SAPEUR

N° 6
Juin 2006

Sommair e
ÉDITORIAL du Général de division CHINOUILH commandant l’ESAG .................................................... 3

ÉTUDES ET PROSPECTIVE L’appui génie en opérations : une nécessité reconnue… avec cependant des capacités toujours comptées Plaidoyer pour une manœuvre génie intégrée .............................................. COL AUTRAN

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Les armes à létalité réduite appliquées à la contre-mobilité.................... COL PARMENTIER

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La montée en puissance du mécanisme communautaire de Protection civile et ses enjeux pour les armées ...................................... COL PONCELIN de RAUCOURT 17 Numérisation de l’espace de bataille .................................................................. LCL EGLEMME .......................... 21 Processus d’élaboration des concepts et de la doctrine AGESTER Application à la sauvegarde-protection ............................................................ LCL PINOT .................................... 25 La théorie des trois blocs appliquée au domaine NRBC
.......................... CES CAUDRILLIER ..................

SAPEUR
Revue d’études du génie militaire français publiée par la direction des études et de la prospective de l’école supérieure et d’application du génie 106, rue Éblé - B.P. 34125 49041 ANGERS CEDEX 01

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Le combat du feu en zone urbaine ...................................................................... CNE BOUTOLLEAU ................ 31

DOSSIER : LA SAUVEGARDE-PROTECTION DES FORCES La protection-sauvegarde sur une base aérienne projetée ...................... COL BILBAULT .......................... 37 Protéger nos stationnements contre les attentats à l’explosif ................ COL LORIDAN LCL MARTIN ................................ 41 Pour une approche globale de la sauvegarde-protection.......................... LCL (TA) SOUCASSE .............. 45 Le rôle du génie de l’air dans la sauvegarde-protection en opérations extérieures ........................................................................................ LCL CHAPELLE .......................... 49 Le RGBIA dans la mission de protéger les forces en 2005
...................... LCL KIRSCHER ..........................

Directeur de la publication Général de division Jean-Loup CHINOUILH Rédacteur en chef Colonel Pierre-Yves HENRY Conception-Réalisation PIR ESAG Dépôt légal à parution ISSN en cours

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Opération CALAO : Le 5e RG en Côte d’Ivoire : acteur de la fonction CBA ANDRIAMOLISON AGESTER ou simple prestataire de service ? .................................................. CNE MACHELON ...................... 57 Concept ISOPEX et sauvegarde-protection...................................................... CBA MERCURY .......................... 61 Montage d’un poste de combat de type HESCO BASTION ...................... CNE FOUQUET .......................... 65 Côte d’Ivoire : Retour d’expérience en sauvegarde-protection .............. CNE GEROUDET ...................... 69

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SAPEUR
ÉQUIPEMENTS ET STRUCTURES SPECTRE - 2006-2007 : années cruciales .................................................... LCL CORNEFERT ...................... 75

FORMATION La sauvegarde-protection : repenser la formation
...................................... CNE CASTEL ..............................

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LE GÉNIE DANS L'HISTOIRE Les uniformes du génie de la Révolution et de l’Empire
.......................... CDT GARNIER de LABAREYRE

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Génération de forces et emploi du génie Les sapeurs de la Campagne d’Alger
................................................................ CNE GIUDICELLI ......................

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Les ingénieurs dans les troupes émigrées ...................................................... M. FOUGERAY

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SAPEUR
Général de division Jean-Loup CHINOUILH

Éditorial
Le général de division Jean-Loup CHINOUILH commande l'école supérieure et d'application du génie depuis août 2003. Entré à Saint-Cyr en 1969, il sert comme chef de section au 13 e régiment du génie et commandant d'unité au 17 e régiment du génie parachutiste, où il revient en 1988 au poste de chef du bureau opérations-instruction. Il est chef de corps du 6 e régiment du génie de 1994 à 1997. Il a commandé la brigade du génie d'août 2001 à août 2003. Il est breveté de l’école de guerre, diplômé de l’institut d’administration des entreprises de Paris.

SAPEUR consacre aujourd'hui son dossier central à la sauvegarde-protection dont
l'importance n'est plus à démontrer face aux nouvelles menaces. Plus que dans les autres missions confiées au génie, nous avons là des progrès à réaliser pour renforcer nos moyens et les adapter au contexte urbain. Comment caractériser le bouclier qu'il nous faut en opération ? Il est nécessairement passif pour protéger au minimum, dans la durée, les abris de regroupement et les espaces sensibles activés en permanence (centres opérationnels, stations de production d'énergie etc.). Il comporte pour cela des obstacles à la pénétration et des parois massives de terre ou de béton sur lesquelles travaillent aujourd'hui en commun l'École du génie et le Service technique des bâtiments, fortifications et travaux. Mieux encore, il doit être réactif en associant une capacité de détection et d'alerte immédiate d'une intrusion ou d'une amorce d'attaque par aviation ou artillerie afin que chacun rejoigne sans délai, qui son poste de combat, qui son abri. Se déclencherait alors instantanément une riposte de neutralisation, automatique ou humaine, correspondant au type d'agression. Un lien est déjà établi entre sapeurs et artilleurs dont les radars de détection d'approche et de trajectographie compléteront les capteurs répartis sur le terrain. Une coopération se prépare également avec les transmetteurs dont les brouilleurs mobiles pourraient venir à bout de certains dispositifs explosifs commandés à distance. Ce bouclier doit enfin et surtout se montrer proactif, le but étant de dissuader d'emblée un agresseur potentiel de toute attaque en le persuadant d'un bilan dérisoire, d'une riposte immédiate et, par là, d'une défaite médiatique. Il convient que l'effet psychologique recherché découle aussi d'un discours politique et d'une action militaire conformes aux attentes de la population locale, incitée de ce fait à rejeter nos adversaires. Il s'agit bien d'une affaire interarmes, voire interarmées. Les sapeurs sont des partenaires privilégiés, avec les protections passives dont ils ont la charge, mais leur expérience dans ce domaine leur permet de se poser en pilotes. Sparte, qui n'avait pas de remparts, comptait plus sur ses hommes que sur des murailles pour assurer sa défense. Comme Vauban, je suis sûr qu'aujourd'hui les uns ne vont pas sans les autres.

le général de division CHINOUILH commandant l'école supérieure et d'application du génie

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Études et pr ospective

L’appui génie en opérations : une nécessité reconnue… avec cependant des capacités toujours comptées Plaidoyer pour une manœuvre génie intégrée .......................................................................................................................... COL AUTRAN ..........................................................

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Les armes à létalité réduite appliquées à la contre-mobilité ................................................................................................ COL PARMENTIER ................................................

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La montée en puissance du mécanisme communautaire de Protection civile et ses enjeux pour les armées ............................................................................................................................................................ COL PONCELIN de RAUCOURT ....................

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Numérisation de l’espace de bataille .............................................................................................................................................. LCL EGLEMME ........................................................

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Processus d’élaboration des concepts et de la doctrine AGESTER Application à la sauvegarde-protection ........................................................................................................................................ LCL PINOT

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La théorie des trois blocs appliquée au domaine NRBC

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Le combat du feu en zone urbaine

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SAPEUR
Colonel Francis AUTRAN

L’APPUI GÉNIE EN OPÉRATIONS : UNE NÉCESSITÉ RECONNUE… AVEC CEPENDANT DES CAPACITÉS TOUJOURS COMPTÉES
PLAIDOYER POUR UNE MANŒUVRE GÉNIE INTÉGRÉE
The idea of an engineer support to an intervention force is never questioned basically. However, this support is most of the time expressed in terms of means and equipment instead of effects to produce on the ground or on the belligerents. But this effect-based process must prevail over any other, considering simultaneously the financial constraint on every military overseas operation. It is thus necessary that the engineer command must be associated from the start to the decision making process and to the force generation. In so far as engineer support never covers all units’ demands because engineer abilities are never sufficient, whatever the operation concerned, a real integrated engineer manœuvre does exist. This manœuvre must be centralized with a proper command in order to give all necessary flexibility and reactivity to engineer units with efforts and priorities precisely defined in regard to Force commander’s objectives. Centralization of engineer support conception must go hand in hand with a de-centralization of the execution and if the mission demands it, engineer unit must be attached to battle groups, even to the lowest level of responsibility (squad or even team).

Saint-cyrien de la promotion MONTCALM (1980-1982) et officier du génie, le colonel AUTRAN a servi dans les Troupes de montagne comme chef de section puis commandant d’unité, à la 77 e compagnie du génie de la division alpine et au 7 e bataillon du génie de la division alpine. Affecté aux Écoles de Coëtquidan en 1990, il commande une compagnie à l’École spéciale militaire de Saint-Cyr (1990-1993). Breveté de l’enseignement militaire supérieur (3 e promotion du CID), il rejoint la Légion étrangère en 1998. Il prend part comme chef du bureau opérations-instruction à la création et à la montée en puissance du 2 e régiment étranger de génie, qu’il commande de 2001 à 2003. À l’issue de son temps de commandement, il est affecté à l’état-major de la 27 e brigade d’infanterie de montagne comme chef d’état-major (2003-2005). En 2005, il est auditeur de la 55 e session du Centre des hautes études militaires et de la 58 e session de l’Institut des hautes études de défense nationale. Le colonel AUTRAN possède en outre une expérience opérationnelle variée à des postes de responsabilités, notamment chef G3 de l’état-major de la Brigade multinationale Nord (BMN-N) au Kosovo en 2000, chef de corps du BATGEN (12 e mandat) de la BMN-N au Kosovo en 2003 et sous-chef d’état-major opérations du Poste de commandement interarmées de théâtre de la force LICORNE en République de Côte d’Ivoire en 2005.

AVERTISSEMENT
Le propos n’est pas ici d’amender la doctrine d’emploi du génie en opérations et encore moins de réécrire les règlements qui en découlent. Adaptés au nouveau contexte d’engagement des forces, ces documents couvrent l’éventail des missions pouvant être confiées au génie. Cependant, un certain nombre d’enseignements pratiques et fondamentaux apparaissent à la lumière de tous les engagements opérationnels auxquels les unités du génie, de la section au bataillon, ont participé, notamment ces dix dernières années. Il s’agit donc ici, de dégager des marges d’efficacité pour un emploi optimal des unités du génie en accompagnement de la force déployée sur un théâtre d’opérations. * ** Depuis près de 30 ans, les unités du génie, quels que soient leur nature et leur volume, sont omniprésentes dans le paysage tactique des forces engagées en opérations extérieures. S’il en était besoin, la preuve pourrait être donnée
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par la marque durable de leur action sur le terrain au profit des groupements tactiques et des états-majors de forces opérationnelles qui les commandent. Aujourd’hui comme autrefois, nul chef désireux de conserver sa liberté d’action et de préserver ses moyens de commandement, de combat et de soutien, ne peut décemment remettre en cause la pertinence, et même l’impérieuse nécessité pour la force de bénéficier d’un appui génie direct. Toute la question est donc de disposer d’un appui adapté et suffisant dès l’engagement des unités quel que soit le théâtre considéré. Cette question reste entière à chaque génération de forces. Être présent dès le lancement du processus de génération de forces en faisant valoir les effets recherchés et non exclusivement les moyens qui vont les produire, fournir un appui génie qui soit significatif d’emblée mais évolutif et en prévoir un commandement centralisé permettant les bascules d’efforts et de priorités par une mise en œuvre déconcentrée des moyens pourraient être trois pistes de progrès réalistes et réalisables à coût limité.

SAPEUR
PRIMAUTÉ DES EFFETS À PRODUIRE DANS LE PROCESSUS DE GÉNÉRATION DE FORCES
La gestion de crise, sous toutes ses formes et jusqu’à son paroxysme destructeur s’il ne peut être évité, paraît être le cadre des opérations militaires futures jusqu’à un horizon visible. L’expérience de l’armée française, et notamment des forces terrestres, est grande et reconnue en la matière, parmi ses partenaires alliés. Parmi les caractéristiques majeures de ces opérations, deux ont un impact important en terme d’appui génie avec des effets parfois antagonistes. Il s’agit en premier lieu de la réversibilité des situations tactiques. Elle impose aux forces terrestres une grande réactivité et par conséquent de disposer en permanence de la capacité de rétablir la liberté de mouvement pour les unités de combat et les flux logistiques, mais également la capacité de réorganiser rapidement le déploiement de la force. En second lieu, ces opérations s’inscrivent toutes dans la durée. Les conséquences sont alors mesurables en termes de cantonnements, d’infrastructures et de soutien au stationnement. Or, un constat s’impose à l’étude des opérations récentes ou en cours, au regard de cette exigence opérationnelle croissante : les moyens génie sont toujours comptés. L’emploi du génie doit donc être conçu globalement avec un effort capacitaire initial selon des effets à produire clairement identifiés, cet effort capacitaire génie variant logiquement en fonction de l’évolution de l’opération dans le temps. Malheureusement, hormis le cas des crises majeures (Kosovo), la tendance a longtemps été de choisir sur catalogue des moyens (perversité du principe de modularité), avant de raisonner en termes effets à obtenir sur le terrain (pour quoi faire ?). De façon plus générale la fonction agencement de l’espace terrestre (AGESTER) est le plus souvent évoquée sous l’angle de l’articulation des moyens, avant même que soit abordé le niveau d’emploi (qui commande ?). Si l’idée d’un appui génie n’est pas discutée, c’est bien à ces deux questions fondamentales qu’il convient de répondre dès la génération de force, en tenant compte bien entendu des contraintes fixées par notre employeur politique et en toute connaissance des conséquences des choix à effectuer. À ce stade, deux logiques s’affrontent : - une logique capacitaire, qui à partir d’effets à produire sur le terrain identifie les capacités ad hoc et les moyens associés pour remplir la mission. L’appui génie ainsi défini correspond alors aux besoins de la force et participe pleinement à la cohérence de la manœuvre ; - à cette logique capacitaire s’oppose une logique de moyens, elle-même dépendante de contraintes budgétaires fortes qui aujourd’hui dimensionnent les contingents d’intervention extérieure. Le processus de génération de forces reste alors un compromis entre un volume de moyens à ne pas dépasser et des capacités opérationnelles les plus cohérentes et complètes possibles pour remplir avec succès la mission dans laquelle la France s’engage. C’est pourquoi, il est indispensable que le " commandement génie " participe au processus de génération de forces et à l’élaboration de la manœuvre par le biais de la MEDO, au même titre que cela est demandé au DL génie de BIA lors des exercices AURIGE. Aujourd’hui, l’optimisme peut être de mise en raison de la dynamique capacitaire qui se met en place au sein des armées. La manœuvre génie doit donc permettre à la fois de concentrer les capacités et de basculer rapidement les efforts par le biais d’un commandement unique et d’un emploi centralisé des moyens. En effet, l’objectif est bien de fournir d’emblée un appui approprié aux effets recherchés sur le terrain ou sur l’adversaire selon un emploi souple mais centralisé, la mise en œuvre étant le plus souvent et logiquement déconcentrée. Cette conception de l’emploi du génie s’appuie sur une structure de commandement adaptable, sans toutefois jamais fusionner les niveaux de conception et de mise en œuvre.

DU COMMANDEMENT DU GÉNIE EN OPÉRATIONS, OU L’ÉTERNELLE REMISE EN CAUSE DU COMMANDEMENT CENTRALISÉ DE L’ACTION
Le commandement du génie dans toute opération doit impérativement obéir à des principes intangibles, que des querelles de personnes ou des mésententes chroniques ne peuvent remettre en cause au risque de rompre la cohérence du dispositif génie et de l’appui qu’il doit fournir. Les principes définis dans le GEN 100, sont plus que jamais d’actualité, d’autant qu’ils ont été largement éprouvés aussi bien au Kosovo qu’en République de Côte d’Ivoire, pour ne retenir que les deux dernières opérations d’importance en volume de forces déployées. Dans l’opération TRIDENT, le choix a été fait d’engager d’emblée des moyens génie conséquents. En revanche, pour l’opération LICORNE, l’appui génie s’est limité à une compagnie de combat renforcée d’une section organisation du terrain. La continuité des douze mandats du bataillon du génie de la brigade multina-

Schéma organisation du commandement génie dans le cas d’un BATGEN -8-

SAPEUR
tionale Nord de la KFOR (1999-2003) et l’adaptation terrain des principes édictés ont permis d’identifier les structures de commandement du génie souhaitables et leur évolution au cours d’une opération. L’organisation du commandement doit par conséquent rester souple et représentative du volume de moyens déployés, avec un positionnement impératif au niveau d’emploi le plus haut dans l’état-major considéré. On peut citer deux configurations, qui d’expérience, concourent à l’efficacité opérationnelle en jouant sur la complémentarité des moyens. 1. Tous les moyens du génie, et plus largement de la fonction AGESTER, sont regroupés sous un commandement unique génie (COMGENIE) qui dispose des structures pour valider l’emploi, conduire la mise en œuvre des moyens, assurer la gestion du personnel et le soutien des matériels. Les moyens donnés en renforcement et dédiés à une mission particulière sont alors placés sous contrôle tactique (TACON, voire sous TACOM) du commandant de la formation qui assure la coordination générale de l’action génie sur le théâtre. 2. Lorsque le niveau de responsabilité du COMGENIE n’est plus représenté en raison de la disparition du bataillon du génie, la cohérence opérationnelle d’emploi, voire de mise en œuvre, est alors centralisée soit au niveau d’un détachement de liaison et de mise en œuvre (DLMO) dans le cas où un DETGEN est

Schéma organisation du commandement génie dans le cas d’une UE GEN

mis en place, soit directement au niveau de la cellule G3-2D de l’état-major (brigade, task force ou PCIAT) dans le cas où l’appui génie se limite à une compagnie renforcée voire à des sections spécialisées (cas de la Bosnie). À cet égard, il est indispensable de positionner au sein des GTIA, un DL ou une " cellule de mise en œuvre " qui de fait sont aux ordres du commandant d’unité génie voire directement aux ordres de la cellule G3-2D.

UNE CAPACITÉ D’APPUI GÉNIE COHÉRENTE DANS LA CONTINUITÉ MÊME À PETITE ÉCHELLE
Considérant, nous l’avons vu, qu’il ne peut y avoir d’opérations sans un appui génie, la Force doit bénéficier de cet appui dans tout le spectre de sa mission, soit en action d’ensemble ou en appui direct des GTIA. Or, les moyens génie étant limités, les GTIA ne peuvent se voir détacher en permanence des moyens de combat. En revanche, parce que l’emploi centralisé des moyens permet de varianter les efforts et de faire face à un besoin inopiné, les capacités existantes doivent être détachées et mis sous contrôle tactique (TACON) du GTIA dès lors que la mission l’exige. Le commandant d’unité ou le chef de section a alors toute latitude pour mettre en œuvre ses moyens en fonction des effets souhaités par le commandant du GTIA. Cette articulation des moyens génie peut aller jusqu’à dissocier le groupe de combat en équipes pour des actions spécifiques comme les fouilles par exemple ou le combat en zone urbaine. On mesure ici toute l’importance de la formation de métier et de l’entraînement interarmes pour les jeunes cadres et caporaux, qui sur le terrain peuvent être investis de missions délicates dans une relative autonomie. On mesure aussi tout l’intérêt pour le génie de disposer d’un système de communication performant.

Schéma organisation du commandement génie dans le cas d’un DETGEN

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SAPEUR
Cette cohérence de l’appui génie s’exprime également à travers le renforcement de la capacité " organisation du terrain-travaux " et " aide au déploiement " des compagnies d’appui des RGBIA, et le maintien de capacités certes échantillonnaires mais indispensables à l’appui d’une Force d’intervention, et dont le génie lui-même ne doit pas remettre en cause la nécessité. Ce sont la section équipement montagne du 2e REG et les sections spécialisées équipement plage et équipement piste du 6e RG et du 17e RGP. Ces capacités doivent non seulement être pérennisées mais elles doivent surtout l’être en simple qualification, peut-être au détriment d’autres capacités plus facilement exploitables en double qualification comme le franchissement. En effet, en cas de besoin opérationnel plus important, elles pourraient dériver au sein de chaque corps des sous-ensembles spécialisés qui seraient alors employés en action d’ensemble. Enfin, la capacité d’appui génie doit suivre l’évolution de la mission ou de l’état de la Force (volume, (re) déploiement) et non pas être en décalage complet avec l’action envisagée. Cette évolution ne peut être strictement homothétique et indexée sur le volume global de la Force. À cet égard, il faut logiquement consentir un volume significatif de moyens lors de l’entrée sur le théâtre et lors du retrait de la force, en tolérant une fois la phase d’installation terminée un volume minimum strictement nécessaire mais cohérent pour l’appui des groupements tactiques. qui fixeront in fine le format de la Force. Toutefois, cette réalité ne doit pas estomper la nécessité de disposer dès le début de crise, des capacités en effets et en volume suffisantes pour marquer son ascendant sur l’adversaire et préserver sa liberté d’action. Dans ce cadre, seule une véritable manœuvre intégrée du génie permet de répondre aux exigences opérationnelles qui vont toujours croissantes avec des moyens toujours comptés. Il faut pour cela, être présent au moment où tout se décide, voire en amont ; mettre en place un système de commandement génie unique, adapté et représentatif du niveau d’emploi considéré ; et surtout maintenir les capacités génie dans un spectre large en recherchant l’aptitude à agir sur tous les terrains (y compris la zone urbaine), la robustesse des équipements et la suffisance technologique.

CONCLUSION
Considérant la gestion de crise dans un cadre national ou en coalition, les conditions d’engagement d’une force opérationnelle resteront toujours dépendantes de la part que la France souhaite prendre dans la résolution de la crise, et soumises aux contraintes budgétaires

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SAPEUR
Colonel Denis PARMENTIER

LES ARMES À LÉTALITÉ RÉDUITE APPLIQUÉES À LA CONTRE-MOBILITÉ
Non-lethal, hardware dedicated weapon systems seem to be well adapted tools for peace keeping operations, and they could constitute a main axis of development. They provide new and non-conventional capabilities to armed forces, especially in counter-mobility actions. Nevertheless, the efficiency and even the concept of these weapons are subject to debates. There remain a lot of controversies, and regarding to legal, political, military and moral aspects, this is a very sensible domain. Therefore, a conceptual and standardizing work is necessary before any further development. En 2001, l’état-major de l’armée de terre rédigeait et validait un nouveau concept de contre-mobilité1. L’élaboration de ce document tenait compte des deux évolutions majeures suivantes : • d’une part, la mise en œuvre des moyens relevant du domaine classique de la « contre-mobilité », c’està-dire la constitution d’obstacles, devient de plus en plus contrainte par la nature des engagements dans lesquels il s’agit plus de maîtriser la violence que de vaincre un ennemi. Cependant, il est clair que, sur le long terme, ce domaine reste pertinent et justifie la poursuite des travaux engagés, qui doivent cependant tenir compte des contraintes juridiques et d'opinions publiques, • d’autre part, la technique offre de plus en plus de possibilités pour satisfaire de multiples besoins opérationnels, dont ceux de contremobilité, ce qui élargit singulièrement le spectre de mise en œuvre des activités correspondantes et des techniques auxquelles elle peut faire appel, permettant ainsi de satisfaire les nouveaux besoins générés par les évolutions des engagements. Le nouveau concept de contre-mobilité se fonde, d'une part sur l'optimisation des capacités existantes par la graduation des effets2 et d’autre part sur le développement de deux aptitudes, la réversibilité et la réactivité. Il sous-tend le projet de système de contre-mobilité réactif (SYCOMORE) qui permettra, avec un nombre réduit d'opérateurs, de surveiller, contrôler, interdire des itinéraires d'accès et des compartiments de terrain, en particulier en zone urbaine, face à des véhicules ou à du personnel débarqué. Il s'intégrera dans l'architecture générale du système de contrôle de zone futur. Le premier maillon de cette chaîne devait être constitué par le système HPD F4. Or, d’arbitrages budgétaires en indécisions structurelles, il devient de moins en moins probable de pouvoir lancer et mener à terme un programme d’armement concernant des mines et leur système de pose. Volens nolens, l’armée de terre risque à moyen terme de perdre sa capacité de contre-mobilité. Cependant, aujourd’hui, les évolutions en matière de technologie permettent d’envisager des développements capacitaires à court et moyen terme, en particulier dans le domaine de la contremobilité, tout en s’affranchissant de l’emploi des mines antichars et des destructions irréversibles des infrastructures. En effet, si les armes à létalité réduite ont trouvé une application réglementaire, à défaut d’être consensuelle, dans les armées, leur application dans le domaine de la contre-mobilité n’est toujours pas envisagée, or, elles offrent des potentialités importantes qui devraient attirer l’attention des sapeurs dans le cadre du combat futur des forces terrestres.

Admis en 1980 à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, le colonel Parmentier choisit l’arme du génie et effectue son stage d’application à l’ESAG (1982-1983). Sa carrière d’officier se partage entre des affectations en régiment ou en administration centrale. Il a notamment servi au 11 RG et au 6 e RG comme CDS et CDU. Il a été chef du BOI du 34 e RG.
e

Promu colonel en 2001, il a commandé, de 2002 à 2004, le 13e régiment du génie à EPERNAY puis au VALDAHON. Pendant cette période, il a pris le commandement du BATFRA 6 au KOSOVO. Il a également servi au bureau de conception des systèmes de forces de l’EMAT, une première fois de 1998 à 2002 en tant que chargé de la fonction « Agencement de l’espace terrestre », puis de 2004 à 2005 en tant qu’adjoint et officier en charge de la cohérence opérationnelle du système de forces « Maîtrise du milieu aéroterrestre ». Ingénieur de l’école nationale des ponts et chaussées, il a suivi la 108 e promotion du cours supérieur d'état-major et la 3 e promotion du CID. Depuis l’été 2005, il occupe les fonctions de chef du Bureau APPUIS au sein de la Direction du Personnel Militaire de l’armée de Terre.

1) Concept de contre-mobilité XXI n° 46/DEF/EMAT/BCSF/AET du 02/02/2001 2) La capacité de graduer les effets permet d'accroître les possibilités d'emploi d'un système de combat et, en conséquence, la liberté d'action du commandant de la force. - 11 -

SAPEUR
DE QUOI S’AGIT-IL ? RECHERCHE D’UNE DÉFINITION
La notion de létalité ou de mort renvoyant à l’homme, il s’agit tout d’abord interrogé sur la définition d’armes à létalité réduite. Le Chef d’État-Major des Armées a diffusé, en date du 27 janvier 2005, un premier concept d’emploi applicable par l’ensemble de nos forces armées. Ce document donne la définition suivante : Les armes à létalité réduite sont des équipements spécifiquement conçus et mis au point pour mettre hors de combat ou repousser les personnes, et qui, dans les conditions normales prévues pour leur emploi, présentent une faible probabilité de provoquer une issue fatale, des blessures graves ou des lésions permanentes. Ce document précise que les matériels qui permettraient de limiter les dommages sur l’environnement et tous les moyens qui visent à mettre hors d’état les matériels sont à exclure de cette catégorie, sauf lorsqu’ils sont employés dans le but de réduire par effets indirects les dommages aux personnes. Cette définition est assez proche de celle adoptée par l’OTAN, à ceci près que cette dernière utilise l’expression « non létales », au lieu de « létalité réduite », tout en reconnaissant les risques de létalité et qu’elle admet explicitement que ces armes puissent avoir une finalité anti-matériels « Les armes non létales (ANL) sont des armes spécifiquement conçues et mises au point pour mettre hors de combat ou repousser le personnel, avec une faible probabilité d’issue fatale ou de lésion permanente ou mettre hors d’état le matériel, avec un minimum de dommages non intentionnels ou d’incidences sur l’environnement ». Nos forces étant le plus souvent appelées à intervenir en milieu urbain, face à des éléments hostiles pouvant disposer d’équipements diversifiés et innovants, il paraît justifié d’envisager de les doter d’armements capables de neutraliser ou de détruire certains moyens adverses tout en limitant à la fois les pertes humaines, en particulier dans la population, et les dégradations des infrastructures dont la disponibilité est indispensable au retour à la paix. On observe d’ailleurs que, confronté en Irak à la multiplication des attaques suicides conduites à bord de véhicules chargés d’explosifs et aux risques de méprise, le Pentagone vient de retenir comme besoin prioritaire la capacité d’arrêter un véhicule sans mettre en cause la vie du conducteur et des tiers. Les expressions « Armes à Effets Contrôlés » ou « Armes à Effets Collatéraux Réduits » sont parfois utilisées pour définir ce type d’équipements ; elles trouvent un écho favorable auprès des États-majors. Je me tiendrai cependant à l’expression « Armes à Létalité Réduite visant le Matériel » que, dans l’intention d’alléger la lecture de cet article, je désignerai sous le sigle ALRM. Il s’agit bien de moyens qui, par la spécificité de leur conception, ne sont prévus que pour réduire ou neutraliser les capacités des équipements et des matériels de l’adversaire, ainsi que la disponibilité des infrastructures en s’efforçant de limiter les dommages indésirables, en particulier envers les personnes. L’emploi de ces armements ne peut exclure totalement le risque de létalité, notamment du fait d’un enchaînement imprévisible de réactions ou d’une utilisation non conforme. Il convient d’admettre également à ce stade de la réflexion que certaines des technologies qui seraient développées à cette fin puissent trouver, avec des caractéristiques ou des réglages différents, des applications létales et capables de détruire leurs cibles. En tout état de cause, il s’agit bien d’armes dont l’emploi ne peut être envisagé que dans le cadre plus général de l’usage de la force. sence de dommages occasionnés aux équipements visés. On admettra cependant quelques exceptions dictées par le bon sens. Par exemple, l’emploi d’un projecteur de micro-ondes destiné à neutraliser le dispositif électronique de mise à feu d’un individu soupçonné de pouvoir commettre une attaque suicide. Les ALRM n’incluent pas non plus les opérations psychologiques, ni celles liées à l’information qui revêtent une connotation immatérielle et agissent dans un champ particulier. En revanche, certains moyens NBC peuvent entrer dans cette catégorisation dans les limites autorisées par les lois et traités en vigueur : en effet, certaines ALRM relèvent de processus chimiques, les polymères par exemple, d’autres de processus biologiques.

POURQUOI DES ALRM ? UN ENVIRONNEMENT STRATÉGIQUE MOUVANT
Le nouvel environnement géostratégique conduit à repenser l’usage de la force. Il ne s’agit plus de démoraliser un ennemi bien identifié et de le battre par la destruction de ses forces armées et de son potentiel économique. En effet, sans pouvoir être exclu, l’engagement de nos forces armées dans un conflit majeur est communément considéré comme peu probable pour les vingt à trente prochaines années. En revanche, la gestion de crises de diverses natures constituera très vraisemblablement l’essentiel de notre activité opérationnelle sur cette période. Dans la plupart des cas, l’engagement de nos forces a pour objet la séparation de groupes hostiles ou l’imposition d’une volonté politique, en cherchant à limiter l’emploi de la force au plus bas niveau compatible avec le succès de la mission et en évitant, autant que faire se peut, d’endommager gravement les infrastructures dont le bon fonctionnement est indispensable au retour à la paix. Le développement de l’urbanisation, avec une fréquente imbrication, délibérée ou non, des installations militaires et civiles, conduit également à imaginer de nouveaux modes d’action. La logique de choix des options militaires en soutien des actions politiques de résolution des crises et des conflits

PÉRIMÈTRE
Le nombre important de systèmes d’armes, de protection ou d’information qui, en apparence, satisfont à la définition retenue nécessite d’en préciser le périmètre. Dans la typologie des ALRM, ne peuvent être retenues comme telles que celles qui, en dehors de leurs effets indirects sur l’homme, agissent sur les capacités physiques des matériels et des infrastructures. En conséquence, les moyens de guerre électronique et en particulier les moyens d’agression (intrusion, brouillage…) ne peuvent pas être normalement considérés comme des ALRM. Les effets recherchés par ce type de moyens n’ont en effet rien à voir avec la notion de non-létalité, malgré l’ab- 12 -

SAPEUR
doit désormais prendre en compte les données suivantes : • L’emploi aussi maîtrisé, gradué et mesuré que possible de la force afin de limiter les pertes humaines chez les différents acteurs du conflit ou de la crise. En effet, assez souvent, l’adversaire ne sera plus une nation mais une partie de la classe dirigeante, un groupe actif, des parties antagonistes de la population… • La présence des populations : sur tout théâtre d’opérations, nos forces ont à faire face à la présence de noncombattants (populations civiles, ONG), ce qui interdit l’acceptation de pertes collatérales. Simultanément, tout ou partie des populations tend à s’ériger en acteur des crises et des conflits et n’hésite plus à rechercher l’affrontement avec nos forces, ou à provoquer des bavures. La notion de ligne de front tend alors à disparaître. • La nécessité de la reconstruction : l’effet final recherché des engagements vise généralement à faire plier la volonté adverse, tout en se gardant la possibilité de rétablir au plus vite les conditions permettant la restauration d’une vie économique, sociale et administrative normale. Les atteintes aux infrastructures devront donc être aussi limitées que possible. • Le facteur temps : les méthodes modernes de conduite des opérations militaires en ont considérablement accéléré le tempo. La phase de stabilisation et celle de reconstruction interviennent donc très vite après les combats ; elles sont même souvent imbriquées. La rapidité de remise en route des installations devient alors un facteur déterminant pour gagner la confiance des populations, lorsqu’il en est encore temps. Les caractéristiques des armes doivent répondre à ces nouvelles exigences. La diversité des menaces implique par ailleurs une grande variété de moyens de riposte. Dans ce contexte, l’emploi d’armes classiques, létales et explosives, comme les mines ou les charges formées, peut dans certains cas se révéler inadapté et disproportionné au regard des missions à accomplir. C’est pourquoi des Armes à Létalité Réduite visant le Matériel (ALRM) leur seront alors préférées.

ÉVALUATION DU BESOIN OPÉRATIONNEL
Ces armes doivent permettre de neutraliser des matériels ou des infrastructures pendant une période limitée, ou éventuellement de les détruire, tout en ayant également des effets réduits, et si possible réversibles, sur les personnes comme sur l’environnement des cibles visées. Cette réflexion s’inscrit dans une vision de conduite d’opérations visant à obtenir des effets politico-militaires définis, théorisée par le concept d’ " opérations basées sur les effets " (EBO). Selon la situation opérationnelle rencontrée, le choix entre la neutralisation ou la destruction d’une cible pourra répondre à l’un ou plusieurs des critères suivants : • besoin de donner un avertissement, • besoin d’immobiliser des mobiles terrestres ou maritimes, • auto-protection de nos forces, • volonté de préserver des infrastructures en vue de la sortie de crise, • risques d’effets collatéraux inacceptables, • niveau de protection de la cible, • cible contenant des produits dangereux. Les cibles doivent pouvoir être choisies en fonction de l'effet politico-militaire recherché, ce qui justifie un premier besoin de diversification des effets des armes. Les impératifs tant logistiques qu’opérationnels amènent ensuite naturellement à favoriser une aussi grande polyvalence que possible de ces armes. Par ailleurs, l’environnement politique, médiatique, et juridique de ces actions rend de plus en plus nécessaire la maî- 13 -

trise de l’ensemble des effets des armes. En effet, la capacité de réponse à la gradation des formes d’engagement, de la crise au conflit, nécessite l’obtention d’effets contrôlés (désorganiser, neutraliser, détruire). Enfin, la décision d'emploi d'un moyen d’action ne repose plus uniquement sur l'efficacité des effets directs obtenus sur la cible, mais également sur la maîtrise des effets indirects ou « collatéraux » au sens large (effets non planifiés et non intentionnels, mais aussi effets environnementaux), auxquels les opinions publiques, acteurs importants de la gestion de crise, sont particulièrement sensibles.

