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PREMIERE SESSION DE L’INSTITUT UM NYOBE

Pour l’émancipation et l’autonomie

(UM/ E & A)

Chapitre III : Le TRIBALISME, le plus grand acte de Trahison

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Auteur : SOGOL-SOGOL

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CHAPITRE III : LE TRIBALISME, le plus grand acte de Trahison

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Plan :

I- Introduction et définition II- De la conscience tribale au tribalisme IIIIVManifestations du tribalisme : la traitrise Conclusion générale

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CHAPITRE III : LE TRIBALISME, le plus grand acte de Trahison

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I-

Introduction et définition
1- Introduction
Bien que surexploité et présent dans toutes les bouches, le mot « tribalisme » n’en demeure pas moins très complexe. En Afrique, chaque peuple se plaint d’être lésé, oublié, abandonné par les autres, parfois discriminé par eux, que ce soit dans la prise de décision ou dans la répartition des richesses. Ces revendications, justifiées ou non, évoluent toujours vers une certaine cristallisation des positions, une frustration que chaque groupe nourri plus ou moins en silence. Cette situation expose finalement la nation toute entière à des tensions qui aboutissent aux drames. Nous verrons comment le tribalisme, plus que toutes les tares, est la bête noire à abattre en priorité en Afrique.

2- Définition
Les ethnologues continuent de débattre sur la notion de tribu car ils considèrent qu’il y a une différence entre la conception historique de la tribu avant l’état et la conception contemporaine de la tribu. Pour certains, les tribus sont organisées selon des liens de parenté et ont une idéologie sociale basée sur la solidarité. Pour d’autres les tribus représentent simplement un mode d’organisation pré-étatique des hommes. Mais qu’en est-il du tribalisme ? Le dictionnaire Larousse défini le tribalisme comme étant une organisation sociale fondée sur la tribu. Ce qui signifie que les membres de la société sont définis et traités suivant les règles de leur tribu. Mais la tribu elle-même se définie, selon Larousse, comme étant « une Agglomération de familles vivant dans la même région, ou se déplaçant ensemble, ayant un système politique commun, des croyances religieuses et une langue communes, et tirant primitivement leur origine d'une même souche. » Cette dernière définition de la tribu est assez complète et claire pour que nous puissions l’utiliser dans notre réflexion. Elle ressort en effet les caractéristiques principales d’une tribu. Une tribu obéit à un « système politique », qui peut être complètement différent du système du pays dans lequel elle vit. Elle possède aussi une « croyance commune » et une « langue commune » officielle ou non dans leur territoire. De nos jours les membres d’une tribu ne se déplacent plus ensemble mais gardent très souvent des liens forts principalement grâce à la langue qu’ils partagent, à l’histoire, au territoire qu’ils occupent et parfois aux croyances qu’ils ont en commun.
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Cette définition de la tribu parait inoffensive et même bénéfique mais nous verrons dans la suite comment une organisation tribale verse dans le tribalisme.

II-

De la conscience tribale au tribalisme
1- La formation des tribus
Avant de parler du tribalisme proprement dit, il semble nécessaire, voire indispensable, de comprendre les mécanismes de création et de formation des tribus car ils sont nombreux et ceux que je vais évoquer ici ne sont certainement pas les seuls. Le premier mécanisme, que je peux qualifier de naturel, est de l’ordre de l’émancipation. Il s’agit plus pratiquement d’un membre de la famille qui décide de se séparer du groupe pour aller développer, agrandir sa famille. Cette nouvelle famille vivra dans un nouvel environnement qui nécessitera une nouvelle organisation, de nouvelles croyances parfois. Progressivement, la tribu s’agrandira, les différences seront plus ou moins marquées entre elle et la tribu mère. Aussi, dans le même ordre d’idées, un ou plusieurs membres de la tribu peuvent avoir des divergences importantes et décider de se séparer. Le second mécanisme, plus artificiel, résulte d’une scission forcée de la famille lors des conflits armés. C’est le cas de figure le plus rependu et malheureusement le plus fréquent dans l’histoire. Aujourd’hui on peut voir les mouvements de populations lors des guerres. Ces populations sont plus ou moins officiellement prises en charge par les pays d’accueil. Nous comprenons aisément que dans cette débandade, les enfants, les femmes et les hommes, loin de leur terre se réorganisent sur d’autres bases. Les langues changent, s’enrichissent et certaines personnes se sédentarisent : une nouvelle tribu est créée. L’Afrique avant la rencontre avec les peuples indo-européens (arabes et occidentaux) était constituée d’empires qui n’ont rien à envier aux royaumes des autres continents. De véritables organisations étatiques avec leurs emblèmes, leurs lois, leurs langues et leurs croyances. Les familles qui constituaient ces empires parlaient forcement la même langue et partageaient la même culture. Mais une fois que les empires tombaient, les peuples se dispersaient, fuyant les combats et les persécutions par petits groupes qui deviennent ensuite des tribus.

