Revue électronique internationale

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Sartre, Sarah Kofman et Jacques Derrida
La déconstruction et son héritage
PATRICE BOUGON

Résumé : Jacques Derrida et Sarah Kofman ont hérité de Jean Paul Sartre, mais la pratique de la déconstruction a mis en question la démarche du fondateur des Temps Modernes, notamment en ce qui concerne la relation entre la philosophie et la littérature. Il est intéressant d 'analyser comment, apr s a!oir écrit une "onne partie de leurs #u!res, ces deu$ philosophes ont pris la peine de remarquer les traces de l'oeu!re de Sartre dans leur auto"io%raphie intellectuelle. &'hérita%e est pour une part de l'ordre de l'inconnu. &a temporalité du su'et lecteur, la dette, le rapport entre théorie et auto"io%raphie, le rapport au suicide (S.K.) sont aussi ici analysés.

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/ Jacques Derrida n %uise d'introduction pour situer mon propos dans le cadre de ce colloque + 0ue faire de Sartre 1 .php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( 2 . Dditions de l'*u"e et Erance Fulture.p":i=i. . il perd un peu la ma7trise de son te$te mais aussi. dans les *ctes du colloque international + &'hérita%e de Sartre . et plus précisément de cette session Sartre philosophe. or%anisé par 9ao Sa:ada et . dans la fidélité.Sartre. Japon. Il nous faut donc hériter de cette question dont la simplicité n'est qu'apparente 2 0ue faire de Sartre 1 0ue nous donne 3 penser Sartre par cet hérita%e 1 &a déconstruction hérite de Sartre.arumi Ishi<a=i les >?4>@ no!em"re >AAA. p. qui ne le porte pas ailleurs. le te$te de Sartre hérite aussi de l'apport de cette démarche philosophique sur laquelle 'e re!iendrai. que Sartre est au'ourd'hui refait. défait et relu.org/article. il est fait 3 nou!eau. -ni!ersité *oyama.comC / Sur paroles. mais réciproquement. il est un peu dépossédé de lui4m6me par les multiples commentaires que son oeu!re suscite. son 5 + . > Ma7tre de conférences. donnés que nous l %uent les or%anisateurs. -ne dou"le chance nous est offerte par ces mots corpus est au'ourd'hui en effet. @A. 5ntretiens de Jacques Derrida a!ec *ntoine Spire.comC http2CChenrithomas. -ne fidélité infid le.p":i=i. Patrice Bou%on est responsa"le de trois sites Internet consacrés 3 trois écri!ains 2 http2CC'ean%enet. 8GGA.n ne peut pas souhaiter un héritier ou une hériti re qui n'in!ente pas l'hérita%e.K. au sens ar%otique.sens-public. -ni!ersité d'I:ate. c'est434dire réacti!é.n retrou!e cette dou"le in'onction qui ne me quitte pas. . 8 -ne premi re !ersion de cette conférence fut pu"liée au Japon. Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www. Sarah Kofman et Jacques Derrida La déconstruction et son héritage1 Patrice Bougon2 * la mémoire de S. deu$ remarques préliminaires s'imposent. en un autre sens plus positif. Disons. comme l'indique le dou"le %énitif de mon sous4titre. To=yo. en un premier temps..comC http2CCmichelde%uy.p":i=i. Instantanés philosophiques.

celui4ci aura su les trahir (au sens positif du terme). tra!ail théorique et auto"io%raphie. . mais pour 6tre plus attentif au$ détails. 9ous lisons a!ec eu$ Sartre en tant que philosophe mais aussi écri!ain.ues /errida Eaire.php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( 0 .éritier de sa formation philosophique et d'un corpus en formation (les oeu!res de. refaire.. . 5n effet.istoire mais aussi 3 sa propre histoire tr s particulier. &'une des faHons de caractériser ce qu'on appelle la K Jallimard.e%el. ? @ Jalilée. au second tome O &a position de ma7trise de Sartre est inscrit dans ce qui est peut 6tre unique dans l'histoire littéraire 2 une préface de pr s de MAA pa%es. Kant. .an et -ac. la relation productrice entre l'auteur. 3 proprement parler. Jallimard. 8//4>>@. Situations P. 8GM?. propose des interprétations attenti!es au$ détails qui contredisent les th ses de Platon. Lousseau. Descartes. en d'autres termes. 5ntretiens pu"liés partiellement dans le 9ou!el . Sartre en tant que philosophe mais on doit aussi %arder en mémoire que cette fronti re entre philosophie et littérature demeure. au$ déplacements. &a seconde remarque préliminaire que ''aimerais indiquer a trait au titre de notre session. 9iets<che. 'e tenterai de le montrer. celles de Sarah Kofman (8G/K48GGK) et de Jacques Derrida (8G/A4 >AAK). Eaire et se refaire. on aura reconnu les opérations en 'eu dans la lecture et l'écriture. Fet ou!ra%e a un statut particulier dans la mesure oN il s'a%it de la préface au$ .eide%%erM. au$ désirs contradictoires. au dou"le sens du terme. hors4la4loi. Il isole."ser!ateur du Mais aussi de Ereud.usserl.org/article. /A 'uin et M 'uillet 8GM?. ce déséquili"re des %enres est compensé par une approche du te$te littéraire saturée d'éléments philosophiques. Sartre). mais de la faHon la plus li"re qui soit. de faHon certes lé%itime et péda%o%ique. 8GMK. remarqua"le de lucidité et de contradictions assumées@. non pas pour y >/. elle aussi. %rIce 3 un rapport 3 l' . qui ne surprendra pas tout lecteur de Saint JenetK et surtout de Jlas? de Derrida. fra%ile. la fronti re peut46tre passée. en contre"ande. Sartre est donc "ien fait mais aussi défait non seulement par lui4m6me mais par des lectures nou!elles en l'occurrence. 5ntre faire et fiction. héritant de lui4m6me. pp.sens-public. . &a démarche de la déconstruction prend en compte la psychanalyse.. métaphore d'un passa%e caché. surtout connus pour a!oir proposé des lectures no!atrices des te$tes de la tradition. &'entretien de Sartre a!ec Michel Fontat intitulé *utoportrait 3 soi$ante4di$ ans est.PATRICE BOUGON 'artre) 'arah *o+. 8G?>. Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www. c'est4 34dire se donner la li"erté d'in!enter des !oies nou!elles sans trop se préoccuper de ses théories passées. M plaquer des concepts sur le te$te lu.eu!res Fompl tes de Jean Jenet mais qu'elle occupe tout le premier !olume de sorte que les oeu!res de Jenet commencent. dou"le pratique qu'il parta%e a!ec ces deu$ commentateurs. &e philosophe Sartre a en !érité pu"lié plus de commentaires littéraires que d'ou!ra%es proprement philosophiques. cette opération scande indissocia"lement la !ie et l'oeu!re de Sartre. l'oeu!re et le lecteur. défaire. 3 cet é%ard. chacun d'une mani re différente.