EMPLOI DES ALRM
Les leçons apprises des crises et des opérations récentes, leur nature, leur environnement médiatique, l’évolution de la sensibilité des opinions publiques occidentales montrent l’intérêt de doter les forces d’armes non létales, notamment dans le cadre du contrôle urbain. Toujours plus engagées dans la durée et au contact de la réalité complexe des milieux humain et physique, particulièrement dans des conflits asymétriques, s’engageant parfois au sein d’alliances internationales, les armées doivent pouvoir répondre à tout type de situation relevant du concept de juste suffisance. Dépassant le seul contrôle des foules, les ALRM ouvrent des horizons nouveaux dans la résolution des engagements futurs, notamment lorsqu’ils donnent lieu à des actions relevant essentiellement de la maîtrise de la violence. Ainsi, dans le cadre d’opérations comme la Côte d’Ivoire ou la Bosnie, quels que soient le type d’opération et le mode opératoire retenu initialement, la force peut être confrontée à une foule, par

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définition versatile. Après avoir imposé un cessez-le-feu et afin d’éviter les affrontements interethniques, il s’agit de contrôler ou sécuriser une zone (effet sur le terrain), de s’interposer entre deux factions ethniques (effet sur la population, les milices) tout en assurant sa propre sécurité et sauvegarde (effet sur les amis). Dans le cadre d’une opération de guerre3, comme le conflit irakien, il s’agit de mener des actions de combat intensives parfois en zone urbanisée tout en limitant les dommages collatéraux. Enfin, lors des opérations aériennes au Kosovo, il s’agissait, avant de lancer une opération terrestre, d’entamer la force morale de l’adversaire, et plus particulièrement de ses dirigeants, par la destruction ou la neutralisation d’objectifs politiques (bâtiments administratifs), économiques (production d’énergie, ponts) et militaires (réseaux de télécommunications). L’emploi des ALRM paraît pouvoir être envisagé : • Dans tous les types d’engagement : en coercition, pour neutraliser temporairement, ou si nécessaire plus durablement, des infrastructures, barrer des axes ou des points de passage. Dans le cadre de la maîtrise de la violence, et des actions de basse intensité, pour contrer la mobilité des foules. Dans le cadre d’opérations de contrôle d’embargo pour lutter contre les trafics et l’immigration illicites. • Sur l’ensemble de la zone d’opération, aussi bien sur des objectifs stratégiques par la neutralisation d’une infrastructure ou d’un centre

de décision, que sur des objectifs tactiques comme, par exemple, des axes de pénétration ou des colonnes de véhicules. - Pour l’auto-protection de nos forces, comme la protection de nos installations et infrastructures en opérations extérieures. L’emploi des ALRM peut concerner trois grandes catégories d’objectifs : des infrastructures (usines électriques, centres d’émission radioélectrique…), des matériels militaires et particulièrement les véhicules de combat (blindés, aéronefs au sol, systèmes d’armes), et enfin des véhicules de gamme commerciale (bus, voitures). Grâce à la réversibilité de leurs effets ou à la limitation de leur pouvoir destructif, les ALRM peuvent grandement contribuer au succès tactique en maintenant ou ramenant la violence au plus bas niveau possible. En limitant l’effet permanent des destructions endurées par l’adversaire, ou l’ami sur le territoire duquel on intervient, elles concourent à une sortie de crise plus rapide

Elles constituent une capacité, parfois indispensable, qui contribue à diversifier la gamme des moyens mis en œuvre par les forces, et à compléter le vide existant entre le « tout ou rien » d’une action qui pourrait paraître dans certaines opérations disproportionnée ou inadaptée. La conception, comme l’utilisation de ces armes, s’inscrivent pleinement dans le cadre d’une opération basée sur les effets et ne doivent être pensées qu’en complémentarité des moyens classiques qui garantissent la supériorité opérationnelle. Cependant, il est à noter que l’effet maximum des ALR et ALRM est obtenu lorsque celles-ci sont employées de façon « coordonnée » avec des armes classiques. Cependant, même si l’utilisation des ALR-ALRM ne peut exclure des pertes humaines, leur emploi reste moins létal que les armes « classiques » employées dans les mêmes conditions et sur le même type d’objectifs. Il s’agit donc d’accepter le risque avec un niveau de létalité contrôlé par rapport aux armes existantes.

LES ASPECTS JURIDIQUES DU DÉVELOPPEMENT DES ALR-ALRM4
Les armes non létales constituent dans les faits une nouvelle génération d’armements que ne régit spécifiquement aucun texte de droit ; il n’existe aucune définition commune internationale des ALR, lesquelles ne constituent pas, au regard du droit international, une catégorie d’armements distincte. Les États et différentes organisations internationales ont ainsi développé leur propre politique vis-à-vis de ces armes et en donnent leur propre définition. L’OTAN par exemple

COMMENT UTILISER LES ALRM ? PRINCIPES D’EMPLOI OPÉRATIONNEL DES ALR ET ALRM
Il n’existe pas d’opérations non létales. L’emploi de la force armée a pour objet d’exercer un effet décisif sur l’adversaire pour détruire, réduire ou neutraliser ses capacités de manœuvre. Dans ce cadre, l’utilisation des seules ALR ne peut donc pas correspondre à un principe d’emploi.

3) Au sens de l’IM 1000 4) Cette analyse vaut pour les ALR comme pour les ALRM. - 14 -

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déclare que « la recherche et le développement, l’acquisition et l’emploi d’armes non létales sont à tout moment conformes aux traités, aux conventions et au droit international applicables, en particulier le droit des conflits armés, ainsi qu’à la législation nationale et aux règles d’engagement agréées ». En 2001, la France a adopté la définition donnée par l’OTAN en 1999, en introduisant la notion de létalité réduite5. Cependant, les armes non létales peuvent être juridiquement rattachées aux textes nationaux, communautaires et internationaux réglementant les armes conventionnelles et les armes chimiques et biologiques. L’usage des armes non létales doit en effet se conformer aux dispositions du droit international humanitaire et du droit des conflits armés, et il est possible d’étendre aux ALR les conventions sur les armes traditionnelles, chimiques et biologiques. Cependant, le problème commun de ces textes réside dans leur imprécision : ils portent tous interdiction totale de développement et d’emploi d’agents biologiques et chimiques qui ne sont pas destinés à une utilisation pacifique, et ce sans exception. Mais dans aucun de ces textes n’est établie la distinction entre le caractère létal et le caractère non létal des armes concernées. Les intentions finales des ALR et des armes chimiques et biologiques classiques sont très difficiles à différencier tant les produits utilisés et les processus mis en œuvre sont similaires. Ainsi, selon l’interprétation faite de ces textes, le développement et l’emploi d’ALR est légal ou non, puisqu’il n’est pas explicitement interdit d’utiliser des moyens chimiques ou biologiques si les fins sont pacifiques. Le développement des armes non létales devrait conduire à court terme à un réajustement de la législation internationale. En tout état de cause, l’EMA précise dans sa « Doctrine d’emploi des armes à létalité réduite », du 21 janvier 2005 : « L’encadrement juridique de l’usage des ALR en opérations est assuré au moyen des ROE (règles opérationnelles d’engagement), élaborées au cours de la planification ».

MEDIA ET ARMES A LÉTALITÉ RÉDUITE
L’engagement des forces armées occidentales se déroule désormais en temps réel sous le regard de l’opinion publique internationale. Les scènes les plus violentes et les plus sensibles peuvent être projetées à de nombreuses reprises afin que nul ne l’ignore. Qu’elle soit relayée ou façonnée par les médias, l’opinion publique pèse sur le déroulement des conflits au point de présenter un pouvoir de dénonciation d’actes jugés immoraux mais aussi de (dé-) légitimation de décisions gouvernementales sans que le dossier à charge soit toujours convenablement instruit ; l’extrême judiciarisation dont font l’objet les conflits armés et les interventions militaires ajoutent d’ailleurs à la difficulté de l’exercice. La couverture médiatique des opérations militaires conditionne donc en partie leur déroulement, elle est de nature à compromettre la marge de manœuvre des décideurs politiques et à introduire des changements dans les modes d’action des forces et leurs armements. Les exemples sont nombreux. Sur le plan militaire, on citera l’interdiction des mines anti-personnel, celle des obus à uranium appauvri ou encore celle des lasers d’aveuglement. Face à des images de violence, les réactions des opinions publiques sont d’autant plus vives qu’il s’agit d’opérations destinées à ramener la paix ou à protéger les populations. Ainsi, récemment, lors des opérations de Côte d’Ivoire, la presse française s’étonna de l’usage d’armes à feu par nos forces, tandis que ceux qui s’employaient à gêner leur mission prenaient à témoin l’opinion internationale. L’apparition d’armes à létalité réduite paraît donc de nature à répondre à l’attente de l’opinion, mais il faut se garder de laisser penser qu’il est toujours possible d’employer les forces armées sans faire de victimes. L’emploi d’ALR, y compris celles visant les matériels, risque d’être perçu par des observateurs ou les parties en présence comme l’engagement moral de ne pas faire courir de risques létaux à l’adversaire du moment. Or, outre le fait qu’un accident est tou-

jours possible, il peut être nécessaire d’utiliser des armes de guerre pour assurer la sécurité de nos forces, sans oublier le risque de provocation ; face à des blessures graves ou des pertes mortelles, l’adversaire pourrait considérer qu’il y a rupture des règles du jeu, tandis que les médias internationaux estimeraient devoir dénoncer ce qu’ils jugeraient comme une faute grave de notre part. Il y a donc lieu de bannir l’expression « armes non létales » et de faire percevoir les armes à létalité réduite comme un des moyens, à côté des armes de précision en particulier, de réduire les pertes humaines et de minimiser les effets collatéraux indésirables, sans que cela puisse faire douter de notre détermination.

POUR CONCLURE
En dépit de la rapidité et de la nature des changements qui affectent tous les types d'engagement dans les domaines géopolitique, éthique, juridique, opérationnel et technique, la contre-mobilité reste un besoin opérationnel permanent des forces. Il ne serait pas raisonnable de continuer à penser et donc à baser notre doctrine sur d’improbables financements d’équipements dont ni les décideurs politiques ni une partie des chefs militaires n’envisagent plus l’emploi face aux contraintes diverses et variées. En revanche, il nous appartient d’arrêter une stratégie générique qui soit clairement orientée vers les moyens d’intervention au détriment de certains vecteurs conventionnels. Elle permettrait de mettre à la disposition de la force des équipements contribuant à sa spécificité, à savoir la capacité à adapter son action aux circonstances, sans réduire le conflit à une relation manichéenne amiennemi. Le Génie se doit d’être présent dans ce domaine exigeant en matière d’innovation.

5) OTAN, « Politique de l’OTAN sur les armes non létales », Déclaration de presse, 13 octobre 1999. - 15 -

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Colonel Gaëtan PONCELIN de RAUCOURT

LA MONTÉE EN PUISSANCE DU MÉCANISME COMMUNAUTAIRE DE PROTECTION CIVILE ET SES ENJEUX POUR LES ARMÉES
On October 2005, the North of Pakistan was hit by a strong earthquake. The Monitoring and Information Centre (MIC) at the European Commission sent a French Army officer on scene as deputy head of a coordination team to monitor the EU emergency relief from Islamabad. On January 2006, an other French Army officer followed an EU training program in order to take part in civil protection assistance interventions through the Community Mechanism. Issued in 2001 by the 2001/792/CE statement, this Mechanism is triggered on request in case of a disaster inside or outside the EU. Its main purpose is to send a rapid reaction force composed of civilian and military experts, ready to commit on short notice and to coordinate the different contributions. In this context, the Army officers from the civil affairs component have an important role to play. Thanks to their operational background and their culture in military and civil protection, these officers may claim to be relevant counterparts for building up the European civil defence and asserting the French leading role in the EU. Le 8 octobre 2005, un séisme d’une magnitude de 7,6 sur l’échelle de Richter frappe le nord du Pakistan. Le 9 octobre, la Commission européenne décide de déclencher le Mécanisme Communautaire de Protection civile. Étant à Islamabad dans le cadre de l’aide bilatérale française, je suis désigné coordonnateur européen adjoint de l’ensemble des contributions fournies par les 25 États membres sur le théâtre. L’équipe de coordination, désignée par le Centre de suivi et d’information de la Commission européenne (MIC1), est initialement composée d’un anglais (chef de la coordination) et d’un français (moimême). Elle sera renforcée ultérieurement par un officier français du COMFORMISC (capitaine Bourgoin) et par un fonctionnaire du MIC. Pendant 11 jours, du 9 au 20 octobre inclus, les missions dévolues à cette cellule de coordination déployée sur le terrain se résument aux points suivants : • évaluer les besoins d’assistance complémentaire, • informer quotidiennement les États membres, via le MIC, de la situation sur le terrain, des besoins supplémentaires ou ultérieurs et de l’emploi des contributions des États membres,

Le colonel Gaëtan PONCELIN de RAUCOURT est le chef de corps du 3 e Groupement d’incendie depuis l’été 2004. Saint-cyrien de la promotion Grande Armée (1981-83), il sert successivement aux 2 e et au 3 e Groupements d’incendie, ainsi qu’au Bureau Opérations de la BSPP. Admis à l’EMSST en 1994, il est diplômé de l’IEP de Paris. Breveté de l’Enseignement militaire supérieur (110 e promotion du CSEM et 5 e promotion du CID), il sert successivement au Centre de relations humaines de l’armée de terre (CRH), au Bureau études générales de la BSPP. En 2003, il rejoint le 3 e Groupement d’incendie en tant que commandant en second.

1) MIC : Monitoring and Information Center (situé à Bruxelles) - 17 -

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Suède, République tchèque, Belgique, Bulgarie, Hongrie, Pologne, Italie et France. L'élément central du stage est une restitution d'une journée sur le terrain, sur un thème de sécurité civile : mission d’évaluation dans un pays fictif, sous l’égide UE, ponctuée d’incidents. ** * Ces deux missions réalisées par deux officiers de la BSPP soulèvent une question de fond : qu’est-ce que le Mécanisme communautaire de protection civile et en quoi est-il susceptible de concerner les armées ? • fournir une assistance technique et scientifique aux autorités pakistanaises compétentes et aux services de la Commission, • coordonner l’assistance fournie par les États membres participant au mécanisme communautaire, • coordonner cette assistance avec celle délivrée via l’ONU, • assurer la liaison entre les autorités locales requérantes et les équipes d’assistance provenant des États participant au mécanisme, • maintenir des relations étroites avec la nation hôte, les autres organisations internationales sur place et le chef de la Délégation de l’UE au Pakistan. Le 23 janvier, je suis convié à Bruxelles pour participer au RETEX sur cette mission, en présence des représentants des différents États membres. Il en ressort très nettement que l’équipe de coordination sur le terrain doit être significativement renforcée, en termes d’effectifs et de soutien logistique, pour lui permettre d’assumer efficacement l’ensemble des missions qui lui sont dévolues. ** * Du 20 au 27 janvier 2006, le colonel MONARD, commandant le 1er Groupement d’incendie, participe à un stage intitulé « European Union Community Mechanism Induction » à la Teknisches Hilfwerk (THW) Schule. Ce stage, financé par l'Union Européenne, constitue le premier volet d’un cycle de formation (« évaluation », « management opérationnel », « coordination »), destiné à former un réservoir d'experts en sécurité civile pour l'Union Européenne. Il dure six jours pleins et est dispensé en langue anglaise par des spécialistes de l'action humanitaire de la THW, des consultants internationaux en sécurité civile des Nations Unies ou de l’OTAN. L'objet de cette formation est de donner les bases réglementaires et institutionnelles d'une mission d'évaluation mandatée par le MIC, en coopération avec l'UN Office for Cooperation in Humanitarian Affairs (UNOCHA). Elle est foncièrement orientée vers l'étude pratique de cas et procède du travail de groupe. Les participants à ce stage sont de hauts fonctionnaires civils ou militaires des directions européennes de sécurité civile. La représentation des pays de l'UE est la suivante : Allemagne, Irlande, Slovénie, Chypre, Grèce, Pays-Bas, ** * Le mécanisme communautaire de protection civile ne cesse de monter en puissance et les forces armées y seront de plus en plus étroitement associées. Le mécanisme communautaire de protection civile a été établi en 2001 par la décision 2001/792/CE du Conseil2 afin de faciliter la mobilisation des secours provenant des États membres en cas d’urgence majeure. Il couvre tous les États membres, les pays candidats et les pays de l’EEE3. Il prévoit des interventions aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur de l’Union européenne. Il ne s’agit pas d’un instrument financier ; le mécanisme est axé sur la mobilisation des moyens existants (habituellement du matériel de recherche et de sauvetage, des services médicaux, des hébergements temporaires, des installations sanitaires, etc.) nécessaires pour sauver des vies et soulager les souffrances dans les premiers jours qui suivent une catastrophe.

2) Décision 2001/792/CE du 23 octobre 2001 3) EEE : Espace Economique Européen - 18 -

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suite à une demande d'aide envoyée par le Centre de suivi et d'information de l'UE (MIC) ; • de resserrer les liens entre le mécanisme et les systèmes d'alerte rapide, et de renforcer les capacités d'analyse et de planification du MIC ; • d'améliorer l'évaluation, sur le terrain, des besoins spécifiques en matière de protection civile et la capacité de coordination du déploiement des moyens communautaires de protection civile, en totale coopération avec les autres parties concernées ; À la suite de la tragédie du tsunami qui a frappé l'Asie du Sud en décembre 2004, le Conseil des ministres de l'UE a décidé d'examiner les différents moyens de perfectionner le mécanisme communautaire de protection civile et les possibilités de doter l'UE d'une force d'intervention rapide en cas de catastrophe. Le Parlement européen a également appelé de ses vœux la création d'un groupe d'unités spécialisées dans la protection civile. Le 31 janvier 2005, la présidence luxembourgeoise a présenté un plan d'action portant sur divers aspects des opérations de secours en cas de catastrophe. En avril 2005, la Commission a proposé un instrument de préparation et de réaction rapide aux urgences majeures qui fournit le cadre juridique futur permettant de financer les opérations de protection civile. Elle a proposé une augmentation notable du financement, avec des montants annuels allant de 16 millions d'euros en 2007 à 30 millions d'euros en 2013. La Commission reconnaît ainsi l'importance d'une mobilisation immédiate des secours en tant que manifestation concrète de la solidarité de l'Europe en cas d'urgence majeure. Également en avril 2005, la Commission a adopté une communication intitulée « Renforcer la capacité de réaction de l'UE en cas de catastrophes et de crises ». Cette communication présente la réponse globale de la Commission au plan d'action communautaire et propose une série de mesures visant à améliorer la capacité générale de réaction de l'UE. La Commission a aussi adopté une communication spécifique intitulée « Perfectionner le mécanisme communautaire de protection civile », qui explique en détail les moyens proposés par la Commission pour renforcer les
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secours européens en matière de protection civile et améliorer la capacité de l'UE dans ce domaine. Cette communication proposait différentes mesures pouvant être immédiatement mises en œuvre afin de perfectionner le mécanisme et d’optimiser ses effets sur le terrain. Il s’agit notamment : • d'améliorer le niveau de préparation grâce à de nouvelles actions de formation et de nouvelles analyses ; • d'établir des scénarios couvrant tous les types de catastrophes afin de déterminer quelles sont les lacunes et les faiblesses du système européen de protection civile, avec l'entière participation des États membres ; • d'élaborer une approche modulaire fondée sur des modules nationaux de protection civile pouvant être déployés rapidement. Tous les pays participants doivent recenser à l'avance les modules autonomes de protection civile (épuration de l'eau, opérations de recherche et de sauvetage, télécommunications, etc.) pouvant être déployés rapidement

• d'améliorer l'accès aux ressources militaires de l'UE en cas d'opérations de secours ; • d'octroyer un financement communautaire pour couvrir les coûts de transport. Le 26 janvier 2006, la Commission a adopté un nouvel ensemble de propositions visant à renforcer le mécanisme et à élargir le champ de l’action communautaire. Elles reposent sur les idées exposées dans sa communication d'avril 2005 citée ci-dessus. Parmi les propositions les plus récentes figure l'adoption d'une nouvelle approche de la question des transports. Bien que la responsabilité des transports relève toujours des États membres, la proposition permettrait à la Commission de mobiliser et de financer des moyens de transport si cela s’avère nécessaire. Les nouvelles propositions permettraient aussi à la Commission de mobiliser des secours et des équipements supplémentaires indispensables pour une situation d’urgence donnée et que les

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L'intérêt marqué de l'OTAN pour la montée en puissance d'une Joint Task Force de sécurité civile se développant en coopération avec l'UE et les Nations Unies, s’illustre en outre par la présence à la SHAPE NATO SCHOOL d’une cellule CIMIC4 dirigée par un officier inséré. La prestation des militaires du stage a été particulièrement remarquée lors des travaux de groupe et des exercices de restitutions par les observateurs de l’UE et prouve toute la pertinence pour les armées d'investir ce champ de compétences. Elles disposeront en effet d’un vivier d’experts susceptibles de détenir les différents niveaux de qualification requis dans le domaine de la coordination européenne, afin d'insérer dans ce réseau des officiers capables d'activer des passerelles avec l'OTAN, les Nations Unies et les différents États contributeurs dans le cadre d’engagement de moyens civilo-militaires au profit de populations sinistrées. Dans cette perspective, les officiers du domaine sécurité présentent l’avantage de bénéficier d’une double culture (militaire et sécurité civile). Ils constituent dès lors un atout majeur pour les armées en matière d’emploi et de coordination des forces en cas de catastrophe, naturelle ou non, en ou hors d’Europe.

États membres ne peuvent pas fournir. Il est apparu, lors d’urgences passées, qu’en cas de catastrophes simultanées, certains types d’équipements risquent d’être difficilement mobilisables via le mécanisme, comme le matériel de décontamination de masse en cas d’attaques terroristes simultanées, ou les pompes à grande capacité en cas d'inondations. Les nouvelles propositions visent à faire en sorte que l’Union dans son ensemble puisse réagir à tout type d’urgence majeure. Par ailleurs, la Commission sera aussi mieux à même de contribuer à l’élaboration de systèmes d’alerte précoce permettant au MIC et aux États participants d’agir dans les meilleurs délais. La coordination des interventions dans les pays tiers serait renforcée, qu’il s’agisse d’opérations menées en autonomie ou de contributions à des opérations dirigées par une organisation internationale. Les propositions chargent aussi la Commission de fournir un appui logistique de base aux experts et aux équipes envoyés sur les lieux d’une catastrophe, notamment sous la forme d’équipements de communication. ** * Cette montée en puissance incontestable du mécanisme communautaire s’inscrit dans un contexte plus large de coopération internationale destinée à répondre, à un niveau politico-militaire, aux catastrophes majeures, qu’elles soient naturelles ou non.
4) CIMIC : Civil-Military Cooperation

Ainsi, lors de son dernier stage de formation, le colonel MONARD a pu noter la présence de deux officiers supérieurs de la division LOG des forces armées irlandaises et d’un hongrois inséré à l’OTAN. Cette participation montre la volonté de créer dans ces pays un pool d'excellence et d'expertise militaire en sécurité civile. En effet, l'OTAN a créé en 1998 l'EuroAtlantic Disaster Response Coordination Center (EADRCC), organe de centralisation de l'Euro-Atlantic Partnership Council (46 pays). Comme le MIC, ce centre est situé à Bruxelles, à l'état-major de l'OTAN. Il travaille en liaison avec l'UNOCHA.

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Lieutenant-colonel François EGLEMME

NUMÉRISATION DE L’ESPACE DE BATAILLE
French Army is facing a huge challenge with the Network Centric Warfare (calling « NEB » in French for battle space digitalisation). The aim is to gain superiority on the enemy using faster communication data tools and computer systems. Army Chief of Staff wants to have two Combat brigades plus, CS and CSS units fully operational for 2009. These two brigades have to be deployable on short notice and immediately operational in a digitalized environment. But digitalisation offers new opportunity in terms on C2 structures. By sharing information, units are more reactive. Concentration of units for a specific task will be possible by navigation system. However, « NEB » requests more training and drill for regimental and company HQ level because of the always more and more complex software systems. But in digitalisation matter also sappers are in the vanguard. En fixant comme objectif à l’armée de terre de pouvoir disposer d’ici 2009 de deux brigades entièrement numérisées avec leur environnement (Commandement, Appui et Soutien) et « immédiatement aptes à l’engagement », le CEMAT oriente l’action de multiples acteurs vers ce but opérationnel. Fruit d’un travail commencé à la fin des années 90, cette numérisation de l’espace de bataille (NEB) traduit la volonté de disposer d’une armée de terre professionnelle à la pointe des innovations technologiques. Actuellement, les 2e BB et 6e BLB terminent leur équipement, 2006 verra l’équipement de la 7e BB et 2007 celui de la 9e BLBMa. L’environnement opérationnel permettant un engagement immédiat n’est pas oublié puisque des unités de toutes les fonctions opérationnelles réalisent simultanément leur montée en puissance (4e RMAT de Nîmes, 511 e RT d’Auxonne, 1er GLCAT de Brétigny, etc.). Si le processus de numérisation est connu, au-delà des erreurs de jeunesse, il s’agit maintenant d’intégrer ses capacités dans les modes opératoires liés au contexte nouveau des opérations : action en zone urbaine, combat lacunaire, « three block war »1. La mise en perspective de tous ces éléments doit servir de base de travail aux réflexions à venir. C’est pourquoi, au-delà du simple affichage, tous les acteurs doivent être persuadés qu’au regard des sommes déjà investies, ainsi que des travaux réalisés aussi bien par la STAT que par les premières unités numérisées (2e BB et 6e BLB), il ne saurait être question de baisser les bras devant les difficultés rencontrées. Après un rapide rappel des attendus de la NEB, cet article mettra successivement en perspective les évolutions possibles des structures de commandement des unités et leurs conséquences en matière d’organisation et d’instruction. * **

Avant d’intégrer l’EMIA - promotion « Capitaine Legrand » (1987-1989), le LCL EGLEMME sert comme aspirant puis ORSA au 5 e Dragons. À sa sortie de Coëtquidan, il choisit l’arme du génie et sert successivement aux 32 e et 9 e RG avant de commander la Compagnie de Génie Aéromobile du 1 er Régiment d’Infanterie. Après son temps de commandement, il rejoint l’état-major de la 4 e DAM à Nancy. Après sa scolarité EMS 2 (113 e promotion du CSEM et 8 e promotion du CID), il rejoint la brigade du génie à Strasbourg avant d’être, de 2003 à 2005, chef du BOI au 1 er RG. Le LCL EGLEMME a servi au Cambodge (1993 - DAMI déminage), en Bosnie (1996-Cellule Génie de la DMNSE), en Afghanistan (2002 - ACOS J3/J5 du PC ISAF) et au Liban (2005 - chef de corps du 420 e DIM).

LES OBJECTIFS DE LA NUMÉRISATION DE L’ESPACE DE BATAILLE
La maîtrise de l’information constitue un facteur-clé du succès des opérations. En aidant la prise de décision, par une connaissance globale et instantanée de la situation tactique dans tous les domaines, la numérisation permet de prendre l’ascendant sur l’adversaire en devançant son action. Le partage permanent de cette information à tous les niveaux sera rendu possible, à terme, par la compatibilité des trois principaux systèmes concernés : le SIC.F du niveau LCC jusqu’aux brigades, le SIR pour les régiments et les unités élémentaires, enfin le SIT2 pour les sections, groupes et engins spécifiques. Sur ces trois outils se greffent ensuite des systèmes spécifiques à certaines fonctions opérationnelles (ex : ATLAS pour les liaisons de l’artillerie ou le support de

1) Concept lié aux retours d’expérience d’engagements récents, mettant en avant la conduite simultanée, sur de faibles distances d’actions d’intensité variable (coercition, maîtrise de la violence et aide aux populations). 2) Les SIT (Systèmes d’Informations Terminaux) se déclinent en plusieurs versions selon les fonctions opérationnelles. Le précurseur est constitué du SIT V1 du char Leclerc. De cette base ont été déclinés des systèmes spécifiques à chaque fonction opérationnelle (pour le Génie, SITEL pour « SIT Élémentaire ») et comprenant des applicatifs systèmes génériques et des applicatifs métiers particuliers. - 21 -

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transmission MAESTRO-GRANITE initialement développé pour répondre aux besoins de la fonction RENS). La compatibilité totale des échanges sera rendue possible au travers d’un Modèle Pivot Global Terre (MPGT). Il s’agit à la fois, au travers de niveaux de couplage, de mettre en concordance un langage commun et des modes d’échanges inter-systèmes compatibles ainsi qu’un niveau de sécurité adapté. Cette interopérabilité complète est attendue à l’horizon 2010. La fédération de tous les outils informatiques divers, réalisés dans des langages différents et par des industriels parfois en concurrence, rend donc l’Opération d’Ensemble des Systèmes d’Informations et de Communications de l’Armée de Terre (OE-SIC Terre) lourde et complexe. À titre d’exemple, 180 millions d’euros sont destinés à financer le MPGT et 45 autres millions sont destinés à la version 3 du SIC.F. Après les travaux exploratoires du SIRGEX, le génie n’est pas dépourvu dans la NEB. Toutefois, confronté à la position en « double étage » de la fonction AGESTER (cellule G3/2D de niveaux 2 et 3 équipée en SIC.F et PC régimentaire doté de SIR), la mise en place de la totalité de la messagerie papier dans les SIC représente un coût financier important. C’est pourquoi, parallèlement aux travaux réalisés au sein du Land Engineer Working Group de l’OTAN, dans un souci permanent d’interopérabilité, la France cherche à réduire le nombre de messages génie en rationalisant leur formatage. Toutefois, jusqu’à l’aboutissement des travaux de l’OTAN et la mise en service du MPGT, la cohabitation de la procédure numérisée et celle de l’OTAN (APP-11) entraînera un surcoût d’instruction. Au travers des exercices numérisés déjà réalisés, les enseignements sont nombreux et variés. Si de redondants problèmes techniques liés aux matériels et aux logiciels associés existent, la démarche « d’apprendre en marchant » permet une grande réactivité. Ainsi, le comité annuel de satisfaction des usagers représente une remarquable opportunité d’échange d’informations et d’expériences entre directions (DCMAT, STAT) et usagers (écoles, brigades et régiments). * **

VERS UNE ÉVOLUTION DES STRUCTURES DE COMMANDEMENT ?
L’accélération des échanges d’informations permis par la NEB amène à s’interroger sur la validité de l’organisation pyramidale du commandement. En effet, la connaissance par un CO de brigade de la situation sur une zone d’action importante peut avoir pour corollaire un écrasement des niveaux de commandement. Ainsi, on peut s’interroger sur l’utilité de maintenir le niveau régimentaire alors qu’un CO de brigade plus étoffé pourrait être capable de conduire la manœuvre de plusieurs S/GTIA pour des phases particulières. Alors, le PC de GTIA ne serait plus en charge de façon permanente de l’action. Les études menées par la 6e BLB sur une organisation du PC BIA en deux entités égales (un PC principal et un PC détachable) offrent des perspectives dans ce sens. Ces études trouvent un champ d’application naturel dans le combat décentralisé qui caractérise l’action en zone urbaine. La connaissance exacte de la situation tactique, rendue possible demain par la mise en service du Drone de Renseignement Au Contact (DRAC), permet de repenser les engagements futurs, au travers de la manœuvre vectorielle dans des espaces lacunaires. Pour les moyens nécessaires à une action particulière, la faculté pour toutes les unités de rejoindre un point de regroupement

identifié, répond à la fois au principe de liberté d’action et à celui de concentration des efforts. Ce constat d’écrasement des chaînes de commandement était abordé dès 2000 par le général Guy HUBIN dans son ouvrage « Perspectives Tactiques »3. Les mentalités sont difficiles à faire évoluer. Pourtant la NEB doit permettre de profiter de la totalité des opportunités offertes pour repenser nos structures actuelles de commandement. * **

LES CONSÉQUENCES EN MATIÈRE D’ORGANISATION ET D’INSTRUCTION
Dans l’optique de la NEB, le point-clé des enseignements tirés des exercices (FATEXTEL, PALMEX 2, ANVIL) est l’impérieuse nécessité d’une formation du personnel, quel que soit son niveau. Cette formation doit s’appuyer sur la démarche volontariste dans laquelle les régiments s’inscrivent totalement. En effet, la complexité des procédures liées aux contraintes techniques des systèmes de commandement, comme de l’évolution très rapide des logiciels associés imposent un entraînement à un rythme régulier. En effet, les principaux défauts constatés résident dans un manque de pratique consécutif à des périodes d’activités différentes, ce qui

3) Guy HUBIN « perspectives tactiques » éditions Economica janvier 2000. - 22 -

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officier serait chargé de conseiller le chef de corps dans l’organisation des réseaux SIC, de coordonner le travail de la section SIC régimentaire, ainsi que des cellules MSI et SSI4. Le profil d’un tel officier devrait être un NR 4 issu de l’arme (afin de bénéficier d’une culture propre à la mise en œuvre). Il devrait suivre pour tenir ce poste le stage d’officier SIC en corps de troupe (durée 5 semaines) dispensé par l’ESAT. Le DUO 2006 devrait voir la traduction en organisation des premiers postes. * ** Pour conclure, si le défi est lourd, il est indispensable de garder présent à l’esprit que la démarche de numérisation est maintenant dans une phase irréversible au regard des sommes déjà investies et des bénéfices probants obtenus grâce au partage de l’information. Si la projection de la 6e BLB à Licorne au second quadrimestre 2006 se fait sous format numérisé, elle devrait permettre de quantifier les gains obtenus en réactivité opérationnelle. Alors, il faudra penser à revoir l’organisation de notre commandement…

entraîne la perte de savoir-faire face au système. Cela est difficilement compatible avec le rythme des activités (projections, stages, concours, etc.) mais aussi avec les mouvements de personnel liés au PAM et les aspirations du personnel à des conditions de travail toujours plus proches de celles que connaît l’évolution de la société civile. En outre, cette instruction nécessite de posséder des moyens dédiés, prenant en compte

notamment l’alimentation électrique des matériels. L’organisation et le suivi de l’instruction spécifique NEB représentent une charge de travail conséquente et nécessitent du personnel compétent dans ce domaine toujours plus complexe. Il est envisagé de mettre en place dans les régiments, « sous enveloppe constante », un officier spécifiquement en charge de la NEB. Cet

4) Section SIC : section des Systèmes d’Informations et de Commandement – MSI : management des systèmes informatiques – ACSSI = article classé de la sécurité des systèmes d’information. - 23 -

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Lieutenant-Colonel Jean-Henri PINOT

PROCESSUS D’ÉLABORATION DES CONCEPTS ET DE LA DOCTRINE AGESTER.
APPLICATION À LA SAUVEGARDE-PROTECTION

Le lieutenant-colonel Jean-Henri PINOT est l’officier traitant du domaine AGESTER depuis 2005 au sein de la Division Emploi-Organisation du Centre de Doctrine d’Emploi des Forces (CDEF) situé à l’École Militaire (Paris). Issu de l’école militaire interarmes (promotion lieutenant LHUILLIER 19851986), il est diplômé de l’école d’étatmajor depuis 1996. Il détient les qualifications d’officier NBC d’état-major et d’officier NEDEX. Il a servi au 13 RG (Trèves) et au 6 RG DIMa (Angers) en qualité de chef de section puis d’officier adjoint et de commandant d’unité entre 1987 et 1995.
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A part of the concepts and doctrine of « AGESTER » - French designation for Engineer, CBRN and Geography area of expertise - are validated or approved by the Center for Force Employment Doctrine (CDEF), located in Paris. Working closely with the Prospective and Study Department of the Arm Centers and in charge of either the control or the supervision of studies, it is not less than ten studies or experimentations, which are currently followed by the consulting officer. Among these studies, two of them have a connection with survivability and protection area of competence. One relates to the treatment of the threat generated by the improvised explosive devices (IEDs) and for the other one the recasting of former regulation documents in a new « TTA 702 », a regulation book on the use and the realization of obstacles by land forces.

Après un temps d’officier génie au sein de la 9 e DIMa (Nantes) de 1995 à 1998, il rejoint le 19 e RG pour y servir en tant qu’adjoint BOI jusqu’en 2002. Jusqu’à son affectation au CDEF en 2005, il assurait de nouveau la fonction d’officier génie, cette fois à l’état-major de force n° 1 (EMF1) de Besançon. Il a participé à six opérations extérieures (FORPRONU - IFOR - SFOR - KFOR CONCORDIA) dans la région des Balkans entre 1992 et 2003.

