une révolution dans les conditions matérielles du procès de travail. Elle naît de la coopération elle-même. de la force de travail.. quel que soit le facteur. ou qu’au moment critique elle libère beaucoup de travail en peu de temps. En particulier. la force de travail individuelle a changé de nature. ou qu’elle attise l’esprit de compétition des individus et tende leurs esprits vitaux ou qu’elle marque les opération analogues d’un grand nombre de travailleurs du sceau de la continuité et de la diversité. » (id. 370)9.. de tourner une manivelle ou de venir à bout d’une résistance quelconque. devenue composante de cette force de masse. à la fin du XIXe siècle. 365) Suivant la formule proverbiale. L’efficience du travail combiné ne pourrait être ici produite en aucune manière par le travail particulier. crée une nouvelle force dont le potentiel productif est accru à la fois quantitativement et qualitativement : « De la même façon que la force offensive d’un escadron de cavalerie ou la force de résistance d’un régiment d’infanterie est essentiellement différente de la somme des forces offensives ou défensives que développe chaque cavalier ou fantassin isolé.fr/LesujetproductifPMacherey01. en vue d’en renforcer la productivité. elle détienne cette force productive accrue parce qu’elle accroît les potentialités mécaniques du travail ou parce qu’elle étend sa sphère d’action dans l’espace. et même de la force de travail social. » (id. une notion qui s’applique à la force de travail en général. dans le cas donné. mesurable en fonction de critères unifiés. ou qu’elle rétrécit le champ spatial de production proportionnellement à l’échelle de la production. de rationaliser sa mise en oeuvre. mais elle est devenue. 366-367) « En comparaison avec une somme d’égale grandeur de journées de travail individuelles isolées. p. qualifiée socialement. quand un grand nombre de bras oeuvrent en même temps à la même opération indivise.free. ou qu’elle confère au travail individuel le caractère de travail social moyen.

et d’en régulariser le cours. définie comme telle sur ses registres. ils sont répertoriés. dans un tel mode de vie collectif. plus douces. en les mettant hors jeu. Ce qui est décisif à cet égard.fr/LesujetproductifPMacherey01. que Foucault appelle « société de normes ». d’accueillir et de traiter ses sujets. c’est qu’on s’est mis à raisonner en terme de potentialités susceptibles d’être définies indépendamment de leur mise en œuvre : de façon générale. ce qui suppose une certaine marge d’approximation ou d’erreur. et dont. auxquels cette notion sert tout au plus de norme de référence.html 23/33 . l’essence précède l’existence. pour lui. de manière désordonnée. de fait. L’un des aspects de ce changement est représenté par la mutation des agents producteurs en sujets productifs. d’anticiper les évolutions de ces performances. ces forces ont le statut de réalités virtuelles. catalogués. sur le plan de ses résultats. à une attente programmée dont ils ont perdu la maîtrise . c’est le propre du type nouveau de société dont la mise en place coïncide avec la révolution industrielle. préparées. perdent le caractère d’actions individuelles disposant d’une valeur propre . Mais cette abstraction n’en est plus tout à fait une pour le capitaliste. au lieu de s’effectuer au coup par coup. dont l’administration étatique ignorait l’usage auparavant. chacun par soi et/ou chacun pour soi. comme « l’homme moyen » de Quételet. pour autant que c’est d’elle qu’il tient compte dans ses calculs en fonction desquels il règle le fonctionnement de son entreprise : en effet. qui est. il est devenu possible d’évaluer des performances collectives à l’échelle. Dans une société de normes tout est programmé ou est susceptible de l’être : et les comportements de chacun.free. elle ne coïncide jamais tout à fait avec l’activité exercée concrètement par aucun des travailleurs individuels réunis sur le même champ de travail. en anticipant leurs conduites. il s’évertue à effectuer la transposition à la réalité dans ses ateliers où les ouvriers sont amenés à travailler ensemble et non séparément. comme nous l’avons déjà remarqué à propos de la production industrielle. en masse. Remarquons au passage que. du fait d’avoir à prendre place dans des processus ainsi modélisés. qui ne revêt plus le caractère d’une obéissance faisant recours à 1libertaire. Grâce à des instruments d’analyse comme les statistiques et le calcul des probabilités. si on peut dire. et prétendent prévaloir avec le statut de l’évidence . Cette journée de travail moyen est une abstraction. au-delà même des limites du champ de la production manufacturière ou industrielle. préfigurées par le système global à l’intérieur duquel elles prennent place. il les sanctionne en les rejetant. à partir de là. dans la perspective d’une amélioration de leur rendement. sont en quelque sorte attendues. qu’il prépare et mène vers leur but en s’incorporant à leur déroulement : et quand leurs conduites ne satisfont pas aux objectifs qui leur ont été fixés. précisément parce qu’il prend les sujets auxquels il s’applique à la source. mais il exerce sa contrainte sous des formes insidieuses. non de cas isolés. car. indépendamment même des transformations imprimées par la coopération à la consommation productive de la force de travail qui devient alors la « force d’une masse ». On peut parler à cet égard d’un conditionnement par la norme. le travail n’existe qu’en tant qu’il résulte de l’emploi d’une « force de masse ». les objectifs qu’ils doivent atteindre sont déterminables préalablement au parcours qui a à charge de les accomplir. mais des grands nombres. et. ce qui en infléchit les orientations. formatés en fonction de critères fonctionnels qui échappent à la discussion. ce qui modifie de fond en comble les conditions dans lesquelles ils font leur travail : celui-ci doit alors répondre. auxquelles sont imparties à l’avance des capacités qu’il ne leur reste plus qu’à actualiser en se conformant aux modèles qui leur sont prescrits. L’ordre mis en place suivant ce type de procédure est des plus contraignants. ce sont des « forces » qui sont sollicitées . de programme à remplir. Les actions individuelles. sans même avoir besoin de les condamner formellement. on peut dire que. de la métaphysique en acte. de fait.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey travail. par voie d’autorité.

