S A P E U R

N° 4
Mai 2004

Sommair e
ÉDITORIAL du Général CHINOUILH commandant l’ESAG ................................................................ 3

ÉTUDES ET PROSPECTIVE Revue de fonction opérationnelle AGESTER 2004 LCL (TA) SCHMITT ...... 7 LCL FOUILLAND COL MARTIGNY 11 15 19

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Politique d’équipement du domaine « aide au déploiement » Mobilité : concept, doctrine et politique d'équipement français

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Quelles évolutions pour le génie de l'air ? .............................................. COL BILBAULT

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Sécurité et sauvegarde : mission et enjeu .............................................. LCL BEAUBIÉ .................. 23

SAPEUR
Revue d’études du génie militaire français publiée par la direction des études et de la prospective de l’école supérieure et d’application du génie 106, rue Éblé - B.P. 34125 49041 ANGERS CEDEX 01

DOSSIER : SAPEUR, L'HOMME AU CENTRE D'UN SYSTÈME Sapeur, l’homme aux commandes GAL CHINOUILH GAL DORANGE 29 33

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La brigade du génie, simple affaire de spécialistes

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Interview du général commandant la 9e BLBMa ................................ GAL THONIER ................ 39 Individu décisif, le sapeur dans le combat en ZUB COL PARMENTIER ...... 43

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Directeur de la publication Général Jean-Loup CHINOUILH Rédacteur en chef Colonel SIMON Rédacteurs en chef adjoints Capitaine (TA) BOYTAERT Adjudant-chef RENAUD Impression : PIR ESAG Dépôt légal à parution ISSN en cours

Le stress du sapeur-pompier dans les interventions en zone sensible
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COL FONTAN .................. 47 LCL LE GALL CBA ALLAERT 53 59

Si le service du génie m'était conté

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Le sapeur-pompier, une école de citoyenneté

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Sapeur, l’homme au centre du système de lutte contre les risques technologiques .......................................................................................... CNE MALAGANNE Le commandant d'unité du génie : manager ou spécialiste ? CNE CHARDON
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63 65

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FORMATION L'application des directives du CEMAT pour l'exercice du commandement à la division d'application
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CEN MERIAU

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69 71 75 79 81 85

Le mastère spécialisé en travaux et opérations d'infrastructure .. LCL VERDON Évolution de la formation EOD

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Le pont d'appui logistique Mabey-Johnson .......................................... CNE POUILLET Plongeur d'intervention offensive : une spécialité exigeante L'homme au sein d'un dispositif de formation à distance CNE BALLA

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MAJ GUILBAUD

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STRUCTURES ET ÉQUIPEMENTS Les équipements du sapeur COL NEBOIS .................... 91

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Le sapeur de demain, un véritable « système d'arme cohérent » .. LCL de LAPASSE .......... 93 Un nouveau défi : la numérisation de l'espace de bataille Première expérimentation du SyACADO Le génie français à l'heure de l'OTAN LCL GAULT 95 99

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LCL MAROTTE LCL PERRIER

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LE GÉNIE DANS L'HISTOIRE Anticipation et valorisation ou les métiers du génie La ville et la guerre M. PERNOT
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COL SERVEILLE CBA GARNIER

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Yves BOUTIN, sapeur, ingénieur, diplomate et officier de renseignement
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de LABAREYRE .............. 121

L’organisation du passage de la Bérézina pendant la retraite de Russie en 1812 ..............................................................................CNE ALLAIRE
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Général Jean-Loup CHINOUILH

Éditorial
Dans les trois premières revues « Sapeur », les thèmes abordés nous ont permis d’évoquer presque toutes les missions traditionnelles, sujets transverses ou équipements spécifiques du génie. Pour cette quatrième édition, alors que trop souvent, l’image véhiculée par le génie s’articule autour de techniques parfois complexes à appréhender ou d’engins spécialisés, il nous est apparu primordial de consacrer le dossier central de notre revue d’études à cet élément moteur du génie, cœur de tous les savoir-faire, seul véritable garant de notre réussite : le « sapeur ». Dans son plan d’action, le général CEMAT mentionne ainsi les repères sur lesquels appuyer notre projet « armée de terre professionnelle 2008 » : « les hommes et les femmes de l’armée de terre, d’active ou de réserve, militaires ou civils, sont au centre de cette ambition. Leur épanouissement personnel au sein de la collectivité reste un enjeu permanent ». Il en est de même pour le génie, toutes composantes confondues. Ce sapeur, quel qu’il soit, ingénieur ou technicien, chef ou servant d’engin, constitue bien l’élément central et indispensable du « système » génie, jouant, avec cette expertise et cette intelligence de situation qu’on lui reconnaît, les partitions spécialisées indispensables à la réussite de la mission, tantôt comme chef d’orchestre, souvent en tant que premier violon, et même comme simple instrumentiste. Dans l’interview qu’il accorde à notre revue, le général THONIER, commandant la 9e BLBMa, rapporte un propos qu’il avait tenu pendant un séjour en Bosnie à la tête de son régiment, le 2e RIMa, évoquant alors les sapeurs du 6e RG qui renforçaient son unité : « …je ne vous envie pas, mais je vous admire ! ». Nous aussi, nous pouvons admirer ces hommes et ces femmes, qui font sonner au plus juste les accents de nos techniques et de nos équipements. Tous ensemble, soldats, sapeurs et spécialistes, soyons fiers de notre professionnalisme, des résultats obtenus jusqu’à présent et continuons à rechercher la pleine efficacité de nos actions. La volonté est manifeste, mais elle reste liée au renouvellement « au juste besoin » de nos matériels majeurs.

le général CHINOUILH commandant l'école supérieure et d'application du génie

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Études et pr ospective

Revue de fonction opérationnelle AGESTER 2004 ................................................................................................ LCL (TA) SCHMITT

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Politique d’équipement du domaine « aide au déploiement »

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LCL FOUILLAND

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Mobilité : concept, doctrine et politique d'équipement français

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COL MARTIGNY ................................................

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Quelles évolutions pour le génie de l'air ? .................................................................................................................... COL BILBAULT

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Sécurité et sauvegarde : mission et enjeu

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LCL BEAUBIÉ

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Lieutenantcolonel (TA) Eric SCHMITT

LA REVUE DE FONCTION OPÉRATIONNELLE AGESTER 2004
Why to write a “branch review” ? The aim is to present an overview of all the actors of Geography, Engineers and NRBC, and submit to the army chief of staff decisions at the right level.

Saint-cyrien de la promotion Grande Armée (1981-1983), le LCL (TA) SCHMITT a servi tout d’abord au 32 e RG à Kehl. Commandant de 1989 à 1991 au 3 e RG la compagnie chargée de l’expérimentation tactique de l’EBG, il a participé dans ce contexte à l’opération DAGUET. Engagé ensuite dans le cycle de préparation au brevet technique, il est ingénieur civil de l’école nationale des ponts et chaussées (1995), et suit la scolarité du CSEM (109 e promotion), puis du CID (4 e session). Chef BOI au 3 e RG, puis successivement chef de section et de bureau emploi à l’état-major de la 3 e BM de Limoges, il effectue de 1997 à 2001 trois séjours en Macédoine et au Kosovo où il tient les fonctions de chef G5Plans, chef du camp de réfugiés de Stenkovac, et sous-chef opérations de la brigade multinationale nord. Il rejoint en septembre 2001 le bureau de conception des systèmes de forces (BCSF) à l’EMAT, afin de prendre la fonction « agencement de l’espace terrestre ». Il commandera le 31e RG à partir de l'été 2004.

The army has to fit her tasks and equipments to a new commitment context. What are called “digitized forces” will offer high but appropriate technologies combining miniaturization, new materials for protection and remote assets. These forces, hoped for 2025, will authorize same performances for further interventions with a reduced weight. Some specific effort axes are identified depending of the concerned sub-branch. Two challenges must be conducted by NRBC and Geography. For the first one, the increasing effectiveness must be achieved in concordance with the delivery of new assets. For the second one, the separation between a future combined component in charge of production, and an own army component dedicated to outside operations must be formatted. Some common issues involve more than one actor of Engineers, Geography and NRBC. At first, an effective common approach between the security and combat engineer parties, associating NRBC, has risen. Water supply, polluted areas RECCE (ROTA and UXOs) and fire prevention could be either shared, or provided on a complementary way. The main common issue deals with equipments. Engineers and geography didn’t take benefit of the financial part allowed during last two military programs law. The consequence today is that their materials are obsolete and inappropriate. This situation will be improved if the whole spectrum of programs is achieved as regard 2003-2008 law planning : each sub-branch will be able to provide the right and coherent but barely sufficient support around 2010-2012. As a conclusion, all combat units belonging to Engineers, Geography and NRBC were, are, or will be involved in fundamental re-organizations. That means that a five-year stability is highly recommended before to move something else.

POURQUOI UNE REVUE DE FONCTION ?
La revue de fonction opérationnelle (RFO) a pour double objectif de présenter un point de situation le plus complet possible des volets intéressant l’agencement de l’espace terrestre et de proposer au chef d’état-major de l’armée de terre les évolutions qui nécessitent une décision de son niveau.
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La dernière édition, assortie d’un relevé de décisions, date de juin 2001. L’accent avait alors été porté sur les réorganisations profondes du génie, de la géographie et du NRBC afin de mieux répondre aux besoins en opérations : ternarisation des unités de combat et accroissement des capacités d’aide au déploiement pour le génie, rationalisation de l’emploi des moyens de la géographie, adaptation des missions aux nouvelles menaces en NRBC.

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Les technologies nouvelles permettent d’envisager, grâce à la miniaturisation, l’infocentrage et les nouveaux matériaux, une réduction des masses à performances égales. Sous l’appellation « forces médianes » seront associés la possibilité de voir et d’intervenir plus loin, parfois de façon téléopérée, et la limitation au maximum, voire le choix, des phases de contact, risquées et délicates.

DES AXES D’EFFORT DIFFÉRENCIÉS
Certains sujets sont propres à chacun des acteurs de l’AET. Le défi majeur que doit relever le NRBC est la réussite de sa montée en puissance. Il faut bien être conscient que si l’analyse capacitaire conduite en 2001 a permis de redéfinir le besoin NRBC de l’armée de terre, elle a surtout mis en exergue un sous-dimensionnement ne permettant plus de répondre aux exigences d’engagement de la France en multinational, et au besoin minimum de protection au profit d’une force projetée. La création d’un RDNBC, décidée par le CEMAT, permettra de répondre partiellement mais de façon satisfaisante aux besoins, en jouant notamment sur la non-simultanéité de certains engagements. Les études et évaluations NRBC qui ont été lancées depuis visent à mieux cerner l’évolution du domaine face aux nouvelles menaces et missions.

Ces mesures, conduites et pérennes sur plusieurs années, concernent la totalité des unités de l’AET. C’est pourquoi peu de décisions d’évolution sont proposées dans le document 2004, qui s’attachera plus particulièrement à faire le point sur la mise en application de ces mesures, donner une dimension accrue au volet ressources humaines, et présenter les évolutions envisagées pour l’armée de terre et, par conséquence, les axes capacitaires retenus pour la prochaine décennie concernant les différentes composantes de l’AET. La composante sécurité a été intégrée pour les domaines relevant de la compétence du CEMAT. La composante infrastructure, faisant l’objet d’un contrôle de gestion annuel, n’intervient dans le document que sous l’aspect contribution aux opérations. Le volet prospectif concernant la géographie sera évoqué dans la revue de fonction « renseignement ». En préambule, il convient de souligner que la totalité des décisions majeures prises en 2001 ont été mises en application dans les réorganisations des différentes composantes de l’AET. Seuls restent à traiter des points annexes (CMO projection intérieure dont le premier projet

de mémento doit être affiné et validé, redéploiement du PFM outre-mer). Le concept d’emploi du DL multiexpertise, associé à son intégration temporaire au bataillon de renseignement multicapteurs (BRM), sera élaboré en 2004.

UNE ÉVOLUTION TOURNABLE

INCON-

L’armée de terre doit adapter ses missions et ses équipements à la conjugaison d’un nouveau contexte géostratégique aux situations les plus diversifiées, d’évolutions technologiques significatives et de ressources matérielles et humaines de plus en plus comptées. Ce contexte engendre des approches nouvelles de « juste suffisance technologique » et de « technologie différenciée ». La première est destinée à répondre au besoin opérationnel sans excès de technologie de pointe si cette dernière n’apporte pas de plus value dimensionnante, la seconde vise à porter l’effort sur la fonction majeure d’un système d’armes et non sur la totalité de celles qui contribuent à l’effet à obtenir.
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L’interarmisation en cours de la géographie vise à créer un organisme à vocation interarmées (OVIA), placé sous la responsabilité de l’armée de terre, regroupant la totalité des moyens de production. L’armée de terre ne conservera en propre que la composante projetable du 28e GG. La géographie contribue de façon transverse à satisfaire les besoins de nombreuses fonctions opérationnelles. Le rattachement organique de la géographie de l’armée de terre à la brigade du génie qui est responsable de sa préparation opérationnelle, ainsi que son rattachement pour emploi en opération aux cellules 2D, n’a pas été remis en cause. Il faut souligner que ces choix donnent globalement pleine satisfaction, même si parfois ce dernier point est sujet à controverse. Le rôle des acteurs de la géographie sera donc rappelé dans le relevé de décisions. les conditions d’emploi se révèlent complémentaires et non redondantes est en cours. Ces pistes concernent le risque technologique, le traitement de l’eau, la protection incendie et les reconnaissances de zones polluées. Une mutualisation d’une partie des formations associées et une augmentation des échanges est aussi à l’étude. Un groupe de travail piloté par l’EMAT/BCSF explorera en 2004 plusieurs de ces pistes. Concernant les ressources humaines, le référentiel des métiers et de la formation dans l’armée de terre (TTA 129) est un outil simple, cohérent et évolutif qui vise aujourd’hui à répondre aux attentes de ses utilisateurs. Il optimalise notamment la qualité de la gestion des ressources humaines, en identifiant très clairement les compétences indispensables à la fonction opérationnelle « agencement de l’espace terrestre ». Pour des raisons différentes, les équipements sont toutefois au centre des inquiétudes communes. En NRBC, la difficulté majeure concerne l’intégration en 2008 de systèmes relatifs à la défense biologique, dont l’emploi reste encore aujourd’hui à préciser, et la refonte de la décontamination, qui n’avait pas été revue depuis la guerre froide. La montée en puissance des effectifs doit en outre s’effectuer en harmonie avec la livraison progressive des systèmes de décontamination approfondie (SDA). Pour le génie et la géographie, les efforts consentis lors des deux dernières lois de programmation militaire, pour doter l’armée de terre de matériels de combat performants, n’ont pas été portés sur cette fonction opérationnelle. À titre d’exemple, la part du génie, en hausse, atteint exceptionnellement 3 % en 2003 dans le titre V de l’armée de terre. prise en compte tardivement, se traduisant par des besoins supplémentaires en ressources financières. Si l’ensemble des programmes et opérations répertoriés sont réalisés, conformément à la LPM 2003-2008, les forces terrestres disposeront d’un appui au « juste besoin », mais cohérent, à l’horizon 20102012 dans le domaine de l’agencement de l’espace terrestre. En franchissement, les volets tactique et opératif (à l’exception du PFM, toutefois en dotation réduite) ne font pas l’objet de mise en dotation permanente de matériels : la politique consiste à former toutes les unités sur la mise en œuvre du modèle le plus répandu en opérations (Mabey-Johnson), et à procéder à son acquisition dans un délai de trois mois en cas de besoin. En revanche, le franchissement tactique présente encore, en dépit de l’acquisition du SPRAT, une lacune liée à la vétusté et l’inadéquation Il s’ensuit aujourd’hui une vétusté ou une absence de moyens dont la réalisation a été

Pour le génie, la capacité de fournir aux forces projetées les indispensables experts de la composante infrastructure, issus du nouveau service constructeur interarmées, demande à être précisée. Enfin, la question récurrente du commandement unique du génie en opérations revient d’actualité.

DES PRÉOCCUPATIONS COMMUNES
Tout d’abord, la volonté de rapprochement, exprimée il y a quelques années, entre BSPP, ForMiSC, DNBC et génie porte ses fruits aujourd’hui par l’émergence d’une synergie croissante. L’identification des domaines où, à partir de compétences techniques communes,

actuelle du MLF. Un objectif d’état-major décrivant un système léger de franchissement (SYFRAL) sera émis en cours d’année. Il sera associé à une étude technico-opérationnelle permettant de définir de façon

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précise le coût d’une telle opération. La décision de réalisation, associée à la recherche de financements sera prise lorsque ces éléments seront connus. L’avenir du contre-minage repose sur deux opérations. Le système de déminage rapproché (SYDERA), développé en coopération franco-allemande (dont un démonstrateur est attendu en 2007), permettra vers 2011 de procéder avec des performances accrues à l’ouverture d’itinéraires, la dépollution de zones et le désengluement d’unités prises sous des mines La capacité de contre-mobilité de l’armée de terre repose entièrement sur le système de contre-mobilité réactif SYCOMORE, qui doit être livré dans les forces en 2011, et offrira une gradation dans le type d’obstacles à réaliser. Pour l’aide au déploiement, l’accent est mis sur le traitement de l’eau afin de pallier le retrait des unités mobiles de traitement de l’eau (UMTE) des RGBIA. L’objectif est de doter ces derniers, en 2005, de moyens légers dans un souci d’harmonisation avec ceux détenus par la sécurité civile. Les équipements du génie combat ont été réduits de façon importante lors des opérations de ternarisation des RGBIA, dans le triple souci de limitation des micro-parcs, de plein emploi des moyens et de juste réponse quantitative aux besoins d’appui. Le seuil minimum est aujourd’hui atteint, ce qui a conduit à prononcer des abandons capacitaires au lieu d’une réduction répartie sur l’ensemble des régiments lors des mesures de réorganisation décidées en 2003. Le souci majeur de la géographie concerne la livraison de la chaîne géographique projetable : les conséquences de l’interarmisation en cours de cette spécialité imposent que l’équipement de cette unité soit fourni et/ou soutenu dorénavant de façon différente, sous pilotage direct de l’EMAT/BSA. Un nombre conséquent d’études amont laisse par ailleurs penser que, sans aller jusqu’à une rupture technologique, de nombreux procédés vont être finalisés sous peu et contribueront de façon efficace à une amélioration des performances pour tous les équipements de l’AET.

EN CONCLUSION…
… il ressort que l’agencement de l’espace terrestre vient de terminer ou connaît actuellement des réorganisations profondes (interarmisation de la géographie, montée en puissance du RDNBC, ternarisation des régiments du génie et réorganisation de la brigade) portant sur une période d’environ quatre années pour chaque composante et aux impacts lourds en termes de personnel et de matériels. Une stabilisation de ses structures est maintenant à privilégier pour une durée de cinq années.

dispersables. Le détecteur de mines portable (DMP) permettra de détecter tous les objets contenant de l’explosif. Ce système doit cependant attendre que les technologies candidates mûrissent. Une capacité complémentaire de déminage d’urgence au sein des RGBIA, sous l’appellation de « déminage de zone d’appui direct », est souhaitable. Sa faisabilité est à l’étude.

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Lieutenantcolonel Rémi FOUILLAND

POLITIQUE D’ÉQUIPEMENT DU DOMAINE « AIDE AU DÉPLOIEMENT »
The procurement policy for the “battlefield organisation” function, which is developed within the Army Staff/Weapon systems, is based on seven main domains : countermining, river crossing, deployment support, counter-mobility, combat systems, NRBC and geography. As for deployment support, the 2004 procurement policy aims at achieving the procurement plans for operations initiated ten years ago, mainly in the fields of electric power and field contingency deployment support facility. In the medium term (2005-2008), the equipment will have to be adapted to the new conditions of engagement, according to the following principles : • reduce time to procure equipment, by systematically trying to resort to “off-the-shelf” purchase ; • limit the life cycle of equipment to 15 years maximum, in order to facilitate maintenance ; • possibly resort to outsourcing for systems which are not dedicated to operational tasks. In the long term (2009-2015), equipment will be renewed or redefined, depending on operational lessons learned and studies still to be carried out. Cet article, qui s’inscrit dans la continuité de celui proposé dans la revue SAPEUR n° 3, a pour finalité de rappeler les principaux objectifs de la politique d’équipement de la fonction opérationnelle « agencement de l’espace terrestre » et de la présenter de façon plus détaillée dans un domaine particulier, celui de l’aide au déploiement. tion des équipements et de leur environnement au profit des forces terrestres. À ce titre, il élabore le volet « systèmes d’armes » de la politique d’équipement de l’armée de terre (1). Celle-ci décrit principalement la période couverte par la politique générale « armée de terre professionnelle 2008» et s’inscrit dans une réflexion à moyen et long termes. La politique d’équipement de l’armée de terre se décline en neuf politiques d’équipement relatives aux fonctions opérationnelles renseignement : • C2/simulation ; • combat débarqué ; • combat embarqué ; • combat indirect ; • défense sol-air ; • aéromobilité; • agencement de l’espace terrestre ; • mobilité-commandement.

Saint-cyrien de la promotion général MONCLAR (1984-1987), le lieutenant-colonel FOUILLAND est, depuis l’été 2002, officier de synthèse de la fonction « agencement de l’espace terrestre » au bureau systèmes d’armes de l’EMAT. Il a auparavant servi au 11 e, 9 e et 34 e régiment du génie comme chef de section et commandant d’unité ainsi qu’à l’école supérieure et d’application des transmissions en tant que directeur d’études du diplôme technique « électronique-informatique » (1999-2002). Ingénieur de l’école supérieure d’électricité (1997), il a suivi la scolarité de la 111 e promotion du cours supérieur d’état-major et de la 6 e promotion du collège interarmées de défense (19971999). Il a servi en Bosnie-Herzégovine comme assistant militaire du général adjoint de la SFOR et REPFRANCE, de décembre 2000 à juillet 2001.

EMAT ET POLITIQUE D’ÉQUIPEMENT
La mission majeure du bureau systèmes d’armes (BSA) de l’état-major de l’armée de terre est d’assurer la mise à disposi-

(1) Qui comprend également un volet « systèmes d’information et de communication » de la responsabilité du BSIC. - 11 -

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Situées à la convergence des aspects opérationnels, financiers, politiques et industriels, ces politiques d’équipement, mises à jour annuellement, ont pour objectif d’assurer une cohérence et une continuité dans la conception, la réalisation et l’utilisation des équipements sur la période 2004-2015. nouvelles conditions d’emploi des forces tels que l’arme multieffets de combat en zone urbaine (ARMURE) ou le système de protection des éléments terrestres (SPECTRE). Il s’agira également de mettre en place des « systèmes d’équipements » couvrant l’ensemble d’un domaine, comme le système global de gestion de l’espace terrestre (SYGOGNE-T), le système de déminage rapproché (SYDERA) ou le système de contre mobilité réactif (SYCOMORE). Si l’ensemble des programmes et opérations prévus au titre de la loi de programmation militaire 2003-2008 est effectivement réalisé, les forces terrestres disposeront d’un appui dimensionné « au juste besoin » mais cohérent, à l’horizon 20102012, dans le domaine de l’agencement de l’espace terrestre. C’est en effet à cette échéance que les principaux équipements relatifs au système global SYGOGNE-T seront en service. Outre les engins génie d’aménagement (EGAME) et les engins génie rapides de protection (EGRAP), qui devraient être livrés dans les forces respectivement à compter de 2005 et de 2006, l’horizon considéré correspond à la fin de la livraison des EBG valorisés et au début de celle des engins génie d’appui au combat débarqué (EGACOD). projetable (CGP), lui donnant la capacité à engager un système cohérent assurant l’acquisition, la production, la gestion et la diffusion des données géographiques nécessaires à une force projetée.

LA POLITIQUE D’ÉQUIPEMENT DU DOMAINE « AIDE AU DÉPLOIEMENT »
La revue de fonction opérationnelle de 2001 définit l’aide au déploiement comme étant une mission d’appui général aux forces projetées, qui consiste à participer à l’établissement des conditions de vie adaptées à la durée des opérations, au climat et aux ressources locales. Elle comprend, en particulier, les actions de déminage, de dépollution (3), de protection, de rétablissement et d’aménagement des infrastructures opérationnelles.

LA POLITIQUE D’ÉQUIPEMENT DE LA FONCTION « AGENCEMENT DE L’ESPACE TERRESTRE »
Dans ce cadre général, la politique d’équipement de la fonction opérationnelle « agencement de l’espace terrestre » s’articule selon les sept axes représentatifs des domaines majeurs : • le contre minage ; • le franchissement ; • l’aide au déploiement ; • la contre mobilité ; • les systèmes de combat ; • le NRBC ; • depuis décembre 2003, la géographie.

À court terme et à moyen terme (2004-2008)
La politique d’équipement de la fonction opérationnelle « agencement de l’espace terrestre » vise à faire effort sur l’appui des unités au contact. Elle a pour objectif d’accroître les capacités détenues, par la poursuite d’opérations d’amélioration des matériels en service (EFA, moyens de contre minage…) et l’acquisition d’équipements disponibles sur « étagère » ( 2 ) (engins EGAME et EGRAP du module aménagement protection du système global de gestion de l’espace terrestre…) ou nécessitant de modestes développements, tant en termes de délais que de montants financiers (SPRAT).

En terme d’équipements, l’aide au déploiement s’articule autour de quatre volets principaux : • l’énergie électrique ; • l’eau ; • l’aménagement des implantations (organisation du terrain, protection et infrastructure opérationnelle) ; • les matériels de travaux publics et de voie ferrée. À court terme (2004), la politique d’équipement vise à finaliser les plans d’équipements des opérations initiées depuis dix ans, principalement dans les domaines de l’énergie électrique et de l’infrastructure opérationnelle.

Étude DCE/ETAS/SYS

À long terme (2009-2015)
Il s’agira de moderniser certains équipements majeurs et d’acquérir des moyens adaptés aux

2012 correspond aussi à la fin de la mise en place des systèmes de pose rapide de travures (SPRAT). Enfin, d’ici à 2009, le RDNBC devrait terminer sa montée en puissance et être équipé tandis que le 28e GG devrait être doté de la chaîne géographique

(2) Acheter « sur étagère » signifie acquérir des systèmes les plus proches possibles d’équipements civils ou dotant les armées étrangères. L’achat « sur étagère » ne dispense pas d’appliquer les règles relatives aux marchés publics. (3) Les systèmes d’armes relatifs au déminage et à la dépollution sont traités dans le domaine « contre minage ». - 12 -

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À moyen terme (2005-2008), il s’agira d’adapter les équipements aux nouvelles conditions d’engagement, selon les principes suivants : • réduction des délais de réalisation, en recherchant systématiquement l’achat « sur étagère » ; • limitation de la durée de vie des matériels à 15 ans maximum, afin de faciliter la maintenance ; • recours éventuel à l’externalisation, pour les systèmes qui ne sont pas destinés à une mission relevant du contrat opérationnel. À long terme (2009-2015), les équipements seront renouvelés ou redéfinis, en fonction des retours d’expérience opérationnelle et d’études qui restent à conduire. Quant aux moyens intégrés aux différents systèmes d’armes ou d’information et de commandement, ils sont pris en compte par chacun des programmes concernés. Cette politique spécifique évoluera en 2004 pour tenir compte, d’une part, de nouvelles priorités souhaitées par le CFAT pour la répartition des moyens, liées notamment au souci d’autoformation des unités et à la montée en puissance du PC HRF et, d’autre part, de la réorganisation de la brigade du génie avec la création d’une compagnie « énergie » au 1er RG. Moyens « zones vie » Dans le cadre de leur mission d’aide au déploiement, les unités du génie doivent être dotées de matériels leur conférant l’aptitude à appuyer des modules de 150 hommes. L’énergie est fournie par une centrale de 2 x 80 kW. Les lots de distribution permettent d’alimenter chaque tente en prises électriques, en éclairage et éventuellement en chauffage. Chaque site équipé peut héberger de un à trois modules de 150 hommes, selon le niveau de confort requis. À l’horizon 2005 : • chacun des 8 régiments du génie de brigades interarmes pourra équiper simultanément 3 sites ; • les compagnies « énergie » de la brigade du génie disposeront de la capacité d’alimenter simultanément 16 sites. En complément de ces moyens, une réserve OPEX, immédiatement disponible et permettant l’équipement simultané de 30 sites, sera réalisée. La capacité totale correspond aux besoins d’une force de 10000 hommes, soit l’équivalent des besoins de deux contrats « 5000 hommes » (un conservé en réserve et un second réparti au sein des unités).
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Moyens pour « PC déployés par l’armée de terre » Afin de satisfaire la double ambition de la France de pouvoir être « nation-cadre » dans une opération européenne tout en étant en mesure de mener une opération nationale de moindre envergure, la définition des besoins d’équipements des PC des forces projetées s’est appuyée sur le scénario comprenant un engagement dans une opération multinationale de 30000 hommes auquel s’ajouterait simultanément un engagement national de 5000 hommes. Les besoins en énergie à destination des PC déployés par l’armée de terre sont donc exprimés dans le cadre d’un premier engagement, où l’armée de terre est chargée de mettre en œuvre un PC de niveau 1, deux PC de niveau 2 et quatre PC de niveau 3, auquel s’ajoute, sur un autre théâtre, un engagement national de 5 000 hommes. Pour les deux types d’engagements, les PC logistiques sont associés. Les matériels retenus sont des centrales adaptées au besoin de chacun des PC. Constituées de groupes électrogènes de 45 kW, 80 kW ou 400 kW, elles comprennent l’environnement adéquat de gestion de la centrale et de distribution de l’énergie. L’ensemble des équipements est réalisé sur la période 2002-2005.

Énergie électrique
En 1999, l’EMAT a lancé une réflexion globale sur la définition de l’architecture des PC de niveau 1 à 3 et sur l’évaluation des besoins en équipements et en effectifs associés. En 2001, une politique d’équipement relative à l’énergie électrique en a découlé. Elle se fondait sur le double objectif de restreindre la variété des matériels et de garantir la sécurité du personnel à l’instruction et en opération. Cette politique n’englobe pas les moyens de production et de distribution de l’énergie électrique autres que ceux « d’usage général », ni les moyens dits « d’infrastructure », ces derniers étant réalisés par la direction centrale du génie.

Eau
Afin de répondre au besoin de traiter l’eau en opération extérieure, l'EMAT a décidé, au début des années 1990, de doter l'armée de terre d’une panoplie complète et cohérente de maté-

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riels, à savoir : 2000 appareils individuels (AITE, 6 l/h) et 630 appareils portables (APTE, 200 l/h) à usage exceptionnel (3 jours), 40 unités mobiles de traitement d'eau (UMTE, 1,5 m3/h ou 30 m3/j) pour eaux salines et polluées chimiquement ainsi que 10 matériels de traitement d’eau modulaires (MATEM), complémentaires gros débit pour le traitement d'eaux faiblement polluées en matières organiques (70 à 150 m3/j). Les AITE et les APTE sont interdits d’emploi depuis fin 2002, suite à une campagne de vérification qui a mis en évidence que la qualité des eaux produites n’était pas conforme aux normes en vigueur. À moyen terme, tout en assurant une veille technologique sur les moyens existants, il sera nécessaire d’acquérir un stock de précaution d’une centaine de systèmes type AITE, le renouvellement de moyens type APTE n’étant pas envisagé, compte tenu de l’existence des UMTE et des MATEM. Une étude relative au soutien, vie et environnement des unités projetées (SOVENPRO) est actuellement en cours de finalisation. Elle comprend un volet « eau » et pourrait déboucher, à court terme, sur un concept précisant notamment les responsabilités et les circuits de production et de distribution de l’eau au sein des forces. La politique d’équipement à moyen terme et à long terme sera affinée en conséquence. Quoi qu’il en soit, l’EMAT a décidé, fin 2003, d’équiper les régiments du génie de brigades interarmes de moyens collectifs d’épuration de l’eau aisément projetables, afin de permettre aux sections d’aide au déploiement de remplir leur mission d’aide au déploiement d’urgence. L’expression du besoin est en cours de rédaction. nécessaires pour créer, adapter, maintenir en état les infrastructures et réaliser l'aménagement des conditions de vie autorisant les forces projetées à s'installer et à durer. L'atelier de campagne d’aide au déploiement (ACAD), destiné aux régiments du génie des brigades interarmes et le système d’ateliers de campagne d’aide au déploiement opérationnel (SyACADO), destiné à la brigade du génie doivent permettre l'exécution de travaux d'aménagement de première urgence, la réhabilitation sommaire des zones vie et de commandement. Ils assurent la mise à disposition des outils et des petites fournitures nécessaires aux principaux corps de métiers du bâtiment. À l’horizon 2005, le 1er et le 2e RG seront dotés chacun de 4 SyACADO et chaque régiment du génie de brigade interarmes disposera de 2 ACAD. Les grues mobiles lourdes, qui équiperont également les unités du train et du matériel, permettront, à compter de fin 2004 – début 2005, aux régiments du génie de disposer d’un moyen de levage adapté à l’édification d’abris modulaires. Par ailleurs, une réflexion est engagée pour faire évoluer, à moyen terme, la panoplie des dispositifs d’organisation du terrain et de protection. environ 140 matériels, sont répartis en deux catégories de matériels : • travaux ; • traction. En 2004, le renouvellement des moyens de compactage et de régalage sera achevé. Faisant suite à la livraison des chargeuses CASE 821 C, ces opérations vont permettre d’uniformiser les parcs et d’améliorer la disponibilité des matériels. À moyen terme, les acquisitions en cours permettront de doter le régiment de travaux lourds de capacités nouvelles de préparation des sols, de production et de pose de béton.

MATÉRIELS DE TRAVAUX PUBLICS ET VOIE FERRÉE
Le parc des matériels de travaux publics comprend des équipements de chantiers et des équipements de travaux voie ferrée. Les équipements de chantier, qui représentent plus de 800 engins, sont répartis en cinq catégories de matériels : • transport ; • terrassement ; • régalage ; • compactage ; • produits noirs et béton. Les équipements de travaux voie ferrée, qui représentent
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Enfin, une politique d’équipement spécifique aux engins de travaux publics sera initiée en 2004. Elle a principalement pour objectif de préciser le plan d’équipement actuel, en distinguant le besoin lié au contrat opérationnel du besoin outremer et de celui propre au socle, afin de trouver les voies d’optimisation pour l’utilisation et le soutien du matériel.

CONCLUSION
Domaine éminemment transverse, l’aide au déploiement est aussi un domaine complexe, compte tenu du nombre d’opérations à conduire et de leur diversité. L’objectif du bureau systèmes d’armes de l’étatmajor de l’armée de terre est d’en maintenir la cohérence et d’en assurer la continuité.

Organisation du terrain, protection et infrastructure opérationnelle
Les engagements récents sur les théâtres d'opérations extérieurs ont montré le besoin pour le génie de disposer de moyens

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Colonel Serge MARTIGNY

MOBILITÉ : CONCEPT, DOCTRINE ET POLITIQUE D’ÉQUIPEMENT FRANÇAIS
MOBILITY : FRENCH CONCEPT, DOCTRINE AND POLICY OF EQUIPMENT
Recent conflicts confirm the validity of the concept and doctrine for the engagement of French forces in being since the end of the nineties ; two operational modes are specified : warfighting and operations other than war. But they also show, that within the course of a single operation and within the same battlespace, land tactical actions show features of both modes and can occasionally occur simultaneously. In addition, due to technological advances and the emerging digitisation of the battlefield, the potential tempo of operations has considerably increased. Maintaining the tactical mobility is therefore one of the keys to successful warfighting operations. However, operations other than war have seen large scale deployments, with long lines of communication and with consequently complex logistics operations to support them. The freedom of movement of a Land Force and its operational mobility are also important factors in terms of the capability to undertake operations in the long term. In 1999 and in 2001, the concept of operations for the French Army Engineers and its associated doctrine was re-written to take account of evolving. The new concept has a classic design of close and general support, but considers the adaptations required to support emerging concepts. Equally, the new Concept of Operations for the Sappers led to a revision of equipment procurement policy. This is now articulated round five axes, of which the most important are considered counter mine warfare and crossing operations. Le concept et la doctrine d’engagement des forces françaises en vigueur depuis la fin des années 90 fixent deux modes opératoires : la coercition de forces et la maîtrise de la violence. Les récents conflits confirment la validité de ces choix. Ils montrent aussi, qu’au sein d’une opération, les actions tactiques terrestres peuvent être empruntées indifféremment à l’un ou l’autre mode et peuvent être parfois conduites simultanément dans une même zone d’action. Pour s’adapter à toutes ces situations et pour tenir compte de ses ressources humaines et de ses moyens comptés, l’armée de terre française recherche donc l’équilibre entre la polyvalence des moyens et la modularité des unités. Le génie français n’échappe pas à cette règle. Par ailleurs, en raison des avancées technologiques et de
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Le colonel Serge MARTIGNY est le chef du bureau doctrine à la direction des études et de la prospective de l’ESAG depuis l’été 2002. Saint-cyrien de la promotion Grande Armée (1981-83), il sert successivement au 71 e RG, au 11 e RG, puis après une formation à l’ESGM de Versailles, à l’EG de Limoges. Admis à l’EMSST en 1993, il est diplômé ingénieur de l’école nationale des ponts et chaussées en 1995. Breveté de l’enseignement militaire supérieur (109 e promotion du CSEM et 4 e promotion du CID), il occupe le poste de chef du BOI du 19 e RG de 1997 à 1999, puis est affecté à l’étatmajor interarmées de planification opérationnelle de Creil, où il est chargé des engagements multinationaux dans les Balkans. Le colonel Serge MARTIGNY prendra le commandement du 19 e RG à l’été 2004.

l’émergence de la numérisation du champ de bataille, le rythme potentiel de nos propres actions s’est considérablement accru. C’est d’ailleurs un des facteurs clés de la réussite des opérations de coercitions de forces, et la mobilité tactique des unités de combat y concourt de façon importante. Mais les autres formes d’engagement (maîtrise de la violence) ont montré que les forces étaient également déployées sur de vastes théâtres d’opérations et reposaient sur des dispositifs logistiques complexes. La liberté de mouvement d’une force terrestre et sa mobilité opérative sont aussi des facteurs importants de sa capacité à mener des opérations dans la durée. Mobilité tactique et mobilité opérative sont donc bien des éléments essentiels de la réussite des opérations terrestres,

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quel que soit le mode opératoire, et les études de doctrine menées récemment placent d’ailleurs celles-ci en tête des capacités génériques à détenir par le génie de l’armée de terre d’ici 2015. L’appui aux déplacements (ou mobilité opérative) est ainsi la première de ces missions. Il s’agit toujours pour le génie de maintenir les itinéraires et le réseau routier nécessaires à la force terrestre, et dans certains cas de les rétablir. Mais cette mission doit maintenant être étendue au théâtre dans sa globalité, s’appliquer également aux infrastructures lourdes comme les ponts routiers, les voies ferrées ou les canaux et dans certaines circonstances, prendre en compte les besoins civils ou humanitaires. Il s’agit aussi de maintenir les platesformes d’arrivées sur le théâtre (POD), ce qui concourt d’une certaine façon à la mobilité stratégique d’une force interarmées en opérations ; le génie de l’armée de terre y participe également, aux côtés des formations des autres composantes (génie de l’air notamment).

LA MOBILITÉ DANS LE CONCEPT ET LA DOCTRINE D’EMPLOI DU GÉNIE
En 1999 et en 2001, le concept d’emploi du génie de l’armée de terre française et la doctrine associée ont été récrits pour tenir compte de ces évolutions. Le nouveau concept s’articule de façon classique autour de l’appui direct et de l’appui général, mais a bien pris en compte les nécessaires adaptations. Dans le cadre de l’appui direct, la participation des unités du génie au combat de contact est la première des quatre missions générales de ce volet. Les évolutions doctrinales en cours accordent ainsi une place de plus en plus importante à l’appui rapproché des unités de combat engagées en zone urbaine, qu’elles soient débarquées ou embarquées. Pour ce qui concerne le domaine de la mobilité, il s’agit ici de faciliter la progression de ces unités, aussi bien en surface qu’en sous-sol, que verticalement ou horizontalement dans les constructions, afin de les amener jusqu’à une base d’assaut et de la leur livrer le cas échéant. L’appui à la mobilité tactique est la deuxième mission du volet appui direct. De façon classique, elle recouvre le dégagement d’obstacles non minés, les franchissements tactiques des coupures, en premier ou en deuxième échelon, de façon continue ou discontinue, ainsi que certaines actions de contre minage comme la détection de la menace mines, l’ouverture d’itinéraire ou le bréchage. En revanche et en raison de la perte progressive des capacités amphibie ou de submersion des futurs matériels majeurs de

« Les unités du génie participeront directement au combat de contact, et tout particulièrement dans les zones urbaines… »

combat de l’infanterie et de l’arme blindée, l’appui génie aux franchissements autonomes ne constituera plus une priorité. La manœuvre du franchissement a également évolué, introduisant la notion de franchissement sous contrainte qui n’identifie plus de rive amie ou de rive ennemie, mais une zone d’insécurité de part et d’autre de la coupure. La mobilité trouve également sa place dans une des trois missions du volet appui général.

LES CAPACITÉS À DÉTENIR ET LES MATÉRIELS FUTURS
La nouvelle définition du concept d’emploi du génie a également conduit à réviser la politique d’équipement en maté-

Futur engin génie d’aide au combat débarqué (2012), particulièrement adapté à l’appui en zone urbaine - 16 -

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riels. Cette dernière est aujourd’hui articulée selon cinq axes, dont les deux premiers par ordre de priorité sont le contre minage et le franchissement. À court et moyen termes (environ 2004-2008), cette politique vise à adapter les matériels existants, à procéder à des achats « sur étagère » ou à des achats de matériels nécessitant de modestes développements. Le long terme (environ 2009-2020) verra le remplacement des équipements de combat du génie actuels par de nouveaux systèmes d’équipements couvrant l’ensemble d’un domaine opérationnel (appui au combat, appui aux déploiements, appui à la protection). à partir de 2009. Pour appuyer la progression des unités de chars LECLERC, le génie sera également prochainement doté (premières livraisons à partir de 2007) d’un nouveau système de pose rapide de travure (25 m) SPRAT qui succèdera au pont automoteur d’accompagnement datant des années 1970. Le pontage fixe est quant à lui aujourd’hui réalisé avec des matériels de type Bailey ou MabeyJohnson. Une étude portant sur d’autres systèmes de ponts lourds (brèches de 25-35 m, classe 95-100) sera menée à long terme, ainsi qu’une étude portant sur des systèmes d’interface entre matériels alliés. Sur le long terme, l’effort sera mis sur les capacités de détection de la menace mines (programme franco-allemand portant sur un système de déminage rapproché SYDERA) et sur la définition des nouveaux systèmes de combat : engin génie d’appui aux blindés et nouveau char de brèchage. Pour ce qui concerne enfin l’appui aux déplacements (mobilité opérative), l’essentiel des engins de travaux routiers et de travaux lourds seront renouvelés par des achats « sur étagères ».

CONCLUSION
Le nouveau concept d’emploi du génie a maintenant presque cinq ans. Sur le plan de la mobilité, les engagements et conflits récents confirment les choix doctrinaux effectués, les besoins identifiés et la politique d’équipements en matériel qui en découle. Les facteurs marquants comme l’action en zone urbaine ou la numérisation sont également pris en compte. La route semble donc tracée jusqu’en 2020 et la politique d’équipement, menée en concertation avec d’autres pays européens, doit continuer à être mise en œuvre, tout en réagissant aux percées technologiques.