8GG@.ériter d'un contemporain pose un pro"l me spécifique d'autant plus que l'en%a%ement politique de Sartre implique pour Kofman et Derrida une articulation particuli re entre auto"io%raphie. Minuit. en ses fondements. les e$emples. . Monolin%uisme de l'autre 8/. les th ses e$hi"ées par son te$te. histoire et théorie de la littérature. discours). 8A 88 8> 8/ Jalilée 8GGK. propre au te$te philosophique. la forme du te$te (dialo%ue.PATRICE BOUGON 'artre) 'arah *o+. ?@ et l'essai de Sarah Jalilée. &a théorie et le commentaire des oeu!res d'autrui participent en effet de l'auto"io%raphie dans la mesure oN les lectures ont des effets déterminants sur la constitution du su'et. Derrida. pour autant. aphorisme. Puisque mon étude s'ins re dans les *ctes d'un colloque qui s'est tenu au Japon. &'autorité du discours de !érité. en de plus nom"reu$ ou!ra%es parmi lesquels &a carte postale88. les notes en "as de pa%e. p. Jalilée. G si%naler que ce li!re a été traduit en 'aponais par Tsune=atsu Shoda en 8GG?. &a déconstruction accepte l'hérita%e de Sartre mais ne contresi%ne pas. est ainsi questionnée. 8GQK. Tous ces éléments permettent 3 Kofman et 3 Derrida de lire le te$te philosophique au4del3 du discours déclaré de l'auteur. 'e tiens 3 Kofman &ectures de Derrida. Sumie KSyama et d'autres coll %ues 'aponais dont 'e n'ai pu trou!é malheureusement le nom. 8GM>. 8GG8. c'est434dire de l'am"i%uRté). Seuil. &es articles de Kofman consacrés 3 Sartre 'ouent aussi sur cette dimension personnelle. %enre qu' ils ont pratiqué dans d'autres li!res.rdener. Kofman et Derrida écri!ent aussi des fra%ments de leur auto"io%raphie respecti!e. celui4ci aura laissé des traces dans mes relectures de ses deu$ li!res auto"io%raphiques. Firconfession 8>.org/article. Jalilée. mais aussi du premier article qu'elle a pu"lié Q Sur ce terme. ce qui 'ustifie que cette modeste étude lui soit dédiée d'autant plus que c'est par elle que ''ai décou!ert Derrida en 8GQA. 'e n'échappe d'ailleurs pas 3 cette articulation puisqu'il se trou!e que Sarah Kofman fut ma directrice de ma7trise 3 la Sor"onne. Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www. 8GQM.ues /errida déconstructionQ est l'attention portée au style des %rands philosophes. rue &a"at Get Paroles suffoquées8A.php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( 1 . De quoi héritent4ils donc apr s la mort de Sartre 1 Pourquoi ont4ils écrit sur celui a!ec qui aucun dialo%ue n'a eu lieu 1 Pour répondre 3 ces questions. nous de!ons donc articuler la notion de commentaire a!ec celle de l'auto"io%raphie.an et -ac. on peut lire la définition de Derrida dans Positions. 5n tant que lecteur. par les marques du style qu'il soit affirmé ou sous4é!alué par les auteurs. &es métaphores.sens-public. Dcri!ant sur Sartre. son hétéro%énéité ori%inaire (le discours philosophique !ise l'uni!ocité mais ne peut faire l'économie des fictions et des mythes. Elammarion. traité. D'autres te$tes de Kofman ont été traduits dans cette lan%ue par Ken<o *=a"a. syst me. Ma lecture ne peut i%norer non plus le suicide de Sarah Kofman. 8GQA. Sarah Kofman a!ec Lue .

p. inscrit dans tel po me. Kofman tient ainsi 3 montrer l'altérité de cet article de 8G@/ au re%ard de sa pratique ultérieure de la déconstruction.U en effet. De Sartre 3 . . >>A.U Tqu'uneU d'une sorte de !esti%e étran%e d'un passé philosophique dans lequel + 'e .8K Kofman ne soutient pas cette th se (+ dit4on . Fhe< Paul Felan. et cela est si%nificatif. 8GG8. lui aussi. reconnais plus %u re 2 mani re de tourner en dérision l'idée con!enue d'un corpus dont la si%nature de + l'auteur . p. 8? dans un entretien donné 3 *ntoine Bourseiller. ce premier article de 8G@/ dans un li!re pu"lié !in%t4sept ans plus tard et dont le titre met en 'eu la temporalité du su'et d'écriture et de l'histoire de la philosophie 2 Séductions.éraclite.an et -ac.ues /errida ayant pour titre 2 &e pro"l me moral dans une philosophie de l'a"surde (8G@/). pp 8@M48Q8.. l'amputation de la 'am"e de Lim"aud sem"le annoncée dans + . en l'é!aluant de faHon am"i!alente. repris dans &'ennemi déclaré. Jallimard. &a premi re.sens-public.PATRICE BOUGON 'artre) 'arah *o+. Pourtant. on peut lire ceci 2 + T. du Bateau i!re puisque le mot quille si%nifie.org/article. son importance.) mais l'e$emple qu'elle choisit comme sa conséquence W + le suicide . par !oie de conséquence. 8K D'a"ord pu"lié dans la Le!ue de l'ensei%nement philosophique. 8@M Fette note et le statut d'*ppendice de cette étude de 8G@/ montrent.. oct4no! 8G@/ puis dans Séductions. Dans cette étude consacrée 3 Sartre. toute notion de dépassement de telle sorte que la temporalité de l'auteur se trou!e questionnée. elle tient 3 insérer cette étude non pas au dé"ut mais 3 la fin de ce !olume.php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( % . ma quille éclate . dit4on. para7t inutile W seul le suicide s'imposerait. si rien n'a de sens. certains commentateurs ont émis l'hypoth se que son suicide dans la Seine était. elle conteste une conception linéaire de l'histoire de la philosophie et. ne + me . 8GGA. Par ce %este de reprise et le titre de son li!re. sous une forme allusi!e. Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www. sous le titre Il y a quelqu'un qui manque. selon la lo%ique du déplacement et du supplément pratiquée par Kofman dans tous ses li!res. 'am"e. 9otre citation se situe 3 la pa%e 8MA de ce !olume. Jalilée. toute action. Selon Jean Jenet.. en ar%ot. Dans une note en "as de pa%e. Sartre 3 . Peut46tre.. tout est !ain V aucune action ne saurait !aloir plus qu'une autre. W n'est pas anodin au re%ard de son propre destin. .éraclite. de quelque !aleur qu'elle soit. Felle4ci est dési%née en tant 2 + T. suffirait 3 %arantir l'identité et l'homo%énéité. il fait plutSt retour et 3 plusieurs reprises puisque un autre lon% article consacré 3 Sartre a connu deu$ !ersions. De *u sens oN l'oeu!re littéraire sem"le annoncer le destin de l'auteur par anticipation. a!ons4 nous ici affaire 3 une autoprophétie8?1 Kofman ins re en tout cas. Bien plus. &e passé sartrien de Kofman n'est pas dépassé au sens oN rien n'en resterait apr s les tra!au$ no!ateurs de Derrida.