traitée à la fois comme une essence et comme une cause. s’appliquant uniment à l’ensemble de ses aspects. 2004). si cette formule a un sens et peut être prise au sérieux ce n’est pas en référence au modèle idéal d’une société de la norme.10. Si la société de normes n’était qu’une société de discipline. coexistent. Ces remarques permettent de mieux saisir la portée et les limites du concept de « société disciplinaire » sur lequel Foucault s’est appuyé au départ pour faire comprendre la nature du nouveau type de pouvoir qui se met en place durant la seconde moitié du XVIIIe siècle dans le cadre propre à la société libérale. notion qu’il est dans tous les cas préférable de n’utiliser qu’au pluriel : sans cela. est-ce lui imputer un principe organisateur. Lorsque. qui met en garde contre le syncrétisme essentialiste et réducteur de la notion de discipline. parce qu’il s’est rendu complètement immanent. à partir du cas spécifique de la prison. l’hôpital. de la valeur militaire. et d’être orientée au contraire dans le sens d’une interaction de ces formes dans un contexte où leur composition est exposée à être à chaque fois renégociée. et plus spécifiquement les comportements corporels individuels. éd. l’école. il prend précisément ce risque. l’atelier. mais à une réalité d’un tout autre ordre. On pourrait. une politique qui est simultanément. Qualifier un type de société de « disciplinaire ». et même donne l’impression de s’enferrer quand il présente le schéma panoptique. Or il est clair que. au titre de ce que nous avons appelé précédemment une « seconde nature ». on prend le risque d’imputer aux normes diverses qui.free. de cette intervention. de la guérison à l’hôpital » (p. et plus précisément dans son « être disciplinaire » ? Cette question est soulevée par Stéphane Legrand dans son étude sur « Le marxisme oublié de Foucault » (in Marx et Foucault. aux processus qu’il influence en les finalisant. si on présente l’intervention de normes dans l’ordre social en la ramenant à un programme de « rationalisation » formulé en référence au principe d’une raison toute constituée en soi a priori. avec pour conséquence qu’il l’a détermine dans son être. L’utilisation de cette notion. C’est de cette manière que se déploie la nouvelle politique des « populations » dont parle Foucault. lorsque celle-ci prétend disposer d’une valeur explicative en soi. dans la mesure où c’est sur le plan de l’économie que sont définis en dernière instance les nouveaux enjeux de pouvoir d’où découlent les nouvelles figures de l’assujettissement. la notion de discipline ne peut servir efficacement d’instrument d’analyse qu’à condition de cesser d’être rapportée au présupposé abstrait d’une convergence de ses formes d’application. on gomme du même coup le caractère historique.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey un commandement extérieur. qu’ils auraient pour objectif de réformer en tant que tels. et indissociablement une économie. s’interroger sur la pertinence de la notion de « norme ». mais comme une sorte de modèle universel pouvant être appliqué. non comme un exemple particulier. etc. Cette objection d’ordre général n’est pas la seule qu’on puisse faire à la notion de « société disciplinaire ». Actuel Marx. Comme celle de norme. dans Surveiller et punir. cela voudrait dire que ses mécanismes ont pour unique point d’application les comportements. PUF. 1libertaire. sous laquelle Foucault donne parfois l’impression de subsumer des formes d’assujettissement hétérogènes entre elles.. De façon analogue. à d’autres institutions disciplinaires comme l’armée. à un moment donné.html 24/33 . qui est un jeu complexe et différencié de normes. 32). et en conséquence conjoncturel. et éventuellement s’affrontent. dans le même esprit.fr/LesujetproductifPMacherey01. « la discipline ». qu’il ramène à une unique procédure dont « la discipline » fournirait une fois pour toutes le modèle : « On se demande comment ce même schéma peut servir à produire de l’apprentissage. de la productivité au travail. se heurte sur le fond à une difficulté. Foucault parle de « discipline » au singulier (comme il le fait lorsqu’il donne ce titre à la troisième partie de l’ouvrage). introduite par Foucault en 1975 dans Surveiller et punir. dans une même formation sociale historique une finalité unique renvoyant au pouvoir propre d’une norme en soi. lorsque Foucault parle de « société de normes ».

