Jean-Marie Lassère

Les vétérans de Chemtou (Tunisie)
In: Antiquités africaines, 33,1997. pp. 115-118.

Résumé L'inscription CIL, VIII, 14608, de Chemtou (Tunisie), dont l'interprétation a été très discutée, pourrait recevoir un nouvel éclairage de la comparaison avec quelques autres documents, dont un ostracon de Bou Njem (Libye). Abstract The epigraph CIL, VIII, 14608, from Chemtou (Tunisia), whose interpretation has been widely disputed, might be considered in another light if compared with some other inscriptions, especially an ostracon from Bou Njem (Libya).

Citer ce document / Cite this document : Lassère Jean-Marie. Les vétérans de Chemtou (Tunisie). In: Antiquités africaines, 33,1997. pp. 115-118. doi : 10.3406/antaf.1997.1271 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/antaf_0066-4871_1997_num_33_1_1271

might be consi dered in another light if compared with some other inscriptions. Abstract : The epigraph CIL. Tunisie. whose interpretation has been widely disputed. c'est Georges Souville lui-même que les africanistes ont à cœur d'honorer. Si ce te rminus ante quem peut être admis pour notre inscrip tion. Libya. La solution (s'il en est une) passe par l'identifica tion des vétérans qui sont les dédicants du tombeau de Silicius Optatus. dont Georges Souville dirigeait le comité de rédaction. dont un ostracon de Bou Njem (Libye). Key words : epigraph. Bou Njem. Souville y voie l'expression d'une amitié qui remonte à un demi-siècle. : © CNRS ÉDITIONS. Il avait cinquante ans selon son épitaphe. n° 249 (photographie) Lfucius) Silicius Optai tus uix(it) an(nis) L. 115-118 sans doute non loin de la cité. 1986. l608-l609. 2470 = Ben Abdallah Z. p. On ne sait si la stèle était carrée. largeur 0. Comme entre temps notre connais sance de Chemtou a progressé. p. especially an ostracon from Bou Njem (Libya). 1997. * Professeur à l'Université III de Montpellier. vêtu sans doute d'une toge. Je signalerai pourtant l'impression que ce texte a laissée à notre ami commun G. Dans les épitaphes de l'Afrique Proconsulaire la consécration aux Mânes n'apparaît guère avant la fin du Ier siècle p. Que G. VLll. Il est probable que. qui ont payé la sépulture de suo situation normale car. l'ajout de ce démonstratif paraît la marque d'un lien qui pourrait être corporatif. 33. 1998 : I . 204-205). accept aient de publier dans leur tome 16.C. Cette formule. responsable du Groupe de Recherches sur l'Afrique antique.95 m. Libye. en particulier grâce aux efforts de notre collègue tunisien M. Résumé L'inscription CIL. Une inscription importante retrouvée à Chemtou au début de ce siècle fait connaître l'existence d'un groupe de vétérans qui ont assuré la pose de la pierre tombale de L.. sont toutefois un peu gauches. 1. on est embarrassé pour rechercher l'autre date limite. : Un peu avant 1980. de Chemtou (Tunisie). VLLL. On ne trouve à la fin du texte que la mention collective des dédicants. À peu près vingt ans plus tard. 14608. t. elle est surmontée de la représentation mal adroite d'un homme de face. 2. Devallet. « surpris en chemin par la mort ». les Antiquités africaines. 1962. Silicius Optatus. VIII.Les vétérans de Chemtou (Tunisie) Jean-Marie Lassère' Mots-clefs : inscription. je vou drais revenir sur un point de cette étude. qui ont eux-mêmes payé le monument l. assez régulières. Les lettres. qui n'avait suscité aucun commentaire de l'époque de la mort de Silicius Optatus on n'ait pas eu de bon graveur à Simitthus. On sait que les vétérans peuvent depuis Auguste fonder des collèges (RE. Chemtou. ossa tua bene quiescant). ou du moins l'époque flavienne. L'S aux boucles inharmonieuses est nettement incliné vers la droite. et non un éventuel collège.2 à 2 cm . Ils se disent eux-mêmes ueterani morantes Simittu. Paris. pourrait recevoir un nouv eléclairage de la comparaison avec quelques autres documents. arrondie ou pointue. civil. Khanoussi. Bou Njem. dont l'interprétation a été très discutée. bien que dépourvu de famille d'après son épitaphe. Huic ueteranli] morantfesj Simittu [de] suo fecer(unt). Professeur de latin la dernière phrase pouvait fort bien se comprendre sans huic. Il se pourrait qu'à I : I I I : : Antiquités africaines. 14608 = ILS. une étude que j'avais consacrée au peuplement de la colonie de Simitthus. 1989. L'armée romaine. ILBardo. Silicius Optatus n'est certainement pas un ancien militaire (le texte funéraire ne l'aurait pas omis).. Chemtou. Il s'agit d'une stèle calcaire brisée en haut (hauteur subsis tante 0. ni si les colonnes supportaient un fronton orné de quelque symbole. il est debout entre deux colonnes. dédié à Jean Lassus. dont le buste et la tête manquent . l'inscription est gravée dans une cuvett e. [i]nterceptus initinere. Tunisia. Mais le texte précise que ce sont les vétérans. from Chemtou (Tunisia). il entretenait des rapports amicaux avec le groupe de vétérans qui lui ont rendu les derniers devoirs.44 m). voire de l'invocation aux Mânes. qui n'est pas consacrée aux Mânes et qui est dépourvue des formules d'adieu courantes {sit Ubi terra leuis. Le Bohec Y. en lettres de 4. col. 14608. CIL. IX.

