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André-Jean Festugière

Sur le texte de la « Poétique » d'Aristote
In: Revue des Études Grecques, tome 67, fascicule 314-315, Janvier-juin 1954. pp. 252-258.

Citer ce document / Cite this document : Festugière André-Jean. Sur le texte de la « Poétique » d'Aristote. In: Revue des Études Grecques, tome 67, fascicule 314-315, Janvier-juin 1954. pp. 252-258. doi : 10.3406/reg.1954.3353 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/reg_0035-2039_1954_num_67_314_3353

reconstitue ainsi un texte primitif. Daniel de Montmollin. à M. insérées ultérieurement dans leur contexte ». de pallier les difficultés : il les multiplierait plutôt. Poussant à bout cette hypothèse. . lui a consacré en 1951 une étude critique (1) qui s'est ajoutée à une longue série de travaux dus à d'autres chercheurs. l'a fait lui-même. le peu de cohérence de certains passages. de M. et 105 études. ce sera au contradicteur à faire la preuve. cette analyse restera et rendra service. La discussion n'est pascloser car le présent ouvrage. Messeiller. Il est donc normal que cet ouvrage soit l'un de ceux sur lesquels se soit le plus exercée la sagacité des philosophes. phrase par phrase. M. de M. La bibliographie de M. l'auteur a constaté. (2) Non pas de. comme M. après biei* d'autres.. On ne reprochera pas. mais des passages controversés. plus général : « Place de la Poétique dans l'œuvre d'Aris tote »). La suite des idéesy est souvent peu claire. La méthode de M. avec une extrême acribie. Neuchâtel. il donne en appendice un texte de la Poétique où les éléments supposésajoutés ont été séparés du contexte par des parenthèses — et doivent donc être (1) MONTMOLLIN {Daniel de). 1951. Ayant pris en mains la Poétique pour y examiner ce qui a trait aux origines du théâtre. Un jeune savant suisse. qui à son avis se tient. de M. est radicale. C'est qu'il offre une analyse minutieuse de la forme grammaticale et syntaxique du texte (2). tout le texte. compte 42 éditions et traductions. quelquefois même la construction grammaticale paraît impossible à établir. appellera à son tour des réponses et àuggérera d'autres solutions. mais encore d' « ex posés et même de chapitres entiers qui n'ont été rédigés que plus tard » (p. 1). Texte primitif et addi tions ultérieures. H.VARIÉTÉS SUR LE TEXTE DE LA « POÉTIQUE » D'ARISTOTE La Poétique est l'un des écrits les plus difficiles d'Aristote. Elle obligera à lire la Poétique.dont un très grand nombre vise à la critique du texte. Après l'avoir développée en 166 pp. M. suivies d'un tableau synoptique (je laisse ici le ch. de M. certes. Il a cru pouvoir y remédier en supposant l'existence dans le traité d'Aristote. offre-t-il tous les moyens de contrôler la véracité de l'hy pothèse. La Poétique d'Aristote. puisqu'elles vont à confirmer sa thèse. et là où l'on ne sera pas d'accord avec lui. Ill. de M. Aussi bien M. la phrase est chargée d'incidentes qui semblent romprele développement logique. non seulement de « notices marginales. de M. d'un vif intérêt. Quoi qu'on pense de l'idée directrice de son travail. puisqu'il a été dégagé du fouillis des additions ultérieuresqui le contaminaient II faut dire tout de suite le très grand mérite de ce livre.

