Bulletin de l'Association Guillaume Budé Ouvrages publiés par la Société d'Edition " Les Belles Lettres " - N 4 de décembre 19 9

Un concours de poésie dans les Essais 1
C'est un vif plaisir, assurément, que de surprendre sous la plume d'un auteur, en marge de ses œuvres, l'aveu sincère et dénué d'artifice de ses admirations ou de ses préférences. Plaisir que l'on ressent en lisant, par exemple, les notes de lecture de Racine autant les Préfaces de ses tragédies apparaissent calculées, !eaucoup trop calculées pour nous livrer le fond de sa pensée ou son go"t le plus vrai, autant ces notes nous révèlent le #eune Racine dans toute la fra$c%eur d'une première impression ou la & na'veté ( d'une réaction spontanée. )omère le divertit et l'enc%ante ** +es livres de l'Odyssée, écrit,il, vont tou#ours de plus en plus !eau... ( -l relève, pour l'en féliciter, l'exactitude du poète grec . décrire les moindres particularités, son ignorance des fausses délicatesses dont s'em!arrasse la langue classique, l'%eureuse li!erté qui lui a permis de placer dans les mains de Cal/pso, sans recourir . aucune périp%rase, des clous et un vile!requin. -l loue l'appropriation du langage %omérique au caractère de c%acun des personnages, 0 cette #ustesse si expressive qu'il retrouve aussi c%e1 2op%ocle et qui lui fera dire avec une pointe d'envie & 2op%ocle peint un caractère en un demi,vers 3 ( Rencontre,t,il, au cours de sa lecture, la fameuse entrevue d'4n,drcmaque et d')ector aux portes 2cées, il déclare leur entretien & divin (. Rien ne lui éc%appe de ces émouvants adieux, ni les paroles si tendres ni les larmes d'4ndromaque, ni le silence et les sourires d')ector 5 et quand arrive le moment o6 )ector veut prendre son fils 4st/anax dans ses !ras et o6 l'enfant, effra/é par le grand plumet qui orne le casque de son père, se re#ette en pleurant sur le sein de sa nourrice, alors l'ent%ousiasme de Racine ne se contient plus 4dmira!le artifice d')omère d'avoir m7lé le rire, les larmes, la gravité, la tendresse, le courage, la crainte et tout ce qui peut touc%er. 8ais parfois . l'agrément de ces confidences sans appr7t s'a#oute un intér7t de curiosité tel #ugement s'exprime sans dire ses raisons ou en ne les disant qu'incomplètement et nous invite par l. m7me . rec%erc%er dans l'esprit de son auteur et dans ce que l'on sait de ses opinions et de ses go"ts en général la #ustification et l'explication de son sentiment actuel. Rec%erc%e tou#ours un peu con#ecturale, mais si excitante 3 0 et d'autant, plus profita!le qu'elle nous o!lige . la fois . approfondir notre connaissance
l. Communication au Congrès de l'4ssociation, +/on, septem!re 19:;.

avoués ou non.. Cf. --. vers 1<. ses /eux 0 nous allons en avoir !ientBt la confirmation 0 le ma$tre de la poésie latine et de toute poésie. n'en est pas moins demeuré . )orace pour le nom!re des citations H11D au lieu de 1:NI. & Ooil.. p. taigne et ne se vit finalement détrBner que par 2ocrate. dans ontai!ne et la "oesie. dit 8ontaigne. 1<. mieux apprécier les poètes en question et par eux . & )orace ne se contente point d'une superficielle expression. . C<I Sit &ato. 1J. LR4C@M. U= C>=C>UR2 ?@ P>A2-@ ?4=2 +@2 ESSAIS U= C>=C>UR2 ?@ P>@2-@ ?4=2 +@2 Essais :<9 du #uge et . p 9C. p. --. 8artial écrit dans une Apigramme . ( +es coureurs sont en ligne 5 suivons. mes oreilles frémissent au son menaEant de la trompette 5 dé#.et invictum.. -l lui a emprunté C9 citations. on sait que Caton le 2to'que occupa longtemps le premier rang dans les admirations de 8on. non tant. &le ma$tre des ma$tres (. pour son st/le que pour la & vérité de ses opinions et de ses #ugements ( D.D . elle le tra%irait. Paris. <C:. pp 1NNK. p -D:I et par P%/llis LR4C@M Hop cit. la ruine de la Répu!lique.. vel &aesare ma'or. 9. . p C9C. Ce passage a été signalé et reproduit par P%/llis LR4C@M.. ( 1N Cf. l'éclat des armes effraie le coursier qui veut fuir et fait pPlir le cavalier.. s. +e t%ème sur lequel 8ontaigne les met en concurrence est la louange du #eune Caton... la fin du vers . ou 1:N passages cités . notamment --. les clairons résonnent 5 dé#.. @n s'interrogeant sur le classement et sur ses motifs. et ---. 