Hervé Beaudin

Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ?

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19 juillet 2004

Hervé BEAUDIN - Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ?

SOMMAIRE

PREMIERE PARTIE : POSITION GENERALE DU PROBLEME
I. QUESTIONS DE METHODE ................................................................................................................... 1 1°) Considérations générales ...................................................................................................................1 2°) Un débat mal engagé .......................................................................................................................... 1 3°) Notre conception des missions dévolues à la banque centrale européenne .................................... 4 II. LE ROLE NEFASTE DE L’IDEOLOGIE ECONOMIQUE ................................................................ 5 1°) Comment l’orthodoxie contemporaine prive les gouvernements de leurs instruments de politique conjoncturelle ............................................................................................................................ 5 1. Le caractère néfaste de l’orthodoxie ................................................................................................5 2. La véritable ambition de l’orthodoxie .............................................................................................. 6 2°) Les dix contradictions logiques et épistémologiques des politiques économiques orthodoxes contemporaines ......................................................................................................................................... 6 3°) Le véritable obstacle aux politiques expansionnistes est idéologique ........................................... 10 III. ORIENTATIONS GENERALES DE NOS PROPOSITIONS DE POLITIQUE ECONOMIQUE11 1°) Notre politique économique ............................................................................................................. 11 1. Notre analyse économique .............................................................................................................11
a) Taux d'intérêt, répartition du revenu national et chômage .....................................................................11 b) Salaires, monnaie et inflation ................................................................................................................. 15

2. Nos préconisations de politique économique.................................................................................. 21 2°) Les conditions de réussite de notre politique économique ............................................................. 23

19 juillet 2004

Hervé BEAUDIN - Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ?

DEUXIEME PARTIE : LA POLITIQUE ECONOMIQUE A METTRE EN ŒUVRE EN EUROPE
I. LES FAUX REMEDES ............................................................................................................................ 25 1°) La réduction ex ante des déficits publics ......................................................................................... 25 1. La réduction des déficits publics ne peut atteindre ses objectifs externes ...................................... 25 2. La réduction des déficits publics ne peut atteindre ses objectifs internes ....................................... 26 3. La situation actuelle nous enjoint cependant de limiter les déficits................................................ 28 2°) La réduction de la durée du travail ................................................................................................. 29 3°) Les aides aux entreprises .................................................................................................................. 31 1. L’allégement des charges des entreprises....................................................................................... 31 2. Les subventions à l’embauche ........................................................................................................ 34 3. Les mesures spécifiques en faveur de l’emploi ............................................................................... 36 4°) La taxation de la valeur ajoutée ...................................................................................................... 37 II. LES MESURES DE POLITIQUE ECONOMIQUE PRECONISEES ............................................... 37 1°) La politique fiscale ............................................................................................................................ 37 1. La TVA sociale ................................................................................................................................ 38
a) Les avantages de la TVA sociale ............................................................................................................ 38 b) Les défauts d’une telle solution.............................................................................................................. 39

2. L’impôt d’exploitation .................................................................................................................... 39
a) Description de l’impôt d'exploitation ..................................................................................................... 40 b) Les mécanismes de l’impôt d'exploitation.............................................................................................. 43 c) Avantages de l'impôt d'exploitation ........................................................................................................ 46 d) Différence entre l'impôt d'exploitation et les propositions voisines qui ont été faites ............................50 e) Les défauts de l’impôt d'exploitation...................................................................................................... 54

2°) La politique des revenus ................................................................................................................... 56 1. Les données du problème ...............................................................................................................56 2. Le dispositif ..................................................................................................................................... 58

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est notre ambition en ce domaine. 2°) Un débat mal engagé L’histoire récente montre combien le débat politique s’est engagé sur une voie de traverse. Par ailleurs. et si possible en Europe. l’espérance de vie s’allonge de deux ans en moyenne chaque année. Ces emplois ne sauraient en effet qu’être peu productifs. la dette publique ou les dépenses publiques.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? Première partie : Position générale du problème I. En ce sens. Le présent dossier ne prétend traiter que des premières.Hervé BEAUDIN . Le problème qui doit nous occuper est donc celui du revenu national et de sa répartition. à prévenir la hausse des prix par la restriction de l’offre de monnaie. comme ont tenté de le faire les socialistes français. Concernant ce dernier. Simultanément. aucune politique volontariste ne saurait créer directement des emplois correspondant à une demande solvable que seul le marché peut authentifier. les politiques publiques peuvent être classées en deux grandes catégories : les politiques conjoncturelles et les politiques structurelles. et dépenser mieux. mais mieux. et. rend pratiquement impossible la perpétuation d’un système de protection sociale fondée sur les cotisations des actifs sains de corps et d’esprit en âge de travailler. Les vraies questions ont été éludées ou mal posées. Il est donc urgent premièrement de remettre les Français au travail. Il en est résulté une hausse du taux de chômage incompatible avec les équilibres sociaux d’une nation démocratique moderne. 19 juillet 2004 . les secondes. Nous pensons ainsi que le plein emploi passe d'une part par une vigoureuse politique de formation professionnelle et. Les politiques publiques ne doivent pas chercher à créer à tout prix des emplois. des politiques publiques qui assurent le plein emploi dans la stabilité des prix. mais pas moins. les impôts. alors même que. dans les principaux pays développés. Nous partons ensuite d’un constat : un chômeur ne souffre pas tant du chômage que de sa traduction en termes de revenu. Or. Questions de méthode 1°) Considérations générales Notre objectif prioritaire en matière économique est de mettre en œuvre en France. deuxièmement. Le caractère volontariste des politiques publiques doit être dès lors centré par priorité sur le maniement des grandes variables macro-économiques que sont les taux d'intérêt. la crise démographique que traverse l’Occident. de réformer le système de protection sociale. par un fort taux de croissance accompagné de politiques publiques ayant pour objectif d’éclairer le marché sur l’avenir et d’inciter les entreprises à employer de la main d'œuvre locale. les gouvernements ont cherché depuis environ vingt cinq ans. faisant l’objet d’un fascicule séparé. d'autre part. tout aussi importantes. nous pensons qu’il existe une autre politique possible que celle qui consiste à sans cesse restreindre les dépenses à défaut de sans cesse augmenter les prélèvements : prélever moins (ou pas plus). du fait des immenses progrès des sciences et de la médecine. et non celui de l’emploi au sens technique du terme. car ils ne correspondent pas vraiment à des besoins réels. jointe à la raréfaction des emplois peu qualifiés.

décidée par l’Allemagne seule. en France. doublée d’une recrudescence de l’inflation. au début des années quatre-vingt-dix. ce ne sont pas les critères de convergence eux-mêmes. La construction européenne seule pouvait donc obliger l’Allemagne à partager sa souveraineté monétaire et budgétaire. l’arracher à l’influence américaine. peut faciliter l’émergence de politiques économiques en rupture avec une orthodoxie qui a façonné le monde à l’image qu’elle en donnait. une opposition de nature syndicale. une tentation souverainiste d’inspiration néo-keynésienne tournée contre le fédéralisme européen et le traité de Maastricht. s’est essentiellement porté sur la question de savoir si le traité de Maastricht était en soi une bonne ou une mauvaise chose pour la France. certains estimant qu’en régime de monnaie unique le marché du travail aurait à supporter l’essentiel des ajustements et que les obstacles linguistiques et économiques à la mobilité des salariés faciliteraient une déconnexion entre les rémunérations portant sur des emplois de même nature et faisant appel à des qualifications voisines . la politique économique européenne était au fond. tant était devenu formel le pouvoir de la banque de France. Nous pensons que l'union monétaire. du fait de la puissance du mark. elle impliquait que nous mettions en œuvre des politiques économiques coopératives (notamment en matière budgétaire) seules susceptibles de renforcer la souveraineté de chacun des pays membres. De surcroît. trois sortes de réactions : une tentation protectionniste . c'est-à-dire au nécessaire équilibre des balances des paiements. Or. Mais nous ne le pouvons que si nous renouons dans toute l’Europe avec des politiques keynésiennes dont la mise en œuvre se heurtait jusqu’alors à la contrainte extérieure. à l’époque. l’union monétaire devait nous permettre de nous soustraire au diktat du marché des changes et à la domination du dollar. La mise à niveau de l'économie est-allemande fut ainsi financée par toute l’Europe. ni qu’elle nous retirerait davantage de souveraineté monétaire. précisément. Les deux phénomènes se sont transmis chez les pays partenaires par l’intermédiaire d’une politique monétaire excessivement restrictive. dont les critères semblaient nécessiter. elle n’a été qu’apparente. Cette situation a provoqué. En réalité.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? La réunification allemande a été. d’ailleurs. la monnaie unique nous aura permis de supprimer la prime de risque qui existait sur notre monnaie nationale et qui provenait de notre histoire monétaire. Outre les économies réalisées sur les changes et la garantie d’une stabilité monétaire offerte aux catégories socioprofessionnelles qui avaient souffert dans le passé de la concurrence déloyale provoquée par les dévaluations successives des Etats membres. mais les moyens utilisés pour y satisfaire. Quant à la perte de souveraineté monétaire. L’on ne pouvait donc pas affirmer que l’union monétaire allait nous arrimer définitivement aux Etats-Unis. à la fin des années quatre-vingt. le débat. nous empêchant de baisser nos taux d'intérêt autant qu’il aurait été souhaitable.Hervé BEAUDIN . très minoritaires). Mais. qui est un fait acquis. Ainsi sommes-nous désormais dégagés du fardeau de protéger la valeur externe de notre devise vis-à-vis des autres devises européennes et pouvons-nous collectivement affecter l’arme de la politique monétaire à la croissance de l’ensemble de la zone européenne. De même. comme elle pouvait seule. Le vrai problème n’était donc 19 juillet 2004 . alors qu’il aurait fallu discuter des modalités de sa mise en œuvre et de ses objectifs à long terme. L’unification monétaire de l’Allemagne sur la base démagogique d’un deutschemark pour un östmark a entraîné une montée du chômage. qui auraient dû être critiqués (et qui l’ont d’ailleurs été par certains. l’adoption de politiques budgétaires restrictives et d’une politique monétaire axée sur la recherche du franc fort nécessitant le maintien de taux d'intérêt élevés. le départ d’un processus de dégradation de la conjoncture en Europe.

d’un autre côté. la cause des politiques de rigueur. Cette impossibilité de pratiquer seuls des politiques keynésiennes a détourné les gouvernements de la voie des politiques publiques au moment même où elles s’avéraient pourtant indispensables. car même en l’absence d’union monétaire. On perçoit ici que le défi et sa solution ne font qu’un. contrairement à ce qui a été dit. il n’était nullement nécessaire que celle-ci fût acquise au prix d’un recul de l’activité. fiscale et structurelle) afin d’éviter que la concurrence entre politiques publiques et entre législations nationales ne réduise à néant ses effets. D'autre part. Malheureusement. En libérant la politique monétaire pour des objectifs internes. à travers la mise en œuvre d’une nécessaire politique budgétaire commune de penser une politique fiscale unique. Au contraire. Adversaires et partisans du traité de Maastricht se sont ainsi retrouvés pour admettre implicitement que la monnaie unique impliquait des politiques économiques provoquant chômage et pauvreté. L’union de l'Europe se forge à travers des politiques libérales et certains esprits se sont bornés à juger le bien-fondé des traités européens d’après l’usage que souhaiteraient en faire les gouvernements du moment.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? pas la monnaie unique. Si bien que la monnaie unique peut aussi être considérée comme une des conditions du progrès social et non comme un obstacle.Hervé BEAUDIN . le juste partage de la valeur ajoutée et les inégalités de la société salariale. de manière concertée. l’absence de rigueur et de courage politique face aux multiples lobbies économiques et sociaux a laissé dériver de manière dramatique la dette publique et le 19 juillet 2004 . Mais. peut être perçue comme un moyen institutionnel de renouer avec les politiques de régulation. en amenant l’organisation de la puissance publique au niveau de celui de l'économie privée. elle n’est pour l’instant qu’une structure supranationale garantissant au capital international les avantages du marché libre. si la monnaie unique nécessitait la convergence des politiques économiques. la monnaie unique nous enjoint. D'une part. une politique budgétaire expansionniste financée par création monétaire nécessite l’union monétaire et économique (c'est-à-dire budgétaire. la convergence aurait pu être atteinte par l’augmentation des déficits votés. une vaste réforme fiscale faisant de l’emploi l’objectif suprême de la politique économique. En renonçant aux guerres monétaires. L’union européenne. Or. mais la lutte contre l’emprise intellectuelle de l’orthodoxie sur les gouvernements européens. la monnaie unique ne pourra véritablement servir l’emploi que si elle parvient à déclencher en Europe. les pays européens se sont cependant donné les moyens de résoudre ce qui aurait dû nous occuper depuis le début : la régulation de l’économie capitaliste. Mais en ont-ils la volonté ? En réalité. car ces derniers auraient entraîné une diminution des déficits réalisés. l’emprise des thèses de la nouvelle école classique dans les consciences en est sortie renforcée. Il nous faut sans doute admettre à cet égard que la confusion traditionnelle entre les institutions et la politique suivie dans le cadre de ces institutions explique sans doute beaucoup des erreurs qui ont été formulées sur ce sujet. des politiques économiques similaires – dont la responsabilité exclusive incombait aux idées de la nouvelle école classique – auraient été poursuivies au nom du sacro-saint souci de l’équilibre des finances publiques. les critères du traité de Maastricht n’ont pas été. Et de cette confusion méthodologique. L’une des principales raisons du chômage de masse est la contradiction qui existe de nos jours entre la mondialisation et le maintien des prérogatives des Etats dans l’étroite limite de leurs frontières nationales.

à l’époque. loin d’être incompatible avec le souhait de renouer avec des politiques publiques d’inspiration keynésienne. faiblesse qui découle des modalités de la désinflation depuis 1983 et des conditions actuelles de la concurrence internationale. de notre point de vue. Nous pensons que cette fonction de magistrature financière. mais comme la condition de l’adhésion des marchés à ces politiques. que des politiques expansionnistes soient impossibles . mais elle l’est tous moyens confondus. la banque centrale européenne est le juge de paix des politiques économiques. puis la consolidation des acquis en la matière. en est l’une des conditions premières. ont été assurées exclusivement par la politique monétaire. Cette confiance repose sur la fonction de magistrature financière qui est dévolue à la banque centrale. l’ultime fusible du circuit de décision des politiques publiques. Le fait que la banque centrale européenne soit dirigée par des technocrates ne retire rien à sa légitimité. financière et institutionnelle qu’il a créée. Cette indépendance profite donc aux gouvernements. Nous nous trouvons donc à un moment où il nous faudrait pratiquer des politiques expansionnistes tout en réduisant les déficits et en diminuant l’endettement de l'Etat. dans cette conception élargie. Mais nous pensons également qu’une autre vision de la banque centrale peut et doit être mise en avant sur la scène politique européenne et nationale. non comme un obstacle institutionnel à la mise en œuvre de politiques expansionnistes. elle n’est que le cran de sûreté des policy mix expansionnistes.Hervé BEAUDIN . La crise de l’emploi se nourrit de celle de la demande solvable parce que la désinflation. les causes du chômage contemporain nous semblent principalement résider dans la faiblesse de la demande globale. leur filet de sécurité. Cette indépendance ne signifie donc pas. 3°) Notre conception des missions dévolues à la banque centrale européenne Bien que nous nous soyons opposés. la France a besoin de travailler et d’investir davantage. Mais on a omis de dire que l’emploi ainsi créé serait détruit ailleurs et que cette répartition du chômage se ferait au détriment de la productivité et de la compétitivité du pays. pour des raisons tenant à l’intégrité des pouvoirs régaliens de l'Etat souverain. En réalité. Désormais. le traité d'union monétaire a ôté au monétarisme le monopole de la lutte contre l’inflation. le vérificateur suprême de la validité des politiques gouvernementales. En instituant un jugement extérieur et objectif sur la capacité des gouvernements à combattre l'inflation autrement que par des politiques monétaires restrictives. au traité de Maastricht. Nous pensons à cet égard que le degré de liberté dont doivent bénéficier la banque centrale européenne et les gouvernements européens découle de la confiance qu’ont les agents dans la valeur de la monnaie. être perçue. Encore faut-il que cette banque centrale soit plus perméable aux thèses keynésiennes qu’elle ne l’est 19 juillet 2004 . En réalité. Le débat sur la réduction du temps de travail a donné lieu à des errements de même nature.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? déficit budgétaire de la France. nous considérons que nous devons prendre acte de la réalité économique. L’indépendance de la banque centrale européenne doit. ni bien sûr à son utilité : les juges ne sont pas élus car leur légitimité découle de l’esprit des institutions qui les ont vus naître et de la fonction qu’elles leur confèrent. car elle décharge le pouvoir politique du souci quotidien d’inspirer aux agents confiance dans les signes monétaires émis. Nous pensons dans ces conditions qu’il est impossible de redresser les finances publiques en relançant l’économie sans modifier le contrat fiscal qui lie le capital et la nation. et non des formes employées pour leur nomination. On a voulu démontrer qu’il fallait travailler moins pour donner un emploi à chacun tout en améliorant la qualité de vie de tous.

la sensibilité de la demande d’encaisses de spéculation au taux de l’intérêt est trop importante pour que la politique monétaire ait un effet sur le revenu national. y jouent une rôle prédominant et particulièrement néfaste. de nos jours.Hervé BEAUDIN . la première place. dans l’examen de ces réactions. dans le cas de figure où les taux d'intérêt s’avèrent proches de leur plus bas niveau. D’ailleurs. Et il nous semble que les thèses de la nouvelle école classique. nous pensons que l’amélioration de la conjoncture passe par un soutien à la demande de consommation et à la demande de biens d’équipement. la notion de relance est une notion en définitive soit purement monétaire. comme aux Etats-Unis. Or. appelée encore « orthodoxie ». II. Le caractère infernal de l’orthodoxie Dans la pensée keynésienne. mais celle-ci a peu d’effet par elle-même si l'investissement s’avère plus sensible à la demande globale qu’au niveau des taux d'intérêt. même si l'investissement dépendait uniquement du niveau des taux d'intérêt. elle l’est également lorsque la sensibilité de l'investissement au niveau du taux de l'intérêt est trop faible pour que la politique monétaire puisse agir seule efficacement 1. Le rôle néfaste de l’idéologie économique dominante Il n’y a pas de politiques publiques possibles sans un examen préalable de la manière dont elles seront perçues par les forces économiques en présence et de la répercussion sur leurs effets des réactions qu’elles provoqueront dans la conscience des agents économiques. l’occasion de mettre en mouvement le multiplicateur keynésien. les effets de la politique monétaire sur le revenu national tendraient à s’estomper lorsque les taux auraient atteint leur plancher. à la croissance. la liberté donnée aux marchés financiers et la masse considérable des capitaux qui y circulent ont contribué à ôter des marges de manœuvre budgétaires à l’Etat. 1°) Comment l’orthodoxie contemporaine prive les gouvernements de leurs instruments de politique conjoncturelle 1. Si bien qu’il convient de renverser les termes du théorème : 1 Il en résulte que. 19 juillet 2004 . la baisse des taux d'intérêt n’étant qu’accessoire. Pourtant. La politique budgétaire n’a en soi aucune utilité : elle n’est que le prétexte à une émission de monnaie additionnelle en vue de financer des dépenses supplémentaires (multiplicateur de dépenses) ou de suppléer des recettes en diminution (multiplicateur fiscal) ou encore. en un mot qu’elle soit dirigée par des hommes qui ne soient pas inféodées à la religion monétariste et que ses attributions dépassent la simple conservation de la valeur de la monnaie pour s’étendre. Il existe ainsi une limite sérieuse au remède keynésien : le déficit budgétaire n’est efficace en termes de relance de l’activité que s’il est financé par une politique monétaire expansionniste.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? aujourd'hui. l’idéologie économique occupe. Mais si une politique de déficit budgétaire s’avère nécessaire pour initier la reprise. soit de court terme (« l’impulsion keynésienne »). si l’on vise une relance à court terme. Or. Or. l’orthodoxie préconise exactement l’inverse : relancer par les taux d'intérêt et freiner par la demande. selon nous.

mais non suffisante pour élever le revenu national. le relâchement de la politique monétaire est inutile. Les conséquences en seraient la détérioration de la conjoncture. Et c’est la combinaison des deux politiques qui les rendent véritablement efficaces. et qu’ils ne pouvaient l’être que par la réduction des déficits publics.Hervé BEAUDIN . Les licenciements massifs dans les services publics accompagnés de la remise en cause du droit de la fonction publique et de la diminution des prestations sociales apparaîtront tôt ou tard comme l’ultime recours d’une stratégie en définitive sans issue. La vision dominante de la politique économique ne découle ainsi nullement du souci de satisfaire aux critères du pacte de stabilité. taux de croissance qu’il fixe arbitrairement à 3 %. accompagnée d’une politique des revenus. faute d’avoir posé la question du partage du revenu national. escomptant obtenir de l’afflux des capitaux internationaux la baisse des taux d'intérêt . la théorie monétariste a voulu démontrer l’impossibilité de mener conjointement des politiques budgétaire et monétaire de même sens. qui doit à nouveau être combattue dans le cercle sans fin des politiques restrictives. L'effet d'éviction dû au déficit budgétaire y est par conséquent progressi- 19 juillet 2004 . troisièmement qu’une réforme fiscale. ayant en tête cette problématique est la condition de la réussite de la policy mix expansionniste qui vient d’être évoquée. La véritable ambition de l’orthodoxie L’orthodoxie préconise. deuxièmement que. la réduction des déficits publics. l’orthodoxie a privé les gouvernements démocratiques de la moitié de leur pouvoir en leur interdisant.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? sans une politique budgétaire expansionniste. Cette vision participe d’une stratégie systématique dont le but politique et idéologique ultime est l’équilibre budgétaire et la disparition de l’intervention régulatrice des pouvoirs publics . En affirmant de son côté que les taux d'intérêt ne pouvaient pas être abaissés volontairement. La politique monétaire est nécessaire. comme on l’a vu. La politique budgétaire devrait toujours. 2. l’aggravation des déficits consécutive à la diminution des recettes fiscales. la détérioration de la conjoncture économique et fiscale. nos partenaires éprouvant les mêmes difficultés.nationaux ou européens . 2°) Les dix contradictions logiques et épistémologiques des politiques économiques orthodoxes contemporaines Nous pensons que la politique économique orthodoxe favorise systématiquement la croissance de l'investissement privé au détriment de la consommation des ménages et de la dépense publique. selon nous. nous prétendons premièrement que la victoire sur le chômage conjoncturel nécessite la mise en œuvre d’une politique économique expansionniste constituée d’une politique budgétaire et d’une politique monétaire de même sens . L’existence de la monnaie unique n’en est pas non plus responsable.dans la vie économique. à partir d’une analyse tronquée et erronée. d’utiliser dans le même sens tous les instruments de la politique conjoncturelle . Or. Mais dénoncer les termes actuels du pacte de stabilité nous paraît indispensable à la lutte contre le chômage. mener le jeu. Le monétarisme ajoute qu’il faut convenir une fois pour toutes d’un taux de croissance annuel de la masse monétaire constant.et le financement des dépenses publiques. par exemple par émission de monnaie banque centrale.sensée relancer la croissance par l'investissement .