1980.116 Cagnat au CIL. Les colonies attribuées à César. des dues Romani qui Suo morantur (ILTun. il est probable que dans ce texte on a donné à morari son sens intransitif général. 9· Voir le commentaire prudent de H. incolae. où la formule n'est pas exactement la même . ins: . En partie sans doute parce qu'il ne se prononçait pas sur la date du monument « il serait intéressant d'avoir la date de ce texte ·> (ibid. Les cités. Dans mon étude de 1980. Nouveaux documents. ou jouissant d'un moindre statut. Beschaouch estime qu'«il s'agit de citoyens Romains en résidence. -G. D'une autre manière.. ou de Dessau aux ILS.. 1991. Lassere R(omani) ou conu(entus) c(iuium) R(omanorum q]ui occ [loco] moran [tur] ou [A]uiocc [al(aj\ moran [tes] 8.C. Ferchiou N. p. t. Paris. 7. avec les mentions des dues Romani qui uico Hateriano morantur (CIL. vraisemblablement citoyens Romains. Elle est approuvée par M.. p. Sans forti fier son opinion par une étude linguistique. 1997. des dues Romani qui Thinissut morantur (ILAfr. aucune exis tence ». p.. 682) . XI. 835 « rien n'autorise à reconnaître dans ces vétérans des citoyens de la colonie. VIII. Il propose de les assimiler à des consistentes. 3. on semble plutôt désigner par consis tentes un groupe secondaire d'habitants. 1981. p. . 233. 1998 : : : .. Beschaouch 7. revient à la position de Pallu de Lessert en la durcissant quelque peu : ces vétérans « ne possédaient pas de terre et n'avaient aucune attache avec la cité ». 691). 32. on laisse en revanche de côté le texte mutilé CIL. 306). des dues Romani qui Vreu morantur (AE. qui propose de restituer une formule comme [du(es) : 2. ». . 33. Ce second terme est attesté formellement deux fois dans les inscriptions d'Afrique les Rusg(unienses) et Rusg(uniis) consistentes (CIL. temporaire ou permanente. Khanoussi 6. Au contraire.C. et surtout demeurer de façon stable et prolongée . 4. 23125 = ILS. A. Pflaum. I6367. les deux textes de Rapidum sont tout aussi précis dans la formule ueterani et pagani consistentes il est évident que consistentes porte sur pagani seulement. et les ueterani et pagani consistentes aput Rapidum. 9250). p. intra eundem murum inhabitant(es) (CIL. mais plutôt de savoir si ce verbe peut recevoir une signification institutionnelle précise. dont le premier fut Pallu de Lessert. car on précise plus loin que les deux composantes de la population de Rapidum sont intra eundem murum inhabitantes. VIII. p. elle. Simitthus devint colonie sous Auguste quand le nouvel empereur résolut d'accélérer la romanisation d'une ville aux ressources importantes par l'installation d'un groupe de vétérans qui pourraient en outre veiller sur sa sécurité » 4. 97. à quoi l'on peut ajouter l'inscription des cultores Victoriae Aug(ustae) qui Sigus consistunt (ILAlg. le terme se rapporte toujours à une seule catégorie jur idique. Khanoussi M. 6503). intéresse en fait le droit privé) elle prévoit le cas des incolae qui à l'avenir éliraient domicile à l'intérieur des construc tions comprises dans la colonie . Dans l'épigraphie africaine il a été relevé quatre autres fois à ce jour par A. à l'exception toutefois de la célèbre donation de Sicca Veneria (qui. Ben Abdallah. 5. Ce qui montre qu'ils n'avaient aucun lien juridique avec la cité ». Ils se disent tout simplement morantes Simittu. où la qualité de ceux qui consistunt a en fait dis paru de la pierre et ne fait l'objet que de restitutions. : : : Antiquités africaines. Beschaouch Α. 115-118 J. Cette interprétation fut aussi celle de C. mais ils n'avaient aucune attache avec le sol et leur groupement n'avait. Glanes. VIII. anté rieur à l'érection de cette localité en commune indépendante ». Madame Z. 163 « une colonie de vétérans y fut installée par Auguste dès 27 a. j'avais risqué l'hypothèse « sans qu'on le puisse affi rmer. 6777) . peregrins ou autres. 8. du point de vue du droit public. a cependant intr igué à juste titre divers savants. 1974. celle des dues Romani. VIII. Lepelley C. Pallu de Lessert hésitait donc à établir un lien entre ce groupe de vétérans anonymes du Ier siècle 3 et la colonia Iulia Augusta Numidica Simitthus. à la di fférence de ceux où apparaît le verbe morari et à l'e xception du texte de Sigus 9. 6. Mais dans sa notice des ILBardo.-M. Lepelley 5. dans des cités autochtones ou de grands domaines. p. consistentes définit une caté gorie d'habitants associée à une autre : les Rusgunienses et « ceux qui sont installés à Rusguniae ». 1974.. car il est assez clair : s'arrêter. La question n'est pas en fait de déterminer le sens que pouvait avoir moravi dans son emploi intransitif. 1336-1339.). afr. Pallu de Lessert A. © CNRS EDITIONS. qui écrivait non sans prudence que la fo rmule ueterani morantes évoquait « moins l'idée d'une colonie militaire que celle d'une ville où les anciens sol dats forment simplement un groupe à part » 2.il s'agit d'un collège d'habitants de Sigus. ad loe. sur les pierres où apparaît morantes. 1911. L'examen de ces derniers textes montre que. II. 20834-20835) . 1996. Ferchiou. La découverte de trois cités. 16. en 1986. Ailleurs. Ant. On peut ajouter à cette liste une inscription brisée lue au Ksar Hellal par Mademoiselle N. 2.