Fidèle à sa devise «… par les Forces, pour les Forces… », le centre de doctrine d’emploi des forces (CDEF), commandé par le Général DESPORTES, est par vocation à l’écoute des forces. Une des quatre divisions de cet organisme, la division emploi-organisation (DEO) que dirige le colonel DESTRIBATS, coordonne le pilotage et la conduite des études opérationnelles tout en veillant à la cohérence de la doctrine de l'armée de terre. Dans le cadre du comité de coordination des études opérationnelles (COCOOPS), cette division élabore ou fait élaborer l'ensemble des documents d'emploi des forces terrestres (niveaux tactique et opératif).
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Le domaine AGESTER y tient son rang et ce ne sont pas moins de dix études et expérimentations qui sont suivies par son officier traitant, en liaison étroite avec les directions des études et de la prospective (DEP) des différentes écoles d’armes. Ainsi, cet officier est chargé de piloter ou de conduire les études et expérimentations qui relèvent de ce domaine (Génie - NBC - Géographie). Le bilan des études ainsi que le plan de charge de l’année à venir sont examinés lors des comités directeurs ou de coordination des études opérationnelles (CODIROPS ou COCOOPS). Ces études sont répertoriées dans une base infor-

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matique, dite « base COCOOPS1 », véritable outil de gestion et de suivi des études. La consultation de cette base est accessible par tout un chacun sur le site du CDEF. Aussi est-il intéressant d’apporter un éclairage sur deux études majeures du domaine AGESTER, et plus particulièrement génie, ayant trait à la sauvegardeprotection, thème de ce numéro de la revue « Sapeur ». Actuellement, ces études présentent un caractère prioritaire pour les forces. *** En ce début 2006, nul doute que la lutte contre les Engins Explosifs Improvisés (EEI) ou « Improvised Explosive Devices (IED) » est parmi les études qui occupent le devant de la scène. L’État-major des armées (EMA) et son bras « armé » en matière doctrinale, le centre interarmées de concepts, doctrines, expérimentations (CICDE), ont défini un ensemble d’actions à réaliser en réponse à cette menace qui connaît depuis ces dernières années une forte recrudescence à travers le monde, notamment sur le théâtre afghan et bien plus encore en Irak. L’objectif est clair : traiter la menace engendrée par les EEI et cela dans des délais contraints. Sur le plan doctrinal, il s’agit de créer une série de documents cohérents entre eux et balayant l’ensemble du spectre : - Un concept interarmées de lutte contre les EEI (le quoi faire), échéance : juin 2006. Ce document, en cours d’approbation par le chef d’état-major des armées a été rédigé en groupe de travail interarmées entre novembre 2005 et janvier 2006. Son préambule insiste sur le côté multiforme et éminemment évolutif de cette menace. En outre, la lutte contre les EEI est devenue inéluctable. « Elle s’inscrit pleinement dans la problématique, de plus en plus prégnante, de la protection de la force, voire de la population, et celle de la lutte contre le terrorisme ». - Une doctrine interarmées de lutte contre les EEI (le comment faire), échéance : fin 2006. Elle déclinera le concept, cité précédemment, et aura pour objectif, d’une part, de fixer les conditions d’emploi des capacités interarmées (renseignement, intervention NEDEX…) et, d’autre part, d’optimiser l’interaction des compétences spécifiques de chacune des armées. La composition du groupe de travail, qui rédigera ce document, sera à l’identique de celui ayant rédigé le précédent concept. - Un mémento de mesures pratiques à prendre contre les EEI, en déplacements et lors des stationnements. Ce document est en cours de diffusion, jusqu’au niveau unité élémentaire ou équivalent interarmées. L’étude, pilotée par le CDEF, a été conduite tambour battant par la DEP ESAG en liaison étroite avec l’échelon central NEDEX et en association avec les autres armées et organismes de la défense. - Un aide-mémoire, distribué jusqu’au soldat permettra la sensibilisation immédiate du combattant. Réalisé par l’échelon central NEDEX en liaison avec la DEP ESAG, il rappelle l’essentiel des mesures de prévention, d’alerte, de protection et de lutte que chaque combattant doit connaître. Il sera édité au format de poche et sera résistant à l’humidité et au sable. Ainsi, cette production s’inscrit dans la série de travaux, lancée par l’état-major des armées, en matière de prévention et de lutte contre ces dispositifs dans les domaines de la doctrine et de l’équipement. ** * Dans la sphère d’intérêt de la sauvegarde-protection, une autre étude, du niveau EMAT pour son approbation, possède des applications interarmes. Pilotée par le CDEF, conduite par l’ESAG/DEP, elle devrait aboutir dans le courant du second semestre 2006. Il s’agit de la refonte du TTA 702 en un règlement sur l’emploi et la réalisation des obstacles par les forces terrestres2. Compte tenu des contextes d’engagements actuels et à venir ainsi que des équipements et systèmes d’armes en cours de développement, cette étude risque de modifier la problématique de la réalisation des obstacles. Certaines incertitudes relatives à l’aptitude des armes, autres que le génie, à réaliser ou prendre en compte des obstacles simples à base d’explosif ou de mines AC doivent être levées. Ainsi, quid : - des obstacles simples à bases de mines ou d’explosifs réalisés par l’IA? - des savoir-faire concernant la mise en œuvre d’explosifs ou la pose de mines par un soldat n’appartenant pas au génie ? En filigrane, se pose la question du devenir de l’emploi des mines AC à plus ou moins long terme et de l’intégration de systèmes de protection de zones tels que SPECTRE - Système de protection des éléments terrestres - ou SYCOMORE - Système de contre mobilité réactif 3. Actuellement la phase de concertation des principales fonctions opérationnelles impliquées est en cours. D’ores et déjà, si la nécessité de maintenir la capacité de mise en œuvre d’explosifs et de conserver certains savoir-faire est reconnue, la capacité à réaliser des obstacles minés préliminaires ou de manœuvre est discutée et cela en fonction des contextes d’engagement. En offensive, par exemple, le combat « à temps » (actions brèves mais intenses) et la rapidité des mouvements ne justifient plus la réalisation d’obstacles de combat par les unités de cavalerie blindée. En revanche, pour l’infanterie, dans son emploi tactique, la notion d’autonomie, même si ce point est discutable4, en matière de réalisation d’obstacles ponctuels est primordiale pour appuyer sa manœuvre, réaliser son effet majeur et renforcer sa sûreté. Dans tous les cas, le besoin d’une protection de proximité pour toutes unités en stationnement semble permanent, que cela soit avec le concours du génie ou non. Il reste à définir précisément ce que la « sape » peut apporter aux uns et aux autres en fonction de son organisation et de ses possibilités. Il convient d’exprimer le besoin sous forme de résultats à obtenir et d’étudier la meilleure façon d’y parvenir dans le cadre des développements actuels de la modularité ainsi

1) Base COCOOPS : base de données consultable et modifiable en temps réel par les pilotes ou conducteurs d’études. Elle est l’unique référence en matière de suivi des études opérationnelles. 2) Étude OPS 2002 GEN 12 : refonte du TTA 702 : synthèse des anciens TTA 703, 704, 704 TER sur les obstacles à base de mines. 3) Ces systèmes sont en cours d’étude et de développement (STAT et DGA). 4) À l’autonomie, il semble plus pertinent d’opposer une génération de force qui associe les compétences. - 26 -

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que de l’interarmisation aux plus bas niveaux. Cette étude, d’apparence anodine, aura des conséquences non négligeables en matière d’actions de formation et de dotations. ** * L’imbrication de la sauvegarde-protection apparaît encore dans bien d’autres études, pilotées ou conduites par le CDEF, et cela à des niveaux variables. Ainsi, en prise directe avec les différentes DEP et les organismes de la défense, le CDEF et plus particulièrement la DEO fournit « aux hommes et femmes du terrain » les éléments de réponse et d’emploi dont ils ont besoin pour remplir au mieux leurs missions. Être à l’écoute des forces, c’est le rôle de la doctrine qui s’inscrit, avec les hommes et les équipements, comme l’un des trois piliers fondateurs de la capacité opérationnelle5.

5) Directives annuelles 2005-2006 du CDEF. - 27 -

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Chef d’escadrons Marc CAUDRILLIER

LA THÉORIE DES TROIS BLOCS APPLIQUÉE AU DOMAINE NRBC
More than 9/11 events, letters send full of Anthrax in United States deeply removed the context in CBRN defence. French government decided to build a modern defence system in front of a new threat : the 2nd Dragoons Regiment, located in Fontevraud, which will finally be composed of five compagnies in 2008. This battalion can carry out a large scale of different missions : regarding what happened in Kosovo, CBRN assets must be layed out from the beginning of the mission to redeployment. In june 1999, with the french brigade in Kosovo, the CBRN team was in charge of three missions : support deployment of forces, perform intelligence about industrial network for CIMIC, and supply french headquarters in health topics. Even if these three missions are carried out simultaneously during the operation, they don’t have the same importance, depending on the different phases of this operation. Autant que les attentats du 11 septembre, l’explosion d’AZF à Toulouse ainsi que l’envoi de lettres chargées de charbon ont profondément changé la donne dans le domaine NRBC. Aujourd’hui, la France s’est dotée d’un moyen de défense : le 2e Régiment de Dragons, Nucléaire, Biologique et Chimique, stationné à Fontevraud, composé de trois escadrons de défense actuellement et jusqu’à cinq escadrons en 2008. Or, le champ des missions que peuvent remplir les différents modules NBC apparaît de plus en plus vaste, au fur et à mesure que le commandement découvre les matériels et les savoir-faire de ces modules. Il faudra d’ailleurs du temps pour parvenir à cerner l’étendue de nos possibilités d’emploi, tant elles sont larges et variées, mais aussi parce que le domaine NRBC est en constante évolution, ainsi que ses équipements. À l’expérience de la crise du Kosovo, les modules de défense NRBC doivent être déployés depuis le premier jour d’une opération, jusqu’au retrait des forces. En juin 1999, la deuxième brigade blindée, renommée pour l’occasion brigade Leclerc entrait au Kosovo et implantait ses unités dans la partie la plus industrialisée de cette province. Le raid blindé mené par l’escadron Leclerc (du nom des 15 chars mis en œuvre par le 2e escadron du 501e Régiment de Chars de Combat) se faisait sous menace NRBC, les troupes serbes n’ayant pas encore quitté le territoire et une division mécanisée adverse étant encore déployée au nord de la zone des opérations. L’équipe NRBC déployée en appui de la brigade (niveau tactique) menait trois missions générales : appuyer les troupes déployées, renseigner sur les capacités
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Recruté sur titre avec un diplôme d’ingénieur, le CES CAUDRILLIER Marc a effectué une première partie de carrière dans la maintenance et a commandé l’escadron de maintenance du 501-503 e régiment de chars de combat. Breveté technique dans le domaine NRBC, il a obtenu en 2003 un Mastère « Génie des procédés et environnement » de l’École Centrale de Paris et a servi au Centre d’Études du Bouchet (DGA) dans la détection d’agents biologiques pathogènes. Dans ce cadre, il a participé, depuis Dugway Proving Ground (Utah, USA) au déploiement d’une équipe multinationale de réaction de l’OTAN, au titre du laboratoire opérationnel français de détection biologique. Après avoir suivi le Cours Supérieur d’État-Major en 2004, le CES CAUDRILLIER a suivi le Cours Supérieur d’État-Major à l’Institut Royal de Défense, équivalent belge du Collège Interarmées de Défense. Le CES CAUDRILLIER est depuis juillet 2005 le chef du Bureau Opérations Instruction du 2 e Régiment de Dragons, régiment spécialisé de la défense NBC.

technologiques au profit de la coopération civilo-militaire (CIMIC), et soutenir l’étatmajor de la KFOR dans le domaine de l’hygiène et la sécurité en opérations (HSO). En réalité, l’accomplissement de ces trois missions ne se fait pas à parts égales. En fonction de la phase à laquelle en est rendu l’accomplissement de la mission, l’une ou l’autre des composantes sera traitée prioritairement. Mais les changements de postures pouvant être fréquents et brutaux, la théorie des trois blocs s’applique parfaitement aux troupes spécialisées de la défense NRBC : un jour participant au déminage d’un engin explosif chargé au charbon (action menée en synergie avec les EOD), le chef du module rédigera le lendemain un rapport sur les risques encourus par les troupes déployées travaillant à proximité d’un fût de chlore, tandis que ses équipes renseigneront sur les capacités de production d’une usine pharmaceutique. Il reste néanmoins logique d’attribuer une priorité à l’une des trois missions en fonction de l’évolution de la situation globale. Lors d’une phase d’imposition de la paix, le module NRBC, dont la taille dépend à la fois de la force soutenue et de la mission (nature de la menace, géographie de la zone d’opérations), doit absolument être intégré dans les forces d’entrée en premier. En effet, le facteur primordial d’efficacité dans une mission de décontamination est le temps écoulé entre l’attaque et le début de la restauration. D’autre part, les patrouilles de reconnaissance, dotées de véhicules blindés de reconnaissance (VAB RECO NBC), exécutent leur mis-

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sion en avant des troupes, sur la ligne de front. Enfin, il faut que les équipes de reconnaissance et d’évaluation (ERE) soient déployées au plus près des forces afin de leur éviter une implantation hasardeuse dans une zone présentant un niveau de risque technologique élevé. Bien entendu, ces forces NRBC participent également à la collecte du renseignement tactique, opératif et stratégique. Dans une phase de maintien de la paix, le renseignement au profit de l’action civilo-militaire prend toute son ampleur. Cette mission a évidemment débuté dès l’entrée des forces sur le théâtre, mais elle devient à ce moment-là prioritaire, sans pour autant être exclusive. Enfin, la mission de soutien effectuée au profit du HSO, si elle a débuté dès l’implantation des troupes, prendra de plus en plus d’importance, devenant primordiale lors de la phase de stabilisation et jusqu’au désengagement. L’exemple du Kosovo dans ce domaine est très révélateur de cette permanence des missions NRBC. Après avoir appuyé les troupes déployées, le module armé alors par le Groupe de Défense NBC a participé à la collecte du renseignement et soutenu l’étatmajor dans le domaine HSO. Parce que la situation s’est stabilisée, il a été décidé au printemps 2005 le désengagement de ce module. Mais, assez rapidement, des lacunes ont été constatées sur le terrain, tant dans le domaine du renseignement que dans celui du HSO. Aussi ont-ils demandé, et obtenu, la réactivation de cette équipe. Le 2e Régiment de Dragons, nucléaire, biologique et chimique projettera ainsi une ERE dès la mimai au profit de la Task Force Multinationale Nord (TFMN). Gageons que son action restera déterminante jusqu’au désengagement de la KFOR.

Engagement du module NRBC sur toute la largeur du spectre

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Capitaine (TA) Gérald BOUTOLLEAU

LE COMBAT DU FEU EN ZONE URBAINE : OCT-NOV 2005 DANS LE 93
FIBUA : Firefighting In Built-Up Areas ? The last events in Seine-Saint-Denis have testified that an important milestone in violence was overtaken when using lethal weapons against police forces. Systematic harassment of the emergency services through physical aggression, destruction of numerous warehouses and thousands of vehicles have resulted from heavy anger against every representation of the State authority in a democracy. Then, the Paris Fire Brigade SOPs for urban unrest have become a blueprint for emergency organization during riots. It will become a zonal emergency plan on the AOR of the Fire Brigade. Therefore, new steps are taken as for dealing with emergency calls or leading the overall operation. Everyone must preserve the firefighter resource, worn out by the length of such operations and disabled with such mugging against men and women dedicated to serve their fellow citizen. Plus de 3300 véhicules incendiés, 14 des plus gros incendies de la Brigade de Sapeurs-Pompiers de Paris, 13 sapeurs pompiers blessés suite à des agressions directes, 56 engins endommagés, voilà le bilan-choc que l’on pourrait livrer des violences urbaines qui ont frappé du 27 octobre au 12 novembre 2005. La quasitotalité du personnel des trois groupements d’incendie, soit 4300 militaires sur les 8000 que compte la Brigade, a été impliquée une nouvelle fois dans ce type d’opération particulière, à la limite de la guérilla urbaine, où les voitures brûlent dans les rues, où les sapeurs-pompiers interviennent sous protection policière et où les projectiles fusent. Lors du précédent épisode (juin 2001), le phénomène avait été localisé à une seule cité de la Seine-Saint-Denis et avait duré six nuits. Cette fois, la violence est montée d’un cran : plus étendue (presque toute la petite couronne), plus longue (12 nuits d’affilée), plus intense. Si le fait générateur des agitations sur le secteur de la 14e compagnie est clair (le décès de deux jeunes à Clichy/Bois), la flambée de violence qui s’est étendue à l’ensemble du département peut s’expliquer par un souci de mimétisme, de médiatisation et de défi à l’autorité républicaine. De tels événements bouleversent nos conceptions traditionnelles et portent atteinte à la vie économique et sociale de quartiers entiers. Prendre en compte le phénomène, en connaître les caractéristiques propres, en déduire les modes opératoires en fonction des niveaux de violence, tels sont les enseignements qui ont permis à la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris d’améliorer les normes d’engagement et, partant, la sécurité de nos interventions et de notre personnel lors de ces nuits agitées.

Le capitaine (TA) BOUTOLLEAU est officier supérieur adjoint au 1 er groupement d’incendie et chef de la section commandement de son état-major, depuis juin 2003. Après la sortie de la division d’application de l’ESAG en 1996, il est affecté à la 13 e compagnie d’incendie, centre de secours AULNAY-SOUS-BOIS, en tant que chef de garde incendie, pendant 3 ans. Puis il est affecté à la 12 e compagnie, centre de secours MENILMONTANT , en tant qu’adjoint au commandant de compagnie, puis en tant que CDU. Il quitte son commandement en 2003 et est affecté à l’état-major du 1 er groupement d’incendie. Il intégrera la 120 e promotion du cours supérieur d’état-major en janvier 2007. Le capitaine (TA) BOUTOLLEAU est issu de l’EMIA, promotion capitaine MAINE (1993-1995).

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VIOLENCE ET GRANDS ENSEMBLES URBAINS
La violence urbaine, en tant que telle, n’a été prise en compte par les services de l’État qu’au début des années 1990. En 2001, la BSPP, confrontée brutalement à ce phénomène, a été jusqu’à chercher chez ses collègues de Belfast une expérience dont elle ne disposait pas jusqu’alors. Depuis, les Renseignements Généraux ont classé les différentes manifestations de la violence urbaine en 8 niveaux (ci-contre).
Degré 1 Manifestations Petits groupes. Vandalisme, vol à l’étalage. Dégradation de l’environnement. Pillage, intimidation sur les commerçants. Racket et vol sur les écoliers. Rodéos de voitures volées avec incendie à l’issue. Affrontement et règlement de compte entre bandes rivales. Agressions verbales et gestuelles ceux qui symbolisent la réussite ou l’autorité (police, pompiers, chauffeurs de bus, facteurs, enseignants). Attaque furtive contre des locaux de police ou de gendarmerie. Vandalisme contre les écoles, notamment lorsqu’il y a eu exclusion, mauvaises notes ou punitions. Agressions physiques contre les porteurs d’uniforme et les représentants de l’ordre scolaire. Protestation de manifestants contre une intervention de police dans un quartier. Menace téléphonique aux familles de policiers. Jets de pierre sur les voitures de patrouille et les engins de secours. Manifestation devant les commissariats. Regroupements agressifs et vindicatifs de jeunes. Invasion de commissariats pour libérer un suspect. Développement visible de recel et des trafics de drogue. Mise en place d’une économie parallèle. Amplification de la toxicomanie. Agressions physiques contre des policiers qui reçoivent des cocktails molotov, sont attirés dans des pièges par de faux appels téléphoniques, des incendies volontaires ou des rodéos automobiles. Mini-émeute. Escalade de violence brève et sans lendemain. Émeute (plusieurs jours) avec affrontement en règle des forces de l’ordre et des institutionnels. 21 Potentiellement tous. Potentiellement tous. Nombre de quartiers concernés en 1997

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État des lieux
Les cités sensibles ont toutes été édifiées dans les années 1960, avec le souci architectural de rétablir un sentiment de communauté humaine, à défaut de créer un « esprit village ». Ainsi, les entrées des bâtiments sont-elles généralement orientées vers l’intérieur de la cité, les routes périphériques sont rares, les cheminements sont sinueux et les espaces verts sont relativement nombreux, avec une forte présence de talus, visant à créer une certaine intimité. Les bâtiments sont généralement de grande taille (entre 28 et 50 mètres de hauteur donc de 4e famille) et ne sont, généralement, plus aux normes de sécurité incendie. Afin de compléter cette recherche de sentiment identitaire, l’installation de commerçants a été encouragée par les pouvoirs publics. De véritables zones de vie prennent donc pied en bas des immeubles : magasins, aires de jeux, salles associatives et de culte… On peut mesurer aujourd’hui à quel point la volonté des urbanistes s’est retournée dans un sens diamétralement opposé à l’effet recherché ! En effet, les cités, pas aussi radieuses que l’avait imaginé Le Corbusier, sont devenues des camps retranchés où le droit d’entrer se négocie. Les bâtiments ont mal vieilli, par défaut d’entretien et par détérioration volontaire de l’existant. Le vieillissement prématuré des installations a contribué ensuite au sentiment d’insécurité ou, à tout le moins, de malaise de populations de moins en moins volontaires pour vivre dans cet univers artificiel. Les sociologues s’accordent aujourd’hui à reconnaître que le type même de cette architecture génère également, par lui-même, des comportements agressifs. Il n’y a qu’à s’aventurer dans ces ensembles pour mesurer l’étendue des

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Source : Violences urbaines, des vérités qui dérangent – L. BUI TRONG – Éd. Fayard.

dégâts. On ne compte plus, en effet, le nombre de locaux vide-ordures marqués par les incendies à répétition, les carcasses de véhicules brûlés, les portes d’immeubles forcées, les vitres fracturées, les murs souillés de tags en tous genres… Les commerçants ont déserté les lieux et les services publics (EDF, GDF, La Poste) interviennent avec parcimonie et sont la cible de malveillances importantes et coûteuses. Les jeunes qui habitent dans ces cités ne sont pas tous des délinquants, loin s’en faut. Mais une part infime de cette jeunesse concentre sur elle toute la délinquance, sous toutes ces formes. Sans chercher à dramatiser la situation, il faut bien être persuadé que les trafics ne concernent pas que les stupéfiants et les voitures. Il convient d’y ajouter les trafics

d’armes, la prostitution, l’extorsion… Une véritable économie souterraine se développe, économie qui a besoin de calme. Les aînés se chargent donc de lutter contre la petite délinquance qui attire également les forces de l’ordre. On assiste également à une montée du communautarisme, avec une emprise plus ou moins forte de la religion, selon les zones. L’errance à toute heure du jour et de la nuit, le refus d’aller à l’école, ainsi que le rejet des institutions placent rapidement les jeunes en position d’échec scolaire. L’école n’a plus la maîtrise sur ceux-ci. Certains sont même parfois non-francophones. Les parents, quant à eux, peinent à exercer leur autorité parentale, souvent déléguée à un « grand frère », lui-même piètre exemple pour les plus jeunes.

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SAPEUR
Enfin, du point de vue des policiers, les suites judiciaires de leur travail ne sont pas toujours à la hauteur de leurs espérances. Les tribunaux compétents sont souvent saturés, regroupant dans leur ressort une grosse concentration de cités dites sensibles.

Les formes de la violence
La violence est, hélas, familière du sapeur-pompier. Celle-ci se construit essentiellement autour d’un rapport de force entre l’Institution et le fauteur de troubles. En juin 2001, la cité des Beaudottes à Sevran a ainsi été le théâtre d’émeutes (degré 8) six nuits durant. Plusieurs véhicules de police et de sapeurs-pompiers ont été endommagés. Cette violence s’est prolongée en juillet, à Aulnay-sousBois, avec la charge d’un véhicule de chantier volé contre un fourgon de sapeurs-pompiers qui intervenait pour éteindre l’incendie d’une PMI, dans laquelle une femme était prisonnière des flammes. Nous pouvons aussi évoquer, pour mémoire, les attaques à la voiture-bélier contre des engins de secours, le tir avec un pistolet à grenailles, les embuscades, les agressions en règle, dont les conséquences physiques (jours d’incapacité totale de travail) sont toujours (heureusement, dans une certaine mesure) moins importantes que les conséquences psychologiques ou éthiques pour le sauveteur et sa famille. Ces nuits tragiques sont relayées par celles d’octobre et novembre 2005 sur l’ensemble de la Seine-Saint-Denis, dont les conséquences sont énormes : de nombreuses entreprises en chômage technique, des infrastructures scolaires inutilisables, des commerces détruits…

« troubles urbains » au niveau de la BSPP, qui comporte 3 niveaux : - Vigilance (niveau vert) ; - Alerte (niveau orange) ; - Déclenchement du plan (niveau rouge). Lorsque le nombre de feux criminels, notamment sur voie publique, augmente de manière significative et que le déclenchement du plan est décidé, il est défini une zone d’engagement composée des quartiers concernés par ces actes, dans lesquels les secours interviennent après sécurisation de la zone par la police, et lorsque le feu présente un risque d’extension (une poubelle située sur la voie publique et ne menaçant aucun bâtiment s’éteindra d’elle-même par manque de combustible et ne justifie pas la prise de risque de l’envoi de secours). Lorsque deux jeunes ont péri dans un transformateur à Clichy-sous-Bois, il devenait évident que cette commune allait être le théâtre de scènes de violences urbaines « classiques ». L’extension départementale, puis quasi-nationale qui a suivi était moins prévisible. Très rapidement, un officier de permanence par compagnie a été dédié au suivi des opérations du plan. Deux chaînes de commandement parallèles coexistaient donc : celle traitant les interventions courantes et celle, dite « de délestage », dédiée au plan « troubles urbains ». Une soudaine flambée de violence a frappé le secteur du 1er groupement d’incendie, entraînant de nombreux incendies majeurs (garage, entrepôts, écoles, gymnase…) et de très nombreuses nuits blanches pour les hommes et les femmes de la BSPP.
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Le dispositif a été reconduit chaque nuit, douze fois de suite. La fatigue s’accumulait, mais l’expérience de 2001 a appris qu’il fallait durer. L’enchaînement des nuits blanches risquant d’entraîner des accidents, il était impératif de prévoir des relèves et de tempérer la fougue du personnel de repos s’étant spontanément porté volontaire pour épauler leurs camarades. Lorsque les violences se renouvellent plusieurs jours, l’organisation de la vie du centre de secours doit être revue, avec la mise en place de repos en journée, la préparation logistique de la nuit, la remise en état des engins et les mesures de sécurisation croissantes de nos infrastructures (plusieurs centres de secours ont été la cible de bandes organisées, menaçant directement les ménages y résidant). L’intensité et le nombre des interventions ne faiblissant pas, le général commandant la Brigade décida, pour la première fois dans l’histoire de la Brigade, de demander, en renforcement, des colonnes de sapeurs-pompiers civils (6 colonnes ont été envoyées, chaque colonne étant l’équivalent d’une compagnie). L’état-major de la Brigade a été réellement utilisé en tant que PC OPS, durant une semaine entière. Toutes les cellules composant traditionnellement un PC OPS ont été activées (même celle MANFUT), armées par bordées par les cadres des différentes sections. Au bilan, treize sapeurs, blessés légers, seront à déplorer. Du côté des dégâts matériels, le bilan est beaucoup plus lourd. De très nombreux engins sont endommagés et nécessiteront de lourdes réparations. La protection, par film antiexplosion, des vitres de la totalité des engins de la Brigade est décidée.

SAPEUR-POMPIER PENDANT LES VIOLENCES URBAINES
Le 1er groupement d’incendie a, le premier, pris en compte la question des troubles urbains, en apportant une réponse opérationnelle à ces événements, lesquels, désormais, se répètent traditionnellement les nuits de 14 juillet et de 31 décembre. Les travaux conduits depuis 1996 ont abouti en 2005 à l’adoption d’un plan

SAPEUR
Bibliographie.
• Guide d’intervention du sauveteur : victimes, violences, secours - Loïc CADIOU - Editions Estem, De Boeck Diffusion - 2005 (notamment le chapitre 30). • Violences urbaines, des vérités qui dérangent - Lucienne BUI TRONG Paris : Bayard éditions - 2000. • Violences : les racines du mal - Gordes : Le Relié - 2002. Les officiers de permanence des compagnies feront le point des dégâts endurés par le personnel et les véhicules et engageront la procédure contentieuse, par un dépôt de plainte initial au nom de la Brigade. Cette étape est essentielle, car elle est la seule qui témoigne administrativement des incivilités à l’encontre des sapeurs-pompiers. souffert. En effet, c’est maintenant un long travail qui commence, afin de restaurer la confiance des ménages, ainsi que celle des jeunes des cités à l’égard de leurs pompiers. Les menaces et les intimidations, notamment à l’école à l’encontre des enfants des pompiers, continueront encore quelques semaines, perturbant la scolarité des enfants. Enfin, nul doute que l’expérience de la BSPP dans ce domaine peut être d’une utilité certaine pour l’armée de terre. Celle-ci a, d’ailleurs, bien compris son intérêt, en associant des officiers de la brigade au groupe de travail concernant le CENZUB (piloté par le CFAT). • Les racines de la violence : de l’émeute au communautarisme - Paris : éditions Louis Audibert - 2003. • Violences et insécurités urbaines Alain BAUER, Xavier RAUFER - PUF « Que sais-je ? » - 1999. • La dimension cachée - Edward T. HALL.

CONCLUSION
Au-delà des séquelles que ces événements laisseront sur nos engins et dans l’esprit de nos sapeurs-pompiers, ce sont surtout les familles logées dans les casernes concernées, qui ont le plus

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SAPEUR

La sauvegar de-pr otection des for ces

La protection-sauvegarde sur une base aérienne projetée .................................................................................................. COL BILBAULT ........................................................

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Protéger nos stationnements contre les attentats à l’explosif ............................................................................................ COL LORIDAN LCL MARTIN ............................................................

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Pour une approche globale de la sauvegarde-protection ...................................................................................................... LCL (TA) SOUCASSE

..........................................

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Le rôle du génie de l’air dans la sauvegarde-protection en opérations extérieures .................................................. LCL CHAPELLE ........................................................

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Le RGBIA dans la mission de protéger les forces en 2005 .................................................................................................... LCL KIRSCHER ........................................................

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Opération CALAO : Le 5 e RG en Côte d’Ivoire : acteur de la fonction AGESTER CBA ANDRIAMOLISON ou simple prestataire de service ? .................................................................................................................................................... CNE MACHELON ..................................................

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Concept ISOPEX et sauvegarde-protection .................................................................................................................................. CBA MERCURY ......................................................

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Montage d’un poste de combat de type HESCO BASTION .................................................................................................. CNE FOUQUET

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Côte d’Ivoire : Retour d’expérience en sauvegarde-protection

.......................................................................................... CNE GEROUDET ....................................................

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SAPEUR
Colonel Bernard BILBAULT

LA PROTECTION-SAUVEGARDE SUR UNE BASE AÉRIENNE PROJETÉE
The French Air Force (FAF) capability to send far and fast troops fully fitted with their logistics, and fire systems thanks to never-ended upgraded aircraft is balanced by the vulnerability of the air base.

Le colonel BILBAULT est chef du bureau infrastructure en opération de l’armée de l’air depuis 2002. Originaire de l’EMIA (73-74), il a servi aux 71 e RG (chef de section), 32 e RG (commandant d’unité), 1 er RG (chef de BOI) et 10 e RG (chef de corps). Stagiaire de la 101 e promotion de l’ESG, il a commandé la promotion 93-95 de l’EMIA. Avant d’occuper son poste actuel, il a tenu les fonctions successives de DEP et de DGF à l’ESAG.

French Air Force has defined three different types of DOB with a 400, 800, 1500 men strength, to perform the deployments of the immediate reaction force (FRI), the rapid reaction force (FRR), and the main reaction force (FAT). Nowadays the deployable air base (DOB) may have to be deployed in a versatile threat environment. If therefore the main task of air engineer support units was rapid runway repair, the current needs of a DOB abroad lead to shift the air sapper skills to protection and survivability knowledges. So, these units can either reinforce the air force protection or ensure themselves the defense of the DOB as they did during the ARTEMIS-MAMBA operation in BUNIA. As preceding, the concept of « soldier - sapper - specialist » occures fully relevant. Even if the measures described are not novelties, the task to accomplish is hugefull. A DOB is larger than a traditional one thousand men french post plus aeronautic areas with logistic points, which matches with a three to five square km area. The preparation of the deployment is an essential stage and the decisions have to be made accurately. The protection and survivability have to be the very first concern during the decision making process concerning the DOB deployment type forward operational base (FOB). Si l’armée de l’air a la capacité de porter, vite et loin, les hommes et le feu grâce à des vecteurs performants aux capacités sans cesse améliorées, la base aérienne est son talon d’Achille, comme le faisait remarquer récemment le général (2S) Copel1. Il en était ainsi au temps de la guerre froide, où il s’agissait d’assurer la viabilité des aires aéronautiques pour permettre l’emploi de la force aérienne, notamment celui de la force nucléaire ; il en est de même aujourd’hui avec les bases aériennes projetées (BAP) susceptibles d’être mises en œuvre dans un environnement de menace multiforme. Si alors, la mission quasi-exclusive du génie de l’air était la réparation rapide de piste, aujourd’hui le bon fonctionnement d’une BAP en OPEX conduit à réorienter ses savoir-faire, et plus précisément dans le domaine de la « protection - sauvegarde ».

1) Un penseur bien connu de l’armée de l’air - 37 -

SAPEUR
Après avoir défini les conditions de mise en œuvre d’une BAP, puis examiné ses vulnérabilités et les menaces encourues, il sera précisé la nature de l’appui que peut apporter le génie de l’air, en coopération avec les compagnies d’infrastructure opérationnelle (CIO) de l’armée de l’air, en terme de protection et de sauvegarde, dès lors qu’il ne peut être envisagé de faire appel à des unités spécialisées du génie de théâtre engagées par ailleurs. *

CADRE GÉNÉRAL DE MISE EN ŒUVRE DES BAP
Faute d’un corpus doctrinal aussi structuré que celui de notre CDEF, l’armée de l’air ne dispose pas encore aujourd’hui de concept et de doctrine relatifs à la BAP. Au mieux s’appuie-t-elle actuellement sur un besoin capacitaire défini par l’EMA, lui imposant d’être apte à mettre en œuvre 1 à 3 BAP (400/800/1500 h) sur différents théâtres afin d’assurer le déploiement progressif d’une force de réaction immédiate (FRI), puis celui d’une force de réaction rapide (FRR) et enfin celui d’une force de réaction à temps (FAT), les conditions environnementales n’étant pas définies. Aussi, à la lumière des OPEX de ces 15 dernières années, françaises ou alliées, il est possible de retenir les constantes majeures suivantes : a) trois types de BAP peuvent être définis : - les bases principales ou Main Operating Bases (MOB), accueillant essentiellement des avions de combat ainsi que des ravitailleurs et des ATS2, situées assez loin des zones d’opération sur des sites alliés ou amis et qui permettent à nos chasseurs, avec un minimum de contraintes, la maîtrise du ciel et l’action contre des objectifs au sol (Al Kharj, Istrana) ; - les bases avancées ou Forward Operating Bases (FOB), accueillant quasi exclusivement des avions de transport et des hélicoptères, situées sur le théâtre au plus près des zones d’engagement des forces terrestres, afin d’acheminer le personnel et les matériels et d’assurer les opérations logistiques (Kaboul, Sarajevo, Bunia) ;
2) Avions de transport stratégiques - 38 -

- les bases « mixtes », qui constituent le plus généralement des points d’entrée du théâtre (AIRPORT OF DEBARKATION - APOD) et sont situées dans un pays voisin de la zone d’engagement (Entebbé, Douchanbé). N.B. : En dépit d’une menace de nature terroriste jamais à négliger du fait des opérations, la vulnérabilité des MOB et des APOD reste très limitée, au regard de leur site d’implantation. Aussi sera-t-il considéré uniquement le cas des FOB, l’expérience américaine et britannique en Irak montrant la nécessité de mesures de protection-sauvegarde conséquentes. b) pour être au plus près des zones urbaines, où œuvrent le plus souvent les forces terrestres, ces BAP s’appuient de préférence sur une infrastructure existante, généralement un aéroport civil, car situé le plus couramment à la périphérie, voire à l’intérieur, des zones urbaines. Toutefois l’utilisation d’une emprise existante un peu plus éloignée (ex. : base aérienne située à 50 à 100 km de la zone urbaine) reste à privilégier afin de limiter une vulnérabilité liée à la proximité urbaine. c) les infrastructures utilisées sont souvent dégradées du fait généralement d’opérations antérieures ou d’un manque d’entretien. * **

VULNÉRABILITÉS, MENACES Vulnérabilités
Les vulnérabilités d’une BAP sont liées en premier lieu à l’accessibilité de l’emprise. Ainsi : - la zone environnante, pour ce qu’elle offre de lieux de dissimulation et d’emplacements de tir, - les accès routiers, véritables points de passage obligés où transitent tous types de mouvements entrants et sortants, - la clôture périphérique dont l’intégrité est le premier élément antiintrusion, - les réseaux souterrains éventuels. La planéité d’une BAP constitue un autre facteur de vulnérabilité car elle permet, par simple vision au ras du sol ou a fortiori sur tout point en surplomb, de constater l’agencement de l’infrastructure existante et l’ensemble des mouvements et stationnements. Par ailleurs, les zones à concentration permanente ou ponctuelle de personnel sur la BAP (zone vie, zone OPS, zone de transit, etc…) doivent être une préoccupation majeure du commandement, en raison du nombre important de victimes pouvant résulter d’une attaque. Enfin le périmètre et les élongations internes de l’infrastructure rendent plus

SAPEUR
complexe l’organisation du système défensif même si, a contrario, ils favorisent les possibilités de dispersion des différentes implantations en les rendant moins vulnérables. sur une BAP est essentiel, au regard de leurs compétences et de leurs capacités. Au titre du soldat, elles peuvent intervenir en renforcement des commandos de l’air pour la défense de la BAP, voire en substitution en leur absence comme ce fut le cas à Bunia lors de l’opération Artémis-Mamba. Un renfort limité doit pouvoir aussi être apporté dans le domaine du contrôle des foules, en particulier lors de livraison d’aide humanitaire. Au titre du sapeur, ces unités d’infrastructure peuvent appuyer les unités opérationnelles. Ainsi : - les commandos de l’air, chargés de la protection-défense de la BAP, en durcissant les accès par des obstacles passifs et des corridors, en réalisant des points d’appui, des emplacements de combat et autres fossés, en mettant en œuvre tout un système d’éclairage nocturne permettant, à l’intérieur de la BAP, de détecter plus facilement tout mouvement suspect autour des zones sensibles et, à l’extérieur, d’éblouir tout observateur ou agresseur potentiel ; il pourra également être nécessaire de réaliser un autre accès moins vulnérable que celui d’origine, avec son raccordement au réseau routier ; - les unités sol-air, essentiellement en embossant leurs systèmes d’armes (Aspic, Crotale) ; - les escadrons déployés en réalisant des merlons de protection autour des aires de stationnement des aéronefs, rehaussés par des filets ou des grillages. Les unités d’infrastructure auront aussi à agir au profit du COMDETAIR par des travaux limitant la vulnérabilité de l’infrastructure telle que les zones : - OPS (PC OPS, tour de contrôle, radars, systèmes d’aide à la navigation) ; - techniques (dépôt de munitions et de carburant, centrales électriques) ; - vie (hébergement, transit, etc.). Dans ce cadre, les travaux à exécuter consisteront à cloisonner les différentes zones (réalisation de murs, merlons, fossés et écrans), à durcir l’infrastructure (toits, planchers, ouvertures), à enfouir éventuellement le ou les PC en incluant leur approvisionnement en énergie et eau. En outre, la dispersion des installations, nécessaires pour une moindre vulnérabilité, doit résulter d’un compromis avec les contraintes techniques de mise en œuvre des différents réseaux. Toutes ces mesures doivent permettre l’obtention d’une bonne protection face aux tirs directs. Bien qu’elle ne relève pas des unités d’infrastructure, la combinaison d’un contrôle de zone à l’extérieur de la base associé à des systèmes de contre-mesure devrait réduire sensiblement la vulnérabilité face aux tirs indirects. * **

Menaces
L’implantation d’une BAP sur une zone où une force terrestre est engagée, n’est concevable que si les opérations militaires ont abouti au contrôle des centres déterminants de l’adversaire et à celui de la zone d’engagement. Aussi, si l’on exclut de ce propos les actions contre les appareils au décollage ou en approche finale, pour lesquelles la parade relève de leur auto-protection, et celles en provenance d’aéronefs hostiles, traitées par les unités sol-air, les menaces à considérer sont essentiellement liées au fait terroriste. Ainsi convient-il de prendre en compte : - les tentatives d’intrusion par les accès et les ouvertures existantes ou créées dans la clôture ; - les actions contre les convois au moment de leur entrée ou sortie de la BAP ; - les tirs directs aux armes légères d’infanterie effectués par des snippers ou groupes armés ; - les tirs semi-directs ou courbes (mortiers de circonstance) ; - la mise en œuvre de moyens RBC (utilisation des réseaux d’eau) ; - l’action de foule à l’extérieur, voire à l’intérieur de la base. * * *

LES MESURES DE PROTECTIONSAUVEGARDE
De ce qui précède, il apparaît clairement que le concept « soldat-sapeur-spécialiste » trouve ici toute sa pertinence. Si les missions de spécialistes restent valides (maintien de la viabilité des aires aéronautiques incluant la réparation rapide de pistes pour le génie de l’air, réalisation d’infrastructure opérationnelle, eau et énergie pour les CIO), l’appui du soldat et du sapeur que peuvent apporter ces unités aux différents détachements de l’armée de l’air œuvrant
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SAPEUR
des aires aéronautiques avec leurs servitudes, sur une surface totale de trois à cinq kilomètres carré. Tout est alors affaire de choix au moment de la conception de l’opération : - décision ou non d’implanter une BAP au plus près ; - durée d’existence de la BAP ; Les mesures préconisées ne sont pas novatrices, sauf que la tâche est incommensurable. En effet, une BAP représente un gros camp 1000 hommes, plus - prise en compte totale ou partielle des vulnérabilités, avec détermination d’un niveau de protection acceptable en fonction de la menace ; - définition de priorités pour la montée en puissance de la BAP (place des moyens nécessaires à la protection-sauvegarde dans le plan d’acheminement) ; - renfort des moyens du génie de théâtre. Aussi, lors du processus de planification du déploiement d’une BAP type FOB, la protection et la sauvegarde doivent être la préoccupation essentielle de l’étatmajor qui en a la charge.