épargne d’un revenu national en stagnation. 4) Cette baisse des taux d'intérêt à long terme. où est l’intérêt pour l’emploi quand tous s’accordent pour voir dans les services la principale mine d’emplois ? Dans le meilleur des cas.Hervé BEAUDIN . Il existe donc une contradiction fondamentale Si celles-ci sont des dépenses d’équipement. encourageant ainsi la demande d'investissement privé. qui supportent des charges. Or. Quant aux capitaux flottants. Il faut donc à la fois réduire le déficit budgétaire (pour abaisser les taux d'intérêt) et diminuer la pression fiscale. les effets sur l’emploi sont immédiats. 3) La volonté de diminuer les prélèvements obligatoires se heurte au fait que la politique monétaire doit être d’autant plus expansionniste pour annuler l'effet d'éviction du déficit sur l'investissement privé que le taux de pression fiscale est faible. De même. s’explique par les contradictions suivantes : 1) La politique monétaire préconisée par l’orthodoxie se fixe comme objectif de réduire les déficits publics afin que les taux d'intérêt à long terme puissent baisser. devrait. en cas de réduction des dépenses d’armement). les entreprises. Elle voit donc son efficacité diminuer dans un univers de démographie défaillante où les ménages doivent épargner de plus en plus pour leur retraite. Et s’il s’agit de diminuer leurs traitements. Cette substitution d’effets d’éviction. S’il s’agit de réduire le nombre des fonctionnaires. qui explique l’impuissance des politiques publiques vis-à-vis de la question de l’emploi. qui est synonyme d’une politique monétaire plus expansionniste. Où est l’intérêt pour l’emploi si la hausse de l'investissement s’accompagne d’une baisse plus importante de la dépense publique ? Dans le meilleur des cas. se traduire par un investissement privé plus important. La politique économique orthodoxe n’aboutit donc pas à améliorer l’emploi. 2) La politique monétaire orthodoxe implique également l’assèchement de la consommation des ménages par l’aide à l'investissement privé. mais à le privatiser. les effets induits sur l’industrie privée sont catastrophiques (par exemple. Or. il est admis que l’impact de la politique monétaire sur le revenu national est d’autant plus important que l'investissement est peu sensible aux taux d'intérêt à long terme. la réussite d’une politique monétaire expansionniste suppose une forte propension des ménages à consommer leur revenu disponible. sans en augmenter le nombre. c’est la consommation des ménages qui est atteinte. on aura substitué des emplois privés à des emplois publics. Or. d’après les partisans de l’orthodoxie. Ils jugent donc l'investissement des entreprises comme très sensible au niveau des taux d'intérêt.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? vement remplacé par l'effet d'éviction dû au partage consommation . La seule issue est alors la diminution des dépenses publiques. qu’elle prenne la forme de la rigueur salariale ou celle de subventions aux entreprises financées par l’impôt. Mais la réduction des déficits publics implique d’accroître les prélèvements obligatoires et de diminuer les dépenses des collectivités publiques 2. que l’on souhaite attirer en programmant une baisse des taux d'intérêt. ils risquent de partir à la fin du processus de baisse des taux. La diminution de la masse des dépenses budgétaires (ou l’augmentation ex ante des recettes fiscales) entraîne un effet dépressif sur la conjoncture que ne peuvent compenser la baisse des taux d'intérêt et l’afflux des capitaux internationaux résultant de la réduction des déficits publics. 2 19 juillet 2004 . sans augmenter la valeur totale du revenu national. sont aussi les fournisseurs des administrations publiques. on aura substitué un revenu privé à un revenu public. plus sensible en tout cas qu’ils ne le sont à la demande en provenance des administrations publiques ou des ménages.

une politique monétaire expansionniste suppose la réduction des déficits publics. qui est par définition égal à la masse des impôts requis pour leur financement. le « prix » des services publics. Tandis que le prix d’un service privé est toujours supérieur à la masse salariale et à la valeur des équipements amortis 3. 8) Lorsqu’une baisse des taux est anticipée par une forte proportion d’agents. alors qu’une fraction des revenus privés auxquels ils se substituent aurait été épargnée sans nécessairement qu’un investissement additionnel vînt la rendre utile. 19 juillet 2004 . dans la perspective qui est la leur.Hervé BEAUDIN . monter leur cours et diminuent leur rendement. l’impact de la politique monétaire dépend de la sensibilité de la demande d'investissement à la demande globale. peut être assimilé à un impôt. 5) A cet égard. c'est-à-dire à la consommation des ménages et à la dépense publique. à court terme.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? et irréductible dans la démarche intellectuelle des partisans de l’orthodoxie budgétaire. plus qu’entièrement dépensés). tandis que le « prix » d’un service public (gratuit pour le bénéficiaire.consommateurs. D'autre part. du fait même qu’ils sont en déficit. est. D’ailleurs. en univers monétariste. En réalité. prélevé sur les salariés . Si bien qu’il serait bien plus légitime de renverser la proposition et de dire qu’un emploi privé coûte trois emplois publics ! Tout le problème est évidemment de savoir comment est financé le déficit. car le prix d’un bien ou d’un service. Or. ce ne serait que substitution d’une forme prix à une autre forme prix. Donc. nécessairement inférieur aux traitements de ses fonctionnaires et à la valeur des équipements utilisés. on ne voit pas en quoi la demande émanant des administrations publiques serait moins productive que celle en provenance des entreprises. Là encore. par convention. l'effet d'éviction leur sert de prétexte pour prôner la substitution de l’impôt privé que représentent les prix à l’impôt public que sont les impôts. qui n’est rien d’autre que la somme des salaires. Assimilant l’intérêt général à l’idée qu’ils se font de leurs intérêts particuliers. partisans d’une telle politique. contribuant à abaisser les taux à l’émission des nouveaux La différence étant constituée par le profit de l'entreprise. la valeur produite par les administrations publiques est. 6) Les libéraux. elle se réalise effectivement : les achats spéculatifs de titres financiers font. dans la comptabilité nationale française. D'une part. mais payant pour la collectivité) est représenté par la part des prélèvements obligatoires consacrée à son financement. Si bien qu’un franc de dépenses publiques est plus efficace pour la conjoncture et l’emploi qu’un franc de dépenses privées. C’est parce que les chefs d’entreprise se placent en univers monétariste qu’ils voient dans les déficits un coût pour le capital 4. égale à la somme des traitements versés à leurs agents : le profit des services publics est. le prétendu coût en termes d’emplois de l’existence d’un service public important est dû à l’imagination des libéraux partisans de l’orthodoxie budgétaire (c'est-à-dire des libéraux anti-keynésiens). par construction. nul. par le déficit budgétaire. en cas de déficit. des prélèvements obligatoires et du profit d’entreprise. l’idée longtemps en vogue selon laquelle un emploi public coûte trois emplois privés est logiquement incompréhensible. ne cessent de clamer qu’il faut que les administrations publiques se convertissent à la gestion des effectifs et de la productivité pratiquées couramment dans les entreprises. Ce fantasme est indispensable à la réalisation de leur ambition : réduire les déficits votés. Et cette ambition repose sur l’idée suivant laquelle seule la relance par l'investissement privé peut réduire le chômage. 4 3 Par la hausse des taux d'intérêt provoquée. 7) Les impôts prélevés par l'Etat pour financer ses dépenses sont entièrement dépensés (et même.

Hervé BEAUDIN . augmenté le taux de la TVA pour réduire le déficit budgétaire. En effet. tant en Allemagne qu’en France. Les ménages aisés. Lorsqu’ils prétendent néanmoins assurer la croissance. ils deviennent ultra-keynésiens sans attacher d’importance au caractère contradictoire de leur position. Il est dès lors contradictoire de penser que l’on peut simultanément présenter la baisse des taux d'intérêt comme l’objectif intermédiaire principal de la politique économique et compter sur une baisse du taux d’épargne des ménages pour relancer la consommation. et non des taux d'intérêt. les gouvernants sont volontiers. pensant ainsi pouvoir alléger les cotisations sociales employeurs sur les bas salaires et atteindre les critères de Maastricht sans sacrifier la croissance.Si. l’écart grandissant entre l'épargne et l'investissement devrait provoquer. elle peut être modifiée par la variation du taux de l'intérêt par l’intermédiaire de celle de l'épargne. lorsque les agents augmentent la part de leur revenu consacrée à l'épargne afin d’acquérir davantage de titres financiers parce qu’ils anticipent une baisse des taux importante leur offrant l’opportunité d’accroître leur patrimoine. pourquoi vouloir aug- 19 juillet 2004 .Si l'épargne est un solde (Keynes). donc en définitive par la diminution ex ante du revenu disponible des ménages. 9) On a. De deux choses l’une : . . de la part des agents un accroissement de leur consommation au détriment de leur épargne : la politique économique préconisée par l’orthodoxie est donc contradictoire dans les objectifs qu’elle affiche et dans les fondements théoriques sur lesquels elle s’appuie. au contraire. La baisse des taux d'intérêt consécutive à la réduction du déficit budgétaire serait annulée par l’insuffisance de l'épargne. sur la foi des recommandations de l’orthodoxie. de surcroît sur la foi d’un raisonnement de nature classique. Il s’agit là d’une contradiction épistémologique grave et très répandue chez les hommes politiques de notre temps. Ce qui oblige à s’interroger sur les autres politiques possibles. car la rentabilité d’un investissement découle d’abord des recettes d’exploitation qu’il apporte à l'entreprise. la consommation ne peut être modifiée par la variation du taux de l'intérêt. dont l'épargne est en partie déterminée par le sens anticipé de la variation des taux d'intérêt. obtenue par la baisse des dépenses publiques et par l'augmentation des prélèvements obligatoires. On ne peut à la fois annoncer une baisse des taux et réclamer. puisse contribuer à accroître le revenu national. Mais. mais seulement par celle du revenu. Or. car on ne voit pas qu’une réduction massive des déficits publics. épargneront d’autant plus la part superflue de leur revenu que la probabilité d’une baisse des taux sera élevée. la diminution du taux d’épargne est contradictoire avec l’annonce de la baisse des taux d'intérêt. recettes qui proviennent évidemment de la demande qui lui est adressée. La baisse des taux a bien lieu. source d'effets d'éviction en tous points identiques à ceux qu’exercerait un accroissement du déficit budgétaire. si les ménages devaient réellement puiser dans leur épargne pour maintenir leurs dépenses hors taxes de consommation. adeptes de la nouvelle école classique. A moins que l'investissement ne s’abaisse au niveau de l'épargne. selon les thèses classiques. annihilant alors l’effet positif sur la conjoncture de la hausse de la consommation. la consommation est conçue comme un solde (théorie classique). dans ce cas. 10) On a substitué ce faisant un effet d'éviction à un autre. Et si l'investissement ne dépend que de la demande globale anticipée.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? emprunts. par la force des choses. Lorsqu’il convient de réduire ex ante les déficits publics. ils le font au détriment de la consommation et de la croissance. une tension sur les taux d'intérêt. mais elle est impuissante à provoquer un surcroît de croissance.

Cette logique a perverti le système économique et politique de nos démocraties comme l'inflation l’avait fait avant 1979 : elle a inversé le rapport de forces entre débiteurs et créanciers . elle se doit de rompre avec le modèle que prétend nous imposer le monde anglo-américain. on a mis en oeuvre des politiques de rigueur. La domination de la nouvelle école classique s’est ainsi construite sur l’absence de réflexion quant aux conditions structurelles de la réussite des politiques keynésiennes. Et on a omis le fait universellement vérifié que si le revenu découle micro-économiquement de l’emploi. il a tiré son succès et de son succès. on a voté moins de crédits et plus d’impôts. quoique confronté à cette pénurie organisée. nous avons hérité des malheurs présents. Pour ce. L’union européenne elle-même n’a de sens que si elle donne davantage de puissance à chacun des Etats-membres qu’elle réunit. 19 juillet 2004 . prétendant résoudre les difficultés de la politique conjoncturelle par sa simple négation. Nous devons mettre en œuvre les réformes structurelles (notamment fiscales) grâce auxquelles nous remettrons la France (et l’Europe) au travail par la régulation de l'économie de marché. alors qu’elle fut fondée sur l’expansion monétaire provoquée par le plan Marshall. Remarquons que.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? menter les impôts et réduire le déficit budgétaire ? Même le financement exclusivement par emprunt du déficit budgétaire serait exempt d'effet d'éviction ! 3°) Le véritable obstacle aux politiques expansionnistes est idéologique L’obstacle majeur à une politique de restauration du plein emploi est l’enfermement des classes dirigeantes contemporaines dans une logique inadaptée aux circonstances de notre époque. le fait que ce corpus théorique a pris naissance dans la première puissance économique du monde n’est pas étranger à son influence. on a défendu les équilibres et condamné les déficits. De son influence. elle a introduit dans l’esprit des décideurs une série de recommandations de politique économique fondées sur un paradigme auto-validant . l’emploi dépend macro-économiquement du revenu.Hervé BEAUDIN . Ce qu’on a appelé la « pensée unique » a déstructuré la société dans la mesure même où elle a écarté du champ de la réflexion théorique l’intelligence des politiques structurelles. simultanément. Et. on a oublié de s’interroger sur l’essentiel : avec quel argent paiera-t-on les nouveaux besoins que l’on souhaite satisfaire ? On a prétendu aussi que la croissance européenne d’après-guerre s’était édifiée sur la diminution de la durée du travail.

répartition du revenu national et chômage a-1) L’impact de la répartition du revenu national sur les taux d'intérêt et l’emploi Nous pensons qu’il faut chercher en dehors du marché du travail la solution du problème de l’emploi. à cet égard l’expérience de la Grande-Bretagne contemporaine). trop souvent préconisée par les gouvernements socialistes. Le gain en emplois serait faible (cf. nous pensons que les salaires d’aujourd’hui sont les emplois de demain et les profits d’après-demain (ce qui est le contraire du fameux « théorème de Schmidt » qui énonce que « les profits d’aujourd’hui sont les investissements de demain et les emplois d’après-demain »). l'augmentation des prélèvements sur les ménages salariés. la baisse des taux d'intérêt risque de dégrader. Dans cet ordre d’idées. Certes.salaires se trouve donc au cœur du problème du chômage comme il se trouvait au cœur du phénomène inflationniste en période d’abondance monétaire. Et. la fluidité du marché du travail. le chômage ne peut être résorbé.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? III. la part des salaires et des allocations chômage dans la valeur ajoutée diminue. à court terme. dans le même temps. de l’ampleur de sa variation par rapport à la pratique courante ou immédiatement antérieure. accompagnant la progression de la masse monétaire. Le partage profits . Si. des techniques de production du moment dans la branche considérée (les « procédés » sont de nature plus ou moins capitalistique) et. Le pouvoir d'achat des ménages souffre donc davantage de la récession monétariste que de l'inflation des périodes d’expansion keynésienne. d’autre part. il est normal que la masse monétaire progresse moins vite que le niveau général des prix. A l’opposé. la formation professionnelle. les réformes structurelles du droit du travail ou de la protection sociale. au moins dans un premier temps. Or. ils réagissent avec retard en phase de récession ou de ralentissement et sont. La 19 juillet 2004 . Lorsque le ralentissement découle d’une politique monétaire restrictive. Orientations générales de nos propositions de politique économique 1°) Notre politique économique 1. Mais il nous semble que les théories libérales relatives à la répartition des qualifications sur le marché du travail en fonction des besoins des entreprises s’écroulent dès lors que la part du revenu national destinée à la rémunération des demandeurs d’emploi se réduit. jouent un rôle prééminent dans la panoplie des politiques de plein emploi. Notre analyse économique a) Taux d'intérêt. d’une part. Ainsi. le solde extérieur de la zone monétaire. ruinant les tentatives désespérées des jeunes en quête d’insertion et qui s’escriment en vain à acquérir une qualification dans les techniques de pointe du moment.Hervé BEAUDIN . en diminuant le coût réel du capital. nuirait à la demande solvable en provenance de ces ménages. De plus. pour une demande globale anticipée donnée. De même. la logique monétariste interdit une relance budgétaire : la baisse des taux d'intérêt implique une diminution des dépenses publiques supérieure à celle des prélèvements obligatoires. la réduction du coût du travail qui serait obtenue par la diminution ou la suppression du SMIC est socialement inacceptable et politiquement risquée. rigides à la baisse. le chômage est-il cause de lui-même par l’intermédiaire d’une croissance trop faible. Le souhait des entreprises d’embaucher du personnel ne découle pas tant. du coût habituel du travail que. si en phase d’expansion les prix sont élastiques à la hausse.

salaires. La diminution du pouvoir d'achat des salariés qui en résulte permet la reconstitution de la part des profits mais entraîne aussi une faiblesse de la consommation des ménages. de la concentration des patrimoines. Il n’est donc pas étonnant que la lutte contre l'inflation se transforme alors en combat contre la croissance dès lors qu’aucune mesure d’ordre fiscal n’est prise pour réguler le partage profits . simultanément. en définitive. car les revenus du capital sont plus importants. à l’aide de l’inégale répartition des revenus 5. Nous pensons ainsi qu’à chaque époque. accru la productivité du travail pour une même quantité d'investissement. Ce n’est pas la croissance du PIB qui favorise l’éclosion des revendications salariales. la reconstitution des marges des entreprises et de la part des profits dans le revenu national maintient la rentabilité des investissements. la dégradation momentanée de la part des profits dans la valeur ajoutée. le montant du revenu national. On assiste à une reconstitution de la part des profits par une baisse du pouvoir d'achat des salaires qui nécessite de nouvelles luttes sociales entraînant de nouvelles augmentations de salaire. Parallèlement. par les inégalités dans la répartition des revenus. selon les préférences des consommateurs. compte tenu des conditions technologiques. (les jours de grèves sont plus nombreux en période d’expansion monétaire qu’en période de restriction). détermine un niveau d'investissement très inférieur à celui qui est exigé pour amener la demande globale à son degré de plein emploi. L’objectif de la régulation étatique est de trouver le moyen de faire se correspondre optimum du point de vue du revenu et optimum du point de vue de l’emploi.cette fois du point de vue de l’emploi .Hervé BEAUDIN . elle-même encouragée par le niveau trop élevé des taux d'intérêt. la faiblesse de la consommation. surtout si le progrès technique a. etc.du point de vue du revenu national . La reconstitution durable des profits est rendue possible par la création monétaire qui alimente la croissance. par l’existence durable de taux d'intérêt Deux tiers des inégalités patrimoniales s’expliquent pour moitié par l’héritage (mais c’est reporter l’explication d’une génération sur l’autre) et. Ce rapport détermine. il existe un rapport optimum . Notre ambition est dès lors d’instaurer un lien entre les formes des prélèvements obligatoires et la régulation macro-économique. Ce sont donc ces derrières qui sont la cause principale de la concentration des patrimoines. directement par la diminution des effectifs employés et indirectement par une pression à la baisse du taux de salaire nominal. Le cycle de l’activité reprend par l'investissement de productivité : la croissance s’avère peu riche en emplois. Or. des licenciements. entraîne une hausse des prix. La croissance du PIB et les revendications salariales sont ainsi simplement corrélées. contribué. Mais l’inégalité des revenus se nourrit. entre-temps.entre la consommation et l'investissement. Ces licenciements se traduisent. selon les conditions techniques de la production. accentuée par la diminution des investissements.qui détermine. Mais. un certain niveau d’emploi. Le financement des investissements s’en trouve facilité et l'accumulation du capital également. induit des restructurations et la fermeture d’établissements et. mais la présence d’un « gâteau monétaire » en sensible augmentation. les politiques monétaristes qui ont été suivies dans les années quatre-vingt ont. par une baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. Lorsque les taux d'intérêt sont élevés. En période d’abondance monétaire. Il en résulte un accroissement additionnel de la part des profits dans la valeur ajoutée et un chômage accru. La faiblesse de la demande globale. il existe un autre rapport optimum . provoquée par les augmentations de salaires.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? croissance implique plus d’inflation et d’inégalités quand aucune limite n’est apposée à la progression de la part des profits dans la valeur ajoutée. 5 19 juillet 2004 . due à l’insuffisance de la masse salariale. pour l’autre moitié. en période de taux d'intérêt élevés.

comme par leur décrue qui suivit. Pour financer les comptes sociaux. Par ailleurs. pénalisant celles qui ne licencient pas. L’explication profonde de ce fait réside selon nous dans le lien entre taux d'intérêt et chômage : les taux d'intérêt et la répartition des revenus sont reliés entre eux alors que le taux de chômage découle en partie de la répartition des revenus. le pays initiateur ne pouvant plus espérer écouler sa production si les partenaires en subissent les conséquences. Politique monétaire. l’épargne est en effet un facteur non négligeable dans la détermination du prix des actifs financiers. l’obtention d’un emploi et la répartition des patrimoines sont-elles inégalitaires. nous pensons que la libre circulation des capitaux internationaux autorise l’exportation réciproque du chômage. pesant davantage encore sur la demande solvable. les firmes préfèrent investir lorsque leurs achats de biens d'équipement se traduisent par une économie substantielle de main d'oeuvre. le niveau des taux d'intérêt découle de la répartition des revenus. 6 Lorsque le gouvernement français souhaite réduire le déficit budgétaire afin d’attirer les capitaux internationaux. exclusion. laquelle s’effectue nécessairement au détriment d’autrui (mercantilisme). 19 juillet 2004 . a-2) L’impact des taux d'intérêt sur la répartition du revenu national et sur l’emploi La baisse des taux d'intérêt équivaut en réalité à une émission d’une quantité de monnaie supplémentaire ou à une élévation de la vitesse de circulation de la monnaie existante ou encore une importation massive de capitaux flottants 6. les entreprises reportent indirectement une partie de leurs frais financiers sur la collectivité. soit qu’elles commercialisent des produits très demandés.Hervé BEAUDIN . l'Etat doit accroître les prélèvements sur les ménages. Il augmente également les prélèvements obligatoires sur les entreprises. Réciproquement. faible qualification s’avèrent incontestablement corrélées. Notre thèse est en effet que : 1) la répartition des revenus affecte le niveau des taux d'intérêt autant qu’elle en découle .Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? réels largement positifs. à la concentration des patrimoines. La solidarité nationale de notre système de protection sociale se transforme en la solidarité financière avec les actionnaires des firmes les plus capitalistiques. Ainsi. qu’il en est ainsi de toutes les politiques économiques qui préconisent la conquête de parts de marché. Pauvreté. Or. Ce mouvement a profité naturellement davantage aux riches qu’aux pauvres et a accru l’inégalité dans la distribution des fortunes et des revenus du capital. répartition des revenus et emploi sont ainsi reliés entre eux dans un faisceau de relations réciproques. soit qu’elles appartiennent à des branches moins capitalistiques. est accentuée. Dans cette dernière hypothèse. qui provient principalement des inégalités dans la distribution des revenus. et ce d’autant plus que les inégalités dans la répartition des revenus et des patrimoines entretiennent une classe privilégiée où la propension marginale à consommer joue un rôle moins décisif dans la détermination de l’équilibre et de la croissance macroéconomiques. que. A court terme. même en cas de réussite. la répartition de la masse salariale. le mode actuel de financement des prestations sociales conduit à prélever une fraction de la valeur d'usage produite par les entreprises qui construisent leurs profits sur l'accroissement des quantités produites au bénéfice de celles qui augmentent le leur par les licenciements. le retour de bâton est inévitable. en licenciant. 2) les variations des taux d'intérêt entrent d’autant plus dans la détermination du niveau de l’emploi que l’inégalité dans la répartition des patrimoines. En dépit de taux d'intérêt élevés. il ne préconise rien d’autre que d’accroître la masse monétaire. en univers monétariste.

dans l’ordre international. que très peu sur le niveau de la consommation de l’ensemble des ménages puisque la rentabilité 9 des titres financiers s’avère faible par rapport à la préférence pour la consommation présente. Mais les variations de taux d'intérêt affectent également l’arbitrage entre consommation et épargne et. les créanciers s’appauvrissent d’autant qu’ils ont. l'épargne apparaît incontestablement comme un solde. c’est la consommation (superflue) qui devient le solde du revenu non épargné. La plus-value est elle-même fonction inverse de la variation des taux d'intérêt intervenue entre la date d’acquisition et la date de vente du titre. Les inégalités de revenus n’interfèrent. comme l’économiste français Boisguillebert n’a cessé de le décrire dans son l’ensemble de son œuvre. s’avère d’autant plus forte que les inégalités de revenus sont importantes. Lorsque ces derniers s’élèvent. Inversement. à travers lui. et ce. fonction croissante de l’inégalité dans la distribution des revenus. L’anticipation d’une baisse des taux d'intérêt entraîne une restriction de la consommation des biens qui ne sont pas de première nécessité pour les ménages les plus aisés. Si bien que les politiques de restriction budgétaire. le niveau des taux d'intérêt. une fraction seulement de leur épargne continue d’être fixée comme solde d’un revenu non consommé. rapportée à son prix d’acquisition. c'est-à-dire à l’instant de la vente du titre. si bien décrite par les auteurs classiques. et ce d’autant plus que leur prêt est remboursable à long terme : la valeur des titres à taux fixe s’accroît à mesure de la baisse des taux à l’émission. lorsqu’une hausse des taux est anticipée par les agents. prêté à long terme et à taux fixe. Ils souhaitent en effet faire profiter leur patrimoine de la valorisation des actifs que la baisse des taux d'intérêt ne manquera pas d’entraîner et ils acquièrent par conséquent des titres. limitant celle utilisée à leur consommation aux produits courants 10. l'économie à la stagnation. d’ailleurs. une issue de secours durable ne saurait passer par une stratégie bornée du chacun pour soi.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? L'effet d'éviction ne s’exerce pas seulement à l’intérieur de chaque économie. là encore. C'est pourquoi. l’affectation de chaque revenu entre épargne et consommation.Hervé BEAUDIN . lorsque les taux baissent. Dans ce cas de figure. la consommation dépasse son niveau habituel. quel qu’en soit le niveau. dont le succès dépend de la propension des ménages à épargner. Mais lorsque les taux d'intérêt sont suffisamment hauts pour que l’on puisse raisonnablement anticiper leur baisse prochaine. 7 Par exemple. les agents disposant des revenus les plus élevés augmentent la part de leur revenu consacrée à l'épargne. de même. Et. il joue aussi entre les nations. En particulier. du fait des anticipations auto-validantes. l’accumulation de revenus et de patrimoines entre quelques mains condamne. la baisse des taux advient : l’achat de titres fait monter les cours et baisser les taux à l’émission et leurs anticipations s’avèrent bien auto-validantes. dividendes) et de la plus-value que l’on peut en espérer in fine. de même que dans l’ordre intérieur. les créanciers s’enrichissent au détriment des débiteurs. Lorsque les taux sont bas. les ménages à revenus élevés consomment plus que d’ordinaire lorsque les taux d'intérêt sont faibles. le revenu disponible non consommé. La rentabilité d’un actif financier est la somme actualisée de ses rendements (intérêts. quel que soit le niveau de revenu du ménage concerné et donc quelles que soient les inégalités dans la répartition du revenu national 8. dans ce cas. Les variations de taux d'intérêt agissent sur l’emploi en provoquant des transferts de patrimoines entre catégories d’agents 7. tandis que la partie complémentaire est directement déterminée par l’espérance de baisse des taux d'intérêt. Et pour cette dernière partie. voient leurs chances d’atteindre leur objectif interne multipliées par les inégalités dans la répartition des revenus et des patrimoines. Cette influence. 10 9 8 19 juillet 2004 . La théorie keynésienne joue alors pleinement : c’est la propension marginale à consommer qui détermine. Ce comportement des ménages les plus aisés acquiert d’autant plus de poids dans le comportement moyen des agents en général que les inégalités de revenus sont importantes : la sensibilité des taux d'intérêt est donc.

La pauvreté. la réduction du déficit budgétaire a désormais un impact sans doute plus important sur la baisse des taux d'intérêt. Au lieu d’appréhender l'inflation comme le fruit du comportement micro-économique de chefs d’entreprise. mais non de l’emploi. c’est par le déclassement de pans entiers d’activité et la mise à pied de centaines de milliers de salariés que l’ajustement sur le marché des biens et services et sur le marché de la monnaie s’établit. favorisant le rejet de la conception keynésienne de l’équilibre économique au bénéfice de la conception classique. l’on a. de la plus-value totale produite dans l'économie). la réussite vis-à-vis des taux d'intérêt. apparaît bien plutôt comme la conséquence d’une conception monétariste de l'inflation.Hervé BEAUDIN . Nous pensons ainsi que le dilemme inflation . non pas en restreignant les causes permissives de l'accroissement de la demande solvable. qu’elle ait pris la forme d’un chômage croissant grâce auquel les entreprises ont pu reporter sur les comptes sociaux le coût de l’ajustement. La conséquence aura été le chômage de masse. mais le prix à payer pour avoir préféré restreindre la cause permissive de l'inflation (la masse monétaire) plutôt que sa cause directe (la tentative de captation. aveuglés par le marché et déchargés de l'intérêt général. qui s’est développée avec les politiques d’austérité. Comme la stabilité des prix découle d’une offre en volume égale à la demande en volume. de ce point de vue. voulu y voir la manifestation d’un dérèglement macro-économique d’origine étatique. ignorant qu’elles influençaient le niveau de l’emploi par les mécanismes qui viennent d’être décrits comme par les variations du pouvoir d'achat qu’elles pouvaient entraîner. C’est l’une des conséquences les plus désastreuses de la pensée monétariste que d’avoir proposé des remèdes macro-économiques à un phénomène micro-économique et d’avoir ainsi contribué. Le chômage est ainsi rapidement apparu comme le prix à payer pour n’avoir pas d’inflation dans un univers où les entreprises continuent librement de décider du partage de la valeur ajoutée par la fixation des prix et des salaires. La réalité a été la pénurie monétaire. Personne n’a attaché d’importance aux modalités de la désinflation. L’alibi fut la théorie quantitative de la monnaie. les prix devraient baisser pour que le niveau d’activité se maintienne. c’est sur la production qu’il convient d’agir. Il n’est pas le prix à payer pour casser l'inflation. La compatibilité de la désinflation et de la liberté des prix a été assurée par la diminution de la part des salaires dans la valeur ajoutée. C’est l’erreur de diagnostic sur les causes de l'inflation qui a rendu les politiques de désinflation si douloureuses et si coûteuses en emplois. mais en créant les conditions structurelles d’une augmentation de l’offre en volume. La rigidité des prix s’est alors conjuguée avec l’élasticité de l’emploi. loin d’être le prix à payer pour la désinflation. au nom de l’assainissement de nos économies.salaires. à leur affaiblissement.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? C'est pourquoi. ou la forme d’une baisse relative du salaire réel (désindexation proprement dite). Lorsque la quantité de monnaie en circulation augmente moins vite que la productivité. par l'accroissement des marges. 19 juillet 2004 . Le renforcement des inégalités fait que l’attention se focalise davantage sur le niveau des taux d'intérêt que sur celui de la demande globale. b) Salaires. Comme le niveau général des prix s’accroît légèrement encore.chômage est la conséquence du dilemme profits . monnaie et inflation Le chômage. en facilite aujourd'hui. en effet. dans les économies contemporaines où les inégalités tendent à s’accentuer. Le niveau général des prix n’a d’ailleurs jamais baissé depuis quinze ans en dépit des politiques monétaires restrictives mises en œuvre.