De Sartre 3 . !i!ace de .an et -ac. 8K848KG. nZ?. Kofman a en effet consacré plusieurs li!res 3 Ereud 2 &'enfance de l'art.PATRICE BOUGON 'artre) 'arah *o+. plus lon%ue. &'oeu!re de Sartre n'est donc pas dépassée. &e disparu.n ne peut en faire son deuil. inciter au 8@ 8M 8Q 8G Jallimard. pour une lectrice de Ereud telle que Kofman8G. Kofman. Kofman indique que le seul o"'et hérité de son p re est un stylo plume p re 2 celle de l'inscription de son nom W Berec= Kofman W dans l'immense liste des !ictimes d'*usch:it<. dans certaines circonstances.sens-public. pp. Jalilée.ollier. en quelque sorte. c'est l'opposition entre la mani re 'oueuse.ues /errida fut pu"liée dans la re!ue &e temps de la réfle$ion8@. &e sous4titre indique que cet intér6t pour Sartre passe par un détour. c'est434dire errant intermina"lement dans la mémoire de sa fille Sarah>A) fait écrire>8 mais peut aussi. n'ayant pas de crypte oN demeurer. pp. >8 qui a statut de sym"ole de son propre destin. 8GQK. dans Séductions. 5n effet. .php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( 2 .LT O ou D* 1 . op. Jean Paul Sartre et l'an quarante de Denis . sans sépulture. &e mort. Jalilée. op. Ytre mélancolique. Sartre. c'est ne pas pou!oir faire ta"le rase du passé. Jalilée. cit.8GQ@. 8Q48G. Jalilée. peut46tre o"li%é. lié essentiellement 3 l'écriture critique et auto"io%raphique. >A Dans Paroles suffoquées. Mélancholia.éraclite qui comporte donc deu$ articles sur cet auteur. . 8GMA V 0uatre romans analytiques. cit. 8GQ?. Sarah Kofman montre la seule place qui a été donnée 3 son Dans Paroles suffoquées. mais 'e crois que le choi$ de cette pro"lématique a aussi un fondement auto"io%raphique puisqu'elle a pu"lié un li!re intitulé précisément Mélancolie de l'art 8Q. Fe qui me para7t remarqua"le. en 8GQ>. &a mélancolie. Il est. remarquer ce qui en eu$ a chan%é mais aussi est demeuré en attente d'une reprise transformatrice.. c'est aussi re!enir sur leur passé. le li!re d'un autre 2 + * propos de Politique de la Prose. 8GQA V -n métier impossi"le. Jalilée. Séductions. mais surtout le p re de Kofman (disparu en déportation. . ne se laisse 'amais ou"lier. Lelire Sartre pour ceu$ qui l'ont lu dans les années cinquante. cit. 8GQ/ V Pourquoi rit4on 1. la seconde. &e nou!eau titre de cette étude est si%nificatif du mode de présence spectrale du fondateur des Temps Modernes 2 + S*LTL5 2 E.ollier a participé au numéro spécial consacré 3 Derrida des &ettres franHaises en 8GM> et 3 l'un des colloques Derrida ayant eu lieu 3 Ferisy. sous un autre titre. celle qui fait lien autour de Derrida. Payot. entre mort et !ie. pp. elle repasse plutSt par plusieurs chemins auto"io%raphiques dont l'amitié est l'une des composantes. 8GMK V &'éni%me de la femme. Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www. s'oppose 3 la notion de deuil et d'incorporation. &es fins de l'homme. est éditée. K/A4KK8. op. dans ce cas précis.ollier et la pro"lématique étran%ement pri!ilé%iée par Kofman qui 'ustifie le titre de la premi re partie de la seconde !ersion de son article 2 Xariation sur un th me mélancolique8M.org/article. s'écrire. rappelle certes le premier titre de &a 9ausée. tel un fantSme.