En matière d’appui à la progression en zone urbaine, des lots d’équipements spéciaux ont été définis et vont équiper les unités du génie à partir de 2006 : lots d’aide aux franchissements verticaux à base de matériel d’escalade ; lots d’outillage spécifique pour favoriser la circulation horizontale. Le long terme verra le développement d’un engin du génie d’appui au combat débarqué (en coopération avec l’Italie) spécialement adapté à l’appui de l’infanterie en zone urbaine (nacelle élévatrice, outillages spécifiques, lame de dégagement, etc.). L’appui au combat des blindés est pour sa part assuré par l’actuel engin blindé du génie datant des années 1990. Sa fiabilisation est en cours et sa version revalorisée devrait équiper les unités à partir de 2006, de façon à ce qu’il soit mieux adapté à l’appui du char LECLERC. Son successeur sera étudié à partir de 2009. Pour les franchissements tactiques, le besoin de s’affranchir des coupures jusqu’à 25 m et de franchir rapidement des coupures jusqu’à 50 m est maintenu. Les matériels en dotation (engin de franchissement de l’avant et pont flottant motorisé) couvrent aujourd’hui ces besoins jusqu’au moyen terme ; leurs successeurs seront étudiés

Les matériels actuels de contre minage dédiés à la mobilité (détecteur individuels et embarqués, char de bréchage, système d’ouverture d’itinéraires minés) seront régulièrement modernisés en fonction des technologies disponibles. À partir de 2006-2007, les unités du génie devraient être également dotées d’un système de déminage pyrotechnique de mines antichars (SDPMAC) et d’un système de déminage pyrotechnique dédié au franchissement des zones minées par les unités débarquées.

Système de déminage pyrotechnique de mines antichars qui devrait équiper le génie à partir de 2006-07

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Colonel Bernard BILBAULT

QUELLES ÉVOLUTIONS POUR LE GÉNIE DE L'AIR ?
The 25th Airfield Engineers Regiment is an air force Batattalion tailored for projection, subordinate to the Central Directorate of the Air Force infrastructure even if the main part of personal is coming from the Army. It is to contribute at all times and anywhere to maintain the Air Force aeronautical infrastructure in operational condition.

Le colonel Bernard BILBAULT est adjoint terre au général commandant le génie de l’air depuis l’été 2002. De 1997 à 2002, il a servi à l’ESAG, en tant que directeur de la formation combat, directeur de la DEP, et directeur général de la formation. Il a commandé le 10e RG, stationné à Spire de 1996 à 1997.

For fives years, it has coped with several disbandment of units in order to adapt its format and capacities to new missions and requirements of overseas operations.

La dissolution de la 5e compagnie opérationnelle du génie de l'air (COGA) de Toul constituera en 2004 une simple adaptation du format du génie de l'air à celui de l'armée de l'air. Des avancées plus significatives vont cependant marquer le génie de l'air ces prochaines années. En effet, les retours d'expérience des opérations extérieures, auxquelles le génie de l'air participe régulièrement depuis plusieurs années, conduisent à de nombreuses évolutions ou réflexions qu'il paraît utile de rapporter ici.

frastructure verticale incombant aux deux compagnies régionales d'infrastructure (CRI) de l'armée de l'air, l'emploi en temps de paix de ces deux unités relevant toujours des régions aériennes. À cet effet, elle voit créer en son sein un bureau planification conduite (BPC), correspondant direct de l'état-major opérationnel air (EMO- AIR), composé de personnel des deux armées.

DOCUMENTATION TIONNELLE

OPÉRA-

ORGANISATION GÉNÉRALE
Un nouvel arrêté portant organisation de la direction centrale de l'infrastructure de l'air vient d'être approuvé. Si le propos n'est pas ici d'en livrer la teneur, il convient que soit signalée une évolution d'importance concernant l'une de ses sous-directions. En effet la sous-direction du génie de l'air (SDGA) prend, à compter de l'été 2003, l'appellation officielle de sous-direction du génie de l'air et de l'infrastructure en opération (SDGA-IO). Cette nouvelle appellation marque le fait que la sous-direction a dorénavant la plénitude du volet infrastructure en opérations, qu'il s'agisse de l'infrastructure horizontale mettant en œuvre les unités du 25e régiment du génie de l'air et de l'in- 19 -

Anticipant sur l'approbation de cet arrêté, le directeur central de l'infrastructure de l'air (DCIA) a mis la sous-direction dans sa nouvelle posture dès l'été 2002. Cette disposition a permis, dans le domaine des études doctrinales, d'élaborer sans plus attendre un nouveau concept relatif à l'emploi des unités d'infrastructure en opérations. Restant dans l'esprit du concept d'emploi du génie, et tournant résolument la page de la réparation rapide de piste adaptée au scénario 6 du livre blanc, il vise à définir le soutien attendu des unités d'infrastructure au profit des forces aériennes de réaction immédiates (FRI), de réaction rapide (FRR) et à temps (FAT), sur au maximum trois bases aériennes projetées allant, pour ne prendre que les cas extrêmes, de la base OTAN à la base partiellement endommagée.

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Ce concept n'exclut pas les missions particulières entrant dans le soutien aux autres armées, comme ce fut le cas au Kosovo, et les actions civilo-militaires. Approuvé par l'état-major de l'armée de l'air, la rédaction du document de doctrine qui en découle est amorcé. Il permettra d'affiner les capacités requises en OPEX dans les domaines du déploiement d'urgence, de l'aide au déploiement et du soutien au stationnement. Il s'agira en quelque sorte d'adapter le concept camp 1000 h à celui de la base aérienne projetée. la réalisation de parking avions, de la protection, etc. D'ores et déjà ont été abandonnées les procédures d'acquisition de matériels aéro-transportables par C 130 et C 160, car il convenait d'éviter, dans le cadre de l'obsolescence de ces appareils et de l'arrivée de l'avion A 400 M, la constitution de « micro-parcs de micro-parcs ». Par ailleurs, la traditionnelle méthode de réparation rapide de piste évoquée supra est remise en cause, car totalement inadaptée à la projection en raison des volumes considérables à transporter (automatisme et techniques nouvelles [ATN], citernes chauffantes, « big bags » de ciment, matériaux calibrés, etc…). minimale (POM) et de la surface opérationnelle minimale aéronautique (SOMA). Par ailleurs, la multi-fonctionnalité de certains engins de travaux publics est recherchée. Ainsi est-il envisagé de se doter d'un engin TP existant sur le marché et sur lequel, outre les outils classiques, peuvent s'adapter un sur-blindage, un outil de dépollution (type rouleau) et un poste de tir pour la destruction de munitions. Sa mission terminée, l'engin TP peut alors se consacrer aux travaux de réfection de piste. De ce fait, le VIB de reconnaissancedépollution n'aurait plus à être projeté.

CAPACITÉS
Aux missions traditionnelles actuelles de maintien ou de rétablissement des infrastructures aéronautiques (pistes taxiways et bretelles d'accès) et celles connexes de reconnaissancedépollution et d'organisation du terrain s'ajoutent maintenant des capacités à acquérir en matière de dépiégeage (accès à une tour de contrôle par exemple), de traitement de l'eau, d'élimination des déchets, de fourniture d'énergie, de chauffage et de climatisation. Au regard de ces capacités, il convient de définir les matériels les plus adaptés à la projection dans les domaines de la réparation rapide de piste, de la reconnaissance-dépollution, de la réalisation d'abris pour avions, de hangars de maintenance et de structures d'hébergement, du durcissement des infrastructures existantes, du traitement des eaux et des déchets, de l'approvisionnement en énergie, de

ÉTUDES TECHNICO-OPÉRATIONNELLES (ETO).
Les études technico-opérationnelles actuellement en cours visent à répondre aux nécessités de la projection et de la réduction des coûts de transport. Le nouveau système de réparation rapide de piste, tapis à base de fibre de verre, est déjà en dotation dans certaines armées étrangères. Les gains volumétriques en terme d'aéro-transport sont suffisamment importants pour justifier l'intérêt de l'armée de l'air. Ce procédé est déjà envisagé dans le cadre d'une ETO « piste projetable ». En complément est étudiée la réalisation d'un béton fibré offrant des caractéristiques mécaniques identiques aux produits utilisés dans les « bigbags » de ciment, mais à volume moindre et utilisable avec des matériaux tout-venant pris sur place. Le drône de reconnaissance devrait permettre de faciliter le travail de l'équipe de reconnaissance en déterminant les zones les plus favorables à la réalisation de la piste opérationnelle
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INSTRUCTION-ENTRAÎNEMENT
Si les chantiers programmes travaux neufs ( PTN) et le maintien en condition de l'infrastructure (MCI) constituent le domaine privilégié permettant au génie de l'air d'assurer la formation de son personnel à l'entretien et à la réparation des pistes et de leurs accès, le site de l'ancienne b a s e O TA N d e V o u z i e r s Séchault (08), permet d'effectuer le contrôle opérationnel des compagnies du 25 e RGA. Ce site aux multiples possibilités pourrait, si l'armée de l'air le souhaite, devenir le centre d'entraînement « base aérienne projetée » pour l'entraînement, non seulement des unités d'infrastructure, mais aussi de la plupart des grands commandements et directions de cette armée.

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INFRA AIR 2010
La mission dévolue aujourd'hui à la SDGA-IO est obérée par les différentes subordinations des unités d'infrastructure. Si les compagnies régionales d'infrastructure, dès qu'elles sont engagées, sont bien « suivies » par le commandant des formations du génie de l'air, ce dernier n'a aucune marge de manœuvre dans leur préparation opérationnelle du temps de paix, puisqu'elles sont employées à temps plein par les régions aériennes. Par ailleurs, nous l'avons vu précédemment, le génie de l'air doit être en mesure d'élargir son éventail d'emploi. C'est pourquoi l'état-major de l'armée de l'air vient de confier au commandant des formations du génie de l'air un mandat visant à répondre de façon globale au concept de base aérienne projetée. Il conviendra ici de proposer, l'évolution des missions et des structures des unités d'infrastructure, au plus tard à l'horizon 2010. Le nombre de compagnies du génie de l'air nécessaires, la création d'une unité d'infrastructure opérationnelle, l'intégration des CRI, etc., autant de domaines qui seront explorés à cette occasion. ment encore des formations ou modules de formation à mettre en commun avec cette armée.

Équipements
À l'heure où l'on parle d'internationalisation, il est paraît anormal qu'en interarmées, pour des besoins identiques (traitement de l'eau et des déchets, production d'énergie, capacités d'hébergement, travaux publics etc.), les solutions soient presque toujours des solutions d'armée. Si le génie souffre de ses micro-parcs, nul doute qu'en mettant en commun ces besoins identiques, on puisse en limiter les effets pernicieux, en particulier dans le domaine des coûts, qu'il s'agisse de l'acquisition, de la maintenance ou de la formation du personnel. Concernant ces derniers points, il serait souhaitable d'apprécier la performance des procédures utilisées par les unes ou les autres pour déterminer l'armée pilote.

SYNERGIES Doctrine
L'armée de l'air ne dispose pas d'un corpus doctrinal du type CDES/CREDAT. Sans doute y a-t-il de bonnes raisons à cela, mais c'est un handicap pour l'établissement de doctrines dont certaines devraient relever de l'interarmées, notamment pour tout ce qui touche à l'aide au déploiement et au soutien au stationnement.

Formation
De part la nature des enseignements qu'elle dispense, l'ESAG a pour vocation d'être une école interarmes, interarmées et internationale. Il en est ainsi depuis de nombreuses années, mais il est encore possible de mieux faire. Si déjà du personnel de l'armée de l'air vient y suivre certains stages (CT par exemple), il reste indéniable-

CONCLUSION
Engagé en 2003, avec ses moyens, au Tchad (réfection des merlons d'Abbéché), au Congo (entretien de la piste de Bunia), au Tadjikistan (réfection de la piste de Douchambé) et à Papeete (chantier de la Traversière), le génie de l'air doit constamment faire preuve de ses capacités à la projection. L'adaptation des unités d'infrastructure à l'évolution des missions demandées et aux contraintes de l'aéro-transport permettront de répondre pleinement aux attentes de l'armée de l'air.

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Lieutenantcolonel Michel BEAUBIÉ

SÉCURITÉ ET SAUVEGARDE MISSION ET ENJEU
Military units are increasingly required for missions in relation with security. To protect populations or to face natural and technologic hazards they have to support public services, and while committed in normalization phases in overseas operations they sometimes intervene when violence is not completely mastered. New means and capacities are needed in order to achieve this kind of mission or to face the vulnerability of the forces on the ground. The high readiness and the efficiency of the military forces will lead them to play an important part in this new field. No doubt will be that the engineer forces in charge of protection and safeguard will be more and more concerned. In this respect the engineer corps could take advantage of the capacities and the means of the security component.

Le lieutenant-colonel BEAUBIÉ (EMIA – promotion LTN BORGNIET) a servi à la BSPP en unité incendie de 1985 à 1993 en tant que chef de garde incendie puis en tant que commandant d’unité. Il a rejoint le bureau opérations de la brigade comme chef de la section statistiques (1994) puis de 1995 à 1997 comme chef de la section organisation (planification et couverture opérationnelle). Affecté à l’EMAT à l’issue d’une scolarité à l’institut d’administration des entreprises de Paris (IAE) dans le cadre d’un DT, a été chargé de travaux de programmation physique et financière des armements terrestres au bureau programmes et systèmes d’armes (BPSA) de 1998 à 2000. De retour à la BSPP, il s’est vu confié la partie investissement de la brigade au bureau planification finances avant d’être chargé de la mise en place d’indicateurs de pilotage au sein du bureau études générales (BEG). Adjoint au chef de bureau depuis 2003, il anime la prospective et réalise différentes études ou travaux sur l’évolution de la brigade. Membre du réseau des contrôleurs de gestion de la préfecture de police de Paris, il représente la brigade pour les travaux de pilotage avec ses autorités de tutelle. Il participe aux travaux du comité européen des officiers de sapeurs-pompiers « FEU » et il est membre de la mission de sécurisation des sapeurspompiers (MISSP) mise en place en 2003 à la demande du ministre de l’intérieur pour améliorer les conditions de travail des intervenants.

Qu’il s’agisse de contribuer à l’action des services publics ou d’intervenir au profit de populations touchées par un conflit la plupart des engagements récents ont une forte connotation sécuritaire. Ils requièrent de nouvelles compétences et peuvent se dérouler dans un contexte incertain. Pour faire face à la multiplication de ce type de mission, les unités du génie structurellement impliquées dans la protection ou la sauvegarde seront de plus en plus sollicitées. En s’appuyant sur la composante sécurité, en faisant jouer les synergies et se dotant de nouvelles capacités, le génie pourrait occuper un rôle de tout premier plan dans les engagements du futur et répondre à de nombreuses attentes dans ce domaine.

La sécurité des populations passe par une plus grande sollicitation des forces
La demande de sécurité est inflationniste. À titre d’exemple, entre 1985 et 2002, elle correspond à une augmentation de près de 300 % des interventions pour secours à victime sur le secteur de la BSPP. Pour répondre à ce besoin de sécurité croissant les services publics sont sollicités dans différents domaines : • gestion du risque d’attentats et surveillance de sites ; • réponse à l’augmentation des urgences ; • gestion de catastrophes naturelles ou industrielles ; • sauvegarde des populations sensibles aux fluctuations climatiques ; • prise en charge de la détresse ; • gestion des problèmes liés aux épidémies voire aux épizooties. Cette demande mobilise d’importants moyens : police, hôpitaux, pompiers, services sanitaires, services de l’équipement…

SÉCURITÉ ET SAUVEGARDE : DES BESOINS CROISSANTS
Assurer la sécurité exige à la fois de répondre de manière adaptée à une demande croissante des populations mais aussi de mieux protéger les troupes engagées face à des menaces d’un type nouveau.

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ment en vecteurs d’évacuation. L’analyse du risque et la prise en compte de la menace terroriste sont également à l’origine d’une unité NRBC à 384 sapeurs-pompiers pour armer les engins nécessaires à la prise en charge et la décontamination de plusieurs centaines de victimes. La première tranche de ce plan devrait être réalisée dans les mois à venir. Dans le domaine de la sécurité civile, l’analyse du besoin est également à l’origine de nouvelles orientations et de choix capacitaires. Ainsi les unités militaires de la sécurité civile (UIISC) mises à la disposition du ministère de l’intérieur pour venir en aide aux populations victimes de catastrophes naturelles ou technologiques, et constituant l’unique moyen de renfort national, sont résolument engagées face au risque NRBC. La récente création de la compagnie technologique de l’UIISC 7 à l’identique des capacités de l’UIISC 1 forte d’une expérience de 20 ans, reflète bien la priorité donnée à la composante technologique tant sur le plan financier que matériel ou humain. Parallèlement, la montée en puissance du GDNBC, devenant en 2005 RDNBC, symbolise bien l’intérêt majeur que porte l’armée de terre au risque NRBC.

Certains sont proches de la saturation et se plaignent fréquemment du risque d’asphyxie. Par manque de moyens ou faute de disponibilité de leurs agents, ils éprouvent de plus en plus de difficulté à encaisser la charge et il est hautement probable que l’on se retourne plus fréquemment vers les unités militaires pour combler les manques. Celles-ci sont d’ores et déjà systématiquement engagées dans certaines de ces missions (cf. VIGIP I R AT E , S T R AT E R E , V I M Y, PRESTIGE, inondations…). Ayant fait la preuve de leur capacité d’adaptation, elles seront à n’en pas douter de plus en plus souvent sollicitées non plus en appui d’autres services mais en tant que composante structurelle d’un dispositif permanent et intégralement responsables de véritables missions de sécurité. Simultanément l’expertise des unités de sécurité sera de plus en plus requise pour gérer les catastrophes d’origine naturelle ou technologique, pour mener à bien des travaux de planification pour la sécurité de sites industriels, ou encore pour renforcer les moyens locaux confrontés à des sinistres majeurs, inondations ou feux de forêts par exemple. Avec l’évolution des normes le besoin en préventionnistes augmentera également. Par

exemple les règles d’hygiène et de sécurité de nos installations accueillant une population civile de plus en plus importante devront être contrôlées par des cadres spécialisés et aptes à prescrire une mise en conformité. Comment s’organiser pour faire face à la charge ? Pour réaliser ces différentes missions, la question des capacités et des moyens ne tardera pas à devenir cruciale. Pour supporter la charge et être capable de couvrir simultanément le risque courant et la crise majeure, il faudra anticiper, rationaliser certaines activités et peut être se réorganiser. Cette démarche a été récemment conduite au sein de la BSPP pour contenir les effets de l’explosion du secours à victime et notamment son impact sur la sollicitation individuelle. Après 15 années de tension gérées au mieux sur des gains de productivité internes, il est apparu indispensable de redéployer à court terme les moyens permettant de soutenir l’évolution de l’activité. Les travaux de recherche opérationnelle menés par la brigade ont concrètement abouti à la nécessité de renforcer les unités opérationnelles (+ 750 sapeurspompiers de Paris) sur 6 ans, et de rénover un parc de véhicules hors d’âge ou usé prématurément et de le compléter notam- 24 -

Certains domaines plus transverses pourraient être encore approfondis. En ce qui concerne les catastrophes, par exemple, il faudrait certainement réfléchir aux conséquences pour les forces des modes actuels de

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gestion particulièrement coûteux en ressources humaines et matérielles pour mener les étapes de : • réduction du risque (mitigate), phase de conduite des plans de secours ; • retour à l’état normal (recovery) ; phase de longue durée aux contours plus flous et directement liée aux capacités des autres services gestionnaires. À l’évidence, sécurité et sauvegarde deviennent les piliers d’un système de défense de plus en plus interministériel (1) et les capacités détenues par la composante sécurité du génie sont dans ce contexte un précieux atout. Tout en assumant intégralement certaines missions (secours urgence, projection de détachements en cas de catastrophe), elles détiennent l’expertise pour encadrer, ou coordonner des missions spécifiques. Pour les unités déployées, la sécurité vue sous l’angle du maintien de la capacité opérationnelle est également une priorité. sence. C’est d’ailleurs sur la base de cette proportionnalité qu’il y a encore peu de temps l’hyper puissance américaine pouvait se fixer d’ambitieux objectifs (zéro GI mort) simplement du fait du surclassement de tous les adversaires potentiels et notamment grâce à une totale suprématie aérienne. Risques émergents La disproportion de niveaux d’armement et l’écart technologique incitent aujourd’hui des acteurs objectivement dominés à éviter le choc frontal et à privilégier des agressions de type asymétrique. Les grilles traditionnelles sont désormais inadaptées et il faut repenser les modalités de sauvegarde en révisant notamment les échelles de probabilité et de gravité du risque. Le théâtre luimême n’est plus un critère déterminant. Une OPINT réalisée dans un contexte d’attentat terroriste peut imposer un niveau de sauvegarde plus contraignant que certaines missions en OPEX. La pro-activité s’impose, il faut disposer de moyens de protection immédiate et judicieusement prépositionnés pour gérer des agressions majeures et parfois simultanées. L’expertise de certains moyens militaires et parfois civils devient alors indispensable. tement impliqué en OPINT comme en OPEX. S’il ne peut en assumer seul l’intégralité, il sera de toute façon un acteur incontournable.

Le génie dénominateur commun des actions de sauvegarde
Dans le cadre des conflits modernes, les travaux récemment menés concluent à la nécessité de prendre des options dans plusieurs domaines. Par exemple : • l'appui à la mobilité en zone urbaine (CAPAZUB) pour faciliter les déplacements aussi bien en surface qu’en milieu souterrain (repères, dégagement rapide d’obstacles), verticaux (ouverture d’itinéraire au travers de bâtiments), mais aussi parfois à travers les foules à fendre ou à disperser ; • le contre-minage : une détection précoce et des délais d’ouverture d’itinéraire voire un bréchage compatibles avec le rythme de progression des unités au contact, la possibilité de désengluer les éléments confrontés aux tirs de mines dispersables, et la dépollution au profit des forces comme des populations ; • le minage et destructions d’ouvrages d’art : des obstacles de plus en plus ciblés pour apporter le meilleur rapport coût/efficacité mais égalem e n t surveillés, d é c l e n chables à distance et réversibles ; • l'expertise infrastructure : que ce soit au profit des forces pour évaluer la faisabilité du stationnement ou dans un objectif de sortie de crise ou de reconstruction dans un cadre ACM. Pour ces opérations, l’expertise des unités spécialisées dans la sauvegarde sera par ailleurs

La nécessité de disposer d’un système complet de sauvegarde
Sur le terrain, les conditions d’engagement se sont transformées et les problèmes de sécurité prennent une nouvelle dimension. Les unités sont confrontées à un risque protéiforme se caractérisant par la coexistence entre des formes traditionnelles et de nouveaux risques souvent qualifiés d’émergents. Évolution du risque traditionnel Dans les conflits symétriques ou dissymétriques, le niveau de sauvegarde peut être évalué et adapté du fait de la connaissance des modes d’action ennemis. Les niveaux de protection pourraient même être modélisés en fonction des forces en pré-

LE GÉNIE ET LA COMPOSANTE SAUVEGARDE
Un certain nombre des capacités nécessaires aux missions de sauvegarde relèvent structurellement du génie. Quel que soit son niveau de préparation ou d’équipement, celui-ci sera for-

(1) « Par vocation naturelle les armées participent à la sécurité du pays et sont un outil privilégié à la disposition du gouvernement qui en détermine l’emploi selon les circonstances et les besoins » (interview du général CEMA-TIM 2002). - 25 -

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indispensable notamment par rapport : • au risque NRBC, risque de pollution de sites et dangers liés aux installations industrielles dégradées (ROTA) avec des moyens d’évaluation préventive mais aussi de gestion de crise pour détecter et traiter (spectromètres, robot, moyens de décontamination de masse) ; • à la sécurité incendie et au secours d’urgence : au profit des forces pour sécuriser les stationnements mais aussi pour les populations dans le cadre du retour à la vie normale ; • aux conditions de vie dangereuses (eau, air, maladies) ; • aux catastrophes humanitaires cogérées avec les ONG ; • à la planification de secours. Plus généralement, on pourra s’appuyer sur la composante sauvegarde pour l’évaluation du danger et la gestion du risque BIOTOX, PIRATOX, PIRATOME, l’hygiène et la sécurité en opération (HSO), la contribution aux missions de secours à victime (soutien santé : à l’avant). Pour ce faire, il faudra s’assurer de la possibilité de soustraire momentanément de leur vocation première un certain volume de moyens détachés au profit d’un autre ministère et de pouvoir les projeter en OPEX dans un contexte conflictuel. Il faudra également concrétiser cette capacité de projection par l’acquisition de matériels de protection des personnes et des biens aéro-transportables. Enfin, les forces actuellement consommées par la prise en charge du risque quotidien devront être organisées et entraînées pour mettre sur pied ce type de détachement pour catastrophe en milieu hostile. Si cette liste non exhaustive souligne l’étendue de la tâche, elle pose également le problème des liens organiques et fonctionnels entre ces unités. notamment des procédures de coordination des moyens incendie et médicaux, publics ou associatifs composant le dispositif du type PLAN ROUGE. Cet organe de commandement des opérations de sauvegarde, constitué d’un noyau de spécialistes pouvant actionner leur réseau, reposerait sur : • l’interopérabilité et la gestion de moyens interministériels mis à disposition par conventions; • un référentiel « sauvegarde », arrêté de concert avec les chaînes santé et logistique ; • une planification des procédures opérationnelles et l’entraînement des acteurs concernés.

La nécessité d’identifier un coordonnateur de sauvegarde
Pour les crises relevant de la défense ou de la sécurité civile, un tel élément de coordination est déjà en place. C’est en effet la mission du centre opérationnel de gestion interministérielle des crises (COGIC), organe central de cohérence et de synthèse disposant de relais zonaux (COZ) pour la conception et la conduite sur le terrain. Pour les missions plus spécifiquement militaires et notamment lors des OPEX, le commandement opérationnel devrait en cas de catastrophe, de sinistre majeur ou d’attentat, pouvoir s’appuyer sur un coordonnateur de sauvegarde maîtrisant certains concepts opérationnels et habitué à la gestion de crise dans un cadre interministériel. En plus des missions traditionnellement assumées par les cellules ACM et 2D des PC actuels, cet élément transverse identifiable à tous niveaux, et en tant que de besoin dans un EMF, aurait, en cas de catastrophe, à projeter et coordonner un ensemble de moyens pour assurer la sécurité des personnes et des biens, la couverture du risque technologique et NRBC (BSPP, UIISC, RNBC(2)), ainsi que les éventuelles prises en charge médicalisées en liaison avec le service de santé et le secteur hospitalier civil. Ses modes opératoires pourraient s’inspirer des plans d’urgence appliqués par les unités de la composante sécurité et

CONCLUSION
Alors que la plupart des moyens publics sont saturés par la demande de sécurité et que les missions sous mandat international se compliquent et se multiplient, la disponibilité, la souplesse d’emploi et l’efficacité des unités militaires sont de plus en plus recherchées. L’enjeu est d’importance et les données sont complexes : le cadre d’emploi peut être flou et fluctuant, le milieu lui-même peut avoir une dimension immatérielle et les forces déployées, aussi modernes et conséquentes soient-elles, peuvent être neutralisées par des acteurs occultes dont les buts et la moralité peuvent surprendre. Dans ce contexte, la sauvegarde devient un élément clé et nul doute que l’arme capable d’anticiper jouera un rôle central dans ces engagements d’un type nouveau. Qu'elle soit perçue comme une opportunité ou comme une menace, cette évolution imposera des choix conceptuels et peut être structurels. Pour assurer des missions spécifiques ou contribuer aux engagements futurs, la valorisation de la composante sauvegarde pourrait être un pilier du changement et des transformations à venir.

(2) Plus éventuellement la coordination d’ONG ou des associations concernées. - 26 -

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Sapeur, l'homme au centr e d'un système

Sapeur, l’homme aux commandes .............................................................................................................................................................. GAL CHINOUILH La brigade du génie, simple affaire de spécialistes Interview du général commandant la 9e BLBMa GAL DORANGE GAL THONIER

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29 33 39 43 47 53 59 63 65

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Individu décisif, le sapeur dans le combat en ZUB

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COL PARMENTIER COL FONTAN

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Le stress du sapeur-pompier dans les interventions en zone sensible

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Si le service du génie m'était conté ............................................................................................................................................................ LCL LE GALL Le sapeur-pompier, une école de citoyenneté

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CBA ALLAERT

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Sapeur, l’homme au centre du système de lutte contre les risques technologiques Le commandant d'unité du génie : manager ou spécialiste ?

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CNE MALAGANNE CNE CHARDON

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Général Jean-Loup CHINOUILH

SAPEUR : L’HOMME AUX COMMANDES
When we are mentioning capabilities of the Engineers corps, we often think about equipment. Men – sappers – are often left out, whereas they are the heart of the matter.

Le général Jean-Loup CHINOUILH commande l'école supérieure et d'application du génie depuis août 2003. Entré à Saint-Cyr en 1969, il sert comme chef de section au 13 e r é g i m e n t d u g é n i e e t commandant d'unité au 17 e régiment du génie parachutiste, où il revient en 1988 au poste de chef du bureau opérations-instruction. Il est chef de corps du 6 e régiment du génie de 1994 à 1997. Il a commandé la brigade du génie d'août 2001 à août 2003. Il est breveté de l’école de guerre, diplômé de l’institut d’administration des entreprises de Paris.

Scientific skills are not necessarily compulsory, but sapper must have a practical sense. One of many jobs in a wide range in each component of the corps like combat engineers, infrastructure or civilian security can be chosen depending on interests. Remaining a soldier, the main task of the sapper is to organize the terrain. In order to do that, he is firstly the manager of his means and his time. But each external factor cannot be under his control. Sapper has to work methodically beginning by making the situation assessment before thinking of the way to fulfil his mission. He also has to be able to question his environment. Cleverness and tenacity are both sapper’s main qualities. For the sapper to be able to work enduringly, precautions must be taken by the command in order to limit work physical constraints, to keep a regular schedule and maintain a high quality level of the equipments. The French engineers school trains sappers in their professional skills and above all looks after to make them self-confident. Lorsqu’on parle des capacités du génie, il est surtout question de moyens, en termes d’effectifs et d’équipements, mais on oublie souvent d’évoquer l’homme qui se trouve aux commandes des engins ou dans une chaîne parfois complexe de commandement. Pourtant dans le génie, malgré une forte mécanisation, le rôle humain est primordial et le succès dépend toujours de la valeur de celui qui a reçu la mission. L’occasion étant donnée de se pencher sur la personnalité même des sapeurs,

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cet article explique comment raisonnent et se comportent les disciples de Vauban et quelles précautions méritent d’être prises pour les voir donner le meilleur d’eux-mêmes. ainsi toujours un métier correspondant à ce que l’on aime faire et les emplois sont maintenant suffisamment bien spécifiés pour que la recherche du poste souhaité soit facile et rapide. Qu’il soit ingénieur, technicien ou tout simplement détenteur de bon sens, le sapeur est avant tout un soldat. Apte à servir en tout temps et en tout lieu, il remplit une mission militaire et, dans certains cas, peut fort bien combattre à côté des fantassins avec son armement de dotation. Mais son rôle tactique consiste principalement à aménager le terrain au profit de nos troupes. Des effets obtenus par ses travaux peut largement dépendre l’issue du combat, ou la préservation des effectifs selon le mot de notre illustre fondateur : « la sueur épargne le sang ». Livrant toujours une course contre la montre, le sapeur est donc en premier lieu un organisateur de ses moyens et de son temps, des opérations d’infrastructure du temps de paix, pourraient sembler privilégiés par rapport aux sapeurs de combat, mais d’autres variables imprévues existent pour lui, comme les modifications inopinées d’enveloppes budgétaires, les contraintes administratives ou les aléas des entreprises, le tout ne rendant pas la tâche au demeurant plus aisée.

QUI EST CE SAPEUR ?
Il s’agit d’un homme, ou aussi d’une femme, qui a choisi cette arme technique sans être pour autant nécessairement de formation scientifique. Il lui est cependant recommandé de faire preuve d’un solide sens pratique. Grâce à l’atout que représente la diversité du génie, le sapeur peut orienter son domaine d’action en fonction de ses goûts. Celui qui recherche l’imprévu au quotidien postulera pour la composante sécurité. Celui qui souhaite l’ambiance militaire des unités de combat se dirigera vers un régiment du génie, mais selon son style personnel, il

UNE TOURNURE D’ESPRIT PARTICULIÈRE
Face à ces multiples équations, la rigueur intellectuelle est de mise. Quel que soit son grade, le sapeur aime le concret et s’assure de sa réalité. Fidèle au premier précepte du discours de la méthode de DESCARTES « ne recevoir jamais aucune chose pour vraie que je ne la connusse évidemment être telle », il ne croit que ce qu’il a pu reconnaître personnellement ou faire évaluer par un autre sapeur. Avant de se lancer, il calcule tout avec soin. Peut-on lui reprocher alors une relative perplexité et quelques objections devant des tableaux idylliques qui lui sont parfois brossés pour tenter d’obtenir son assentiment lors de la phase d’étude d’un chantier ? Que de fois en effet s’eston rendu compte que ce qui « ne devrait demander que deux brouettes », au dire d’un officier de cavalerie, imposait en réalité dix rotations d’une section de camions-bennes ! Cet attrait pour la technique a valu au génie de se voir confier d’emblée, au cours des siècles passés, toutes les missions complexes nécessitant la maîtrise des éléments : attaque et défense des places, aérostation, aéronautique, transmissions, pour ne citer que les principaux, figurent parmi les domaines dont l’application militaire a été initiée par le génie. Tout diversifié qu’apparaisse son rôle et si qualifié qu’il soit, le sapeur ne détient pas, à lui seul, toutes les connaissances liées à

optera pour une unité lourde ou légère, pour un régiment de parachutiste, de la légion étrangère ou des troupes de montagne. S’il est attiré par les gros chantiers, il pourra servir dans une unité de travaux lourds. Enfin, s’il aime les techniques d’infrastructure et le contact avec le monde des entreprises du bâtiment, il trouvera sa voie dans le service du génie. Il existe

intégrant aussi à sa planification plusieurs facteurs qu’il ne maîtrise pas, comme la menace ennemie, la nature du sol ou les conditions météorologiques. Il doit bel et bien trouver la solution de ce que l’on appelle une programmation linéaire en recherche opérationnelle. L’ingénieur militaire et le conducteur de travaux, chargés
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ses multiples champs d’action, mais il peut toujours faire appel à plus spécialisé que lui et, pour les cas difficiles, bénéficie du vivier national que constitue le service technique des bâtiments, fortifications et travaux. Ses ingénieurs et experts militaires de haut niveau lui apporteront un appui précieux, à l’autre bout du monde s’il le faut. Le fait de devoir conserver les pieds sur terre ne range pas les sapeurs dans la catégorie des rêveurs ou des poètes et (est-ce un défaut ?) ne les attache pas à toutes les traditions, dont certaines sont devenues surannées. Pour être efficace, le sapeur doit savoir remettre en cause son environnement. L’histoire du génie fait d’ailleurs ressortir quelques éminentes figures d’officiers dont la carrière militaire ou le destin politique a profité d’un état d’esprit nonconformiste, joint il est vrai à des qualités personnelles indiscutables. VAUBAN se place ainsi en tête de cette lignée pour toutes ses réalisations, jusque dans son projet fiscal de dîme royale, jugé séditieux à l’époque. Plus près de nous, d’autres exemples d’officiers républicains et réformateurs nous sont donnés par Lazare CARNOT, « l’organisateur de la victoire » sous la révolution, puis au XIXe siècle par le général CAVAIGNAC, chef du pouvoir exécutif en 1848 et le colonel DENFERT-ROCHEREAU, défenseur de Belfort puis député dès 1871.

INGÉNIOSITÉ ET TÉNACITÉ
On prête certaines qualités aux militaires, mais deux d’entre elles sont indispensables au sapeur et généralement assez bien cultivées grâce à l’expérience. La première est l’ingéniosité ; elle recouvre la compétence technique et la faculté d’adaptation. La compétence technique correspond à la capacité d’appliquer une solution pratique à chaque problème. La faculté d’adaptation, quant à elle, apporte la réponse de rechange lorsque le problème ne se présente pas sous une forme habituelle. En cas d’hésitation, ou lorsque la solution ne saute pas aux yeux, l’imagination sera la ressource du sapeur. Elle lui permettra de trouver l’astuce technique ou administrative, celle qui sort des schémas classiques et n’intègre pas nécessairement des moyens militaires : emploi de main-d’œuvre locale, location d’engins civils, utilisation de méthodes ou techniques en mode dégradé. N’oublions pas que faute d’engin, même au 21e siècle, une tranchée peut être creusée à la main ! La seconde qualité du sapeur est la ténacité. Elle n’est pas moins nécessaire que la première parce qu’il faut beaucoup de volonté et de persévérance pour ne pas se décourager devant les multiples écueils qui se présen- 31 -

tent inévitablement lors des opérations du génie, quel que soit leur type. Se montrer opiniâtre ne signifie pas au demeurant que l’on s’entête sur des solutions qui perdent leur intérêt parce que la situation a changé. Si une meilleure occasion se présente, ce n’est pas manquer de ténacité que de changer de cap. Au contraire c’est montrer sa conviction que le succès reste à portée de main. Faire preuve d’ingéniosité et de ténacité implique, pour un sapeur, d’être en permanence attentif à l’évolution constante des facteurs, et de savoir les analyser pour réorienter son action au moment opportun. Cette démarche est complexe dans la mesure où la situation extérieure ne constitue qu’un des éléments de l’équation à résoudre. Il n’est pas nécessaire de maintenir toujours plusieurs fers au feu mais l’esprit doit rester toujours en éveil pour réagir vite et, si possible, devancer l’événement.

DES PRÉCAUTIONS POUR DURER
La plupart des interventions militaires s’inscrivent aujourd’hui dans la durée. Or l’homme n’est pas une machine et, en campagne, il faut limiter ses contraintes physiques. Depuis les débuts de la mécanisation, les hommes ont effectivement

Lazare CARNOT

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perdu de l’endurance et, si entraînés qu’ils soient, les sapeurs d’aujourd’hui doivent eux aussi être considérés comme relativement fragiles. Pour maintenir leur rendement sur le terrain, le commandement doit donc être vigilant et les ménager, surtout lorsque les conditions de travail sont pénibles : chaleur, humidité, port de lourds effets de protection. En zone d’insécurité, que de fois nos sapeurs de combat ont à œuvrer en plein soleil, revêtus du casque et d’un gilet pare-balles de 10 kilos, pour construire à la main un abri ou un poste. S’il faut tenir plusieurs semaines à ce régime en évitant la fatigue, l’amaigrissement ou le mal de dos, des précautions sont à prendre : ergonomie des manutentions, pauses courtes mais régulières, sommeil quotidien suffisant, repos musculaire d’une journée par semaine etc. Le service de santé et les cadres du génie sont conscients du problème, mais le chef militaire interarmes doit l’être aussi pour rester raisonnable dans ses exigences. En revanche, sur le plan mental, il est rare que soit nécessaire une cellule d’aide psychologique en soutien des unités du génie. Certes, celles-ci ont parfois été chargées de missions traumatisantes, comme les inhumations massives de réfugiés morts d’épidémie lors de l’opération TURQUOISE au Rwanda, mais en règle générale, et surtout s’il est occupé, le sapeur bénéficie d’un bon dérivatif et n’a pas le temps de laisser vagabonder son esprit. Il est donc rarement soumis aux états d’âme ou au stress, même dans les situations critiques, d’où cet intérêt supplémentaire de ne jamais laisser des sections du génie désœuvrées. S’il n’y a pas de besoin militaire immédiat car la situation tactique est stabilisée, les actions civilo-militaires offrent alors de multiples possibilités de maintenir un rythme soutenu d’activité, tout en apportant une aide appréciable à la population locale. En dernier lieu, il importe que l’équipement du sapeur reste à la pointe du progrès si l’armée de terre veut rester compétitive dans un monde où tous les types d’adversaires, terroristes inclus, ne manquent pas d’utiliser les dernières techniques. La débrouillardise des hommes du génie ne peut compenser l’absence de matériel due à un retard de programme. Face aux nouvelles menaces, une attention particulière doit maintenant être portée sur les équipements particuliers de combat en zone urbaine et sur les moyens de détection et de déminage, encore trop rudimentaires. Des outils même sophistiqués ne remplaceront pas le sapeur, mais accroîtront sa confiance en lui-même. Ils lui permettront d’atteindre sans effort inutile une zone d’action peu accessible, puis d’agir avec une meilleure protection et plus de discernement.

INCULQUER SAVOIR-FAIRE ET SAVOIR-ÊTRE
Responsable en premier lieu de la formation et du recyclage des cadres du génie, l’école supérieure et d’application du génie se trouve, elle aussi, au cœur de ce système humain. En tant que maison mère, elle assure maintenant le suivi d’ensemble de l’arme et la mise en cohérence des formations et parcours professionnels de ses trois composantes. Elle donne la priorité à une instruction la plus pratique possible, assortie d’un aguerrissement physique et mental. À tous les régiments, établissements du génie et formations de pompiers ou de sécurité civile, elle se doit de fournir des officiers et des sous-officiers issus d’un moule commun et munis d’un fil directeur pour toute leur carrière. Elle doit surtout livrer des hommes et des femmes affirmés, épanouis et conscients que, le relais leur étant passé, l’image de marque du génie repose maintenant sur eux.

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Général de brigade Claude DORANGE

LA BRIGADE DU GÉNIE, SIMPLE AFFAIRE DE SPÉCIALISTES ?
The missions of the Engineer Brigade deal with specialized engineer support, NBC defence and geographical support. All its members must be trained in the three “s” areas : soldier, specialist and sapper. Its different transformations since 1998 went simultaneously along two directions : reinforced specialization for the two Groups (geographical and NBC defence battalion-size units) and diversification and adaptation to the new theatres of operations for the three Engineer Regiments. The large variety of specialities within the Brigade gives a wealthy and well assumed identity. It is very helpful for the attractiveness of recruitment. As far as training is concerned, the Engineer school (ESAG) devolves several training courses to the Regiments. Three reasons can be underlined for this : limited number of trainees, respective training capabilities within ESAG and the specialized Regiments in these areas. A real identity gathers all the specialists from the Brigade. They share the mastering of the environment, common training and common operational missions. Being a good specialist must not be opposed to being a good soldier. Assuming basic security missions and overseas commitment must remain a common knowledge. These missions give a large contribution to the Brigade cohesion. Lastly, the Engineer Regiments are assigned to the basic Engineer missions (bridges mounting, protection engineer works, basic navigation and river crossing, felling and mine clearing…).

Admis en 1972 à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr, il choisit l’arme du génie à sa sortie et effectue son stage d’application à Angers (1974-1975). Il est nommé général de brigade et désigné pour prendre les fonctions de commandant de la brigade du génie et de gouverneur militaire de Strasbourg le 1er août 2003. Sa carrière d’officier se partage entre des affectations en régiment, en état-major et en école. Il a notamment servi au 13e RG et au 34e RG comme CDS et CDU. Il a commandé le 4e RG de la division d’infanterie de montagne à La Valbonne, de 1994 à 1997. Il a également été chef du centre de recherche au commandement de la doctrine et de l’enseignement militaire supérieur de Paris et avant son poste actuel, officier chargé de la cohérence opérationnelle du système de forces « projection et mobilité » à l’état-major des armées de Paris, de 2001 à 2003. Ingénieur de l’école supérieure d’électricité, il a suivi la scolarité de la 102e promotion de l’école supérieure de guerre et a été auditeur à l’IHEDN.

Les missions de la brigade du génie couvrent l’appui génie spécialisé, la défense NBC et l’appui géographique. Les hommes et les femmes qui la composent doivent être compétents dans trois domaines que l’on peut synthétiser sous le sigle des 3 « s » : soldat, sapeur et spécialiste. Créée en 1998, la brigade du génie peut désormais se prévaloir d’une certaine maturité, après une série de réformes successives. La dernière devrait être terminée en 2007 avec la transformation du groupe de défense NBC (GDNBC) en régiment de défense NBC (RDNBC). Ce processus de transformation et d’adaptation a connu deux cheminements simultanés.
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D’une part les régiments de génie se sont diversifiés de plus en plus dans leurs structures pour s’adapter aux besoins avérés au cours des projections de la fin des années 90. D’autre part les deux groupes (géographie et

Servant en décontamination NBC

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DNBC) se sont encore renforcés dans leurs expertises, imposant ainsi un surcroît de formation du personnel. Depuis 1999, le 2e RG s’est organisé selon quatre structures successives, le 1er RG en a connu trois, le 5e RG a amalgamé progressivement celles héritées de régiments de travaux à vocation territoriale. Le GDNBC, après son déménagement de Caen à Draguignan, s’apprête à devenir un vrai régiment des forces. Le 28e groupe géographique, dans l’emprise duquel devrait s’installer également un organisme de géographie militaire à vocation interarmées (OVIA), recentre ses batteries géographiques sur la préparation à l’engagement et à la projection. La réussite de ces transformations de grande ampleur, sans soubresauts, ni dramatisation des difficultés, doit être attribuée sans conteste prioritairement à la faculté d’adaptation du personnel. La brigade du génie a prouvé au cours de ses premières années d’existence que ses régiments étaient à même de gérer des spécialités pointues très diverses dans des contextes opérationnels souvent très exigeants, tout en maintenant les savoir-faire fondamentaux individuels et collectifs du combattant, ainsi que les compétences communes à tous les sapeurs. Il convient donc d’étudier les spécialités de la brigade du génie au travers de leur diversité, mais aussi de leurs points communs dont notamment l’identité AGESTER que partagent tous ceux qui « machinent » le terrain. ment source de richesse et d’une identité bien assumée.

