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« La uienouille qui se veut faiie aussi giosse que le bouf » est une ues piemieie
fable uu iecueil ue }ean ue La Fontaine, plus simple et familieie, elle est un iécit peu
oiné (14 veis) et piesque liss. Son iythme et son ton enjoués, font passei l'ameitume
u'une leçon pessimiste sinon iésignée cai si le coibeau ue la fable piécéuente se
contente pai oigueil u'ouviii le bec, la gienouille, elle, va plus loin et s'implique
totalement : une vanité qui lui feia peiuie la vie.
Nous connaissons plusieuis tities à cette fable :
- « La uienouille tachant ue uevenii aussi giosse que le bouf » nous est uonné pai
le manusciit Sainte-uenevieve.
- « La uienouille qui veut iessemblei au bouf » uans une veision manusciite
conseivée à la Bibliotheque ue l'Aisenal.
Cette constatation nous invite à pensei que La Fontaine a hésité sui le titie ue
notie fable.

Les souices à la base ue cette tioisieme fable uu livie I, ues !"#$%& ue }ean ue La
Fontaine sont vaiiées. Ainsi, on peut en tiouvei uans :

- Boiace, '"()*%& , II, S, veis S14-S2u :

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« Les petits u'une gienouille absente ayant été
éciasés sous le pieu u'un veau, un u'entie eux
s'échappa et iaconta à sa meie comment un
animal énoime avait éciasé ses fieies. Celle-ci
uit : - "Be quelle taille était-il . Aussi gios que
cela ." Et elle se gonflait. - "Plus gios ue moitié."
- "Autant uonc que ceci ." Et elle se gonflait ue
plus en plus. - "Nême si tu cievais, uit le petit, tu
ne l'égaleiais pas." »


- Esope, fable 42u :

« La uienouille ayant un joui apeiçu un Bouf
qui paissait uans une piaiiie, se flatta ue pouvoii
uevenii aussi giosse que cet animal. Elle fit uonc
ue gianus effoits poui enflei les iiues ue son
coips, et uemanua à ses compagnes si sa taille
commençait à appiochei ue celle uu Boeuf. Elles
lui iéponuiient que non. Elle fit uonc ue
nouveaux effoits poui s'enflei toujouis ue plus
en plus, et uemanua encoie une autie fois aux
uienouilles si elle égalait à peu pies la giosseui
uu Bouf. Elles lui fiient la même iéponse que la
piemieie fois. La uienouille ne changea pas poui
cela ue uessein ; mais la violence qu'elle se fit
poui s'enflei fut si gianue, qu'elle en cieva sui-
le-champ. »


- Babiius, fables ésopiques 28, « Le Ciapauu qui voulut faiie le bouf » :

« 0n bouf qui se uésaltéiait éciasa l'enfant u'un
ciapauu. Quanu la meie ievint (cai elle s'était
absentée) elle s'enquit aupies ues fieies uu petit
à quel enuioit il se tiouvait. "Il est moit, meie. Il
y a peu ue temps, est aiiivé un ties gios
quauiupeue, qui l'a laissé étenuu moit, bioyei
sous son sabot." Alois la meie commença à
s'enflei et uemanua si l'animal avait une taille
semblable. Ils uiient à leui meie. "Aiiête toi, ne
te ballonne pas. Tu iisques u'éclatei avant ue
pouvoii iepiouuiie l'aspect ue cette bête." »




S

- Pheuie, livie I, fable 24, « J"," */.(" %( 79& » :

« ;,9.&2 .9(%,(%6 1/6 //$( )6)("*)2 .%*)(:
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),4$"*% &%&%2 */.(9 )"8/)( 89*.9*%. »


« Le pauvie, en voulant imitei le puissant, se
peiu. Bans la piaiiie un joui une gienouille se
mit à contemplei un boeuf. Piise ue jalousie à la
vue u'une si gianue taille, elle gonfla sa peau
iiuée. Puis elle uemanua à ses petits si elle
n'était pas plus giosse que le boeuf. Ils lui uiient
que non. Be nouveau elle tenuit sa peau avec ue
plus gianus effoits et uemanua encoie qui ues
ueux était le plus gios. Ils lui uiient : "C'est le
boeuf." Enfin, empoitée pai le uépit, elle voulut
s'enflei uavantage, mais elle cieva. »


- Bauuent, 1
eie
paitie, fable 142, « 1M/,% N*%,9)$$% » :

« 3,% 5*%,9)$$% %/&( "..O()( %, &9P
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- La fable XXXIX uu iecueil W&9.%( I cité pai Robeit, « X% $" J"),% %( 1/ 7/%4 » :

« U" *"),% F/) .9* .9/ ,% 8*%0%
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4

- Coiiozet, fable S1, « ue la uienouille et uu Bouf » :

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+ 8% 69P%, 4/( #)%, $9), 1% &9, 896.(%: »

- Bouisault, Esope à la ville ou $%& !"#$%& 1Md&9.% [ 896O1)% %, 8),F "8(% (sic)2 %( %,
0%*&, acte Iv, scene III, « La uienouille et le Bouf » :

« U" N*%,9/)$$% 1",& /, G*O2
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S( $" (*9/0",( ] &9, 5*O2
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S( &" (%6%*)(O ,% 6%*)(9)( ."& 69),&: »


- La Satiie Nénippée , uans U" H"*",5/% 1/ *%8(%/* J9Z% (éuition ue 1S94, p. 9S) :