donc sur son produit en tant que travail mort (Werk. ce qui permet d’en améliorer la productivité. dont elle prend alors en charge l’organisation : « Le commandement du capital sur le travail (das Kommando des Kapitals über die Arbeit) n’apparaissait à l’origine que comme conséquence formelle du fait que le travailleur. Grâce à la réunion des forces individuelles en une force de masse. avec. que leur rapprochement rend d’autant plus intéressantes. Tout le travail immédiatement social ou collectif à une grande échelle requiert peu ou prou une direction. un orchestre a besoin d’un chef. le chef d’orchestre. dans le cadre duquel le capitaliste organise. dont la médiation assure l’harmonie des activités individuelles. une v éritable condition de la production. » (id. du type de ceux constitués par les populations : c’est au prix de ce déplacement qu’elle s’est rendue en mesure de les « gouverner ».fr/LesujetproductifPMacherey01. qui. totalement immergés dans la « force d’une masse ». le patron est mis en position d’exercer une mainmise. work). mais en tant qu’éléments constituant d’ensembles plus vastes. en transmettant des ordres. non seulement sur le résultat du procès de travail. qui effectue le travail commun. d’une part le général. et en contrôlant qu’ils sont effectivement suivis. 372) Marx utilise ici. et qui assume les fonctions générales nées du mouvement du corps productif global. médiation. au lieu de travailler pour lui. au sens très particulier que Foucault donne à cette notion. Lorsque Marx parle du « champ de travail (Arbeitsfeld) ». qui consiste à impulser un mouvement en lui prescrivant une orientation unifiée ont il ne doit pas s’écarter 1libertaire. c’est justement qu’elle ne traite pas les individus en tant que tels.html 25/33 . c’est-à-dire. ce qui caractérise une société de normes. à s’appliquer au travailleur collectif. la coopération de nombreux salariés fait que le commandement du capital évolue et devient une exigence de l’exécution du procès de travail proprement dit. il vise précisément quelque chose de ce genre : à l’intérieur d’un tel « champ ». mais pour un autre. se met en place un système d’autorité cumulant plusieurs fonctions : direction. non pour lui. surveillance. par opposition au mouvement de ses organes autonomes. Diriger. pour reprendre une formule que nous avons déjà rencontrée.. p. qui s’applique au départ au travailleur individuel. L’exploitation/extorsion de la survaleur. travail social. En revanche. et donc sous les ordres du capitaliste. Refermons cette parenthèse. de « structurer leur champ d’action éventuelle ». c’est-à-dire d’un corps collectif en dehors duquel ils n’ont plus de réalité propre. et revenons à l’analyse des nouvelles modalités du procès de travail lorsque celui-ci s’appuie sur la consommation d’une force de masse. Les ordres donnés par le capitaliste sur le champ de la production sont devenus aussi indispensables que ceux du général sur le champ de bataille. Le changement d’échelle provoque ainsi une modification de la nature du travail. Un violoniste seul se dirige lui-même. Cette fonction de direction. les ouvriers ont cessé d’exister comme des individus. et. d’autre part. en vue de faire comprendre comment le patron « dirige » l’exploitation de la force de travail.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey Or. de surveillance et de médiation devient la fonction du capital dès que le travail qu’il a sous ses ordres devient coopératif.free. obligé à travailler. la production de plus-value ou de survaleur. hiérarchisée. c’est la toute première forme de l’autorité. travaillait pour le capitaliste. sous son autorité. en vient. labour). organise l’action commune. c’est-à-dire obéis. au fur et à mesure qu’elle s’intègre au déroulement du procès de travail qu’elle « massifie ». telles que Marx les énumère dans ce passage. En tant que fonction spécifique du capital. Suivant ces deux modèles. deux comparaisons. et l’armée celles d’une coopération faisant intervenir une structure verticale. mais ils sont devenus des sujets productifs. L’orchestre représente les modalités d’une coopération obéissant en première ligne à des objectifs techniques . la fonction de direction acquiert des caractéristiques spécifiques. mais sur son déroulement en tant que travail vivant (Arbeit.

distribuée. » (SP. ce qui fait à nouveau revenir au premier plan le modèle hiérarchisé de l’armée. il faut. dans la mesure où elle est à la fois une pièce interne dans l’appareil de production. elle risquerait de rester lettre morte. qui opère la réduction d’un divers à un tout homogène . qui donne les ordres en dernière instance. par laquelle. Cette idée est reprise par Foucault sous une forme concentrée dans Surveiller et punir : « La surveillance devient un opérateur économique décisif. qui surveillent leur application jusque dans le détail. en surplus. Gallimard. face à lui. cette forme directe de l’autorité. « représenté ». la toute première tâche des instrumentistes d’un orchestre. en se propageant. p. paradoxalement. à sa fantaisie . sous la direction que lui imprime son général. au lieu de se communiquer uniment du centre vers la périphérie. occupent des positions à la fois dominantes et dominées. et en quelque sorte monnayée. la fin du passage du chap. pour que cette diversification ne dégénère pas en dispersion. Or. Toutefois. éd. avec ses aides de camp. soit présent en tous les points de l’organisation. qui s’exerce d’en haut et de loin.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey : elle met en œuvre un principe de simplification. ses officiers. ses sous-officiers. dans lequel ils n’ont plus leur place. au degré que lui assigne sa place à l’intérieur de l’ensemble auquel il participe et dont il est dépendant. se déploie à travers les innombrables canaux d’une organisation complexe où elle acquiert une souplesse suffisante pour s’adapter à tous les aspects de l’activité productive sans exception : autrement dit elle se diversifie. qui la lui communique à travers ses « ordres du jour ». que son chef a à faire respecter. 177. en se répandant. une armée doit marcher « comme un seul homme ».fr/LesujetproductifPMacherey01. aux côtés de l’instance supérieure. qui pullulent. ne suffit pas : laissée à elle-même. l’autorité. mais un réseau compliqué dont les maillons intermédiaires. et de l’autre. que la multiplicité des instances intermédiaires qui mettent en œuvre concrètement l’autorité en lui faisant pénétrer les moindres aspects du déroulement du procès de travail ne soient pas laissées à elles-mêmes. ce qui suppose.html 26/33 . au lieu de résider seulement à sa tête. elle devient immanente au processus de sa réalisation auquel elle s’intègre totalement. les opérations de direction-surveillancemédiation qui permettent d’organiser le déroulement du procès de travail dans le sens de la production d’un maximum de plus-value ou de survaleur relative se fondent dans ce déroulement. où il est reproduit. en vérifiant que les moindres gestes individuels sont en conformité avec les règles communes et respectent les normes. où obéir et faire obéir cessent d’être des fonctions alternatives mais se cumulent au point de se confondre. cette généralisation.free. On peut parler à ce propos d’une généralisation de l’autorité. Cependant. qui s’exécute en étant pris de part en part dans « les mailles du pouvoir » dont il ne parvient plus à se dégager. sans laisser place à des comportements déviants et en écartant d’avance les récalcitrants ou les protestataires auxquels n’est laissée d’autre initiative que de sortir du jeu. débouche sur une opération de spécification ou de spécialisation qui concède aux instances 1libertaire. dans la traduction Roy. qui obéit au départ à un motif d’homogénéisation. mais restent maintenues dans la perspective globale qu’elles ont à servir et dont elles ne doivent pas être détachées : elles sont ainsi ramenées au statut de « médiations » enchaînées les unes aux autres. et un rouage spécifié dans le pouvoir disciplinaire. d’un côté le pouvoir. 1975. p. il n’y a pas. d’instances intermédiaires. et que la souplesse ne devienne pas un facteur de désordre. De cette façon. qui assurent que le pouvoir. est de jouer ensemble et non chacun pour son propre compte. De ce fait. les dominés qui lui sont soumis. 206 de la reprise dans l’édition Tel) Foucault cite alors en note. C’est pourquoi elle a besoin d’être relayée. 13 (11 de l’édition originale allemande) du Capital qui vient d’être commenté. même les plus infimes. ses petits chefs et ses sous-fifres de toutes sortes. ce qui se traduit par le fait que ceux qui les occupent obéissent en se faisant obéir. Dans une telle organisation.

