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N°445 • samedi 28 avril 2007 • 1,5 €

hebdo es LLa soca s es France à l’Élysée!
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Récit d’anticipation: les 100 premiers jours de Ségolène à l’Élysée

6 mai 2007 I LA FRANCE D’APRÈS AVEC

La France à l’Élysée
Récit d’anticipation
Le 6 mai, vous avez le pouvoir de faire en sorte que ces lignes deviennent réalité Évidemment, Ségolène présidente, c’est encore une fiction, à l’heure où s’écrivent ces lignes. Les résultats encourageants du 22 avril nous invitent à penser que cet Hebdo de l’entre-deux tours – qui annonce crânement « la France à l’Élysée » – n’est finalement qu’une anticipation. À tous ceux de vos proches ou amis qui ne seraient pas encore convaincus de voter Ségolène Royal, vous pouvez faire lire cette nouvelle. Il s’agit d’une œuvre de pure invention littéraire. Toutefois, l’imagination de l’auteure, Aurélie Filipetti, n’a pas été sollicitée au-delà du raisonnable. Nous lui avons simplement demandé de bien vouloir imaginer les cent premiers jours de Ségolène à l’Élysée, à partir des engagements que cette dernière a pris durant sa campagne. Alors oui, ce récit qui prend la forme d’une lettre à un ami persan n’est encore que vraisemblable. Pour le passage du souhaitable au réel, tout dépend de Ségolène Royal, mais aussi de vous. De votre capacité à convaincre. Le 6 mai, faites en sorte que le visage qui s’affiche sur nos écrans à 20 h soit celui de Ségolène Royal !
Cher Usbek, Je ne sais pas si tu as réussi à avoir beaucoup d’informations, du fond de ta Perse, sur l’élection présidentielle française. L’élection, oui, bien sûr, mais ce qu’elle a changé dans mon pays ? Je t’adresse donc quelques pages de notes, prises pour te tenir informé de ce qui s’est passé chez nous pendant ces quelques mois qui ont suivi l’élection de Ségolène Royal à la présidence de la République. L’ambiance rappelle la fièvre de mai 1981. Ce sont de bien beaux moments. J’ai essayé, malgré la ferveur des derniers mois, d’écrire pour toi presque chaque soir quelques lignes factuelles. Bien à toi, Roxane. de Paris : « Ça alors, nous avons une femme présidente de la République et la tour Eiffel est toujours là ! ». C’est le dessin de Plantu dans Le Monde cet après-midi. Pour toutes les femmes dans le monde, c’est une avancée majeure. Je suis émue. Je pense à mes sœurs d’ailleurs, elles regardent aujourd’hui la France avec admiration, comme au temps des Lumières… Je pense aussi à toutes les femmes ici qui n’ont pas la parole, sur leur lieu de travail ou chez elle. Pour elles aussi, c’est un espoir en marche. Chirac a assisté à sa dernière cérémonie officielle et les Français à la plus grande fête populaire depuis le 10 mai 1981. Toute la tension accumulée, la colère face à la pression médiatique le soir du premier tour, avec les images du favori des puissants dans sa voiture noire remontant les quais de Seine, toute cette machinerie de guerre qui semblait pouvoir écraser d’une piche-

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8 mai
Un Parisien ouvre ses fenêtres et découvre le ciel ensoleillé sur les toits
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Le 6 mai, faites que ces lignes deviennent une réalité

Salaires, pouvoir d’achat : en finir très vite avec la vie trop chère
Attentive aux conditions de vie des milieux les plus modestes comme des classes moyennes, la candidate prendra rapidement des mesures pragmatiques : hausse du smic, revalorisation des retraites et des salaires, lutte contre les loyers trop chers et la pénurie de logements.
La pauvreté n’a de cesse de progresser en France. Elle touche de plus en plus les populations que l’on considérait jusque-là comme appartenant aux classes moyennes. Car les prix augmentent – logement, alimentation, carburant – mais les salaires eux ont tendance à stagner. Pour répondre à cet état de fait, Ségolène Royal propose un ensemble de mesures concrètes et, surtout, rapides. « Les Français n’ont pas seulement le sentiment, mais la démonstration, que leur pouvoir d’achat baisse ; ils ont le sentiment, et parce que c’est la réalité, qu’on leur ment sur l’indice des prix », dénonçait la candidate le 17 octobre 2006. Dans un premier temps, elle a décidé d’agir sur les salaires. Elle propose déjà de relever le smic à 1500 euros brut le plus tôt possible dans la législature. Sans compter le coup de pouce supplémentaire qu’elle lui donnerait dès juillet 2007. Aujourd’hui un smicard, soit près de 18% de la population active, doit vivre avec 1 000 euros nets par mois. Mais la candidate ne veut oublier personne. Et surtout pas tous ceux qui gagnent plus que le smic mais pas assez pour vivre bien. « Il est aussi important d’encourager l’accélération, la progression des salaires, plutôt que de figer un salaire minimal qui va provoquer un écrasement de la hiérarchie salariale », déclarait-elle en octobre 2006. «Afin de tirer vers le haut tous les salaires, une conférence nationale sur les salaires, les revenus et la croissance réunissant les partenaires sociaux sera organisée dès juin 2007. Cette conférence sera annuelle ». À cet objectif s’ajoute la détermination de Ségolène Royal de revaloriser les petites retraites, qui sont souvent bien en deçà du smic. Elle propose de les relever immédiatement de 5 %. Elle développe aussi une vision concrète du quotidien des retraités et c’est pourquoi elle souhaite que le minimum vieillesse soit versé mensuellement. Le logement est devenu le poste de dépenses le plus important des ménages. Étudiants, jeunes travailleurs, salariés à bas revenus ont aujourd’hui beaucoup de difficulté à accéder à un logement. « La vie chère, c’est surtout le logement : le consensus est total sur la gravité de la situation. Il n’y pas assez de logements, les logements sont trop chers. Il faut mieux appliquer la loi SRU, adopter une politique active de construction de logements, et mettre en place un service de la caution contre « la dictature des agences et des proprios », explique-telle dans le pacte présidentiel. Le service public de la caution proposé par Ségolène Royal, mis en œuvre dans les cent premiers jours de son mandat, vise à faciliter l’accès au logement tout en apportant la sécurité de paiement au propriétaire. Et devant la progression mirobolante des loyers, elle envisage de « conditionner les avantages fiscaux et les aides publiques à une modération des loyers ». Il s’agira aussi de contrôler les communes qui ne respectent pas le quota de 20 % de logements sociaux, et de construire 120 000 logements sociaux nouveaux chaque année.
Fanny Costes

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L’environnement, une priorité immédiate et durable
Après l’instauration d’un moratoire sur les OGM, le gouvernement de Ségolène Royal engagera rapidement les grands débats nationaux sur l’énergie, l’agriculture, le développement durable, tout en mettant en œuvre une politique concrète, notamment pour l’habitat.
Le gouvernement nommé par Ségolène Royal prendra très rapidement certaines mesures concrètes comme l’instauration d’un moratoire sur la culture d’OGM en plein champ et engagera rapidement un grand débat national sur l’énergie. Une des toutes premières mesures sera la nomination d’un vice-Premier ministre chargé du développement durable. « Il assumera un rôle d’impulsion, d’arbitrage, de contrôle et de veille sur les différentes politiques sectorielles qui ont des effets structurant sur le long terme : lutte contre le changement climatique, habitat, transport, agriculture…», explique Bruno Rebelle, conseiller à l’environnement de Ségolène Royal. Ces premières semaines permettront de mettre en œuvre une nouvelle méthode de gouvernement, indispensable pour engager les mutations importantes qui seront nécessaires pour promouvoir l’excellence écologique. L’ouverture du grand débat national sur la politique énergétique aura ainsi pour finalité de préciser les moyens d’actions permettant d’atteindre l’objectif de diviser par quatre les émissions de gaz à effet de serre en 2050. L’ensemble des acteurs seront mobilisés pour
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initier le programme national de développement des énergies renouvelables. Ce débat public permettra d’éclairer les choix que le Parlement devra arrêter sur la part du nucléaire dans le mix énergétique, le renouvellement du parc, le choix de construire ou non l’EPR, les contours du grand pôle public de l’énergie autour de EDF-GDF. La même approche, fondée sur la concertation, guidera les décisions concernant la culture d’OGM en plein champ. « Le moratoire permettra un débat pacifié entre agriculteurs conventionnels, producteurs bio, consommateurs, industries semencières et agro-alimentaires… Ce débat se nourrira des derniers résultats de la recherche et utilisera également le retour de dix ans d’expérience de culture OGM dans le monde. Il pourrait se dérouler jusqu’à fin 2007 et aboutir à une décision avant les semailles 2008 », précise Bruno Rebelle. Le gouvernement initiera également très vite un programme national de réduction de l’usage des pesticides. L’organisation d’états généraux de l’agriculture et de la ruralité est à l’agenda des premiers mois. «Ségolène Royal souhaite que les

partenaires agricoles se concertent, avant d’engager dès 2008 les négociations avec nos partenaires européens pour réorienter les aides agricoles vers une agriculture créatrice d’emplois, respectueuse de l’environnement et de la qualité des produits, et ne générant pas de distorsions au dépend des petits producteurs des pays en voie de développement. » Parallèlement se dérouleront des assises de la viticulture pour définir les modalités de dynamisation des instances professionnelles afin de mieux promouvoir les produits français sur les marchés internationaux. Enfin, dans le domaine de l’habitat, des mesures seront prises dès septembre pour lancer le programme d’isolation dans l’habitat. De même, l’exigence de la norme de haute performance énergétique et haute qualité environnementale (HQE) pour tous les permis de construire pourrait voir le jour d’ici le 1er janvier 2008. « Ces mesures peuvent être entérinées assez vite, d’autant que les artisans y sont favorables et que ce seront des initiatives créatrices d’emploi pour toute la filière », note Bruno Rebelle.
Éric Lamien

Le 6 mai, faites que ces lignes deviennent une réalité

nette nos troupes joyeuses mais artisanales… et puis, au bout, le succès… Comme les soldats grecs de Salamine, acculés à la victoire par leur infériorité numérique elle-même.

10 mai
Pour l’anniversaire de la victoire de François Mitterrand, un rassemblement est organisé à la Bastille. Des télégrammes de félicitations envoyés de partout dans le monde s’accumulent rue de Solférino : « un moment historique pour la France », « une recomposition historique sans précédent », « une nouvelle ère politique », « Le temps des femmes est arrivé », « un grand pas pour la cause des femmes », « le nouveau visage de Marianne », « les Français ont préféré la France de la réconciliation à la France de la confrontation », « une nouvelle socialdémocratie à la française », « un soulagement pour l’Europe ».

Entre-temps – « une longue conversation », « un délai inhabituel », « un entretien poussé », diront les commentateurs – quelques mots d’analyse du résultat de l’élection, de la situation politique et économique du pays, et enfin, la transmission de la clef du feu nucléaire. « On est un peu prisonnier ici, vous verrez », lui confie Jacques Chirac à mivoix. Elle sourit : « il suffit d’en sortir. » Elle l’a dit : elle sera chaque semaine au contact des Français. Elle tiendra parole. C’est aujourd’hui son premier bain de foule de présidente. Bien sûr, les journaux bruissent de rumeurs sur la composition – dont on sait qu’elle sera resserrée – du gouvernement. Le politiquement correct fait des émules : ceux qui ont rivalisé de misogynie pendant la campagne font désormais assaut de précautions oratoires dans leurs déclarations ou leurs écrits. Dans leurs supputations, on évoque toujours « le ou la » Premier-ère ministre, et à chaque fois, l’on prend soin de citer des femmes. Très vite, la présidente nomme son Premier ministre. Celui-ci annonce la composition du gouvernement : un souffle d’espoir passe sur le pays. « Concentrée, féminisée, efficace, issue d’horizons politiques divers et ouverte, voilà le profil de l’équipe », analyse Libération. Il y a un nouveau poste au gouvernement : pour la première fois, un vicePremier ministre du Développement durable, distinct du ministre de l’Environnement, sera chargé de la coordination de toutes les politiques publiques, de la réflexion et de l’anticipation sur les enjeux écologiques.

