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J. F. E.

LE BOYS DES GUAYS
2e VOL.

COLLECTION

MÉLANGES
CONCERNANT LA NOUVELLE JÉRUSALEM

TOME QUATRIEME.

S A I X T - A M A N D (CHER)
A la Librairie de LA NOUVELLE JÉRUSALEM, chez Porle, libraire.
PARIS
M. MISOT, RL'E DE SÈVRES, 96.
E. JIING-TRECTTEL, LIBRAIRE, RUE DE LILLE, 19.

LOS DUES
SWEDENBORG SOCIETY, 36, BLOOMSBURY STREET, OXFORD STREET.

NEW-YORK
PUBÎ.ISIIING HOUSE 0F THE GEN. CONVENTION OF THE SEW JERUSALEM
S» 20, COOPER UNION.

1865
AVERTISSEMENT.

Ce second Volume de Mélanges, par Le Boys des
Guays, était imprimé sous sa direction jusqu'à la
page 288, lorsque la carrière de cet infatigable tra-
vailleur a été soudainement interrompue par sa
mort, le 18 décembre 186-i.
C'était pour nous à la fois un pressant devoir et
une douce tâche que de pourvoir à l'achèvement de
ce Recueil de souvenirs personnels de notre ami et
collaborateur bien-aimé. Heureusement les maté-
riaux pour cela se trouvaient tout préparés par lui;
les extraits de sa correspondance, transcrits de sa
main jusqu'à la date du 25 juin 1862; les Lettres de-
vant fournir des extraits à la suite, désignées jusqu'à
celle du 2o juillet 1863 ; le reste à choisir jusqu'à la
fin du Recueil de copies de sa volumineuse corres-
pondance, tout entier de sa main, nouveau et pré-
cieux témoignage de sa prodigieuse activité, que
nous a confié avec le reste de ses manuscrits sa digne
compagne, notre chère sœur en la Nouvelle Église
du Seigneur, M me Le Roys des Guays.
Pour maintenir ce Volume dans des bornes qui
déjà dépassent celles du Volume précédent, il a fallu
limiter le nombre et l'étendue des extraits, ce
dont notre ami lui-même avait d'ailleurs donné
l'exemple, en réservant tout ou partie de plus d'un
des extraits qu'il avait d'abord transcrits. Nous
réunissons ci-après, dans une courte Notice, des
renseignements qui serviront à coordonner et à com-
pléter ceux qu'il a donnés dans ces Volumes sur sa
personne et sur son œuvre.
NOTICE
SUR LE BOYS DES GUAYS

« LE BOTS DES GDAYS (Jean-François-Élienne) naquit à
Châtillon-sur-Loing (Loiret), le 18 octobre 179/i.
» Sa famille appartenait depuis longtemps à la magistra-
ture. Son grand-père, lieutenant particulier au baillage et
présidial de Montargis, fut député de cette ville à l'Assem-
blée nationale de 1789, et remplit sous l'Empire les fonc-
tions de procureur général; son père avait servi dans la
maison militaire de Louis XVI.
» Après avoir fait les dernières campagnes de l'Empire,
le jeune Le Boys des Guays étudia le Droit à Paris, se fit
inscrire en 1823 au tableau des avocats près la Cour royale
et, livré spécialement à l'élude du Droit romain, il donna
en 1826, dans la 2e livraison de la Thëmis, une dissertation
sur le Furtum prohibilum d'après la loi des XII Tables.
» Nommé juge au tribunal civil de Saint-Amand (Cher),
en 1827, M. Le Boys des Guays se retira de la magistrature
quelques années après et (à partir de 1838) se consacra en-
tièrement à la propagation des doctrines de la Nouvelle Jé-
rusalem ou Nouvelle Église du Seigneur Jésus-Christ, en
traduisant du latin en français et en publiant à ses frais,avec
l'aide de quelques généreux amis, les Écrits de Sweden-
borg. »
Telles sont les indications sommaires qui, rédigées d'après
une note fournie par notre ami lui-même, parurent en 1859
dans un Recueil biographique où elles servaient d'introduc-
tion à la liste de ses publications concernant la Nouvelle
Église parues jusqu'à celte époque. Outre une occasion de
publicité à donner à celle liste, il avait particulièrement en
vue la rectification de plusieurs inexactitudes que présentait à
son égard un autre Recueil, le Dictionnaire biographique
des Contemporains, au moins dans sa première édition.
Faible de conslitution dans ses premières années, le jeune
Le Boys des Guays, à peine sorti du collège de Monlargis,
donna néanmoins bientôt des preuves d'énergie morale.
C'était le temps des grandes levées d'hommes, vers la fin de
l'Empire; et un moyen d'améliorer les conditions du service
militaire était de devancer l'appel. C'est ainsi, qu'engagé vo-
lontaire dans la cavalerie, il fit la campagne de Leipzig, et
prit part à des charges qui se renouvelèrent pendant toute
une journée de la grande balaille, terminée le 18 octo-
bre 181Û, le jour même où il atteignait l'âge de 20 ans ac-
complis. A la balaille de Uanau, renversé de son cheval, il
fut blessé d'un coup de lance à la cuisse droite. L'année sui-
vante, attaché comme secrétaire à un jeune colonel, il assis-
tait en témoin à la bataille de Waterloo.
De ses campagnes militaires il gardait un souvenir in-
digné des abus de la force qu'il avait vu exercer contre des
populations sans défense.
Après ses études de droit et le stage d'avocat, nommé
juge à St-Amand, M. Le Boys y épousa Mlle Clothilde Rollet,
petite-fille de M. Tabouet, magistrat dont le siège au tri-
bunal de cette ville, devenu vacant par sa retraite, était pré-
cisément celui que venait occuper le nouveau juge.
A la suite de la révolution de juillet 1830, sur la demande
de ses concitoyens de Saint-Amand, M. Le Boys des Guays
fut nommé sous-préfet de l'arrondissement dont cette ville
III
est le chef-lieu; mais la réaction qui bientôt se manifesta
dans la politique du gouvernement ne le laissa pas longtemps
dans ces fonctions (*) ; il rentra alors définitivement dans la
vie privée, donnant cours à son activité par la rédaction d'un
ouvrage de droit resté inédit, sur la loi romaine des XII
Tables.
C'est dans ces circonstances que son attention fut appelée
sur un ordre de faits dont jusque-là il n'avait pas eu l'occa-
sion d'acquérir la connaissance.
On racontait des choses étranges d'un petit pâtre, enfant
abandonné, employé à la garde des pourceaux sur les terres
d'une ferme appartenant à la famille Rollet, — des faits in-
diquant une vue indépendante des obstacles matériels, des
perceptions du genre de celles que les adeptes du magné-
tisme,, suivant leurs écrits, prétendaient provoquer par leurs
opérations. Étonné de ces faits, M. Le Boys recueille l'enfant,
se procure les ouvrages les plus célèbres sur le magnétisme,
expérimente sur son « sujet » et obtient des résultats qui
dépassaient ceux qu'avaient publiés les magnétiseurs de
cette époque. Là-dessus, disposé à engager avec ardeur la
lutte en faveur du progrès des lumières sur cet ordre de
faits, il se rend à Paris avec Mme Le Boys et l'enfant qu'il
se proposait de présenter aux corps savants.
Arrivés à Paris en novembre 183i, M. et Mme Le Boys des
Guays y rencontrèrent quelqu'un avec qui la conversation
engagée les amena à parler du motif de leur voyage. Cet
interlocuteur se montrait très au fait de ce genre de phéno-
mènes, et assura qu'il leur ferait connaître des ouvrages
où ils en trouveraient l'explication, avec beaucoup d'autres
choses encore plus surprenantes; c'était le Traité du Ciel
(') ïci et dans le paragraphe sur la jeunesse et les campagnes militaires de
M. Le Boys, nous avons rectifié, d'après les renseignements de M°e Le Boys,
plusieurs inexactitudes qni nous avaient échappé dans la Notice adressée à
Vlntrll. Tîpposîforj/ de février 1865.
IV

et de l'Enfer et quelques autres ouvrages de Swedenborg que
leur prêta M. Caudron. M. Le Boys, ravi des lumières qu'il
découvre dans ces ouvrages, les dévore et se hâte de s'en
procurer la collection, telle qu'elle existait alors ; mais en
même temps, jugeant que les explications qu'il obtient ne
seraient pas du goût des corps savants, il retourne à Saint-
Amand avec son sujet, sur lequel il poursuit d'abord ses
expériences, tout en se livrant à l'élude de son nouveau tré-
sor. Bientôt, cependant, éclairé à la fois par ses expériences
même et par les enseignements si précis de Swedenborg,
sur les dangers que présente la provocation des communi-
cations spirituelles, il l'abandonne absolument et, préoccu-
pé d'intérêts plus élevés, se livre entièrement à l'étude ra-
tionnelle et à la propagation des enseignements de cette
doctrine céleste que la divine Miséricorde envoie au monde
comme un nouveau secours pour la guérison de nos maux;
secours promis pour conduire l'humanité vers les destinées
glorieuses que lui prépare l'avènement du règne futur du
Seigneur, en esprit et en vérité.

Dans le volume de Mélanges déjà publié et dans celui-ci,
on trouvera les documents qui retracent l'histoire des efforts
de notre ami pour la propagation des doctrines de la Nou-
velle Église, et d'abord : ouverture du culte public dans sa
maison à Saint-Amand, le 18 novembre 1837 (voir tome 1",
page 409) ; fondation, en mars 1838, de ta Nouvelle Jérusa-
lem, Revue religieuse et scientifique, dont les livraisons
mensuellesétaient alternativement accompagnées des feuilles
détachées de deux ouvrages : les Arcanes Célestes, ce
premier et grand ouvrage théologique de Swedenborg, qui
paraissait alors pour la première fois en français, et l'Apo-
calypse dans son sens spirituel, extrait de Swedenborg
(volume complété en 18ûl, voir ci-après, page 285). Outre
ces travaux et les articles ici réunis, il fournit encore à la
Revue, de 1841 à 18Ù8, la série des « Lettres à un homme
du monde qui voudrait croire,» Lettres réimprimées à part
en 1852, traduites et publiées depuis en Angleterre el en
Amérique à plusieurs éditions, en anglais et en allemand.
Quelques disciples anciens et nouveaux de nos doctrines
apporlèrent à celle Kevue une part de collaboration, le con-
cours de quelques articles: mais noire ami, seul signataire
responsable, portait le poids de la rédaction principale el
celui des avances de fonds. Or, l'excédant de la dépense sur
la recelte ne fit que s'accroître d'année en année jusqu'à la
dixième de l'existence de celte publication •. c'esl alors, en
18A8, qu'elle dut être suspendue. Mais le dévoué travailleur
n'adoptait ce grave parti qu'avec la résolution de consacrer
avec d'autant plus d'énergie tout son temps et loules les
ressources dont il pourrait disposer à la Iraduclion el à la
publication des ouvrages de Swedenborg.
Déjà avaient paru, feuille à feuille, avec les livraisons de
1 Revue el sur son budgel, cinq volumes des Arcanes Cé-
lestes, plus deux autres, imprimés aux frais d'un disciple
de la nouvelle doctrine, et quelques-uns des opuscules de
Swedenborg, publiés en partie aux frais du même ami et en
partie au moyen de souscriptions.
Dans une lettre de février 1853 (voir ci-après, page 288),
M. Le Boys raconte, ce que plusieurs de nos amis peuvent
se rappeler avoir entendu de sa bouche, comment un jour il
s'était posé ce problème : combien, avec un bon emploi de
son temps, lui faudrait-il d'années pour achever de traduire
tous les ouvrages lliéologiques de Swedenborg ? — II savait
par expérience ce qu'il pouvait traduire par jour (dix pages
in-8° de texte latin, nous disait-il). Le calcul fait sur celle
base, en 18i3, lui donnait pour résultat un compte de sept
années ; et en 1850, en effet, le tout élail traduit.
En celle même année 1850 parurent, outre un nouveau
volume des Arcanes, plusieurs des opuscules de Sweden-
VI

borg marquant la reprise des publications, puis le Traité du
Ciel et de l'Enfer (*) imprimé aux frais d'un nouveau dona-
teur qui, depuis, contribua puissamment à l'achèvement de
l'œuvre.
En 1851, l'exposition universelle de Londres l'ut l'occasion
d'une réunion de disciples de nos célestes doctrines, à la-
quelle M. Le Boys eut la satisfaction d'assister, accompagné
de quelques amis, et où il trouva des sympathies qui ne tar-
dèrent pas à se manifester (**). Une souscription, ouverte
l'année suivante parmi nos frères d'Angleterre, fut un se-
cours très-opportun pour la suite des publications. A l'im-
pression des Arcanes, terminée en 185/1, succéda immédia-
ment celle de l'Apocalypse Expliquée, et de front marchait
celle d'autres ouvrages : Vraie Religion Chrétienne, de la
Nouvelle Jérusalem, Sagesse Angélique, Amour Conjugal,
l'Apocalypse Révélée, etc.
Dans cette même année 1854, l'ami déjà mentionné,
M. Emm.de L... C....,qui depuis plusieurs années aidait lar-
gement M. Le Boys dans ses publications, meurt, mais en lui
laissant un legs qui assurait l'achèvement de l'œuvre (voir
page 426).
L'année 1857 amenait l'anniversaire séculaire de l'inau-
guration du nouveau règne du Seigneur au moyen du Ju-
gement opéré par Lui dans le Monde spirituel en 1757.
Notre ami, en reconnaissance des secours qu'il reçut, célébra
cette date en imitant un exemple donné par Swedenborg.
Cent et quelques bibliothèques publiques de la France et de
(*) II est à remarquer qu'on avait dû conimeacer de préférence pa> des ou-
vrages non compris parmi les traductions de Moët, de Versailles, publiées de
18)9 à (821 aus frais de M. A. Tulk, membre du Parlement d'Angleterre.
L'ancienne traduction du Traité du Ciel et de l'Enfer, se trouvant la première
épuisée, fut aussitôt avantageusement remplacée par celle de Le Boys des
Guays.
(") On trouvera plu^ loin (page 2i7),k t e x t e d'une brochure publiée Ion
de cette solennité.
VII

l'étranger reçurent le don de la collection des œuvres théo-
logiques de notre auteur, en tout plus de cinq mille volumes
(voir pages 334, 337).
Cet anniversaire fut en Angleterre l'occasion d'un nou-
veau et solennel rendez-vous de disciples des doctrines de
la Nouvelle Église, de différentes nations, à Manchester,
pendant l'exposition internationale des chefs-d'œuvre de
l'art ouverte dans cette ville. L'accueil chaleureux de nos
frères d'Angleterre vint encore resserrer et multiplier les
liens d'affection précédemment formés entre eux et nous.
La collection des œuvres primitivement éditées par Swe-
denborg se trouvait alors déjà complète; enfin, en 1859, fut
achevée la publication de son grand ouvrage posthume,
l'Apocalypse Expliquée, et ainsi la série entière de ses
œuvres théologiques à partir des Arcanes Célestes, et, ce
qui ne s'était vu nulle part ailleurs, par un même traduc-
teur.
Ce traducteur, en outre, ajoutait à son œuvre de précieux
travaux d'éditeur dans ces Tables analytiques et Index qu'il
avait coutume de joindre à chaque ouvrage. Swedenborg,
dans son Index de l'Apocalypse Révélée, avait donné le mo-
dèle le plus perfectionné du genre, celui que notre ami Le
Boys s'est partout appliqué à suivre. Quiconque fera usage
de ses Tables en sentira le prix (*).
Une pensée qui se présentait naturellement était celle de
réunir en un ensemble toutes ces Tables ou Index particu-
liers (voir pages 290, Ù36). Notre ami a pu la réaliser seule-
ment en partie dans son Index général des passages des
Écritures cités ou expliqués dans les Ouvrages de Sweden-
borg (voir page 398). Le besoin que nous en ressentions
nous-mêmes fut le motif qui l'engagea à en hâter l'achevé-

es Traduites par une de nos sœurs d'Angleterre, la plupart onl été jointes
aui éditions anglaises des mêmes ouvrages.
VIII

ment. Publié en 1859, cet Index trouva aussitôt son appli-
cation à notre travail sur le Livre d'Ésaïe : Èsaias, traduc-
tion latine de Swedenborg avec ses explications du sens spi-
rituel en colonnes parallèles, complétée, annotée, ouvrage
que nous présentâmes à nos amis de la conférence de Lon-
dres dans la troisième grande réunion convoquée à l'occa-
sion de l'exposition universelle de 1862. C'était le spécimen
d'un plan d'édition de la Sainte Écriture dont nous aurions
aimé étendre l'exécution à toutes ses parties, l'étude de la
version de Swedenborg et du sens spirituel nous paraissant
être la préparation nécessaire à toute bonne traduction
(voir page 408). Le manuscrit latin des Quatre Évangé-
(istes, préparé sur le même plan par mon laborieux colla-
borateur, nous servit pour l'édition du Nouveau Testament,
premier essai de notre version française de la divine Parole,
publié aux frais d'un généreux ami (voir page 414) et ache-
vé en même temps que YÉsaïas, en 1862.
L'expérience acquise alors nous fit comprendre l'avantage
qu'il y aurait à mener de front l'un et l'autre travail : le
latin, d'après Swedenborg, et le français: c'est ce que nous
entreprimes de faire pour le livre des Psaumes, encore en
cours d'impression: c'est dans le désir de comprendre dans
notre travail les citations inédites de VIndex Bibiicits de
Swedenborg que, pour en faire les extraits, nous nous ren-
dîmes, en 1862, à Tubingue auprès de notre ami le docteur
ïafel (voir pages 441, 443).
Tafel! Le Boys des Guays! ces deux dévoués et infatigables
ouvriers dans l'œuvre de la Nouvelle Église du Seigneur ont
été appelés à ce repos où leurs œuvres les suivent (*). Le
dimanche 18 décembre 1864, notre ami Le Boys, saisi d'une
indisposition qui l'empêcha de présider au culte ce jour-là,
dut se mettre au lit à 5 heures du soir; à 7 heures, dans

',') l'oir. sur la mort du docteur Tafel, l'âge 461.
IX

une courte crise, son esprit avait quitté son enveloppe mor-
telle.
La veille de sa mort il venait de corriger la dernière
feuille d'épreuve d'un travail capital : son Index Méthodi-
que des Arcanes Célestes, en deux volumes in-8°. Un troi-
sième volume supplémentaire, en partie imprimé depuis
longtemps (voir page AÙ9), attend son complément pour
lequel des matériaux se trouvent heureusement préparés.
Pour ÏIndex Méthodique de l'Apocalypse Expliquée, le
seul aujourd'hui manquant des Index particuliers, un pre-
mier travail préparatoire était fait et la rédaction commencée
jusqu'au mot «Apocalypse». Notre ami M. Blanchet, grâces
lui en soient rendues, a accepté la tâche importante de cette
rédaction.
Toujours devançant la publication., trop lente à son 'gré,
retardée qu'elle était par les difficultés que présentait ma
part de la lâche, celle de la révision sur les originaux, et
par d'autres raisons, M. Le Boys a laissé, préparés en ma-
nuscrits sur le plan de notre Èsaïas, outre les Livres des
Quatre Évangélistes et des Psaumes, ceux de Jérëmie,
des Lamentations et de Josué; et en français, préparés
d'après la version de Swedenborg complétée par celle de
Schmidt, Ésaïe et Jérémie.
Nous n'avons pas parlé des ouvrages accessoires d'intro-
duction à la doctrine publiés ou réimprimés par ses soins :
Exposition Populaire de la Vraie Religion Chrétienne, par
A. Blanchet; La Religion du Bon Sens et deux volumes de
Mélanges d'Éd. Kicher; VAppelât Noble et les Particula-
rités de la Bible, par Rendell ; l'Abrégé de la Vraie Reli-
gion Chrétienne, par Rob. Hindmarsh, et ses Lettres au
Docteur Priestley, traduites par M. Eug. Rollet: enfin ces
volumes de Mélanges, dont nous présentons ici le second.
Rien, en effet, ne pouvait mieux répondre à nos senti-
ments d'affection et, nous le croyons, à l'attente des nom-
breux amis de Le Boys des Guays, que de commencer par
ces souvenirs personnels la reprise de la tâche de notre cher
collaborateur.
Cette tâche, nous voulons, avec le secours de la divine
Miséricorde du Seigneur, la poursuivre selon la mesure de
nos forces, selon l'aide et les ressources dont nous pourrons
disposer par l'appui de nos frères. Nous rendons grâces ici à
ceux qui déjà nous secondent, à l'un d'eux surtout qui, après
avoir eu la plus grande part au soutien de l'œuvre de
notre collaborateur (voir pages A08 et suiv.), nous continue
son généreux appui.
Puisse le Seigneur bénir nos communs efforts et les faire
servir à l'avancement de son règne.

Auc. IIARLÉ.
TABLE.

De l'État de la Nouvelle Église en France 1
Sur le souci du lendemain et sur l'état de paix 9
Du moyen d'obtenir le bonheur. Esquisse 16
Un mot sur les réminiscences 21
La Société sera religion 27
De la nécessité, pour les Novi-Jérusalémites, de substituer le Tu
au Vous dans les traductions de la Parole 40
Exégèse. Jean.— Chapitres XX et XXI 47
Vocabulaire pour les Chap. XX et XXI 51
Chapitre XX 64
Chapitre XXI 84
Exégèse. Généalogie de Jésus-Christ 102
Objection et réponse sur un Article concernant les Généalogies
de Jésus-Christ 118
Exégèse. Nouvelles observations sur les Généalogies de Jésus-
Christ 124
Addition à l'Article ayant pour titre : Généalogie de Jésus-Christ. 129
Appel aux membres de la Nouvelle Église pour la publication des
ouvrages de Swedenborg et le soutien de la Revue 159
L'Union chrétienne 153
Nécessité d'une nouvelle Traduction de la Parole Divine . . . . 157
Projet d'une Traduction latine de la Parole Divine 169
État de la publication française des ouvrages de Swedenborg
dans l'année 1847 175
La Revue Gallicane 180
Digression sur la politique 188
Sur l'établissement de la Nouvelle Église en Europe 191
XII

Sur le Rétablissement des Juifs dans la terre de Canaan . • . • 201
Sur Pie IX en 1817 208
Sur la liberté de conscience 215
Danger de la Propagande dans l'état actuel de la France . . . . 220
Réflexions sur la révolution de 1848 226
Le danger de la propagande devient plus grand 231
De la Religion considérée dans son action sur l'état de la société. 217
CORRESPONDANCE. — Sur la question des montagnes 278
Sur le spirituel 282
Publications de 1858 à 1832 285
Sur la substance et la forme 295
État de la Nouvelle Église en France 501
État spirituel de la France 506
Des substances 508
Réponses à quelques questions 510
Danger des communications avec le Monde des esprits 515
De l'origine du mal 521
Sur l'élection et la prédestination 525
Réponses à diverses questions 529
Anniversaire séculaire. Distribution aux bibliothèques . . . . 552
De l'origine du mal 559
Des répétitions dans Swedenborg 545
De l'établissement de là Nouvelle Église 517
Doit-on attendre de quelque autre un supplément des Écrits de
Swedenborg 560
Publication de l'Index général des passages de la Divine Parole
cités dans les Écrits de Swedenborg 598
Société de la Nouvelle Église à l'île Maurice 102
Version latine des Saintes Écritures d'après Swedenborg. Esaïas. 408
Fondation d'un journal (l'Echo de la Nouvelle Jérusalem) à l'île
Maurice. Instruction de jeunes Nègres et Indiens 112
Publication des Saintes Écritures. Nouveau Testament en français 414
Élablissement du culte; église de l'île Maurice 417
Don de M. Ediu. de Cliazal, de l'île Maurice. Envoi de livres au
Canada 420
XIII

Conseils et directions à l'église de l'île Maurice . . • . . . . 431
CORRESPONDANCE; suile. — Voyages à Tiibingue et à Londres. . 441
Ouvrage de M. Malter sur Swedenborg 414
Conférences avec M. Matter 446
Sa déclaration 451
De l'influx 455
Mort du docteur Tafel 461
De la révélation faite à Swedenborg 464
Signes des temps 467
Notes additionnelles 469
-

ERRATA

Page 9, ligne 3, 5e soutira, lisez : se souciera.
— 56, — 18, tout corps, lisez : tout le corps.
— 64, — 22, tes Ver-, lisez : les Versets.
— Mih, — ll\, bien moins, lisez : moins bien.
— 155, — 16, des doctrines, lisez : ses doctrines,
— 201, — 3, divers, lisez : diverses.
— 217, — 21, obtenu, lisez : obtenue.
— 218, — 20, ou de jésuite, lisez : ou de jésuites.
— 395, — 19, amenées, lisez : amenés.
• •••'.

SUR L'ÉTAT DE LA NOUVELLE ÉGLISE
EN FRANCE*

Qu'on nous permette, en commençant cette
sixième année de notre Revue, de présenter quel-
ques considérations sur l'état de la Nouvelle Église
en France.
Après cinq ans d'efforts publics pour la propaga-
tion de la Nouvelle Jérusalem, on serait en droit de
nous demander quels résultats nous avons obtenus.
Aux yeux du monde ils sont peu apparents, aux
yeux de tout disciple ils sont immenses.
Mais, pourrait-on ajouter, pourquoi le monde
continue-t-il à montrer de l'indifférence pour des
doctrines qui, selon vous, sont seules capables de le
rendre heureux ?
Nous pourrions donner ici plusieurs raisons que
ceux qui sont censés nous interroger connaissent
aussi bien que nous; mais nous nous contenterons
de présenter celle-ci, qui est la principale :
Le Seigneur a dit :
« Le serviteur qui connaît la volonté de son Sci-
» gneur, et ne s'est pas préparé et n'a pas fait selon
* Mars 1813.
1.
2 SUR L'ÉTAT DE LA NOUVELLE ÉGLISE
» sa volonté, sera battu beaucoup ; mais celui qui ne
» l'a pas connue, et qui a fait des choses dignes de
» châtiments, sera battu peu. » — Luc, XII. 47, 48.
Connaître la volonté du Seigneur, c'est évidem-
ment, dans le sens le plus proche de la lettre, con-
naître les vérités Divines ; et ne pas faire cette vo-
lonté, c'est ne pas les mettre en pratique. Voir Arc.
Céi. N° 7790.
Or, dans l'état actuel de la Société, si les vérités
Divines que nous développons dans notre Revue
eussent été accueillies avec empressement par le pu-
blic, n'eût-il pas été à craindre que la plupart de
ceux qui les auraient d'abord reçues avec plaisir ne
les eussent ensuite abandonnées par la difficulté de
les mettre en application dans leur propre vie? Loin
d'être améliorée, leur position spirituelle en serait
donc devenue plus déplorable, puisqu'ils auraient
connu la volonté du Seigneur, et auraient refusé de la
faire.
Le Seigneur étant le Père de tous les hommes veut
le bonheur de tous ses enfants; il ne peut, il est
vrai, les contraindre à être heureux, puisqu'il les a
créés libres; mais par sa Divine Prévoyance il s'ef-
force continuellement de les préserver des épreuves
qui seraient trop fortes pour eux, et qui pourraient
par conséquent rendre leur position spirituelle plus
dangereuse. Le Seigneur veille donc avec la plus
tendre sollicitude à ce que la doctrine de sa Nouvelle
Église reste inconnue et indifférente à ceux qui ne
EN FRANCE. à

pourraient pas la mettre en pratique : il vaut mieux
pour eux qu'ils restent dans leurs erreurs ; et il est,
en outre, d'un grand intérêt pour la Nouvelle Église
qu'ils n'entrent pas dans son sein ; son établissement
n'en deviendra que plus solide.
Telle est la principale raison qui s'oppose à un ac-
croissement trop rapide du personnel de la Nouvelle
Jérusalem.
Quant aux résultats immenses qui ont été obtenus,
il n'est pas un seul disciple qui ne trouve dans les
faits relatifs à l'Église, pendant ces cinq dernières
années, des preuves évidentes que le Seigneur l'a
préservée de mille embûches dressées contre elle par
l'ennemi, et que toutes les épreuves qu'elle a subies
ont tourné à son avantage et servi à sa consolida-
tion. D'ailleurs, ce que nous disons de l'Église en
général, chaque disciple peut se l'appliquer à lui-
même en particulier : que chacun passe en revue les
événements qui ont agité sa vie pendant ces cinq
années, et il reconnaîtra qu'il n'est pas une seule de
ses épreuves dont le Seigneur n'ait tiré parti pour le
faire progresser dans la vie spirituelle.
Le progrès de la vie spirituelle, voilà le but où
nous devons tous tendre; nous devons nous régéné-
rer, non-seulement pour notre propre bonheur, car
si nous n'étions mus que par ce sentiment, ce serait
un égoi'sme spirituel, mais nous devons surtout nous
régénérer dans la vue de coopérer à la consolidation
d'une Église qui fera le bonheur de l'humanité tout
4 SUR L'ÉTAT DE LA NOUVELLE ÉGLISE
entière, car le progrès réel d'une véritable Église
consiste dans le degré de régénération de ses mem-
bres, et nullement dans l'augmentation rapide de
leur nombre.
Mais, dira-t-on encore, si la Nouvelle Église reste
longtemps concentrée parmi un petit nombre d'hom-
mes, l'humanité entière en souffrira, puisque, d'a-
près vos principes, c'est de la Nouvelle Jérusalem
seule qu'elle doit attendre son bonheur. Nous ne
saurions en disconvenir; mais la précipitation a-t-
elle jamais été de la prudence? et pour vouloir at-
teindre plus vite le moment désiré où les hommes
vivront en frères, ne risquerions-nous pas de le re-
tarder, en contrariant les voies secrètes de la Divine
Providence? Ne nous laissons donc pas détourner de
la route que nous avons suivie jusqu'à présent; con-
tinuons tous à agir avec la plus grande circonspec-
tion, et ne soyons nullement découragés par le peu
de succès apparent de nos doctrines. Le Seigneur
fera fructifier en leur saison les semences que chacun
de nous répand.
Travaillons avec persévérance à notre œuvre, et
laissons ceux qui courent après un bonheur qui les
fuit toujours, recevoir mécompte sur mécompte; ils
ne nous écouteraient pas, tandis que l'expérience
pourra du moins leur ouvrir les yeux, et les con-
vaincre enfin qu'ils ont fait fausse route.
Laissons le Catholicisme-Romain et le Protestan-
tisme accélérer, dans un esprit de secte, le réveil re-
EN FRANCE. 5

ligieux qui se manifeste de tous côtés, et même ré-
jouissons-nous de leurs efforts; ils travaillent, sans
le savoir, à l'édifice spirituel de la Nouvelle Église
du Seigneur.
Laissons les'Socialistes de toutes les nuances accé-
lérer le renouvellement de la vieille société, et même
réjouissons-nous de leurs efforts ; ils travaillent, sans
le savoir, à l'édifice naturel de la Nouvelle Église du
Seigneur.
Il est aujourd'hui un grand nombre d'esprits éle-
vés qui désirent vivement le bien général; mais la
plupart d'entre eux, avant d'entrer dans la Nouvelle
Jérusalem, ont encore une déception à subir : ils
pensent que ce qui s'oppose seul au bonheur de l'es-
pèce humaine, c'est la misère qui pèse sur les masses.
Quand les masses seront sorties de leur misère, l'on
verra encore les hommes aussi malheureux qu'ils le
sont maintenant, non sous le rapport physique, mais
sous le rapport moral; et comme les maux moraux
sont plus difficiles à supporter que les maux physi-
ques et bien plus dangereux pour la société, il fau-
dra bien alors que les amis de l'humanité soient for-
cés d'avoir recours au principe religieux. Déjà même
il en est parmi eux plusieurs qui l'invoquent, mais
ce n'est encore que comme accessoire et non comme
principal; ils l'invoquent comme un frein, c'est-à-
dire qu'ils voudraient en faire un auxiliaire de la lé-
gislation humaine ; mais quand cette dernière expé-
rience leur aura démontré que le principe religieux,
i*.
6 SUR L'ÉTAT DE LA NOUVELLE ÉGLISE
pour produire son effet salutaire, doit être le princi-
pal, alors ils s'en occuperont non-seulement pour les
autres, mais encore pour eux-mêmes; et quand ils en
seront arrivés là, leur intérêt propre les forcera
d'examiner sérieusement la valeur intrinsèque des
divers systèmes religieux.
Oh ! c'est alors que le résultat d'un examen fait
par des hommes ainsi préparés ne pourra manquer
d'être tout à l'avantage de la Nouvelle Église. Quel
est parmi eux celui qui voudra faire taire sa con-
science'pour croire aveuglément aux décisions de ces
assemblées tumultueuses et passionnées qu'on nomme
Conciles, lorsqu'on les comparera aux doctrines cé-
lestes que renferment les écrits de Swedenborg? Au-
jourd'hui, Catholiques-Romains et Protestants se
gardent bien de parler de leurs dogmes; ils s'en
tiennent prudemment à une sorte de morale, sûrs de
plaire à leurs auditeurs instruits, qui les écoutent
par habitude ou pour donner l'exemple, et qui ne
veulent de la religion que pour ce qu'ils appellent le
peuple; mais quand les auditeurs instruits voudront
sérieusement aussi pour eux-mêmes des croyances, il
faudra bien que prédicateurs et publicistes religieux
abordent enfin les questions dogmatiques.
Jusqu'à ce que nous soyons parvenus à cette épo-
que, nous chercherions en vain à appeler le Catholi-
cisme-Romain et le Protestantisme sur le terrain de
la discussion; nos appels depuis cinq ans n'ont pas
été entendus, ils resteraient encore sans réponse, Ce
EN FRANCE. 7

n'est donc plus de ce côté que nous devons porter
nos efforts; toutefois, si nous étions attaqués, nous
répondrions; mais maintenant nous avons mieux que
cela à faire : pendant que le Protestantisme et le Ca-
tholicisme-Romain vont de nouveau lutter ensemble
dans un esprit de secte; pendant que l'un et l'autre
se déchireront par des guerres intestines qui existent
déjà dans le Protestantisme, et qui ne tarderont pas
à se manifester dans le Catholicisme-Romain, res-
tons simples spectateurs de ces combats et préparons
dans le silence tous les travaux qu'il nous reste à ef-
fectuer pour populariser la Vraie Religion Chré-
tienne.
Nous n'avons pas, comme la Primitive Église
Chrétienne, à formuler un Symbole, à composer une
Doctrine; tout cela est fait, tout est posé clairement
et sans aucune ambiguïté dans les écrits de Sweden-
borg, et tout s'y trouve en parfaite conformité avec
la Parole de l'Ancien et du Nouveau Testament.
Ainsi, point de discussion entre nous sur ces sujets,
qui ont causé tant de débats dans l'Église précé-
dente ; nous ne perdrons pas un temps précieux
dans des arguties théologiques; nous marcherons
comme un seul homme à la conquête de tous ceux
qui sont à la recherche du vrai pour faire le bien, et
nous n'aurons pour armes que les sublimes enseigne-
ments que le Seigneur nous a transmis par son fidèle
Serviteur.
Mais ces enseignements, nous ne les possédons pas
8 SUR L'ÉTAT DE LA NOUVELLE ÉGLISE.
encore tous, ou plutôt nous ne sommes pas encore
en mesure de les mettre tous sous les yeux du public,
puisque la plus grande partie des écrits de notre
Swedenborg n'ont pas encore été imprimés en fran-
çais. Empressons-nous donc de remplir cette lacune ;
que ce soit là notre tâche principale, et poursuivons-
la avec persévérance. Le Seigneur, qui connaît nos
intentions, nous donnera les forces nécessaires, car
sans lui nous ne pouvons rien faire.
SUR LE SOUCI DU LENDEMAIN ET SUR l'ÉTAT DE PAIX.

« Ne soyez donc pas en souci pour le lendemain; car le
» lendemain se soutira de ce qui le concerne. »
MATTH. vi. 34.