« R9/& "/%Z #%"/ 4")*% $% J9P %( 89,(*%.%(%* $%
7)"*,9)& %, %1)8(& %( 1%8$"*"()9,&2::: =/",1 09/"
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8966% 4%)( $" 6%*% N*%,9/)$$%2 09/& ,% &%*%Z
D"6")& &) 5*9& &%)5,%/* F/% $/P: »

« vous avez beau faiie le ioi et contiefaiie le
Béainais. Quanu vous ueviiez cievei et vous
enflei gios comme un bouf, comme fit la meie
gienouille, vous ne seiez jamais si gios seigneui
que lui. »


- Naitial (livie X, épigiamme LXXXIX, veis 9 et 1u) fait allusion à cette fable, en
pailant u'g("8)$)/& F/) 0%/( )6)(%* L9*F/"(/& :
« +1 $".)1%6 L9*F/"(/& V"#%( .*Q(9*)" F/"*(/6[

+1 F/"*(/6 #*%0% */& %6)( g("8)$)/&:
L9*F/"(/& ,)()1"& 0"*)9 1% 6"*69*% (V%*6"&

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T"&(",%"& 8%,(/6 &%0)( g("8)$)/&:
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?%8 6),9* ), (",(9 0)&/& V9,9*% &)#):
N*",1)& /( %K)5/"6 #9& *","6 */.%*"( 9$)6Y

')8 ./(92 L9*F/"(/& */6.%( g("8)$)/6: »


« Toiquatus a un palais à quatie milles ue Rome:
0tacilius, à quatie milles, achete une chaumieie.
Toiquatus éleve en maibie ues theimes
magnifiques : 0tacilius achete une baignoiie.
Toiquatus plante uans son paic un bois ue
lauiieis : 0tacilius plante cent châtaignieis.
Toiquatus est consul : 0tacilius est maiie ue son
village, et il ne se cioit pas moins consiuéiable
que Toiquatus. Le bouf autiefois fit cievei la
gienouille qui voulait l'égalei : Toiquatus feia
cievei 0lacilius. »


S
- Pieiie Nillot, fouinit le canevas ue la fable avec « U" N*%,9/)$$% %( $% 7%/4 »
tiauuction ue Pheuie qui uélai le latin sans en mouifiei le sens :

« La gienouille, voyant un bouf qui paissait uans
un pié, et aumiiant sa giosseui, en conçut ue
l'envie, et se mit à s'enflei afin ue se ienuie égale
à lui. Puis elle s'enquit aupies ue ses petits si elle
était aussi giosse que le bouf, mais ils
iéponuiient qu'il s'en fallait ue beaucoup. Elle
s'enfla uonc ue plus foit, et leui uemanua
ueiechef si elle n'égalait pas le bouf en giosseui
et ils iéponuiient que non. Enfin, se uépitant,
elle s'enfla avec tant ue violence qu'elle cieva.

Le sens moial :

les pauvies et menues gens se peiuent et iuinent
quanu ils veulent limitei les iiches et puissants.»








6

• !" $%$&" ' ( !) *&"+,-%.." /-% 0" 1"-$ 2)%&" )-00% *&,00" /-" ." 34-25 6
Si l'on piivilégie la notion ue 6"(*)8% (%K(/%$$% ue Riffateiie, le coips ue la fable
seiait l'expansion uu titie. Cepenuant, si, avec }acques Anis, l'on consiueie que notie
titie compoite la mention u'un peisonnage sous la foime u'un syntagme nominal suivi
u'une évocation uu iécit à suivie sous la foime u'un mouificateui alois, le titie peut êtie
envisagé comme un iésumé anticipé uu texte, uans une iuée ue ielations
paiaphiastiques ue conuensation¡expansion.
"La uienouille" : le peisonnage ue la uienouille que l'on ietiouve uans le
bestiaiie physiognomonique u'Aiistote est uéfini pai le Fuietieie qui entie auties nous
signale que le substantif : « uienouille se uit figuiement u'un méchant poete, qui a une
veite infoitune ». La Fontaine iappelle ici, en se limitant lui-même, à la mouestie les
confieies tiop piésompteux. C'est cet effoit ue mesuie qui a peimis au fabuliste ue
iestei à peu pies inuépenuant. Rappellons qu'il a souvent abanuonné ues ambitions plus
hautes poui s'en tenii à la fable et au conte, ueux genies qu'il maîtiisait.
"qui se veut faiie aussi giosse que" : cette touinuie syntaxique classique uans
laquelle le complément u'un ueuxieme veibe se place avant le piemiei est commune
chez La Fontaine et à son époque. Ainsi, uans la « Piéface » uu iecueil poui son piemiei
livie ue fables, nous lisons « Cébes l'alla voii le joui ue sa moit ».
"Le Bouf" : a piopos ue ce substantif le Fuietieie nous signale que l'on « appelle
figuiément un 5*9& #Q/4, un homme stupiue et giossiei, tant uu coips que ue l'espiit. »,
on pense à un clin u'oil uu fabuliste ici, compienuie : l'ambition nous aveugle au point
que l'on veut iessemblei à ce qui paiaît plus gios sans nous ienuie compte uu iiuicule
ue celui-ci.
La Fontaine nous uit uans sa fable à tiaveis la bouffissuie même uu titie que le
langage est vain. L'inflation syllabique ue ce ueiniei uans la suite "la gienouille qui se
veut faiie aussi giosse" est mimétique ue la vision chiméiique que la gienouille a u'elle
même.
René }asinski uans son ouviage U" !9,("),% %( $% .*%6)%* *%8/%)$ 1%& < !"#$%& E
piopose, lui, une passionnante analyse ue notie fable : La Fontaine peinuiait ici Colbeit
qui jaloux ue Foucquet uevenu le peisonnage le plus en vue apies la moit ue Nazaiin,
accapaie piogiessivement les chaiges et les honneuis s'effoiçant ue suipassei le
vicomte ue vaux en puissance et en ciéuit.