Une attractivité certaine
Il semble évident que le succès des plans de recrutement des régiments de la brigade repose bien sur le caractère concret de la plupart des métiers qui y sont pratiqués : bâtiment et travaux publics, sécurité au sens large, géographie… Les 20 domaines de spécialité, en moyenne, servis dans les corps de la brigade attirent des EVAT qui en avaient bien souvent eu un aperçu au moins au cours de leur scolarité civile et même souvent lors d’une première expérience professionnelle. Il en est de même pour les cadres, qui ont le plus souvent choisi en conscience de servir quelques unes de ces spécialités rares, très souvent uniques au sein de l’armée de terre, voire au plan national. Il est ainsi possible de citer les spécialités offertes dans le domaine de la géographie, de la défense NBC, du contre minage, des travaux, routiers ou voie ferrée, de la production et de la distribution de l’énergie. Outre cet aspect concret indéniable qui est un facteur majeur d’attractivité, elles donnent vite l’occasion de se construire une riche expérience professionnelle, socle indispensable à une carrière intéressante, ainsi qu’à une reconversion facilitée.

LA DIVERSITÉ
Tout d’abord, il convient de constater que la diversité des spécialités de la brigade du génie, mise au service d’un thème commun s’avère finale-

Formation : les défis actuels et les atouts de la brigade
Dans les principes, la formation est gérée par des acteurs qui appartiennent à des chaînes différentes (CoFAT et régions). Dans ce domaine, la déconcentration n’est pas un vain mot, puisque force est de constater que la gestion de cette diversité en matière de formation est avant tout du ressort des corps
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Observateur GPS

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n° 2) n’a pas totalement disparu, que l’EDNBC de Caen s’est bien métamorphosée en CDNBC à Draguignan, tout en développant un partenariat fructueux avec le GDNBC. Sans pouvoir disposer systématiquement d’un environnement matériel idéal pour la formation, les nombreuses spécialités de la brigade bénéficient d’une forte culture « maison », qui ponctuellement renforce également l’esprit de corps et la maturation du personnel qui y sert. Il est à noter que la reconnaissance de cette expertise aboutit à la création d’autres centres d’instruction spécifiques accolés à ces régiments uniques : c’est le cas, outre celui du GDNBC, du 28e groupe géographique qui anime désormais un centre d’instruction, ouvert aux autres armées, pour les cadres de la spécialité géographie (CISA). Pour ces deux spécialités, cette reconnaissance d’excellence dépasse bien souvent le cadre de la seule armée de terre. nécessitent la plupart du temps de s’appuyer sur les compétences de camarades maîtrisant d’autres spécialités. Les mandats successifs des BATGEN dans les Balkans en sont une illustration évidente. Un des objectifs de l’entraînement en métropole consiste à tenter de reconstituer cet environnement et ces conditions d’emploi spécifiques. Il s’agit de maîtriser le fonctionnement de structures composites du niveau du bataillon, d’assurer le soutien de la section géographique par les sapeurs de l’UCL du bataillon du génie, de mettre sur pied un PC qui verra se côtoyer des détachements de liaison et de commandement NBC et géographique… Cette mixité, qui nécessite pour être efficace l’apprentissage initial et indispensable de codes communs, s’appuie justement sur ce socle partagé de la fonction AGESTER.

Propulsiste sur PFM

dont les tâches se sont singulièrement alourdies ces dernières années. Au moins trois raisons peuvent expliquer cette orientation : • l’impossibilité pour le CoFAT, et notamment l’ESAG, de répondre au besoin en flux de formation en période de montée en puissance de certaines spécialités ; • l’existence au sein des corps de la brigade de véritables niches de spécialités, que les régions terre ont des difficultés à identifier en gestion ; • la persistance au sein des corps d’une culture de formation « maison », qui constitue un atout en vue de la professionnalisation. Ainsi peut-on considérer que le centre de formation en électromécanique des engagés (CIG

Le retour aux fondamentaux L’UNITÉ Le socle AGESTER
Les diverses spécialités de la brigade peuvent sembler disparates à première vue. En fait, les multiples spécialistes se retrouvent autour de valeurs, d’expériences et de « fondamentaux » communs, et la qualité du personnel, de sa formation notamment, contribue largement à l’émergence de cette identité. La « maîtrise du milieu » constitue le dénominateur commun le plus tangible : pour le groupe de décontamination, le conducteur d’engin ou le chef de portière PFM, l’essentiel est de vaincre les éléments, naturels ou artificiels. Cette prise de conscience collective est facilitée sur les théâtres d’opération extérieurs. Dans ce contexte, les échanges entre individus sont favorisés par les structures modulaires, souvent de petite taille, qui
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Le développement très poussé de la spécialisation pourrait parfois entraîner des réflexes corporatistes, créateurs bien connus d’exclusion. Un des facteurs permettant la construction de cette unité découle de la mise en place des unités PROTERRE. Le taux d’emploi très élevé des unités d’infanterie en opérations extérieures a poussé le commandement à confier les missions communes de l’armée de terre à des unités provenant d’autres armes pour soulager les unités d’infanterie.

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Pour remplir ces missions avec le maximum d’efficacité, les régiments ont mis encore davantage l’accent sur la formation individuelle et collective dans les métiers de base et la vie du soldat « toutes armes ». L’acceptation par le commandant de la force d’action terrestre d’une dérogation au principe de stricte homogénéité des unités PROTERRE projetées a contribué grandement à la cohésion de la brigade. En effet, cela a permis la création de compagnies PROTERRE de composition mixte entre un des trois régiments du génie et un groupe (géographique ou NBC, ceux-ci n’étant pas en mesure de mettre sur pied une compagnie complète aux fins de projection au format PROTERRE). Cela a concouru encore à brasser la population très variée de la brigade. Le retour aux apprentissages fondamentaux a conduit les spécialistes à mieux assumer leurs différences avec d’autres armes ou d’autres domaines, et à se confronter à une autre expérience. Ce retour aux sources, certes coûteux en termes de construction du parcours professionnel de spécialités rares, n’en constitue pas moins un atout supplémentaire. L’attractivité de ces missions de participation au rythme commun de l’armée de terre professionnelle est aisément mesurable, notamment pour les deux groupes (géographique et de défense NBC, mais aussi pour les compagnies du génie à vocation « combat haute intensité », actuellement peu projetées dans leur métier). Une bonne gestion des ressources privilégie bien évidemment et prioritairement l’engagement opérationnel dans la spécialité. L’entraînement interarmes fait également partie des fondamentaux. Cet aspect est actuellement bien relancé par la prise en compte très en amont, lors de la planification des exercices des grandes unités interarmes, de la fonction AGESTER (OPÉRA 3T pour le niveau corps d’armée ou LCC, GUIBERT ou LANNES pour les EMF ou divisions, Aurige pour les brigades). Les régiments du génie de la brigade s’attachent également, lors de leurs exercices, à mettre en place un environnement interarmes le plus réaliste possible. aptitudes de sapeur. Pour cela, dans la directive de préparation opérationnelle annuelle, le général commandant la brigade du génie fixe à ses régiments un contrat opérationnel qui ne se limite pas aux spécialités organiques d’un régiment, mais qui reprend quelques-unes des missions de base de l’arme : lancement de ponts fixes, de ponts de circonstance, actions d’organisation du terrain, manœuvres de force, dégagement de chablis sur axe ou zone, navigation et franchissement en embarcation isolée ou portière légère…

CONCLUSION
Appartenant à une unité encore jeune, les hommes et les femmes de la brigade du génie assument donc bien, malgré la diversité de leurs métiers, leur triple statut de spécialistes, de sapeurs et de soldats professionnels. Leur expertise de spécialiste est reconnue sur de nombreux théâtres et a désormais acquis une notoriété interarmées. Ces spécialités doivent également être reconnues en gestion (spécialité de géographe, d’électromécanicien, d’« infrastructure opérationnelle » …). Parallèlement, la recherche de passerelles entre les formations du GDNBC et celles des formations militaires de la sécurité civile est en cours. Leur statut de spécialiste ne leur fait pas oublier qu’ils restent des sapeurs et des soldats et qu’ils doivent à ce titre s’entraîner pour conserver un équilibre entre ces trois compétences.

Le maintien des connaissances de base du sapeur
Spécialiste et soldat, le militaire de la brigade doit conserver ses

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LES TRANSFORMATIONS INTERNES DE LA BRIGADE DU GÉNIE

Tout en restant dans le périmètre des compétences spécialisées du sapeur ou du servant, les évolutions récentes, exposées ci-après, ont conduit à autant de réorientations de savoir-faire du personnel.

Année

Mesures • Création de la compagnie de contre-minage • Création de la compagnie d’appui et ponts fixes

Corps 1er RG 1er RG 2e RG 5e RG

1998 • Organisation du régiment d’aide au déploiement • Appropriation de la mission travaux lourds

2000

Création du GDNBC comme corps de première catégorie

GDNBC

Doublement des capacités d’aide au déploiement • Création de la compagnie énergie et de la compagnie 2002 d’infrastructure opérationnelle par transformation d’une compagnie PFM et de la compagnie d’appui et ponts fixes • Transformation de la compagnie sauvegarde en compagnie eau 2e RG 1er RG

2002-2003

Homogénéisation des structures des compagnies

5e RG et 28e GG

2005-2007

Montée en puissance du GDNBC en RDNBC avec création GDNBC de 3 compagnies de décontamination supplémentaires

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Général Jean-Paul THONIER

INTERVIEW DU GÉNÉRAL COMMANDANT LA 9e BLBMa
Le général THONIER commande la 9e brigade légère blindée de marine (BLBMa) depuis l’été 2003. Au sein de la brigade, se trouve le 6e régiment du génie, stationné à Angers, unité organique de la 9 depuis 1993. Dans le cadre de la revue SAPEUR, il livre aux représentants de l’ESAG (le colonel SIMON, directeur des études et de la prospective, le chef de bataillon PLANTEC, officier communication information et mademoiselle HOERTER, stagiaire en maîtrise de science de l’éducation, mention médiation culturelle et communication) ses impressions sur le rôle, la place et les capacités de « ses » sapeurs. COL SIMON : mon général, la 9e BLBMa a été créée le 1er juillet 1999 dans le cadre de la refondation de l’armée de terre. Quelle est la filiation de votre brigade ? GAL THONIER : s’inscrivant dans la continuité de la 9e division d’infanterie de marine dont elle a repris les traditions, la brigade a en fait une double filiation : • la 9e DIC (division d’infanterie coloniale), de 1943 à 1948, composée entre autres des 21e RIMa, RICM (régiment d’infanterie coloniale du Maroc) et aussi du 71e BG (ancêtre du 71e RG aujourd’hui dissous), celle du débarquement en Provence d’août 1944, puis de l’épopée d’Indochine… ; • mais aussi, et avant tout, la « division bleue » de Bazeilles (1870), avec ces trois régiments de ligne, 1er, 2e et 3e RIMa et le 11e RAMa, et l’épopée que l’on connaît. COL SIMON : quand on évoque l’histoire de la 9, depuis la renaissance de 1963 jusqu’à aujourd’hui, on y associe la Bretagne. Quelles en sont les raisons et pourquoi avoir choisi Nantes pour l’implantation du PC en 1986 ? GAL THONIER : pourquoi en Bretagne ? Tout simplement parce que la vocation de la division est amphibie et que certaines structures existaient déjà sur place, comme Penthièvre ou le centre amphibie de Lorient pour la marine. La présence des côtes y a été aussi pour beau-

Officier issu de l’EMIA (19741975), il choisit les TDM. Sa carrière d’officier se partage entre les affectations en métropole et outre-mer (Tahiti, Antilles-Guyane, NouvelleCalédonie, Djibouti). Il a occupé plusieurs fonctions au sein du 2e RIMa du Mans (chef de commando, commandant d’unité, chef du BOI et chef de corps). Il a également servi à l’EMA comme chef de la section Afrique, Proche et Moyen-Orient de la division « monde et moyens ». En septembre 1996, il est détaché à Bangui comme conseiller défense du président de la république Centrafricaine. À son retour en juillet 1997, il est nommé chef d'état-major de la 9e division d'infanterie de marine de Nantes. Il est adjoint au général commandant l’EMF 1 de Besançon depuis le 1er septembre 2002. Le 1er juillet 2003, il rejoint Nantes et prend le commandement de la 9e BLBMa. Le général THONIER a participé aux opérations au Liban (19831984), en république Centrafricaine (1981-1996), dans le golfe arabo-persique (opération DAGUET, 1991), à Djibouti (1991), en ex-Yougoslavie (19921994-1995), et plus récemment en république démocratique du Congo (opération ARTEMIS/ MAMBA , 2003).

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coup dans ce choix. « Nous [les troupes de marine] sommes des êtres hybrides ; nous appartenons bien sûr à l’armée de terre, mais nous avons vocation à être embarqués. De toutes les nations européennes possédant une force similaire, nous sommes les seuls à ne pas être incorporés à la marine ». D’ailleurs, il s’en est fallu de peu puisque les TDM appartenaient à la marine jusqu’en 1905, puis au ministère des colonies jusqu’en 1963. Nous sommes devenus terriens tardivement. Et cela s’explique sûrement par le fait que les TAP se créaient au même moment. Pour ce qui est du choix de Nantes, c’est à cause du port, de l’aéroport et de la proximité de Paris. C’est la métropole du grand Ouest. En fait, le déménagement du PC et du 9e RCS de Saint-Malo vers Nantes en juillet 1986 correspondait à la transformation de la 9e DIMa en division légère blindée, pour profiter de la proximité des zones aéroportuaires et maritimes nantaises et faciliter ainsi la préparation des mouvements opératifs. Aujourd’hui, après les derniers mouvements d’unités de 1996 (le RICM de Vannes à Poitiers), la situation géographique de nos unités est bien équilibrée sur le grand Ouest. Cela fait 30 ans que nous sommes des unités professionnelles et notre recrutement s’ancre de plus en plus à l’ouest, tout en continuant de s’appuyer sur nos jeunes recrues issues des DOM TOM. Aujourd’hui, Nantes est une des garnisons les plus demandées. COL SIMON : vous avez été chef d’état-major à la 9e DIMa de 1997 à 1999. La transformation de la 9e DIMa en 9e brigade légère blindée de marine a-t-elle eu beaucoup de conséquences ? GAL THONIER : en tant que chef d’état-major, j’ai fait mourir la 9e DIMa et emmené la 9e BLBMa sur les fonts baptismaux. Je peux donc vous en parler et vous dire que cela n’a rien véritable culture « colo » et cela facilite les échanges. La cohabitation de l’EMF 2 et de la 9e BLBMa est une nouveauté, qui s’est révélée judicieuse à l’usage. Notre départ en 5 jours, dans le cadre de l’opération ARTÉMIS, est à mettre sur le compte de cette entente. Nous partageons la même culture. COL SIMON : les domaines d’expertise traditionnels de la 9e DIMa ont–ils été conservés ? GAL THONIER : il y a toujours les deux domaines d’expertise majeurs : la capacité amphibie et la culture d’arme acquise après 30 ans passés sur tous les théâtres d’opérations avec des troupes professionnelles. Le 3e RIMa est le plus ancien régiment de l’armée de terre. Cette expérience de vieille unité professionnelle peut certes paraître subjective, mais elle nous permet de nous appuyer
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changé, notamment en terme de culture ou d’implantation, même si avec la dissolution du 9e RCS, la brigade a perdu son autonomie logistique. Nous étions déjà professionnalisés à l’exception d’une compagnie au 6e RG et du 1er RIMa. Le 22e BIMa, qui est chargé de notre soutien (compagnie transmission de PC), a lui aussi une

en permanence sur une véritable culture d’arme et un solide brassage humain. Cette expérience passe aussi par des séjours outre-mer, en AMT ou autres missions de souveraineté. De plus, 20 % de nos soldats viennent des DOM-TOM et cela nous apporte une plus value lors de certaines opérations : nos soldats, à l’image des légionnaires, maîtrisent souvent

des langues et dialectes utiles. Témoin, l’opération qui se déroule actuellement en Haïti, où des marsouins d’origine créole participent activement à la force d’interposition. La capacité amphibie est partagée avec la 6e BLB. La 9e BLBMa possède cependant une antériorité sur celle-ci. Pourtant, lorsque l’on pense « amphibie » dans l’armée française, on est obligé de penser 6 et 9 ou 9 et 6. Il n’y a pas de divergence entre les deux brigades. Le cycle soutenu et les prises d’alerte Guépard « amphibie » obligent les deux brigades à travailler en étroite synergie. La 6 possède deux bateaux, ce qui lui donne une réelle « culture marine ». De plus, la livraison de futurs matériels de débarquement, le nouveau BPC (bâtiment de projection et de commandement) ou le prochain véhicule d’assaut amphibie, accroîtra encore notre capacité d’assaut. D’un point de

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vue technique, cela va être une révolution pour nous : ce prochain véhicule d’assaut amphibie, de « haute mobilité » nous donnera l’accès à 80 % des côtes au lieu de 20 % actuellement. COL SIMON : le 6e RG ne devient régiment organique de la 9e DIMa qu’en 1993. Comment expliquez vous cette arrivée tardive ? GAL THONIER : au départ, une seule compagnie de génie (59e CGDIMa) appuyait la brigade légère amphibie. Puis, celle-ci s’est transformée en division légère blindée avec deux compagnies du génie (141e et 142e compagnies). Alors, pourquoi en est-on resté à deux compagnies pendant si longtemps ? En fait, c’était la même chose pour d’autres divisions (8e et 12e divisions d’infanterie) et en plus, le contexte est-ouest d’alors et le face à face avec les unités du pacte de Varsovie, ne militaient pas pour l’amphibie. Un phénomène accélérateur a été la création du 6e régiment étranger de génie. COL SIMON : pensez-vous que le 6e RG soit bien adapté pour remplir ses missions au sein de la brigade, notamment en termes d’équipements spécifiques ? Qu’attendez-vous de lui ? GAL THONIER : il y a deux volets dans votre question : • le volet des missions traditionnelles d’une brigade légère blindée, pour lesquelles le 6e REG a été dimensionné et qui ne me pose pas de souci particulier ; de toute façon, si besoin, on serait renforcé de moyens et/ou capacités complémentaires au moment du processus de génération de forces… témoin l’opération ARTEMIS ; • le volet particulier de la capacité amphibie et du service outre-mer, où les prestations fournies par le régiment, en collaboration étroite avec les unités spécialisées de la marine dans le cadre des UIP (unités interarmées de plage), nous permettent de satisfaire les objectifs opérationnels assignés à la 9 et à la 6e BLB, même si certains équipements spécifiques relativement anciens devront être renouvelés au plus vite… Je pense en particulier aux vieux « bull tapis ». aux mouvements du personnel et joue mon rôle de conseil auprès de la DPMAT en la matière. Systématiquement, le 6e RG est associé aux DIO qui partent en AMT. D’un autre côté, le chef de corps du régiment est soucieux de maintenir cette culture outre-mer et envoie du monde un peu partout. Aujourd’hui, concernant le 6, son intégration est faite. Il n’y a plus rien à prouver, c’est derrière nous. Le général THONIER était le chef de l’opération ARTEMIS / MAMBA … Dans ce cadre, il évoque les actions conduites par les sapeurs de la force. CBA PLANTEC : les effectifs génie de l’opération ARTEMIS étaient-ils bien dimensionnés ? GAL THONIER : oui et non. Oui au regard de la durée de l’opération (qui fut brève), et non s’il avait fallu durer ou si les missions avaient été élargies. Nous avions deux contraintes : • seuls les engins aérotransportables ont pu être embarqués ; • une piste de 1400 mètres de long qui connaît 5 à 6 rotations par jour se dégrade vite et un tiers de ces rotations était consacré à la logistique, ce qui grève forcément le transport des troupes. Il a donc fallu tailler la force au plus juste et diminuer les rotations, ce qui nous a permis de déclarer la force « opérationnelle » le 6 juillet, soit seulement un mois après l’alerte. Cette opération est un cas d’espèce et non un cas d’école. Il a fallu choisir les moyens, c’est sûr, mais l’enseignement majeur que je garde c’est l’importance des hommes. J’ai pu faire le choix délicat de me priver de certains moyens, parce que je savais pouvoir compter sur mes hommes.

Sans faire injure aux autres régiments, le 6e RG est un régiment opérationnel où règne, comme au 17e RGP d’ailleurs, un état d’esprit particulier qui les met quelque peu à la marge. Le génie d’assaut n’était pas très développé à l’époque et la mue s’est faite progressivement. Aujourd’hui, la culture « outremer » est sur le même plan que la culture « sapeur », mais à la limite ça n’est pas important, car le principal est qu’ils [les sapeurs] se sentent bien dans leur peau. COL SIMON : que faites-vous pour faciliter l’intégration du 6e RG à la BLBMa ? GAL THONIER : dans la mesure du possible, tous les postes génie sont confiés au 6e RG partout où la BLBMa doit fournir du personnel. Je suis aussi attentif
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Concernant les équipements génie, le 6e RG devait initialement se charger de tout. Mais, compte tenu de problème technique avec certains engins, j’ai demandé l’appui de moyens et personnel du 17e RGP, [groupe OT aérotransportable de la section d’équipement de poser d’assaut], du 2e RG [groupe énergie] et du 25e RGA pour la maintenance de la piste. L’appui du génie britannique, avec ses moyens lourds pour les travaux de piste, a été essentiel notamment pour faciliter le désengagement. Mon PC opératif (venu de l’EMF 2) était installé à Entebbe dans un hôtel, ce qui au début a pu faire sourire. Cependant, pour assurer toutes les tâches administratives de 526 rotations, il valait mieux être bien installé pour bien travailler. Lorsque les dernières rotations pour débarquer la force sont arrivées sur le territoire, ce PC a commencé à planifier celles du retour. Un PC avancé a été extrait d’Entebbe et placé à Bunia, pour conduire la manœuvre tactique. Deux sapeurs participaient à cet étatmajor avancé : un officier supérieur comme chef de la cellule EOD et l’autre à la cellule génie et 3D. À noter l’excellent travail de soutien mené par l’attaché de défense à Kinshasa, sapeur de son état. CBA PLANTEC : quelles ont été pour vous les forces et faiblesses des sapeurs dans cette intervention ? GAL THONIER : les faiblesses tiennent au choix des moyens qui a du être fait. Il est évident maintenant que l’on ne peut plus s’engager sans génie. Tout ce que j’ai pu demander à mes sapeurs a été fait. Je n’ai jamais constaté d’incompétence. Cela tient-il au fait que le 6 et le 17 ont des savoir-faire particuliers ? Je crois qu’il est important de se demander si la culture « débrouille » développée par ce genre d’unité n’est pas essentielle au succès de la mission. La rusticité c’est l’affaire de tous. Mais un TDM connaît les capacités du génie et sait que le sapeur, lorsqu’il est amoureux de son chef, travaille deux fois plus, alors… [sourire]
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CBA PLANTEC : selon le concept du « Three blocks war » développé par les britanniques suite à l’intervention en Irak, le génie peut mener de front des opérations de combat, d’aide au déploiement ou humanitaires. Cela fut-il le cas pour ARTÉMIS ? GAL THONIER : lorsqu’on « entre en premier » sur un territoire et que l’on a décidé de ne pas rester, on lance le génie combat en premier. Cela m’a valu des critiques. Mais quand on « entre en premier » sur un territoire, on est rustique, on vit derrière les chars, donc il n’y a pas d’aide au déploiement. Tout général que j’étais, je me suis rasé en utilisant le réchaud à gaz. Il ne faut surtout pas prendre Mostar pour modèle. Le bungalow, ça casse la culture. Je me répète, quand on « entre en premier » sur un territoire, on est rustique et on n’utilise que le génie combat. On ne s’occupe pas des ACM, on laisse ça aux ONG qui ont d’ailleurs besoin de cet oxygène pour vivre. Mon soutien sanitaire n’a soigné que mes hommes. L’officier de liaison auprès des ONG leur donnait des recommandations de sécurité. Nous sommes pollués par la vision « OTAN » des choses. Nous, on est gaulois, on est rustique. Je connaissais mes hommes et je savais que la rusticité ne leur faisait pas peur.

Mademoiselle HOERTER est étudiante en maîtrise de science de l’éducation, mention médiation culturelle et communication. Dans ce cadre, elle effectue un stage professionnel au sein de la cellule communication de l’ESAG et réalise une enquête d’opinion sur le génie et plus particulièrement sur les sapeurs. Les conclusions de cette enquête paraîtront dans une prochaine « lettre du génie ». Mlle HOERTER : pourriez-vous nous donner votre définition du sapeur ? GAL THONIER : je vais commencer par évoquer une boutade bien connue de tous les militaires : « si tu es propre, va dans le génie tu seras le seul ». Ce n’est qu’une plaisanterie, bien sûr, mais au-delà, elle révèle l’esprit sapeur. Si le sapeur est « sale », c’est parce qu’il travaille. Ce que fait un sapeur, on le voit. Il a le souci du travail bien fait. Même si, comme l’artilleur, il a parfois le complexe de l’arme d’appui et a besoin d’être aimé. Il faut savoir lui dire qu’il est utile, ce qui est vrai d’ailleurs. Le génie est une arme riche, entière qui a une vraie culture. D’ailleurs, avec les TDM, les sapeurs sont les seuls à commander outre-mer. Je concluerai en reprenant ce que j’avais écrit dans une lettre de félicitations au 6e RG , à l’issue d’un mandat en Bosnie: « je ne vous envie pas, je vous admire ». Je ne les envie pas parce que je ne suis pas manuel et je les admire parce qu’ils sont bien dans leur peau tout en faisant un métier ingrat.

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Colonel Denis PARMENTIER

INDIVIDU DÉCISIF, LE SAPEUR DANS LE COMBAT EN ZUB
Concerning combat in urban areas, the force must be in a position to bring in sometimes simultaneously conventional coercive actions against an identified enemy, to face up to non-conventional actions (terrorists, militiamen…) and control the site. The concomitance of these three great types of involvement requires at every levels, a great ability to reversibility, a good situation reaction and a real power of adaptation to manage the permanent evolution of involvement positions and rules. So whatever are the action phases, the land force is essential to the control of the site and the human factor is very important during the operations, and so that whatever is the level of the forces. The discipline and the experience of enlisted men always constitutes a determining condition to success.

Saint-cyrien de la promotion MONTCALM (1980-1982) le colonel PARMENTIER a servi comme lieutenant au 11 e régiment du génie à Rastatt. Il a commandé la 1 re compagnie de combat du 6 e régiment du génie à Angers de 1988 à 1990. Engagé ensuite dans le cycle de préparation au brevet technique, il est ingénieur civil de l’école nationale des ponts et chaussées (1994) et suit la scolarité du CSEM (108 e promotion) puis du CID (3 e session). Chef du BOI du 34 e régiment du génie à Épernay, il effectue une mission de 7 mois au sein du Combine Joint Planning Staff au SHAPE. En 1998, il est affecté à l'EMAT, il participe à la montée en puissance du bureau de conception des systèmes de forces. À ce poste il est en charge de la fonction « agencement de l'espace terrestre », mais aussi des projets liés à la robotique et aux armes à énergie dirigée. En 2001, il s’occupe de la coordination des études amonts et technico-opérationnelles. En 2002, il prend le commandement du 13 e régiment du génie à Épernay puis depuis l’été 2003 au Valdahon. Il rejoindra cet été de nouveau le BCSF en tant qu’adjoint au chef de bureau.

Dans le cadre du combat en zone urbaine, la force doit être en mesure de s’engager parfois simultanément dans des actions coercitives conventionnelles contre un ennemi identifié, faire face à des actions non conventionnelles (terroristes, miliciens etc) et dans des actions de maîtrise du milieu. La concomitance de ces trois grands types d’engagement exige à tous les niveaux, une grande aptitude à la réversibilité, une bonne intelligence de situation et une réelle faculté

d’adaptation pour gérer l’évolution permanente des postures et des règles d’engagement. Donc quelles que soient les phases de l’action la composante terrestre reste indispensable pour le contrôle du milieu et le facteur humain est d’une importance décisive dans les opérations et ce quel que soit le niveau de technicité des forces en présence. La discipline et l’expérience des hommes engagés constituent toujours une condition déterminante du succès.

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technologiques pourraient remplacer les hommes. En effet l’homme reste au cœur du combat en zone urbaine. Dans ce contexte et parce que les conflits auront tendance à prendre la forme d’actions à petite échelle mais à haute amplitude, les contributions des soldats individuels auront une importance accrue. Comme par le passé, l’arme la plus dangereuse du champ de bataille sera le soldat énergique, résolu, discipliné et habile. En même temps que le courage nécessaire au combat, ce soldat devra faire preuve d’un niveau sans précédent d’initiative et de créativité pour s’adapter à la situation complexe et changeante du combat en zone urbaine. Cette complexité est en partie le produit de la puissance de feu des armées modernes. L’effet destructeur de nos armes et de nos munitions non seulement anéantit les troupes et les équipements adverses mais elle les chasse également du terrain ouvert. Elle contraint l’ennemi à abandonner une guerre de formations agissant à haute fréquence de manière prévisible, en faveur d’une guerre conjuguant dispersion et actions raréfiées, de grande ampleur et moins prévisibles. Elle amène l’ennemi à s’entourer de non-combattants utilisés comme bouclier politique contre notre feu. Au même titre que les autres unités engagées, l’élément le plus important pour la manœuvre en combat en zone urbaine du sapeur est l’accent mis sur son aptitude au combat rapproché. Il devra chercher à remporter la victoire sur un adversaire en attaquant les éléments supportant sa puissance de combat (1), q u ’ i l s s o i e n t moraux ou conceptuels. C’est le fondement de l’action de choc et du génie d’assaut. Il faudra également prendre en compte l’importance du moral pour nos propres forces. Ceci requiert de

Dans le cadre des opérations dans lesquelles les forces terrestres sont susceptibles de s'engager dans les années à venir et quel que soit le mode opératoire adopté (coercition de forces ou maîtrise de la violence), la zone urbaine s'impose désormais comme l'espace privilégié de leurs actions. Ce constat, dont la pérennité peut être considérée comme assurée à long terme, conduit à des évolutions dans l'appui direct au combat dont les conséquences se font sentir directement sur les engagements des unités du génie. En effet, dans le contexte de la zone urbaine : 1) des situations tactiques difficiles, souvent violentes, peuvent apparaître soudainement. Il s'agit d'y apporter des réponses proportionnées mais immédiatement efficaces ce à quoi contribuent les actions d'appui au combat des unités du génie. 2) le milieu physique est d'une diversité incomparablement plus complexe à appréhender que les grandes étendues souvent ouvertes où s'inscrivait auparavant l'essentiel des engagements. Il est caractérisé par :

• un cloisonnement vertical extrême où les champs de tir sont limités et la mobilité réduite ; • un espace tridimensionnel avec le sous-sol qui offre des voies de communication utilisables, la surface et les élévations, offrant des possibilités d'observation et d'accès multiples ; • une infrastructure permettant au défenseur de bénéficier d'un avantage tactique incontestable. 3) un milieu humain dense et diversifié où les acteurs peuvent être tour à tour neutres, passifs ou actifs, violents ou non violents. Ce milieu nécessite tout particulièrement une coopération interarmes totale jusqu’aux échelons les plus bas. La nature des missions et du milieu donne place à chacune des composantes des unités blindées/mécanisées. Par exemple, l’emploi du trinôme infanterie/char/génie optimise l’effet de l’infanterie dans le combat en zone urbaine et évite un éventuel enlisement du char dans ce milieu. Ainsi, la composante mêlée, essentielle dans la saisie et le contrôle continu du terrain, ne doit pas être sacrifiée au prétexte que les avancées

(1) « C’est la terreur et non la destruction qui est l’objectif véritable des forces armées » JFC FULLER, Armoured Warfare. - 44 -

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la part des chefs qu’ils aient « la capacité de faire combattre les hommes » (2) quelles que soient les terreurs et les incertitudes du combat. Sans la volonté de prendre des risques, l’approche manœuvrière dans le combat en zone urbaine ne peut s’appliquer et la conduite des opérations se trouve essentiellement centrée sur l’attrition, avec une réduction de l’initiative et donc de la cadence. Il s’ensuit donc que les capacités développées dans le concept de combat en zone urbaine doivent être analysées, non seulement par rapport à leurs effets sur l’adversaire, mais aussi par rapport à leur impact sur notre propre composante « moral » en donnant aux soldats la confiance de prendre des risques. Par ailleurs, si nous voulons projeter la puissance de combat dans l’espace de bataille complexe du futur, nous devons inverser nos priorités et passer de la simplicité relative du combat mécanisé au défi d’opérations post-jominiennes, dispersées et sans formation. Nous devons cesser de considérer les sombres recoins – villes, montagnes, jungles – comme des problèmes ardus et apprendre à en faire des opportunités pour des manœuvres créatives. Le général LECLERC parvint à franchir ce palier mental lors des combats de la libération de Paris, lorsqu’il apprit à exploiter les avantages du combat en zone urbaine pour prendre l’ascendant sur ses adversaires. La ville n’était plus un obstacle redouté, mais un atout pour ses forces. Ainsi, les combats menés par le 13e bataillon du génie au sein de la 2e division blindée peuvent se caractériser par trois principes essentiels : une intégration complète et systématique aux premiers échelons de combat, une décentralisation maximale du commandement et une volonté d’obtenir un effet de « foudroyance ». Au cours des combats, plusieurs lacunes ou difficultés ont pu apparaître : inadaptation des matériels au combat embarqué, faible capacité d’appui à la mobilité verticale, absence de réaction adaptée pour faire face aux risques de perte de liberté d’action par la présence de foules. Ces lacunes inhérentes autant à des faiblesses doctrinales que matérielles appellent l’attention des sapeurs du 21e siècle, confrontés à des situations analogues sur les théâtres d’opérations extérieures. Car au-delà de la première intervention massive de la division LECLERC en métropole, ce combat présente l’intérêt de figurer comme un exemple d’intervention offensive de groupements tactiques blindés en milieu urbain

(2) ADP Ops paragraphe 110. - 45 -

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La complexité de cet espace de bataille si particulier de la zone urbaine exige que nous passions de la concentration basée sur : • l’attrition ciblée ; à la dispersion

• du feu « apocalyptique » et épisodique aux senseurs permanents et hautement performants ; • de l’aversion délibérée du risque à la prise de risque calculée. Nous ne devons pas continuer à construire et entraîner nos forces pour un combat dans les plaines de l’Europe centrale quand le futur se déroule dans les cités du monde entier. Nous saurons que la guerre moderne aura été comprise lorsque notre culture de commandement en viendra à considérer la complexité et le chaos non comme un problème mais comme une opportunité.

et de l’appui du génie dans ce contexte. De telles configurations ont été mises sur pied lors d’interventions en Europe centrale et sont dorénavant la structure privilégiée de projection des forces. L’actualité des enseignements tirés des combats de Paris semble frappée au coin du bon sens, pourtant il paraît toujours aussi difficile de donner une réponse aux questions soulevées tant en matière de doctrine d’emploi que d’équipements qui en découlent. En effet, le combat en zone urbaine met en évidence des forces militaires classiques, mais aussi des acteurs civils, résidents ou miliciens. Les forces armées se trouvent alors confrontées à des notions de droit des conflits ou de politique et perdent parfois le contrôle de leur action. Le défi réside in fine dans la définition des objectifs à atteindre par la force et les moyens qui lui sont concédés pour les atteindre. Ainsi, ce fut d’âpres discussions entre le

général de GAULLE et les Alliés en 1944, cela reste une priorité dans les engagements futurs. La ville à force de concentration des moyens de communication, des centres de décision politique et économique, n’est plus seulement un objectif prioritaire ; elle devient l’objectif unique des prochains conflits.

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Colonel Bernard FONTAN

LE STRESS DU SAPEUR-POMPIER DANS LES INTERVENTIONS EN ZONE SENSIBLE
On 14th July 2001, firefighters from the fire station in AULNAY SOUS BOIS were called out for a fire and fell into an ambush. The delinquents then crashed a stolen digger into the fire engine. Only with help from the police could the firemen escape from this situation. The delinquents were later prosecuted and given sentences of up to 8 months imprisonment. They were also ordered to pay damages. The job of a firefighter has always been considered a stressful job, however, they now have the added stress of dealing with urban violence. Two forms of stress are known by the specialists : positive stress which boosts your actions and negative stress which wears you down. Firemen’s every day working conditions generate their own stress. However, stress during an intervention varies depending on the stage of the intervention “shout, action or recovery”. Undoubtedly, after a difficult intervention dialogue is essential and a debriefing is of the utmost importance to gauge whether or not psychological help is required. Sport and physical training is one of the best ways to get rid of any tension. Urban violence in ghettos adds to the feeling of insecurity that puts firemen under extra stress. This violence is aimed at all civil servants and consists of either physical assaults or throwing projectiles. The fire service is, therefore, an easy prey to these gangs. This is particularly the case in the Northern Parisian suburbs where the 1st Fire Command operates. 80 % of assaults on the Paris Fire Brigade take place in the 1st Fire Command’s area of operation. If the job itself is more interesting in the Northern command area, life for the fireman’s family is much harder. Therefore, various steps have been taken locally to face these psychological upheavals and firemen have now taken their own safety measures. Windscreens have been reinforced in the fire engines and ambulances and fire stations have been secured. Psychological support is now provided by our emergency doctors. Alternating assignments between Paris and the suburbs has now become a human resources policy. Prosecutions against delinquents are now systematic. Prevention actions are now organised by firemen, such as, the organisation of training sessions with local schools. Last but not least, the esprit de corps is a precious tool to strengthen cohesion against stressful adversity.

Saint-cyrien de la promotion Grande Armée (81-83), le colonel Bernard FONTAN commande le 1er groupement d’incendie de la BSPP depuis le 26 juin 2003. Chef de garde d’incendie puis commandant d’unité à la BSPP, il rejoint ensuite l’ESGM puis l’établissement du génie de Paris. Ingénieur civil de l’école nationale des ponts et chaussées (96) et breveté de l’enseignement militaire supérieur (CSEM et CID en 98), il est chef du bureau emploi à la DCG avant de prendre en 2001, les fonctions de chef du bureau formation instruction de la BSPP.

Nuit du 14 juillet 2001 : les sapeurs-pompiers du centre de secours d’Aulnay-Sous-Bois, appelés pour un feu dans une cité, sont pris dans une embuscade et un tracto-pelle volé sur un chantier charge leur fourgon. Seule l’intervention de la police les sortira de cette situation et des jeunes sont interpellés. Jugés en janvier et en mars 2004, ils sont condamnés à des peines diverses, de 6 mois de mise à l’épreuve à 8 mois de prison ferme, assorties de sanc- 47 -

tions financières en réparation des préjudices moraux et matériels. Jusque là, les sapeurs-pompiers étaient conscients de vivre un métier stressant. Cependant, depuis quelques années, à des conditions de travail parfois éprouvantes où se mêlent urgence et situations imprévisibles, s’ajoute un risque supplémentaire lié aux violences urbaines. À ce dernier, les pompiers n’étaient pas préparés.

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Particulièrement confrontés à ce phénomène, les sapeurs-pompiers du 1er groupement d’incendie intervenant en Seine-SaintDenis ont développé différentes mesures propres à leur secteur. ou la gravité, en particulier quand la vie des personnes est menacée (notamment lorsqu’il s’agit d’une femme ou d’un enfant) ou celle d’autres pompiers et plus le spectacle de l'atteinte physique, des blessures, du sang, des cadavres et de la mort ; • dans les conditions de travail éprouvantes : le sommeil interrompu, la prise de décision dans des délais rapides, les contraintes extérieures qui s’ajoutent les unes aux autres (les fumées et gaz toxiques, le bruit, les variations brutales de température) ; • dans les facteurs physiques : les efforts soudains, répétitifs et intenses, la fatigue (opérations de longue durée), les difficultés de respiration et de communication liées aux appareillages, la visibilité réduite ou altérée ; • dans certains événements extérieurs : la foule sur les lieux du sinistre, les médias… Soumis à rude épreuve, le sapeur-pompier doit pouvoir compter sur sa résistance, sa capacité et ses ressources individuelles, pour répondre à ces exigences et s’adapter psychologiquement à la pression de ce stress endogène permanent. Des processus se sont donc mis en place. tains services d’urgences, est très sollicitée pour intégrer des stagiaires militaires qui viennent vivre une mise en situation de stress. Le stress est un préalable conscient et accepté qui varie en fonction des moments d’une intervention. Parallèlement, de façon implicite, des stratégies d’ajustement au stress ont été adoptées. La phase pré-opérationnelle est marquée par l’excitation. La sonnerie déclenche une augmentation brutale de la fréquence cardiaque et l’exigence de rapidité (s’équiper, rejoindre la remise, etc.) fait monter d’un cran le niveau de stress. Pendant le trajet, l’inquiétude de l’inconnu peut faire naître une certaine angoisse chez certains ou les débutants. D’autres peuvent redouter de revivre un événement traumatisant (explosion, brûlure, confrontation à la mort…), ou de laisser transparaître des émotions. En intervention, la pression émotionnelle est forte et dans le même temps, le sapeur-pompier doit réagir physiquement et intellectuellement dans les délais les plus rapides. S’engageant dans l’action, il dissocie implicitement l’activité technique sur laquelle il concentre toute son attention, de la situation environnante agressive qu’il s’efforce de ne pas percevoir. La phase post-opérationnelle est selon les circonstances l’occasion de l’euphorie, du découragement, de la fatigue ou de l’abattement. C’est une période de décompression, au cours de laquelle l'angoisse et la tension accumulées pendant l'intervention sont extériorisées. Le rire, l'humour, parfois « noir » sont souvent à la hauteur du stress vécu. Dans cette phase, la cohésion du groupe et une hiérarchie structurante sont propres à contenir le stress. Comme les militaires ayant vécu des épreuves ou des évènements

LE STRESS DU SAPEURPOMPIER
Deux formes de stress sont connues : le stress positif et le stress négatif. Le premier correspond au fait que nous sommes capables d'adapter notre comportement aux exigences de la situation. Présent lors de compétitions ou d'examens, il est la manifestation d'un haut niveau de vigilance ; il permet de se dépasser et d'augmenter ses capacités. Il ne pose pas de problème car il est facile à évacuer. En revanche, le stress négatif apparaît lorsque nos moyens de défense sont dépassés. Il handicape voire neutralise notre capacité d’action. Contre-productif, il peut nuire à la bonne réalisation d’une intervention ou survenir après. Plusieurs types de ce stress négatif doivent être gérés par le sapeur-pompier : un stress endogène et de nouvelles formes exogènes liées aux violences urbaines.