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16 mai
Aujourd’hui, cher Usbek, l’heure est grave. Je sais combien tu es attaché aux symboles de la République et au cérémonial laïque qui assoit la légitimité de nos institutions démocratiques. À onze heures tapantes, Ségolène Royal entre à l’Élysée, l’ancien président Jacques Chirac en sort une heure plus tard. Dans l’intervalle, la Présidence a changé de visage et la France a changé d’âme. Celle que l’on peut désormais appeler Madame la Présidente l’accompagne sur le perron, descend quelques marches avec lui, lui tend la main. Il s’incline.

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Sans même attendre la réunion du premier Conseil des ministres, la Présidente convoque une Conférence sur les revenus et la croissance. Son porte-parole, sur le perron de l’Élysée, indique que la table ronde avec les partenaires sociaux aura pour objet de relever le pouvoir d’achat des Français, de faire pièce à la vie chère, et de réorienter les aides aux entreprises vers la création d’emplois et l’innovation. Le Cercle des jeunes dirigeants, comme l’ensemble des organisations syndicales, se félicite de la célérité de la présidente à mettre en œuvre l’un de ses principaux engagements de campagne. Le Medef dénonce une opération de communication politique qui risque de mettre en « péril l’équilibre des entreprises », et indique que « seule la

baisse des charges patronales et la disparition du contrat de travail peuvent permettre de résoudre le chômage ». On apprend que le concurrent défait a organisé un dîner avec ses principaux soutiens : Lagardère, Bouygues, Dassault, Albert Frère, et autres patrons du CAC 40. Les femmes de l’UMP, qui avaient été mises en avant pendant la campagne, sont désespérées : elles sont de nouveau marginalisées et réduites aux postes subalternes dans leur parti.

22 mai
À marquer d’une pierre rouge dans l’histoire du mouvement féministe : Olympe de Gouges fait son entrée au

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La France Présidente
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Le 6 mai, faites que ces lignes deviennent une réalité

Des services publics pour tous, sur tout le territoire
À l’inverse du candidat de droite, Ségolène Royal ne supprimera pas des postes de fonctionnaires, au risque d’aggraver les inégalités territoriales, mais veillera à ce que les services publics soient plus efficaces, mieux répartis, plus adaptés à des enjeux de société comme la petite enfance, le logement ou la sécurité.
La candidate socialiste entend immédiatement « renforcer la présence des services publics dans les zones rurales et les quartiers populaires ». Pour rendre les services publics forts, efficaces et garants de l’égalité réelle, Ségolène Royal s’engagera auprès des agents de la fonction publique, confrontés, depuis cinq ans, à de nombreuses saignées et une baisse substantielle de leur pouvoir d’achat. Manière de prendre la mesure de leurs revendications et de surseoir à la disparition massive de postes dans les services de l’État, qui n’étaient plus en mesure d’assumer correctement leurs missions. Le message est clair : ne pas toucher au nombre de fonctionnaires, mais travailler à une meilleure répartition géographique des compétences. Dans ce contexte, l’urgence est à la refonte des grilles salariales, l’amélioration des déroulements de carrière et une meilleure maîtrise des dépenses, permettant d’assurer l’égal accès de tous aux services publics. À charge, pour les collectivités territoriales, de redéfinir leurs rôles respectifs, en évitant l’enchevêtrement des compétences et les financements croisés, nuisibles à l’efficacité publique. « Il ne s’agit pas tant de licencier des fonctionnaires que de redéfinir leurs missions, en relançant le processus de décentralisation », précise Christian Martin, secrétaire national du PS en charge des services publics. La candidate souhaite, par ailleurs, mettre en place un service public de la petite enfance, un service public de la caution, pour rétablir la police de quartiers, lancer une réflexion sur les nouvelles missions confiées aux hôpitaux de proximité, ou sur la régionalisation du service public de l’emploi… En attendant d’autres grandes réformes – en particulier, la création d’un pôle public de l’énergie entre EDF et GDF.
Bruno Tranchant

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Panthéon, près de deux cent quinze ans après avoir été guillotinée. Jeanne Moreau lit La Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne sur les marches du Panthéon. Ségolène Royal porte deux roses à la main, une pour honorer l’Histoire, une pour saluer l’avenir, a-t-elle déclaré. C’est un bien beau visage pour Marianne… 26 ans après… Cher Usbek, on était toi et moi des enfants quand Mitterrand est arrivé au pouvoir, et là, tout à coup, nous sommes tous sur la photo : c’est étrange d’avoir l’impression de sauter dans un livre d’histoire à pieds joints.

La campagne législative bat son plein dans toutes les circonscriptions de France. Évidemment, chaque membre de la future majorité présidentielle, a placé une photo de Ségolène sur son affiche et sa profession de foi.

29 mai
La présidente de la République, lors de l’une de ces conférences de presse qu’elle a décidé de tenir régulièrement (car « une présidente au contact des Françaises et des Français est une présidente qui s’adresse à eux »), annonce que la Conférence sur les revenus et la

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Le 6 mai, faites que ces lignes deviennent une réalité

croissance approuve le principe des emplois-tremplins et le droit au premier emploi, afin qu’aucun jeune ne demeure plus de six mois sans travail après sa sortie du système scolaire. Le « contrat de progrès » avec les PME est mis à l’essai dans trois régions, puis il sera étendu à l’ensemble du territoire après un bilan participatif mené par des experts et des citoyens. La présidente annonce qu’elle ouvre un chantier essentiel pour l’avenir du pays et la rénovation de la démocratie: la modernisation de la démocratie sociale, avec les partenaires sociaux,afin qu’émergent des propositions pour faciliter, financer en partie,et encourager,l’engagement syndical et que les représentants syndicaux aient plus de poids dans les entreprises.

4 juin
Nouvelle conférence de presse de la présidente : accompagnée de son vicePremier ministre du Développement durable, elle décrète un moratoire sur les OGM en plein champ et l’ouverture d’une conférence de citoyens sur les organismes génétiquement modifiés. Pendant plusieurs semaines, experts, élus, citoyens, vont discuter ensemble des enjeux scientifiques et techniques, mais aussi de l’impact social et économique de ces technologies. Comme elle l’avait annoncé pendant sa campagne, « les décisions qui concernent la vie et l’avenir de tous les citoyens méritent qu’ils y soient associés, qu’ils en soient informés, qu’ils puissent en débattre en toute liberté » – car « là où il y a mensonge, là où il y a secret, il y a

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Plus d’enseignants, plus d’écoute, plus d’avenir
Préparation de la rentrée scolaire, rétablissement des emplois supprimés dans l'Éducation nationale, tenue d’états généraux, soutien aux universités et à la recherche : comme prévu, dès la rentrée 2007, l’éducation sera au cœur de la politique gouvernementale.
Aujourd’hui, la suspicion règne entre enseignants, élèves et parents. Les jeunes manquent de perspectives au cours de leurs études supérieures. La recherche s’expatrie. ». Face au constat du pédagogue Philippe Meirieu, l’urgence est donc au changement. Pour les Français, l’amélioration du système éducatif arrive d’ailleurs en troisième position des priorités que devra avoir le prochain président de la République (sondage IPSOS-Le Point du 12 avril). La première priorité de la candidate socialiste en ce domaine sera l’abrogation du décret Robien du 12 février 2007 qui organise l’allongement de la durée de travail, l’enseignement de deux matières (bivalence) et la nomination sur plusieurs établissements. En outre, elle s’engage à rétablir les postes d’enseignants susceptibles d’être supprimés à la rentrée (près de 5 000). Autre mesure prévue par la candidate socialiste dès le mois de juin : des états généraux de la réussite scolaire. Avec trois exigences au programme : se concerter, promouvoir la transparence, puis décider. Et trois contraintes : les vacances scolaires, la complexité administrative, la préparation technique d’une rentrée déjà engagée. Pour Philippe Meirieu, professeur à l’université Lyon II, il faut cibler les premières mesures : identifier au plus vite les classes de CM2, troisième et terminale qui ont besoin d’un suivi, mettre en place un accompagnement public et gratuit, si besoin, en rémunérant les enseignants qui accepteraient d’aider ces enfants. Il souhaite aussi que l’éducation artistique et physique regagne une place conséquente à l’école, pour permettre aux jeunes d’évacuer leur agressivité et éveiller chez eux leur créativité.
O. N.

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De nouveau, une police de proximité
Parmi les premières mesures prises par Ségolène Royal figurera l’instauration d’une police de proximité, efficace, équitablement répartie sur le territoire, et garantissant la sécurité et la pacification des relations entre les forces de l’ordre et la population.
« Lutter contre toutes les formes de violence. » C’est un des thèmes centraux du projet socialiste. Ségolène Royal s’est engagée dans son pacte présidentiel à réviser l’approche sécuritaire de Nicolas Sarkozy qui a conduit à la dégradation des rapports entre la justice, les forces de l’ordre et la population. Les violences de l’automne 2005 et l’incident en gare du Nord en sont les tristes exemples. Sarkozy ne saurait admettre la faillite de sa politique sécuritaire mais les chiffres ne mentent pas : le taux d’agression contre les personnes a progressé de 20 % en quatre ans. « Quant à la sécurité, ce n’est pas un problème de droite ni un problème de gauche. C’est une préoccupation des Français, en particulier des couches populaires », souligne Ségolène Royal. C’est dans cette logique qu’elle propose le retour de la « police de quartier », supprimée par Sarkozy alors qu’elle avait l’avantage considérable de rapprocher le policier du citoyen. Delphine Batho, secrétaire nationale PS en charge de la sécurité, estime que « la suppression de la police de proximité a eu des conséquences néfastes et désastreuses que tout le monde déplore aujourd’hui ». L’instauration de la police de quartier englobera le développement « des brigades de mineurs dans chaque commissariat des grandes zones urbaines. La répartition des effectifs sera plus juste, en donnant la priorité aux renforcements quantitatifs et qualitatifs des zones sensibles ». Ces zones seront rendues plus attractives pour les policiers grâce à une hausse de leur rémunération, des avantages de carrière et des aides au logement. « Ce sera l’inverse d’une politique de dilution : on n’ouvrira pas des petites antennes partout, mais de vrais commissariats dans les zones à forte concentration humaine, ouverts 24 heures sur 24, 7 jours sur 7, avec des policiers sur le terrain » précise Delphine Batho.
R. A.

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souvent catastrophe annoncée ». Les associations écologistes se félicitent de ce geste « qui marque un premier pas vers une prise de conscience des enjeux environnementaux majeurs qui menacent l’avenir de la planète ». Jacques Chirac, nouveau président de la Fondation Jacques Chirac – La maison brûle, salue cette décision depuis son lieu de vacances… Le Prix de la meilleure blague politique de la campagne est décerné à Nicolas Sarkozy pour ses 27 citations de Jean Jaurès en un seul discours. Le vice-Premier ministre chargé du Développement durable prépare le débat national sur la politique énergétique de la France. Il réunit l’ensemble des associations de défense de l’environnement, notamment celles qui avaient claqué la porte des pseudodébats précédents. Très vite, un consensus se dégage pour proposer de fortes incitations fiscales visant à encourager le développement du plan massif en faveur des énergies renouvelables. L’objectif est de tenir – enfin ! – l’engagement de réduire par 4 d’ici

2050 les émissions de gaz à effet de serre. Le Plan massif pour les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique y seront pour beaucoup.