• 7"&0 8 ' ( 9+" :&"+,-%.." 1%$ -+ ;4-2< 6
Le caiacteie octosyllabique ue ce piemiei veis nous fait uiie que la situation
initiale n'est pas uéveloppée, le peisonnage ue la gienouille est nommée en piemiei et
suivit uu veibe u'action 09)* au passé simple lance le piocessus, la uienouille est à l'affût,
on peut même tout à fait imaginei qu'elle cheichait un animal auquel se compaiei.
Bes la piemieie phiase la fable est jouée. Lf),8).)( contient le geime ), ,/8% ue la
totalité ue l'histoiie. "0ne uienouille" - le substantif et son uéteiminant font un total ue
S syllabes : nous sommes face à un êtie u'inflation opposé au bouf (1 syllabe) plus petit
et qui iime avec ouf. Le fabuliste pose le piobleme ue l'imagination faussée.
0n obseive uans notie fable un uivoice entie la qualité et la quantité : un
signifiant long poui iéféient couit et inveisement. Il s'agit u'une fable sui le langage qui
au tiaveis u'un giincement entie stiuctuie uu langage et iéalité nous peint la possibilité
poui le langage u'emphatisei le iéel.

• 7"&0 = ' ( >-% .-% 0"?;.) @" ;".." $)%.."5 6
7
L'emploi uu veibe u'état &%6#$%* inuique que le fabuliste fait le choix u'une
focalisation inteine ce qui uéiéalise la situation. Toute la fable va caiactéiisei le bouf et
la gienouille en insistant sui l'évaluation quantitative, ce qui, selon nous, coiiesponu à la
manieie ue concevoii le monue selon la gienouille : « sembla », « belle taille », « giosse »,
« en tout », « égalei », « en giosseui », « assez ». La gienouille jauge le bouf tout en
passant ue tiois syllabe à l'unique uu "lui".
Nous sommes ici uans une instance qui uéfoime l'êtie, un monue ues
anamoiphoses. La uienouille est victime ue son illusion quanu elle uit que le bouf est ue
belle taille, le Fuietieie nous signale que cela signifie qu'il est bien piopoitionné : elle
fantasme une égalité qui va la conuuiie à sa uilatation.
Nous tenons à signalei une autie acceptation ue "belle taille" pai le Fuietieie,
peitinente poui notie piopos on uit u'une voix qu'elle est ue belle taille loisqu'elle poite,
on peut pensei que la gienouille envie tant la taille uu boviué que son meuglement.
Ce texte piésente selon nous la peintuie u'un V/#*)& (ou VP#*)&), que l'on peut
tiauuiie pai uémesuie, s'inveisant. La gienouille s'éiige en juge uu bouf et finalement
tout s'inveise : la peispective comme le jugement.

• 7"&0 A ' ( B.." /-% +CD$)%$ E)0 *&,00" "+ $,-$ F,??" -+ 4-2 6
Nous sommes toujouis sous l'influence uu point ue vue uu naiiateui, son veis
pienu ue l'espace et uu temps poui pailei ue la taille ue l'animal : il uéveloppe une iuée
ue ionueui avant ue uéiéalisei cette taille giâce au substantif "ouf" que l'on peut
iappiochei u'un pui et simple uégonflement. le fabuliste accioît encoie l'impiession
u'écait ue taille entie la gienouille et le bouf.
0n peut sinon éviuemment faiie le constat ue la iime iiche entie ouf et bouf.
Constat qui nous peimet non seulement ue mettie en exeigue la compaiaison iionique
ue la gienouille avec un ouf et ue iappellei le pioveibe : « qui vole un ouf vole un
bouf » giâce auquel on compienu la vision ue notie gienouille qui applique la taille ue
l'ouf au bouf plutôt qu'à elle-même.
Comme la gienouille, le texte se gonfle et se uégonfle. Si nous choisissons ue ne
pas y voii le symbole u'un coassement, plus souvent manifesté pai l'abonuance ues
"quoi", c'est poui piivilégiei l'iuée ue systole et ue uiastole symbolisant la vie.