Les entreprises qui accordent les augmentations de salaires ne sont pas nécessairement bénéficiaires de l'accroissement consécutif de la demande de consommation. les créations d’emplois ne concernent donc que les entreprises dont les produits sont davantage demandés par suite des hausses de salaires. car leurs produits sont plus demandés. Son efficacité repose sur le la réduction du revenu national provenant d’une augmentation du taux d’épargne. Telle est. Pour le reste de la production nationale. donc nécessairement par des compressions d’effectifs. Le chômage augmenterait alors du fait de la diminution de la masse salariale réelle et de l’impossibilité pour la production de s’écouler 12. 19 juillet 2004 . elle est inacceptable dans la période actuelle. pour lutter. les salaires. il faut que les autres entreprises pratiquent des hausses de salaires identiques et que leurs produits soient eux aussi demandés en proportion du montant des salaires distribués. Si ces firmes sont peu capitalistiques. par des firmes qui bénéficient du surcroît de demande de consommation provoqué par la hausse des rémunérations. Lorsque l’offre de monnaie est constante. Elles n’affectent pas les autres entreprises. celui d’une politique monétaire expansionniste. donc une diminution de la masse salariale. à la suite d’un accord général passé avec les syndicats. Si la hausse des rémunérations se traduisait par une augmentation du niveau général des prix en dépit d’une masse monétaire constante. La première solution prend la forme des politiques de stabilisation. Les gouvernements ont donc le choix. à masse monétaire inchangée. le taux de profit est rétabli par le désinvestissement que subit le pays où des hausses générales de salaires sont apparues. Elle autorise même l'accroissement de la masse monétaire en vue d’utiliser les facteurs de production inemployés. contre les tensions inflationnistes. Cette hausse ne peut advenir que dans deux cas : celui où les entreprises acceptent. Elle permet de maintenir des conditions d’expansion qui favorisent l’emploi sans verser dans l'inflation. une diminution de la part de leurs profits dans la valeur ajoutée . Provoquant du chômage. La seconde solution est l’imposition des marges. A masse monétaire constante. sous réserve que leur qualification professionnelle satisfasse aux emplois qui leur sont proposés. Dans le cas contraire. selon nous. Les chômeurs peuvent alors être employés. augmentation qui n’est évidemment pas proportionnelle à la structure initiale de la consommation nationale. Aucune modification dans le partage de la valeur ajoutée n’a lieu. leur taux de profit ne peut se maintenir que par une réduction de leur production. certaines entreprises profitent plus que d’autres de la manne.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? Le surcroît de rémunération salariale consécutif à une augmentation subite du taux de salaire nominal 11 dans une branche prise isolément se traduit par une demande supplémentaire qui se répartit entre toutes les branches et toutes les entreprises selon l’échelle de préférences des consommateurs et l’évolution des techniques de production. L’inflation et le chômage coexisteraient. cela signifierait que la part des profits dans la valeur ajoutée nominale s’est accrue au détriment de celle des salaires.Hervé BEAUDIN . une partie des travailleurs licenciés ne retrouve pas d’emploi et le chômage augmente. proportionnellement à l'accroissement de la masse monétaire. l’origine de la stagflation. Dans le second cas. Pour que cette situation se répande à travers toute l'économie. Leurs charges s’accroissent donc plus vite que la part de la demande de consommation consacrée à l’acquisition de leur production. augmentent de pair. comme les profits. le taux de chômage régresse. La hausse généralisée des salaires se traduit par une augmentation macro-économique de la demande solvable de l’ensemble de la production. La politique monétaire ex11 12 Obtenue par exemple à la suite d’un mouvement revendicatif. entre encourager l'épargne au détriment de la consommation et limiter la hausse des marges. Dans le premier cas.

19 juillet 2004 . et la substitution du capital au travail se trouve pourtant accélérée. « physiques ». Aussi existe-t-il une corrélation entre hausse des prix et hausse des coûts salariaux. Ce mécanisme fiscal. La hausse des coûts salariaux ne peut pas. Les écarts de productivité entre secteurs contribuent. On objectera que la concurrence capitaliste devrait inciter les entreprises à la discipline des prix. Elle n’est que la cause d’une diminution provisoire de la part des profits dans la valeur ajoutée. Les mécanismes réels. Les salaires progressent. au niveau micro-économique.Hervé BEAUDIN . Le danger inflationniste qu’y décèlent les monétaristes n’est réel qu’en cas de plein emploi conjoncturel et si aucun mécanisme fiscal ne vient inciter les entreprises à répondre au surcroît de demande solvable par l'augmentation des quantités produites plutôt que par l’augmentation de leurs prix. à un rapport de force politiquement favorable aux salariés. la rémunération des facteurs de production. C'est pourquoi la hausse des coûts salariaux réels 13 est toujours elle-même provisoire. par suite d’une pression gouvernementale. les chefs d’entreprise doivent consacrer une part croissante des progrès de productivité à l'investissement. aux droits syndicaux et. ils doivent réduire leurs capacités de production. Grâce à l’information. Ce sont en réalité les modalités du « recyclage » de la variation de la valeur du facteur étudié (ici. parfois. être considérée comme la cause de la hausse du prix des biens produits par l'entreprise concernée. Les hausses de salaires dans les secteurs les plus productifs sont justifiées par les gains de productivité. l’illusion joue. mais une part de ces derniers vient abonder les profits.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? pansionniste a eu pour conséquence d’éviter les effets néfastes pour l’emploi de la lutte pour le partage de la valeur ajoutée : les entreprises n’ont plus besoin de diminuer la part des salaires dans la valeur ajoutée puisqu’elles bénéficient d’une manne monétaire en provenance de la banque centrale. la masse monétaire) qui lui dictent son caractère plus ou moins inflationniste. qui président à la hausse des prix étant « cachés ». dans l’esprit de l’observateur. à accroître l'inflation et le chômage. la baisse du taux de profit conduirait l'entreprise à cesser toute activité. les entrepreneurs renonçant pour diverses raisons à accroître leurs capacités de production. relation de cause à effet. Le partage de la valeur ajoutée est ainsi à la source à la fois de la hausse des prix et de la hausse des coûts. La volonté de maintenir le taux de profit dans ces secteurs conduit les entreprises à augmenter leurs prix et à transférer une fraction de leurs capitaux vers les secteurs plus productifs. dans les sociétés démocratiques contemporaines. Ainsi. Si elle était durable. La concurrence aidant. et ce qui n’est que corrélation devient. là. mais moins vite. Et si la concurrence les empêche d’accroître leurs prix. réglementaire ou syndicale interdisant au chef d’entreprise de maintenir son taux de profit par des licenciements. Mais pourquoi alors une augmentation excessive de la quantité de monnaie en circulation entraînerait-elle un niveau supérieur d’inflation ? Tout devrait dépendre du degré 13 C'est-à-dire les coûts salariaux pondérés par le niveau général des prix. nous l’appelons impôt d'exploitation. Le chômage augmente. L'inflation est d’autant plus probable que ce « recyclage » s’effectue pleinement et que l’offre demeure constante en volume. la hausse des salaires se transmet aux secteurs moins productifs. nous prétendons que la masse monétaire en circulation et la masse salariale totale d’une zone économique peuvent augmenter sans qu’un surcroît d’inflation apparaisse pour autant : il suffit que la part des profits dans la valeur ajoutée demeure constante grâce à une fiscalité des entreprises appropriée.

tandis que les augmentations de salaires sont l’assurance des salariés face au risque que l'inflation fait courir à leur pouvoir d'achat. comme c’est généralement le cas en période de désinflation. la demande solvable diminue car l'investissement dépend d’une demande de consommation qui décroît avec les salaires. La dynamique du partage profits . c'est-à-dire par l’emploi. le chômage régresse à cause de l’existence de forces contraires qui font plus que compenser l’effet sur l’emploi des pertes de compétitivité A exportations et dépenses budgétaires constantes. l’ajustement s’opère par les quantités. car le capital se précipite vers les secteurs en expansion. En période d’expansion du fait de la perte de compétitivité par rapport aux entreprises extérieures à la zone provoquée par la poursuite infernale entre les salaires et les profits (France. mais le laxisme de la politique monétaire qui conduit les facteurs de production à réclamer leur dû. Dans le premier cas. ce qu’elles peuvent faire grâce à la politique monétaire expansionniste qui est menée : ce n’est pas la hausse des coûts salariaux qui entraîne l'augmentation de la quantité de monnaie en circulation comme le prétend Friedman. soit par celle des effectifs. Que ce partage s’effectue en faveur des salaires. L’abondance monétaire en est la cause permissive. Parce que les coûts de production sont la cause (et non la conséquence) du niveau de la demande solvable et que celle-ci gouverne l’activité. c'est-à-dire la cause déclenchant la spirale profits . Pourquoi aurait-on.salaires. depuis plus de quinze ans. En réalité. Ce n’est qu’en période d’inflation que la part des profits dans le revenu tend à décliner. dans le cas d’une insuffisance de leur emploi. 1993). avivant la concurrence. le partage profits . en période de ralentissement.salaires se fait au détriment des salaires en période de désinflation ou d’inflation presque nulle. la croissance de la production et de l’emploi dépend d’un partage de la valeur ajoutée équilibré.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? d’utilisation des facteurs de production et. Dans le second cas. la concurrence capitaliste devrait suffire à éviter les dérapages inflationnistes. le chômage progresse partout. en période d’expansion. soit par la baisse des coûts unitaires.salaires peut ainsi apparaître comme l’une des causes majeures de l'inflation et du chômage. Le monétarisme est l’idéologie qui a permis d’éliminer les conflits sociaux récurrents des années soixante-dix dans les principaux pays développés. comme conséquence de la hausse des marges. cherché à restreindre l’offre de monnaie si ce n’est pour casser les prétentions syndicales qu’alléchait l’existence d’un gâteau monétaire en expansion ? Milton Friedman n’a pas convaincu les gouvernements que l’offre de monnaie était la cause directe de l'inflation : ce sont les gouvernements qui ont compris que faute d’argent disponible. Et la spirale inflationniste est la conséquence de cette poursuite infernale entre des salariés souhaitant maintenir leur part dans le revenu national et des capitalistes souhaitant renouer avec la hausse de celle des profits. à cause de la compression de la masse salariale qui aggrave l’insuffisance de la demande globale (France. 14 19 juillet 2004 . Que la conjoncture soit favorable ou non. 1981-1982) . les efforts pour s’opposer à ce déclin étant le principal facteur de tension inflationniste. et les entreprises cherchent à remédier à la diminution consécutive de la demande solvable 14 par une compression de la masse salariale. Car l'inflation. C’est donc seulement lorsque le prix de marché est très supérieur aux coûts de production que les chefs d’entreprise sont tenus à une certaine discipline des prix. la concurrence n’est pas un frein à la hausse des prix : elle est bien plutôt un prétexte aux licenciements économiques car elle cesse de jouer lorsque s’amorce la baisse de la rentabilité du capital. En ce cas.Hervé BEAUDIN . Toutefois. est la réponse des entreprises à la baisse de leur taux de profit. Qu’il se fasse au contraire en faveur des profits. le chômage touche les pays les moins compétitifs. les revendications salariales s’éteigneraient d’elles-mêmes. et les entreprises tendent à compenser leur baisse de rentabilité par des hausses de prix.

soit de hausse des taux d'intérêt décourageant l'investissement et aggravant la crise de la demande globale (effet d'éviction). que les prix commencent leur décrue. soit d'inflation accrue en cas de financement monétaire. elle pèse sur les coûts de production et la masse salariale. 19 juillet 2004 . parce que la croissance de la demande globale. Ce n’est pas le souci de remplir les critères du traité de Maastricht qui explique le chômage.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? dues à la hausse des prix.ou qui sont les moins rentables parce que les plus mal gérées sont les premières à être atteintes et leur cessation d’activité est l’étape ultime de licenciements successifs : une entreprise peut abaisser constamment ses coûts. ne souhaite prendre le moindre risque en baissant ses prix de vente unilatéralement : les prix des consommations intermédiaires et des biens d'équipement entrant dans la composition des produits ne baissent pas immédiatement. les prix s’ajustent avant l’emploi parce que la demande solvable est de nature monétaire.salaires. Mais lorsque la demande solvable diminue. avec sa toile de fond. en cas de renoncement progressif aux garanties de l'Etat-providence. si les conjonctures des économies concurrentes sont synchrones. selon les auteurs monétaristes. qui est nécessaire et utile. d’une part. et. Le partage d’une masse salariale en baisse par la diminution du salaire nominal unitaire ne résoudrait donc en rien le problème du chômage. La baisse de la demande globale fait régresser le chiffre d'affaires à un niveau tel que l’activité n’est plus jugée rentable par les actionnaires. Avant que cette baisse se transmette aux prix et aux profits. Mais la cause ultime de la compression des effectifs demeure la diminution du salaire réel provoquée par la rigidité des prix à la baisse au début du processus de désinflation. s’installe : le développement du chômage laisse le choix aux gouvernements entre. On assiste alors à la conjonction d’une hausse des prix et d’une diminution du chômage (Europe. ne peut plus suppléer à la crise de l'investissement privé par l'accroissement des dépenses budgétaires. à une détérioration catastrophique de la demande globale (absence de stabilisateurs automatiques). intérieure et extérieure. 1954-1974). mais le fait que ce souci s’est exprimé dans un univers tout entier dominé par l’orthodoxie monétaire. et réduit ainsi les capacités des finances publiques du coût des préretraites ou des allocations chômage. d’autre part. nous ne ferons pas l’économie d’une critique de la nouvelle école classique : au contraire. et l'entreprise qui abaisserait les siens risquerait d’être rapidement étranglée par ses fournisseurs et acculée à la faillite.Hervé BEAUDIN . dont l’origine est historique et politique. surtout si la politique monétaire continue à s’inspirer des recommandations monétaristes. le cas échéant. explique alors que la baisse de la masse salariale se transforme en diminution des effectifs. ce n’est que lorsque les entreprises ont déjà fortement licencié. Lorsque la demande solvable augmente. le cercle vicieux. La rigidité à la baisse des salaires nominaux. Aucun entrepreneur. nuisible et néfaste. Ceux qui voient dans le processus d’unification monétaire l’origine du mal se trompent : ils confondent le but poursuivi. par la spirale profits . source. pris par la nécessité d’éponger les déficits des comptes publics. Ainsi. le même phénomène se produit à l’extérieur des frontières et ses effets s’en trouvent annulés. Dès lors. Ainsi. même en période de pénurie monétaire. la construction monétaire européenne nous obligera à rompre avec le monétarisme. La fermeture des établissements participant directement ou indirectement à la fabrication de ces biens détériore la demande et mine ainsi la rentabilité des entreprises fabriquant des biens un peu plus utiles. l’aggravation des déficits publics. et voir néanmoins ses profits fondre comme neige au soleil. L’Etat. c’est par sa nature physique que les entreprises l’appréhendent. Les entreprises qui fabriquent les biens jugés les moins utiles par les consommateurs . Ensuite. si caractéristique de la situation actuelle. D’abord parce que. s’avère supérieure aux pertes de parts de marché provoquées.

soit par la politique fiscale. confondant ainsi le vecteur de la maladie (l’argent en circulation) et la cause du mal (le souci d’accroître la part des profits). Comme l'inflation. que le chômage apparaît déjà comme la conséquence d’une reconstitution de la part des profits par la baisse relative des salaires nominaux. dans le souci de limiter l'inflation. mais sans accroissement du chômage. aucun transfert définitif d’une catégorie à une autre : en particulier. parmi eux. le profit est un impôt sur les dépenses et les revenus des salariés . comme si une plus juste répartition était la condition de la croissance. la seule manière de concilier la lutte contre l'inflation et le maintien de l’emploi. qu’il convient de se partager. constitue encore le mode de régulation du conflit profits . c’est l'inflation qui l’emporte. Cela provient du fait qu’une catégorie particulière possède le pouvoir de proposer les prix et de déterminer le volume d’emploi nécessaire à la production. les bas salaires) disposent d’un pouvoir d'achat relativement plus élevé par rapport aux autres classes de revenus qu’en période de désinflation. Comme l'inflation. Les monétaristes ont confondu le vecteur du chômage avec sa cause. le pouvoir d'achat des salariés est sauvegardé.consommateurs qui n’est pas voté par le parlement. au détriment de l’autre. mais comme si également les inévitables résistances à cette répartition optimale conduisaient à constamment la remettre en cause par la hausse des prix. la maîtrise du partage profits . Au contraire. ce n’est pas l'inflation qui provoque le chômage. 19 juillet 2004 . celui du marché mondial et le taux d'exploitation celui du taux de change. Il en va exactement de même pour les impôts privés que constituent les profits d’entreprise : si ces profits sont annulés. L'inflation n’est créatrice de chômage que dans la mesure où elle induit des transferts entre catégories de revenus.salaires. Les classes sociales y jouent le rôle des nations. le profit d’entreprise opère des transferts entre agents. La lutte pour le partage de la valeur ajoutée est absolument équivalente par sa nature à celle qui préside à la guerre monétaire. soit par la politique des revenus. en économie capitaliste. Mais personne ne songe à le condamner pour autant.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? Si l'économie fonctionne mieux en période d’inflation. l’une des classes sociales en conflit. Tout se passe. le chômage s’étend du fait de la faiblesse du pouvoir d'achat de la plus grande partie de la population. c’est une certaine répartition du revenu réel. elle est en définitive la cause ultime du chômage. En réalité. la modification du partage de la valeur ajoutée peut influer sur le niveau de celle-ci : il suffit d’une fiscalité sur les entreprises appropriée dans le cadre d’une policy mix expansionniste. Elle possède par ailleurs une propriété particulière qui suffit à la condamner : celle d’imposer le capital. En l’absence de celle-là. il y a bien inflation. par des augmentations équivalentes de salaire.Hervé BEAUDIN . Si tous les prix montaient simultanément d’une même proportion (par exemple à la suite d’une indexation généralisée des salaires et des rentes). L'inflation. Tout transfert autre que celui qui est opéré par l'inflation aboutit au même résultat. Pour les monétaristes. la dévaluation « compétitive » ne vise qu’à conquérir des parts de marché au détriment des pays concurrents. pour l'Etat régulateur. réduit la quantité de monnaie en circulation. comme cause de la dégradation de la part des salaires réels par la hausse des marges des entreprises. Ainsi. annulant les bienfaits provisoires dont avait bénéficié. L'augmentation des prix n’induit. Et si l’Etat. Pourtant. tout impôt freine suffisamment la demande pour peser sur l’emploi et. Mais à la différence du partage profits . est. c’est parce que les salariés (et. le revenu réel ne varierait pas.salaires. la valeur ajoutée.salaires. L'inflation constitue pour l’école monétariste un impôt souterrain qui échappe au contrôle des parlements des Etats démocratiques. il en va du profit d’entreprise comme de l'inflation. Le vecteur. c’est l'inflation . la cause. l'inflation étant un impôt. dans ce cas. en termes de pouvoir d'achat. mais les transferts de ressources qu’elle provoque entre classes de revenus.

salaires sur une base rationnelle et veillera à transformer la reprise de l’activité. une reprise des investissements. Nos préconisations de politique économique L’orthodoxie affecte la politique monétaire à la lutte contre l'inflation et la politique budgétaire à la recherche de taux d'intérêt moins élevés devant induire. pendant la première moitié du fait de la désindexation des salaires sur les prix et. celle-ci résidant bien plutôt. Garantir la stabilité des prix dans un contexte de politique monétaire accommodante et transformer le surcroît de revenu en hausse des quantités produites et non en augmentation des prix. selon le schéma classique auquel elle se réfère. mais non la cause directe. tels doivent être les objectifs du gouvernement en matière de réforme des prélèvements obligatoires. l'augmentation de la masse monétaire (ou du moins de la base monétaire) a été à la fin du siècle dernier une cause permissive de l'inflation. Il suffit que la masse monétaire se rétractât à la suite de la stratégie d’accrochage du franc au mark et des modalités démagogiques de l’unification monétaire allemande pour que l’emploi se dégradât rapidement. dans les politiques orthodoxes. grâce à l’instauration d’un salaire maximum de croissance (le SMAC). La substitution de nouveaux impôts. la faiblesse de la demande globale due à la pauvreté et à la réduction des déficits publics. La crise de la demande en provenance des ménages et les déficits des comptes sociaux ne s’expliquent pas autrement. Le drame est que celle-là provoque le chômage qui est la cause de ceux-ci. Les salariés ont vu leur situation se dégrader au cours des années quatre-vingt. en emplois durables et véritables. La TVA sociale contribuera à protéger l’industrie renaissante de la France dans un climat social apaisé par l’abandon des tentatives néo-libérales de s’attaquer aux conquêtes ouvrières des cent cinquante dernières années. nous pensons qu’il faut confier à la fiscalité le soin d’assurer la stabilité des prix. provient du fait que la baisse des taux d'intérêt ne suffit pas à compenser. induite par une politique budgétaire expansionniste où les effets d'éviction seront neutralisés par la politique monétaire. sa condition de viabilité. durant la seconde moitié. dans les modalités et les mécanismes du partage de la valeur ajoutée. Cette approche nous permet ainsi d’éviter le ralentissement de l’activité qui. hormis les chocs extérieurs. libérant la politique monétaire pour la recherche de taux d'intérêt réels moins élevés et la politique budgétaire pour une relance keynésienne de l’activité et de l’emploi. en termes de production et d’emploi. tels la TVA sociale et l’impôt d'exploitation.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? En France. se conjuguèrent à la progression absolue et relative des profits pour provoquer la baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. La politique des revenus. Notre propos est d’expliquer en quoi la réforme fiscale que nous préconisons est la condition permissive de ce schéma. aux actuelles cotisations sociales employeurs et à l'impôt sur les sociétés constituera selon nous un puissant moyen pour la réalisation de nos objectifs. La désinflation. à cause de la priorité donnée aux profits et à la stabilité de la monnaie. puis une inflation négligeable. fera de l'accroissement de la production en volume une source de création effective d’emplois et non un prétexte à l'augmentation des hauts salaires ou des gratifications en tout genre des cadres dirigeants (stock options). Au contraire. L’imposition du rapport entre l'excédent brut d'exploitation et la masse salariale (ou « impôt d'exploitation ») réglera le partage profits . Nous pensons que l’effet inflationniste de l’émission de monnaie peut être efficacement prévenu si un système fiscal performant vient transformer la quantité de monnaie supplémentaire en emplois des forces productives inemployées plutôt qu’en augmentation des marges 19 juillet 2004 .Hervé BEAUDIN . non inflationniste et exempte d’effet d'éviction. 2.

Dans le cas d’une politique de stabilisation. Pour éviter cet écueil. l'allongement de leur durée d'utilisation paraît sans doute 19 juillet 2004 . les charges calculées sont toujours fonction croissante de la valeur des investissements réalisés antérieurement. une valeur identique de produit. particulière au budget de l'Etat. mais avec la manière d’imposer le profit issu de l’activité des entreprises. jusqu’au compte d’exploitation. Il en résulte que. De plus. pour y définir la matière imposable. être financé par création monétaire. Les déficits publics réalisés ne diminuent pas du montant souhaité et que les prélèvements s’accroissent. le déficit serait financé par création monétaire. l'Etat s’autorise à relancer de manière durable la machine économique et. La scission du solde budgétaire en deux parties permettrait de distinguer les investissements publics. pour réussir. à attirer ensuite de manière certaine les capitaux internationaux. Repenser la présentation de la loi de finances de l'Etat doit être également une préoccupation majeure. de la variation des dépenses publiques destinées à l’action conjoncturelle. Dans le cas d’une relance conjoncturelle. L’affaiblissement de la monnaie concernée serait temporaire. qui pourrait. diminue. quelles que soient les modifications apportées aux règles de calcul de l’amortissement.Hervé BEAUDIN . il y aurait destruction de monnaie. Puisque la relance implique. Renverser l’ordre des mesures de politique économique permettrait ainsi aux pouvoirs publics de relancer durablement l’activité et l’emploi en lui faisant retrouver la plénitude de ses moyens d’intervention. l’afflux de capitaux extérieurs se fait au détriment de la croissance. c’est l’inverse qui se pratique : les prélèvements au profit des collectivités locales augmentent et le déficit budgétaire de l'Etat. Aujourd’hui. car dans la politique de réduction du déficit budgétaire. il faut remonter vers le haut du compte de résultat des entreprises. Nous avons à cet égard intérêt à substituer en Europe une création monétaire purement interne à celle qui est provoquée par l’afflux de capitaux internationaux. Cette deuxième partie du solde budgétaire. Or. par les mêmes coûts de facteur. lui. les marchés comprenant vite l’intérêt d’une telle stratégie. Cet afflux est d’ailleurs provisoire et demeure suspendu au bon vouloir des marchés financiers. obligatoirement financés par emprunt. serait tantôt excédentaire (politiques de stabilisation). une augmentation des déficits publics financée par création monétaire. Là aussi réside le sens de l'impôt d'exploitation. c’est la manière la plus capitalistique qui l’emporte sur l’autre. tantôt déficitaire (politiques expansionnistes). et puisque la banque centrale européenne dispose seul du pouvoir discrétionnaire d’accroître l’offre de monnaie. nuisant à la croissance et à l’emploi.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? unitaires des entreprises. Dans un monde où l'accélération du progrès technique déclasse les équipements avant qu’ils ne soient complètement usés. il faut baisser les dépenses et les recettes fiscales des collectivités locales et accroître le déficit budgétaire de l'Etat tout en mettant en œuvre des réformes structurelles capables de maîtriser l’inflation autrement que par une politique monétaire restrictive. Cela n’a rien à voir avec le coût du travail. le régime fiscal de l'amortissement dégressif mis en place dans notre pays a encouragé les entreprises à investir massivement dans les équipements de productivité alors même que l’importance des charges sociales et l’aiguillon de la concurrence capitaliste les y contraignaient déjà. Alors que l'investissement de productivité est producteur de chômage si aucune action régulatrice de l’Etat ne vient en corriger les conséquences néfastes. En émettant d’abord de la monnaie interne. des deux combinaisons pour obtenir. le bénéfice net imposable est d’autant plus faible que l’amortissement est élevé pour un même excédent brut d'exploitation. ce qui est un comble compte tenu des objectifs qui lui sont assignés (la baisse des taux d'intérêt et la croissance économique). garantissant la croissance.