Lorsqu'on ignore que l'Écriture-Sainte renferme
un sens interne, ne doit-on pas être porté à croire
que le Seigneur, en prononçant ces paroles devant la
foule assemblée sur la montagne, a présenta l'homme
de ne prendre aucun soin de ce qui concerne les
choses nécessaires à son existence terrestre ? Ne
doit-on pas, en outre, être confirmé dans cette opi-
nion par les passages qui précèdent, et dont celui-ci
n'est que la conclusion ? Et cependant tel n'a pu être
l'intention du Divin Législateur. Il suffit d'un mo-
ment de réflexion pour reconnaître que le Seigneur
n'a pu prescrire à l'homme une insouciance totale
pour les choses terrestres, insouciance qui aurait été
préjudiciable non-seulement à l'individu, mais en-
core à l'espèce humaine en général, car l'insouciance
ainsi portée jusqu'à l'imprévoyance eût été subver-
sive de l'ordre social. Mais quand on sait que la Pa-
10 LE SOUCI DU LENDEMAIN.

rôle, par cela seul qu'elle est Divine, n'a dû s'occu-
per que de choses spirituelles; et que, si elle semble
traiter de choses terrestres, c'est parce que les idées
spirituelles, pour qu'elles soient saisies par la géné-
ralité des hommes, ont besoin d'être revêtues par
des idées terrestres; alors l'intention du Seigneur se
manifeste clairement, et il est facile de reconnaître
qu'il a prescrit à l'homme, non de rejeter toute pré-
voyance humaine, mais d'avoir une entière confiance
dans la Miséricorde Divine, en subordonnant en tou-
tes choses la propre prudence à la Divine Pré-
voyance.
Ce point important ayant été traité par Sweden-
borg, il nous suffira, pour illustrer le sujet, de pré-
senter les développements qu'il donne dans le N° 8478
des Arcana Cœlestia.
« Celui qui ne regarde pas au-delà du sens de la
lettre peut croire qu'on doit rejeter tout souci pour
le lendemain, et par conséquent attendre chaque jour
du Ciel les nécessités de la vie ; mais celui qui consi-
dère la chose plus profondément que d'après la lettre,
celui, par exemple, qui la considère d'après le sens
interne, peut savoir ce qui est entendu par le souci
du lendemain : II n'est pas entendu le souci de se
procurer la nourriture, le vêtement, et ce qui est
nécessaire pour le temps à venir, car il n'est pas
contre l'ordre de pourvoir à ses propres besoins et
à ceux des siens ; mais ceux qui ont le souci du len-
demain sont ceux qui ne sont pas contents de leur
LE SOUCI DU LENDEMAIN. il
sort, qui mettent leur confiance, non dans le Divin,
mais en eux-mêmes, et qui considèrent seulement les
choses mondaines et terrestres, et non les choses
célestes; chez eux régnent universellement la solli-
citude pour l'avenir, le désir de posséder tout et de
dominer sur tous, désir qui s'enflamme et s'accroît
selon qu'il est alimenté, et qui dépasse enfin toute
mesure; ils s'affligent s'ils ne possèdent pas ce qu'ils
convoitent, et se tourmentent quand ils font des
pertes; il n'y a pas pour eux de consolation, car
alors ils s'irritent contre le Divin ; ils le rejettent
avec tout ce qui est de foi, et ils se maudissent; tels
sont ceux chez lesquels il y a le souci du lende-
main.
» II en est tout autrement de ceux qui se confient
au Divin : Ceux-ci, quoiqu'ils aient le souci du len-
demain, cependant ils ne l'ont point; car ils ne pen-
sent point au lendemain avec inquiétude, ni moins
encore avec anxiété; ils sont d'un esprit égal, soit
qu'ils possèdent ce qu'ils ont désiré, soit qu'ils ne le
possèdent pas; ils ne se tourmentent pas non plus
des pertes, ils sont contents de leur sort; s'ils de-
viennent opulents, ils ne placent pas leur cœur dans
l'opulence; s'ils sont élevés aux honneurs, ils ne se
considèrent pas comme plus dignes que les autres;
s'ils deviennent pauvres, ils ne s'affligent pas; s'ils
tombent dans une condition basse, ils ne perdent pas
courage ; ils savent que pour ceux qui se confient au
Divin tout se succède pour un état de bonheur dans
12 LE SOUCI DU LENDEMAIN.
l'éternité, et que les choses qui leur arrivent dans le
temps sont avantageuses pour cet état.
» II faut qu'on sache que la Providence Divine est
universelle, c'est-à-dire qu'elle existe dans les plus
petites particularités, et que ceux qui sont dans le
fleuve de la Providence sont continuellement portés
vers les choses heureuses, de quelque manière que
les moyens se manifestent; que ceux-là sont dans le
fleuve de la Providence, qui se confient au Divin, et
lui attribuent tout; et que ceux-là ne sont pas dans
le fleuve de la Providence, qui se confient en eux
seuls et s'attribuent toutes choses, puisqu'ils sont
dans l'opposé, car ils enlèvent la Providence au Di-
vin et se l'arrogent : il faut aussi qu'on sache qu'au-
tant quelqu'un est dans le fleuve de la Providence,
autant il est dans l'état de paix; et qu'autant quel-
qu'un est dans l'état de paix d'après le bien de la foi,
autant il est dans la Providence Divine : ceux-ci seu-
lement savent et croient que la Providence Divine du
Seigneur est dans toutes et chacune des choses, et
même dans les plus petites de toutes, et que la Pro-
vidence Divine a en vue l'éternité. Au contraire, ceux
qui sont dans l'opposé veulent à peine entendre parler
de la Providence; mais ils rapportent tout, en géné-
ral et en particulier, à la prudence, et ce qu'ils n'at-
tribuent pas à la prudence, ils le rapportent à la for-
tune ou au hasard; quelques-uns le rapportent au
destin, auquel ils donnent pour origine la nature et
non le Divin ; ils appellent simples ceux qui n'attri-
LE SOUCI DU LENDEMAIN. 13

buent pas toutes choses à eux-mêmes ou à la na-
ture. »
Ceux qui ne sont pas en souci pour le lendemain
sont donc ceux qui mettent toute leur confiance dans
le Seigneur, en subordonnant leur propre prudence
à la Divine Prévoyance. Ceux-là, ajoute Swedenborg,
sont dans l'état de paix en proportion de ce qu'ils
s'abandonnent au courant du fleuve de la Providence;
mais l'état de paix dont parle Swedenborg n'est pas
celui auquel le monde donne ce nom :
« Presque tout le monde, dit-il, croit que la Paix
consiste à être en sécurité au sujet des ennemis, et à
jouir de la tranquillité dans la maison et entre con-
citoyens ; mais la paix céleste est immensément au-
dessus de cette paix-là. La paix céleste ne peut être
accordée qu'à celui qui est conduit par le Seigneur
et qui est dans le Seigneur ; elle influe lorsque les cu-
pidités, qui tirent leur origine de l'amour de soi et
du monde, ont été enlevées, car ce sont elles qui dé-
truisent la paix ; en effet, elles infestent les intérieurs
de l'homme, et font qu'enfin il place le repos dans le
trouble, et la paix dans les choses nuisibles, parce
qu'il place le plaisir dans les maux ; tant que l'homme
est dans ces cupidités, il lui est absolument impossi-
ble de savoir ce que c'est que la paix, il croit même
que cette paix est une chose de néant ; et si quelqu'un
dit que cette paix vient à la perception lorsque les
plaisirs qui dérivent de l'amour de soi et du monde
ont été enlevés, il sourit; et cela, parce qu'il place
2.
14 LE SOUCI DU LENDEMAIN.

la paix dans le plaisir du mal, qui est opposé à la
paix. » — Arc. Cél.N0 S662.
« La paix a en soi la confiance que le Seigneur
gouverne tout et pourvoit à tout, et qu'il conduit à
une bonne fin ; lorsque l'homme a cette conviction, il
est dans la paix, car alors il ne craint rien, et aucune
sollicitude de l'avenir ne le rend inquiet; l'homme
vient dans cet état en tant qu'il vient dans l'amour
pour le Seigneur ; tout mal, surtout la confiance en
soi, enlève l'état de paix. On croit que le méchant
est dans la paix, lorsqu'il est dans la joie et dans la
tranquillité parce que tout lui réussit ; mais ce n'est
pas là la paix, c'est le plaisir et la tranquillité des
cupidités, plaisir qui simule l'état de la paix; mais
comme ce plaisir est opposé au plaisir de la paix, il
est changé dans l'autre vie en déplaisir, car le dé-
plaisir est intérieurement caché en lui; les exté-
rieurs, dans l'autre vie, sont successivement dérou-
lés jusqu'aux intimes; la paix est l'intime dans tout
plaisir, même dans le déplaisir chez l'homme qui est
dans le bien ; autant donc celui-ci dépouille l'externe,
autant se révèle l'état de la paix et autant il est af-
fecté d'un bonheur, d'une béatitude et d'une félicité
dont l'origine vient du Seigneur Même. Quant à l'é-
tat de paix qui est dans le Ciel, on peut dire qu'il ne
peut être décrit par aucune parole ni venir par au-
cune idée du monde dans la pensée et la perception
de l'homme, tant que celui-ci est dans le monde;
cet état est alors au-dessus de tout sens; la tranquil-
LE SOUCI DU LENDEMAIN. 15

lité d'esprit, le contentement et l'allégresse produits
par les succès ne sont rien relativement, car cela fait
seulement impression sur les externes; mais la paix
affecte les intimes de toutes choses, les substances
premières et les principes des substances chez l'hom-
me, et de là elle se dérive et se répand dans les sub-
stanciés et dans les principiés, et elle les affecte de
charme; elle affecte aussi de bonheur et de félicité
les origines des idées, par conséquent les fins de la
vie de l'homme; et ainsi elle fait du mental de
l'homme un Ciel. » — Arc. Cil. N° 8455.
DU MOYEN D'OBTENIR LE BONHEUR.

ESQUISSE.

Chacun parle de la religion ; tout le monde con-
vient qu'il est important qu'elle soit florissante; tout
le monde la veut pour les autres; et, sauf quelques
exceptions, personne ne la veut pour soi. C'est que
chacun sent que la religion est un frein; et l'on aime
mettre un frein aux autres, mais on ne veut pas s'en
imposer un à soi-même. Voilà pourquoi ceux qui
s'efforcent de propager la doctrine de la Nouvelle
Église du Seigneur trouvent tant d'indifférence pour
les sublimes vérités qu'elle renferme; parler aux
hommes de religion, c'est prêcher dans le désert.
En est-il de même lorsqu'on parle du bonheur?—
Oh ! quant au bonheur, c'est absolument l'inverse ;
tout le monde le veut pour soi, et s'inquiète peu
qu'il arrive aux autres. Chacun court après lui, et
personne ne l'atteint. Pourquoi? parce que personne
ne sait en quoi consiste le bonheur; parce que chacun
se le représente à sa manière ; parce qu'enfin l'on
prend l'ombre pour la réalité. Le pauvre le place
dans la richesse; devient-il riche, il n'en est pas plus
heureux. Le malade le place dans la santé; est-il
SUR LE BONHEUR. 17
guéri, il n'en est pas plus heureux. L'avare le place
dans un coffre-fort; le remplit-il, il n'en est pas plus
heureux. Mais à quoi bon répéter tout ce qui a été
dit depuis trois mille ans sur le bonheur? faisons
seulement remarquer que, malgré tout ce qu'on a
pu avancer sur l'impossibilité d'arriver au bonheur,
chacun veut cependant toujours l'atteindre.
Ce désir général de bonheur n'indique-t-il pas
suffisamment que l'impossibilité n'est point absolue,
et que si elle continue à exister, c'est qu'on ne sait
pas la faire disparaître? On vogue en aveugle et sans
boussole sur une mer remplie d'écueils, et l'on a ce-
pendant le fol espoir d'arriver au port; aussi que de
naufrages ! Pour atteindre le bonheur, la première,
condition est de savoir en quoi il consiste; mais, tant
qu'on le cherchera en se laissant guider par dépures
illusions, l'impossibilité d'y parvenir subsistera tou-
jours.
En quoi consiste donc le bonheur?... On a écrit
bien des volumes sur ce sujet, on est entré dans les
plus grands détails, on a fait des Traités ex pro-
fessa : Pour nous, nous répondrons en deux mots :
Le bonheur consiste à cesser entièrement de haïr,
et à aimer même ses ennemis,
Est-il rien qui nuise davantage au bonheur de
l'homme que ces mouvements d'envie et de jalousie
qui ne sont que des ramifications de la haine qu'il
porte à tout ce qui n'est pas lui, ou à tout ce qu'il
n'identifie pas avec lui? Supposez qu'il trouve le se-
2".
18 SUR LE BONHEUR.
cret de se débarrasser de ces sentiments égoïstes, ne
voguera-t-il pas dès lors à pleines voiles sur un
océan de paix vers la contrée où réside le bonheur?
Le précepte est beau, répondra-t-on ; mais le tout
est de le mettre en pratique. Comment l'homme
pourra-t-il parvenir à l'appliquer?
Qu'on nous permette ici de continuer pour un in-
stant la forme du dialogue.
— Il y parviendra par la Religion Chrétienne.
— Mais depuis dix-huit cents ans la Religion Chré-
tienne s'est montrée impuissante.
— Parce qu'elle a été détournée de sa marche et
falsifiée peu de temps après son établissement.
— Comment pourra-t-elle être rétablie dans sa
pureté ?
— Par la connaissance de ses véritables dogmes.
— Quels sont les principaux dogmes qui peuvent
amener l'homme à cesser entièrement de haïr, et à
aimer même ses ennemis?
— Les voici : Un seul Dieu, Créateur de l'uni-
vers, Rédempteur des hommes et leur Régénérateur,
dans la Personne unique du Seigneur Jésus-Christ,
qui est ainsi Lui seul Père, Fils et Saint-Esprit : —
une vie réelle après la mort, l'âme de l'homme étant
l'Homme Même, c'est-à-dire, un être spirituel ayant
spirituellement substance et forme, et vivant dans un
inonde réel composé spirituellement de substances et
de formes ou d'objets spirituels : — un Ciel et un
Enfer, c'est-à-dire, un Monde Spirituel composé de
SUR LE BONHEUR. 19

substances bonnes et de formes belles pour ceux qui
auront aimé et pratiqué le bien et le vrai; et un
monde spirituel composé de substances mauvaises et
de formes laides pour ceux qui auront aimé et pra-
tiqué le mal et le faux.
Lorsqu'un homme est pénétré de ces vérités, lors-
que sa conviction est devenue inébranlable, il ne
peut manquer d'avancer chaque jour dans le chemin
qui conduit au bonheur. Son Dieu n'est plus un être
insaisissable par la pensée, un être dont il ne puisse
avoir la moindre idée quant à la forme : c'est Jésus-
Christ Lui-Même, dont l'Ame est le Dieu à jamais in-
visible qui a tout créé, mais dont le Corps, enveloppe
Divine de cette âme, est le corps même qu'il a glo-
rifié sur notre terre, en le dépouillant successive-
ment de tout ce qu'il tenait de Marie. Dès lors, Dieu
n'est plus pour lui un être idéal, c'est un Homme
réel, l'Homme Divin, l'Homme Même, dont nous ne
sommes que des images et des ressemblances : il se
le représente, il le voit, c'est son Père, c'est le Père
de tous les humains. Loin de lui désormais la crainte
de rester seul, isolé, sans secours, sans consolation ;
il a un Père dont la sollicitude ne sommeille jamais :
dans quelque position qu'il se trouve, serait-il dans
celle qui aux yeux du monde passerait pour la plus
malheureuse, il sait que son Père a les yeux sur lui,
qu'il ne l'abandonnera pas, et qu'il fera tourner ce
mal passager au plus grand bien de sa vie éternelle.
Il ne lui reste plus qu'une seule crainte, c'est de se
20 SUR LE BONHEUR.

détourner de ce Dieu d'amour, de ce Père des misé-
ricordes, en contrevenant aux lois de son Ordre Di-
vin? Comment pourrait-il alors s'abandonner à des
sentiments haineux? la haine n'est-elle pas l'opposé
de l'amour? haïr, n'est-ce pas tourner le dos au Sei-
gneur, le rejeter, ne plus vouloir être son fils? Loin
donc de haïr ses ennemis, ses persécuteurs, il les
plaindra; ils seront pour lui des frères égarés et
malheureux au sein même des fausses jouissances
qu'ils se procurent; il priera pour eux, comme son
Père lui en a donné l'exemple; et lorsqu'il aura persé-
véré quelque temps dans cette vie de la vraie Charité
chrétienne, il finira par les aimer. Alors, il jouira
du bonheur le plus pur, et, quand bien même il se-
rait dans les fers, il éprouvera dans son cœur plus
de jouissances réelles qu'un conquérant sur son
trône.
UN MOT SUR LES REMINISCENCES.

Par réminiscence on entend le ressouvenir ou le
renouvellement d'une idée presque effacée, c'est du
moins la définition que l'Académie donne de ce mot;
mais les Anciens appelaient aussi réminiscence le
Souvenir d'une chose qu'on n'avait cependant jamais
entendue ou vue. Telle était, par exemple, l'asser-
tion de ce philosophe qui prétendait se rappeler avoir
assisté à la guerre de Troie, quoiqu'il fût né plu-
sieurs siècles après cette guerre.
Nous ne parlerons ici que des réminiscences prises
dans cette dernière acception.
Si le philosophe, que nous venons de citer, avait
été le seul qui eût eu de pareilles réminiscences, on
l'aurait certainement considéré comme fou ; mais ce
phénomène de l'ordre spirituel s'était présenté si
souvent, qu'il avait déjà attiré la sérieuse attention
des philosophes les plus renommés de l'antiquité;
toutefois, comme il était difficile de s'en rendre rai-
son sans admettre l'existence d'une vie antérieure, il
n'y a pas à douter que ces réminiscences n'aient
donné aux anciens philosophes la première idée de
22 SUR LES RÉMINISCENCES.

leurs systèmes de Métempsycose, et n'aient été la
cause principale de la propagation rapide de ces sys-
tèmes chez un grand nombre de peuples. On sait
d'ailleurs que les Platoniciens admettaient le fait des
réminiscences; ils croyaient même que toutes les
Connaissances que nous acquérons ne sont que des
réminiscences de ce que nous avons su avant d'être
nés; et, en cela, ils ne faisaient que suivre la doctrine
du Maître, qui avait dit dans le Phédon : « Appren-
» dre n'est que se ressouvenir, » — page 219 ; — et
plus loin : « L'âme existait avant de paraître sous la
» forme humaine, » — page 229.
Les doctrines de Pythagore et de Platon ont été
fortement ébranlées par les lumières que le Christia-
nisme est venu répandre sur le monde; et d'ailleurs
les idées de ces philosophes sur ce point furent telle-
ment dénaturées par quelques-uns de leurs disciples,
que le mot de Métempsycose ne fit bientôt plus
qu'exciter le sourire. Cependant, on ne peut pas dire
qu'il en fut de même de l'idée primitive; on riait, il
est vrai, quand on parlait de la transmigration des
âmes dans des sujets du règne animal et du règne
végétal; mais on réfléchissait quand il était seule-
ment question de l'âme ayant antérieurement vécu
dans un corps humain, et devant, dans un temps
plus ou moins long, après sa sortie de ce monde, se
revêtir de nouveau d'un corps humain pour y séjour-
ner, et ainsi de suite alternativement. Cette pensée,
qui avait tant occupé Pythagore et Platon, ne fut
SfR LES RÉMINISCENCES. 23

donc pas absolument reléguée parmi les autres rêve-
ries de ces philosophes; elle continua à être un sujet
de méditation pour un grand nombre de penseurs, et
elle ne cessera point d'avoir des partisans, tant qu'on
n'aura pas donné une explication des réminiscences ;
car pour nier la Métempsycose ainsi comprise, il ne
suffit pas de mettre en doute le fait qui lui a donné
naissance, mais il faut l'expliquer; et cette explica-
tion est d'autant plus nécessaire, que bien qu'il soit
moins fréquent de nos jours, il se reproduit cepen-
dant quelquefois, et pourrait par conséquent donner
une nouvelle vogue à un système non encore entière-
ment discrédité.
Or, on trouve dans Swedenborg un passage qui
non-seulement confirme le fait des réminiscences,
mais qui l'explique en même temps, du moins pour
tous ceux qui admettent des relations entre les êtres
du monde spirituel et l'homme. Voici comment s'ex-
prime Swedenborg dans son Traité du Ciel et de
l'Enfer, N° 256 :
« II n'est permis à aucun Ange ni à aucun Esprit
de parler avec l'homme d'après leur mémoire, mais
ils parlent d'après la mémoire de l'homme; caries
Anges et les Esprits ont également, comme les
hommes, une mémoire. Si l'Esprit parlait d'après
sa mémoire avec l'homme, l'homme ne pourrait que
considérer comme lui appartenant les choses qu'il
penserait alors, tandis que cependant elles appartien-
draient à l'Esprit; il y aurait comme réminiscence
24 SUR LES RÉMINISCENCES.
d'une chose gué cependant l'homme n'aurait ja-
mais entendue ou vue; c'est par l'expérience qu'il
m'a été donné de savoir qu'il en est ainsi, quand cela
a lieu ; de là, parmi quelques anciens, l'opinion qu'a-
près quelques milliers d'années ils reviendraient dans
leur vie précédente et dans tous ses actes, et aussi
l'opinion qu'ils y étaient revenus; ils avaient conclu
cela de ce que parfois il leur était survenu comme un
souvenir de choses que cependant ils n'avaient jamais
vues ou entendues; cela était arrivé, parce que des
esprits avaient, d'après leur propre mémoire, in-
flué dans les idées de la pensée de ces hommes. »
Pour quiconque voudra prendre connaissance des
théories spirituelles développées dans les écrits de
Swedenborg, le fait des réminiscences se trouvera
suffisamment expliqué par ce passage; mais nous
doutons fort que cette explication puisse satisfaire
ces Savants qui croiraient compromettre leur dignité
s'ils admettaient l'existence des Esprits. Et cepen-
dant à quoi sert la Science, si par elle l'homme n'est
pas conduit à rechercher la cause des choses ? N'est-
ce pas là surtout ce qui doit faire son bonheur?
« Félix qui potuit rerum cognoscere causas '. » Si
donc, comme l'expérience l'atteste, les théories qui
ne s'élèvent pas au-dessus du naturel sont insuffi-
santes pour découvrir les causes des choses, et si,
comme tout le prouve, ces causes se manifestent
clairement à la vue, lorsqu'on admet l'existence des
Esprits et leurs relations avec l'homme, nous devons
SUR LES RÉMINISCENCES. 2$

plaindre sincèrement ces docteurs modernes de fer-
mer les yeux à la lumière en persistant dans leur su-
perbe dédain, et de refuser ainsi les charmes réels
que procure la science véritable; car, au rapport de
tous les sages, la véritable Science consiste à con-
naître l'homme, ou, pour parler plus exactement, à
se connaître soi-même.
Mais puisque chaque jour les rangs des physiolo-
gistes vont s'éclaircissant, et que la génération nou-
velle est portée à s'occuper de psychologie, n'est-il
pas évident que bientôt on sera, non-seulement con-
duit à examiner sérieusement tous les faits extraor-
dinaires qui ont quelque analogie avec celui dont
nous venons de nous occuper, c'est-à-dire, avec les
faits qui se produisent si fréquemment aujourd'hui
dans l'état de somnambulisme, de catalepsie, d'ex-
tase, mais que l'on voudra aussi en rechercher les
causes dans les seules connaissances qui puissent les
donner, c'est-à-dire, dans les connaissances des re-
lations qui existent entre le monde spirituel et le
monde naturel? C'est alors, et alors seulement,qu'on
•pourra acquérir sur ces faits extraordinaires des
notions claires et justes; et ces phénomènes, qui au-
jourd'hui présentent les plus grands dangers, tant
pour le spirituel que pour le moral, et même pour le
physique, étant alors mieux connus, deviendront par
cela même moins nuisibles à l'humanité. Leur danger
vient surtout de ce qu'ils n'ont encore pu être sou-
mis à aucune théorie, non pas qu'ils se refusent à
3.
26 SUR LES RÉMINISCENCES.

toute théorie, mais parce qu'on n'a pas voulu et
qu'on ne veut pas encore les considérer sous leur
véritable point de vue. Mais dès qu'ils auront été
étudiés théoriquement, l'homme sera toujours en
garde contre eux, et ils ne produiront plus chez lui
cette fascination qui le prive de sa liberté, et le rend
le jouet d'Esprits malveillants ou enthousiastes qui
conspirent sa ruine en flattant avec adresse son
amour dominant.
LA SOCIÉTÉ SERA RELIGION (*)

La Société sera Religion! Cette vérité que pro-
jlame la Nouvelle Jérusalem, M. de Lamartine vient
de l'entrevoir, et nous devons lui savoir gré de l'a-
voir publiée au moyen de la presse périodique; certes,
il y a eu dans la position sociale qu'occupé le député
de Maçon indépendance et courage à produire cette
pensée, quand l'idée seule de la théocratie suffit en-
core pour mettre en émoi tous les esprits indépen-
dants. Cette pensée, cependant, a passé presque in-
aperçue au milieu de toutes celles que renferme son
écrit si remarquable ; elle n'a pas été relevée, ou, en
d'autres termes, elle n'a soulevé dans la presse au-
cune discussion ; et cela, on ne saurait s'y mépren-
dre, parce qu'elle a été considérée comme une uto-
pie. Il en aurait été bien autrement si elle eût été
prise au sérieux. — Quoi ! se seraient écriés tous les
hommes de progrès, nous n'aurions en perspective
que la théocratie ! Les efforts de nos pères, les nô-
tres, ceux que feront nos enfants pour constituer le
(*) M. de Lamartine, dans l'écrit : L'État, l'Église $ l'Enseigne-
ment.
28 LA SOCIÉTÉ SERA RELIGION.

nouvel ordre de choses, tout cela aurait pour résul-
tat définitif le gouvernement pour lequel nous éprou-
vons le plus de répulsion ! Non, M. de Lamartine,
vous êtes sur ce point dans l'erreur, la théocratie a
fait son temps et ne peut plus reparaître.
Mais nous, qui prenons au sérieux la pensée pu-
bliée par M. de Lamartine, parce qu'elle est la con-
séquence dernière des vérités nouvelles que le Sei-
gneur répand chaque jour parmi les hommes, nous
répondrons : Oui, la pseudo-théocratie, ou la théo-
cratie hypocrite, telle que l'histoire nous la fait con-
naître, ne reparaîtra plus; mais entre elle et la vraie
théocratie il y a autant de différence qu'entre le mal
et le bien, qu'entre les ténèbres et la lumière. La
théocratie réelle est le gouvernement de la Société
au Nom du Seigneur, seul et vrai Dieu, c'est-à-dire,
au moyen des lois humaines en parfaite correspon-
dance avec les véritables Lois Divines; et nous ai-
mons à croire que c'est un tel gouvernement que
M. de Lamartine avait en vue quand il a dit : La So-
ciété sera Religion. En effet, la Religion et la So-
ciété ne feraient alors qu'un comme l'âme et le corps,
puisque les lois de la Société auraient pour but de
mettre en application dans l'ordre naturel les lois de
la Religion ou de l'ordre spirituel, comme le corps
met à exécution les affections et les pensées de l'â-
me. Eh bien ! c'est à cette théocratie que nous mar-
chons ; voilà où tendent, sans qu'on s'en soit douté,
tous les pas qui ont été faits depuis quatre-vingts
LA SOCIÉTÉ SERA RELIGION. 29

ans, et tous ceux que nous faisons chaque jour, pour
remplacer ce vieil état de choses qui nous pèse, et
qui, tant au spirituel qu'au temporel, ne peut plus
se soutenir. Le Seigneur, qui nous a créés libres, ne
pourrait pas nous y conduire directement sans porter
atteinte à notre liberté, ce qu'il ne fait jamais; mais
sa Divine Providence, tout en nous laissant agir se-
lon nos vues quand nous refusons d'écouter ses ins-
pirations, n'en poursuit pas moins continuellement
son but par des voies que nous ne pouvons pénétrer :
d'ailleurs, puisque les hommes se succèdent, puisque
leur but, toujours plus ou moins entaché d'égoi'sme,
varie très souvent, ils ne peuvent que contrarier,
mais non empêcher l'accomplissement des vues mi-
séricordieuses de la Providence, dont le but, basé
sur l'amour et constamment le même, consiste à con-
duire l'humanité au bonheur sans contraindre sa
liberté.
Mais avant de présenter un aperçu de ce gouver-
nement théocratique, il est indispensable de montrer
que la pensée publiée par M. de Lamartine doit être
prise au sérieux, ou, en d'autres termes, de faire
voir que tous les efforts faits depuis quatre-vingts
ans, et continués avec persévérance pour arriver à
un nouvel ordre de choses, nous entraînent irrésis-
tiblement à une théocratie.
L'ancien état de choses avait pour base le droit
Divin faussement interprété : ainsi engagées dans une
voie sans issue, les religions et les sociétés devaient
3*'
30 U SOCIÉTÉ SERA RELIGION.

nécessairement subir les déplorables conséquences
de la falsification du principe ; liées les unes aux au-
tres, elles devaient donc succomber ensemble. C'est
ce qui est devenu aujourd'hui assez manifeste pour
qu'on ne puisse douter que, malgré tous les efforts
qu'elles font pour se soutenir, elles ne soient con-
damnées à périr, ou tout au moins à subir une trans-
formation totale par des transitions successives. Cha-
cun, il est vrai, s'aperçoit que nous marchons vers
un nouvel ordre de choses, mais quelle forme aura-
t-il, c'est ce qui est généralement ignoré.
Dès le commencement de la lutte, les adversaires
du vieil ordre de choses, considérant le droit Divin
comme la clé de voûte de l'édifice, réunirent tous
leurs efforts pour le combattre, et ils réussirent,
surtout en France, à le renverser. Mais qu'en est-il
résulté? c'est qu'on ne fut pas longtemps sans s'a-
percevoir que les préceptes de morale et les lois ne
suffisent pas pour constituer solidement une société,
et qu'il faut nécessairement des principes religieux.
Dès lors il y eut rapprochement entre les deux
partis; l'un consentit à accepter la religion, mais
comme auxiliaire; l'autre voulut bien prêter son
concours, mais avec l'intention de profiter de toutes
les circonstances pour ressaisir son ancienne domi-
nation.
Loin d'être un pas en avant, une pareille transac-
tion ne faisait que replacer les choses dans la vieille
ornière, et renfermait en germes une foule de diffi-
LA SOCIÉTÉ SERA RELIGION. 31

cultes inextricables, dont quelques-unes viennent
déjà de se révéler à la tribune et dans la presse.
Et comment en aurait-il été autrement? La Reli-
gion Catholique-Romaine ne peut pas transiger avec
sincérité; sa foi erronnée s'y oppose formellement.
« Vous aurez beau lui faire une part immense, dit
M. de Lamartine, elle trouvera toujours que c'est
peu, car il lui faut tout. Vous verrez éternellenient
renaître, sous une forme de séduction pieuse ou de
violence morale, selon le temps, les prétentions, les
envahissements, les dominations, les usurpations
d'enseignement, de consciences, de corporations, de
propriétés sacrées. Vous lui auriez donné toute la
place, qu'elle vous refuserait l'air (1). »
II n'y a donc pas d'issue dans une telle voie; aussi
M. de Lamartine ajoute-il : « La situation présente
ne peut pas durer un demi-siècle impunément, »
II est bien certain que ni les peuples ni les gou-
vernements ne voudront se soumettre à la puissance
ultramontaine ; et cependant plus on avancera, plus
on éprouvera le besoin de fonder la Société sur une
base religieuse. Aujourd'hui, tous ceux qui possè-
dent veulent une religion, quelques-uns par senti-
ment, le plus grand nombre pour servir de frein au
peuple. Si donc la crainte qu'inspiré le prolétariat a
déjà tellement agi sur les esprits que ceux qui na-
guère étaient opposés à toute manifestation religieuse

(1) L'État, l'Église § l'Enseignement.
32 LA SOCIÉTÉ SERA RELIGION.

sont maintenant des premiers à parler de religion,
que sera-ce donc dans quelques dizaines d'années?
Ne peut-on pas déjà prévoir, par ce qui se passe dans
les contrées industrielles, ce qui doit arriver pro-
chainement? Il n'y aurait même plus aucune inven-
tion nouvelle, que le seul développement de l'indus-
trie actuelle suffirait pour encombrer tous les mar-
chés; mais chaque année nous apportera des inven-
tions par centaines et des perfectionnements par mil-
liers. Et, qu'on le remarque bien, il est désormais
impossible d'arrêter le déploiement progressif de
l'industrie; on le voudrait, qu'on ne le pourrait pas,
il y aurait trop d'intérêts compromis : entraînée
comme Phaéthon sur un char qu'elle est incapable
de diriger, l'industrie, ne pouvant plus ni revenir
sur ses pas, ni s'arrêter, est forcée de se lancer sans
rênes dans des routes qui lui sont tout à fait incon-
nues.
En présence d'une position aussi périlleuse, que
deviendront, dans quelques années, toutes les autres
questions qui, jusqu'à présent, ont tant occupé les
esprits? Ne se verront-elles pas absorbées par la
question bien autrement palpitante du paupérisme
envahissant tous les états de l'Europe par suite de ce
développement de l'industrie? Quelle importance, en
effet, auraient alors des débats politiques ou inter-
nationaux, quand les yeux les moins clairvoyants
verront enfin suspendue sur la tête de la Société
cette nouvelle épée de Damoelès?
LA SOCIÉTÉ SERA RELIGION. 33

En vain la philanthropie multipliera ses efforts :
que pourra-t-elle en face du colosse toujours gran-
dissant? Il arrivera donc un temps, et ce temps n'est
pas éloigné, où tous ceux qui tiennent à l'existence
d'un état social regarderont le principe religieux
comme la seule ancre de salut pour tous.
Or, ce principe, par sa nature même, étant au-
dessus de tout ce qui vient de l'homme, doit néces-
sairement dominer tous les autres principes; la so-
ciété se trouvera donc ramenée, après un long cir-
cuit, à ce droit Divin pour lequel elle éprouve au-
jourd'hui une répulsion qui n'est légitime que parce
que ce droit a été mal compris par tout le monde, et
surtout encore plus mal appliqué par ceux qui s'en
sont faits les exécuteurs.
On ne refait pas le passé, c'est ce qui a souvent
été dit et ce que prouve l'histoire; on ne reviendra
donc pas à ce droit Divin faussement interprété; on
reconnaîtra que toutes les religions qui sont exclu-
sives sont par cela même dans le faux, car la vraie
religion ne réprouve que les affections mauvaises et
les actes qui en résultent, et ne condamne personne
pour des croyances religieuses; la vraie religion a
pour mission de rallier les hommes et non de les di-
viser, et toutes les religions actuelles les divisent,
puisque chacune sans exception condamne toutes
celles qui n'ont pas sa foi.
Ce ne sera donc ni Rome, ni Genève, qui seront
appelées à promulguer le Vrai droit Divin ; le Ça-
34 LA SOCIÉTÉ SERA RELIGION.
tholicisme-Romain voudra toujours refaire le passé,
et le Protestantisme avec son dogme fondamental de
la foi seule ne pourra jamais que diviser au lieu de
réunir.
Le Vrai droit Divin se manifestera dans toute sa
majesté lorsque la Vraie Doctrine Chrétienne, qui
commence déjà à se répandre, sera entrée dans un
plus grand nombre de cœurs; et comme cette Doc-
trine a pour base la liberté humaine, et place la cha-
rité autant au-dessus de la foi que la substance l'em-
porte sur la forme, il n'y aura plus à craindre que
l'hypocrisie prenne le masque de la religion pour
dominer la Société, car son masque lui serait aussitôt
arraché; on ne parlera plus de nos distinctions ac-
tuelles entre l'Église et l'État, puisque enfin on verra
clairement que la véritable Église et l'État, de même
que l'âme et le corps, ne peuvent et ne doivent faire
qu'un ; et c'est alors, et seulement alors, que la So-
ciété sera Religion.
Quant à l'aperçu de ce que sera ce gouvernement
théocratique, il suffit pour le moment de présenter
ce que publiait Swedenborg, en 1758, dans son
Traité de la Nouvelle Jérusalem et de sa Doctrine
Céleste, N08 311 à 325.