Un facteur endogène
Les sapeurs-pompiers de Paris exercent une profession qui les confronte à des situations difficiles, exigeantes, parfois traumatisantes. Associées au caractère répétitif et permanent de l’urgence, elles ont pour corollaire la création d’un stress inhérent à la profession que l’on peut qualifier d’endogène. D’où provient-il ? Les origines en sont multiples et peuvent se trouver : • dans la nature même des interventions : les situations nouvelles, leur dimension dramatique ou spectaculaire, les interventions avec de nombreuses victimes, l’enjeu

Prise en compte et gestion du stress : de l’implicite à l’explicite
Un déterminisme professionnel et des stratégies implicites Le sapeur-pompier s'attend tôt ou tard à être confronté à des évènements émotionnellement forts, voire choquants ou traumatisants. Ce « déterminisme professionnel » existe dans d'autres métiers à risques ou liés à l’urgence. C’est pour cela que la Brigade de sapeurs-pompiers de Paris, à l’instar de cer- 48 -

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intenses en OPEX, les sapeurspompiers veulent partager leur vécu avec ceux qui vivent leur métier et cet échange au retour d'intervention, entre cadres et sapeurs, a de tous temps constitué une efficace thérapie de groupe. Pour les psychologues, la parole qui sert en effet à verbaliser et a de la sorte des vertus curatives ; elle évacue tensions et angoisses, et permet également de savoir si les autres ont ressenti les mêmes impressions. et d’extinction des incendies. Elle suit un programme annuel défini dans chaque groupement d’incendie où l’improvisation n’a pas sa place. Cet entraînement quotidien est un gage de sécurité dans la pratique du métier. Il peut également canaliser les émotions en intervention et permettre de réaliser des gestes quasi automatiques, rendant possible une certaine distanciation vis-à-vis de l’évènement (vertu reconnue du « drill »). Tout ce dispositif rend possible la gestion du stress endogène. Qu’en est-il quand il prend sa source dans des causes nouvelles et externes au métier ? quance de voie publique, incivilités, attroupements hostiles… Les incivilités prennent plusieurs formes : impolitesse, insolence et divers manquements à la vie en collectivité : salissures, dégradations, vandalisme, abandon d’objets, insultes, interpellations, occupations d’espaces (places publiques, halls d’immeubles…). Les actes de violence contre les personnes ou les biens sont commis par un groupe généralement jeune, sur « son » territoire. Ils peuvent être spontanés ou être le fruit d’un plan plus ou moins élaboré (embuscade). Un phénomène de société auquel les pompiers n’échappent pas Ces violences urbaines, si elles s’attaquent aux biens privés (véhicules) visent surtout les institutions : la police, l’école, l’institution judiciaire (agitations en audiences, intimidations de témoins…), la Poste, les transports en commun, les services d’urgence des hôpitaux, et… les sapeurs-pompiers. En effet, et peut-être parce qu'ils portent un uniforme, ils symbolisent parfois dans les cités difficiles, la seule manifestation de la puissance publique et de l’autorité de l’État. Au même titre que les autres institutions, ils sont devenus eux-aussi, des cibles de violence, et des cibles faciles : ils n’ont aucune action répressive et interviennent dès qu’on les appelle. À ces agressions, il faut ajouter, les dégâts et tentatives d’intru-

Formation et prévention
Ainsi, après une intervention délicate ou difficile, il est primordial qu’un dialogue puisse avoir lieu avant que chacun ne reparte en repos ou en permission. Cette discussion qui prend la forme d’un debriefing, favorise la prise de conscience par chacun de la normalité de ses réactions et contribue à réduire le possible sentiment d’échec ou d’insatisfaction. Ce debriefing conduit par un cadre est déterminant pour repérer ceux qui auront besoin d’un éventuel suivi psychologique. La BSPP est avant tout une unité engagée dans l’action pour la protection des personnes et des biens, où l’opérationnel reste prédominant. Consciente que les difficultés inhérentes aux missions sont réelles et qu’elle ne peut pas toujours préserver son personnel, elle mène des actions d’information et de formation afin d’anticiper ce type de problème. Chaque jour de garde comprend séance de sport et formation professionnelle permanente (FPP). L’entraînement sportif permet de se préparer aux interventions où alternent des phases de résistance et d’endurance et d’évacuer aussi une certaine tension. La FPP consiste quotidiennement, dans chacun des centres de secours, à répéter des gestes individuels et des manœuvres collectives de secours à victime, de sauvetage

ZONES SENSIBLES ET VIOLENCES URBAINES Banlieue et agressivité
Travailler en banlieue est difficile, en Seine-Saint-Denis plus qu’ailleurs : la plupart des zones urbaines sensibles (ZUS) identifiées en 1999 sont situées en Ile-de-France, particulièrement dans les communes nord et est de la petite couronne. Elles cumulent habitat dégradé, chômage, pauvreté, échec scolaire ainsi que délinquance et violence. Les violences urbaines n’y sont pas systématiquement synonymes d’émeutes et d’incendies volontaires. On y rencontre tous l e s a c t e s délictueux répétitifs et quotidiens : petite délin-

Impacts sur des premiers secours - 49 -

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sion qui visent les centres de secours, les vols et les dégradations de matériel en intervention, les insultes, les menaces contre le pompier et sa famille ; facilement identifiable (même en civil) ses trajets pour rejoindre la gare ou le centre de secours après un repos ou une permission sont stressants. Heureusement, la majeure partie de ces comportements violents n’ont pas de conséquences graves sur le plan physique mais certaines peuvent être traumatisantes. groupes de jeunes : agressions verbales, dégradations de véhicules et du matériel de secours, et de temps en temps jets de pierres, de boules de pétanques et autres objets lourds lancés des étages (gros électroménager par exemple). Les sapeurs-pompiers connaissent les risques d’agression et les précédents associés à tel quartier, telle adresse ou tel immeuble. Quand il s’agit d’intervenir dans les cités, une vigilance particulière est de mise, révélatrice d’un stress nouveau plus fort qu’ailleurs : lever la tête, ne pas longer les façades. Une violence étrangère, subie, incomprise Comme les agents des services publics, les pompiers ont l’impression d’être les récepteurs d’une violence qui s’adresse plus à la société dans son ensemble qu’à eux personnellement. Cela est d’autant plus vrai quand ils interviennent au profit de la population défavorisée d’une cité, que toute forme de violence tend à isoler davantage. Cela peut entraîner un fort s e n t i m e n t d e désillusion par rapport au métier que l’on a choisi ou à son idéal de départ. Le fait d’être exposé à la violence dans l’exécution de son travail, de façon imprévisible, parfois répétitive (agressions verbales), peut engendrer une réaction de stress ou d’anxiété, ou la peur de devenir une victime. Pour les psychologues, le besoin de comprendre est nécessaire pour les victimes : pourquoi ces violences ? Ces actes gratuits et le sentiment de n’avoir aucune prise sur l’événement ou l’environnement accroissent le stress . En revanche, le stress qu’engendrent les risques courus se trouve atténué quand on pense avoir été bien formé et être prêt à faire face à toute éventualité. C’est désormais la dualité que doit gérer le sapeur-pompier.
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LES MESURES PRISES AU 1er GROUPEMENT D’INCENDIE Une particularité du groupement
La zone d’action de la brigade est couverte par 3 groupements d’incendie. Celle du 1er groupement couvre le nord-est de Paris (dont les 18e, 19e et 20e arrondissements) et la Seine-Saint-Denis (le « 9-3 »), soit un peu plus de 2 millions d’habitants et quelques 150 ethnies ou nationalités. Ce groupement qui connaît la plus forte activité opérationnelle (157047 interventions en 2003, soit près de 36,7 % de l’activité de la brigade) est également celui qui a enregistré sur la dernière décennie, près de 80 % des agressions subies par la brigade. Parallèlement, la banlieue représente pour ce groupement un creuset d’interventions intéressantes, diverses et variées. Les feux y sont parfois délicats et impressionnants ; ils forgent l’expérience (habitat vétuste, zones artisanales et industrielles). En 2003, les feux représentent 4,28 % des interventions de la BSPP mais 7,6 % de celles de Seine-Saint-Denis. Travailler en banlieue est devenu un critère à part entière. Ainsi au premier groupement, il est d’usage d’indiquer en plus de ses années de services, celles exercées dans le 93. Être affecté en banlieue exige donc de la motivation. En général, les contraintes sont acceptées plus facilement par les jeunes ; dans les centres de secours, la moyenne d’âge est d’environ 25 ans et les célibataires y sont majoritaires. Mais pour les cadres qui dans leur majorité sont logés sur place, le problème est plus crucial : déplacement de l’épouse, scolarité des enfants, sorties, utilisation des transports en commun, courses… Même si l’alternance entre Paris et banlieue n’est pas toujours possible au sein du groupement (8 centres de secours parisiens pour 17 en banlieue), c’est un paramètre à prendre en compte au moment du PAM.

Une nouvelle forme de stress exogène
Les cités : des lieux d’intervention différents avec des risques nouveaux La cité plus qu’ailleurs cristallise l’agressivité : barres d’immeubles, vandalisme, regards menaçants, attroupements autour des secours, interpellations… Les sapeurs-pompiers y connaissent une certaine appréhension ; moins sereins, ils craignent pour leur sécurité et celles des victimes. En intervention, ils rencontrent principalement deux types de violence : • le plus fréquemment, des agressions isolées, subies à l’occasion du secours à victime, par la victime ou ses proches. Elles sont à mettre au compte de la nervosité, de la consommation de drogues ou de malades difficiles à maîtriser ; • les violences urbaines proprement dites, qui s’apparentent à une violence de « zone » et qui sont le fait de

Impacts sur des premiers secours (1 sapeur blessé à la tête)

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S’adapter
Il n’y a pas vraiment de solution type face à cette insécurité : s’adapter est le mot d’ordre pour continuer la mission en tout lieu. Déserter le terrain serait contraire à l’éthique. Cependant pour continuer à travailler, plusieurs actions ont été entreprises où il s’agit avant tout de se rendre moins vulnérable. Les mesures opérationnelles Des tactiques adaptées d’intervention Autres mesures opérationnelles Certaines dates sont connues d’avance (Jour de l’An, 14 juillet…) et la BSPP prend à chaque fois des dispositions particulières pour assurer une couverture opérationnelle optimum. Il s’agit, malgré les nombreuses sollicitations pour feux sur la voie publique (véhicules, poubelles…), de disposer d’engins pour intervenir sur toute autre intervention. Ainsi, dans la nuit du 31 décembre au 1er janvier 2004, le 1er groupement d’incendie a été renforcé de quatre premiers secours armés par le 3e groupement et le groupement d’instruction ; cette même nuit, ce sont près de 70 voitures qui ont brûlé en Seine-Saint-Denis. Les mesures de protection, la formation et le soutien psychologique Des échanges se sont développés avec d’autres villes touchées par ces phénomènes (comme Belfast), d’autres sont en cours (en Alsace notamment), afin de confronter les expériences et découvrir d’autres savoir-faire. Le personnel et les engins La protection des véhicules et des pompiers est déterminante. Pour autant, il faut éviter de ressembler à des unités de maintien de l’ordre. Le personnel porte la tenue de feu complète ; mais la protection des véhicules doit être invisible pour ne pas être ressentie comme une provocation. Aussi, consiste-t-elle principalement à renforcer les vitrages par un film pour éviter la projection d’objets et d’éclats à l’intérieur. Les centres de secours Certains centres de secours ont vu leur clôture renforcée pour éviter les intrusions et la mise en place de systèmes de vidéosurveillance. Ailleurs, des navettes sont instaurées pour les dépla- 51 -

cements entre la gare et le centre de secours, aux heures de relève de la garde. La formation et la sensibilisation des pompiers Chaque compagnie a développé des séances de sensibilisation pour les jeunes recrues ou de formation pour les cadres ; le turnover est tel que celles-ci doivent être répétées régulièrement. Le soutien psychologique Comme exposé en première partie, en cas d’agression grave, un officier de l’unité peut conduire un entretien collectif pour debriefer le groupe ; après une agression collective, la visite d’un officier supérieur du groupement s’impose. D’autre part, tout sapeur-pompier blessé en intervention est suivi par un médecin du groupement. Le cas échéant, il peut être orienté vers un psychologue. La brigade envisage d’avoir très prochainement un médecin psychologue, qui pourrait suivre ces cas ou tout autre pompier ayant participé à une intervention traumatisante. Autres mesures Les actions en justice Même si les procédures administratives sont consommatrices de temps (compte rendus, dépôts de plainte, comparutions au tribunal…) les actions en justice sont devenues systématiques, car il s’agit de refuser la banalisation de la violence. Depuis que ces mesures sont en vigueur, et malgré les pressions qui sont exercées contre les sapeurs-pompiers victimes ou les témoins, des agresseurs ont été condamnés (parfois à de la prison ferme), des indemnités ont été versées. Les autres pistes Les pompiers ont développé des actions de prévention en direction des jeunes des cités, notamment en accueillant des collé-

Un plan spécifique du 1er groupement appelé « plan troubles urbains » fixe les modalités d’intervention et les précautions à prendre en fonction de la violence pressentie et du niveau déclenché : • niveau vert : situation normale ; • niveau orange : début d’agitations, agressions verbales et gestuelles, augmentation du nombre d’interventions à caractère provocateur (feux de voitures et de poubelles…) ; • niveau rouge : troubles sérieux de l’ordre public, agressivité manifeste à l’égard des policiers ou des pompiers.

Pour ce dernier niveau, les pompiers n’interviennent qu’une fois la zone sécurisée, et sous la protection des policiers. L’officier supérieur de garde du groupement est présent, les engins sont concentrés sur une zone de déploiement initial (ZDI) avant d’intervenir à la demande. Dans tous les cas, les consignes suivantes sont appliquées : renforcer les moyens au départ des secours (en effectif), ne jamais provoquer ni répondre à la provocation, ne pas laisser un personnel ou un véhicule seul, ne pas stationner ou marcher le long des façades, s’engager en marche arrière dans une impasse, laisser brûler un véhicule ou une poubelle isolés…

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giens et lycéens dans le cadre des stages de découverte en entreprise, d’opérations portes ouvertes… Si elles peuvent servir à terme le recrutement, elles ont déjà des conséquences positives sur le regard porté dans les cités sur notre profession. Ces dispositions ne peuvent faire sentir leurs effets qu’à moyen, voire à long terme. Le phénomène, apparu depuis près de 20 ans s’était développé pour atteindre un paroxysme au début des années 2000. Il est encore loin d’être marginal. Cependant, une baisse notoire des agressions (en particulier contre les véhicules) est perceptible depuis l’année 2001, année qui avait marqué les esprits par la violence particulière de certains actes. L'esprit de corps est la vraie richesse de la brigade, son ciment. Les actions à mener dans ce domaine sont primordiales, d'autant qu'il peut être altéré par l'individualisme de notre société. Il rassemble des valeurs de responsabilité et de solidarité, d'entraide et de soutien, et des sentiments de compassion et de dépendance, à l'égard d'une unité et de ceux qui la composent : « chacun est seul responsable de tous » (SAINT-EXUPÉRY - pilote de guerre). Mis en rapport avec notre mission, il devient même une exigence intrinsèque ; il est une contrepartie à la relative autonomie et à la responsabilisation de chacun. Cet esprit de corps, et la cohésion qu'il induit, requièrent une implication des cadres de tous les instants, en particulier de ceux exerçant un temps de commandement. L'éclatement géographique d'un groupement d'incendie peut être un frein à la construction de cet esprit de corps (25 centres de secours pour le 1er groupement). Aucune occasion ne doit être délaissée. Appréciée dans les bons moments, la cohésion est indispensable pour nous permettre d'affronter les périodes plus éprouvantes, comme des agressions perpétrées contre le groupe, voire la blessure ou le décès d'un camarade en intervention. Chaque sapeur-pompier doit avoir conscience qu'il intervient au sein d'un groupe qui a une devise « sauver ou périr », le souci de la mission à accomplir, ses règles et ses rites, son éthique et son code d'honneur, qui lui permettent d'affronter les menaces et les difficultés rencontrées.

BSPP : dépôts de plainte pour matériel endommagé

Les commandants de compagnie et les chefs de centre sont également associés par les municipalités aux plans locaux de sécurité (signalisation des caves et locaux vide-ordures à fermer, épaves de véhicules à enlever avant les dates « rendezvous » comme le 14 juillet ou le 31 décembre…). Certains participent aux stages de réparation pénale et d’instruction civique, en liaison avec le TGI de Bobigny et les communes concernées. Pendant une journée, les jeunes se voient présenter les missions, et participent par des manœuvres à la réalité voire la pénibilité du métier de sapeur pompier.

Si le climat de t e n s i o n s ’ e s t apaisé, il n’en demeure pas moins que la vigilance doit être de rigueur. Lors de la dernière SaintSylvestre, sur le secteur du centre de secours d’AulnaySous-Bois, des pavés de 6 kg accompagnés de cocktails MOLOTOV ont bien été lancés de la terrasse d’un immeuble de 7 étages sur les sapeurspompiers qui éteignaient un feu de voiture !

Esprit de corps et cohésion : leviers et garde-fous anti-stress
La cohésion, devient un atout précieux et indispensable pour faire face aux aléas rencontrés. Pour les psychologues, elle répond à trois objectifs : • stratégique : se défendre collectivement et efficacement contre les menaces externes, les pressions diverses ; • psychologique : réconforter et assouvir un besoin de sécurité, évacuer les tensions ; • culturel : différencier le groupe d'appartenance des autres groupes.
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1er groupement d'incendie : agressions en intervention

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Lieutenantcolonel Jacques LE GALL

SI LE SERVICE DU GÉNIE M'ÉTAIT CONTÉ
“Each time I talk about support, I think of infrastructure. Each time I talk about operational commitment, I think of the experts who gave me the benefit of their expertise in Kaboul”. General Bernard THORETTE Chief of staff of the Army Versailles on October 23, 2002 Anyone who has studied History can testify to the enduring influence of the Corps of Engineers in France, its achievements over in the home country and abroad with, for instance, the foundation of the US Corps of Engineers. With the advent of Louis 14th, VAUBAN, the officer who undertook the works ordered by both COLBERT (until 1683) and by LOUVOIS (1665-1691), is without question the founding father of the Corps of Engineers. He is emblematic of the versatility and the modernity of sappers. Further, proof of the technological proficiency of the Corps of Engineers, is its involvement in the introduction of advanced technologies, such as aeronautics, communications and aviation to the military sphere, and the number of creative and courageous officers that arose from its ranks (CARNOT, du PORTAIL, SERE de RIVIERES, MARESCOT, JOFFRE, FAIDHERBE, VERNEAU…). The dynamism of the Corps of Engineers, its ability to adapt to the needs of the day and its sense of duty to provide support, have often been emphasized by the major political and military leaders of our country. Recently, with a new concept of metallo-textile structures, the infrastructure department provided on overseas operations with decent winter living conditions for the 500 French soldiers of ISAF deployed on operation “Epidote” in Afghanistan. At the same time, it constructed 1300 men camp for the Engineer Battalion at Novo-Solo, it also conducted reconnaissance and provided expert advice to CIMIC operations that helped to re-build the devastated urban areas of Kosovo. Yet, the Corps of Engineers has never shown off sappers being satisfied, perhaps too modest, to follow the example of their prestigious elders. Thus, currently the men and women of the infrastructure department are working hard, behind the scenes, to meet the infrastructure requirements of the Defence community set down in decree number 2000-289 of March 30, 2000. An expose of the infrastructure department, by way of its management missions, maintenance and adjustments to our real-estate is one way to pay homage to all those who, though sometimes misunderstood and poorly considered, are working hard to satisfy commanders and troops, in both peace and crisis time, on our national territory as well as overseas. In order to realise how important the infrastructure department is within the Ministry of Defence, it is necessary to examine its training, its organisation and the broad range of skills it encloses
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Le lieutenant-colonel Jacques LE GALL est depuis le 26 juin 2003 le chef du bureau réglementation – documentation – prévention de la direction centrale du génie à Versailles. Entré à Saint-Cyr en 1977, il sert comme chef de section au 6 e régiment du génie stationné à Angers, puis comme chef de brigade à l’école d’application du génie et effectue son temps de commandement à la tête de la 7 e compagnie de combat blindée du 32 e régiment du génie à Kehl de 1985 à 1987. Muté aux écoles de Coëtquidan, il devient chef du cours mines – explosifs – franchissements avant de prendre le commandement pendant un an de la 9 e compagnie d’élèves officiers de réserve. Il découvre le service du génie à l’issue de sa scolarité du diplôme technique de 1991 à 1993. D’abord maître d’œuvre à ClermontFerrand, il devient ensuite chef du bureau conduite des réalisations et directeur adjoint par intérim à l’établissement du génie de Grenoble. À l’issue, il continue d’exercer les responsabilités de conduire les opérations d’infrastructure et domaniales comme chef du bureau assistance au commandement de la direction régionale du génie de Lyon. En novembre 1998 il participe comme auditeur à la 134 e session régionale de l’institut des hautes études de défense nationale de Lyon. Désigné pour occuper les fonctions de chef de corps de l’établissement du génie – Lyon, il est directeur de mai 2000 à juin 2003. Le lieutenant-colonel LE GALL est titulaire du brevet technique d’études militaires générales et chevalier de la Légion d’honneur.

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« Dès lors que l’on parle de soutien, je pense infrastructure. Dès lors que l’on parle d’engagement opérationnel, je pense aux experts qui m’ont démontré le bienfait de leurs compétence à Kaboul. »
Général d’armée Bernard THORETTE Chef d’état-major de l’armée de terre Versailles le 23 octobre 2002

Dans le même temps, il a poursuivi l’installation d’un camp 1300 hommes pour le bataillon du génie à Novo-Solo et effectué des expertises, reconnaissances et missions d’urbanisme dans le cadre des affaires civilo-militaires pour construire des villes au Kosovo. Et pourtant le génie ne s’est jamais présenté comme une arme de panache, les sapeurs se contentant tout naturellement, calmement et trop modestement peut-être de suivre l’exemple de leurs aînés prestigieux. Ainsi, dans le service du génie d’aujourd’hui, des hommes et des femmes travaillent au quotidien, dans l’ombre, pour répondre en matière d’infrastructure aux besoins de la défense conformément aux attributions fixées par le décret numéro 2000-289 du 30 mars 2000. Présenter le service du génie à travers ses missions de gestion, d’entretien et d’adaptation du patrimoine immobilier permet de rendre hommage à tous ceux qui, parfois mal compris et peu considérés, œuvrent avec cœur pour la satisfaction du commandement et des formations en temps de paix comme en période de crise, en métropole comme à l’extérieur des frontières.

Pour bien se rendre compte de l’importance du service du génie au sein de la défense, il est utile de s’attarder sur sa spécificité, son organisation et sur le large éventail des métiers qu’il recouvre.

Celui qui étudie l’histoire peut témoigner de la constante influence du génie tant sur le territoire national avec des réalisations qui jalonnent le « tour de France » que vers l’international avec par exemple la naissance du génie américain. À l’avènement de Louis XIV, l’officier VAUBAN qui est directement responsable des opérations qui lui sont confiées par COLBERT (jusqu’en 1683) puis par LOUVOIS (1665-1691) est sans conteste le père et fondateur du génie militaire. Il représente une figure emblématique de la polyvalence et de la modernité des sapeurs. Arme savante par excellence, le génie inscrit son action au fil du temps dans les techniques nouvelles de l’aéronautique, des transmissions et de l’aviation… et révèle au grand jour des hommes de science, de talent et de courage (CARNOT, du PORTAIL, SÉRÉ de RIVIÈRES, M A R E S C O T, F A I D H E R B E , JOFFRE, VERNEAU…). Le dynamisme du génie, ses capacités d’adaptation aux besoins de chaque époque et son sens du soutien ont été maintes fois soulignées par les grands responsables politiques ou militaires de notre pays. En opérations extérieures, le service du génie a assuré dernièrement, avec un nouveau concept de structures métallotextiles, des conditions d’hivernage décentes pour les 500 soldats français de l’ISAF et de l’opération « ÉPIDOTE » en Afghanistan.

LE SERVICE DU GÉNIE : DES PROFESSIONNELS DE L’INFRASTRUCTURE AU SERVICE DE LA DÉFENSE
Le service du génie réunit du personnel militaire et civil autour d’un même objectif : répondre en termes d’infrastructure à l’attente d’une quinzaine de composantes de la défense parmi lesquelles l’armée de terre représente près des 2/3 des travaux d’investissement. Sa vocation interarmées l’amène à intervenir également au profit d’autres attributaires, dont la gendarmerie nationale, le service de santé des armées, les grandes directions de service ou encore l’armée de l’air. Dans le cadre de l’assistance générale, le service du génie soutient les différents étatsmajors dans leurs responsabilités concernant le stationnement des formations, l’élaboration des schémas directeurs, la planification générale et la programmation.

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GÉRER
Participant à la gestion du domaine immobilier de la défense, le service exerce un rôle proche de celui de notaire pour les opérations d’acquisitions, d’affectations, d’amodiations et d’aliénations. Il est le conseiller du commandement en la matière, mais aussi l’interlocuteur incontournable de tous les intervenants dont la particularité est qu’ils sont nombreux (collectivités territoriales et régionales, administrations, services fiscaux). Du côté de la défense, le service du génie travaille en liaison constante avec les états-majors pour les orientations de gestion domaniales, la direction de la mémoire, du patrimoine et des archives qui élabore et met en œuvre la politique patrimoniale du ministère et, enfin, la mission pour la réalisation des actifs immobiliers qui a pour tâche d’assurer les négociations commerciales avec les particuliers et les collectivités locales. Administrant 83 % du domaine immobilier de la défense, le service traite ces opérations complexes et fait face depuis quelques années à l’augmentation significative des contraintes environnementales et urbanistiques. Possédant des agents assermentés, il participe également à la surveillance du domaine, à la création et à la gestion de servitudes (champs de tirs, dépôts de munitions). l’exécution des travaux de surveillance technique du domaine, d’entretien spécialisé et d’adaptation mineurs. Ce soutien de proximité est hautement exigeant car il requiert des responsables en place à la fois des savoir-faire techniques et administratifs pour procéder au lancement et au contrôle de l’exécution des travaux, des compétences pour conduire les actions de coordination entre l’utilisateur et l’établissement du génie de rattachement et, enfin, pour remplir le rôle permanent de conseil au commandement. Assurer la maintenance d’un immeuble est un vrai métier qui ne s’acquiert que grâce à une solide formation de spécialité et une expérience acquise au sein de l’infrastructure. d’infrastructure fait intervenir de nombreux acteurs aux responsabilités bien identifiées dans les métiers de la maîtrise d’ouvrage, la maîtrise d’œuvre et les entreprises, ainsi qu’un processus de conduite en trois stades : la définition de l’opération, sa réalisation et son achèvement, où sont notamment mis en œuvre les garanties de parfait achèvement. Des conférences militaires permettent de passer au stade suivant par approbation du stade précédent. En maîtrise d’ouvrage, les gouverneurs de crédits ou leurs représentants expriment leurs besoins, approuvent les études, financent les opérations et ont pouvoir de décision, le service du génie apportant ses compétences techniques, administratives, financières et juridiques pour conduire les opérations. Le maître d’œuvre, qu’il soit public ou privé, est le deuxième intervenant majeur. Il est chargé par le maître de l’ouvrage d’apporter une réponse architecturale, technique et économique au programme de l’opération. À noter que le recours à la maîtrise d’œuvre privée permet au service du génie de lisser son plan de charge et de satisfaire la demande précise d’un attributaire (qualité architecturale, politique…).

ADAPTER
La troisième mission majeure consiste notamment à définir et à réaliser des aménagements, des constructions neuves ou des rénovations. Ces opérations relèvent du titre V. Les crédits sont confiés au directeur régional du génie qui exerce les fonctions d’ordonnateur secondaire et qui tient la comptabilité des engagements et des dépenses effectuées par les organismes d’exécution. La réalisation de ces opérations
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ENTRETENIR
Le prolongement de l’activité domaniale et immobilière se trouve naturellement dans l’exécution des opérations de maintenance visant à conserver le potentiel des infrastructures mises à la disposition des formations. À ce titre, le service du génie intervient, avec ses services locaux d’infrastructure, pour

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térialisation des marchés, deux versions successives du « nouveau code des marchés publics », la mise en œuvre du contrôle de gestion et de la démarche de pilotage, l’application de la loi organique relative aux lois de finances (LOLF), la montée en puissance de la loi d’organisation et de programmation pour la sécurité intérieure (LOPSI)… Pour faire face à ces nombreux défis, il a choisi de décliner au niveau central, puis au niveau régional et au plan local, une logique de métiers pour que les trois milles personnes civiles et militaires du service puissent s’engager dans des carrières motivantes et clairement identifiées. Ainsi les compétences nouvelles se répartissent principalement dans quatre grands ensembles : la conduite des opérations, l’administration et les finances, l’organisation et les ressources et la maîtrise d’œuvre.

Troisième grand acteur : l’entreprise, qui va effectuer les travaux. Les contrats sont passés par le directeur d’établissement du génie qui, comme personne responsable des marchés (PRM), est habilité es qualités à engager l’État et à signer les marchés publics de travaux. L’action de la PRM s’inscrit au plan administratif et juridique dans les procédures strictes et rigoureuses découlant principalement du code des marchés publics. La responsabilité de la PRM est pleine et entière dans l’application des lois et des règlements. Elle ne peut invoquer les ordres reçus pour déroger à la loi et peut, en cas d’infraction, encourir des sanctions pénales.

fectures ou du commandement territorial militaire. Le service du génie exerce en outre des compétences spécifiques telles que l’établissement et la gestion des régimes des champs et stands de tirs, la prise en compte dans les projets des mesures destinées à la prévention (protection contre l’incendie, protection de l’environnement et hygiène et sécurité des conditions de travail). Il dispose au sein du service technique des bâtiments fortifications et travaux de personnel hautement qualifié capable de répondre à des missions très spécialisées comme, par exemple, la protection contre les effets des armes classiques et nucléaires, le conseil en sécurité contre l’intrusion, la simulation permettant le dimensionnement des ouvrages soumis à toutes sortes de sollicitations, ou encore, une assistance dans le domaine du rayonnement électromagnétique.

Le pourcentage du personnel civil est passé de 45 à 70 % en quelques années. Malgré cette rapide évolution, la mission du service du génie s’est poursuivie dans des conditions favorables, les deux populations civiles et militaires établissant d’emblée un climat de confiance mutuelle basée sur la compétence. Ainsi, on trouve à tous les échelons les compétences nécessaires pour : • assister le commandement (gestionnaires du plan de charge, « programmistes », architectes, conducteurs d’opérations, conseillers en gestion domaniale…) ; • conduire les opérations (chefs de bureaux et de sections de la maîtrise d’ouvrage, responsables de programmes…) ; • concevoir les projets, suivre les travaux et contrôler la réalisation (chefs de bureaux et chefs de sections de la maî-

DES MISSIONS PARTICULIÈRES
Pour compléter ce tableau des missions du service et affirmer sa spécificité par rapport à un service d’infrastructure civil, il convient d’insister sur les situations dans lesquelles le service du génie est amené à intervenir : paix, crise, guerre et pour lesquelles il entretient en permanence des capacités de soutien au stationnement, des aptitudes aux missions d’urbanisme pour reconstruire les infrastructures indispensables à la vie des populations sinistrées et des possibilités d’actionner des détachements de reconnaissance et de liaison auprès des cellules de crise au sein des pré-

UNE ORGANISATION CALQUÉE SUR UNE LOGIQUE DE MÉTIERS
Suite à la professionnalisation des armées, le service du génie s’est adapté pour accompagner la transformation radicale qui vient de s’opérer. Dans le même temps, le service a pris en compte un nouveau système comptable, le passage à l’euro, les débuts de la déma- 56 -

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C’est ce qui se passe sans discontinuer depuis une dizaine d’années, environ 60 militaires du service se trouvant en permanence sur les théâtres opérationnels et dans les renforts auprès des troupes prépositionnées.

CONCLUSION
L’exemple de VAUBAN, qui était tour à tour combattant, ingénieur militaire, économiste, organisateur, urbaniste, stratège et réformateur, inspire encore aujourd’hui l’action du service du génie qui, par ses évolutions successives, s’est toujours inscrit dans une démarche de progrès. Par son attitude volontariste et ambitieuse, le service s’est organisé pour remplir au mieux les missions complexes qui figurent dans ses attributions. Sa réussite repose principalement sur la compétence, le dévouement des hommes et des femmes qui y servent et par la constante remise en cause qui leur est nécessaire pour acquérir les savoir-faire multiples et a p p l i q u e r d e s d i s p o s i t i o n s réglementaires de plus en plus contraignantes. Le ministre de la défense, qui a inscrit dans la stratégie ministérielle de réforme pour 2004 le rapprochement des services infrastructure du ministère et qui a demandé à la secrétaire générale pour l’administration d’examiner les modalités du regroupement, connaît tous les atouts tant humains que professionnels que possède le service du génie pour être un rouage essentiel dans une telle transformation.

trise d’œuvre, experts techniques du STBFT, dessinateurs, chargés d’affaires, conducteurs de travaux…) ; • veiller à la surveillance des immeubles et assurer la maintenance de l’infrastructure (agent domanial, officier o u s o u s - o f f i c i e r e n s e rvice local d’infrastructure, conducteur de travaux, dessinateur…) ; • contribuer à la passation des marchés ainsi qu’à leur suivi (agents d’administration des marchés, chargés de contentieux administratifs et judiciaires, comptables…) ; • administrer et gérer le personnel civil et militaire (gestionnaires en ressources humaines, responsables de la formation…) ; • créer les conditions propices à la bonne exécution du travail (gestionnaires, régisseurs, comptables matières…) ; • créer et soutenir les applications informatiques spécifiques adaptées au besoin du service (responsables infor-

matique, administrateurs de réseaux, techniciens d’exploitation informatique). Tous ces emplois peuvent être tenus indifféremment par du personnel militaire ou civil qui n’a pas une culture unique : un technicien devant posséder nécessairement des notions fortes en administration, l’administratif maîtrisant l’outil informatique et le gestionnaire planifiant la conduite des opérations domaniales, d’investissement ou de maintenance pour ne citer que quelques exemples. Cependant les engagements récents des armées en opérations extérieures montrent l’importance accrue du soutien au profit des forces projetées, où seul le personnel militaire du service du génie est amené à intervenir. Il doit donc être en mesure d’assumer sur un théâtre d’opérations l’ensemble des compétences liées aux responsabilités décrites ci-dessus et, en plus, être apte à la projection sans délai.

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Chef de bataillon Didier ALLAERT

LE SAPEUR-POMPIER, UNE ÉCOLE DE CITOYENNETÉ
Despite our society suffers greats ills, the reference of moral values and the daily training through the numerous interventions permit to consider firemen Corps as a real citizenship school. There’s no best school of citizenship than this one. At first sight, aggressivity facing under state control services dressed in uniform, individualism and opportunism could be inflicting damage to this model. However, fire-fighters have to perform complementary missions of assistance next to people, by putting out of fire or giving the first aid to the victims. This activity results from a 4 month-vocational-training-period which one of the goals of is to inculcate upon recruits essential values of the mission. Through its different aspects, the fire-fighter's work contains all the more precious keys to understand social distress. This is why the fire-fighter, real guardian angel of the community, looks like a perfect citizen equipped with a high sense of devotion. The device of the Paris Fire Brigade summarizes all this moral values : “To save or to die”. A real citizenship school for a real self-sacrifice… Entreprise citoyenne, consommateur citoyen, citoyenneté sociale, etc. Rares sont les vieilles notions qui ont été au cours de ces dernières années autant d’actualité que la citoyenneté et, en même temps, profondément réinterrogées ou remises en question. Un des motifs de réinterrogation réside dans l’opposition qui s’esquisse entre la citoyenneté « officielle » définie formellement dans les textes fondateurs de la République (Constitution) et la citoyenneté « ordinaire » telle qu’elle est vécue et conçue par le commun des citoyens. La première, multidimensionnelle, confère au membre de la République la citoyenneté française. Elle peut être définie comme un statut garantissant des droits mais définissant aussi des devoirs. Ainsi, le citoyen devient un acteur à part entière de la vie collective de sa nation : politique (électeur ayant le droit d’être élu), civile (liberté de penser, de commercer, etc.), juridique (payer ses impôts, respecter les lois, droit d’être défendu, etc.) ou socio-économique (droit à l’éducation, protection sociale, solidarité, etc.).
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Le chef de bataillon ALLAERT débute sa carrière en janvier 1985 à l’ESAG en tant qu’élève officier de réserve (EOR). En juin 1985, il choisit le 10e RG à Spire (FFA) et occupe un poste de CDS d’instruction puis de combat. En septembre 1987, il rejoint sur sa demande la brigade de sapeurs-pompiers de Paris et il est affecté au sein du 3e groupement d’incendie. Il intègre l’école militaire interarmes en 1989 (promotion bataillon de Corée). À sa sortie d’école d’application en 1992, il choisit de nouveau de servir au sein de la BSPP, au 2e groupement d’incendie. En septembre 1997, il prend le commandement de la 8e compagnie basée dans le centre de Paris, près du forum des Halles. En septembre 1999, il est affecté à l’état-major du 2e groupement d’incendie et prend en compte la section logistique. Il effectue en 2000, le stage de la 104e promotion du diplôme d’état-major de Compiègne. Admis au concours du CSEM 2005, il s’apprête à rejoindre le collège de l’enseignement supérieur de l’armée de terre en août 2004.

La citoyenneté « ordinaire » peut être définie comme une citoyenneté moderne, plus ou moins intense selon le comportement de chacun. Certains citoyens sont d’une grande passivité, d’autres sont particulièrement actifs (vote régulier aux scrutins, participation à des associations ou à un parti politique, exercice du droit de pétition, candidature à des mandats électoraux). Ce deuxième type de citoyenneté se manifeste donc par des actes plus ou moins engagés, parmi lesquels l’activité de sapeurpompier prend une dimension particulièrement forte. En effet, l’exercice à titre professionnel ou volontaire d’une telle activité peut être interprété

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pompier est de plus en plus amené à imposer sa présence et son autorité en matière de secours pour pouvoir exercer dans les conditions prescrites par ses règlements, voire dans certains cas extrêmes pouvoir intervenir dans des conditions de sécurité minimales. Cette perversité latente a un retentissement défavorable sur la motivation du personnel qui n’exercent parfois plus avec la foi, l’ardeur et le dévouement que l’on serait en droit d’attendre d’eux. Les améliorations constatées depuis peu s’avèrent trop récentes pour en retirer des enseignements majeurs ou de quelconques généralités. comme la volonté d’accomplir une tâche d’utilité publique certes faisant partie d’un panel de tâches important mais revêtue d’une spécificité qui lui confère une certaine noblesse. Pour autant, est-il vraiment opportun de considérer cette activité en un modèle scolaire, c’est à dire en référence destinée à donner l’exemple à suivre pour l’ensemble de la société ? Est-il judicieux d’affirmer qu’être un sapeur-pompier, aujourd’hui, c’est être un citoyen modèle, imprégné d’une volonté inébranlable de secourir son prochain, magnifiant la notion de solidarité offerte aux plus faibles ou au plus démunis ? Il n’y a pas de meilleure école de la citoyenneté que celle ou l’on apprend à sauver les autres. Malgré des fondamentaux vulnérables, les référentiels inculqués et entretenus sans relâche érigent le sapeur-pompier en véritable citoyen-modèle, garant des valeurs fondamentales de notre société. Certes, des valeurs hier universelles sont aujourd’hui remises en question et menacent jusque dans la corporation des sapeurspompiers. Mais les référentiels inculqués aux jeunes recrues sont basés sur le respect des valeurs morales indispensables à l’exercice du métier. Surtout, la solidarité du sapeur-pompier est la caractéristique essentielle d’une citoyenneté modèle de tous les instants. De plus, la société actuelle et les systèmes de recrutement tels qu’ils existent aujourd’hui, induisent parfois une dérive opportuniste des comportements. La notion de service rendu devient une tâche à accomplir comme une autre, revendiquée pour être rétribuée à sa « juste » valeur marchande. L’engagement n’est plus désintéressé. Toutes les professions subissent un lissage qui les banalise et les dévalorise aux yeux de leurs propres acteurs. Dans les domaines nécessitant une formation spécifique, l’adhésion aux fondamentaux n’est plus systématique et doit faire l’objet d’un apprentissage moral dès les premiers mois d’activité, avec le risque d’entraîner un rejet plus ou moins fort des valeurs qui forgent l’idéal du métier. Ainsi, au sein de la brigade de sapeurs-pompiers de Paris, les plus jeunes n’adhèrent plus aussi facilement aux traditions du corps malgré les efforts réalisés par l’encadrement de contact. Le référent civil des sapeurs-pompiers professionnels devient systématique et, au sein d’une telle institution militaire, s’avère incompatible avec les valeurs exprimées dans la devise du corps « altruisme, efficience, discrétion ». Surtout, l’individualisme latent doublé d’une certaine passivité vis-à-vis d’un avenir considéré

Aujourd’hui, toutes les branches de la société souffrent de maux qui mettent la notion de citoyenneté à rude épreuve. Ce constat met à mal les fondamentaux au sein même de la corporation des sapeurs-pompiers. En fait, la société est de plus en plus agressive vis à vis des institutions portant l’uniforme (police, sapeurs-pompiers). Celles-ci ont du mal à riposter aux incivilités multiples dont elles font l’objet. Le citoyen moderne raisonne de plus en plus en termes de droit à recevoir ou de droit de faire en occultant totalement les devoirs dont il est redevable à l’égard de la collectivité. Ce détournement d’objectif devient un théorème défendu avec force revendications et agressivité envers tout ce qui pourrait limiter son étendue (lois) ou restreindre son plein exercice (forces publiques). Concernant les sapeurspompiers, la mission de secours pâtit d’un manque de considération de plus en plus fort. Autant lors des trajets (irrespect des autres usagers de la route) qu’au cours des interventions proprement dites, le sapeur- 60 -

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comme incertain induit des comportements instables dénués de tout repère. Au sein de la brigade, des personnes sans but professionnel défini viennent chercher une formation sans être véritablement convaincus du bien-fondé de leur démarche, voire occuper des instants de vie en attendant une opportunité beaucoup moins exigeante. Ces nouveaux citoyens appartiennent à une génération sans identité historique forte et semblent donc persuadés de l’avènement d’une société sans âme caractérisée par le désintérêt vis-à-vis de la chose publique. La perte de ces valeurs secrète les germes d’un manque absolu de réactivité, d’ambition voire de passion. D’où une citoyenneté toute relative, tolérant l’abstention publique, magnifiant le repli sur soi-même et reléguant au second plan la générosité du don de soi pour le bien public. Être un sapeur-pompier peut ainsi ne plus être une vocation ni une mission sacrée, mais bien un métier banal que l’on exerce autant que faire se peut un minimum d’heures par semaine pour être en phase avec la plupart de ses concitoyens. L’environnement pernicieux, l’opportunisme et l’individualisme constituent donc une menace réelle pour la citoyenneté d’aujourd’hui, au sein de la société comme au sein des sapeurs-pompiers. Pourtant, les valeurs morales sont là et n’ont pas besoin d’être redécouvertes. Elles nécessitent seulement d’être enseignées. L’enseignement du métier de sapeur-pompier comporte des référentiels mettant en exergue les valeurs morales indissociables d ’ u n e c i t o y e n n e t é modèle. Telle qu’elle est vécue au sein de la brigade, celle-ci est une source inépuisable de lien social. D’une part, l’enseignement des valeurs morales fait l’objet d’un soin rigoureux en raison de la spécificité du métier. La cohésion y est un facteur primordial d’apprentissage de la citoyenneté. L’observation des règles de vie communes, le respect de l’autre, la rigueur dans l’exécution des actes sont autant de règles sociales qui sont communes avec le reste de la société. Le jeune apprend ainsi à vivre dans une communauté ayant ses propres règles, et où il y accomplit ses devoirs et y fait valoir ses droits. La différence réside dans le fait qu’au sein de la brigade, l’objectif de l’intervention rend nécessaire le parfait respect de ces règles. L’a peu près n’est pas de mise car il y va de la sécurité individuelle ou collective des intervenants. D’autre part, cet enseignement ne consiste donc pas seulement en la réalisation de gestes précis mais aussi dans une philosophie de vie liée aux règles de l’entraide, et vis-à-vis de laquelle le sapeur-pompier fait figure d’exemple. En effet, la société abandonne un certain nombre des siens sans trop y faire attention et sans l’action des sapeurspompiers, le bilan serait plus que catastrophique. Lors de la canicule de l’été 2003, de nombreuses personnes âgées sont décédées faute de contacts avec les autres membres de leur famille voire simplement avec leurs voisins de palier. De même, tous les hivers, des personnes démunies meurent de froid sans que la société s’en émeuve outre mesure. Des initiatives sont prises pour leur venir en aide mais elles restent marginales et l’ensemble de la collectivité se soucie peu du sort de cette catégorie de personnes. L’action du sapeur-pompier, l’un des seuls citoyens à agir pour son prochain, revêt ici un caractère remarquable et l’érige en modèle. Enfin, une des autres règles essentielles inculquées et celle de l’honnêteté. Faire vœu
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d’honnêteté, donc de citoyenneté, c’est au-delà de l’accomplissement de sa mission, être généreux vis-à-vis des autres, sans jamais exploiter leurs faiblesses, et d’agir constamment avec humilité face aux événements contre lesquels on doit lutter. Cela vaut au sapeur-pompier d’être regardé et qu’il ne puisse pas se permettre le moindre faux-pas (on brûle plus facilement ce que l’on admire !). Les défaillances éventuelles sont considérées comme très graves car contraires à l’éthique du corps et dangereuses pour l’accomplissement de la mission. L’exclusion du groupe est alors inéluctable. Le vol, une conduite déplacée en service ou hors service ou encore la drogue sont des tristes exemples d’actualité. Ainsi, au-delà de l'instruction technique enseignée lors des premiers mois et tout au long de sa carrière, cette formation morale constitue un véritable savoir-être que le jeune sapeur-pompier découvre et mettra en application tout au long de sa carrière. Cette probité de tous les instants lui est exigée et lui vaut d’être reconnu comme un citoyen exemplaire. Ainsi, les jeunes sapeurs-pompiers apprennent les devoirs du

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pompier de Paris sait évoluer avec constance dans cet univers pour restituer la même qualité de secours, quels que soient l’endroit, le moment ou le contexte. Ensuite, être un sapeur-pompier c’est être un gardien de la vie. La confrontation à des situations dangereuses et/ou difficiles (douleur des victimes, mort) lui apporte une certaine maturité qui lui permet de discerner rapidement l’essentiel de l’accessoire. Indifférent à l’égard des nombreuses futilités remplissant la vie de nombre de ses concitoyens, le sapeur-pompier appréhende mieux que les autres certaines valeurs fondamentales comme le respect de la détresse (école de la vie) ou la confiance en son prochain (binôme d'intervention). Cette maturité conforte les autres qualités d’humilité, de dévouement, d’impartialité, de discipline sans cesse développées et entretenues au cours de sa carrière, et permet au sapeur-pompier de mieux se comporter encore dans son rôle de citoyen exemplaire. À fortiori, le sapeur-pompier est donc un homme qui fait preuve d’un sens élevé du dévouement, caractéristique essentielle d’une citoyenneté modèle. La prière du sapeur-pompier écrite par le Général CASSO dans laquelle il est dit que « quelle que soit sa couleur de peau, quelle que soit sa religion, le blessé doit être secouru » contient l’essence même de la symbolique de générosité désintéressée. La confrontation, sur le terrain, avec des situations d’urgence fait comprendre au sapeur-pompier tout le sens de l’apprentissage reçu au cours de sa formation initiale. Il s’agit pour lui de développer et
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d’entretenir ce « goût pour l’autre » regroupant les qualités de tolérance, de courage et d’abnégation. Dans ce contexte, il est aisément compréhensible que le sapeur-pompier de Paris puisse aller jusqu’au bout de luimême pour secourir les autres. Solidaire, sage et dévoué, le sapeur-pompier met ainsi en œuvre dans le quotidien de ses interventions tout l’éventail des qualités requises chez un citoyen modèle.

citoyen en tant que membres d’une collectivité. Ils développent dans le même temps un esprit d’entraide, de solidarité et d’honnêteté qui devient ailleurs de plus en plus rare. Le code d’honneur du sapeur-pompier de Paris trouve ici toute sa place. L’unité est là pour maintenir l’état d’esprit et entretenir la flamme de l’engagement, qui peut aller jusqu’à la mise en péril de sa propre vie. C’est en cela que le corps des sapeurs pompiers peut être considéré comme une école de citoyenneté. L’exercice de la solidarité constitue l’ultime étape de la citoyenneté du sapeur-pompier, englobant des notions complémentaires de maturité et de sacrifice de soi. Tout d’abord, être un sapeurpompier c’est être un catalyseur des qualités communes à chaque citoyen. La vision transverse de la société permise au sapeur-pompier lui permet, pour chacune de ses branches, d’en recueillir les qualités tout en en rejetant les défauts. Son altruisme professionnel lui permet de connaître les règles sociétales mieux que quiconque. Un tel citoyen appréhende avec plus de justesse les modes de fonctionnement du monde qui l’entoure et devient moins influençable par les considérations collectives du moment. La capitale, centre de vie et de décision de la métropole, focalise à elle seule toutes les attentions et toutes les manifestations du pays. Le sapeur-

CONCLUSION
En définitive, les pires dangers guettent les valeurs sociétales d’aujourd’hui. Cependant, au sein des sapeurs-pompiers, la formation initiale met en lumière les qualités morales essentielles à l’exercice du métier. L’expérience acquise les enrichit sans cesse et vaut au sapeurpompier d’aujourd’hui d’être élevé en modèle au sein de la société. Il est donc vrai qu’être un sapeur-pompier, aujourd’hui, c’est être à l’école de la citoyenneté. Il n’y en a pas de meilleure. Exemplaire tant sur intervention que dans son comportement en général, le sapeur-pompier est un modèle pour ses concitoyens, empreint de respectabilité et de générosité. Il endosse de fait le rôle du seul et unique pourvoyeur de bien dans l’esprit de la collectivité. Dans les cas les plus extrêmes, il peut mettre en péril sa vie au profit de ses concitoyens. Cette notion de « sacrifice suprême » est mentionnée sur l’insigne du corps des sapeurs-pompiers de Paris. Il s’agit de la devise « sauver ou périr ». Par son éclatante beauté, qui transcendera toujours les générations, elle résume à elle seule l’enjeu de cette citoyenneté modèle.