En période de ralentissement. Rien n’obligeait pourtant les gouvernements à garantir l’absence de pressions inflationnistes par la seule restriction de la demande globale. et que l'épargne s'accroît néanmoins parce qu’elle bénéficie d’une part d'une consommation en baisse et. nous dit l’orthodoxie. les « créations » d’emplois sont de fausses créations d’emplois. d’imaginer et de mettre en place des politiques économiques qui permettent une vigoureuse relance de la demande globale sans qu’elle se transforme en inflation. à pratiquer une politique de relance de la consommation par la réduction des impôts. en l’absence de lien fiscal entre relance keynésienne et emploi. L’indépendance de la banque centrale européenne n’est pas un obstacle à une forte croissance monétaire si les gouvernements nationaux parviennent à les persuader que leur politique économique comporte une garantie forte contre l'inflation. La logique voudrait qu’en période de ralentissement une déduction fiscale d’incitation à la consommation se substitue à celle qui favorise l'épargne. Sans science sociale.Hervé BEAUDIN . La véritable cause du chômage est la faiblesse de la croissance et illusoires sont les remèdes qui prétendent créer des emplois sans croissance économique. sauf diminution des dépenses publiques. Cette politique serait d’autant plus nécessaire que le ralentissement provient de taux d'intérêt élevés. contradictoire avec le souci de relâcher la politique monétaire. les gouvernants se refusent à employer l’arme monétaire. Or. Elles répartissent le chômage plus qu’elles ne le résorbent. c'est-à-dire d’un taux de préférence pour le présent plus faible. d’autre part. en période de taux d'intérêt élevés. Mais réciproquement. Il leur revenait au contraire. face à l’ampleur du déficit budgétaire. 19 juillet 2004 . 2°) Les conditions de réussite de notre politique économique La réduction des prélèvements obligatoires aura d’autant plus d’impact sur l’emploi qu’elle concernera les prélèvements indexés sur le revenu national. tel l'impôt sur les sociétés ou des cotisations sociales qui seraient assises sur la valeur ajoutée. surtout lorsque. une telle stratégie verra ses effets sur le revenu national multipliés par une politique monétaire expansionniste. C’est pourquoi les gouvernements ont tant de mal. le paradoxe est que l'investissement est considérablement freiné par des taux d'intérêt trop élevés ou d'une anticipation de la demande globale trop pessimiste. Cependant. En réalité. en période de chômage massif. qu’il prenne la forme d’une augmentation de la masse salariale ou d’une diminution de la durée du travail avec compensation salariale. c’est par une épargne abondante que le loyer de l’argent peut être freiné dans sa hausse. Or. de l’encouragement persistant des déductions fiscales accordées au cours de la période d'expansion qui a précédé. les gouvernements européens se sont montré incapables d’inspirer confiance en leur monnaie autrement qu’en asphyxiant la demande globale. Mais la résorption effective du chômage dépendra toujours en définitive d’un rééquilibrage du partage de la valeur ajoutée. La croissance est le meilleur moyen de réduire les déficits : il est donc indispensable d’inventer des recettes indépendantes du niveau de l’activité et de les substituer aux impôts.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? nécessaire si l’on souhaite résorber le chômage tout en sauvegardant les bienfaits de l'Etat providence. la baisse des prélèvements obligatoires. les entreprises continueront de capter le supplément de monnaie par l'accroissement de leurs marges plutôt que par l'augmentation de leur production en volume et priveront ainsi la politique monétaire de toute légitimité en matière de lutte contre le chômage. est.

C’est donc sur l’assiette des prélèvements obligatoires qu’il faut porter notre effort de rénovation du système économique. on ne peut compter sur l'inflation pour assurer de manière durable la croissance puisqu’elle détériore la compétitivité de l'économie nationale et tend à réduire le volume des exportations. Une assiette qui permettrait la mise en œuvre d’une politique monétaire expansionniste tout en encourageant les entreprises à maintenir un niveau suffisant de masse salariale favoriserait la baisse des taux d'intérêt et la relance de l’activité. L’imposition des marges unitaires que nous préconisons doit permettre de combattre efficacement l'inflation dont la résurgence est toujours possible lorsque la politique monétaire est expansionniste. afin de pouvoir en augmenter le taux sans que le prélèvement attendu s’en trouve amoindri.Hervé BEAUDIN . D'autre part.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? dont le montant est en définitive indexé sur le revenu national. Aucun effet d'éviction ne serait à craindre et l'investissement serait stimulé à la fois par la consommation en provenance de ménages au pouvoir d'achat garanti (vision keynésienne « pure ») et par la diminution des taux d'intérêt (vision classique). * * * 19 juillet 2004 .

Enfin. car elle exprime d’une certaine manière aussi l’inverse de la productivité du travail. d'autre part. la Terme technique signifiant que pour chaque emploi créé. et au revenu moyen. ce n’est pas l’emploi abstrait et formel d’un travailleur qui doit être recherché. 16 15 Et plus particulièrement depuis 1981. α s’appelle le taux de flexion et il est supérieur à 1. Il s’agit : de la réduction ex ante des déficits publics . 1. Or. des mesures d’aide à l’emploi .Hervé BEAUDIN . la productivité du travail et le revenu des facteurs de production. Les faux remèdes Toute solution sérieuse au problème du chômage doit prendre en considération les comportements de flexion 15. nous savons que la réduction des déficits publics votés ne peut que difficilement atteindre ses objectifs. 19 juillet 2004 . Quatre grandes catégories de remèdes ont été avancés ou mis en œuvre et nous semblent devoir être rejetés. Toute la difficulté du problème qui nous est soumis est bien résumée par cette définition de l’emploi. Si le plein emploi obtenu au détriment de la productivité est un sous-emploi camouflé. d’autre part. D'une part. En particulier. 1°) La réduction ex ante des déficits publics La situation actuelle nous place devant un dilemme majeur. La réduction des déficits publics ne peut atteindre ses objectifs externes 1) La stratégie de réduction du déficit budgétaire escompte d’un afflux de capitaux internationaux la compensation des effets récessionnistes d’une policy mix restrictive. il existe en effet α personnes qui se révèlent demandeurs d’emploi : ceux qui l’étaient déjà et ceux qui le sont nouvellement. De même. de la taxation de la valeur ajoutée (qui ne doit pas être confondue avec la TVA sociale).Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? Deuxième partie : La politique économique à mettre en œuvre en Europe I. nous avons pleinement conscience qu’il est indispensable d’accompagner une politique conjoncturelle expansionniste de mesures structurelles propres à transformer les dépenses publiques en production nationale et en emplois intérieurs sans pour autant que l’inflation annule les bienfaits d’une forte croissance nominale retrouvée. qu’ils soient externes ou internes. de la réduction du temps de travail . Mais. il est certain que l’accumulation de déficits publics depuis maintenant trente ans 16 nous interdit de les creuser davantage et nous contraint même à tenter de les réduire. le plein emploi assuré par une baisse excessive de la rémunération des postes à faible productivité ou par des inégalités de revenus trop fortes est également un faux plein emploi. mais le plus grand rapport (emploi × durée du travail × rémunération par unité de temps) / production en valeur que cet emploi permet d’obtenir. le niveau de l’emploi ne signifie pas grand chose si l’on ne prend pas soin de le rapporter au revenu minimum d’une part.

c’est vouloir mourir guéri. C’est en effet à la condition que le taux moyen des impôts indexés sur le revenu national ne soit pas trop élevé que la réduction du déficit budgétaire réalisé par la seule diminution des dépenses budgétaires votées a quelque chance d’advenir réellement. faute d’une fiscalité appropriée. Le revenu national et l’emploi se détériorent. donc. Non seulement l’effet récessionniste de l'augmentation du solde budgétaire accentue la décrue ex post de l'épargne et de la consommation. de telles stratégies de réduction du déficit budgétaire échouent. 2. mais le solde budgétaire réalisé se fixe toujours à un niveau inférieur au solde budgétaire souhaité. à la diminution du revenu national provoquée par la baisse ex ante du déficit budgétaire. vouloir réduire les déficits publics pour satisfaire les objectifs du pacte de stabilité. En revanche. 19 juillet 2004 . Si tous les pays européens adoptaient de manière concertée une politique de relance budgétaire.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? concurrence entre les pays rend nécessaire l’alignement de chacun sur le plus rigoureux d’entre eux. chacun d’eux exporte une certaine restriction de l’activité chez ses partenaires et. 2) Derrière les bienfaits apparents de l’orthodoxie financière se profile en réalité comme une nécessité la baisse de l’intervention de l'Etat dans sa fonction de redistribution. Certes. les exportations des uns dépendant du revenu intérieur des autres. Il suffit pour cela d’instituer des prélèvements indépendants de l’activité. à ce titre.Hervé BEAUDIN . 2) L’orthodoxie financière. Dans le cas contraire. La réduction des déficits publics ne peut atteindre ses objectifs internes Nous prétendons que la stratégie qui conduit à réduire le déficit voté aboutit. 3) Il en va de la politique budgétaire comme il en est de la politique des changes dans l'économie internationale. Les dépréciations compétitives y jouent exactement le même rôle que la recherche obsessionnelle de l’équilibre des finances publiques au sein de chaque économie. les déficits publics seraient davantage réduits qu’avec des politiques restrictives et ils le seraient à un niveau supérieur d’activité et d’emploi. s’est ainsi appuyée sur la conception monétariste de la politique économique. sur la vision monétariste de l'inflation. possible. à aggraver le déficit réalisé. Cependant. Sans la critique de la théorie monétariste. Si bien que la réussite de chacun suppose l’échec de tous et que l’échec des uns entraîne celui des autres dans une compétition sans fin vers des déficits publics nuls. en dernière analyse. s’ajoute celle qui provient de la faiblesse de la conjoncture intérieure chez les pays importateurs. 1) La tentative d’augmenter le solde budgétaire par diminution des dépenses publiques concourt à déprimer l’activité lorsque le taux moyen des impôts indexés sur le revenu national est constant. dans certains cas de figure. gestion si cruciale pourtant dans la résorption du chômage. Aucune amélioration de leur balance commerciale n’est donc. diminuer effectivement en dépit de rentrées fiscales indexées sur un revenu national en baisse. le solde budgétaire réalisé est toujours inférieur au solde budgétaire voté car les mesures de hausse de la fiscalité ou de diminution des dépenses publiques prises ex ante pèsent sur l’activité. le déficit budgétaire peut. ce qui ne manque pas d’entraîner une diminution conjointe de leur revenu national par le biais d’un commerce international en régression. il est inutile de prétendre s’opposer avec succès à la vision communément partagée de la gestion des finances publiques. Cependant. qui n’a pas attendu l’énoncé des critères de Maastricht ou les objectifs du pacte de stabilité pour préconiser la réduction des déficits publics.

la propension marginale à épargner le revenu disponible est d’environ 20%. réussisse ! Et pour quelle raison a-t-on opéré ce singulier renversement ? Pour échapper à l'effet d'éviction et permettre une baisse des taux d'intérêt ! La substitution contre nature de la politique budgétaire à la politique monétaire 20. Dans ce cas. toute variation du solde budgétaire voté se traduirait par une variation de même sens et de même intensité du solde budgétaire réalisé. il faut que le gouvernement s’attaque aux causes microéconomiques de l'inflation afin de libérer la politique monétaire de la recherche de la stabilité des prix. Or. C’est à la politique monétaire qu’il incombe en effet de faire varier les taux d'intérêt. Le malheur est qu’elles le font toujours au détriment de l’activité et de l’emploi. il faudrait que le taux moyen des impôts indexés sur le revenu national devienne inférieur à la propension marginale à épargner. 4) Mais le taux de prélèvement ne peut devenir nul. est à la base de ce renversement irrationnel. soit le taux d'imposition s’abaisserait et. du fait du vote du budget en équilibre. Il faudrait donc que le taux marginal d'imposition de l'économie nationale tombe audessous de 16. et non à la politique budgétaire. la demande globale se trouverait amputée d’un montant considérable : soit la propension marginale à épargner se hisserait au niveau du taux d'imposition et la consommation des ménages chuterait dramatiquement . De t = s (1 – t). 19 20 18 17 C'est-à-dire. déflationniste. Mais pour que cela soit possible. Il demeurerait pour l'Etat la possibilité de développer la fiscalité forfaitaire. qui provient de la croyance que l’on ne peut lutter contre l'inflation que par des mesures macro-économiques de restriction de la masse monétaire. 5) Comme dans le cas de la politique monétaire. Car ce n’est pas la politique budgétaire qui améliore. anti-redistributif. à la limite. la volonté de réduire les déficits publics expliquent pour une bonne part le succès actuel. pro-cyclique de surcroît 19. de l’idée d’un impôt forfaitaire (donc indépendant du revenu national) qui se substituerait à la fiscalité directe. en l’occurrence. dans le cas présent. 6) Toute tentative de réduction des déficits publics par une augmentation discrétionnaire des impôts conduirait pareillement à une aggravation des déficits publics réalisés. C’est l’un des plus grands paradoxes de l’orthodoxie financière que d’avoir ainsi renversé. si tel était le cas. c’est la détérioration de la conjoncture qui permet à la politique budgétaire de devenir efficace vis-àvis d’elle-même. le malade risque de mourir guéri.6% [= 20 / (100 + 20)] pour que la stratégie de réduction du déficit budgétaire par diminution des dépenses réussisse. égal à son augmentation désirée que si le taux moyen des impôts indexés sur le revenu national était nul. Tout accroissement de la propension marginale à épargner favorise donc la réussite des stratégies de réduction ex ante du déficit budgétaire dès lors qu’elles s’appuient sur la seule diminution des dépenses budgétaires votées 18. les dépenses publiques seraient insuffisantes pour soutenir la conjoncture. 19 juillet 2004 . on tire t = s / (1 + s). En France. et seulement dans ce cas. c'est-à-dire si l'Etat abandonnait en pratique 17 tout rôle interventionniste et si le capitalisme revenait à sa forme du XIXème siècle. Mais un tel impôt serait. la conjoncture.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? 3) L'accroissement effectif du solde budgétaire ne serait d’ailleurs.Hervé BEAUDIN . aux Etats-Unis comme en France. de manière aussi absurde en période de chômage massif. 7) Pour que le solde budgétaire réalisé se situe à un niveau supérieur au solde budgétaire initial. car le ralentissement de l’activité diminue la perception des recettes fiscales indexées sur le revenu national. l’enchaînement logique des politiques économiques : détériorer la conjoncture pour faire en sorte qu’une politique budgétaire. à l’évidence. Ainsi.

Il aurait donc fallu d’abord s’attaquer à la réforme de la fiscalité d’Etat au lieu d’augmenter. Mais il y a plus grave : l’endettement ne sert pas à rembourser des investissements publics rentables. et une dette qui a plus que triplé en vingt ans.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? 8) La hausse du taux moyen des impôts indexés sur le revenu national. 10) La stratégie de réduction du déficit budgétaire est ainsi vouée à une contradiction insoluble : pour réussir vis-à-vis de ses objectifs « internes » ou « immédiats » (la réduction effective du déficit budgétaire réalisé). il aurait fallu au contraire accroître le déficit budgétaire voté pour avoir une chance de le voir se réduire dans sa phase d’exécution. Il faut y ajouter l’endettement à hauteur de 180 Milliards d’euros des entreprises nationales. jointe à la diminution des dépenses publiques votées. aboutirait aux mêmes résultats. il lui faut renoncer à ses objectifs « externes » ou « ultimes » (la résorption du chômage) en détériorant la conjoncture de manière inimaginable. La vérité est que l’on a multiplié les dépenses en faisant prendre en charge par les finances publiques la réparation des dégâts causés par la mondialisation. La baisse des taux d'intérêt s’est construite sur l’aggravation du chômage. 3. 9) La tentative de réduire le déficit budgétaire réalisé par un accroissement ex ante du solde budgétaire ne peut en réalité réussir que si l’on prend soin préalablement de diminuer considérablement la part des recettes indexées sur l’activité nationale dans l’ensemble des recettes fiscales de manière qu’elle devienne inférieure à la propension marginale à épargner. faute d’imagination ou d’audace. nous préconisons. de l’ordre de 1 000 Milliards d’euros. le budget de l'Etat en France connaît un déficit de 3. mais de dispenser directement les bienfaits de l'Etat providence à partir de recettes inexistantes.B. mais des dépenses de fonctionnement et les intérêts de la dette. Or. La France est le pays de la zone euro dont l'Etat dépense le plus et dont les prélèvements obligatoires sont parmi les plus élevés.Hervé BEAUDIN . Dans ce contexte. La politique budgétaire n’a en définitive de sens que comme tentative gouvernementale de relancer un investissement que le pessimisme des entrepreneurs a rendu défaillant. La situation actuelle nous enjoint cependant de limiter les déficits Aucune collectivité publique ne peut durablement supporter une dette publique dont les intérêts mangent une partie croissante des recettes de fonctionnement. mais il n’est rien sans émission supplémentaire de signes monétaires. soit un capital amortissable supérieur à 16 000 euros par Français. Le déficit public est alors absolument nécessaire. ce qui est contraire aux principes comptables les plus élémentaires. l’intégration européenne et l’extension du capitalisme ultra-libéral. Il ne s’agit plus en effet de prélever pour redistribuer.4 milliards d’euros) représente 15 % des dépenses budgétaires (contre 6 % en 1985). premièrement une politique monétaire expansion- 21 Toute remontée des taux d'intérêt nominaux accroîtrait encore la charge des intérêts de la dette. A défaut.I. 19 juillet 2004 . le taux normal de la TVA. Ce dernier chiffre montre le caractère dramatique de la situation : la charge des intérêts de la dette (37.4 % du P. La somme des dépenses de personnel et des intérêts de la dette est égale à 42 % de l’ensemble des dépenses de l'Etat. ce qui représente près des deux tiers du revenu national et les trois quarts du déficit budgétaire de l'Etat. soit davantage que les dépenses du budget de la Défense et presque autant que les dépenses inscrites au budget de l’Education nationale alors même que les taux d'intérêt sont proches de leur plus bas niveau 21.

de retraite. en proportion des dits progrès. elle ne vise pas seulement à décharger l'Etat d’une fraction de la protection sociale. le plein emploi conjoncturel aurait été atteint depuis longtemps. l’affaiblissement de la productivité à durée du travail constante et le chômage massif à productivité et durée du travail maximales sont trois situations économiques absolument équivalentes. pourquoi s’être interrogé sur la nécessité et la possibilité de sa compensation salariale partielle ou totale ? Elle aurait dû être admise sans discussion. mais aussi et surtout à orienter les stratégies des entreprises en faveur une croissance riche en emplois de manière que les dépenses sociales de la nation diminuent à législation inchangée. en l’absence d’une augmentation substantielle de la quantité de monnaie en circulation.Hervé BEAUDIN . Il en va de la productivité du capital comme de celle du travail : l'extension de la durée d'utilisation des équipements permet d’accroître leur productivité et apparaît comme une condition primordiale de la réussite d’une réduction du temps de travail. et augmenter de surcroît le niveau des soins que des techniques médicales en développement rapide rendent de plus en plus coûteux. Mais si les prix avaient été élastiques à la baisse. Si la réduction du temps de travail s’était expliquée par les gains de productivité. quelle que soit la policy mix mise en œuvre. L’amélioration a posteriori de la productivité du travail qu’entraîne la réduction du temps de travail provient de la moindre fatigue du travailleur en poste et de la diminution du temps de pause qui s’ensuit. 2°) La réduction de la durée du travail La création d’emplois productifs consécutive à la réduction du temps de travail a été négligeable parce que le revenu national ne s’est pas trouvé véritablement augmenté. La réduction du temps de travail aurait donc été inutile. Ce ne sont pas non plus les gains de productivité qui peuvent justifier le partage du temps de travail. Celle-ci est partielle ou totale selon que l’intensification compense partiellement ou totalement la diminution du temps de travail. une politique budgétaire visant à privatiser une fraction croissante des dépenses sociales. qu’il prenne la forme d’une productivité plus élevée à durée du travail inchangée ou d’un niveau d’emploi plus important à productivité constante ? D'autre part. En particulier. deuxièmement. mais l’incapacité de créer des emplois nouveaux faute d’une demande solvable suffisante compte tenu du niveau de la masse monétaire réelle. une stagnation durable de la masse monétaire ne serait en aucune manière un obstacle au plein emploi. surtout dans les activités où l’intensité capitalistique est élevée. 19 juillet 2004 . en produisant un stock de richesse stagnante ? Comment vivre mieux et plus longtemps sans un supplément de force de travail. non seulement de manière à garantir la valeur de la monnaie. Mais l’expansion de la masse monétaire doit être impérativement accompagnée d’une politique fiscale de lutte contre toute résurgence de l’inflation. Les contraintes budgétaires auraient plutôt dû pousser les pouvoirs publics à augmenter la durée du travail et à reculer l’âge de la retraite (compte tenu de l’allongement de la durée de vie).Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? niste visant à monétiser une partie des déficits et. Ce gain de productivité particulier s’appelle l’intensification du travail. La réussite d’une telle stratégie supposait néanmoins. que les prix soient élastiques à la baisse. Comment en effet accroître le niveau de vie de tous en demandant à chacun de travailler moins ? Comment payer davantage d’années de formation. mais aussi pour sauvegarder les bienfaits en termes de revenu et donc d’emploi de la politique économique préconisée. Quant à la privatisation d’une fraction des dépenses sociales. la diminution du temps de travail à productivité inchangée.

Mais la compensation salariale y ajoute un revenu supplémentaire. Si l’on prend maintenant en considération ces gains de productivité. Le partage du temps de travail n’a pas visé à accroître le volume global de pouvoir d'achat distribué à l’ensemble des consommateurs. la situation apparaît. Aucune création d’emplois n’a lieu : il y a simple partage de l’emploi existant. Mais si cette réforme fiscale était mise en œuvre. les allocations chômage diminuent davantage que la masse salariale n’augmente. Si enfin la compensation salariale s’avère supérieure à l’unité. le partage profits . sauf si l’intégralité des gains de productivité issus de la réduction du temps de travail vient à être épargnée. mais à rendre compatible l’orthodoxie avec un prétendu plein emploi dans le cadre contraignant de l'Etat-providence. équivalente à celle qui prévalait avant la mesure 23. à modifier. sans doute un peu plus élevée que ce qu’elle était. un système fiscal permettant d’inciter les entreprises à affecter les gains de productivité du capital technique à l'augmentation de la demande globale par la hausse des salaires plutôt qu’à l'accroissement de la part des profits par la réduction des effectifs. car. la réussite de la stratégie de la réduction du temps de travail suppose que les entreprises et les ménages disposant de revenus du capital acceptent de voir baisser ex ante la part des profits dans le revenu national avant prélèvements obligatoires. même à revenu équivalent. transformée en salaires. par celle des ménages « capitalistes » ou des entreprises . à défaut d’un accord entre partenaires sociaux dont chacun comprendra. à concurrence du degré de compensation salariale et du nombre d’embauches nettes. Puisque la masse salariale s’accroît du montant exact de la diminution des allocations chômage. Comme une telle mesure stimulerait plutôt les anticipations des entrepreneurs quant au niveau futur de la demande globale. sous réserve d’une politique monétaire appropriée. lorsqu’il était chômeur. en l’absence de toute création monétaire. Après prélè- Mais non les revenus du travail. la réduction du temps de travail ! La compensation salariale totale permet de maintenir le revenu du travail à son niveau initial. Encore faut-il imaginer. dans le cas français. on peut supposer positive la fraction de l'investissement qui en découlerait.salaires avant prélèvements obligatoires. tout dépend du recyclage : par l'augmentation de la dépense des ménages salariés . A cette nuance près que la part de la consommation dans le revenu d’un salarié de fraîche date est. comme dans le cas précédent.Hervé BEAUDIN . de s’inscrire dans une politique économique destructrice d’emplois en lui apportant la caution d’une résurgence apparente du plein emploi. en cas de compensation salariale partielle. la réduction du temps de travail a présenté le danger. Une fraction de celles-ci est en effet. Une compensation salariale au moins partielle revient à augmenter la masse salariale 22 et aboutit. Dans tous les cas. le caractère improbable. le revenu disponible du travail augmente et le revenu national aussi. du seul point de vue macro-économique. elle rendrait inutile. l'allongement de la durée d'utilisation des équipements s’avère encore plus indispensable afin que les gains de productivité du capital viennent financer la fraction de la compensation salariale excédant les progrès de productivité du travail. C’est du moins ce qui se produit si l’on néglige les gains de productivité dus à la réduction du temps de travail. Si la compensation salariale dépasse les progrès de productivité. sous l’effet du regain d’optimisme qu’il éprouve.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? Au-delà de l’illusion qu’elle a entretenue dans le débat politique. bien plus grave. La masse salariale brute s’accroît d’un montant supérieur à celui dont s’abaissent les allocations chômage. par l'augmentation des dépenses publiques. 23 22 19 juillet 2004 .