860 = ILS. [III?] kal(endas) Augustas. d'El Mahder et de Bou Njem ment de fourrageurs. Marichal R. le soldat de Cuicul et militaires de la garnison de Golas (Bou Njem). Le Bohec Y. en 253. 441-443 et n. R. Marichal. autre. cf. Ce sens est appelés tout naturellement « milites morantes Golas » 14. 12. n° 81 (p. p. 155. mais XX[. de façon temporaire sans doute mais en n'est donc peut-être pas totale... non le terme consistentes. préc sous Septime Sévère et Caracalla. Comme le légionnaire ter de discerner si morari n'a que le sens banal de en garnison à Cuicul pendant près de six ans au « s'installer librement quelque part. 268. Juillet 1997 10. 4082 Galatae consistentes municipio posierunt I I I I I 11.précis. o. qu'ils pouvaient avoir avec la colonie augustéenne. legio III Augusta ou Donato milite] . Le Bohec Y. 188-189). d'époque sévérienne. Cela On voit tout de suite l'intérêt de ces textes pour étant. note qu'Aurelius Donatus n'est certainement pas un très grand clerc. ils font graver leur qualité commune. qui n'est pas leur affectation principale. puis regravée dans la langue des militaires par d'autres documents. Ils sont détachés moratus Cuido ann(os) V et menses VIIII. 1989. VIII. C'est d'abord une épimorantes Golas appartiennent à la Legio III Augusta de taphe très endommagée de Tigzirt.au moins dans ces trois cas ce lieu pour récolter le foin. suscipies ab Glareo asgatui dua semis. 66 et p. t. quelle que soit leur ori [ — ]o d(ecurioni) prepósito salutem [ab Au] relio gine (détachement du praesidium.. ou unité auxiliaire). CIL. 13. Les de juillet 259 13 : anciens militaires de Chemtou. fiés par les lecteurs éventuels du texte funéraire. en 259 les milites isément relatifs à des militaires. Puis une inscription retrouvée à Casae (El ils y sont présents pour un temps assez long. mutations ordonnées par le commandement. p. son style très réglementaire le soldat Aurelius Donatus a résultant d'une décision officielle. 20713. d'une dédicace à Jupiter Optimus Maximus et aux Je ne saurais dire si hors d'Afrique ce mot est attesté Nymphes. mais qu'il a · une bonne connaissance de l'écri ture des bureaux ». des uexillarii legionis III désigner une installation individuelle en un endroit Augustae morantes ad fenum secandum 12. 115-118 CNRS EDITIONS. VIII. 15. C'est enfin un ostracon de Bou incitent tout de même à ne pas écarter totalement une Njem. 1998 . s'ils ont utilisé. relative à un miles Lámbese ou à des corps d'auxiliaires 15. p. Aemil liano et Basso cace de cette épitaphe au lieu de leurs noms. CIL. 18527 = ILS.L. III. dans le territorium de la IIIe Légion Auguste. celui du lien entre les soldats et le poste où ils cipe » 10. uixit an(nis) au poste. 1997. 2484. ad usus militum moran Hum nisme reconnu (au moins par l'opinion) dans la dédi Golas. ad loc. c'est peut-être en lui donnant. semblent bien agir en orga facent m(odios) triginta. n. le sens révélateur du lien. de façon temporaire Ier siècle (et contemporain vraisemblablement des vété ou permanente ». d'ailleurs celui qu'il faut retenir dans la dédicace de Le terme morantes est ici chargé d'un sens administratif Napoca faite par « les Galates résidant dans le muni. La Troisième Légion Auguste. que dans Aurelius Donatus à Bou Njem. 1992. Les ostraca de Bu Njem. L'équivalence entre consistentes et morantes sont affectés. Il convient alors de ten exécution d'un ordre supérieur. mais le notre propos : les deux asgatui et demi qui font 30 bois terme morantes. : 14. selon des Mahder). 33. martelée. 444. ce qui suppose la permanence de ce détache Mais les textes de Tigzirt.] n. Paris. il s'agit librement choisi par eux. L'auteur place la carrière de cet homme sous les Julio-Claudiens. comme seaux (de blé?) sont destinés à la consommation des les fourrageurs anonymes. : Antiquités africaines. rans de Chemtou) et comme les fourrageurs de Casae Un secours nous vient de trois textes africains. une « lettre d'accompagnement » datée de la fin hypothèse dont on résumera ainsi les données. 4322.Les vétérans de Chemtou 117 tallé à côté de citoyens Romains ou latins. Le terme qui mentionne un groupe de légionnaires détachés en morantes ne peut donc . certains d'être bien identi cos(ulibus). CIL.