4insi en va. avec 1J. déclare. 1N. p. J -. &atonem +ucain. --.t. devicta morte. au dire de 8ontaigne. dans la 1re >de du +ivre --. <C. au soir de la !ataille de P%arsale. &o!scurcir la gloire des !elles et généreuses actions anciennes. comme sa conception est outre l'ordinaire. p.l. C9<. p JND. $ui ne l'emp7c%e pas de critiquer en passant son go"t des & aiguillons ( ou des pointes & dont il aiguise la queue de ses Api.CD. ce < 1. Personnage maintes fois célé!ré par les %umanistes redécouvrant l'4ntiquité avec toutes ses gloires. . . sans cesse apprécié et aimé par lui. on apprend par 8ontaigne . Ce personnage. m7me le cédant . mieux pénétrer le go"t de 8ontaigne lui. l'appui de la tradition qui attri!ue aux astres une influence sur les destinées %umaines. +'auteur de la "%arsale se présente aussi et tout naturellement. évoque en raccourci le tragique tumulte des guerres civiles dont 4sinius Pollion s'appr7tait . l'auteur des Essais #ugera sa vertu un peu trop ostentatoire..les . Q'entends la voix de ces grands capitaines souillés d'une glorieuse poussière 5 #e vois ceci et cela. son %éro'sme un peu trop tendu C 5 mais. +'un des premiers poètes latins lus par 8ontaigne 1N. 19C:.. Presses Universitaires. o6 on le voit instituer plaisamment un concours de poésie entre cinq poètes latins et les classer dans l'ordre de ses préférences <. qui pour 8ontaigne.il & outre l'ordinaire ( 9. 8anilius au c%ant -O des Astronomi$ues. 8ontaigne ne go"te pas moins l'expression que les &conceptions (. ---.<J. principa. Certains esprits du temps ont. ed de la Pleiade pp. présent dans leur course. LR4CRM. la gloire d'>t%on HO-.m7me. 11 Odes.J.t. tendance . v. l'auteur s'est a!stenu de le commenter. le po7te des Astronomi$ues. au c%apitre CD de son 1er +ivre.<CK. 0 non pas Caton l'ancien. @t plus encore Oirgile. on le voit. par impossible. sed victa &atoni. ?')orace qui. tou#ours. -. <C: : Par Pierre Oille/ #Sources et Evolution des Essais . faisons maintenant entrer les cinq concurrents. au dire de O-++@M.lement dans l' Apolo!ie o6 il l'invoque . dum vivit.. K. Cf.. Caton le répu!licain farouc%e qui. CD. s'inscrit en t7te de tous les poètes fournisseurs en citations des Essais. moins de J1 citations. Caton le contemporain des guerres civiles et de la tragique rivalité de César et de Pompée..trouvant des occasions et des causes vaines » 5 ce dénigrement s/stématique n'a pas épargné Caton on a prétendu expliquer sa mort volontaire ou par la crainte des vengeances du vainqueur ou par un mouvement de dépit en face de ses am!itions déEues 3 2ottes gens 3 Fs'exclame 8ontaigneG. D. écrire l'%istoire ?é#. préféra se donner la mort plutBt que de survivre . leur donnant quelque interprétation vile et leur con. 1N. c%ant -. puisqu'il s'est fait dans son poème le c%antre des guerres civiles 5 8ontaigne d'ailleurs & l'aime et le pratique (. nos gens sur la carrière. se %érissant contre toute tentative pour diminuer ou ternir sa renommée. Plus tard. il l'exalte sans réserve. selon les calculs qui en ont été faits<. C Cf. mais Caton d'Utique. Cf..1K9I. 8ais en le citant. Ooici 8artial en lice. cit. (ictri) causa diis placuit. op. sa réputation avait dû eu souffrirI que pour la gloire. --. +e t%ème connu. 8anilius l'/ re#oint. 1:N au dire de P%.. que 8ontaigne a cite 9 fois. 0 Oirgile qui. t.grammes ( K . 4 8artial l'au t e u r des Essais n'a pas emprunté. considérer de plus prés l'o!#et de son #ugement. il avait sa place ici. n'a rien perdu de son intér7t ni de sa grandeur. il est vrai.:<. fut vérita!lement un patron que nature c%oisit pour montrer #usqu'o6 l'%umaine vertu pouvait atteindre J. il des #ugements émis par 8ontaigne dans ce c%apitre de ses Essais.1NND.. )orace. m7me concurrencé par +ucrèce dans l'estime de 8ontaigne. Et cuncta terrarum subacta "raeter atrocem animum &atonis 11. -l voit plus clair et plus outre dans la c%ose 5 son esprit croc%ette et furette tout le magasin des mots et des figures pour se représenter 5 et les lui faut outre l'ordinaire. i. il e"t !ien fait une !elle action généreuse et #uste plutBt avec ignominie H même si.