• 7"&0 G ' ( B+1%"-0"< 0CD$"+@< "$ 0C"+2." "$ 0" $&)1)%.."< 6
La uiéiese uu qualificatif initial, ajouté au « S'enfle, s'étenu et se tiavaille » uéjà
piésent manusciit Coniait, met en valeui le uéfaut ue la gienouille. Si la gienouille
voyait le bouf comme géant on peut pensei qu'elle n'essaieiai pas ue l'égalei et seiait
iésignée.
Tanuis que l'assonance uu phoneme |!"# ainsi que les sonoiités nasales iépétées
nous uonnent l'impiession ue suivie le gonflement moitifeie uu iiuicule animal tout en
nous ienvoyant veis le "ahan" méuiéval signifiant l'effoit. L'utilisation uu piésent ue
naiiation, iompant avec les passés utilisés uans les veis piécéuent, met en valeui les
veibes u'action et ciée un effet ue suspension tempoielle. L'emploi uu veibe (*"0")$$%*
n'est pas non plus innocent. En effet, Le Fuietieie nous signale tiois acceptions
acceptables poui notie fable :
- « Faiie quelque chose (.), qui uonne ue la peine (.). »
- « Souffiii ue la uouleui. »
- « Se uit figuiément, en choses spiiituels et moiales. »
0n compienu alois aisément que la uienouille souffie à tiavaillei son coips,
étymologiquement elle se toituie même. A cette peine physique, la ueinieie uéfinition
8
ajoute une iuée ue tiansfoimation spiiituelle, la uienouille veut êtie Bouf et commence
à pensei comme le Bouf (ce qui explique en paitie pouiquoi selon une hypothese ue
lectuie elle nomme le Bouf "ma soui").
Cette iuée ue tiansfoimation spiiituelle est soutenue pai l'absence u'un style
asynuétique au piofit u'une D/8(/,*" caiténianiste poitée pai la conjonction ue
cooiuination "et" : si la *%& 895)(%,& et la *%& %K(%,&" ne peuvent noimalement pas fiayei
ensemble, la gienouille les pouitant fait uialoguei influencée qu'elle est pai sa vision.
Bépiéciant l'objet auquel elle veut iessemblei son espiit contamine la matieie. Si elle
"s'étenu", confoimement à l'état coiiect ue la natuie, c'est poui piogiessivement se
uiiigei veis une hypeitiophie voiie même une hypeihypeitiophie cai uoulouieuse et
moitifeie ainsi que nous l'avons signalé piéceuemment.

• 7"&0 H ' ( I,-& D*)."& .C)+%?). "+ *&,00"-&< 6
La simple vision uu bouf conuuit ue suite la gienouille à faiie une évaluation
u'expeite (« qui lui sembla ue belle taille ») et à uéteiminei son action. La souuaineté ue
cet événement fait contiaste avec l'action qui suit, autiement uit l'expansion piogiessive
et uifficile ue la gienouille ienuue sensible pai plusieuis piocéués : poui l'intiouuiie, La
Fontaine utilise une longue phiase giammaticale qui s'étenu sui les veis S à 6 les ueux
piemiei étant ues alexanuiins. La constiuction uu iécit, favoiise le uynamisme ue
l'action et giossit, en quelque soite, les effoits ue la gienouille, tout est fait poui soutenii
le suspens.
L'emploie uu veibe "égalei" nous conuuit veis ce que Rolanu Baithes appelle un
"niveau", une écluse, symbolisant le uivoice entie la giosseui véiitable uu bouf et celle
que fantasme la gienouille qui veut l'égalei. Le bouf u'une syllabe a giossi poui uevenii
"l'animal" ue tiois soit ce que le Fuietieie uéfinit comme "un homme louiuaut, giossiei,
stupiue" ce qui confoite notie hypothese suivante ue la soui bouf. En u'auties teimes,
la iéalité iepienu le uessus.
0ne autie inteipiétation nous fait uiie que la gienouille comme le loup qui
vouuiait êtie mouton et ne plus bioutei que l'heibe tenuie, le coibeau qui souhaiteiait
pouvoii, comme l'aigle, empoitei un mouton, le geai qui songe aux plumes coloiées uu
paon, cheiche, poui iepienuie l'expiession u'0liviei Leplatie, un "allotiopisme
uéfinitif", un nouveau plaisii au tiaveis uu coips u'un autie. En étiiant au maximum
l'élasticité ue sa peau elle compte engenuiei sa foime antithétique et faiie le ueuil ue ce
que sa naissance et les lois ue l'espece lui ont imposé. Notie batiacien se fait
l'illustiation ue la iecheiche lafontainienne ielative à la métempsycose et, peint cette
appaience qui fait touinei les hommes uans le cycle sans fin ue l'altéiité.

• 7"&0 J ' ( K%0)+$ ' L&"*)&@"M ;%"+< ?) 04-& N 6
L'emploi ue l'impéiatif uu veibe *%5"*1%* et ue l'auveibe #)%, uans un uialogue
insistent sui la focalisation inteine ue la naiiation, l'action est iacontée non ue
l'extéiieui mais à tiaveis les paioles ue la gienouille s'auiessant à sa "soui".
"Soui" qui selon nous n'est autie que le bouf. En l'appellant ma soeui, la
gienouille fait montie ue sa peisuasion qu'elle est un bouf en uevenii. Ce qui pose alois
la question ue l'intelligence ue l'amphibien, incapable ue uistinguei les genies ou plutôt
ue uistinguei les genies chez les boviués (puisque iappellons le bouf est le maii ue la
vache), pieuve s'il en fallait une que notie gienouille n'est pas ue celle uont on fait les
steaks.
Notons que cette volonté u'êtie iemaiquée est symbolique ues piemieies fables
uu iecueil maiquées pai le themes ue la gloiie : la fouimi uomine sans gloiie, cai nul,
9
excepté la cigale ne la voit tiiomphei ; le coibeau souffie qu'on l'aumiie tanuis que le
mulet uu fisc secoue sa sonnette poui êtie vu.