DU GOUVERNEMENT ECCLÉSIASTIQUE ET CIVIL.

311. Il y a deux sortes de choses qui, chez les
hommes, seront dans l'ordre, à savoir, les choses qui
LA SOCIÉTÉ SERA RELIGION. 35

appartiennent au Ciel, et celles qui appartiennent au
Monde : celles qui concernent le Ciel sont nommées
Ecclésiastiques; celles qui concernent le Monde sont
nommées Civiles.
312. L'ordre ne peut être tenu dans le monde sans
des Chefs chargés de surveiller tout ce qui se fait
conformément à l'ordre, et tout ce qui se fait contre
l'ordre; de récompenser ceux qui vivent conformé-
ment à l'ordre, et de punir ceux qui l'enfreignent; si
cela ne se fait pas, le genre humain périra; car tout
homme d'après l'héréditaire naît avec le penchant à
vouloir commander aux autres et posséder les ri-
chesses des autres, d'où découlent les inimitiés, les
envies, les haines, les vengeances, les fourberies, les
cruautés, et plusieurs autres maux; c'est pourquoi,
si les hommes ne sont pas tenus dans des liens par
des Lois, et par des récompenses convenables à leurs
amours, c'est-à-dire, par des honneurs et des profits
pour ceux qui font des biens, et par des punitions
contraires à leurs amours, c'est-à-dire, par la perte
des honneurs, des possessions et de la vie, pour ceux
qui font des maux, le Genre humain périrait.
313. Il y aura par conséquent des Chefs qui tien-
dront les Réunions d'hommes dans l'ordre; ces
Chefs seront experts dans les lois, remplis de sa-
gesse, et auront la crainte de Dieu. Il y aura parmi
les Chefs un ordre, de peur qu'aucun d'eux, par bon
plaisir ou par ignorance, ne permette les maux con-
tre l'ordre, et par conséquent ne le détruise, ce qui
36 LA SOCIÉTÉ SERA RELIGION.

est évité quand il y a des Chefs supérieurs et des
Chefs inférieurs, entre lesquels existe une subordi-
nation.
314. Les Chefs préposés sur ce qui, parmi les
hommes, concerne le Ciel, ou sur les choses Ecclé-
siastiques, sont appelés Prêtres, et leur fonction est
appelée Sacerdoce. Les Chefs préposés sur ce qui,
parmi les hommes, concerne le Monde, ou sur les
choses Civiles, sont appelés Magistrats, et le Premier
d'entre eux, dans les pays où existe une autorité su-
prême, est appelé Roi.
315. Quant à ce qui concerne les Prêtres, ils en-
seigneront aux hommes le chemin qui conduit au
Ciel, et en outre ils les dirigeront; ils les enseigne-
ront conformément à la doctrine de leur Église d'a-
près la Parole, et les dirigeront pour qu'ils vivent
selon cette doctrine. Les Prêtres qui enseignent les
vrais, et qui par ces vrais conduisent au bien de la
vie, et par conséquent au Seigneur, sont les bons
Pasteurs des brebis ; mais ceux qui enseignent, et ne
conduisent pas au bien de la vie, ni par conséquent
au Seigneur, sont les mauvais Pasteurs.
316. Les Prêtres ne s'arrogeront aucun pouvoir
sur les âmes des hommes, parce qu'ils ne savent pas
dans quel état sont les intérieurs de l'homme; ils ne
s'arrogeront pas, à plus forle raison, le pouvoir
d'ouvrir et de fermer le Ciel, puisque ce pouvoir ap-
partient au Seigneur seul.
317. Il y aura pour les Prêtres dignité et honneur
LA SOCIÉTÉ SERA RELIGION. 37
à cause des choses saintes qui appartiennent à leurs
fonctions; mais ceux d'entre eux qui sont sages at-
tribuent l'honneur au Seigneur, de Qui procèdent
les choses saintes, et non à eux-mêmes; ceux, au
contraire, qui ne sont point sages, s'attribuent l'hon-
neur : ceux-ci le dérobent au Seigneur. Ceux qui s'at-
tribuent l'honneur à cause des choses saintes qui ap-
partiennent à leurs fonctions préfèrent l'honneur et
le gain au salut des âmes, auquel ils doivent veiller;
mais ceux qui attribuent l'honneur au Seigneur, et
non à eux-mêmes, préfèrent le salut des âmes à l'hon-
neur et au gain. L'honneur d'une fonction ne réside
pas dans la personne, mais il est adjoint à la per-
sonne selon la dignité de la chose qu'elle administre;
et ce qui est adjoint, cela n'appartient pas à la per-
sonne même, et aussi en est séparé avec la fonction :
l'honneur dans la personne est l'honneur de la sa-
gesse et de la crainte du Seigneur.
318. Les Prêtres enseigneront le peuple, et le
couduiront par les vrais au bien de la vie; mais
néanmoins ils ne contraindront qui que ce soit, puis-
que nul ne peut être contraint à croire le contraire
de ce qu'il a pensé du fond du cœur être vrai ; celui
qui croit autrement que le Prêtre et ne cause pas de
troubles sera laissé en paix.; mais celui qui cause des
troubles sera séparé; car cela appartient aussi à l'or-
dre pour lequel le sacerdoce a été établi.
319. De même que les Prêtres ont été préposés
pour administrer les choses qui concernent la Loi
U.
38 U SOCIÉTÉ SERA RELIGION.

Divine et le Culte, de même les Rois et les Magistrats
l'ont été pour administrer les choses qui concernent
h Loi Civile et le Jugement.
320. Comme le Roi seul ne peut administrer toutes
choses, il a en conséquence sous lui des Chefs, à cha-
cun desquels a été confiée la charge d'administrer ce
que le Roi ne peut administrer et n'a pas la faculté
d'administrer; ces Chefs, pris ensemble, constituent
la Royauté, mais le Roi lui-même est te chef su-
prême.
321. La Royauté elle-même n'est pas dans la per-
sonne, mais elle a été adjointe à la personne ; le Roi
qui croit que la Royauté est dans sa personne, et le
Chef qui croit que la dignité de sa fonction est dans
sa personne, ne sont point sages.
322. La Royauté consiste à administrer selon les
lois du Royaume, et à juger selon ces lois d'après le
juste. Le Roi qui regarde les Lois comme au-dessus
de lui est sage; mais le Roi qui se regarde comme
au-dessus des lois n'est point sage. Le Roi qui re-
garde les lois comme au-dessus de lui place la Royau-
té dans la Loi, et la Loi-domine sur lui; car il sait
que la Loi est la Justice, et que toute Justice, qui est
la Justice, est Divine : mais le Roi qui regarde les
lois comme au-dessous de lui, place la Royauté en
lui-même, et croit ou qu'il est lui-même la Loi, ou
que la Loi, qui est la Justice, vient de lui; de là, ce
qui est Divin, il se l'arrogé; au-desscms du Divin ce-
pendant il doit être.
LA SOCIÉTÉ SERA RELIGION. 39

323. La Loi, qui est la Justice, doit être établie
dans le Royaume par des Jurisconsultes sages et
craignant Dieu ; puis, et le Roi et les sujets vivront
selon cette loi : le Roi qui vit selon la loi établie, et
qui en donne le premier l'exemple aux sujets, est vé-
ritablement un Roi.
324. Le Roi, qui a un pouvoir absolu, et qui croit
que ses sujets sont tellement esclaves qu'il a droit
sur leurs possessions et sur leur vie, n'est pas un
Roi s'il exerce un tel droit, mais c'est un tyran.
325. On doit obéir au Roi selon les lois du Royau-
me, et ne l'outrager en aucune manière, ni en fait
ni en paroles, car de là dépend la sécurité publique.
DE LA. NÉCESSITÉ, POUR LES NOV1-JÉRUSALÊMITES, DE
SUBSTITUER LE TU AU VOUS DANS LES TRADUC-
TIONS DE LA PAROLE*

On sait que dans les traductions de l'Écriture
Sainte les Catholiques-Romains se sont conformés
aux usages mondains en employant le vous lorsqu'il
ne s'agit que d'une seule personne, et que les Réfor-
més ont conservé religieusement le lu. Les Novi-
Jérusalémites, au contraire, n'ayant pas encore en
propre une traduction de la Bible, emploient le vous
ou le tu, suivant qu'ils font usage ou d'une traduc-
tion catholique-romaine, ou d'une traduction protes-
tante. Ce défaut d'uniformité se rencontre même
chez les traducteurs de Swedenborg; ainsi Bénédict
Chastanier, qui a publié en Angleterre, avant notre
première révolution, quelques traductions françaises
des écrits de Swedenborg, a employé le tu; Moët,
dans ses traductions publiées à partir de 1819, s'est
servi du vous; et nous, dans cette publication men-
suelle et dans nos traductions, nous avons, rigides
observateurs du texte, constamment employé le tu.
Il serait bon cependant qu'on s'entendît sur ce point,
qui est pour nous beaucoup plus important qu'il ne
\
* Voir aux notes additionnelles.
TU ET VOUS. 41
l'était pour les Réformés; car nous avons pour sub-
stituer le tu au vous des motifs bien supérieurs à
ceux qui ont dirigé les auteurs des traductions pro-
testantes. Nous pourrions cependant faire valoir les
raisons que ces auteurs ont données, car elles sub-
sistent toujours, et suffiraient seules pour trancher
la question; mais ces raisons sont bien connues; et
du reste il suffira, nous l'espérons, de présenter ici
les inconvénients pour le Novi-Jérusalémite de l'em-
ploi du vous pour que ceux de nos frères qui, par la
force de l'habitude, en font encore usage, le rejet-
tent entièrement.
Pour le disciple de la Nouvelle Jérusalem, toutes
les expressions de la Parole sont significatives; chan-
ger l'expression, c'est donc changer la signification ;
on voit par cela seul, combien il est important d'a-
voir une traduction fidèle. Mais, nous dira-t-on, la
substitution du vous au tu peut-elle avoir un grand
inconvénient? est-ce bien là un changement d'ex-
pression susceptible d'altérer la signification? —
Oui, répondons-nous; et pour prouver que cette
substitution peut changer le sens spirituel, nous
n'aurons pas besoin de multiplier les exemples, un
seul suffira pour établir une conviction complète.
Philippe s'adressant au Seigneur, lui dit : « Mon-
» tre-nous le Père. Jésus lui dit : Depuis tant de
» temps avec vous je suis, et tu ne m'as point connu !»
— Jean, XIV. 8, 9.
Le sens naturel de ce passage n'offre aucune am-
4'.
42 TU ET VOUS.

biguïté. Il est bien évident que le Seigneur s'étonne
de ce qu'étant depuis tant de temps avec tous
ses disciples, Philippe ne l'ait point connu. Mais si
au lieu du tu on met vous, le sens devient équivo-
que, on ne sait plus si le Seigneur s'adresse à tous
ses disciples, ou à Philippe seul; et, si en raison de
ces mots : Jésus lui dit, on en concluait que le Sei-
gneur s'adresse à Philippe seul, la phrase n'aurait
plus le même sens; car alors le Seigneur s'étonne-
rait seulement de ce qu'étant avec Philippe depuis
tant de temps, Philippe ne l'eût pas encore connu.
Enfin le sens serait de même changé si l'on prenait
vous dans l'acception du pluriel, puisque le Seigneur
s'étonnerait de ce qu'étant avec ses disciples depuis
tant de temps, aucun d'eux ne l'eût encore connu.
La substitution du vous au tu offre donc des in-
convénients, même pour ceux qui ne considèrent
que le sens littéral; mais si, d'après ce précepte
évangélique : La lettre tue et l'esprit vivifie, nous
cherchons à découvrir les vérités spirituelles que le
sens naturel enveloppe, les inconvénients devien-
dront plus grands, parce qu'ils pourraient nous faire
tomber dans des erreurs plus graves.
Examinons donc le même passage dans son sens
spirituel. On sait que les Disciples, ou les Apôtres,
pris ensemble, représentent la généralité des hommes
qui composent l'Église, et que chacun d'eux, pris iso-
lément, représente une classe spéciale des hommes
de l'Église, ou bien, en faisant abstraction des per-
TU ET VOUS. 43

sonnes, que les douze Apôtres signifient tous les
biens et toutes les vérités de l'Église, et que chacun
d'eux désigne une classe de biens ou de vérités. Phi-
lippe représente donc ici les hommes de l'Église qui
ne sont pas encore parvenus à un degré de régéné-
ration qui leur permette de voir clairement que le
Seigneur est le Dieu Unique dans lequel est la Divine
Trinité, et que ce Dieu est Un tant en personne qu'en
Essence; car c'est Philippe qui a dit au Seigneur :
Montre-nous le Père. Ou bien, en faisant abstrac-
tion des personnes, Philippe signifie une classe
de biens ou de vérités qui ne sont pas d'un ordre
assez élevé pour montrer l'unité de Dieu dans la
seule Personne du Seigneur Jésus-Christ.
Au moyen de ces significations, ces paroles du
Seigneur : Depuis tant de temps avec vous/e suis,
et TU ne m'as point connu! présentent le sens sui-
vant : J'influe depuis tant de temps sur tous les
hommes de l'Église pour les convaincre que je
suis le seul Dieu du Ciel et de la terre, et vous
que Philippe représente, vous n'êtes point par-
venus à me reconnaître dans cette qualité ! Mais
si dans le premier membre de la phrase le Sei-
gneur ne s'adressait qu'à Philippe, le sens ne serait
plus le même ; il en résulterait, en effet, que le Sei-
gneur, au sujet de cette vérité fondamentale, n'in-
fluerait plus que sur une portion de l'Église, tandis
qu'au contraire il influe continuellement sur toute
l'Église pour que cette vérité ne lui soit pas arrachée
44 TU ET VOUS.

par l'ennemi. Enfin, si l'on prenait vous dans l'ac-
ception du pluriel, on se trouverait encore plus en
opposition avec la doctrine ; car ce serait dire que le
Seigneur influe sur tous les hommes de l'Église pour
les convaincre qu'il est le Seul Dieu, et que pas un
seul d'entre eux ne l'a reconnu pour tel, ou, en
d'autres ternies, qu'il n'existe point d'Église; car il
n'y a pas d'Église sans cette reconnaissance : or,
nous savons que, quel que soit l'état de dégradation
de l'Église, le Seigneur se réserve toujours quelques
hommes, appelés restes ou résidu dans la' Parole,
pour que la communication de la terre avec le Ciel,
qui n'existe que par l'Église, ne soit pas entièrement
rompue.
Tel est l'inconvénient qui résulte de la substitu-
tion du vous au tu, lorsqu'on veut chercher, en lisant
la Parole, à en découvrir le sens spirituel. Mais cette
substitution n'est-elle pas du moins indifférente
lorsqu'on lit la Parole dans la simplicité du cœur,
avec l'intention pieuse de se consocier avec le Ciel et
de se conjoindre au Seigneur?—Non; en ce sens du
moins que cette consociation et cette conjonction ne
s'opèrent pas alors aussi facilement que si on lisait
le sens véritable de la lettre. En effet, notre doctrine
nous apprend que la Parole a été prononcée par le
Seigneur, de manière à ce qu'elle fût appropriée en
même temps à la haute intelligence des Esprits et
des Anges et à la faible portée de celle de l'hom-
me; elle nous apprend aussi que quand la Parole est
TU ET VOUS. 45

lue par l'homme et comprise par lui selon sa capa-
cité, elle est en même temps comprise par les bons
Esprits et par les Anges qui sont en lui selon le de-
gré d'intelligence de chacun d'eux. Or, si par les ex-
pressions que le traducteur a employées, l'homme
est porté à comprendre autre chose que ce qui est
réellement dans le texte, ne doit-il pas en résulter
une sorte de trouble et de confusion dans les idées
des Esprits et des Anges qui sont chez lui? Et ces
Esprits et ces Anges peuvent-ils alors agir sur lui
avec autant d'efficacité? Nous ne le pensons pas.
Heureusement que le Seigneur, dans sa Divine Misé-
ricorde, a pourvu à ce que les divers traducteurs de
la Parole n'en aient pas dénaturé le sens au point de
la rendre inefficace ; mais toujours est-il que l'homme
doit attacher beaucoup d'importance à la lire dans la
traduction qui s'éloigne le moins du texte primitif.
Les remarques que nous venons de faire sur le
Verset 9 du Chapitre XIV de Jean pourraient s'ap-
pliquer au Verset 10, qui nous offre un cas analo-
gue; car c'est à Philippe que le Seigneur s'adresse
quand il dit : « Ne crois-tu pas que Moi, je suis dans le
» Père et que le Père est en Moi. » Et quand aussitôt
après il ajoute : « Les paroles que Moi, je vous pro-
» nonce, de moi-même point je ne les prononce, » c'est
évidemment à tous ses disciples qu'il parle. Eh bien !
cette distinction ne peut pas être saisie dans une tra-
duction où l'on emploie vous lorsqu'il ne s'agit que
d'une seule personne. Dans une telle traduction, il
46 TU ET VOUS.

n'y a pas non plus de différence entre le commence-
ment du Verset 10 et celui du Verset 11 du même
Chapitre, tandis qu'il est bien évident que dans le
Verset 10 le Seigneur parle à Philippe seul, et que
dans le Verset 11 il s'adresse à tous ses disciples.
Il nous serait facile de multiplier les exemples;
mais nous pensons que ceux-ci suffiront pour prou-
ver la nécessité de substituer le tu au vous dans les
traductions de la Parole, en attendant que nous
ayons une traduction Novi-Jérusalémite de la Bi-
ble (1).
(1) Une nouvelle traduction de la Bible est sans doute d'une néces-
sité urgente; mais un tel travail ne doit pas être fait avec précipitation.
Réunissons d'abord tous les matériaux qui sont épars dans les nom-
breux écrits de Swedenborg; communiquons-nous nos réflexions sur
les passages qui présentent le plus de difficultés ; faisons usage de toutes
les ressources que nous offrent les travaux des philologues modernes;
tirons parti de l'élan qui pousse aujourd'hui les Européens à s'occuper
des langues orientales; et nous pourrons alors, avec la Miséricorde du
Seigneur, donner à nos frères une traduction Novi-Jérusalémite de la
Bible.
EXÉGÈSE.

JEAN.— CHAPITRES XX ET XXI.

Clowes a présenté le sens interne de ces deux Cha-
pitres sous le point de vue de l'Église en général,
mais on sait que dans la Parole tout ce qui est dit de
l'Église en général, s'applique aussi en particulier à
tout homme de l'Église. Nous allons essayer de pré-
senter le sens interne de ces mêmes Chapitres sous
ce dernier point de vue; cette étude nous semble
d'autant plus importante que chaque membre de l'É-
glise, par sa propre régénération, coopère active-
ment à la régénération de l'Église, et que la connais-
sance de ce sens le dispose plus particulièrement à
s'observer lui-même, puisqu'elle lui dévoile les di-
vers états spirituels par lesquels il a déjà passé, celui
dans lequel il est, et ce qui lui reste à faire pour
compléter sa régénération.
La Parole étant Divine dans toutes ses parties, et
jusqu'au moindre accent, est infinie, c'est-à-dire que
chacune de ses parties peut présenter une infinité de
48 EXÉGÈSE.

vérités qui se manifestent aux yeux des Anges et des
hommes avec diversité selon l'état de chacun d'eux,
et qui toutes, quoique différentes, les affectent déli-
cieusement. Il en est de cela comme d'un tableau
qu'un peintre habile expose en public; tous les visi-
teurs restent en admiration devant cette peinture, et
chacun est diversement affecté selon son état ; telle
beauté qui frappe l'un échappe à l'autre, et souvent
le même homme admire le lendemain ce qui n'avait
fait aucune impression sur lui la veille. Toutefois,
dans cette diversité infinie que présente la Parole, on
remarque, en général, trois sens distincts : Un sens
suprême, où il n'est question que du Seigneur seul ; un
sens interne dans le commun, où il s'agit du Royaume
du Seigneur dans les Cieux et de son Église sur la
terre; et un sens interne dans le particulier, où il
s'agit de l'homme considéré comme un Ciel et comme
une Église dans la forme la plus petite. Ce dernier
sens est celui dont nous allons nous occuper dans cet
essai d'exégèse.
La première chose que nous ayons à faire, c'est de
découvrir le sujet principal dont il est question dans
le sens interne particulier de ces deux Chapitres.
Nous remarquerons d'abord que, dans le sens su-
prême, où il s'agit du Seigneur seul, ces deux Cha-
pitres doivent traiter du complément de la glorifica-
tion du Seigneur; en effet, dans les Chapitres qui
précèdent, il s'agit de sa glorification, ou de l'union
de son Humain avec son Divin par les plus terribles
EXÉGÈSE. 49

combats des tentations, représentés par sa dernière
tentation qui fut la passion de la croix ; dès lors tous
ses travaux sur notre terre furent terminés; mais,
pour remonter définitivement vers le Père, c'est-à-
dire, pour rendre sa glorification complète,-il avait
encore à rétablir l'ordre dans le monde spirituel par
l'entière subjugation des enfers. Ainsi, il est bien
évident que ce complément de la glorification du
Seigneur, doit former le sujet principal du sens su-
prême de ces deux Chapitres qui terminent l'Évan-
gile.
Or, comme la régénération de l'homme est l'image
de la glorification du Seigneur,—Arc. Cél. N° 3212,
— le sujet principal du sens interne particulier doit
être le complément de la régénération de l'homme.
Nous devons donc considérer ici l'homme de l'Église,
ou le régénéré, comme venant de subir sa dernière
tentation, et le sens interne doit nous apprendre ce
qui lui reste à faire pour compléter sa régénération,
quand dans cette tentation il est parvenu, avec le se-
cours du Seigneur, à sortir victorieux.
De même que dans le sens suprême tous les repré-
sentatifs et tous les significatifs concernent le Sei-
gneur seul, de même dans ce sens interne particulier
ils concernent uniquement l'homme de l'Église ou le
régénéré; c'est donc dans l'homme même que se
passent spirituellement toutes les scènes qui sont dé-
crites dans le sens naturel. Les disciples ou les douze
apôtres représentent les principaux mobiles chez le
5
50 EXÉGÈSE.

régénéré, c'est-à-dire, les principales choses qui le
constituent Église, et chaque apôtre représente un
de ces mobiles; ainsi, Pierre représente sa foi, Jac-
ques sa charité, Jean le bien de sa charité ou ses
œuvres, Thomas son sensuel; quant aux autres per-
sonnages ici nommés, Marie la Magdalène représente
son affection du bien, et Nathanaël de Cana en Ga-
lilée le vrai qui procède du bien dans son naturel.
Enfin Jésus est le Divin Amour ou le Seigneur quant
au Divin Amour, c'est-à-dire, le Moteur de la vie
spirituelle du régénéré.
Les significations qui nous ont servi à composer
le sens interne ont toutes été tirées des écrits de
Swedenborg; mais pour ne pas interrompre la série
de ce sens, nous ne placerons entre les Versets que
de simples observations, et seulement quand elles
seront nécessaires pour en faciliter l'intelligence ; et
nous allons donner ici un vocabulaire des mots, en
indiquant les Traités de Swedenborg d'où les signi-
fications ont été extraites.
VOCABULAIRE
Pour les Chapitres XX et XXI de Jean (1).

AGNEAUX (les),—XXI.15,—sign. ceux qui sont dans
l'innocence; et, par abstraction, tout ce qui est dans
l'innocence. A. E. 9.
ANGES (les deux) vêtus EN BLANC, — XX. 12, —
sign. les Divins Vrais qui procèdent du Seigneur;
les Anges sign. les Cieux, parce que ce sont eux qui
constituent le Ciel, et comme ils sont les réceptions
du Divin Vrai, ils signifient dans le sens abstrait les
Divins Vrais. A. C. 9987. Le Blanc dont ils sont
vêtus se dit du vrai, parce que le blanc tire son ori-
gine de la lumière du soleil. A. R. 167.
BAISSER (se), — XX. 5, 11, — sign. être dans
l'humiliation. A. C. 5682.
(1) Les nombres qui suivent immédiatement le mot indiquent les
Chapitres et les Versets où ce mot est employé ; les initiales et les nom-
bres qui sont après la signification indiquent les Traités de Swedenborg
et les N01 de ces Traités. — A. C. désignent les Arcanes Célestes;
A. E. l'Apocalypse Expliquée; A. R. l'Apocalypse Révélée; R. C. la
Vraie Religion Chrétienne; C. E. le Ciel et l'Enfer; D. E. la
Doctrine sur l'Écriture Sainte; D. S. la Doctrine sur le Seigneur;
D. F. la Doctrine sur la Foi ; sign. est l'abréviation de signifie.
52 VOCABULAIRE.

BARQUE (la),—XXI. 3,6,8,—sign. les connaissan-
ces du bien et du vrai d'après la Parole, qui servent
pour l'usage de la vie. A. R. 406; ainsi, c'est la doc-
trine des connaissances naturelles; la Nacelle ou pe-
tite barque sign. la doctrine des connaissances les
plus extérieures.
BRASIER (le),—XXI.9,—sign.lebien.A.C.7852.
BREBIS (les), — XXI. 16,17, — sign. ceux qui sont
dans la charité; et, par abstraction, tout ce qui est
dans la charité. A. C. 3994; au Vers. 16, tout ce
qui est dans la charité par la volonté, et au Vers. 17,
tout ce qui est dans la charité par l'entendement,
A. C. 4169.
CANA EN GALILÉE (de),—XXI. 2, — sign. chez les
nations. A. E. 376 ; et ici, où il s'agit de Nathanaël,
c'est dans l'extérieur ou le naturel.
CEINDRE SA TUNIQUE, — XXI. 7,— sign. être prêt à
recevoir l'influx et à agir selon cet influx. A. C. 7863.
Se ceindre soi-même,— XXI. 18,— sign. agir d'a-
près la liberté; et êlreceintpar unautre,sign. être
sous la direction d'un autre. A. C. 10087.
CENT CINQUANTE-TROIS, — XXI. 11, — sign. tous;
en effet, cent sign. plénitude. A. C. 2905; cin-
quante, beaucoup. A. C. 5708; et trois, ce qui est
complet. A. C. 4495.
CHRIST (le),—XX.31, —sign. le Divin Vrai. A.C.
3004 ; et ainsi la Divine Sagesse.
CLOU (le),—\XX.25,—sign. ce qui affermit et con-
joint; il sign. atossi l'adjonction. A. C. 9777,8990.
VOCACULAIRE. 53

CORPS DE JÉSUS (le), — XX. 12,— sign. l'Humain
du Seigneur glorifié, cfr. A. C. 2083.
CÔTÉ DE JÉSUS (le), — XX. 20, 28, 27, — sign.
l'amour du Divin Humain ; le côté, considéré comme
renfermant le cœur, signifie l'amour, cfr. A. C.
6960.
COURIR, — XX. 2, 4, — sign. la propension ou
l'intention de l'affection. A. C. 3127 ; il signifie
aussi l'examen de la chose vers laquelle on court.
A. C. 3088.
CROIRE, — XX. 8, 25, 27, 29, 31, — c'est recon-
naître en même temps par l'entendement et par la
volonté, cfr. A. C. 10155.
DEUX CENTS,—XXI. 8,—ce nombre, étant le pro-
duit de la multiplication de deux par cent, sign. la
même chose que deux, c'est-à-dire, la conjonction.
A. C. 5194.
DIDYME ou JUMEAU, — XX. 24. XXI. 2, — sign. ce
qui doit coopérer, ou se joindre à, cfr. A. C. 3299,
4918.
DIEU, — XX. 17, 28. XXI. 19, — sign. le Divin
Vrai ou la Divine Sagesse. A. C. 9167.
DINER, — XXI. 12, 1S, — sign. la conjonction et
l'appropiation ; les repas signifient se consocier et se
conj oindre quant à l'amour, et aussi s'instruire mu-
tuellement de ce qui concerne l'amour et la foi.
A. C. 7996.
DIRE, — XX. 2, 13 à 22, 25, 27 à 29. XXI. 3,
5, 6,10,12,15 à 23, — sign. percevoir; dire sign.
5*.
54 VOCABULAIRE.

aussi penser et réfléchir, parce que la pensée et la
réflexion résultant de la pensée viennent de la per-
ception. A. G. 2770; il signifie encore instruire ou
suggérer. A. C. 8619; communiquer. A. G. 5012.
Dire, relativement à celui qui agit, sign. l'influx; et,
relativement à celui qui reçoit, il signifie la récep-
tion. A. C. 8660.
DISCIPLE (le) que Jésus aimait ou Jean, —XX. 2,
3, 4, 8, 10. XXI. 7, 20, 23, 24, — sign. le bien de
la charité ou les œuvres. A. E. 8. Disciples (les
douze), — XX, 18, 19, 20, 25, 26, 30. XXI. 1, 2,
4,8,12,14, — sign. l'ensemble de toutes les choses
qui constituent l'Église; ici, les principaux mobiles
ou les choses principales chez le régénéré. A. C.
3863. cfr.D. E. 71.
DOIGT (le), — XX. 25, 27, — sign. la puissance,
parce qu'il appartient à la main qui a cette significa-
tion. A. C. 7430.
DOUZE, — XX. 24, — sign. toutes choses en gé-
néral. A. G. 3858; l'un des douze, c'est l'un des
principaux mobiles.
DROIT (le côté), — XXI. 6, — sign. le bien d'où
procèdent les vrais. A. G. 10061.
ÉCRIRE, — XX. 30, 31. XXI. 24; 25, — sign.
rendre manifeste. A. R. 473.
Ex VÉRITÉ ou AMEN, — XXI. 18, 25, — sign. une
confirmation Divine. A. R. 23.
ESPRIT SAINT (!'), — XX. 22, — sign. le Divin
Vrai ou la Divine Sagesse procédant du Seigneur.
A. R. 343.
VOCABULAIRE. 55

FEMME (la), — XX. 13, 15, — sign. l'affection du
bien. A. G. 4510.
FILET (le), —XXI. 6,8,11, —sign. l'extrême de la
vie correspondant à la vie inférieure qui appartient
à l'entendement et à la volonté. A. G. 9728; ainsi,
c'est le mental naturel.
Fas DE DIEU (le),—XX. 31,— sign. l'Humain du
Seigneur. D. S. 19 ; et ici, après la résurrection,c'est
le Divin Humain du Seigneur.
FRÈRES (les) ou les douze disciples,—XX.17.XXI.
23, — sign. les principaux mobiles chez le régénéré.
Voir ci-dessus Disciples.
HUIT, — XX. 26, — sign. le commencement d'un
état nouveau, parce que Huit suit immédiatement
Sept, qui signifie une période complète. A. G. 9227,
2866.
INSUFFLER, — XX. 22,— sign. vivifier par la
foi et par l'amour. A. G. 9229; c'est donner la fa-
culté de percevoir les Divins Vrais et de recevoir
ainsi les vrais de la foi. A. G. 10135.
JARDINIER (le), —XX. 15. —Le Jardin signifiant
l'intelligence ou l'entendement du vrai, A. G. 98,305;
le Jardinier est le dispensateur de l'intelligence ou
de l'entendement du vrai.
JÉSUS, — XX. 14 à 17, 19, 21, 24, 26, 29, 30,
31. XXI. 1, 4, 5, 10, 12 à 15, 17, 20, 21, 22, 25,
— sign. le Divin Bien ou le Divin Amour. A. G.
3004; c'est-à-dire, le Seigneur quant au Divin
Amour.
56 VOCABULAIRE.
JOUR (le),—XX. 19,—sign. l'état; le jour et la nuit
signifient l'état de l'homme régénéré quant à ses in-
tellectuels, dont les alternatives ressemblent à celles
du jour et de la nuit. A. G. 936.
JUIFS (les), — XX. 2, 13, 19, — sign. les biens;
et, dans le sens opposé, les maux. A. R. 96, 350.
LIEU (le), — XX. 7. — sign. l'état. A. C. 2786.
LINGES (les),—XX. 5, 6,7,— sign. les vrais. A. C.
10243, parce qu'ils servent à couvrir; ici, ce sont
les vrais extérieurs, parce qu'il est parlé ensuite du
suaire ou du linge qui couvrait la tête du Seigneur.
LIVRE (le), — XX. 30. XXI. 25, — sign. la vie
de tous dans le ciel et sur la terre. A. E. 299.
MAIN (la), — XX. 20, 25, 27. XXI. 18, — sign.
la puissance. A. C. 78; la main a cette signification,
parce que les forces et la puissance de tout corps se
réfèrent aux bras et aux mains, car c'est par eux que
le corps exerce ses forces et sa puissance. A. C.
4932, 4933.
MANGER, — XXI. 5, — sign. s'approprier. A. C.
3168.
MARCHER, — XXI. 18, — sign. vivre, se diriger
dans la vie. A. C. 8420.
MARIE LA MAGDALÈNE,—XX.1,11,16,18,—sign.
l'affection du bien; la femme signifie cette affection.
A. C. 4510; et d'ailleurs tout ce que l'Évangile rap-
porte sur Marie la Magdalène indique suffisamment
qu'elle représente l'affection du bien.
MATIN (le), — XX. l. XXI. 4, — sign. un com-
mencement d'illustration. A. C. 8211.
VOCABULAIRE. 57

MER DE TIBÉRIADE (la),— XXI. 1, 7,— sign. l'en-
semble des connaissances dans le naturel. A. G. 8313.
MILIEU (le), — XXI. 19, 26, — sign. l'intime. A.
C. 200.
MONDE (le), — XXI. 25, — sign. l'Église et tout
ce qui est Église. A. R. 589 ; ainsi,l'Ange 3t l'homme
régénéré.
MONTER, — XX. 17.XXI. 11,— sign. s'élever vers
les intérieurs. A. G. 9373 ; ce mot renferme en soi
une élévation vers le bien. A. C. 4815.
MORT (la), — XXI. 19, — sign. une vie nouvelle.
A. C. 6499.
MOURIR, — XXI. 23, — sign. avoir une vie nou-
velle. A. C. 6499.
NATHANAEL, — XXI. 2, — sign. celui qui est dans
le bien de la charité, et par ce bien dans les vrais;
ainsi, celui qui est dans les vrais procédant du bien.
A.E.866; et,par abstraction,les vrais qui procèdent
du bien.
NOM (le) du Seigneur, — XX. 31.— Le nom sign.
la qualité. A. C. 144; le Nom du Seigneur sign. la
qualité du Seigneur, c'est-à-dire, le bien de l'amour
et de la charité conjoint au vrai de la sagesse et de la
foi. A. G. 3006.
Nu, — XXI. 7, — sign. celui qui reconnaît qu'en
lui il n'y a rien du bien, ni rien du vrai. A. G. 4956.
NUIT (la), — XXI. 3, — sign. un état d'ombre
produit par le faux qui provient du mal ou du pro-
pre. A. C. 5092. A. E. 513.
58 VOCABULAIRE.