6 juin
La présidente est arrivée au sommet du G8 à Heiligendamm en Allemagne. Jolie station balnéaire au bord de la Baltique – l’une des mers les plus polluées au monde. Dans ce cénacle, elle fait son entrée parmi les dirigeants des pays les plus riches du monde. Elle a déjà rencontré plusieurs d’entre eux lors de la campagne. Mais avec George Bush, c’est peu de dire que les relations sont juste cordiales. Au programme de la présidente, le changement climatique, le codéveloppement, la place des pays du Sud dans les rencontres internationales, notamment l’Afrique, le développement d’un commerce plus équitable en s’appuyant sur la présence de Pascal Lamy à la tête de l’OMC.

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Priorité à l’université et à la recherche
Ségolène Royal a pour ambition d’adapter les études supérieures aux nouvelles réalités.
Plus d’autonomie pour les universités dans leur gestion des fonds publics, internationalisation de leurs formations et de leurs débouchés, contenus adaptés au marché. La France ne compte que quatre universités dans le top 100 des meilleures universités mondiales. Et ses moyens sont inférieurs à la moyenne des autres pays de l’OCDE (12 000 euros par étudiant et par an), un cas rare au sein de l’Union européenne. Autre chantier prioritaire pour la candidate : l’innovation et la recherche, afin d’enrayer la fuite des cerveaux vers l’étranger et de rattraper le retard accumulé. Ces cinq dernières années, le financement public est passé de 1 % à 0,8 % du PIB. Ségolène Royal veut l’augmenter de 10 % par an, « tout en calquant les programmes des universitaires sur ceux des chercheurs », s’enthousiasme Yves Durand, secrétaire national PS en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche. « Seront soutenues la recherche appliquée mais aussi la recherche fondamentale. Cette aide sera accordée en fonction des structures, pas des projets. »
O. N.

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La bataille pour l’emploi des jeunes
Aider les jeunes à trouver un premier emploi, soutenir les entreprises innovantes, notamment les TPE et les PME, tout en veillant à ce que les aides de l’État soient réellement accordées à bon escient : l’emploi sera au cœur des premiers mois de la nouvelle présidence.
Le 4 avril dernier, 27 économistes, dont Daniel Cohen et Philippe Aghion, lancent un « appel en faveur du programme de Ségolène Royal ». Ils en saluent les principaux points : soutien à l’innovation et à l’investissement et non à la rente ; un service de l’emploi qui accompagne, forme et, quand il le faut, sanctionne les abus ; des parcours professionnels sécurisés ; des réformes qui permettront de rendre les entreprises plus souples et donc plus compétitives, sans pour autant précariser les salariés. La bataille pour l’emploi est au cœur des préoccupations des Français. Le chômage reste élevé (entre 8,4 % et 8,8 %), la précarité augmente (+ 16 % de Rmistes depuis 2002) et 70 % des embauches sont des CDD ou des contrats d’intérim. La confiance envers les entreprises s’est effritée. Dès juin, la candidate du Parti socialiste veut lancer des réformes à l’effectivité immédiate. Ségolène Royal commencera par cibler les jeunes, avec ou sans diplôme, pour les aider à obtenir leur premier emploi. Elle incitera les PME à les recruter, grâce aux emplois-tremplin et au « contrat première chance» (CPC). Le premier est destiné notamL’HEBDO DES SOCIALISTES I 28 AVRIL 2007

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ment à la professionnalisation des associations et des services d’aide à la personne ainsi qu’au développement des régions. Le second, aux artisans et commerçants, deux catégories qui ont du mal à recruter : 500 000 postes sont vacants. En fait, les emplois-tremplin existent déjà depuis début 2005, dans certaines régions de gauche, comme en Poitou-Charentes et en Rhône-Alpes. Leur coût est pris en charge par la région, pendant trois à six ans. Il permettent à des personnes au chômage depuis longtemps ou avec des bas niveaux de qualification, de retrouver des responsabilités. «En plus, travailler pour une association est gratifiant et les individus s’impliquent encore davantage dans leur travail », explique Delphine Pelade, sous-directrice de l’emploi de la région Ile-de-France. L’objectif est d’en créer 500000, « mais cela ne sera pas possible avec les mécanismes en place actuellement », ajoute Delphine Pelade. «Nous sommes efficaces en qualité, pas en quantité: seulement 1300 créés chaque année.» Autre proposition, plus récente : le

contrat première chance. Présenté par la sociologue du travail, Dominique Méda, le CPC est destiné à ceux qui sortent chaque année du système scolaire sans qualification : 90 000 jeunes s’arrêtent après avoir passé leur brevet. Il s’agira de conventions ratifiées entre le jeune, la région et une entreprise employant moins de 20 salariés. Le CPC « n'est pas un nouveau contrat aidé », précise Dominique Méda, « c'est plutôt un sas, pendant lequel le jeune se met à niveau, sur le modèle du compagnonnage ». L’État prendra en charge le salaire et les charges sociales pendant un an : période de trois mois de stage avec formation et/ou tutorat, puis signature d’un contrat d’apprentissage, de professionnalisation ou à durée indéterminée. Si l’entreprise veut se séparer du jeune dans un délai de 18 mois (tentant ainsi de bénéficier d’un « effet d'aubaine »), elle devra rembourser l'ensemble des sommes perçues et trouver un reclassement à son employé.
O. N.

© DR

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10 juin
Premier tour des élections législatives.

17 juin
Les Français ont choisi une nouvelle majorité parlementaire. Toutes les conditions démocratiques sont réunies pour mener à bien les réformes du pacte. Les priorités sont réaffirmées : rénovation démocratique, justice sociale, urgence écologique et vitalité économique, impartialité et sobriété de l’État.

la feuille de route de la relance de l’ambition européenne, en s’engageant sur une dimension sociale renforcée. Angela Merkel, qui assure la présidence de l’Union, se félicite du redémarrage de l’Europe politique grâce au retour d’une France forte et respectée à la table des négociations. À l’issue de la conférence, les dirigeants européens font une déclaration solennelle sur la situation au Darfour.

21 juin
Le Parlement est réuni en session extraordinaire. L’Assemblée, elle aussi, est plus féminisée. Surtout, les parlementaires savent que dès la réforme institutionnelle, ils devront renoncer au cumul des mandats. Certains s’en réjouissent, d’autres font grise mine et tentent d’ultimes manœuvres pour louvoyer. Peine perdue ! Le second grand chantier présidentiel est engagé : celui des institutions. Un

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20 juin
Les ministres de l’Agriculture et de l’Environnement ouvrent conjointement les États généraux de l’agriculture et de la ruralité. Le Sommet européen permet de fixer

Les économistes avec Ségolène Royal
La cohérence économique du pacte présidentiel de Ségolène Royal n’a pas échappé aux spécialistes de la question. Ils sont 27 « économistes aux parcours divers et aux opinions variées » à lancer un appel en sa faveur.
Les raisons sont claires : « Les politiques publiques doivent soutenir l’innovation, l’investissement et non la rente. Elles doivent prendre pleinement en compte les objectifs du développement durable. Il faut attaquer l'échec scolaire à la racine, réformer les universités et offrir une formation professionnelle tout au long de la vie, car le capital humain est le déterminant fondamental de notre croissance. Pour réduire le déficit et redonner des marges de manoeuvre à la puissance publique, l'État doit devenir plus efficace, fixer des missions aux services publics et les évaluer. Les entreprises françaises doivent gagner en souplesse pour être compétitives, mais cette souplesse ne peut s'obtenir au prix de la précarité des individus. La négociation sociale doit jouer pleinement son rôle pour favoriser l'emploi et la progression du pouvoir d'achat des salaires. La fiscalité doit être simple, peser moins lourdement sur le travail et conduire à économiser les ressources naturelles. Selon ces experts, l’approche de Ségolène Royal « est la seule qui prenne en compte ces différents aspects ». Cet appel met à mal l’ultralibéralisme pour le confronter à une politique qui remette « sereinement la France sur le chemin d’une nouvelle croissance durable et partagée ». F. C.

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Comité constituant consultatif formé de parlementaires, d’élus locaux, de citoyens tirés au sort et de spécialistes de droit constitutionnel est chargé de faire des propositions de réformes pour préparer le référendum de l’automne. Les citoyens sont tirés au sort sur les listes électorales, un principe inventé par la démocratie athénienne, qui fait grincer quelques dents. Le site internet de l’Élysée sert de relais aux participations des internautes citoyens de la France Présidente. Un seul mot d’ordre : la parole aux citoyens. Ségolène Royal le martèle à chacune de ses interventions : nous avons rendu la parole aux Français, personne ne la leur volera. La présidente annonce que le changement d’utilisation du fort de Brégançon est à l’étude. La résidence estivale du chef de l’État pourrait être transformée en lieu d’accueil et d’éducation pour des jeunes en rupture sociale et scolaire.

1er juillet
Excellente nouvelle pour les Français : suivant les conclusions de la Conférence sur les revenus et la croissance, le smic est augmenté ainsi que les bas salaires, l’allocation adultes handicapés, les petites pensions et le minimum vieillesse.

9 juillet
Le ministre de l’Intérieur crée une nouvelle police de proximité. Le porteparole du gouvernement rappelle que certains s’étaient moqués des policiers qui jouaient au basket avec les jeunes, et que le résultat en avait été la rupture du lien de confiance. Pour accélérer le traitement des affaires pénales comme civiles, les moyens de la justice sont multipliés par deux.

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Le 6 mai, faites que ces lignes deviennent une réalité

Présidente d’une République nouvelle
dons changer de logiciel, au profit d’un nouvel équilibre des pouvoirs et d’un déplacement du centre de gravité de la décision publique, au plus près du citoyen, assure Arnaud Montebourg, député de Saône-etLoire et porte-parole de la candidate. Le Parlement, dont le rôle sera renforcé, exercera un véritable pouvoir de contrôle sur le gouvernement, tandis que les Français interviendront plus directement dans la décision. C’est bien d’une révolution dont il s’agit, dont nul n’a encore mesuré l’ampleur sismique. » Quatre piliers en formeront l’ossature : les démocraties sociale, territoriale, participative et représentative. Sur le premier point, la candidate est décidée à promouvoir un syndicalisme de masse. Elle prévoit, à cet effet, l’organisation systématique de la négociation préalablement à toute réforme, en fondant la représentativité syndicale sur l’élection et en généralisant le principe de l’accord majoritaire. Second axe de la réforme, la démocratie territoriale préfigure une nouvelle étape de la décentralisation, avec des transferts de compétences plus larges aux régions, pour combattre les gaspillages de fonds publics. Afin de lutter ainsi « contre le morcellement du territoire et l’empilement des structures », souligne le député de Saône-et-Loire. La troisième priorité porte sur la démocratie participative et la revalorisation du Parlement. Celui-ci «interviendra sur la haute administration, en ayant un œil attentif sur les nominations et les comptes publics, tout en laissant à l’opposition le soin d’assurer le contrôle de l’exécution des dépenses publiques, explique Arnaud Montebourg. Nous entendons aussi supprimer l’article 49.3 en limitant l’usage, par le Parlement, des ordonnances et du vote bloqué, et instaurer le mandat unique. Enfin, le chef de l’État partagera les pouvoirs qu’il exerçait jusqu’ici en propre selon des attributs monarchiques. C’est la fin du domaine réservé sur le plan diplomatique. La présidente conservera néanmoins le droit de grâce et la force de frappe, qui relèvent de sa seule autorité. » Autres réformes : l’introduction d’une dose de proportionnelle et du droit de vote des étrangers aux élections locales de 2008. « Nous entendons aussi améliorer les mécanismes de responsabilité dans l’exercice du pouvoir, tout en multipliant les référendums d’initiative populaire et les droits de pétition pour faire inscrire à l’ordre du jour des collectivités publiques des questions qui échappent au débat », renchérit Arnaud Montebourg. Avant d’insister sur la nécessaire restructuration du Conseil supérieur de la magistrature (CSM), la réforme du mode de désignation des membres du Conseil constitutionnel et du CSA – dont les membres seront désignés par le Parlement à une majorité des 3/5es –, l’adoption d’une loi pour renforcer les sociétés de rédacteurs, et des mesures anti-concentration dans le domaine de la presse quotidienne régionale.
B. T.