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Capitaine Jean-Paul MALAGANNE

SAPEUR, L’HOMME AU CENTRE DU SYSTÈME DE LUTTE CONTRE LES RISQUES TECHNOLOGIQUES
Recent catastrophies like the blowing-up of the chemical factory AZF in Toulouse in 2001 or the intervention on chemical ammunition in Vimy in 2000, clearly demonstrated the key role played by the technological specialists of the french military civil protection. These rescue engineers are indeed each time major players in the rescue system. Their major role is carried out on three levels. First, the training and instruction level since these military civil protection units make a strong effort by developping new concepts, testing new equipement and participating in the formation of civil and military specialists related to technological risk. They have moreover recently doubled their technological capacity. The second level is prevention. They are in charge, during each international summit, of preventing any technological threats. Finally, they are decisive players in the event of technological disaster.

Le capitaine MALAGANNE est entré en service le 1 er avril 1990 à l’ENSOA de Saint-Maixent (138e promotion adjudant-chef RAYNALD) . Affecté au 8 e régiment de hussards, Altkirch (68) de 1991 à 1993, il sert comme chef d’engin AMX 10 RC. De 1993 à 1995, il est affecté au CIABC de Carpiagne. Il est affecté à Saint-CyrCoëtquidan de 1995 à 1997 après sa réussite au concours de l’EMIA (Promotion lieutenant SHAFFAR). Après une année de division d’application à l’ESAG d’Angers, il choisit l’UIISC 1 de Nogent-leRotrou. Il commande actuellement la 3 e compagnie de risques technologiques depuis le mois de juillet 2002.

La catastrophe de l’explosion de l’usine AZF à Toulouse en septembre 2001 ainsi que l’évacuation du dépôt de munitions chimiques de Vimy en 2000 sont deux exemples récents du rôle central joué par le sapeur dans le domaine de la sécurité face aux risques technologiques. Le sapeur, et plus précisément le sapeur-sauveteur des formations militaires de la sécurité civile (ForMiSC) spécialiste en risques technologiques, est placé au centre du système des secours. C’est en effet autour de

lui que s’articulent les secours, que ce soit au niveau de la formation, de la prévention ou de l’intervention. Nos unités occupent une place essentielle dans l’organisation des secours en France. En effet, elles interviennent bien évidemment en cas de catastrophe mais elles constituent aussi le cœur de la formation et de la prévention des risques technologiques sur le plan national. Dans le domaine de la formation, les unités militaires de la sécurité civile (UIISC) font

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aujourd’hui particulièrement porter leurs efforts sur les risques technologiques et confortent leur position centrale occupée dans la montée en puissance de la composante technologique des secours français. En effet, les ForMiSC se dotent d’une deuxième compagnie technologique à l’UIISC 7 de Brignoles, sur le même modèle que celle de l’UIISC 1 de Nogentle-Rotrou. Cette composante technologique des ForMiSC, tout en s’appuyant sur une expérience et un savoir-faire acquis depuis plus de 20 ans, ne cesse d’innover en mettant en place de nouveaux concepts, de nouveaux détachements et de nouveaux matériels, afin de faire face à un risque de plus en plus présent et en constante évolution. De plus, ces formations encadrent la montée en puissance des unités spécialisées en risques technologiques, tant civiles que militaires, en participant à la formation de leurs personnels. Dans le cadre de la mise en œuvre des futures chaînes de décontamination par exemple, l’instruction des formateurs pompiers civils est en effet menée par les UIISC sur le site de Cambrai. Avec les militaires, elles participent à la formation des personnels du GDNBC dans les domaines radiologiques et chimiques pour préparer sa montée en puissance, et envisagent des formations en interarmées. Le sapeur-sauveteur, spécialiste technologique, occupe une place centrale non seulement dans le domaine de la formation mais aussi en ce qui concerne la prévention des risques. Garant de la formation, le sapeur-sauveteur est également directement impliqué dans la prévention des risques. Les différents sommets internationaux du type Nice, Biarritz ou Évian sont particulièrement protégés contre les risques de toute nature. Au cœur du système se trouve la protection contre les menaces technologiques, considérées comme de plus en plus probables et très délicates à gérer. Le sapeur est donc inclus dans le premier cercle de défense au même titre que les unités spécialisées de la police avec lesquelles il a appris à travailler. Autour et en appui de ce premier cercle viennent se positionner les autres unités classiques de secours et de police. Enfin, lors d’interventions majeures comme Vimy ou AZF, toute l’organisation des secours gravite autour de la composante technologique. Ce sont ces techniciens et en l’occurrence pour une bonne part les sapeurs de la sécurité civile qui déterminent l’organisation générale de l’opération de secours : ce sont eux qui identifient le risque, déterminent son ampleur et fixent entre autres les zones d’évacuation éventuelles. Le sapeur et plus spécifiquement le sapeur-sauveteur spécialiste en risques technologiques des UIISC est donc bien au centre du système des secours, tant dans le domaine de la formation que de la prévention ou de l’intervention. Ce sont les qualités des hommes qui permettent principalement d’occuper cette position centrale. Ce sont bien sûr leurs qualités techniques qui leur permet- 64 -

tent de mettre en œuvre, à tous les niveaux, du matériel de plus en plus complexe. Ce sont surtout les qualités humaines des sapeurs-sauveteurs, disponibles et réactifs, capables d’intervenir sans délai quelle que soit l’intervention, en tous lieux et en tous temps. Ce sont enfin leurs capacités de durer en toute rusticité, et de s’adapter en permanence à des missions toujours nouvelles et en constante évolution. La force du sapeur-sauveteur réside dans sa faculté à allier qualités humaines et savoir-faire techniques, indispensables dans un domaine aussi complexe et en constante évolution. Les fondamentaux de tout militaire, à savoir la rusticité, la disponibilité et la faculté d’adaptation sont des atouts garantissant au sapeur-sauveteur un professionnalisme et une efficacité que beaucoup lui envient.

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Capitaine Rémi CHARDON

LE COMMANDANT D’UNITÉ DU GÉNIE : MANAGER OU SPÉCIALISTE ?
This article has been written by two captains during their officer advanced course. Indeed it is a good period to have a serious reflexion about our job as officer and future company commander. The question raised in this article is to know whether the engineer company commander is a specialist or a manager. The answer first focuses on the long tradition of technical knowledge of the engineer office. It is a very important aspect of our job. Then the main point discussed is about the word “manager”. Is it the best to define the engineer unit commander ? The answer emphasizes on the fact that this vision of a commander is too restrictive. The term leader seems to be more appropriate for an officer during his time in command.

Saint-cyrien de la promotion colonel CAZEILLES (95-98), il sert à sa sortie d’application comme chef de section travaux au sein de la 1re compagnie du 5e RG, stationnée à Mourmelon-le-Grand. Engagé deux fois dans cette fonction au sein du BATGEN au Kosovo, il prend le poste d’officier adjoint à la 1re compagnie en 2002. Il est projeté au sein du bureau appui du BATGEN en 2003, en qualité d’officier travaux. Il prendra cet été le commandement de la 1re compagnie de travaux lourds du 5e RG de Mourmelon-le-Grand

L’arme du génie a toujours été une arme qualifiée de savante. L’ingéniosité et la technicité qui la caractérisent, notamment dans des domaines de spécialité de la branche infrastructure, aide au déploiement (travaux, production d’eau et d’électricité…) et sécurité, ne doivent cependant pas faire oublier le triptyque qui doit sans cesse orienter notre comportement : soldat, sapeur, spécialiste. Dans un cadre marqué par une complexité sans cesse grandissante de son environnement de travail, le commandant d’unité du génie (CDU) peut s’appuyer au sein de sa compagnie sur des sous-officiers qui ont pour mission de lui apporter une expertise technique et des avis de

spécialistes afin de lui permettre de prendre une décision appropriée. La spécialité est avant tout l’apanage du corps des sousofficiers. Cependant, il appartient au CDU de détenir les connaissances techniques nécessaires afin de pouvoir commander avec la plus grande justesse l’action de ses subordonnés. Dans ce cadre là, son expertise technique ne fait que renforcer son rôle de manager, ou plus simplement son rôle de commandant. Dans le cadre particulier de la branche « sécurité », la formation initiale des officiers passe avant tout par une formation de spécialiste.

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efforts » (extrait de l’exercice du métier des armes dans l’armée de terre). Certes le commandant d’unité doit gérer ses hommes, leur mise en formation, leur carrière, mais il doit aussi et surtout être capable de les mener au combat ; il est avant tout un chef meneur d’hommes et c’est en tant que tel que ses hommes le considèrent et espèrent qu’il sera le moment venu.

CONCLUSION
« L’armée de terre est une communauté d’hommes et de femmes qui peut exiger de chacun, dans des situations extrêmes, un engagement total au service de la mission » (extrait de l’exercice du métier des armes dans l’armée de terre). Au sein de cette communauté, le commandant d’unité est un acteur majeur de la préparation et de l’exécution de la mission. Il n’agit pas seul mais à la tête de ses hommes dont il est responsable ; c’est là encore l’une des spécificités de notre institution : la primauté du collectif sur l’individuel. Parler de « manager » pour un CDU semble donc impropre car trop restrictif au seul domaine de la gestion qui n’est pas le but en soi mais seulement le moyen. Le commandant d’unité du génie est un meneur d’hommes dans le sens où il dirige leur carrière pour les conduire au combat.

Certains pourraient objecter que jauger des connaissances et des hommes sur des techniques dont on ne maîtrise pas l’ensemble de l’étendue s’avère être périlleux. Cela reviendrait à dire qu‘un chef d’orchestre doit savoir jouer de tous les instruments qu’il commande plutôt que d’avoir l’oreille musicale ! … Le CDU apparaît donc ni comme un manager pur, ni comme un « super-spécialiste » au sein de sa compagnie, mais plutôt comme un manager de spécialistes. Mais le terme de « manager » est-il vraiment approprié à la fonction de commandant d’unité ? Actuellement l’armée de terre mène une campagne de communication nationale qui met l’accent sur la variété des « métiers » qu’offre notre institution.

On comprend dès lors mieux l’apparition récente de ce terme à connotation économique de « manager » ; en proposant des « métiers », l’armée de terre tend à se rapprocher du milieu du travail en tant que tel ; en résumé, l ’ a r m é e d e t e r r e a p p a r a î t comme une entreprise spécialisée, d’hommes et de femmes dont les chefs ont la responsabilité du management. Cette politique de communication s’adresse à un large public qui n’aurait pas forcément envisagé la carrière des armes mais qui peut être attiré par un métier particulier : tout est dans la nuance des termes. Mais cette approche occulte la spécificité même de notre métier qui peut aller jusqu’au sacrifice suprême. Ne perdons pas de vue la finalité ultime de la gestion de personnel militaire : le combat « raison d’être de toute armée, celle vers laquelle doivent converger tous les

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For mation

L'application des directives du CEMAT pour l'exercice du commandement à la division d'application
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CEN MERIAU LCL VERDON

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69 71 75 79 81 85

Le mastère spécialisé en travaux et opérations d'infrastructure Évolution de la formation EOD

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Le pont d'appui logistique Mabey-Johnson

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CNE POUILLET

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Plongeur d'intervention offensive : une spécialité exigeante .......................................................................... CNE BALLA L'homme au sein d'un dispositif de formation à distance

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MAJ GUILBAUD

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Chef d'escadron Olivier MERIAU

Saint-cyrien de la promotion général DELESTRAINT (19881991), le chef d’escadron MERIAU est artilleur de formation. Il sert successivement au 35e régiment d’artillerie parachutiste, au 17e régiment d’artillerie puis à l’école d’application de l’artillerie en qualité d’instructeur MISTRAL et de brigadier à la division d’application. Après sa scolarité CSEM-CID (2002-2003), il rejoint l’école supérieure et d’application du génie. Il y occupe actuellement le poste de commandant de la division d’application.

L’APPLICATION DES DIRECTIVES DU CEMAT POUR L'EXERCICE DU COMMANDEMENT À LA DIVISION D'APPLICATION
The French Army is to perform professionalism until 2008. The chief of staff wants to improve efficiency by different means. One of them is the implementation of an improved style of command. Following that, the Engineer school has to adapt its training, especially for Lieutenants. This may take two forms : academic training and daily exercise. « La formation au commandement n’est pas définitivement acquise en école, elle demeure une responsabilité permanente de tout chef » - extrait de « vers l’armée de terre professionnelle 2008 ». À leur arrivée en division d’application, les lieutenants français sont issus de trois grandes origines. Ceux sortants de Coëtquidan ont une connaissance académique solide des textes fondateurs. Les OAEA (officiers d’active des écoles d’arme) présentent aussi la même caractéristique puisqu’ils y ont été confrontés lors de leur carrière antérieure et qu’ils ont eu à travailler sur les textes pour leur concours. Ainsi, seuls certains OSC (officiers sous contrat) peuvent présenter une lacune dans ce domaine, en particulier ceux venant directement du monde civil. Les spécificités des lieutenants relatives à l’appropriation des textes fondateurs et des directives du CEMAT pour l’exercice du commandement révèlent donc que l’effort pendant l’année d’application doit plus porter sur une pratique des textes que sur leur approfondissement académique. Les techniques et tactiques d’arme du génie recouvrent un large spectre. Ainsi, le volume horaire dévolu aux enseigne- 69 -

ments autres que le génie stricto sensu est-il contraint. C’est pourquoi la formation au commandement se présente à parité entre une formation à l’exercice de l’autorité (FEXA) clairement identifiée et une pratique quotidienne prenant comme support les différentes activités. La FEXA est une matière enseignée de deux manières. D’une part, les lieutenants sont mis en situation sur le terrain avec des thèmes qu’ils préparent euxmêmes et restituent sous forme de « jeu de rôle ». Ils doivent y intégrer l’usage des règles du TTA 925 – manuel de droit des conflits armés. D’autre part, l’exercice du commandement est le cœur d’un module d’enseignement baptisé « management » et se déroulant sur trois semaines. À cette occasion, les lieutenants suivent une formation faite d’interventions r e l a tives à la gestion des personnels et d’applications concrètes. Ainsi, l’esprit du projet d’armée de terre 2008 « développez la connaissance directe de vos subordonnés. Elle passe par un suivi personnalisé dès le premier niveau d’encadrement » est-il appliqué : rédaction de feuilles de notes, de bulletin de punition ou encore orientation des EVAT. Chaque cours est de plus assorti d’exemples réels selon la méthode « ce qu’il faut faire – ce qu’il ne faut pas faire ».

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Outre la FEXA proprement dite, les lieutenants sont guidés dans la préparation à l’exercice de leurs futures responsabilités. Ainsi, le sport n’est-il pas que la simple recherche de la performance. Deux aspects supplémentaires méritent d’être soulignés. Chaque lieutenant est en effet évalué sur sa capacité à conduire une séance. De plus, l’inclusion d’un cycle rugby est de nature à contribuer à leur formation. Ce sport nécessite en effet un engagement personnel important – idéal au passage pour permettre à l’encadrement de juger les lieutenants – assorti d’une indispensable cohésion, toutes valeurs allant dans le sens voulu par les directives du CEMAT. Ce cycle devrait être reconduit l’an prochain, voire développé. De même, chaque exercice terrain est l’occasion de mises en situation de responsabilité, soit avec des troupes de manœuvres fournies par le partenariat, soit entre les lieutenants. L’encadrement organique de la division d’application ainsi que les instructeurs spécialisés ont

alors un rôle dépassant largement celui du simple apprentissage d’un savoir-faire. Il leur appartient d’être exemplaire et surtout de guider les futurs chefs de section (debriefing personnalisé ou collectif, exemples issus de leur propre expérience … ). Enfin, la vie courante, essentiellement au sein des brigades, est également un support idéal pour la formation à l’exercice du commandement. Là encore, le rôle du chef de brigade est central. Ainsi, l’appropriation des directives du CEMAT se fait-elle par la double pratique d’une FEXA clairement identifiée et par une

pratique de tous les instants non quantifiable. Enfin, s’il n’est pas question de créer au sein de la division d’application un « esprit de corps » comparable à celui voulu par le CEMAT, l’attachement aux traditions et aux valeurs de l’arme peut y être développé. Après des recherches effectuées par le musée, la promotion actuelle porte le millésime 59. Pour la soixantième promotion, d’autres idées peuvent être explorées comme l’attribution d’un fanion, le port d’un signe distinctif ou encore la recherche d’un « objectif commun » tel que la remise en valeur d’un chalet.

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Lieutenantcolonel Frédéric VERDON

LE MASTÈRE SPÉCIALISÉ EN TRAVAUX ET OPÉRATIONS D'INFRASTRUCTURE
Brigadier general CHINOUILH, Commander of the French Army Engineer School, has presented the first DEng, diplomas in Infrastructure Works and Operations to the first students to complete this new course. These officers will manage the General Contractor Office within Engineer Works Groups. This newly introduced course is specifically targeted at joint service infrastructure projects to promote effective management of construction projects in peace or in operations, to guarantee good living conditions for the servicemen or to assist the restoration of civil infrastructure. The fourteen months long course, with considerable element in English, is aimed at joint service officers who hold a civil engineer’s diploma. It focuses on the technical and administrative aspects of construction projects, as well as operational training ; including sports and shooting. The course is completed with a five-month work placement within Engineer Works Groups, which is required to complete the candidates’ thesis and prepare for his viva. The course was carefully designed to ensure that the newly graduated officers are properly prepared for the challenges of their new jobs. However, a feedback system is in-place to ensure the course will be continuously improved…

Le lieutenant-colonel VERDON est le directeur de stage du mastère spécialisé en travaux et opérations d’infrastructure de l’ESAG. Il est aussi chargé du cours de mécanique des fluides pour l’ensemble des formations scientifiques et techniques. Issu du prytanée militaire de la Flèche, le LCL VERDON est saint – cyrien de la promotion Général MONCLAR (84-87). Breveté de l’enseignement militaire supérieur, il est titulaire du diplôme d’ingénieur de Saint-Cyr en sciences de la matière, du diplôme d’ingénieur des mines de Nancy en sciences de la terre et de l’environnement et d’un diplôme d’enseignement supérieur de la défense. Après son année d’application à l’ESAG, le LCL VERDON sert au 71 e régiment de génie d’Oissel (76) comme chef de section puis adjoint de compagnie. En 1994, il prend le commandement de la 12 e compagnie de défense et d’instruction du 3e régiment de génie de CharlevilleMézières. Affecté au centre de sélection n° 4 de Limoges en 1996, il y remplit des fonctions d’officier orienteur au profit des administrés civils et participe au recrutement des EVAT pendant la phase de professionnalisation des armées. Il rejoint l’ESAG en septembre 2002. Le lieutenant-colonel VERDON a effectué deux séjours opérationnels de six mois : MINURSO (1991-1992), FORPRONU (1993).

Le 17 décembre 2003, le général CHINOUILH, commandant l’école su-périeure et d’application du génie, a remis le diplôme de mastère spécialisé en travaux et opérations d’Infrastructure (TOI) aux cinq officiers de la première promotion de cette nouvelle scolarité. Ces nouveaux diplômés occupent désormais la fonction de

chef de section de maîtrise d’œuvre au sein de leurs établissements du génie d’affectation. Destinée à répondre aux besoins des différents services d’infrastructure des armées, cette formation s’adresse à une population bien ciblée. Scolarité de haut niveau, le mastère se veut dense et complet.

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Les engagements récents des armées françaises en centreEurope, Afrique et Asie centrale démontrent s’il en était besoin le rôle essentiel de l’infrastructure pour permettre un engagement des forces dans des conditions optimales ou pour assurer des conditions de vie décentes aux populations civiles. Expertiser, aménager ou reconstruire en partenariat avec les responsables et entrepreneurs locaux, conseiller le chef militaire dans ces zones de tension et dans un environnement très souvent multinational constituent au-jourd'hui les fondements des actions majeures que doit mener l'ingénieur militaire spécialiste en infrastructure (bâtiment, ouvrages d’art et génie civil). Ces fortes exigences opérationnelles impliquent la définition d'un management d'opérations d'infrastructure différent et l'utilisation de solutions conceptuelles, techniques et de gestion, adaptées au contexte. La vocation de ce mastère est donc de couvrir l'ensemble des connaissances théoriques et pratiques requises par ce nouveau champ d'intervention. Ce mastère « travaux et opérations d'infrastructure » a pour but de dispenser un savoir unique, le management d'une opération d'infrastructure d a n s u n contexte paix ou crise, une mission dont les forces armées ont un réel besoin. Reconnue par la conférence des grandes écoles (CGE), association de type loi 1901 regroupant de grandes écoles civiles telles que les mines ou les ponts et chaussées, cette formation de 14 mois s’adresse aux officiers des armées titulaires d'un diplôme d'ingénieur homologué par la commission des titres d'ingénieurs, ou d'un diplôme de 3e cycle ou équivalent. Elle est aussi ouverte aux officiers titulaires d'une maîtrise et justifiant d'au moins trois ans d'expérience professionnelle, ainsi qu’aux officiers étrangers satisfaisant aux conditions de diplôme. Ce caractère interarmées est illustré par l’intégration d’un capitaine féminin de l’armée de l’air au sein de la deuxième promotion. Les officiers sont recrutés sur titre, après un entretien de motivation. Pour les jeunes officiers sous contrat, une période d’observation dans l’institution militaire précède la sélection. Le programme de la formation s’articule en quatre grands thèmes d'études : la formation opérationnelle, le management d'une opération, la rédaction des pièces administratives et enfin la conception des ouvrages, regroupant dimensionnement et rédaction des pièces techniques. L’ensemble de ces domaines représente près de 820 heures de formation académique, dont une centaine en anglais. Cet effort linguistique trouve sa justification dans le fait que ces officiers auront à travailler en opérations extérieures à des postes de responsabilité nécessitant bien souvent de maîtriser l’anglais écrit et parlé. Le premier thème d’étude constitue une spécificité de l'école par rapport aux mastères spécialisés civils, dans la mesure où l'accent est mis sur les opérations extérieures (Afrique, Europe centrale ou encore l’Asie centrale), que ce soit dans un cadre national ou international, au sein de l’ONU ou de l’OTAN. Dans ce cadre, de nombreux officiers du génie en poste à la DCG ou au sein des différents établissements contribuent à la formation des stagiaires en venant à l’ESAG pour les faire profiter de leur d’expérience (RETEX). L’armée de l’air enrichit elle aussi la formation par l’intermédiaire de la direction centrale de l’infrastructure de l’air (DCIA). Les trois autres thèmes d’études sont dispensés sous forme de cours magistraux et de travaux dirigés par des professeurs de l’ESAG, mais aussi par des intervenants extérieurs de haut niveau provenant d’écoles d’ingénieurs civiles ou du monde de l’entreprise. Afin de valoriser la formation et de favoriser l’interactivité avec les autres formations de l’ESAG, certains cours et exercices sont réalisés avec les stagiaires du diplôme technique, du certificat technique, voire du cours des futurs commandants d’unités (CFCU). Cet échange avec d’autres scolarités ainsi qu’une forte proximité des professeurs permettent de parfaire la formation militaire et
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morale de nos plus jeunes stagiaires (OSC/S). Les activités statutaires ne sont pas oubliées, comme le sport, le tir ou les cérémonies militaires. Les activités physiques sont principalement orientées vers le sport détente (équitation, badminton, natation…) et le sport découverte (parcours d’audace, self défense ou escalade). Les stagiaires participent de plus à tous les challenges sportifs de l’école. L’ensemble de ces activités nonacadémiques densifie le programme et laisse peu de temps à la flânerie. Près de 900 heures sont donc au total consacrées à la formation scientifique et militaire de nos spécialistes de l’infrastructure, dont l’investissement dans leur formation est total. Conformément aux exigences de la conférence des grandes écoles, un stage de cinq mois complète l’enseignement dispensé à l’ESAG. Réalisé au sein de l’établissement du génie d’affectation, il est concrétisé par la rédaction

d’une thèse professionnelle accompagnée d’une soutenance orale, traitant de sujets complexes intéressant l’institution (comme par exemple le stockage des obus chimiques, le développement durable ou encore le concept ISOPEX). Selon les besoins de l’organisme à l’origine du sujet, les stagiaires peuvent éventuellement être amenés à se rendre sur un théâtre opérationnel pour y collecter des données techniques, ce qui fut le cas pour deux lieutenants de cette première promotion partis en mission durant une semaine au Kosovo en septembre 2003. Ces 14 mois de formation ne sont qu’une étape dans la carrière de nos jeunes officiers du pôle TOI.

Le vrai challenge se situe pour eux au sein de leur EG, où il leur faudra manager une section constituée de compétences diverses. Le contenu de la formation se doit de répondre dans son ensemble aux besoins de ce premier emploi, auxquels il doit rester adapté en permanence. Le programme du mastère TOI se garde donc la possibilité d’évoluer, et le partage des expériences est en la matière particulièrement précieux. Signalons enfin que la certification ISO 9001 de la formation de l’ESAG par l’AFAQ permet de donner un certain relief à ce mastère spécialisé, comme aux autres scolarités.

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Lieutenantcolonel Jean-Pierre MILLIONROUSSEAU

ÉVOLUTION DE LA FORMATION EOD
Since 1978, the French engineer corps has taken part in overseas operations, in countries deeply concerned by the problem of mines and battlefield pollution. From Lebanon through Afghanistan via former Yugoslavia, the French engineers were permanently confronted with mines and ammunitions problems. For 20 years, they have been implicated in more than a dozen countries throughout the World and the worlwide recognized experience gave us the opportunity to contribute on the training local deminers in each country where we acted. Therefore, the last conflicts show us that the danger of UXO on the terrains is increasing more and more ! That is why the engineer forces should be more involved with this problematic which cannot be resolved only by EOD specialists. For this reason, the MINEX 3/EOR NCO is able to demolish or neutralize landmines and submunitions and also to fullfil reconnaissance missions over polluted areas (in accordance with the NATO STANAGs). With his knowledge inside of the engineer bataillon, (with in each engineer combat platoon minimum one MINEX 3 NCO and in each engineer combat company one EOD specialist), the engineer forces are able to provide largely and rapidly means in order to support the other forces.

Le lieutenant-colonel MILLIONROUSSEAU est issu de la promotion Centenaire (81-82) de l'école militaire interarmes. Il a servi successivement au 15e régiment du génie de l'air comme chef de section et officier adjoint avant de commander la compagnie de travaux école n° 1 au 4e RSMa de la Réunion. Officier de renseignement à l'échelon central NEDEX de 1994 à 1997, il était le pilote national de la fonction NEDEX auprès de l'OTAN. Durant ces trois années, il a participé à l'élaboration des actions de formation de la filière MINEX/NEDEX (EOD) telles qu'elles existent actuellement. Affecté à la Pionierschule à Munich pendant 3 ans il rejoint l'ESAG à l'été 2000, dans un premier temps comme officier rédacteur au bureau doctrine de la DEP puis comme chef de la division de formation au déminage et le directeur du centre national de déminage humanitaire. Le lieutenant-colonel MILLIONROUSSEAU, officier MINEX/ NEDEX, détient le brevet IEEI (intervention sur engins explosifs improvisés) et a suivi le stage d'information des officiers EOD de l'OTAN en Grande-Bretagne.

INTRODUCTION
La structure E O D / N E D E X de l’armée de terre (éléments opérationnels de déminage - dépollution/neutralisation destruction d’engins explosifs) regroupe les spécialistes MINEX et NEDEX, pour assurer toutes les interventions en milieu atmosphérique sur toutes les munitions et engins suspects (à l’exception du nucléaire) en paix, crise et guerre. L’expérience accumulée par le génie dans le domaine du déminage, la problématique croissante des munitions non explosées « abandonnées » sur les différents théâtres où l’armée française est engagée, la pérennité de la mission NEDEX territoriale ont conduit en 1997 l’inspecteur du génie à adopter le principe de complémentarité des spécialistes MINEX et
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NEDEX en créant une structure appelée « éléments opérationnels de déminage et dépollution ». Cette complémentarité s’est entre autres traduite pour les spécialistes des régiments du génie par l’acquisition au niveau du BSAT de la qualification MINEX 2 et après le BSTAT de la qualification MINEX 3, puis pour un certain nombre d’entre eux par l’entrée dans la spécialité NEDEX (IMEC, IEEI, IMS). Ainsi, cette conception respecte la progressivité et la complémentarité des formations. Toutefois, la division de formation au déminage de l’ESAG, en concertation avec l’inspection EOD/NEDEX, a été amené à modifier, ou plutôt faire évoluer le cursus de formation des démineurs du génie dès cette année, et ce pour plusieurs raisons.

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Premièrement, le dispositif EOD/NEDEX actuel du génie a été construit « en marchant » pendant la refondation de l’armée de terre : s’il a su répondre en partie aux exigences du moment, force est de constater que le nombre de spécialistes devant faire face à la mission territoriale et aux besoins opérationnels est insuffisant. Deuxièmement, l’échelon central NEDEX a rédigé en 2003 les nouvelles consignes permanentes d’instruction de la fonction interarmées N E D E X a p p o r t a n t e n t r e autres des changements significatifs dans le cursus de formation NEDEX (tant dans les dénominations que dans les durées de stage). Le fait que la DFD prenne en compte non seulement les RETEX des unités mais également les remarques et observations faites par les cadres des stages MINEX 3 recyclage. Enfin, l’évolution du futur BSTAT dans lequel le MINEX 3 est appelé à prendre une part non négligeable. Trois « maîtres-mots » ont donc conduit l’Inspection EOD NEDEX de l’armée de terre, la division de formation au déminage de l’ESAG et l’échelon central NEDEX à mener une dynamique commune dans leurs actions de formation : • progressivité ; • complémentarité ; • cohérence.

Actions majeures mises en place par la division de formation au déminage en 2004
Soucieux de conduire des actions de formation répondant aux attentes de la réalité du terrain, la division de formation au déminage a donc au cours des deux dernières années concentré ses efforts en vue de la réalisation de 6 actions majeures dès 2004. 1. Rédaction du programme de formation de l’auxiliaire EOD afin que les régiments puissent conduire cette formation en interne. 2. Création d’une action de formation MINEX 2 distincte du module MINEX 2 de la FS1 combat du génie, ouverte au personnel des natures de filières « aide au franchissement » et « travaux publics infrastructure air-voie ferrée » (TPIA-VF). Dans ce cadre, il est également possible pour certains régiments de conduire une AF MINEX 2 en interne sous réserve que l’examen soit validée par l’ESAG (l’examen se déroulant notamment en présence d’un formateur de la DFD). 3. Modification de l’action de formation MINEX 3 afin de la rendre complètement conforme au STANAG 2389 permettant ainsi l’attribution de la qualification OTAN EOR aux stagiaires.

4. Ouverture de l’action de formation MINEX 3 au personnel des natures de filière aide au franchissement/TPIA-VF, (en continuité du MINEX 2). 5. Création du stage « utilisateur IMSMA » : d’une durée d’une semaine, ce stage permettra au personnel EOD d’utiliser le logiciel d’information et de management de l’action contre les mines en OPEX. 6. Inclusion du recyclage MINEX 3 dans le recyclage IMES pour les sous-officiers concernés. (action commune ESAG/ECN).

CURSUS 2004
Comme le montre la diapositive ci-dessous (extraite de la présentation de l’inspection EOD/ NEDEX de l’armée de terre), le cursus du sous-officier EOD à partir de 2004 se décline de la manière suivante. Deux changements essentiels ont eu lieu : • le premier concerne la dénomination des stages conduits par l’échelon central NEDEX (conformément aux dernières CPI) ; • le deuxième concerne l’augmentation significative de la « deuxième partie » du cursus du spécialiste EOD qui représente désormais 33 semaines. (29 semaines auparavant). En ce qui concerne le MINEX 3, ce dernier augmente d’une semaine pour intégrer totalement la formation EOR (Explosive Ordnance Reconnaissance), offrant ainsi aux sous-officiers MINEX 3 la qualification EOR en conformité avec le STANAG 2389. De ce fait, les MINEX 3 pourront en OPEX effectuer des missions EOR au même titre que leurs camarades EOD alliés, évitant qu’ils soient sous-employés et permettant aux spécialistes NEDEX d’effectuer les missions de leur niveau.

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Le MINEX 4, c’est à dire le MINEX 3 (7 semaines) + l’IMEC (12 semaines/intervention sur munitions et explosifs conven-tionnels anciennement appelé IME) augmente donc de 3 semai-nes au total. Dans ce domaine aussi, l’échelon central NEDEX souligne son engagement pour renforcer la formation concernant les munitions « atmosphériques ». Par ces récentes évolutions, le génie de l’armée de terre a voulu plus encore renforcer la cohérence, la progressivité et la complémentarité de la structure EOD/NEDEX : la pyramide de la diapositive ci-dessous souligne bien cet état de fait. Dans un rapport récent du centre d’évaluation et de retour d’expérience du CDES sur les enseignements de l’opération IRAQI FREEDOM (édition septembre 2003), il est fait état dans l’annexe concernant l’AGESTER d’une phrase particulièrement significative pour le génie : « De plus, le nombre des munition, quelques fois piégées, qui ont été découvertes a fait apparaître un besoin important en spécialistes de déminage (EOD). Ainsi, les américains avancent que tout sapeur, voire tout soldat devrait être informé et initié à la destruction ». Cette remarque liée au dernier conflit dans le golfe semble montrer que le génie français a choisi depuis quelques années déjà le « bon chemin » ! Il reste bien évidemment à poursuivre nos actions ; d’autres pistes de réflexion sont en cours notamment en ce qui concerne le futur BSTAT dans lequel le MINEX 3 pourrait être intégré, permettant à terme d’augmenter les flux de formations et d’offrir aux sections de combat du génie une plus grande autonomie… Comme l’indique ce tableau, pour un sous-officier MINEX 2 de la filière « génie combat », poursuivant dans le domaine EOD, la formation complète représentait 29 semaines.

Enfin, la menace terroriste « omniprésente » a également été prise en compte par l’ECN dans la mesure ou le stage IEEI « intervention sur engins explosifs improvisés » croit d’une semaine et le stage sur munitions spéciales (IMS/intervention sur munitions spéciales), anciennement dénommé « intervention sur munitions chimiques » de 4 semaines initialement dure désormais 5 semaines et concerne tous les types de munitions « spéciales ». À l’heure où pourtant le commandement privilégierait plutôt des réductions de stage, force est de constater que dans ce domaine particulier le souci de mieux former nos démineurs a été pris en compte !

CONCLUSION
La DFD de l’ESAG inscrit son action dans un mouvement d’ensemble, qui vise tout particulièrement : • à satisfaire les besoins de la mission territoriale et le besoin opérationnel ; • à conduire des actions de formation qui « colle au plus près » des réalités du terrain. Les échanges avec nos principaux camarades alliés (britanniques, allemands, américains, italiens, espagnols…) ainsi que les nombreuses visites de délégations étrangères à la DFD soulignent l’originalité et la pertinence du choix de la complémentarité MINEX/NEDEX.

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Capitaine (TA) Charley POUILLIER

LE PONT D'APPUI LOGISTIQUE MABEY-JOHNSON
Since 2002, the french school of military engineering is equiped with a Mabey Logistic Support Bridge (LSB). This bridge uses equipment from the commercially available "off the shelf" Compact 200 panel bridge system to suit the military user. Armed forces from all around the world have deployed and trained on the Compact 200 LSB. This system is able to carry loads to MLC80 Tracked and MLC110 Wheeled, and is designed to be left as a semi-permanent bridge. A lot of such bridges are used in operations and all kinds of soldiers have to be trained on them.

Saint-cyrien de la promotion chef de bataillon de COINTET (91-94), le capitaine (TA) POULLIER est le chef du cours « pistes et routes » à l'ESAG depuis le 1 er février 2003. Ce cours est également en charge de la formation dans le domaine des ponts fixes (métalliques ou en bois). Il a servi comme chef de section travaux au 15 e régiment du génie de l'air, puis comme adjoint et commandant d'unité au 25 e RGA. Il a eu l'occasion de servir en opération extérieure en Bosnie (SALAMANDRE/1996), au Kosovo (TRIDENT/2000) et plus récemment au Kirghizistan (HÉRACLÈS/ 2002). Le capitaine (TA) POUILLIER vient de réussir le concours d’admission au BT et s’apprête à entrer en scolarité à l’école nationale des ponts et chaussées (ENPC).

UN NOUVEAU MATÉRIEL
L'école supérieure et d'application du génie s'est dotée au cours de l'année 2002 d'un nouveau pont d'appui logistique. Appelé LSB Compact 200 (Logistic Support Bridge), ce pont a été acquis auprès de la société Mabey-Johnson. Les unités du génie (récemment le 6e RG au Kosovo) ont déjà été amenées à construire, sur les théâtres d'opérations, des ponts Mabey-Johnson.

américano-britannique a également construit de tels ponts en Irak. Le LSB Compact 200 est en dotation dans l'armée britannique depuis 1997. L'armée de terre française, quant à elle, ne compte pas, pour l'instant, en doter ses régiments du génie. Elle se contentera de former son personnel à sa construction.

UN MATÉRIEL PLUS PERFORMANT
Ces ponts, peuvent être considérés comme la version moderne du pont Bailey. Ils sont produits par l'un des leaders mondiaux dans le domaine des ponts métalliques. À titre d’exemple, la société Mabey-Johnson a livré des dizaines de ses ponts en Bosnie, montés, la plupart du temps, par main d'œuvre militaire. Plus récemment, la coalition
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Proposant une largeur de voie de 4,20 m, ce système de pontage permet de construire des ponts d'une seule travée d'un étage atteignant des classes élevées (110 pour les véhicules à

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mation se sont rendus à la « Combat Engineer School » de Minley en novembre 2003. Ils ont pu s'y imprégner des méthodes pédagogiques utilisées outre-Manche qui ont déjà fait leurs preuves et seront sensiblement transposées à Angers. La conduite de la formation sur ce nouveau pont a été confiée au cours « pistes et routes » (direction générale de la formation/division formation d'arme), déjà responsable de la formation sur les autres ponts fixes. seront, cette année, concernées par cette formation dans des proportions correspondant à leurs responsabilités futures. L'armée britannique a abandonné complètement l'instruction Bailey. Tant que des ponts de ce type existent en dotation dans les régiments ou au centre national des ponts de secours, où ils sont susceptibles d’être construits par main d’œuvre militaire en cas de catastrophe naturelle, il semble impératif de maintenir une instruction minimale. L'abandon des savoir-faire relatifs au pont Bailey n'est donc pas à l'ordre du jour. Au contraire, leur enseignement vient en complément de l’instruction sur le pont MabeyJohnson, ce qui assure à l’ensemble des cadres du génie une formation très complète sur les ponts fixes métalliques.

roues, 80 pour les engins chenillés) pour une portée de 60 mètres. À titre de comparaison, un pont Bailey de même portée devra comporter 3 étages de panneaux pour atteindre modestement la classe 55. De plus, ce pont est entièrement métallique, à la différence du Bailey dont le platelage est constitué d’éléments en bois. Enfin, il dispose d'un système de rampes beaucoup plus élaboré.