PAIN (le), — XXI. 9, 13, — sign. tout bien qui
nourrit la vie spirituelle de l'homme. G. E. 111.
PAITRE, — XXI. 15, 16, 17, — sign. instruire.
A. E. 9; appliqué à la foi, c'est illustrer.
PAIX (la), —XX. 19, 21, 26, — sign. le Divin
qui influe dans le bien ou dans les affections du bien,
et qui produit par l'intime la joie et la félicité. A. C.
3780.
PÊCHER, — XXI. 3,—sign. enseigner les connais-
sances du bien et du vrai, et ainsi régénérer. A. E.
§13.
PÉCHÉS (les), — XX. 23, — sign. tout ce qui est
contre l'ordre Divin. A. G. 5076; ainsi, tous les
maux et tous les faux. Remettre les péchés, c'est
remplacer les maux et les faux par les biens et les
vrais; retenir les péchés, c'est tenir éloignés les
maux et les faux, et ainsi les mettre dans l'impuis-
sance de nuire. Voir A. C. 9410.
PIEDS (les), — XX. 12, — sign. les naturels. A.
C. 259, ou les choses du dernier degré; l'Ange
placé aux pieds sign. le Divin Vrai dans les derniers.
A. E. 687.
PIERRE (Apôtre), — XX. 3, 4. XXI. 7, 17, 20,
21, — sign. la foi. A. C. 3869. Voir SIMON.
PIERRE (la),—XX. 1,—sign. le vrai. A.C. 1298.
PÈRE (le), — XX. 17, 21,— sign. le Divin Même,
et aussi le Divin Bien Même. A. C. 4334.
PLEURER, — XX. 11, 13,15,—sign. avoir tin
chagrin intérieur. A, C. 4786.
VOCABULAIRE. S9
POISSON (le petit) mis sur un brasier, — XXI. 9,
— sign.le vrai du bien spirituel mis dans le naturel.
A. G. 7852.
POISSONS (les), — XXI. 6, 8, 10, 11, — sign. les
scientifiques. A. C. 40, qui viennent des sensuels.
A. G. 991.
PORTE (la), — XX. 19, 26, — sign. la communi-
cation. A. C. 8989.
RABBONI ou MAÎTRE, — XX. 16, — sign. le Sei-
gneur quant à la Divine Sagesse ou au Divin Vrai.
A. G. 9167.
RÉPONDRE, — XX. 28. XXI. S, — sign. recevoir.
A. C. 2941 ; reconnaître. A. C. 5255.
RESSUSCITER DES MORTS, — XX. 9. XXI. 14, —
sign. être retiré d'entre les maux; ressusciter,sign.
entrer dans la vie. A. C. 290; les morts sign. ceux
qui sont morts spirituellement, ou qui sont dans les
maux; et, par abstraction, les maux. A. R. 525.
RIVAGE (le), — XXI. 4, — sign. les extrêmes des
connaissances. A. C. 8237.
SABBATH (le), — XX. 1, 19, — sign. le repos.
A. C. 87.
•SAVOIR (ne pas), — XX. 2, 13, 14. XXI. 4; —
sign. être dans l'obscurité à l'égard des choses qui
appartiennent à la vue spirituelle. A. C. 3717.
SEIGNEUR (le), — XX. 2,13,18, 20, 25, 28. XXI.
7, 12, — sign. le Divin Amour uni à la Divine Sa-
gesse; ainsi, le Divin Humain. R. C. 778.
SÉPULCRE (le), — XX. 1, 2, 3, 4, 6, 8, 11, —
60 VOCABULAIRE.

sign. la résurrection, car lorsque l'homme est ense-
veli quant au corps, il renaît quant à l'esprit; il
signifie aussi la régénération, car la régénération est
la première résurrection de l'homme, puisqu'il meurt
alors quant au vieil homme et ressuscite quant à
l'homme nouveau. A. C. 2916, 1551. A. E. 687.
SIMON, fils DE JONAS, — XXI. 15, 16, 17, — et
SIMON PIERRE, — XX. 2, 6, 10. XXI. 2, 3, 11, 15.
— Simon, fils de Jonas, sign. la foi procédant de
la charité. A. E. 820, ou la foi qui est l'affection du
vrai. A.E. 443; Simon Pierre sign. la foi qui obéit
et met les préceptes en pratique, ainsi c'est la foi en-
trée dans la volonté et par conséquent dans l'homme
lui-même, ou la foi de la volonté. A. E. 443; et
Pierre sign. le.vrai ou la foi seulement; c'est à cause
de ces différentes significations que Pierre, selon le
sujet dont il s'agit, est appelé tantôt Pierre seulement,
tantôt Simon Pierre, tantôt Simon, fils de Jonas.
Voir A. E. 443.
SOIR (le), — XX. 19, — sign. l'état de l'intérieur
quand les vrais de la foi sont dans l'obscurité. A. C.
10135; ainsi, c'est une faible lumière.
SOUPER (le),— XXI. 20,—sign. la conjonction du
Seigneur avec l'homme de l'Église. A. R. 816.
SUAIRE (le) ou le linge sur la tête, — XX. 7, —
sign. le vrai intérieur ; le linge sign. le vrai. A. C.
10243; et la tête, l'intérieur. A. C. 5145.
SUIVRE,— XX. 6. XXI. 19, 20, —sign. être sous
l'auspice et sous la conduite de celui qu'on suit. A.
C. 3191.
VOCABULAIRE. 61
TERRE (la), —• XXI. 8, 9, 11, — sign. le sensuel
externe de l'homme. A. G. 6948.
TÊTE (la),—XX. 7,12,—-sign. les intérieurs, ou
les choses qui sont dans les premiers. A. G. 5145,
6188; Y Ange placé à la tête sign. le Divin Vrai
dans les premiers. A. E. 687.
THOMAS, — XX. 24, 26, 27, 28, 29, — sign. le
sensuel; cfr. A. G. 128, 129.
TOUCHER, — XX. 17, — sign. recevoir. A. G.
10130.
TOURNER (se), — XX. 14, 16. XXI. 20, — sign.
éprouver un changement d'état. A. R. 42.
TROISIÈME FOIS (la), — XXI. 14, 17, — sign. ce
qui est complet ou ce qui complète. A. R. 505. R.C.
387.
TUNIQUE (la), — XXI. 7, — sign. le vrai naturel.
A. G. 9826.
VENIR, — XX. 1, 2, 3, 18, 19, 24, 26. XXI.
8, 12, — sign. se conjoindre. A. G. 3850; s'appro-
cher, parvenir. A. G. 5941 ; communiquer par influx
ou influer. A. G. 5249. Venir au sépulcre sign. le
successif de la régénération. A. C. 5505, c'est par
conséquent s'occuper de continuer la régénération.
VIE (la), — XX. 31, — sign. la vie éternelle. A.
C. 5407.
VIEUX (devenir), — XXI. 18, — sign. dépouiller
un précédent état et revêtir un état nouveau. A. C.
4620.
VOIR, — XX. 1, o, 6, 8, 18, 20, 25, 29. XXI. 9,
6.
62 VOCABULAIRE.
20, 21, —sign. comprendre. A. G. 2807; recon-
naître. A. G. 3786; percevoir. A. C. 5400; et s'a-
percevoir. A. C. 2150.
ZÉBÉDÉE (les fils de),—XXI. 2,— sign. la charité
et le bien de la charité. A. E. 8.

Pendant la dernière et la plus douloureuse tenta-
tion du Seigneur, lorsqu'il est livré aux Juifs, con-
damné et crucifié, tous ses disciples l'abandonnent;
Pierre lui-même,naguère si ferme,le renie; et quand
Jésus expire, il n'a près de lui que Jean et quelques
femmes qui avaient coutume de le suivre.
Ces faits historiques, dans le sens interne particu-
lier, signifient que, chez le régénéré, pendant la der-
nière tentation, qui est aussi pour lui la plus dou-
loureuse, lorsque Jésus ou le Divin Amour, c'est-à-
dire, le Moteur de la vie spirituelle, est livré au
milieu des maux qui le harcèlent, le condamnent et
l'étouffent, les principaux mobiles ou principales
choses de l'Église chez le régénéré, abandonnent
ce Moteur; la foi elle-même, naguère si vive, le
renie, et quand le Divin Amour est ainsi étouffé, il
n'y a près de lui que le bien de la charité, et quelques
affections qui précédemment s'étaient habituées à
suivre toutes ses impulsions.
EXÉGÈSE. 63
Tel est l'état spirituel du régénéré pendant sa
dernière tentation ; mais vers la fin de cette tenta-
tion, Jésus, à l'insu des disciples et des femmes, res-
suscite d'entre les morts, ce qui signifie que le Divin
Amour, à l'insu du régénéré, qui le croit étouffé en
lui, se dégage d'entre les maux, les chasse de chez le
régénéré, et les tient éloignés, et peut dès lors agir
chez lui avec d'autant plus de force que dorénavant
les maux ne pourront plus s'opposer à son action.
Mais cette action du Divin Amour ou du Seigneur
chez le régénéré ne peut s'exercer que progressive-
ment et selon les lois de son Ordre Divin ; de là les
diverses manifestations rapportées dans les deux
Chapitres qui vont être expliqués : ces manifestations
représentent les diverses merveilles que le Seigneur
opère dans le régénéré, après la dernière tentation,
pour compléter la régénération.
64 EXÉGÈSE.

CHAPITRE XX.

i. Or, au premier des sab- 1. Or, dans l'état de repos
bats, qui, chez le régénéré, suc-
cède à la dernière tentation,
Marie la Magdalèoe Son affection du bien,
Vient de grand matin, Dans un commencement
tandis qu'il faisait encore ob- d'illustration, lorsqu'il y a
scur, au sépulcre; encore peu de lumière, s'oc-
cupe de la régénération,
Et elle voit la pierre ôlée Et elle s'aperçoit que le
du sépulcre. vrai a été détourné de la ré-
génération.
Dans les tentations, et surtout dans la dernière
tentation, le régénéré est dans l'obscurité, mais après
la tentation, le Seigneur lui donne la consolation et
le repos, et dissipe l'obscurité en l'illustrant peu à
peu. A. G. 5264, 5773. Quand le régénéré est dans
cet état de repos et dans le commencement de l'illus-
tration, c'est Marie la Magdalene, c'est-à-dire, son
affection du bien qui s'occupe d'abord de la ré-
génération, car c'est elle qui vient la première au
sépulcre; mais elle voit la pierre ôtée du sépulcre;
et alors elle croit, ainsi que l'indiquent les Ver-
2, il et 13, que les Juifs ont enlevé la pierre et ont
dérobé le corps du Seigneur, c'est-à-dire qu'elle
JEAN. CHAP. XX. 65
pense que les maux ont détourné de la régénération
le vrai, et ont soustrait le Divin Amour.
2. Elle court donc et vient 2. Elle s'empresse donc,
vers Simon Pierre, et vers de se conjoiodre à la foi de la
l'autre disciple qu'aimait Je-
volonté et an bien de la cha-
sus, rite,
Et elle leur dit : Ils ont Et elle leur communique
enlevé le Seigneur du sépul-sa pensée, que les maux ont
cre, privé du Divin Amour la ré-
génération,
Et nous ne savons où ils Et que le régénéré ne sait
l'ont mis. comment le retrouver.
L'affection du bien ne pouvant agir seule dans la
régénération a recours à la foi de la volonté et au
bien de la charité, et comme elle pense que les maux
qui ont assailli le régénéré pendant la dernière ten-
tation ont soustrait le Divin Humain du Seigneur, elle
leur communique cette pensée. Quand le régénéré se
croit abandonné du Seigneur, c'est alors que le Sei-
gneur est le plus près de lui, ainsi qu'il arrive dans
toutes les tentations spirituelles : c'est pour cela que
l'affection du bien pense que les maux ont privé du
Divin Amour la régénération ; mais ce Divin Amour
ou Divin Humain est bien près du régénéré, et va
bientôt se manifester devant lui.
3. Pierre et l'autre disciple 3. La foi et le bien de la
sortirent donc, et ils vinrent charité se disposent donc
au sépulcre. pour la régénération.
Il est à remarquer qu'ici il est dit seulement Pierre
6*.
66 EXÉGÈSE.

et non Simon Pierre; ainsi, il est question ici de la
foi seulement et non de la foi entrée dans la volonté
ou dans le régénéré même; mais au Verset 6, quand
Pierre suit Jean ou se laisse diriger par le bien de la
charité, il est de nouveau appelé Simon Pierre,
comme il l'avait été précédemment Vers. 2, quand
Marie la Magdalène ou l'affection du bien s'était adres-
sée à lui.
tt. Or, ils couraient eux 4. Or, ils se livrent en-
deux ensemble, semble à un examen,
Et l'autre disciple courut Et le bien de la charité s'y
en avant plus vite que Pierre, livre avec plus d'ardeur que
la foi,
Et arriva le premier au se- Et il est disposé le premier
pulcre ; pour la régénération ;

Jean arrive au sépulcre avant Pierre, parce que le
bien de la charité conduit à la régénération plus
promptement que la foi.
5. Et, s'étant baissé, 5. Et, s'humiliant,
Vit étendus les linges; Aperçoit les vrais exté-
rieurs qui la concernent;
Cependant il n'entra point. Cependant il ne pénètre
pas plus avant.

Par l'humiliation le bien de la charité aperçoit les
vrais extérieurs de la régénération, mais il a besoin
d'être éclairé par la foi de la volonté pour en aper-
cevoir le vrai intérieur; c'est pour cela que Jean,
quoiqu'arrivé le premier, n'entra point dans le sépul-
cre, avant que Simon Pierre y fût entré,
JEAN. CHAP. XX. 67
6. Vint donc Simon Pierre, 6. La foi de la volonté y
qui le suivait, parvient donc, dirigée par le
bien de la charité,
Et il entra dans le sépul- Et elle pénètre dans la ré-
cre, génération,
Et vit les linges étendus, Et aperçoit les vrais exté-
rieurs qui la concernent,
7. Et le suaire qui avait été 7. Et le vrai intérieur,
sur sa tète,
Non pas avec les linges Non mêlé avec les vrais ex-
étendu, mais replié à part térieurs, mais disposé selon
dans un lieu. son état.
La foi ne peut apercevoir les vrais de la régénéra-
tion, ni faire la distinction entre les vrais naturels et
le vrai spirituel, qu'après avoir été échauffée par le
bien de la charité; voilà pourquoi Pierre avait Jean
près de lui quand il entra dans le sépulcre, et est
alors appelé Simon Pierre, parce que maintenant il
désigne la foi passée de l'entendement dans la volonté.
8. Alors donc entra aussi 8. Alors donc pénètre aussi
l'autre disciple qui élait ar- le bien de la charité qui avait
rivé le premier au sépulcre; été disposé le premier pour
la régénération ;
Et il vit, et il crut; Et il comprend et il recon-
naît.
9. Car ils ne connaissaient 9. Car ils étaient encore
pas encore l'Écriture : dans l'obscurité touchant
cette vérité,
Qu'il fallait que d'entre les Qu'il fallait que le Divin
morts il ressuscitât. Amour fût retiré d'entre les
maux.
68 EXÉGÈSE.

Quand Jésus parlait aux Apôtres de sa mort pro-
chaine et de sa résurrection, ils ne le comprenaient
pas, ils craignaient même de l'interroger à ce sujet;
ils auraient voulu qu'il restât toujours avec eux; et
quoiqu'il les en eût avertis plusieurs fois, ils ne pou-
vaient pas se persuader qu'après qu'il les aurait quit-
tés, ils le posséderaient bien plus complètement que
pendant son séjour dans ce monde. Il en est de même
du régénéré avant qu'il ait subi sa dernière tenta-
tion ; heureux de sentir la présence du Seigneur qui
le dirige dans sa régénération, il ne comprend pas
qu'il faut dans son propre intérêt qu'il en soit comme
privé momentanément, car il voudrait toujours sen-
tir en lui sa présence ; et quoique la doctrine le lui
enseigne, il a de la peine à se persuader qu'après que
le Seigneur aura été comme étouffé en lui, il le pos-
sédera ensuite avec plus de plénitude qu'auparavant;
cependant il faut absolument que chez le régénéré
Jésus soit crucifié, afin qu'il ressuscite d'entre les
morts, c'est-à-dire qu'il faut que le Divin Amour soit
pour ainsi dire étouffe chez lui pendant la dernière
tentation, afin que cet Amour, par un dernier com-
bat contre les maux du régénéré, les chasse et se re-
tire du milieu d'eux, pour pouvoir ensuite se mani-
fester chez le régénéré dans toute sa splendeur et
dans toute sa gloire. Avant la dernière tentation, le
Divin Amour agissait chez le régénéré au milieu de
maux de tout genre qui s'opposaient sans cesse à son
action-, après la dernière tentation, les maux étant
JEAN. CHAP. XX, 69
repoussés et mis dans l'impossibilité de nuire, le Di-
vin Amour a dès lors chez le régénéré toute sa plé-
nitude d'action.
10. De nouveau donc s'en 10. De nouveau donc la foi
allèrent chez eux les disci- et le bien de la charité sont
pies. laissés à eux-mêmes.
11. Mais Marie se tenait 11. Mais l'affection du bien
près du sépulcre, en dehors, persiste pour la régénéra-
pleurant. tion, restant dans les exter-
nes, avec un profond chagrin.
Comme donc elle pleurait, Comme donc elle ressent
elle se baissa vers le sépul- ce chagria, elle s'humilie au
cre, sujet de la régénération,
Les disciples s'en allèrent à eux-mêmes, ou chez
eux ; mais Marie resta au sépulcre, sans y pénétrer,
se tenant dehors et pleurant : c'est que l'affection du
bien, lors même qu'elle se tient dans les externes, est
spécialement douée de persévérance et de tendresse;
c'est à cette affection, comme on le verra plus tard,
qu'appartient la tâche d'exciter et de mettre en ac-
tion les autres mobiles chez le régénéré. Le Sei-
gneur aimait Jean plus que les autres Apôtres, parce
que Jean représente le bien de la charité ou les
œuvres, et que les œuvres sont ce qui plaît le plus au
Seigneur, mais ici il préfère Marie la Magdalène à
Jean, parce que c'est l'affection du bien qui, dans la
régénération, est le premier et le principal mobile.
12. Et elle voit deux An- 12. Et elle perçoit les Di-
ges en blancs, assis l'un à la vins Vrais, tant dans les pré-
tête, et l'un aux pieds, miers que dans les derniers,
70 EXÉGÈSE.
Où avait été étendu le Relativement à l'état de
corps de Jésus. l'Humain du Seigneur.
Les disciples en entrant dans le sépulcre ne virent
que les linges qui avaient enveloppé le Seigneur,
Marie la Magdalène en se baissant y voit deux Anges.
Voilà la première manifestation dans le régénéré
après sa dernière tentation, et c'est dans son affec-
tion du bien qu'elle a lieu. Quand cette affection
s'humilie au sujet de la régénération, les Divins Vrais
qui concernent l'Humain du Seigneur se manifestent
devant elle.
13. Et ils lui dirent, eux : 13. Et la perception de
Femme, pourquoi pleures» ces vrais la fait réfléchir sur
tu? la cause de son profond cha-
grin ;
Elle leur dit : Parce qu'ils Elle pense que c'est parce
ont enlevé mon Seigneur, que les maux ont éloigné le
Divin Amour,
Et je ne sais où ils l'ont Et que dans son état d'ob-
mis. scurité elle ne sait comment
le retrouver.
Malgré la perception des Divins Vrais sur l'état dé
l'Hutoain du Seigneur, l'affection du bien ne perce-
vant pas encore le Divin Humain, pense toujours que
ce sont les maux qui l'ont éloigné.
14. Et quand elle eut dit lu. Et pendant qu'elle
ces choses, pense ainsi,
Elle se tourna en arrière II se fait en elle un chan-
et elle voit Jésus debout ; gement d'état, et elle perçoit
le Divin Amour;
JEAN. CHAP. XX. 74
Mais elle ne savait pas que Mais elle est dans trop
c'était .Jésus. d'obscurité pour reconnaître
que c'est le Divin Amour.
C'est aussi Marie la Magdalène qui la première voit
le Seigneur en personne après la résurrection. Néan-
moins, malgré le changement d'état qui s'opère dans
l'affection du bien, cette affection ne pouvait pas re-
connaître tout de suite le Divin Amour ; c'est d'ailleurs
ce qui est exprimé clairement dans ce Verset, en ce
que Jésus se manifesta derrière Marie, et que c'est
en se retournant qu'elle le vit.
15. Jésus lui dit : Femme, 15. Le Divin Amour par
pourquoi pleures-tu ? Qui un influx dans l'affection du
cherches-tu? bien la fait réfléchir sur la
cause de son chagrin et sur
l'objet de ses désirs,
Elle, croyant que c'est le Elle, le prenant pour le Dis-
jardinier, pensateur de l'intelligence,
Lui dit : Seigneur, si toi, tu Pense que si c'est lui qui
l'as emporté, tient le Divin Humain éloigné
à cause des maux.
Dis-moi où tu l'as mis; et II lui fera connaître dans
moi, je l'enlèverai. quel état elle doit être pour
le retrouver, et qu'elle l'ob-
tiendra.
Par ce premier influx dans l'affection du bien, le
Divin Amour ne se fait pas reconnaître comme tel,
mais il produit en elle un progrès, en ce qu'elle le
prend pour le Dispensateur de l'intelligence, et qu'elle
espère, par l'intermédiaire de ce Dispensateur, re-
trouver le Divin Humain. .
72 EXÉGÈSE.

16. Jésus lui dit : Marie! 16. Un second influx du
Divin Amour pénètre dans
toute l'affection du bien,
Elle, s'étant retournée, Cette affection, subissant
un changement d'état,
Lui dit : Rabboni! c'est-à- Le reçoit comme Divine
dire, Maître! Sagesse ou Divin Vrai.
Ce second influx pénètre dans toute l'affection du
bien, car Jésus l'appelle par son nom, Marie! ce
qui montre qu'il s'adresse à sa qualité, c'est-à-dire,
à tout ce qui constitue cette affection ; il est dit en-
suite qu'elle se retourna, ce qui indique qu'après
avoir répondu à Jésus qu'elle avait pris pour le Jardi-
nier, elle s'était tournée vers le sépulcre où elle avait
précédemment vu les Anges, c'est-à-dire, vers les
Divins Vrais qui concernent l'Humain du Seigneur,
Vers. 12 ; mais qu'en entendant prononcer son
nom, elle se retourna et alors reconnut Jésus, car
elle l'appelle Rabboni, c'est-à-dire que par un nou-
veau changement d'état ou un nouveau progrès, elle
reçoit le Divin Amour, non pas, il est vrai, comme
Divin Amour, puisqu'elle l'appelle Maître, mais
seulement comme Divine Sagesse.
17. Jésus lui dit : Ne me 17. Un troisième influx
touche point, du Divin Amour lui fait per-
cevoir qu'elle ne peut pas le
recevoir en cette qualité ;
Car je ne suis pas encore Parce que le régénéré ne
monté vers mon Père; s'est pas encore élevé vers le
Divin Bien Même;
JEANi CHAP. XX. 73
Mais va vers mes frères, Mais qu'elle doit mettre en
activité les principaux mo-
biles du régénéré,
Et dis-leur : Je monte vers Et les exciter à s'élever
mon Père et votre Père, vers le Divin Bien Même,
Et vers mon Dieu et votre Et vers le Divin Vrai Mê-
Dieu. me.
Enfin, par an troisième influx, l'affection du bien
perçoit qu'elle ne peut pas recevoir le Divin Amour
avant que le régénéré se soit élevé vers le Divin Bien
Même. Par monter vers le Père, il est entendu, dans
le sens suprême, l'union complète de l'Humain du
Seigneur avec son Divin, l'Humain provenant de sa
mère ayant été entièrement rejeté. A. E. 899 ; mais
dans le sens interne particulier, c'est l'élévation du
régénéré vers le Divin Bien Même.
Le Seigneur appelle les disciples ses frères, parce
qu'il s'agit principalement du bien, le mot frère se
référant au bien.
18. Marie la Magdalène 18. L'affection du bien
vint annoncer aux disciples, se conjoint aux principaux
mobiles pour leur communi-
quer
Qu'elle avait vu le Sei- Qu'elle a eu une percep-
gneur, tion du Divin Humain du Sei-
gneur,
Et qu'il lui avait dit ces Et que d'après cette per-
choses. ception il faut pour le rece-
voir comme Divin Amour,
s'élever vers le Divin Bien
Même et vers le Divin Vrai
Même.
7.
74 EXÉGÈSE.

Jusqu'ici le Divin Humain du Seigneur ne s'est
manifesté dans le régénéré qu'à son affection du
bien, parce que cette affection doit préparer et exci-
ter les principaux mobiles chez le régénéré à s'élever
vers le Bien Même et le Vrai Même, avant que le Di-
vin Humain puisse se manifester à eux.
19. Quand donc ce fut le 19. Puis dans la faible
soir, ce même jour, le pre- lumière de ce même état de
mier des Sabbaths, repos,
Et les portes étant fermées Et la communication avec
les choses du monde étant
fermée, dans les principaux
mobiles
Là où les disciples étaient Réunis (excepté le sensuel),
assemblés,
Par crainte des Juifs, A cause de la crainte des
maux,
Jésus vint et se tint au Le Seigneur comme Divin
milieu, Amour influe et pénètre jus-
qu'à Fin lime,
Et il leur dit : Paix à vous! Et par cet influx il intro-
duit dans le régénéré une fé-
licité intime.
Maintenant la manifestation du Seigneur ou du
Divin Amour, a lieu devant les disciples assemblés,
mais en l'absence de Thomas, voir Vers. 24. Tho-
mas n'était pas présent, parce qu'il représente le
sensuel; or, la régénération s'effectue selon l'ordre
descendant des degrés, et le sensuel est au dernier
degré ; l'externe est régénéré plus tard et plus diffi-
cilement que l'interne. A. C. 3469 : il est donc con-
JEAN. CHA.P. XX. 73

forme aux lois de l'ordre que les autres principaux
mobiles chez le régénéré reconnaissent le Divin Hu-
main, avant que le Divin Humain puisse se faire re-
connaître par le sensuel du régénéré.
20. Et disant cela, 20. Et en introduisant
celle félicité,
II leur monlra ses mains et II manifesta sa puissance
son côté. et son amour.
Les disciples se réjouirent Ces principaux mobiles
donc en voyant le Seigneur, sont donc dans la joie, en
reconnaissant le Divin Hu-
main du Seigneur.
21. Puis, Jésus leur dit en- 21. Puis, le Seigneur in-
core : Paix à vous! traduit dans le régénéré une
félicité encore plus intime,
Comme M'a envoyé le Pè- Avec la conviction que
re, Moi aussi je vous en- comme du Divin Même a pro-
voie, cédé le Divin Vrai, de mémo
du bien interne procède le
vrai interne chez le régénéré.
Dans le sens interne, relativement à l'Église sur la
terre, par : « Comme te Père m'a envoyé, Moi aussi
je vous envoie, » il est signifié que les hommes de
l'Église doivent enseigner le Divin Vrai procédant du
Seigneur, de Qui vient la vie spirituelle; en effet, le
Seigneur dans le monde était le Divin Vrai qu'il en-
seigna d'après le Divin Bien qui était en Lui par la
conception ; c'est ce Divin Bien que le Seigneur appelle
ici le Père; et comme, lorsqu'il sortit du monde, il
unit le Divin Vrai au Divin Bien afin qu'ils fussent un
en Lui, et comme alors le Divin Vrai procède de
76 EXÉGÈSE.
Lui, voilà pourquoi il a dit : « Comme mon Père
m'a envoyé, Moi aussi je vous envoie. » A. E. 419.
Mais dans le sens interne particulier, où tout se
passe dans le régénéré qui est l'image du Seigneur,
il est signifié que le vrai chez le régénéré procède
du bien, comme le Divin Vrai chez le Seigneur a
procédé du Divin Bien ou du Divin Même appelé le
Père.

22. Et, disant cela, 22. Et en introduisant
cette félicité et celte convic-
tion,
II insuffla, II insinue dans le régénéré
la vie de la foi,
Et leur dit : Recevez Es- Et le régénéré perçoit que
prit Saint la Divine Sagesse ou le Divin
Vrai influe en lui ;
23. A ceux à qui vous re- 23. Que par celte sagesse
mettrez les péchés, ils seront il doit remplacer les maux
remis; et les faux par les biens et
les vrais,
A ceux à qui vous les re- Et que les maux et les
tiendrez, ils seront retenus, faux seront tenus éloignés et
dans l'impuissance de nuire.
Des paroles presque semblables ont été adressées
à Pierre lorsque le Seigneur lui promit les clés du
Royaume des Cieux,— Matth. XVI. 19 ; — mais c'est
à la foi, procédant de la charité, foi représentée par
Pierre, alors appelé Simon, fils de Jonas, et non à
Pierre lui-même qu'appartiennent ces clés : cette foi
est seulement chez ceux qui sont dans l'amour envers
le Seigneur et dans la charité à l'égard du prochain,
JEAN. CHAP. XX. 77

c'est elle qui ferme le Ciel pour que les maux et les
faux n'y entrent pas, et c'est elle qui ouvre le Ciel pour
les biens et les vrais ; les douze Apôtres aussi repré-
sentent tout ce qui appartient à une telle foi. A. C.
Préf. IIIe Part. Cette foi est chez le régénéré quand
il a reçu la Divine Sagesse ou le Divin Vrai : c'est
alors qu'il reçoit en abondance des biens et des vrais
à la place des maux et des faux qui ont été chassés,
et qui sont tenus éloignés et dans l'impuissance de
lui nuire.
2û. Or, Thomas, 24. Or, le sensuel,
L'un des douze, L'un des principaux mo-
biles,
Appelé Didyme, Qui doit coopérer avec les
autres chez le régénéré,
N'était point avec eux N'était pas d'abord con-
quand vint Jésus. joint avec eux quand le Sei-
gneur influa.
Thomas, qui représente le sensuel du régénéré, a
été surnommé Didyme, c'est-à-dire, Jumeau, parce
que le sensuel, bien que constituant l'externe du ré-
généré, est le frère jumeau des internes ou des au-
tres principaux mobiles, et comme tel, il doit se
conjoindre à eux ou coopérer avec eux chez le régé-
néré; car tant qu'il reste séparé, la régénération est
imparfaite. Thomas n'était pas avec les autres Apô-
tres quand Jésus vint; c'est-à-dire que le sensuel
n'avait pas conscience de la présence du Divin Amour
dans les intérieurs du mental du régénéré; et cela
parce que le sensuel étant plongé dans les idées mon-
7*.
78 EXÉGÈSE.

daines, il faut que les intérieurs soient ramenés à
l'ordre et reconnaissent la présence du Seigneur,
pour que le sensuel puisse ensuite être atteint, car
c'est par l'interne que l'externe est régénéré. « Net-
toie premièrement l'intérieur de la coupe et du plat,
afin que l'extérieur devienne aussi net. » — Matth.
XXII. 26.
25. Les autres disciples lui 25. Les autres principaux
dirent donc : Nous avons vu mobiles lui communiquent
le Seigneur; donc, qu'il y a eu chez eux
manifestation du Divin Hu-
main du Seigneur.
Mais lui, leur dit : Si je ne Mais il déclare que s'il ne
vois dans ses mains les mar- voit pas dans la puissance du
ques des clous, et ne mets Divin Humain l'adjonction de
mon doigt dans la marque des la puissance naturelle,
clous,
Et ne mets ma main dans Et que si la puissance na-
son côté, turelle n'est pas conjointe au
Divin Amour,
Je ne croirai point. Il ne le reconnaîtra point.
Avant d'avoir été régénéré, le sensuel a de la
peine à croire à la glorification du Seigneur ou au
Divin Humain, lors même que les autres principaux
mobiles la reconnaissent pleinement; c'est-à-dire
que lors même que le régénéré est pleinement con-
vaincu dans son intérieur que le Seigneur a rendu
Divin son Humain, néanmoins lorsque son sensuel
n'a pas encore été régénéré, et dans les instants où
chez lui ce sensuel domine, il a de la peine à recon-
naître le Divin Humain, il voudrait alors avoir des
preuves matérielles et palpables.
JEAN. CHAP. XX. 79
26. Et huit jours après, 26. Et au commencement
de l'état suivant,
De nouveau les disciples Les principaux mobiles
étaient au-dedans du logis, étant de nouveau dans une
perception intérieure,
Et Thomas avec eux. Et le sensuel étant conjoint
à eux,
Jésus vint, Le Seigneur influe,
Les portes étant fermées, La communication avec les
choses du monde étant fer-
mée,
Et il se tint au milieu Et il pénètre jusqu'à l'in-
time,
Et dit : Paix à vous! Et par cet influx il intro-
duit dans le régénéré une fé-
licité intime.
27. Puis il dit à Thomas : 27. Puis il influe spéciale-
ment dans le sensuel,
Porte ton doigt ici, et vois Et par cet influx le sensuel
mes mains, perçoit que chez le Seigneur
la puissance naturelle est ad-
jointe à la puissance Divine,
Et porte ta main et mets- Et que cette puissance na-
la dans mon côté; turelle est aussi conjointe
avec l'Amour Divin;
Et ne sois pas incrédule, Et qu'ainsi il ne doit plus
mais croyant. nier, mais qu'il doit recon-
naître.
28. Et Thomas répondit et 28. Et le sensuel reçoit cet
lui dit : Mon Seigneur et mon influx, et reconnaît le Divin
Dieu! Humain du Seigneur comme
étant l'union du Divin Amour
et de la Divine Sagesse.
Par la glorification de son corps jusque dans les
80 EXÉGÈSE.

derniers, le Seigneur peut se rendre accessible au sen-
suel chez le régénéré. Au Vers. 16, Jésus dit à Marie :
« Ne me touche pas, car je ne suis pas encore monté
vers mon Père, » et maintenant Jésus dit à Thomas :
« Porte ici ta main, et mets-la dans mon côté. »
Lorsqu'il s'adressait à Marie, l'union de son Humain
avec son Divin n'était pas encore complète; mais
huit jours se sont écoulés, et pendant ce temps il
était monté vers le Père, c'est-à-dire qu'il avait com-
plété l'union de l'Humain avec le Divin, au point qu'il
pouvait être accessible au sensuel chez le régénéré.
Dans le sens interne particulier, ces huit jours écou-
lés entre les deux manifestations signifient une pé-
riode entière, pendant laquelle le régénéré a fait
dans la régénération des progrès analogues à ceux
que fit le Seigneur dans sa glorification; et ces pro-
grès, auxquels le sensuel a participé, mettent le sen-
suel en état de percevoir le Divin Humain. Si les
preuves internes ne suffisent pas, le Seigneur donne
des preuves externes en manifestant sa puissance et
son amour dans le degré naturel.
29. Jésus lui dit : Parce 29. Le Seigneur par son
que tu M'as vu, Thomas, tu
influx fait percevoir au sen-
as cru : suel qu'au lieu de reconnaî-
tre le Divin Humain par des
moyens externes,
Heureux ceux qui n'ont II vaudrait mieux qu'il Le
pas vu et qui ont cru! reconnût par des moyens in-
ternes.
Dans le sens interne général, Thomas représente
JEAN. GHAP. XX. 81
ceux qui veulent voir avant de croire, c'est-à-dire,
ceux qui veulent des miracles et des visions; ceux au
contraire qui croient quoiqu'ils ne voient pas, sont
ceux qui veulent non des signes, mais des vérités
tirées de la Parole, et qui croient ces vérités. A. E.
1136. A. G. 7290, 8078. Ce Verset signifie aussi
qu'aujourd'hui les hommes de l'Église doivent croire
les choses qu'ils ne voient pas, parce que les mira-
cles les priveraient de leur liberté. A. G. SS08; en-
fin, par ces paroles : « Heureux ceux qui ne voient
point et qui croient, » il faut aussi entendre non pas
la foi séparée d'avec la reconnaissance interne du
vrai, mais que bienheureux sont ceux qui ne voient
pas le Seigneur de leurs propres yeux, comme Tho-
mas le vit, et qui cependant croient qu'il est Lui-
Même le Seigneur, car c'est là être dans la lumière
du vrai par la Parole. D.F. 10. La foi purement na-
turelle est la foi insinuée par le chemin externe et
non par le chemin interne, comme la foi sensuelle,
qui consiste à croire qu'une chose est, parce que
l'œil voit et la main touche, foi dont le Seigneur
parlait, quand il a adressé ces paroles à Thomas;
comme aussi la foi des miracles, qui consiste à
croire qu'une chose est, seulement d'après des mi-
racles; comme encore la foi de l'autorité, qui con-
siste à croire qu'une chose est, parce qu'un autre en
qui l'on a confiance le prétend; mais la foi spirituelle
est celle qui est insinuée par le chemin interne et en
même temps par le chemin externe; l'insinuation par
82 EXÉGÈSE.

le chemin interne fait que l'on croit, et alors ce qui est
insinué par le chemin externe fait que la chose est
confirmée. Le spirituel de la foi est l'affection de la
charité et par suite l'affection du vrai pour un usage
bon et pour la vie ; voilà ce qui fait que la foi est spi-
rituelle. L'insinuation de la foi par le chemin interne
se fait par la lecture de la Parole, et alors par l'illus-
tration qui procède du Seigneur, et qui est donnée
selon la qualité de l'affection, c'est-à-dire, selon la
fin qu'on se propose en désirant connaître le vrai.
A. G. 8078.
30. Certes donc beaucoup 30. Certes le Seigneur fait
d'autres signes fit Jésus en encore dans le régénéré beau-
présence de ses disciples, coup d'aulres merveilles,
Lesquels ne sont point Lesquelles ne sont point
écrits dans ce livre. manifestées dans l'état de sa
vie, soit sur terre, soit au
Ciel.
11 y a dans la régénération de l'homme des arcanes
innombrables qui ne peuvent jamais entrer dans l'in-
telligence d'aucun homme, ni d'aucun ange. A. C.
5202.
31. Maisceux-ci sont écrits, 31. Mais les merveilles ci-
dessus rapportées sont mani-
festées,
Afin que vous croyiez que Afin que les hommes de
Jésus est le Christ, le fils de l'Église reconnaissent le Di-
Dieu; vin Amour uni à la Divine
Sagesse dans le Divin Humain
du Seigneur,
JEAN. CHAP. XX. 83

Et afin qu'en croyant Et que par cette reconnais-
sance.,
Vous ayez la vie éternelle Ils jouissent de la vie éter-
nelle,
En son Nom. En conjoignant le bien de
l'amour avec le vrai de la foi.
84 EXÉGÈSE.