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SAPEUR
Colonel Philippe LORIDAN

PROTÉGER NOS STATIONNEMENTS CONTRE LES ATTENTATS À L'EXPLOSIF
The soldier has become increasingly a very sensitive resource that has to be preserved on any theatre of operation. Therefore, protecting him was and remains a main worry of any commander. The individual protections, from the breastplate to the latest recent flak jackets are more and more efficient. However, the protection when the soldier is back to the military compound, has not been so deeply studied. By this way, the officers, NCO and soldiers are vulnerable when they are standing at ease or working in a staff or a workshop. In this case the infrastructure needs to be adapted in order to face the threat considered by the commander. So the understanding of the different phenomena occurring, and the way they interact with buildings, is essential to design efficient protection systems. La protection du soldat, lequel représente plus que jamais une ressource précieuse qu'il importe au plus haut point de préserver, a toujours constitué l'une des préoccupations principales du commandement lors des opérations. Si les moyens d'améliorer cette protection pour le combattant en action, depuis la cuirasse des origines jusqu'au gilet pare-éclats de 2006, ont fait l'objet d'améliorations continues, la prise en compte de cette sauvegarde sur les lieux de stationnement n'a pas toujours été traitée de façon aussi approfondie. Il y a là une vulnérabilité singulière pour notre personnel présent dans les infrastructures, qu'il se repose dans les cantonnements ou qu'il s'active dans les états-majors déployés. Comprendre les phénomènes en jeu, et tout particulièrement leurs interactions avec l'infrastructure, doit permettre d'adapter cette dernière pour minimiser autant que faire se peut les effets d'un attentat à l'explosif. Quelle que soit la mouvance dont il est issu, le terroriste qui n'est pas rapidement mis hors d'état de nuire se perfectionne très vite dans le maniement des armes et des explosifs. Par ailleurs, il est de plus en plus rarement inculte : « les terroristes ne deviennent pas intelligents, ce sont des intelligents qui deviennent terroristes ». À cet égard, les attentats qui ont frappé les grandes métropoles depuis quelques années attestent de la compétence de ceux qui en ont été les organisateurs et les logisticiens. Enfin, l'indifférence des terroristes à leur propre sort, voire leur volonté affirmée de sacrifier leur vie, car ils sont très souvent des kamikazes, en fait des vecteurs d'une efficacité redoutable. Ces « combattants » (d'un genre particulier) s'attaquent à des cibles plus ou moins vulnérables, habituellement qualifiées de « molles » ou de « dures » selon leur degré de protection physique. Entrent dans la première catégorie, des objectifs comme les gares de Madrid ou de Londres, les Twin towers de NewYork…, dans la seconde, les bureaux du représentant de l'ONU à Bagdad (M. Vieira de Mello) en 2003, les gendarmeries de Corse…, sans que cette distinction ne semble dissuader les agresseurs. Si les installations que nos forces occupent en opérations sont censées être plus « dures » que « molles », elles n'en restent pas moins très exposées a priori. D'une part, elles représentent une cible fixe, adaptée à la préparation minutieuse de l'attaque car nombre de leurs caractéristiques sont invariantes ou répétitives.

Saint-cyrien de la promotion Général Lasalle (79-81), il sert comme lieutenant au 9 e régiment du génie de 82 à 86. Après avoir suivi la formation du diplôme technique de l'ESGM de Versailles, il commande à Mont-de-Marsan la 2 e compagnie du 15 e régiment du génie de l'air puis sert comme chef du bureau d'études de la direction des travaux du génie de Lille. Admis dans le cycle de l'EMS2 par la voie du brevet technique, il est ingénieur civil des Ponts et Chaussées et breveté de l'enseignement militaire supérieur (CSEM et CID). Chef des moyens opérationnels du 25 e Régiment du génie de l'air de 1996 à 1998, il commande ce même régiment de 2001 à 2003. Chef du bureau maîtrise des coûts du service technique des bâtiments, fortifications et travaux (STBFT) de 1998 à 2001, il y revient comme adjoint opérations en 2004 et en est le directeur adjoint depuis l'été 2005.

Lieutenant-Colonel Patrick MARTIN

Saint-cyrien de la promotion de LINARES , il est affecté successivement au 32 e RG à Vieux Brisach, au 5 e RG, à l’École Supérieure du Génie Militaire, au 10 e RG, à la Direction de travaux de Paris. En 1988 il rejoint le STBFT où il participe à la conception d’ouvrages spécifiques comme l’infrastructure du missile nucléaire préstratégique HADES ou le centre de guerre électronique, puis rejoint le groupe « Nucléaire Protection » où il participe à la conception et à la validation de divers dispositifs de durcissement des réseaux stratégiques, aux essais des magasins de stockage des munitions et à la rédaction d’ouvrages relatifs à la protection. Il intègre la DCG pour y servir successivement au sein de la sous direction travaux puis de la sous direction opérations d’infrastructure en tant que conducteur d’opérations puis chef de la section planification. En 2000 il retrouve le STBFT comme chef de la section « Protection effets des armes » puis du bureau « Protection et Sécurité des Infrastructures ». Il y conduit des études liées à la sécurité pyrotechnique puis d’autres sur la protection offerte par l’infrastructure face aux armes conventionnelles ou asymétriques en opérations extérieures ou en métropole.

CONNAÎTRE LA MENACE
Si une action militaire de type « haute intensité » (tir d'artillerie, bombardement…) visant nos installations ne peut jamais être totalement exclue, elle ne constitue plus la menace principale pour les forces déployées hors du territoire national. En revanche, une agression par attentat à l'explosif est toujours possible (et pas seulement à l'extérieur, malheureusement), avec une forte probabilité qu'elle soit conçue et préparée pour causer le maximum de dommages.
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SAPEUR
D'autre part, elles abritent des occupants suffisamment nombreux pour que l'agresseur puisse escompter un bilan significatif. Enfin et surtout, elles sont par nature un symbole qui garantit par avance le retentissement recherché par les terroristes. Par ailleurs, trouver de l'explosif en quantité suffisante ne représente guère de difficulté majeure pour des terroristes déterminés. Il peut avoir été pris dans les réserves à usage civil (carrières…), fabriqué artisanalement à partir d'engrais ou de désherbants (les recettes sont accessibles sur Internet), ou plus simplement issu d'anciens stocks militaires aujourd'hui dispersés. Notons au passage la propension des « bombes humaines » à doper la charge qu'ils transportent par des projectiles aussi divers (billes, clous, écrous…) que vulnérants.

QUELS EFFETS SUR LES INFRASTRUCTURES… ET LEURS OCCUPANTS ?
Parmi les différents phénomènes causés par la détonation d'une charge explosive « classique », c'est le souffle qui provoque le plus d'effets. Il convient donc d'en connaître les caractéristiques, et surtout les effets sur l'infrastructure. Une explosion engendre un pic de pression qui s'atténue extrêmement rapidement quand il se propage à l'air libre. Ainsi, à charge équivalente, les effets d'une explosion seront réduits dans d'importantes proportions si la distance avec le point zéro s'accroît. Par contre, la même explosion dans un volume confiné (tunnel, bunker…) générera une onde de choc bien plus durable et dont les effets seront multipliés (il est par exemple connu que le bilan de l'attentat du 20 juillet 1944 contre Hitler aurait été tout autre s'il avait été commis dans un bunker et non dans un bâtiment trop léger pour confiner l'explosion). À ces effets primaires s'ajoutent ceux, secondaires, consécutifs à l'effondrement des structures ou à la projection de débris divers dans les volumes occupés par le personnel. La résistance d'un bâtiment à une onde de choc est fonction de sa fréquence propre : plus elle est élevée, plus il est fragile, plus elle est basse plus il résiste.

Ainsi, les immeubles massifs de type « murs et refends porteurs » s'avèrent bien plus robustes que les structures « poteaux-poutres ». Dans ces dernières, la propagation de l'onde de choc peut provoquer la rupture des poteaux et entraîner l'effondrement de la totalité de l'immeuble, tel un château de cartes (cf. attentats du Drakkar - Beyrouth 1983 - ou Oklahoma City - 1995). Enfin, il a souvent été constaté qu'une grande partie des dommages causés aux personnes, résulte de la projection de débris divers et tout particulièrement les éclats de verre des vitrages dont les effets sur les personnes non protégées sont particulièrement dévastateurs.

mement rapide des effets du souffle en fonction de la distance, un choix de types de structures aussi peu sensibles que possible à ces effets, et un emploi judicieux des matériaux et équipements potentiellement dangereux. En premier lieu, il convient de mettre la plus grande distance possible entre tout site potentiel d'explosion (circulation publique, parking, local courrier…) et les immeubles ou locaux sensibles. Pour ce faire, l'on se doit de classifier les différents locaux selon leur sensibilité et de les positionner en conséquence. Quatre groupes génériques sont à considérer : • un sanctuaire : partie de l'emprise hébergeant le personnel et les matériels dont la perte ne permet pas de poursuivre la mission ; • une zone tampon : partie de l'emprise dédiée aux installations dont la perte ne remet pas en cause l'exécution de la mission principale ; • un glacis : espace périphérique permettant de détecter puis de prendre à partie et d'arrêter un éventuel agresseur ; • des accès : partie du glacis traversée

PREMIÈRE PARADE : ORGANISER L'ESPACE
Ces effets peuvent être sinon annihilés mais à tout le moins minimisés dans d'importantes proportions par la mise en œuvre d'une infrastructure raisonnée, pensée en fonction de cette menace particulière. Pour cela, les principales parades consistent en une organisation de l'espace qui exploite la décroissance extrê- 42 -

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dédiant les étages supérieurs à l'usage de glacis d'autre part.

COMPLÉTER CETTE ORGANISATION SPATIALE EN ADAPTANT LE BÂTI À LA MENACE
Quelle que soit l'organisation spatiale retenue, la nature du bâti est d'une telle importance en cas d'explosion qu'elle doit au mieux constituer un critère essentiel dans le choix des immeubles de stationnement et à tout le moins être adaptée et modifiée pour gagner en sécurité. par les voies de circulation et équipée des moyens de contrôle du personnel et des véhicules accédant au site. D'évidence, la répartition des différentes fonctions entre les groupes définis ci-dessus ne relève pas du technicien mais constitue un choix majeur de commandement. Puis, l'organisation ainsi établie, il convient de mettre en place les mesures qui permettront de lui conserver toute sa pertinence, en équipant le glacis et les accès pour interdire toute approche du vecteur et de la charge transportée. Il peut s'agir de points de contrôle ou d'obstacles passifs : dénivelées périphériques (escaliers), chicanes, bornes rétractables ou non, mobilier urbain… Leur implantation sera fonction d'une part de la menace prise en compte, d'autre part du risque consenti : là encore, le commandement, conseillé mais non pas remplacé par les spécialistes, doit au préalable se prononcer clairement. Le diagramme ci-dessous permet d'estimer les dommages, humains et matériels, en fonction de la quantité d'explosif utilisée et de la distance par rapport au siège de l'explosion. Cet abaque, d'un usage simple, peut être d'une aide précieuse lors des choix d'organisation de l'espace « horizontal ». Par exemple, si la distance « sûre » autour du sanctuaire est de 400 m, il ne sera que peu affecté par les effets de l'explosion d'une charge de 500 kg (équivalent TNT). De même, si la menace retenue est une charge de 700 kg, il apparaît d'emblée qu'aucun personnel ni matériel important ne devrait être positionné à moins de 200 m de la limite extérieure du glacis. Enfin, cette organisation de l'espace doit être considérée dans les 3 dimensions, en parant aux possibilités offertes par les égouts, tunnels et autres voies de pénétration souterraine d'une part, en Ainsi, les ouvrages de structure « poteaux-poutre » doivent si possible être évités, et ce tout particulièrement si leur façade est constituée de murs rideaux. Cependant, ils sont si répandus que leur emploi doit être envisagé. Dans ce cas, préférence doit être accordée à ceux dont les façades les plus exposées sont constituées d'un parement lourd (béton armé) et comportent peu d'ouvertures. En effet, les possibilités de propagation des ondes de choc sont alors bien moindres que dans le cas d'un remplissage léger des façades. À défaut, il faut renforcer les murs existants par des procédés additionnels appliqués sur la face externe (par exemple par ajout d'un mur extérieur constitué de blocs creux de ciment ou de bois remplis de béton et liaisonnés par des fers à béton) ou sur la face interne (blindage par ajout de poteaux métalliques connectés au plancher et au plafond et sur lesquels sont

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SAPEUR
fixées des plaques d'acier, projection de films polymères, collage ou fixation de tissus spéciaux…). Dans tous les cas, les éléments porteurs (poteaux, poutres) et les liaisons entre les éléments de structure devront être renforcés pour, si possible, prévenir toute rupture fragile et à défaut en contenir les effets de façon à éviter un l'effondrement total du bâtiment par effet domino. Les techniques à employer (chemisage métallique, pose de fibres de carbone ou composites…) sont, pour certaines, inspirées des savoirfaire de la construction parasismique. Enfin, les menuiseries, vitrées ou non, doivent faire l'objet d'une attention particulière en raison de leur grande vulnérabilité et de leur dangerosité affirmée. Quand la menace est élevée et qu'une fenêtre n'est pas indispensable, l'on doit tout d'abord envisager de retirer la vitre et condamner, voire murer l'ouverture. Cette solution, certes radicale, présente de nombreux avantages (simplicité, efficacité, faible coût…). Si son maintien s'avère indispensable, il convient alors de protéger les éléments vitrés (pose d'un film de sécurité, remplacement du vitrage par du verre feuilleté ou du polycarbonate…) en veillant de plus à ce que le panneau verrier complet ne puisse pas être luimême projeté dans le volume à protéger (renforcement des huisseries et de leurs fixations, mise en place de barres ou de câbles de rétention…). De même, les portes devront être renforcées, voire remplacées par des portes blindées fortement ancrées dans des parois elles-mêmes résistantes. Il apparaît donc nettement que les choix concernant l'infrastructure de stationnement sont lourds de conséquences potentielles sur la sécurité de notre personnel. Si les principes qui doivent guider ces choix semblent aisés à appréhender, leur mise en pratique nécessite de solides connaissances dans le durcissement des infrastructures. Cette culture particulière ne peut s'acquérir en quelques semaines ni par la lecture d'aide-mémoire spécifiques. Elle est le fruit d'une double expérience, dans le bâtiment d'une part et dans le raisonnement sécuritaire d'autre part, et se trouve chez nos ingénieurs militaires du domaine TOI (techniques des opérations d'infrastructure). C'est en s'appuyant sur ces spécialistes, que l'on trouve principalement dans le service d'infrastructure de la défense (SID) et plus particulièrement au service technique des bâtiments, fortifications et travaux (STBFT), que le commandement pourra faire stationner nos formations dans les meilleures conditions de sécurité. Ce ne sera alors plus seulement la sueur, mais aussi l'expertise technique, qui épargneront le sang.

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SAPEUR
Lt-colonel (TA) Jean-Jacques SOUCASSE

POUR UNE APPROCHE GLOBALE DE LA SAUVEGARDE-PROTECTION
This article is an initial look at the potential application of emerging technology to support force protection and physical security enablers for the force as a means of maximizing layered and integrated force protection and physical security capabilities across the range of operations.

EMIA de la promotion Lieutenant Lhuillier (85/86), commande le 1 er régiment du Génie depuis le 28 juillet 2005. Il a servi successivement au 71 e, 6 e RG comme chef de section, puis de commandant d’unité au 3 e RG. Il a servi comme instructeur à l’ESM de Saint-Cyr et commandant de compagnie élève à l’ENSOA. En 1999, il intègre la 113 e promotion du CSEM puis la 8 e promotion du CID. Après avoir été chef de BOI au 31 e RG (2000-2002), il a été affecté comme officier de liaison de l’armée de terre française auprès de l’US Army Maneuver Support Center de Fort Leonard Wood (Missouri) jusqu’à l’été 2005.

It will examine innovative ways and means of increasing these capabilities without excessive logistical and manpower burden in order to ensure greater survivability of the personnel and assets performing the main mission. The engineer force employment through its battlespace management tasks remain particularly relevant in supporting a proactive approach to an integrated, layered and modular force protection system for both static and on-the-move mission requirements. Les opérations menées depuis le début des années 1990 avaient souligné le besoin en matière de protection, malgré le caractère souvent semi-permissif de l’environnement dans lequel évoluaient nos forces. En outre, les opérations en cours en Afghanistan et en RCI pour nos forces ou sur le théâtre irakien pour des forces alliées, nous rappellent la nécessité de préserver toute force engagée, son personnel et son potentiel, afin de contribuer à sa liberté d’action. La menace évolue, sa nature est plus hétérogène, en particulier dans les conflits de type asymétrique, ses effets se trouvent amplifiés par la résonance médiatique. L’emploi de modes d’action contre insurrectionnels nous impose une protection accrue et une mise à distance de la menace qui doit permettre une meilleure discrimination pour une application graduée et réversible de la force. L’approche en matière de sauvegarde protection ne peut plus seulement concerner quelques spécialistes ou fonctions spécialisées, elle doit être multidisciplinaire et intégrée, usant de combinaisons de dispositifs actifs ou passifs qui emploient des technologies désormais disponibles et qui participent à la diminution de l’empreinte logistique et des besoins en main-d’œuvre tout en répondant au besoin opérationnel.
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L’examen de la menace conduit à proposer la constitution d’éléments de protection dédiés et à examiner, pour la composante AGESTER, des voies de développement possible pour répondre aux besoins désormais identifiés. Il s’agit de proposer des solutions qui augmentent significativement les capacités d’une force déployée, atténuent ses vulnérabilités, réduiraient l'empreinte logistique tout en participant à une meilleure appréciation de situation par le commandement, afin d’augmenter la liberté de manœuvre et de mouvement pour la force.

LA MENACE ET SES CONSÉQUENCES
La menace continue à se développer rapidement. L’emploi par l’adversaire potentiel de stratégies adaptatives de plus en plus sophistiquées est actuellement démontré sur des théâtres tels que l’Irak ou la Tchétchénie. Ses manifestations seront de nature conventionnelle ou non, les éléments chargés de la mise en œuvre seront assurément plus mobiles. La menace est donc multiforme dans ses effets : tirs directs et/ou indirects, emploi possible d’armes à effet thermobarique, de moyens NRBC, attaques suicides ou par dispositifs explosifs improvisés.

SAPEUR
Il est d’ores et déjà évident que l’adversaire s'efforcera d'identifier les faiblesses et les vulnérabilités des forces auxquelles il sera confronté, en particulier celles des dispositifs ou procédures de protection des forces, pour profiter de ces vulnérabilités dans l'accomplissement de ses buts. L’adversaire, en particulier dans des conflits de nature asymétrique, a surtout un but politique plus que militaire et recherche l’accroissement de sa puissance politique, de son image et de son influence. Il compense le rapport de force défavorable en termes de capacités armées en visant les objectifs majeurs. Par ces modes d’action, il cherche à gagner l'attention à sa cause en infligeant des pertes et en détruisant des cibles symboliques, y compris par l’emploi de commandos suicides. Cette tactique est souvent couronnée de succès. La sauvegarde-protection permet à la force de préserver son intégrité, c’est-àdire son potentiel militaire et humain, ses installations. La protection vise à la préservation du potentiel de combat d'une force afin de permettre au commandant d’appliquer la force à l’endroit et au moment décisifs avec les effets requis. Toutefois, les mesures de protection sont le fruit d’un compromis entre impératifs d'accomplissement de la mission et acceptation d’un risque. La sauvegarde-protection a pour but de réduire au minimum les effets de la puissance de feu ennemie et de sa manœuvre. Elles sont le plus souvent traduites en mesures passives par le biais d’ouvrage de protection réalisé par le Génie. La protection de la force sur un espace de bataille lacunaire est encore actuellement une carence capacitaire. Les besoins en main-d'œuvre et en ressources détournées de la mission principale pour mettre en œuvre les mesures ou dispositifs de protection réduisent les ressources opérationnelles et tactiques disponibles et limitent ainsi la liberté d'action de la force. Le besoin en unités, en systèmes de protection intégrés et redondants continuera à croître pour répondre aux contraintes de protection du personnel interarmées et/ou interarmes et de leurs moyens. Les opérations récentes démontrent que la réponse à ce défi est d’un faible niveau technologique et recourt généralement à une main-d’œuvre importante. interroger et évaluer l'intention adverse à des portées accrues qui permettent de développer rapidement les réponses adaptées et d’obtenir les effets désirés létaux ou non, graduels et réversibles. Ces capacités pourraient être obtenues par l'emploi de la robotique (terrestre ou aérienne), l’emploi de radars, de détecteurs et d'autres technologies émergentes en matière de protection balistique ou NRBC. Une solution envisageable pourrait être la constitution de détachements de protection qui ne nécessiteraient pas forcément de personnel spécialisé. Des unités de type PROTERRE seraient potentiellement utilisables pour ce type de mission. Ce détachement pourrait être du volume de la compagnie et serait employé par le commandant d’une force déployée pour assurer la protection de ses unités ou de ses sites importants (PC, base logistiques ou base vie, etc.), rendant ainsi disponibles les soldats préemptés par les services de garde. Avec l'évolution actuelle de la technologie, il est dès à présent concevable de pouvoir réduire ses éléments à des volumes inférieurs (sections, groupes) en maintenant, voire en améliorant leurs capacités. L'élément de protection pourrait employer des capteurs ou des réseaux de capteurs du champ de bataille, voire des radars pour la détection, des systèmes de surveillance vidéo qui autorisent l'identification et facilitent l’interception de toute menace. Les plates-formes robotisées, terrestres ou aériennes ou des ballons captifs pourraient être utilisés pour fournir les portées de détection nécessaires et pour réduire les zones cachées du terrain. Ces moyens doivent être complétés par des systèmes de contre-mobilité alliant aménagement du terrain, emploi de systèmes télécommandés actifs avec munitions létales ou non, et de moyens passifs. Ces systèmes seront intégrés, coordonnés et dirigés à partir d’une station portable de commandement connectée au réseau tactique, permettant à une petite équipe de faire fonctionner tous les systèmes et de répondre aux menaces.

LA RÉPONSE
Les forces comptent naturellement sur leurs moyens tactiques organiques pour obtenir le niveau de protection adéquat, ce qui détourne le plus souvent une partie des troupes de ses missions essentielles et limite leur potentiel de combat. Les unités d’appui et de soutien ont, en outre, des capacités intrinsèques limitées pour assurer leur protection et sont souvent les plus vulnérables aux attaques. La protection doit être le fruit d’une action combinée et concertée qui implique de la recherche de renseignement, de l’analyse du terrain, de la coopération entre armes de mêlées et d’appui, de l’utilisation de réseaux de capteurs et de communication, de l’aménagement du terrain et des infrastructures permanentes ou semi-permanentes. Pourtant, il ne semble plus concevable de dédier un volume de force important aux missions de protection. Les technologies disponibles actuellement offrent des possibilités d’amélioration de la protection en accroissant les capacités des unités investies de ses missions par le biais de solutions à base de systèmes intégrés. Leur combinaison avec un juste volume de forces, qui pourraient être non spécialisées, permettrait d’atteindre un niveau satisfaisant. Cela passe par la conception d’un système combinant différents moyens et permettant une meilleure détection, identification et évaluation de la menace, ainsi que des capacités de réponse rapide qui doivent être plus précises et persistantes dans leurs effets. Il est nécessaire, dans les opérations contemporaines, de pouvoir bénéficier d’une meilleure capacité d’observation à distance, de pouvoir
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SAPEUR
Ce détachement de protection procurerait : - la détection et l’identification de la menace à distance accrue ; - la précision, le maintien et la persistance des capteurs employés ; - la capacité de déterminer les intentions adverses à plus grande distance ; - la capacité de répondre par des moyens létaux ou à létalité réduite à distance ; - des éléments supplémentaires à l’appréciation de situation et de son environnement par le commandant de la force ; - une réduction des coûts en maind'œuvre dédiée et une restauration du potentiel de combat des unités chargées de la mission principale ; - un accroissement corrélatif de l’efficacité de la force déployée ; - une approche systémique et un processus aboutissant à une capacité de protection multiple et intégrée. Ainsi, ce détachement de protection ne fournit pas seulement une capacité simple d'avertissement contre toute intrusion, comme les capacités actuellement employées, mais une capacité plus globale de dissuasion, de détection, d’évaluation, d’alerte et de défense. teurs et un centre de contrôle sur ordinateur portable qui offre des configurations multiples. - Des ensembles de capteurs montés sur véhicules ou engins pilotés ou robotisés qui fournissent des moyens de détection, de vérification des alertes, des capteurs anti-intrusion ou anti-dérangement, une capacité automatique de détection des mouvements et de leur suivi reliés par réseau de communication sécurisé. - Des systèmes anti-intrusion comprenant des radars de surveillance terrestre portables qui permettent une alerte avancée, la détection d'intrusion et la discrimination entre une menace constituée de véhicules (à roues ou chenillés) ou de personnels au niveau section ou au-dessus, y compris au moyen de radar terrestre. - Une capacité de commandement des éléments de réaction qui permet la localisation, le suivi, l’interception des menaces potentielles hors du contact. - Des systèmes d’armes létaux et à létalité réduite qui fournissent une réponse graduelle, qui réduisent le temps de latence dans la boucle de « détection - décision – engagement » et démultiplie des technologies prouvées pour l'économie de force et fournit l'offensive éloignée dans des capacités défensives 1. - Des capacités conventionnelles de contrôle et de protection des accès de type barrière pour limiter l'accès aux sites critiques. - L’interconnexion avec les moyens de détection et d’alerte contre les menaces non conventionnelles NRBC, y compris la détection des substances explosives. La fonction de protection est par conséquent une fonction transverse qui assure une posture permanente de sûreté à plusieurs niveaux. Ainsi, l’emploi d’une partie de ses moyens pourrait être adapté aux besoins pour les points de contrôle ou les installations temporaires.

LES CAPACITÉS ACTUELLES OU À COURT TERME
Les technologies actuelles et émergentes qui pourraient être mises en œuvre par des éléments de protection de force, qui étendraient significativement la portée de mise à distance (standoff) de la menace tout en autorisant son suivi (tracking) puis l’identification précise dans des opérations de sécurité opératives et tactiques sont listées ci-dessous : - Les systèmes de surveillance vidéo qui incluent des systèmes de surveillance périmétrique, des ensembles ou des réseaux de cap-

1) Comme le système de contrôle LACS (Local Area Control System), pour la protection des zones de vie contre les intrusions pédestres (détachements armés, groupes terroristes…) et mécaniques. Le LACS, est un outil fondé essentiellement sur un travail de senseurs et d’intégration de systèmes, de Thales. En décembre 2005, Thales s’est vu notifier par la DGA le Spectre (système de protection des éléments terrestres, avec une cinquantaine de partenaires), un démonstrateur visant notamment à quantifier le besoin opérationnel des forces pour leur protection (sécurisation de cantonnement…). - 47 -

SAPEUR
RÔLE DE L’AGESTER
Le rôle de la fonction agencement de l’espace terrestre (AGESTER) reste éminent par sa participation à la conception au travers de l’appui géographique, la détermination des vulnérabilités par une analyse terrain ou structurelle, les travaux d’aménagement et d’organisation du terrain pour canaliser, protéger, voire par l’emploi d’actions de déception ou de camouflage. Cela comprend naturellement des actions de contre-mobilité face à une menace diversifiée en nature et en volume, de protection contre la menace NRBC et de réalisation d’infrastructures adéquates tant en phase d’aide au déploiement que de soutien au stationnement. Cet appui doit être envisagé et entrepris de façon graduelle dès la phase de l’entrée sur le théâtre. Un effort particulier doit être entrepris pour la protection des installations fixes ou semi-permanentes ; en effet, les mesures de sauvegarde classique ne répondent plus aux besoins et à l’évolution de la menace car elles ont recours à des solutions qui n’ont pas évolué depuis le second conflit mondial. De plus leur empreinte logistique est devenue trop importante. Il est donc nécessaire de recourir à d’autres matériaux de type cellulaire, à base de géocomposites comme les bastions de type Hesco pour des structures de protection modulaires dont la valeur de protection anti-balistique serait graduelle et pourrait être renforcée par l’utilisation de mélanges d’additifs dans les matériaux de remplissage, afin de satisfaire aux besoins de protection accrue face aux tirs ALI directs, aux tirs indirects et aux tirs de roquettes. L’usage de matériaux avancés combinés avec des préformes ou des moules pour la constitution de renforts de protection ou de protection (murs, chicanes, déflecteurs, barrières anti-véhicules, etc.) quand la physionomie des lieux ne permet pas de travaux classiques de merlonage, est à rechercher. L’usage de ciments composites et de poudres réactives qui procure des bétons aux caractéristiques supérieures pour des épaisseurs aux bétons classiques, offre des perspectives intéressantes. Leur emploi peut être combiné avec des structures composites à base de fibres qui offrirait en outre des capacités de contrôle des signatures thermique ou électromagnétique. Des panneaux peuvent être moulés selon des gabarits modulaires préétablis et assemblés selon des formes qui diminuent les effets des armes. Des expérimentations menées aux ÉtatsUnis au sein de l’Engineer Research and Developement Center (ERDC) ont démontré le pouvoir de protection de tels composants contre les effets de fragmentation d’obus de 155 mm par rapport aux solutions classiques. En zone urbanisée, des solutions de valorisation des structures existantes (murs, planchers, plafond,) existent, basées sur l’application par projection de couches sur la partie arrière de ces structures avec des matériaux de type élastomères thermoplastiques ou feuilles de plastiques (polymères) renforcées de fibre qui accroissent la résistance aux effets mécaniques de souffle au minimum d‘un facteur 2. Les essais pratiqués ont par ailleurs démontré des temps de séchage compris entre 10 minutes et 72 heures, selon les matériaux employés, compatibles avec une utilisation opérationnelle. Ses solutions ont l’avantage d’offrir une charge logistique moindre ; il est en effet plus facile de transporter les composants spécifiques qui mélangés aux matériaux communs empruntés sur le théâtre seront la base des assemblages modulaires réalisés sur place. Enfin l’utilisation de logiciels d’évaluation et d’analyse de la résistance structurelle d’infrastructure comme le logiciel SSA (Simplified Survivability Assessment Software) compléterait les moyens en offrant une capacité d’analyse et de conception des structures ou des mesures de protection adéquates, in situ ou à partir du théâtre national. Ce logiciel est basé sur des modules qui permettent : - d’établir le dessin et le devis et le niveau de protection estimé selon l’installation envisagée ; - de déterminer le temps et les moyens requis pour la réalisation des instal- 48 -

lations selon le niveau de protection requis par le besoin opérationnel ; - le développement des solutions techniques ; - l’évaluation des effets spécifiques des armes sur les structures conçues. Ainsi, afin de maintenir la liberté d’action et l’intégrité d’une force sur un théâtre d’opération, il est désormais impératif de concevoir un système de protection intégré qui combine l’ensemble des moyens indispensables pour assurer le niveau de protection requis par le commandement en fonction de la menace. Ce système doit être de nature proactive et aisé de mise en œuvre, tout en réduisant les coûts en main-d’œuvre et la charge logistique. Une approche modulaire qui combine les moyens, qui participe à leur interconnexion avec les systèmes de commandements tout en autorisant une mise en œuvre graduelle, apparaît envisageable grâce aux capacités offertes par l’évolution technologique. Cela aboutit à un système de systèmes qui couvrirait l’ensemble des domaines concernés et des fonctions opérationnelles impliquées. L’emploi de briques déjà existantes (détection NRBC, radar de trajectographie ou de surveillances, systèmes Moder, etc.) et de systèmes de communication et de commandement tactiques doit être associé à des éléments dédiés à la protection. Enfin, le rôle de la fonction AGESTER, par sa maîtrise de l’espace de bataille, les compétences détenues et les synergies entre ses trois composantes, reste primordial. La prise en compte des aspects liés à la protection des forces doit par conséquent se traduire par une étude globale dans les domaines de la doctrine, de l’organisation, de la formation, de l’équipement et de l’entraînement, afin de fournir à la force les capacités requises pour agir dans l’environnement actuel et futur.

SAPEUR
Lieutenant-colonel Laurent CHAPELLE

LE RÔLE DU GÉNIE DE L’AIR DANS LA SAUVEGARDE-PROTECTION EN OPÉRATIONS EXTÉRIEURES
Though Rapid Runway Repair is still the core of the missions of the Air force Engineers, these units are more and more tasked in operations with protection and sustainability works or with hardening works. The 25th Air force Engineers Battalion, endowed with a large quantity of various earthmoving equipment, as well as concrete production means, has a good capacity to perform this kind of works and it demonstrated this on many theatres of operations in the past few years. Its most recent experience took place in Abéché (Chad) in 2005, where it built a 1200 m2 ammunition storage with Bastion-Walls and local made pre-cast concrete beams. The cost of this operation, about 460 000 A, is low compared with the cost of a classical infrastructure operation, and its length of life remains coherent with the usual term of settlements on theatres of operations.

Le lieutenant-colonel Laurent CHAPELLE est ingénieur de l’école nationale supérieure d’arts et métiers. Il a servi au 4 e régiment du génie puis au 15 e régiment du génie de l’air comme commandant de compagnie. Engagé dans le cycle de l’enseignement militaire supérieur à partir de 1997, il est ingénieur SUPELEC depuis 1999 et suit l’enseignement du collège interarmées de défense (7 e promotion), à l’issue duquel il est affecté au service technique des bâtiments fortifications et travaux (STBFT). Il est chef du BOI du 25 e régiment du génie de l’air depuis août 2004.

La projection d’un détachement du génie de l’air sur un théâtre d’opérations extérieures s’inscrit le plus souvent dans le cadre du déploiement d’une force aérienne multinationale. Le volume du détachement varie suivant la nature des missions et l’ampleur des travaux à réaliser. Le rétablissement des surfaces aéronautiques après une attaque aérienne reste la mission la plus spécifique du génie de l’air, son « cœur de métier ». Cependant, lors des opérations récentes, où la coalition détient la supériorité aérienne, les capacités du 25 e régiment du génie de l’air ont surtout été employées à des travaux d’aide au déploiement et de sauvegardeprotection accompagnant le déploiement et l’installation de la composante aérienne de la coalition. Après un rappel des principales missions et capacités du génie de l’air, un exemple récent de réalisation sera présenté. Il peut être considéré comme emblématique de nombreux besoins actuels sur les théâtres, en ce que l’ouvrage en question répond à la fois aux besoins de sauvegarde-protection de la force et à l’exigence d’application des normes de sécurité du temps de paix qui caractérisent les opérations actuelles, de basse à moyenne intensité.

et l’emploi des unités d’infrastructure en opérations. Il s’agit de faciliter le déploiement d’une composante aérienne sur une ou plusieurs bases aériennes projetées en lui livrant et en maintenant en état l’infrastructure opérationnelle et de soutien nécessaire à l’accomplissement de ses missions. Les deux compagnies d’infrastructure en opérations (CIO) ont vocation à traiter l’infrastructure « verticale », le 25 e régiment du génie de l’air (25 e RGA) étant, quant à lui, chargé de l’infrastructure « horizontale » (surfaces aéronautiques, dalles, terrassements…). Pour assurer efficacement ce rôle, il faut successivement : - préparer l’installation initiale de la composante aérienne : à cet effet, les unités d’infrastructure en opération doivent faire impérativement partie des échelons de reconnaissance et des éléments précurseurs pour assurer le déploiement rapide des premiers éléments dans les meilleures conditions; - prendre toutes les dispositions nécessaires en fonction de la situation (environnement, menaces…) en vue de préserver la capacité opérationnelle du détachement projeté, y compris dans la durée : susceptibles d’être engagées avant le gros de la force, les unités d’infrastructure en opération participent à l’établissement des conditions de vie adaptées à la durée des opérations, au climat et aux réserves locales. Leur action comprend en particulier des travaux de protection, de dépollution, de rétablissement ou d’aménagement des infrastructures.