De même qu’une armée a besoin de sa hiérarchie militaire. et ceci point par point. celle-ci.fr/LesujetproductifPMacherey01. Avec le développement de la coopération sur une plus grande échelle. consubstantielle au fonctionnement d’une société de normes. le travail intellectuel. concrètement. comme Foucault l’a montré. » (id. à la force de masse du travail social dont il prend intégralement le contrôle en empruntant toute une variété de canaux dont il maîtrise l’organigramme. c’est-à-dire du travail qui ne se contente pas de « faire » le travail ou du travail. le fait de surveiller des activités ? Il signifie que celles-ci ne n’ont pas seulement à être contrôlées après coup. de même. overlookers. A terme. à une espèce particulière de travailleurs salariés. et d’autre part procès de valorisation du capital. sur le plan de leurs effets ou de leurs résultats.html 27/33 . précisément parce qu’elle remplit une fonction de surveillance. De la même façon que le capitaliste n’est délivré du travail manuel qu’une fois que son capital a atteint un seuil minimal à partir duquel seulement commence la production capitaliste proprement dite. en vue de mettre en œuvre la nouvelle force de masse engendrée par la coopération. ponctuellement et de manière ininterrompue. se donne les moyens d’intervenir tout le temps et partout. A quoi renvoie. qui aboutit à une diversification des tâches de contrôle et de surveillance. ce qui est la condition pour qu’il évite de se diluer en se répandant : au contraire. c’est-àdire manuelles. il préfigure les fins qu’il entend faire respecter. une masse de travailleurs oeuvrant ensemble sous le commandement du même capital a besoin d’officiers (dirigeants. duale.free. ce despotisme (Despotismus) développe des formes caractéristiques.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey intermédiaires dont il vient d’être question une autonomie relative : « Si la direction capitaliste est. de manière à ce que la pression qu’il exerce soit permanente. quant à la forme elle est despotique (despotisch). agit au plus près du déroulement du procès de travail quelle « suit » pas à pas. en particulier dans les études qu’il a consacrées aux procédures disciplinaires. il est d’autant plus fort qu’il emprunte cette multiplicité de voies qui en affinent la distribution. Le premier à s’être extrait du 1libertaire. La production de masse a donc pour conséquence d’affiner les formes de la division du travail. et même de certains groupes de travailleurs. maintenant. p. de la manière dont le procès de travail est organisé. Grâce à ces intermédiaires. s’effectue à la fois dans la distance et dans la proximité. sous forme de sanctions ou de condamnations. C’est précisément cette fonction qui est impartie aux personnels d’encadrement. il délègue cette fonction de surveillance immédiate et permanente de chaque travailleur. qui est d’une part procès de travail social en vue de la fabrication d’un produit. s’accomplit avec la séparation du travail manuel et du travail intellectuel. 373)11. en isolant parmi celle-ci des fonctions correspondant aux activités non directement productives qui assurent ce rôle d’accompagnement et de surveillance. du fait de la dualité du procès de production à diriger. mais qui lui applique en retour une opération de réflexion . Ce travail de surveillance générale se consolide jusqu’à devenir leur fonction exclusive. avant même qu’elles n’aient commencé à s’effectuer : un système de surveillance joue un rôle avant tout dissuasif et préventif . mais sont observées à la source. managers) et de sous-officiers industriels (surveillants.. en ce double sens qu’il l’accompagne et qu’il le surveille. Pour mieux coller au déroulement du procès de travail. dont l’autorité. contre-maîtres) qui exercent le commandement au nom du capital pendant le procès de travail. foremen. à ses niveaux gradués. L’idée de surveillance est. cette répartition. le commandement du capital se diffuse à l’ensemble du corps productif. Extrait du travail sous ses formes matérielles. et est d’autant plus efficace qu’il n’a pas besoin d’intervenir en acte. le commandement exercé par le capital le « suit ». et même qu’elle précède en l’orientant de manière à ne lui laisser aucune marge de déviation ou d’erreur. et limite au maximum les possibilités d’écart ou de déperdition. quant à son contenu.