CHAPITRE XXI.

1. Après cela, Jésus se ma- 1. Après cela, le Seigneur
nifesta de nouveau aux disci- se manifeste de nouveau chez
ples le régénéré,
Près de la mer de Tibé- vers l'ensemble des con-
riade. naissances du naturel;
Or, il se manifesta ainsi : Or, il se manifeste ainsi :
Après les manifestations précédentes, on pourrait
croire que l'homme de l'Église a été complètement
régénéré, puisque son sensuel, qui est dans le der-
nier degré, a été conjoint aux internes et a reconnu
le Divin Humain du Seigneur; mais il ne suffit pas
que le principe sensuel soit arrivé à cette conjonc-
tion et à cette reconnaissance, il faut encore que tout
ce qui est dans le dernier degré, ou dans le naturel,
soit rétabli dans l'ordre, ou, ce qui est la même
chose, régénéré. Il s'agit donc ici de la régénération
complète du naturel.
2. Ensemble se trouvaient 2. Vers l'ensemble de ces
connaissances se trouvent
réunis,
Simon Pierre, La foi de la volonté
Et Thomas appelé Didyme, Et le sensuel alors conjoint
à la foi,
Et Nathanaêl, de Cana en Et le vrai qui procède du
Galilée, bien naturel,
JEAN. CHAP. XXI.

Elles/(k de Zébédée, Et la charité et le bien de
la charité,
Et deux autres de ses dis- Tous conjoints aux autres
ciples, principaux mobiles du régé-
néré (1).
Les connaissances naturelles ne sont réformées et
régénérées que quand les connaissances spirituelles
ont été perçues et reconnues, parce que la régénéra-
tion procède de l'intérieur vers l'extérieur. Ici les
principaux mobiles chez le régénéré sont descendus
des intérieurs où ils étaient précédemment, et se
réunissent tous dans les extérieurs où sont les con-
naissances naturelles.
3. Simon Pierre leur dit : 3. La foi de la volonté les
Je vais pêcher. fait réfléchir qu'il faut régé-
nérer le naturel.
Ils lui dirent : Nous y al- Tous, par suite de celte
lons aussi, nous, avec toi. réflexion, se joignent à la foi
de la volonté pour le régéné-
rer.
Ils sortirent et montèrent Ils se mettent à l'œuvre et
dans la barque aussitôt; pénètrent aussitôt dans la
doctrine des connaissances
naturelles;
Et dans cette nuit-là, ils Et étant dans l'obscurité
ne prirent rien. produite par le propre, ils n'y
trouvent rien.
Les principaux mobiles stimulés par la foi de la
(1) DeM: signifiant la conjonction, elles disciples étant au nombre
de Sept, qui signifie tous, A. E. 20, deux autres de ses disciples, sign.
qu'ils étaient tous conjoints aux autres principaux mobiles du régénéré.
8.
86 EXÉGÈSE.

volonté entreprennent de réformer le naturel; ils
ont en conséquence recours h la doctrine des con-
naissances naturelles; mais comme ils agissent par
le propre ou par eux-mêmes, ils n'y trouvent rien,
car c'est par le Seigneur qu'on trouve tout ce qui
est utile. A. E. 513. Quand le régénéré entre-
prend une nouvelle œuvre de la régénération, il agit
ordinairement par son propre, et malgré toutes les
peines qu'il se donne, il n'obtient aucun résultat;
toutefois, ce travail n'est pas sans utilité, car fatigué
d'avoir cherché en vain, il est porté à reconnaître
qu'il n'a agi que par lui-même, et que par lui-même
il ne peut rien; c'est aussi ce qu'on voit dans les
Versets suivants, les principaux mobiles y reconnais-
sent n'avoir rien trouvé qui pût être approprié.
tt. Or, le malin étant déjà !i. Or, un commencement
venu, Jésus se tenait sur le d'illustration étant alors sur-
rivage; venu, le Seigneur se mani-
feste dans les extrêmes des
connaissances,
Toutefois, les disciples ne Toutefois, les principaux
savaient point que c'était Je- mobiles du régénéré sont
sus. alors dans trop d'obscurité
pour reconnaître que c'est le
Seigneur.
Comme il est peu d'hommes qui parviennent sur
la terre à la période de régénération qui est ici dé-
crite, il nous est difficile de la bien comprendre. Les
extrêmes des connaissances sont les connaissances
naturelles, et les extrêmes du naturel sont les sen-
JEAN. CHAP. XXI. 87

suels. A. C. 9331. Le régénéré ayant entrepris de
réformer le naturel au moyen de la doctrine des con-
naissances naturelles, et n'ayant obtenu aucun résul-
tat parce qu'il agissait par lui-même, le Seigneur se
manifeste dans les connaissances sensuelles qui sont
les extrêmes ou les dernières des connaissances na-
turelles, pour de là lui indiquer la marche qu'il doit
suivre, mais le régénéré ignore encore que c'est le
Seigneur, c'est-à-dire qu'il ne perçoit pas encore
l'influx du Divin Amour dans les connaissances sen-
suelles-naturelles.
5. Jésus donc leur dit : 5. Le Seigneur donc les
Enfants, n'avez - vous pas porte à faire celle réflexion :
quelque chose à manger? Avons-nous trouvé quelque
chose qui pût nous être ap-
proprié?
Ils lui répondirent : Non. Ils reconnaissent n'avoir
rien trouvé de tel.
Par ce premier influx du Seigneur, le régénéré
reconnaît qu'il a agi d'après son propre, et que c'est
pour cela qu'il n'a obtenu de ses recherches aucun
résultat.
6. Or, il leur dit : Jelez au G. Or, par un nouvel in-
côlé droit de la barque le fi- flux il leur suggère de porter
let, le menlal naturel (1) vers le
bien des connaissances d'où
procèdent les vrais,

(l)Le mental de l'homme ou le mental humain (Menshumana) con-
siste en deux parties, la volonté" et l'entendement. A. C. 310. Il y a
88 EXÉGÈSE.

Et vous trouverez. Et qu'ils trouveront.
Ils le jetèrent donc, et ne Ils font donc ainsi, et ne
pouvaient point le tirer à peuvent point tirer parti de
cause de la multitude de ce mental à cause du grand
poissons. nombre de scientifiques (1)
qui le remplissent.
Le régénéré agissant par son propre pour réfor-
mer le naturel était entré dans la doctrine des con-
naissances naturelles sans obtenir aucun résultat;
maintenant qu'il suit l'impulsion du Seigneur, en
portant son mental naturel, c'est-à-dire, sa volonté
naturelle et son entendement naturel, vers le bien de
la doctrine, les scientifiques se présentent en si grand
nombre que ce mental en est rempli, et que les mobi-
les supérieurs du régénéré ne peuvent en tirer parti
en raison du grand nombre de scientifiques. Cela
vient de ce que, dans l'état actuel, le régénéré doit
agir d'après le bien et non d'après le vrai ; dans la
première période de la régénération, il arrivait au
bien par le vrai, maintenant c'est par le bien qu'il
perçoit le vrai, car le vrai réel procède du bien.
chez l'homme deux mentais, à savoir, le mental rationnel et le mental
naturel; le mental rationnel appartient à l'homme interne, et le mental
naturel appartient à l'homme externe. A. C. 5301. Le mental naturel
est régénère' par le mental rationnel. A. C. 3509.
(1) Entre les doctrinaux, les connaissances et les scientifiques, il y a
celte distinction : Les Doctrinaux sont les choses qui ont été tirées de
la Parole; les Connaissances sont celles qui ont été tirées de ces Doc-
trinaux d'une part, et des Scientifiques d'une autre part ; et les Scien-
tifiques sont celles qui appartiennent à l'expérience acquise par soi-
même et par d'autres. A. C. 9386.
JEAN. CHAP. XXI. 89
7. Ce disciple que Jésus 7. Le bien de la charité
aimait dit donc à Pierre : suggère donc à la foi que c'est
C'est le Seigneur. une manifestation du Divin
Humain du Seigneur.
Simon Pierre, ayant donc La foi de la volonté, ayant
entendu que c'était le Sei- donc compris que c'est une
gneur, ceignit sa tunique, manifestation du Divin Hu-
main du Seigneur, se dispose
pour recevoir le vrai naturel,
Car il était nu, Car par elle-même elle ne
possédait rien de ce qui ap-
partient à ce vrai.
Et il se jeta dans la mer. Et elle pénètre dans l'en-
semble des connaissances na-
turelles.
La foi de la volonté appartient a. l'homme inté-
rieur, et tant que l'homme extérieur n'a pas été ré-
généré, cette foi ne possède encore rien de ce qui
concerne le vrai naturel, lequel est externe, voilà
pourquoi il est dit que Simon Pierre était nu ; il cei-
gnit sa tunique et se jeta à la mer, c'est-à-dire que
cette foi se dispose à recevoir ce vrai en pénétrant
dans l'ensemble des connaissances naturelles, car il
s'agit ici de la régénération de l'homme externe et
de tout ce qui le concerne.
8. Mais les autres disciples 8. Mais les autres princi-
vinrent dans la nacelle, — paux mobiles du régénéré
car ils n'étaient pas loin de la s'approchent du sensuel ex-
terre, mais à environ deux terne par la doctrine des
cents coudées,— connaissances les plus exté-
rieures, car ils n'étaient pas
éloignés de ce sensuel, mais
8*'
90 EXÉGÈSE.
presque conjoints par la qua-
lité,
Traînant le filet de pois- Tirant parti du menlal
sons. naturel rempli de scientifi-
ques.
Pour que les principaux mobiles du régénéré puis-
sent reconnaître et s'approprier les scientifiques qui
sont au dernier degré (les poissons), il faut néces-
sairement qu'ils s'approchent du sensuel externe (la
terre), dans lequel ces scientifiques peuvent être
mis en évidence et examinés, et c'est par la doctrine
des connaissances les plus extérieures (la nacelle ou
petite barque), qu'ils s'approchent de ce sensuel, tirant
parti du mental naturel (le filet), c'est-à-dire, de la vo-
lonté naturelle et de l'entendement naturel du régé-
néré où étaient les scientifiques ; mais ils ne font point
entrer ce mental dans le sensuel externe; c'est la foi
de la volonté qui est chargée de ce soin. Voir Vers. 11.
9. Lors donc qu'ils furent 9. Lors donc qu'ils sont
descendus à terre, descendus dans le sensuel
externe,
Ils voient un brasier qui Ils aperçoivent le bien qui
était là, était là,
Et un petit poisson rais Et d'après ce bien le vrai
dessus, et du pain. du bien spirituel, et le bien
de l'amour.
Parvenus dans le sensuel externe après tous ces
préliminaires, les principaux mobiles du régénéré y
aperçoivent le bien, et par suite le vrai du bien spiri-
tuel, et le bien de l'amour, qui vont leur servir a
faire un examen des scientifiques.
JEAN. CHAP. XXI. 91

10. Jésus leur dit : Appor- 10. Le Seigneur par son
lez de ces poissons que vous influx les fait réfléchir qu'ils
avez pris maintenant. doivent examiner les scienti-
fiques qu'ils ont découverts
maintenant.
Après avoir aperçu le bien et le vrai dans le sen-
suel externe, les principaux mobiles du régénéré
sont aptes à examiner les scientifiques, et le Seigneur
par son influx les porte à faire cet examen.
11. Simon Pierre monta, 11. La foi de la volonté s'é-
et il tira le filet à terre, plein lève vers le bien, et elle
de poissons grands, cent cin- fait entrer dans le sensuel
quante-trois; externe le mental naturel
rempli de tous les scientifi-
ques;
Et, quoiqu'il y en eût tant, Et quoique le nombre en
point ne fut déchiré le filet, soit très-grand, le mental na-
turel n'en souffre point.
Cette pêche merveilleuse, faite sur le côté droit de
la barque, montre qu'en agissant d'après le bien na-
turel, le régénéré découvre les choses innombrables
qui appartiennent au vrai naturel, et qui sont appe-
lées scientifiques; que sa volonté naturelle et son en-
tendement naturel en sont remplis; et que malgré la
multiplication excessive des scientifiques, cette vo-
lonté et cet entendement n'en souffrent aucun dom-
mage.
12. Jésus leur dit : Venez, 12. Le Seigneur par son
dînez, influx les convie à la conjonc-
tion et a l'appropriation,
92 EXEGESE.

Or, aucun des disciples Or, aucun des principaux
n'osait lui demander : Qui mobiles du régénéré n'entre-
es-tu? prend de rechercher d'où
provient cet influx,
Sachant que c'était le Sei- Percevant qu'il procède du
gneur. Divin Humain du Seigneur.

A l'inspection de tous ces scientifiques qui sont
étalés à ses yeux, le régénéré ne peut douter un in-
stant que cette multiplication prodigieuse n'ait été
produite par la miséricorde du Seigneur; et quand
aussitôt après il se sent porté à se les approprier, il
ne pense nullement à rechercher d'où provient cette
impulsion, étant bien convaincu qu'elle procède du
Seigneur.

13. Jésus donc vient, et il 13. Le Seigneur donc se
prend le pain, et il leur don- conjoint avec eux, et il leur
ne, et le petit poisson pareil- communique dans le dernier
lement. degré le bien de l'amour, et
pareillement le vrai du bien
spirituel.

Par cette conjonction et par cette communication
du bien de l'amour, et du vrai du bien spirituel, le
régénéré s'approprie ce bien et ce vrai dans le degré
naturel-sensuel.

lit. C'était déjà la troisième l/i. C'est là le complément
fois que Jésus s'était mani- des manifestations du Sei-
festé à ses disciples, gneur dans le régénéré,
Après être ressuscité des Après que chez lui les
morts, maux ont été entièrement re-
poussés.
JEAN. CHAP. XXI. 93

Depuis que les maux avaient été repoussés chez le
régénéré, c'est-à-dire, depuis sa dernière tentation,
le Seigneur s'était d'abord manifesté dans tout le ré-
généré, le principe sensuel excepté, et par cette ma-
nifestation l'ordre fut rétabli dans tous ses princi-
paux mobiles autres que le sensuel; le Seigneur se
manifesta une seconde fois dans tout le régénéré sans
en excepter le mobile sensuel, et par cette seconde
manifestation ce mobile fut aussi remis dans l'or-
dre, et il reconnut le Divin Humain du Seigneur.
Enfin, par cette troisième manifestation dans le ré-
généré, tout ce qu'il y a de plus extérieur, c'est-à-
dire, tout ce qui dépend du sensuel externe est remis
dans l'ordre ou est régénéré par cette appropriation
du bien et du vrai.
15. Lors donc qu'ils eurent 15. Lors donc que le régé-
dîné, Jésus dit à Simon néré se fut approprié ce bien
Pierre : et ce vrai, le Seigneur porto
la foi de la volonté à faire
cette réflexion :
Simon, fds de Jonas, M'ai- Son affection du vrai aime-
mes-tu plus que ceux-ci? t-elle le Seigneur plus que le
régénéré lui-même?
Il lui dit : Oui, Seigneur, Celte réflexion la conduit
Toi, lu sais que je T'aime. à se conjoindre comme d'elle-
même au Seigneur.
IlluiditîPaismesagneaux. Le Seigneur lui fait perce-
voir qu'elle doit éclairer, chez
le régénéré, tout ce qui est
dans l'innocence.
Tout ayant été enfin remis dans l'ordre chez le ré-
94 EXÉGÈSE.

généré, le Seigneur trace à la foi de la volonté ce
qu'elle doit faire pour perfectionner la régénération.
Quoique le Seigneur connaisse l'état de l'homme
mieux que l'homme ne le connaît lui-même, néan-
moins il arrive souvent que, dans la Parole, il l'in-
terroge à ce sujet, ce qui signifie que le Seigneur
porte l'homme à réfléchir sur cet état, afin qu'il soit
par cette réflexion conduit comme par lui-même à
se conjoindre au Seigneur, et afin que par suite de
ce réciproque de conjonction il puisse percevoir ce
qu'il doit faire. Ici la foi de la volonté du régénéré
perçoit que chez lui elle doit éclairer tout ce qui est
dans l'innocence, c'est-à-dire, tout ce qui constitue
chez lui le plus haut degré; dans ce degré le régénéré
doit aimer le Seigneur, c'est-à-dire, le bien et le
vrai, plus que lui-même.
16. Il lui dit encore une 16. Par un influx de con-
seconde fois : Simon, fils de jonction il porte encore l'af-
Jonas, M'aimes-lu? fection du vrai à faire cette
réflexion : Aime-t-elle le Sei-
gneur?
Il lui dit : Oui, Seigneur, Cette réflexion la conduit à
Toi, lu sais que je T'aime. se conjoindre comme d'elle-
même au Seigneur.
Il lui dit : Fais paître mes Le Seigneur lui fait perce-
brebis, voir qu'elle doit éclairer, chez
le régénéré, tout ce qui est
par la volonté dans le bien ou
la charité.

Tout ce qui, chez le régénéré, est dans le bien par
JEAN. CHAP. XXI. 9o
la volonté, c'est tout ce qui constitue chez lui le de-
gré moyen.
17. Il lui dit pour la troi- 17. Par un influx complé-
sièrae fois : Simon, fils de mentaire, il porte l'affection
Jonas, M'aimes-tu? du vrai à faire cette réflexion :
Aime-t-elle le Seigneur?
Pierre fut attristé de ce La foi est attristée de ce
qu'il lui avait dit pour la que par cet influx complé-
troisième fois : M'aimes-tu? mentaire elle est portée à
faire cette réflexion : Aimes-
tu le Seigneur?
Et il lui dit:Seigneur, Toi, Et cette réflexion la con-
lu sais toutes choses; Toi, tu duit à se conjoindre comme
connais que je T'aime. d'elle-même au Seigneur.
Jésus lui dit : Pais mes Le Seigneur lui fait perce-
brebis. voir qu'elle doit éclairer,
chez le régénéré, tout ce qui
est par l'entendement dans
le bien ou la charité.
H est à remarquer qu'ici il est dit que Pierre fut
attristé, tandis que précédemment, dans ce Chapitre
l'Apôtre est nommé Simon Pierre, et Simon fils de
Jonas; ainsi ce n'est pas ici à la foi de la volonté,
ni à l'affection du vrai, mais c'est simplement à la
foi du régénéré qu'il est dit d'éclairer chez lui tout
ce qui est dans le bien par l'entendement, c'est-à-
dire, tout ce qui constitue chez lui le degré dernier
ou le plus bas ; en effet, ce degré est éclairé par la
foi simple, mais cette foi doit se mettre sous la di-
rection du Seigneur, afin d'acquérir une vie nou-
velle; c'est ce que signifient les Versets suivants où
l'Apôtre est toujours appelé simplement Pierre.
96 EXÉGÈSE.
18. En vérité, en vérité, je 18. Un influx confirmatif
le dis : Lorsque lu étais plus fait réfléchir la foi que dans
jeune, lu te ceignais toi-mê- le commencement de la re-
nie, et tu marchais où lu génération elle agissait d'a-
voulais: près la liberté, et se dirigeait
où elle pouvait aller;
Mais quand tu seras de- Mais qu'elle va perdre sa
venu vieux, lu étendras les puissance et qu'un autre la
mains, et un autre te cein- dirigera et la conduira où
dra, et te mènera où tu ne d'elle-même elle ne peut al-
veux pas. 1er.

Dans le commencement de la régénération la foi
tient le premier rang, et la charité est au second
rang; alors la foi agit en pleine liberté, et elle se di-
rige où elle peut aller, c'est-à-dire qu'elle fait tout
ce qu'elle peut accomplir par elle-même dans cette
première période de la régénération; mais dans la
dernière période, la charité doit être au premier
rang et la foi doit descendre au second ; alors c'est à
la charité à diriger la foi, et à la conduire où d'elle-
même elle ne peut aller, c'est-à-dire, dans les opéra-
tions qu'elle ne peut entreprendre par elle-même.
Dans le sens interne appliqué à la première Église
chrétienne, ce Verset signifie que dans le commen-
cement de cette Église la foi serait dans le bien de
l'innocence comme un enfant, mais qu'à la fin de
cette Église elle ne serait plus dans ce bien, ni dans
le bien de la charité, et qu'alors le mal et le faux la
dirigeraient ; qu'ainsi de libre, elle deviendrait es-
clave. A. C. 10087.
JEAN. CHAP. XXI. 97

En comparant ce sens avec celui qui est donné ici,
on voit que dans la seconde partie de ce Verset ils ne
ne paraissent point corrélatifs, car ici, par cet autre
qui doit la diriger, on n'entend ni le mal, ni le faux.
Pour qu'il y eût corrélation entre ces deux sens, il
faudrait qu'il fût question ici d'un régénéré qui suc-
combe dans les tentations et retourne à sa première
vie, puisque la première Église chrétienne a fini par
succomber et est arrivée à sa complète consomma-
tion. Le sens interne que nous présentons n'étant ap-
pliqué qu'au régénéré qui sort victorieux de la der-
nière tentation ne doit donc être en corrélation qu'a-
vec le sens interne qu'on appliquerait à la Nouvelle
Jérusalem, car cette Église étant le couronnement
de toutes celles qui ont existé ne doit pas succomber.
Or, il est bien évident que dans la Nouvelle Église,
de même que chez le régénéré victorieux, la foi ne
sera dirigée, dans sa vieillesse, ni par le mal, ni par
le faux, mais qu'elle sera alors sous la direction de
la charité, et acquerra par là une vie nouvelle, comme
il est dit au Verset suivant.
Ainsi, relativement à la première Église chré-
tienne, ces paroles du Seigneur adressées à Pierre
sont maintenant accomplies; relativement à la Nou-
velle Église, elles s'accompliront dans leur temps qui
est connu du Seigneur seul; et relativement à l'hom-
me de la Nouvelle Église, elles s'accomplissent dès à
présent chez le régénéré qui est parvenu à subir sa
dernière tentation, et à en sortir victorieux.
9.
98 EXÉGÈSE.

19. Or, il dit cela, signi- 19. Or, cet influx mani-
fiant de quelle mort il devait fesle par quelle vie nouvelle
glorifier Dieu ; la foi doit glorifier la Divine
Sagesse ;
Et, ayant dit cela, il lui Et, en même temps, il lui
dit : Suis-Moi. est insinué qu'elle doit se
mettre sous la direction du
Divin Amour.

C'est en mourant, c'est-à-dire, en acquérant une
vie nouvelle, que la foi peut glorifier la Divine Sa-
gesse, et pour cela il faut qu'elle se mette sous la di-
rection du Divin Amour.
20. Or, se tournant,Pierre 20. Or, se détournant du
voit le disciple, qu'aimait Je- Divin Amour, la foi s'aperçoit
sus, qui suivait, que le bien de la charité se
met sous la direction de cet
Amour,
Lequel aussi s'était penché Lequel bien aussi avait été
pendant le souper sur sa poi- pénétré du Divin Amour pen-
trine, et avait dit : Seigneur, dant la conjonction du Sei-
qui est-ce qui te livre? gneur avec le régénéré, et
s'était enquis du mobile gé-
néral qui devait le trahir.

Avant d'acquérir une vie nouvelle, en se mettant
sous la direction du Divin Amour, comme il vient de
lui être commandé, la foi se détourne de cet Amour,
et montre pleinement quel est son caractère, quand
elle est livrée à elle-même, ainsi qu'on le voit par la
question que Pierre adresse au Seigneur dans le Ver-
set suivant.
JEAN. CHAP. XXI. 99

21. Pierre, le voyant, dit à 21. La foi, s'en apercevant,
Jésus : Mais celui-ci, quoi! fait cette réflexion : Mais ce
bien, dans quel état est-il?
Cette question montre clairement quel est le mé-
pris de cette foi pour le bien de la charité, ou, ce qui
est la même chose, pour les œuvres, car l'expression,
quoi! renferme en elle le mépris. Voir A. G. 6073.
A. E. 9.
22. Jésus lui dit : Si je 22. Le Seigneur fait enten-
veux qu'il demeure jusqu'à dre que s'il veut que ce bien
ce que je vienne, que t'im- resie tel jusqu'à la parfaite
porte? régénération, peu importe à
celte foi ;
Toi, suis-Moi. Que, quant à ce bien, il
doit se mettre sous la direc-
tion du Divin Amour.
C'est à Jean que ces dernières paroles sont adres-
sée, et non à Pierre. Voir A. E. 821, 250, cfr.
A. E. 9, 229.
Dans le sens interne relatif à la Vieille Église, les
Vers. 20, 21 et 22, signifient qu'à la fin de cette
Église, la foi se détournerait du Seigneur, et que le
bien de la charité continuerait à suivre le Seigneur
et à le reconnaître; ce qui est arrivé puisque les
chefs de cette Église prétendent que la foi seule fait
l'Église et sauve, et que malgré cette funeste et
fausse doctrine qui considère le bien de la vie
comme de nul effet, ce bien a néanmoins continué à
subsister.
100 EXEGESE.

Mais dans le sens interne particulier, ces Versets
signifient que, chez le régénéré, la foi telle qu'elle
existait d'abord n'a plus rien à faire dans la régéné-
ration; qu'elle doit recevoir une nouvelle vie en se
plaçant au-dessous du bien de la charité; et que ce
bien doit se mettre sous la direction du Divin Amour.
23. Cette parole donc se 23. Ce qui fit alors penser
répandit parmi les frères, que au régénéré, que ce bien ne
ce disciple ne mourrait point. devait pas avoir une vie nou-
velle.
Cependant Jésus ne lui Cependant le Seigneur n'a-
avait pas dit qu'il ne mour- vait pas fait entendre que ce
rait point, mais : Si je veux bien n'aurait pas une vie
qu'il demeure jusqu'à ce que nouvelle; mais que s'il veut
je vienne, que t'importe? qu'il reste tel jusqu'à la par-
faite régénération, peu im-
porte à cette foi.
2/i. C'est ce disciple qui at- 2/i. Ce bien est chez le ré-
teste ces choses, et qui les généré le mobile général
écrit -, qui donne la preuve que ce
sont là des vérités, et qui
manifeste ces vérités par les
états de la vie,
Et nous savons que vrai Et tout homme de l'Église
est son témoignage. voit clairement que celle
preuve est certaine.
Le bien de la charité ou les œuvres, voilà ce qui
prouve que l'on est véritablement un disciple du
Seigneur; « Par leurs fruits vous les connaîtrez. » —
Matth. \ll. 16, 20.
25. Or, il y a encore beau- 25. Mais il y a encore
JEAN. CHAP. XXI. 101

coup d'autres choses qu'a beaucoup d'autres merveilles
faites Jésus, que le Seigneur opère,
Lesquelles, si elles étaient Lesquelles, si elles étaient
écrites une à uneje ne pense manifestées chacune en dé-
pas que le monde même con- tail, il serait impossible que
tînt les livres qu'on en écri- l'homme régénéré et même
rait. l'ange pussent comprendre
tous les divers états par les-
quels ils sont obligés de pas-
ser jusqu'à la parfaite régé-
nération.
Amen. Confirmation Divine que
tout ce que contient la Parole
est la vérité.

9*.
EXÉGÈSE.

G É N É A L O G I E DE J É SU S - C H P. I ST .

Matth. 1.1 à l l . Luc, III. 23 à 38.

En nous faisant observer que dans les divers In-
dex des Ouvrages de Swedenborg, on ne trouve
nulle part qu'il soit question de la Généalogie de
Jésus-Christ, un de nos frères nous demande ce que
nous pensons du Silence de notre Auteur sur un
point qui présente tant de difficultés, surtout en
raison du peu d'accord des deux généalogies entre
elles. Comme celte remarque a pu ou pourrait être
faite par plusieurs autres personnes, nous avons cru
qu'il convenait de publier, dans cette Revue, les re-
cherches auxquelles nous nous sommes livrés, pour
répondre au désir de notre Correspondant.
Nous dirons d'abord que si Swedenborg garde le
silence sur les deux Généalogies de Jésus-Christ,
données par Matthieu et par Luc, il parle souvent
des généalogies des divers personnages dont il est
question dans l'Ancien Testament; et que ce qu'il
dit de ces généalogies suffit pour nous mettre sur la
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 103

voie de ce qui est signifié par la Généalogie de Jésus-
Christ.
On sait que, dans le sens interne de la Parole, les
noms propres signifient des choses; c'est un point
sur lequel Swedenborg revient souvent, et qu'il
prouve en s'appuyant, selon sa coutume, sur de
nombreux passages de la Parole. De là résulterait
déjà que les généalogies, qui ne présentent, dans le
sens de la lettre, que des séries de noms propres,
doivent, dans le sens interne, signifier des choses
qui aient, entre elles, des rapports analogues à ceux
qui existent entre les personnes nommées, c'est-à-
dire, des rapports de filiation, en ce qu'elles dérivent
les unes des autres.
« II était ordinaire chez les Très-Anciens, dit
» Swedenborg, d'imposer des noms, et par les noms
» de signifier des choses, et d'établir ainsi une gé-
» néalogie; les choses, en effet, qui appartiennent à
» l'Église, se comportent de même, l'une est conçue
» et enfantée par l'autre, et il en est de cela comme
» d'une génération; c'est pourquoi il est commun,
» dans la Parole, lorsqu'il s'agit de telles choses de
» l'Église, de les appeler conception, enfantement,
» descendants, petits-enfants, enfants, fils, filles, etc.
» Les prophétiques sont pleins de telles dénomina-
» lions. » — A.C. N°339.
Il dit plus loin en parlant des noms des fils de
Sem : « Ils signifient que l'Église Ancienne, qui fut
» interne, a été douée de sagesse, d'intelligence, de
104 EXÉGÈSE.

» science et des connaissances du vrai et du bien. Ce
» sont de telles choses que contient le Sens interne,
» quoiqu'il y ait seulement des noms, d'après les-
» quels, dans le Sens littéral, il semble qu'on ne
» puisse tirer autre chose, sinon qu'il s'agit d'autant
» (['origines de nations ou de pères des nations, et
» qu'ainsi il n'y a là rien de doctrinal, ni à plus forte
» raison rien de spirituel, ni rien de céleste. Il en est
» de même dans les Prophètes, où souvent l'on trouve
» des Séries de noms par lesquelles les choses signi-
» fiées, dans le Sens Interne, se suivent dans un bel
» ordre. » — A. G. N° 1224.
D'après cela, il est constant que toutes les généa-
logies et toutes les séries de noms qu'on rencontre si
souvent dans la Parole de l'Ancien Testament, et qui
sont même quelquefois répétées, sans qu'on puisse,
dans le sens de la lettre en apercevoir le motif, ren-
ferment, dans le sens interne, des choses qui concer-
nent en général l'Église, et en particulier les hommes
de l'Église, et qui se suivent dans un très bel ordre.
Il doit donc en être de même des deux Généalogies
de Jésus-Christ dans la Parole du Nouveau Testa-
ment. Si, dans les Index des Ouvrages de Sweden-
borg, on ne trouve aucune mention de ces deux Gé-
néalogies, cela vient de ce que Swedenborg n'ayant
pas donné sur les Évangiles une exégèse suivie,
comme sur l'Ancien Testament et sur l'Apocalypse,
n'a cité, et par suite expliqué, que des passages des
Évangiles qui pouvaient lui servir à corroborer, par
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 105

la Parole, les diverses propositions qu'il émettait;
or, les Généalogies de Jésus-Christ ne pouvaient of-
frir aucune preuve confirmative, puisqu'elles ne se
composent que de noms, propres.
Le silence de Swedenborg sur les Généalogies de
Jésus-Christ, se trouvant ainsi expliqué, passons à
l'examen de ces deux Généalogies. La première re-
marque que peut faire tout homme. qui les lit avec
attention, c'est que toutes deux, dans le sens littéral,
concernent Joseph l'époux de Marie et non Jésus-
Christ. En effet, on lit dans Matthieu : « Livre de Nati-
» vite de Jésus-Christ, fils de David, fils d'Abraham.
» Abraham engendra Isaac; puis Isaac engendra...;
» puis Mathan engendra Jacob; puis Jacob engcn-
» dra Joseph, l'époux de Marie, de laquelle naquit
» Jésus, qui est appelé Christ; » et dans Luc : « Et
» Lui, Jésus, était, commençant d'avoir environ
» trente ans, selon que l'on pensait, fils de Joseph,
» d'Héli, de Matthat,...., d'Énos, de Seth, d'Adam,
» de Dieu. »
Ainsi, bien qu'il soit dit dans Matthieu : Livre de
Nativité de Jésus - Christ, fils de David; il ré-
sulte du sens de la lettre que cette Généalogie est
celle de Joseph, l'époux de Marie; d'ailleurs le Sei-
gneur ayant été conçu du Saint Esprit, ne pouvait
pas avoir humainement une Généalogie paternelle;
ainsi, la naissance de Jésus-Christ qui est racontée
aussitôt après la Généalogie, ne laisse à cet égard
aucun doute; il est même ajouté, Vers. 25, que « Jo-
106 EXÉGÈSE.