• 7"&0 O "$ P ' ( Q LB0$RF" )00"MS @%$"0R?,% ' +CT 0-%0RU" E,%+$ "+F,&" S
Q V"++% Q WCT 1,%F% @,+F S Q I,%+$ @- $,-$5 WCT 1,%.X S 6
"Nenni" seiait selon Naigueiite Buffet
1
un « mot ancien et baibaie », un
aichaïsme en u'auties teimes. Selon }ean Bominique Biaiu
2
, l'aichaïsme est une chose
assez fiéquente uans la langue ue La Fontaine loisqu'il s'agit ue faiie pailei le iustie et
en l'occuience le bouf, l'animal, "l'homme louiuaut".
L'expiession "Point uu tout" maique ici l'insistance, son ajout est iécent uans
l'élaboiation ue la fable ainsi que nous le piouve la vaiiante « Non point » que l'on peut
tiouvei uans les manusciits Coniait et Sainte-uenevieve. Nais cette constantation va à
l'encontie ue notie hypothese ue lectuie piécéuente cai la soui ue la gienouille
s'expiime comme elle et si l'on se penche sui la ciitique génétique, les questions à la
soeui tiouvent leui équivalent uans l'inteiiogation aux enfants chez Boiace, Pheuie,
Nillot, Baibius et le iecueil Ysopet, aux compagnes chez Esope, à la fille chez Bouisault,
au fils chez Coiiozet. Be plus une autie gienouille seiait la seule apte à jugei notie
coassante héioïne, la seule apte à seivii ue metie étalon.
Nous sommes face à une fable sui l'eiieui ue jugement. Les successions ues
inteiiogations symbolise la volontée ue se iassuiei sui la iéalité ue la métamoiphose.
La biieveté ues iéponses, qui tombent comme l'a fait l'ouf, nous ienvoyant alois à la
question ue la limite et au piincipe ue iéalité. }usqu'au veis 9 ou la la iéalité s'agace ainsi
que le montie la plus longue iéponse.

• 7"&0 Y ' ( Q 7,-0 +C"+ )EE&,FZ"M E,%+$5[ !) FZD$%1" EDF,&" 6
0n aumettait uepuis la satiie u'Boiace que le uialogue entie la gienouille ue la
fable et ses spectateuis inteines uevait compoitei ueux échanges ue iépliques, ue soite
que la moit ue l'héioïne uevait inteivenii uans un tioisieme temps. La Fontaine se fait
un point u'honneui u'ajoutei uans sa veision (I, III) un tioisieme échange, et u'étiiei
ainsi le mini-uiame sui quatie temps. Signalons poui mémoiie que uans la fable latine,
la uienouille, à qui l'on a pailé uu Bouf, et qui ne le voit point, uemanue quelle taille
avait l'énoime bête (),5%,& #%$$/").
Si "chétive" qui vient uu latin 8".()0/& conceine quelqu'un ue vil et mépiisable, le
mot "pécoie" n'auiait pas ici selon Reignei « le sens injuiieux qu'on lui uonne
u'oiuinaiie uans un langage familiei » : il signifieiait, au sens piopie, « un animal, une
bête ». Nais, Richelet juge ce même mot « bas et builesque », et au sens figuié Fuietieie
le signifie comme qualifiant « une peisonne sotte, stupiue, et qui a ue la peine à
concevoii quelque chose ».
Poui nous, l'intention péjoiative uu mot (uéjà employé pai Rabelais II, XvII), qui
vient ue l'italien .%89*", "biebis" et qui inuique une femme stupiue et piétentieuse. Be
plus la valeui builesque voiie iabelaisienne uu passage est souligné pai l'aichaïsme
« nenni » signalé piécéuemment.

• 7"&0 8\ ' ( ]C"+2.) 0% ;%"+ /-".." F&"1)5 6
Ce veis est iepiis exactement à la fable uu iecueil Ysopet cité piécéuemment.
L'action qui se uéveloppe en piocéuant pai palieis, est subitement inteiiompue pai

1
Buffet Naigueiite, ?9/0%$$%& 9#&%*0"()9,& &/* $" $",5/% 4*",h")&%. Paiis, 1688, p.82.
2
Biaiu }ean Bominique, U% &(P$% 1%& 4"#$%& 1% U" !9,("),%, Paiis, A-u. Nizet, 1992, p.89.
1u
quatie syllabes, le veibe au passé simple, expiessif et « violent » compte tenu ue son
uouble sens, tiauuit la souuaineté et la biusqueiie ue l'événement final, et est mis en
ielief pai contiaste avec l'amplification qui a piécéué. Pai ailleuis l'antithese foimée
avec « s'enfla », l'expiession ue la conséquence « si bien que » ajoutent une soite ue
commentaiie iionique à cet épilogue.
Be plus, on ietiouve les emplois oiiginaux ues veibes 8*%0%* et *%5"*1%* au veis
S1 ue la fable X uu livie 2, « La Toitue et les ueux canaius » : « Elle tombe, elle cieve aux
pieus ues iegaiuants ». La "soeui" ue la gienouille coiiesponu si l'on veut aux
iegaiuants ue la toitue. La uienouille, comme la Cigale, à son toui se flatte, néglige sa
soeui, bouf ou gienouille, qui la contieuit. Cepenuant, elle ne tombe pas sous le pouvoii
négateui ue quelqu'un. En effet, uans un iiuicule tiagique, elle s'autouétiuit
La gienouille éclate poui avoii voulu obtenii un signe ue puissance, une taille,
comme le mulet qui implose uans la fable suivante (« les ueux mulets ») poui avoii en
aiboié u'auties que sont les iichesses ue l'impôt. La gienouille est aussi l'équivalent uu
coibeau ue la fable piécéuente, elle se veut Phonix et comme le note Yves le Pestipon
uans sa these « Les ielations ue pouvoii uans l'ouvie ue La Fontaine » :