RÔLE, MISSIONS ET CAPACITÉS DU GÉNIE DE L’AIR
Le concept et la doctrine d’emploi des unités d’infrastructure en opération de l’armée de l’air (approuvés respectivement en 2003 et 2004) définissent le rôle
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SAPEUR
- assurer le désengagement de la force : les unités d’infrastructure en opération appuient le désengagement en restituant aux autorités locales et nationales les infrastructures occupées par la force. Dans des circonstances plus exceptionnelles, elles peuvent être amenées à neutraliser les infrastructures utilisées. Le format des unités d’infrastructure en opération découle directement du contrat opérationnel de l’armée de l’air. Dans le cadre des cinq scénarios du livre blanc, l’armée de l’air, tout en assurant le maintien de la posture permanente de sûreté (PPS) et son renforcement éventuel, doit être en mesure de s’engager selon trois hypothèses d’emploi exclusives (A pour mission AIR) : - A1 : Opération multinationale conduite par l’alliance au titre de la défense collective, - A2 : Simultanéité d’une opération multinationale et d’une opération nationale, - A3 : Simultanéité de plusieurs engagements de gestion de crise. Ainsi la défense collective et les engagements multinationaux régionaux (scénarios 1 & 2 du livre blanc) peuvent impliquer l’engagement, limité ou non dans la durée, de la totalité des forces aériennes sur trois bases aériennes projetées dont au moins une majeure (hypothèse A1 & A2), le déploiement de structure de commandement se faisant en priorité sur une de ces bases. Par ailleurs, la simultanéité d’un engagement multinational de moyenne ampleur et d’engagements nationaux ou multinationaux sur d’autres théâtres d’opérations n’est pas exclue (hypothèse A3). Dans ce domaine, la défense de l’intégrité du territoire hors métropole (scénario 3), la mise en œuvre d’un accord de défense (scénario 4) ou des actions en faveur de la paix et du droit international (scénario 5) peuvent obliger l’armée de l’air à répartir ses moyens sur un ou deux autres théâtres d’opérations éloignés. Pour répondre le mieux possible à la problématique de simultanéité des crises, la préparation des forces de l’armée de l’air s’articule autour d’une montée en puissance progressive et modulaire des forces (FRI, FRR, FAT), dont la composition pourra varier en fonction des objectifs assignés et de la nature de la menace. Ainsi, l’armée de l’air devra-t-elle être capable de mettre en œuvre, en moins de deux mois et sur deux théâtres d’opérations au minimum, une centaine d’avions de combat avec leur soutien opérationnel selon les principes suivants : - déploiement d’une vingtaine d’avions de combat et de leur soutien dans un délai d’intervention de 72 heures pour une première mission à J + 3, - projection de 1500 hommes et de leur équipement dans les mêmes délais, - déploiement de 40 avions de combat en moins de 15 jours, - déploiement d’une centaine d’avions de combat en moins de 2 mois. Les forces doivent pouvoir se déployer sur 3 bases aériennes projetées, dont une majeure, sur des pistes susceptibles d’avoir été endommagées du fait de l’ennemi, sinon du fait d’une action nationale ou multinationale. L’absence de proximité de ports n’est pas à exclure. Lors des projections, le déploiement des structures de commandement nationales, voire alliées lorsque la France est nation-cadre, est prévu sur une de ces trois bases de théâtres, même si leur installation sur un autre site ne doit pas être exclue. Pour lui permettre de tenir le rôle qui lui est dévolu dans ce contrat opérationnel, le 25 e RGA armé par quelques 900 hommes, est articulé en quatre compagnies opérationnelles aux effectifs de 4/25/128. Chacune de ces compagnies dispose, outre du matériel spécifique nécessaire au rétablissement d’urgence d’une plate-forme aéronautique, de capacités importantes de terrassement, de transport (matériaux et engins), de production et de mise en œuvre de matériaux. Cette palette assez complète de moyens1 lui permet d’« agir vite et puissamment2 », et en particulier d’obtenir, en des délais très courts, un impact sur le terrain permettant d’accroître significativement la protection des unités appuyées. Ces capacités reconnues se traduisent dans les faits par un niveau d’engagement du régiment en constante augmentation 3 . Le 25 e RGA s’est notamment illustré à Sarajevo (Bosnie), Manas (Kirghizstan), Petrovec (Macédoine), Antebbé (Congo), Abéché ou N’Djaména (Tchad). Les missions confiées aux détachements du génie de l’air projetés comportent systématiquement des travaux de sauvegarde-protection, ou, comme dans le cas du dépôt de munitions d’Abéché, de durcissement d’installations sensibles.

LE DÉPÔT DE MUNITIONS D’ABÉCHÉ (TCHAD) : UN EXEMPLE EMBLÉMATIQUE DES BESOINS ACTUELS EN OPÉRATIONS
Le dépôt de munitions d’Abéché (Tchad) a été réalisé par une section du 25 e régiment du génie de l’air au printemps 2005. Il s’agissait avant tout de mettre ce dépôt en conformité avec les normes de sécurité relatives aux établissements pyrotechniques. Cependant, dans un environnement plus hostile, une réalisation similaire aurait pu être conçue pour répondre simultanément aux besoins de sauvegarde-protection d’une infrastructure de stockage sensible. En effet, en opération, un dépôt de munitions ne manquerait pas de constituer une cible privilégiée. Au-delà du durcissement inhérent à la sécurité pyrotechnique de l’ouvrage, il importe donc de le protéger des tirs et de le concevoir de manière à limiter les conséquences d’un tir : empêcher la destruction complète du stockage et la perte de capacité opérationnelle qui en résulterait et limiter le danger pour les troupes et les matériels majeurs que représente l’explosion

1) 24 VBR et VIB dotés d’un canon de 20 mm, 170 engins de terrassement divers (tracto-chargeurs, dont certains sont blindés, tracteurs niveleurs, niveleuses, compacteur, pelles hydrauliques, dont certaines sont blindées), 97 camions-benne de 8, 10 et 20 m3 , 67 attelages porte-engins, deux centrales mobiles de production d’enrobé (120 et 220 t/h), 3 finisseurs à enrobé, 2 fraiseuses, deux centrales mobiles de production de béton (60 et 160 m3/h), 3 finisseurs à béton, divers moyens de production de béton (dont 4 auto-bétonnières de 10 m3/h chacune et 10 bétonnières à moteur thermiques) et de pose manuelle (coffrages, règles vibrantes, pervibrateurs), matériels de topographie, de laboratoire des sols… 2) Devise du 15 e RGA (dissous en 1999). 3) 22000 hommes/jours en 2001, 33000 hommes/jours en 2005.

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SAPEUR

Dépôt de munitions d'Abéché (mars 2005). Réalisation de dalles en béton hydraulique

d’une alvéole de stockage. Les principes à appliquer lors de la conception du dépôt sont identiques à ceux qui visent à la sécurité pyrotechnique en temps de paix. Il s’agit de compartimenter le dépôt pour éviter la transmission de la détonation d’une alvéole à l’autre et de protéger le personnel contre les effets de souffle et les projections d’éclats. L’exemple du dépôt de munitions d’Abéché démontre que ces objectifs peuvent être atteints sur les théâtres d’opérations dans des délais et à des coûts raisonnables. Ce dépôt situé sur le camp CROCI à ABÉCHÉ, en plein désert Tchadien, a été conçu par la section « infrastructure protégée » du service technique des bâtiments, fortifications et travaux (STBFT) au profit du commandement des éléments français au Tchad. Destiné au stockage des munitions prépositionnées (obus de mortier, grenades…) ce dépôt ainsi réalisé est générateur de zones de danger d’une très faible étendue. Dans le cas d’un accident pyrotechnique, la structure arrêterait la totalité des éclats primaires provenant des munitions. Cette particularité permet de l’insérer sans danger à proximité des différentes activités du camp et notamment au plus près du stationnement des troupes. Il présente une surface au sol d’environ 1200 m2. Il est composé de 6 alvéoles permettant le stockage des munitions

Dépôt de munitions d'Abéché. Mise en place de la clôture (mai 2005).

ayant des groupes de compatibilité différents et appartenant aux quatre divisions de risque. Chacune des alvéoles permet le stockage dans des conditions conformes à la réglementation en vigueur de quelques centaines de kilogrammes de matière active. Il est réalisé en « bastionswalls » (avec comme matière première de remplissage le sable du désert) et en poutrelles de béton armé préfabriquées par entreprise sur le théâtre. L’ensemble des travaux a été réalisé par un détachement du 25 e RGA du volume d’une section (1/4/21) disposant de 11 engins de terrassement divers (dont certains sont également aptes au levage), 2 arroseuses, 6 camions-bennes, 1 autobétonnière (moyen mobile permettant la production d’environ 10 m3/h de béton), un lot de pose manuelle de béton (rails de coffrage, règles vibrantes, pervibra-

teurs) et de l’ensemble des moyens nécessaires à la maintenance et la réparation des matériels engagés. Les travaux, qui ont duré deux mois et demi, n’ont pas présenté de difficulté technique particulière. Le seul point délicat de cette opération concerne les éléments préfabriqués par entreprise civile locale, dont le suivi et l’assurance de la qualité peut obéir à des procédures bien différentes de celles en vigueur en métropole. Néanmoins, moyennant quelques précautions lors la mise en œuvre (en particulier surveillance des flèches observées à la mise en charge), il a pu être confirmé que les poutrelles étaient aptes à remplir leur fonction. Le coût d’une telle réalisation est de l’ordre de 460 000 A : environ 300 000 A de matériaux et fournitures - essentielle-

Accident pyrotechnique à Doha (Koweit), lors d’un exercice en 1991. 49 blessés, dont deux gravement, 105 véhicules détruits, 15M$ de dégâts.

Dépôt de munitions d'Abéché. Mise en place sur bastion walls des poutrelles préfabriquées (avril 2005).

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SAPEUR
CONCLUSION
« The large ground organisation of a modern air force is its Achilles heel » 4. Plus généralement, qu’il s’agisse de la composante « air » ou de la composante « terre » d’une force projetée, la complexité et la vulnérabilité des systèmes déployés, accrue par la nécessité, dans bien des cas, d’un emploi de la force limité à un très bas niveau par nos troupes, rend plus nécessaire que jamais la mise en œuvre de mesures de sauvegarde-protection. Dès lors qu’elles concernent des concentrations de forces importantes, des zones logistiques ou des centres de commandement, ces mesures nécessitent l’engagement de moyens de travaux lourds, seuls susceptibles de produire une action significative sur le terrain. Pour être parfaitement optimisée, la détermination des moyens à engager doit résulter de la confrontation d’un effet à obtenir, exprimé par le commandement, et de l’examen du terrain et des ressources locales. Le plus souvent, seule l’insertion d’un élément du régiment lors des reconnaissances et/ou parmi les éléments précurseurs permet la constitution du détachement le plus adapté.

Dépôt de munitions d'Abéché en cours d'achèvement (mai 2005).

ment les bastions-walls et les poutrelles préfabriquées, 125 000 A de surcoût OPEX (soldes), le reste représentant le coût des billets avions des précurseurs qui ont dû emprunter une VAC et le carburant nécessaire au millier d’heures d’engins exécutées et aux 4000 km parcourus. Le coût de la projection des engins est réparti sur plusieurs opérations successives réparties sur le théâtre

tchadien. Cette somme est relativement faible au regard du coût d’une opération d’infrastructure de même nature lancée sur le territoire métropolitain. La durée de vie de cette installation est évidemment plus courte que celle d’un ouvrage de construction classique, mais elle demeure tout à fait adaptée à la durée habituelle de ce type d’engagement.

4) « La forte implantation au sol d’une armée de l’air moderne est son talon d’Achille » Captain Sir Basil Liddell Hart, Thoughts on War, 1943. - 52 -

SAPEUR
Lieutenant-colonel Philippe KIRSCHER

LE RGBIA DANS LA MISSION DE PROTÉGER LES FORCES EN 2005
French engineers have resumed operating force survivability since the resuming of peace support operations at the end of the seventies.

Le lieutenant-colonel Kirscher est chef du bureau opérations instructions du 2 e REG depuis août 2005. Saint-Cyrien de la promotion 86-89 (général CALLIES), il a successivement servi comme chef de section au 25 e RGA, puis comme lieutenant et capitaine au 5 e Régiment étranger de 1993 à 1994. Il a commandé la compagnie d’appui du 6 e Régiment étranger de génie de 1995 à 1997. Il a été chef du bureau de préparation opérationnelle de l’état-major de la brigade du génie, à l’issue de son passage au CSEM/CID , 9 e promotion. Le lieutenant-colonel Kirscher est titulaire d’un diplôme d’études approfondies sur le rôle du génie du C.E.F. dans les bases aéroterrestres en Indochine 1953-1954, période riche d’enseignement en matière de protection pour notre armée. Le lieutenant-colonel Kirscher a servi comme « chief engineer » au sein de l’ONUCI de décembre 2004 à juin 2005.

One of the most important lessons learnt, either in Lebanon, Gulf war, former Yougoslavia or Western Africa, is that it is worthy foreseeing the worst situation. The current concept of « three block war » is, regarding the current situations encountered on overseas operations, is deemed highly valuable. Our forces, supported by our combat or heavy engineers, must plan engineering support in matter of survivability as early as possible, including the full spectrum of threats ; i.e. terror or large calibre attacks in most the areas of operations. In such a case, French engineers, especially in combat units, need more accurate equipment, especially for hardening combat positions and deflecting potential blasts. Generally speaking, our forces must look closely to their initial layouts, including from the beginning in the OPP1 such features as force protection, taking in account those points, engineers’ job on the field will be easier and they will spare useful workforce, warranting effective survivability to our forces. La protection est devenue ces dernières années l’essentiel des activités - au même titre que les missions relatives à l’aide au déploiement des unités - des bataillons ou compagnies du génie projetés. Il s’agit ici, à partir de l’expérience passée des unités du 2 e REG, de dresser un tableau des actions entreprises pour renforcer la protection de nos forces sur les différents théâtres. Il est manifeste que, dans le cadre de corps expéditionnaires qui cachent leur nom et au mandat bien souvent mal défini dans le temps, nos forces sont entrées dans le cadre désormais familier de la « 3 block war » tel que défini par nos amis britanniques. Celui-ci exige, dans une alchimie bien compliquée, une aptitude à la réversibilité la plus grande possible, une bataille permanente pour les cœurs et les âmes, et une grande aptitude à basculer dans des actions de coercition tout en limitant les pertes au plus faible nombre possible. La protection-sauvegarde, depuis l’attentat du poste Drakkar 2, a son mot à dire en la matière.

S’INTÉGRER AU PAYSAGE
C’est en effet le trait prédominant des actions de protection au début du XXI e siècle, gage de la meilleure protection passive. Les sapeurs, chargés de contribuer au déploiement de la force, doivent prendre en compte : - les infrastructures qui leur sont confiées par les belligérants ou les acteurs locaux bienveillants (cas de la RCI) pour déployer les troupes dans la relative sécurité que ces emprises offrent. À ce titre, la protection - passive - passe tout d’abord par l’intégration au paysage. La force se veut bienveillante et assume entièrement son rôle de maintien ou d’imposition de la paix avec un profil le plus bas possible. S’il n’y a pas là de camp Bondsteel 3, il faut bien admettre que dans ce cas les incon-

Construction d’un dépôt de munitions à Mitrovica. Hiver 2005

1) Operational planning process. MedO 2) Le poste Drakkar, immeuble de Beyrouth tenu par la 3e compagnie du 1er RCP, appartenant à la FMNSB , fut volatilisé par un attentat qui fit plus de 60 morts. 3) Camp de déploiement initial de la brigade US au Kosovo, réalisé en 6 mois par la société Brown and roots en 1999, et qui intégrait des abris 10 hommes dans chaque bâtiment troupe du modèle « Sea huts » (Sea = South East Asia). - 53 -

SAPEUR
SÉCURISER : L’ESSENTIEL DE LA MISSION
Autre pan de la sauvegarde, un cran audessus de l’indispensable intégration au paysage de la crise moderne, la mise en sécurité de nos emprises demeure un souci constant : - face aux incursions, des plus classiques, lesquelles se traduisent par des pertes de matériels ou une acquisition parfois insensible de renseignement sur nos emprises ou nos capacités. Ainsi, la base de tout dispositif demeure encore le réseau de ronce et de concertina. Même renforcé de mines éclairantes, il présente une efficacité parfois discutable. Trop sensible à la végétation tropicale, il demande un entretien permanent pour une efficacité relative surtout lorsque par ailleurs les unités ont pris l’habitude de faire exécuter une multitude de services par de la main-d’œuvre civile librement acceptée aux heures ouvrables dans les emprises. Jusqu’à mise en œuvre et autorisation d’emploi du MODER dans sa version non-létale, et même si les chiens de guerre - lorsqu’ils sont disponibles - sont d’une efficacité complémentaire redoutable, aucune solution plus probante ne paraît être disponible. - face aux intrusions programmées : tout en vivant au mieux au milieu des populations, il s’agit désormais de pouvoir s’en protéger : passées les premières opérations de contrôle de foule au Kosovo, les opérations

RCI (Odiénné) Printemps 2005 : avant

vénients s’appellent emplacement tactiquement discutable, espacement des bâtiments aléatoires, faibles épaisseurs des couches de protection, concentration des troupes avec les matériels et les munitions… - les matériaux de dotation ou locaux : l’équipement du sapeur de 2006 ressemble bien à celui de 1950 en matière de protection : hormis l’introduction des bastion-walls et autres Flexmac™, les matériaux de base les plus disponibles sont toujours le sac à terre, les ronces et concertina, les tôles cintrées fortes. Les matériaux locaux présentent bien souvent d’autres inconvénients : ressource chère car rare ou chèrement monnayée par des acteurs trop intéressés sur un théâtre en crise, parfois difficile à acheminer, comme souvent en zone nord de République de Côte d’Ivoire (RCI). Ils présentent également des défauts de qualité propres à des pays au développement moins avancé et ou la qualité ne se conçoit pas selon les mêmes normes qu’en Occident. Ces paramètres logistiques font souvent oublier un trait essentiel : un bon ouvrage est un ouvrage qui dure, donc construit avec des matériaux d’une durée de vie supérieure à l’année : nos anciens avaient appris à construire des postes de combat en béton en Indochine. Certes, leur démontage est fastidieux : mais ce sont ceux-là qui garantissent la meilleure protection et la meilleure durée face aux intempéries, autres

termites, voire aux coups directs. - les contraintes imposées par l’interarmes et les paramètres de l’opération : à ce titre, l’une des plus grandes inconnues est la durée. Outre les mandats à 4 mois, qui font changer les usagers - et donc l’expression des besoins - très régulièrement, la planification initiale de l’opération est déterminante pour la qualité de la protection : l’adage « first in, last out » appliqué au sapeur doit rester dans toutes les mémoires, de façon à trouver les infrastructures présentant le meilleur compromis et à les aménager avant l’arrivée du gros de la force.

RCI (Odiénné) Printemps 2005 : après - 54 -

SAPEUR
en RCI ont démontré qu’il fallait développer des solutions plus pertinentes pour parvenir à dissuader, canaliser, arrêter autant que faire se peut des populations lancées à l’assaut des emprises ou des cordons de troupes déployés et ce avant le contact. Déterminées à user de tous les moyens possibles, du harcèlement à pied jusqu’à la voiture ou le camion-bélier, ces foules représentent, à l’heure du « combat camera », un risque nouveau pour toute enceinte, aussi bien construite soitelle. Le 2 e REG a pu ainsi contribuer au renforcement des emprises du 43 e BiMa, après les événements de novembre 2004 à Abidjan. Il en ressort qu’il faut se montrer toujours plus imaginatif pour développer des solutions efficaces à moindre coût. Des miradors ont ainsi été confectionnés avec des structures à base de containers seuls capables de supporter le poids du niveau de protection balistique requis et d’offrir la hauteur requise.

Ouvrage de protection du DETGEN. Les sacs à terre blancs, de mauvaise qualité, vont se décomposer peu de temps après…

SE PROTÉGER DES COUPS
L’armée de terre française avait redécouvert au Liban, longtemps après la fin de la guerre d’Indochine, l’efficacité des tirs d’artillerie ennemis. Elle y a fait aussi la terrible expérience de la confrontation avec le terroriste déterminé et organisé face à un dispositif de maintien de la paix figé. 20 ans après, sur la terre africaine, elle a subi les frappes aériennes d’une aviation jugée amie, tout comme elle a

pu essuyer les tirs de mortier de rebelles parfois sous-estimés. La leçon est là : la protection conçue pour le rétablissement de la paix dans une zone en crise, c’est-àdire avant tout pour résister à des tirs d’ALI, doit pouvoir encaisser les tirs du plus gros calibre et limiter les effets les plus dévastateurs du souffle de charges d’explosif dépassant la tonne, aussi bien en termes d’organisation du terrain que de renforcement des infrastructures. Si le GEN 150 donne des solutions efficaces et rôdées, il s’agit de revoir nos procédés d’élaboration des réseaux d’abris et des rideaux de protection : - dès la conception, à laquelle le RGBIA doit être associé, en optant pour des dispositifs les plus aérés possibles,

où les dépôts de munitions sont isolés et suffisamment cloisonnés, et d’autre part en recourant à des solutions durables, qui, si elles ont l’inconvénient de figer les dispositifs, occasionneront des économies en moyens et en main-d’œuvre ; de la sorte seront évitées les réfections hiver après hiver, saison des pluies après saison des pluies ; - adapter l’équipement des RGBIA à ces nouvelles exigences : il faut peu de choses pour disposer d’une capacité à couler du béton en coffrage (genre coffrages modulaires), ainsi que d’une petite capacité de production de béton, autre que celle - très limitée - de la SAD. La mise sur le marché d’écrans amovibles en Kevlar est intéressante, de même que le recours, bien connu, aux vitres blindées. Ces capacités pourraient se trouver dans la section appui de chaque compagnie de combat. Les abris du centre retranché de NA SAN ont résisté aux tirs de mortier VietMinh parce qu’ils étaient ancrés dans des semelles en béton. Ce n’est plus le cas de nombre de nos ouvrages depuis longtemps ; - revoir les concepts contribuant au déploiement de la force, ce qui peut parfois ou devrait être débattu au niveau du D.L. génie, à l’aune des leçons apprises sur la menace terroriste. L’équivalent d’une Skanderja ou d’un PTT building 4 ne sont plus admissibles de nos jours. Les unités

RCI (MAN)/ Pas d’enceinte sans ses ribards et son no man’s land. Qui désherbera ?

4) Infrastructures de déploiement de la FORPRONU à Sarajevo ayant fréquemment servi de cibles à toutes sortes de projectiles. - 55 -

SAPEUR
doivent être installées dans des bâtiments de plain-pied, le double accès aux emprises systématique, les merlons ou murs anti-blast doivent être implantés en fonction de la menace principale et la plus dangereuse si elle est avérée. De même des normes doivent être rendues disponibles pour l’élaboration des postes de filtrage, dont on a vu que l’usage le plus courant est de contrôler des mouvements routiniers de militaires et de civils réputés inoffensifs.
La meilleure des enceintes demeure un mur patrouillé et éclairé.

La protection des forces en opérations en 2006 demeure à la portée des RGBIA. Encore faudrait-il qu’ils se voient accorder quelques moyens supplémentaires et surtout que les principes d’emploi du génie, dont l’anticipation, soient appliqués à la lettre.

Abri en terrain enneigé : une ressource non comptée.

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SAPEUR
Chef de bataillon Patrick ANDRIAMAHOLISON

OPÉRATION CALAO - 3 e MANDAT LE 5e RÉGIMENT DU GÉNIE EN RÉPUBLIQUE DE CÔTE D’IVOIRE : ACTEUR DE LA FONCTION AGESTER OU SIMPLE PRESTATAIRE DE SERVICE ?
Since April 2004, pursuant to Security Council resolution 1528, the 5 th (FR) Engineer battalion has deployed an engineer detachment composed of one road work company and one logistic company in Côte d’Ivoire. It is the only French contribution to UNOCI. After almost 2 years, some lessons-learned have been identified, among them one is detailed in the two following articles. The main point is that, to be efficient, force protection requirements have to be considered as early as possible, i.e. at the beginning of the planning process. It is not currently the case, political and financial reasons are too often the predominant ones, and force protection is neglected. Présent sur le théâtre ivoirien depuis avril 2004, le détachement du génie français, majoritairement armé par le 5 e Régiment du génie, représente la seule participation française à l’opération des Nations-Unies en Côte d’Ivoire (ONUCI). Fort de 171 hommes et femmes, le détachement, formant corps de 2 e niveau, a pour mission principale, aux côtés des sapeurs pakistanais et bangladais, d’appuyer le déploiement et de soutenir le stationnement des forces onusiennes, fortes de 7200 soldats. Mais dans un contexte politico-militaire instable et à l’avenir incertain, la sauvegarde et la protection de la force multinationale font partie des principales priorités du DETGEN ONUCI. Le 3 e mandat du détachement du génie a été très souvent confronté à la problématique suivante : réaliser un dispositif passif de sauvegarde et de protection sur une infrastructure choisie unilatéralement (sans concertation avec les militaires) par les fonctionnaires de l’ONUCI, sur des critères économiques et politiques. Leur seul et unique but étant d’attribuer rapidement une zone aux différents bataillons et de dicter les travaux à réaliser sans schéma directeur clair ni vision à moyen terme du besoin. Les réalisations confiées aux unités de travaux incluaient rarement les ouvrages de sauvegarde et protection, les matériaux nécessaires à leur réalisation étant par ailleurs présents en très faible quantité.

EMIA promotion Général DABOVAL 1990-1992. DA ESAG 1992-1993. CDS travaux lourds 72 e RG 1993-1995. OA c i e travaux 4 e RSMA LA RÉUNION 1995 -1998. CDU 4 e COGA AVORD 1998 - 2000 (opex Kosovo). Adjoint chef de bureau instruction travaux SDGA 2000-2004. Chef BML 5 RG depuis septembre 2004.
e

Chef DETGEN ONUCI avril à octobre 2005.

Capitaine Gilles MACHELON

ESM promotion CES RAFFALI 1998-2001. DA ESAG 2001-2002. CDS Travaux lourds 5 e RG Mourmelon 2002-2004. Dont MCD Polynésie CDS chantier de la piste traversière de La Papenoo début 2003. OA 5 e RG 12 e CAS 2004-2005.

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SAPEUR
Pourtant les expériences passées auraient dû sensibiliser les autorités onusiennes quant à l’importance de ce type de travaux. Les derniers événements de janvier 2006 sont là pour mettre en évidence cette problématique. En effet, sur le théâtre ivoirien, trop rares sont les dispositifs onusiens offrant un dispositif de sûreté satisfaisante. Les installations aux vues et aux coups directs du premier venu sont incapables de résister à la moindre pression d’émeutiers : « bastion walls » en guise de poste de combat et concertinas pour matérialiser les limites du camp constituent souvent le seul rempart. Les émeutes de janvier se sont calmées d’elles-mêmes et tout s’est bien terminé pour cette fois. Certes « Le contrôle de foule est un combat d’attitude » comme le déclare le lieutenant Edouard, chef de section de combat du Régiment de Marche du Tchad, déployé pour renforcer la défense de l’état-major onusien à Abidjan, mais l’existence d’un bon dispositif passif offrant une bonne assise de défense permet d’économiser le potentiel humain et renforce l’image volontariste de la force. À moins de faire fi des règles d’engagement. Ces événements serviront-ils de leçon pour l’avenir? Il est à craindre que non car cette problématique se répétera encore souvent tant que l’on n’admettra pas que le sapeur doit être intégré dès la phase de conception, dès la première reconnaissance de terrain. De plus, la fonction AGESTER est une fonction qui exige d’énormes moyens techniques, humains et financiers ainsi que les fameux délais du sapeur. Elle demande concertation, réflexion et technicité qui exigent la participation de spécialistes dès la genèse d’une opération. Sur le théâtre, il est impératif que le sapeur soit en mesure de donner son avis technique et de transmettre ses besoins en matériaux, afin que les mêmes erreurs ne se reproduisent pas avant l’arrivée éventuelle des 3000 renforts demandés par l’ONUCI.

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SAPEUR

Le capitaine MACHELON a été projeté au sein du détachement français du génie de l’ONU en Côte d’Ivoire, en tant que Chef de l’équipe de reconnaissance travaux, d’octobre 2005 à avril 2006. Des missions de sauvegarde et de protection des forces ont été confiées à ce détachement. Ses réalisations et l’expérience des événements qui sont survenus sur le territoire en janvier 2006 ont montré que le plan de défense des implantations de la force était un point clé de la sauvegarde et de la protection. Pour être pleinement efficace, l’action du génie doit se situer dès l’amont de l’installation des troupes. Les travaux engagés doivent être adaptés à la menace et leur impact sur la mission de maintien de la paix est essentiel. ** *

protection de l’emprise. 15 jours plus tard le camp est abandonné sous la pression des jeunes patriotes qui perdent 5 tués à cette occasion. Le bataillon concerné occupait une zone de 8 hectares située en centre-ville, attenante à une place de marché et longée par plusieurs axes urbains. Protégée par un rouleau de ribard et quatre postes d’observation, ce dispositif défensif s’est révélé nettement insuffisant. Suite à notre reconnaissance, des travaux correctifs avaient été demandés nécessitant de gros moyens sans que pour autant cela change la situation géographique défavorable. Bien sûr, il était délicat et coûteux de déménager l’emprise vers un lieu plus resserré et plus isolé. Une fois installé, il est difficile de déplacer un camp tant pour des raisons matérielles que politiques. Le choix initial de l’emprise est donc primordial. Inversement, amenés ensuite à effectuer une reconnaissance en vue de réaliser le déploiement du bataillon marocain à Sakassou au nord de la zone de
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confiance dans la région de Bouaké, nous avons pu intervenir en amont de l’installation de la troupe. Le choix du site a pu donc respecter les impératifs d’une emprise compacte, éloignée du centre-ville, disposant d’un accès principal et d’un accès secondaire, entourée d’un mur d’enceinte et d’un possible « no man’s land ». Le souci légitime du bien-être des troupes, ne doit pas prédominer dans le choix de l’emprise. D’ailleurs les éléments de confort ne sont pas intrinsèquement liés à la situation de la zone d’installation, en revanche la sécurité l’est. L’électricité est en général fournie par des groupes électrogènes, l’eau est stockée dans des bacs souples et distribuée par des motopompes, les sanitaires et les logements sont installés dans des structures préfabriquées type CORIMEC. Anticiper en intégrant le choix d’un site adapté est donc le maître mot dans le cadre de la mission de protection des forces.
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ANTICIPER
Début 2006, au cours d’une reconnaissance à Guiglo dans l’ouest de la République de Côte d’Ivoire, l’équipe a constaté de graves faiblesses dans la

SAPEUR
S’ADAPTER À LA MENACE ET À LA MISSION
Une fois l’emprise choisie vient le deuxième temps de la réflexion : adapter la défense à la mission de maintien de la paix et à la menace identifiée. Reprenons l’exemple de Guiglo précédemment cité. La région de la Moyenne Cavilly - capitale Guiglo - fut le théâtre d’affrontements au début du conflit. Les milices de jeunes patriotes restent encore actives dans cette zone. En conséquence, la menace à prendre en compte ne se limite pas au risque de vol mais doit inclure le contrôle d’une foule violente et hostile qui peut se mobiliser rapidement. Cette absence d’adéquation entre la menace et le plan de défense de l’emprise de Guiglo a eu les conséquences que l’on connaît. Revenons à l’exemple des travaux envisagés à Sakassou : un no man’s land va être créé devant le mur d’enceinte grâce à 3 rouleaux de ribard, des postes d’observation et de combat vont être construits. À l’entrée principale des chicanes et un poste de sécurité durci seront réalisés. La zone vie, quant à elle, située hors des vues des passants, n’est pas voisine d’un axe de circulation longeant le camp. La menace venant de manifestants équipés d’armes légères a été prise en compte et le plan de défense du camp adapté en conséquence. Le camp ne sera pas pour autant durci contre une attaque de plus haute intensité peu probable actuellement. Cependant, le caractère resserré et excentré du camp permettra si la situation l’exige de renforcer le plan de défense. Être en mesure d’adapter son plan de défense à la menace est donc un prérequis à la réussite de la mission. Quel impact les mesures de sauvegarde et de protection d’un détachement ontelles sur sa mission de maintien de la paix ? Une emprise dotée d’un plan de défense adapté et cohérent donne de la crédibilité et du poids aux forces impartiales. En effet, une troupe bien défendue sait être dissuasive sans être agressive vis-à-vis des populations dans le cadre d’une mission de maintien de la paix. Par ailleurs, un dispositif surprotégé au regard de la menace inquiéterait les populations au lieu de les rassurer. Il importe donc d’adapter ces travaux aux justes besoins de la protection des troupes face à la menace la plus probable.
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En conclusion, la sauvegarde et la protection des forces est une nécessité qu’il faut anticiper et adapter à la situation et à la mission. Cet équilibre est lourd de conséquence et engage la responsabilité du chef tant à l’égard de la sécurité de ses subordonnés qu’à propos de la réussite de la mission. Cependant, les événements de janvier ont aussi et surtout prouvé l’importance de l’implication des troupes dans leur défense. En effet, les Sénégalais à San Pedro face à des manifestations hostiles ont tenu leur position. Enfin, Gengis Khan disait bien à propos de la muraille de Chine : « Le mur dépend moins de sa hauteur que de la valeur des défenseurs ».

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SAPEUR
Chef de bataillon Frédéric MERCURY

CONCEPT ISOPEX ET SAUVEGARDE-PROTECTION
In 1999, a combined working group produced the ISOPEX concept, that aimed to standardize the general conception and the realization of a 1000 men camp in a theatre of operation. The main target of this working group was to provide facilities enabling the forces to survive in good conditions in order to operate. The force protection aspects were concerned by a all chapter of the ISOPEX concept, but they were never really taken in account, and no major evolution could be observed in this domain after 6 years of permanent deployment of French forces in operations. This article deals with some sensitive points in force protection and survivability during long term operations.

Saint-Cyrien promotion Lieutenant Tom Morel (87-90) A servi au 6 e R.E.G. puis a commandé une compagnie de combat au 2 e R.G. Titulaire du DT TOI en 2001. A servi à l’EG de Châlons-en-Champagne. Actuellement instructeur « conduite d’opération » à l’ESAG. OPEX et MCD : Centrafrique 1992, Cambodge 1993, Bosnie 1994, Gabon 2002, Kosovo 2004.

En 1999, un groupe de travail interarmes a donné naissance au concept ISOPEX. Il s’agissait de « définir la conception générale et la réalisation de l’infrastructure d’un camp pour une force de 1000 hommes » afin de répondre à la problématique du stationnement longue durée de forces armées engagées dans des opérations de maintien de la paix. Le souci premier de ce groupe de travail était de « déployer et d'installer des troupes dans des conditions de vie indispensables à la conservation des effectifs » 1. Le document publié en novembre 1999 n’a jamais été approuvé. Néanmoins le concept a été appliqué sur plusieurs théâtres et notamment au KOSOVO. Toutes les difficultés techniques ont été résolues pour obtenir maintenant d’excellents résultats pour le confort des troupes en campagne et parfois même l’esthétique des bâtiments. Curieusement la sauvegarde-protection qui fait pourtant l’objet d’un sousdossier complet dans le document n’a vu aucune évolution majeure se dessiner sur le terrain. Cet article voudrait apporter un éclairage génie sur quelques points sensibles de la sauvegarde-protection des troupes afin qu’ils soient mieux pris en compte sur les théâtres.