les références.php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( # . qui est aussi une mani re de s'accorder a!ec les critiques de Blanchot consacrées 3 l'essai de Sartre 2 Léfle$ions sur la question 'ui!e. en accord a!ec le ton de Denis . Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www.ollier est. apr s coup. op. M/. . au$ pro"lématiques de l'en%a%ement sartrien.U . 5nfin. un commentaire de &'esp ce humaine. &e li!re de Lo"ert *ntelme a été commenté par Maurice Blanchot dans &'entretien infini. issue d'une lecture approfondie des écrits de Ereud et en accord a!ec ses principes m6mes. 3 Blanchot méditant sur le 'udaRsme et la Shoah. comprend. c'est d'écrire pour sur!i!re T. Jallimard. 8G@G. cette e$i%ence !itale d'écrire et cette articulation !alent autant pour Sartre que pour sa commentatrice puisque celle4ci. .an et -ac. sous la forme d'un e$emple>>. dans les années de formation de cette femme philosophe. Mais Kofman pratique aussi. par e$emple.sens-public. la portée du dessin de &éonard de Xinci qu'elle a!ait choisi. dans sa lecture précise. 9iet<sche. 5lle souli%ne. couplée a!ec une lecture qui prend aussi en compte la leHon de la déconstruction. >@ Jalilée. les Juifs et l'antisémitisme>@. rue . ce récit de déportation de Lo"ert *ntelme>?. !in%t4quatre ans aupara!ant. par contre. a peu de rapport a!ec la théorie de Ereud.ues /errida suicide. 8GGK. mais par une !oie tr s sin%uli re. et a!ec &e mépris des Juifs. de plus en plus nom"reuses. Sarah Kofman en dédiant Paroles suffoquées 3 Blanchot crée ainsi une filiation. en 8G@/. au contraire.org/article. &'usa%e de la psychanalyse par Kofman et . Felle4ci fait écho. Kofman affirme donc ainsi que 2 + &e pro'et fondamental sartrien qui contredit sa !olonté déclarée. lues puis ou"liées. &e "io%raphique W la fin tra%ique du p re de Sarah Kofman W par sa hantise. pour illustrer son premier li!re théorique &'enfance de l'art. Far alors la mélancolie en!ahit tout et l'a"surde re!ient a!ec force s'échappant du lieu clos W de la crypte W que lui a!ait assi%né. 3 proprement parler (dont témoi%nent les deu$ li!res auto"io%raphiques de la fin de sa !ie).rdener. >/ Sartre utilise cette notion dans Saint Jenet mais pour lui[ l'inconscient n'e$iste pas donc ce qu'il entend par + psychanalyse . Si on consid re la "i"lio%raphie compl te de Sarah Kofman. sont le si%ne d'un souci politique croissant qui fait écho 3 Sartre mais >> &a démarche de Kofman et de Derrida quant au$ te$tes philosophiques implique de montrer que les e$emples ne sont 'amais donnés au hasard. dans un récit auto"io%raphique>K. on doit donc prendre en compte la faHon dont l'antisémitisme de!ient un en'eu central de la derni re partie de son oeu!re notamment a!ec Paroles suffoquées qui est. que nous ne pou!ons reconstituer ici dans toute sa ri%ueur + l'unité indi!isi"le du théorique et du "io%raphique . une psychanalyse e$istentielle >/de Sartre. (p.PATRICE BOUGON 'artre) 'arah *o+. >K >? Dans Lue &a"at. p. cit. d'une faHon ironique.ollier. ils sont.. surdéterminés (sui!ant ainsi la leHon de Ereud) .r. Il s'a%it de sa!oir lire le te$te de Sartre en tant que syst me de si%nes qui met en question l'assurance impertur"a"le et le ton d'autorité de son auteur.. ou!re 3 une réfle$ion politique qui prend a!ant tout la forme d'une réfle$ion sur l'antisémitisme. Kofman. 8K>). en %rande partie.

sens-public. dans Sur parole29. Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www.n peut y lire une é!olution entre l'attaque asse< !iolente de Jlas contre Saint Jenet et ce que Derrida dit. manqué par Sartre 2 + Dans le Saint Jenet. 'e les ai lus.org/article.usserl date en effet de 8G@>28. Derrida. oN ''ai fait compara7tre la lecture de Jenet par Sartre T. Derrida fait l'histoire de sa mani re d'hériter 2 + T. la question de la fleur. cit.. celui de Flaude &an<mann. en 8GGG. *!ec celle de la ]psychanalyse] et celle de la ]littérature]. 'e crois. ''aurais pu faire la %uerre et polémiquer.usserl aura ainsi été commune 3 ces deu$ philosophes de la modernité puisque Sartre a pu"lié lui aussi ses premiers essais sur ce penseur allemand. Jlas indique en quoi l'approche de la littérature est.U . . Bataille.. . 3 la suite de Sartre "ien s\r. &i!re d'entretiens édités par les Dditions de &'au"e et Erance Fulture. -n dé!eloppement pourtant la manque de peu. Q>4Q/. Sur parole.php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( 3 . 3 EranHois 5:ald dans le Ma%a<ine &ittéraire puis 3 *ntoine Spire. mais comme 'e les lisais autrement. est infailli"lement é!itée. par la plus a%ile et la plus intelli%ente des leHons d'ontolo%ique phénoménolo%ique de l'époque. en 8GG8.ues /errida selon un tout autre style de pensée. &a traduction et le lon% commentaire de &'ori%ine de la %éométrie de . Dans ce li!re récent. dans le fond. a une histoire plus lon%ue et plus comple$e a!ec l'oeu!re de Sartre. J'ai reconstitué une petite antholo%ie des te$tes de Derrida é!oquant Sartre. la question antholo%ique. qu'un nom propre fait lien entre la pensée de la Shoah et Sartre.30 5n effet. Blanchot. pp.. au$ yeu$ de Derrida. Jalilée. Je ne l'ai fait qu'une fois 3 propos de Jenet. ce n'est pas possi"le. 8GQ@. Presses -ni!ersitaires de Erance.PATRICE BOUGON 'artre) 'arah *o+.usserl. * * * -n peu plus I%é que Kofman. Mais. 8G@>.U. né en 8G/A. notamment parce qu'il a pu"lié sur les m6mes auteurs que ce dernier d s le dé"ut de son oeu!re. op. 0uiconque ha"ite le paysa%e franHais sait "ien que quelqu'un de mon I%e n'a pas i%noré Sartre. 3 la franHaise. n'est pas passé 3 cSté de Sartre. . F'est le seul risque qu'il court et il est %rand. auteur du film Shoah mais aussi directeur de la re!ue &es temps Modernes. >M >Q >G /A Derrida a pu"lié un li!re sur Blanchot 2 Para%es. &a lecture de .an et -ac. 'ustement. comme Sartre.. 9ote< qu'il commence ainsi 2 ]Leste qu'on peut tout simplement ne pas le lire . entre autres. dans Jlas. au préala"le.eide%%er. 'e n'ai pas !oulu faire la %uerre. Tous ces %ens4l3. Fe rapport 3 Blanchot est encore plus fort che< Derrida>M mais selon une écriture différente dont nous !oudrions analyser les traits les plus saillants en souli%nant.