LA FORMATION ÉVOLUE
Depuis l'année 2003, les lieutenants de la division d'application affectés en régiments de combat ont été formés à la construction du pont MabeyJohnson. Depuis cette même année, les sous-officiers de la filière « combat du génie » bénéficient désormais également d'une instruction sur ce matériel, au cours de leur formation de spécialité de 2 e niveau. L'année 2004 devrait voir la mise en place d'une demi-journée d'instruction pour les sergents dans le cadre de leur certificat technique du 1er degré. Ainsi, toutes les catégories de « cadres-stagiaires »

UNE FORMATION À METTRE EN PLACE
Afin de pouvoir bénéficier de l'expérience de leurs homologues anglo-saxons, les cadres de l'ESAG en charge de la for-

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Capitaine Laurent BALLA

PLONGEUR D’INTERVENTION OFFENSIVE : UNE SPÉCIALITÉ EXIGEANTE
There are 110 combat engineer divers in the french Army. Among them, only 24 are " Offensive Intervention " qualified frogmen. This speciality is focused on the use of the 100 percent oxygen rebreather apparatus " OXYGERS 57 ". This kind of autonomous diving system affords to succeed very stealthy tasks. The training is very hard because frogmen must dive in dark, cold and muddy waters. These frogmen are also involved in narrow suburban networks recces.

Le capitaine BALLA a servi au 32 e RG et au 17 e RGP comme sous-officier. Ensuite, à l’issue de l’EMIA (92-94), il sert au 6 e RG et au 2 e RG. Il y occupe respectivement les fonctions de chef de détachement d’intervention nautique et commandant d’unité. Directeur de plongée qualifié « intervention offensive », il a notamment servi en Bosnie au sein d’un DLRG de plongeurs, réalisant diverses missions de plongée opérationnelles. Il a rejoint l’ESAG en 2002, à la tête du cours des plongeurs de l’armée de terre. À ce titre, il est responsable de l’instruction individuelle des PAT. Il fournit aussi les expertises dans tous les domaines de la plongée militaire, du concept d’emploi à l’expérimentation du matériel, en passant par la réglementation et le soutien sanitaire.

Obtenue au terme de l’un des stages les plus éprouvant de l’armée de terre, la qualification intervention offensive (IO) représente pour les plongeurs de l’armée de terre (PAT) la consécration, l’aboutissement d’une préparation physique et mentale de plusieurs années. Sur un effectif de 110 plongeurs répartis au sein des brigades constituant la force d’action terrestre, seuls 24 d’entre eux détiennent la qualification IO. Cette aptitude singulière particulièrement technique repose fortement sur l’importance accordée au travail en équipe et à la rusticité : résistance au

froid, à l’effort et à la privation de sommeil. Cette spécialité a été crée en 1984, à l’initiative de la force d’action rapide (FAR), qui souhaitait disposer d’un vivier de plongeurs au caractère trempé, desquels on peut exiger une capacité opérationnelle éprouvée dans les situations et les milieux les plus hostiles. Depuis, l’état d’esprit particulier de ces spécialistes a toujours pris une place prépondérante dans la réussite des « interventions offensives ». Concrètement, la qualification IO est centrée sur l’utilisation

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d’un équipement spécifique l’OXYGERS 57 ; un scaphandre autonome en circuit fermé qui recycle l’oxygène expiré pendant trois heures, sans émettre une bulle. Avec cet appareil, le PAT/IO peut s’infiltrer en totale discrétion pour réaliser sa mission. Bien que son emploi soit limité à une profondeur de 7 m, l’appareil dispose d’atouts incomparables avec le matériel classique des PAT. Il se caractérise par son fonctionnement silencieux, il est en outre amagnétique, compact et léger. L’oxygène pur respiré permet de palmer de façon soutenue sur une distance d’environ 6 km pendant trois heures. Le binôme de plongeurs impliqué dans une mission de type IO est entraîné à l’usage d’un chronomètre et d’un compas (boussole) pour suivre une navigation subaquatique apprise par cœur pendant la préparation de l’intervention. Ce mode de déplacement est le plus approprié à l’exécution de missions de renseignement, de reconnaissance, de contrôle des réseaux suburbains inondés, de déminage des sites de franchissement ou pour participer à la saisie d’un ouvrage d’art, qui présentent la caractéristique commune d’exiger une infiltration excessivement discrète. Le binôme de plongeurs s’en-

gage généralement muni d’une charge à transporter, du volume d’un gros sac à dos par homme. Dans cette spécialité où le milieu d’évolution est physiologiquement agressif (froid, absence de visibilité, courant, humidité permanente, travail sans lumière de nuit, travail en milieu pollué et confiné), les qualités militaires de base sont sollicitées à l’extrême. Endurance, pugnacité, détermination et motivation conditionnent la réussite de la mission. Le savoir-faire de la plongée à l’oxygène est donc intimement lié au goût de l’effort et de l’action, au développement de la rusticité, à l’abnégation et au sens du sacrifice.

Le plongeur ne peut espérer ni pause, ni réconfort lors des longues nuits employées à s’infiltrer par les rivières et/ou les souterrains des zones urbaines. La formation à la qualification IO, dispensée par le cours des plongeurs de l’armée de terre (CPAT) de l’ESAG se doit d’être rigoureuse et exigeante. Précédée d’une semaine de présélection à Angers, elle se déroule ensuite sur six semaines au lac du Bourget, en Savoie. La présélection a pour but d’identifier les candidats dont la motivation et la ténacité sont insuffisantes. Elle permet également d’écarter les plongeurs souffrant de lésions traumatiques latentes et ainsi de satisfaire à l’impérieuse nécessité de l’excellence de la condition physique. Elle aboutit systématiquement à une attrition importante mais nécessaire : 12 stagiaires sont en moyenne retenus sur un effectif initial de 20 candidats. Tous sont volontaires, possèdent une solide expérience de la plongée à l’air comprimé, présentent un profil médical élevé (SIGYCOP : 1113211) et ont franchi avec succès la batterie des tests physiques conditionnant

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Ces qualités, entretenues ensuite dans les groupes de PAT/IO, garantissent une bonne capacité de réalisation des missions délicates, en autonomie, où la vulnérabilité de l’équipe est compensée par le culte de la discrétion et par le respect rigoureux des procédures. l’aptitude à servir dans les troupes aéroportées. La présélection se compose d’une succession d’épreuves ininterrompue pendant 60 heures enchaînant parcours d’audace, parcours d’obstacles, tests et parcours piscine, marche-course, marches topo de nuit, natations en site naturel, progression en espace confiné… Les candidats qui parviennent au terme de ce marathon éprouvant sont alors retenus pour commencer le stage. Celui-ci se singularise par un rythme très intense, avec la particularité de proposer des actions de formation toutes les nuits. L’exposition au froid et à l’humidité est permanente. De plus, la haute technicité de la plongée au recycleur ne tolère pas le relâchement pendant les cours théoriques. Le stagiaire qui, au terme de toutes ces épreuves, obtient sa qualification IO (environ 60 % de l’effectif du stage) est, à coup sûr, un plongeur sur lequel on peut compter dans les situations les plus exigeantes. L’aguerrissement constitue une ligne de conduite dans l’entraînement. Il garantit un comportement adapté face aux situations imprévues et éprouvantes. Pour maintenir un niveau physique et technique exceptionnels, il convient de se remettre en question constamment. appréciée pour les missions pointues et risquées, qu’elles se déroulent dans les espaces confinés des réseaux suburbains, les ports fluviaux ou les fleuves où une visibilité de 20 cm est rarement atteinte. Les PAT/IO ont ainsi participé, dans un passé récent, à plusieurs opérations : • dépollution du port Beyrouth, Liban 84 ; de

• dépollution des plages de Koweït City, Golfe 91 ; • reconnaissance des piles de ponts bombardées et polluées dans la Neretva, Bosnie 95 ; • recherche de corps dans la Drina, Bosnie 96 ; • reconnaissance des éboulements sous la piste de l’aéroport de Sarajevo, dans le tunnel creusé par les Bosniaques pendant le siège, et inondé depuis, Bosnie 96 ; • recherches de corps dans les puits pour le TPIA, Kosovo 99 ; • reconnaissances des réseaux souterrains lors de l’installation des forces en zone urbaine, Beyrouth, Sarajevo, Mitrovica, de 84 à 2001. Partie intégrante et devenue incontournable de l’immense système d’hommes qu’est, aujourd’hui, l’armée de terre, les plongeurs détenteurs de la qualification « intervention offensive » incarnent au plus haut degré des qualités physiques et mentales qui résultent d’un entraînement extrêmement exigeant mais universellement reconnu.

L’équipe IO est un système d’hommes soudés par une mentalité commune, une confiance mutuelle et une volonté de dépassement partagée. Tous ces atouts permettent de disposer d’un vivier d’hommes à la stabilité émotionnelle

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Major Marceau GUILBAUD

L’ « HOMME » AU SEIN D’UN DISPOSITIF DE FORMATION À DISTANCE
E learning takes care of all the student needs using selected services such as “private tutor work”, online forums, exercises or computer simulations… These selected services allow the trainer to break free of time, place and working constraints. The trainer has a big part of work for he thinks up and gives the training (he acts as a mediator). He also puts the training on-line. Moreover, he is the trainee’s private tutor especially to teach him to learn and to check his knowledge Student-centred learning is an approach to education focusing on the needs of the students, rather than other those of others involved in the educational process, such as teachers and administrators. This approach has many implications for the design of curriculum, course content, and interactivity of courses. For instance, a student-centred course may address the needs of a particular student audience to learn how to solve some job-related problems using some aspects of a particular knowledge. In contrast, a course focused on particular knowledge : mathematics by example, might chose areas of mathematics to cover and methods of teaching which would be considered irrelevant by the student.

Le major GUILBAUD est affecté à l’ESAG depuis 1997. Après avoir été formateur au centre MINEX, il a réalisé la montée en puissance de l’enseignement assisté par ordinateur (EAO) de l’école. Au cours de cette période, il a conçu plusieurs logiciels EAO sur des matériels du génie ainsi que le mémento sur les mines et systèmes de minage français en dotation (GEN 302). Depuis 2002, il organise la préparation aux concours et examens du personnel permanent de l’école. Il participe actuellement à l’expérimentation de la formation ouverte et à distance (FOAD) du génie.

À chaque nouvelle technologie de communication correspond un nouveau mode de formation. Depuis ces cinquante dernières années, afin de pallier à des difficultés conjoncturelles, la pédagogie c’est voulue plus proche de l’apprenant. De 1877, date à laquelle Émile PIGIER a créé l’institut d’enseignement par correspondance du même nom, jusqu’à nos jours, la volonté d’amener la formation jusqu’à l’apprenant et les évolutions technologiques ont permis le développement de méthodes pédagogiques qui vont de la formation par correspondance à la radio télévision scolaire, de l’enseignement assisté par ordinateur à la formation ouverte à distance (FOAD). Cette dernière est mise en œuvre aux États-Unis et au Canada depuis une dizaine d’année aussi bien dans l’éducation scolaire que dans les armées. En France, les universités sont pionnières en la matière.
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Une des contestations faite à l’encontre de la FOAD, ou de tout enseignement utilisant l’informatique, touche à la représentation personnelle des formateurs sur leur métier. Ceux-ci sont persuadés d’être dépossédés de leur rôle par l’outil informatique et être remplacés par des « machines à former ». De ce fait, ils sont convaincus de la déshumanisation de l’acte de « former ». Effectivement, la technique est indissociable de ces nouvelles formes de pédagogie mais « l’homme », qu’il soit formateur ou apprenant, n’est en rien dépossédé, bien au contraire. Il est possible de montrer l’évolution de la relation au savoir entre les formations en présentiel et à distance. Dans la formation à distance, l’autoformation en est la clé de voûte et le formateur se recentre sur le « faire comprendre ».

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Dans un premier temps, il est évident que la différence porte sur les outils pédagogiques mis en œuvre. Dans la formation en présentiel, le formateur n’a besoin que des outils les plus communément utilisés : tableau (noir, blanc ou papier), rétroprojecteur, vidéo projecteur, téléviseur, etc… Alors que dans la formation à distance, le formateur et l’apprenant ne peuvent communiquer qu’à partir d’un ordinateur et en utilisant un réseau (intranet ou internet), ainsi qu’une plateforme de formation à distance qui donne accès au formateur à des outils de gestion de classe virtuelle ainsi que des moyens de diffusion de médias et de sources documentaires. Mais ce ne sont que des moyens qui en aucun cas ne peuvent suppléer « l’homme ». C’est le domaine de l’auto-formation. L’enseignant en est exclus mais il peut intervenir, en présentiel, comme médiateur pédagogique. Ainsi, même s’ il n’intevient pas sur l’acquisition, il peut avoir une attitude pédagogique en organisant le suivi, le contrôle et le conseil pour apprendre à apprendre. La pédagogie en présentiel si chère à nos formateurs ne met, bien souvent, en action que la relation enseignant-contenu dans laquelle l’apprenant est en position d’attente. Le formateur « pousse le contenu » vers l’apprenant sans pouvoir tenir compte de l’individualité. Effectivement, face à une classe de vingt à trente apprenants, il est impossible de traiter les élèves de façon individuelle, de surmonter la pression conformiste du groupe, ou d’encourager ceux qui sont lents et/ou intimidés. Dans la formation à distance, le formateur peut penser qu’il va se retrouver dans la relation de type apprenant-savoir dans laquelle il se sent actuellement exclus. Mais si l’on veut avoir une vision ouverte de ce type de formation, il faut au contraire y voir l’occasion de mettre en œuvre les avantages de la relation enseignant-apprenant : ce dernier tient un rôle de médiateur. Ainsi que les avantages de la relation apprenant-savoir : l’apprenant est maitre de sa formation sans avoir les inconvénients de la relation formateurcontenu : individualisation de la formation. Il est possible de proposer un nouveau triangle pédagogique où les relations seront différentes et dans lequel la règle des trois unités se transformera en règle des trois fléxibilités. Effectivement, la formation à distance n’est plus liée au lieu, au temps et à l’action. Le lieu d’instruction (salle/terrain) n’est plus l’unique endroit où l’on peut acquérir des connaissances. Chaque apprenant choisira le moment et le temps qu’il veut (ou peut) accorder à sa formation. Enfin, alors qu’un apprenant sera en cours d’acquisition d’une unité de valeur, un autre, inscrit au même cursus, sera en train d’apprendre autre chose. De ce fait, la clé de voute de toute formation à distance est l‘autoformation. L’autoformation se caractèrise par la prise en compte volontariste, chez les apprenants, de leur apprentissage et des compétences à acquérir de façon autonome pour une bonne réussite de leur projet de formation. L’apprenant doit alors capable d’autonomie. être

Le formateur et l’apprenant, en présentiel, sont réunis selon la règle des trois unités : temps, lieu et action, mais aussi placés au sein d’une relation pédagogique triangulaire (1) selon le principe du tiers exclu, lorsque deux de ces trois éléments se constituent comme sujet. a) L a r e l a t i o n e n s e i g n a n t c o n t e n u incarne la pédagogie traditionnelle centrée sur le contenu. Le formateur est maitre de la formation et l’apprenant est passif b) La relation enseignant-apprenant est centrée sur l’apprenant dans une pédagogie qui favorise la formation humaine où l’enseignant à un rôle de médiateur qui met en place les structures et en est le garant. c ) La relation apprenantcontenu est centrée sur les apprentissages.

(1) J. HOUSSAYE - Le triangle pédagogique (1988). - 86 -

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CONCLUSION
La formation (ouverte) à distance n’est pas nécessairement subordonnée à la notion de distance géographique même si cela sera sans aucun doute la première des utilisations, mais bien la mise en œuvre de nouvelles relations pédagogiques entre professeur-élèves-savoirs. Même si cette nouvelle pratique pédagogique est indissociable des technologies de l’information et de la communication (TIC), la « machine à apprendre » souvent promise par les détracteurs de ces nouvelles méthodes ne remplacera pas « l’homme ». Toutefois, le formateur comme l’apprenant vont devoir reconsidérer leur représentation de l’image d’eux-mêmes vis-à-vis de l’acquisition des connaissances. Le formateur ne sera plus le « maître » de la classe et l’apprenant ne pourra plus être « irresponsable » envers son besoin de formation. Plus que jamais, avec l’arrivée de la formation à distance, l’homme est et devra continuer à être au centre du dispositif de formation. L’armée de terre, dans son expérimentation, devra prendre en compte le besoin en formation de son personnel pour la réussite de celle-ci. L’ESAG est engagée dans cette évolution et devra être vigilante car ces nouvelles méthodes peuvent être cause d’exclusion de certain de nos cadres et EVAT qui ne seraient pas prêt moralement, intellectuellement et matériellement à cette mutation.

Cette capacité n’est pas innée et, de ce fait, apparaît une notion nouvelle : « apprendre à apprendre ». C’est à dire décider quoi apprendre, de quelle façon, et comment évaluer ses acquis. Chacun doit connaître les limites de son propre savoir. Il faut apprendre à gérer son ignorance. Ces notions sont indispensables car l’apprenant n’est plus attentiste, dans une situation d’irresponsabilité, il est le maître et c’est lui qui va chercher la connaissance dont il a besoin. Le formateur, quant à lui, non seulement n’a pas disparu, mais au contraire, se voit attribuer un rôle beaucoup plus important. Cette affirmation n’est pas une vue de l’esprit mais le résultat d’observation effectuées auprès de formateurs en position de formation à distance. Il n’est plus au centre de la pédagogie et il n’a plus la relation émotionnel. Mais il est le tuteur, le médiateur et le médiatisateur de la formation. Ces nouvelles relations peuvent être définies.

TUTEUR : il n’intervient plus dans le domaine de l’acquisition des savoirs mais il est celui qui conseil sur la manière d’appréhender le savoir, de s’approprier la connaissance, d’organiser sa formation. Il doit apprendre à l’élève à se connaître et à s’autoévaluer.
Mais il doit aussi être en mesure de contrôler les acquis et les pré-requis.

MÉDIATEUR : d’acteur simple il devient le metteur en scène avec un rôle en plus. C’est par lui que passe toutes les relations entre l’apprenant et le savoir, les apprenants entre eux (forum, chat), etc…

MÉDIATISEUR : mais surtout,
c’est lui qui doit élaborer le contenu en le prévoyant modulaire pour être individualisable, complet car il n’est plus en présentiel pour répondre immédiatement aux interrogations, il doit réaliser des sources documentaires, etc.

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Str uctur es et équipements

Les équipements du sapeur

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COL NEBOIS

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Le sapeur de demain, un véritable « système d'arme cohérent »

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LCL de LAPASSE

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Un nouveau défi : la numérisation de l'espace de bataille

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LCL GAULT ............................................................

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Première expérimentation du SyACADO

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LCL MAROTTE ....................................................

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Le génie français à l'heure de l'OTAN

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LCL PERRIER ........................................................

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Colonel Pascal NEBOIS

LES ÉQUIPEMENTS DU SAPEUR
The variety of missions assigned to engineers requires them to be provided with high performance equipment suited to the multiple types of engagements.

Le colonel NEBOIS est chef du groupement mobilité à la STAT depuis l’été 2001. Diplômé du cours supérieur des systèmes d’armes terrestres (CoSSAT), le colonel NEBOIS sert une première fois, en 1996, à la STAT en tant qu’officier de programme. Désigné en 1998 pour rejoindre le COMLE, il dirige l’équipe de marque de montée en puissance du 2 e régiment étranger de génie. Il prend le commandement du régiment, dès sa création, le 1 er juillet 1999.

It shall enable them to face the trying and changing environments of overseas operations. The French Army technical department (STAT) is tasked with conducting the procurement operations of this equipment in conjunction with the French defence procurement agency (DGA) and the French Army materiel command (DCMAT). Deliveries of new combat support, deployment support, countermining and crossing equipment are expected in the very next years.

L’attente des régiments du génie est forte quant à la mise en service des équipements nouveaux indispensables à l’accomplissement de leurs missions. Nos régiments connaissent aujourd’hui encore, un déficit important qu’il convient de combler rapidement pour garantir l’efficacité du sapeur sur le terrain et le maintien de ses capacités et savoir-faire. En application de la politique d’équipement élaborée par l’EMAT et conformément aux prévisions de livraison des matériels, cette situation va progressivement s’améliorer à partir de cette année. Comme c'est maintenant l'usage, la STAT vous propose de faire un point de situation des progrès réalisés. Cet article complète ceux, parus dans « Sapeur » ou dans la « Lettre du génie », faisant état des programmes d’armement futurs (SPRAT, SYGOGNE) et d’opérations particulières telles que les lots de combat du génie. Les premières améliorations notables concernent le domaine de l’aide au déploiement. En effet,
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les ateliers de campagne d’aide au déploiement (2 par RGBIA), les groupes électrogènes de 80 kW et les grues de manutention de 50 tonnes (1 par RG) com-

menceront à être livrés cette année alors que les lots de distribution d’énergie électrique continueront à arriver dans les corps de troupes. En concomitance, la brigade du génie sera également dotée des 8 systèmes d’ateliers de campagne d’aide au déploiement

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opérationnel et de groupes électrogènes de 400 kW. De plus, 81 nouveaux camions-bennes doteront le 5e RGTL à partir de 2005. Les RGBIA, quand à eux, les recevront en 2006 et 2007. La capacité de contre-minage de la brigade du génie et des RGBIA s'accroîtra notablement. Les détecteurs portables DHPM 3A équiperont nos unités (3 par groupe de combat) à partir de la fin de l’année. De même, 12 systèmes de déminage pyrotechnique de mines antichar (système israélien CARPET intégré sur EBG) et 300 systèmes de déminage pyrotechnique de mines antipersonnel entreront en service dans les RGBIA entre 2005 et 2007. Le système global de gestion de l’espace terrestre (SYGOGNE) commence à se concrétiser : • le module appui protection arrivera dans les forces à partir de 2005 ; • la valorisation de l’EBG interviendra en 2008 ; En ce qui concerne la brigade du génie, la téléopération des 3 sections AMX 30 démineurs sera effective en 2007, les améliorations prometteuses du SOUVIM, ainsi que l’acquisition des collecteurs de résidus actifs de • le développement de l’engin du génie d’appui au combat débarqué se poursuit.

Dans le domaine du franchissement, le marché du système de pose rapide de travures (SPRAT) a été notifié à la société CNIM en septembre 2003. Le SPRAT équipera les forces à compter de 2007. Le parc des EFA sera entièrement valorisé cette année, alors que débuteront des modifications importantes sur le PFM (diésélisation des propulseurs et intégration d’une commande unique par module).

L'intégration de DEDALE (démineur par duplication à leurrage électromagnétique) sur le SOUVIM, l'AMX30 B2 DT, le SDPMAC

déminage (CORADE) et des kits de déminage (KDEM) sont prévues en 2006.

La STAT est résolument optimiste en ce qui concerne la mise en service dans les régiments du génie d'équipements performants et totalement adaptés au besoin opérationnel. De nombreuses opérations non érigées en programme lancées récemment entrent en phase de fabrication et vont combler progressivement le déficit en équipements de nos unités. Il convient maintenant de parfaire la préparation de programmes et d'opérations plus complexes (SYGOGNE, SYDERA, SYCOMORE, SPECTRE…) q u i prendront le relais à plus longue échéance et donneront au génie les moyens de répondre aux exigences des engagements futurs.

et l'EBG VAL ainsi que le développement de la sonde mécanisée destinée aux RGBIA, se poursuivent dans de bonnes conditions, en vue d’une livraison aux forces à compter de 2006.

Les systèmes de combat du génie bénéficieront d’améliorations sensibles dans les toutes prochaines années. La réalisation des lots de nos groupes du génie à compter de 2005 est considérée comme une opération prioritaire, conduite conjointement par la STAT et la DCMAT.

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Lieutenantcolonel Jacques de LAPASSE

LE SAPEUR DE DEMAIN, UN VÉRITABLE « SYSTÈME D’ARME COHÉRENT »
The engineer of tomorrow will be equipped, like his fellow infantryman, with the AUFÉLI system, constituted from the FÉLIN equipment. The French Corps of Engineers will be equipped with 3500 pieces of equipment as from 2010. Engineers will be provided with a set of integrated and modular equipment intended to improve their current capabilities in the fields of aggression (FAMAS upgrade), observation (night vision camera mounted on the new FÉLIN helmet, mediumrange infrared binoculars for the team leader), communication (a radio set able to transmit voice, data and video), protection (helmet, flak jacket, additional plates for protection against bullets, joints and hands protection from splinters), mobility (weight between 23 and 25 kg), and endurance (24 hours). AUFÉLI engineers will not all be equipped with all these pieces of equipment. The need is as follows : 250 complete systems, 288 systems without the upgrades to the aggression capabilities to equip VAB drivers for example, 1080 systems without the upgrades to the aggression and observation capabilities to equip most of the personnel serving in engineer vehicles for example, 1958 systems with protection upgrades only to equip the other engineers of the corps.

Saint-cyrien de la promotion Grande Armée (1981-1983) le LCL Jacques de LAPASSE est, depuis l’été 2001, officier de programme FÉLIN, armement léger et armement non létal, au groupement armes de mêlée de la section sechnique de l’armée de terre. Fantassin, il a servi successivement comme chef de section au 8e RI, puis instructeur au CEC de Breisach, commandant d’unité au 94 e RI, puis chef du BOI au 152 e RI. En 1995, il intègre la 39 e promotion du cours supérieur des systèmes d’armes terrestres, puis en 1997 la 111 e promotion du CSEM et en 1998 la 6 e promotion du collège interarmées de défense. Le LCL de LAPASSE a été chef opérations du bataillon d’infanterie mécanisé de Mitrovica de septembre 1999 à janvier 2000, puis des EFT ÉPERVIER de janvier à mai 2001. Il commandera le 92 e RI à partir de juillet 2004.

PROGRAMME STATUS
The first studies were launched in 1993. In early 2004, the contract will be notified to the manufacturer selected. Prototypes will be ready in 2005. Units will be equipped as from 2010.

Le sapeur de demain devra pouvoir s’engager au côté de son compagnon d’armes de l’infanterie en disposant de moyens techniques comparables, conçus et organisés autour de l’homme. C’est pourquoi, alors que le programme FÉLIN (Fantassins à Équipements et Liaisons INtégrées) s’adresse strictement au fantassin, le génie sera comme l’artillerie ou l’ABC équipé du système dérivé AUFÉLI (AUtres FÉLIn), constitué à partir du matériel FÉLIN.

AUFÉLI POUR LE GÉNIE
L’infanterie doit être dotée de 23 000 équipements FÉLIN entre 2007 et 2009. Le génie sera équipé à compter de 2010 de 3 500 équipements. Dans un souci de cohérence avec les autres armes, il s’agit de mettre
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• de la protection : le sapeur sera équipé d’un casque, d’un gilet pare-éclats, éventuellement de plaques additionnelles pare-balles, d’une protection pare-éclats pour les articulations (coudes et genoux) et pour les mains (mitaines). Enfin, la protection NBC sera de même niveau que celle que nous connaissons aujourd’hui avec la TOM ; • de la mobilité : le système AUFÉLI aura un poids compris entre 23 et 25 kg. Ce poids prend en compte l’arme, les munitions, la nourriture (1 ration), l’eau (1,5 litre), le poste radio, la protection balistique légère et les moyens de vision nocturne. Il est aujourd’hui de l’ordre de 30 kg pour des équipements comparables ; à la disposition du sapeur un ensemble intégré et modulaire qui améliore ses capacités actuelles dans les domaines : • de l’agression : le FAMAS surbaissé (sans poignée garde-main, avec une optique spécifique) permet en particulier d’effectuer une observation et un tir déporté ; • de l’observation : une lunette J + N pour le FAMAS et le FRF2, une caméra de vision de nuit, montée sur le nouveau casque FÉLIN, des jumelles à infra-rouge de moyenne portée pour le chef de groupe ; • de la communication : un poste radio capable de transmettre de la phonie, des données et de la vidéo, c’est-àdire des photographies ou de courtes séances vidéo de 15 secondes environ, prises par la lunette de l’arme. Ce poste dispose d’une capacité de stockage de 45 secondes environ (soit trois séances vidéo). De plus, le chef de groupe débarqué sera équipé d’un système d’information terminal (SIT) spécifique ;
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• de l’autonomie : un seul type de batterie offrira 24 heures d’autonomie. Les véhicules seront équipés de prises permettant de recharger ces batteries. Tous les sapeurs AUFÉLI ne seront pas dotés de la totalité de

ces équipements. Le besoin est évalué à 250 systèmes complets, 288 sans les améliorations portées aux capacités d’agression pour équiper par exemple les pilotes VAB, 1080 sans les améliorations portées aux capacités d’agression et d’observation pour équiper, par exemple, la plupart du personnel servant sur les engins du génie, 1958 limitées aux améliorations de la protection pour équiper les autres sapeurs.

POINT DE SITUATION DU PROGRAMME
Les premières études ont été lancées en 1993. Elles ont permis de choisir des solutions technologiques et de les évaluer pendant près de six mois en corps de troupe. En décembre 2000, le besoin a été clairement déterminé et transmis aux industriels. En 2003, deux solutions technologiques ont été présentées par deux industriels, « SAGEM » et « THALÈS-GIATIndustries ». Début 2004, le contrat sera notifié à l’industriel retenu. Les prototypes seront réalisés pour 2005. Deux compagnies d’infanterie seront équipées en 2006 pour une évaluation opérationnelle. Les premiers équipements FÉLIN seront livrés à partir du début de l’année 2007. Le génie attend AUFÉLI en 2010.

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Lieutenantcolonel Christian GAULT

UN NOUVEAU DÉFI : LA NUMÉRISATION DE L’ESPACE DE BATAILLE (NEB)
The Digitization of the battle space (NEB) is a priority for the armed services. The engineer corps is one of the main players and it plays its part in supporting the development of full digitization. Currently NEB can be regarded as a series of experiments. These ensure that the information needs of combat forces are being met and that the change process is properly supported. Exercise "GTIA XL" was held in November 2003 at Mourmelon with the 13th engineer regiment, the digitized experimental unit of the 2nd Armoured brigade, taking part. Generally, the results of exercise "GTIA XL" appear positive and rich in lessons. The systems being considered have a real potential to achieve the aims of the NEB. The after action analysis report highlighted the following : • Currently, the Formation Command System (SICF) and Regimental Command System (SIR) are not completely interoperable ; • SIR is a complex system, whose implementation is complex and counter- intuitive ; • The systems can be integrated into current command vehicles, though some of them need modification. Despite system instabilities the exercise demonstrated the potential to achieve effective exchange of information. Proposals To meet the needs of the Army’s digital revolution in general, and for the engineer corps in particular, firm measures need to be taken as soon as possible. Priority must be accorded to ensuring that the systems are made interoperable ; SIR at battlegroup level and SICF at formation (Sapper RHQ) level in order to guarantee that both engineer battle procedure and subsequent missions are properly integrated within the combined arms operation as a whole. In order to support the re-equiping of units it is critical to define their training need and the support this requires. Regiments must be given the correct means to guarantee the training of their personnel. This is not just about creating the establishment for training within the unit on SIR but ensuring that the “trainers are trained”. Periodic training courses, to ensure qualified personnel remain up to date, must be formalised. In order to ensure that initial training is retained, the means to do so, personnel, equipment, user handbooks and computer based learning packages, must be identified and provided as soon as possible.

Saint-cyrien de la promotion capitaine GUILLEMINOT (19751977), le lieutenant-colonel Christian GAULT est, depuis l’été 2002, adjoint au chef de bureau études technico-opérationnelles au sein de la DEP/génie. Il a auparavant servi au 9 e, 13 e et 10 e régiment du génie comme chef de section, commandant d’unité et chef du BOI. Il a été rédacteur au CETAG puis CETEG de l’EAG entre 1985 et 1990. Diplômé d’état-major, QL2, il a servi à l’état-major de la brigade du génie à Lille (1994-1997) avant de rejoindre le bureau équipement de l’EMAT au poste de chef de la section génie ; à la dissolution de ce bureau il a rejoint la DCMAT, à la sousdirection technique, au poste de chef de section équipement armement-munitions. Il a servi en Bosnie-Herzégovine comme officier génie au sein du BATINF 3 de Bihac en 1993, puis en Croatie, au Ploce French Command en 1995-1996 comme conseiller génie auprès du commandant de la zone arrière des communications dans le cadre de l’IFOR. Il est plus particulièrement chargé des études liées à la numérisation de l’espace de bataille et de la simulation opérationnelle.

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LA NEB EST UNE PRIORITÉ DE L’ARMÉE DE TERRE
Le génie en est l’un des acteurs et il participe au processus de montée en puissance. La NEB est en cours d’expérimentation ; le défi est d’importance et les difficultés existent. Il faut prendre en compte les besoins des forces et assurer les actions d’assistance. La NEB donne priorité à l’action, en facilitant une meilleure maîtrise de l’information. Les buts recherchés sont : • acquérir et organiser l’information utile ; • enrichir et raccourcir le cycle décisionnel ; • anticiper et accélérer rythme de la manœuvre. le Les diverses contraintes techniques, imputables à la jeunesse des systèmes n’ont pas permis de mesurer efficacement l’atteinte des objectifs fixés pour cet exercice. L’ensemble des buts n’a pu être atteint ; l’expérimentation de la NEB, au travers de cet exercice, n’a pu être complète mais elle a permis, malgré tout, d’orienter les efforts et de définir les priorités pour les exercices futurs (l’exercice « GTIA INF » se déroulera en juin 2004, avec les numérisée de la 2e BB, a participé à cet exercice en déployant son PCR, en détachant deux unités de combat au profit de deux GTIA et en activant un de ses DLRG ; par ailleurs il a armé la cellule 2D du CO de la brigade. D’une manière générale, l’exercice « GTIA XL » s’est révélé positif et riche en enseignements. Il a mis en évidence des points positifs mais aussi et surtout des points négatifs ; ces derniers ont été pris en compte par les responsables des programmes afin d’être analysés ; des actions à mener ont ainsi été définies. unités numérisées de la 6e BLB, et notamment le 1er REG). Mais déjà, il convient de souligner que les systèmes possèdent une réelle potentialité pour atteindre les objectifs de la NEB.

GENÈSE DE L’AFFAIRE
La maîtrise du combat en temps réel est une nouvelle donne stratégique. Dès les années 85-90, le génie a constaté la nécessité de commander en temps réel et de disposer des matériels adaptés pour la diffusion des informations et de la messagerie génie. Une réponse a été apportée, en son temps, avec le SIRGEX (1). La structure ainsi définie permettait de transmettre en temps réel, du niveau régiment vers la division, des plans d’obstacles et des messages. Il a été abandonné au profit du système d’information régimentaire (SIR) en 2001. Le SIR est le système d’information destiné principalement à équiper les PC de niveau 4 (régimentaire) et 5 (unité élémentaire) ; c’est un ensemble coordonné et cohérent de plusieurs composantes (ABC, infanterie, génie, ALAT…) conçu pour faciliter le commandement des unités régimentaires de l’armée de terre et améliorer leur capacité d’échange et de traitement de l’information dans le cadre du combat aéroterrestre. Le SIR doit s’intégrer dans le cadre du système d’information et de commandement de l’armée de terre dont l’autre composante principale est le système d’information pour le commandement des forces (SICF) équipant le niveau grande unité.

Après le premier exercice mettant en œuvre un groupement tactique interarmes (GTIA) numérisé en octobre 2002, l’exercice « GTIA XL » s’est déroulé en novembre 2003, à Mourmelon. Le 13e régiment du génie, unité expérimentale

(1) Système d’Information Régimentaire du Génie EXpérimental. - 96 -

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UN CONSTAT A ÉTÉ DRESSÉ À L’ISSUE DE L’EXERCICE
1) Aujourd’hui, les systèmes SICF et SIR ne sont pas totalement interopérables et ceci est préjudiciable au bon acheminement de l’information et à son traitement. régiment du génie, génèrent des difficultés majeures lors d’une bascule (les règles de sécurité interdisent la présence de tout personnel à l’intérieur d’un ATM et imposent le repli des antennes). 4) Il s’agissait de dégager, à partir de la mise en œuvre des systèmes de communication et d’information, les conséquences de leur mise en œuvre sur l’organisation du CO de la brigade et des PC de groupement. L’exercice a démontré une bonne circulation de l’information malgré l’instabilité constatée du système. Dès lors que l’information circule, il est possible d’anticiper la manœuvre. Mais l’organisation de l’information utile est encore délicate ; en effet celle-ci est souvent polluée par une trop grande quantité de messages qui sont échangés et qui n’apparaissent pas avec évidence à l’utilisateur. Il n’a pas été constaté de gain significatif dans les délais nécessaires à l’élaboration des ordres et, ainsi, l’accélération du rythme de la manœuvre n’a pas été utilement appréhendée. 5) Les administrateurs sont formés à l’ESAT de Rennes, sans aucun stage de recyclage prévu. Les usagers sont formés en école (une semaine dans le cadre du CFCU) et peuvent bénéficier d’une remise à jour avant un exercice planifié. Aujourd’hui il n’existe pas de structure cohérente pour instruire, entraîner et maintenir les savoir-faire. 1) En priorité il faut impérativement rendre interopérables les systèmes, le SIR au niveau du GTIA avec le SICF au niveau de la GU (le CO de la brigade), afin de garantir la cohérence de la préparation et de la conduite des actions du génie. 2) Il faut définir ensuite une structure d’accompagnement au profit des formations pour la mise en place des matériels. Celle-ci fait l’objet d’un mandat d’un groupe d’étude piloté par EMAT/BSIC. Les observations faites à l’occasion de cet exercice peuvent utilement servir de base pour les programmes d’instruction et d’entraînement du personnel de mise en œuvre, afin de pallier les déficiences constatées, mais aussi pour aider la montée en puissance des unités/formations numérisées. 3) Cette révolution en marche n’est pas sans impact sur la formation. En effet, il faut souligner l’importance capitale de l’appropriation des SIC par les utilisateurs (usagers), et donc de leur formation préalable à laquelle il faut apporter une grande facilité d’apprentissage. La formation initiale du personnel est dispensée à l’ESAG au profit, aujourd’hui, des futurs commandants d’unité. Mais les premiers utilisateurs (usagers) sont les commandants d’unité, les adjoints d’unité, l’officier logistique… Si le SIR concerne les capitaines, il faut aussi former les lieutenants. En conséquence, il faut donner aux régiments les moyens d’assurer les formations ; cela passe par l’identification d’une structure « instruction SIR ». Il s’agira de « former des formateurs ». Par ailleurs, l’école dispense, à la demande, au profit des forma-

Il faut sortir d’une logique de programme pour entrer dans une logique d’ensemble. Il est urgent de normaliser les messages (les échanges de données) et d’automatiser leur traitement à tous les niveaux. 2) Le SIR reste encore un système dont la mise en œuvre est complexe et peu intuitive. Même si le personnel s’implique volontairement et fait preuve d’un bon état d’esprit général, il faut impérativement simplifier la mise en œuvre des systèmes et ainsi développer le goût de les servir. 3) Les matériels porteurs (VAB ou VUTC) sont toujours aussi sonores ; la discrétion des PC n’est pas assurée. Des propositions utiles et constructives sont communiquées à l’OP SIR. Dans leur configuration actuelle, les abris techniques mobiles 15 pieds (ATM 15) – sur porteur GBC 180 - armant le PC d’un

PROPOSITIONS
Pour répondre à cette révolution numérique dans l’armée de terre en général et, en particulier pour le génie, il convient de prendre au plus tôt des mesures fermes.

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tions préparant un exercice numérisé, une formation complémentaire (durée une semaine) pour parfaire les connaissances des usagers ; cela représente une réelle charge, qui est à l’étude au CoFAT. Elle dispose pour cela : • d’une salle d’instruction SIR équipée de 14 consoles (apprentissage du logiciel) ; simples et planifiés dans le temps. Dans le cadre de l’entraînement il faudra à court terme disposer d’installations permettant la mise en œuvre du SIR et s’appuyant sur un système de simulation autorisant le jeu du niveau régiment jusqu’à celui de l’unité élémentaire avec un environnement haut et bas. En résumé, il faut définir et mettre en place au plus tôt des moyens (personnel et matériel) et des outils (mémentos, didacticiels) permettant aux forces de s’entraîner facilement afin de maintenir les acquis. Enfin, il conviendra d’apporter des modifications (en fonction des réponses apportées) : • au DUO : un poste supplémentaire d’adjoint au commandant d’unité élémentaire, un poste de référent SIR par formation ; • au CAF : des stages pour la formation du personnel dédié à la mise en œuvre du SIR. 5) Doctrine La nécessaire évolution de la doctrine (ainsi que les procédures) est prise en compte par le groupe de travail « action terrestre future » (ATF) ; elle sera validée par l’expérimentation. Il s’agira, en particulier, d’étudier la formation au commandement des unités numérisées, et de rédiger les manuels correspondants. 6) Organisation des PC À l’occasion de cet exercice, le 13e régiment du génie a adopté pour son PC une configuration « 3 + 1 » ATM 15 ; cette première approche donne satisfaction ; les éléments recueillis serviront à l’élaboration du mémento d’un

PC numérisé. 7) Eu égard aux derniers enseignements, il faut prendre dès à présent, la nécessaire interopérabilité du système d’information terminal (SIT) avec les autres systèmes. Le SIT équipera les sections du génie, les groupes spécialisés ainsi que les systèmes d’arme. Il assurera le lien entre les éléments de base et au contact et leur commandant d’unité élémentaire équipé d’un véhicule poste de commandement SIR.

• de deux VAB SIR ; • de 2 ATM 15 et d’un ATM 10 (ce dernier, destiné initialement à équiper le TC2, sera remplacé par un ATM 15). À terme, elle disposera d’une infrastructure SIR-SIMU permettant le déroulement d’exercices au profit des régiments du génie, s’appuyant sur l’outil de simulation JANUS, interfacé avec le SIR ; les régiments pourront ainsi s’entraîner avec leurs moyens de commandement. 4) Le recyclage du personnel qualifié doit être formalisé. Des mémentos et des didacticiels doivent être élaborés et mis à jour régulièrement. L’entraînement sur les systèmes ne doit pas précéder chaque exercice, mais doit faire l’objet d’une formation adaptée et une pratique régulière dans les domaines des transmissions, de l’organisation du système et de son emploi. De plus, l’instruction collective doit faire l’objet d’exercices

CONCLUSION
Enjeu opérationnel pour l’armée de terre, la numérisation de l’espace de bataille participera à l’acquisition de la « supériorité informationnelle » et facilitera par-là même le cycle décisionnel. Le dénominateur commun de la numérisation tactique est le système d’information régimentaire, le SIR. Si le génie, avec l’ensemble des fonctions opérationnelles, veut être au rendez-vous de la NEB, il faut ériger l’accompagnement des formations dans le cadre de leur montée en puissance en priorité n° 1. Enfin, il ne faut pas attendre l’arrivée des matériels dans les régiments, qui fait l’objet d’un plan d’équipement (2), pour se sensibiliser à la NEB et porter un intérêt à la formation initiale des usagers et des administrateurs.

(2) 2007 : numérisation de la 2e BB et de la 6e BLB, 2012 : numérisation de l’armée de terre.
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Lieutenantcolonel Thierry MAROTTE

1re EXPÉRIMENTATION DU SYACADO
The recent involvements in operations abroad, have shown how important it was to send deployment support elements among the very first troops. These elements allow the combat units to be deployed, to install and to live whatever could be the weather conditions.