LA PROTECTION DES PERSONNELS
Sur le plan technique et pour le confort du soldat en opération, l’élaboration du concept ISOPEX a mis en exergue le sous-équipement de l’armée française dans le domaine du stationnement en opération. Ainsi depuis 1999, les programmes d’équipement ont intégré des marchés variés allant du bungalow d’habitation jusqu’à la station d’épuration en kit, en passant par des cuves de réserve d’eau ou des centrales électriques. Tous ces matériels sont achetés et pré-positionnés en métropole pour un départ immédiat à la demande, en cas de besoin (c’est notamment le cas de gros matériels électriques qui demandent des délais de livraison importants). Curieusement les moyens de protection des forces restent classiques et les évolutions depuis les « années SARAJEVO » n’ont pas été décisives. Il est vrai que pour les héritiers de Vauban, la BOSNIE a été un formidable laboratoire de la protection, mais on aurait pu, à juste titre, en attendre des évolutions majeures. En bref, nous sommes passés de l’ère du sac à terre à celle du « bastion wall » sans véritable changement des pratiques sur le terrain. La protection recouvre « toutes les mesures et moyens destinés à minimiser la vulnérabilité du personnel ou des installations par rapport à toutes les

1) Objectifs du mandat : - établir le dossier de définition d'une infrastructure de stationnement en opération extérieure (ISOPEX); - effectuer l'inventaire des études et programmes d'équipement en cours ou programmés; - recenser les moyens existants. - 61 -

SAPEUR
menaces ». c’est ainsi que le groupe de travail ISOPEX a retenu une liste de menaces applicables à la plupart des théâtres ; face à ces menaces le maîtremot de la protection réside dans l’utilisation du « bastion wall » dans toutes les configurations possibles. Le dossier donne un large choix de construction et de protection à base de ce système. Pour autant, on est surpris de la pauvreté de nos protections sur certains théâtres et le travail du sapeur nécessite parfois de revoir la mise en œuvre de principes de base. En effet, face à des « immeubles » de bungalows orientés par rapport au soleil et à la vue panoramique du paysage (cf. camp du BELVÉDÈRE, KOSOVO), le sapeur aura quelques difficultés à persuader le chef interarmes de construire des murs de « bastion wall ». Dans le même ordre d’idée, que deviendrait l’esthétique de la façade vitrée d’un PC protégée par une muraille de sacs à terre… tion, les bâtiments existants2 ou le relief3. Concernant les tirs indirects, chaque baraquement ne pouvant être protégé individuellement, la solution à retenir est celle de l’abri enterré proche d’un ensemble de bungalows. étudier le renforcement de la protection du camp de « Film City » abritant le PC de cette force. Ses directives incluaient, non seulement l’étude des points faibles du camp, mais aussi la sécurisation des réseaux de distribution d’eau potable et d’électricité. De plus, une étude particulière devait aboutir à l’autonomie complète du camp en eau et en électricité. Cet exemple montre bien la préoccupation du commandement par rapport à la vulnérabilité de deux vecteurs vitaux d’une force : l’eau et l’électricité. L’EAU : L’eau est un fluide sensible car il peut devenir facilement un vecteur de propagation d’épidémies ou de substances toxiques utilisées par des terroristes. Le sapeur, conseiller du commandement, ne doit pas manquer de chercher la solution qui permettra d’effectuer le cycle complet de l’eau (forage, traitement, stockage, distribution, épuration des eaux usées) sans avoir recours à une entreprise ou à un système local. Le schéma préconisé par le groupe de travail ISOPEX admet l’hypothèse d’une arrivée d’eau extérieure. Ce mode de fonctionnement ne doit pas devenir la norme car la dépendance dans le domaine de l’eau est un facteur de vulnérabilité.

Camp américain de BONDSTEEL (KOSOVO).
Entrée d’un bunker enterré prévu pour 80 hommes entre deux baraquements logement. Les baraquements en bois ont été achetés en kit en Autriche.

Sans adopter les solutions lourdes à l’américaine, on peut aisément imaginer des containers enterrés (dans ce cas ses parois devront être renforcées) ou des constructions en « bastion wall » en surface comme préconisées dans le dossier ISOPEX.

LA SAUVEGARDE
À la suite des événements de mars 2004 au KOSOVO, le général (GE) KAMMERHOFF, commandant la KFOR, a demandé la constitution d’un groupe de travail pour
PC français à NOVO SELO. La façade vitrée protège une coursive de plusieurs dizaines de mètres de long contre les éclats… de rire !

Le sapeur, conseiller du commandement, aura soin de vérifier l’application des mesures élémentaires de protection autant que l’efficacité et la solidité des postes d’observation et de combat. Ainsi avant de vouloir tout résoudre à coup de m3 de « bastion wall », on aura soin de choisir les emplacements des zones vie (habitations, mess) et des zones de commandement (centre opération, transmission) afin de les abriter des vues et des coups directs par la végéta-

Plan du camp 1000 hommes. Réseau de distribution de l’eau.

2) C’est le cas du camp de PLANA, KOSOVO où les bungalows ont été construits au milieu de bâtiments existants. 3) Sur le camp américain de BONDSTEEL l’ensemble de la zone vie est judicieusement protégé des coups directs par le relief ; il est vrai que la surface du camp le permet… 4) On est parfois surpris de voir le nombre important de personnels locaux qui travaillent dans les camps des forces de maintien de la paix. S’ils sont une manière de montrer notre intégration dans le tissu social d’un pays ils restent néanmoins une source de renseignement pour les belligérants et une menace potentielle pour nos installations. - 62 -

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Actuellement le génie peut, avec les matériels en dotation, accomplir cette mission. Néanmoins le coût du traitement pour un contingent de 1000 hommes (150m3/jour) peut s’avérer, suivant la qualité de l’eau puisée, extrêmement élevé. Selon le concept ISOPEX, les Unités Mobile de Traitement de l’Eau et les MATEM sont normalement utilisés uniquement pour les phases de montée en puissance ou de démantèlement. En régime normal, la potabilisation de l’eau se fait avec des matériels civils achetés « sur étagère » comme cela a été joué au Kosovo ! Il sera alors nécessaire d’éviter le puisage d’eaux superficielles et d’essayer, si possible, de rechercher des nappes souterraines suffisamment profondes assurant une qualité minimale ; dans le cas cité plus haut, l’état-major de la KFOR a retenu cette solution et dès le mois de Juin 2004 une équipe d’hydrogéologues du génie allemand 5 est venu prospecter sur le camp de « Film City ». Le reste du cycle, et notamment l’épuration des eaux usées, est bien maîtrisé par les sapeurs du service d’infrastructure de la défense qui travaillent naturellement en étroite collaboration avec les spécialistes de l’infrastructure opérationnelle des unités génie des forces. L’épuration de l’eau apparaît souvent comme une contrainte démesurée dans des pays détruits qui ne peuvent pas prendre soin de l’environnement. Pour autant, l’image et la réputation d’une force se jugent aussi par ce genre d’obligations et les médias ne manqueraient pas d’exploiter une faille dans ce domaine. L’ÉLECTRICITÉ : dans le domaine électrique, le principe de l’autonomie complète des camps n’est pas remis en cause et a été adopté par le groupe de travail ISOPEX. Même si la possibilité de se fournir en électricité sur le réseau local est évoquée en variante n° 2, les forces devront pouvoir, en toutes circonstances, subvenir à leurs propres besoins par des groupes électrogènes. La puissance préconisée pour un camp 1000 hommes est fournie par 8 groupes de 400 kW dont 6 fonctionnent en permanence en régime normal d’où une puissance disponible d’environ 2,4 MW (pour des raisons budgétaires les lots génie ne comportent que 6 groupes au lieu de 8 prévus). À noter que l’indépendance électrique n’est pas forcément liée à un environnement hostile ; pour exemple, le raccordement électrique du camp de « Film City » sur le réseau local aurait privé de courant plusieurs villages aux alentours. En terme d’image, ce raccordement, inacceptable pour le commandement, n’a jamais été effectué. Ainsi la variante n° 1 du concept ISOPEX paraît très réaliste et est d’ailleurs, préconisée par la plupart des spécialistes électromécaniciens : une seule centrale d’énergie sur un seul site, couplage de tous les groupes pour une production sur une seule boucle (distribution de préférence en haute tension pour diminuer les chutes de tension) ; néanmoins, ce choix concentre les moyens sur un seul site et rend vulnérable la production d’énergie. Il est cependant possible d’imaginer une production sur plusieurs sites mais pour des raisons techniques de couplage, la boucle sera « compartimentée » par des cellules de coupure ; ainsi en cas de défaillance ou d’attaque d’une centrale, la charge électrique minimale pour le fonctionnement des organes sensibles sera reprise par l’autre. Ce système peut être doublé par des groupes de secours répartis sur les points névralgiques du camp préservant essentiellement les organes de commandement de la force. Compte tenu des nuisances sonores des centrales, celles-ci sont, en règle générale, placées en périphérie des camps loin de la zone vie. Cette position en accentue la vulnérabilité. Le sapeur devra donc apporter une attention toute particulière à la protection de cet élément vital tout en évitant un confinement complet incompatible avec son système de refroidissement par air. Compte tenu du coût des gabions ou des

Centrale électrique de NOVO-SELO (KOSOVO)

« bastion wall » on se contente facilement de la solution des merlons. Ces derniers prennent beaucoup de place et demandent un entretien périodique (rechargement et tassement). L’utilisation de murs de béton (murs en « T ») ou de gabions devra être préconisée en priorité. En phase de déploiement, les électromécaniciens sont capables de gérer la production et la distribution de l’énergie avec les lots en dotation. En revanche, pour une installation longue durée, les matériels de dotation sont remplacés par des groupes fournis, posés et entretenus par des entreprises civiles qui, même si elles sont françaises, emploient souvent des autochtones. Le dossier ISOPEX est une réponse de spécialiste à un mandat technique prenant en compte des données chiffrées. Le sapeur, en tant que conseiller du commandement, doit connaître ce concept et le garder en fil conducteur de son étude génie. En revanche, il doit impérativement l’adapter au terrain et aux menaces. Mais son souci permanent sera aussi d’appeler l’attention du commandement sur les manquements, les défaillances ou les améliorations à apporter à un système de protection. Ce n’est pas la technique qui commande mais le terrain; aussi devra-t-il trouver la réponse adaptée à l’environnement tactique. Selon le principe « la sueur épargne le sang », aucune concession ne peut être admise dans ce domaine.

5) Le génie français ne possède pas de spécialiste en recherche de nappes souterraines. Néanmoins, il serait illusoire de croire que l'on puisse trouver de l'eau sous chaque camp. La solution du forage extérieur sécurisé sera souvent retenue. En outre, la recherche hydrologique demande non seulement des spécialistes mais aussi du matériel de prospection… En international, les Allemands et les Anglais, voire les Américains avec leurs réservistes, ont ce qu'il faut. - 63 -

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Capitaine Patrick FOUQUET

MONTAGE D’UN POSTE DE COMBAT DE TYPE HESCO BASTION
Engineering units have to face two major problems, namely time and equipment. Particularly when it’s about building a fighting compartment. In 2005, the 3rd company of the 6th engineer regiment tried to cope with the matter by using a fighting compartment HESCO BASTION (ready-to-make). Let us weigh up the pros and cons of the invention. Of course there are drawbacks. Soldiers don’t appreciate that firing ports are installed once and for all and therefore can’t be moved. Moreover, right-handed people will have difficulties to shoot through two firing ports out of three. And obviously, it’s quite expensive. On the other hand, there’s an important benefit of time and people since it takes 3 to 4 hours to build such a fighting compartment with 2 to 5 sappers. The installation is easy (the direction for use is drawn) and the result is an efficient shelter, easily put away. Eventually, it’s quite handy as it weighs 600 kg and only needs 20 m3 of material (earth, sand,…). In a nutshell, qualities of the fighting compartments HESCO BASTION will be major advantages in emergency or when units are first in a dangerous place. Lors d’une projection, la force est généralement dimensionnée au plus juste. La présence en son sein d’un détachement du génie pose plusieurs problèmes : manque de place, matériels encombrants, micro-parcs d’engins difficiles à soutenir… Ce détachement est donc souvent largement sous-dimensionné et son emploi doit être optimisé et rentabilisé. Pour être efficace rapidement, il faut donc pouvoir s’appuyer sur des matériels simples et disponibles, faciles à monter voire réutilisables. Le principe d’ouvrages livrés en kit par l’industriel peut alors trouver toute sa pertinence. En 2005, la 3 e compagnie du 6e régiment du génie a mis en œuvre un poste de combat de type HESCO BASTION. Après un rapide descriptif du matériel livré et des étapes de la mise en œuvre, cet article cherchera à faire le point des avancées réalisées ainsi que du chemin encore à parcourir à travers le bilan proposé par le capitaine GINDRE, commandant la compagnie à l’époque.

Issu de l’EMIA, promotion LTN SCHAFFAR (1995-1997), le capitaine FOUQUET a été chef de section au 17 e RGP de 1998 à 2001 puis au 1 er bataillon de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr de 2001 à 2003. Il a commandé la 1 re compagnie de combat du 6 e RG de 2003 à 2005. Il est depuis officier traitant au bureau opérations toujours à Angers. Il a participé aux opérations en République Centrafricaine (MINURCA-1998), Albanie (1999) et Côte d’Ivoire (mandat 7-2004) et à une mission de courte durée en Martinique (2004).

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MONTAGE DE L’ABRI :
Le montage nécessite une équipe de quatre personnes renforcée d’un engin pendant trois à quatre heures. Schématiquement, le montage comprend trois étapes majeures : • Construction du 1 er étage : opération qui consiste en un montage de bastion-wall complété par la mise en place de raidisseurs ; • Mise en place du 2 e étage : opération qui consiste à mettre en place une deuxième hauteur de bastionwall, de disposer les meurtrières, les raidisseurs et les éléments de liaison 1er/2e étage ; • Mise en place du 3 e étage : opération qui consiste en la pose d’un toit surmonté d’une bâche en géotextile puis d’un pourtour en petits éléments de bastion-wall.

PRÉSENTATION DU MATÉRIEL
L’abri est livré sur une palette pesant environ 600 kilogrammes. Cette palette comporte : • les rangées de Bastions-Wall des 1er, 2 e étages et du toit. Chaque élément est livré avec une bâche géotextile pour retenir la terre ; • 4 raidisseurs qui permettent de rigidifier le 1 er étage lors de la mise en place du sable ou de la terre ; • 3 morceaux de tôle ondulée pour le toit ; • 1 bâche géotextile imperméable pour éviter les infiltrations par le toit ; • 3 meurtrières en 2 éléments avec les vis et les boulons ; • 1 dessus-de-porte en métal ; • des éléments métalliques permettant de relier le 1er au 2e étage ; • des éléments de BW pour renforcer la protection de l’abri contre les tirs de RPG7. Pour le montage, le groupe désigné a besoin de : • pelles US ; • pelles de lot de bord ; • tournevis ; • marteaux ; • clés anglaises ; • clous ; • pinces.

Dans l’expérimentation décrite un MPG a été utilisé mais l’emploi d’un EMAD (Engin Multifonctions d’Aide au Déploiement) serait peut-être plus judicieux.

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Pourtant, le coût du fardeau (3 000 euros), son relatif encombrement et la fragilité des matériels sont des paramètres importants à prendre en compte. Aurat-on les budgets nécessaires pour monter des postes autant que de besoin ? Y aura-t-il suffisamment de place dans les avions ou dans les bateaux pour disposer rapidement des kits ? Pourra-t-on monter et démonter les postes autant de fois que nécessaire en fonction des évolutions de la situation ? Autant de questions auxquelles il faudra répondre pour être réellement efficaces. Enfin, d’un point de vue purement technique, il convient de noter plusieurs inconvénients : la mauvaise disposition des meurtrières, la difficulté pour les tireurs droitiers d’utiliser leur arme, l’étroitesse du poste. Ces problèmes, mineurs, peuvent être résolus facilement. Au-delà du matériel décrit et expérimenté ici, il est intéressant d’explorer la piste de ces kits qui peuvent permettre de rentabiliser et rationaliser l’emploi du génie. En effet, les délais seraient notablement revus à la baisse, le sapeur ne serait pas dépendant de la ressource locale et de la manne financière dispensée avec parcimonie par le G4, enfin les effets sur le terrain seraient réversibles et évolutifs. Dans le cadre des projections, notamment des entrées en premiers sur les territoires, ces avantages se transformeraient rapidement en atouts maîtres. De cette expérimentation, nous pouvons tirer quelques enseignements. Du point de vue du sapeur, ce type de matériel permet un gain de temps très appréciable : un poste de combat habituellement monté en trois jours par une section est, avec ce procédé, construit en quatre heures par un groupe. Une compagnie d’infanterie peut alors être protégée en un jour. Facile à monter, simple de mise en œuvre, le poste de combat HESCO est livré en une palette de 600 kilos contenant tout le matériel nécessaire à son montage. Ainsi, il n’est pas besoin de démarcher les fournisseurs locaux, de trouver un financement et de perdre du temps : le groupe est immédiatement au travail et rapidement utile. Les délais, souci et contrainte permanents du sapeur, sont ainsi maîtrisés. Simplicité, rentabilité, et rapidité de
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mise en œuvre sont autant d’avantages qui prennent tout leur sens en opération extérieure, notamment dans le cadre d’une entrée en premier sur le territoire.

Plus qu’une évolution technique envisageable, c’est une réflexion sur la place du génie en opération qui peut ainsi être ouverte.

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Capitaine Sébastien GEROUDET

CÔTE D’IVOIRE : RETOUR D’EXPÉRIENCE EN SAUVEGARDE-PROTECTION
The 2nd Eng. Coy part of the 31rd Eng. Bn was committed in Ivory Coast at autumn 2005. His lessons learned provides us some topics to deal with force survivability.

D’origine 15.2, le capitaine GEROUDET effectue son temps de chef de section au 31 e Régiment du génie à Castelsarrasin de 1998 à 2002. Il rejoint ensuite Pointe-à-Pitre, pour un séjour de deux ans au 2 e Régiment du service militaire adapté. Le capitaine GEROUDET commande la 2 e compagnie de combat du génie du 31 e Régiment du génie depuis août 2004.

In charge of force base camp survivability improvement, this Coy had to solve concerns as regard C2 relations, materials supply, prevention against intrusions and local weather conditions. The task-organization was rather similar with the engineer concept of maneuver. That means that the platoons were officially as General Support units, due to the very low strength effectiveness of the Eng component in Ivory Coast. In fact, the very important distance between the supported unites (up to 300 kmts) imposed them to work as Direct Support, with an Eng. adviser located at the supported unit CP. Only a few « conventional materials », as depicted in survivability manuals, were available on place. So, it was necessary to find alternative solutions. As a first step, to see opponents approaches, a no man’s land was created and enhanced with digs. Then the combat posts were raised. For building foundations, the most accurate asset was curved iron sheets. Cheap and easily available, they were arc-welded to build a kind of tower. Against burglars or teenagers intrusion, barbed-wire was emplaced on the top of the walls. The sand bags were filled with ground providing a less protection against shoots but a better stability when wet. The main conclusion as regard the lessons learned is that the engineer units are not enough tasked on their own capabilities. The sapper skills are various and sophisticated. So, it’s impossible to prepare units and soldiers before their commitment on every case that could occur. The most important is to develop spirit of enterprise, provide basic references to compare with the current situation and equip engineer units with a panel of assets giving them the chance to deal with any problem. For information before their departure, they could visit a demonstration camp, to build using skills and materials depicting diverse solutions performed on different theatres, including contingency materials. The current task-organization of our engineer Coy is not perfect but is a good compromise answering two opposed concepts : cohesion and modularity. May be more flexibility in our employment rules, allowing temporarily a Coy leader to task-organize depending on the situation and the mission, even under the platoon level, could satisfy both supported units and engineers themselves. Finally, survivability is not a new need due to current fashion or « 0 death » concept but a necessity : during offensive operations, mobility provides survivability ; among defensive operations, survivability is achieved by field fortification. Le 31e Régiment du Génie a engagé à l’automne 2005 une compagnie de combat renforcée en République de Côte d’Ivoire. La mission majeure de cette unité a été centrée sur des travaux de protection. S’appuyant sur le retour d’expérience du commandant d’unité, les quelques réflexions qui suivent visent à présenter des pistes d’améliorations applicables aussi dans le domaine « sauvegarde-protection ». La 2 e CCG du 31 e RG a été engagée en RCI du 16 juin au 20 octobre 2005, pendant le mandat 9 de l’opération LICORNE. Articulée en 3 sections de combat à 4 VAB, 2MPG et une benne, et renforcée d’une section travaux de la
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22 e CA, la compagnie assurait l’appui Génie de la totalité de la force composant de trois GTIA distants de 300 km. Cette organisation sur le territoire présentait immédiatement une ambiguïté dans le commandement des éléments génie, théoriquement conservés aux ordres du commandant d’unité mais en réalité directement subordonnés aux GTIA appuyés. La caractéristique de ce mandat tint en la volonté du nouveau commandant de la force de renforcer toutes ses emprises jusqu’alors faiblement protégées. Pour réaliser ces travaux de protection, la compagnie disposait de matériel « organisation du terrain » acheminé de métropole, notamment un large stock de tôles cintrées mais très peu de sacs à terre et de « flex-mac ». En complément de ce matériel codifié EMAT, du matériel d’infrastructure (IPN, madriers…) pouvait être commandé et acheté sur place par la voie « J4-INFRA », mais sous contraintes de délais et de coûts. Les principales difficultés auxquelles la compagnie a dû faire face pour mener à bien sa mission de protection de la force sont le dégagement de vues, la lutte contre les intrusions pédestres et l’adaptation au climat et aux ressources. Devant le souci des GTIA de renforcer leurs positions, les sections Génie durent trouver une première solution face au problème primordial qui se posait à elles : avoir des vues malgré la végétation. Celui-ci a été résolu en conjuguant surélévation des postes et création d’un « no man’s land ». Ce dernier présente le double avantage d’offrir des vues, toutefois limitées, et la symbolisation pour les éléments hostiles d’une zone à ne pas franchir sous risque de se voir considérer comme une cible. Valorisé par scarification et/ou réalisation de fossés, ce compartiment de terrain correspondait donc à la première étape du processus de protection. En parallèle, l’élévation des postes de combat répondait totalement aux attentes de l’interarmes mais nécessitait d’adapter les procédés conventionnels aux ressources et conditions climatiques locales. Pour la base de l’ouvrage, trois techniques étaient envisageables, présentant chacune avantages et inconvénients : matériaux en remblais, coffrage métallique et coffrage bois. Les deux premières furent utilisées au détriment de la troisième, beaucoup plus coûteuse en temps et en argent (les grumes utilisées pour la force doivent être marchandées). Des remblais en terre furent réalisés : cette technique consentait une surface au sol utilisable importante pour les postes, mais le faible délai imparti aux travaux et la disponibilité du seul compacteur, extrêmement sollicité, ne permettait cependant pas d’obtenir un résultat pérenne dans la durée. La méthode du coffrage métallique a été promue sur place par un chef de section imaginatif, détournant de sa véritable destination une ressource abondante : les tôles cintrées. L’assemblage par soudure de trois « demi-lunes » en cercle constitue ainsi un « étage » de soubassement. Le nombre d’étage peut aller aisément jusqu’à quatre. L’ensemble ainsi créé forme une tour qui est remplie de terre. La stabilité de l’ensemble est obtenue grâce à une semelle en bois, type calage de plaque d’appui pour pont BAILEY. La surface utile pour le poste de combat est faible, mais la juxtaposition d’une deuxième tour permet de pallier cet inconvénient. Les avantages de l’édifice sont sa solidité et sa grande facilité de réalisation. En revanche, les possibilités de protection sont réduites en raison du peu de place disponible.

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Face aux intrusions de personnes (voleurs, adolescents…) à l’intérieur des camps de la force, la parade fut trouvée, en complément du « no-man’s land » créé, par la valorisation des murs d’enceinte avec du concertina au sommet et à la base. Le concertina était soutenu par des piquets soudés en forme de V, placés en faîte et renforcés par du fil de fer barbelé, afin d’empêcher le soulèvement de la base du réseau ou l’affaissement de celui-ci sous le poids d’une planche posée dessus. La compagnie a dû mettre en œuvre pour ces missions un perforateur puissant et des postes à souder. Enfin, les violentes pluies provoquent un ravinement du terrain sur le pourtour et sur les plates-formes, voire dans les sacs à terre eux-mêmes. Cette eau doit donc impérativement être canalisée et évacuée, sous peine de fragiliser grandement les postes. Ceci a été réalisé à l’aide d’un système d’écoulement type gouttière, jusqu’au bas de la plate-forme. La création d’avant-toit débordant largement protège les sacs à terre, emplis de préférence avec de la terre mouillée, naturellement compactée en séchant au soleil, qui offre certes une qualité moindre que le sable - quand celui-ci reste sec - mais est beaucoup moins

sensible à l’humidité sous l’aspect de la stabilité. En résumé, le bon déroulement de la mission a largement reposé sur la connaissance des techniques par les plus anciens, soulignant une fois encore la nécessité de projeter les unités Génie dans le cœur de métier pour perpétuer et transmettre les savoir-faire spécifiques. L’analyse de ce retour d’expérience amène plusieurs réflexions. La première d’entre elles porte sur l’organisation du commandement. Le sous-dimensionnement chronique des moyens génie projetés au sein d’une force conduit à un écartèlement des moyens incompatible avec un emploi traditionnel, tel qu’il est défini aujourd’hui en doctrine. Dans le cas de la RCI, il est matériellement impossible au commandant d’unité de commander véritablement sa compagnie. La mise en place d’un DL Génie au sein de chaque GTIA s’est avérée capitale, mais sa subordination officielle au capitaine commandant la compagnie n’était qu’apparence. La coordination de l’emploi du génie est en l’occurrence assurée par la cellule 2D du PC de la force. Si l’échelon de com- 71 -

mandement que représente le capitaine reste indispensable, sa localisation en renforcement de la cellule 2D, semble la mieux adaptée au cas consistant à détacher toutes les sections. La seconde porte sur les compétences du sapeur. Les projections extérieures dans le cœur de métier, certes trop rares comme beaucoup le soulignent, mettent en relief la variété des actions et savoirfaire qui sont l’apanage du sapeur. Les différences entre théâtres, voire au sein d’un même théâtre, montrent qu’aucune préparation en métropole ne peut traiter exhaustivement de tous les cas de figure rencontrés. En revanche, développer l’esprit d’initiative, fournir des références permettant de travailler par comparaison, doter les groupes du génie d’un large panel d’outillage et d’équipements permet par la suite de faire face à tous les types de situation. La crainte toutefois est de voir disparaître progressivement certains savoir-faire éprouvés mais peu utilisés car la réalisation d’ouvrages de protection est consommatrice d’un temps trop rare à consacrer en métropole à l’instruction et les moyens associés sont parfois réservés aux OPEX. La réalisation d’un petit camp « modèle » comprenant les différents

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ouvrages de ce type, empruntant des techniques utilisées sur différents théâtres et issues des retours d’expériences, pourrait compenser des lacunes d’expérience dans ce domaine : sa visite au titre de la MCO montrerait aux futurs acteurs différentes possibilités de faire face aux difficultés rencontrées, parfois avec des moyens de fortune, et pourrait utilement devenir une source d’inspiration lors de leur mise en situation. Enfin, l’éternelle question, hélas récurrente, des différences de structures entre organique, alerte GUEPARD, unités PROTERRE et modules projetés est une fois de plus soulevée. La difficulté à résoudre ce problème montre qu’il n’est pas simple. Il tient à la fois au principe de la

modularité, destiné à fournir les moyens adaptés à une situation donnée, et à celui de la cohésion des unités, qui veut qu’elles œuvrent sur des structures organiques hors projection. Ces deux concepts étant antinomiques et les changements de structures trop fréquents causant plus de déstabilisation que de bénéfice, il semble que la solution actuelle, centrée sur les compagnies de combat organiques, reste finalement la plus adaptée. Toutefois, nos règlements d’emploi restent peut-être un peu rigides quant au niveau considéré comme acceptable pour le détachement. Une souplesse plus grande, autour de réarticulations temporaires internes à la compagnie, définies selon l’effort et le type

de mission, sans considération exagérée du niveau que représente la section, permettrait peut-être de répondre de façon plus satisfaisante à la fois aux attentes des unités appuyées et aux aspirations des sapeurs eux-mêmes. En conclusion, d’aucuns pourraient être tentés de qualifier la protection de « phénomène de mode », provoqué par le concept « zéro mort ». Il s’agit plutôt d’une composante permanente du combat dont le mode d’application change selon le type d’engagement : la meilleure protection dans un combat dynamique est offerte par la mobilité ; celle qui convient dans un combat statique reste indiscutablement l’aménagement du terrain.

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Équipements et str uctur es

SPECTRE - 2006-2007 : années cruciales

...................................................................................................................................... LCL CORNEFERT ..................................................

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Lieutenant-colonel Olivier CORNEFERT

SPECTRE 2006-2007 : ANNÉES CRUCIALES
SPECTRE is a future antipersonnel system designed to protect ground deployments. It will allow detachments, as from the platoon level, to be warned of any intrusion of personnel in a 400-meter radius. In addition to an evaluation of intrusion, the system will provide a capacity of deterrence, neutralisation or destruction of the threat. In December 2005, the DGA (French defence procurement agency) awarded a demonstrator contract to THALES. This two-year contract to assist the design phase is based on studies and tests carried out in operational conditions. The year 2006 will be devoted to the development of the system architecture while ensuring the operational, technical and financial criteria are met. Choices will be based on demonstrations of systems and components (sensors or weapons) carried out by industry with experts from the DGA and the STAT (French Army technical department). In 2007, THALES will deliver a demonstrator representative of the end system. Its technical and operational aspects will be successively tested. After these two crucial years for the project, the French army will have all elements to proceed with the implementation phase. SPECTRE (Système de Protection des Éléments terrestres) est une opération d’armement au stade de préparation dont le but est de renforcer la sûreté immédiate des déploiements terrestres. Initié en 2000 par un objectif d’étatmajor rédigé par l’état-major de l’armée de terre, il passera au stade de conception en 2006 au terme d’études technicoopérationnelles ayant permis d’alimenter la fiche de caractéristiques militaires exploratoire. Ces études ont également souligné les fortes contraintes opérationnelles, techniques et financières du projet. C’est pourquoi il a été décidé de s’armer, pour la conduite du stade de conception, d’un outil efficace et novateur visant à disposer, dès 2008, de tous les éléments nécessaires au stade de réalisation. Plus que la réalisation d’un simple démonstrateur, le marché notifié par le service des programmes d’armement terrestre le 30 décembre 2005 permet à l’équipe de programme intégrée de finaliser le besoin militaire en optimisant le fameux triptyque coûts - délais performances et en identifiant les risques de la réalisation.

Le lieutenant-colonel Olivier CORNEFERT est officier de programme au groupement mobilité défense nucléaire biologique chimique de la section technique de l’armée de terre depuis 2003. Il conduit les opérations d’armement des domaines « systèmes de combat du génie » (appui direct au combat), « aide au déploiement » (eau, énergie, infrastructure opérationnelle, travaux) et « sauvegarde » (organisation du terrain, systèmes de protection locale). Il a auparavant servi comme chef de section et commandant d’unité au 6 e REG, instructeur aux Écoles de Coëtquidan, officier traitant au Commandement des Formations Militaires de la Sécurité Civile puis, de 2001 à 2003, comme chef du BOI et commandant en second du 1 er REG. Saint-Cyrien de la promotion « Cadets de la France Libre » (1985-1988), il est breveté de l’enseignement militaire supérieur (Cours Supérieur des Systèmes d’Armes Terrestres et 8 e promotion du CID).

LA PROBLÉMATIQUE
Les efforts entrepris par l’armée de terre en matière de protection sont nombreux. Après les engins de combat, d’autres véhicules (EGAME, EGRAP, PVP) mettront d’ici peu leur équipage à l’abri de la ferraille du champ de bataille. Inconnu il y a vingt ans, le port permanent des éléments de protection balistique individuel est maintenant naturel. Pourtant ces mesures, nécessaires pour limiter les pertes pendant les engagements, ne présentent qu’une efficacité réduite dès lors qu’une unité met pied à terre et s’installe dans la durée. La sûreté immédiate, par définition assurée à partir des moyens matériels et humains de l’unité en stationnement, pèse sur son rendement opérationnel. Elle distrait des effectifs de la mission principale et, celle-ci demeurant toujours prioritaire, contribue à une fatigue prématurée des hommes. Les facteurs sont nombreux qui, dans nos opérations actuelles, aggravent cette situation.

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SAPEUR
Basé sur des essais et des évaluations réalisés en conditions opérationnelles sur le terrain, le marché du démonstrateur doit permettre d’apporter la bonne solution au problème militaire.

LA DÉMARCHE
Ce marché, notifié à la société THALES, comprend à la fois des études et la mise à disposition pour des évaluations étatiques d’un démonstrateur qui, sans être un prototype, doit être représentatif des performances du système final. Les études conjuguent deux approches. La première approche, traditionnelle dans la conduite des opérations d’armement, part du besoin opérationnel en faisant abstraction des solutions technologiques. Elle se traduit par la réalisation d’un cahier des charges fonctionnelles, c’est-à-dire par l’inventaire exhaustif et détaillé des fonctions à remplir par le système, leur hiérarchisation et leur caractérisation selon des critères de performances eux-mêmes hiérarchisés. Ce travail, long et fastidieux mais indispensable à la bonne appropriation du besoin opérationnel, est considérablement raccourci au stade de conception du fait de l’antériorité acquise durant le stade de préparation. Les avis recueillis auprès de la totalité des écoles d’armes en 2005 ont pu ainsi être pleinement exploités. L’originalité du marché du démonstrateur vient de la seconde approche de l’étude conduite simultanément. Elle consiste à élaborer des architectures de dispositifs locaux de protection à partir de systèmes et de composants disponibles sur étagère à l’horizon 2010. Ce processus comprend une expertise technique et une analyse financière, se traduisant par une estimation fine du coût global de chaque solution. La pertinence de ces architectures sera validée tout au long de l’année 2006 par des démonstrations réalisées par l’industriel sur son site d’expérimentation de La Ferté Saint-Aubin en présence d’experts de la délégation générale pour l’armement, d’officiers de marque et de sousofficiers expérimentateurs de la section technique de l’armée de terre. L’expérience du personnel de la section protection intrusion du service technique des bâtiments fortifications et travaux sera également sollicitée. Au cours du premier semestre de 2006, ce sont des systèmes de protection qui seront évalués, le second semestre étant

Les déploiements des unités sur un théâtre ne forment pas de dispositif continu dont la protection pourrait être partagée. Les détachements, souvent engagés en mission d’interposition, doivent se prémunir contre des menaces omnidirectionnelles. Ces menaces sont variées et imprévisibles. Tirs de mortier ou de snipers, attaque de véhicule suicide, actions terroristes, jets de grenade et manifestations de foules hostiles ne doivent pas faire oublier les assauts conventionnels, les tentatives de vols de matériels, ni - l’enseignement est douloureux - les attaques aériennes. Après de longues périodes de calme, les unités peuvent se trouver confrontées à des flambées de violence sans disposer d’un préavis suffisant pour adapter leur posture de protection. Le choix des sites de déploiement subit de fortes contraintes opérationnelles (imposées par la mission) ou juridiques (imposées par la nation hôte). Le retour d’expérience montre que les arbitrages sont rarement favorables aux critères de sûreté immédiate. Enfin, soucieuses de la maîtrise permanente de la force, les armées françaises restreignent parfois spontanément l’emploi de certaines de leurs armes. Ainsi les mines antipersonnel ont, de facto, disparu de l’arsenal français bien avant la signature de la convention d’OTTAWA. Et d’autres exemples comme parfois celui des mines éclairantes peuvent être également cités. Dans le même temps, la panoplie des moyens d’organisation du terrain n’a pas évolué depuis des dizaines d’années à l’ex-

ception notable de l’acquisition des structures multicellulaires de protection plus connues sous le terme de bastion wall.

LA CONTRIBUTION DE SPECTRE
Dans ce contexte, le but de SPECTRE est de fournir aux unités, dès le niveau section, un dispositif local de protection antipersonnel. Cet objectif peut paraître modeste au premier abord ; il est, après examen, ambitieux et réaliste. L’opération d’armement SPECTRE est réaliste parce qu’elle ne se disperse pas à traiter simultanément toutes les menaces évoquées ci-dessus par la conception ex nihilo d’un bouclier omnipotent dont la faisabilité technique ne relève pas du moyen terme. En revanche, SPECTRE s’inscrit dans une politique interarmées dont la cohérence est assurée par le projet fédérateur PROTIS (protection des infrastructures et des sites). Le système SPECTRE est ambitieux parce qu’il vise : détecter, dissuader, neutraliser et détruire tout intrus ou groupe d’intrus identifiés comme menace dans un rayon de 400 mètres autour d’une unité en stationnement. L’atteinte de ces performances n’a cependant de sens que si elles sont cohérentes avec les ressources financières que l’armée de terre peut consacrer à cette capacité nouvelle et les contraintes admissibles par les forces en terme de charge (formation, souplesse d’emploi et de mise en œuvre), de capacité logistique (emport et énergie) et de confiance (fiabilité et disponibilité).
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SAPEUR

consacré à des démonstrations de composants (capteurs ou armes). En vue du stade de réalisation, la délégation générale pour l’armement veillera à ce que cette approche soit menée avec le souci constant de sélectionner des solutions ouvertes à la concurrence. Ces deux approches se rejoignent de manière itérative dans une analyse de la valeur permettant de faire converger objectivement les caractéristiques militaires de référence avec une solution techniquement mature et d’un coût global maîtrisé. Pour cela, une fois les architectures grossièrement définies, les travaux porteront également sur tous les aspects transverses de l’opération (sûreté de fonctionnement, dossier de sécurité, analyse du soutien). La phase d’essais qui sera conduite en 2007 sur le démonstrateur comprend deux phases. Une première phase dirigée par la délégation générale pour l’armement validera les performances techniques attendues du système final. Les évaluations technico-opérationnelles, conduites par la STAT avec le renfort d’unités désignées par le CFAT, permettront de vérifier la qualité du service rendu par SPECTRE dans son environnement opérationnel. Les enseignements recueillis au cours de ces deux périodes alimenteront à leur tour et de manière ultime le processus décrit ci-dessus.