contrôleurs. en tant que vendeur de sa force de travail. mais pas entre eux. tire les ficelles. qui est en même temps une économie de pouvoir . » (id. et comme. tous ceux dont il a besoin pour que ses ordres soient transmis et correctement appliqués. mais ne paie pas la force de travail combinée des 100. qui. elle est efficace à son point de vue.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey processus proprement dit de la production.fr/LesujetproductifPMacherey01. qui effectue l’insertion des activités individuelles dans le procès de travail collectif tel qu’il s’effectue sous son commandement. On peut parler à cet égard d’une économie du pouvoir.free. Ce rapport n’est nullement modifié par le fait que le capitaliste achète 1000 forces de travail au lieu d’une. Citons à ce propos un dernier passage du chapitre du Capital sur la coopération. p. En tant que personnes indépendantes. en réalité. ce qui renforce son efficacité. elle apparaît comme une force productive que le capital possède par nature. et c’est le capital qui les place dans ces conditions. est celle que « le capital possède par nature comme sa force productive immanente ». est le résultat propre de la coopération. en les plaçant sous contrôle et sous surveillance. ou qu’il conclut des contrats avec 100 travailleurs indépendants les uns des autres plutôt qu’avec un seul travailleur individuel. et règle sous forme de salaire. ils se sont incorporés au capital. c’est la possibilité d’utiliser dans le cadre spatial de son entreprise et durant un certain temps la force de travail de chaque producteur individuel. Et. d’autre part. gardes-chiourmes en tout genre et de tout poil.html 28/33 . En y entrant. ou plutôt spécialisés dans le « suivi » du travail des autres. il n’a pas eu à payer. il exploite en vue d’en tirer un excédent de valeur qu’il s’approprie intégralement. personnels de sécurité. Leur coopération ne commence que dans le procès de travail. c’est le capitaliste ou le patron qui. Mais ce que. et que. ces travailleurs sont des individus isolés qui tous entrent en rapport avec le même capital.. Il peut employer les 100 travailleurs sans les faire coopérer. et à sa suite. L’autorité qu’il déploie dans ce cadre est légitime. Cette force productive globale. l’autorité devient gérée à la manière d’une force matérielle. sa force de travail individuelle et isolée. estafettes. de ce fait. donc inattaquable juridiquement. et il ne peut vendre que ce qu’il possède. Comme la force productive sociale du travail ne coûte rien au capital. dans la mesure où sa 1libertaire. c’est une force productive globale. en application du contrat de travail qui est un échange entre des parties libres et égales en droit. mais dans le procès de travail ils ont déjà cessé de s’appartenir. conformément à des normes de productivité qui ont littéralement pris possession de ces activités. comme sa force productive immanente. 374) Ceci nous ramène aux analyses que nous avions présentées au départ. définit la politique de l’entreprise . c’est-à-dire de la consommation productive de la force de travail. selon les termes employés par Marx. ils ne sont plus eux-mêmes qu’un mode d’existence particulier du capital. elle n’est pas développée par le travailleur avant que son travail n’appartienne lui-même au capital. En tant que travailleurs coopérants. prend les décisions importantes. qui ne se ramène pas à la somme des forces de travail individuelles. dont l’évaluation a pour critère en dernière instance la production d’un profit maximal. depuis son bureau. La force productive sociale du travail se développe gratuitement une fois que les travailleurs ont été placés dans des conditions déterminées. La force productive que le travailleur déploie comme travailleur social est ainsi force productive du capital. puisqu’elle s’appuie sur un échange effectué dans les règles sur des bases consenties par les parties contractantes. se sont peu à peu isolés. qui en résume les acquis : « Le travailleur est propriétaire de sa force de travail tant qu’il marchande avec le capitaliste. auxquels il délègue une portion de son autorité de manière à consolider son extension. Le capitaliste paie ainsi la valeur de 100 forces de travail autonomes. que membres d’un organisme qui oeuvre activement. Ce que le capitaliste achète. en même temps que légitime.

ce qui lui a permis. et le conforter dans son effort en vue de développer une nouvelle conception. entre autres exploits. qui réunit les conditions requises pour que. au nombre desquels la représentation inversée de son intervention que lui fournit le discours juridique : l’astuce consiste alors à récupérer cette représentation. laissant valoir une part intacte – même si elle est réduite – de liberté ? Le pouvoir. 113-114) Le pouvoir. De cette idéologie. qui constitue son profit propre. dans les faits et non seulement sur le papier. mais le type de société historique qui a fait de la productivité le cœur de son existence. dans notre société au moins. de récupérer à son profit le langage du droit. pour en faire un élément de la technologie du pouvoir12. pour être productif. comme pure limite tracée à la liberté. sous forme de force productive. éd. qui ramène le droit sur le plan d’une pure représentation déconnectée de tout contenu effectif. La condition pour qu’il y arrive est que son action s’effectue en douceur. dans l’abstrait. sous lequel elle masque sa démarche effective. On comprend à quel point ces analyses ont pu intéresser Foucault. une fois révélée au grand jour. Sa réussite est en proportion de ce qu’il parvient à cacher de ses mécanismes.