Dossier Derrida. qu'il dépend d'6tre lu. entre une lecture ontolo%ique et une lecture poético4rhétorique dont chacune !érifie son homolo%ie 3 l'autre 2 ]&a structure de la phrase poétique refl te tr s e$actement la structure ontolo%ique de la sainteté. écrasées. p. ]!oil3 toute la poésie de Jenet]. Blanchot.PATRICE BOUGON 'artre) 'arah *o+. ou qu'il pré4interpr te 3 partir de mod les littéraires tr s déterminés (dans la méconnaissance aussi d'écritures littéraires de ce si cle. .php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( 4 . 'e crois. au moment oN 'e relis ce te$te dans Situations II que 'e trou!e 0u'est4ce que la littérature 1 d'une admira"le et impressionnante lucidité. tr s courte W Mallarmé..sens-public... nZ >Q@. Bataille) mais au dé"ut des années @A. pp.an et -ac.U . >A4>8.. Dans un entretien ultérieur 3 Jlas. >>. Derrida %énéralise sa critique 2 + J'a!ais "eaucoup appris de 0u'est4ce que la littérature 1 et de Situations qui m'a introduit 3 des oeu!res que 'e n'ai pas cessé d'admirer (Pon%e. parfois encore de!ant Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www. Jlas. Deu$ fi%ures de la fleur sont alors réduites au contenu sémantique le plus con!entionnel. oN ''analyse son art du commentaire littéraire.U le temps de cette lettre.] Xoire. dans Ma%a<ine littéraire. soit qu'il en parle de faHon.] 0u'il s'a%isse des fleurs dont on cou!re la pau!re !ieille (]peut46tre ma m re]) ou d'un parado$e ]lo%ique] du type ]le 'ardinier est la plus "elle rose de son 'ardin]. . 5t 'e ne l'a!ais pas ou!ert depuis lors. au4 del3 du cas Jenet. comme on dit. a!ec et par la littérature.U Je trou!e la question sartrienne nécessaire mais insuffisante. K@4KQ. /> Mais l'intér6t au'ourd'hui plus !isi"le de Derrida pour le politique lui fait cependant écrire 2 + 0u'est4ce que la littérature 1 'e l'a!ais lu il y a pr s d'un quart de si cle.T. Pour donner leur mesure 3 des questions socio4politiques ou socio4historiques sur la littérature (quelle est la fonction de la littérature 1 0ue fait l'écri!ain dans la société 1 etc. presque intacte. e$térieure 3 la spécificité de la structure littéraire que Sartre n'interro%e pas. Mais qu'est4ce que la poésie. sans doute le 'u%er tr s insuffisant et m6me en dire pu"liquement les limites quant 3 ce qui passe et se fait. d'une actualité.n é!oque la ]disparition !i"ratoire] et la fleur a"sente de tous "ouquets. 'e tiens 3 dire ici. 'e me permets de ren!oyer 3 mon article Jenet recomposé.. selon moi. Dans les limites de cette /8 Sur la conception du te$te littéraire che< Derrida.org/article. Fe te$te a!ait "eaucoup compté pour moi V ''ai cru ensuite de!oir m'en éloi%ner. d s lors que la fleur est ]l'o"'et poétique par e$cellence] 1 T. *ttentif 3 des écri!ains et 3 un rapport 3 la lan%ue peu étudiés par Sartre. ]l'o"'et poétique par e$cellence]. sinon quant 3 ce qu'elle est en son essence supposée T. au cours de la dissertation. op.).. de lui seul. pp. comme dit Sartre.. cette question fuit entre un méontolo%isme pré4heide%%erien et un mallarméisme !a%ue. cit. cela ne me satisfaisait plus. *rtaud W. mars 8GG8.. la question de sa!oir pourquoi la fleur est.. soit qu'il n'en parle 3 peu pr s 'amais W Joyce.U. la conception du te$te littéraire de Derrida/8 sem"le incompati"le a!ec celle de Sartre/>. Ma%a<ine littéraire.ues /errida c'est de lui.. 3 la fois trop socio4historique et trop métaphysique..U Pourquoi la fleur domine4t4elle tous les champs au$quels pourtant elle appartient 1 T. Jenet W T. il faut lire la littérature autrement et construire une autre a$iomatique.