« La France présidente, c’est la promesse solennelle que la politique ne se fera jamais plus sans les citoyens. » La candidate socialiste a l’ambition de changer la pratique de la fonction présidentielle. Pour cela, la mise en place rapide d’une VIe République sera nécessaire.
Aussitôt nommée à l’Élysée, Ségolène Royal formera un gouvernement resserré, chargé de veiller à la mise en œuvre des priorités qu’elle s’est fixée. Parmi ses grands chantiers : la réforme institutionnelle. Elle entend ainsi mettre en place, sous l’autorité du Premier ministre, un « Conseil consultatif constituant », composé de parlementaires, de représentants du conseil économique et social, d’élus locaux, de constitutionnalistes et d’un jury de citoyens tirés au sort. Un référendum est ensuite programmé à l’automne. « Nous enten-

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S’il est un engagement qui a été renouvelé et réaffirmé tout au long de la campagne, c’est l’égalité entre les sexes. La première loi mise à l’ordre du jour est celle contre les violences conjugales. Elle est adoptée. « Ce n’est plus seulement de réparations qu’il s’agit, ou de panser les blessures, mais de renforcer la prévention, en portant une attention majeure à l’éducation et à l’égalité à l’école, à la santé publique, à la sécurité », selon le communiqué de l’AFP. La rentrée scolaire approche, les emplois d’enseignants supprimés par la droite sont rétablis et orientés en priorité vers les établissement classés difficiles. Le nombre d’élèves par classe en CP et en CE1 est au maximum de 17 dans les zones sensibles. L’éducation est bien la priorité des priorités de la nouvelle présidente, qui insiste pour réintroduire l’en-

seignement artistique de la maternelle à l’université, ainsi que pour soutenir les associations culturelles qui avaient été durement frappées par les restrictions budgétaires.

14 juillet
La présidente assiste au défilé aux côtés d’Angela Merkel, de Romano Prodi et de José Luis Zapatero. Ensuite, ils remontent les Champs-Élysées à pied, symbole de l’Europe en marche… La garden party est ouverte non plus seulement aux officiels et à leurs familles, mais à des citoyens tirés au sort. L’invitée d’honneur est Mélanie Bétancourt, la fille d’Ingrid.

Mieux protéger les femmes
La loi-cadre contre les violences faites aux femmes répondra aux situations d’urgence en garantissant la sécurité des victimes et mettra aussi l’accent sur l’accompagnement de celles-ci et sur la prévention.
Aujourd’hui en France, en moyenne, une femme meurt tous les trois jours sous les coups de son conjoint. Et la justice reste insupportablement impuissante face à des actes trop souvent relégués à la sphère privée. Les femmes n’osent pas porter plainte, leur protection n’est pas suffisamment assurée et, comble de la contradiction, c’est la femme qui doit quitter le domicile et non le conjoint violent !
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Face à cette réalité, Ségolène Royal propose d’agir enfin, et de faire de la lutte contre les violences faites aux femmes une « affaire d’État ». Le premier texte voté au Parlement sera donc une loi-cadre contre ces violences sur le modèle de la loi espagnole de 2004. « Comme la loi espagnole, elle garantira aux femmes la sécurité de leur domicile, assurera la coordination de l’ensemble des acteurs, fixera les moyens de l’hébergement d’urgence. Elle appuiera le travail des associations déjà très mobilisées. Elle mettra l’accent sur la prévention et sur le suivi des victimes comme des auteurs. Les unes et les autres ont besoin d’être aidés. Je crois que là aussi, c’est au premier acte de violence qu’il faut agir », a précisé Ségolène Royal le 28 février dernier.

Cette loi imposera notamment à tous les départements de créer des lieux d’accueil pour les femmes en souffrance. La candidate socialiste va même plus loin. La peur de porter plainte reste telle chez les femmes maltraitées qu’elle envisage l’adoption d’un dispositif juridique permettant à la police d’intervenir sur un « flagrant délit ». Mais la loi n’a pas seulement vocation à répondre à l’urgence face à de tels actes. Elle permettra également de proposer un meilleur accompagnement des femmes pour reprendre pied dans la société, et aussi des hommes pour qu’ils soient soignés. Comme le souligne Ségolène Royal, c’est le seul moyen de « mettre fin à cette spirale de la violence et de la brutalité ».
F. C.

Le 6 mai, faites que ces lignes deviennent une réalité

6 août
Vacances pour tout le monde. Courtes. C’est la première vraie halte de Ségolène Royal depuis des mois. Elle ne change pas ses habitudes pour autant : vacances familiales, avec juste les officiers de sécurité en plus. Avant les vacances parlementaires, le ministre de l’éducation nationale a annoncé que l’allocation de rentrée scolaire versée aux familles serait doublée. Elle est versée immédiatement.

Quelle présidente sera Ségolène Royal ?
Une plus grande proximité avec les Français, et une responsabilité réellement assumée par le gouvernement et le chef de l’État : tel pourrait être le diptyque pour définir le sens du mot « présidente » version Ségolène Royal.
« Le Premier ministre, quel qu'il soit, aura un rôle très simple, une feuille de route claire : mettre en application le pacte présidentiel. C'est sur cette base que j'aurai été élue. Ce pacte présidentiel, que j'ai élaboré avec les Français, dans un rapport dialectique avec eux, au cours de cette belle phase de démocratie participative si décriée autour de moi, la moindre des choses est qu'il soit mis en chantier sans délai. Et je viendrai personnellement, tous les ans, rendre compte devant le Parlement de l'application du pacte présidentiel », déclarait Ségolène Royal à l’hebdomadaire L’Express, début avril. Car dans cette élection elle ne souhaite pas conquérir un pouvoir personnel mais retrouver la confiance de la population. Son expérience professionnelle et intime l’a conduite à vouloir agir pour le mieux-vivre de tous, et avant tout des plus démunis. « Il n’y a pas de liberté sans justice, de démocratie sans éducation et d’efficacité économique sans sécurité sociale. C’est tout cela que je veux réconcilier. C’est ma conviction de femme de gauche et de progrès, c’est ma volonté d’agir pour l’intérêt général. »
F. C.

Septembre
La loi de finances 2008 est en cours de préparation : le budget de l’université est augmenté de 10 %, celui de la recherche aussi. La justice sociale passe par la justice fiscale : on réfléchit aux suppressions des niches fiscales, et on instaure un bouclier logement, qui protège les locataires de la hausse exorbitante des loyers. Grand moment d’expression démocratique dans le pays : le référendum sur la VIe République. Beaucoup de débats, la droite dure se déchaîne contre la perte de ses pouvoirs. La suppression du 49.3, la fin du cumul des mandats, les droits de l’opposition, l’institutionnalisation de la démocratie participative, le renforcement des pouvoirs du Parlement, les jurys citoyens, la transformation du CSA en Haute Autorité du pluralisme, dont les membres sont nommés par l’Assemblée à une majorité des 3/5e, l’ouverture du Conseil économique et social aux représentants d’associations de défense de l’environnement et de la culture… Le renforcement de la démocratie, son approfondissement. C’est une révolution douce, celle de la France, enfin présidente.
Aurélie Filipetti

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22 avril 2007, de Melle à Solférino

Au soir du 1er tour, depuis la ville de Melle (DeuxSèvres), chef-lieu de sa circonscription, Ségolène Royal s’est adressée à ses électeurs et à l’ensemble des Français : « Un élan civique s’est levé, la très forte participation, que j’avais appelée de mes vœux, est là. Je mesure la responsabilité éminente, et qui m’honore, que vous me confiez ce soir. Je n’en tire aucune gloire personnelle, vous me donnez une responsabilité majeure, celle de porter le combat du changement pour que la France se relève. Je lance un appel à toutes celles et ceux qui veulent que la France fasse triompher la République du respect, parce que nous savons qu’il n’y a pas de liberté sans justice, qu’il n’y a pas d’efficacité économique sans progrès social. Nous aurons le 6 mai prochain un choix clair entre deux voix très différentes. Et je tends la main à toutes celle et ceux qui pensent comme moi qu’il est non seulement possible mais urgent de quitter un système qui ne marche plus. Je vous invite à inventer une France neuve, à la fois protectrice et dynamique, une France à la fois fraternelle et conquérante, et qui permet à chacun de construire et de réussir sa vie. » Dès les résultats proclamés, près de deux milles militants se retrouvaient devant le siège du PS, pour se féliciter des résultats du premier tour et se préparer à la mobilisation du second tour, rejoints, tard dans la soirée, par François Hollande et Ségolène Royal.
L’hebdo des socialistes 10, rue de Solferino 75333 Paris Cedex 07 • Tél. : 01 45 56 78 61 Fax : 01 45 56 76 83 (Pour obtenir vos
correspondants, composez d’abord le 01.45.56)DIRECTEUR DE LA PUBLICATION : Maurice Braud • DIRECTEUR DE LA RÉDACTION : Thomas Colognac (79 09) • RÉDACTRICE EN CHEF ADJOINTE : Ariane Gil (77.92) RÉDACTION : Bruno Tranchant (77.33) Pierre Kanuty (76.00) Fanny Costes (76.27). • SECRÉTAIRE DE RÉDACTION : Éric Lamien (76.27) MAQUETTE : Christine Lovinger, Pascale Lecomte (78.92) • PHOTO : Philippe Grangeaud (76.27)• SECRÉTARIAT : Odile Fée (78.61) • COMPTABILITÉ : Michèle Boucher (79.04) ABONNEMENT : Sabine Sebah (78-57) • FLASHAGE ET IMPRESSION : PGE - (94) Saint-Mandé • ROUTAGE : Routex - 91080 Courcouronnes. N° commission paritaire : 0109 P 11 223 – “L’hebdo des socialistes”est édité par Solfé Communications.Ce numéro a été tiré à 335 500 exemplaires.

hebdo L es soca s es
D I LI T
N° 445 • Samedi 28 avril 2007 • 1,5 €

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Des socIaLIsTes

Ensemble, ça va pas être possible
Roman d’horreur : les six premiers mois de Sarkozy

6 mai 2007 I LA FRANCE D’APRÈS AVEC NICOLAS SARKOZY

Ensemble, ça va pas être possible
Récit d’horreur
Le 6 mai, vous avez le pouvoir de faire en sorte que ces lignes demeurent une pure fiction Évidemment, Sarkozy président, c’est une fiction. « Ensemble, ça va pas être possible » proclame la couverture de cet Hebdo de l’entre-deux tours. À tous ceux de vos proches ou amis qui ne seraient pas encore convaincus de voter Ségolène Royal, vous pouvez faire lire cette nouvelle. Il s’agit d’une œuvre de pure fiction. Toutefois, l’imagination de l’auteur n’a guère été mobilisée : les pratiques autocratiques de Nicolas Sarkozy, ses projets alarmants, ses déclarations tonitruantes sont une source quasi inépuisable pour le narrateur... Il n’est jamais besoin de caricaturer Nicolas Sarkozy pour inquiéter. Il se suffit à lui-même. Une seule chose est absolument fausse et elle doit le rester. Nicolas Sarkozy ne peut pas devenir président de la République le 6 mai prochain.