eux disent qu'ils le nomment drân. Aristote est bien obligé de l'insérer dans le texte. sinon même probable. de M. (1) Cf. Suivent les notes — dont je déplore. Les an ciens ne connaissaient pas nos notes au bas de la page.SUR LE TEXTE DE LA « POÉTIQUE » d'aRISTOTE 253 considérés comme exclus du texte — . et. Aristote eût dû rédigera nouveau son cours. puisqu'ils imitent des êtres en action (μιμούνται δρώντας). en sorte que les comédiens n'ont pas reçu leur nom du fait de kômazéïn. il n'a qu'à consulter ses amples collections sur la politique. Les écrits acroamatiques d'Aristote sont des cours. . en raison de ce que la comédie a pris naissance sous la démocratie qu'ils avaient fondée. Mégara Hybléa. 1-2 (cf. 1448 a 28 ss. C'est pourquoi aussi les Doriens se posent comme créateurs et de la tragédie et de la comédie — de la comédie en effet les Mégariens. les appuie sur des références. de cet ouvrage. mais à cause de leur vagabondage à travers les kômés. Et. καΐ δρώντας άμφω 48 a 28). l'autre à la preuve que les Doriens all èguent. qu'Aristote. Poét. Dans ce dernier cas. va à rencontre de l'hypothèse. Sophocle « imite » comme Homère (tous deux représentent des êtres nobles). Ma seconde observation. ces Doriens. La -ποιητική est imitation. tandis que les Athéniens les ap pellent dèmes. Pour rendre compte. que nous mettrions au bas de la page. Le premier est en faveur de l'hypothèse de M. il y a. qu'ils appellent les bourgades environnantes kômés. notamment les introductions. des cités grecques . Pour ce faire. l'une relative à la revendication des Doriens. pour plusieurs chapitres du π. ont été rédigées avec soin et paraissent toutes prêtes pour la publication : M. quant au fait d' « agir » (τα ποιεΐν). qui est bien antérieur à Chionidès et à Magnés. de façon complète. Première référence à οί Δωριείς. y introduise corrections et additions. certains des Doriens du Péloponnèse — et ils en donnent pour preuve les noms mêmes : car ils disent. Certains de ces cours ou. 1. que ceux de Sicile (1). Aristote. nous pouvons déjà dire qu'il a ses fiches. pour mieux dire. ουρανού et des Métaphysiques. certains Doriens du Péloponnèse celle de la tragédie. et les diverses formes de cette ποιητική comportent trois sortes de différences. Cette référence. soit des sujets qu'elles traitent. Prenons un exemple. il est a priori possible. 3. de la tragédie. car c'est de là-bas qu'était Épicharme. tel que l'ont trouvé les éditeurs des écrits acroamatiques. . Il y a ici deux affirmations. et j'essaierai de montrer par ces exemples que l'application trop stricte de la méthode éveille des doutes. Mais il convient tout d'abord de rappeler deux faits. 1447 a 16/8). où nous mettrions un appel de note : les Mégariens de Mégare et de Sicile revendiquent les origines de la comédie. tant ceux de Mégare. mais les Athéniens prattéïn ». à pas-. Pour éliminer ces inconsé quences. en revanche. ce qu'il n'a pas fait. musique etc. puis un apparat critique très soigné. qui déjà travaille comme nous. Je me bornerai donc à quelques «xemples.). les mœurs etc. rel isant son cours. Jaeger l'a montré. il faudrait le suivre pas. ce qui est évidemment impossible. leurs ouvrages sont appelés drames (δράματα). « De là vient qu'au dire de certains. Ces deux affirmations. sous un autre il « imite » comme' Aristophane (tous deux représentent des êtres en action. pour ma part. hors de la ville où on les méprisait . Sous un aspect donc. le rejet à la fin — et la biblio graphie. soit de la manière dont elles le traitent. si ces inconséquences devaient être aplanies dans l'exposé oral. pour re. danse. 11 en résultera des incon séquences. elles n'en subsistent pas moins dans le manuscrit en son état dernier. D'autres parties se présentent manifestement comme des notes de cours. longtemps déjà. cer taines parties de ces cours. Aristote vient de rappeler les résultats des ch. en fonction soit de l'instrument qu'elles emploient (discours.