/@. rendu cél "res mais dont il a éclipsé l'ori%inalité stylistique 2 Pon%e et Jenet. sera dési%né ici par T. + Fher Flaude &an<mann.. salut est constitué d'une citation de Sartre sui!i de la dou"le occurrence de + salut .M.. &'article de Derrida/? est remarqua"le par sa forme W celle de la lettre adressée 3 Flaude &an<mann W et par une mani re d'homma%e tr s retorse 3 Sartre qui pro"lématise la notion d'amitié dans la mesure oN la critique la plus frontale alterne a!ec la reconnaissance de la dette. Situations P. p. comme on ne doit pas multiplier les notes en "as de pa%e dans une lettreT. Fette remarque est aussi !ala"le pour les deu$ écri!ains qu'il a. 8@. tra!aille les mots en in!entant une poétique 1 . 3 la fois. p. au4del3 de sa !ision du monde. e$emplaire T. par manque de place. un peu désarmante. 9uméro ?QM. Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www. l'essentiel est fait.. 'e cite la parole m6me de Sartre qui dit "eaucoup sur sa conception lorsqu'il é!oque son dernier %rand ou!ra%e consacré 3 Elau"ert 2 + Tout de m6me. Je !oulais le terminer. et + Fher Flaude &an<mann. m6me si l'ou!ra%e reste en suspens. !oire d'un a!enir commun. Mais. /?.. consacré au cinquantenaire de cette re!ue. /A.U . n.an et -ac. cit. sans parler de Bataille. ce quatri me tome était 3 la fois le plus difficile pour moi et celui qui m'intéressait le moins 2 l'étude du style de Madame Bo!ary. cher Flaude &an<mann T. 3 la fois. Je ne peu$ malheureusement ici rendre compte précisément des nom"reu$ th mes de cet article 2 du salut. dans une lettre 1 .U. entretien a!ec Michel Fontat. op. >/.. &e titre choisi par Derrida 2 + Il courait mort . T.sens-public. qui fait entendre la si%nification contradictoire de ce mot synonyme. 8?8. 9otes pour un courrier au$ Temps Modernes et les deu$ premi res li%nes présentent cet article sous la forme d'une lettre 2 + &e >> mars 8GG@ . ne cache pas son peu d'intér6t pour cet aspect pourtant fondamental de l'usa%e littéraire du lan%a%e lorsque il é!oque Elau"ert. de l'époque. pp. + Fomment les ferais4'e tenir..M.ues /errida courte étude.. &a question de l'identité du destinataire fait pendant a!ec celle du si%nataire. + J'en fais un peu le th me de cette lettre .. du %o\t afin de rester dans les limites de mon propos centré sur la pro"lématique de l'hérita%e. // /K /? *utoportrait 3 soi$ante4di$ ans (8GM?). en un article ou moins encore.U. d s lors. l'article de Derrida.php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( 5" . /@ &'insistance de l'écriture réfle$i!e de Derrida ayant trait au code la lettre participe au questionnement concernant l'identité du destinataire 2 + Fher Flaude &an<mann. l'admiration et les !oeu$ d'une lon%ue !ie. ce Elau"ert inache!é me p se comme un remords T. en m6me temps. // Mais qu'est ce qu'un écri!ain si ce n'est celui qui. a!ec sa franchise ha"ituelle.r Sartre. *u dernier para%raphe de sa lettre de !in%t4 nous.U . Fette petite antholo%ie in!iterait 3 plus ample commentaire mais. 5t. dans une lettre écrite en !oya%eT. + Donc.org/article.. &e sous4titre. M4?K. 2 Salut.PATRICE BOUGON 'artre) 'arah *o+. 'e !ais plutSt esquisser une analyse du lon% te$te W K@ pa%es W que Derrida a confié au$ Temps Modernes pour son numéro spécial (nZ ?QM)/K. //. 'e !ous le dis. de "on'our et d'adieu. >K.U . mars4mai 8GG@. 8M.. .

&es Temps Modernes 1 T.M. y compris de la lettre primesauti re qui préc de et qui..M.U pour lui dire 3 cette + personne . /M4/Q.U . pp.ues /errida neuf pa%es. 3 l'59S qui. n'est ni pri!ée ni pu"lique encore T. 3 T. ce n'est pas seulement une lon%ue séquence de ma !ie que 'e commencerais 3 comprendre.... p. + &es Temps Modernes .. fut indissocia"lement liée 3 l'histoire des T. relire Sartre implique d'interpréter son passé de 'eune lecteur.org/article. l'article s'ach !e donc !raiment par ces mots 2 + Salut O Jacques Derrida . Derrida conclut en ou!rant cependant cette fin 3 une série de notes (de quin<e pa%es O) ainsi introduites 2 + Xoici quelques notes éparses.U Bien 3 !ous. &e si%nataire et le destinataire font. non seulement anonyme désormais mais cli!ée (il faudra reparler de ce cli!a%e plus tard. idéolo%iques et auto"io%raphiques. c'est l'historicité et la di!ision de Sartre et de sa re!ue mais aussi du su'et qui écrit.M.sens-public. cher Flaude &an<mann. Tout comme Sarah Kofman. p. et au$ Temps Modernes.php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( 55 .U au fond ''aimerais "ien sa!oir 3 qui 'e m'adresse en écri!ant au$ Temps Modernes... /@. 3 cette date. !ous pou!e< en faire ce que !ous !oule<.M T. 0uin<e pa%es plus loin. rédi%eant son article d'homma%e 3 la re!ue de Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www. en 8GKM. Derrida souli%ne indirectement le lien entre auto"io%raphie et théorie. en *l%érie.PATRICE BOUGON 'artre) 'arah *o+. les 'u%ements ont chan%é pour des raisons 3 la fois historiques. Fe que mettent en sc ne ces questions. Mimant ainsi la forme de la lettre et si%nant deu$ fois son te$te.M. T. 5n 8GG@..U 0ui est4ce.U) .an et -ac.M T. T. c'est trop connu. T. qui compta plus pour moi que l'unité ou l'identité supposées) T. T. et oui. 1 Si 'e le sa!ais clairement.. identifier.. mais aussi du si%nataire 2 + Ici qui parle 3 qui 1 T.. KA. pro"l me tout au lon% de ces quarante pa%es 2 + *nni!ersaire 1 mais de qui 1 de quoi au 'uste 1 d'un !i!ant 1 d'un mort ou d'un spectre 1 0ui est4ce. au contraire. /@.. &a multiplicité des notes en "as de pa%es et les quin<e pa%es de notes ayant statut de post scriptum sont autant d'indices non seulement du caract re insaisissa"le du destinataire et de l'o"'et nommé Temps Modernes. p. Pour Derrida. m'approprier (''ai décou!ert et commencé 3 lire cette re!ue a!ant tout autre. Des <ones d'om"re se sont déplacées. Jacques Derrida . Derrida ne croit pas pour autant 3 une identité unifiée du su'et.