» seph ne connut point Marie, jusqu'à ce qu'elle eût
» enfanté son fils le premier-né. » Dans Luc, il n'y a
pas la moindre incertitude, car il n'est pas dit, comme
clans Matthieu, que la Généalogie est celle de Jésus-
Christ, elle est donc bien évidemment celle de Jo-
seph, dont Jésus était supposé le fils. Du reste, le
Seigneur Lui-Même a déclaré qu'il n'était pas le fils
de David, et qu'ainsi, dans le sens de la lettre, cette
Généalogie n'était pas la Sienne, lorsque s'adressant
aux Pharisiens, il leur dit : « Que vous semble-t-il du
Christ? De qui est-il fils? Ils lui dirent : De David.
Il leur dit : Comment donc David par l'esprit l'ap-
pelle-t-il Seigneur, disant : « Le Seigneur a dit à
» mon Seigneur : Assieds-toi à ma droite, jusqu'à ce
» que j'aie mis tes ennemis pour marchepied de tes
» pieds. » Si donc David l'appelle Seigneur, com-
ment est-il son fils? » — Matth. XXII. 42 à 45.
Puisque les deux Généalogies, dans le sens de la
lettre, concernent Joseph l'époux de Marie, et non
Jésus-Christ, il faut nécessairement que dans le sens
interne elles concernent le Seigneur ; car les contra-
dictions que présente le sens littéral ne peuvent exis-
ter qu'en apparence, et doivent disparaître quand la
lettre est éclairée par l'esprit, c'est-à-dire, quand le
sens littéral est illustré par le sens interne, comme
l'indique très clairement le docteur Beyer dans une
lettre à M.Nordenskiod, en date du 23 mars 1776 (1),
(1) Cette lettre fait partie des Documents sur Swedenborg, qui sont
insérés dans le 7me Vol. de la Revue, Pag. 159 à 115.
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 107

où il est expliqué pourquoi le sens littéral de la
Parole offre souvent des contradictions : cherchons
donc à découvrir le sens interne des deux Généalo-
gies; et, ce sens découvert, la contradiction disparaî-
tra.
Le docteur Beyer, dans la lettre dont nous venons
de parler, dit, au sujet des Généalogies dans Matthieu
et dans Luc, que « les noms de la première se rap-
» portent à l'incarnation et à la naissance du Sei-
» gneur sur la terre, et ceux de la seconde à sa
» seconde naissance ou à la Divinisation de son Hu-
» main. » Et celui de nos frères qui nous a adressé
la question que nous cherchons à résoudre dans cet
Article, nous dit, en nous transmettant cette expli-
cation, qu' « elle paraît au docteur K... profonde et
» digne de Swedenborg, quoiqu'il ne se rappelle
» pas l'avoir lue dans aucun de ses ouvrages. »
Nous fûmes d'abord, comme le docteur K... frappé
de la profondeur de l'explication du docteur Beyer,
aussi la prîmes-nous aussitôt pour base de notre tra-
vail exégétique. Nous n'eûmes, il est vrai, aucune
peine à faire concorder nos recherches sur la seconde
généalogie avec la dernière partie de l'explication,
tout nous prouvait que cette généalogie traite de la
Divinisation de l'Humain du Seigneur. Mais il n'en
fut pas de même pour la première généalogie, il s'é-
leva d'abord pendaBt notre examen quelques doutes,
nous éprouvions de la difficulté a admettre que la
Parole qui, dans son sens suprême, ne traite que de
108 EXÉGÈSE.

la Glorification du Seigneur, ne contînt dans les dix-
sept premiers Vers, du Chap. Ier de Matthieu, que
des choses relatives à la naissance du Seigneur sur
la terre; mais bientôt il ne nous fut plus permis de
conserver le moindre doute, et la première partie de
l'explication du docteur Beyer, vint se briser à nos
yeux contre un des principes fondamentaux de l'exé-
gèse de Swedenborg. Notre Auteur répète en mille
endroits que la régénération de l'homme est l'image
de la Glorification du Seigneur, et qu'ainsi, tout ce
qui, dans le Sens suprême, est dit du Seigneur, s'ap-
plique dans le sens respectif à l'homme qui est en
voie de régénération. D'après cela, si dans le sens
suprême, la première généalogie traitait de l'incar-
nation et de la naissance du Seigneur, il s'ensuivrait
que, dans le sens respectif, elle traiterait de la pre-
mière naissance de l'homme, ce qui est inadmissible.
Notre première base se trouvant ainsi renversée,
il fallait la remplacer par une autre qui fut assez so-
lide pour résister à toutes les objections, et le plus
sûr moyen était de la chercher dans Swedenborg
lui-même. Nous pensons l'avoir trouvée dans les ex-
plications qu'il donne sur l'échelle de Jacob.— A. G.
N° 3699 et suivants.
Il y a d'abord une analogie frappante entre l'é-
chelle de Jacob, sur laquelle les Anges de Dieu mon-
taient et descendaient, et les deux Généalogies de
Jésus-Christ, dont l'une est ascendante et l'autre
descendante; d'ailleurs, une généalogie n'est autre
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 109

chose qu'une échelle puisqu'elle ne se compose que
de degrés ou d'échelons.
Voyons d'abord ce que Swedenborg dit de l'é-
chelle de Jacob ; nous examinerons ensuite si les ex-
plications qu'il donne peuvent être appliquées aux
deux Généalogies.
« Les Anges qui montaient et descendaient, dit
» Swedenborg, signifient que de l'infime, ou du de-
» gré le plus bas, il y a comme une ascension, et
» qu'ensuite, lorsque l'ordre est inverse, il y a comme
» une descente. » — A. G. N° 3701.— Et plus
loin : « Quand le régénéré est parvenu à être affecté
» du Céleste de l'amour, le Seigneur lui apparaît,
» car alors il est monlé comme par une échelle de-
» puis le degré le plus bas jusqu'au degré où est le
» Seigneur; c'est là aussi l'ascension qui a été signi-
» fiée par l'échelle de Jacob.... la descente vient en-
» suite, parce que l'homme ne peut descendre, à
» moins qu'il n'ait monté auparavant; or, la descente
» n'est autre chose que regarder le vrai d'après le
» bien, comme du sommet d'une montagne où l'on a
» gravi avec effort on regarde les objets qui sont au
» pied. » — A . C. N°3882.
De ces passages et de l'ensemble des autres expli-
cations données par Swedenborg, il résulte que les
Anges qui montaient et descendaient sur l'échelle
que vit Jacob signifient, dans le sens respectif, les
deux périodes de la régénération de l'homme ; dans
la première période, désignée par les Anges qui
10
110 EXÉGÈSE.

montaient, l'homme regarde le bien d'après le vrai,
c'est-à-dire que chez lui le vrai occupe la pre-
mière place et le bien la seconde ; il parvient ainsi
par des échelons jusqu'au sommet de l'échelle ou
jusqu'au Seigneur qui lui apparaît, c'est-à-dire qu'il
parvient enfin à être affecté du Céleste de l'amour ;
puisl'ordre chez lui devient inverse, c'est-à-dire qu'au
lieu de regarder le bien d'après le vrai, il regarde le
vrai d'après le bien, ou, qu'au lieu de placer le vrai au
premier rang et le bien au second, il place le bien
au premier rang et le vrai au second; alors il des-
cend, c'est-à-dire que le bien ayant alors la domina-
tion sur le vrai, l'homme entre dans la seconde pé-
riode de la régénération, laquelle s'effectue en com-
mençant par l'interne qui est le degré le plus élevé,
et en descendant par les intermédiaires jusqu'au na-
turel infime, qui est le degré le plus bas.
Examinons maintenant si ces explications qui con-
cernent le sens respectif, peuvent être appliquées
dans le sens suprême aux deux généalogies; et com-
mençons par celle qui est dans Luc, puisque c'est
celle qui se présente, avec évidence, dans un ordre
ascendant.
Il est d'abord à remarquer qu'elle est placée im-
médiatement après le baptême de Jésus, et qu'il est
dit : « Jésus commençant d'avoir environ trente
» ans. » Or, on sait que le baptême signifie la nais-
sance nouvelle ou la régénération; et que trente,
venant de dix multiplié par trois, signifie le plein état
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 111

des restes(reliquiœ). «Le Seigneur, dit Swedenborg,
» se manifesta à trente ans, parce qu'il était alors
» dans la plénitude des restes ; mais les restes
» qu'il eut, il se les était acquis Lui-Même, et ils
» appartenaient au Divin ; par eux il a uni l'Essence
» Humaine à l'Essence Divine, et il a fait Divine
» cette Essence Humaine.» — A.G.N°5335.—II faut
encore remarquer que c'est l'Évangile selon Luc, qui
renferme le plus de détails sur les premières années
du Seigneur sur notre terre; ces paroles : « Jésus
» commençant d'avoir environ trente ans, » qui sui-
vent immédiatement le baptême de Jésus, et précè-
dent immédiatement la généalogie, signifient donc
que pendant toute cette période de sa vie, pour ainsi
dire cachée, le Seigneur avait acquis par sa propre
puissance la plénitude des restes, c'est-à-dire qu'il
avait accompli la période ascendante de sa Glorifica-
tion.
D'après ces remarques on peut s'expliquer pour-
quoi cette généalogie a été placée ici, et pourquoi
elle est donnée dans un ordre ascendant, c'est-à-dire
en remontant de Joseph, dont Jésus était présumé
fils, jusqu'à Dieu : on voit que c'est pour indiquer
que le Seigneur avait accompli tous les travaux qui
concernent cette première période de la Glorification
de son Humain. Alors, il était parvenu au sommet
de l'échelle de Jacob, et Jéhovah lui apparut, c'est-à-
dire qu'alors entre son Homme Externe et son Hom-
me Interne, ou Jéhovah, il y eut une communication
112 EXÉGÈSE.

complète et par suite une conjonction ; car il est dit :
« Pendant que Jésus était en prière, le Ciel s'ouvrit,
» et l'Esprit Saint descendit sur Lui en forme corpo-
» relie comme une Colombe, et il y eut une voix du
» Ciel, disant : Toi, tu es mon Fils bien-aimé ! en toi
» je me suis complu ! »
Pour compléter la concordance du Sens Suprême
de cette Généalogie avec l'échelle de Jacob, sur la-
quelle des Anges montaient et descendaient, il fau-
drait que la Généalogie qui exprime l'ascension de-
puis le naturel jusqu'au céleste, fût suivie d'un texte
exprimant la descente depuis le céleste jusqu'au na-
turel. Or, si nous examinons le sujet du texte qui suit
immédiatement la généalogie, nous y trouvons ce
complément de concordance. En effet, on y lit :
« Jésus, rempli d'Esprit Saint, revint du Jourdain, et
» était conduit par l'Esprit dans le désert, durant
» quarante jours tenté par le diable. » — Luc, IV.
1 ; — ce qui indique déjà avec évidence qu'alors le
Seigneur entra immédiatement dans les combats des
tentations, qui étaient indispensables pour cette
œuvre de la glorification ; et les trois tentations, dont
il est ensuite parlé, prouvent clairement que ce fut
pour glorifier successivement, comme dans le sens
suprême de l'échelle de Jacob, tout ce qui apparte-
nait à son Humain externe ou naturel, ou en d'autres
termes, pour accomplir la seconde période de sa
Glorification, et cela, en suivant l'ordre descendant
des degrés. En effet, il est dit dans Swedenborg, —
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 113

A. C. N° 1690, — que les Versets 2, 3, 4, où il
s'agit de la première tentation par le diable, concer-
nent l'Amour qui fut la vie même du Seigneur; que
les Versets S, 6, 7, 8, où il est question de la seconde
tentation, concernent les combats du Seigneur contre
l'amour du monde ou contre toutes les choses qui
appartiennent à l'amour du monde ; et que les Vers.
9, 10, 11, 12, où il s'agit de la troisième tentation,
concernent les combats du Seigneur contre l'amour
de soi et contre toutes les choses qui appartiennent à
cet amour. Si, ensuite, on observe que dans la pre-
mière tentation il est principalement question dit
pain qui signifie le Céleste; que dans la seconde, il
s'agit des royaumes de la terre, qui signifient le
spirituel, et que dans la troisième il est dit : de peur
que ton pied ne heurte contre quelque pierre, ce
qui s'applique au dernier degré, le pied signifiant le
naturel; et si enfin, on se reporte au N° 3469 des
Arcanes Célestes, où Swedenborg dit que l'externe
est régénéré bien plus tard et bien plus difficilement
que l'interne, on reconnaîtra que les trois tentations
du Seigneur, par le diable, concernent les combats
et les victoires du Seigneur, pour glorifier sucessive-
ment tout ce qui appartenait à l'Humain qu'il avait
pris dans le monde; et cela, en suivant l'ordre des-
cendant des degrés.
Enfin, pour que la concordance du sens suprême
des Généalogies de Jésus-Christ, avec celui de l'é-
chelle de Jacob, acquit la dernière évidence, il fau-
10*.
114 EXÉGÈSE.

drait que la Généalogie donnée dans Matthieu, pré-
sentât les mêmes caractères de similitude que ceux
que nous venons de reconnaître dans l'autre. Por-
tons donc notre examen sur cette Généalogie.
Au premier abord, il semble que Matthieu ne
donne qu'une seule Généalogie qui est dans un ordre
descendant ; et comme rien dans l'Évangéliste ne
précède cette généalogie qui forme le commencement
de son récit, on pourrait croire, d'après cela, qu'il
y a impossibilité d'établir une complète similitude
avec l'échelle de Jacob, car les Anges ne descen-
daient sur l'échelle qu'après y avoir monté, et ici il
y aurait seulement une descente sans que rien n'indi-
quât qu'il y eût eu auparavant une ascension. Mais il
n'en est pas ainsi, il y a réellement deux généalogies
dans le récit de Matthieu, l'une dans un ordre as-
cendant, et l'autre dans un ordre descendant. En ef-
fet, la série généalogique descendante ne commence
qu'au Vers. 2. « Abraham engendra Isaac, Isaac en-
» gendra... » et il est dit dans le Vers. 1 : « Livre de
» Nativité de Jésus-Christ, fils de David, fils d'A-
» braham. » Or, il suffit de la moindre réflexion pour
voir que ce premier Verset renferme seul une généa-
logie dans l'ordre ascendant, puisqu'il est dit que Jé-
sus-Christ est fils de David, fils d'Abraham; ce pre-
mier Verset exprime donc en quelques mots tout ce
qui a été signifié dans la Généalogie selon Luc, c'est-
à-dire, toute la première période de la glorification
du Seigneur. Il est même facile de voir que les noms
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 115

qui composent cette généalogie sont aussi, d'après
leurs significations respectives, dans l'ordre ascen-
dant des degrés; en effet, Jésus-Christ signifie le
bien et le vrai dans tous les degrés, Jésus le bien, et
Christ le vrai, mais comme il s'agit de Jésus-Christ
venant dans le monde, puisqu'aussitôt après la gé-
néalogie, il est question de sa naissance, il est évi-
dent que la signification se réfère ici au dernier de-
gré ou au degré naturel; David signifie le spirituel,
et Abraham le céleste, ainsi qu'il résulte des preuves
irrécusables que renferment les écrits de Sweden-
borg.
Quant à la généalogie dans l'ordre descendant,
Vers. 2 à 46, on voit qu'elle est divisée en trois sé-
ries distinctes comprenant chacune quatorze généra-
tions, ainsi que l'indique la récapitulation contenue
dans le Vers. 17.
Cette division s'accorde parfaitement avec l'admi-
rable théorie de notre Swedenborg sur les degrés
discrets et continus. « II y a en toutes choses trois
» degrés discrets, et chaque degré discret se com-
» pose de degrés continus. » D'après cela, on voit
clairement le motif de la division de cette généalogie
en trois séries bien distances, et que chaque série
doit se rapporter à l'un des trois degrés discrets.
La première série commence par Abraham et s'ar-
rête à David; c'est le degré céleste représenté par
Abraham, ou le degré discret le plus élevé; les qua-
torze patriarches qui forment cette série, représen-
116 EXÉGÈSE.

tent la filiation de toutes les choses qui appartiennent
à ce degré, et le nombre quatorze montre que toutes
ces choses ont été rendues très-saintes par le Sei-
gneur; en effet, quatorze étant le double de sept, a
la même signification que sept qui désigne la Sain-
teté, les nombres composés signifiant la même chose
que les nombres simples dont ils sont formés.
La deuxième série commence par David et s'arrête
à la captivité de Babylone; c'est le degré spirituel
représenté par David, ou le second degré discret.
L'on sait, en effet, que David comme Roi signifie le
gouvernement Royal du Seigneur, ou tout ce qui a
rapport au spirituel; les quatorze Rois qui forment
cette série représentent la filiation de toutes les
choses qui appartiennent au degré spirituel, et qui
ont été rendues très-saintes.
Enfin la troisième série commence à la captivité
de Rabylone, et va jusqu'au Christ; c'est le degré
naturel ou premier degré discret; ce degré est suffi-
samment indiqué par l'état de Captivité, comme les
deux autres l'ont été par le Patriarchat et par la
Royauté. Les quatorze personnages qui composent
cette série, représentent la filiation de toutes les
choses qui appartiennent au degré naturel, et qui ont
été aussi rendues très-saintes par le Seigneur.
De tout ce qui précède, il résulte que les deux Gé-
néalogies, considérées dans le sens suprême, présen-
tent une concordance parfaite avec ce que dit Swe-
denborg au sujet des Anges qui montaient et des-
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 117

coudaient sur l'échelle de Jacob, et qu'elles offrent
ainsi dans ce Sens, l'ensemble de la Glorification du
Seigneur, et, dans le sens respectif, l'ensemble de la
régénération de l'homme.
Nous ne pousserons pas plus loin ces recherches
exégétiques; il serait inutile de vouloir pénétrer plus
avant, car il y a dans la Glorification du Seigneur et
dans la régénération de l'homme des mystères con-
nus du Seigneur seul, et impénétrables à l'homme,
et même aux Anges ; et ces mystères sont précisé-
ment renfermés dans les séries de noms propres
dont se composent les Généalogies. Nous termine-
rons cette exégèse en faisant observer :
1° Que la Généalogie dans Matthieu semble placée
en tête de l'Évangile comme un sommaire de tout ce
qu'il contient, puisqu'elle offre l'ensemble de tous
les travaux du Seigneur, dans les deux périodes as-
cendante et descendante de sa Glorification.
2° Que cette Généalogie, dans le sens suprême, est
bien celle de Jésus-Christ, quoique dans le Sens de
la lettre, elle soit réellement celle de Joseph l'époux
de Marie; car elle se rapporte à la Divinisation de
l'Humain externe ou naturel du Seigneur, et par
conséquent à la seconde Naissance de Jésus-Christ.
OBJECTION ET RÉPONSE
SUR UN ARTICLE CONCERNANT LES GÉNÉALOGIES DR

JÉSUS-CHRIST.

• Un correspondant du Mirror ofTruth lui adresse
les observations suivantes sur un Article traduit de
notre Revue, celui sur les Généalogies de Jésus-
Christ.
« MESSIEURS,
« Dans le New Jérusalem Magazine, Vol. 18, N° 7, dans
un Article traduit du français, nous trouvons un essai de
conciliation, d'après les principes de la Nouvelle Église, des
discordances littérales que présentent les généalogies de
Jésus-Christ données par Matthieu et par Luc. Quelques-
unes des vues présentées dans cet Article, et particulière-
ment celle qui consiste à assimiler ces généalogies à l'ascen-
sion et à la descente des anges de Dieu sur l'échelle de
Jacob, et à expliquer les généalogies des Évangélistes par
le passage de la Genèse, ne paraissent point satisfaisantes à
mon esprit. L'explication de Swedenborg de ce passage de la
Genèse est parfaitement satisfaisante, et elle doit avoir l'as-
sentiment de tout esprit rationnel et impartial; mais dans ce
cas, nous le voyons, il faut qu'il y ail une ascension, avant
qu'il puisse y avoir une descente, et cela par l'homme qui
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 119

a atteint, ou qui atteint à la première période de la régéné-
ration, correspondante, comme il est dit avec raison dans
l'Article, à la première période de la glorification de l'huma-
nité du Seigneur. Mais le Seigneur, comme divine vérité,
n'élait-il pas descendu de son état de gloire première, par
les degrés spirituel, rationnel et naturel, jusqu'au degré le
plus bas de corporelle sensuelle de la famille (humaine) dé-
chue, pour effectuer leur rédemption, avant qu'il fût possible
à l'homme d'atteindre à la première période de la régénéra-
tion, ou de commencer à monter les degrés de l'échelle de
Jacob? Et n'esl-il pas à supposer que ce fut cette descente
qui fut entendue, dans la pensée divine, par la généalogie
présentée dans Matthieu ? Swedenborg nous dit que les
noms, dans l'Écriture, signifient des qualités; Abraham,
quelquefois, signifie le divin spirituel, Isaac le divin ration-
nel et Jacob le divin naturel, et ainsi des autres noms. Or,
cela seul, bien compris, suffit, je pense, pour éclaircir tout
le mystère; car l'œuvre de la rédemption de l'homme étant
accomplie, et l'homme se trouvant être mis en état de pou-
voir être régénéré et sauvé, le premier but de la descente du
Seigneur, après celui-là, fut de glorifier son humanité en la
rendant divine, et en l'élevant à une parfaite unité avec le
Divin Bien dans son essence, ou le Père; et j'imagine que
c'est celle progression que décrit Luc dans sa généalogie as-
cendante, commençant au degré le plus bas de l'humiliation
du Seigneur, signifié par Joseph, et aboutissant au plus haut
degré de sou exaltalion, signifié par « Adam qui était fils de
Dieu. » Comme ces progressions furent différentes, et comme
l'ascension, par la glorification de l'humanité, exigeait plus
de gradations qu'il n'en fallait dans la descente pour pren-
dre celte humanité, il n'est pas présumable que les écrivains
inspirés aient dû choisir les mêmes noms dans leurs généa-
logies, mais que chacun a dû présenter des noms qui, par
leur correspondance, signifient les degrés de la progression
120 EXÉGÈSE.

qu'il décrivait. Ce point de vue de la question dissipe toute
ombre de discordance entre les deux Évangélistes, et montre
qu'ils donnent l'un et l'autre la vraie généalogie de « Jésus-
Christ, fils de David, fils d'Abraham, » tandis qu'à les en-
tendre selon le pur sens de la lettre, ils se trouvent présenter
une inconciliable discordance; et quoique Matthieu nous
dise qu'il donne le livre de nativité de Jésus-Christ, ces
généalogies aboutissent néanmoins, dans les deux cas, à
n'être que le livre de nativité de Joseph, l'époux de Marie,
duquel il nous est certifié que Christ n'était point le fils; et
Joseph même, elles ne le font point descendre de la même
ligne d'ancêtres.
« Je soumets en toute humilité cet aperçu, dans l'espoir
que quelque plus forte tête pourra s'emparer du sujet pour
le traiter avec plus d'avantage. L'écrivain qui recevrait du
Ciel le don d'expliquer la vraie correspondance de tous les
noms contenus dans la suite de ces généalogies, répandrait
un flot de lumière sur le monde chrétien : mais je ne doute
pas qu'il n'y ait dans la descente du Divin Vrai, ou de « la
Parole qui a été faite chair et a habité parmi nous, » ainsi que
dans sa réascension jusqu'à « la gloire qu'il avait avec le Di-
vin Bien, ou le Père, avant que le monde fût, » des mystères
divins que ne sauraient sonder les plus élevés d'entre les
anges. Jusque-là, je n'ai eu égard qu'au sens suprême, mais
dans le sens respectif, ces généalogies ne pouvaient-elles
pas se rapporter au déclin de l'Église, depuis son premier
état de pureté jusqu'à son dernier élat de dévastation, puis
à son rétablissement, par une miséricordieuse rédemption
et rénovation, jusqu'à recouvrer la possession intérieure du
bien et du vrai? Je ne doute pas que, depuis l'année 1757,
l'Église n'ait été dans une ascension graduelle par « Héli,fils
« de Matlhat, » etc., jusqu'à Abraham, et peut-être jusqu'à
« Adam, fils de Dieu, » et que cette progression ne continue
à avoir son accomplissement en temps voulu par le Seigneur,
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 121

en dépil de loule l'opposition que peuvent y apporter les in-
fidèles ou une église dévastée et corrompue.
« Je suis, avec une parfaite considération, votre frère, etc.»
Signé « BENJAMIN SHARP.
« Warren Co, Missouri, 7 avril 1845.
(Mirror of Truth, Vol. i, Pag. 70, Cincinnati, 3 mai 1845.)

Cette lettre ne pr-ésente qu'une seule objection à
notre Exégèse, encore disparaît-elle devant un exa-
men attentif; nous sommes convaincus que l'Auteur
l'a faite sous la première impression d'une idée spé-
cieuse, dont il n'aura pas tardé lui-même à recon-
naître ensuite le peu de fondement ; cependant,
comme cette idée pourrait avoir frappé des lecteurs,
nous allons présenter quelques observations qui suf-
firont pour montrer qu'elle ne saurait être admise.
L'Auteur de la lettre suppose que le Seigneur,
comme Divine Vérité, est descendu de son état de
gloire première, par les degrés spirituel, ration-
nel et naturel, jusqu'au degré le plus bas de Cor-
poréité sensuelle,^.; cette supposition sur laquelle
repose son objection, renferme un principe qui non-
seulement n'est pas appuyé sur les Saintes Écritures,
et qu'on ne trouve nulle part dans les écrits de Swe-
denborg, mais qui est même en contradiction ma-
nifeste avec les Lois de l'Ordre Divin. A la vérité, il
est incontestable que Jénovah ou le Seigneur, en ve-
11.
122 EXÉGÈSE.

nant dans le Monde, c'est-à-dire, en prenant l'Hu-
main dans le dernier degré, est descendu de son état
de gloire première; toute la Parole l'atteste, et
Swedenborg le démontre en mille endroits; mais
que, pour parvenir à revêtir cet humain il soit suc-
cessivement descendu par les degrés spirituel, ra-
tionnel et naturel, c'est ce qui ne pourrait être
confirmé ni par un seul passage de la Parole, ni par
une seule phrase de Swedenborg; une telle descente
ressemblerait beaucoup à une chute, car c'est ainsi
que sont successivement tombées toutes les Églises.
On conçoit facilement que le Seigneur soil rentré dans
son état de gloire première, en passant par divers
états successifs, car étant venu dans le Monde pour
enseigner à l'homme le chemin de la régénération,
il devait se soumettre en cela, comme en toutes cho-
ses, aux lois de son Ordre Divin, qui est Lui-Même,
afin que sa Glorification devînt le type de la régéné-
ration humaine; mais ce qu'on ne conçoit pas, c'est
que le Seigneur, pour venir dans le Monde, ait été
obligé de passer par divers états successifs, car on
n'en voit nullement la nécessité; on voit, au con-
traire, qu'une telle descente aurait été en opposition
manifeste avec les lois de l'Ordre Divin; en effet,
qu'aurait-elle représenté, sinon la descente successive
de l'homme des degrés supérieurs au degré le plus
bas? Or, celte descente de l'homme a été une viola-
tion de l'Ordre Divin, et n'a pu être par conséquent
représentée par le Seigneur.
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 123

En un mot, en admettant avec l'Écriture et Swe-
denborg, que Jéhovah, ou l'Amour Même et la Sa-
gesse Même, s'est revêtu d'une nature humaine dans
le dernier degré, pour rendre Divin cet Humain et
par là sauver les hommes, il y a réellement descente
du Divin dans l'Humain ; mais si l'on supposait que
pour venir dans le Monde Jéhovah eût passé par les
degrés spirituel, rationnel et naturel jusqu'au de-
gré le plus bas de la Corporelle sensuelle, ce ne
serait plus une descente du Divin dans l'Humain,
mais ce serait une véritable dégradation ou une
chule du Divin.
L'objection présentée par l'Auteur de la lettre
étant ainsi privée de sa base, nous n'ajouterons
qu'une seule remarque.
Chaque Évangile pris séparément doit former un
tout : dans notre Exégèse ce principe est reconnu,
car on y voit que dans Luc, comme dans Matthieu,
il y a ascension et descente ; au contraire, selon l'Au-
teur de la lettre, il y aurait seulement descente dans
Matthieu, et l'ascension ne se trouverait que dans la
généalogie donnée par Luc.
EXÉGÈSE.

NOUVELLES OBSERVATIONS SUR LES GENEALOGIES DE
JÉSUS-CHIST.

Tirées de l'Intdlectual Repositonj.

L'Article d'Exégèse sur la Généalogie de Jésus-
Christ, publié dans notre Revue, tome VII. p. 129,
traduit en anglais pour le New Jérusalem Maga-
zine, de Boston (N° de mars 1845), a été reproduit
par l'Intellectual Repository (N° de juillet 1845).
Des objections soulevées par un correspondant du
Mirror of Truth ont été insérées avec la réponse
dans notre Revue de la présente année, tome VIII.
p. 58. Un correspondant de Ylnlellecluat Reposi-
tory a présenté à son tour de nouvelles objections
insérées par ce journal dans son numéro d'octobre
1845.
Les voici :

« GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST.

» Une remarque ou deux, à propos de l'intéressant Article
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 125

traduit du français sur ce sujet, semblent devoir être prises
en considération.
» II est dit page 246 (de la Revue, p. 131 ; ici,p. 106) :« Du
» reste, le Seigneur Lui-Mème a déclaré qu'il n'était pas le
» fils de David, et qu'ainsi dans le sens de la lettre, cette
» généalogie (dans Luc) n'était pas la sienne. » Celte thèse,
que le Seigneur n'est pas le fils de David, est ensuite soutenue
par une citation (à l'exemple de notre Auteur, Apoc. Exp.
205, et ailleurs) de Matin. XXII. 42 à 45. Mais encore ne
paraît-il pas de là, autant que je puis voir, que pour cela
cette généalogie ne soit pas la sienne. Swedenborg, dans le
passage indiqué, donne les raisons spirituelles pour les-
quelles le Seigneur naquit de la maison de David, et se
nomme aussi la racine et la race de David; il constate en-
suite comme raison pourquoi le Seigneur n'est plus le fils de
David, que c'est parce qu'il a dépouillé l'infirme Humanité
qu'il avait tirée de sa mère, et s'est revêtu de la Divine Hu-
manité du Père; mais cela implique que comme fils de Ma-
rie, il était, par naissance, le fils de David, et que Marie était
de la maison de David, et qu'avant sa glorification, la gé-
néalogie donnée dans Luc, si elle était celle de Marie, était
nécessairement la généalogie de son fils Jésus-Christ, et par
suite elle l'est encore, relativement à la période qui précéda
sa glorification. Il me semble que la portée attribuée par
notre Auteur au passage cité,— Matth. XXII. 42 à 45,— en
constitue plutôt, à proprement parler, le sens spirituel que
le sens littéral ; et que cela n'empêche pas de prendre à la
lettre la signification évidente que ces paroles paraissent com-
porter. Suivant leur teneur, tout ce qu'on peut inférer, c'est
que, puisque David appelait « Seigneur » le Messie promis,
il ne pouvait êlre le fils de David dans un sens absolu,ou du
côté du Père; mais cela n'empêche nullement qu'il n'ait été
le fils de David originairement, du côté de la mère. Je ne
nie point que, selon le sens doctrinal-,sptntae/, le Seigneur
11*-
126 EXÉGÈSE.

ne soit plus le fils de Marie et le fils de David, sous le rap-
port de la continuité de parenté naturelle, mais néanmoins,
quoique l'image matérielle ait été effacée de son Humanité,
il a plu au Seigneur, après son ascension dans le Ciel, de
faire une déclaration qui implique littéralement de Sa part,
la volonté que son Humanité soit présente à notre souvenir
comme identique, en un certain sens, avec ce même Jésus
qui fut à la fois le Fils de Dieu et le fils de Marie.
» Autant que j'en puis juger, notre Auteur confirme cette
conclusion, que je tire du dernier témoignage qu'il a plu au
Seigneur de se donner à Lui-Même, — Apoc. XXIL 16, —
où II dit : « Je suis la racine et la race de David. » Comme
Fils de Jéhovah, le Seigneur fut nécessairement un avec le
Père dont il était issu, parce que Dieu, étant indivisible, ne
peut engendrer un Fils Divin différent de Lui-Même; le Sei-
gneur du côté du Père fut donc (comme Auteur de toute
existence humaine) « la racine de David; mais du cftlé ma-
ternel il fut la « race de David. » Voici donc une déclaration
d'après laquelle, en un certain sens, le Seigneur fut le Fils
de David, même après avoir monté au-dessus des Cieux, et
quoiqu'il eût dépouillé dans le monde toute parenté natu-
relle avec Marie, en rejetant tout ce qu'il avait tiré d'elle par
héritage naturel. Il parait ainsi, qu'il avait dépouillé cette
parenté naturelle seulement de manière à conserver néan-
moins son identité personnelle avec le fils de Marie, de la
race de David. Et il a si complètement conservé celte iden-
tité, encore aujourd'hui, que Swedenborg nous rapporte à
l'appui un fait très-remarquable dont il a été témoin dans
une vision spirituelle : il dit que le Seigneur s'est montré
dans le soleil du Ciel à certains Juifs qui l'avaient connu
dans le monde, et dans la mémoire desquels était resté gravé
le souvenir de ses traits, « et que tous confessèrent alors le
Seigneur Lui-Même. » — A. C. 7173. Te. AO. — Quelques
personnes pourront être portées à écarter la véritable dé*
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 127

duclion de ce fait, en parlant ^apparences; pour ma part,
je perçois quelle sorte de preuve il était destiné a offrir à ces
Juifs, et je pense qu'il est aussi destiné à en fournir une
semblable aux membres de la Nouvelle Église, qui en ont
reçu ainsi la communication surnaturelle.
» Que Swedenborg ait envisagé la chose sous ce point de
vue, c'est ce qu'on peut raisonnablement inférer de ce qu'il
dit — A. R. 954 : — « Je suis la racine et la race de Da-
» vid, signifie qu'il est lui-même le Seigneur qui naquit dans
» le monde, ainsi le Seigneur dans son Divin Humain ; c'est
» d'après cet Humain qu'il est racine et race de David, et
» aussi le germe de David, — Jérém. XXIII. 15 ; XXXIII. 15 ;
» — puis, rameau du tronc d'Ischaji, et rejeton de ses ra-
» cinés. — Es. XI. 1, 2. »
» Ainsi, relativement au Seigneur comme fils de Marie, et
par suite de David, l'ancêtre de Marie, il paraît donc qu'à
considérer son Humanité comme le fils de Marie sous un
point de vue — comme portant réellement son image — il
cessa d'être son fils sous ce point de vue lorsqu'il eut dé-
pouillé son image par sa glorification même partiellement
accomplie, c'est-à-dire, aux noces de Cana, lorsqu'il appela
Marie « femme » et non « mère » indiquant par là comme
l'enseigne Swedenborg, que désormais il n'était plus son fils,
c'est-à-dire qu'il n'était plus son fils quant à cet attribut de
la relation filiale, qui consiste à porter l'image de la mère.
Mais il paraît aussi que si nous considérons l'Humanité glo-
rifiée sous un autre point de vue —• comme gardant, en un
certain sens, son identité avec l'être humain visible réelle-
ment né de Marie, et qui a vécu dans le monde, est mort
sur la croix, est ressuscité des morts, et maintenant au haut
des Cieux, — il est encore « la race de David, » par Marie la
descendante de David.
» Le fait que Marie était de la maison de David, est, je
crois, universellement reconnu. Je me trompe fort si je n'ai
128 EXÉGÈSE.
point lu quelque part dans les Ouvrages de Swedenborg, que
le Seigneur est né de la maison de David, et de la tribu de
Juda, à cause du surcroît de dégénéralion de cette tribu et
de celte maison, afin qu'il pût prendre sur lui le degré le
plus extrême du mal hérédilaire, et, en le dépouillant par
les tentations, pourvoir au salut de l'homme jusqu'à ses der-
nières limites. Les commentateurs en général ont conclu
(Voir le commentaire du docteur Adam Clarke) que Mat-
thieu donne la généalogie légale du Seigneur, en donnant
celle de Joseph réputé son père, tandis que Luc donne sa
généalogie naturelle du côté maternel, c'est-à-dire, la gé-
néalogie de Marie. Ainsi Matthieu appelle Joseph le fils de
Jacob, tandis que Luc l'appelle le ( ) d'Héli. Nos tra-
ducteurs, pour compléter le sens, ont rempli la lacune par
le mot de fils, imprimé en italique pour marquer l'interpo-
lation; mais tous les commentateurs, je crois, seraient plutôt
portés à ajouter en cet endroit beau-fils (ou gendre) d'Héli,
déclarant qu'Héli fut le père de Marie, et ainsi seulement le
beau-père de Joseph. Si ceci est exact, l'Auteur de l'Article
traduit du français est tombé dans l'erreur lorsqu'il dit que
« dans Luc, la généalogie est celle de Joseph, » et aussi que
» les deux généalogies, dans le sens de la lettre, appartien-
» nent à Joseph, l'époux de Marie. »
» J'avoue que je ne suis point savant sur ce sujet, mais
comme le docteur Adam Clarke et d'autres affirment avec
tant d'assurance qu'Héli fut le père de Marie, et non celui
de Joseph, si ce n'est par le mariage, je suis porté à con-
clure, jusqu'à meilleure information, que la généalogie de
Luc est celle de Marie, et par suite la généalogie naturelle
de Jésus-Christ. Elle ne peut être la généalogie de Joseph
que dans le cas où il serait de la maison de David du côlé de
sa mère, aussi bien que du côté de son père, qui, selon
Matthieu, se nommait Jacob. Dans cette hypothèse, Héli ne
fut pas le père de Joseph, mais son grand'père, et le père de
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 129

sa mère, mais ce n'est point là, je crois, l'idée reçue dans
l'Église. Une seule chose paraît certaine, c'est que Jacob et
Iléli, dont chacun est nommé comme le père de Joseph, en
supposant que chacune des deux généalogies soit celle de
Joseph, ne peuvent être la même personne, puisque Jacob
descendait du fils de David Saloinon, et Héli du fils de David
Nathan; ainsi l'on ne pourrait conclure sans une absurdité
manifeste, qu'Héli et Jacob furent une même personne; et
s'ils ne le furent point, il n'y a pas plus de raison pour con-
clure qu'Héli fut le père de la mère de Joseph, que pour le
supposer père de Marie, à moins d'attribuer une portée non
motivée à ces paroles de Luc : « Étant comme on croyait,
» fils de Joseph, ( ) d'Héli; » comme si le mot « fils, »
devant Joseph, entraînait nécessairement le même complé-
ment pour l'intervalle à remplir devant Héli, qu'on peut
aussi bien compléter par les mots « gendre, » ou « petit-fils,»
car le mot « fils, » est évidemment hors de propos. »
Signé : « Inquirer (qui s'enquiert.) »

ADDITION A L'ARTICLE AYANT POUR TITRE :
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST
Matlh.I. 1 à 17; Luc, III. 23 à 38.
(Pour servir de réponse aux Observation} qui précèdent).