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey mise en œuvre « rend » un excédent de valeur. la société capitaliste.html 29/33 . précise Foucault. et en conséquence négative. Dans celle-ci. C’est ce qui permet de remonter jusqu’à ce qu’il appelle son « fonctionnement réel ». on pourrait dire que la production industrielle capitaliste fabrique de l’essence humaine. Pour atteindre ce but. Cette opération. c’est. cit. une notion qui est vide de tout référent matériel. prise en elle-même ne correspond à rien de réel. façonnent les corps qui. dirions-nous dans un autre langage. faute de quoi sa tentative de pénétration se heurte à des pôles de résistance que son avancée. à moins d’être un saint. en vue de l’exploiter. c’est-à-dire. » (La Volonté de Savoir.free. doit parvenir à s’insérer dans les réseaux qui. en évitant d’être réfléchie et reconnue. ne présente pas un caractère intemporel. du pouvoir. Le pouvoir serait-il accepté s’il était entièrement cynique ? Le secret n’est pas pour lui de l’ordre de l’abus .fr/LesujetproductifPMacherey01. comme une illusion qu’il suffirait de dissiper. ce qui est peu envisageable. qui se joue sur un tout autre plan que celui du droit et de ses interdits : dans d’autres formes de société. il est indispensable à son fonctionnement. on peut se demander si le droit n’a été qu’un langage servant à tenir un discours de recouvrement du type de celui utilisé par la 1libertaire. dont le droit constitue tout au plus l’envers idéologique. le pouvoir se sert de leurres. laborieusement. en l’absence duquel. mais elle a lieu. c’est-à-dire pour se faire ignorer. Et non pas seulement parce qu’il l’impose à ceux qu’il soumet mais peut-être parce qu’il est à ceux-ci tout aussi indispensable : l’accepteraient-ils s’ils n’y voyaient qu’une simple limite posée à leur désir. on ne peut cependant dire. Car. qui. aura du même coup suscités. fabriquent ces biens en se conformant aux normes qui président à leur fabrication. sous forme de la production d’une survaleur ou plus-value relative. qu’elle est purement et simplement erronée. à sa manière. « dans notre société au moins » : c’est-à-dire qu’elle ne doit pas servir à caractériser le pouvoir en général. en même temps que des biens matériels générateurs de richesses.. non juridique. p. et doit être rejetée à ce titre. comme la société féodale. l’essence précède et détermine l’existence. c’est-à-dire une représentation décalée par rapport à ce qui constitue son jeu effectif. elle participe au fonctionnement du pouvoir et contribue à son efficacité : « C’est à condition de masquer une part importante de lui-même que le pouvoir est tolérable. la forme générale de son acceptabilité. il ne se lancerait pas dans ce genre de démarche qui fait de lui ce que nous avons proposé d’appeler un métaphysicien en acte. A la limite. les technologies de pouvoir ont revêtu des allures particulièrement fines. et a développé les formes de « coopération » industrielle qui lui permettent de réaliser cette fin.

du moins dans les passages de son œuvre où il démonte les « mécanismes » à travers lesquels le capital déploie son autorité sur le travail. La vérité du pouvoir. où sont indiquées en note les référence au chapitre 11/13 du Capital sur la coopération et à l’ouvrage de Deleule et Guéry sur Le corps productif : « Si le décollage économique de l’Occident a commencé avec les procédés qui ont permis l’accumulation du capital. en surmontant l’alternative de l’individuel et du collectif. la coordination et le contrôle des tâches ont été imposées et rendus efficaces . il faut que les sujets eux-mêmes aient été rendus « productifs ». et nécessaire . bientôt tombées en désuétude. rituelles. Chacune des deux a rendu l’autre possible. on peut dire. l’« anatomie politique » en un mot. Gallimard. Marx aide à mieux comprendre. violentes. alors que. a constitué un schéma opératoire qu’on a pu facilement transférer des groupes à soumettre aux mécanismes de la production . Ces procédures complexes d’assujettissement sont associées à la mise en place de la nouvelle forme de pouvoir qui. dont les ordres tombent d’en haut.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey bourgeoisie. effectue un va-et-vient permanent de la sphère de l’économie à celle de la politique. en exploitant la force de travail de manière à en améliorer la « productivité ». des appareils ou des institutions très divers. des forces des corps. il n’aurait pas été possible de résoudre le problèmes de l’accumulation des hommes sans la croissance d’un appareil de production capable à la fois de les entretenir et de les utiliser . des profondeurs du système où se produit de la valeur. Or. De fait les deux processus. la rencontre 1libertaire. pour que cela marche.free. éd. « dans notre société au moins ». les procédés de soumission des forces et des corps. La croissance d’une économie capitaliste a appelé la modalité spécifique du pouvoir disciplinaire. qui fait apparaître celui-ci comme une « superstructure ». p. accumulation des hommes et accumulation du capital. Le marxisme académique est tombé à pieds joints dans le piège ainsi tendu : il a pris à la lettre le discours du pouvoir élaboré par la société bourgeoise. La pyramide disciplinaire a constitué la petite cellule de pouvoir à l’intérieur de laquelle la séparation. en réalité. chacune des deux a servir de modèle à l’autre.fr/LesujetproductifPMacherey01. la projection massive des méthodes militaires sur l’organisation industrielle a été un exemple de ce modelage de la division du travail à partir de schémas de pouvoir.html 30/33 . 222-223) Cette page confirme que. grâce à des procédures d’assujettissement appropriées qui sont parties prenantes à la mise en place de la nouvelle économie. des gestes. ont été relayées par toute une technologie fine et calculée de l’assujettissement. la division du travail et l’élaboration des procédures disciplinaires ont entretenu un ensemble de rapports très serrés. dont les formules générales. les mutations technologiques de l’appareil de production. A un niveau moins général. et qui. peuvent être mis en œuvre à travers des régimes politiques. sans qu’il y ait à trancher entre l’hypothèse d’un Foucault (encore) marxiste et celle d’un Marx (déjà) foucaldien. 1975. comme Foucault l’explique dans un passage clé de Surveiller et punir. Mais en retour l’analyse technique du processus de production. ne peuvent pas être séparés . est économique avant d’être politique13 : c’est ce que. coûteuses. peut-être. que les méthodes pour gérer l’accumulation des hommes ont permis un décollage politique par rapport à des formes de pouvoir traditionnelles. sa décomposition « machinale » se sont projetées sur la force de travail qui avait pour tâche de l’assurer : la constitution de ces machines disciplinaires où sont composées et par là amplifiées les forces individuelles qu’elles associent est l’effet de cette projection. et le quadrillage analytique du temps. ces ordres montent d’en bas. et maximalisée comme force utile. inversement les techniques qui rendent utile la multiplicité cumulative des hommes accélèrent le mouvement d’accélération du capital. Disons que la discipline est le procédé technique unitaire par lequel la force des corps est aux moindres frais réduite comme force « politique ». selon Foucault. » (SP.