C. 1989.. 92). Paris. VII). Lassere Bibliographie Ben Abdallah Z. Département des Antiquit és. 825-839. 115-118 © CNRS EDITIONS. Les colonies attribuées à César (coloniae Juliaè) de l'Afrique romaine. 219-234. CRAI. Ant. 1998 . p. Le Bohec Y. 1974. Paris. : Khanoussi M. L'armée romaine sous le Haut-Empire. dans L'Africa Romana. 1996. vol. Tunisie). Tripoli. Rome.. Nouveaux docu ments sur la présence militaire dans la colonie julienne augustéenne de Simitthus (Chemtou. 29-110. 27-44. Les cités de l Afrique romaine au Bas-Empire. Le Bohec Y.. p. Paris. p. nat. Catalogue des ins criptions latines païennes du Musée du Bardo (Collection EFR. de la Soc. Paris. 1992. 1997. La Troisième Légion Auguste. Pallu de Lessert A. Ferchiou N. 1329-1339... 1980. Mém. des Antiquaires de Fr. XI. Marichal R. 1994. Vreu et Asadi .Bou Arada. une contribution à l'étude de la politique municipale de l'Empire Romain. 1981.. Beschaouch Α. 1986.. 1991. 33. LXXI.-M. p. Remarques sur le peu plement de la Colonia Iulia Augusta Numidica Simitthus. p. t.118 J. CRAI. Les ostraca de Bu Njem. Glanes épigraphiques dans la région de Fahs .. l6. afr. La découverte de trois cités d'Afrique Proconsulaire (Tunisie) Aima. (Suppléments de «Libya Anti qua». 1911.. 1989. Editions du CNRS (Etudes d'Antiquités africaines). p. Antiquités africaines. Lassère J. Lepelley C.-M...

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