pour ainsi dire mécanique. d'éveiller ou de réveiller constamment l'attention de son lecteur3 2es préférences vont ouvertement . =e contestons par la décision de l'ar!itre 5 est. @née.. 1<. premier de quelque espace. +a course est ac%evée 5 l'ar!itre prononce maintenant sa sentence. / montre. tandis que les #ustes forment un groupe .. entre les mots & victri) ( et & victa (. %is dantem 'ura &atonem l<. Cf. le troisième plus vert. ---. ce langage. & Sit &ato. Enéide. plein de sève et de nerf.. Cf. 4insi donc. mais laquelle espace il #ugera ne pouvoir 7tre remplie par nul esprit %umain. le !ouclier offert par Oénus . <K. quand il écrit lui.<. déclarant & le troisième plus vert (. >n sait com!ien il apprécie en Uérence & la mignardise et les grPces du langage latin ( 01 5 ailleurs dans un passage fameux du c%apitre : au +ivre ---. 0 selon lui 0 le devoir du !on écrivain. le mettant %ors de pair. C%oisir les mots pour leur vertu expressive. il / aurait place . sur le point duquel il #oindra ses mains par admiration. Cf. la valeur du parler réside essentiellement dans son pouvoir de signification. proclame 8ontaigne.de l'Enéide. $uae feriet 1C. -. un ou deux degrés d'invention encore pour arriver au quatrième. +es & !raves formes de s'expliquer ( que nous venons de l'entendre louer.. Secretos$ue pios. et non s'amuser . +e parler que #'aime. il se transira #il sera saisi et a!ité de tremblement+. p. C. devra l'enfant !ien nourri #l'él*ve convenablement instruit ou l'amateur au !oût bien formé+ trouver au prix des autres les deux premiers tramants. 1:D. . les entrec%oquer pour en tirer seulement des effets de sonorité. toutefois. non tant délicat et peigné comme vé%ément et !rusque. s'élance !ien plus !rusquement et me fiert #frappé+ d'une plus vive secousse 1K. si profondes ( 1:. 2coutons3le 1C. Cette faEon de #ouer avec les mots. Uoute expression qui tra$ne ou qui languit dépla$t .:CS U= C>=C>UR2 ?@ P>A2-@ ?4=2 +@2 ESSAIS U= C>=C>UR2 ?@ P>A2-@ ?4=2 +@2 ESSAIS :C1 Oirgile. a écrit 8artial 5 et 8anilius . &atonem.. +es criminels. . l'élève .. p. 8ais si le dire de 8artial para$t en effet manquer de nerf. 8ontaigne. de purement ver!al. Cf. des tra$nards. la !eauté de l'expression en elle. court et serré. -. et tous deux distancent le reste du peloton 5 loin derrière arrive +ucain.. PP. décrivant au c%ant O--. aequo 8artial et 8anilius. des r/t%mes et de la versification Uout ainsi que la voix contrainte dans l'étroit canal d'une trompette sort plus aiguV et plus forte. tout en montre. ( 1J. v KDN 1C. devanEant de peu )orace. <K.il que la sentence. c'est un parler simple et na'f..t. & >r.. Et invictum. un plus grand relief. :.JK. t. et comment expliquer alors que 8ontaigne en ait fait si peu de cas T -l / a lieu de s'en étonner d'autant plus que le dire suivant de +ucain #(ictri) causa diis placuit. ---. 1N.J:.. mais qui s'est a!attu par l'extravagance de sa force 5 estimer que l. une %auteur sur%umaine 5 )orace le talonne. @t il n'est pas insensi!le .m7me. dépla$t . un parler succulent #plein de suc+ et nerveux. Pour lui. -l remarque aussi la puissance.. il s'étonnera #il sera frappé d'une stupeur admirative+. (. Oirgile vient en tète. détac%ant les mots pour mieux les ruminer ou les savourer. p.m7me. vel &aesare ma'or (. tra%i par un effort excessif 5 en queue. ?'o6 vient donc que notre censeur n'ait pas apprécié davantage le dire de 8anilius ni d'ailleurs finalement celui de +ucain. puisqu'il ne lui a attri!ué que le troisième rang T =égligeons pour le moment . --. après les scènes les plus impressionnantes de l'%istoire future de Rome les personnages diversement célè!res de cette %istoire dans leur vie post%ume aux @nfers. o6 il cite et anal/se des vers de Oirgile et de +ucrèce.il pas dans celui de 8anilius. une opposition du m7me genre et que 8ontaigne a reconnu de la verdeur ou de la vigueur . 1. dum vivit. 1K. estime 8ontaigne. devicta morte.. au #ugement de 8ontaigne. d'animer son st/le..elle pas dans le fait que pour 8ontaigne la poésie ne doit pas se #uger seulement au niveau des mots T Certes il n'ignore pas qu'elle est un art qui cultive les mots. @n commenEant par les concurrent les plus défavorisés. part. déguisé.-. voil. .. / sont punis d'atroces c%Ptiments. tels Catilina. 1:. d'en varier les tours et les tons. Cf. s'extasier sur & ces !raves formes de s'expliquer. ex. grPce au rapproc%ement antit%étique des mots & invictum ( et & devicta (.t. l'auteur des Essais. si vives. p. parlier. tout en plaisir. O---. D9D & C'est un art folPtre et su!til.. si soucieux. mais ce peu. dont le point de vue n'est pas pour nous surprendre.l'extravagance ( ou l'excès de force qu'il lui reproc%e 5 l'explication que nous c%erc%ons ne se trouve. un langage énergique.. ce qu'il / a ou peut / avoir en elle de gratuit. tel sur le papier qu'. on le voit. ainsi me sem!le.. C9<. ( 8anières de dire tra$nantes.elle d'ailleurs si contesta!le T @ssa/ons plutBt de l'expliquer et d'en rendre compte. n'/ a. pressée aux pieds nom!reux de la poésie.aec demun sapiet dictio. exploitant toutes leurs ressources et raffinant sur leur emploi l/. sed victa &atoni+ offre.. la !ouc%e. forgés et ciselés par Oulcain. c'est pour leur plénitude de sens qu'il les !oûte en définitive. 4u dernier.