CONCLUSION
Le marché du démonstrateur SPECTRE n’est pas un marché de délégation de maîtrise d’ouvrage et le lourd investissement des services étatiques au cours de ces deux années le prouve aisément. Néanmoins, compte tenu de la complexité physico-financière du projet et des précisions à apporter au besoin militaire pour la conception d’un matériel nouveau, la prise en compte anticipée des contraintes industrielles se révèle indispensable. De manière anecdotique, ce marché se révèle également un outil

efficace de maîtrise des délais étatiques du stade de conception par la contrainte contractuelle qu’il impose. Dans le monde froid des opérations d’armement un projet qui ne se concrétise pas dans les délais escomptés se présente d’abord comme une opportunité tentante de relâcher une contrainte budgétaire permanente. Grâce au marché de démonstrateur, l’équipe de programme intégrée de SPECTRE veillera en 2008 à proposer l’approbation d’un dossier de lancement de réalisation solidement argumenté en vue de la livraison aux forces des premiers matériels en 2012.

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For mation

La sauvegarde-protection : repenser la formation

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Capitaine Stéphane CASTEL

LA SAUVEGARDE-PROTECTION : REPENSER LA FORMATION
The safeguard and the protection of the french forces which are deployed overseas are getting more and more difficult to ensure because of the evolution of the conditions of the commitments, variying from high intensity to low intensity warfare, against symitrical or asymmitrical enemy forces, including peace enforcing, peace keeping or even peace making operations. As a matter of fact, safeguard and protection are among the missions naturally dedicated to the Corps of the Engineers. But engineer training has to evolve and to be improved in order to take into account the new threats of modern conflicts. The French Engineer Military Academy is involved in the reflexions that are led to adapt the current courses to these new tactical challenges.

Issu de l’École Spéciale Militaire de Saint-Cyr (1993-1996), le capitaine CASTEL a commandé la 971 e compagnie énergie du 2 e régiment du génie à METZ. Depuis l’été 2005, il est instructeur génie 1 er niveau à la direction de la formation opérationnelle (DFO) de l’ESAG. Il participe au groupe de travail sur la sauvegarde-protection crée à l’ESAG depuis la rentrée 2005.

La sauvegarde-protection regroupe un ensemble d’actions multiples et complémentaires qui permettent de prévenir et d’atténuer les actes hostiles contre nos forces, nos ressources et nos installations. Elle vise donc à participer à la conservation du potentiel de combat de la force en déniant toute opportunité à l’ennemi de l’amoindrir. La nécessité de protéger nos personnels et nos infrastructures en opérations n’est pas nouvelle. Quel que soit le scénario (conflit haute intensité, basse intensité, maîtrise de la violence, maintien et rétablissement de la paix), la sauvegarde et la protection deviennent des tâches de plus en plus difficiles à réaliser. Or, la sauvegarde-protection est une des missions permanentes du génie. En effet, le génie joue un rôle primordial dans le durcissement des infrastructures, dans la protection contre les armes et les forces conventionnelles, contre les forces non conventionnelles, contre la menace terroriste, mais également contre les menaces asymétriques. Pour cela, les programmes de formation doivent évoluer. La direction des études et de la prospective (DEP) et la direction générale de la formation (DGF) - et tout particulièrement la division de l’enseignement scientifique (DES) - de l’École supérieure et d’application du Génie (ESAG) doivent ainsi relever le défi d’adapter la formation dispensée aux stagiaires aux nécessités des engagements opérationnels d’aujourd’hui. Dans ce domaine, en 2006, l’ESAG a pour ambition de mettre à contribution ses deux directions afin de :
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• définir les besoins en protection face à ces nouvelles menaces (DEP), • mettre au point des procédés de réalisation de nouveaux types de protection (DGF/DES), • vérifier l’efficacité de ces ouvrages en liaison avec le Service technique des bâtiments fortifications et travaux (STBFT), • faire évoluer la formation et la documentation (DGF). Concrètement, trois grands domaines d’études ont été retenus et sont exposés dans cet article : 1 - la réalisation d’abris à partir d’un KC20 renforcé, 2 - la réalisation de murs de protection en béton, 3 - la réalisation d’un point de contrôle au standard OPEX. L’effet à obtenir est de mener des études et des essais dans un seul but : tester l’efficacité de ces protections, leur tenue dans le temps et leur fonctionnalité.

ABRI A PARTIR D’UN KC 20 RENFORCÉ
Les KC20 sont une ressource abondante sur un théâtre d’opérations et ils sont facilement projetables. Ils constituent donc une bonne base pour réaliser un abri. Pour cela, le conteneur peut être enterré, semi-enterré ou en surface. Le choix de l’une ou l’autre de ces solutions dépend de la disponibilité en matériaux, de l’existence de moyens de terrassement et des contraintes techniques.

SAPEUR
RÉALISATION DE MURS DE PROTECTION EN BÉTON
Des essais vont être réalisés pour mesurer la stabilité, la pérennité et la résistance aux impacts et au souffle de murs de protection. Il existe deux types de murs : murs en « T » et murs en « L ». Le choix de murs en « L » de hauteur 2,7 m et d’épaisseur 30 cm a été retenu pour mener des expérimentations. Celles-ci vont être conduites à Captieux en liaison avec le STBFT. Elles seront faites sur la base d'agression à l'arme légère (jusque 12,7 mm), à la roquette anti-char et peut-être jusqu’au 155 mm. Un des objectifs est également de tester la modularité du concept. modules d’un mètre de largeur et à leur assemblage afin de créer un abri en forme de tunnel. Cet abri lourd offre une protection contre tous les types de munitions de petits calibres et les éclats primaires d’obus de 155 mm explosant à 3 m. Toutefois, il convient encore d’étudier la résistance à l’effet de souffle pour les mortiers, les munitions d’artillerie et les bombes.

Les effets de la poussée de la terre si l’étaiement est insuffisant

Placé en pleine fouille, le retour d’expérience a montré que les résistances verticale et latérale des parois du KC20 étaient trop faibles et en tout cas insuffisantes pour résister dans le temps à la seule poussée de la terre. Il s’agit donc de résoudre cette difficulté en proposant un étaiement judicieux de la structure intérieure du KC20, tout en conservant une excellente protection face aux effets des armes.

Abri en mode utilisation

CHECK POINT ISOPEX
L’entrée d’un camp type ISOPEX est un point névralgique. Depuis plusieurs décennies, la multiplication des attentats utilisant des véhicules banalisés ou des bombes humaines contre les checkpoints doit nous amener à une profonde réflexion. Le check-point doit être conçu et durci en conséquence. Plusieurs données doivent être prises en compte lors de sa réalisation : voies de circulation séparées pour les piétons et les véhicules (civils et militaires), zones de fouille piétons et véhicules durcies pour parer à toute tentative d’attentat-suicide (avec murs de protection en béton par exemple), position des postes de combat, dispositifs de ralentissement des véhicules, etc. L’idée consiste à fabriquer un modèle sous forme de maquette, dont chacun pourra s’inspirer, et qui pourra être adapté sur le terrain en fonction de la menace et des ressources disponibles. L’objectif est que les militaires qui en assurent la garde en opérations extérieures soient protégés et qu’ils puissent réaliser dans les meilleures conditions de sécurité, le filtrage, le contrôle et l’identification des véhicules et personnels civils et militaires. La mise au point de nouveaux procédés et la réalisation de nouveaux types de protection nécessitent une profonde réflexion. Il s’agit de recenser et d’analyser les réalisations effectuées en France et à l’étranger, de sensibiliser l’interarmes sur le besoin de développer les actions de sauvegarde-protection,

Exemple de mur en béton armé touché par une roquette de 107 mm

Trop lourds pour être projetés depuis la France, ces murs de protection peuvent en revanche être fabriqués sur le théâtre. L’épaisseur et le type de béton à utiliser dépendront des menaces et de la ressource présente sur place.
L’étaiement possible d’un KC20 enterré

Pour l’abri en surface, le conteneur peut, par exemple, être protégé par une épaisseur de bastion-walls en périphérie et en toiture. Ces renforcements sont simples à réaliser car les matériaux sont faciles à trouver sur un théâtre d’opérations. Néanmoins, dans cette configuration, la partie supérieure du KC20 présente là encore une résistance faible et il s’agit de trouver une solution de mise en œuvre simple qui permette au toit du conteneur de porter la couverture.

Mur de protection de « T »

Dans le même ordre d’idée, un abri lourd modulaire en U renversé en béton armé a été expérimenté en Afghanistan. Le principe consiste en la réalisation de

KC20 en surface

Abri terminé - 82 -

SAPEUR

Réflexion sur un Check Point durci contre les EEI

d’augmenter le nombre de réalisations pratiques, etc. Le TTA 714 « Notice sur la protection directe par l’organisation du terrain » et le TTA 722 « Notice relative au durcissement des infrastructures de stationnement en zone d’opérations » proposent des solutions faciles à mettre en œuvre sur le terrain. Mais, il est nécessaire d’y apporter des compléments. Il faut notamment développer les capacités du sapeur à conseiller l’interarmes dans le domaine de la sauvegarde-protection. Il s’agit donc d’imaginer et de mettre au point une formation à enseigner aux officiers du génie afin qu’ils soient mieux armés face à des agressions modernes. C’est la réflexion que conduit actuellement l’ESAG. Dès la rentrée 2006, les programmes de formation des futurs commandants d’unité, des futurs chefs de section et des jeunes sousofficiers prendront en compte cette dimension. Le chantier semble complexe, mais le sapeur saura une nouvelle fois apporter des solutions concrètes.

Schéma d’un abri lourd modulaire en U renversé

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SAPEUR

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SAPEUR

Le Génie dans l'histoir e
Les uniformes du génie de la Révolution et de l’Empire
...................................................................................................... CDT GARNIER de LABAREYRE ..............................

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Génération de forces et emploi du génie : Les sapeurs de la Campagne d’Alger

.................................................... CNE GIUDICELLI ..................................................

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Les ingénieurs dans les troupes émigrées

.................................................................................................................................. M. FOUGERAY ......................................................

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SAPEUR

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SAPEUR
Commandant Pierre GARNIER de LABAREYRE

LES UNIFORMES DU GÉNIE DE LA RÉVOLUTION ET DE L’EMPIRE
Les textes en italiques sont tirés des lois, décrets et arrêtés. Ils respectent l’orthographe originale.

Le commandant Pierre GARNIER de LABAREYRE est le conservateur du musée du génie depuis septembre 2003. Officier sur titre, ayant choisi l’artillerie, il sert au 3 e régiment d’artillerie puis au 93 e régiment d’artillerie de montagne où il crée et commande la batterie des opérations. Il est titulaire du diplôme d’état-major et du diplôme technique option sciences humaines. Après trois années au centre de sélection et d’orientation de Lyon, il suit une scolarité à l’école du Louvre avant d’être muté à Angers.

L’armée n’échappe pas à l’avalanche de réformes qui bouscule la France en ce début de « Révolution ». Ainsi, l’ancien corps des ingénieurs du roi va disparaître pour donner naissance sous le Consulat à une arme structurée avec des officiers et des troupes directement sous leurs ordres.

LES OFFICIERS DU GÉNIE
La loi du 31 octobre 1790 réduit le corps du génie à 310 officiers, y compris les élèves de l’école de Mézières, à compter du 1er janvier 1791. L’uniforme reste le même que celui prescrit en 1775 et 1776 avec les quelques changements survenus en 1786. Cependant, il semble que les collets, parements et revers aient toujours été liserés de rouge alors que cela n’est pas spécifié dans le règlement du 1er octobre 1786. De plus, une loi du 4 octobre 1792 précise que tous les boutons porteraient la mention « République française ». Il n’est pas sûr que cela ait été fait 1. Le Directoire exécutif, par la loi du 3 janvier 1795 (14 ventôse an III) rend les officiers du génie partie intégrante de l’étatmajor des armées. Un arrêté du 24 avril 1797 (5 floréal an V) fixe l’uniforme des officiers du génie. Article 1 : À dater du 1er prairial prochain, l’uniforme des Officiers du Génie sera en tout conforme, tant pour la couleur que pour la coupe, à celui de l’État-Major des armées, à la réserve des paremens et collets, qui seront de velours noir, lisérés de rouge, avec pattes blanches aux paremens aussi lisérés de rouge, et des boutons, qui demeureront tels qu’ils ont été déterminés par l’ordonnance du 31 décembre 1776 2. L’article 2 précise le droit aux épaulettes : ces Officiers conti-

Officier du génie vers 1805,
aquarelle d’André Marcy, collection Musée du génie

nueront de porter les épaulettes de leurs grades respectifs, et prendront ; savoir : les Officiers supérieurs, les mêmes marques distinctives aux paremens, collets, chapeaux et équipages de cheval, que les Adjudans généraux ; et les Capitaines, Lieutenans et Sous-lieutenans celles fixées pour les Adjoints aux adjudans généraux. Ainsi, les officiers du génie portent l’habit bleu, la veste et la culotte blanches avec le chapeau bicorne sans galon d’or. Un arrêté des Consuls de la République du 14 juillet 1800 (24 messidor, an VIII), article IV, prescrit les dispositions suivantes : les Officiers du corps du génie conserveront le fond de l’uniforme qui leur a été précédemment affecté, mais sans galon ni bordure. Leur chapeau sera bordé en soie noire, et les bords rattachés à la forme par des ganses aussi en soie noire.

1) Un bouton avec une cuirasse surmontée d’un bonnet de la liberté avec l’inscription « ingénieur de la république française » est dessiné dans l’ouvrage, le bouton d’uniforme français, L. FALLOU, p 169 ; autre version avec un faisceau de licteur. 2) Voir SAPEUR n° 5, juin 2005, p 113. - 87 -

SAPEUR
Une circulaire signée Carnot et datant du 9 août 1800 (21 thermidor, an VIII) fixe à tous les officiers du génie leur uniforme : habit bleu national, coupe de l’infanterie de ligne, doublure rouge, paremens, revers, et collet de velours noir, lisérés de rouge ainsi que l’habit ; bouton actuel, veste blanche, pantalon ou culotte bleue ; marques distinctives de leur grade ; armement et équipage du cheval tels qu’ils sont actuellement ; le chapeau tel qu’il est prescrit dans l’arrêté du 24 messidor. Ils pourront porter, comme petit uniforme, un frac bleu national avec des boutons et des épaulettes. L’uniforme des officiers du génie va être sensiblement le même pendant toute la période impériale. Il est fixé par le règlement du 20 juin 1803 (1er messidor an XI), chapitre IV 3. « L’habit… sera de drap bleu national, coupe d’infanterie de ligne (voir figure 1), doublure écarlate, collet, revers et paremens de velours noir, liserés de rouge ainsi que les pattes de poches, qui seront en travers et à trois pointes. Les pans de l’habit seront agrafés derrière ; les retroussis ornés d’un corset d’armes brodé en or. La veste et la culotte seront de drap blanc. L’épaulette et la dragonne seront du modèle du grade de l’officier. La redingote est identique à l’habit. Elle se croisera sur la poitrine et le collet sera renversé sur un collet droit de sept à huit centimètres ; parements et manches seront coupés en dessous. Le manteau sera en drap national ; la retonde bordée d’un galon d’or de 4 centimètres de largeur, le collet droit de velours noir, liseré de rouge, ainsi que la rotonde. Comme dans le règlement de 1776, la cuirasse et le pot-en-tête sont représentés sur les boutons. Un dessin, planche 7 du règlement, reproduit le modèle. Les boutons seront de métal doré, fond sablé, et timbrés en relief d’un corset d’armes et pot en tête. L’emplacement des boutons est particulièrement détaillé : l’habit sera garni de trois gros boutons au bas du revers droit, trois sur chaque poche, un sur chaque hanche, sept petits à chaque revers, trois à chaque parement, un sur chaque épaule, près la couture du collet, pour fixer les épaulettes. Veste et culotte seront garnies de petits boutons d’uniforme. Sur la redingote, parements et manches se fermeront par trois petits boutons d’uniforme. De plus, il sera mis sept gros boutons sur chaque devant, un à chaque hanche, deux sur la patte de chaque poche, qui sera dans les plis. Petits boutons pour veste et culotte en drap blanc. Le chapeau sera uni, sans panache, sans plume ni plumet, bordé d’un galon de

Lettre de L. Carnot sur l’uniforme du génie, collection Musée du génie

Bouton du génie d’époque 1er Empire, collection Musée du génie

3) La plupart des auteurs traitant des uniformes mentionnent la date du 1er vendémiaire, an XII. Il semble que celui-ci ait repris les dispositions du 1er messidor qui est consacré exclusivement au génie. - 88 -

SAPEUR
d’or uniforme. Cette housse sera mise sous la selle ; les chaperons seront en peau d’ours. L’armement n’est pas oublié. L’épée, le sabre et les pistolets seront du modèle affecté aux officiers de l’état-major des armées. Ce même règlement précise les particularités de l’uniforme des gardes du génie dont nous parlerons ultérieurement. Un décret du 9 novembre 1810 simplifie la coiffure. En effet, le cordon du shako est supprimé et remplacé, pour les officiers, par un ou deux galons d’or (pour les colonels). De même sont supprimés les plumets sauf pour les officiers supérieurs et, pour les autres, remplacés par une houppette en laine. La plaque de shako a la forme d’un losange. Elle est en cuivre jaune avec grenade estampée au-dessus du numéro. Cependant, cette plaque fut peu portée 4. Le long décret du 19 janvier 1812 a pour but de renforcer l’uniformisation de l’armée tout en essayant d’être plus attentionné au confort du soldat. L’habillement de base est celui de l’infanterie (voir figure 2). Pour le génie : habit bleu avec collet, revers, parements, pattes de parement en velours noirs avec liseré rouge, passepoil rouge figurant les poches à trois pointes en long. Les retroussis sont rouges avec passepoil de velours noir avec deux haches en drap bleu et en sautoir comme ornement. Les boutons sont plats, jaunes avec le trophée d’arme. Le pantalon est bleu et les guêtres plus courtes, de couleurs noires. Ainsi, l’habit couvre maintenant le ventre et cache la veste. Les revers sont droits. Les basques sont plus courtes 5. Le shako reste identique à celui prescrit en 1810 sauf la plaque qui est en cuivre jaune surmonté d’une aigle couronnée avec le numéro du bataillon de sapeurs ou de la compagnie de mineurs.

Sapeurs sous l’Empire, gravure du XIXe siècle, collection Musée du génie

poil de chèvre noir de six centimètres de largeur ; ganse en or de dix-huit millimètres de largeur ; glands dans les cornes dont les franges seront correspondantes au grade. La couleur n’est pas indiquée mais est sous-entendue dorée. La cocarde tricolore dite « nationale » est, bien sûr, présente. Le règlement stipule que le col sera blanc en temps de paix, et noir en campagne ! Un petit uniforme est aussi prescrit pour les officiers du génie : habit de drap bleu national, doublure écarlate, sans revers ; les poches seront dans les plis ; le collet et les paremens seront en velours noir, liserés de rouge ; collet droit et paremens ouverts sous la manche et fermés par deux petits boutons. Cet habit boutonnera sur la poitrine ; les pans s’agraferont derrière ; il sera garni de neuf gros boutons sur le devant, un à chaque manche, deux dans les plis, et de deux petits à chaque parement. Il est précisé qu’en petit uniforme, la veste sera blanche, la culotte en drap bleu. En grande tenue, les bottes seront à l’écuyère et en petit uniforme, à

retroussis rabattus en cuir jaune. Les éperons seront plaqués en argent. Le modèle est proposé en gravure sur la planche 13 du règlement. Les boucles des souliers en argent. Le ceinturon sera en buffle blanc, de la largeur de six centimètres deux millimètres et la plaque en cuivre doré avec le corset d’armes et pot-en-tête en relief. L’équipement du cheval est lui aussi décrit minutieusement. La selle sera à la française, en veau-laque. La housse et les chaperons, en drap bleu national, seront bordés d’un galon d’or de la largeur de 5,5 centimètre pour les officiers supérieurs, de 4,5 centimètre pour les capitaines et de 3,8 centimètre pour les lieutenants (le galon est représenté à l’échelle 1 en gravure, planche 7). Les bossettes ovales, unies et plaquées en argent, ainsi que toutes les boucles apparentes ; les étriers noirs, vernis ; tous les cuirs noirs, compris ceux de la bride et du bridon. En campagne, les officiers du génie pourront se servir de la selle à la hussarde ; la housse, dite de pied, sera en drap bleu national, bordée du galon

4) BLONDIAU, Aigles et shakos du 1er Empire, Paris, 1980. 5) Voir l’habit de caporal du génie, modèle 1812, présenté dans le hors série n° 23 de Tradition Magazine, p 66. - 89 -

SAPEUR
Il semble que les haches en sautoir ne furent pas utilisées et que seul la grenade ait continué à être portée 6. De même, le passepoil de velours noir sur les retroussis ne semble pas avoir été exécuté. forme que les officiers du corps du génie. Ainsi est enfin amalgamé dans une même entité l’ancien corps des ingénieurs du roi, les mineurs et les sapeurs 10.

LES SAPEURS DE LA GARDE IMPÉRIALE LES MINEURS ET SAPEURS
Le 4 mars 1795 (14 Ventôse an III), les six compagnies de mineurs sont réunies définitivement au corps du génie. En effet, les mineurs avaient été rattachés au génie le 15 décembre 1792 sans intégration de leurs officiers au corps du génie. Les mineurs avaient alors pris la dénomination d’« ouvriers militaires du génie 7 ». Corps d'élite par excellence, la Garde impériale se devait de posséder une unité du génie. Cependant, ce n'est que vers la fin de l'Empire qu'une compagnie du génie fut créée avec une mission très particulière. Un décret impérial daté du 10 juillet 1810 ordonne la création d'une compagnie de sapeurs au sein de la Garde Impériale dont la mission est le service des pompes dans les palais impériaux. Ainsi, la mission première de ses sapeurs est d'être des pompiers ! D'un effectif initial de cent trente-neuf hommes, celui-ci va régulièrement augmenter jusqu'à monter à trois cent soixante-seize hommes au printemps 1813 dont les deux tiers dans la Jeune Garde. Des pompes patiemment acheminées vers Moscou serviront à essayer d'arrêter l'incendie de la capitale moscovite. Lors des Cent jours, une compagnie sera de nouveau reconstituée. L'uniforme des sapeurs de la Garde est très proche de celui des bataillons de sapeurs. Seule la coiffure et les boutons sont spécifiques. Il faut aussi rappeler

Sapeur vers 1795,
aquarelle d’André Marcy, collection Musée du génie

Bouton du 2 bataillon de sapeur époque début XIXe siècle collection Musée du génie
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Les mineurs vont conserver l’uniforme qu’ils avaient lorsqu’ils dépendaient de l’artillerie. Le règlement du 15 janvier 1792 prescrit des épaulettes à franges à laine écarlate. Ils les garderont lors de leur passage dans le corps du génie et adopteront aussi les parements noirs liserés de rouge. Un décret du 15 décembre 1793 (25 frimaire an II) crée douze bataillons du génie destinés aux travaux de fortifications et d’aménagement tant en campagne que dans les places. Ce décret peut être considéré comme l’acte créateur de l’arme du génie. Cependant, il est important de noter que ses sapeurs, mis à la disposition des officiers du corps du génie, étaient commandés par des officiers dits « officiers de sapeurs » qui n’appartenaient pas à ce corps.

L’uniforme de ces sapeurs est spécifié dans ce décret qui stipule que celui-ci serait le même que celui des compagnies de canonniers, sauf les épaulettes qui seront jaunes 8. Ainsi, les collets, parements et revers étaient bleus liserés de rouge. La culotte et la veste sont bleues. Il semble que rapidement, ils prirent le velours noir et les épaulettes rouges comme les mineurs. L’extrémité de chaque retroussis des basques est garnie d’une pelle et d’une pioche en sautoir 9. Le chapeau est adopté comme coiffure. Le règlement qui suit la publication de ce décret précise, dans son article VI, que le drapeau sera porté par le plus ancien sergent-major. L’arrêté des consuls du 10 octobre 1801 (18 vendémiaire an X) unifie l’arme du génie en homogénéisant les structures des six compagnies de mineurs et les quatre bataillons de sapeurs seulement effectifs. En complément, le décret du 27 décembre 1801 (6 nivôse an X) donne aux officiers de sapeurs le même uni-

Sapeur de la Garde Impériale,
L. Rousselot, collection Musée du génie

6) TERRIENNE, op cit. 7) TERRIENNE, Notes sur l’organisation et l’uniforme des troupes constituant le génie, titre III, p 54. 8) AUGOYAT, Aperçu historique sur les fortifications, les ingénieurs et sur le corps du génie en France, 1864, tome III, page 60. Décret de la convention nationale du 25 frimaire, an II, section troisième, article 1. 9) C’est-à-dire croisé. La couleur devait être bleue. 10) TERRIENNE fait débuter l’arme du génie à partir de ce décret; op cit, titre III, p 72. - 90 -

SAPEUR
que les uniformes de la Garde sont généralement taillés dans un tissu de meilleure qualité et que l'armement a aussi sa propre spécificité. Fabriqué en acier et laiton, le casque est singulier et particulièrement seyant. C'est un casque à bombe avec une visière et un couvre-nuque en acier poli. Le cimier estampé, le cerclage, le port du plumet, les jugulaires à écailles posées sur un cuir, les rosaces avec une étoile au centre et la plaque sont en laiton. La plaque représente une aigle éployée très caractéristique. Le plumet est écarlate et la chenille du cimier en poils d'ours noirs. Les sapeurs de la Jeune Garde portent un shako en feutre noir avec une plaque en laiton à l'aigle couronnée, deux jugulaires avec écailles et rosaces étoilées en laiton avec un cordon natté écarlate et un plumet de même. Au bivouac ou en tenue de travail, le port du bonnet de police est autorisé. Celui-ci est en drap bleu avec galon, passepoil et grenade écarlate pour les sapeurs et or pour les officiers. Les boutons sont en cuivre jaune voire dorés pour les officiers, timbrés d'une aigle. La capote est en drap bleu, croisée sur le devant avec deux rangées de sept gros boutons ; deux autres gros boutons à la taille, derrière. Les parements sont agrémentés de trois petits boutons chacun, plus un sur chaque épaulette. En effet, les galons ou les épaulettes se portent aussi sur la capote. En petite tenue et en tenue de ville, les officiers portent le chapeau à ganse noir bordé de soie de la même couleur et glands dorés dans les cornes avec bouton de la Garde et cocarde nationale. vaux des mineurs et des sapeurs. Son organisation changea plusieurs fois avant de se stabiliser à un bataillon à sept compagnies dont une de dépôt (1er juillet 1811). En général, il y a une compagnie du train du génie par corps d'armée. L'uniforme est spécifique bien que la couleur de fond de l'habit soit la même que celle du train des équipages : habit gris de fer avec collet, revers, parement et pattes de parement noirs vraisemblablement en panne (et non en velours !) ; poches, doublure et retroussis de couleur distincte ; boutons et ornement (grenades aux retroussis) blancs. La veste est blanche ; culotte de peau avec surculotte et bottes à la dragonne. La capote, du même type que l'infanterie, est en drap gris de fer. La schabraque est en peau de mouton blanc. Le shako est du même type que l'infanterie avec plaque en losange et jugulaires blanches, aigrette rouge. Le décret du 9 février 1812 précise que les passepoils figurant les poches, la doublure et les retroussis seront bleus ; les boutons sont plats et blancs (argent) frappés d'une cuirasse surmontée d'un pot en tête. même loi crée « les archives des fortifications ». Ainsi, un dépôt d’archives spécifiques au génie voit-il officiellement le jour. Cette spécificité cessera en 1985. L'article 4 de la loi du 5 floréal an V stipule que « les Gardes-éclusiers des fortifications porteront l'uniforme de sous-officiers de mineurs, avec les marques distinctives du grade affecté à la classe de garde dans laquelle ils sont compris ». Le règlement du 20 juin 1804 (1er messidor, l’an XII) dans son article II du chapitre IV traite de l’uniforme des gardes du génie. Les gardes du génie porteront l'habit bleu national, doublure écarlate, collet, paremens et revers en panne noire liserés de rouge, veste et culotte de drap bleu garnies de petits boutons d’uniformes. Le chapeau sera uni, la ganse en galon de laine jaune avec cocarde national, boutons jaunes et timbré d’un corset d’armes avec la légende : garde du génie. Les gardes de première classe portent les épaulettes d'adjudant (fond de soie couleur de feu, traversée dans le milieu de deux cordons de tresse d’or), ceux de deuxième classe les galons de sergent-major (deux galons en or sur chaque manche, du côté de l’extérieur de l’avant-bras et près du parement), ceux de troisième classe les galons de sergent (un seul galon en or sur chaque) et ceux de quatrième classe les galons de fourrier (un galon en or sur le dehors de la manche, audessus du pli du bras).

ÉCLUSIERS, CASERNIERS11, GARDES ET GARDIENS DES FORTIFICATIONS
Le chapitre XV de l'ordonnance du 1er octobre 1786 traite de l'uniforme des employés aux fortifications : les Éclusiers, Caserniers, Gardiens des fortifications, jetées, digues, fascinages et épis, ainsi que tous autres employés, porteront l'habit avec collet renversé ; doublure, veste et culotte bleu de roi. Les boutons des fortifications seront de métal jaune, ornés dans le milieu d'une rosette, avec la légende au pourtour : fortifications. Par la loi du 10 juillet 1791, tous les employés de fortifications seront désignés dorénavant sous les noms de gardes des fortifications et d’éclusiers des fortifications 12. Ils sont au nombre de 200 13 et doivent obligatoirement porter l’uniforme qui leur sera affecté. Cette

LES OUVRIERS DU GÉNIE
Le 12 novembre 1811, les ateliers du dépôt du train du génie de Metz sont transformés en arsenal du génie. Il est alors créé, dans cet arsenal, une compagnie d’ouvriers du génie. L’uniforme est le même que celui du génie avec des grenades en drap bleu aux basques et des boutons à cuirasse portant l’inscription : ouvriers du génie. Le shako est celui des mineurs avec un pompon rouge surmonté d’une petite aigrette en crin noir 14.

LE TRAIN DU GÉNIE
Le développement des armées révolutionnaires puis impériales va entraîner la création du train du génie le 1er octobre 1806. Sa mission était de convoyer les outils et matériaux nécessaires aux tra11) 12) 13) 14)

Le règlement du 30 thermidor, an II , dans son titre deuxième traite du rôle des caserniers. Journal militaire du 11 septembre 1791, numéro 37, p 444 et 445. Le chiffre citée est 300 mais, dans cette même loi, un tableau précise et détaille le coût et leur nombre pour 200. TERRIENNE, op cit, titre III, p 121. - 91 -

SAPEUR
LES ADJOINTS AU GÉNIE
Ils sont créés par la loi du 21 février 1793 qui traite, dans son titre VII, du génie. L’article II stipule que dans les places qui se trouveraient dépourvues du nombre d’ingénieurs suffisant pour le service, le ministre est autorisé à nommer des adjoints en nombre suffisant, sur la présentation des chefs du génie, et à leur attribuer un traitement analogue à leur genre d’utilité 15. La loi du 5 août 1794 (18 thermidor an II) limite leur nombre à 200 répartis en deux classes. Ils portent l’uniforme de sous-lieutenant de sapeur. Le décret du 5 floréal an V, dans son article III, précise que l’uniforme reste le même que celui attribué le 22 septembre 1796 (1er vendémiaire an V), à l’exception de la doublure, qui sera bleue et les revers qui seront supprimés. Les adjoints furent supprimés par décret du 11 octobre 180116 (19 vendémiaire an X). première compagnie participera à la campagne d’Égypte. Cette situation entraînera une modification de son uniforme. L’habit est vert foncé avec passepoil rouge au collet; le reste, sans changement. Cet habit est encore modifié en Égypte : habit et veste bleue avec collets et parements verts, retroussis verts, passepoil blanc et boutons en bois recouverts d’étoffe bleue. Les compagnies d’aérostiers furent dissoutes en 1799 par le Directoire. Cette spécialité réapparaîtra dans l’armée française lors de la guerre de 1870-1871.

LES AÉROSTIERS
Dans la tourmente révolutionnaire, les nouvelles idées foisonnent tant dans le domaine politique que dans le domaine militaire. Dans ce dernier domaine, il est créé, par décret du 2 avril 1794 (13 germinal, an II), une compagnie d’aérostiers à Meudon sous les ordres du capitaine Coutelle. Ce décret 17 indique l’uniforme de la nouvelle compagnie dans son article 4. Il consiste en un habit, veste et culotte bleus avec passepoil rouge au collet, parements noirs, boutons d’infanterie 18 prévus par le décret du 4 octobre 1792 (13 vendémiaire, an III) avec veste de coutil bleu pour le travail. L’armement est composé d’un sabre court (vraisemblablement type briquet) et de deux pistolets 19. Une deuxième compagnie fut créée le 23 juin (5 messidor, an II) de la même année. La

Uniforme type d’infanterie 1801-1810,
dessin Michel Pétard

Uniforme type d’infanterie 1812,
dessin Michel Pétard

15) 16) 17) 18)

AUGOYAT, op cit, tome troisième, p 28. TERRIENNE, op cit, titre I, p 5. AUGOYAT, op cit, tome troisième, p 37. FALLOU, dans son ouvrage, indique un bouton en cuivre particulier avec ballon surmontant une nacelle avec deux hommes portant chacun un fanion (vers 1796). 19) Le musée d’histoire militaire de Fontainebleau possède une paire de pistolets d’aérostier. - 92 -

SAPEUR
Capitaine (esr) Bernard GIUDICELLI

GÉNÉRATION DE FORCES ET EMPLOI DU GÉNIE :
LES SAPEURS DE LA CAMPAGNE D’ALGER 24 JUIN – 5 JUILLET 1830

Le Capitaine GIUDICELLI sert au 71e Régiment du Génie. Chef de projet Sénior, il collabore à la réalisation de plusieurs applications pour l’Armée de Terre et la Gendarmerie. Il commande au 71e RG puis en opération extérieure avec le BATGEN 1. Détaché au ministère de l’Intérieur de 1997 à 2000, il est aujourd’hui adjoint au conservateur du musée du génie.

LES RAISONS DU CHOIX
Conséquence du « coup de l’éventail », de raisons de politique intérieure et de considérations financières1, la campagne d’Alger est la première expédition d’une telle envergure que l’armée française ait lancée. Plus que le nombre de combattants, environ 37 000 hommes, il convient de considérer le contexte général : le débarquement de vive force, l’emploi combiné de forces terrestres et maritimes, la minutie de la préparation, le déroulement de l’action. Il s’agit d’une première.

Si « le coup de l’éventail » date de 1827, c’est après deux ans de réflexion et quelques péripéties que la décision est prise. Début 1830, se tient le conseil des ministres chargé d’évaluer la faisabilité. Le général Valazé y participe. La résolution adoptée à l’unanimité est présentée au Roi : • Débarquement sur la presqu’île de Sidi-Ferruch. • Progression sur l’axe Sidi-Ferruch Alger via « Chapelle et Fontaine » et « Fort l’Empereur ». • Attaque de la ville par la terre. Comme Napoléon avant lui, Charles X désire s’imposer en Afrique pour y limiter la présence britannique. Ce qui lui fera répondre à l’ambassadeur anglais : « Pour décider d’aller à Alger, je n’ai consulté que l’honneur de la France, pour décider de ce que j’en ferai, je ne consulterai que ses intérêts ».

Les antécédents
Sans remonter aux croisades, il y eut, bien sûr, des précédents : celle de Lafayette et celle de Bonaparte, l’une vers les Amériques et l’autre vers l’Égypte. Ces deux opérations ne sont pas les plus réussies de la marine française. La flotte est malmenée sur la côte est des Amériques et coulée devant Aboukir… Et encore, dans ces deux derniers cas, pouvait-on compter sur une partie de la population, sinon acquise, du moins bienveillante. Pour Alger, rien de tel. Pire, cette action va se dérouler en « Terra incognita ».

À la même époque
Cette année-là, Charles X règne, cahin caha. Marc Seguin invente la chaudière tubulaire. En Angleterre, Georges IV accède au trône, la première ligne de chemin de fer est ouverte au public. La locomotive « Rocket » atteint les

1) En 1827, La France traîne une dette de 7.5 millions de francs or. Vieille de 20 ans, elle résulte d'une livraison de blé réalisée au bénéfice de l'Empire. Le Dey d'Alger a payé les fournisseurs. Il en attend le remboursement. Ceci explique sans doute cela… - 93 -

SAPEUR
25 km/heure. Beethoven obtient un immense succès avec la 9e symphonie. Les accords d'Orange sont discutés : bientôt naîtra la Belgique et la France y perdra la Flandre, le Hénault et l'Artois. L'armée française compte environ 270 000 hommes. Cette armée, entièrement refondue depuis 1816, connaît peu d'évolution des matériels. L'artillerie abandonne le système Gribeauval (1780) pour le système Vallet. Le génie est organisé depuis la refonte en régiments. Ils sont 3, à deux bataillons chacun. Un bataillon compte 8 compagnies : 2 compagnies de mineurs, 6 compagnies de sapeurs. On trouve 4 officiers et 150 hommes par compagnie. Ajoutons à cela les compagnies d'équipage du Génie. Les conditions d'emploi sont simples : 1 compagnie de sapeurs pour une division, soit 8 sapeurs pour 600 fantassins. La poussière de « génie » existe déjà. Comme de nos jours, le capitaine du génie est l’interlocuteur du général commandant la division. Encore faut-il être bienveillant. Le calendrier est serré. Le 8 février, le Roi approuve la décision du Conseil. Le 11 mai, les troupes commencent l'embarquement. Entre-temps, c'est 37 000 hommes qui sont dirigés vers Toulon. Les sapeurs viennent d'Espagne, de Flandre et de Lorraine. 110 navires de la Marine escorteront les 500 bateaux de commerce. Les arsenaux inventent et réalisent des barges de débarquement capables de transporter deux pièces d'artillerie. Ces pièces peuvent tirer pendant leur transport. L'intendance n'est pas en reste. Elle rassemble et prépare deux mois d'avitaillement embarqués à Toulon et deux mois à suivre avec la seconde vague. Il est prévu pour chaque homme un approvisionnement de 5 unités d’alimentation et 6 unités de feux.