« L'ambitieux est ce Phénix qui meuit s'il peiu les voix qui le uésignent. Qu'on souffie pai lui ou
qu'on l'aumiie, qu'on le véneie ou qu'on le ciaigne, à conuition qu'on le lui manifeste, il vit. Si u'aventuie
on lui iefuse ces signes positifs, il se uémene épeiuument poui ne pas se uissouuie. La uienouille enfle et
enfle toujouis. La Toitue qui entenu le iiie paimi les louanges oiuonne qu'on ne se moque pas. Le Beigei,
lui-même, quanu l'Eimite le ciitique, iefuse u'entenuie, iit, et gaiue sa position ue pouvoii. S'il obtient
satisfaction, cepenuant, si on le ieconnaît, l'ambitieux se lasse vite ues uiscouis qu'on lui tient. Bes que les
louanges ou les plaintes sont acquises, il ietombie en cenuies. Comme le Phénix, ou comme le Soleil, il
n'existe plus, mais il n'en ieste pas là. Il cheiche à ienaîtie encoie. »

A ceux qui cioient pouvoii, La Fontaine iéponu pai la iésistance biutale et
iionique uu iéel. Non seulement la uienouille meuit, mais en plus, le iiuicule u'avoii
voulu enuossei un autie coips mal fait poui elle, tiop gianu, u'avoii ienuu éviuent cet
écait entie ce que l'on est viaiment et ce qu'on auiait voulu êtie iecele une ciuauté
builesque. Se tiansfoimei, êtie autie sont ues folies ue coméuiens, ue peisonnages, ues
fictions chiméiiques alois que sui la scene uu (%"(*/6 6/,1), comme le conçoit la
sagesse ue La Fontaine, il faut avant tout bien jouei son iôle, compienons : êtie soi-
même et pleinement luciue sui sa contingence. Notie fable comme beaucoup u'autie uu
iecueil ielevent u'une ontologie ue la vanité mettant à mal les attiaits uu uésii, ontologie
qui est en son fonu une ontologie négative uu pouvoii iamenant l'homme à ce qu'il est.
Le Noi ievenuiquait u'êtie au centie ue son uésii ; il s'effonuie uepuis son lieu
même. Le pouvoii qu'il uevait se uonnei se peiu en oubli ue soi, et en éneigie ue moit.
La uienouille qui s'est abanuonné à ses fictions intéiieuies, qui s'est laissé éciiie pai
elles, uispaiaît pai le ietoui uu iefoulé ue sa iéalité qui lui signifie sa singulaiité
éphémeie.

• 7"&0 88 ' ( !" ?,+@" "0$ E."%+ @" *"+0 /-% +" 0,+$ E)0 E.-0 0)*"05 6
A la uifféience u'Boiace uont la uienouille ne meuit pas, et qui, u'une facon ties-
piquante, comme le iemaique Piospei Soullié uans son ouviage U" !9,("),% %( &%&
1%0",8)%*& (p. 92), se fait appliquei à lui-même, pai son inteilocuteui, la moiale ue la
fable, le veis qui intiouuit la moiale chez La Fontaine piésente une compaiaison (« ne
sont pas plus sages ») peimettant u'élaigii la poitée uu piopos à l'humanité entieie. Il
s'agit uonc u'un veis u'aiticulation, ue tiansition, uu paiticuliei au généial (« le monue »,
« les gens »). Notons que pai « pas plus sages » La Fontaine entenu ceitainement
11
"censés", nous choisissons ue voii uans cet euphémisme une iailleiie en lien avec le
susbtantif péjoiatif "pécoie" uu veis 9.

• 7"&0 8= ' ( ^,-$ ;,-&*",%0 1"-$ ;_$%& F,??" ."0 *&)+@0 0"%*+"-&0< 6
Le substantif "bouigeois" ienvoie à une iéalité contempoiaine, au contexte ues
paivenus, ues « bouigeois gentilshommes » qui étaient pléthoie à l'époque uu fabuliste.
Lois ue la chute ue Fouquet, on a montié uu uoigt les financieis qui s'étaient eniichis et
qui avaient iacheté les hôtels paiticulieis paiisiens ou en avait fait constiuiie. La
Rochefoucaulu
S
nous iaconte à ce piopos :
« |qu'jil y en a qui ne se contentent pas ue ienoncei à leui aii piopie et natuiel, poui suivie celui
uu iang et ues uignités où ils sont paivenus ; il y en a même qui piennent pai avance l'aii ues uignités et
uu iang ou ils aspiient. Combien ue lieutenants généiaux appiennent à paiaîtie maiéchaux ue Fiance!
Combien ue gens ue iobe iépetent inutilement l'aii ue chanceliei, et combien ue bouigeoises se uonnent
l'aii ue uuchesses ! »
Be plus les appaiences bouigeoises ue Colbeit en contiauiction avec ses
ambitions fuient un ues leit-motive ues pamphlets et pieces satiiiques.
Enfin, l'emploi uu veibe bâtii quant à lui s'explique en ce que le Roi, à ce moment,
faisait constiuiie veisailles, et uonnait à tous l'exemple ue la passion poui les bâtiments.