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Lors des invasions arabo-musulmanes, les empires africains existaient toujours. C’est surtout le choc extrêmement violent avec l’occident que les empires africains se sont définitivement éteints. Les peuples africains se sont fortement tribalisés dans leur dispersion. Mais malgré cela, ils ont gardé une mémoire qui leur permet de savoir, instinctivement que leurs frères et sœurs vivent quelques part. Nous pouvons légitimement nous poser la question de savoir comment sont donc nées les rivalités tribales ?

2- L’origine des rivalités tribales
Il faut vous rappeler que l’esclavage à duré plus de 400 années. Quatre cents années pendant lesquelles les populations étaient constamment en fuite, en déplacement. Il fallait fuir en petits groupes pour espérer échapper aux esclavagistes. Malheureusement, ce n’est pas tout le monde qui arrivait à s’enfuir. Alors, certains captifs étaient déportés vers les terres d’esclavage, en Europe, au moyen orient et en Amérique, tandis que d’autres étaient utilisés pour chasser et capturer les populations en fuite. Cette situation a naturellement créé des tensions entre les populations en fuite et celles qui étaient utilisées pour les capturer. Des affrontements violents s’en sont suivis et les rancœurs se sont installées et développées. C’est le moment de faire une précision à ce sujet. Certains historiens occidentaux, pendant très longtemps, ont vulgarisé la thèse selon laquelle les africains livraient librement les leurs, allant même jusqu'à laisser entendre que les parents vendaient leurs enfants en esclavage. Ces thèses incroyable, a été enseignée dans les écoles et ont été repris par les « intellectuels » africains formés à l’occidental. Maintenant, il faut savoir que les africains qui étaient utilisés pour capturer les leurs n’avaient pas le choix. En effet, ceux qui refusaient de le faire étaient abattus, sans aucune autre forme de procès. Vaincus, affaiblis physiquement et moralement, ils obéissaient aux ordres donnés par les « maitres blancs ». C’est donc être mal intentionné que de soutenir cette thèse rétrograde du noir qui livrait les noirs aux blancs. D’autre part, pendant la période coloniale, les occidentaux ont surexploité les rancœurs, qu’ils avaient auparavant créées, pour cette fois asseoir leur autorité, leur pouvoir et leur contrôle sur les populations subsahariennes. La surexploitation des rancunes qui existent entre les populations africaines se traduit par les divers
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avantages que les ex esclavagistes accordent à certaines tribus au détriment des autres. En réalité, ces avantages sont utilisés pour exacerber les tensions intercommunautaires et facilement, les différentes communautés se méfient encore plus les unes des autres, les rancunes s’accumulent à un point tel qu’à un certain moment personne ne sait plus ce qui est à l’origine des dites tensions.