sans la moindre trace d'effort ou de rec%erc%e. comme pour tout amateur de poésie. de quelques mots placés adroitement. Oirgile n'a pas eu !esoin de le dresser dans une attitude t%éPtrale. fondes. +ucain écrivant & (ictri) causa diis placuit sed victa &atoni (..l. faire le !on poème laisse43lui allon!er une courte syllabe s'il veut 5 pour cela non force H3I ( 8ais ce passage montre !ien l'importance pour 8>=U4-L=@ de la pensée et de l'invention & 2i les inventions / rient.. lorsqu'il a écrit =ous n'apercevons les grPces que pointues. . :. . et m7me grandiose. pour 7tre agréée de 8ontaigne.elles. sinon de résoudre complètement le pro!lème. voulou rendre compte de cette ultime préférence. <K. d'autant plus %eureuses.cateur ( 1.goureux qu'il se montre. 0 8ontaigne qui nous a en quelque sorte livré . si l'esprit et le #ugement / ont !ien fait leur office. Ce serait se tromper gravement. p 1. note H:I page precedente. au contraire. de si peu que ce soit.1I & Qe ne suis pas de ceux qui pensent la !onne rime. du moins d'en approc%er la solution. grande certes. le mettant . qu'elles ne portent pas seulement sur les mots. cette no!le imagination unie . ..7tre. Car l'on touc%e ici . Wuel fracas dans cet entassement de mots aux rudes consonances 3. soulignées par des oppositions. %is dantem 'ura &atonem 6 ( Pour faire sentir la grandeur morale qu'il attri!ue . pour exprimer ce partage et cette prééminence. si pro.il que la pensée elle. 1N.:C< U= C>=C>UR2 nr porsir ?4=2 i. comme on comprend. 8ontaigne estime. !ouffies et enflées d'artifice. les considérations précédentes permettront. ESSAIS :CC Wuand #e vois ces !raves formes de s'expliquer. Oirgile cependant a sem!lé .is dantem 'ura &atonem ( Cet art de glisser sans appu/er. pour 8ontaigne d'aut%entiques imaginations de poète 1D.7tre un peu trop grande. <N. saisir tout l'esprit du lecteur. Caton simple mortel après tout. 1<. @t il lui a suffi. Wuelle exquise discrétion. on pas penser en effet que 8ontaigne a senti ou & flairé ( encore un reste d'emp%ase T ='/ a.t. la poignée des #ustes. la soumission de l'univers entier la révolte de l'indompta!le Caton & Et cuncta terrarum subacta. . un !on poète. p. l'écart de la foule des méc%ants dans les @nfers. mais dans les pensées elles aussi. . "raeter atrocem animum &atonis ( 5 c'est l'imagination qui a fait voir . Peut. mais sur les c%oses et sont propres . Celles qui coulent sous la na'veté et la simplicité éc%appent aisément . mais un mauvais versifi. voisine encore de l'excès T @t dans sa forme.. la fois le secret de son ét%ique et son est%étique. --. malgré tout. frapper plus que l'oreille. -magination sans doute excessive. ?ans l'opposition incontesta!lement saisissante imaginée par )orace ne peut. dans les passages #ugés par 8ontaigne les meilleurs. 