Le LCL MAROTTE est saintcyrien de la promotion Cadets de la France libre (1985-1988). Il est breveté de l'enseignement militaire supérieur et titulaire du diplôme d'ingénieur civil de l'école nationale supérieure des mines de Nancy. Il sert comme chef de section au 32e RG de Kehl (RFA). Il rejoint le 3e RG de CharlevilleMézières en tant qu’OA puis CDU de la 1re CCB et il est engagé en Ex-Yougoslavie, au sein du BATINF n° 1 de la FORPRONU (1992-1993). Après avoir été chargé de la planification des stages à l’ESAG,il est officier traitant au bureau études générales du CoFAT, puis assistant militaire du DCOMSFOR. Il est ensuite chef du BOI au 2 RG de Metz. Pendant cette période, il a commandé le détachement du génie n° 1 au sein de la brigade multinationale nord-est au Kosovo.
e

Belonging to the French engineer brigade, the 1st and the 2nd engineer regiments have the capability to set up cells aiming at produce electricity, potable water, as well as leading operational construction or building safety and protection works. In order to be ready to fulfill their missions, the energy and infrastructure platoons have to dispose the equipments and set of tools adapted to the mission. Designed to give the opportunity to our troop the best fitted equipments and material as far as deployment support is concerned, the SyACADO concept is based on a “field workshop”. The experience of the last French involvement during “TRIDENT” operation, and especially the projection of the engineer deployment support element in Macedonia, has led to the study, the development and the approbation of the SyACADO workshop.

HISTORIQUE
La fiche de caractéristiques militaires de référence de l'ACAD a été approuvée par l'EMAT le 30 décembre 1997 et celle du SyACADO le 13 aôut 1999. Le marché a été notifié le 27 novembre 2002 à la société Euroshelter. Essais sur TS à la mi-2003. Dates clefs
1997-1999 1998 Novembre 1998 Mai-juin 1999 Décembre 2001 Juillet 2002 27 novembre 2002 Approbation de la FCM.R par l’EMAT Appel à candidatures Appel d’offres restreint Choix sur plans de deux candidats Lancement de l’appel d’offres (ACAD, SyACADO) Choix de l’industriel Notification du marché

Livraisons à venir 4e trimestre 2003 Livraison des têtes de série ACAD, SyACADO pour expérimentations

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LE SYACADO OU LA POLYVALENCE MAÎTRISÉE
Le SyACADO – entendez système d’ateliers de campagne d’aide au déploiement opérationnel – est un ensemble constitué de quatre ateliers destinés aux compagnies d’infrastructure opérationnelle des deux régiments du rénie spécialisés dans l’aide au déploiement, le 2e RG de Metz et le 1er RG d’Illkirch-Graffenstaden. Voici, en quelques mots, la genèse et l’application de ce projet.

PROLOGUE
Le système d’ateliers de campagne d’aide au déploiement opérationnel est l’aboutissement d’une étude initiée par le 2e RG sur les matériels nécessaires pour mener à bien l’ensemble des missions d’infrastructure qui lui étaient confiées. En effet, la montée en puissance de l’aide au déploiement imposait cette étude et nécessitait de trouver une solution aux difficultés rencontrées par les deux régiments spécialisés dans ce domaine d’action. Parallèlement, une autre étude est menée, avec pour axe principal la formation du personnel qui sera appelé à servir ces matériels. Car si certaines mis-

sions d’aide au déploiement restent basiques, d’autres requièrent des compétences particulièrement pointues. Tant et si bien que la question se pose de savoir s’il faut rattacher le personnel servants au domaine techniques opérationnelles de l’infrastructure (TOI) ou, au contraire, s’il faut les maintenir dans la partie génie combat. Dans ce cas, il leur faudra suivre une formation d’adaptation, avec, bien-sûr, tout ce que cela peut avoir de conséquences sur leurs carrières. L’essentiel du problème reste le facteur humain, car quel que soit le

matériel, c’est toujours l’homme qui reste l’acteur principal, indépendamment du degré de complexité et de technicité mis en œuvre dans l’accomplissement des missions.

PRINCIPE ET PRÉSENTATION
L’aide au déploiement est un vaste domaine regroupant plusieurs corps de métier qui contribuent au bon déroulement des missions. Parmi ceux-ci, citons la maçonnerie, la menuiserie, la métallerie et l’électricité. Le principe du SyACADO est de fournir à chaque groupe les moyens de travailler dans ces différentes spécialités, de manière autonome et indépendante les unes des autres. Il en résulte donc un ensemble de quatre ateliers, un par corps de métier. Tous les ateliers SyACADO sont constitués de la même manière : il s’agit d’un conteneur de type « ISO 20 pieds » modifié, sur lequel peut se monter un abri. Lui-même constitué d’une armature tubulaire et d’une bâche épaisse, cet abri se fixe au conteneur et permet ainsi d’augmenter la surface de travail ; tout en offrant une bonne protection à la pluie.

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groupe pourra se consacrer pleinement à sa mission opérationnelle. Enfin, chaque conteneur a un plan de chargement très précis et très complet. Il est donc difficile de pouvoir travailler à l’intérieur. Le conteneur doit donc être considéré plus comme une zone de rangement que comme un atelier proprement dit.

CONCLUSION
Le SyACADO doit avant tout être considéré comme un outil. Il ne permettra donc pas de résoudre les problèmes d’infrastructure par sa seule présence. Les soldats qui serviront ce matériel devront toujours travailler en extérieur, parfois dans des conditions difficiles, et surtout, trouver la bonne solution au problème posé. Car si l’arrivée du SyCADO représente une grande avancée, il n’en demeure pas moins que la compétence des hommes sera toujours prédominante pour le bon déroulement des missions.

MOBILITÉ, ÉQUIPEMENT ET AUTONOMIE
Afin d’optimiser les capacités de mobilité des SyACADO, chaque atelier est projetable par voie maritime ou aérienne (avions très gros porteurs). Notons que le crochet d’arrimage est réglable, ceci afin de permettre l’utilisation de vecteurs militaires comme civils. Chaque atelier contient deux coffrets qui permettent de ranger les matériels propres aux missions des SyACADO. À l’autre extrémité du conteneur se trouve un local technique avec deux groupes électrogènes, les luminaires de l’abri complémentaire et les équipements de protection individuelle (EPI) trop volumineux. Une trousse de secours complète l’équipement, prenant ainsi en compte la réglementation en matière de sécurité du travail. Deux groupes électrogènes sont prévus pour travailler en autonomie, en cas d’absence de source d’énergie, ou afin de tra-

vailler à distance de l’atelier. À noter que le câblage électrique permet de travailler en se branchant sur un groupe ou sur le réseau d’infrastructure.

CONCEPT D’EMPLOI
Prévu pour équiper chaque groupe IO (infrastructures opérationnelles), le SyACADO permettra l’intervention dans tous les corps de métiers. Son équipement très complet en fera un outil efficace et précieux. Le groupe pourra se déplacer avec l’ensemble de son système (soit quatre ateliers portés par deux VTLR) ou, au contraire, avec le ou les ateliers nécessaires à l’exécution de la mission. Autonome en capacité d’énergie, le groupe pourra intervenir partout, en utilisant les apports électriques existants, ou en mettant en œuvre ses groupes électrogènes. Le chef de groupe trouvera pour son personnel les équipements de protection individuelle spécifiques à chaque métier. Ainsi libéré en partie de la préparation matérielle et de la protection (HSCT), le chef de

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Lieutenantcolonel Alain PERRIER

LE GÉNIE FRANÇAIS À L’HEURE DE L’OTAN
Aware that all operations are now both combined and joint, the French Army has resolutely developed its ability to operate with all its allies. Always key to operations, the Sappers are playing an essential part in the developments required to meet the challenges presented by this new operating environment. In this spirit, the French Sappers have made the most of their participation in international activities, particularly in the working groups of NATO. Standardisation has become critical to NATO as it seeks to adapt its structures to meet the challenges presented by new members (the countries of Partnership for peace programme) and threats, the latter being diffuse and changeable. Engineer participation in the drafting of STANAG and Allied Publications (AP) has significant implications for the organisation, functioning and equipment of our forces. In effect, these jointly produced documents must be incorporated into our national doctrine when they are ratified by France. Also, our tactical techniques and procedures (TTP) must become STANAG compliant, as must our future equipment specifications. The professionalism and effectiveness of French engineers, in overcoming the challenges of whatever operating environment they are confronted with, are universally acknowledged : they are equally determined to ensure they are better integrated with future multinational structures whilst acknowledging that opening themselves up in this way brings fresh challenges and constraints. Le caractère interarmées et interallié des opérations dans lesquelles sont engagées les unités de l’armée de terre et du génie en particulier impose d’accorder toujours plus d’importance à l’interopérabilité. L’emploi de nos forces ne peut se concevoir : • qu’en parlant le même langage que nos alliés (terminologie et symbologie) ; • qu’en appliquant des doctrines d’emploi communes ; • qu’en développant des systèmes d’information opérationnelle (SIO) capables de communiquer entre eux ; • qu’en mettant en œuvre les mêmes procédures, • qu’en concevant des matériels répondant à des normes identiques. Bien que n’appartenant pas aux structures de commandement
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Le lieutenant-colonel Alain PERRIER est le chef du bureau « règlements-documentation » de la direction des études et de la prospective de l’ESAG depuis 1999. Issu de l’école militaire interarmes (promotion général BROSSET 1973-1974), il est diplômé de l’école d’état-major depuis 1984 et titulaire du BTEMG depuis décembre 2003. Au cours de ces dernières années, il a successivement exercé les responsabilités suivantes : • officier supérieur génie de la 15 e DI – (1986-1988) ; • chef du bureau instruction du 31 e RG – (1988-1989) ; • chef de brigade du cours de perfectionnement des officiers subalternes (CPOS) – (19891992) ; • commandant de la division de formation des réserves (DFR) – (1992-1995) ; • commandant en second du 13 e RG de Trèves – (1995-1999).

intégrées de l’OTAN, l’armée de terre française et bien évidemment le génie ne peuvent donc ignorer les doctrines et les procédures qui y sont en vigueur. C’est pourquoi depuis plusieurs années maintenant, la France est présente dans de nombreux groupes de travail de l’OTAN au sein desquels elle participe activement à l’élaboration des règles communes d’engagement. Reconnus pour leur professionnalisme et leur efficacité sur les théâtres d’opérations extérieurs, les sapeurs français ont souvent un point de vue original à faire valoir auprès de cette instance dans laquelle le système de pensée anglo-saxon est prédominant. Nos représentants doivent y défendre les intérêts particuliers du génie français, tout en intégrant les contraintes résultant des accords internationaux auxquels notre pays a souscrit. En effet, impliqué dans ce que le

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général de Gaulle intitulait « le grand machin », le génie français évolue maintenant dans un système complexe entièrement tourné vers la normalisation, dans lequel les sapeurs ont une place bien définie et dont les décisions influent grandement sur nos propres modes de fonctionnement de chercher à atteindre les niveaux indiqués dans le besoin de normalisation ; • le caractère volontaire de la participation des pays au processus de normalisation ; • l’obligation de rédiger les documents OTAN en utilisant la terminologie agréée. Il consiste à proposer, formuler, approuver, ratifier, promulguer, mettre en œuvre et tenir à jour des normes OTAN décrites dans des accords de normalisation OTAN, appelés STANAG (STANdardization AGreement) et dans des publications interalliées, appelées AP (Allied Publication). Un STANAG est l’enregistrement d’un accord survenu entre plusieurs ou entre tous les pays membres, aux termes duquel ils décident d’adopter des matériels, des munitions et des procédures semblables. Il est obligatoirement rédigé dans les deux langues officielles de l’OTAN, à savoir le français et l’anglais. Une AP est un document officiel de normalisation OTAN que les pays de l’OTAN, ou seulement certains d’entre eux, se sont engagés à utiliser et qui est diffusé à tous les échelons, utilisateur compris. Les AP les plus couramment rencontrées sont : • le s A J P ( A l l i e d J o i n t Publication), traitant de doctrine au niveau interarmées ; • l e s AT P ( A l l i e d Ta c t i c a l Publication), évoquant des sujets à caractère tactique ; • les AAP (Allied Administrative Publication), abordant des préoccupations d’ordre administratif. Tous les STANAG et AP figurent dans un répertoire, l’AAP-4 « accords de standardisation et publications interalliées de l’OTAN ».
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Au niveau national, une version française est élaborée tous les deux ans sur le modèle de ce document OTAN. Elle identifie, pour chaque accord ou publication, le stade de la ratification française (RA = ratifié ; RR = ratifié avec réserves ; NR = non ratifié), l’organisme « pilote national » et les experts chargés de sa rédaction.

QUI ?
L’agence OTAN de normalisation/N a t o S t a n d a r d i z a t i o n Agency (AON/NSA) est chargée de la mise en application de la directive relative à la normalisation (AAP-3). La production des STANAG et des AP est pilotée par le comité OTAN de normalisation/Nato Comity of Standardization (CON/NCS), sous l’égide du conseil de l’atlantique nord (CAN). Elle est assurée par des groupes de travail créés dans les différents domaines de compétence et composés d’experts et/ou de spécialistes de chaque pays. • Chaque groupe de travail/ Working Group (GT/WG) est placé sous la responsabilité d’une autorité qui répartit le pilotage des différents STANAG et AP entre les membres du GT. • Le pilote d’un accord de normalisation est le maître d’œuvre de son élaboration, de son suivi et de sa mise à jour. Il est le point de contact unique dans l’échange des correspondances le concernant. La nation pilote OTAN est indiquée, pour chaque STANAG ou AP, dans l’AAP-4.

LA NORMALISATION : UNE DÉMARCHE LONGUE ET COMPLEXE, INDISPENSABLE À L’INTEROPÉRABILITÉ DES FORCES DE L’ALLIANCE ATLANTIQUE POURQUOI ?
La normalisation est un des moyens dont dispose l’alliance atlantique pour renforcer ses capacités de défense en tirant le meilleur parti des ressources disponibles. Processus de développement de concepts, de doctrines, de procédures et de plans, elle concourt en effet à maintenir les opérations, l’administration, la logistique et les matériels à leur meilleur niveau de compatibilité, d’interopérabilité, d’interchangeabilité et d’identité.

QUOI ?
Décrit dans un document de référence, l’AAP-3 « mise au point, établissement et tenue à jour des accords de normalisation OTAN (STANAG) et publications interalliées (AP) », le processus de normalisation de l’OTAN repose sur un certain nombre de principes fondamentaux, parmi lesquels : • la nécessité d’utiliser chaque fois que possible les normes civiles lorsqu’elles existent ; • la nécessité, pour les pays,

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COMMENT ?
À partir de l’identification d’un besoin de norme OTAN, les STANAG et AP sont élaborés selon un processus bien établi pouvant se résumer comme suit. nologie des groupes de travail concernés, puis à tour de rôle par les membres des groupes FSN (French Speaking Nation) et ESN (English Speaking Nation) du comité de normalisation de la terminologie de l’alliance. charge de la politique d’équipement du domaine AGESTER (EMAT/ BSA et STAT/ mobilité) ; • le CEWG/GTGC (Combat Engineer Working Group/ groupe de travail du génie de combat) ; • le EODWG/GTEOD (Explosive Ordnance Disposal Working Group/groupe de travail neutralisation des explosifs et munitions). Pôle unique du génie français, l’école supérieure et d’application du génie est identifiée comme point d’entrée national pour les STANAG génie. Elle est donc tout naturellement présente au sein du CEWG où elle participe à la totalité des travaux conduits sur les 14 STANAG du génie de combat et où elle assure le pilotage OTAN de l’un d’entre eux (le STANAG 2010). Elle confie à ses représentants, issus de la DEP, le soin de faire valoir les intérêts français au cours des débats qui y ont lieu. Ceux-ci participent donc chaque année, à la fin du mois de janvier à Bruxelles, à une réunion plénière du CEWG au cours de laquelle sont prises toutes les décisions du G.T. Ils se rendent aussi au mois de juin dans l’un des pays membres pour participer à une réunion intermédiaire de travail, l’ESDP (Engineer Standardization Development Panel). La pré-

Initié par le groupe de travail concerné, un tel cheminement mettant en scène de nombreux acteurs de chacun des pays membres, se déroule, selon les difficultés rencontrées, sur une durée variant d’une à plusieurs années. Les STANAG et AP font systématiquement l’objet d’une révision triennale. À cette occasion, ils sont présentés par le pilote devant le GT et peuvent faire l’objet d’amendements. Dans ce cas, le processus précédemment décrit est à nouveau mis en œuvre. En ce qui concerne la terminologie et la symbologie, l’élaboration et la mise à jour des documents sont effectuées sous l’égide du comité de normalisation de la terminologie de l’Alliance. Les termes, définitions et symboles sont inclus dans des glossaires (AAP-6 ; APP-6 ; AAP-19) après avoir été longuement étudiés au sein du comité de termi-

LE GÉNIE DE L’OTAN : TOUT UN PANEL DE MISSIONS PRISES EN COMPTE À DES NIVEAUX TRÈS DIVERS, Y COMPRIS PAR LA FRANCE
Dans l’OTAN, comme dans l’armée de terre française, le génie occupe une place originale, faite de diversité, de complexité, de technicité et de polyvalence. Touchant à de nombreux aspects de l’engagement opérationnel, les documents de normalisation du génie sont élaborés selon le schéma décrit plus haut, au sein de plusieurs groupes de travail qui doivent définir, pour chaque sujet de préoccupation, à la fois les doctrines du niveau armée de terre ou interarmées et les procédures de mise en œuvre à caractère souvent très technique. À ce titre, la France est notamment présente dans : • le LG 9 (Land Group 9), avec des officiers en

Réunion ESDFP 2001 - Kingston (Canada) - 105 -

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sence à ces réunions du représentant du CDES/CREDAT s’avère parfois nécessaire lorsque des réflexions sont conduites sur la doctrine d’emploi du génie dans un environnement interarmes ou interarmées. Désignée comme pilote national de 12 de ces STANAG, la DEP est chargée de consulter les experts nationaux de chacun d’eux lors des procédures de révision, de proposer les documents à la ratification du CEMAT, et de veiller à leur diffusion. Elle est aussi expert national des 2 documents de doctrine que sont l’AJP-3.12 « Soutien génie dans les opérations combinées » et l’ATP-52 « Doctrine du génie des forces terrestres », dont le pilotage national est confié au CDES/CREDAT. Le tableau ci-après présente succinctement les STANAG suivis et mis à jour par le CEWG.

N° DE STANAG 2010 2017

INTITULÉ Marquage du classement militaire (édition 5, amendement 7) Consignes au chef de détachement de protection d’un ouvrage à détruire et au chef de l’équipe de mise de feu (édition 4) Procédures en matière de pose, de marquage, de repérage et de compte rendu de champ de mines (édition 5, amendement 1)

POSITION FRANÇAISE RR Édition 6 en cours d’élaboration NR La procédure de ratification va être initiée NR Un projet d’édition 6 vient d’être proposé pour ratification Doit être étudié en fonction de la position française vis à vis des mines AP RA Doit être remanié car il évoque l’emploi des mines AP Pilote CDES/CREDAT NR Pilote CDES/CREDAT Devrait être prochainement ratifié par la France RA Une nouvelle édition est en cours de rédaction RR Projet d’édition 3 en cours d’étude NR RA L’édition 4 est en cours de rédaction RR En cours de modification pour y intégrer les positions nationales sur la prise en compte d’obstacles avec dispositifs de commande à distance et d’obstacles contenant des mines AP RA

2036

2123 2237 2238 2280

Carnet d’obstacles (édition 2, amendement 3) Numérotation des obstacles génie (étude) Soutien génie des opérations combinées, AJP-3-12. (étude) Standards de construction des fortifications de campagne (étude) Doctrine du génie des forces terrestres ATP52-A.

2394 (édition 2, amendement 1) Procédures de franchissement des cours d’eau (édition 2, amendement 2) Messages et comptes rendus du génie de combat, AengrP-2 (A), (édition 2) Opérations de contre minage en guerre terrestre (édition 2) Ravitaillement de secours en eau en temps de guerre (édition 3, amendement 3)

2395

2430 2485

2885

2989

Transfert de barrages (édition 1, amendement 4)

2991

Glossaire OTAN du génie de combat, AAP- (D), (édition 4)

Stade de ratification : RA = ratifié ; RR = ratifié avec réserves ; NR = non ratifié.
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Il faut noter que cette liste est évolutive car elle s’adapte en permanence aux besoins en normalisation du génie de combat. Par ailleurs, il est important de savoir que le « stade de ratification » par la France des différents STANAG correspond à leur édition en cours (indiquée dans la colonne « intitulé ») et qu’il est donc appelé à évoluer. L’ESAG est d’autre part intéressée par un grand nombre de documents de normalisation dont le suivi est assuré par d’autres groupes de travail de l’OTAN. C’est ainsi qu’elle se fait représenter lors des réunions plénières du GTEOD et qu’elle figure au rang des experts de certains STANAG dont le CEWG n’assure pas le suivi. Elle participe aussi régulièrement à l’exercice annuel de l’OTAN « Constant Makefast » et à des réunions bilatérales et trilatérales. Concernant la terminologie enfin, le CEWG constitue un

Réunion tripartite 2004 - ANGERS Les écoles du génie de Munich (Allemagne), de Minley (Grande-Bretagne) et d'Angers, organisent chaque année, à tour de rôle, la réunion tripartite, rendez-vous annuel des responsables de la doctrine et des études technico-opérationnelles au sein des directions études et prospective du génie des 3 pays.

maillon essentiel dans l’élaboration et la tenue à jour de l’AAP19 « glossaire de terminologie du génie de combat ». Son comité de terminologie est en effet la plupart du temps à l’origine des insertions de nouveaux termes et de leurs défini-

tions. Les délégués français y jouent le rôle de leader des pays francophones.

LA NORMALISATION ET SES CONSÉQUENCES POUR LE GÉNIE FRANÇAIS
En 1999, le chef d’état-major de l’armée de terre rappelait, dans une directive, l’importance qu’il attachait à l’interopérabilité avec nos alliés et donc à la forte implication de la France dans la rédaction des documents de normalisation. Il soulignait à cette occasion l’obligation qui en résultait d’en faire le socle de notre propre doctrine. Ainsi, la participation de la France aux travaux de normalisation de l’OTAN n’est pas anodine et ses conséquences ne doivent surtout pas être minimisées compte-tenu des énergies considérables mobilisées et du problème nécessairement posé de la cohérence des documents produits avec nos propres ouvrages nationaux. Les délégués français (tout comme leurs homologues des autres pays) doivent en effet

Fonctionnement simplifié de la chaîne « terminologie » - 107 -

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veiller constamment, sous contrôle de leurs autorités doctrinales, à la préservation de leur spécificité nationale lors de l’élab o r a t i o n des docum e n t s consensuels de l’OTAN. La ratification par la France de traités et de conventions internationales (protocole II, convention d’Ottawa, traité de Genève,…), ainsi que les textes nationaux d’application qui en découlent, conduisent parfois à ratifier avec réserves les documents de normalisation. Cet impératif a été particulièrement ressenti lorsqu’il a fallu vérifier ces dernières années la conformité de nos STANAG et AP avec les termes de la convention d’Ottawa et du protocole II modifié sur l’interdiction d’emploi des mines antipersonnel. Cette démarche s’est avérée d’autant plus complexe que certains des pays membres de l’OTAN (USA et Turquie) n’étaient pas signataires de ces accords. Les études menées par le groupe de travail du génie de combat constituent pour tous les pays membres l’occasion de mûrir leur propre réflexion. Deux exemples illustrent parfaitement l’importance considérable que revêtent les documents OTAN.

DOCTRINE D’EMPLOI DES FORCES
Le soutien génie des opérations interarmées, tel qu’il y est décrit, contribue à « tirer l’ensemble du génie vers le haut », tant par ses missions que par sa structure de commandement. En effet, ce document de l’OTAN préconise la mise en place d’un « Chief Engineer » interarmées, décliné à tous les niveaux de la chaîne de commandement, pour permettre une bonne prise en compte de l’action génie, certes au profit de la composante terrestre, mais aussi en faveur de l’ensemble des forces, dans un cadre espace-temps élargi. Ce choix est lié au fait que l’action génie s’inscrit dans toutes les phases d’une intervention. Il est en effet demandé au génie : • avant le début de l’engagement, de disposer d’une capacité d’expertise pour la planification des actions ; • pendant l’opération, de fournir un appui tactique classique et un soutien de la zone arrière de théâtre, notamment sur les axes logistiques et pour les zones aéroportuaires ; • à l’issue, de mettre à disposition une capacité de soutien post conflictuelle, en complément des moyens des entreprises de la nation hôte ou en liaison avec des organisations internationales, pour la reconstruction par exemple. En France, le nombre compté des moyens du génie combat, du génie de l’air et du futur service constructeur des armées, impose aussi la même notion de « Chief Engineer », déclinée à tous les échelons du commandement, jusqu’au niveau inclus de la composante terrestre, pour assurer le commandement de tous les moyens génie de la force interarmées. Dans une opération où la France ne serait pas nation cadre, la
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coordination entre la chaîne nationale et la force pour l’emploi des moyens génie au profit de l’un ou de l’autre se ferait par une procédure d’entente entre le chef de l’opération et le chef de la chaîne nationale. Ainsi, la ratification de l’AJP3.12 devrait conduire à mettre en place un « Chief Engineer » sur chaque théâtre d’opérations. L’étude de l’AJP-3.12 met enfin en évidence l’importance qu’il convient d’accorder à la terminologie. Un document aussi essentiel pour l’emploi des forces de l’OTAN, ne peut notamment pas souffrir la moindre approximation dans la traduction des termes et des définitions. À titre d’exemple, l’appellation « Joint Force Engineer », traduite littéralement par « commandant du génie de la force interarmées », demeure trop ambiguë et ouvre la porte à des interprétations lourdes de conséquences. En effet, selon l’idée que chaque nation se fait de l’organisation du commandement de son génie, elle peut soit limiter ce poste à un simple rôle de conseiller du commandement de la force, soit lui conférer les responsabilités inhérentes à la fonction de commandant du génie de cette force pour l’ensemble des missions s’inscrivant dans l’appui direct au combat et dans le soutien au stationnement.

L’AJP-3.12
Ce document de doctrine interarmées, qui n’est pas du niveau de l’ESAG, est étudié d’une part par le CDES/CREDAT en tant que pilote national pour la ratification et par chaque état-major d’armée, grâce à différents experts. L’analyse de son contenu ne peut se faire qu’à la lumière des instructions 2000 « doctrine interarmées du commandement en opérations » et 1000.

LE STANAG 2430
Il est le recueil de la procédure informatisée du génie de l’OTAN. Il constitue l’ossature de la messagerie développée dans le SIR/génie. Conçu pour répondre aux besoins de la chaîne de commandement verticale de l’OTAN, il a fait l’objet d’une analyse très poussée afin de lui permettre de

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satisfaire aux exigences de notre chaîne de commandement privilégiant quant à elle les échanges horizontaux de même niveau. Le travail a consisté à transformer ses 52 messages en 8 messages SIR, tout en conservant l’ensemble des informations contenues dans la messagerie d’origine. Il faut noter que l’échelonnement prévisible des livraisons de nos systèmes d’information et de commandement (environ 10 ans) impose de conserver un système transitoire d’échange d’informations. Dans cet esprit, il y aurait sans doute lieu de conserver à l’esprit que la POP génie constitue actuellement le seul référentiel complet de messagerie adapté à la mise en œuvre du génie. En effet, si les régiments du génie qui ne sont pas encore dotés du SIR peuvent utiliser MESREG pour transmettre les trois ou quatre messages communs à l’APP-9 et au STANAG 2430 (OBSREP ; BARREP ; …), celui-ci constitue cependant un mode dégradé, notoirement insuffisant car limité aux seuls échanges d’informations entre les commandants d’unité et le PCR. De plus, tant qu’un outil informatique (SITEL) n’aura pas été développé (horizon 2015), la POP génie demeurera l’unique moyen réglementaire disponible pour assurer les échanges entre le capitaine et ses chefs de section. Enfin, les nombreux exposés faits sur les divers engagements des forces de l’OTAN sont chaque fois l’occasion d’échanges fructueux et les « lessons learned » (enseignements tirés) des conflits récents constituent quant à eux la base des réflexions doctrinales conduites au sein du GT. Les conséquences qui en découlent concernent bien évidemment l’organisation, le fonctionnement et l’équipement de l’ensemble des forces de l’OTAN.

CONCLUSION
En 2004, le génie français se trouve donc bien engagé dans un processus devant l’amener à un niveau d’interopérabilité tel qu’il pourra, quel que soit le théâtre d’opérations et la nature du conflit, être employé dans des structures de commandement multinationales tout en conservant son style propre et l’efficacité qui le caractérise actuellement. Cette démarche correspond bien à la logique dans laquelle s’inscrit la décision prise récemment de créer à Lille un PC européen HRF (High Readiness Force) dans lequel la France sera « nation cadre », c’est à dire à une volonté très nette de faire figurer notre pays en bonne place dans les instances militaires internationales.

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Le Génie dans l'histoir e

Anticipation et valorisation ou les métiers du génie

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M. PERNOT

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La ville et la guerre .......................................................................................................................................................................... COL SERVEILLE

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Yves BOUTIN, sapeur, ingénieur, diplomate et officier de renseignement

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CBA GARNIER de LABAREYRE ............

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L’organisation du passage de la Bérézina pendant la retraite de Russie en 1812

......................CNE

ALLAIRE

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Monsieur Jean-François PERNOT

ANTICIPATION ET VALORISATION OU LES MÉTIERS DU GÉNIE
Tout a commencé au moment où l’homme a pris quelques pierres et morceaux de bois pour bâtir une protection, dépassant le simple jet de ces fragments gisant au sol à la face de son adversaire. L’homme a inventé au sens plein du terme lorsqu’il a sur un sol créé un dispositif qui renforçait ses simples capacités physiques qui sont très limitées. Tout le travail humain réside dans l’augmentation des potentialités car il ne possède ni carapace, ni vision multidirectionnelle. Créant au sommet d’un lieu dominant, le plus souvent au confluent de deux thalwegs, un ouvrage défensif, par exemple un mur rudimentaire assis sur la terre qui a été extraite afin de réaliser un fossé, il mettait en œuvre ce fondamental du génie : tout élément réalisé doit servir à de multiples usages. Le fossé est un premier obstacle, la constitution d’une enceinte avec ce qui a été extrait en est un second, ainsi on peut attendre l’ennemi car le regard attentif ainsi protégé voit au loin et le temps que l’adversaire franchisse les défenses, l’habitant est prévenu, jamais surpris et cet assaillant se trouve en position inférieure topographiquement vis-à-vis des défenseurs. La seconde étape est la mise en place de moyens de survie alimentaire. Il s’agit d’avoir à disposition de l’eau et des réserves de moyens. Ainsi est né le métier d’ingénieur. Il doit répondre à des objectifs de combat défensif mais également prévoir les condition du stationnement et de la survie. Du simple sommet valorisé (un éperon barré), on passe au plan d’ensemble qui va entraîner une rationalisation du site des premiers camps néolithiques à la bastide en passant par le camp romain que nous avons retrouvé avec le camp 1000 hommes (ISOPEX 99 du STBFT). La fonction suivante et non secondaire est de procéder par mémoire raisonné à l’évaluation d’un site avec, comme on le retrouvera dans les atlas du XVIIIe S. conservés au SHAT, un jugement sur le fort et le faible de chaque place et dans celle-ci de chaque ouvrage ou fraction de ceux-ci. Ainsi sont nés les sites défensifs car ils obligeaient l’ennemi à concentrer pour l’affrontement de 8 à 25 fois plus d’hommes que la garnison (selon les tableaux des premiers Traités). Les ingénieurs ont euxmêmes progressé, dépassant leur simple pratique par la mise au net de leur pensée par la rédaction de leurs conclusions à base d’expériences vécues. Antoine de VILLE restera en usage jusqu’en 1870 par son traité « de la charge des gouverneurs des places… » (1639) dépasse les simples conseils pour la mise en défense, traçant les enjeux globaux des places de la préparation au combat à la résistance à l’agression, ce que l’on traite de nos jours lors des analyses au retour d’OPEX.

Collège de France. Responsable du séminaire bastion CEHD. Vice-président de la commission française d’histoire militaire (CFHM). Vice-président de l’association musée du génie.

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Le responsable d’une défense ou d’une base stratégique doit avoir une démarche d’ensemble, un regard qui dépasse le terrain observable par des jumelles pour une analyse et une préparation de niveau régional puis avec les liaisons à créer et à maintenir coûte que coûte, le niveau d’un théâtre. L’ i n v e s t i s s e m e n t f i n a n c i e r impose une réflexion qui engage à long terme. Le sapeur est donc à la fois celui qui, en aidant le déploiement ou en freinant la progression adverse, prévoit le nécessaire immédiat mais aussi ce qui sera induit par la suite en terme de maintien sur la position ou la transformation du cadre d’une manière générale toujours pour maîtriser ou préparer les conditions futures des axes et des flux nécessaires aux missions, pour donner ainsi les moyens de la présence des armées auxquelles il appartient (ainsi est lié la formule réglementaire de la passation de commandement « pour le succès des armes de la France »). Pour agir, il est nécessaire à la fois de progresser et de regrouper des forces afin d’obtenir un résultat certain. En temps de paix à partir du XVIe S. furent créés les maréchaux des logis qui préparaient les étapes d’une opération. Au cours du XVIIIe S. afin de n’avoir pas à rechercher à chaque nouvelle opération des lieux et surtout des habitants à frapper de cet impôt en nature qu’était le « logement des gens de guerre », fut créée l’administration des étapes en union avec les municipalités qui ainsi recherchaient alors calme et protection. Furent alors bâties des casernes afin que les troupes en mouvement soient hébergées dans des conditions qui ne les rendraient pas trop instables donc sans perturbation vis-à-vis des biens des habitants. Organiser ce type de logements, échelonner les marches sur une longue distance en vue d’une concentration organique devint une fonction indispensable pour les armées modernes. La guerre de 1870 fut à cet égard

une régression, un échec patent d’où l’organisation ensuite par le chemin de fer des 10 lignes stratégiques permettant d’acheminer vers la Lorraine les 20 CA qui concentrés devaient former les 5 armées d’origine, agissant dans le cadre du Plan XVII. Les sapeurs y tenaient un rôle fondamental dans les jours de concentration des unités. Les opérations engagées, c’est alors qu’il faut « ouvrir les routes ». Les itinéraires doivent être d’abord choisis en fonction de la manœuvre, puis reconnus afin que les chaussées soient dégagées de tout obstacle, de toute mine et surtout que les pont soient repérés avec leur capacité de résistance au poids des véhicules devant les utiliser. Gérer les franchissements est l’une des tâches toujours d’actualité du génie dans le cadre de « la constitution des conditions du déploiement » d’une force. Cela nécessite l’établissement de schémas, de cartes plus ou moins détaillées selon les besoins des états-majors (actuellement l’une des fonctions du 28e groupement géographique de Joigny, intégré à la brigade du génie).

La phase de déplacement étant traitée, celle de la résistance des matériaux s’impose. Ces matériaux et les sols doivent être connus et travaillés selon les nécessités de la progression en opération comme dans leurs propriétés dans les constructions plus durables. Il n’y a encore une fois aucune opposition entre le temps de paix et celui des hostilités. La nature est la même et le sapeur doit être celui qui permet le stationnement et la progression par sa maîtrise globale de l’environnement et surtout par celle de l’anticipation en terrain varié utilisant des équipements qui permettront toutes les phases du plan décidé. Le stationnement d’une troupe de professionnels suppose des réalisations avec des éléments préfabriqués maintenant conçus en volume « container standard », ainsi est également géré l’acheminement et l’interopérabilité des mises en relation. Des modules d’habitat peuvent être liés à des modules de services ou de PC ainsi qu’à des ensembles du service de santé… Tout est associable et liable, les normes étant les mêmes. Pour assurer le succès d’une déci-

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sion, il convient de bien assembler les parties du puzzle que représente un chantier sur le terrain comme en métropole. Les abaques de résistance aux poids et pressions des matériaux sont de même nature que celles devant résister aux perforations. La protection des systèmes d’armes engagés en stockage, parcs ou en position, entre dans les temps de programmation et de réalisation de chantier. Encore une fois, il s’agit de bien intégrer infrastructure et conduite d’opération dans tous les sens des termes. La maîtrise des phases est liée à la gestion du bon vocabulaire et des concepts : « ce qui se conçoit bien… ». Les études préalables, les choix d’emplacements et de solutions permettent de répondre dans le minimum de temps et ainsi le camp ISOPEX 99 a pu être conçu et réalisé avant nos autres partenaires. D’autre part les matériaux utilisés dans la protection hommes/armement sont bien souvent ceux des moyens du bord, car comme autrefois ce qui est retiré d’un côté sert à ce qui est établi de l’autre. Cela était vrai des remparts résultant du creusement des fossés depuis le camp romain jusqu’aux ouvrages bastionnés, les « gabions de nouvelle génération » (GNG), mis en trois épaisseurs renforcées dans certains cas de plaques de béton armé d’acier spéciaux (également de « nouvelle génération »), assurent une sécurité correcte contre tout tir offensif. Un vrai métier existe : celui d’estimer, de connaître empiriquement les solutions « du moment »… Encore une fois, soulignons l’absence d’opposition tant entre les fonctions civiles que celles de la défense. Il n’y a pas des charpentes ou des menuiseries différentes. Il existe des seuils de résistance et les matériaux sont alors proportionnés. Ce n’est qu’une question de limites. Il y a seulement des efforts ou des impacts particulièrement violents. Tout cela reste globalement dans des mesures acceptables. Ces pratiques qui entraînent des métiers qui évoluent, qui se distinguent, se différencient, utilisant des outils, des normes de parcs, toute une quincaillerie qui est identique à tout chantier de travaux publics. De même, hormis les gaz de combat qui sont de nature toute autre mais qui maintenant sont aussi l’une des terreur des crises urbaines, l’air conditionné des pièces n’est pas sensiblement différent de la ventilation des casemates de combat. Dans les cas limites, ce sont des surpressions, alors hôpitaux, salles d’opération ou de confinement ne sont pas de nature différente des casernements, ce n’est que question d’intensité, d’échelle. le combattant doit pour sa survie appliquer les méthodes et filtres anti-pollution (eaux et latrines). Ainsi peut être conçu et géré l’établissement de plateformes tant d’artillerie en opération que de logistique dans les deux environnements. Le génie est donc bien l’arme qui anime, utilise et développe des métiers qui depuis le XVIe siècle permettent la réalisation des missions tout en structurant le territoire national comme base de départ et les zones des opérations car l’infrastructure se fonde toujours selon des fondamentaux identiques assurant sécurité et pérennité.

Les procédures professionnelles sont peu différentes. C’est pourquoi les règles d’urbanisme, de circulation, d’alignements concernent les constructions nouvelles, surtout dans un environnement urbain. Sont aussi concernés les normes et précautions anti-incendie. La lutte contre tout sinistre concerne tout le monde, la société comme
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Colonel Jean SERVEILLE

LA VILLE ET LA GUERRE
Oubliés sous la poussière de l’histoire et sous le poids de la dissuasion nucléaire, des liens étroits et interactifs entre la ville et la guerre ont cependant toujours existé à travers l’histoire même de la ville et de ses habitants. Ils sont nombreux et ressurgissent avec force et acuité au travers des médias, notamment la télévision, lors des conflits récents. Beyrouth, Sarajevo, Grozny, Génine, Bassorah, Bagdad ont apporté au public une lecture soudaine et brutale des liens entre la ville et la guerre, mais une lecture purement événementielle. En fait la ville a de tout temps préparé, voire géré la guerre par des processus de transformation de grande ampleur tels que l’urbanisme, l’économie de guerre, l’esprit de défense de ses habitants, la stratégie anticités de Carthage à Hiroshima, les innombrables aller et retour entre les concepts de défense rapprochée et de défense aux frontières de la pax romana au rétablissement des enceintes parisiennes vers 1840. À l’éradication de la notion de l’urbain dans les thèmes tactiques, il y a encore peu, le militaire renoue heureusement avec la ville : lieu de ressources, de pouvoirs, abritant une population enjeu des conflits modernes, mais aussi lieu de violences inexpiables, d’obstacles de danger et d’enlisement. Attractive et répulsive la ville subit la guerre, mais la ville engendre aussi la guerre. sent de modeler l’architecture des villes grecques. En effet à leur genèse les cités grecques archaïques, tant pour marquer leur emprise coloniale que pour assurer effectivement leur sécurité, se dotèrent de remparts. Au Ve siècle avant Jésus-Christ ces murailles tombèrent en désuétude au profit d’une doctrine bâtie sur la combativité des armées, qui fit dire à Agésilas roi de Sparte désignant ses troupes « voici les remparts de Lacédémone ».

Saint-cyrien de la promotion capitaine de CATHELINEAU (1976-1978), le colonel SERVEILLE est chargé de mission au centre de réalisation et d’études de doctrine de l’armée de terre (CREDAT). À ce titre il est, entre autres, chargé de la doctrine d’emploi des forces terrestres en zone urbaine. Ayant servi au 13e RG comme CDS puis OA, il a commandé la compagnie de combat du génie de la 12e DLB de 1985 à 1987. Après une formation de DT travaux, il est affecté à la direction des travaux et services de la DIRCEN de 1987 à 1989. Ingénieur de l’ENPC, il rejoint l’ESGM, puis l’ESAG à sa sortie en 1993 de l’école supérieure de guerre (105e promotion). De 1997 à 2000, il est officier traitant pour l’évaluation des systèmes de forces et assure le suivi du dossier « drones » à l’EMA/PPE. Il commande le 2e RG de 2000 à 2002. Il est chef de la planification de la KFOR d’octobre 2002 à avril 2003.

Puis à l’époque hellénistique, les luttes incessantes entre cités et l’avènement de machines de guerre puissantes et plus efficaces contraignirent les villes à se doter à nouveau d’enceintes. Ce schéma de va-et-vient est comparable à celui de la poliorcétique romaine dont Rome est un parfait exemple. De même pour le moyen-âge, dont les remparts disparus laissent maintenant la place à nos boulevards et à un cœur historique à l’habitat très dense. La constitution du royaume de France et en particulier la guerre contre les PLANTAGENÊT marqua l’urbanisme de nombreuses villes conquises puis refondées par Philippe-Auguste, dont les remparts anciens étaient rasés et reconstruits selon le plan du maître. Melun, Bourges, Péronne, Compiègne se virent ainsi remodeler.

EFFETS STRUCTURANTS DE LA GUERRE SUR LA VILLE
Dès l’antiquité grecque le concept de défense rapprochée des villes s’affronte à celui de la défense aux frontières et ne ces- 117 -

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ment indispensable aux armées entretenait jadis avec vigueur l’esprit de défense. La guerre imposait aux cités une fonction de défense qui était pour elles une fonction vitale. L’histoire de la ville de Metz de l’antiquité au XXe siècle témoigne de l’étonnante permanence de cette fonction. L’urbanisme de nombreuses villes actuelles permet de comprendre quel fut pour l’accomplissement d’une telle vocation le prix à payer. Un prix si élevé parfois qui a nécessité sacrifices, patriotisme et esprit de défense. Comment comprendre le volontarisme des citadins du nord et des départements de l’est en 1793 et même en 1815 si ce n’est par l’accoutumance au danger, au risque accepté. Comment expliquer la réelle ferveur lors des commémorations militaires dans les villes de l’est de la France, l’énergie farouche des habitants de Londres, Berlin ou Stalingrad à protéger ou reconstruire leur ville et celle de la population allemande lors de la seconde guerre mondiale pendant les bombardements. La ville dans la guerre cristallise le sentiment d’appartenance à une communauté unie dans un intérêt vital ; elle fabrique dans l’adversité ce qui fait une nation. D’où l’importance pour le militaire de gagner la bataille de la ville en gagnant la bataille du cœur et des esprits vis-à-vis de la population et l’importance pour les pouvoirs civils d’éradiquer le danger que représentent les zones de non droit et d’exclusion de nos villes actuelles.