3- Destination « tribalisme »
Nous savons maintenant comment les tribus se créent, surtout en Afrique, comment les rivalités et les rancunes peuvent naitre. Mais il est utile de se rappeler le rôle primordial que les tribus ont jouées dans la reconstruction mentale des africains subsahariens. Car on ne peut pas nier que les tribus ont offert un cadre sécurisé à leurs membres et ont réussi à maintenir une structure sociale et surtout mentale convenable aux subsahariens : c’est la construction d’une conscience tribale. Cette conscience tribale permet de situer chaque personne dans l’espace et l’histoire, et redonne à chacun sa dignité d’être humain doté d’une culture et d’une spiritualité, d’une âme et d’un corps tout simplement, tout ce que les brimades et les brutalités perpétuelles ont essayé de nier et de détruire. Cependant, les rivalités, les rancunes et les jalousies nourries depuis des siècles, très souvent entretenues par les ainées et les puissances coloniales, poussent souvent les groupes ethniques à se replier sur eux-mêmes, à essayer de construire des structures politiques, sociales et culturelles fortes centrées sur eux d’abord au détriment des autres groupes ethniques. Les membres de la tribu servent en priorité les intérêts des leurs dans tous les cas, alors la conscience tribale qui était un atout devient un danger, une bombe à retardement, un vice, mais aussi et surtout…une TRAHISON. Nombreux sont ceux qui agissent en tribaliste sans vraiment s’en rendre compte. Le véritable souci est que les peuples africains ont du mal à discuter sur ce sujet et les états qui les chapeautent n’osent pas ou ne veulent pas mener des réflexions structurées pour éduquer et sensibiliser les différentes communautés aux dangers de ce vice. Pire, les gouvernements africains semblent avoir emboités le pas aux pratiquent manipulatrices de ceux qui étaient esclavagistes et colonisateurs, laissant les populations à la merci de toutes les influences néfastes dont le tribalisme. Au moment où l’Afrique se cherche et se reconstruit ; au moment où les états puissants du monde
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s’organisent en blocs encore plus impressionnants, les rivalités tribales continuent d’empêcher la mise sur pieds des fondements d’une Afrique forte, capable de rivaliser avec les autres blocs. Nous verrons dans la suite quelques manifestations du tribalisme.

III- Les manifestations du tribalisme : la traitrise
1- Les formes de tribalisme
Le philosophe Ngnepi Henry identifie 5 types de tribalismes à savoir : Le tribalisme du sexe qui caractérise les membres d’une tribu par leur comportement sexuel. Le tribalisme de l’effort et de l’emploi soutenu par une typologie des compétences et une division tribaliste du travail à partir de laquelle une tribu est valorisée au détriment des autres jugées paresseuses et immatures. Le tribalisme de la terre dont l’enjeu est l’agrandissement de l’espace vital, acheté ou arraché, avec le risque d’en expulser les autres. Aussi, la tribu s’adjuge l’exclusivité d’un territoire, natal ou non. Le tribalisme du pouvoir qui vise à privilégier une tribu dans la répartition des postes d’autorité ou d’administration, et aussi à la valorisation et à la satisfaction prioritaire des besoins d’une tribu. Le tribalisme de l’argent qui consiste à faire circuler l’argent exclusivement ou prioritairement, entre les mains des membres de la tribu. Dans ce cas, même les « tontines peuvent être taxées de tribalistes » lorsque le recrutement des membres se fait sur la base de l’appartenance tribale. Nous constatons que le tribalisme peut se manifester dans divers domaines, tous les domaines en réalité. Ses méfaits sont néfastes au développement, dévastateurs ; nous le savons maintenant. Nous essaierons dans la suite de comprendre pourquoi le tribalisme est une trahison.