puis reprise par Bichat. Dans cette perspective le « travail vivant ». Legrand. et le « travail mort ». en faisant passer du second au premier un rapport de détermination ou de filiation à sens unique. une quantité toujours plus grande de « travail mort ». lorsque celui-ci définit la vie par la domination des forces de la vie sur les forces physiques. de l’autorité et du sujet susceptible d’être prise pour base d’analyses ultérieures.free. réinvesti dans le donné de la nature au moment où. c’est que le procès de travail opère simultanément sur les deux plans : il « conserve » la valeur des moyens de production (c’est-à-dire qu’il la recrée ou la reproduit). 3 De ce point de vue. c’est le travail comme résultat. avec le développement de la « productivité » capitaliste. correspond à la reproduction de la force de travail)… La doctrine latente de Marx. le fond de l’argumentation de Marx sur la production de la survaleur. 2004) : « Les concepts fondamentaux de la théorie foucaldienne des relations de pouvoir dans la « société disciplinaire » restent irrémédiablement aveugles si on ne les articule pas à une théorie de l’exploitation et à une théorie du mode de production capitaliste. et il « ajoute » une valeur nouvelle (qui. l’acte s’étant achevé. de type entropique. Ceci peut se lire « positivement » (la force productive de la force de travail ne cesse de grandir) ou bien « négativement » (le travail vivant est toujours plus écrasé par le travail mort) . théorisée par Barthez à l’aide de la notion de « force vitale ».html 31/33 . c’est le travail comme acte. à la messe. Mais ce qui est surtout intéressant du point de vue de la critique de l’économie politique. lorsque les paroles sacramentelles sont prononcées. c’est celle de la « disproportion » croissante entre le « travail vivant » et le « travail mort » (ou objectivé).fr/LesujetproductifPMacherey01. en vue de faire un maximum de profit à défaut d’élever les âmes vers le ciel pour leur faire mériter leur salut. et la mort par la domination inverse des forces physiques sur les forces de la vie. c’est de passer au point de vue de la valeur : en réalité. de plus en plus faible. pour une part. 4 Dans une note de travail qu’il me communique. qui est à la base du mode de production capitaliste. une quantité toujours moindre de « travail vivant » acquiert la capacité de mettre en mouvement » ou de « ramener à la vie ». 2 Osons ce rapprochement : de façon analogue. éd. Au fond. Notes 1 Cette perspective est voisine de celle adoptée par Stéphane Legrand dans son étude sur « Le marxisme oublié de Foucault » (in « Marx et Foucault ». qui s’affronte à des obstacles naturels qu’il entreprend de surmonter. évidemment le démiurgisme prométhéen du « socialiste » Marx lie ces deux perspectives comme les moments successifs d’une aliénation et d’une désaliénation. le mort a ressaisi le vif : le passage du travail vivant au travail mort représente une consommation d’énergie. Actuel Marx. ne fait que transposer le mystère de la transsubstantiation sur un plan profane. mais pour une part seulement. le régime du salariat. lorsque Marx introduit dans l’analyse économique la notion de force de travail. c’est l’inversion de l’ordre « logique » de dérivation des concepts : la « survaleur » est en fait la condition de la « valeur » 1libertaire.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey entre ces deux analystes du régime moderne de la socialité a eu lieu. 28) On n’ira cependant pas jusqu’à affirmer. PUF. c’est-à-dire de réactiver. de laquelle ressort une nouvelle conception du pouvoir. que la théorie foucaldienne a été construite en prenant appui sur un « référentiel marxiste » qu’elle s’est employée à occulter : le parti adopté dans la présente étude est de relire Marx à la lumière de Foucault plutôt que d’expliquer Foucault à partir de Marx. il le fait en se référant implicitement à la conception vitaliste de la force. comme le fait S. le bout de pain devient quelque chose de tout autre. » (p. Etienne Balibar écrit à ce sujet : « La question qui intéresse Marx. c’est-à-dire le fait que.