Dans l'Article sur les Généalogies de Jésus-Christ,
notre but était de présenter un simple aperçu du
sens interne, et ce n'est que sous forme de remarque
130 EXÉGÈSE.

qu'il a été parlé du sens de la lettre et des contra-
dictions apparentes qu'il présente; mais puisque les
Observations qui précèdent concernent uniquement
le sens littéral, nous saisirons cette occasion pour
examiner les Généalogies dans ce sens.
Depuis Jules Africain, auteur chrétien du IIIe siè-
cle, diverses hypothèses ont été avancées pour con-
cilier entre elles les deux généalogies de Jésus-
Christ (1). Ces hypothèses sont plus ou moins ingé-
nieuses, mais aucune, ce nous semble, ne lève com-
plètement la difficulté; et cela, parce que ceux qui
les ont présentées étaient dans une entière ignorance
du sens interne; car ce n'est pas en torturant le sens
de la lettre, qu'on pourra en faire disparaître les
contradictions apparentes; on ne parviendra au but
qu'on se propose qu'en éclairant ce sens par le sens
interne, au moyen des vérités que renferment les
écrits de Swedenborg. Or, le sens de la lettre, lors-
qu'on ne cherche pas à le torturer, attribue positive-
ment les deux généalogies à Joseph, et c'est pour
cela que dans notre Remarque nous les lui avons
aussi attribuées.
Mais avant de passer aux diverses questions soule-
vées sur le sens de la lettre, nous ferons observer
que l'opinion présentée par Inquirer, d'après le
docteur Clarke, remonte il est vrai à Jean Damas-
cène, auteur du VIIIe siècle, lequel déclare que Luc
(1) Voir le résumé qu'en donne Hermann Janssens (Herméneuliqtie
Sacrée, Nos 536 et suiv.)
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 131

a tiré la généalogie de Marie, et Matthieu celle de Jo-
seph ; mais que, bien avant Jean Damascène, et dès
les premiers temps du Christianisme, l'opinion que
les deux généalogies appartenaient à Joseph avait été
émise par Jules Africain. En effet, d'après un pas-
sage curieux qu'on trouve dans Eusèbe, — I. 6, —
Jules Africain prétend que Matthieu a donné la gé-
néalogie naturelle, et Luc la généalogie légale de Jo-
seph, et il assure qu'il tenait cette opinion de quel-
ques parents de notre Sauveur; Jacob—Matth. 1.15,
— et Héli — Luc, III. 23, — auraient été frères de
mère, et Héli marié étant mort sans enfants, Jacob
son frère aurait épousé sa veuve d'après la loi du lé-
virat, — Deutér. XXV. 5, 6. — De cette veuve d'Hé-
li, Jacob aurait eu Joseph, qui ainsi aurait été, selon
la nature, fils de Jacob, et selon la loi fils d'Héli.
Il est trois questions principales qu'on peut adres-
ser au sujet des généalogies de Jésus-Christ : l'une
sur la généalogie donnée par Matthieu, l'autre sur
celle que donne Luc, et la troisième sur la différence
que présentent les deux généalogies. Examinons suc-
cessivement ces trois questions.
I. Pourquoi est-il dit dans Matthieu : « Livre de
» Nativité de Jésus-Christ, fils de David, etc., »
tandis qu'il résulte du sens de la lettre que la généa-
logie qui est donnée est celle de Joseph, l'époux de
Marie ?
Cette question se divise en deux parties : 1° Pour-
quoi est-il dit Livre de Nativité de Jésus-Christ
132 EXÉGÈSE.

2° Pourquoi cette généalogie, au lieu d'être celle de
Jésus-Christ, est-elle celle de Joseph?
1° Pourquoi est-il ait Livre de Nativité de Jésus-
Christ?
Les Prophètes de l'Ancien Testament avaient an-
noncé que le Christ, (le Messie) naîtrait de la
race de David, il fallait donc que dans le Nouveau
Testament il fût donné une Généalogie de Jésus-
Christ, et que cette généalogie remontât à David.
Nous ne parlons pas ici des motifs tirés de l'enchaî-
nement qui doit exister dans le sens interne entre
toutes les parties de la Parole.
2° Pourquoi cette généalogie, au lieu d'être celle
de Jésus-Christ, est-elle celle de Joseh?
Les généalogies contenues en grand nombre dans
l'Ancien Testament sont toutes dressées selon la
branche paternelle; et la raison en est facile à con-
cevoir, lorsqu'on sait que l'âme ou l'homme spiri-
tuel vient du père, et que la mère ne donne que l'en-
veloppe ou l'homme naturel. Or, Jésus-Christ ayant
été conçu de Jéhovah, ou, en d'autres termes, l'âme
de Jésus-Christ étant Jéhovah Même, il ne pouvait
pas avoir une généalogie paternelle, et puisqu'il lui
fallait une généalogie, et qu'il eût été contraire aux
usages et aux mœurs des Juifs de lui en donner une
maternelle, sa généalogie ne pouvait être que celle
de son père putatif.
Nous ajouterons ici quelques considérations géné-
rales :
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 133

On sait avec quelle prudence le Seigneur parlait
aux Juifs de sa Divinité : il ne leur a jamais dit ou-
vertement qu'il était Jéhovah; et cela, parce que
personne n'aurait voulu le croire. N'a-t-il pas été
crucifié, parce qu'il s'était dit le Fils de Dieu? Si
donc, il se fût dit Dieu Même ou Jéhovah, il n'aurait
pas conservé un seul disciple ; cette' déclaration aurait
été pour tout Juif le plus grand des scandales, et le
Seigneur eût été Lui-Même considéré comme blas-
phémateur au dernier degré ou abandonné comme fou
par les plus fidèles de ses disciples, eux qui avaient
tant de peine à saisir qu'il était un avec le Père, et
qui, un instant après avoir saisi cette vérité, cessaient
de la comprendre. Dans les Évangiles, qui ont été
écrits après l'ascension du Seigneur, il n'est pas dit
non plus qu'il est Jéhovah, et s'il est avancé en quel-
ques endroits qu'il est un avec le Père, il est néanmoins
généralement parlé de Lui comme s'il était distinct
du Père; et cela aussi, afin que les hommes pussent
être amenés plus facilement à embrasser le Christia-
tianisme, et en outre par des motifs tirés de la nature
de la Parole qui a éié écrite pour les deux Mondes,
le spirituel et le naturel. S'il a fallu dix-huit siècles
avant que l'humanité pût être en état de comprendre
l'incarnation de Jéhovah Même, et si aujourd'hui il
n'est encore que peu d'hommes qui puissent la com-
prendre, il devient bien évident que Dieu qui, dans
ses révélations, se conforme toujours aux mœurs et
aux idées des hommes qu'il veut ramener à Lui, a dû
12.
134 EXÉGÈSE.

approprier la Parole du Nouveau Testament à l'état
de simplicité dans lequel se trouvaient les peuples
appelés alors à constituer la première Église chré-
tienne. Or, les premiers Chrétiens ne discutaient
point, ils adoraient; ils n'avaient pas besoin de com-
prendre l'incarnation de Jéhovah Même, ils savaient
seulement et ils croyaient fermement que le Seigneur
était retourné au Père et ne faisait qu'une seule et
même personne avec Lui. Lorsque plus tard les
Chrétiens sortirent de cette simplicité et se mirent à
entrer dans des discussions, ils tombèrent successi-
vement dans les erreurs les plus graves, et l'Église
fut perdue. Maintenant qu'elle a été entièrement dé-
vastée, le Seigneur remplit sa promesse « en venant
» sur les nuées des Cieux avec une grande puissance
» et une grande gloire, » c'est-à-dire, en divulguant
le sens interne de la Parole; et par ce sens tout
homme peut maintenant comprendre les Saintes
Écritures, et voir disparaître les nuages qui les cou-
vraient : ainsi, quant au point qui nous occupe, cha-
cun peut voir que, dans le sens interne, celte Généa-
logie est celle de Jésus-Christ, puisqu'elle concerne
la Glorification de son Humain externe, ou la Seconde
Naissance du Seigneur; et qu'en conséquence, quoi-
que réellement dans le sens de la-letlre elle soit celle
de Joseph, elle a dû, à cause du sens interne, èlre
appelée « Livre dfi Nativité- de Jésus-Clirisl ; » que
cette dénomination n'a pu porter aucun préjudice aux
Chrétiens qui ont adoré le Seigneur dans la simpli-
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 135

cité du cœur; et qu'enfin si l'expression paraît im-
propre lorsqu'on ne considère que le sens de la lettre,
elle devient tout-à-fait convenable, lorsqu'on ne sé-
pare pas l'esprit d'avec la lettre, c'est-à-dire, lors-
qu'on a en même temps égard au sens interne.
II. La Généalogie donnée dans Luc est-elle la gé-
néalogie de Joseph ou celle de Marie?
Nous avons déjà fait observer qu'une généalogie
maternelle aurait été en opposition avec les usages et
les mœurs des Juifs; mais comme cette simple obser-
tion pourrait, pour beaucoup de personnes, paraître
insuffisante; nous allons de nouveau examiner la ques-
tion : toutefois, nous n'ajouterons rien à ce que nous
avons dit sur les diverses opinions des commentateurs;
car, à quoi bon commenter un texte, lorsque le sens
en est précis? Or, ici la lettre attribue positivement
la généalogie à Joseph; et pour s'en convaincre, il
suffit de se reporter au texte grec, car l'ellipse qui
est avant le mot Héli se reproduit devant tous les
noms propres dont se compose cette généalogie;
laissons donc de côté tous les commentateurs, qui ne
connaissaient que le sens de la lettre et n'avaient au-
cune idée du sens interne, et voyons si le sens in-
terne peut résoudre la question.
On sait que Marie représente toujours l'Église,
soit dans le sens réel (in sensu genuino) soit dans
le sens opposé, et ne représente jamais le Seigneur.
Que deviendrait donc le sens suprême de cette Gé-
néalogie, si, au lieu de celle de Joseph, elle était celle
136 EXÉGÈSE.

de Marie? Avec une généalogie paternelle, quoique
partant de Joseph père putatif de Jésus-Christ, le
sens interne se manifeste aussitôt; on voit qu'il s'a-
git, dans le sens suprême, de la première période de
la glorification du Seigneur, et, dans le sens respec-
tif, de la première période de la régénération de
l'homme. Mais avec une généalogie maternelle, non-
seulement il n'y aurait plus de sens suprême, mais
encore respectivement à l'Église et à l'homme, comme
le Seigneur a rejeté tout ce qu'il tenait de sa mère,
cette généalogie devrait être prise dans le sens op-
posé, ainsi qu'il arrive souvent pour Marie elle-
même, qui représente alors l'Église pervertie. Or,
puisque cette généalogie est donnée comme étant
celle de Jésus-Christ, il est bien évident qu'elle ne
peut être prise dans le sens opposé, et qu'ainsi elle
est la généalogie de Joseph et non celle de Marie.
III. Pourquoi les deux généalogies diffèrent-elles
entre elles ?
Disons d'abord que les différences qui existent
entre les deux généalogies n'impliquent point con-
tradiction, du moment où l'on admet l'hypothèse de
Jules Africain, car dès lors peu importe la différence
des noms; peu importe aussi que Salathiel et Zoro-
babel tiennent dans Luc le 20e et le 49 e rang, tandis
que dans Matthieu ils ne sont qu'au 10e et au 9e, cela
indique au contraire que le Salathiel et le Zorobabel
de Luc ne sont pas les mêmes que ceux de Matthieu,
ce qui est d'autant plus probable que chez les Juifs
GÉNÉALOGIE DE JÉSUS-CHRIST. 137

les mêmes noms se reproduisent souvent, comme on
le voit ici même dans Luc, où l'on trouve trois Juda,
deux Lévi, deux Joseph, deux Héli et deux Mathathie.
Ainsi, selon cette hypothèse de Jules Africain, qui
nous semble la seule admissible, Luc aurait tracé
une descendance légale et Matthieu une descendance
naturelle. Maintenant, si nous avons recours au sens
interne, nous découvrirons facilement pourquoi Luc
n'a pas reproduit la Généalogie donnée par Matthieu
et en a présenté une autre. L'on sait que, dans la
Parole, le Seigneur est considéré dans deux fonctions
principales, la fonction sacerdotale qui concerne le
céleste, et la fonction royale qui concerne le spiri-
tuel. Or, la Généalogie donnée par Matthieu conte-
nant la série des Rois de Juda, se réfère indubitable-
ment à la fonction royale du Seigneur ou au spiri-
tuel, et dès lors la Généalogie donnée par Luc doit
se référer à la fonction sacerdotale du Seigneur ou
au céleste; et ce qui le prouverait encore, c'est que
chez les Juifs la loi procédait du sacerdoce. Il était
donc essentiel qu'il y eût deux Généalogies qui diffé-
rassent entre elles.
D'après tout ce qui précède nous persistons à dire
que les deux Généalogies, dans le sens de la lettre,
appartiennent à Joseph, mais que dans le sens in-
terne elles sont celles de Jésus-Christ; et nous ajou-
tons que l'une concerne sa fonction royale ou le spi-
rituel, et l'autre sa fonction sacerdotale ou le cé-
leste.
12*.
138 EXÉGÈSE,

Nous désirons que ces explications puissent satis-
faire l'Auteur des observations signées Inquirer;
quant à sa dissertation sur l'identité personnelle du
Seigneur, nous pensons qu'il suffit de se reporter à
notre Article sur les Généalogies pour voir que nous
n'avons nullement mis en doute cette identité, com-
prise comme elle doit l'être. En disant que « le Sei-
» gneur a déclaré Lui-Même qu'il n'était pas le Fils
» de David, et qu'ainsi, dans le sens de la lettre,
» cette Généalogie (dans Luc) n'était pas la sienne, »
nous n'avons pas prétendu dire que Jésus-Christ n'a-
vait pas été le Fils de David par sa mère; nous avons
seulement cherché à corroborer l'assertion précé-
demment émise, que « le Seigneur ayant été conçu
» du Saint-Esprit ne pouvait pas avoir humainement
» une Généalogie paternelle. »
APPEL
AUX MEMBRES DE LA NOUVELLE ÉGLISE POUR LA PUBLI-
CATION DES OUVRAGES DE SWEDENBORG ET LE SOUTIEN
DE LA Bévue (*).

Le Règlement Organique, adopté par la Conven-
tion générale des Sociétés de la Nouvelle Église dans
les État-Unis, portant Création d'un Comité de Cor-
respondance extérieure, dont les attributions sont
déterminées par la Section 14 de l'Art. II. du Chap.
IV (1), le Rédacteur de la Revue s'est empressé d'a-
dresser à Monsieur \V. M. Chauvenet, son correspon-
dant à Philadelphie, une lettre dans laquelle il lui
donne plusieurs détails sur l'état de la Nouvelle
Église en France, en le priant de les communiquer
au Comité de Correspondance extérieure. Cette lettre
ayant été traduite en Anglais, et insérée dans le New
Jérusalem Magazine de Boston et dans le Journal
de la Nouvelle Église à Cincinnati, nous pensons
qu'il est de notre devoir de la mettre sous les yeux
de nos lecteurs; ils pourront d'ailleurs par ce moyen
mieux apprécier toute l'importance de la réponse
que Monsieur Chauvenet vient d'adresser.
(*) Voir aux notes additionnelles.
(1) Voir tome W de la Revue, pag. 254 et 286.
140 APPEL.

« Saint-Amand, 12 février

» J'ai reçu, cher frère, les Journaux et minutes
des trois conventions de la Nouvelle Église aux États-
Unis pendant l'année 1843 ; le rapport de la Conven-
tion Centrale a été traduit et inséré dans les der-
nières livraisons de la Revue. — L'Église de France
félicite l'Église des États-Unis de l'attitude noble et
imposante qu'elle a prise, et elle en rend grâces au
Seigneur, duquel procède l'Ordre et l'Union qui
constituent la force. Les lois politiques et civiles et
les institutions morales des États-Unis ont aussi
beaucoup contribué à l'établissement de votre orga-
nisation religieuse; mais tout cela vient encore du
Seigneur qui se sert des hommes, à leur insu, pour
préparer d'avance les voies de sa Divine Providence.
» L'Église de France n'entrevoit pas encore le
moment où elle pourra, elle aussi, se constituer pu-
bliquement; mais ses membres pleins de confiance
dans les promesses du Seigneur, attendent avec rési-
gnation sa volonté ; lui seul étant juge de l'opportu-
nité; ils ne restent cependant pas dans l'inaction,
puisque le Seigneur veut que l'homme agisse comme
de lui-même; mais quand leurs efforts ne produisent
pas tous les effets qu'ils en attendaient, loin d'en
murmurer, ils en remercient le Seigneur, dans la
conviction où ils sont, que s'il ne l'a pas permis,
c'est parce qu'il était plus avantageux pour le bien
APPEL. 141

de l'Église qu'il en fût autrement. Il en est de l'Église
comme de l'homme ; l'homme ne peut être régénéré
qu'en subissant de nombreuses tentations, une Église
véritable ne peut donc non plus se constituer qu'en
passant par de nombreuses épreuves : l'Église de
France en a déjà subi beaucoup, mais elle en rend
grâces au Seigneur, et le remercie de l'avoir fait
échapper à de grands dangers par les épurations
auxquelles elle a été soumise. Si donc l'Église de
France n'augmente pas sensiblement en nombre,
du moins ses membres véritables se connaissent
mieux de jour en jour, et forment maintenant un
centre capable de résister, avec le secours du Sei-
gneur, à tous ceux qui se prétendant de la Nouvelle
Jérusalem, voudraient faire dévier la Nouvelle Église
de la voie qui lui est tracée par les écrits de Swe-
denborg.
» Aussi est-ce sur la propagation de ces écrits que
que se portent tous nos efforts : vous savez, cher
frère, que les diverses traductions françaises, anté-
rieures à celles de Moët, laissaient beaucoup à dési-
rer, et que quelques-unes d'entre elles, et notam-
ment celles de Pernety, avaient été faites dans un
mauvais esprit; mais celles de Moët elles-mêmes,
quoique faites consciencieusement, sont loin d'être
fidèles; je revois maintenant celle du Ciel et de
l'Enfer; et il n'est guère de pages où je ne trouve
quelque contre sens; d'ailleurs Moët se permet sou-
vent de paraphraser le texte; partout il coupe les
142 APPEL.

phrases dont les membres se lient si admirablement
entre eux dans l'original, et par là il détruit la force
des arguments; il supprime aussi la plupart des con-
jonctions, ce qui dénature entièrement le sens; il
rend souvent un verbe latin par trois verbes fran-
çais, croyant mieux exprimer la pensée de Sweden-
borg, tandis que par là il met ce Savant judicieux au
rang de ces auteurs qui entassent indistinctement des
mots sur des mots; et cependant Swedenborg est
l'auteur le plus sobre, car il n'emploie jamais que le
mot propre, et dans tous ses ouvrages il n'est pas
une seule particule qu'on puisse supprimer, ni un
seul mot qu'on puisse changer, sans nuire à la symé-
trie ou au sens de la phrase. Il est encore très-im-
portant que les expressions techniques employées par
Swedenborg soient toujours traduites dans nos lan-
gues modernes par les mêmes mots, et c'est ce que
n'a pas fait Moët (1). D'après toutes ces considéra-
it) Puisque cette lettre a été publiée par la presse, j'éprouve le be-
soin de rendre aux travaux et à la personne de Moè't toute la justice
qu'ils méritent. J'ai souvent demandé des renseignements sur Moët à
ceux de nos frères qui habitent Versailles et Paris, mais son décès dale
déjà de si loin qu'ils n'ont pu eu obtenir que de très-vagues; on sait
seulement qu'il était bibliothécaire à Versailles et membre de la Société
exégétique de Stockolm. Je présume que ses traductions furent entre-
prises vers 1780, du moins si j'en juge par celle de la deuxième partie
des Arcanes, qui fut commencée le 20 juin 1"82 et terminée le i sep-
tembre de la même année ; ce volume in—i° fut donc traduit en deux
mois et demi, et les volumes suivants ne lui prirent pas plus de temps,
ce qui me fait présumer qu'il traduisait Swedenborg pour son usage
particulier, ou que, si son intention était de le livrer à l'impression, il se
APPEL. 143

tions et plusieurs autres qu'il serait trop long de dé-
duire dans une lettre, il serait donc indispensable
que les ouvrages de Swedenborg déjà traduits le
fussent de nouveau, et que tous les autres le fussent,
s'il est possible, par la même personne : c'est là une
lâche très-grande et très-difficile à remplir; il sera
même impossible de l'exécuter sans laisser encore
beaucoup à désirer, mais du moins on doit l'entre-
prendre sauf à revoir les parties défectueuses lors
d'une seconde édition, afin de faire passer dans notre
langue cette unité d'expressions ainsi que la conci-
sion de style et la force de logique qui régnent dans
tous les écrits de Swedenborg.
» Comme j'avais déjà traduit quelques Traités de
notre Auteur et que personne ne se présentait pour
remplir cette tâche, je m'en suis chargé dans la con-
fiance que le Seigneur me donnerait les forces néces-
saires pour la mener à exécution; c'est un nouveau
travail que j'ai joint à ceux que j'avais déjà entre-
roservait de revoir avec attention son premier travail : mais ses manus-
crits ne commencèrent à être imprimés que près de 40 ans plus tard,
en 1819, époque sans doute bien postérieure à son décos. Quanta sa
personne, les paraphrases qu'il se permettait souvent de faire dans sa
traduction des Arcanes attestent chez lui un cœur généreux et une pro-
fonde piété. Je me plais à ajouter que c'est à ses traductions, quelque
défectueuses qu'elles soient, que la plupart des membres actuels de
l'Église de France doivent la connaissance des doctrines de la Nouvelle
Jérusalem ; et enfin je dirai avec un vif sentiment de reconnaissance que
si ces traductions ont été publiées, c'est à la munificence de M. J. A.
Tulk, Membre du Parlement d'Angleterre, que nous en sommes rede-
vables. (Le Red. de la Revue.)
144 APPEL.

pris; j'ai divisé le tout en portions mensuelles de
manière que la traduction de tous les ouvrages de
Swedenborg, y compris YApocalypsis Explicata,
fût terminée au premier janvier 1850. J'ai pu, grâce
au Seigneur, accomplir ma tâche mensuelle ; j'en
suis déjà pour les Arcana Cœlestiu au cinquième vo-
lume, et pour VApocalypsis Explicata au deuxième.
» En raison du nouveau plan que je me suis tracé
par suite des observations dont je viens de vous par-
ler, les deux premiers volumes A'Arcanes et les au-
tres traductions imprimées avant que ce plan eût été
tracé, auront besoin d'être retouchés, s'il s'en fait
une nouvelle édition. J'hésitais, dans le principe, à
faire des néologismes, dans la crainte d'être bien
moins compris des gens du monde ; mais cette hési-
tation a dû disparaître, lorsque j'ai reconnu que par
là je cessais de rendre toute la pensée de l'Auteur ;
par exemple, je ne pouvais pas me résoudre à tra-
duire falsa par les faux, et je le rendais, comme
mes devanciers, par les faussetés; en cela je m'é-
cartais du texte, car Swedenborg fait une distinction
entre les faux et les faussetés; il emploie toujours le
mot faussetés (falsitates) comme corrélatif de cupi-
dités, et le mot falsa comme corrélatif de ver a; dès
lors je ne pouvais plus hésiter à me servir des ex-
pressions les faux et les vrais, au lieu de les faus-
setés et les vérités, quand dans le texte il y avait
falsa et fera, car Swedenborg distingue aussi entre
les vrais et les vérités. Je m'étais aussi servi jusqu'à-
APPEL. 145

lors de l'expression la Divine Humanité, employée
par mes devanciers pour rendre le Divinum Huma-
num de Swedenborg, mais j'ai reconnu de même
qu'il était indispensable pour la régularité de la rem-
placer par celle du Divin Humain. Du reste, je ne
me suis décidé à introduire ces changements, qu'a-
près avoir consulté ceux de nos frères qui sont les
plus compétents en cette matière, et avoir reçu leur
approbation. On ne saurait trop rester dans le mot à
mot quand on traduit Swedenborg; il y a même du
danger à transposer les mots, ce qui se fait ordinai-
rement quand on traduit du latin ; c'est, en effet, ce
qu'il est facile de voir, puisqu'il y a dans Sweden-
borg une différence notable entre le Divin Vrai et
le Vrai Divin. A. G. N° 2814; et entre le Céleste
Vrai et le Vrai Céleste. A. C. N0 1545.
» J'espère donc, s'il plaît au Seigneur, que cette
traduction complète de Swedenborg sera terminée
au 1er janvier 1850 (*); d'ici là, nous ferons tous
nos efforts pour en poursuivre l'impression, mais nos
ressources sont si bornées que nous n'avancerons
que très-lentement. Loin de voir augmenter le nom-
bre de ses abonnés, la Revue en perd chaque jour,
non-seulement eu Angleterre et aux États-Unis, mais
aussi en France; elle en gagne, il est vrai, en Alle-
magne et dans les États du Nord, mais en bien petit
nombre, en comparaison de ses perles. Les pertes
qu'elle éprouve en France viennent des épurations
(*) Voir aux notes additionnelles.
13.
146 APPEL.

que l'Église a faites, du peu d'aisance de beaucoup
de membres de l'Église, et en général de la retraite
de ceux qui comptaient sur une manifestation écla-
tante de la Nouvelle Jérusalem devant les yeux du
monde, et qui, voyant leurs espérances déçues, sont
rentrés dans leur indifférence religieuse. Cependant
la Revue est jusqu'ici notre seul drapeau ostensible,
et si elle cessait de paraître, non-seulement il ne se-
rait plus question de la Nouvelle Jérusalem dans le
public, mais ses membres épars ça et là perdraient
leur point de ralliement. Il est donc important qu'elle
ne cesse pas de paraître, et je continuerai à faire
tous mes efforts pour qu'elle ne tombe pas; elle avait
d'abord quatre fondateurs, depuis trois ans je suis
resté seul; et comme elle n'a pour se soutenir que
ses abonnements, car les cotisations que font nos
frères sont employées à la publication des Traités, je
suis par conséquent obligé chaque année de combler
le déficit, qui va toujours augmentant. Si du moins
les volumes des années antérieures et les Traités que
nous avons publiés s'écoulaient, nous pourrions par
la suite espérer de faire face aux dépenses, mais jus-
qu'ici il n'y a que très-peu d'écoulement, et chaque
jour nous sommes encombrés d'imprimés, quoique
notre tirage soit très-modéré.
» Malgré la position critique dans laquelle nous
nous trouvons, sous le rapport des finances, je suis
convaincu que s'il y avait écoulement de nos livres,
non-seulement l'existence de la Ilcruc serait assu-
APPEL. 147

rée, mais nous pourrions encore doubler et même
quadrupler par la suite la publication des traductions
de Swedenborg. Notre Auteur n'ayant encore été
traduit complètement qu'en Anglais, il me semble
aussi qu'il est de l'intérêt général de l'Église en-
tière qu'une traduction complète en français vienne
donner un nouveau degré de publicité à ses doc-
trines.
» Je ne suis entré, mon cher frère, dans tous ces
détails, que pour faire connaître au Comité de cor-
respondance extérieure de la Nouvelle Église aux
Étals-Unis, la position dans laquelle se trouve la
Nouvelle Église en France. Veuillez donc, je vous
prie, lui communiquer cette lettre, et engager ses
membres à se réunir à nous, afin de faire leurs ef-
forts pour trouver de nouveaux débouchés à nos pu-
blications. Je sais bien que le premier devoir de la
Nouvelle Église des États-Unis est de subvenir à ses
propres dépenses; mais ce premier devoir rempli, je
suis porté h croire que sa plus grande sympathie est
pour l'Église de France, tant par rapport aux avan-
tages que l'Église en général peut tirer de la position
de la France pour répandre ses doctrines, que par
rapport aux liens intimes qui unissent depuis si
longtemps les deux peuples, et qui viennent d'être
encore resserrés dernièrement par l'accueil que vous
avez fait au général Bertrand. »
Nous donnerons d'abord un Extrait de la réponse
que fit M. Chauvenet dès qu'il eut reçu cette lettre.
148 APPEL.

« Le tableau de l'état de l'Église en France, quoique très-
affligeant, est néanmoins tel qu'il ne doit pas étonner les
membres de la Nouvelle Église. Ces preuves et ces contra-
riétés sont fréquentes dans l'Église, partout où la Providence
lui permet de paraître : c'est l'amour de soi et l'amour du
inonde s'opposant à l'amour du Seigneur et à l'amour du
prochain.
» L'indifférence religieuse, qui est si grande parmi les
Français, est sans doute une autre cause du retard que la
vérité éprouve dans ses progrès parmi nos compatriotes;
néanmoins les promesses du Seigneur ne peuvent pas faillir,
et elles s'effectueront dans leur propre temps. Quant à nous
qui avons reçu du Seigneur la grâce d'apercevoir un rayon
de ces vérités célestes, nous ne pouvons rétrograder ni même
cesser de coopérer avec sa Divine Providence; et, quand un
usage se présente, nous sentons l'impérieux devoir de l'exé-
cuter.
» L'importance que vous attachez à ce que la France pos-
sède une traduction complète des Ouvrages de Swedenborg
me paraît très-réelle, et il me semble que les membres de la
Nouvelle Église dans tous les pays doivent en convenir. Votre
lettre a été traduite en anglais, et une copie en a été envoyée
à plusieurs membres du Comité de correspondance étran-
gère. Ce grave sujet sera soumis à la considération des trois
Conventions de la Nouvelle Église qui vont avoir lieu sous
peu. »
. Voici maintenant un Extrait de la lettre de M. Cliau-
venet dont il est parlé au commencement de cet Ar-
ticle, et dont l'importance nous a déterminés à pré-
senter tous ces détails à nos lecteurs.
« Par nia dernière lettre je vous donnais une idée des
mesures que je prenais pour que votre lettre fût générale-
ment connue de la Nouvelle Église dans les États-Unis; elle
APPEL. 149
fut traduite, comme je vous l'ai dit, et envoyée à plusieurs
membres de l'Église sur divers points, et surtout aux mem-
bres du Comité de correspondance; je tenais beaucoup à ce
que son contenu fût apprécié et qu'il fût soumis aux trois
Conventions de l'Église. Les efforts que vous faites, pour
que la France puisse posséder une Traduction complète des
Ouvrages de Swedenborg, ont obtenu l'approbation et la
sympathie de tous les membres de l'Église dans ce pays-ci,
comme vous pourrez le voir par les Journaux des minutes
des trois Conventions. Ils sont tous d'opinion qu'on devrait
vous aider dans cette entreprise importante, et à cet effet
ils ont nommé des Comités pour arriver à ce but. J'ai assisté
à deux Conventions, et l'on m'a placé à la tête de chaque
Comité pour que je pusse vous communiquer plus tard le
résultat de ces mesures, et vous transmettre les fonds qui
pourront être souscrits pour cette œuvre.
» Dans la Convention de l'Ouest, tenue à Cincinnati, on a
fait insérer votre communication dans le Journal, et on a
nommé un Comité pour correspondre avec vous.
» Aussitôt que j'eus communiqué votre lettre à nos frères
de Boston, elle fut tout de suite, de leur propre accord, in-
sérée dans le New-Jérusalem Magazine; ce Journal est celui
de l'Église qui a le plus de circulation dans les Étals-Unis;
c'est l'Organe de la Convention Générale, dont vous avez
publié dans votre Revue les Règlements Organiques (1).
» La Convention Générale et la Convention Centrale ont
été tenues la même semaine; néanmoins je fis un voyage à
New-York, où la Convention Générale était en séance, pour
m'unir à nos frères et pour nous concerter relativement à
votre communication. L'expression de la Convention Géné-
rale à cet égard est des plus flatteuses. On a donné trois
mois aux membres qui ont été placés dans le Comité pour

(I) Voir Tome VII de la /terne, pag. 216 à 223; 248 à 256j 285 J
288.
13*.
150 APPEL.
rapporter le succès -de leurs travaux individuels, c'est-à-dire,
pour transmettre les souscriptions qu'ils pourront recevoir. »
Tous ceux qui s'intéressent à la publication des
écrits de Swedenborg et au maintien de notre Renie,
dont le but principal est d'en propager la connais-
sance, s'uniront certainement à nous pour exprimer
à nos frères des États-Unis toute leur reconnaissance
pour l'accueil bienveillant qu'ils ont fait à la com-
munication du Rédacteur de cette Revue, et pour le
zèle qu'ils mettent à venir au secours de la Nouvelle
Eglise de France; mais nous espérons aussi que ceux
de nos frères de l'intérieur, pour lesquels la position
de fortune n'est pas un obstacle, redoubleront d'ef-
forts pour soutenir la Revue, qui est notre seul dra-
peau ostensible, et pour hâter la publication des
écrits de Swedenborg.
Le seul Ouvrage de notre Auteur, les Arcanes
Célestes, aura 17 volumes grand in-8° (*). D'après le
mode actuel de publication, il ne paraît qu'un demi-
volume par an, et par suite nous ne sommes parve-
nus jusqu'ici qu'à la moitié du 3me volume; en con-
tinuant ainsi il nous faudrait pour les 1-4 volumes et
demi qui restent à publier vingt-neuf années, tandis
que si nous n'étions pas arrêtés par la question fi-
nancière, nous pourrions en publier deux et même
trois volumes par an. UApocalypsis Explicata for-
mera 10 volumes in-8° ; à ces 27 volumes il faut en-
core ajouter tous les Traités traduits par Moét, qui
(*) Voir aux notes additionnelles.
APPEL. 151

devront être imprimés de nouveau, tant par rapport
aux conditions exposées dans la lettre du Rédacteur
de la Revue, que parce qu'ils ne tarderont pas à être
épuisés; et, en outre, beaucoup d'autres Traités qui
n'ont pas encore été imprimés en Français. Toute-
fois, malgré ce grand nombre de volumes, l'impres-
sion des Œuvres complètes de Swedenborg pourrait
être terminée en moins de dix ans, avec les seules
ressources des ouvrages que nous avons déjà publiés,
si le zèle de nos frères et des admirateurs de Swe-
denborg parvenait à faire écouler les exemplaires
qui nous restent.
C'est donc uu appel que nous faisons à tous les
membres de la Nouvelle Église du Seigneur, quelle
que soit la contrée qu'ils habitent, et en même temps
à tous ceux qui, sans être encore convaincus de la
Sainteté des doctrines de la Nouvelle Jérusalem, ad-
mirent la sublimité des théories renfermées dans les
Ouvrages de Swedenborg, et désirent leur propaga-
tion dans l'intérêt de l'humanité et de la science; en
répandant les ouvrages que nous avons publiés de-
puis six ans, non-seulement ils propageront des doc-
trines dont personne n'oserait publiquement con-
tester la profonde moralité, mais ils nous fourniront,
en outre, les moyens de continuer nos publications,
et de terminer l'impression des écrits de Sweden-
borg dans une langue qui est répandue dans toutes
les contrées du monde.
Si, pour accélérer l'impression des Ouvrages de
152 APPEL.