Si l’ajustement entre demande et offre d’emplois se faisait par la libre fixation du prix de la force de travail. d’une manière ou d’une autre. En quoi en effet un degré élevé de compensation salariale pourrait-elle inciter les chefs d’entreprise à embaucher ? Face au renchérissement du coût horaire du travail.les subventions à l’embauche .Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? vements obligatoires. la création d’emplois. car on aurait simplement transféré des ressources d’une catégorie d’agents à une autre sans qu’aucun mécanisme n’oblige les entreprises à transformer leurs économies fiscales et sociales en création d’emplois. par rapport à sa productivité marginale. La flexibilité des salaires. parce qu'elle handicape la croissance et nuit à la compétitivité.Hervé BEAUDIN . et nos gains de parts de marché. car la hausse de la masse salariale sera entièrement financée par la diminution des cotisations sociales employeurs due à la résorption du chômage. supprimé. Elles sont contradictoires avec les deux remèdes précédents. introduire dans le fonctionnement de l'économie un mécanisme qui contraigne les entreprises à une telle amputation ex ante de leurs profits par rapport à la masse salariale. 1. La réduction du temps de travail avec compensation salariale implique donc. 3°) Les aides aux entreprises Les aides aux entreprises recouvrent trois formes différentes : . Quand il a perdu son emploi. Or. L’allégement des charges des entreprises Dans la conception ultra-libérale. Le coût du travail d’un smicard est.l’allégement des charges des entreprises . car ce sont les cotisations sociales qui pèsent le plus dans les prélèvements publics. renforcerait notre compétitivité internationale. que les impôts liés à la production. comme la baisse des prix. Des emplois du compte d’exploitation. supérieur de près de 70 % à son salaire net. Les contraintes réglementaires qui pèsent sur le marché du travail doivent donc être considérablement allégées et le SMIC. en favorisant la compression des coûts. dans la mesure du possible. provoque du chômage. est trop cher 25. . ses indemnités s’avèrent de trois fois inférieures à son ancien coût salarial. 25 24 19 juillet 2004 . Les gains de compétitivité proveOn définit ici le profit comme la valeur ajoutée moins la masse salariale brute et moins les cotisations sociales employeurs. le chômage provient principalement du coût du travail qui. des mesures d’accompagnement et il faudra bien. vis-à-vis de l’objectif du plein emploi. le résultat sur la conjoncture d’un tel remède serait nul.les mesures à caractère juridique visant à aider l’emploi ou à interdire les licenciements. substituer du capital au travail. Ce souci est précisément à la source de l'impôt d'exploitation. . en France. le taux de profit 24 reviendra à sa valeur initiale du fait de la diminution du chômage à indemniser. il ne comprend par conséquent. en sus de l'excédent brut d'exploitation. Cette conception s’appuie donc sur l’idée que l’excès de prélèvements obligatoires. ils préféreront. Nous pensons que la volonté d’abaisser substantiellement le taux de prélèvements obligatoires se traduirait inévitablement par la disparition de la sécurité sociale. elle ne se ferait plus par les effectifs comme c’est le cas actuellement.

Mais les entreprises peuvent très bien chercher à optimiser leurs profits en diminuant le volume de leur production plutôt qu’en baissant leurs prix. donc du niveau des salaires. L’intervention d’un organisme indépendant des intérêt privés et animé d’une volonté politique s’avère indispensable. les entreprises. par ailleurs. le revenu disponible des salariés baisserait également. Les comportements de marge des entrepreneurs risquent alors d’annuler. mais dans la « juste » répartition des fruits de la croissance. La régulation macro-économique détermine dès lors les conditions de l’ajustement micro-économique par les lois néo-classiques du marché. et c’est là. L’argument néo-classique. Mais si l’ajustement se faisait par les salaires. croissante. ne doit pas faire oublier que la productivité dépend aussi de l’état de la conjoncture. se réguler lui-même. Par la spécialisation internationale cependant. les effets bénéfiques de la diminution de la part 19 juillet 2004 . au financement de la formation d’une force de travail dont. le calcul économique néo-classique néglige le fait que l’ajustement par l’emploi constitue un transfert de charges entre groupes sociaux. La part du revenu disponible du facteur travail dans la valeur ajoutée diminuant. C’est cette répartition qui détermine la demande globale future. logiquement. les peuples libre-échangistes s’enrichissent. Dans les raisons traditionnellement avancées pour expliquer le chômage. les coûts sociaux seront de plus en plus importants. La vérité est qu’aucun mécanisme d’une économie laissée à elle-même peut garantir la réaction déflationniste d’une baisse de la part des salaires dans la valeur ajoutée. provoquant une instabilité sociale. Le vrai problème ne réside donc pas dans la liberté des échanges.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? nant de la diminution du coût du travail existant (sans création d’emplois. en termes de compétitivité comme de création d’emplois. Le caractère fallacieux du remède ultra-libéral provient également de son ardeur à extirper toute idée de redistribution dans la gestion de l'économie nationale. puis politique. la crise ne tarderait pas à redoubler. dans la plupart des cas. D’ailleurs. « l’allégement des charges des entreprises » ne nous apparaît pas comme la solution au chômage. prétendant faire de cette chirurgie la condition sine qua non de la résorption du chômage. mais certainement nuisible à la collectivité. Par les licenciements. Le succès possible de son entreprise apparaîtra illusoire : les effets régressifs sur la qualité et le niveau de vie de la majeure partie de la population vont à l’encontre des objectifs recherchés . Certes. devraient supporter. des coûts de formation beaucoup plus élevés : qui paierait en effet les coûts de formation des travailleurs ? C'est pourquoi tout un courant du libéralisme contemporain préconise de rendre payantes les études : ainsi les entreprises ne participeraientelles plus. que réside la cause de son impuissance à résorber durablement le chômage. le prix global aurait baissé. La solution ultralibérale reviendrait donc à faire financer la création d’emplois par les salariés eux-mêmes. Si l'Etat décidait de financer lui-même les dépenses de formation professionnelle en augmentant les impôts payés par les ménages salariés. Le chômage constitue ainsi une déséconomie externe qui peut être bénéfique à certaines entreprises. le marché ne peut pas. Ainsi. indirectement. les entreprises reportent sur la collectivité les dépenses d’entretien de la fraction de la force de travail nationale qu’elles ont dû déclasser. et c’est elle que le remède libéral néglige.Hervé BEAUDIN . considérées dans leur globalité. revient très souvent l’idée que la main d'oeuvre est mal formée ou inadaptée aux emplois offerts. qui veut que chaque facteur de production soit rémunéré à sa productivité marginale. Or. donc) seraient compensés par la diminution de la demande en provenance des ex-bénéficiaires d'allocations chômage. les tensions inflationnistes s’en trouvent réduites. Il en irait de même des retraités. sans doute.

de la théorie néoclassique conduise à une amélioration du niveau de l’emploi. pourtant la moins nombreuse.dans la valeur ajoutée. si possible. supposent en réalité une parfaite flexibilité du travail : modulation des horaires en fonction des carnets de commande.définis après prise en compte des prélèvements et des transferts . Nous retrouverons. La budgétisation. Double effort requis en temps de crise pour une génération moins nombreuse et souffrant d’un chômage massif. 28 27 26 19 juillet 2004 . qui misent sur les gisements de productivité. Les occasions d’investir étant de plus en plus rares. passés les inévitables investissements de productivité induits par le progrès technique. dans la conjoncture actuelle. non seulement du montant des profits. et. la configuration déflationniste dans laquelle l’orthodoxie contemporaine nous met les conduira à ralentir la production et à licencier. faute d’une consommation stimulée par les salaires. mais en atténuerait l’effet redistributif en dispensant les entreprises de participer au financement de la protection sociale de leurs salariés. mais épargnerait pour elle-même. destruction du système de protection sociale par sa privatisation ou sa budgétisation 28. C’est ainsi la présence de législations sociales évoluées chez plusieurs de leurs concurrents qui fournit aux Etats-Unis et au Royaume-Uni l’avantage comparatif propice à la réussite de leur politique économique. mais en dispenserait les entreprises. Chaque génération ne cotiserait plus pour l’ancienne. Ce comportement des entreprises est parfaitement rationnel. le niveau de l’emploi ne s’améliorera pas. dont on aperçoit d’ailleurs le caractère tout relatif. Il est fondé sur les conclusions de la théorie marginaliste. ce succès. Reposant sur des exportations dynamisées par un avantage comparatif construit sur de moindres coûts sociaux. La jeune génération. La somme de la masse salariale et des allocations chômage risque de conduire à une hausse. car. par les entreprises. alors qu’aujourd’hui. qui consisterait en définitive à reporter l’effort de financement des prestations sociales des seules entreprises sur l’ensemble des contribuables. Il confirme sans doute la nécessité d’une intervention régulatrice sur la distribution des revenus salariaux 27 qui modifie le contexte de manière que l’application. aboutirait à l'augmentation des profits et les salaires des travailleurs les plus qualifiés plutôt qu’à la création d’emplois certes mal rémunérés. les salariés ne sont même plus solidaires les uns des autres. conserverait intact le principe de la solidarité nationale. un supplément de ressources qui.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? des salaires nominaux 26.Hervé BEAUDIN . Alors que dans la privatisation complète de l’assurance chômage. le même problème relatif à la propension marginale à consommer et la transmission d’un choc monétaire sur l’activité que celui que nous mettrons en évidence dans la partie suivante consacrée à la répartition des revenus. mais moins productifs du seul point de vue micro-économique. mais aussi de la part des profits . En ce qui concerne les allocations chômage et les prestations maladies. à propos des obstacles à la création d’emplois. absence de salaire minimum. n’est possible que par le maintien chez leurs concurrents allemand et français d’une protection sociale avancée. dans la comptabilité des entreprises. en l’absence d’intervention régulatrice de l'Etat. cet investissement rapporte beaucoup et ne coûte presque rien. La budgétisation des cotisations sociales constituerait ainsi une demi-privatisation : elle maintiendrait l’essentiel de la solidarité entre salariés en assurant les transferts sociaux entre cotisants et bénéficiaires. Elle dégagerait. Choisissant leur stratégie en fonction de leurs anticipations concernant la demande globale. cotiserait ainsi pour celle de ses parents tout en épargnant pour elle-même. la privatisation mettrait fin à la redistribution par le biais des transferts sociaux. précarité de l’emploi. liberté de licenciement. La solution régulatrice qui devrait être mise en œuvre pour résorber de manière durable le chômage doit ainsi faire du licenciement un investissement coûteux. Toutes les théories contemporaines de l’efficience. quant à elle. la demande globale s’avérera insuffisante pour justifier une augmentation de la production.

La masse des allocations chômage diminue donc tout d’abord du montant exact de l'accroissement de la masse salariale. W. A. Les transferts en faveur des entreprises s’accroissent de . les subventions à l’embauche consistent. sont évidemment voisines. b. le revenu national ne peut progresser que si la réduction des déficits publics s’avère supérieure à la diminution conjuguée des revenus des facteurs et des dépenses autonomes des administrations publiques. 2. Raisonnant à législation fiscale inchangée (les taux des prélèvements demeurent invariants). les allocations chômage sont des subventions versées au facteur travail. La mesure préconisée aboutit donc toujours à une diminution du revenu disponible du facteur travail. La mesure consistant en une simple réallocation d’une fraction des allocations chômage. 1. la demande d'investissement des entreprises peut suppléer à une demande de consommation insuffisante. Leurs inconvénients sont nombreux.b ∆A. partielle ou totale. sans intervention de la puissance publique. Or. tandis que la transformation d'allocations chômage en salaires accroît le poids des cotisations sociales salariés. 3. Même si les subventions à la création d’emplois étaient réservées aux seules créations nettes et durables d’emplois. compte tenu de la fiscalité actuelle sur les entreprises. les mécanismes de l'économie de marché sont tels qu’il lui est très difficile de croître spontanément. elles aboutiraient. des économies d'allocations chômage réalisées (∆A. Elles introduisent des distorsions fâcheuses entre entreprises dans l'exercice de la concurrence.Hervé BEAUDIN . Cela suppose que les déficits se réduisent plus vite que ne baissent les dépenses. négatif). pour chaque actif. des cotisations sociales employeurs peut être évalué comme un pourcentage. Elles incitent les entreprises à licencier pour embaucher des chômeurs au rabais. en l’absence de politiques publiques expansionnistes. et de la masse salariale. les revenus du capital s’abaissent néanmoins. entre la fraction du temps consacrée à l’emploi et celle qui est utilisée à d’autres activités sociales. Ce n’est que si le taux moyen de TVA était très bas par rapport aux autres prélèvements obligatoires (ce qui n’est pas le cas) ou si les subventions d’exploitation versées aux entreprises baissaient (ce qui n’est pas non plus le cas) que la valeur ajoutée progresserait (et les revenus du capital également). mais. Lorsque les revenus des facteurs de production baissent. Mais. donc que le produit des prélèvements obligatoires (hors TVA) progresse plus rapidement que ne diminuent les dépenses autonomes des administrations publiques. le coût des subventions versées aux entreprises sous forme de primes à l’embauche et d’une exonération. ils finissent par réLes proportions. dans un contexte de pénurie monétaire. objectera-t-on. 31 30 29 19 juillet 2004 . entraînant dans leur sillage la valeur ajoutée 31.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? 2. Dès lors. Faute d’être consommés. dans lesquelles ces deux allocations et cette redistribution s’effectuent. Les subventions à l’embauche Accordées directement par subventions publiques ou indirectement par réductions conditionnelles d'impôts. C’est que l'investissement est lui-même fonction de la consommation anticipée : la baisse du revenu des facteurs n’incite guère les entrepreneurs à accroître leurs capacités de production. Il en résulte une diminution de la consommation des ménages qui vivent de leur travail 30. abaissant le revenu disponible de l’ensemble des ménages salariés. de loisirs ou de formation 29. s’accompagne a priori d’une diminution de la productivité du travail ainsi que d’une redistribution. à prélever d'une manière ou d'une autre sur la demande globale les sommes nécessaires à la création d'emplois sans raison autre que la recette marginale que procure à l'entreprise bénéficiaire leur octroi. à aggraver le chômage (y compris si le taux de flexion était égal à 1) pour les raisons macro-économiques suivantes.

Il faut donc procéder de manière inverse. Comme la mesure a peu de chances de se traduire par des créations d’emplois dès lors que les entrepreneurs.salaires propre à l’obtention de l'équilibre macro-économique dans lequel le plein emploi doit être considéré comme aussi important que la stabilité des prix. les moyens d’atteindre le partage profits . En dépit de son inefficacité reconnue. et tirer l'économie par la demande globale au lieu d’accroître les profits des entreprises sans conséquence sur la production et l’emploi. le taux de chômage se serait accru non seulement de la destruction nette d’emplois consécutive à la baisse du revenu national. pour décider de l'augmentation de leur volume de production. en régime d’économie de marché. Faute par conséquent de vouloir financer la création d’emplois par les profits. La stratégie échoue 32. mais la participation des bas revenus à leur financement augmente sans aucune contrepartie. Dans la réalité. L'impôt sur les sociétés n’y répond pas : la direction de la prévision a pu constater que l'impôt sur les sociétés avait peu porté sur la composante 32 Ce résultat est d’autant plus remarquable que nous nous sommes placé dans la situation d’un taux de flexion égal à 1. le remède est encore mis à l'œuvre tant au niveau local (mais il s'agit alors pour les élus locaux de « capter » l'emploi des collectivités voisines et pour les entreprises d'obtenir des remises fiscales souvent injustifiées) qu'au niveau national. La volonté de réduire ex ante le déficit budgétaire vient alors étouffer dans l’œuf la tentative de résorber le chômage. dans le cadre de l’économie de marché. et non aux exonérations consenties. d’une diminution des impôts et d’un accroissement des subventions aux entreprises exige une diminution encore plus importante des autres dépenses publiques. dans la période séparant l’embauche et le licenciement. les politiques de l’offre détériorent l’emploi.Hervé BEAUDIN . de mettre en place un mécanisme fiscal incitant les entreprises à maintenir un certain niveau de masse salariale pour pouvoir conserver une part satisfaisante de leurs profits. des demandes d’emploi demeurées auparavant dans l’ombre. Il ne reste plus qu’à réformer la fiscalité de manière à faire payer les classes moyennes salariées. Or. Il nous faut donc mettre en place. de la monnaie ou du commerce extérieur. c'est-àdire. 19 juillet 2004 . Elle constitue donc l’aveu que les entreprises n’ont pas intérêt à embaucher et que l’Etat doit le faire à leur place. Il se fonde également toujours sur la double croyance que seule une politique de l’offre peut résorber le chômage et que les aides liées constituent un excellent moyen d’obliger les entreprises à créer des emplois. Pourquoi ? Parce que la recherche simultanée d’une baisse des déficits publics. Les déficits sociaux s’aggravent de l’exact montant des allégements de charges sociales accordées. renforçant ainsi la portée de notre démonstration. mais encore. les promoteurs des subventions à l’embauche sont ceux-là mêmes qui préconisent la baisse des dépenses publiques. Les recettes fiscales indexées sur le produit national s’avèrent en effet insuffisantes pour obtenir une réduction des déficits capable de compenser la baisse des revenus après impôts des facteurs de production. tout un système de vases communicants nous montre que la seule issue à la crise est le rééquilibrage du partage de la valeur ajoutée après prélèvements et compte tenu des prestations sociales accordées à chacun. d’enseignants ou de fonctionnaires ? Par quelque bout qu’on prenne le problème. elle aboutit à accroître ex ante les profits sans obtenir de contrepartie en termes d’emplois : la fiscalisation n’offre aucune garantie quant à la transformation des sommes ainsi économisées en salaires d’embauche de chômeurs. se réfèrent à la demande globale. Quelle est alors la différence avec l’embauche d’infirmières.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? gresser de concert avec l’activité sauf si les dépenses de l'Etat augmentent.

Le projet de loi de finances pour 1995 fixe à 100. d’autre part. Les expressions hausse « en volume ». l’intégralité de la subvention accordée venait abonder les profits. Un effet d’éviction apparaîtrait entre deux composantes de la demande globale. les profits fondés sur l’exploitation de la main d'oeuvre et ceux qui proviennent d'investissements de productivité générateurs de chômage. Cet accroissement se trouverait d’ailleurs renforcée « en valeur »35 par la baisse des taux d'intérêt induite par la réduction du déficit budgétaire. tandis qu’il avait surtout pesé sur l'accroissement des quantités produites. de même de telles mesures opposeraient les secteurs économiques entre eux. creusent les déficits. elles aboutiraient à relancer la consommation et à réduire le déficit de l’assurance chômage. De même que la rigueur budgétaire met inutilement en concurrence les Etats d’une même zone économique. Les mesures spécifiques en faveur de l’emploi Ces mesures entraînent des dépenses budgétaires qui. Or. la demande globale serait évidemment inchangée et l’effet sur la conjoncture nul. toutes choses égales par ailleurs. mais au prix d’une diminution de l'investissement. du déséquilibre de la balance commerciale qui en résulterait. Si. mais sur une simple diminution des taux d'intérêt. puisque l'impôt sur les sociétés est un impôt forfaitaire qui traite de la même manière les petites et moyennes entreprises et les grosses sociétés multinationales. du point de vue microCe qui suppose que la structure de la production soit moins capitalistique qu’elle ne l’est bien souvent. ce serait à une hausse « en volume » du patrimoine financier des entreprises et des ménages les plus aisés que l’on assisterait. impliquant ainsi une augmentation. en revanche. Rien dans cette mesure ne garantirait que l’allégement des charges des entreprises serait affecté à la création d’emplois. d’une part des tensions inflationnistes dues à la saturation des capacités de production et. comme c’est probable. l’effet d’une telle mesure. serait inflationniste. la première pour signifier que la mesure analysée équivaut simplement à un transfert de pouvoir d’achat des ménages aux entreprises.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? inflationniste des bénéfices. l’absence de relais de la consommation par l'investissement incitant au contraire la banque centrale à resserrer sa politique monétaire du fait.Hervé BEAUDIN . L’emploi ne s’améliorerait que très momentanément 34. Une telle mesure est donc déjà “ déformante ” quant au libre jeu des mécanismes du marché.000 emplois. incitant les entreprises à gérer leurs effectifs en tenant compte de l’intérêt général. Cette restriction de la politique monétaire ferait de la création d’emplois peu qualifiés un feu de paille. Il est à cet égard proprement stupéfiant d’observer que la recherche contemporaine pour stimuler la consommation des ménages s’accompagne de l’allégement des charges des entreprises et de la limitation des salaires : rien n’obligerait en effet. 3. hausse « en valeur » sont ici employées. 35 34 33 19 juillet 2004 . y répondrait par construction. pour une dépense budgétaire de 40 Mds de F. les profits construits sur les licenciements et ceux qui proviennent d’un développement effectif de l’activité. L'impôt d'exploitation. de la masse salariale. au lieu de l’être aux profits. Quand bien même ces subventions aux entreprises seraient intégralement affectées aux salaires par le moyen de la création d’emplois peu qualifiés 33. au moins momentanée. il ne s’agit plus tant d’en accroître le montant que d’en modifier l’assiette. la demande globale n’étant pas assez durablement stimulée pour assurer leur pérennité. Au total. la seconde pour indiquer qu’une hausse de la valeur du patrimoine financier qui ne s’appuierait pas sur une croissance des bénéfices des entreprises provenant d’une relance de la demande globale.

L'imposition des marges est un impôt sur les moyens alors que l'impôt sur les sociétés est un impôt sur les résultats. D’ailleurs. et non pas seulement. mais aussi par son impact économique. Les mesures de politique économique préconisées La politique économique que nous préconisons se compose de deux faces intimement liées en vertu de notre analyse : la politique fiscale et la politique des revenus. un seul des facteurs de production. mais un impôt lié à la production. Elle reviendrait en définitive à imposer pareillement toutes les composantes de la valeur ajoutée. S’il fallait imposer la valeur ajoutée. il est irrationnel du point de vue économique de favoriser les industries de main d'œuvre faiblement productives en pénalisant les entreprises à forte valeur ajoutée ou très capitalistiques. 19 juillet 2004 . Il est très différent d’atteindre le plein emploi par un meilleur partage d’une forte valeur ajoutée par tête (ce que nous préconisons) et de le rechercher par l’inévitable détérioration de la productivité qu’entraînerait la taxation de la valeur ajoutée. 4°) La taxation de la valeur ajoutée L’imposition de la valeur ajoutée. donc la production et l’emploi. L’imposition de la valeur ajoutée n’est donc pas un impôt sur la consommation. couramment proposée comme substitut aux cotisations sociales employeurs. il se substitue vraiment. II. . Il n’est pas normal que soit prélevé le même pourcentage sur un profit provenant d’un développement du chiffre d'affaires.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? économique les entrepreneurs d’accroître ce qui. à travers la taxation de sa rémunération. consisterait à remplacer l’assiette actuelle des cotisations sociales (la masse salariale) par la valeur ajoutée créée par l'entreprise. C’est en effet par les quantités produites que nous atteindrons le plein emploi. Comme tel.l’impôt d'exploitation. dans leur propre intérêt pourtant. non seulement par sa masse financière. L’important n’est en effet pas tant de sanctionner la réussite qu’est le profit que d’éviter de voir les entreprises emprunter la voie illégitime de l'inflation pour construire leur fortune. la taxation de l’inverse de la valeur ajoutée stimulerait le chiffre d'affaires. L’adoption d’une telle réforme devrait être complétée par une politique des revenus volontariste. vis-à-vis des facteurs de production. de créations d’emplois et d’un accroissement de la satisfaction globale procurée aux consommateurs que sur les bénéfices construits sur des positions monopolistiques ou des ententes autorisant des marges inflationnistes. salaires et profits.Hervé BEAUDIN . Elle serait donc dotée d’une certaine neutralité. et non par une diminution de la productivité.la TVA sociale . aux cotisations sociales employeurs. 1°) La politique fiscale Deux pistes ont été explorées pour réformer les prélèvements obligatoires : . Elle inciterait à une croissance plus riche en emplois. ce serait bien plutôt son inverse de manière à préserver l’efficacité de la combinaison des facteurs de production. Cependant. constitue la source macro-économique de leurs futurs débouchés. au moins économique.

une production donnée d’une valeur hors taxe de 100 demeure. égale à 100 puisque la TVA sociale se substitue à des cotisations sociales. son prix TTC. Les impôts indirects étant plus indolores. Elle ne doit pas être confondue avec la taxation de la valeur ajoutée décrite précédemment et n’a donc pas les inconvénients relevés plus haut des prélèvements obligatoires assis sur le revenu national.6 (= 100 + 19. S’appliquant aux produits fabriqués en France et aux importations. mais non aux exportations. ils constituent un moindre frein à l’initiative économique. au contraire. le taux de la TVA « normale ». ces derniers peuvent en dιduire le taux de TVA sociale. et du prix TTC. En revanche. La compétitivité de la production intérieure s’en trouverait donc favorisée. Le prix TTC de la même production.2 = 83. et qui fait que la différence absolue entre les prix TTC est grossie par rapport à celle qui existe entre les prix HT. Le troisième effet est le plus important. qui maintient la compιtitivitι de la production. Une telle réforme conférerait un puissant stimulant à la compétitivité de notre économie. La TVA sociale La TVA sociale est un taux d'imposition indirect (c'est-à-dire prélevé à la consommation) frappant le prix hors taxe des produits fabriqués ou importés en France. le taux de la TVA sociale.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? 1. ΰ partir du coϋt d’exploitation. a) Les avantages de la TVA sociale Le premier effet bénéfique est celui qui découle du caractère indirect de cet impôt. P. si θ = 20 %. Si la TVA « normale » est de 19. après l’instauration d’un taux de TVA sociale de 20 %. à l’exportation (en dehors des frontières douanières de la zone économique considérée. calculer la combinaison des deux taux de TVA optimale. de 119. E.Hervé BEAUDIN . hors l'Union européenne). Elle se substitue en tout ou partie aux autres cotisations sociales. on peut fixer le taux de la TVA « normale » ΰ : t = P / [E x (1 + θ)] – 1 Si. on a : E = 100 / 1.6 Inversement. θ. Le deuxième effet est l’ « effet de loupe » propre à la TVA. Le prix de vente de cette production serait donc de 83. car son taux (20 %) s’applique à la fraction du prix HT qui ne comprend pas les cotisations sociales auxquelles elle se substitue. t. En effet. on peut. puis ιvaluer le plafond de dιpenses sociales compatible avec ce taux.3 P = 119.6. le prix final TTC du produit sera de 119. qui favoriserait l’emploi.6 %. le taux de la TVA « normale » ne dιpend pas des pouvoirs publics. 36 19 juillet 2004 . Si on pose que le taux de la TVA sociale s’impose aux pouvoirs publics du fait de la nιcessitι de financer les comptes sociaux. c'est-à-dire. t = 19. produite au même coût. la TVA est inexistante.6 % et P’ = 100.6). aujourd'hui. aurait pour avantage de reposer sur un transfert massif du Dans notre hypothèse. on a : (1 + θ) x E = P’ (1 + t) x P’ = P (1 + t) x (1 + θ) x E = P Et donc.3 36. sa substitution aux cotisations sociales (ou à une partie d’entre elles) favoriserait la production intérieure tout en demeurant neutre vis-à-vis du niveau général des prix. le produit de la TVA sociale est de 20. et importée dans la zone économique considérée serait également. Cette compétitivité. P’. Si E est cette fraction du « coût d’exploitation » hors TVA sociale et hors fraction des cotisations sociales employeurs remplacées par la TVA sociale. toutes choses égales par ailleurs. le taux HT du produit et P.