Paris fut également concerné par de grands travaux dont quelques pans de l’enceinte de Philippe-Auguste sont encore visibles. Cette politique de remodelage de la ville fut appliquée tout au long des siècles, notamment à Carcassonne ou à AiguesMortes au XIIIe siècle pour en faire des villes forteresses d’état symboles du pouvoir royal. Plus tard encore au XVIIe siècle Vauban créa les fortifications bastionnées, imposant une citadelle souvent tournée vers la ville elle-même, des glacis et un plan bien défini pour les villes neuves, qui marquèrent durablement la vie de la cité et son développement d’aujourd’hui.

VILLES : LOGIQUE DE GUERRE
Les arsenaux et les ports sont sans conteste des exemples type de l’imbrication étroite de la ville et de la guerre. Toulon ancien port phénicien, Brest seul môle loyaliste dans une province acquise à la ligue, Le Havre (de Grâce) fondé en 1517, Brouage proche de La Rochelle ville assagie mais à surveiller ainsi que Rochefort créées ex nihilo par RICHELIEU ont vécu par la guerre et pour la guerre. L’arsenal et la ville naissent de concert et grandissent ensemble liés par le même rythme. Il suffit d’imaginer aujourd’hui l’impact de la construction et de l’entretien du Queen Mary 2 multiplié par cent et ce sur une période de plus de 150 ans pour ces villes maritimes d’alors. Une deuxième logique de guerre fut les premières grandes destructions de masse de la première guerre mondiale qui générèrent la prise de conscience de l’impératif de zonage des villes pour mieux séparer l’industrie de l’habitat. L’état et les communes ont contribué à la notion de planification urbaine propice à un développement économique et social plus harmonieux. L’urbanisme de guerre entre 1939 et 1945 se traduisit par la

LES HABITANTS DANS LA GUERRE
La ville centre de pouvoirs politique, économique et religieux, mais aussi base de ravitaille-

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urbaine en 1992 à Los Angeles ou les nombreux actes de terrorisme urbain.

CONCLUSION
Des liens étroits et interactifs ont toujours uni la ville et la guerre dont la physionomie actuelle des villes porte la preuve tangible. Tout au long de l’histoire de la ville, ces liens avec la guerre furent le moteur de son implantation, de son économie, de son urbanisme, de sa vie. Abritant une population, enjeu des conflits modernes, la ville continuera à tisser de nouveaux liens avec la guerre : indifférence, sièges moyenâgeux comme celui de Sarajevo par les milices serbes, zones de chaos et de non-droit, lieux privilégiés d’actions terroristes, objets de dissuasion, objectifs stratégique ou tactique. Quel que soit le prisme de perception, la ville restera pour les armées un objectif fondamental.

construction de casernements, de bases sous-marines, d’abris antiaériens, de délocalisation à la campagne d’usines, dont nous pouvons voir maintes traces en France et en Allemagne. La stratégie anti-cités est aussi une autre logique de guerre développée à son paroxysme à la période contemporaine avec la dissuasion nucléaire, mais existant depuis des temps immémoriaux comme le prouve l’histoire de Troie, Tyr, Sidon, Carthage et la fameuse supplique de CATON « Carthago delenda est », mais aussi Dresde, Nagasaki et Hiroshima. La stratégie anti-cités contemporaine a engendré une mutation considérable dans nos esprits.

De tout temps la ville était en effet définie comme une enceinte de sécurité et devint subitement un lieu d’insécurité par excellence. Pendant 50 ans la paralysie du statu quo nucléaire nous a accoutumés à la catastrophe urbaine nucléaire, à l’indifférence. Une quatrième logique de guerre ou d’affrontement est celle de la ville foyer d’instabilité. Si la population est bien l’enjeu des conflits, elle peut-être tour à tour otage ou acteur, comme le montrent les évènements de Budapest en 1956, ceux des villes de France en 1968, les affrontements de guérilla

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Commandant Pierre GARNIER de LABAREYRE

VINCENT-YVES BOUTIN SAPEUR, INGÉNIEUR, DIPLOMATE ET OFFICIER DE RENSEIGNEMENT
La carrière du colonel BOUTIN est concomitante avec les guerres révolutionnaires et l’époque impériale. Commencée en 1794, elle s’achève brutalement dans les monts du Liban en 1815. Vinçent-Yves BOUTIN est né le 1er janvier 1772 à Loroux-bottereau près de Nantes. Il est baptisé le même jour par le vicaire de la paroisse. Il est le fils de Yves BOUTIN et de Perrine GUILLET. Le parrain est son père et la marraine, sa sœur, Perrine, qui déclare sur l’acte de baptême « ne pas savoir signé ». Le père est maréchal-ferrant de son village. Il paraît être propriétaire de sa forge. Vincent-Yves a plusieurs frères et une sœur. Un de ses frères se fait marin et mourra en service en Amérique. Un autre devient soldat et sera tué pendant les guerres révolutionnaires aux frontières du pays. Les deux autres deviennent boulanger et forgeron. C’est donc une famille simple mais nullement modeste, appartenant à la petite bourgeoisie. Sous la révolution, le père est élu maire de son village. Cet engagement au côté des bleus lui sera fatal. Durant cette guerre civile que fut la guerre de Vendée, il sera tué avec un de ses fils qui porte le même prénom, le 16 ventôse de l’an II de la république (6 mars 1794). Ainsi, ce père a donc su donner à ses fils un minimum d’instruction pour, au moins, savoir lire et écrire.

Le commandant Pierre GARNIER de LABAREYRE est le conservateur du musée du génie depuis septembre 2003. Officier sur titre, ayant choisi l’artillerie, il sert au 3e régiment d’artillerie puis au 93e régiment d’artillerie de montagne où il crée et commande la batterie des opérations. Il est titulaire du diplôme technique option sciences humaines. Après trois années au centre de sélection et d’orientation de Lyon, il suit une scolarité à l’école du Louvre avant d’être muté à Angers.

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Vincent-Yves BOUTIN est le plus doué. Il semble avoir beaucoup de facilités pour les études. Après avoir appris les rudiments à l’école de son village, il part poursuivre ses études au collège de l’oratoire à Nantes. Dans ce collège, il rencontre comme préfet des études Joseph FOUCHE, le futur conventionnel et régicide, duc d’Otrante et ministre tout puissant de la police sous l’Empire. En juin 1791, il obtient le diplôme de “maître ès arts”. L’ensemble de ses notes montre un goût très prononcé pour les mathématiques. Il est doté d’un esprit vif. À l’issue de son diplôme, il monte à Paris pour poursuivre ses études. Il suit les cours de mathématiques de BOSSUT, célèbre professeur. En même temps, il vit les convulsions révolutionnaires de la capitale. Il adhère alors aux idées nouvelles. En Août 1793, il présente l’examen de l ‘école de Mézières où il est reçu le 17 septembre 1793, après avoir satisfait aux épreuves. À cette date, c’est la seule école militaire qui n’a pas encore été fermée. Elle a formé, depuis 1748, de nombreux « ingénieurs du Roy » sous la houlette de professeurs instruits, savants et curieux. MONGE et BOSSUT y ont enseigné. Des hommes connus comme Lazare CARNOT, Louis Le BEGUE du PORTAIL, Henri BERTRAND, Armand de MARESCOT, ClaudeJoseph ROUGET de L’ISLE, Louis de CAFARELLI ont été formé à Mézières. 1793, année charnière, année tragique. La modération n’est pas à la mode. Chacun doit choisir son camp et en subir les conséquences. Dès son arrivé à l’école, on demande à BOUTIN de prêter serment à la constitution. La royauté est renversée, la condition nobiliaire n’existe plus. Chacun peut prétendre intégrer cette école sur ses seuls mérites mais « l’esprit aristocratique » persiste. Les représentant du nouveau pouvoir veulent l’éliminer. Rien n’y fait. Cependant, les désordres qu’engendrent la révolution se répercutent sur le fonctionnement de l’école. Dès Juin 1792, MONGE écrit à CARNOT que l’« instruction de cette école ne marche pas ». Le 9 novembre 1793, le colonel de VILLELONGUE qui commande depuis 1776 doit démissionner. C’est un « ci-devant ». Il est devenu suspect et peut vouloir influencer les élèves. Le 12 février 1794 (24 pluviôse, an II), un décret pris par la convention transfère « les écoles du génie et des mineurs » à Metz. Face aux besoins pressants des armées, les scolarités sont écourtées. En septembre 1794, BOUTIN est promu lieutenant en second et rejoint l’armée de Sambre et Meuse commandée par JOURDAN. Il reçoit le baptême du feu devant MAESTRICHT, assiégé, sous les ordres de MARESCOT et de CHASSELOUP. Il y est blessé au genou gauche le 18 octobre. Nommé capitaine en second le 21 mars 1795, il est chargé de mettre en état la citadelle du Quesnoy, fortement endommagé par les sièges qu’elle a subi. En mars 1797, il passe un examen de capacité où il démontre ses qualités de « bon ingénieur de fortification ». Ces examinateurs le jugent avec sérénité et perspicacité : « mœurs douces, un caractère réfléchi, aimant le travail et doué d’une imagination active qui, mûrie par l’expérience, le conduira à des découvertes utiles ; d’une excellente conduite sous tous les rapports ». Fin 1798, il prend le commande- 122 -

ment d ’ u n e c o m p a g n i e d e sapeurs au 3e bataillon. En février 1799, il rejoint l’Italie. Pendant ces campagnes, il abandonne temporairement sa fonction d’ingénieur des fortifications pour se consacrer aux travaux classiques des sapeurs qui suivent des armées en campagne. En septembre 1801, il est chargé de fortifier Pizzeghettone puis il travaille à la défense des côtes en Italie. Bien noté et apprécié, ses chefs directs le propose au grade supérieur. Cette proposition est réitérée en 1804 avec l’appui de MURAT. Pourtant cela ne suffit pas. Cette même année en janvier, il est muté à l’armée de Batavie où il est chargé de construire et l’organiser un camp dans les bruyères de Zeist afin de loger convenablement la troupe et d’éviter des épidémies de fièvres fréquentes dans ce pays plutôt marécageux. BOUTIN va rester en Hollande jusqu’à l’été 1805. Chacun s’attend à combattre les anglais sur leur propre sol. Mais la défaite de Trafalgar sonne le glas des ambitions du nouvel empereur. Prévoyant le changement d’attitude de l’Autriche et de la Russie, les troupes chargées de préparer le débarquement en Angleterre font volte face et se dirigent vers le Danube. Notre sapeur participe au siège d’Ulm puis progresse dans les vallées alpines avec le corps du général de MARMONT, chargé de protéger le flanc droit de l’armée impériale. Après Austerlitz, l’Autriche demande la paix. Il reste alors la Russie et, bien sûr et toujours, l’Angleterre. Le 15 octobre 1806, en se rendant par la mer de Raguse à Raguse-Vieux, il est fait prisonnier par les russes. Il demeure deux mois environ captif à Corfou. Il est libéré après un échange de prisonniers sur

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la demande expresse de MARMONT. BOUTIN est envoyé, alors, à Constantinople pour servir sous les ordres du général SEBASTIANI, ambassadeur de France à Constantinople. En effet, l’empire ottoman a déclare la guerre à la Russie en décembre 1806. Il devient donc l’allié de la France. Les détroits du Bosphore sont convoités par les Russes et les Anglais restent toujours maître de la méditerranée. BOUTIN rejoint la capitale de l’empire turc en février 1807. C’est son premier contact avec cet orient qui va le fasciner. À partir de ce moment, sa carrière ne sera plus celle d’un officier du génie ordinaire de l’armée mais celle d’un conseiller écouté et respecté. Dès son arrivée, il se met à la tâche et fortifie les points permettant un débarquement des anglais dont une escadre, commandé par l’Amiral DUCKWORTH, croise dans les détroits. « En 5 jours, écrit-il, il y avait : • des Sept-tours au Sérail, 102 canons, 69 mortiers ; • sur la côte de droite à l’ouest 240 canons, 12 mortiers ; • en face du canal, 84 canons, 15 mortiers ; • sur la côte d’Asie, 94 canons, 14 mortiers ; soit, au total 520 canons et 110 mortiers ». Grâce à ce travail, les anglais, après une tentative de débarquement le 3 mars, se retirent. Le sultan Selim III félicite le capitaine et le récompense en le décorant de l’ordre du croissant de Turquie de 3e classe et en lui donnant de l’or. Il enverra cet argent à sa famille (il lui reste un frère et une sœur) qui achètera une propriété vinicole dans leur village natal. Après cette exploit, il est déta- 123 Plan d’Alger et des environs

ché près du grand vizir IBRAHIM-PACHA pour le conseiller et instruire des hommes à l’art de la sape. Il s’immerge totalement dans son environnement. Le général PA U L I N a l a i s s é d a n s c e s mémoires un portrait haut en couleur de BOUTIN : « sa figure hâlée, ses yeux étincelants, sa barbe bien plantée, aussi noire que touffue, font on ne peut mieux sous le turban aux couleurs vives. Sous les draperies du vêtement, ses larges épaules lui donnaient toute la grave et digne prestance d’un vrai croyant et tout jusqu’à sa démarche que ralentissait la chaussure orientale, éloignait l’idée que, sous ce costume, se trouvait un jeune et brillant officier français ». C’est vraisemblablement pendant cette période qu’il commence à parler l’arabe.

Après la cessation des hostilités avec la Russie (armistice de Slobodjie le 21 août 1807), BOUTIN regagne Constantinople puis Paris en novembre 1807. Le 28 décembre 1807, BOUTIN est enfin nommé chef de bataillon. Cette promotion sera suivie, le 17 janvier 1808 de la croix de chevalier de la Légion d’honneur. Après un séjour en famille dans l’ouest de la France, il est chargé de la mission qui le fera rentrer dans l’histoire. En effet, Napoléon cherche à prendre pied en Afrique pour contrer l’influence anglaise en Méditerranée. Il ordonne, dans une lettre écrite à Bayonne le 18 avril 1808, au ministre de la marin, le vice-amiral DECRES, la reconnaissance d’Alger puis de Tunis. Il y explique sa volonté et décrit l’homme idéal : « … il faut

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que ce soit un homme de tact et de talent. Il faudrait que cet ingénieur fût un peu officier de marine et un peu ingénieur de terre… ». BOUTIN est désigné. Voilà notre homme à la fois officier de renseignement et espion. Il embarque début mai à Toulon sur le brick le Requin. Il est reçu par le consul de France à Alger, M. DUBOIS-THAINVILLE, chez qui il logera durant toute sa mission. Sur place, BOUTIN observe, se promène le long des côtes et sonde les profondeurs. Il dessine et note tout sur un petit carnet. Plusieurs fois menacé d’expulsion et même de mort, il continue sa mission jusqu’à son départ le 17 juillet sur le même brick. Le 28 juillet, son bateau est arraisonné au large d’Ajaccio par une frégate anglaise. Il est de nouveau prisonnier et envoyé alors à Malte. Cependant, il a pu cacher son identité en détruisant toutes ses cartes et croquis et en ne conservant sur lui que son petit carnet. Il réussit à s’évader en compagnie de deux autres compatriotes du même bateau. Ils sont cachés par un ami ragusien de l’un d’entre eux, établi à Malte depuis 1798. BOUTIN, avec la complicité d’un capitaine marchant ragusois, M. POZZA, embarque le 1er septembre comme matelot sous le nom de Nicolo JUVATOVICH. Il arrive à Constantinople le 2 octobre 1808. Il repart quelques jours plus tard vers Paris qu’il atteint à la fin du mois. En utilisant son carnet conservé malgré ses aventures, il rédige un rapport et trace des plans de mémoire. Il remet le tout au ministre de la marine le 18 novembre. Ce rapport est intitulé : « reconnaissance générale des villes, forts et batteries d’Alger, des environs faite en conséquence des ordres et instructions du ministre de la marine pour servir au projet de descente et d’établissement défensif dans ce pays ». BOUTIN a étudié l’état des défenses d’Alger, l’état des forces, les ressources du pays (vivre, eau, bois…), les itinéraires, les mœurs… Rien d’important ne lui a échappé. L’empereur est satisfait du rapport. Il le reçoit le 21 février 1809 aux Tuileries. Il lui offre un sabre, sorte de dague à l’orientale dont la lame est finement ouvragée et décorée de son profil à la mode romaine. Cependant en 1809, les projets de NAPOLÉON ont changé. La méditerranée n’est plus sa priorité. Quand en 1829, le gouvernement français décide de mettre sur pied une expédition militaire pour punir le dey d’Alger, les travaux de BOUTIN sont exhumés et servent de base de travail pour l’expédition. Ainsi, le débarquement à Sidi-Ferruch, la prise du fort de l’empereur et l’attaque de la ville par l’intérieur et les hauteurs préconisés par BOUTIN sont réalisés par le général de BOURMONT en 1830 pour prendre Alger. À l’issue de ce rapport, on lui demande de rédiger un mémoire diplomatique destiné au ministre des relations extérieures pour le renseigner sur la politique dans le bassin occidental de la méditerranée et le rapport des deys et de l’empereur (sic !) du Maroc avec l’Angleterre. À l’issue, sur la demande, en 1809, il est employé à l’armée d’Allemagne et affecté à l’étatmajor du commandant en chef du génie, le général BERTRAND. Il participe à la réalisation de ponts qui permettront le franchissement du Danube et le victoire de Wagram en juillet. Mais l’Orient l’appelle. Sur l’ordre personnel de l’empereur (30 juin 1810), il est envoyé en mission au Levant. Son expérience des lieux, de la langue et « des orientaux » font de lui un homme idoine pour accomplir des missions de renseignement dans cette région encore peu connue. Le 30 juin 1810, Napoléon écrit à CLARKE, ministre de la guerre, la lettre suivante : « Le chef de bataillon BOUTIN a déjà été envoyé du côté de Tunis et d’Alger et a, je vois, fait des rapports sur la situation de ces places. Je désire que vous l’expédiez encore cette fois, soit pour Tunis, soit pour Alexandrie. Concertez avec lui le prétexte à donner à son voyage et qu’il puisse en rapporter la vraie situation d’Alexandrie, du Caire, de Damiette, de Saleyeh, d’ElArych, de Gaza, de Jaffa, de
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Sabre offert par l’empereur

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Saint-Jean-d’Acre. Il pourrait effectuer son retour par Tripoli et Smyrne. En passant, il prendra des renseignements sur tous ces points. Il pourrait se faire donner par le général BERTRAND des notes de tous les points fortifiés de notre temps pour vérifier dans quel état ils sont aujourd’hui… Il prendrait note des forces qui gardent le pays et enfin remettrait tous les renseignements militaires et civils ». Le 2 août 1810, BOUTIN est nommé colonel. Malgré les ordres de l’empereur, le nouveau colonel du génie est toujours en France le 14 octobre. Napoléon, alors, écrit sèchement : « je croyais l’officier du génie BOUTIN parti pour l’Egypte et la Syrie. Les détails ne me regardent pas. Qu’il se rende soit à Otrante, soit à Ancône ; qu’il masque sa mission comme il l’entendra, mais qu’il la fasse ; qu’il passe tout l’hiver et une partie de l’été prochain en Egypte et en Syrie de manière à pouvoir ensuite rendre compte de sa situation politique et militaire de ce pays. Recommandez-lui de voir la citadelle du Caire, celles d’Alexandrie, Damiette, SaintJean-d’Acre , Alep, Damas, Alexandrette sont compris dans sa mission. Levez tous les obstacles et ne m’en parlez plus » En novembre 1810, il quitte la France qu’il ne reverra jamais. Sa mission est vaste : rendre compte de l’état politique, économique et militaire du proche-Orient. Pour accomplir cette ouvrage, il reçoit une couverture diplomatique : annoncer à l’Egypte la naissance du roi de Rome. À côté de cela, il se fait passer pour un archéologue, épris des glorieuses civilisations passées de l’Egypte et de la Palestine. Il commence sa mission en Egypte. Il prend contact avec les autorités indigènes et les anciens soldats français restés dans ce pays. Cette mission qui devait durer jusqu’à l’été 1812 se poursuit. Aucun document permet de savoir pourquoi. A-t-il reçu une nouvelle mission ? Doit-il approfondir celle en cours ? Cette même année, BOUTIN fait la connaissance de Lady Lucy STANHOPE, nièce de William PITT, ancien 1er ministre anglais (mort en 1808). En 1813, il est au Liban. Le 28 mars, il loge chez le consul de France à Saïda. Il y retrouve Lady STANHOPE qui habite non loin à Mar-Elias. Ils se revoient à intervalle régulier. Sont-ils amants ? Rien ne permet de l’affirmer. Cependant, ils ont une attirance réciproque. Leurs vies se croisent régulièrement. Il s’écrivent souvent. Au Liban, BOUTIN poursuit la mission qu’il a reçu. En 1814, il prend connaissance de la fin de l’empire. Il continue néanmoins son périple. Cette période est mal connue. Seuls quelques lettres et témoignages existent. Les archives militaires ne contiennent aucun rapport et compte rendu de sa mission. En 1815, il se dirige vers la Syrie. Il est assassiné par les haschischins, vraisemblablement près du village d’El-Blatta, dans les montagnes de Lattakieh (actuellement en Syrie) en juillet ou en août. Son corps n’a jamais été retrouvé. Lady STANHOPE réussit à venger son ami en déclenchant des représailles. Elle fit raser plusieurs dizaines de villages druzes et exécuter 300 personnes par les troupes du pacha d’Acre. La singularité de la vie et la mort mystérieuse de BOUTIN font entrer cet officier dans le panthéon des « grands bâtisseurs d’empire » de la France. Fidèle, serviteur dévoué, il chercha toujours à mieux connaître les moyens d’accroître l’influence de son pays. Sa carrière, commencée comme ingénieur des fortifications, s’achève comme agent de renseignement, savant et diplomate.

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Capitaine Didier ALLAIRE

L’ORGANISATION DU PASSAGE DE LA BÉRÉZINA PENDANT LA RETRAITE DE RUSSIE EN 1812
INTRODUCTION
feu qu'ils développaient et à la longévité de leur unité. Toutefois, il faut éviter d'en déduire qu'il s'agit d'un combat du niveau tactique de celui d'un corps d'armée actuel. En effet, en simplifiant à l'extrême une comparaison avec le combat moderne, l'armement et les moyens militaires d'aujourd'hui permettent d'obtenir une puissance de feu équivalente pour nettement moins d'hommes sur le terrain. Finalement en terme d'effectif engagé, le niveau de la bataille peut s'assimiler à celui d'une brigade actuelle où la tactique reste à la portée d'un commandant d'unité du génie. Ainsi, les 400 pontonniers de la Bérézina peuvent trouver leur équivalent contemporain dans le déploiement de deux sections de combat du génie renforcées de moyens génie de franchissement.

Le capitaine ALLAIRE est issu du Prytanée national militaire de La Flèche (1988-1994). Admis en 1994 à l’école spéciale militaire de Saint-Cyr (promotion commandant MORIN), il choisit l’arme du génie et rejoint l’ESAG en 1997. Il sert au 3e RG en tant que chef de section, officier adjoint, officier instruction au BOI et enfin commandant de la 2e CCM. Il a eu l’occasion de servir en opération extérieure au Kosovo comme chef de section en 2000, puis à nouveau comme commandant d’unité de la CCM du BATFRA 04 en 2003.

Les pontonniers du général ÉBLÉ ont permis, au terme d'un lourd sacrifice, de sauver la grande armée au cours de la retraite de Russie en permettant le franchissement de la Bérézina en 1812. Si aujourd'hui, ce nom raisonne comme celui d'un véritable échec dans la mémoire collective, il reste pour les plus avertis, celui d'un rendez-vous historique où BONAPARTE va prouver, une fois de plus, son génie militaire en s'appuyant sur la maîtrise technique et le dévouement de ses sapeurs. Il va sauver son armée en relevant un défi jugé voué à l'échec par les russes, celui de franchir une rivière dans des conditions extrêmes.

Cet article est extrait du mémoire rédigé par le capitaine ALLAIRE alors qu’il était stagiaire du CFCU (2002/2).

LE PASSAGE DE LA BÉRÉZINA
Les ouvrages portant sur cette manœuvre sont assez rares et restent parfois contradictoires sur un certain nombre de détails. Ce récit est destiné à mieux comprendre le déroulement de la bataille et à illustrer l'argumentation proposée en analyse. Il contient les faits essentiels qui se recoupent et les détails historiques qui permettent de mieux percevoir le contexte environnemental. Le choix d'une description sous forme chronologique s'impose logiquement par la dimension temporelle primordiale qu'elle procure aux actions militaires.

Le récit chronologique de la bataille
24 novembre 1812 pendant la retraite de Russie NAPOLÉON encore à Bohr ordonne à la garde et à l'artillerie du général SORBIER de marcher sur Borissov où se trouve un pont sur la Bérézina et que l'empereur croit aux mains des russes. En fait, il espérait trouver le général DOMBROWSKI maître de la tête de pont fortifiée de Borissov sur la rive droite de la Bérézina et de ce fait avoir le passage assuré en ce point. Mais l'amiral TCHITCHAGOV en a expulsé les polonais, il a même franchi la rivière et s'est emparé de la cité installée sur la rive gauche. Alors OUDINOT reçoit l'ordre de cesser sa retraite menée conjointement avec le général VICTOR et de reprendre Borissov.

Le niveau tactique de la bataille
Les chiffres importants des effectifs sont précisés pour évaluer les différents rapports de force qui demeuraient à cette époque un des piliers de la victoire. Le nombre de soldats était proportionnel à la puissance de
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Nuit du 24 au 25 novembre 1812 NAPOLÉON apprend qu'une partie des troupes d'OUDINOT et de celles de Moscou ont repris Borissov à des détachements russes d'avant garde. OUDINOT recueille DOMBROWSKI, reconquiert la ville mais ne peut empêcher les russes de brûler le pont derrière eux. Le gros des troupes russes sont encore a s s e z l o i n d e B o r i s s o v. WITTGENSTEIN (30000 hommes) à 20 km environ plus au nord. KOUTOUZOV (90000 hommes) est encore plus loin, plus au sud à 150 km de la Bérézina. L'amiral TCHITCHAGOV (60000 hommes) est en stationnement à environ 10 km sur la rive droite, à la latitude de Borissov. La situation ennemie et leur position sont partiellement favorables à NAPOLÉON qui dispose d'environ 50000 combattants valides et qui devrait avoir les délais suffisants pour organiser le franchissement. Journée du 25 novembre 1812 Les troupes d'OUDINOT (9000 hommes) et de VICTOR (11000 hommes); préservées pendant la campagne de Russie, recueillent les vestiges fantomatiques de la grande armée. L'avantage des forces est en faveur des russes qui ont à ce moment l'opportunité d'anéantir totalement les français par l'initiative d'une attaque en masse. Mais devant des forces aussi considérables, entièrement c o n c e n t r é e s s u r B o r i s s o v, TCHITCHAGOV s'émeut et fait reconnaître les marais au sud le long du Berezino inférieur et vers le nord sur Stachowa. Finalement, par crainte d'un assaut massif, il concentre ses forces devant le pont brûlé craignant que BONAPARTE ne réussisse la prouesse de le rétablir et d'emporter le passage de vive force. 25 novembre 1812 au soir NAPOLÉON va examiner le pont de Borissov sur le lequel il a l'intention de faire passer la grande armée. L'ouvrage a été largement endommagé et sa reconstruction serait trop longue. NAPOLÉON, qui a été informé de l'existence d'un gué à Studianka à 20 km au nord de Borissov, ordonne la construction de 2 ponts. Nuit du 25 au 26 novembre 1812 Des ordres sont immédiatement donnés pour que les 400 pontonniers du général « de » génie EBLÉ, auxquels se joindront quelques sapeurs du général CHASSELOUP-LAUBAT, quittent leurs cantonnements près de Borissov et prennent la direction de Studianka pour construire les ponts. 26 novembre 1812 Le premier pont est terminé à 14h00. OUDINOT traverse avec 2 canons afin de renforcer la tête de pont et d'élargir la zone de sûreté sur la rive droite face à Studianka. Trois heures plus tard, le deuxième pont est réalisé. Mais comme les chevalets s'enfoncent inégalement dans le sol vaseux, l'ouvrage se rompt. Les pontonniers réparent. Nuit du 26 au 27 novembre 1812 La plus grande partie de l'armée en retraite arrive sur la rive gauche accompagnée des « traînards » et de nombreux civils (soit près de 40000 retardataires) en voiture, à cheval ou à pieds. Tous sont épuisés et des feux de bivouacs s'allument sur cette rive où un grand désordre règne. Un des ponts est libre, l'autre en réparation. Mais personne ne suivra les recommandations des officiers envoyés par BONAPARTE pour profiter de cette opportunité pour traverser avant le passage de la garde et l'arrivée des russes. 27 novembre matin La garde passe le pont de la rive gauche vers la rive droite. Elle ne passe pas seule et lorsque que la foule campée sur la rive gauche la voit en mouvement, c'est la ruée vers les ponts. Le passage sur les ponts continuera toute la courte journée.
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Nuit du 27 au 28 novembre 1812 La température est tombée à - 30°C et une sorte de paralysie semble s'étendre sur la foule. Les feux de bivouacs se rallument sur la rive gauche. Le pont restera libre une nouvelle fois toute la nuit sans aucun passage. 28 novembre 1812 La division PARTOURNEAUX (4000 fantassins) assaillie par WITTGENSTEIN toute la journée du 27 est forcée de se rendre devant ses lourdes pertes et le manque total de munitions. Les russes arrivent à portée de tir des deux ponts. C'est la cohue parmi les traînards qui se battent pour traverser le pont tandis que VICTOR freine l'avancée des russes qui parfois reculent. 29 novembre 1812 VICTOR réussit après un retour offensif à décrocher de WITTGENSTEIN et à passer la Bérézina. Il brûlera derrière lui les deux ponts et lorsque les trois armées russes se rejoignent sur les berges de la rivière, c'est pour ramasser quelques 8000 prisonniers pour la plupart des invalides ou des agonisants. La grande armée réduite à 25000 soldats en état de combattre fuit dans la nuit en direction de Kamen.

Le rendez-vous manqué des russes
Les russes n'ont pas attaqué jusqu'au 29 novembre 1812, malgré leur énorme supériorité numérique. KOUTOUZOV au sudest de Borissov, WITTGENSTEIN au nord et TCHITCHAGOV à l'ouest sur la rive droite auraient dû faire mouvement pour s'opposer à la construction des ponts et prendre en étaux cette masse de français traqués devant la rivière. Il semble que l'amiral TCHITCHAGOV n'ait rien compris à la manœuvre de BONAPARTE, que KOUTOUZOV ait perdu énormément de délais dans le franchissement du

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Dniepr et que WITTGENSTEIN n'ait pas réellement fait effort pour attaquer en force les troupes de VICTOR qui le fixe sur sa position. Il existe deux raisons possibles qui permettraient d'expliquer la lenteur des russes à se décider : soit ils continuent à penser que le climat peut à lui seul avoir raison de l'armée de NAPOLÉON, soit ils ont peur de lui. En effet, la réputation militaire de cet homme est telle que n'importe quel chef de guerre européen redoute de l'affronter directement, même s'il n'a plus qu'une armée si peu nombreuse et en partie débandée. Qu'il se retourne, qu'il donne des ordres à ce qui lui reste de bataillons, on peut tout craindre. Telle est encore l'aura de cet homme. Pourtant, dès le début de la journée du 28 novembre, cette crainte s'atténue et les canons russes tirent à bonne portée. Mais la Bérézina a été franchie par les troupes valides de la grande armée et les russes ont déjà manqué leur rendez-vous.

L’ ORGANISATION DU FRANCHISSEMENT
Le passage de la Bérézina s'inscrit dans le cas particulier d'une retraite dans l'urgence où l'ennemi va mal évaluer la situation et perdre l'avantage de l'initiative pour imposer sa manœuvre. BONAPARTE se construit alors un rapport de force favorable en dupant TCHITCHAGOV et en le fixant sur Borissov. Il peut ainsi bâtir une manœuvre offensive efficace pour le franchissement de la Bérézina. Même si, finalement, l'arrivée des troupes de WITTGENSTEIN force BONAPARTE à la manœuvre défensive avec le coup d'arrêt mené par PARTOURNEAUX et l'action de freinage de VICTOR, le passage de la Berézina reste donc globalement une manœuvre offensive. L'analyse suivante va permettre, après un rappel succinct portant sur les notions actuelles appliquées pour ce type de manœuvre, de tirer les enseignements de ce franchissement par l'étude de la chronologie employée par BONAPARTE pour l'organisation du passage de la Bérézina.

La chronologie utilisée pour le franchissement de la Bérézina
Les reconnaissances effectuées le long de la Bérézina et l'exploitation du renseignement vont jouer un rôle primordial dans les choix tactiques de BONAPARTE. Après avoir constaté personnellement les destructions rendant impraticables le pont de Borisov, il prend en compte la présence d'un gué plus au nord dont le renseignement a été acquis à la suite d'une reconnaissance et d'un contact précis avec la population locale. Il connaît toutes les caractéristiques de ce gué et la situation de l'ennemi qui lui est temporairement favorable. Il va finalement prendre sa décision en étant parfaitement renseigné sur l'ennemi et le milieu. Conformément au premier temps actuel d'un franchissement, il s'attache à conquérir un espace de sûreté par la mise en place d'une tête de pont assurée par les cavaliers du général CORDINEAU. Ces derniers vont franchir la Bérézina au niveau du gué en s'aidant de leurs chevaux. La rivière y est large de

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100 mètres seulement mais il y subsiste un passage délicat de 30 mètres où il est nécessaire de nager avant de retrouver pied. Le franchissement autonome reste difficile et de nombreux cavaliers se noient, emportés par le courant avec leur monture. Des ordres sont alors immédiatement donnés pour que les 400 pontonniers du général de génie EBLÉ commencent la construction simultanée des deux ponts sous la protection rapprochée de 40 canons de gros calibre. Dès le premier pont terminé, le général OUDINOT traverse avec 2 canons afin de renforcer la tête de pont et de conquérir une ligne de débouché sur la rive droite face à Stundianka. Le deuxième pont achevé en aval va permettre l'élargissement de la zone en permettant le franchissement du 2e échelon composé par la garde et ses canons. et notamment la nécessité d'établir une coordination solide. Les deux ponts sont restés inutilisés pendant deux nuits entières pour aboutir au franchissement catastrophique concentré sur une journée des traînards et des civils parce qu'aucun ordre de passage n'avait réellement été fixé. Cette situation peut paraître improbable dans un contexte actuel de combat haute intensité. De même, le manque de régulation sur les points de passage et l'absence de fractionnement ont réuni chariots, voitures, chevaux et piétons dans une même cohue infernale. L'affolement sur les ponts a engendré de nombreuses noyades et de nombreuses destructions sur les ponts soumis à des charges spontanées trop importantes. Cependant, BONAPARTE a bien compris l'importance d'une dualité dans la mise en œuvre des moyens de franchissement qui permet, certes, un meilleur débit mais aussi de maintenir un rythme ininterrompu pendant le délai d'impunité en cas de mise hors service d'un des deux moyens. En effet, NAPOLÉON avait initialement prévu qu'un seul pont, restant sur l'idée d'unicité du large pont de Borissov. Mais l'artillerie et l'infanterie possède des différences de mobilité et de contraintes en terme de charge qui ne peuvent se conjuguer sur un seul et même pont de fortune. Le choix de réaliser deux ponts va donc s'imposer naturellement et permettre effectivement de maintenir un flux continu malgré les nombreuses réparations réalisées alternativement sur l'un ou l'autre pont par les sapeurs. qui se trouve à 20 km en amont de Borissov, devant le village de Studianka. La rivière est large de 100 m à cet endroit et doit avoir une profondeur maximale de 2 à 2,30 mètres. Le fond est vaseux et le terrain est inégal. La rive droite est plus haute que la rive gauche et le terrain y est marécageux mais durci par le gel. Les cavaliers de CORBINEAU n'ont pas passé le gué sans difficulté et plusieurs se sont noyés. À pied, il faut entrer dans la rivière, marcher sur le fond, puis nager pendant une trentaine de mètres avant de reprendre pied. NAPOLÉON ne s'était d'abord pas décidé pour un passage, ayant imaginé le pont de Borissov moins endommagé. En effet, l'ouvrage est détruit en trois endroits et, en dessous, la Bérézina s'écoule divisée en plusieurs bras qui lui donne une largeur de près de 700 mètres. Faire reconstruire le pont prendrait trop de temps devant la menace d'une attaque russe imminente. Il change donc d'avis et opte pour le gué. Mais il n'est pas question de faire entrer l'armée, hommes et canons dans la rivière. NAPOLÉON ordonne de construire les deux ponts : un pour permettre le passage de la troupe, le second, juste en aval, pour permettre celui des fourgons et des pièces d'artillerie

Les enseignements
BONAPARTE se déplace sur les rives de la Bérézina pour observer de ses propres yeux la situation du terrain et prendre ainsi les meilleures décisions pour l'organisation de son franchissement. Il donne ainsi une leçon d'implication interarmes au plus haut niveau pour ce type de manœuvre qui confirme la difficulté et l’importance du franchissement. La qualité et la véracité des renseignements portant sur le milieu obtenus par son armée ont été deux atouts majeurs sur lesquels NAPOLÉON a pu se reposer pour prendre l'avantage sur l'ennemi. La présence du gué à Studianka a été acquise auprès de la population locale par les cavaliers du général CORDINEAU en reconnaissance le long de la rive gauche de la Bérézina. C'est finalement un renseignement « terrain » qui va sauver la grande armée d'une fin jugée à tort inéluctable par les russes. Le passage de la Bérézina livre aussi de nombreux enseignements concernant l'organisation générale du franchissement

Une technique maîtrisée
Les pontonniers du corps de génie étaient capables de mettre en œuvre trois types de pont de campagne qui avaient notamment gagner leurs lettres de noblesse en permettant le franchissement du Danube pendant la bataille de Wagram (1809). Les ponts sur bateaux étaient utilisés par faible courant pour des coupure humide relativement étroite. Leur mise en œuvre était rapide mais avait nécessité la création de quelques équipages de ponts composés de bateaux transportés sur voitures ; un matériel spécifique peu mobile. NAPOLÉON misait sur la rapidité de son armée qui ne se

LE RÔLE DU GÉNIE Description du site de franchissement
Les cavaliers de CORBINEAU surprennent, le 23 novembre 1812, un paysan lituanien dont le cheval était mouillé jusqu'au poitrail. L'homme a ainsi conduit CORBINEAU sur le gué
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déplaçait souvent qu'avec le strict minimum dans un souci d'allègement. Les matières premières étaient donc relevées directement dans les ressources du pays ennemi. Il fallait donc prendre en compte, pour les délais de mise en œuvre, la proximité et la qualité des matériaux et du matériel ainsi réquisitionnés. De plus, il était fréquent que les ponts sur bateaux se brisent à la suite d'une estimation optimiste du courant ou d'un choc avec un corps flottant expédié ou non par l'ennemi. Ces spécialistes construisaient aussi les ponts sur pilotis et ceux sur chevalets. Les premiers étaient obtenus en enfonçant des pieux dans le lit de la rivière au moyen de moutons qui étaient guidés par une charpente verticale flottante assez haute. Les poutres transversales destinées à porter le tablier étaient ensuite jetées sur ces mêmes pieux. Les chevalets étaient de grands tréteaux posés sur le fond tous les quatre mètres. Cette technique obligeait les pontonniers à se plonger dans l'eau. Sur la Bérézina, ils font le choix de deux ponts chevalets plus stables sur un fond, vaseux. Ils préparent alors les chevalets en utilisant le bois formant l'ossature de la vingtaine d'isbas composant le hameau de Studianka, forgent des fers pour les lier, entrent jusqu'à la ceinture dans l'eau glacée et commencent à les enfoncer dans le lit de la rivière. Chaque pont sera composé de 23 chevalets. Le premier pont est terminé en vingt heures et permet aux 9 000 soldats d'OUDINOT de franchir en ordre sur un tablier qui ondule sans se rompre en effleurant parfois le niveau de l'eau ou en s'élevant jusqu'à 60 centimètres de haut. Le second pont est opérationnel trois heures après le premier. Mais comme les chevalets s'enfoncent de manière inégale dans le sol vaseux, l'ouvrage se rompt en trois endroits. Les pontonniers répareront et entretiendront les deux ponts pendant les trois jours que durera le franchissement.

Les sapeurs, héros de la Bérézina
Fort heureusement le général EBLÉ, contraint de brûler ses deux équipages de ponts, avait sauvé une partie du matériel de la destruction ordonnée par l'empereur pour augmenter le rythme de la progression : six caissons renfermant des outils, des clous, des crampons nécessaires à la construction de ponts de chevalets et deux forges de campagne ainsi que deux voitures transportant du charbon. Après avoir annoncé à ses hommes que le sort de l'armée reposait entre leurs mains, ceux-ci se mettent aussitôt à l'ouvrage. Il faut entrer dans l'eau glacée jusqu'aux épaules. Les pontonniers ne sont pas nus, comme on l'a écrit parfois, pourquoi le seraient-ils ? Les expériences de naufragés prouvent incontestablement qu'on meurt plus rapidement nu qu'habillé et les gravures de l'époque les montrent vêtus. D'ailleurs, tous les pontonniers ne sont pas dans l'eau, tous et tout le temps. Lorsqu'ils n'ont plus pied, ils s'aident de radeaux de fortune pour continuer à construire. Leur habilité professionnelle est sans défaut. Malgré cela, de nombreux pontonniers, qui sont déjà affaiblis et sous-alimentés, seront entraînés par le courant vaincus par le froid et la fatigue. Les autres, conscients de la responsabilité dont ils sont investis, n'en poursuivent pas moins leur tâche. Mais la plupart des pontonniers, qui auront terminé ce travail inhumain, mouront d'infection pulmonaire dans les semaines ou les mois qui suivront, parmi eux le général ÉBLÉ.

techniques avant-gardistes et des équipements spécifiques pour faire face à tout type de travaux. Riches de cette expérience, ces sapeurs ont relevé le défi du passage de la Bérézina. Galvanisés par le général ÉBLÉ, ils ont sacrifié leur vie pour sauver l'empereur et la grande armée. Toutefois, les conditions extrêmement rudes, la panique meurtrière des retardataires épuisés et la violence des combats désespérés menés autour des ponts ne permettent pas de conclure à une véritable victoire. D'ailleurs, le passage de la Bérézina est davantage une manœuvre qu'une bataille. Il s'agirait plutôt d'un exploit tactique où BONAPARTE a prouvé, une fois de plus, son génie militaire grâce à l'efficacité et au professionnalisme d'une armée sur laquelle il a pu s'appuyer dans les situations les plus désespérées. Une grande partie de ces soldats sont morts pendant la campagne de Russie qui a engendré des pertes énormes dans les rangs de la grande armée. Ce sont plusieurs milliers de corps qui gisent en terre russe et lituanienne sans aucune information sur le nombre exact et les lieux d'inhumation. L'histoire s'est ensuite arrêtée et plus rien jusqu'à ce jour de novembre 2001. Après 189 ans d'oubli, l'énigme sur la disparition de tous ces morts s'éclaircit progressivement avec la découverte, par hasard, d'un charnier. Ce dernier regroupe des troupes napoléoniennes de la campagne de Russie de 1812 à Vilnius en Lituanie. L'aboutissement d’une année de lourdeurs administratives devrait permettre d'entreprendre des fouilles archéologiques courant 2003 en vue d'obtenir une réhabilitation du site et de nombreuses révélations historiques. Après avoir accompli notre devoir de mémoire en maintenant le souvenir de ces braves, il s'agit désormais d'offrir à ces soldats une sépulture décente pour le repos de leur âme.

CONCLUSION
Les pontonniers et les sapeurs de la grande armée se sont illustrés à l'occasion de maintes batailles en permettant à NAPOLÉON de surprendre l'ennemi par sa mobilité et sa capacité à franchir les rivières ou les fleuves. Les ingénieurs, officiers de génie, ont dû développer des
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