sans pour autant affirmer absolument son immanence » (p. indéfiniment « flexible ». 2012). au profit d’abstractions inconsistantes. puisqu’il n’y a pas (dans le mode de production capitaliste) de reproduction de la valeur des moyens de production par le travail vivant sinon sous la condition d’une production de nouvelle valeur excédentaire. 8 Ceci peut être retraduit dans un langage différent : pour les travailleurs exploités. qui les protège contre la tentation de l’essentialisme. qui explique comment ce philosophème étonnant se trouve « animé par un mouvement de contestation interne. que. Et la genèse de cette réalité. Un type de rationalité. ou de dénégation. de travail vivant et de travail mort. 1975. dans sa contribution au volume L’impossible prison coordonné par M.27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey et non l’inverse.html 32/33 . Nous nous proposons ici de montrer comment cette même équivoque traverse le champ de l’économie capitaliste.fr/LesujetproductifPMacherey01. 1libertaire. dissociée. p. Foucault a nettement rectifié le tir dans des interventions ultérieures où il a souligné le caractère « événementiel » de ses analyses. et non plus seulement productrice. « croissance ». Par exemple. dans un esprit qu’on pourrait dire derridien : « Il faut démystifier l’instance du réel comme totalité à restituer. un programme. leur conscience de classe ne se déduit pas automatiquement de leur être de classe. 10 Sur ce point. dont elle est au contraire. tout cela c’est du réel. 9 Dans le chapitre de Surveiller et punir consacré aux « corps dociles » (éd. En ce sens. Il faudrait peut-être aussi interroger le principe. 400-401 7 La mise en évidence des incertitudes attachées à l’usage du thème de la « seconde nature » soutient l’anthropologie de l’impropre développée par Bertrand Ogilvie dans son ouvrage « La seconde nature du politique – Essai d’anthropologie négative ». éd. avec pour corrélat une exploitation accrue. revêt alors toute sa portée. 5 L’expression argotique « boulonner ». éd. dès lors qu’on y fait intervenir les éléments pertinents. » Peut-être pourrait-on aller jusqu’à dire. combiné instable. Foucault cite en l’abrégeant ce dernier passage du Capital. lorsque celle-ci. ce qui rend possible de renégocier en permanence leur rapport dans la perspective de ce que le capitaliste appelle.free. rendue possible par l’augmentation de sa « productivité ». p. des objectifs définis et poursuivis. c’est la société elle-même. L’Harmattan. il écrit.. Perrot. 83). même si ça ne prétend pas être « la réalité » elle-même ni « la » société tout entière. 1993. Il n’y a pas « le » réel qu’on rejoindrait à condition de parler de tout ou de certaines choses plus « réelles » que les autres. en proie au virus de la productivité. dans le mode de production capitaliste. pour « travailler ». c’est-à-dire non pas la croissance en soi. un ensemble d’efforts rationnels et coordonnés. 165-166). et qu’on manquerait. et c’est ce que dit la notion de composition organique du capital. des instruments pour l’atteindre. 6 Le Capital. qui qualifie une essence projetant son propre dépassement mais se refusant en fin de compte à sortir de soi. livre I. Gallimard. une manière de penser. PUF/ Quadrige. mais la croissance qui sert ses intérêts. au départ. dans la terminologie qui lui est propre. etc. la « fringale » d’accumulation est toujours déjà inscrite dans le processus de « dépense de la force de travail » . une technique. dans le prolongement de cette analyse. la limite entre ce qui relève de la valeur proprement dite et ce qui relève de la survaleur n’est jamais nettement tranchée. souvent implicitement admis que la seule réalité à laquelle devrait prétendre l’histoire. si on se borne à faire apparaître d’autres éléments et d’autres relations. se met à traiter la force de travail comme une force « productive ». de la force de travail.

15) Et. qui professe la fin des idéologies.free. » (Dits et Ecrits. Le pouvoir moderne. de la conduite de tous et de chacun une forme de surveillance. éd. d. 642). qui sera l’enjeu essentiel du gouvernement… Gouverner un Etat sera donc mettre en œuvre l’économie. Foucault’s Methods and Historical Sociology » : « Comment est-il possible que ce corps sans tête se comporte si souvent comme s’il en avait bel et bien une ? » (cité par Th. 1994. PUF. Plus généralement. Je pense qu’il faut limiter ce mot à un sens instrumental et relatif… Disons qu’il ne s’agit pas de jauger des pratiques à l’aune d’une rationalité qui les ferait apprécier comme des formes plus ou moins parfaites de rationalité . territoire. supposer une valeur raison absolue et sans s’exposer. 1980. p.html 33/33 . proféré de haut en bas comme venu de la tête. 1975. Lemke dans son étude sur « Marx sans guillemets ». relatives à chaque fois à la conjoncture dans laquelle elles jouent. il considère que le génie propre (au sens de l’esprit d’invention. 26) En d’autres termes. il n’y a de rationalités et de pratiques de rationalisation que régionales et temporelles. 1libertaire. Dean dans son étude « Critical and Effective Histories. t. d’une part. La société libérale.. 11 Dans une note de Surveiller et punir (éd. je crois. in Marx et Foucault. Dits et Ecrits. p. p. population »). ce qui lui permet d’intégrer l’idéologie à son fonctionnement. p. » (« La poussière et le nuage ». en transportant la politique sur le plan de l’économie. et il n’est pas permis d’élargir automatiquement leur action à d’autres conjonctures. en ôtant du même coup à celle-ci le caractère d’un discours surplombant. qui souligne selon lui « l’analogie entre les problèmes de la division du travail et ceux de la tactique militaire ».27/10/13 Le sujet productif Pierre Macherey est parfaitement légitime. Actuel Marx. sans. 2004. pratique l’idéologie sous la forme paradoxale de sa négation et de son absence. 1994. t. IV. Foucault cite la dernière phrase de ce passage du chapitre du Capital sur la coopération. » (id. que « l’introduction de l’économie à l’intérieur de l’exercice politique. fait du même coup de l’économie une politique à part entière. d’autre part. à mettre n’importe quoi dans la rubrique des rationalisations. Foucault explique. ingenium) du capitalisme a consisté à transférer au déroulement du procès de travail les procédures techniques de pouvoir et de commandement préalablement élaborées en vue d’organiser les armées. c’est cela. une économie au niveau de l’Etat tout entier. 15).fr/LesujetproductifPMacherey01. il déclare à l’appui de cette thèse générale : « Je ne crois pas qu’on puisse parler de « rationalisation » en soi. en se référant à Quesnay et à Rousseau. 12 Une réponse est ainsi apportée à la question soulevée par M. des richesses. et quel rôle elles y jouent. p. de contrôle non moins attentive que celle du père de famille sur la maisonnée et ses biens. dans la table ronde qui a suivi la présentation de ce texte. éd. qui avait été publiée à part en 1978 sous le titre « La gouvernementalité ». Gallimard. c’est-à-dire avoir à l’égard des habitants. III. mais plutôt de voir comment des formes de rationalisation s’inscrivent dans des pratiques ou des systèmes de pratiques. 13 Dans la 4e leçon du cours au Collège de France de l’année 1977-1978 (intitulé général : « Sécurité. Gallimard. 166). Gallimard.