&'*l%érie n'est donc pas simplement du passé. . et donc de la ]situation] dans les tra'ectoires de toutes ces ]!ies] 2 'e n'aurais pas osé ni m6me pensé déclarer tout cela de cette faHon désarmée de !ieil enfant il y a quelques décennies). pp.org/article. /Q Dans son séminaire consacré 3 l'hospitalité en 8GGM. en classe de philo. Derrida a alors soi$ante4si$ ans V si 'e précise ce point "io%raphique.r Flaude &an<mann..sens-public. Famus. ou"lié. Son article des Temps Modernes é!oque ainsi 3 plusieurs reprises l'*l%érie/Q par le "iais d' un sou!enir de lecture de la 9ausée 2 + T. .. l'aspect auto"io%raphique des te$tes de Derrida s'accentue notamment au re%ard de la sc ne al%érienne/M. considéré comme matrice de l'écriture auto"io%raphique. Par cette e$pression. . auteur qui fut. comme le plus sou!ent. comme Sartre. T. et m6me ce qui dans ce passé me rapporte 3 ce qui apparemment ne me re!ient en rien ni ne m'appartient en rien 2 en !érité. puis. récemment.. un temps.PATRICE BOUGON 'artre) 'arah *o+. &es é!énements des années 8GGA en *l%érie ont ainsi conduit Derrida 3 s'en%a%er par la pu"lication d'un article Parti pris pour l'*l%érie/G dans la re!ue m6me de Sartre. relu tout autrement. 9 Z?QA.M. 3 *l%er. en le!ant parfois les yeu$ !ers des racinesT. mem"re du comité de rédaction des Temps Modernes. note /. a été lu.r.. Mani re donc de souli%ner la relation entre lecture et auto"io%raphie. c'est essentiel.8GM4>8/. Derrida indique en quoi. Jan!ier4fé!rier 8GG?. une affection narcissique qui me porte 3 aimer tout mon passé.To=yo. héritier /M Sur ce pays. assis sur un "anc du square &aferri re. é!oquer la lecture de Sartre est une faHon pour Derrida d'écrire son auto"io%raphie. pp. pp. Depuis une di<aine d'années. du pays oN Derrida est né et qu'il n'a quitté qu'en 8GKG. 5n mimant ironiquement un passa%e de &a 9ausée. T.ues /errida Sartre. 3 cette époque naR!e..an et -ac. du moment.U cette %rande fiction (que ''admire encore et que 'e me rappelle a!oir lue dans un certain é"louissement e$tatique 3 di$4sept ans.php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( 52 .U mais aussi a!ec d'intenses mou!ements d'identifications ]littéraires] 2 comment écrire comme Ha et surtout pas comme Ha 1) T. cela me re!ient. par l'écriture auto"io%raphique. et ultérieurement plus cryptée dans son oeu!re. Derrida a é!oqué &'hSte de *l"ert Famus dont l'intri%ue se situe. en *l%érie. la premi re lecture conduisit le 'eune homme qu'il fut 3 imiter dans sa !ie ce que disait le roman.. &'*l%érie fait donc retour par la littérature et les essais d'*l"ert Famus.8GGG. 8@48M.. 'e me permets de ren!oyer 3 mon étude &'auto"io%raphie et l'*l%érie dans l'oeu!re de Jacques Derrida pu"liée dans Dtudes de lan%ue et littérature franHaises.. /G &es Temps Modernes. Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www.U .. par !oie de phantasme. c'est que l'I%e constitue un motif que Derrida souli%ne 2 + T. /Q4/G.U et il faut tenir ici le compte le plus sérieu$ de l'I%e.M. >//4>KK. ''é!oque ici non seulement les é!énements des années 8GGA en *l%érie mais aussi la mise en sc ne. d s lors que ''en ai été ou cru 6tre le contemporain. dans le pays natal de Derrida. pp.

afin de faire 'ouer toutes les !ariations si%nifiantes parfois restées en réser!eK8. G. est tr s fortement critiquée par Derrida pendant les neuf derni res pa%es de son article.op. + en%a%ement et résistance . pp. Il s'a%it d'une des opérations du tra!ail de la déconstruction dont on peut apprécier l'apport important. par e$emple. K8 Fette pratique de lecture et d'interprétation des te$tes qui é!ite la multiplication des nou!eau$ concepts (au contraire de Deleu<e) est nommée . . &e prophétisme KA Sur ce film. Bien qu'on en ait si sou!ent parlé... Belin. + paléonymie .U le %a%e donné. .org/article. T. des termes proches. 'e trou!e que + en%a%ement . n. en son dou"le statut.M. p.ues /errida de la direction des Temps Modernes est a!ant tout. par Derrida. 3 un a!enir auquel il !eut participer 2 + T.-ne entreprise intellectuelleK>.. >84KQ.ériter pour Derrida. les sau!ant ainsi. on lira le recueil des études (entre autres. 8GQ?.U T!ousU %arde<. sur les mots + supplément . inédite 3 tous points de !ue.sens-public. T. pp. qui consiste 3 penser que le discours de Sartre rel !e du + discours prophétique . (Lousseau). 8Q. . de Flaude &an<mann et de Shoshana Eelman) éditées par Michel De%uy 2 *u su'et de Shoah. est l'oeu!re qui a su trou!er une forme inouRe pour dire l'holocauste en modifiant par cela m6me la notion d'en%a%ement.php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( 50 . incite Derrida 3 réacti!er des mots apparemment datés mais qui sont promis. de faHon radicale. 8?A de son li!re). celle de la th se de *nna Boschetti dans Sartre et &es Temps Modernes. p. 0ui a !u Shoah est en situation de se poser.. des articulations. cit. de la responsa"ilité. Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www. (Platon). pour Derrida + &'auteur de Shoah . &a fi%ure de Flaude &an<mann. Dans ce !olume.an et -ac. tout en constatant la puissance d'une oeu!re d'art. tout autant que la %a%eure de l'en%a%ement. reste un mot tr s "eau. ces "eau$ mots encore tout neufs dont 'e reparlerai plus "as. Derrida pense que ce crit re sociolo%ique n'est pas pertinent pour caractériser &es Temps Modernes car tout écrit contient une dimension prophétique. c'est donc produire une lecture acti!e proposant des articulations nou!elles qui déplacent le sens du te$te hérité 2 + T.M. ou"liés par Sartre. il con!ient de "ien définir de quel prophétisme on parle. 8GGA. De%uy est l'auteur d'un article remarqua"le intitulé 2 -ne oeu!re apr s *usch:it<. par une nou!elle pensée du politique. 'uste et encore neuf. . la question du politique. Derrida reprend le m6me mot mais en sollicitant des prédicats. Fomment Derrida fait4il fructifier l'hérita%e du mot si sartrien + en%a%ement . K> Minuit.PATRICE BOUGON 'artre) 'arah *o+. comme d'une modalité passée de la responsa"ilité des + intellectuels . ou + pharma=os . -ne telle conception. parfois 3 satiété. dans Positions.KA.. pour dire l'assi%nation 3 laquelle répondent et dont répondent ce qu'on appelle encore des écri!ains et des intellectuels. &'en%a%ement met en 'eu un rapport au temps particulier qui ne se réduit pas 3 un prophétisme !a%ue. . d'auteur et de directeur de re!ue. 1 PlutSt que d'in!enter une notion plus moderne. G?4G@. dans toute son ampleur. >. (p. pour Derrida et son ami Michel De%uy (entré depuis quelques années au comité de rédaction). De plus. si l'on !eut "ien l'entendre. Fe film de &an<mann.