Hervé BEAUDIN . Les prix TTC des produits seraient donc inchangés. qui concurrencent de manière souvent déloyale la production de la zone économique dans laquelle nous entendons nous situer (la France pour les « souverainistes ».en augmentant leurs profits d’une fraction du montant des cotisations sociales qu’ils n’auraient plus à verser. si elle était mise en place dans l’ensemble de l'Union européenne. et d’ailleurs conforme à notre intérêt bien compris. il est juste. elle frapperait indistinctement tous les produits importés. d’où que vienne sa production. 19 juillet 2004 . car le développement mondial ne doit pas se faire au bénéfice du seul capital international. Troisièmement. Or les grandes entreprises multinationales. elle pénaliserait donc les pays à bas salaires dont les peuples aspirent au développement et inciterait par conséquent à renforcer l’exploitation de la main d'oeuvre alors que notre intérêt bien compris serait que les économies des pays pauvres se développent.fréquemment observés lors des dévaluations compétitives . la TVA sociale ne serait neutre vis-à-vis des salaires et des prix (et par conséquent du pouvoir d'achat) que si les entrepreneurs n’adoptent pas les comportements de marge . ne sont plus taxables au-delà du minimum qu’impose la législation fiscale et sociale de la nation la moins-disante. tout comme les salaires versés. car nos exportations dépendent aussi de la demande en provenance de ces pays. notamment vers les pays à bas salaires. En effet. ce que la TVA sociale ajouterait en termes de taxation à la consommation. Quatrièmement. elle serait assimilée par nos partenaires de l’OMC comme une protection douanière camouflée et risquerait. du fait de l’ouverture des frontières et de la mobilité des capitaux. Premièrement. à consacrer à la masse salariale une part de son bénéfice d’exploitation suffisante pour assurer une demande globale mondiale apte à garantir à la fois le développement des pays pauvres et le plein emploi dans les pays riches. Une telle mesure serait neutre quant au pouvoir d'achat intérieur. 2. En revanche. d’entraîner des mesures de représailles qui en annuleraient aussitôt les bienfaits. de taxer les produits importés qui contiennent un taux de profit excessif. Elle ne serait donc pas inflationniste et serait fiscalement neutre. quelle que soit leur origine et quel que soit le niveau de protection sociale du pays exportateur. faute de quoi nous serions à nouveau acculés dans la voie sans issue d’un développement solitaire voué à l’échec et n’aurions plus comme seule solution à terme que d’essayer d’imposer le capital des entreprises pour financer une protection sociale aux besoins croissants du fait du vieillissement de la population et du chômage de masse. L’impôt d’exploitation Une autre possibilité est de mettre sous contrainte le compte d’exploitation des entreprises tout en maintenant la libre concurrence sur le marché de la zone économique considérée (l’Union européenne). b) Les défauts d’une telle solution Une telle solution aurait cependant quatre défauts. Deuxièmement.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? financement de la protection sociale vers l’étranger. l'Union européenne pour les « européistes »). elle le retirerait au coût d’exploitation des entreprises. Il faut donc trouver une solution qui contraigne le capital.

C’est pourquoi nous pensons préférable de taxer le taux d’exploitation. Le système actuel. le profit. d’autre part. une valeur ajoutée de 100 avec 60 de masse salariale et l’autre une valeur ajoutée de 110 mais avec 70 de masse salariale. au cas où les cotisations sociales employeurs actuelles. Imposer le taux de profit reviendrait certes à imposer d’une part l'excédent brut d'exploitation et. x CA / W. seraient maintenues. . 38 19 juillet 2004 .B. afin de tenir compte des écarts de taille entre les entreprises d’un même secteur. sur laquelle porte la première partie de l'impôt d'exploitation. 37 Le taux de profit peut en effet se définir par le rapport entre l'excédent brut d'exploitation et la valeur ajoutée. les liens qui existent. Il ne saurait non plus se contenter. pénalise la seconde et pourtant la première est la moins performante des deux du point de vue de la productivité et de l’emploi ! L'assiette de l’impôt d'exploitation se compose donc des variables constitutives de l’excédent brut d'exploitation : . comme ceux qui viseraient à imposer la valeur ajoutée ou le seul excédent brut d'exploitation. L’avantage de cette assiette est qu’elle pénaliserait les entreprises qui font de la diminution de la masse salariale une source de profit et qu’elle allégerait les charges de celles qui développent leur volume d’activité en même temps que leurs profits et leur productivité. ni celle de l'excédent brut d'exploitation ne permettraient de distinguer équitablement entre deux entreprises de la même branche d’activité dont l’une produit. Le profit issu d’un accroissement des quantités vendues (c'est-à-dire d’une augmentation du volume d’activité) et le profit qui provient d’une réduction récessionniste de la masse salariale (qu’elle prenne la forme d’une diminution des effectifs ou celle d’une baisse du salaire unitaire moyen) comme celui provoqué par la hausse inflationniste des prix de vente seraient ainsi nettement distingués. indexées sur la masse salariale. comme le préconise le commissariat général du plan.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? a) Description de l’impôt d'exploitation L'impôt d'exploitation ne doit imposer ni le taux de profit ni la part du profit dans la valeur ajoutée. les conditions de l’équilibre macro-économique. et en définitive. de taxer le seul excédent brut d'exploitation : seraient ignorés. Aucun comportement de marge ne pourrait en annuler les effets 38. c'est-à-dire le rapport entre l'excédent brut d'exploitation (ou un solde équivalent) et la masse salariale. ce qui irait à l’encontre du but recherché. il fallait pondérer le taux d'exploitation par l’inverse du chiffre d'affaires de façon que la masse salariale se trouve divisée par ce dernier. ce serait relativement au énième de franc de salaire distribué par franc de chiffre d'affaires réalisé que l'excédent brut d'exploitation dégagé par chaque firme serait taxé. l’inverse de la valeur ajoutée 37.les salaires .la marge unitaire. la valeur ajoutée. ce qui est déjà nettement préférable à l’imposition de la valeur ajoutée. entre. les décisions micro-économiques des firmes visant à optimiser. Si. L’assiette de cette partie de l'impôt d'exploitation pourrait être alors de la forme E. d’autre part. dans le cadre de la réglementation fiscale en vigueur. dans la régulation globale.E. Ni l’imposition de la valeur ajoutée. pour la même quantité de consommations intermédiaires. d’une part. Une telle réforme équivaudrait d’ailleurs à imposer le capital technique. et. partie que nous appellerons par la suite « l'imposition des marges » . Mais on le ferait avec le même taux. en effet.Hervé BEAUDIN .

l'excédent brut d'exploitation (auquel sera ajoutée. Jean Serisé) dont l’ambition était de « prévenir les comportements inflationnistes des entreprises en sanctionnant les accroissements de marge excessifs ». Les taux d'exploitation varient selon les époques et selon les branches. relativement aux conditions techniques de la production. Le « taux » de l'impôt d'exploitation. pondérée par l’inverse des coefficients moyens de capital qui leur sont propres et par des taux 39 Le but de la réforme étant naturellement de substituer complètement l'impôt d'exploitation aux cotisations sociales employeurs et à l'impôt sur les sociétés. s’applique donc en définitive au seul excédent brut d'exploitation. Mais l’imposition des marges a un triple avantage sur les autres systèmes directifs : elle laisse libre le jeu des prix relatifs . de l'excédent brut d'exploitation.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? . 19 juillet 2004 . c'est-àdire inférieur à 100%) et de la masse salariale de l'entreprise affectée à la fabrication du produit taxé. Le projet fut dénaturé avant d’être mis à mort par le parlement et le CNPF alors qu’elle était. appelée ainsi du nom d’un haut fonctionnaire. que nous appellerons par convention « taux d'imposition dérivé ». par abus de langage et si aucune confusion n’est à craindre. Il est simultanément fonction décroissante de la masse salariale. Mais l’originalité de l'impôt d'exploitation est d’imposer l'excédent brut d'exploitation (ou un solde équivalent représentatif du profit) d’autant plus (resp. Les industries de main d'oeuvre ne sauraient être taxées au même niveau que celles qui sont plus capitalistiques. L’imposition des marges permet. en moyenne. d’autre part. d’une part des prix de vente unitaires (ou de leur évolution. Chaque branche est soumise. le cas échéant. L'impôt sur les sociétés et les cotisations sociales employeurs seraient réduits d’un montant équivalent à ce que rapporterait l'impôt d'exploitation 39. elle encourage par là-même à préférer un profit obtenu par les quantités vendues plutôt que par la hausse des prix. est en réalité le produit d’un taux (au vrai sens du terme. Cet impôt à double face n’est pas fonction directe du bénéfice. Il était « l’instrument de sanction de la gestion des entreprises qui opéreraient des relèvements excessifs de prix ». et. qui est très supérieur à 100%. mais incite simplement à la discipline des prix . M. ce qui reviendrait à instaurer un impôt sur l'inflation) rapportés au coût d’achat historique des composants du produit. une variable dépendante constituée par les prestations sociales versées aux salariés). selon nous. ou encore « l'impôt d'exploitation (au sens strict) ». Il est fonction directe. Ce taux. fonction des conditions techniques du moment. Le blocage des prix a pour inconvénient majeur : la lourdeur de sa mise en oeuvre administrative . d’autant moins) que la masse salariale est. « l'impôt d'exploitation (proprement dit) ».chômage. la rigidité des prix relatifs. partie que nous appellerons par la suite « le taux d'exploitation » ou. la seule solution au dilemme inflation . faible (resp.Hervé BEAUDIN . Le taux de l'impôt d'exploitation n’est pas vraiment un taux au sens traditionnel du terme car l’assiette n’est pas un solde mais un rapport. La moyenne des taux d'exploitation de chaque branche. forte). elle n’interdit pas l'accroissement des marges. à des coefficients de capital différents. Le taux d'imposition dérivé décline donc au fur et à mesure que la masse salariale s’élève. de libérer l’instrument de la politique monétaire pour la recherche d’une plus forte croissance. Le rapport entre l'excédent brut d'exploitation et la masse salariale brute forme la deuxième partie de l'impôt d'exploitation. Les taux de l'impôt d'exploitation doivent être déterminés par branche d’activité. comme pour le blocage des prix. L’un des ancêtres de cet impôt est la Serisette (prélèvement conjoncturel contre l'inflation.

à l’électronique. aux industries du caoutchouc. la part de l'impôt d'exploitation (proprement dit) s’abaisse. de diminuer le taux d'imposition. en cas d’introduction de procédés plus capitalistiques. à la mécanique. en fonction de la structure et du montant de leur chiffre d'affaires. permettra d’une part de favoriser l’emploi des personnes à faible qualification dans les branches peu capitalistiques. L'impôt d'exploitation lutte contre la tendance des entreprises à construire leurs profits sur la diminution de leur masse salariale alors que les conditions techniques de la production n’ont pas changé.. 42 41 40 19 juillet 2004 . En revanche. les productions du secteur de l’automobile ressortissent à la métallurgie. Le concept de minorité s’applique ici à la part du chiffre d'affaires des entreprises considérées dans le chiffre d'affaires total des entreprises de la branche. Un même produit . Les coefficients propres à chaque produit et égaux à la moyenne pondérée des taux d'exploitation de chacune des branches auxquelles participe un produit « composite » sont affectés aux différentes parties composant chaque produit en vue de déterminer la valeur du taux d'exploitation moyen qu’ils recèlent. la carrosserie. dès que le progrès technique se diffuse au sein d’une branche. fixe le taux d’imposition général de l’ensemble de l'économie pour ce nouvel impôt. La distinction des taux d’imposition dérivés par branche. Mais peu d’entreprises voient leur activité se réduire à une seule branche. les taux d'exploitation par branche et les écarts à la moyenne qu’ils révèlent. selon la définition précise que l’on entend donner au taux d'exploitation) et la masse salariale brute. La comptabilité analytique doit permettre d’isoler chacune des composantes de ces produits et de calculer par firme. L'impôt d'exploitation a donc pour mérite d’abaisser le taux d'imposition général de la branche par rapport aux autres branches de l'économie. Par exemple. Un constructeur d’automobile fabrique lui-même le moteur. doit donner un produit fiscal à peu près équivalent au produit des cotisations sociales employeurs actuelles. lui-même égal au rapport entre l'excédent brut d'exploitation global (retraité ou non. Le progrès technique se diffuse très rapidement au sein d’une branche. le châssis. les entreprises participent au financement de l'assurance-chômage selon l’ampleur de la divergence entre la combinaison de facteurs de production qu’elles mettent en oeuvre et la combinaison « normale » en vigueur dans leur branche d’activité.ici une voiture . etc. Avec l'imposition du taux d'exploitation. et dont les incidences inflationnistes devraient être neutralisées par l'imposition des marges.contient donc plusieurs produits appartenant à des branches d’activité distinctes. La création d’emplois qui devrait en résulter n’aura pas lieu au prix d’une détérioration de la productivité globale des facteurs. déterminés par le caractère plus ou moins capitalistique de la production..Hervé BEAUDIN . les équipementiers. Le législateur peut donc être contraint. le circuit électrique et se fournit auprès d’autres firmes du même secteur. mais se produira par l'accroissement des quantités produites. L'impôt d'exploitation favorise ainsi collectivement la diffusion du progrès technique. Il n’est donc pas un impôt qui va à l’encontre du progrès technique ou de la recherche des gains de productivité ou encore de la spécialisation de l'économie française dans les productions à forte valeur ajoutée. de freiner la substitution du capital au travail tant qu’elle demeure circonscrite à une minorité d’entreprises 41 au sein d’une branche donnée. Mais si le même processus se répétait dans toutes les branches.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? d’imposition particuliers. Le rapport entre ce produit fiscal et le taux d'exploitation global. financé par création monétaire. d’autre part. mais décourage en apparence l’innovation 42. pour les sièges. Il suffit pour cela de connaître les coefficients de capital de chaque type de production et de répartir les excédents bruts d'exploitation propres à chaque produit en fonction de leur composition. L’amorçage de la reprise sera initiée par le déficit budgétaire. et. les tissus. La plupart des firmes produisent des biens et services qui participent de plusieurs branches et chaque produit contient des éléments de branches diverses 40. le législateur pourra augmenter homothétiquement l’ensemble des taux d'imposition. les pneumatiques.

les revenus du facteur travail sont croissants. prises dans leur ensemble. la diminution des allocations chômage est proportionnelle à l'augmentation de la masse salariale.3% (= 100% .Hervé BEAUDIN . Les entreprises. Le déséquilibre des comptes sociaux n’est pas aggravé.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? La généralisation à l’ensemble de l'économie s’avère néanmoins impossible sous peine de succomber au sophisme de composition. il faut que la demande globale soit suffisante. d’une part consacrer. les revenus. mais par simple transfert d'allocations chômage vers la masse salariale (cas où α est égal à 100%). Dans le cas français. entre les économies d'allocations chômage et le surcroît de masse salariale distribuée s’avère inférieur ou égal à 14%. augmentent et la hausse des salaires accroît toujours le revenu national. L’introduction de l'impôt d'exploitation provoque une augmentation des revenus des facteurs de production qui peut être exprimée en fonction de la masse salariale. Le coefficient de proportionnalité. auront alors le choix entre. et notamment lorsque la création d’emplois se fait. 17. le chômage s’accroît et il faut bien augmenter tous les taux d'imposition dérivés. est inférieur à 1 : lorsque le taux de flexion est égal à 1. qu’elles soient en nature ou en argent. 11% et les cotisations sociales salariés. Si toutes les branches de l'économie bénéficient d’un progrès technique diffus. indexés sur le travail et considérés après prélèvements obligatoires. α. ce qui nécessite une policy mix accommodante. Dans un premier temps. 19 juillet 2004 . 1) La masse salariale s’accroît du fait de la substitution de l'impôt d'exploitation aux cotisations sociales employeurs. d’autre part. De plus. il est même plutôt résorbé 44. la modification du financeLes revenus du travail augmentent à la suite de l’introduction de l'impôt d'exploitation.7%. Celles-ci sont en effet au total toujours inférieures aux anciens salaires des personnes qui en bénéficient. et. Par ailleurs. Au dessus de cette limite. non par augmentation de la part de la valeur ajoutée consacrée aux salaires et aux allocations chômage. tant que α est inférieur à 82.7%). Les déficits finissent cependant par se résorber grâce à la diminution des allocations chômage. l’accroissement de la masse salariale s’avère nécessairement.3% (= 100% . ex ante. développer la production en procédant à des investissements de capacité. D’où l'augmentation du taux d'imposition des marges pour éviter toute déperdition inflationniste. Cette substitution conduit en effet les entreprises à augmenter les salaires et/ou l’emploi pour diminuer l’imposition. Un calcul complexe montre alors que si le rapport. notamment pour financer les allocations chômage. le taux moyen de l'impôt sur le revenu. une fraction croissante de leurs profits au financement de l'assurance chômage. les allocations chômage diminuent moins que les salaires n’augmentent 45. Mais pour qu’elles soient incitées à choisir la seconde option.17. les revenus du travail diminuent comme l’ensemble des revenus indexés sur la masse salariale brute. 45 44 43 Car α est inférieur à 82.17. les cotisations sociales employeurs représentent environ 39% de la masse salariale brute. par le biais de l'impôt d'exploitation.7%). à durée du travail constante. Cette augmentation provoque un accroissement de la valeur ajoutée et du revenu national. On suppose par ailleurs constantes les allocations vieillesse et les prestations sociales non imposables. Cet accroissement permettra de limiter l'augmentation des taux d'imposition dérivés en cas de diffusion rapide du progrès technique à l’ensemble des branches de l'économie nationale. Il faut toutefois déduire la diminution des allocations chômage et vieillesse provoquée par l’amélioration de l’emploi. A dotations budgétaires données. α. b) Les mécanismes de l’impôt d'exploitation b-1) Effets de l’introduction de l’impôt d’exploitation La substitution de l'impôt d'exploitation aux cotisations sociales employeurs et à l'impôt sur les sociétés modifie les prélèvements obligatoires sur le travail et sur le capital 43. supérieur à la diminution des allocations chômage.

Puis. qui visent à d’abord accroître les profits des entreprises par l’octroi de subventions exactement comme les politiques classiques d’avant-guerre cherchaient à favoriser l'épargne pour initier la reprise par l'investisse- Ex post. mais il est certain en revanche que. sauf si le taux d'imposition de cette partie de l'impôt d'exploitation est accru en vue de créer les conditions micro-économiques de la poursuite du processus d’embauche et de gonflement de la masse salariale. mais encore les prélèvements sur les entreprises et le déficit des comptes sociaux diminuent 46. 1) La variation du taux d'imposition modifie le taux d'exploitation dans le sens opposé grâce à l’amélioration de la conjoncture consécutive à l'augmentation de la masse salariale. que les dépenses publiques s’élèvent et que le taux d'exploitation diminue consécutivement à l’introduction de l'impôt d'exploitation. premièrement. b-2) Effets de l'augmentation du taux d'imposition de l'impôt d'exploitation et nécessité d’accroître la masse monétaire L’introduction de l'impôt d'exploitation à la place des cotisations sociales employeurs et de l'impôt sur les sociétés a déjà permis d’accroître l’activité et de réduire le chômage. Non seulement les transactions créatrices d’emplois reprennent. 19 juillet 2004 . deuxièmement. Cet ajustement au niveau de chaque firme provoque une diminution du taux d'exploitation.salaires a en effet atteint un niveau tel que l'économie est plus prospère et le chômage moins important. Rien ne prouve qu’il corresponde au plein emploi conjoncturel. Toute nouvelle hausse des rémunérations nuit alors à la rentabilité. venant abonder profits et recettes fiscales. le chômage a régressé à mesure de l’enrichissement général de la zone économique où l’impôt a été introduit. Un taux d'exploitation d’équilibre finit par être atteint. que. les allocations chômage diminuent en effet davantage que les salaires n’augmentent (le taux de flexion étant supérieur à 100%) grâce à l’effet multiplicateur sur l’activité de la substitution de l'impôt d'exploitation aux cotisations sociales employeurs. L'augmentation de la masse salariale distribuée est déterminée par les entreprises. l'excédent brut d'exploitation de chaque firme augmente à nouveau. les profits ont augmenté. 47 46 En supposant que le plein-emploi ne soit pas déjà atteint par la seule introduction de l'impôt d'exploita- tion. troisièmement. 2) Le revenu national augmente à mesure que les subventions versées aux entreprises et les cotisations sociales salariés s’amenuisent. Cette « maximisation sous contrainte » rencontre sa limite lorsque. sous l’influence de la reprise des affaires. Chacune d’entre elles tente en effet de maximiser son profit après impôt. La manipulation du taux de l'impôt d'exploitation (au sens strict) permet de créer des emplois supplémentaires 47. la somme des économies d'impôt et du surcroît de bénéfice provoqué par l'augmentation du chiffre d'affaires devient inférieure à l'accroissement de la masse salariale pour un taux d'imposition donné. Les profits s’élèvent alors en fonction des progrès de l’activité. Les salaires jouent ici le même rôle vis-à-vis des profits que la consommation vis-à-vis de l'épargne dans la théorie keynésienne. pour chaque firme. surtout si une politique monétaire accommodante est mise en oeuvre simultanément afin de créer un climat favorable à la reprise des affaires. C’est d’ailleurs là le but immédiat de l’introduction de l'impôt d'exploitation.Hervé BEAUDIN . le revenu réel des salariés s’est accru. que. L’absurdité des politiques économiques contemporaines. Le partage profits .Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? ment des allocations chômage et de leur assiette incite les entreprises à embaucher.

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ment, apparaît ici clairement. La masse salariale pour un « profit » donné 48 est accrue à la suite d’un calcul de maximisation (après prise en compte des prélèvements obligatoires) effectué par chaque entreprise et identique à celui qui vient d’être exposé. Un nouvel état d’équilibre est atteint comme dans le cas de l’introduction de l’impôt. L'accroissement des salaires et du taux d'imposition de l'impôt d'exploitation entraîne une augmentation de la valeur ajoutée produite d’autant plus forte que la part des salaires dans la valeur ajoutée est, à l’origine, faible. L’institution de l'impôt d'exploitation, puis la hausse de son taux d'imposition, perdent ainsi de leur efficacité au fur et à mesure que la part des salaires dans la valeur ajoutée se redresse : l'accroissement du produit de l'impôt d'exploitation - lequel, ne l’oublions pas, constitue une charge pour les entreprises - et la baisse du taux d'exploitation lui-même en sont les deux raisons principales. On peut par ailleurs aisément démontrer que la diminution du poids des prélèvements obligatoires indexés sur le revenu national accroîtrait l’impact de l'impôt d'exploitation sur l’activité. Le remède est également d’autant plus efficace que la propension marginale à consommer est forte et que le taux de TVA est faible. Lorsque la propension marginale à consommer les revenus du capital est nulle (c'est-à-dire lorsque tous les revenus du capital sont réinvestis), le taux moyen des impôts liés à la production est indifférent. C’est pourquoi nous persistons à croire que la suppression, ou du moins l’allégement de la TVA sur les services, serait favorable à l’emploi : cette mesure encouragerait la consommation de services et accroîtrait l’impact de l'impôt d'exploitation sur l’activité générale. 2) Puisque la hausse du taux d'imposition de l'impôt d'exploitation provoque une augmentation de la masse salariale distribuée par les entreprises, la consommation des ménages salariés s’accroît. Mais la hausse du taux d'imposition vient freiner, par le biais de la propension marginale à consommer les revenus du capital, cet accroissement de la valeur ajoutée. Comme dans le cas de l’introduction de l’impôt, la masse salariale croît d’autant plus que les revenus du travail sont consommés, que le taux d'imposition de l'impôt sur le revenu est bas, que les cotisations sociales salariés sont faibles et qu’est petite la fraction, α, du supplément de salaires distribué se traduisant par une diminution des allocations chômage. Si l'accroissement de la masse salariale se fait aux dépens des allocations chômage, l’amélioration de la conjoncture est évidemment moindre que lors d’une augmentation de l’ensemble des revenus du travail (salaires + allocations chômage) 49. Enfin, dans le cas où le législateur prendrait en compte les transferts sociaux dans la définition du taux d'exploitation, la relance de l’activité provoquée par la diminution du taux d'exploitation s’avérerait d’autant plus forte que les revenus du capital seraient entièrement consommés 50. Les salaires font les profits comme les crédits font les dépôts et non l’inverse. Si l'investissement et les dépenses publiques ne varient pas, l'accroissement du revenu national dépend exclusivement de la variation des salaires nets et bruts ainsi que du taux d'exploitation, des prestations sociales (incluses dans le revenu disponible du travail), du taux moyen de l'impôt sur le revenu, des propensions marginales à consommer des facteurs de production et de la part des allocations chômage transformées en salaires. Naturellement, la baisse des taux d'intérêt et la hausse des dépenses publiques ou de
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Quelle que soit la définition retenue pour ce dernier.