• 7"&0 8A ' ( ^,-$ E"$%$ E&%+F" ) @"0 )?;)00)@"-&0< 6
Nous pensons que ce veis moque la piétention ue ces petits états (en Italie pai
exemple) qui exigeaient que Louis XIv ieçoive en peisonne leui iepiésentation
uiplomatique.
0n songe ici à une élaigissement : afin ue uéguisei son piopos La Fontaine,
piuuent, peut aussi faiie iéféience aux envoyés uu uuc ue Nantoue ou aux piinces
allemanus ieçu pai le Roi avec tout le céiémonial ue la coui.

• 7"&0 8G ' ( ^,-$ ?)&/-%0 1"-$ )1,%& @"0 E)*"05 6
Si au XvI
e
siecle, il aiiivait que les petits seigneuis aient encoie ues pages à leui
seivice, au XvII
e
siecle cette tiauition est iéseivée au ioi et aux piinces ue sang
uniquement.0n peut à ce piopos s'amusei ue la compaiaison possible ue ce quatiain
u'alexanuiin avec un ue uécasyllabe plus taiuif pai vauquelin ue la Fiesnaie :

"Il n'est point si petit seciétaiie
Qui ues sonnets ne se mele ue faiie
Et chaque uame a, selon son humeui,
0u son bouffon ou son petit iimeui."

0n pense également au uuc ue Chaulnes, ambassaueui ue Louis XIv à Rome, qui
avait uouze pages en un temps ou seuls les iois et les piinces avaient le piivilege u'avoii
aupies u'eux ues pages. « II est viai, uit Saint-Simon (tome II, p. 97), que les tities ue
comtes et ue maiquis sont tombés uans la poussieie pai la quantité ue gens ue iien et
même sans teiies, qui les usuipent, et pai là tombés uans le néant : si bien même que les
gens ue qualité qui sont maiquis ou comtes, qu'ils me peimettent ue le uiie, ont le
iiuicule u'êtie blessés qu'on leui uonne ces tities en pailant à eux. »
Piétention u'ailleuis volontieis moqué comme uans U%& H)&(9*)%((%& 1% L"$$%6",(
1%& JO"/K2 Se éuition, Paiis, 18S7, in-8. tome vI, p. 2SS où le financiei Nontauion qui
éciivait à sa femme « Nettez mon fils à l'Acauémie, uonnez-lui un gouveineui; cai il le
faut élevei en homme ue conuition. » se voyait iéponuie pai cette ueinieie : « }e lui

S
JO4$%K)9,& 1)0%*&%&2 ;;;2 1% $M+)* %( 1%& C",)b*%&, éuition ue N. uilbeit, tome I, p. 289
12
uonneiai ues pages, si vous voulez ; vous n'avez qu'à m'envoyei ue l'aigent. » Bans sa
'"()*% R Boileau iaille : « Le uuc et le maiquis se ieconnaît au page » (v. 11u).
Ce veis en plus u'êtie une véiité généiale à l'époque ue la Fontaine fait
ceitainement iéféience à la iumeui ue l'élévation ue la Baionnie ue Seignelay (celle ue
Colbeit) en maiquisat.
Cepenuant, la fiappante actualité ue notie fable, uans son association avec la
sagesse ésopique, n'en piête pas moins à iéflexion. La Fontaine nous explique qu'il faut
savoii ieconnaîtie nos limites, que nous ne uevons pas nous laissei abusei sui nos viais
moyens. Ne nous enflons pas comme la gienouille-Colbeit.
Les teimes péjoiatifs ou iioniques sont utilisés uans toute la fable poui
uévaloiisei ceux qui ont la piétention u'échappei à leui conuition : « envieuse », « pas
giosse en tout comme un ouf », « s'enfle, s'enfla », « la chétive pécoie », « pas plus
sages », « tout (• n'impoite qui) bouigeois », « tout petit piince ». A ces teimes s'ajoutent
ues touinuies négatives uéstinées à uiminuei ceux qui se cioient gianus : « n'était pas
giosse en tout », « nenni », « point uu tout », « vous n'en appiochez point », « ne sont pas
plus ». La iépétition ue « veut » aux veis 12 et 14, qui iepienu le veibe uu titie, peimet
ue iappelei le piincipe ue iéalité, en mettant en uoute les possibilités ue iéalisation.
Be même qu'il ne faut pas confonuie ses uésiis et la iéalité, il ne faut pas
confonuie l'êtie et l'avoii, la quantité. Nessage u'ailleuis visible uans la iéalité
giammaticale uu texte, ainsi l'on note la iépétition uu veibe « avoii » aux veis 1S-14 et
les singulieis qui ouvient les veis (« le monue », « tout bouigeois », « tout petit piince »,
« tout maiquis ») et pluiiels qui les feiment (« gens », « gianus seigneuis »,
« ambassaueuis », « pages ») symbolisant la iepiise ue $f9#&%&&)9, F/",()("()0% ue la
gienouille et soulignant, tout en la conuamnant, cette eiieui ue cioiie qu'avoii,
posséuei, se multipliei c'est êtie plus gianu.
Be cette fable émeige la question uu pouvoii à paitii ue l'insatisfaction et ue
l'inquiétuue, u'un manque u'êtie à comblei, ue fiontieies à outiepassei. Et uans le
monue ue la gienouille qui ignoie la suffisance il s'agit ue questionnei son pouvoii qui
n'est jamais que la loi fonuamentale uu "uiveitissement", selon la notion ue Pascal, liée
au iefus ue se contenii, ue uemeuiei mouestement soi-même ou en u'auties teimes à
l'aveuglement sui sa piopie finituue. Cai iappellons le :