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Le 6 mai, faites que ces lignes demeurent une fiction

7 mai 2007
Je suis crevé. Pas dormi. Toute la nuit, mon fils malade… Comme le 21 avril 2002. Comme si je lui transmettais mes angoisses… Sarkozy vient d’emporter l’élection présidentielle. Je n’ai pas réussi à relativiser. Café noir. Je dépose le p’tit à l’école. Il donne l’impression d’avoir récupéré. Pas moi. Ma tête de déterré se reflète dans la vitre du RER. Autour de moi, la banlieue défile. Marne-la-Vallée, SeineSaint-Denis, Val-de-Marne… Changement gare de Lyon. Les passagers ont les yeux lacés à leurs chaussures. Le dos plus voûté qu’à l’habitude. Silence dans les rames. Mais où sont-ils les électeurs de Sarko ? Ils ne doivent pas vivre sous terre. Ou peut-être qu’ils doutent déjà de leur propre vote…

8 mai
Les télégrammes de félicitations se sont accumulés à la permanence du nouveau chef de l’État. « Chef de l’État »… Tu te rends compte ? Au milieu des communiqués de circonstance, quelques hommages appuyés et amicaux signés Berlusconi, Aznar, Barroso… Moi, je reçois des SMS. Désespérés. Désespérants. « Putain cinq ans ! »

10 mai
Il a le sens des symboles le nouveau président. Choisir le 10 mai pour annoncer l’identité de son Premier ministre ! Pour rien au monde, il ne raterait une provocation . Cela faisait quatre jours qu’il n’occu-

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L’immigration bouc émissaire
Au-delà de sa proposition de ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration, Nicolas Sarkozy s’attaque aux mesures qui améliorent les conditions de vie des immigrés. L’objectif, selon Malek Boutih, secrétaire national en charge des questions de société : obtenir des travailleurs précarisés, clandestins, corvéables à merci.
Que penser de la proposition de Nicolas Sarkozy de modifier et de durcir le regroupement familial ? Elle révèle le vrai fond de sa pensée. Sarkozy n’est pas contre l’immigration. Il est contre le fait que les immigrés aient des droits. Par contre, les sans-papiers qui travaillent dans la clandestinité sur le sol français ne le gênent pas du tout, au contraire. Il s’en prend donc au regroupement familial. Il faudra remettre en cause un ensemble de textes. Les femmes sont les principales concernées par cette mesure. Et elle seront les premières à pâtir de cette proposition. Le message adressé par Sarkozy est de perpétuer la situation d’immigrés sans droits et sans familles. C’est une vision quasi esclavagiste de l’immigration. Ça ne règlera évidemment aucun problème en matière de ghettos, de dérégulation économique ou de dumping salarial. Mais il ne faudrait surtout pas toucher au trésor de main-d’œuvre que sont les immigrés illégaux pour le patronat ! Il précise qu’il faudra savoir parler quelques bribes de français avant même d’arriver en France… On est dans le grand n’importe quoi. Quiconque connaît la situation de l’immigration sait qu’elle vient principalement de pays francophones, anciennement colonisés par la France. C’est un imaginaire dont il parle. Car on n’imagine pas qu’il va bloquer l’immigration chinoise. Avec les immigrés, il veut le beurre et l’argent du beurre. Tout en en faisant les boucs émissaires de tous les problèmes en France, l’objectif est de les fragiliser pour qu’ils baissent la tête et retournent à un statut de clandestins cachés et exploités.
Propos recueillis par Fanny Costes

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pait plus la télé. Une éternité. Comment a-t-il pu résister devant tous ces micros ouverts ? Maintenant il nous regarde. Sur le plateau, il sourit. D’une oreille à l’autre. Il a l’air content, surtout de lui-même. Dans le Canard – pas encore enchaîné – d’hier : « Nicolas Sarkozy n’a pas besoin d’euphorisants. Tous ses visiteurs décrivent un président en verve : « Je les ai tous niqués ! Niqués ! Chirac est mort, Villepin je vais le pendre moimême au croc d’un boucher, Bayrou je viens d’offrir une boîte de clous pour sa crucifixion. Quant à MAM, je vais l’humilier en lui proposant un sous-ministère ». La gauche n’est pas épargnée : « Les socialistes ? Pas besoin de les taper. Je les connais. Ils vont s’entretuer pendant dix congrès pour déterminer les raisons de leur défaite. Je suis là pour vingt ans » !

sec, comme une blanquette sans sauce. Le porte-plume a dû changer. Oubliés Jaurès et Blum. La droite, rien que la droite... 20 heures. Borloo est envoyé dare-dare à l’antenne pour corriger le tir. C’est sa mission dans le gouvernement : mettre le carré de beurre dans les épinards. Il ne manque pas de charme : parler simple, gueule de gamin ridé, sourire affleurant. Pas suffisant pour nous rassurer.

29 mai
Je déjeune avec Manon, dans le Xe arrondissement. Comme à chaque fois qu’elle arrive de son boulot à Aulnay, elle est en retard. Le restau de la rue d’Enghien où nous mangeons est à deux pas de l’ancien siège de campagne de Sarko. Tout a

17 mai
Le secrétaire général de l’Élysée est sur le perron pour annoncer le nouveau gouvernement. Et moi, je suis encore coincé dans le RER. Dans la rame, il y a un passager qui a été plus prévoyant que moi. Il a l’oreille vissée à un vieux transistor. Je ne comprends pas tout. Un nom que j’attrape… celui du Premier ministre… François Fillon. Je saisis encore que nous avons échappé à Balkany à la Justice, mais pas à Estrosi au nouveau ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale…

L’enseignem

23 mai
Assemblée nationale. François Fillon, mèche plaquée désormais, récite son discours de politique générale. Triste et
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Le 6 mai, faites que ces lignes demeurent une fiction

été remballé. Les anciens clients ne sont pas revenus pour autant. Du coup, on a presque la salle pour nous tout seuls. Elle fait une drôle de tête… Elle a eu un entretien avec son boss : – Je voulais vous voir… pour travailler plus. Faire des heures sup, quoi... – quelles heures sup ? – Ben… je voudrais gagner plus ! Pour seule réponse, elle a eu le rire du taulier. Zéro perspective. Trente-cinq piges et déjà au taquet...

17 juin
Deuxième tour des élections législatives. Les Français ont commencé à comprendre. Pas encore assez pour priver le nouveau président d’une majorité. Mon ex-beau-père va pouvoir s’arsouil-

ler dans tous les rades du quartier pour fêter ça… Il y a des jours comme ça où je me dis que j’ai vraiment bien fait de divorcer. J’aurai pas à vivre ça : Georges beurré, carbonisé, déchiré… Tout ça au nom de l’ordre et à l’ombre de la croix de Lorraine ! Sans jouer les zombies-du-bar, je décalotte quand même une bouteille. Il faut bien essayer d’oublier quelques heures que Sarkozy dispose à présent d’un pouvoir illimité : institutions, médias, grand patronat… De toute façon, sobre ou pas, demain, j’aurai le casque.

1er juillet
Session extraordinaire à l’Assemblée. « Extraordinaire », c’est le mot juridique qu’ils utilisent à la télé. C’est pas moi

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ent supérieur : juste une valeur marchande
Pour Yves Durand, secrétaire national PS en charge de l’enseignement supérieur et de la recherche, c’est bien l’inégalité des chances que promeut le candidat de droite dans son projet de réforme des universités.
n proposant un nouveau statut pour les universités, Nicolas Sarkozy impose leur mise en concurrence « L’état des universités est déplorable tant sur le plan matériel qu’en ce qui concerne l’égalité des chances entre les étudiants », constate Yves Durand. Une réforme apparaît donc essentielle. Mais attention, pas n’importe laquelle. Il ne faudrait surtout pas brader l’enseignement supérieur sous prétexte que nos universités n’apparaissent qu’à la cinquantième place dans les classements internationaux. « Libérer nos universités du carcan administratif », « la liberté de recrutement des enseignants », « imposer en fin de premier semestre une réorientation aux étudiants dont les résultats seraient insuffisants » : voilà les mesures phares de la réforme avancée par Sarkozy. Pour le secrétaire national PS en charge de l’enseignement supérieur, cette réforme s’avérerait dramatique: «Nicolas Sarkozy est pour la sélection et pour l’autonomie totale des universités. En fait, il est favorable à une mise en concurrence qui irait beaucoup plus loin que la simple autonomie. On aurait des universités plus riches et des universités avec moins de moyens. Il propose un système à l’américaine. C’est l’inverse de notre conception de l’université.» L’université de Sarkozy conduirait la France sur les traces des universités anglo-saxonnes où l’accès dépend de quotas et de bourses, avec des coûts d’inscription exorbitants. Son idée n’aboutirait qu’à installer quelques universités privilégiées au rang des grandes écoles, au détriment de toutes les autres. En revanche, aucun effort en termes de promotion sociale n’est envisagé. Au lieu de parler de « rupture » dans la gestion des universités, il serait plus judicieux de dire « démolition ». Voilà l’accès au savoir auquel voudrait nous faire rêver Sarkozy, où l’enseignement supérieur n’aurait plus qu’une valeur marchande et perdrait toute vocation humaniste.
Rosita Agnoly

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qui le dis… Séances autour de la LNMSF. En français, ça veut dire « loi pour un nouveau modèle social français ». Tout un programme : limitation du droit de grève, contrat de travail unique sur le modèle du CPE… On avait été prévenus… Les syndicats s’indignent et se scandalisent. Sauf que les Français, eux, pschiiiiiiit… Ils sont partis sur la route des vacances. Ils ne veulent plus entendre parler politique pendant au moins deux mois. Soleil et silence de plomb.

17 juillet
Manon n’est pas forcément à classer parmi les révolutionnaires. Elle serait plutôt du genre « aquaboniste ». Quand elle est arrivée, c’est tout juste si je l’ai reconnue… Les yeux rougis et les lèvres tordues par la colère. Le fameux plan social de 10 000 salariés à PSA dont l’annonce n’a fait l’objet que de quelques toutes petites lignes pendant la campagne présidentielle, eh bien le voilà ! Ils vont tout bonnement fermer le site d’Aulnay. Sarkozy a renvoyé la responsabilité au marché. « Ce n’est pas le rôle de l’État de se mêler de ces questions. La stratégie industrielle des entreprises ne relève que d’elles. » Manon est licenciée.

les Lagardère, les Bouygues ou les Dassault… Comme ça, ils peuvent réfléchir ensemble à la grille des programmes pour la rentrée… Est-ce qu’ils vont oser ? Après tout qu’est-ce qui peut les retenir maintenant ? Côté France télévisions, la nouvelle équipe de direction plaît beaucoup au président de la République : pas le genre à vous oublier devant la salle de maquillage, ni à vous importuner avec des questions de journalistes que les Français n’auraient pas eu le (mauvais) goût de poser.