LES PRÉPARATIFS
Nous sommes le 31 janvier 1830… Les conclusions du conseil des ministres seront proposées au Roi Charles X la semaine suivante. Pour des raisons de politique intérieure, le nom du général en chef n'est pas arrêté. Mais on connaît déjà le nom du général commandant le Génie2. Ce sera le Général Valazé. Un état-major et un bataillon vont participer aux opérations. Celui-ci est mis sur pied par les 1er, 2e et 3e régiments du génie. Ces dispositions sont conformes aux règles habituelles. Mais l’effectif est conséquent. Jusqu’à ce jour, aucune division n’avait jamais bénéficié d’un appui de cette ampleur.

Pour le 1er RG, sont engagées la 1/m, les Cies 1/1, 1/2, 1/3, 2e RG : les Cies 1/3 et 1/4, 3e RG : la 1/m, la Cie 1/4 plus 1/2 Cie du train des équipages du génie. Chaque Cie est à 4 officiers, 150 hommes et 2 chevaux. Au total, 63 officiers et 1250 sapeurs. Les troupes du génie sont concentrées en Arles, car elles viennent en majorité de Metz et d'Arras, et descendent par voie fluviale. D’autres viendront d’Espagne. Une partie va être détachée sur Saint-Rémy-de-Provence. Partout, on aura pour but de constituer le minimum vital, savoir, rassembler les matières premières et réaliser tout ce qui peut l’être. Ainsi, 10 blockhaus démontables seront réalisés pendant cette période. Nos anciens maîtrisent le Kit bien avant IKEA. Ils auront dans leurs bagages, entre-autres…
300 chevaux de frise (de 3m) 8 barrières 10 blockhaus 25000 outils de parc 500 outils de sapeurs.

LA RECONNAISSANCE.
Début 1808, Napoléon veut rejoindre l'Égypte afin de limiter, voire couper, la route anglaise des Indes. Le but étant de rejoindre Le Caire par… Tunis et Tripoli, la Méditerranée appartenant à la marine anglaise. L'idée n'est pas si mauvaise, puisque 135 ans plus tard, Rommel et son Afrika Corps suivront cet itinéraire. Le but de la reconnaissance est donc de repérer un port capable d'abriter la flotte française des éléments naturels d'une part, et des actions de la marine anglaise d'autre part. C’est le Commandant Boutin qui est chargé de cette mission. Il la réalise au printemps de la même année. Très vite, l’objectif devient clair : « S’emparer d’Alger ». Il convient de noter que la reconnaissance ne se borne pas à la seule désignation du lieu. Boutin oriente la stratégie, les axes d'efforts, les moyens nécessaires. Il fixe le lieu du débarquement, l'itinéraire, les points d'appui à conquérir. Le choix semble judicieux, les alliés y débarqueront en novembre 1942. Il est donc naturel que la résolution du Conseil des Ministres reprenne point par point toutes les recommandations de son mémoire, sauf une… l’époque de l’année.

4200 palissades 2500 fascines 3500 gabions carrés 16 chevalets de ponts

6500 lances à hérissons 2500 piquets pour gabions farcis 37 500 piquets de gabions 220 000 sacs à terre.

2 forges de campagne 4 sonnettes à bras. 12 établis de menuisiers

10 tonnes de houille 2 tonnes de barres d’acier 3 tonnes de barres de fer

1500 m3 de bois à scier.

Dans son mémoire, le Cdt Boutin stipule qu'il n'a trouvé que de maigres broussailles, une seule source (Chapelle et Fontaine) et signale que d'une façon générale, les ressources locales sont maigres, parfois inexistantes. Ceci explique les volumes ci-dessus. 25 kilomètres séparent Sidi-Ferruch d'Alger. Boutin prévoit 5 jours de marche d'approche. Ce délais ne laisse pas le temps aux sapeurs de construire sur place. Tout est donc assemblé et construit pendant la concentration en Provence. Puis tout est démonté, transporté vers Toulon et embarqué.

2) La présence à ce niveau de décision d'un « sapeur » est, hélas, trop rare. L'influence du Général Valazé sur la manœuvre « Génie », nature, volume des troupes, anticipation et conduite de la manœuvre sont indéniables. Pour mémoire, une division dispose d’un bataillon du génie. C'est donc un Commandant qui représente l'Arme auprès d'un État-major de division, un capitaine pour la brigade… - 94 -

SAPEUR
Les préparatifs sont minutieux. En raison des aléas de la météo, tout ce qui peut être loti est empaqueté dans un double emballage. Le but est de rendre les colis étanches et flottants. Les caisses sont donc recouvertes de toile à voile goudronnée. Point d'inscription. Des codes couleurs sont encollés sur le goudron. Les sapeurs commencent l’embarquement le 11 mai. Il s’achève le 18 mais c’est le 25 que la flotte quittera Toulon. Une relâche à Majorque et finalement, le 13 juin au soir, les plages de Sidi-Ferruch sont en vue.

16 Juin : les premiers pains chauds
sortent des fours. La tranchée de protection est profonde de 1.60 m. Elle possède un talus de 2 m environ. Elle fait, déployée, 1000 mètres de long, court de part et d’autre de la presqu’île. Des pontons armés d’artillerie sont échoués à chaque extrémité. Des ouvrages sont établis sur les maigres hauteurs dominant l’entrée de la presqu’île de SidiFerruch. Les crevasses et talwegs sont, de même, battus par les feux. Si l’ouvrage est considéré apte à la défense, il n’est pas encore achevé. Les sapeurs entament un nouveau chantier : aménager les accès. Ils ont devant eux un mauvais chemin muletier. Ils vont en faire une route, large de 6 mètres, entièrement carrossable, s’affranchissant ici des rochers, là du sable… Les mineurs, quant à eux, continuent de creuser les puits. Les fours enterrés sont insuffisants, mais les fours métalliques de l’intendance arrivent enfin. Les mineurs vont les assembler.

entrave largement la manœuvre. Les canons sont tirés à bras des plages aux postes de tirs. Quant aux approvisionnements vers la ligne de front, ils ne peuvent être réalisés.

18 Juin : les travaux continuent, mais
les combats commencent. Les sapeurs font le coup de feu. Harcelés et défiés, ils sont surpris par ces cavaliers qui chargent, debout sur leur monture, méprisent la mort, tirent en galopant, puis virevoltent, rechargent leur arme, et reviennent, toujours au galop. Mais les sapeurs possèdent des fusils de rempart, et ils savent s’en servir… Un joli coup est acclamé par les fantassins…

LE DÉBARQUEMENT 14 juin : Le débarquement commence
dès 2 heures du matin; à 6 h 30, le général de Bourmont met pied à terre. A 13 h 00, le général Valazé délimite l’emplacement de la ligne bastionnée. Il ne s'agit pas d'une simple tranchée. Il faut réaliser des bastions, des avantpostes, des points de passages. Relier l'ensemble pour en faire un tout homogène. En outre, il ne s'agit pas que de défense, la ligne doit aussi soustraire les installations aux vues de l'ennemi. À 17 h 00, les outils sont distribués, les sapeurs du génie renforcés de 1 500 sapeurs d’infanterie se mettent à l’ouvrage, aux ordres des commandants Chambaud et Vaillant. La protection du chantier est assurée par les bataillons. Cette nuit-là, et les suivantes, les régiments se mettent en carré de défense. Le premier rang est couché, le second assis, le troisième debout… Les mineurs creusent3 le premier puits. Ils trouvent l’eau à 5 m de profondeur.

19 juin : Les combats sérieux se déroulent sur le plateau de Staouli. Les sapeurs arasent, taillent et dessinent cette route qui permettra l’approvisionnement en continue des unités. Mais cela ne suffit pas. Il faut établir un camp intermédiaire sur le plateau. En pleine bataille, les sapeurs s’échinent, creusent, aménagent, bastionnent encore… Les convois sont parfois la cible des cavaliers. Des casemates sont établies sur l’itinéraire, les blockhaus dressés. Les mineurs ne sont pas en reste. Sous les ordres du lieutenant Lamoricière, ils ont creusé 20 puits, construit 12 fours à pains en fer, et réalisé 8 autres, en brique. Les jours suivants, pendant que les combattants s’observent, le génie continue l’ouvrage.

15 juin : les sapeurs continuent la ligne.
Mais ils entament aussi la réalisation du camp et l’aménagement de la plage. Les allées secondaires sont ouvertes, réparties de part et d’autre de deux axes principaux. Ceux-ci font six mètres de large. Les premiers bâtiments réalisés sont les dépôts de l’intendance et l’hôpital. Celui-ci contient 1 000 lits. Le long de la plage, des drapeaux de différentes couleurs sont installés. Les mineurs se répartissent deux tâches : creuser les puits et construire des fours.

17 juin : une violente tempête suspend les opérations de débarquement, mais de débarquement seulement. Car les opérations de ravitaillement, elles, continuent. En effet, en prévision de ces difficultés, tous les colis (environ 80 000) sont insubmersibles, étanches et différenciés par des codes couleurs. Ils sont donc passés par-dessus bord. Il suffit d’attendre qu’ils rejoignent le littoral, puis de les déposer auprès du drapeau correspondant que les mineurs ont dressé sur le bord de la plage. Bien que les 4 000 chevaux ainsi que les 1 000 têtes de bétails, ne puissent être débarqués, les parcs et les abreuvoirs sont aménagés. Les échoppes aussi. La première cantine est établie. Les commerçants sont prêts à offrir leurs services. Notons, pour la forme, qu'ils sont installés au centre du camp et que les tentes sont établies tout autour. Une toile de tente4 pour quinze, un fourneau pour huit. Heureusement, les bidons, eux, sont individuels.
Mais la tempête a un effet secondaire non négligeable. Les chevaux5 ne peuvent toujours pas être débarqués, ce qui

23 juin : la presque île de Sidi-Ferruch
est totalement fortifiée. La ligne de défense est désormais équipée de ses gabions et fascines. Le 25, le camp du plateau de Staouli est achevé. Désormais, la route arrive presque jusqu’au fort de l’Empereur. Un pont de chevalets est lancé. L’ancienne voie romaine, trop étroite, ne permet pas l'acheminement des 250 tonnes journalières d'approvisionnement. Elle est doublée. Maintenant, 7 points d’appui jalonnent cet axe qu’empruntent chaque jour les convois des trains d’équipage.

3) Ils étayent le puits avec les planches des caisses de munitions, récupérées et reconditionnées. 4) Elles sont montées sur charpente de bois. Petit détail qui donne une idée de l'ouvrage, si on prend le temps de calculer le ratio… 5) 4500 chevaux sont embarqués à Toulon. 500 sont destinés à la cavalerie, les 4000 restant sont pour l'Artillerie, les trains d'équipages et l'État-Major. Leur débarquement commencera seulement à partir du 23 juin. - 95 -

SAPEUR
Ils sont constitués d’un ensemble casemate-blockhaus, de fossés et de talus, renforcés de palissades. défenses de l’ennemi et que la brèche sera ouverte avant 24 heures de sorte que nous serons maîtres du fort le 5 juillet au soir ». Il n'empêche. Les sapeurs vont bastionner les maisons qui longent la route, les créneler. Puis ils établiront la base d'assaut. Un troisième camp est réalisé. Puis les premières parallèles sont ouvertes…

4 juillet : l’ennemi voyant la vitesse de
réalisation des travaux, comprend que la fin est inéluctable, préfère évacuer le fort de l'Empereur et fait sauter la poudrière.

2 juillet : les travaux de sape commencent devant le fort de l'Empereur. Le général Bourmont n’hésite pas à écrire au Duc d’Orléans : « Je crois qu’après 2 heures de feu, nous aurons passé les

5 juillet 1830, Le Dey Hussein signe la
reddition, Alger tombe.

- 96 -

SAPEUR
Monsieur Alain FOUGERAY

LES INGÉNIEURS DANS LES TROUPES ÉMIGRÉES
Parmi les très nombreuses études qu’il reste à mener pour reconstituer l’histoire complexe du Génie militaire, celle de l’attitude des ingénieurs du roi face à la Révolution française serait très certainement l’une des plus intéressantes. En effet, la formation des ingénieurs à l’école de Mézières les destinait à une carrière toute tracée et entièrement dévouée aux idéaux de la monarchie. Comme ce fut le cas pour les cadres des autres armes de l’armée royale, les ingénieurs, ont dû, en cette fin du XVIII e siècle se pétrir des idées nouvelles, particulièrement après la guerre d’Indépendance Américaine à laquelle nombre d’entre eux ont participé. Les bibliothèques personnelles de ces officiers ont sans doute compté bon nombre d’ouvrages « subversifs » qui ont préparé les esprits à accueillir très favorablement la Révolution de 1789. La carrière d’un Lebègue du Portail, futur ministre de la guerre d’octobre 1790 à décembre 1791, en témoigne. Toutefois, beaucoup d’ingénieurs n’ont pas embrassé les idées de la Révolution et ont choisi d’émigrer et de mettre leur savoir au service de la Monarchie en s’engageant, surtout à partir de 1793, dans les corps levés par les princes émigrés ou par les puissances coalisées. On distingue quatre formations de troupes émigrées : 1 - le service de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas, 2 - l’armée de Condé (service russe), 3 - l’armée des Princes, 4 - l’armée de Bourbon. chargent le colonel François Eugène Lenglé de Moriencourt (1731-1795), ancien sous-brigadier à Bergues, de cette mission. Le chevalier Antoine Jean Louis du Portal, capitaine au corps, lui est adjoint. Deux détachements d'ingénieurs sont formés. Le premier rejoint le quartier général de l'armée anglaise ; le second, l'armée hollandaise. En décembre, le colonel de Moriencourt rassemble à Ostende, une « brigade d'ingénieurs », composée, outre de Moriencourt, du major du Portal, de 4 capitaines, 3 capitaines en second et 4 lieutenants. Ces « conseillers techniques » seront, soit répartis dans les différents étatsmajors de l'armée anglaise aux PaysBas, soit attachés à l'expédition destinée à débarquer sur les côtes de Bretagne.

Alain Fougeray est attaché au ministère de la Culture et de la Communication, mis à disposition de l’ESAG en qualité de responsable du Centre de Documentation et de Recherches. Il a précédemment été adjoint du directeur régional des affaires culturelles de Bretagne (1975-1986), puis chargé de mission auprès du préfet de la région Bretagne avant de rejoindre le bureau des études et recherches de l’IHEDN. De 1995 à 2003, il était chargé de la communication à la direction des Archives de France.

LE SERVICE DE LA GRANDE-BRETAGNE ET DES PAYS-BAS (1793-1802)
Septembre 1793 : le Gouvernement britannique demande officieusement aux Princes français, de désigner des officiers de l'ancien corps royal du Génie, qui pourraient servir à l'état-major du duc d'York ou participer à des expéditions sur les côtes de France. Les Princes

Service de la Grande-Bretagne Ingénieur en frac - 1792

1) Ils feront tous les deux, par la suite, partie de l’état-major de Puisaye. - 97 -

SAPEUR
En attendant un emploi, les officiers du Génie, venant d'Ostende, sont placés en garnison dans l'île de Wight et à Southampton. Le 9 mai 1794, un acte du Parlement britannique leur donne une existence officielle et fixe la solde journalière : 10 shillings pour le colonel, 8 pour le major, 6 pour le capitaine, 5 pour le capitaine en second et 3 pour le lieutenant. En avril 1794, plusieurs officiers avaient rejoint, aux Pays-Bas, le détachement laissé à l'armée du duc d'York. Les officiers du Génie s’étaient, en effet, particulièrement distingués au cours de la campagne de 1793-1794 : le baron de Moncriff au siège de Dunkerque ; le chevalier de Saint-Paul et M. de Lenecquesaing de La Prée, à Menin et à Nieuport ; M. du Frasnois, tué à la sortie de Menin ; M. de Fulaines-Bergères à Ostende, etc. En 1795, le projet d’une descente en Bretagne se précise et le ministère anglais régularise la situation des officiers du Génie. Une note au comte de Puisaye signée des capitaines Pioger de Saint-Perreux et Suasse de Kervegan1, lui demande d'intervenir « pour l'organisation totale de la brigade des officiers du Génie commandée par M. de Lenglé… Cette expédition est d'autant plus nécessaire que le traitement provisoire qu'ils reçoivent est trop peu considérable pour qu'ils puissent faire aucun préparatif pour la campagne ; d'ailleurs, cette brigade étant alors payée par l'Ordonnance (direction anglaise de l'artillerie et du matériel), M. de Puisaye en disposera plus facilement » (2 juin 1795). La brigade est organisée et les brevets datés du 1er avril 1795. Elle comprend : Lenglé de Moriencourt (lieutenant-colonel), du Portal (major), 5 capitaines, 5 capitaines lieutenants, 6 lieutenants. En juin, « la brigade des officiers du Génie devant être munie de tous les instruments nécessaires à leur métier et dont l'achat exigera une somme assez considérable, MM. de Suasse et de Pioger auront recours au besoin à leurs camarades. Quant aux fonds que M. le comte de Puisaye a eu la bonté d'offrir à ses officiers pour le reste de leur armement et de leur équipement, et pour l'équipement de leurs domestiques, ils proportionneront leur dépense à ce qu'il voudra bien leur accorder ». La brigade du Génie est embarquée dans l'île de Wight le 12 juin 1795 à bord du Middleton. Le 25, le convoi est en baie de Quiberon et le débarquement débute le 29. Le 30, le capitaine d'Ivory (1745-1821) dresse le plan de la presqu'île et du fort Penthièvre. Le fort est pris le 3 juillet et le capitaine Testas de Folmont (1748-1795) en est nommé major. Le colonel de Moriencourt et les officiers, remettent le fort en état de défense. Sur les indications du major du Portal, l'enceinte palissadée est transformée en redoute et, en avant, il fait établir une demi-lune et deux redans. Toutefois, Lenglé et du Portal n’ont pas mis la citadelle à l'abri d'une surprise en coupant la falaise par un fossé. Au combat des lignes de Sainte-Barbe2, le 8 juillet, le colonel de Moriencourt sert comme volontaire à l'artillerie de Rotalier, ainsi que le lieutenant de Villazy qui y est tué, et le capitaine-lieutenant de Missy qui est blessé. Le 9, le colonel de Moriencourt est nommé aide-maréchal général des logis de l'armée. La presqu'île sera reprise par les troupes de Hoche le 21 juillet et 5 officiers du Génie sont faits prisonniers. Ils seront fusillés. Ce sont : le colonel de Moriencourt, le major du Portal, les capitaines Joseph Pascal du Cheyron de Beaumont et Testas de Folmont, le lieutenant Le Mouton de Néhon. Les officiers du Génie font également partie de l'expédition du comte d'Artois et du général Doyle à l'île d'Yeu. Le 5 octobre, trois chevaux équipés sont fournis chaque jour, alternativement, aux ingénieurs « auxquels ils seront nécessaires pour le service ». En novembre, lorsque la brigade des Ingénieurs rentre en Angleterre, elle est mise en garnison à Southampton et réorganisée le 1er décembre suivant sous le commandement du chevalier Claude Joseph d'Ivory nommé lieutenantcolonel ; Louis François Augustin de Pioger est major ; on compte de plus 5 capitaines et 5 capitaines-lieutenants. Sous les ordres du lieutenant-colonel d’Ivory, les ingénieurs s’embarquent à Falmouth le 15 décembre 1796 pour rejoindre au Portugal l'armée auxiliaire anglaise du général Charles Stuart. Dans un rapport, d'Ivory signale que, dès leur arrivée, les officiers du Génie sont employés « à reconnaître le pays jusqu'aux frontières d’Espagne, et à lever la carte des rives du Tage et des contrées adjacentes, à mettre les places les plus exposées en état de défense. Le général Stewart (sic) forma un petit corps d'armée pour une expédition sur l'île de Minorque et attaquer Mahon et le fort Saint-Philippe ; un détachement du corps fut employé à cette expédition qui eut tout le succès désiré. Quelques temps après, un autre corps d'armée envoyé d'Angleterre, commandé par le général Abercromby, se rassembla à Lisbonne pour une expédition en Égypte ; nous fournîmes un détachement du corps. A peine fut-il parti que le ministre de l'Ordonnance demanda des officiers du corps pour envoyer à SaintDomingue, en me confiant que les officiers que je désignerais seraient chargés d'opérations importantes »

Corps des pionniers français Pionnier - 1795

2) En face, dans le camp républicain, se trouve un officier du génie du nom de Rouget de Lisle qui, dans un mémoire laisse entendre qu’il a dirigé la construction de redoutes pour empêcher les émigrés de s’avancer à l’intérieur des terres. 3) Mort au Cap de Bonne Espérance en 1795. 4) Mort aux Antilles en 1797. - 98 -

SAPEUR
En effet plusieurs officiers sont envoyés aux Antilles : le capitaine-lieutenant comte de La Chaussée ; le lieutenant chevalier de La Houssaye, passé en qualité d’ingénieur dans « La Tour's Royal Foreigners » ; le capitaine de Préval, passé dans « Löwenstein » ; le capitaine chevalier Augustin Marie du Fougeray3, et le major Pioger de Saint-Perreux4. M. d'Ivory dit qu'il lui fut demandé des officiers de sa brigade pour l'Inde. Lors de la paix générale (Traité d’Amiens, 1802), le Gouvernement portugais proposa aux officiers du Génie français de rester à son service, mais ils refusèrent presque tous et, ramenés en Angleterre, furent licenciés en juillet 1802.

LE CORPS DES PIONNIERS FRANÇAIS
Hors des ingénieurs du génie, on relève l’existence d’une compagnie de sapeurs à la solde anglaise, appelée « French Corps of Pioneers ». Cette compagnie est levée aux Pays-Bas en fin 1794 et attachée à l’état-major du duc d’York. Elle est commandée par le capitaine de Selliard. MM. De Breuil et de Berny sont lieutenants et l’abbé Humblet en est l’aumônier. La compagnie sera licenciée le 16 janvier 1796.

L’ARMÉE DE CONDÉ.
La « division de Condé » (Worms, novembre 1791) compte 7 officiers de l'ancien corps royal du Génie (5 capitaines, 2 lieutenants) commandé par le capitaine Pecauld du Larderet (17471808). En janvier et février 1792 ils ne sont plus que 4, pour remonter à 7 en avril. En mars 1792, l’arrivée en émigration du lieutenant-colonel Bidet de Juzancourt (1737-1814), sous-brigadier du Génie à Belle-Isle, puis à Brest, permet au prince de Condé d'organiser une brigade d'ingénieurs placée sous les ordres du colonel de Moriencourt (29 juin). Dès le mois d’août, une marche est décidée sur Landau. Par l’entremise du lieutenant du Génie Sarret de Grozon (17621842), Condé prend contact avec le maréchal de camp de Martignac, com-

Armée de Condé - Ingénieurs - 1794

mandant la place ; 2 autres officiers de l'arme, le capitaine de Bouligney (17491846) et le lieutenant de Kayr de Blumenstein (1759-1854), sont envoyés près du prince de Hohenlohe-Kirchberg pour lui faire part des promesses de livrer la ville aux troupes émigrées. Par suite de l’inertie autrichienne, l’affaire échoue (5 août 1792). Au 1er septembre, la brigade du corps royal du Génie comporte : lieutenantcolonel commandant, 8 capitaines, 4 lieutenants en 1er, 7 lieutenants en 2d, un sous-lieutenant, un élève, soit 22 officiers. Le 6 novembre, l'effectif est de 23 (un capitaine de plus). Les lieutenants de Malbois (1761-1836) et du Boys (17631844), sont chargés de la reconnaissance des cantonnements de Villingen pour le corps de Condé (décembre 1792).

Le 6 janvier 1793, les effectifs comptent 17 ingénieurs (dont 3 absents) ; un état du 22 février, daté de Villingen, donne l'effectif suivant : lieutenant-colonel, 7 capitaines, 4 lieutenants en premier, 6 lieutenants en second, un sous-lieutenant, mais, le 10 mars, l'effectif est tombé à 14. En avril 1793, le corps de Condé reçoit une formation autrichienne : les officiers du Génie sont alors placés sous les ordres de M. de Manson, maréchal de camp commandant l'artillerie, malgré l'intervention du commissaire autrichien qui veut les répartir dans l'infanterie noble. L'Empereur admet 25 ingénieurs à sa solde, sont payés comme les chasseurs nobles et jouissant d'une ration d'officier monté. Pendant la campagne d'Alsace, ils sont utilisés auprès des

5) colonel, lieutenant-colonel, major, capitaine, 4 lieutenants. 6) Il refuse d’entrer au service de la Russie et profitera de l’amnistie de 1802 pour rentrer en France. - 99 -

SAPEUR
Le 3 février 1796, un état des officiers du Génie, « rattachés à l'état-major général de l'armée », donne un effectif de 17 (dont 2 absents) avec 14 chevaux ; le 28, l'effectif est remonté à 25 officiers dont 2 détachés. Lors de la campagne, le 24 octobre, à Steinenstadt, le lieutenant Dumoulin (né en 1770) a la tête fracassée par un obus : sa cervelle rejaillit sur le prince de Condé et sur les officiers qui l’entourent. Le 5 janvier 1797, le colonel de Juzancourt est promu maréchal de camp avec rang du 10 août 1796. Au 5 mars, le corps compte 3 officiers supérieurs et 22 ingénieurs. En octobre, 11 d’entre eux partiront pour la Pologne. Le corps de Condé passe alors au service de la Russie. Les lieutenants Léry et de Kerlero démissionnent le 29 janvier. Le 7 octobre 1799, les ingénieurs participent à la défense de Constance, où se signale le lieutenant-colonel vicomte François de Sartiges (1743-1819), en coupant le pont de Petersdorf. Un rapport du général-major de Juzancourt, en date du 20 octobre 1800, donne sur le corps les précisions suivantes : « Les officiers du corps du Génie, depuis l'existence du corps de S.A.S., n'y ont encore joui d'aucune formation qui, fixant leur nombre et celui des grades de chaque espèce, leur ait donné la perspective d'un avancement quelconque, tel qu'il existe dans tous les autres corps. L'espoir du rétablissement prochain de la Monarchie, les motifs d'honneur et de désintéressement qui les animent, leur ont fait supporter patiemment jusqu'ici une exception aussi peu méritée. Mais, voyant les choses se prolonger, sans qu'il soit possible de prévoir quelle en sera l'issue, humiliés de voir leurs chefs et anciens officiers, après 40 et même 50 ans de service, à peine traités comme le moindre officier des états-majors généraux dont le service n'est ni plus actif, ni plus méritant que le leur, ils croient ne devoir pas différer de solliciter la restitution du droit dont ils avaient toujours joui, d'exister à l'armée sous la forme de brigades. Cette forme est la seule qui, les plaçant et les faisant traiter suivant leurs grades et ancienneté, puisse exciter l'émulation des jeunes gens, et leur procurer par la suite l'avancement qui a lieu dans les autres corps. Elle est la même que celle fixée par les ordonnances du Roi, c'est celle sous laquelle sont réunis leurs camarades actuellement au service de l'Angleterre. Ils se flattent donc que Son Altesse Sérénissime voudra bien agréer et demander au chargé de pouvoirs de Sa Majesté britannique leur formation en une brigade composée de 8 officiers5 et du commandant en chef hors de ligne ». Au licenciement du 1er mai 1801, l'effectif des ingénieurs ne comprend plus que M. de Juzancourt, général commandant, le vicomte de Sartiges, lieutenant-colonel, François Anne Rapine de Saxy6, major, 3 capitaines et 4 lieutenants.

L’ARMÉE DES PRINCES
L’armée des Princes est plus connue sous le nom d’armée de Coblence, lieu privilégié de résidence des émigrés de la première heure. Le 28 février 1792, une liste des officiers du Génie du cantonnement de Coblence, fait état de : un capitaine en premier, 5 capitaines en second, 9 lieutenants en premier, 2 lieutenants en second. On y compte en plus, le vicomte Benoît d’Argent de Deux-Fontaines (1741-1793), officier retiré du Génie, lieutenant-colonel d'infanterie, « commandant provisoirement et uniquement par le choix de ses camarades » et Jean-Pierre de Fages (1768-1827), lieutenant en premier, qui est « agrégé, pour la campagne, à côté de Monsieur son père, dans la compagnie écossaise des Gardes du corps du Roi, mais peut se rendre à son service, s'il est nécessaire ». Le 9 avril, le commandement des 4 brigades du corps est donné au comte Louis Joseph de Robien (1734-1801), major du Génie, le lieutenant Colin de la Brunerie faisant fonctions d'aide-major. L’effectif est d’un capitaine en premier, 5 capitaines en second, 6 lieutenants en premier (dont M. de Fages), 2 lieutenants en second, et M. de Deux-Fontaines, servant comme volontaire. En avril, le vicomte de Damoiseau, capitaine en second, et quelques autres ingénieurs (6 en tout) sont chargés de recon-

Armée de Condé Ingénieur en capote - 1795

troupes pour la mise en place des campements, l'élévation des redoutes et ouvrages de campagne, la confection d'abris, etc. Le lieutenant Masson de Fulaines (1760-après 1795) est détaché aux travaux de blocus de Landau. D’autres inégnieurs participent au siège du Fort-Louis, le 25 octobre. À Berstheim, les officiers du Génie sont « à côté des artilleurs nobles, armés de fusils et pourvus de pelles et de pioches, prêts à être, selon le besoin, des combattants ou des terrassiers ». Le 16 août 1794, M. de Juzancourt est nommé colonel : c'est un excellent officier, un bon ingénieur et il s'est distingué pendant la guerre de Sept Ans, à l'attaque de Dorsten sur la Lippe. Au cours des campagnes suivantes, les officiers du Génie, qui restent toujours sensiblement au même effectif (25, le 24 décembre 1795 après une augmentation de 15 officiers accordée par le ministère anglais), rendent les mêmes services aux troupes et font également l'office d'aides de camp.

7) Paroisse de Jambes, faubourg de Namur. - 100 -

SAPEUR
règlement de 1786 : chapeau de feutre noir, gansé de noir, à cocarde blanche, ganse et bouton dorés, plumet blanc ; habit bleu de roi à longues basques ; collet, revers et parements de velours noir, souvent passepoilés de rouge ; doublure, veste et culotte rouge écarlate ; boutons dorés à cuirasse et pot en tête ; épaulettes et dragonne dorées du grade ; épée à garde dorée, portée à un ceinturon de cuir blanc à plaque de cuivre dorée. Bottes à l'anglaise de cuir noir à revers fauves. Redingote et manteau bleu de Roi.

Corps des Pionniers Français
Chapeau en feutre noir retroussé sur le côté gauche à cocarde, ganse et plumet blanc, avec une tresse cramoisi et blanc autour de la coiffe. Habit de coupe autrichienne écarlate, collet droit échancré, parements ronds, retroussis, pattes d’épaules et culotte bleu outremer ; passepoils, boutonnières du collet (laissant apparaître au centre le fond bleu), piques de la culotte et galons latéraux de culotte blancs. Les boutons sont en métal blanc. Cravate noire liserée de blanc. Guêtres noires. Équipement de cuir blanc. Giberne noire. Sabre-briquet à garde de cuivre, fourreau de cuir noir garni de cuivre. Fusil garni de cuivre, à bretelle de cuir fauve. Les officiers ont le même uniforme mais les passepoils, boutons et insignes de grade sont en argent. Ils ont également une écharpe cramoisi passée sur l’habit. Ils portent le tricorne à cocarde noire, ganse et bouton argent et plumet blanc.

Armée des Princes - Ingénieur - 1794

naissances militaires sur la frontière. En mai, il y a 38 officiers du Génie émigrés et, le 29 juin, 46. Le commandement général est passé au colonel Lenglé de Moriencourt, ancien sous-brigadier à Bergues, qui a sous ses ordres le lieutenant-colonel de Juzancourt, le major de Robien, 15 capitaines et 30 lieutenants. L'ordre de bataille du 30 juin 1792 fait apparaître que les ingénieurs, placés sous le commandement du colonel Lenglé de Moriencourt, sont rattachés à l'artillerie. Le corps passe la revue du Roi de Prusse à Trêves le 11 août. Le 24 août, il compte 26 officiers répartis en 2 brigades, servant dans l'armée du Centre, les autres ayant été répartis entre les armées de Condé et de Bourbon. Lors du siège de Thionville, ils sont présents au quartier général des Princes, mais on ignore tout de leur rôle dans l'attaque de la place. Le capitaine d'infanterie de Valdonne aurait été « attaché à la brigade des officiers du Génie français émigrés, par ordre du roi de Prusse du 18 août », et aurait coopéré aux prises de Longwy et de Verdun. Tous les officiers du Génie sont réunis à Saint-Séverin près de Liège et licenciés le 24 novembre 1792.

L’ARMÉE DE BOURBON.
À la date du 10 septembre 1792, au camp d'Huy, 14 officiers du corps royal du Génie (4 capitaines, 4 lieutenants en premier, 2 lieutenants en second, un élève sous-lieutenant, un officier à la suite et un volontaire), choisis parmi les anciens officiers des places de la frontière du Nord, sont affectés au camp d’Huy et logés au faubourg de Slate. Ils sont commandés par le comte de Robien, ancien major de l'arme. Ils sont arrivés courant août à la division de Bourbon. Ce détachement se trouve ensuite à Marche-en-Famenne, puis à Geronsart. Le 1 e r octobre, il est à Velaine 7 . Le 6 novembre, on le trouve à Fleurus puis on perd sa trace.

Armée de Condé. Armée des Princes. Armée de Bourbon.
De 1791 à 1794, les officiers du Génie portent l'uniforme affecté à leur corps en 1786 : chapeau de feutre noir gansé de même, à cocarde blanche, ganse dorée, bouton de même avec corset d'armes et pot-en-tête, houppe rouge à centre noir. Cravate blanche. Habit bleu de roi doublé de rouge, les retroussis ornés de fleurs de lys d'or, les poches en travers liserées de rouge avec 3 boutons. Collet droit, parements en botte à 3 boutons et revers tout de velours noir passepoilé

UNIFORMES Service de la Grande-Bretagne et des Pays-Bas.
On ne possède aucun renseignement sur l'uniforme porté par les officiers du Génie au service de l'Angleterre. Comme au corps de Condé, ils conservèrent très probablement l’uniforme du
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SAPEUR
d'écarlate. Épaulettes et attentes dorées sur fond rouge ; en service, hausse-col de cuivre doré avec corset d'armes et pot-en-tête de même métal. Veste et culotte rouge écarlate, boutons dorés à la veste. Bottes noires à revers fauve ou bas blancs avec souliers à boucles de cuivre doré. Ceinturon de cuir blanc à plaque de cuivre doré avec corset d'armes et pot-en-tête ; épée à garde dorée, dragonne dorée suivant le grade. Brassard blanc liseré de noir à 3 fleurs de lys noires. Manteau de drap bleu de roi avec rotonde bordée de galon d'or. Équipage de cheval en drap bleu de roi bordé d'or. En 1794, les officiers du Génie semblent avoir pris l'uniforme suivant : chapeau de feutre noir à cocarde blanche, ganse et bouton doré, plumet blanc. Habit gris de fer, collet de velours noir avec fleurs de lys et broderie dorées ; parements de velours noir, boutonnières de modèle spécial sur l'habit ; cuirasses brodées en or (sans doute aux retroussis de l'habit) ; veste rouge, culotte de peau jaune ; pantalon et bottes. Ceinturon de cuir noir, épée à garde et dragonne dorée. Lors du passage au service de la Russie, les officiers du Génie prennent l’uniforme du Génie russe, c'est-à-dire celui de l'artillerie (règlement du 24 décembre 1798). En 1800, lors de l'adoption du nouvel uniforme, les officiers du Génie auraient « repris le frac bleu avec les distinctions de velours noir, le chapeau et la cocarde blanche ».

BIBLIOGRAPHIE
Service historique de la défense : Xe 102. BITTARD DES PORTES (René), Histoire de l'armée de Condé pendant la Révolution française (1791-1801), d'après les archives de l'État, les mémoires d'émigration et des documents inédits. Paris, E. Dentu, 1896, in8°, VII-397 p. BITTARD DES PORTES (René), Les émigrés à cocarde noire. Paris, Emile-Paul, 1908, VI-637 p. BLANCHARD (Anne), Dictionnaire des ingénieurs militaires, 1691-1791. Montpellier, 1981. GROUVEL (vicomte Robert), Les Corps de Troupes de l’émigration. Paris, La Sabretache, 3 volumes.

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