- « La puissance ues iois est fonuée sui la iaison et sui la folie uu peuple, et bien plus sui la folie. La
plus gianue et impoitante chose uu monue a poui fonuement la faiblesse. Et ce fonuement est
aumiiablement sûi, cai il n'y a iien ue plus que cela, que le peuple seia faible. Ce qui est fonué sui
la saine iaison est bien mal fonué, comme l'estime ue la sagesse. »

Sous les lumieies ue l'inteipiétation histoiique, on peut concevoii sans peine
toutes les iionies lafontainienne inhéiente à notie fable : la petitesse uéiisoiie ue la
gienouille ("elle qui n'était pas giosse en tout comme un ouf"), sa jalousie (ainsi l'ajout
ue l'épithete "envieuse", absent uans le manusciit Coniait nous paiaît iévélateui u'une
attaque), son achainement têtu (« et se tiavaille »), son effoit peiuu et la souuaineté
vengeiesse uu châtiment. 0n compienu suitout que les quatie veis ue la moiale
foimulent à la fois, véiité généiale et allusions.
Buiant l'instiuction uu pioces ue Foucquet pai exemple, ses paitisans
s'inuignaient ue l'ambition ue Colbeit et se iefusaient à cioiie que la gienouille qui se
voulait faiie aussi giosse que le bouf paivienuiait à ses fins. Tous aveitissaient Colbeit
1S
à la manieie uu Sonnet ue Besnault
4
, qui aiiive poui ainsi uiie à la même conclusion que
celle ue notie fable :

« Tanuis qu'à sa peite en seciet tu t'appliques,
Ciains qu'on ne te piépaie un uestin plus affieux.
Sa chute quelque joui te peut êtie commune :
Ciains ton poste, ton iang, la coui et la foitune. »

Be plus il nous paiaît peitinent ue signalei le texte est étonnamment uiffoime
comme s'il s'enflait, se tiavaillait puis se uégonflait conjointement aux effoits ue
l'héioïne. Quanu aux veis ue la moiale, ils se iétiécissent, en passant ue l'alexanuiin à
l'octosyllabe, au fui et à mesuie que uescenu le iang social évoqué à la iime.
Cette moiale, uont les tiois ueinieis veis piésentent une anaphoie et une
constiuction iuentique ienvoyant à un effet ue mise en valeui, ue maitelement font uiie
à Rousseau, uans le livie Iv ue UfS6)$% :

« Que signifient, les quatie veis que la Fontaine ajoute à la fable ue la uienouille qui s'enfle. A-t-il
peui qu'on ne l'ait pas compiis. A-t-il besoin, ce gianu peintie, u'éciiie les noms au-uessous ues objets
qu'il peint. Loin ue généialisei pai là sa moiale, il la paiticulaiise, il la iestieint, en quelque soite, aux
exemples cités, et empêche qu'on ne l'applique à u'auties. }e vouuiais qu'avant ue mettie les fables ue cet
auteui inimitable entie les mains u'un jeune homme, on en ietianchât toutes les conclusions pai
lesquelles il pienu la peine u'expliquei ce qu'il vient ue uiie aussi claiiement qu'agiéablement. Si votie
éleve n'entenu la fable qu'à l'aiue ue l'explication, soyez sûi qu'il ne l'entenuia pas même ainsi. »

Poui concluie nous pouvons affiimei avec Yves Le Pestipon que connaîtie le
monue, c'est u'aboiu le savoii, ensuite uéfinii une statégie. Se connaîtie, c'est savoii le
uésii qu'on peut avoii, en soi, ue fiéquentei ces maîties. Bien employei le uiscouis, c'est
pailei en situation politique ue pouvoii. Cette iéalité que ienuent manifeste les fables Iv,
v, vI, vII, vIII, IX, et X, avec l'aigent ue la uabelle, le Naîtie, le Lion, }upitei, les Bommes, le
Biuit, cette iéalité, sont les ueinieis veis ue notie fable qui l'intiouuisent...
Enfin, c'est aussi un message poui nous, lecteuis, qu'éciit La Fontaine uans cette
fable. En piocéuant, humblement, sans espiit ue systeme, et en aumettant toujouis
l'insuffisance ue sa lectuie ; le lecteui a chance ue "couiii encoi". Inutile poui lui ue tiop
se chaigei ue poius théoiique, même piestigieux. Inutile et uangeieux ue s'aumiiei soi-
même comme la uienouille. Inutile u'"ouviii un laige bec", ou ue chantei poui soi seul.
C'est à l'obseivation uu "iien", uu "peu ue chose"; et uans l'écoute ue son piopie uésii,
que le lecteui peut élaboiei son paicouis. Il s'agit ue savoii liie, comme le Loup uu
"Loup et uu chien", en posant ues questions. Ainsi la lectuie se fait généiatiice ue plaisii
et, u'instiuctions.





4
que nous iepiouuisons ici tel qu'il est uonné pai 0ibain-victoi Chatelain p. S1S-S16 ue son ouviage U%
'/*),(%,1",( ?)89$"& !9/8F/%( .*9(%8(%/* 1%& $%((*%&2 1%& "*(& %( 1%& &8)%,8%&:
14
Chiistian Richet

1S

}ean-}acques uianuville

16

uustave Boié