δρίν. l'emploi de la parenthèse est inutile. Une teekure attentive du texte montre aussitôt comment cette preuve s'insère dan» la suite oi Δωριείς. (1) La parenthèse avec γάρ est normale en grec. Tentre-deux étant généralement imprimé entre tirets ou parenthèses. telle qu'on la lit aujourd'hui. mais si elle ne peut être perçue. C'est 1« cas ici. en fait. J. en fait. il est donc permis de penser qu'au moment même où it rappelle. ou de preuves argumentatives dans un exposé philosophique)» et d'incidentes qui. ensuite. M. refuse les parenthèses (n. La seconde référence non seulement ne rompt pas. 4... tout en étant nécessaires comme preuves. Cette preuve qu'Aristofce allègue pour justifier son affirmation sur les Doriens. L'Asclépius. Dans le second. comme le prouve manifestement της μέν γάρ. est un fait constant dans les textes grecs.. 20 une adition ultérieure. mais intelligible. Le malheur est qu'il ne s'agit pas d'une digression. έχ Σικελίας * εκείθεν γαρ. traduit du grec. il paraît Fort imprudent de manipuler le texte en invoiquant des raisons psychologiques toujours incertaines. ici encore. évidemment. son souei premier est de le fonder. FESTUGIÈRE prendre ensuite ποιούμενοι τά ονόματα «τημεΐον (a 35). est bien le fait d'Aristote et se présente en l'état qu'il a voulu. qui. comme le savant moderne . Πελοποννήτψ eat une notice marginale qu'Aristote a ajoutée après coup : c'est l'éditeur. . en donne un exemple typique dans la longue période sur le nom de Dieu (20> 320.. mais doit s'y insévev comme je le montrerai bientôt.. la phrase.11 ss. mais d'une preuve. Dans un ouvrage moderne. où deux preuves imbriquées l'une en l'autre brisent la période initiale. l'un de technique d'éditeur. έν Πελοποννήσψ. d'une part. lorsqu'il relit son cours ? Dans le premier cas. Mais. l'autre de psychologie. 65 (§ 6). Le second problème. nous n'avons pas le droit de la mar quer par un procédé artificiel que les anciens ignoraient ». un peu embxouilr lée sans doute. ScnwyzecDebrunntr 706. 11 suffit de lire attentivement le texte pour voir comment s'agence cette sorte de mosaïque. rompent la suite du discours. les éditeurs modernes intro duisent tirets ou parenthèses.. ou seulement plu» tard. travaille. répétons* le. brise la suite normale οί Δωριείς -ποιούμενοι κτλ.le texte.. Part. Ne raisonnons donc ici que sur la première. Nock-Festugière). Or il y a ici deux pro blèmes. En fait. d'instinct. rien n'empêche d'imprimer οί Δωριείς · της μεν γαρ. Mais. 269) : « Nous nous trouvons en effet en face du dilemme suivant : si la digression peut être perçue à ta lectare. cette preuve. Denniston Gr. Δωριείς (a 30). à propos de δράμα. de M. disions-nous. A. la prétention des Dorien». Quand un auteur sérieux avance un fait. puisque la phrase es*. tout naturellement. intelligible moyennant ces parenthèses qui remplacent la note en bas de page des modernes. l'allègue-t-il dans la rédac-· tion originale de l'ouvrage.. cette preuve peut donc « être perçue à la lecture ». soucieux de fonder sa Politique par exemple sur l'étude aussi complète que poss ible des constitutions existantes. il indique aussitôt. serait en note au bas de la page. qui se rapporte à oi (a 36). bien qu'il y ait risque alors que le lecteur moins attentif rapporte à tort ποιούμενοι (a 35) à fviot (a 34) et non pas à οί. il a en tête un certain nombre de faite que-. ce premier γάρ étant suivi lui-même d'un second (εκείθεν γαρ) qui légitime la revendication des Mégarieasde Sieife (1). ποιούμενοι.254 . ποιούμενοι κτλ. comme ici. est psychologique. Nul n'a jamais songé à voir en ces deux incidentes à'Asel. et c'est uniquement pour faciliter la lecture courante que l'éditeur moderne introduit tirets ou parenthèses. selon un procédé que Les anciens ignorent Mai» l'insertion d'incidentes à valeur de preuve (qu'il s'agisse de preuves histo riques. D'autee part. l'incidente της μεν γαρ. cf. p. il y a grande probabilité: qu'Aristote le savant. qui l'aura insérée dans le textei On ne peut.. répondre avec certitude à cette question.

