References, L e Soir.

Le cerveau : l’ultime outil de travail

Seule la paresse fatigue le cerveau. Et pourtant, s’il est un vrai bourreau de travail, le fonctionnement de notre « deuxième organe préféré » reste peu connu... Comment rester à son écoute pour devenir plus intelligent que soi ?

Chantal Vander Vorst est Managing Director de l’Institute of NeuroCognitivism, qui étudie l'impact des mécanismes cérébraux sur nos prises de décision et comportements. Ingénieur agronome, elle a exercé des fonctions de Project et Process Manager en entreprise pendant douze ans. Depuis 1997, elle se spécialise en approche neuroscientifique de l’entreprise. Également Executive Coach, elle vient de publier « Le management toxique » (1), un livre de seflcoaching, coécrit avec Patrick Collignon. Il s’adresse en particulier à tout individu ayant des charges décisionnelles, qu’il soit dirigeant, DRH, responsable de formation ou manager.

Au total, 86 milliards de neurones nous donnent un bon coup de main au boulot. Mais le travail est-il bon pour le cerveau ?

Dans le milieu professionnel, le cerveau s’entretient comme un muscle. Plus on l’utilise, moins il s’abîme. Mais toutes les conditions de travail ne sont pas propices à son épanouissement. En fait, nous possédons tous deux modes mentaux : le mode automatique, que nous utilisons par défaut face à une situation simple ou connue (écrire sur un clavier, par exemple) et le mode préfrontal, qui nous permet de nous adapter face à l’imprévu, d’imaginer des solutions innovantes et d’accéder à une ressource essentielle : la sérénité. Celui qui nous domine le plus souvent, c’est le mode mental automatique. Il est confortable dans la routine, parce qu’il nous offre un catalogue de compétences connues. Mais il n’innove pas. Or, le monde du travail demande de plus en plus à gérer le changement, à intégrer la rapidité, les situations plus complexes. Bref, à s’adapter.

Calculer, bouger, interagir, planifier, déchiffrer, créer : notre cerveau a besoin d’action pour garder la forme. Comment le stimuler ?

L’action est devenue une valeur dominante. Mais pour se développer, le mode préfrontal a aussi besoin de lâcher prise. Pour être efficace au travail, il faut pouvoir s’exprimer dans l’intuition, pas seulement dans l’obligation d’obtenir des résultats. Concrètement, plus un poste propose des tâches diversifiées, plus il risque d’être stimulant, peu importe le domaine dans lequel on évolue. Car pour

entraîner son cerveau, il faut utiliser la mémoire, l’attention, les capacités d’anticipation et d’intuition. Des activités qui entretiennent les synapses, ces connexions entre les neurones. Pour stimuler ces facultés cognitives, il faut donc développer de la curiosité face à ce qui nous dérange. Et, en même temps, accepter les choses qu’on ne peut pas changer. Le pire emploi, pour le cerveau, est répétitif – et « aliénant ».

Avoir des collègues intelligents, ça peut booster le cerveau ?

Les interactions sociales permettent de multiplier les points de vue. Elles agissent aussi sur nos sources de motivation profonde. Et il semble qu’elles aient aussi un effet protecteur contre les troubles cognitifs. La recherche démontre que le cerveau des gens qui ont régulièrement des contacts sociaux avec d’autres personnes fonctionne mieux que celui des gens qui n’en ont pas. Même au chômage, il faut rester actif socialement, en faisant du bénévolat, en voyageant, en poursuivant des formations.

Les échéances, les défis, les impasses sont la gymnastique presque quotidienne des travailleurs… Cette dose de stress continu a-t-elle des impacts sur les performances de notre cerveau ?

Le stress positif, celui qui boosterait les performances des employés est un leurre. Il n’existe pas. Par contre, ce qui apparaît clairement dans les études, c’est le lien linéaire entre niveau de stress et diminution des performances. En d’autres termes, plus les travailleurs sont stressés, moins ils sont productifs. Cela se remarque dans 75 % des cas. Les incidences sur le cerveau commencent à se faire connaître. On sait, par exemple, que l’hippocampe, une région cérébrale notamment importante pour la mémoire, mais aussi pour la régulation du stress, perd du volume chez des individus exposés au stress de manière chronique. Ce phénomène, mis en évidence par la neuro-imagerie et des études de modèles animaux, résulterait de l’atrophie, mais aussi de la mort de cellules.

Le cerveau « sert à agir ». Or, dans le monde du travail, trop de gens choisissent l’immobilisme devant une menace. Comment se laver le cerveau face à un management ou une culture d’entreprise trop oppressante ?

Ce qu’il faut surtout éviter, c’est de rester dans l’attente. La toxicité, au sens large, fait partie de la nature. L’homme est donc programmé pour y réagir. Et face à toute toxicité, il convient de se mettre en mouvement. D’abord, en l’objectivant le plus possible. Ensuite, en se diagnostiquant soi-même. En fait, nous avons deux grandes protections contre le stress. La première, c’est la motivation durable. La deuxième est ce qu’on appelle l’intelligence adaptative. Elle est logée dans notre cerveau au niveau du cortex préfrontal, cette zone qui nous permet d’anticiper, d’innover, de gérer la

complexité, l’incertitude, les émotions et le stress. Mobiliser notre intelligence adaptative, c’est adopter un état d’esprit alliant curiosité, souplesse, nuance, prise de recul et opinion personnelle pleinement assumée. Ceux qui ont su développer cette intelligence sont mieux armés contre le stress.

Remportez un exemplaire du livre « Le management toxique », de Chantal Vander Vorst et Patrick Collignon :

http://www.references.be/carriere/concours-remportez-un-exemplaire-du-livre-managementtoxique

À LIRE

(1) Le management toxique, par Chantal Vander Vorst et Patrick Collignon, éd. Eyrolles, 2013, 184 p., 22 €.