28 août
Université d’été de l’UMP. Sarkozy confirme : il garde la présidence de son parti. Pas le genre à lâcher du pouvoir. Pas maintenant que ça va changer… Il faut bien reconnaître que Nicolas Sarkozy est parfois un homme de parole. Dans le public, au premier rang, il y a le secrétaire d’État aux Questions éthiques, Éric Besson, plus connu comme auteur à succès. Cette année, le même mois, il a réussi deux best-sellers. Le premier sur Sarko, le second sur Ségo. Dans le monde de Nicolas Sarkozy, tout s’achète : les idées, les amis, la fidélité, la loyauté …

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3 août
Gouvernement et Parlement sont enfin partis se mettre au vert. Quinze jours sans Sarko. Drôle d’effet. D’un seul coup, l’atmosphère change. Comme un goût de permission. Où est parti le couple présidentiel ? C’est pas que la question me taraude tant que ça, mais juste un peu de curiosité. Je me dis qu’ils sont peut-être chez
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1er septembre
Ce soir : émission spéciale à la télé. Trois heures pour « mieux connaître notre nouveau président », a dit le présentateur. Je me demande ce qu’il peut encore nous dire de lui que nous ne sachions déjà. Manon me dit que, peutêtre, il va nous révéler le code de sa carte bleue… Non franchement, j’étais mauvaise lan-

Le 6 mai, faites que ces lignes demeurent une fiction

Une justice sous pression et sous influence
Une énième loi sur la délinquance, perpétuant la surenchère répressive du candidat UMP au mépris de l’efficacité, une vision de la justice à degré variable, au gré de ses propres intérêts : avec Sarkozy, ce sont les magistrats qui seraient mis à la peine.
ès les premières semaines, Nicolas Sarkozy entend faire adopter un énième projet de loi destiné à renforcer la lutte contre la délinquance, contenant notamment de nouvelles peines planchers pour les multirécidivistes et une nouvelle révision de l’ordonnance de 1945 sur les mineurs, dans le droit fil de l’idéologie du tout répressif défendue par l’ancien ministre. De plus, un amendement imposant la clôture des dossiers judiciaires pour les simples délits après « une dizaine d’années » d’instruction, pourrait permettre à Jacques Chirac d’éviter la justice, selon Le Canard enchaîné. La prolifération d’annonces sécuritaires sans lendemain et la vaine surenchère juridique auxquelles s’est livré l’ancien ministre de l’Intérieur donnent une perception assez exacte de ce que serait la justice sous sa présidence. Jamais, sous la Ve République, un homme d’État n’a autant bafoué la nécessaire séparation entre pouvoirs exécutifs et judiciaires. Jamais non plus, un ministre n’a montré un tel mépris pour l’institution judiciaire, en multipliant les attaques virulentes et personnelles contre les magistrats dont les verdicts lui déplaisaient. La conception du candidat est bien celle d’une justice sous pression et sous influence. Pour Dominique Barella, magistrat, la multiplication des peines planchers est une initiative dangereuse : « C’est la négation de la personnalisation des peines, d’une politique de réinsertion adaptée à chacun et donc d’un combat efficace contre la délinquance. Les juges vus par M. Sarkozy sont des juges robots plongés dans le monde d’Orwell. » Cette loi serait aussi désastreuse en termes de politique pénitentiaire : « Aux États-Unis, le résultat des peines automatiques, c’est deux millions de détenus. Rapporté à la population française, avec la tolérance zéro prônée par Sarkozy, nos prisons devraient se préparer à accueillir 450 000 détenus. Ce sont donc 400 000 places de prison à construire, et 12 milliards d’euros à y consacrer, soit le coût d’environ 300 000 enseignants. » Quant à l’abaissement de la majorité pénale à 16 ans pour les mineurs récidivistes, il s’agit d’un engagement à peu de frais : il est probable qu’une telle mesure serait en contradiction avec la Convention internationale des droits de l’enfant, dont la France est signataire. Pour Sarkozy, la justice est aussi un moyen de pression au service de ses ambitions. Ainsi, le projet de loi sur la délinquance qu’i veut faire passer, prévoirait fort opportunément l’abandon des poursuites pour les délits instruits depuis plus de dix ans. Cette disposition soulagera au moins deux justiciables : Jacques Chirac, qui serait mis à l’abri de toutes les procédures en cours, et Nicolas Sarkozy lui-même, qui serait par avance absous de toute mise en cause par rapport aux conditions d’achat de son appartement sur l’île de la Jatte. Manifestement, pour le candidat à la présidence, les vertus répressives de la justice s’arrêtent là où commence la défense de ses propres intérêts et de ceux de son camp.
Éric Lamien

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gue. Il a été époustouflant. A 21 h 30, on a bien senti l’émission vaciller. Discours trop attendu, trop classique. Et la bête de scène a ressenti ça. Il y a du Johnny dans Sarko. Il a suffi d’une toute petite perche de Michel Drucker pour que tout bascule. – « vous savez Michel, je voudrais vous dire que pour moi, tout n’a pas toujours été facile »… Et là, le président arrogant, le Machiavel de l’UMP, est redevenu le gentil petit garçon qu’il n’avait jamais cessé d’être. Ému aux larmes, Sarko n’est jamais aussi touchant que lorsqu’il parle de lui. Jamais aussi compatissant que lorsqu’il pense à lui. Jamais aussi lumi-

neux que lorsqu’il évoque sa propre réussite. Il y a aussi du Jean-Marie Messier dans Nicolas Sarkozy. S’aimer à ce point… ça fait plaisir à voir ! Voilà un président qui n’a visiblement pas le gène du suicide.

15 septembre
Dingue ! Tout ça en bas de chez moi, presque sous ma fenêtre ! Ce matin, j’ouvre les volets de la cuisine et qu’estce que je vois ? Une éclosion de mobile homes. Quatre-vingt-dix ! Je n’avais pas compris jusqu’alors que le « droit opposable au logement », c’était le droit des

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En instaurant une franchise pour les remboursements de soins, Sarkozy orientera les plus riches vers les assurances privées, et remettra en cause l’accès aux soins pour les classes moyennes et défavorisées.
« Responsabiliser les assurés. » Ce vieux dogme néolibéral, qui s’emploie à reporter la faute du déficit sur des usagers jugés irresponsables et des médecins présumés laxistes et complices, résonne comme une antienne. C’est bien celle que tente de faire prévaloir Sarkozy dans son programme. La franchise santé, qui pourrait être mise en place dès le premier budget de la sécurité sociale du mandat de Nicolas Sarkozy, relève de cette idéologie. Concrètement, ce sera un seuil annuel de dépenses (de l’ordre de 700 euros) en dessous duquel l’assurance
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Santé : malus aux pauvres !
maladie ne remboursera rien. Homme de droite assumé, Philippe Juvin, son conseiller spécial sur ces questions, est convaincu que la mise en œuvre de la franchise est le seul moyen de sauver la sécu. Qu’importe qu’elle mette à mal l’idée de solidarité. Les conséquences annoncées sont catastrophiques. C’est un dispositif excluant quelque 30 % des bénéficiaires du régime général. À charge, pour les plus riches, de se retourner vers des systèmes d’assurances privées. Ceux qui sont en bonne santé et jouissent d’un train de vie confortable bénéficieront ainsi d’un bonus, tandis que les moins bien portants se verront infliger un malus… « Cette politique se traduira très concrètement par un dépeçage de la sécu, au mépris des catégories moyennes et inférieures », prévient Claude Pigement, délégué national PS en charge des questions de santé et branche sociale. « Il ne faudra pas longtemps aux Français pour s’apercevoir qu’ils sont les principaux dindons de la farce », renchérit Christian Lehmann, médecin, écrivain, et signataire de l’Appel contre la franchise Sarkozy(1). Certains vont devoir amputer leur train de vie pour pouvoir accéder aux soins. D’autres tenteront de les retarder, bon an mal an, voire d’y renoncer. « Tous seront fragilisés, et cette précarité dans le domaine fondamental qu’est la santé les rendra plus flexibles que jamais », avertit Christian Lehmann. « À l’heure où 13 % de la population – dont 23 % des étudiants – se voient contraints de restreindre leurs soins pour des raisons financières, les inégalités se creuseront un peu plus encore », ajoute Claude Pigement.
Bruno Tranchant
(1) www.appelcontrelafranchise.org

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sans-logis opposable dans les quartiers des mal-logés. Ce n’est pas à l’ouest de Paris, pas à Neuilly, qu’ils vont recaser les « gueux » du canal Saint-Martin… C’est à l’est de l’Île- de-France. Welcome in the ghetto…

20 septembre
Présentation de la loi de finances pour 2008. Ils n’ont plus peur de rien. Xavier Bertrand, le nouveau ministre de l’Économie et des Finances, balaie d’un revers de son blazer bleu marine à boutons dorés les questions insolentes des

journalistes : « Oui, la droite est de droite ! Oui, il faut en finir avec ces politiques de redistribution par l’impôt ! Toutes ces idées fleurent bon le XXe siècle socialiste. Il est temps de libérer les énergies. De rendre aux Français le produit de leur travail ! » C’est l’avalanche : bouclier fiscal, fin des droits de succession, réforme de l’ISF, nouvelles baisses pour les tranches supérieures de l’impôt sur le revenu, exonérations fiscales pour l’emploi de personnel de maison… Comme ça, les riches seront enfin égaux avec les pauvres : ils ne paieront plus d’impôts !

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1er octobre
Je ne m’étais pas encore relevé de cette première salve fiscale que le gouvernement attaque à nouveau en piqué ! C’est pas possible, ils ont dû retrouver Alain Madelin ! Ce matin, ils ont présenté la loi de financement de la sécurité sociale : franchise annuelle de 100 euros, déremboursements de médicaments, nouvelles restrictions d’accès à l’aide médicale d’État, création d’une TVA sociale… Si je n’avais pas peur de terminer le bras couvert de bleus, je me pincerais bien. Je crois que même les plus masochistes n’avaient pas anticipé ça quand ils ont glissé leur bulletin Sarkozy dans l’urne.

13 octobre
Putain de soirée. Tant pis pour Jérôme, mais rien à faire. Je ne peux pas. – Allez, Manon, on s’en va. On en a assez vu… – Attends ! on ne peut quand même pas partir maintenant ! On vient à peine d’arriver. C’est quand même son anniversaire… Moi, je me sauve avant d’attraper de l’urticaire. Il y a pire que Sarko : les sarko boys ! ils sont terrifiants. Ils ont été élevés par Casimir, mais ont basculé du côté obscur de l’Île aux enfants. Ados sous Mitterrand, ils n’ont pas pu assumer leur « droititude ». Depuis mai, ils se sont lâchés sur la France comme des fauves

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Une vision de l’Europe au rabais
Pierre Moscovici, député européen, secrétaire national PS en charge de l’international, dénonce, à travers le mini-traité défendu par le candidat UMP, une conception de l’Union étriquée et sans perspective.
Nicolas Sarkozy propose de faire redémarrer l’Europe en négociant dès la fin de l’année un mini-traité. Quelle vision de l’Europe sous-tend cette mesure ? Cette démarche manque totalement d’ambition européenne. Sarkozy propose de simplement reprendre quelques modalités pratiques de l’exercice du pouvoir, sans même envisager l’institutionnalisation de la charte des droits fondamentaux de l’Union européenne. Et sans volonté de progrès pour l’Europe
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sociale. C’est une vision de l’Europe au rabais. C’est un mini-traité pour une mini-Europe. Il souhaite de minifrontières, en refusant d’envisager la perspective de l’adhésion de la Turquie, qui devra être discutée et négociée. Il veut une mini-gouvernance de l’Union, dirigée par quelques pays au sein d’un directoire. Et enfin, il souhaite un mini-budget. C’est inacceptable pour les Français mais aussi pour les 18 pays d’Europe qui ont voté « oui » à la Constitution, dont de grands partenaires comme l’Allemagne. Cette proposition scandaleusement faible va à l’inverse de la démarche suivie par l’UE. Sa vision de l’Europe est donc étriquée. Elle n’est pas celle d’un pro-européen mais celle d’un nationaliste dissimulé. Le candidat de l’UMP n’envisage pas de recourir à un réfé-

rendum pour ce traité. N’est-ce pas passer outre l’opinion exprimée par les Français en mai 2005 ? L’objectif est bien d’éviter ainsi un grand débat démocratique et un nouveau référendum. C’est ignorer le message que les Français ont donné. Ils ne sont pas anti-européens, en tout cas pas dans leur majorité. Ils souhaitent que l’Europe progresse sur les terrains démocratique, social, énergétique, environnemental ou de l’éducation. C’est pour cette raison que la démarche de Ségolène Royal est beaucoup plus pertinente. Elle consiste à conserver les deux premières partie du traité constitutionnel qui font consensus et à intégrer ces nouvelles dimensions dans un grand protocole créateur de droits.
Propos recueillis par Fanny Costes

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frustrés. Plus rien ne les freine. La victoire de l’UMP les a mis en état d’ivresse politique. C’est l’heure de la revanche. Libéraux jusqu’à l’os. Ils ne pensent qu’au fric. Ils ne croient en rien d’autre. Ils s’en vantent. Ils sont à pleurer. Je préfère m’en aller.