syr. En voici le texte. (1) P.)· « II semble bien que deux causes aient. nom dorien du « fait d'agir ». Voici. Je traduis ici ce chapitre (1448 b 4 ss.lapsus... c'est-à-diïe tout δράμα) sur les noms mêmes. de M. 217. De toute manière. Dans le beau et profond ch. προσαγορεύειν. En fait. donnent ούτοι et 'Αθηναίοι (a 35. J'ai traduit plus haut (p.. de manière générale. καΐ τό ποιεΐναύτοί μέν δραν. et la v.. et non une preuve alléguée parles Doriens eux-mêmes : or c'est bien là pourtant ce qu'on attend.. ou bien τό γαρ ποιεΐν αυτούς μέν δραν. ne forment qu'un tout : ούτοι μέν γάρ κώμας τάς περιοικίδας καλεΐν φασιν. une fois exclues les additions. 11-14. Les Doriens fondent leur revendication (d'avoir créé comédie et tragédie. drama. 'Αθηναίοι δέ δήμους. qui vient de drân. sans remplir toutefois les parenthèses qui. fait de ce texte. M. dès lors. Je ne vois pas la moindre raison de rien changer à ce texte qui justifie excellemment la proposition initiale (1448 a 29) διό κχί αντι ποιούνται της τε τραγωδίας και της κωμωδίας οι Δωριείς. se. et en effet il y a deux noms : comédie. C'est évidemment impossible. Aristote en vient à définir les causes naturelles de la ποίησις. φασιν. et de corriger en 'Αθηναίους comme la plupart des éditeurs depuis Spengel. à Aristote lui-même. de M. grammaticalement et l ogiquement. Il y a le pluriel. Par sa forme même. et qu'il présente comme un cas modèle !) est bien faite pour nous induire à la prudence. 4) le passage. Et. et donc ne font pas partie de la Poétique originale. ce nominatif αυτοί prouve donc que φασιν est indispensable. 'Αθηναίους δε πράττειν προσαγορεύην. Mais on peut tout aussi bien attribuer ce. p. rappelons-le. Voici un autre exemple où la méthode de M.SUR LE TEXTE DE LA « POÉTIQUE » d'aRISTOTE 255 Ces remarques touchant la première référence trouvent leur confirmation en ce que nous avons à dire sur la seconde.. qu'on maintienne cette phrase explicative (γάρ !) dans le texte ou la renvoie à la marge.. la v. pp. cet αυτοί est sujet de φασιν (a 36). 'Αθηναίους δέ πράττειν προσαγορεύειν. et dans ce cas il n'y a pas lieu de corriger (ainsi Rostagni). de M. la certitude que nous atteignons en cet exemple (le premier que donne M.) ποιούμενοι τα ονόματα σημεΐον (. καΐ τό ποιεΐν αυτοί μέν δραν. 11 est loisible d'y voir un lapsus du scribe (amené par ούτοι μεν). a pressenti qu'il fallait. 13. à mon sens. 'Αθηναίοι est incorrect. qui vient de kômè. comme Γούτοι de a 35. Voyons maintenant ce que M. ούτοι ne fait pas. 36). que les Athéniens nomment dèmes.. ou cette licence (anacoluthe). Tous les mss. . ici une affirmation d'Aristote. que les Athé niens nomment prattéïn. nom dorien des bourgades. 10. : ποιού μενοι τα ονόματα σημεΐον ούτοι μέν γαρ κώμας τας περιοικίδας καλεΐν φασιν. doit expliquer ποιούμενοι τά ονόματα σημεΐον. 'Αθηναίους δέ πράττειν προσαγορεύειν. car cela n'a pas de sens et ce n'est pas du grec. 210). αλλά τη κατά κώμας πλάνη άτιμαζομένους εκ του άστεως. ώς κωμωδούς ουκ άπό τοΰ κωμάζειν λεχθέντα. lat. la difficulté demeure. Le sens est parfaitement clair.. dans l'un et l'autre cas. servent ici à « délimiter des notices marginales ou des parties récentes de l'ou vrage » (n. Celte fois. difficulté. Mettons au moins un point en haut après σημεΐον et écrivons σημεΐον τό γάρ ποιεΓν (1). 