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2- Pourquoi le tribalisme est une trahison ?
Une trahison est un acte librement exécuté contre les siens. Ceux que nous désignons comme étant les nôtres sont les premières victimes de notre trahison. Nous avons vu plus haut le mécanisme de formation des tribus et nous savons maintenant que les « tribus » actuelles formaient
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certainement un même groupe il n’y a pas si longtemps. Je peux vous donner comme preuve les langues des prétendues « tribus » africaines qui sont tellement proches les unes des autres. De nombreux mots possèdent la même racine et se prononcent de la même façon dans plusieurs langues en exprimant la même chose. Les coutumes et les croyances sont également très semblables. Je vous rappelle quand même qu’un grand nombre de tensions qui existent entre les groupes ethniques résultent de rivalités créées par les esclavagistes et les colonisateurs dans le but d’empêcher l’unité des communautés mélanoafricaines. Tous les leaders des indépendances, et les leaders de la cause noire de part le monde ont prôné l’unité des peuples africains sans souvent se connaitre. Car ils savaient que ce sont des peuples homogènes ou très peu différents. Les colonisateurs n’ont ménagé aucun effort pour taire cette vérité et faire échouer ces leaders partout dans le monde en leur collant des étiquettes de terroriste, de criminel ou de fauteurs de troubles. Que ce soit avec UM Nyobe, Lumumba, Nkrumah, Sankara, Garvey ou Césaire, les discours et les appels à l’unification des peuples noirs du monde se sont fait entendre. Mais ces leaders ont été farouchement combattus par les armées et les penseurs coloniaux. Comme les colonisateurs ont été les vainqueurs en imposant leurs favoris aux postes de responsabilités dans les nouveaux états africains, les recommandations de nos leaders sont restées inaudibles et quasiment interdites. Ils ne sont pas enseignés dans leur propre pays comme si nos gouvernements actuels, issus de la colonisation, craignaient une résurrection idéologique de ces grands esprits qu’ils n’ont pu vaincre que par la force des armes. C’est la raison pour laquelle nos gouvernements actuels n’arrivent pas à entamer des discussions sur les sujets importants tels que le tribalisme, dans lequel ils versent très souvent. En plus des types de tribalismes définis dans le paragraphe précédent, les ralliements politiques sur la base linguistique, l’adhésion à un parti politique suivant les critères culturels des leaders, la stigmatisation et les préjugés qu’on alimente sur les autres groupes ethniques constituent des actes de tribalisme notoires. Alors, tout tribaliste est un traitre à son pays, un danger pour l’Afrique, une personne qui est prête à vendre son pays pour son bien être personnel et celui de sa « tribu ».

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IV- Conclusion générale du chapitre
Le sujet du tribalisme doit être débattu sans peur dans les états africains. Il ne faut pas avoir peur d’en parler, surtout en ce moment où beaucoup de tensions inter communautaires ont déjà eu lieu en Afrique. Ne pas en parler c’est clairement s’exposer à de nouvelles tensions et de nouveaux conflits tels que celui du Rwanda. En plus, tout tribaliste est d’abord une arme de destruction trop importante pour les puissances coloniales et surtout une épée de Damoclès pour toutes les populations noires du monde. Le « Mpôdôl » UM NYOBE disait ceci, pour conclure : « Le tribalisme est l’un des champs les plus fertiles des oppositions africaines. Nous ne sommes pas des « détribaliseurs », comme d’aucuns le prétendent. Nous reconnaissons la valeur historique des ethnies de notre peuple. C’est la source même d’où jaillira la modernisation de la culture nationale. Mais nous n’avons pas le droit de nous servir de l’existence des ethnies comme moyens de luttes politiques ou de conflits de personnes. Nous sommes des hommes politiques camerounais. A des degrés divers nous assumons des responsabilités devant l’histoire de notre peuple. Dans le grand bouillonnement que cela provoque, nous décelons nos insuffisances et nos capacités. Nous puisons alors à la source des peuples qui nous ont précédés, et dans le passé de notre propre peuple, pour fixer notre propre ligne de conduite et ce, avec le concours et la succession des événements. Une telle situation nous impose comme condition première de rompre avec un tribalisme périmé et un régionalisme rétrograde qui, à l’heure actuelle comme dans l’avenir, représentent un réel danger pour la promotion et l’épanouissement de cette nation camerounaise. » UM NYOBE, 13 Septembre 1957, extrait d’une lettre à André Marie MBIDA, Premier Ministre du Cameroun sous tutelle française.

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