Ex ante, au détriment des profits ou à la suite d’un supplément de monnaie offerte. Ex post, la hausse du revenu national entraîne un accroissement des profits qui retrouvent leur niveau d’origine (ou le dépasse) même lorsque la quantité de monnaie en circulation n’a pas varié. Ceci est une autre manière de parvenir au résultat de Keynes-Kalecki selon lequel les profits s’accroissent en proportion de leur consommation.
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l'investissement autonomes renforcent favorablement l’impulsion obtenue sur l’activité et l’emploi. La manipulation du taux d'imposition de l'impôt d'exploitation favorise la création d’emplois et diminue les subventions versées aux ménages du montant des allocations chômage économisées. Mais, compte tenu de l’arrivée sur le marché du travail de nouveaux demandeurs d’emplois que la reprise encourage à se manifester, la banque centrale doit offrir une quantité de monnaie supplémentaire de manière à accroître les revenus du travail (salaires + allocations chômage) et inciter ainsi à la création d’emplois supplémentaires. En l’absence de création monétaire supplémentaire, toute augmentation de la masse salariale se traduit par une diminution des transferts sociaux (nets des cotisations sociales salariés) aux ménages vivant du revenu de leur travail. Cette diminution est maximale et égale au surcroît de masse salariale lorsque le taux de flexion est égal à 100%, c'est-à-dire lorsqu’aucune offre de travail supplémentaire n’apparaît sur le marché du travail en cas d’amélioration de l’emploi. Dans ce cas, l'augmentation de la masse salariale est exactement compensée par la diminution des transferts. Dans les autres cas, la baisse des transferts sociaux nets des prélèvements est, ex ante, inférieure en valeur absolue à la hausse des rémunérations directes qui résulte de l'augmentation du salaire nominal et de l’apparition sur le marché du travail de nouveaux demandeurs d’emploi. Ainsi, l'impôt d'exploitation est-il le premier relais efficace d’une politique économique de relance keynésienne. S’il ne dispense par les pouvoirs publics d’accroître les déficits publics et d’en financer le solde essentiellement par création monétaire, il permet, au niveau micro-économique, de faire des entreprises l’instrument (in)conscient de transmission de la reprise initiée par l'Etat. Instrument inconscient, car les firmes ne cessent pas d’être guidées par l’appât du profit après impôt. Au contraire, si l’on persiste à vouloir leur donner de l’argent aux entreprises pour qu’elles embauchent dans un contexte de pénurie monétaire, l’on prive les consommateurs des revenus correspondants. c) Avantages de l'impôt d'exploitation 1) Le taux d'exploitation se modifie jusqu’au moment où il devient, pour les entreprises concernées, plus rentable de payer l'impôt d'exploitation que d’embaucher. L'impôt d'exploitation devient un coût, mais dont la qualité est d’être indexé sur le chômage général régnant dans la branche (puisqu’il y a un taux d'imposition par branche). Le financement de la protection sociale est alors assuré automatiquement, les recettes de l'impôt d'exploitation subvenant aux choix éventuels de « non embauche ». Les entreprises « égoïstes » cotisent pour les entreprises « citoyennes » (et non l’inverse comme c’est le cas actuellement). Le taux d'imposition de l'impôt d'exploitation doit être calculé en fonction de cette contrainte de financement de la protection sociale, la répartition de la charge se faisant entre branches, et au sein de chaque branche, entre entreprises, selon la méthode précitée. Le maniement de l'imposition des marges permet alors, par la politique monétaire qu’il autorise, de stimuler l’activité. Ainsi se trouveront simultanément résorbés les déficits des comptes sociaux et la majeure partie du chômage conjoncturel 51.

Une des limites de notre proposition consiste en ce que le taux d'imposition de l'impôt d'exploitation (au sens strict) nécessaire au plein emploi conjoncturel ne correspond pas nécessairement au taux d'imposition

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2) L'impôt d'exploitation, qui consiste pourtant en la transformation des cotisations sociales employeurs en un impôt, n’est pas vraiment une fiscalisation en ce sens qu’il est toujours payé par les entreprises et qu’il n’aboutit par conséquent pas à faire supporter une part croissante des prestations sociales par les recettes fiscales de l'Etat. Son introduction ne conduirait pas en effet à faire supporter par l’ensemble des recettes de l'Etat - et donc par l’ensemble des contribuables - la fraction des prestations sociales financées aujourd'hui par les cotisations sociales employeurs. L'impôt d'exploitation continue à être versé par les entreprises au titre à la fois de l’exploitation (entendue au sens de source de plus-value) de la force de travail (l'excédent brut d'exploitation) et de sa non exploitation (entendue au sens de la rémunération de la force de travail), puisque taxer le taux d'exploitation revient à imposer l'excédent brut d'exploitation en raison inverse de la masse salariale distribuée. Remarquons que l’on aurait tout aussi bien pu présenter la chose en inversant les termes. Car il s’agit autant, par ce nouveau prélèvement, d’imposer l'excédent brut d'exploitation comme manifestation de la non exploitation (au sens de produire un maximum de valeur ajoutée avec un capital variable réduit) de la force de travail et l’inverse de la masse salariale comme celle de son exploitation (au sens de son emploi). Au contraire, l’imposition de la valeur ajoutée, qui consiste à prendre comme assiette la somme des termes du quotient de l’assiette de l’impôt d'exploitation, pénalise injustement et de manière absurde les entreprises les plus compétitives et les plus performantes. 3) L'impôt d'exploitation étant insensible au niveau de l’activité, il faciliterait la réussite des stratégies de rigueur budgétaire. Intérêt pour les pouvoirs publics de disposer, en vue d’assurer à la stratégie de la rigueur budgétaire toute son efficacité, d’impôts indépendants du niveau de l’activité économique. Les tentatives actuelles de réduire le déficit budgétaire par l'augmentation de la TVA - cet impôt dont les recettes dépendent entièrement du niveau de l’activité - seraient plus aisément couronnées de succès si lui était substitué un prélèvement qui se contenterait de réguler le partage de la valeur ajoutée 52. L’un des mérites de l’impôt d'exploitation est en effet de procurer des ressources à l'Etat indépendantes du niveau de revenu national puisqu’il a pour assiette un quotient représentatif du partage de la valeur ajoutée entre deux composantes dont le rapport de l’une à l’autre est nécessairement indépendant de leur somme. L’impôt d'exploitation ne commet pas ainsi l’absurdité d’imposer davantage une valeur ajoutée de 100 qu’une valeur ajoutée de 90. En revanche, il ne lui est nullement indifférent que le rapport profits - salaires soit, par exemple, de 40 % plutôt que de 30 %. 4) Les deux parties de l'impôt d'exploitation ont aussi pour rôle de se renforcer l’une l’autre. L'impôt d'exploitation (proprement dit) est un encouragement indirect à la croissance tandis que l'imposition des marges en est une condition permissive. Le premier incite les entreprises à maintenir un certain niveau de masse salariale pour un montant donné de profit et les conduit à accroître la production en volume afin d’augmenter les profits non relativement
nécessaire à l’équilibre des comptes sociaux. L’équilibre des comptes sociaux sera en effet vraisemblablement atteint avant le plein emploi conjoncturel. Nous ne sommes pas tant contre l’équilibre budgétaire que contre l’instrument de la réduction du déficit budgétaire. Nous préférons évidemment des excédents avec des taux de croissance de 5% l’an à des déficits accompagnés de taux de croissance annuels de 2%. Cette préférence n’est en rien irréaliste ou contradictoire : la croissance réduit les déficits, la stagnation les rend inévitables et la récession, indispensables.
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Attirés par la résurgence de la demande globale. Les conditions de la croissance des années soixante sont à nouveau réunies.Hervé BEAUDIN . Mais pour qu’il y ait accroissement des volumes produits. Si l'impôt d'exploitation (au sens strict) s’avère suffisant pour atteindre le plein emploi grâce à un partage profits . Il vise davantage à l’efficacité qu’à l’équité. incitant les entreprises à augmenter soit leur volume de production . dont le but est de conserver les avantages de l'économie de marché en supprimant les inconvénients du capitalisme. l'accroissement de la demande solvable ne peut pas seulement se faire en encourageant les chefs d’entreprise à augmenter la masse salariale : ce serait leur demander d’accroître leurs coûts de production avant que d’être assurés que l’argent ainsi dépensé leur reviendra sous forme d’achat de leur production. source de reprise du courant des affaires. il faut une augmentation correspondante des carnets de commande. alors l'imposition des marges diminue d’intensité puisque la politique monétaire cesse d’être accommodante. que son caractère stratégique pour la recherche de l'équilibre économique. La demande s’accroît alors. l’emploi . l'impôt d'exploitation prend le relais de la politique conjoncturelle pour en assurer à la fois la réussite et la pérennité. L’imposition des marges unitaires apparaît donc indispensable à toute politique monétaire de relance massive. que cet accroissement de la demande solvable ne se traduise pas par une augmentation des prix. c'est-à-dire de la demande solvable. l’existence d’un impôt sur le partage profits . L'impôt d'exploitation conduira les capitaux américains. la seconde à l'accroissement de l'inflation et. Il faut éviter les tentatives de captation de la plus-value produite dans l'économie par la hausse des prix. et. Alors l’antagonisme entre capital et travail peut-il momentanément s’estomper. mais aussi par diminution consécutive du pouvoir d'achat des allocations chômage et autres indemnités dont l'augmentation ne ferait qu’accroître les déficits publics. Son taux est fonction directe de la variation relative de l’offre de monnaie car l’imposition des marges unitaires est un impôt sur l'inflation. ni même le rendement de la matière imposable. Réciproquement. leur intérêt se trouvera confirmé par un cal- 19 juillet 2004 . qui peut prendre les deux formes complémentaires de l'augmentation des quantités et de la diversification des produits. L'imposition du taux d'exploitation vise à encourager la formation des profits par la croissance du volume d’activité et du volume d’emplois offerts sur le marché du travail. Il est le fer de lance de la troisième voie. L’action régulatrice de l’Etat y puise une puissance inégalée : ce n’est plus tant le taux du prélèvement qui importe. du chômage non seulement par baisse de la compétitivité prix. à terme. mais de manière simplement absolue.salaires adéquat. C’est l’existence de l'imposition des marges qui permet à l'imposition du taux d'exploitation de remplir sa fonction régulatrice. conduit au retour du plein emploi conjoncturel. L'imposition des marges est donc appelée à perdre de son importance au fur et à mesure que le plein emploi dans la stabilité des prix aura été retrouvé.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? aux salaires.salaires ôte. japonais et européens à s’implanter par priorité en Europe.et donc. Une fois la reprise initiée. simultanément. au fur et à mesure que son influence grandit dans la régulation macro-économique. emploi compris. La première réaction. L'imposition des marges encourage l'accroissement des quantités produites. L'impôt d'exploitation ne peut cependant réussir dans sa mission que si l'Etat initie une reprise de la croissance par une policy mix expansionniste. Son institution est le préalable à toute solution vraie et durable du problème du chômage en Europe. Or.soit leurs marges. de son utilité à l'imposition des marges. 5) L'impôt d'exploitation rétablit ainsi la primauté de l’équilibre macro-économique sur les équilibres micro-économiques des firmes et contribue à renverser les stratégies malthusiennes de ces dernières. Il faut donc d’abord que les autorités monétaires distribuent les moyens de paiement nécessaires à l’utilisation des facteurs de production inemployés. dans la limite autorisée par les conditions techniques du moment.

mais aussi parce qu’elle concerne des économies naturellement divergentes. Et. et puisque l'inflation est. Dès lors. par la modulation de ses taux. d'une part. escomptant de la défaite de l'inflation la victoire sur le chômage. La technocratie. on ne s’autorisait à penser que dans le sens opposé. Mais. dans un premier temps.Hervé BEAUDIN . pour nous. De surcroît. L'impôt d'exploitation permet donc à la masse salariale de progresser davantage que l'excédent brut d'exploitation et place l'économie nationale dans la configuration où la relance keynésienne se fait par un rééquilibrage ex ante « interne » du partage de la valeur ajoutée. l’hypothétique plus-value réalisée par leurs concurrentes. l’émission de monnaie remplacerait les capitaux manquants.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? cul de rentabilité suivant lequel l’exploitation éhontée de la force de travail dans les nouveaux pays industriels verra son avantage comparatif diminué du produit obtenu par l’incitation des entreprises à exploiter le travail en leur sein (et donc à créer par elles-mêmes de la richesse) plutôt qu’à capter. n’a pu alors que déplacer le problème vers le champ thérapeutique qu’elle maîtrisait le mieux : le social et le réglementaire. dans un troisième temps. lutter contre le chômage permet de vaincre l'inflation. 8) Nous ne négligeons pas le risque de voir. du fait de la stabilité des prix. la politique monétaire de la banque centrale peut redevenir expansionniste sans crainte pour la stabilité des prix. C’est donc l’internalisation de cette indemnisation par l'imposition du taux d'exploitation qui met fin à ces tentatives de captation. 6) L'impôt d'exploitation (au sens strict) permet de limiter la captation de plus-value produite au sein des firmes concurrentes par le biais des licenciements. La baisse des taux d'intérêt accroîtrait la valeur du capital financier. et. Non seulement parce qu’elle engendre du chômage. Ceci est encore plus vrai avec l’entrée récente dans l'Union européenne des pays de l’Est. selon nous. Le taux d'imposition des marges sera donc plus élevé dans les pays actuellement en retard sur la voie de la convergence. d'autre part. les économies européennes à l’abri des conséquences momentanées d’une telle dépréciation. L'impôt d'exploitation lui offre l’opportunité de rétablir le primat de l'économique sur le social. La force du marché unifié européen mettrait. d’autre part. la conséquence de la volonté de capter la plus-value produite ailleurs. dans un deuxième temps. de la fiscalité sur la charité. L'impôt d'exploitation apporte une solution intéressante. fortement expansionniste. par la réduction des coûts ou par l’augmentation des prix de vente. favorisant les exportations européennes. et. plus que par son « extension » inflationniste où profits et salaires croîtraient de pair en valeur sans progresser en volume. l'inflation serait maîtrisée grâce à l'imposition des marges et la croissance reprendrait avec force. la crainte non fondée d’une recrudescence de l'inflation. l’importation massive de capitaux par les zones Amérique et Asie provoquerait une recrudescence de l'inflation dans 19 juillet 2004 . c'est-à-dire en définitive par l’externalisation de l’indemnisation du chômage propre au système actuel de financement de la protection sociale. Les raisons en seraient d'une part la baisse des taux d'intérêt à court terme. d’éviter que la création monétaire ne se transforme en inflation. du moins s’il est adopté dans tous les pays de l’Union. c’est cette convergence qui pose problème. les capitaux fuir hors d’Europe. Or. 7) La monnaie unique implique la convergence des économies. L’enrichissement global qui s’ensuivra permettra d’autant plus d’accroître la rentabilité finale des capitaux que l'impôt sur les sociétés sera supprimé et que la politique monétaire sera. alors que. Grâce à lui. jusqu’à présent. L’imposition des marges unitaires doit permettre. de la régulation sur la réglementation. l’euro baisserait par rapport au dollar. dont le seul vrai défaut est d’appliquer sans sourciller les théories économiques dominantes du moment.

L'impôt d'exploitation ne vise en effet pas tant à décourager l’exploitation qu’à l’encourager. au même titre que celles de l’exploitation de la main d'œuvre. à resserrer leur politique monétaire. L'impôt d'exploitation a pour effet de limiter cette propriété des économies de marché en incitant les entreprises à fabriquer de la plus-value par elles-mêmes grâce à l’emploi de salariés et à l'augmentation de leur volume de production. Les conditions de la politique monétaire se seraient alors égalisées. mais il incite les entreprises à accompagner tout investissement de productivité par des investissements de capacité propres à maintenir à un niveau au moins constant les effectifs employés. De plus.Hervé BEAUDIN . au monde extérieur. précisément parce qu’il autorise une création monétaire non inflationniste. ne laisserait aucune possibilité de repli au capital. Celle-ci risquerait en effet de provoquer la fuite des capitaux sans espoir de retour tandis que ceux-là. Les entreprises dont les productions sont les plus demandées « captent ». mais la surexploitation qui sévit dans certains d’entre eux. la taxe d’exploitation. constitue la véritable origine d’un réel enrichissement collectif. un rapport de l'excédent brut d'exploitation à la masse salariale (ou une relation Tout comme l'impôt d'exploitation établit une distinction entre entreprises « citoyennes » et entreprises « individualistes ». conséquence du progrès technique et de la concurrence capitaliste. il opère un transfert de charges fiscales des entreprises dont les bénéfices sont fondés sur la croissance des activités rentables et créatrices de richesse vers celles dont les profits ne proviennent que de la réduction des salaires et des effectifs ou la hausse des prix de vente. En vue de conserver les capitaux. La création d’emplois. Il ne ralentit pas la substitution du capital au travail. ce qui conduirait automatiquement à une harmonisation des systèmes fiscaux et de protection sociale dans le monde. Pour mieux y parvenir. Le propre de l'impôt d'exploitation est de s’imposer. L'impôt d'exploitation présente ainsi le triple avantage d’alléger le coût relatif du travail par rapport au coût du capital. prélevant en quelque sorte un impôt sur la source des revenus du capital. il prétend réguler macro-économiquement cette exploitation en induisant. 10) L'impôt d'exploitation s’inscrit dans une volonté de mener des politiques économiques expansionnistes. les pays neufs ne manqueraient pas d’adopter rapidement les mêmes mesures. en période de ralentissement. L'impôt d'exploitation encourage donc l’embauche sans nuire à la productivité du travail. par les forces qu’il permet de mettre en œuvre. ne pénaliserait pas le développement économique de ces pays. ou. à défaut. Cette inflation conduirait les gouvernements américain et japonais à adopter à leur tour l'impôt d'exploitation. 9) L'impôt d'exploitation et la TE apparaissent supérieurs à toute aggravation de la pression fiscale sur les revenus du capital. en opérant une différence de traitement entre pays « progressistes » et pays « attardés »53. au niveau de chaque entreprise. L’adoption d’une TE aux frontières de l'Union européenne favoriserait également le rapatriement des capitaux. En même temps.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? ces deux zones. 53 19 juillet 2004 . d’inciter les entreprises à créer des emplois et d’accompagner tout investissement de productivité d'investissements de capacité propres à atteindre puis à conserver le plein emploi. provoquée par l’émission de moyens de paiements dont la valeur serait garantie par le surcroît de production qu’elle engendrerait. une fraction de la plus-value produite par les entreprises dont les produits sont moins demandés et. par la hausse de leurs marges unitaires. tentent de maintenir la croissance de leurs bénéfices par la compression des coûts salariaux plutôt que par l’accroissement de leur chiffre d'affaires (ce qui constitue bien l’essence microéconomique de la stagflation).

Il contribue ainsi à garantir l’écoulement de la production des entreprises et à maintenir ou restaurer le pleinemploi dans la stabilité des prix. est dès lors parfaitement assurée.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? équivalente) propre à garantir le plein emploi conjoncturel par une répartition du produit équilibrée. l'imposition des marges autorise la distribution non inflationniste de pouvoir d’achat par la banque centrale. en effet. En effet.le contrat initiative emploi . 19 juillet 2004 .l’exonération des cotisations sociales pour les salariés nouvellement embauchés. Il contribue ainsi à la lutte contre l'inflation. Il le fait par l’assurance qu’il procure à cette dernière que la création de monnaie ne se traduira pas par une hausse des prix.la surtaxation des heures supplémentaires . Dans ce dernier. c'est-à-dire à détruire soit la partie de la monnaie additionnelle. elles en perçoivent l’intérêt 54. du fait des répercussions macro-économiques de l'impôt d'exploitation. l'impôt d'exploitation serait évidemment inutile. mais par un accroissement de l’activité et l’embauche de chômeurs. L’impôt d'exploitation n’allège le coût du travail que si les entreprises embauchent. l'impôt d'exploitation introduit un mécanisme de « sanction rééquilibrante » à des comportements inflationnistes et non créateurs d’emplois visant à capter la plus-value produite par les entreprises « citoyennes »55 ou. alors que le projet initiative emploi se situe dans un environnement orthodoxe. tout simplement. On appelle « entreprises citoyennes » les entreprises qui s’inquiètent des conséquences macroéconomiques de leurs décisions micro-économiques. La conversion des allégements de charges sociales en créations d’emplois. Le rôle de la fiscalité est alors de compenser ce coût en lui opposant un « contre-coût » par l’imposition des comportements « inciviques ». Tout en incitant les entreprises à transformer la création monétaire en création de valeur réelle. Pour une bonne raison : la citoyenneté a un coût et la concurrence capitaliste exige la compression des coûts. à la baisse des taux d'intérêt et la solidité de la monnaie sans pour autant pénaliser la conjoncture et l’emploi. Et il le fait en redistribuant l’autre partie de la masse monétaire additionnelle. les entreprises encaissent des primes pour embaucher alors qu’elles ne sont assurées en rien de pouvoir écouler leur production : aucune demande ne s’est manifestée sur leurs marchés et le 54 55 Et cela sans nuire le moins du monde à la productivité du travail. d-1) Le contrat initiative emploi La différence entre l'impôt d'exploitation et le contrat initiative emploi est que le système de l'impôt d'exploitation est fondé sur un raisonnement keynésien. par celles moins vigilantes et moins averties des moyens autorisés par la législation. Force est de constater que l'entreprise citoyenne participe plus d’un concept abstrait ou d’un voeu pieux que d’une réalité tangible. .Hervé BEAUDIN . L'impôt d'exploitation est un « impôt citoyen ». . les entreprises embauchent parce que. d) Différence entre l'impôt d'exploitation et les propositions voisines qui ont été faites Trois sortes de propositions ont été faites : . Si toutes les entreprises étaient des entreprises citoyennes. donc en création d’emplois non inflationniste. par prélèvement fiscal. Or. que beaucoup se contentent d’appeler de leurs voeux sans préconiser de mesures susceptibles d’y parvenir de manière certaine. la partie de la masse monétaire additionnelle qui ne servirait pas à la création d’emplois. amortissant les conséquences économiques et sociales du chômage non résorbé. soit la fraction du déficit budgétaire qui ne servent pas à la création d’emplois. Ce mécanisme consiste à reprendre.

à créer leurs propres débouchés. Dans l'impôt d'exploitation. tandis que l'imposition des marges empêche que la politique monétaire expansionniste ne s’avère inflationniste.Hervé BEAUDIN . « forcer » l’offre. les entreprises qui souhaitent continuer à accroître leurs profits par la réduction de la masse salariale ne sont nullement découragées. n’a pas seulement un caractère incitatif. dans le contrat initiative-emploi. au contraire. Au contraire. elles ne sont responsables de rien. il résout simultanément le problème du financement de la protection sociale. Mais. rien ne permet d’affirmer qu’elles n’auraient pas eu lieu en l’absence de contrat et qu’ainsi les primes à l’embauche et les exonérations de cotisations sociales employeurs durant les deux premières années n’auront pas constitué d’inutiles et coûteux cadeaux fiscaux. Elle est aussi payée par les bénéficiaires (impôt sur les sociétés des entreprises qui embauchent et impôt sur le revenu des ex-chômeurs). en fonction des possibilités des branches. quand bien même les chefs d’entreprise s’engageraient-ils à conclure avec les pouvoirs publics des contrats initiative-emploi. Elle est répartie entre tous les contribuables. L'impôt d'exploitation n’est jamais. n’est nullement payée par les entreprises qui ont choisi la rentabilité par la compression des coûts salariaux. sinon que de leur bon vouloir. tandis que celles qui eurent la bonne idée de licencier avant l’entrée en vigueur de la mesure s’en trouvent récompensées ! L'impôt d'exploitation. quand bien même ces créations seraient-elles des créations nettes. Dans l'impôt d'exploitation. promettant aux entreprises qui licencient un accroissement des prélèvements proportionnel à celui de leurs profits. l'Etat reprenant ainsi par le financement de la mesure une fraction non négligeable de la subvention accordée. La charrue des coûts est ainsi placée devant les bœufs de la demande.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? gouvernement a simplement voulu. lui. d-2) La surtaxation des heures supplémentaires La gauche avait. Il est le mécanisme qui conduit les firmes à l’adoption d’une stratégie salariale compatible avec l’objectif macro-économique et qui les incite. une fois de plus. Dans le contrat initiative emploi. et d’abord par le biais d’une augmentation de la TVA dont on connaît pourtant le caractère anti-redistributif. la prime à l’embauche. 19 juillet 2004 . mais ne sont pas rendues responsables de la politique économique éventuellement malthusienne du gouvernement. par les moyens qu’il met en œuvre pour résorber le chômage conjoncturel. De plus. Elles ne sont rendues en définitive responsables que de leur propre malthusianisme. anémiés et malades. les entreprises sont imposées en fonction inverse de leur masse salariale. restent à l’étable. au contraire. quand bien même les entreprises créeraientelles effectivement ces emplois. sous le gouvernement de M. mais alléger la charrue n’a jamais permis de la faire mieux avancer si les boeufs. quand bien même les embauches réalisées seraient-elles à durée indéterminée. Jospin. en définitive. que la généralisation à l’ensemble de l'économie des conceptions fordistes. la durée du travail d’environ 20 % avec compensation salariale intégrale et de modifier le calcul des cotisations sociales employeurs en instaurant un taux progressif au-delà de trente-deux heures de travail hebdomadaires afin d’inciter les employeurs à créer des emplois. il est également dissuasif. préconisé de réduire. il y a transfert des entreprises « coupables » vers les entreprises « victimes » en même temps qu’incitation par la demande globale à transformer les profits en emplois. en définitive. La charge nouvelle pour les finances publiques que représentent.