Le piège du contrat unique
Sa proposition la plus tonitruante, l’instauration d’un contrat unique, ne peut que susciter l’inquiétude. Voilà comment le candidat de l’UMP présentait sa mesure, lors de l’émission À vous de juger, sur France 2, en novembre 2006 : « Avec mon système, on n’a plus de CDD ; on n’a qu’un CDI dont les droits sociaux augmentent au fur et à mesure de l’ancienneté du contrat. À ce moment-là, vous aurez un CDI comme les autres. » Manipulation rhétorique, semi-mensonge ? En fait de CDI, ce que propose Sarkozy n’est autre que le CNE érigé en norme. Soit un contrat permettant à l’employeur de licencier le salarié sans motif pendant une période indéterminée. Un vrai progrès social aux yeux d’un Sarkozy qui a fondé toute sa politique de l’emploi sur un axiome totalement aberrant, inspiré du Medef : « faciliter le licenciement pour faciliter l’embauche. » C’est un cadeau pour les entreprises. Et un piège pour les salariés. Pour eux, le contrat unique, c’est la garantie de l’insécurité professionnelle : « Licenciement sans motif, sans recours, plus de droit collectif mais des transactions individuelles avec indemnités, en échange d’hypothétiques promesses de reclassement », comme le rappelle très justement le socialiste Gérard Filoche, inspecteur du travail, sur son blog. À terme, c’est aussi l’assurance de répercussions négatives sur la productivité. « Un salarié ne produit bien que s’il se sent sécurisé dans son travail », analyse Michel Sapin, secrétaire national PS en charge de l’économie et de la fiscalité. En plus d’être arbitraire et injuste, la politique de Nicolas Sarkozy s’avère ineffiÉ.P. cace, contre-productive.

23 octobre
C’est formidable. Avec ce gouvernement, c’est une mauvaise surprise par jour ! On n’est jamais déçu… ou plus exactement, on est certain de toujours l’être. Pourtant, les dirigeants de l’UMP ne ménagent pas leurs efforts. Selon une méthode bien rodée, à chaque annonce difficile, le gouvernement met en avant une mesure positive qui l’équilibre médiatiquement. Aujourd’hui, le ministre de la Justice avait à s’expliquer sur sa mise en œuvre d’une politique de détection précoce des jeunes délinquants. Pour contourner le mur des critiques, le Garde des sceaux a annoncé la création d’un nouveau métier. Un nouvel emploi face à de nouveaux criminels : puéricultrice pénitentiaire…

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1er novembre
Il a fait froid aujourd’hui. Le président était en banlieue. Mobilisation générale. Gyrophares et uniformes partout. Des airs d’Omaha Beach, un jour de débarquement. Le conseiller com’ sur les dents. Comme à chaque déplacement difficile désormais, la police ratisse avant le meeting. Les éventuels persifleurs sont envoyés au poste. Clicclac, bracelets offerts et accrochage au radiateur : pas bouger, Sarko parler. Quand Sarko fini, vous relâcher… Jeunesse désireuse, jeunesse dangereuse. Dans la ville voisine, il y a une usine occupée. Les gars avaient le projet de rencontrer le président en délégation. Pour l’occasion, ils s’étaient commandé une superbe bande-

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role : « Rendez-nous notre dignité ». Trop subversif… Et eux qui croyaient que le président était maintenant celui de tous les Français. « Mais je suis entouré d’incapables ou quoi ? Vous le faites exprès ? Il y a des milliers de personnes qui se pressent sur la place de Paris pour pouvoir travailler avec moi ! Alors, arrêtez-moi tous ces types ou je vous vire dans l’heure ! » Il ne faut pas gâcher la belle image pour le 20 heures. Ce nouvel épisode a eu un seul avantage : cet avocat dont j’ai oublié le nom, mais qui devait être un peu de droite, s’est enfin réveillé :« La volonté du président ne peut conduire à ignorer la liberté d’expression et le droit de manifester. »

urbaine à coup de Kärcher ». – « Mais qu’est-ce qui vous choque dans nos propos ? C’est la marque allemande qui vous gêne ? Parce que c’est le pays de la solution finale ? C’est de cela qu’il s’agit ? Alors je peux vous comprendre. Disons que si j’avais à recommencer… je proposerais de nettoyer La Courneuve à la sulfateuse. Cela permettra de protéger les braves gens contre tous les parasites. » Message reçu 5 sur 5. Effet immédiat garanti…

3 novembre
Du coup, entre deux feux, le ministre de l’Intérieur est l’invité de Nicolas Demorand sur France Inter . Lancement du dernier disque de Moussa du 9.4 pour donner le ton de la matinale : « T’as prétendu que t’allais venir nous nettoyer au Kärcher,
1. Consiste pour ses adeptes à se filmer à l’aide d’un téléphone ou d’une caméra pendant qu’ils commettent un acte d’agression violente. La scène est ensuite exhibée. C’est en quelque sorte un « scalp numérique ». 2. consiste donc à filmer l’incendie volontaire d’un lieu public, d’une voiture, etc. 3. www.myspace.com/moussadu94

2 novembre
Une, puis deux, puis dix, puis cent. Dans la nuit noire, des feux de voitures éclairent les tours. Fumées âcres jusqu’au ciel. Les portables sonnent, vibrent. Les photos circulent en MMS. Après le « happy slapping »(1), la présidence sarkozy permet d’inaugurer le « happy burning »(2). A 18 heures, invité sur Fun Radio, le chef de l’État est revenu sur ses propos et ceux de sa ministre Rachida Dati qui, dans une vidéo qui a fait le tour de l’internet, évoquait une « rénovation

TVA sociale : quand l’ancien ministre était contre
La TVA sociale ? Une supercherie. Elle aurait un impact récessif et serait défavorable aux salariés. Sarkozy le sait parfaitement et le député PS Didier Migaud se fait fort de le rappeler. La preuve ? Le conseiller budgétaire de Ségolène Royal cite le compte
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rendu de l’audition de Sarkozy devant la Commission des finances du Sénat en novembre 2004 : « M. Nicolas Sarkozy, ministre de l’Économie avait, au vu des études dont il disposait, estimé que l’impact d’une augmentation de la TVA serait selon lui deux fois plus défavorable qu’une

augmentation équivalente de la CSG. Il a ajouté que l’accroissement du taux normal de la TVA serait problématique pour la compétitivité française. » Cela ne l’a pas empêché de l’inscrire à son programme trois ans plus tard.
É. P.

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L’insécurité professionnelle généralisée
Sa promesse : le retour au plein-emploi d’ici 2012. La réalité : une précarisation généralisée et un conflit social assuré. En matière d’emploi, le programme de Sarkozy, c’est la chronique d’une catastrophe annoncée.
Sarkozy s’est trompé de bataille. Au lieu de mener une lutte contre le chômage et pour la hausse des bas salaires, il s’est engagé dans une chasse aux chômeurs et aux acquis sociaux. D’ailleurs, il ne s’en est jamais vraiment caché. Sa grande idée : instaurer en France un système de sanctions pour les chômeurs qui refusent plus de deux offres d’emploi, en mettant fin à leur indemnisation. Il suffit pourtant de regarder de l’autre côté de la Manche pour envisager ce qui attend les demandeurs d’emploi avec Sarkozy pour président. En Grande-Bretagne, après 13 semaines de chômage, les chômeurs ont l’obligation d’élargir leurs recherches, géographiquement ou en acceptant n’importe quel emploi, sous peine de se voir suspendre leur allocation. Sarkozy prépare la société du travail à n’importe quel prix, celle où le marché impose sa loi aux salariés et aux chômeurs, contraints d’accepter des emplois y compris sans rapport avec leurs qualifications et motivations professionnelles. Une société de salariés jetables où le travail aura perdu tout crédit pour le salarié et qui aura pour seule valeur la rentabilité de l’emploi. Tout ceci se fera en réalité au détriment de la valeur tra-

Chamussy/sipa

vail que Sarkozy prétend pourtant réhabiliter. Et pas question pour les employés de se révolter ou de manifester leur mécontentement. Avec Sarkozy, le dialogue social sera peu à peu réduit au silence. Le service minimum garanti figure en effet parmi les mesures prioritaires du président Sarkozy. Il l’a affirmé dans son document-programme, Mon Projet : « Dès l’été, une loi créera un service minimum garanti en cas de grève. » Dans le même ordre d’idée, celui qui cite Jaurès s’apprête à revenir sur toute l’histoire des luttes sociales en exigeant notamment le vote de la grève à bulletins secrets. Dans ces conditions, les fonctionnaires, comme les autres, auront bien du mal à protester contre le sort qui leur est réservé. Sarkozy envisage en

effet de ne remplacer qu’un départ de fonctionnaire sur deux à la retraite. C’est la seule option à laquelle il ait manifestement pensé pour réduire la dette publique. Elle aboutira à supprimer 25 % des postes d’enseignants puisqu’ils constituent la masse la plus importante de la fonction publique. Sarkozy est prêt à tout, même à brader l’école et l’avenir de nos enfants. Toutes ces mesures n’auront comme conséquence que de tirer économiquement la France vers le bas et de provoquer des cassures sociales considérables. Au lieu d’investir dans la recherche et l’innovation pour relancer, à long terme, l’emploi et la croissance, Sarkozy bâtit la France à courte vue et de l’insécurité sociale.
Élisabeth Philippe

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les émeutes dans les quartiers en France, il ne manquait plus qu’une crise franco-allemande. L’ambassadeur d’Allemagne s’est rendu dès hier au quai d’Orsay pour obtenir des explications de la part de Philippe DousteBlazy, l’indéboulonnable ministre des Affaires étrangères.

17 novembre
C’est l’anniversaire de la création de l’UMP. Nicolas Sarkozy a commandé à Publicis un film relatant ses exploits. À Villepinte, 40 000 personnes sont attendues pour fêter cet événement avec le président. La journée ne coûtera que 3 millions d’euros, a révélé le trésorier du fameux mouvement du président. À 16 h, pour clôturer cette mémorable journée, les géniaux animateurs font arriver, au bout d’une grue mécanique, un immense gâteau représentant la France. Le logo de l’UMP s’étale sous la forme d’une abondante chantilly. À 16 h 05, une jeune femme à la chevelure peroxydée crève la pâtisserie et entame un « Happy Birthday Mr Président, poupoupidou ouah ! »… Le président, qui a attrapé la main de son fils Louis, ne retient pas sa larme. Elle coule – en gros plan et au ralenti – en direct sur la chaîne télé de son ami Martin Bouygues.