1448 a 35 ss. τα ονόματα. Je recopie à la lettre ce qu'il imprime p. puisque τό γαρ ποιεΐν etc. produit l'art de la poésie. Mais αυτοί ? A quoi se rapporte cet αυτοί ? 11 faudrait. de M.un γάρ. 'Αθηναίοι δέ πράττειν προσαγορεύουσι. on aura.. et les deux propositions.) [και] τό ποιεΐν αυτοί μέν δραν. τό (γάρ?) ποιεΐν κτλ. on peut prouver avec certi tude qu'il faut maintenir le texte. . ce que serait le passage 1448 a 29-b 1 : διό και αντιποιούνται της τε τραγωδίας καΐ της κωμωδίας οί Δωριείς (. Mais la virgule ne convient pas. ou bien τό γάρ ποιεΐν αυτοί μέν δραν. 4. me semble conduire' à des exclusions fâcheuses. et. et dès lors tout le membre de phrasé auquel φασιν appartient. car il écrit σημεΐον.

33 s. Main tenant. par exemple la figure des bêtes les plus viles et des cada vres. dans les deux cas. mais parce qu'elle est parfaitement achevée. lequel comprend le μέτρον. il acquiert les connaissances toutes premières. L'en(1) a3tai P* Montmollin: αΰταΐ ω. que d'imiter. a pour cause qu'apprendre est tout à fait plaisant non seulement aux amis de la sagesse. en sorte que nous n'avons plus. < élément constituant de la ποίησις >·. dès l'origine ceux qui ont été le plus doués pour cela en sont venus. Il est naturel de goûter du plaisir aux œuvres d'imitation parce qu'elles nous donnent l'occasion d'appren dre et de raisonner.). et il n'y a pas lieu de les confondre (p. de M. par un progrès insensible. dont ils sont au vrai des espèces (à côté de la peinture. n'a pas vu cet ordre. Part. puisqu'il nous est inné d'imiter. et en particulier (2) la mélodie et le rythme — il est clair en effet que les mètres font partie des rythmes (3) — .256 A. puisque. c'est celui-là (vivant). depuis l'enfance. Le fait d'imiter et le plaisir qu'on prend à voir des choses imitées sont. on rencontre la notion du μανθάνειν (τ*ς μαθήσεις τας πρώτας 48 b 7. car les mètres font évidemment partie des rythmes ». Il est naturel d'imiter. G»·. C'est pour cela. μανθίνειν b 13). (2) Denniston. ce que ne fait pas ranimai. γαρ explique ici des mots sous-entendus : « et le rythme. On se rappellera les pre miers chapitres de la Politique et la phrase sur le θαυμάζειν au début des Méta physiques. par une suite de légers progrès* les hommes doués pour la ποίησις ont passé de l'improvisation spontanée à l'œuvre d'art poétique. (b) la mélodie et le rythme (pp. puisque ce sont choses conformes à la nature que le fait d'imiter. nous prenons plaisir à en contempler l'image quand elle est le plus exactement semblable au modèle. parce que αρμονία et ρ"υθμός font partie du μιμεΐσθαι. déduisant par exemple que cet homme-ci (représenté). Π y a deux causes de la ποίησις. Car. c'est chose innée dans la nature humaine. qu'on prend plaisir à voir les copies des objets. et encore n'y ont-ils partque dans un bien faible degré. en ce cas. qu'une seule cause. Tout y porte la marque du meilleur Aristote. (3) Comme souvent. avec d'autres. Je ne supprimerais.). 