19. Cf..dire la force ou la vivacité ou la grandeur de l'imagination qui fait le poète. si vives. qu'ils aient enc%anté 8ontaigne. Caton . une vue grossière comme est la nBtre5. l'auteur des Essais 19. c'est. c'est la & gaillardise (. Wuel poète vrai souscrirait par exemple a ce propos H-.t. au service d'une pensée démesurée T ?émesure que ce parallèle présomptueusement éta!li entre la divinité d'une part et Caton d'autre part. voil. Pour lui. ainsi que la préférence accordée par lui aux dires d')orace et de Oirgile. >r l'auteur des Essais est l'ennemi déterminé de toute exagération comme de toute enflure son #ugement sur +ucain en témoigne.elles pas T C'est l'imagination qui a suggéré . ici.J. Car l'emp%ase ne se rencontre pas seulement dans l'expression. face au reste de l'univers 5 il l'a simplement tiré . Cf. tant de simplicité et d'apparente facilité. ce qu'il / a de plus personnel dans le go"t de l'auteur des Essais. Cf ---.elle pas sem!lé un peu trop vo/ante ou retentissante T Et cuncta terrarum subacta "raeter atrocem animum &atonis. vrir cette secrète l u m i èr e < 9 . ne soit pas outrée. 8ontaigne l'emporter encore.#e. & il s'est a!attu par l'extravagance de sa force ( T ='est. du genre de ces & fantastiques élévations espagnoles et pétrarquistes ( que !lPme. c%e1 Oirgile.t. p. Pourquoi. dirai. ailleurs.is dantem 'ura &atonem. et la difficulté redou!le . cet air de ne pas m7me / touc%er. C9C. enfin. ( =ul doute qu'il / ait l. en fin de compte. celles. Cf ---. si & vert ( ou si vi. elles ont une !eauté dél ic at e et cac%é. @ncore faut.ce pas parce que la vigueur incontesta!le de l'expression a été mise. ='en concluons pas que 8ontaigne re#ette toute saillie ou tout élan de l'imagination. leur t7te & . affirmant la supériorité de Caton promu au rang d'éducateur et de législateur dans une petite société d'%ommes #ustes & Secretos$ue pios.. ne lui a.rs ESSAIS U= C>=C>UR! ?@ P>tisit ?4=o +it. pour ne pas 7tre faussé. 8ais on s'avance ici en un terrain moins s"r et le go"t de 8ontaigne. 1NNK. Oirgile.il pas perEu une invention. ne le prouvent. +es inventions d')orace et de Oirgile. p . part. sur )orace. . mais peut. par erreur. 0 ?ans son estime du & fond ( il arrive m7me . il faut une vue nette et !ien purgeé pour décou..m7me.#e ne dis pas que c'est !ien dire. la fin d'un vers & . doit 7tre examiné avec une attention particulière. lu e . 8ontaigne de ne point tenir compte asse1 de la forme. Caton.il que. de quelques paroles !rèves. )orace l'idée d'opposer . la t7te de cette poignée de #ustes que leur vertu m7me isole aux @nfers de la foule des mortels coupa!les ou vicieux. #e dis que c'est !ien penser1D . @t il a#oute C'est la gaillardise de l'imagination qui eleve et enfle les paroles 1.