qu’ils soient antérieurs ou postérieurs à la réforme fiscale. cette réforme repose sur un postulat de départ selon lequel la réduction du temps de travail est indispensable à la résolution du problème qui nous est posé. c’est précisément la redistribution automatique de ces gains. dans le cadre des thèses de la nouvelle école classique. 19 juillet 2004 . dans l'impôt d'exploitation. d’une partie des gains de productivité obtenus précédemment. mise au service de la diminution du temps de travail et non d’un changement d’assiette.salaires stable. si elle vise bien la résorption du chômage. Là encore. alors que la réforme ne se fixe pour ambition que d’obtenir un plein emploi générateur d’un revenu national de 80 (aux gains de productivité près). par des mesures appropriées. il n’a de sens que si la politique macro-économique assure une forte croissance en termes réels. Or. Surtaxer les heures supplémentaires conduit à reverser aux salariés disposant déjà d’un emploi. dans cette conception. Cette disposition fiscale n’acquiert de sens que si les entreprises souhaitent accroître leur production. sous la forme d’une diminution de leur temps de travail. Dès lors. Quant au rééquilibrage du partage profits . il est nécessaire d’accroître la masse monétaire en s’assurant.salaires.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? L’assiette des cotisations sociales employeurs n’est. A l’opposé. l'impôt d'exploitation répond mieux à la question. sont promptement absorbés par un surcroît d’intensification du travail. En réalité. Aucun mécanisme. L’effet sur le chômage est nul et le partage profits . Enfin. l'impôt d'exploitation s’appuie sur la critique effective des politiques économiques orthodoxes. l'impôt d'exploitation suffit et la réduction de la durée du travail est inutile. plus généralement. permet d’obtenir un plein emploi produisant un revenu national de 100. par la même technique d’une différenciation des taux de prélèvement selon le comportement des firmes vis-à-vis de l’emploi effectif. l’intensification du travail permet de « compenser la compensation salariale intégrale » liée à la réduction du temps de travail.la masse salariale en substituant encore un peu plus le capital technique au travail. Rien dans la surtaxation des heures supplémentaires n’incite les entreprises à embaucher pour distribuer une masse salariale plus importante. même dans le cas où la réduction du temps de travail a donné lieu à compensation salariale intégrale. quoique bien réels. les entreprises n’embauchent de salariés supplémentaires que si la demande globale s’accroît. de la croissance macro-économique. qui évite aux chefs d’entreprise la tentation de maintenir à son niveau initial . ait un effet favorable sur l’emploi. Ce qui pose en définitive le problème de la demande globale et. S’il s’agit de compenser les progrès de productivité. n’est en effet prévu pour faire en sorte que la compensation salariale intégrale. justifiée par les gains de productivité attendus de la réduction du temps de travail. Et la raison de cette raison est que ses instigateurs se placent. S’il s’agit de prôner l'accroissement de la part des salaires dans la valeur ajoutée. que l'impôt d'exploitation permet d’assurer. qui s’avère pourtant absolument nécessaire à la résorption du chômage en cas de diminution de la durée du travail. La raison en est que. sans l’expliciter et peut-être même sans en avoir eu jamais vraiment conscience.ou même d’abaisser . La compensation salariale intégrale. la réforme fiscale doit être. contre une reprise de l'inflation. nullement modifiée : elle demeure constituée par la masse salariale (indexation sur le revenu national). un meilleur partage de la valeur ajoutée n’est pas apparu pour autant. D'autre part. Au contraire. C'est pourquoi l'impôt d'exploitation. dans cette réforme. c’est l’inverse de la masse salariale qui se trouve en définitive imposée.Hervé BEAUDIN .

sans recourir à la réduction du temps de travail. c'est-à-dire sur une composante de la valeur ajoutée (ou du revenu national). soit compensé puisqu’il est intrinsèque à la notion même d’impôt d'exploitation d’atteindre une répartition de la valeur ajoutée plus équilibrée 56. Mais. cet écueil . y compris dans le cas où elles auraient procédé à des licenciements massifs avant son adoption. Nous pouvons en effet décider d’accorder moins d’importance aux richesses matérielles.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? Dans le dispositif que nous préconisons.aucun licenciement. Il n’y aurait dans ce dernier cas de figure . tant vis-à-vis de l’emploi que de l’objectif de réduction du déficit budgétaire. au contraire. et davantage aux richesses spirituelles qui demandent du temps libre. S’il s’avérait que la demande supplémentaire autorisée par la distribution de monnaie additionnelle recouvre des besoins rapidement satisfaits ou que leur contenu en emplois soit trop Nous ne sommes pas contre le principe d’une réduction du temps de travail en soi.comme d’ailleurs celui lié à l’intensification du travail. équivalente à l'impôt d'exploitation en ce sens qu’elle allège bien les charges des entreprises qui embauchent et ce. d-3) Les exonérations de cotisations sociales (notamment Assedic) concernant les personnes nouvellement embauchées Cette solution est. Et. d’être indexées sur les salaires. comme c’était déjà le cas pour la surtaxation des heures supplémentaires.Hervé BEAUDIN . n’ayant pas signé préalablement de convention. ni de préférer les machines aux hommes pour faire face à l'accroissement de leur chiffre d'affaires après la signature de ces mêmes conventions. c’est la croyance que la réduction du temps de travail peut résoudre le problème de l’emploi sans passer par un rééquilibrage du partage de la valeur ajoutée. décident de réduire leur masse salariale -.l'accroissement du chiffre d'affaires . 56 19 juillet 2004 .est soit évité. Avec l'impôt d'exploitation. la solution préconisée s’insère dans une méthode générale d’approche qui prend en compte les liens qu’elle établit avec la politique économique générale de la zone économique dans laquelle elle est mise en oeuvre. même si toutes les entreprises adhéraient spontanément à ce système de conventions ou si une loi venait le rendre obligatoire. les entreprises demeurent certes libres d’effectuer cette substitution mais en subissent nécessairement le coût collectif. De surcroît. dans l’esprit. évoquée ci-dessus . mais il n’y aurait pas non plus d’embauches dans le secteur considéré : la croissance de l’activité ne serait créatrice d’emplois que dans le secteur des biens d'équipement. elle ne dit pas comment vont être financées les allocations chômage des malheureux qui se trouveront être licenciés par les entreprises qui seront demeurées en dehors de ce système contractuel si ce n’est par les traditionnelles cotisations sociales employeurs dont le défaut est. e) Les défauts de l’impôt d'exploitation e-1) Les obstacles possibles à la réussite de ces propositions L’ajustement sur le marché du travail et l’adéquation entre la demande additionnelle et les besoins en création d’emplois doivent naturellement répondre au surcroît de revenus distribués.à savoir : faire cotiser les entreprises qui. rien ne dissuaderait les employeurs de substituer massivement le capital au travail avant la signature des conventions ou la promulgation de la loi. Ce que nous critiquons. La réussite du remède préconisé suppose que la demande solvable se tourne spontanément vers des biens à fort contenu en emplois et qu’elle soit lentement satisfaite. comme elle ne prévoit pas l’autre versant inhérent à l'impôt d'exploitation .

La TE s’ajouterait à la TVA pour former le revenu national à partir de la somme des valeurs ajoutées. Or. e-2) Le problème posé par la concurrence internationale L'imposition des marges. Les profits se trouveraient amputés d’autant plus que le pays duquel ils proviennent demeure miLes équations de l’équilibre macro-économique seraient légèrement modifiées par le fait que la taxe d'exploitation jouerait le même rôle que la TVA.Hervé BEAUDIN . et la pondération des deux bases d'imposition (les marges unitaires et le taux d'exploitation) selon la moyenne des bases d’imposition des entreprises de chaque branche. rien ne serait changé.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? faible compte tenu des conditions technologiques du moment. exactement comme le font les droits de douane 57. L’autre serait directement proportionnel à la variance des revenus du pays exportateur. euxmêmes déterminés par le rapport entre les coûts de production des différentes branches. sans pour autant supprimer l’attrait de ces pays pour le capital international. et non pas uniquement aux capitalistes des pays riches (ou pauvres) ? La solution dans un système capitaliste mondialisé ne peut être que bancale. le taux d'exploitation ne diminuerait l’avantage comparatif des pays en développement qu’au cas où leur croissance ne profiterait pas aux populations intéressées. Le taux d'exploitation devra être affecté de deux coefficients modérateurs. permet de maintenir compétitive l’offre en volume. la modification du système fiscal et l’émission de monnaie ne suffiraient pas à résorber le chômage. par la nature des besoins des consommateurs et les prix relatifs. Si les capacités de production sont restaurées dans tous les secteurs. En revanche. pour un état donné des techniques de production dans chacune des branches de l'économie nationale. non sur la base de la valeur ajoutée comme l’est la TVA. répondrait à la question. La quantité de monnaie en circulation ne gouverne que le niveau nominal du revenu national et de la demande globale. La création d’emplois par la croissance est déterminée. Pour le reste. L’un serait inversement proportionnel au niveau de vie par habitant du pays exportateur afin d’encourager le développement du pays considéré. mais sur le taux d'exploitation inclus dans chaque produit. doivent permettre de reculer les limites de la création non inflationniste de monnaie. la demande s’oriente librement vers les biens et services de son choix. la masse salariale et l'excédent brut d'exploitation des pays exportateurs étant considérés comme indépendants du partage profits . La détermination des taux d'imposition selon les branches. le nombre d’emplois créés peut s’avérer très différent selon l’aspect des préférences des consommateurs. Une question demeure toutefois : comment obtenir que l’accumulation du capital profite aux peuples. il n’y a aucune raison pour que l'accroissement de la masse monétaire se traduise par un déficit accru de la balance commerciale. en limitant l'inflation. la quantité de monnaie en circulation peut s’accroître de manière à obtenir le plus haut niveau de croissance et d’emploi possible. Cependant. il est certain que plus les industries pourvoyeuses de biens et services désirés par les consommateurs seront délocalisées hors d’Europe. L’adoption dans tous les pays de l'Union européenne d’une TE (comme taxe d’exploitation) sur les produits importés et calculée. Ainsi. Il existe donc ici une limite importante à l'impôt d'exploitation par rapport à son objectif de régulation optimale. pour un même taux de croissance. 57 19 juillet 2004 .salaires et de la valeur ajoutée européens. Tant qu’aucune des branches n’atteint le plein emploi de ses facteurs de production et que la partie anti-inflationniste de l'impôt d'exploitation joue son rôle. dans une économie de marché. plus difficile sera l’affectation à la création d’emplois des ressources monétaires nouvellement émises.

Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? sérable. de sa dévalorisation. nos industries. les crédits. La mondialisation est un merveilleux instrument de développement pour le tiers monde. Au contraire. Mais si la main d'oeuvre était mieux payée. D’un point de vue macro-économique. Les règles internationales du libre-échange ne seraient pas violées par une telle législation à partir du moment où la TE se substituerait à la TVA sur tous les produits importés dans l'Union européenne pour un montant global équivalent. chacun souhaite privilégier les embauches par la réduction des coûts. elle se ferait plus rare sur le marché du travail. A défaut d’améliorer le salaire direct. Quant au marché intérieur. selon les lois néo-classiques elles-mêmes. Ces dispositions pourraient être avantageusement complétées par un coefficient relatif à la protection de l’environnement et à l’économie des ressources naturelles. 58 Une manière peut-être plus réaliste de procéder serait de remplacer la notion de produit par celle de branche à laquelle le produit appartient. La TE est dans l’ordre international ce que l'impôt d'exploitation est dans l’ordre intérieur 58. en veillant à ce que leur répartition ne soit pas trop inégalitaire. Mais. 19 juillet 2004 . Seul le capital international serait atteint par une telle réforme.Hervé BEAUDIN . Les salaires font les profits et non l’inverse. Elle justifierait donc a posteriori. afin de soutenir la demande globale et de créer des emplois. il est équivalent d’affecter une fraction du produit de la TVA au financement des prestations sociales et l'impôt d'exploitation au budget de l’Etat. La résolution de cette contradiction se trouve selon nous dans l'augmentation de la masse salariale. une meilleure répartition du revenu national dans ces pays accélérerait leur développement. Les économistes orthodoxes expliquent la faiblesse de la part de la masse salariale mondiale dans la valeur ajoutée par l’abondance de la main d'oeuvre et par la rareté des capitaux. Il n’y aurait par conséquent pas de différence entre le régime fiscal s’appliquant aux importations et celui qui concerne la production intérieure. les salaires doivent donc s’élever. et son abondance. Les données du problème La répartition des revenus joue un rôle selon nous déterminant sur le niveau de l’emploi. Il en résulte qu’à quantité de travail demandée constante. comme les crédits font les dépôts et non les dépôts. sous couvert de considérations humanitaires. le chômage s’accroît. la modification de sa distribution et la transformation de la politique fiscale et de la politique monétaire. Ainsi. Une telle réforme fiscale égaliserait les conditions sociales et écologiques de la concurrence internationale sans nuire au développement du tiers monde. comme nous l’avons suggéré pour l'impôt d'exploitation « intérieur ». son niveau de rémunération. 2°) La politique des revenus 1. Comme dans le cas de l'impôt d'exploitation à usage intérieur. la dévalorisation de la force de travail découle de son exploitation. d’un point de vue micro-économique. le dénominateur pourrait être constitué par la somme des cotisations sociales employeurs et de la masse salariale brute. à condition qu’elle soit réglementée au moins au niveau européen sinon au niveau international. notamment salariaux. et de maintenir le système actuel en se contentant de substituer aux cotisations sociales employeurs l'impôt d'exploitation. La réforme envisagée encouragerait donc le développement au lieu de protéger. une telle taxation inciterait les pays exportateurs à adopter un système de protection sociale financé en définitive par les capitaux internationaux. et non l’inverse comme le prétendent les auteurs néoclassiques.

5 % en 1974 à 0. existe une étroite corrélation négative entre effectifs et profits. 61 60 19 juillet 2004 . et celles en parfaite santé. le taux de croissance annuel net moyen de la rémunération des ouvriers à temps complet n’a cessé.2 % en 1989). la réduction du temps de travail se présente invariablement à l’esprit comme la seule solution possible au problème du chômage. Il en résulte que les salariés les mieux payés qui conservent leur poste perçoivent une part du gâteau supplémentaire obtenu grâce aux licenciements de 59 Par revenu global du travail. s’accroissent des économies réalisées grâce au licenciement des travailleurs moins qualifiés ou considérés comme tels. tant il paraît évident que la demande de travail est trop faible par rapport à l’offre. Si bien que dans ces dernières. Il en résulte que l’abolition du SMIC ne nous paraît pas une bonne solution. Nous pensons pour notre part que le chômage involontaire s’explique. dans les périodes d’austérité et de diminution du revenu réel. nécessaires à leur rémunération. pour ce qui est des causes en provenance du marché du travail. car ils rémunèrent un travail dont la productivité marginale se trouve dopée par les raisons mêmes qui font que la part des salaires de masse décroît : les moyens financiers des entreprises. une telle mesure aurait pour double conséquence d’augmenter l’offre de travail exprimée en unités de temps et de rendre ainsi responsables les travailleurs non qualifiés d’un chômage qu’ils n’ont pourtant pas voulu. de nos jours quatre formes possibles : les heures supplémentaires. sur la même période de baisser. D’autre part. il faut entendre la somme de la masse salariale brute et des allocations chômage (avant prélèvements obligatoires). comme on l’a vu. Tout se passe comme si la croissance du chômage se traduisait par des transferts croissants. passant d’environ 3 % en 1974 à 13 % en 1987. passant 4. des bas salaires vers les salaires élevés. Toute diminution du salaire de subsistance est alors nuisible à l’emploi. au sein de la masse salariale globale. qui constituent la fine fleur de l'industrie française. le cumul emploi . Précarité et chômage se sont simultanément étendus alors que la suppression de l’autorisation administrative de licenciement n’a pas fait de distinction entre les firmes obligées de licencier sous peine de voir les emplois pouvant être sauvés disparaître également. C'est-à-dire en dehors de toute considération . Le chômage conjoncturel est donc. Le partage de la pénurie s’impose alors comme la solution aux inégalités (de revenus ou d’emplois) tandis qu’il assure. ralentissent la croissance. l'accroissement de sa rémunération par celle de la durée de son travail 61. Outre ses évidents effets malfaisants sur la demande globale et sur l’écoulement de la production. en arrière plan.Hervé BEAUDIN .de nature macro-économique . mais préférant accroître leurs profits par des licenciements massifs. L’allongement de la durée du travail prend.relative au niveau de la demande globale. chacun recherchant. par le bas niveau des salaires puisque l’on ne renonce à travailler beaucoup que dans le cas où l’on perçoit un salaire excessif. qui. le travail au noir ou « souterrain ». le produit d’un double mouvement contradictoire. le bricolage et l’autoconsommation.retraite. D’ailleurs. Ces inégalités sont renforcées par les conséquences des politiques monétaristes. les salaires de spécialité se nourrissent du chômage. du seul point de vue micro-économique 60. alors que le taux de chômage des ouvriers s’est accru dans notre pays. la fraction de la masse salariale consacrée aux salaires de masse diminue en proportion de l'augmentation du nombre de chômeurs non qualifiés. par les méthodes employées pour garantir la valeur de la monnaie. D’une part. Le chômage volontaire ne saurait donc concerner les travailleurs non ou peu qualifiés. à l’employeur averti le double avantage immédiat de la paix sociale et de la diminution du revenu global du travail 59.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? C'est pourquoi.

8 %.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? salariés moins qualifiés tandis que ceux qui demeurent en poste sont invités. Le taux d'imposition des plus-values est actuellement. reprise par le préambule de notre constitution et qui dispose que « pour l’entretien de la force publique. 65 64 63 62 19 juillet 2004 .options devrait profiter d’abord aux travailleurs non qualifiés afin de leur assurer une indemnisation durable du chômage auquel ils se trouvent confrontés. Certes. dérisoire par rapport à ce que gagne un cadre dirigeant. pour un certain niveau de la demande globale 65. est exonérée de toute charge sociale et soumise à un taux d’imposition inférieur au taux marginal supérieur de l'impôt sur le revenu auquel seraient inévitablement taxés les compléments de salaires versés aux cadres bénéficiant de facto de ce système de rémunération 62. Ce sont les conditions techniques du moment nécessaires à la production des biens et services demandés qui déterminent. à modérer leurs revendications salariales. participation incluse. Le taux d'imposition supérieur de l'impôt sur le revenu est de 56. alors que les rémunérations supérieures ne sont pas réglementairement limitées 63. a permis à nombre d’entre eux de devenir de riches capitalistes. De la demande globale et non pas de la demande de consommation. qui octroie aux managers un intéressement aux performances de l'entreprise sous forme de distribution d’actions à un prix très inférieur à leur valeur réelle. Elle ne détermine même pas la part de biens d'équipement qui la composent : c’est elle qui s’ajuste en permanence au besoin de financement de l'économie. le montant des investissements à effectuer. les bas salaires ne peuvent se constituer un patrimoine. De plus. car des biens d'équipement peuvent servir à fabriquer d’autres biens d'équipement. comme de nombreuses études le démontrent. Ce n’est que pour les investissements les moins rentables que le niveau du taux de l'intérêt intervient dans la décision d'investissement. le salaire maximum de croissance. occulte pour les actionnaires eux-mêmes. donc de la consommation telle qu’elle est prévue par les chefs d’entreprise. l'impôt sur le revenu n’est pas assez progressif pour les hauts revenus et l’est beaucoup trop pour les revenus moyens.Hervé BEAUDIN . L'épargne ne détermine donc pas le niveau de la demande globale. une contribution commune est indispensable : elle doit être également répartie entre tous les citoyens. dont le montant était jusqu'à une date récente. En revanche. Par ailleurs. 2. la consommation courante est moins riche en emplois que l'investissement ou la consommation « superflue » des classes les plus aisées. Deux pistes peuvent être ouvertes pour y parvenir : la participation des salariés au capital des entreprises . Le dispositif Mais une politique des revenus s’avère indispensable. de 26 %. l'abondante épargne en provenance des salaires de spécialité sert à financer les investissements des entreprises. Le montant moyen par tête des gains après impôt de l’immense majorité des salariés est. compte tenu des prélèvements complémentaires pour cause de solidarité nationale. en raison de leurs facultés ». Mais la décision d'investissement s’effectue essentiellement en vertu de la demande globale anticipée 64. Le système des stock-options. par l’exemple qui leur est donné. de manière à garantir aux bas et moyens salaires une partie de la masse salariale globale. Le caractère discriminatoire de cette législation contredit le principe de la progressivité de l’impôt affirmé par l’article 13 de la déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789. Cet « intéressement » salarial à la destruction d’emplois isole objectivement les cadres supérieurs et les managers des bas salaires sur lesquels repose l’essentiel des mesures de licenciement. Et la technique des stock . Cette rémunération. et pour les dépenses d’administration.

qui devraient en toute logique être payés en fonction de leur productivité. en période de chômage. Leurs bénéficiaires raisonnent en effet en termes de revenu après prélèvements obligatoires et cherchent à obtenir de l'entreprise qui souhaite les embaucher la prise en charge du surcroît de prélèvements le plus récemment institué. l’introduction de l’euro ayant libéré les politiques économiques des Etats-membres de la contrainte financière qui pesait auparavant sur les devises du système monétaire européen. à accroître la rémunération avant impôt. se 19 juillet 2004 . De même que l’existence du SMIC protège. Mais l’absence relative de concurrence. égal par exemple à vingt fois le SMIC. Par ailleurs. L’institution d’un salaire maximum de croissance (SMAC). surtout si elle est provoquée par un gonflement de la masse monétaire. de même le SMAC permet de transformer l'augmentation de la masse salariale et des quantités produites en emplois. un accroissement sensible de l’activité. ferait que toute hausse de la pression fiscale aboutirait. qui explique l'inflation des salaires de spécialité. Au sein de l'Union européenne. l’adoption d’une même politique des revenus mettrait à égalité les entreprises de pays différents. Le SMAC apparaît ainsi comme le complément économique logique du SMIC. La limitation de l’enveloppe dévolue aux hauts salaires maintiendrait la masse salariale dans des proportions acceptables pour la compétitivité des travailleurs européens. en cas de reprise. conduisant à de nouveaux licenciements. si l’impôt d'exploitation permettrait d’obtenir un niveau de masse salariale suffisant pour s’approcher de l’équilibre macro-économique. d’éviter les dérapages salariaux. Il est d’autant plus indispensable que les lois de l'économie de marché ne s’appliquent pas aux cadres dirigeants.Hervé BEAUDIN . Le SMAC permettrait également de prévenir l'inflation des salaires des travailleurs hautement qualifiés en Europe en cas de reprise conjoncturelle. considérés dans leur ensemble. En effet. L’existence d’un marché ne saurait justifier les inégalités de la société salariale lorsque celles-ci ne sont plus déterminées par les seules lois néoclassiques. de même l’instauration d’un SMAC permettrait. le législateur rendrait moins douloureux et moins injuste leur licenciement toujours possible dû aux évolutions technologiques. la part disponible pour les salaires de masse diminuerait encore. en réalité. il n’inciterait pas particulièrement à accroître le nombre de salariés dans l'entreprise. En accordant aux salariés la propriété d’une partie de leur entreprise.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? La participation (au sens gaulliste du terme) serait d’abord et avant tout le meilleur moyen d’indemniser les victimes du progrès technique. les salariés les moins qualifiés de la loi de l’offre et de la demande (appliquée ici au marché du travail). se joindrait ainsi utilement à l'impôt d'exploitation pour favoriser une augmentation de l’emploi pour un niveau de masse salariale donné. directement par compression des effectifs lorsque le progrès technique le permet. De même que l'impôt d'exploitation vise à transformer le surcroît de demande monétaire en quantités produites additionnelles (impôt sur les marges unitaires) et le supplément d’activité qui en résulte en accroissement de la masse salariale (impôt d'exploitation au sens strict). Il n’y a pas d’autre moyen en effet que d’instaurer une limite supérieure à la rémunération des qualifications les plus rares et les plus demandées. avec ses conséquences sur l’échelle des salaires. fixent de manière tout à fait arbitraire leurs revenus. L'augmentation des impôts sur les très hauts revenus pourrait alors être jugée équivalente à l’instauration d’un SMAC. vis-à-vis des autres continents. A valeur ajoutée constante. dans la négociation d’un contrat de travail. mais qui. ou indirectement par l’affaiblissement de la conjoncture consécutif à la diminution de la consommation des ménages qui résulterait d’une baisse du taux de salaire.

l’intérêt d’une telle modération serait d’obtenir. Nous voulons simplement que les inégalités. une revalorisation des salaires de masse par rapport aux salaires plus élevés. mais encore en les diminuant relativement à l’ensemble des salaires perçus par leur personnel. servent la croissance et l’emploi de tous. Les efforts de modération ainsi consentis se reproduiraient tout au long de l’échelle des salaires. Or. Sinon. Elle a cependant quatre avantages décisifs et qui en fait un complément indispensable à l'impôt d'exploitation : la relance par la consommation. l’instauration du SMAC permettrait de libérer des ressources pour nos laboratoires et nos universités. qui doivent récompenser l’effort plus important de certains. Le risque croissant de déqualification du travail. la propriété de ne pouvoir être contournée.Quelle politique macro-économique pour la France et l’Europe ? traduirait par une hausse des salaires des travailleurs les plus qualifiés. ni de l’égalité qui y règnent : elle se meurt et des mauvaises inégalités et de la mauvaise égalité qui y sévissent. l’instauration de tranches supplémentaires dans le barème de l'impôt sur le revenu peut paraître équivalente à celles d’une augmentation de la fiscalité sur les hauts revenus ou sur les revenus du capital. Le SMAC permettrait en revanche de soutenir la demande à masse salariale constante. une modération des hauts salaires favorable à l’emploi. car l’espérance d’un gain supérieur à l’étranger ne pèsera pas d’un grand poids face aux ressources nouvelles pour l'économie tout entière que cette réforme ferait naître. Certes. Le caractère redistributif du SMAC stimulerait la consommation 66. 66 19 juillet 2004 . Notre société ne se meurt ni des inégalités. tandis qu’un relatif optimisme favoriserait la reprise. Tout partage moins inégal de la masse salariale débouche donc sur une demande accrue et une plus forte activité. la masse salariale n’est pas indéfiniment extensible. Pour qu’une reprise se traduise plutôt par une embauche des travailleurs les moins qualifiés. en cas de reprise. Les arguments avancés par certains auteurs néo-classiques contre les politiques de redistribution du revenu national sont incapables d’expliquer la corrélation historique qui a été observée entre réduction des inégalités et croissance économique. non seulement en épargnant leur entreprise d’une augmentation trop rapide de leurs appointements. Mais tout excès pourrait être évité si les cadres dirigeants montraient l’exemple. et de mieux payer nos chercheurs et nos ingénieurs. avivé par la robotisation et la concurrence de la main d'oeuvre qualifiée des pays de l’Est. D’ailleurs. la création d’emplois. Nous pensons enfin que l’égalitarisme d’une telle réforme ne fera pas fuir les plus qualifiés et les plus compétents. légitimera le SMAC dès lors qu’il aura pour conséquence une péréquation entre les revenus salariaux de personnels de même qualification mais dont les uns souffriront de travailler dans des secteurs qui ne sont pas les plus en pointe. dont 80% concerne des travailleurs non qualifiés à faible rémunération. il faut qu’une fraction de la masse salariale soit réservée à leur rémunération. l'accroissement de la masse salariale ne sera d’aucun secours pour résorber le chômage de longue durée. Sans doute. _______ La propension marginale à consommer d’une somme de revenus est inférieure à la somme des propensions marginales à consommer des revenus qui la composent.Hervé BEAUDIN . mais de manière de moins en moins prononcée au fur et à mesure que l’on se rapprocherait du SMIC.