org/article.. n. 3 une époque donnée. ''a!ais ou"lié que de faHon certes différente 3 tous é%ards. tou'ours apr s coup. T. on ne choisit pas son donateur. en elle. &es Temps Modernes mais plutSt 3 insister sur le non4sa!oir sur lequel se dé!eloppe le discours de Sartre selon un rapport au passé et futur particulier dans lequel le lecteur est impliqué sans le !ouloir 2 + T.. la faire ou"lier. p. celui de Sartre. non seulement.n ne choisit pas d'hériter de Sartre. c'est que relire Sartre au'ourd'hui. comme si notre hérita%e était tou'ours un spectre 3 !enir. Mais la relecture de Sartre surprend celui qui en a!ait une autre ima%e car lui4m6me était autre. c'est aussi perce!oir comment les fronti res de sa mémoire se déplacent ou retrou!ent des traces ou"liées de l'ancien dans ses recherches les plus récentes 2 + 5n multipliant récemment. le %a%e d'une %a%eure sin%uli re. Fet ou"li. mais de plus.an et -ac. .M. du prophétisme dans lequel serait inscrit. un re!enant qui court de!ant nous. . p. &e propos de Derrida est plus modeste. *pr s coup. Par un tel rapport au temps et au lecteur la notion de prophétisme chan%e de portée en se rapportant 3 une "io%raphie sin%uli re et non 3 une classe ou 3 un champ social qui occulterait la sin%ularité du su'et d'écriture. Derrida nous fait comprendre comment l'e$périence de la seconde lecture de Sartre.. c'est aussi perce!oir. K. c'est 3 la fois l'6tre4en%a%é dans une situation non4choisie et.sens-public. &'en%a%ement.M.U un pari sur fond d'indécida"le et dans un espace hétéro% ne au sa!oir. . c'est donc non pas simplement rece!oir quelque chose de défini du passé. celle de 8GG@. les si%nes de l'autre dans son oeu!re et son auto"io%raphie.ériter. c'est au fond le th me de cette lettre 2 une étran%e transaction entre l'amnésie et l'anamn se dans l'hérita%e qui nous fait ce que nous sommes et que nous n'a!ons pas encore pensé. *insi.ues /errida hé"raRque.U . en l'occurrence Sartre. apr s lequel nous nous essoufflons T.T.PATRICE BOUGON 'artre) 'arah *o+. apr s coup. qui s'affirme pourtant scientifique. Sartre a!ait dé'3 mis en cause la rhétorique de la fraternité. une partie du destin de Derrida sem"le 6tre inscrite dans le te$te ancien et ou"lié de Sartre. un temps. dans Politiques de l'amitié. 8>. Derrida fut donc d'em"lée confronté 3 une oeu!re polymorphe dont les th ses contradictoires ont pu. le constitue héritier de l'inconnu. qui doit m'arri!er plus sou!ent que 'e ne peu$ m'en rendre compte parfois.. Fe que Derrida souli%ne. les questions sur l'autorité de ce sch me fraternaliste et sur tout ce qu'il implique dans notre culture. 3 propos de l'en%a%ement et de la critique de l'idéolo%ie de la fraternité. i%nore.php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( 51 . 88. . celui des po tes ou des hommes politiques ont des qualités et des effets propres si spécifiques que cette caté%orie demande 3 6tre utilisée a!ec une précaution terminolo%ique philosophique que l'analyse sociolo%ique de Boschetti. il ne cherche pas 3 définir un + champ . celui des Temps Modernes. celui4ci se Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www.

par cela m6me. antérieurement lue puis ou"liée. de situer ce qui. &e mort fait écrire en mettant en question le si%nataire et le destinataire du te$te 3 lui consacré. Conclusion 0ue faire de Sartre 1 * cette question. tr s différentes.org/article. est re!enu par des détours inconnus du su'et. &a présence spectrale de celui qu'on a!ait cru disparu W Sartre et les années cinquante W permet en fait d'accéder.d'autant plus que l'homme du passa%e a!ec Sartre se nomme Flaude &an<mann. Ytre contemporain de Sartre. de faHon acti!e. si%nés Sarah Kofman. Fette reprise. une ori%ine auto"io%raphique. a!oir pour une part. Si les te$tes de Sarah Kofman et de Jacques Derrida marquent "ien une rupture a!ec la mani re de Sartre. ren!oie 3 la Shoah. le disparu permet. rétroacti!ement.sens-public.ues /errida ré! le hanter des pro"lématiques qui sem"laient les plus éloi%nées de celui qu'on a!ait cru a"andonner. de Jean4 EranHois &yotard. implique cette relation réciproque.php3?id_article=431 & 'ens Pu lic ( 5% . n'o"éit ni 3 une lo%ique de l'imitation ou ni 3 celle.PATRICE BOUGON 'artre) 'arah *o+. Article pu lié en ligne ! 2""#$"% http://www. leurs articles critiques consacrés au fondateur des Temps Modernes n'o"éissent cependant pas 3 une simple lo%ique du parricide. lon%temps différée. in!erse. des traces de l'autre.an et -ac. de l'e$clusion. 5n donnant 3 lire des te$tes peu connus. ''ai tenté d'indiquer que cette relecture ne pou!ait a!oir lieu que par le "iais de l'écriture auto"io%raphique dans la mesure oN celle4ci fait si%ne !ers un passé. ''ai tenté de répondre par une réfle$ion consacrée 3 l'hérita%e de la déconstruction. *insi certains des intér6ts théoriques de Kofman et de Derrida se ré! lent. apr s coup. 3 des th mes et des th ses qui ont donné lieu 3 des suites impré!isi"les. e$pression entendue en son dou"le sens 2 la déconstruction hérite de Sartre mais l'oeu!re de Sartre hérite de la déconstruction. &a déconstruction est l'une des démarches philosophiques les plus importantes de l'apr s4%uerre a!ec celles. Jilles Deleu<e. 5n tant qu'élément moteur d'écriture. qui d'une faHon ou d'une autre. en son oeu!re. et en montrant la comple$ité de la relation de Derrida 3 Sartre. Michel Eoucault.

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