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Remy de la Mauvinière/AP/Sipa

On t’attend de pied ferme, tes paroles vont t’coûter cher…»(3) Le ministre donne le sentiment de ramer à contre-courant avec une petite cuillère…

5 novembre
Il paraît que la chancelière allemande est furieuse. Dans le Monde d’hier, le correspondant à Berlin rapporte la colère d’Angela Merkel : « Pendant la campagne présidentielle, je n’ai pas réagi à ses propos sur les Allemands pour ne pas le handicaper face à Madame Royal. Mais là c’est trop. Recommencer avec l’Allemagne, pays de la solution finale… Il est vraiment fou. Il va finir par dire que les Allemands ont un gène nazi. » Après
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5 décembre
Nicolas Sarkozy s’est rendu ce soir avec son avion « Air France 1 » à Washington. Il doit rencontrer George Bush demain matin à la Maison-Blanche. Cette fois l’entretien ne se fera pas entre deux portes… La presse rapporte que dans l’entourage de Nicolas Sarkozy, on

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L’horreur économique selon Sarkozy
Le candidat UMP serait le Président de la France des privilèges et des privilégiés. Ses premières mesures fiscales favoriseraient d’emblée un accroissement inédit des inégalités.
tentées de substituer les heures supplémentaires à l’embauche. Pourquoi créer de nouveaux emplois quand on peut, à loisir, faire travailler davantage les salariés déjà en poste ? Le clivage entre ceux qui sont en poste et ceux qui recherchent du travail s’en trouvera encore creusé et la France un peu plus divisée. Mais le président de la France des privilèges et des privilégiés ne compte pas s’arrêter en si mauvais chemin. Il est également fermement décidé de favoriser le bon vieux capitalisme familial à la française. Puisqu’au rang des mesures qu’il prendra dès son arrivée à l’Élysée, figure en bonne place la suppression de l’impôt sur les successions. « Est-ce que la meilleure façon de valoriser le travail est de valoriser le « travail » de l’héritier ? interroge Michel Sapin, secrétaire national du PS en charge de l’économie et de la fiscalité. Cette position est contradictoire sur un plan social et choquante du point de vue moral. » D’autant que rien n’assure que l’héritier est plus compétent qu’un manager professionnel pour gérer une entreprise. À terme, cette mesure pourrait avoir des répercussions plus que négatives sur la productivité et la compétitivité. En outre, Sarkozy n’a pas peur d’affirmer qu’une telle ristourne bénéficiera à tout le monde. Or, les patrimoines sont taxés à 13 % seulement pour les sommes supérieures à 1 million d’euros, ce qui représente moins de 0,3 % des successions. Autre priorité aberrante : abaisser à quatre points de PIB le taux de prélèvement obligatoire en cinq ans. Même l’ultralibérale Margaret Thatcher n’est jamais parvenue à un tel résultat. Tout cela pour mieux imposer une « TVA sociale ». Sarkozy souhaite augmenter la TVA d’environ quatre points, pour la faire passer de 19,6 % à 23 % ou 25 %. Une mesure injuste socialement et dangereuse économiquement. Ce sera aux consommateurs de payer l’impôt de leurs employeurs ! Quant aux incidences sur le pouvoir d’achat des Français, l’ancien ministre des Finances ne semble pas y avoir pensé. Pas plus qu’à la dette publique. Durant la campagne, Sarkozy a d’ailleurs indiqué que la réduction du déficit n’était pas une priorité. Peutêtre pas pour lui, mais très certainement pour les contribuables français. Prenant modèle sur les États-Unis, Nicolas Sarkozy a entrepris de mener une politique économique fondée sur la baisse des impôts, dépourvue de responsabilité budgétaire. Une stratégie aventureuse qui, à terme, placera la France dans une situation de détresse budgétaire et conduira à des coupes claires dans les dépenses publiques. De plus, si les finances publiques ne sont pas assainies, la France risque d’entrer en conflit ouvert avec ses partenaires européens. Une France divisée, isolée, voilà à quoi mènera ce naufrage économique.
Élisabeth Philippe

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eureux les riches car au royaume de Sarkozy, ils seront encore plus riches. Bienheureux le patronat, les hauts salaires et tant pis pour les salariés, les travailleurs précaires et les chômeurs.

Une vision caricaturale ? Si seulement. Les propositions du candidat UMP posent les bases d’une société toujours plus inégalitaire. Idéologique, irréaliste et inefficace, le programme de Nicolas Sarkozy, une fois appliqué, fera basculer, à coup sûr, la France, dans l’horreur économique. Et ce, dès les cent premiers jours d’exercice du pouvoir. Pressé de remettre la France au travail, le président Sarkozy prendra soin de s’attaquer au plus vite à sa loi de finances rectificative. Au cœur de ce projet, une mesure phare : l’exonération de charges sociales et d’impôt sur le revenu pour les heures supplémentaires. Soit la traduction concrète de l’escroquerie intellectuelle qui a servi d’antienne à Sarkozy durant toute la campagne : « travailler plus pour gagner plus ». En réalité, ces exonérations ne vont augmenter qu’une seule chose : le chômage. Avec un tel cadeau fiscal, de nombreuses entreprises seront

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décrivait ces dernières heures un « président très excité » à l’idée de rencontrer « d’égal à égal » le patron de la première puissance mondiale…

6 décembre
20 h. Toutes les télés sont en boucle sur le déplacement américain de Nicolas Sarkozy. George Bush n’a pas lésiné. Pour une fois qu’il trouve un inconditionnel en France ! je m’avale mon pastis d’une traite… Et je crois que demain je recommence la cigarette… En raccompagnant son invité, il s’est

même allé à prononcer devant les caméras quelques mots en français (avec son inimitable accent texan) : « J’adooore votre new president. Avec lui nous pôvons changer le mooonde. Nous partachons l’essential. The same valeurs. Nous defendre the same civilisation. J’adooore son livre sur le religious dans le politique. Vive la France ! » Cela fait à peine six mois que Sarkozy est président. Je n’en peux plus. Je me dis que c’est pas possible… On va se réveiller… Le 6 mai 2007, les Français n’ont pas voté Sarkozy !
Thomas Colognac

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Sérieux ou satiriques… les sites anti-Sarko
AntiSarko : Des arguments à la pelle contre les idées néolibérales et réactionnaires du chef de file de la droite et des analyses pour dénoncer l’imposture et éviter que le pire ne survienne…. Vidéos, campagne d’affiches, podcasts, appels et pétitions… Tout est bon pour faire barrage à l’ennemi déclaré de la gauche. http://antisarko.re-so.net/ Sarkostique : Le « blog satirique officiel de Nicolas Sarkozy ». Tout ce qu’il faut savoir sur une candidature qui rassemble derrière elle une majorité dont le bilan est proche du néant intersidéral. Sans doute ce qui se fait de mieux en la matière. http://sarkostique.over-blog.com/ SarkoDanger : « La vérité sur Nicolas Sarkozy par des militants UMP qui en ont assez. » Familiers des pratiques sournoises de l’exministre de l’Intérieur, des militants mettent en garde leurs concitoyens contre les dangers que son accession à l’Élysée ferait courir au pays. Un site qui dénonce l’imposture d’un « gesticulateur précoce ». http://sarkodanger.blogspot.com/ SarkozyNews : Revue de presse antiSarko, nombreux dessins satiriques, photomontages, tout ce qu’il faut savoir pour saisir le virage ultradroitier du chef de file de l’UMP. Témoignages, anecdotes, analyses… Un concentré de mots et d’images fortes pour se convaincre une bonne fois pour toutes de ne pas « confier la force de frappe à une petite frappe », selon la bonne formule de Riss. http://sarkozynews.canalblog.com/ SarkozyPrésident2007 : Cet espace satirique reproduit un vrai faux site de l’UMP. Et démontre, exemples à l’appui, que le populisme à la mode Sarko n’a décidément pas de limite. Avec, en prime, un T-shirt à l’effigie de « Sarkospam ». http://sarkozypresident2007.org/ Betapolitique : des chroniques, des analyses, des revues de presse antiSarko sur ce « blog politique connectif » qui a mis en ligne Ruptures, du magistrat Serge Portelli, un livre très critique sur le programme du candidat en matière de sécurité et de justice, document censuré par l’éditeur qui devait le publier. Http://www.betapolitique.fr
B.T.
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Le 6 mai, faites que ces lignes demeurent une fiction

Chronique d’une dérive antirépublicaine
Un document, consultable sur le site du parti socialiste, analyse en détail la cohérence des discours de campagne de Sarkozy, qui dessinent une France réactionnaire et inquiétante.
res, agrariennes et biologiques du nationalisme d’extrême droite. tre Français selon lui, c’est d’abord et avant tout l’être par le sang : « Nul ne peut comprendre l’attachement charnel de tant de Français à la terre de France s’il ne se souvient pas que coule dans leurs veines du sang paysan voué pendant des siècles à féconder le sol français. » (Lille, 28 mars 2007). Le candidat de l’UMP conçoit l’immigration comme une menace pour l’identité nationale. Sa proposition de créer un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale ressuscite la peur de l’étranger, amalgamant immigrés intégrés de longue date dans la société française, nouveaux arrivants réguliers et clandestins, tous porteurs du même danger : celui de « dénaturer » la nation. À travers ses propos sur le déterminisme génétique de la pédophilie ou du suicide, mais aussi une vision extrêmement traditionaliste des femmes ou bien encore sa vision du rôle des religions dans l’espace public, Nicolas Sarkozy n’a eu de cesse également de décliner une conception réactionnaire de la société. Enfin, la cohérence du projet de Nicolas Sarkozy se fait dans la diabolisation des positions des uns et des autres. Ses propos sont parfois sexistes, quand il qualifie Ségolène Royal d’« hystérique », toujours blessants, quand les émeutes des banlieues ne suscitent dans sa bouche que les réponses de « Kärcher » et « racailles ». Il est clair que nous ne sommes plus dans la tradition gaulliste mais dans autre chose, un corpus doctrinal réactionnaire. Et cela ne peut pas être masqué par quelques citations empruntées à Jaurès et à Blum ! C’est pourquoi il faut faire barrage à cette candidature, dans l’intérêt même des Français et de la République. Pour consulter l’intégralité de ce document : http://militant.partisocialiste.fr/2007/04/24/nicolassarkozy-campagne-derive-antirepublicaine

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ropos de campagne de Nicolas Sarkozy : « Mes chers amis, nos électeurs nous ont quittés pour le FN parce que nous n’étions pas décidés à défendre les valeurs qui sont les nôtres. » (Lyon, 5 avril 2007). À quelques jours du premier tour de l’élection présidentielle et à l’occasion d’une des déclarations les plus honteuses de Nicolas Sarkozy sur un supposé déterminisme génétique, nombre de commentateurs ont pu relever les dérives du candidat de l’UMP vers une droite décomplexée. L’examen des discours, des articles, des interviews de Nicolas Sarkozy montre pour tout observateur attentif une mue nationaliste, identitaire et réactionnaire d’un candidat qui, en trois mois, a tourné le dos aux fondements idéologiques de la droite républicaine. Sa campagne a pris à plusieurs reprises les accents d’un nationalisme outrancier que l’on n’avait plus entendu chez un candidat de la droite républicaine depuis 1945. Parti en guerre contre des ennemis imaginaires (les « repentants »), Nicolas Sarkozy n’a cessé de dire que la France n’avait rien à se reprocher. Il s’est ainsi attaché à disculper la France de son passé colonial. La vision de la nation portée par Sarkozy s’inscrit directement dans la lignée des conceptions identitai-

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