291 § 4. ce n'est plus en tant qu'oeuvre d'imitation que l'image fera plaisir. M. sculpture etc. ou pour quelque autre cause du même genre. . Et ceci. Tout y est excellemment ordonné. à son tour.. dès l'origine. par l'imitation. qui toujours cherche la cause. à créer la poésie à partir des improv isations ». à propos de ces deux causes. du même μανθίνειν. pour ma part. puisqu'il s'agit d'un phénomène humain. et qui la cherche ici. mais aussi bien à tous les hommes. Cette interprétation me paraît erro née. A preuve ce qui arrive dans le cas des œuvres d'art : car les mêmes objets dont la vue nous répugne. d'ailleurs. l'une et l'autre innées en l'homme. 34) sous le prétexte que. en fait. parce qu'il arrive alors qu'à cette vue on s'instruit et fait un raisonnement déductif sur chaque objet. s'il se trouve qu'on n'ait pas vu d'avance le modèle. il prend comme causes de la ποίησις (a) l'imitation et le plaisir que procurent les μιμήματα. ou en raison de la couleur. et précisément l'homme se dis tingue des autres animaux par ce fait qu'il est l'être le plus enclin à imiter et que. FESTUGIÈRE et ces (1) deux causes sont d'ordre naturel. Aussi bien. J. et c'est chose innée que tous prennent plaisir aux œuvres d'imitation. premièrement. Dès lors. et c'est même là ce qui nous distingue de l'animal et nous permet d'apprendre. et d'imiter par la mélodie et Je rythme. en revanche. au tréfonds même de la nature de l'homme. deux causes diverses. En effet. aucune syllabe de ce grand texte. il ne s'agit pas.

Bref. et χαί τούτου = « de cela aussi ». Il reconRBG. toutes les remarques sur Γαιτιον qui ne sont pas absolument exigées par la suite logique.τας πρώτας (48 b 6/8) « une digression . Il est cent espèces de . par exemple. Troisièmement enfin. La liaison en 48 b 13 est marquée par δέ. voit dans χαί τούτω δια. je ne vois pas comment. on aboutit à l'absurde. exclut aussi la •seconde 48 b 12/19 αίτιον δέ χαί τούτου . Hardy. αϊ πρώται μαθήσεις. parce qu'ils y reconnaissent en effet la mort du cygne {ceci dit pour suivre la thèse d'Aristote : en fait il y a bien d'autres éléments -dans le plaisir du spectateur). du μανθά~νειν commun.μιμήσεις de pur jeu. •ce n'en est qu'une conséquence secondaire et accidentelle. M. pris entre bien d'autres. Je crois donc qu'il faut s'en tenir ici à l'exégèse -de Bywater. Cependant. Mais (a) dans χαί τούτω (se. du plaisir que procure la vue des ■μιμήματα) 43 b 13. Il reste que συλλογίζεσθαι ne désigne pas ici l'opération syliogistique au sens formel. ■· 314-315.dont on peut dire qu'elle n'est pas nécessaire au sens de l'exposé et même qu'elle coupe fâcheusement l'une de l'autre les deux extrémités de la phrase qui mentionnent la première cause natur elle » (p. Donc etc. Mais il n'y a pas de terme C. exemples. auquel elles se rattachent d'ailleurs assez lâchement par la même con jonction χαί ».γε'ρουσι . on peut confondre l'activité de la ballerine qui imite la mort du cygne et le plaisir que la vue de eette imitation procure aux spectateurs. en saine psychologie. est périlleuse. 35) qu'il y a « un parallélisme certain entre ce nouveau développement et la notice mar ginale » de 48 b 6/8. et. de M. de M. de M.SCR LE TEXTE DE LA « POÉTIQUE » d'aRISTOTE 2S7 fant (ε*χ παίδων b 6} voit agir. gestes utiles etc. et qui me paratt faux. C'est une sorte de raisonnement. à mon sens. chez Aristote. une fois adoptée l'autre exégèse. entend parler autour de lui les adultes. J'ai quelque peu insisté sur ces deux. Et c'est une vérité très certaine qu'il acquiert. 