cause de l'intensité et de la ferveur de son go"t pour la poésie. la faveur du concours ' institué par lui et du classement qu'il / opère. CD..ilG la poésie a eu cela de me trans . to. 0 il en fait l'aveu ici. comme pour narguer .JK. +a préférence que nous le vo/ons accorder ici et d'une faEon générale . @t il dit encore.il. =on 3 cet %omme modéré n'aime pas modérément la poésie 5 il suffit.il pas encore en exaltant l'imagination tout en refusant ses excès ou son extravagance T =e l'est.. dit. Oirgile. son admiration de !eautés diverses de & formes ( et de & couleurs ( 3 4dmiration qui n'est #amais !anale ni convenue. 8>=U4-L=@ place au. de tepasser les expressions dont il se sert pour parler d'elle et de l'effet qu'elle produit sur lui.. Wuiconque en discerne la !eauté d'une vue ferme et rassise. Ooir aussi ---. dé#.. celles d'un )orace. sous ses formes les plus %autes et les plus vraies. non plus que la splendeur d'un éclair.<<. il ne la voit pas. l'avance nos essais d'anal/se. <CK. & la su!tilité aiguV et relevée ( de +ucain 5 0 tant la poésie latine offrait . :. C9<I. p. Oirgile. il sait aussi ou il a su go"ter en d'autres temps. il lui est arrivé de la sentir é!ranlée . éc%appe finalement . ou d'un Oirgile. @lle ne pratique pas notre #ugement #elle est sans relations ou rapports avec lui+ 5 elle le ravit et ravage. faire . toute appréciation raisonnée -l est plus aisé de la faire que de la conna$tre. tout classique T Classique. -. l'excessive. la discrétion T Lardons. Comparer +ucrèce . P. ou d'un +ucrèce. déclare.dessus des règles et de la raison. que la poésie. quand #e me trouve attac%é . . me rassurer en cette créance. sinon que le go"t de 8ontaigne appara$t. & le plus accompli ouvrage de la Poésie (. pp. <C. & #oindre ses mains par admiration. . . en réclamant l'accord équili!ré de l'expression et de la pensée T =e l'est..534 U= C>=C>UR2 ?@ P>A2-@ ?4=2 +@2 ESSAIS Wue conclure de ces trop rapides et insuffisantes anal/ses. ?evant ses meilleures réussites. pour s'en convaincre. ?e O-RL-+@. 4 certaine mesure !asse. il faut.il & une comparaison inégale ( 5 mais il a#oute & Q'ai !ien . l'auteur des Essais ne l'est... les 7éor!i$ues.il pas en ne séparant point la forme du fond. on peut la #uger par précepte et par art. la so!riété. quelque beau lieu de +ucrèce ( H--. mais rien ne prouve mieux l'aut%enticité de son sentiment poétique. 8ais la !onne..m7me <C & la fluidité ingénieuse et gaie ( d'>vide. la lecture de +ucrèce <1 et s'il célè!re la & force m"re et constante ( de l'auteur des 7éor!i$ues et de l'Enéide <<. . ?ès ma première enfance Fécrit.dessus de l'8néide. René X4?M <1.t.nous d'ailleurs de rétrécir son go"t en le faisant trop exclusif. la divine est au. 0 s'étonner 0 se transir (.il pas enfin en préférant aux effets trop vo/ants ou trop insistants la simplicité. percer et de me transporter.J:.. c'est.

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