17 . on se demande vraiment quel sens donner à la pensée ori ginelle du Stagirite.. Deuxièmement. (b) Quant à dire que la recherche de 4'αΐτιον soit en dehors du sujet. le μανθάνην et le συλλογίζεσθαι qui résul tentdelà vue des εικόνες consistent à reconnaître tel modèle dans telle copie. μαθήσεις.. de M. une proposition au moins hasardeuse. langage. on mutilerait •étrangement son œuvre : car elle se présente essentiellement comme une re cherche des αίτια. Reste « n'est pas néces saire au sens de l'exposé ». parce •qu'ils nous montrent combien la méthode de M. M.άλλην αίτίαν pour la raison (p.. En revanche.μιμήμασι πάντας constitue la seconde cause naturelle. puisqu'il donne matière à dispute. l'acquisition des πρώται μαθήσεις ne fait pas partie de l'essence même du μιμεϊσθα: . Laissons là le problème des additions. donc pas de syllogisme. i»54. Sykoutris et Rostagni. en ce qui regarde Aristote. LXVII. puisque je confronte par la pensée le terme A (copie) et le terme B (modèle). ajoute un troisième argument relatif au mot συλ λογίζεσθαι qui désignerait ici faire un syllogisme en forme : or la théorie du sy l ogisme ne paraîtrait que dans des parties récentes (= additions postérieures) de 4a Poétique. se fonde sur ce que « ces deux remarques sont en dehors du sujet. de M. χαί n'a pas le même sens. Au -surplus. pas de moyen terme. Outre l'argument déjà vu. alors qu'on le voit toujours préoccupé du δια τι. Ce dernier point est. c'est. puisque τό χαίρειν τοις . 34). la poésie elle-même.. τω μιμεΐσθαι) διαφέρουσι (οι άνθρωποι) -των άλλων ζώων 48 b 6 et αίτιον δέ και τούτου (se. Mais qui oserait corriger un texte sur un si mince fondement ? Comme il a exclu la première remarque 48 b 6/8.. M. De la ressemblance entre copie et modèle. Si l'on supprimait. Et si d'autre part on considérait tous ces passages comme des ■additions ultérieures. μανθάνειν n'est pas même chose que -πρώτα·. M. je déduis bien que la copie représente le même personnage que le modèle (συλλογίζομαι) ■δτι ούτος εκείνος 48 b 17. erroné. par imitation spontanée..

d. J. 69. p. FESTUGIÊRE . 67. et même il sera prudent de n'user de l'hypothèse qu'avec une extrême circonspection. p. 239 (1459 b 4). lire · avant leur défini tion ». 22. I.258 Â. Festugièrb. a. vraie critique (i). nous te disions dès le début. 233 (1456 b 2). J.. p. mais il reproche à ses devanc iersde n'en avoir fait « qu'un usage très limité ». 5 av. on peut poser a priori. 102. lire σημβντηφ. C'est pourtant cet usage limitéqui est le bon. 82. Étant donné les habitudes de travail du Stagirite. lire της. la fin. 1. dût la phrase être comp lexe.. p. 28. Toutes les fois qu'une lecture attentive permet de reconnaître un sens. (1) Peu de fautes d'impression. me parait contraire à la. lire μιχρίτητβ. nait lui-même (p. 1. 7) qu'il ne Ta pas découverte. A. ρ. 1. de M. 298. . lire ούκ eÎxij. l'emploi systématique de la méthode de M. p. lire μεταφορά. Mais l'application est délicate. 1. qu'il est loisible de conjecturer ici ou là des additions ultérieures. 192. 9. lire τό ittpt. Cependant p.