Swedenborg, quelques membres de l'Église ou quel-
ques admirateurs de l'illustre Suédois, soit en France,
soit à l'Étranger, étaient dans l'intention de faire des
dons, ils pourraient les adresser à la Rédaction de la
Bévue, à Saint-Amand (Cher), ou à M. Hartel (*), rue
du Mail, N° 36, à Paris. A l'imitation des Journaux
de la Nouvelle Église qui se publient à l'Étranger, la
Bévue donnera la liste des personnes qui auront fait
des dons à l'Église, ainsi que la valeur et la destina-
tion spéciale des dons, et remplacera le nom du Do-
nateur par une simple initiale ou par le mot Ano-
nyme quand le désir en sera exprimé. Les personnes
qui seraient retenues de faire une demande de livres,
ou des dons par la difficulté de faire parvenir les
fonds, peuvent indiquer dans une lettre à l'une des
adresses ci-dessus, le montant de la somme qu'elles
destinent à cet effet, et on la fera toucher à leur do-
micile, quelle que faible qu'elle soit.
(*) Voir aux notes additionnelles.
L'UNION CHRÉTIENNE.

Nous recevons d'Amérique, avec les journaux des
trois Conventions de la Nouvelle Église, une bro-
chure au sujet de laquelle notre correspondant de
Philadelphie, M. W. Chauvenet, écrit au Rédacteur
de la Revue :
« Le secrétaire de la Convention centrale vous envoie une
petite brochure (40 pages gr. in-8") sur le caractère des
doctrines de la Nouvelle Jérusalem et leurs progrès dans
les États-Unis. Cet écrit est de l'un de nos frères de la Vir-
ginie. Il a été rédigé pour faire partie d'un Ouvrage consi-
dérable, publié par l'entremise d'une association de la Vieille
Église, lequel doit contenir des exposés des dogmes et des
doctrines de toutes les Communions chrétiennes qui existent
aux Etats-Unis. Chacun de ces exposés a été fourni à l'édi-
teur par la Communion même ou par un de ses organes. »
Certes, c'est une généreuse pensée, digne de voir
le jour dans un pays libre et qui honore ses auteurs,
— au milieu d'un monde travaillé par le doute d'une
part et de l'autre par des tiraillements et des luttes
religieuses, — d'ouvrir un Recueil au plaidoyer des
doctrines de toutes les communions par des organes
accrédités de ces communions elles-mêmes. Quel livre
plus directement utile peut-on offrir à ceux qui dé-
sirent franchement, ou sortir du doute et choisir une
154 L'UNION CHRÉTIENNE.
croyance, ou éclairer celle qu'ils possèdent, en s'ap-
pliquant avec une parfaite indépendance à la recher-
che de la vérité ? Quoi de plus loyal que de faire par-
ler chaque communion pour elle-même, présenter
ses dogmes à son point de vue, au lieu de les rame-
ner tous à un point de vue exclusif, comme cela a
lieu dans tous les Recueils religieux existants? A en
juger par l'Article qui nous concerne et que nous
avons sous les yeux, le programme de l'ouvrage est
suivi dans l'exécution de la manière la plus large et
la plus libérale; l'apologiste y jouit pleinement du
droit de soutenir ses dogmes et sa doctrine par la li-
bre discussion des dogmes et des doctrines opposées ;
et il fallait qu'il en fût. ainsi pour donner tout son
effet au plan proposé, pour faire jaillir le plus de lu-
mière possible du rapprochement de ces divers plai-
doyers.
Nos lecteurs savent que nulle doctrine, plus que
la nôtre, n'appelle les lumières de la discussion.
Nous sommes fermement convaincus que la cause
que nous défendons a tout à gagner sur ce terrain ;
c'est pourquoi, nous applaudissons de toutes nos for-
ces à l'entreprise ici annoncée. Nous doutons qu'elle
soit autant du goût de la plupart des représentants
des doctrines exclusives. La libre discussion en ap-
pelant au jugement de la raison, et s'appuyant en
matière théologique sur le témoignage de la Sainte
Écriture, ne peut convenir à ceux qui voudraient
étouffer la raison sous l'empire d'une foi aveugle, et
L'UNION CHRÉTIENNE. 155
encore moins à ceux qui voudraient couvrir d'un
boisseau le flambeau de la Parole Divine.
Les Chrétiens de la Vieille Église qui ont pris part
à l'association dont parle M. Chauvenet, association
qui préside à une publication si libérale, sont évi-
demment de ces hommes bien disposés qui cherchent
et trouvent dans l'esprit de l'Évangile un principe
d'union supérieur à la lettre morte des professions
de foi de leurs communions respectives. A la des-
cription du caractère de celte association, on recon-
naît qu'elle n'est autre que celle déjà mentionnée
dans une lettre de M. Barrett, de New-York, à l'un
de nos collaborateurs (Voir la Revue. Vol. VII.
Page 88) ; c'est par une réunion de ses membres que
ce prédicateur de la Nouvelle Église fut invité à pré-
senter une suite de lectures sur des doctrines; elle
se nomme, nous dit M. Barrett : « l'Union Chré-
tienne. »
Mais l'union ainsi entendue, dans un esprit de li-
berté et de charité, a des ennemis irréconciliables que
nous venons de signaler. Il est surtout une puissance
dans le monde qui n'admet l'union qu'avec la soumis-
sion aveugle à son autorité spirituelle unique et ab-
solue; elle devait manifester ici son opposition. En
elfet, nous ajouterons pour plus ample information,
que nous avons lu de nos yeux dans un journal, or-
gane le plus fougueux de FuHramontanisme à Paris,
une bulle ou lettre encyclique papale qui attaque et
frappe nominativement de sa censure l'association
156 L'UNION CHRÉTIENNE.
américaine désignée sous le nom y Alliance (ou
Union) Chrétienne, composée de membres de di-
verses communions, comme coupable de séduire les
fidèles, notamment par la distribution de versions
des Écritures en langue vulgaire de complicité avec
les Sociétés bibliques, et cela jusque dans l'Étal
papal.
Pour en revenir à la brochure qui nous touche
plus particulièrement, nous devons dire que notre
représentant, dans cette publication, nous paraît
avoir été heureusement inspiré; son Exposé nous
semble si clair, si bien approprié au service de la
cause qu'il soutient avec nous, que nous nous ferons
un devoir de le traduire pour l'insérer par Extraits
dans cette Revue (1).
(1) Foir Tome VII. Page 161 à 176; 195 à 202; 225 à 254; 321
à 354.
NÉCESSITÉ D'UNE NOUVELLE TRADUCTION
DE LA PAROLE DIVINE.

Nous avons déjà annoncé, dans notre avant-der-
nière Livraison, tome VII, page 190, que la Con-
vention de l'Ouest commençait à se préoccuper du
besoin de pourvoir, dans un avenir peu éloigné, à
une nouvelle Traduction de la Divine Parole en
anglais ; voici maintenant le Rapport qui fut fait à
cette Convention sur cet important sujet.

Rapport du Comité sur une Traduction nouvelle des
Sainlcs Écritures.

« Le Comité, qu'on avait chargé de correspondre avec les
autres Conventions et avec la Conférence anglaise au sujet
d'une nouvelle Traduction des Saintes Écritures, s'est con-
formé aux instructions qu'il avait reçues de la Convention.
« Au mois de juillet dernier, il a adressé aux Présidents
des autres Conventions et de la Conférence anglaise une
lettre dans laquelle il appuyait surtout sur la nécessité qu'é-
prouvait la Nouvelle Église de posséder une Traduction
fidèle de la Parole, et demandait en même temps qu'on vou-
lut bien s'en occuper à la première réunion annuelle.
« Aucune réponse n'a encore été faite à ce sujet; on ne
s'y attendait même pas; l'opinion du Comité étant que rien
ne peut se faire au moment actuel, sauf peut-être d'attirer
14.
158 NÉCESSITÉ D'UNE NOUVELLE TRADUCTION
l'attention de l'Église sur un sujet si important. Sous ce
point de vue, on peut se flatter d'avoir réussi, puisque la re-
quête fut insérée dans Ylntclleclual Rcpository, et que
peu de temps après il parut dans la même publication un
Article appuyant chaudement la proposition, et demandant
qu'une société fût formée à cet effet. Nous espérons donc
que le sujet sera convenablement pesé et discuté à la pre-
mière réunion de la Conférence anglaise, ainsi qu'à celle des
deux Conventions d'Amérique.
« Nous joignons ici la lettre adressée par nous à ces trois
assemblées.
« Cincinnati, 23 juillet 18Û3.
CHERS FRÈRES!
« A la dernière réunion de la Convention de l'Ouest, nous
fûmes institués en Comité, afin de communiquer avec les
antres Conventions des États-Unis et celle d'Angleterre, au
sujet d'une nouvelle Traduction des Saintes Écritures.
« Au moment présent, nous ne pensons guère pouvoir
faire plus que d'attirer l'attention de nos frères les plus éloi-
gnés sur cet important sujet. Il est généralement reconnu
parmi les membres de la Nouvelle Église qu'une Traduction
des Écritures serait fort à souhaiter, les anciennes étant
pleines d'erreurs, dont quelques-unes, touchant à des points
de doctrine, sont par conséquent dangereuses. La plupart
de ces dernières ayant été indiquées dans différentes publi-
cations de la .Nouvelle Église, il serait superflu de les repro-
duire ici.
« Partant du principe fondamental qu'il est du devoir de
ceux qui possèdent le vrai de détruire l'erreur, surtout quand
elle est grossière et palpable, et d'y substituer des vérités,
nous pensons que l'Kglise s'imposera la loi de faire un bon
usage de la grande lumière qu'elle possède, pour, tôt ou
tard, donner aux hommes une Traduction fidèle de la Divine
DE LA PAROLE DIVISE. 159

Parole. Elle a, pins que toute autre, les moyens d'accomplir
cette grande et belle œuvre, par sa connaissance des corres-
pondances, sans laquelle ce serait en vain que des hommes,
quelque instruits qu'ils puissent être d'ailleurs, entrepren-
draient une tâche tellement au-dessus de la science pure-
ment naturelle.
<i La seule question qu'il nous paraît urgent d'examiner
est celle de l'époque la plus favorable pour entreprendre un
tel travail; il se peut que !e moment n'en soit pas encore
arrivé. Peut-être y a-t-il d'autres devoirs d'une importance
plus grande, plus directe, qui. sollicitent l'attention de la
Nouvelle Église. Avant de s'occuper de la traduction de la
(dire, le sens interne ne serait-il pas bien plus admirable à
exploiter? l'esprit humain n'a-l-il pas soif de ces glorieuses
vérités? et révéler le sens spirituel, ne serait-ce point en ef-
fet traduire la lettre son représentant fidèle? .Mais si nous
pouvions mener de front ces deux traductions, combien ne
s'aideraient-elles pas réciproquement?
« Nous avons pensé qu'il existait peut-être parmi les
membres de la Nouvelle Église quelques frères capables
d'entreprendre un tel travail, pour peu qu'on leur fît un ap-
pel au nom de l'Église en général, et c'est à leur intention
que nous désirons voir le sujet présent soumis à la délibéra-
tion des Conférences.
« II ne nous reste qu'à exprimer le désir de voir le sujet
d'une nouvelle Traduction des Écritures, discuté à notre
première réunion, avec l'espérance que, si le projet est
adopté, vous voudrez nommer un Comité pour s'en occuper
spécialement.

« Vos frères dans le Seigneur (membres du Comité),

« Nathaniel Holley.
<c T. 0. Prescott.
« Wm. llooper. »
160 NÉCESSITÉ D'UNE NOUVELLE TRADUCTION
Le Rédacteur-Gérant de la Revue ayant commu-
niqué au Comité de rédaction une lettre qu'il a
adressée aux membres du Comité de la Nouvelle
Église à Cincinnati, sur le sujet dont il est parlé
dans les deux pièces précédentes, le Comité de ré-
daction a jugé qu'il était à propos d'insérer cette
lettre dans la Revue, son contenu étant de nature à
intéresser plusieurs de nos frères, tant en France
qu'à l'étranger.

Saint-Amand (Cher), 9 janvier 18/i5.

A Messieurs les Membres du Comité de (a Nouvelle Eglise
à Cincinnati (Convention de l'Ouest), chargés de s'en-
tendre avec les Comités des autres Conventions, au su-
jet d'une Traduction des Saintes Écritures.

MESSIEURS ET CHERS FRÈRES !

C'est avec un grand plaisir que j'ai appris par
votre rapport à la Convention de l'Ouest, que la
Nouvelle Église aux Etats-Unis est préoccupée du
besoin de pourvoir à une nouvelle Traduction de la
Parole en anglais, et que vous désirez pour le mo-
ment attirer sur cet important sujet l'attention de
nos frères les plus éloignés, dans l'espoir de trouver
parmi les membres de la Nouvelle Église quelques
frères capables d'entreprendre un pareil travail.
Votre but est trop louable et promet de trop grands
DE LA PAROLE DIVINE. 161

avantages aux membres de la Nouvelle Église, pour
que le Seigneur ne suscite pas, tôt ou tard, parmi
nos frères de la langue anglaise, un ou plusieurs
hommes propres à mener cette entreprise à bonne
fin; mais en attendant que cette faveur vous soit ac-
cordée, veuillez permettre à un frère, depuis long-
temps préoccupé d'une nouvelle Traduction de la
Parole en français, de vous soumettre quelques ré-
flexions.
Si Swedenborg avait donné en latin pour tous les
livres de la Parole, comme il l'a fait pour la Genèse,
l'Exode et l'Apocalypse, une Traduction complète, il
est évident que les difficultés qui se présentent pour
une Traduction en langue vulgaire se trouveraient
bien diminuées, car en suivant ponctuellement la
Version de Swedenborg, et en s'aidant de tous les
précieux documents qu'il donne dans l'explication du
sens interne, on aurait toujours avec soi un guide
sûr.
Cette réflexion que je fis dès l'instant où je me
suis occupé de traduire notre Auteur, m'a porté à
me demander si, au moyen des nombreux passages
de la Parole renfermés dans les Écrits de Sweden-
borg, il ne serait pas possible de composer une ver-
sion de la Parole, sinon tout à fait complète, du
moins presque complète. Quoiqu'une telle entreprise
dût exiger un temps considérable et une grande pa-
tience, le but, lors même qu'il ne serait pas entière-
ment atteint, présentait une si grande importance,
14*.
162 NÉCESSITÉ D'UNE NOUVELLE TRADUCTION
que je me suis mis aussitôt à. l'œuvre. Je commençai
par faire le dépouillement de tous les passages con-
tenus dans les Arcana Cœlestia; ma récolte fut
très-abondante, surtout pour ce qui concerne les
Prophètes; je passai ensuite à d'autres Ouvrages, et
pour désigner les différents Traités d'où les passages
bibliques étaient extraits, j'employai les abréviations
dont s'est servi le docteur Beyer dans son Index.
Mais pourquoi avoir pris tant de peine? pourrait-
on me dire; la troisième partie de cet Index du
docteur Beyer n'était-elle pas suffisante? et ne trouve-
t-on pas aussi à la fin de VApocalypsis Explicata un
Index du même genre?
Ces deux Index sont, il est vrai, précieux, mais
ils ont été faits dans un but différent de celui que je
me proposais : ces Index concernent seulement les
passages de la Parole qui, dans les divers Traités de
notre Auteur, ont été rendus clairs, ainsi que l'ex-
prime leur titre (locorum luculentatorum), et par
conséquent ils n'indiquent pas les passages qui ont
été donnés par Swedenborg sans être suivis d'expli-
cations; or, ce sont tous les passages traduits par
Swedenborg qu'il m'importait de recueillir ; et
quoique la collection dont je m'occupe ne soit pas
encore terminée, en la comparant avec les Index
elle renferme plus du double de passages.
D'ailleurs, considérés comme auxiliaires pour la
confection d'une traduction de la Parole en langue
vulgaire, les Index seraient d'un secours bien res-
DE LA PAROLE DIVINE. 163

treint; car il ne suffit pas toujours d'avoir un passage
isolé pour en découvrir le sens, il faut souvent le
comparer à ce qui précède et à ce qui suit; en un
mot, il faut, autant que possible, avoir sous les yeux
l'ensemble du Chapitre. Or, avec les Index seuls, on
ne peut avoir que de simples fragments de la traduc-
tion de Swedenborg, à moins qu'on ne fasse successi-
vement pour chaque Chapitre un travail préliminaire
analogue à celui que je me suis proposé pour l'en-
semble de toute la Parole. Mais, outre cela, il est
encore une autre considération qu'il est bon de men-
tionner : L'on sait que Swedenborg, qui cite beaucoup
de passages un grand nombre de fois, les présente
souvent avec des Variantes; ces Variantes sont pré-
cieuses pour un traducteur des Saintes Écritures en
langue vulgaire. En effet, sans ces Variantes il serait
parfois exposé à faire un mauvais choix dans les dif-
férents mots de sa langue qui expriment le mot à
traduire; mais au moyen des Variantes, il ne tarde
pas à être fixé sur le mot qui convient le mieux. Or,
les Index ne signalent point ces Variantes ; et pour
les trouver il faudrait, à chaque passage, consulter
successivement tous les Traités cités, et souvent il
arriverait qu'après s'être livré à ee travail, on décou-
vrirait qu'il n'y a pas de Variantes pour ce passage.
On peut voir, d'après cela, qu'il serait très-important
d'avoir sous les yeux le dépouillement complet de
tous les passages de la Parole, qui sont épars dans
les divers ouvrages de Swedenborg, avec l'Indica-
•16i NÉCESSITÉ D'UNE NOUVELLE TRADUCTION
tion, à la fin de chaque Verset, des N03 de tous les
Traités où ils sont cités, afin que le traducteur
puisse s'y reporter au besoin, et aussi avec toutes
les Variantes, afin qu'il puisse faire son choix.
C'est là le travail que j'ai entrepris il y a sept ans,
et que j'espère terminer, s'il plaît au Seigneur. Les
trois derniers Livres de Moi'se, et les Livres de Josué,
des Juges, de Samuel et des Rois, sont ceux qui se-
ront restitués avec le plus de difficultés; mais les
Adversaria vont être d'un grand secours; en effet,
si les Adversaria ne présentent pas le texte latin des
Versets, du moins ils donnent parfois les expressions
principales, et c'est le plus important.
Quand le travail de dépouillement sera terminé,
je pense que pour remplir les lacunes, il faudrait se
servir de la traduction latine de Sébastien Schmidt,
qui est celle que Swedenborg préférait aux autres,
quand il n'avait pas recours aux textes originaux,
ainsi qu'il est facile de le reconnaître par l'inspection
de ses écrits. Alors pour distinguer les passages don-
nés par Swedenborg de ceux qui auront été pris dans
Schmidt pour combler les lacunes, il suffira d'impri-
mer les premiers en caractères ordinaires et les
autres en italiques.
Cette traduction latine devrait ensuite être placée
en regard du texte original, savoir, pour l'Ancien
Testament en regard de la Bible Hébraïque d'Èverard
Van-der-Hooght, et pour le Nouveau-Testament en
regard de l'un des deux Textes Grecs cités dans la
DE LA PAROLE DIVINE. 165
e
Note de M. A. Nordenskiold (Voir Revue, 6 année,
page 245). Mais auparavant il y aurait à exécuter un
travail fort important; ce travail consisterait, tout
en laissant subsister les Variantes, à faire entre elles
un choix, afin d'indiquer au Lecteur quelle est la
Version qui paraît la plus convenable, sans pour cela
le priver de choisir lui-même. Je compte alors sur
la bienveillante coopération de plusieurs de nos frères
de Paris, qui font une étude spéciale de la Langue
Hébraïque; et j'espère qu'avec de la patience et de
la persévérance, et surtout avec le secours du Sei-
gneur, sans lequel nous ne pourrions rien faire,
nous parviendrons à rendre aussi complète que pos-
sible cette traduction latine des Saintes Écritures
par Swedenborg.
Si je suis entré dans tous ces détails, Messieurs et
chers frères, c'est parce qu'ayant vu par votre rap-
port à la Convention de l'Ouest, que vous pensiez
que le moment n'était pas encore venu d'entrepren-
dre une nouvelle traduction de la Bible en langue
vulgaire, j'ai pensé que des travaux préliminaires,
qui ont été entrepris dans le but de faciliter une
traduction Biblique en langue quelconque, ne vous
paraîtraient pas indifférents. Je dois d'ailleurs vous
avouer, qu'en entreprenant ce travail, j'avais l'in-
tention, si le Seigneur m'accordait de le mener à
bonne fin, de demander l'appui de toutes les sociétés
de la Nouvelle Église; car nous sommes encore trop
peu nombreux en France, pour que nous puissions
166 NÉCESSITÉ D'UNE NOUVELLE TRADUCTION
seuls en entreprendre la publication. Du reste, lors-
que le moment de commencer sera arrivé, si la tâche
entière paraissait trop forte pour les ressources de
l'Église, au lieu de publier toute la Parole, on pour-
rait pour spécimen n'en donner d'abord qu'une
partie, par exemple, le prophète Ésaïe, qui est celui
que Swedenborg cite le plus souvent.
Veuillez encore me permettre quelques réflexions.
Il n'est douteux pour aucun de nous que la Nouvelle
Église ne doive régner sur la terre; l'époque seule
de sa manifestation complète dans le degré naturel
est et doit être inconnue; mais nous qui avons l'in-
appréciable avantage de savoir et d'être convaincus
que le second Avènement du Seigneur est accompli,
et que maintenant son Royaume descend continuel-
lement sur la terre, quoique d'une manière inaper-
çue par les hommes du monde et par ceux de la
Vieille Église, nous devons diriger nos travaux de
manière à ce qu'ils se coordonnent avec ceux que nos
neveux devront nécessairement exécuter. Or, ce qui
se passe maintenant sous nos yeux, ces merveilles de
la vapeur pour rapprocher les peuples et les mettre
en contact, ces nouvelles méthodes qui s'introdui-
sent dans tous les pays pour faciliter l'étude des
langues vivantes, tout, en un mot, ne nous dit-il pas
qu'avant peu la plupart des obstacles qui s'opposent
encore à la fraternité des peuples, et à leur concours
pour un intérêt commun, vont disparaître. Si donc
nous parvenions d'abord à avoir un édition nouvelle
DE LA PAROLE DIVINE. 167

des Saintes Écritures dans le texte original avec la
traduction latine de Swedenborg en regard, pour-
quoi plus tard n'entreprendrions-nous pas, nous
tous réunis, un travail analogue à celui qu'Origène
exécuta seul, au troisième siècle de l'ère vulgaire?
Ne pourrions-nous pas aussi avoir nos Hexaples?
Ne serait-ce pas un beau travail que celui qui pré-
senterait la Parole dans son texte original, dans la
traduction latine de Swedenborg, et dans les quatre
langues vivantes qui sont le plus répandues sur la
surface du globe, l'Anglais, le Français, l'Allemand
et l'Espagnol? Et remarquez, Messieurs et chers
Frères, que ce premier travail, qui contiendrait en-
core beaucoup d'imperfections, se perfectionnerait à
chaque édition nouvelle, d'autant plus facilement
qu'on pourrait d'un seul coup d'œil confronter ver-
set par verset, les divers traductions vulgaires, et
qu'il se trouverait alors des hommes instruits, pos-
sédant suffisamment ces quatre langues, pour met-
tre à profit cette confrontation, en faisant dans cha-
que langue les rectifications qui seraient jugées
nécessaires. D'ailleurs, puisque la Nouvelle Jérusa-
lem doit régner sur la terre, et qu'elle ne peut ré-
gner que par la Parole, nous devons être convaincus
que le Seigneur fera entrer peu à peu dans les lan-
gues vulgaires des expressions et des tours de phrase
propres à rendre parfaitement ceux qui sont dans le
texte original de la Parole; et pour ne parler que de
la France, puisque je n'ai pas l'avantage de counaî-
168 NÉCESSITÉ D'UNE NOUVELLE TRADUCTION.
tre les trois autres langues, ne voyons-nous pas déjà
cette révolution dans le langage commencer à s'ac-
complir? l'école littéraire moderne ne dédaigne
plus la langue du peuple, et elle remet en honneur
quelques-unes de ces locutions brèves et énergiques
qui ont tant de rapport avec celles que renferme la
Bible. Enfin, la Parole est restée pure dans le texte
original, et cela, parce que le Seigneur a continuel-
lement veillé sur ce texte, car c'est Lui qui a ins-
piré les travaux des Massorètes ; il veillera donc
aussi à ce que, dans toutes les langues, cette Divine
Parole soit restituée dans sa pureté, dans un temps
plus ou moins éloigné, selon que sa Prévoyance in-
finie le jugera convenable pour chaque peuple.
Agréez, Messieurs et chers Frères, l'assurance de
mon affection fraternelle et de mon parfait dévoue-
ment.
LE BOYS DES GUAYS.
PROJET D'UNE TRADUCTION LATINE
DE LA PAROLE DIVINE (*).

Les éditeurs du New Jérusalem Magazine de
Boston ayant manifesté le désir d'établir une corres-
pondance pour ce Journal avec le Rédacteur en chef
de la Revue, le Rédacteur s'est empressé de répon-
dre à cette marque d'intérêt fraternel. Sa lettre du
1er Janvier 1847 avait pour sujet principal une
communication dont nous allons donner l'extrait.
Communication sur un travail préparatoire ayant
pour but d'aider à l'achèvement de la version
latine de la Divine Parole extraite des ouvra-
ges de Swedenborg.

Le travail de dépouillement de tous les
passages bibliques cités par Swedenborg, du moins
en ce qui concerne les ouvrages publiés, étant au-
jourd'hui terminé, nous avons maintenant à conférer
les diverses versions données par Swedenborg, à met-
tre à profit tous les éclaircissements dont ses ouvra-
ges sont remplis, et à combler les lacunes Con-
duit sur ce sujet, dont je suis sans cesse préoccupé,
(*) Voir aux noies additionnelles.
15.
170 PROJET D'UNE TRADUCTION LATINE
je ne saurais l'abandonner sans me livrer à quelques
réflexions; je profiterai aussi de cette circonstance
pour vous soumettre un premier moyen d'exécution,
car il ne suffit pas de former des projets, il faut aussi
exécuter, et pour que l'exécution soit plus facile, il
faut que tous les ouvriers puissent mettre la main à
l'œuvre.
Établir d'après les écrits de Swedenborg une tra-
duction latine de la Parole, pour, de là, arriver à
avoir des traductions exactes en langue vulgaire,
est une œuvre capitale pour la Nouvelle Église;
c'est une tâche que nous devons entreprendre avec
résolution et continuer avec persévérance; que le
temps qu'il nous faudra pour l'accomplir ne nous
effraie point, plus elle nous présentera de difficultés
à surmonter, plus nous devrons redoubler d'eiforts.
Les Chrétiens du moyen-âge employaient des siècles
pour élever leurs cathédrales, qui n'étaient cepen-
dant que des monuments de pierres; ils persévé-
raient sans perdre courage jusqu'à ce que l'édifice
fût terminé, une génération continuait ce qu'une
autre avait commencé; et nous, Chrétiens de la Nou-
velle Jérusalem, membres d'une Église qui subsistera
toujours, serions-nous moins persévérants qu'eux?
Et cependant il ne s'agit pas de mettre des pierres
sur des pierres, nous avons à élever un Édifice bien
autrement majestueux, nous avons à donner à la
Parole Divine dans chaque langue vivante la forme
simple et sublime qu'elle a dans la langue originale
DE LA PAROLE DIVINE. 171

qui n'est plus parlée. En présence d'une telle œuvre,
le cœur nous manquerait-il parce que nous verrions
devant nous de grandes difficultés à surmonter, ou
parce que le cours d'une vie humaine ne nous paraî-
trait pas suffisant pour l'accomplir? Aurions-nous
moins d'amour pour un monument de vie que n'en
eurent les peuples du moyen-âge pour des monu-
ments périssables? Commençons donc, sans nous in-
quiéter de savoir si nous achèverons; commençons,
mais gardons-nous d'aller trop vile; point de préci-
pitation; que chaque année apporte son tribut com-
posé des efforts réunis de chaque ouvrier, et le Sei-
gneur, sans lequel nous ne pouvons rien faire, con-
duira successivement l'édifice vers la perfection à
laquelle il doit nécessairement parvenir.
Nous ne devons donc pas hésiter à nous mettre à
l'œuvre; des matériaux ont déjà été préparés, utili-
sons-les; mais comment les utiliser? c'est là pour au-
jourd'hui la question qu'il importe de résoudre. Ces
matériaux, reconnus nécessaires pour la construction
de l'Édifice, devraient être à la disposition de tous,
et cependant ils ne sont qu'en la possession de celui
qui les a recueillis. Le moyen le plus propre à faire
cesser cet état de choses consisterait à livrer à l'im-
pression ce travail préparatoire, afin que tous aient
la faculté d'y puiser; mais ce serait constituer l'É-
glise dans des dépenses qui pourraient être trop
lourdes pour elle dans ce moment-ci; toutefois, si ce
moyen ne peut pas être employé, il en est un autre
172 PROJET D'UNE TRADUCTION LATIXE
qui, sans exiger de grandes dépenses offrira cepen-
dant les mêmes avantages, sauf à obliger chaque ou-
vrier à recourir lui-même aux sources qui lui seront
indiquées; c'est celui-là que je crois devoir vous
proposer; vous le trouverez suffisamment indiqué
dans une lettre de M. Auguste Harlé; comme le pa-
ragraphe dans lequel il se trouve concerne le sujet
dont nous nous occupons maintenant, je vais tran-
scrire ce paragraphe en entier.
« Mes études sur le prophète Nahum, me dit-il,
m'ont donné une peine effroyable, mais non sans
profit; c'est en poursuivant, comme j'ai voulu le
faire, une exégèse entièrement basée sur Sweden-
borg, que l'on sent de quelle utilité serait un travail
comme celui que vous avez préparé. J'espère que le
mien viendra à l'appui de votre thèse, dont je fais
aussi la mienne, au moins dans l'esprit de ceux qui
se donneront la peine d'étudier ce travail. Pour le
moment, je veux vous communiquer les premières
conclusions auxquelles me paraît conduire l'expé-
rience. Il y a un immense travail à faire pour passer
des citations partielles de Swedenborg à une version
suivie et complète, d'un système uniforme et basé
sur ses meilleurs indications. Je crois que la version
de Séb. Schmidt pure et simple romprait l'unité, et
qu'elle peut seulement servir de base, mais doit être
revisée, ramenée au système général de Swedenborg,
amendée d'après les indications que fournissent les
passages traduits dans ses ouvrages, et aussi d'après
DE LA PAROLE DIVINE. 173

les données de la science moderne éclairée par l'ex-
posé du sens spirituel, dans les passages non traduits
par notre Auteur. En attendant, il s'agit précisément
de favoriser les travaux qui peuvent conduire à ce
résultat désiré. J'ai éprouvé que les passages extraits
d'avance sont sans doute fort commodes, mais ne
dispensent pas de recourir le plus souvent à l'ou-
vrage cité pour recueillir les précieuses explications
jointes à ces passages. D'après cela, je pense qu'une
première publication très-utile, et en même temps la
plus facile à réaliser, serait un Index complet des
passages, au lieu de l'Index incomplet de Beyer, et
de ces autres Index partiels et incorrects publiés à
Londres. Cet Index, vous Cavez tout préparé, et
il ne vous resterait qu'à l'extraire de votre tra-
vail. Il serait à la portée de tous, puisque des
noms propres et des chiffres sont de toutes les
langues, et il serait ainsi d'un usage et d'un inté-
rêt universels. Une marque signalant les passages
textuels, et une autre les passages auxquels sont en
outre jointes des explications développées, me sem-
bleraient de la plus grande utilité. (L'Aslérique de
l'Index (1) de YApocalypsis Explicata est déjà
utile, mais ne distingue que deux classes, et il y en
a au moins trois). Je pense qu'on intéresserait facile-
ment les Comités à cette publication, dont M. le
(t) Cet index est lui-même très-incorrect; les fausses indications
qui sont nombreuses dans le corps de l'ouvrage, comme j'ai pu m'en
assurer dans mon travail de dépouillement, sont répétées dans l'Index.
15*.
174 PROJET D'UNE TRADUCTION LATINE.
docteur Tafel devrait exécuter l'impression, en la
rattachant à ses éditions in-octavo. »
Vous voyez, d'après cette lettre, que ce moyen est
simple et n'exigera que peu de dépenses; je ne doute
pas que M. le docteur Tafel, dont le dévouement est
si constant, ne veuille se charger de l'impression,
ainsi que le propose M. Harlé; je vais lui écrire à
ce sujet, en le priant de m'aider de ses avis; car,
pour que je puisse commencer l'extrait dont il s'agit,
il est nécessaire que nous nous concertions sur le
mode d'exécution de l'Index; toutefois, M. Tafel ne
pourrait entreprendre cette impression qu'autant
qu'il serait assuré de l'appui des divers Comités, et
j'espère que cet appui ne sera refusé par aucun
d'eux. Je me propose de soumettre incessamment
cette même question à nos frères d'Angleterre.
Agréez les sentiments d'affection chrétienne de
votre tout dévoué.
LE BOYS DES GUAYS.
ÉTAT DE LA PUBLICATION FRANÇAISE DES OUVRAGES DE

SWEDENBORG DANS L'ANNÉE 1847 (*).

Lorsque nous avons changé, il y a deux ans, le
mode de publication de la Revue, nous nous som-
mes fondés sur ce motif, que notre œuvre principale
était la publication de Swedenborg en français, et
qu'en conséquence il nous fallait employer toutes
nos ressources pour l'accélérer le plus possible.
Aujourd'hui que deux années se sont déjà écoulées
depuis ce changement, nous croyons qu'il est de
notre devoir de faire connaître à tous ceux qui s'in-
téressent à la propagation des doctrines de la Nou-
velle Église, quels sont les avantages que nous en
avons retirés, et quels sont ceux que nous pouvons
en espérer.
Disons d'abord quel était l'état de nos publica-
tions lors du changement :
Pendant les sept années qui l'avaient précédé,
nous avons publié environ deux Volumes et demi des
ARCANES CÉLESTES ; plus, en dehors de la Bévue, les
six Traités suivants :
DOCTRINE DE VIE pour la Nouvelle Jérusalem.
(*) Voir aux notes additionnelles.
176 PUBLICATION FRANÇAISE

DOCTRINE de la Nouvelle Jérusalem SUR L'ÉCRI-
TURE SAINTE.
DIVIN AMOUR ET DIVINE SAGESSE (ouvrage po-
sthume) .
Du CHEVAL BLANC, dont il est question dans
l'Apocalypse.
DOCTRINE de la Nouvelle Jérusalem SUR LE SEI-
GNEUR.
DOCTRINE de la Nouvelle Jérusalem SUR LA Foi.
Depuis le changement, nous avons publié deux
Volumes des ARCANES CÉLESTES; et, en outre, les six
Traités qui suivent :
EXPOSITION SOMMAIRE du sens interne des Pro-
phètes et des Psaumes,
DE LA PAROLE et de sa Sainteté (Extrait de Y Apo-
calypse Expliquée}.
DOCTRINE DE LA CHARITÉ (Extraite des Arcanes
Célestes].
DES BIENS DE LA CHARITÉ, et Explication du
DÉCALOGUE (Ext. de l'Apocalypse Expliquée).
DOCTRINE DE LA CHARITÉ (ouvrage posthume).
EXPOSITION SOMMAIRE de la DOCTRINE de ta NOU-
VELLE ÉGLISE.
Pendant ces deux dernières années nous avons
donc fait, à peu de chose près, autant de publications
que pendant les sept années précédentes.
Cet avantage est déjà important, mais il n'est pas
le principal.
DES OUVRAGES DE SWEDENBORG. 177

L'avantage le plus grand que nous devons au nou-
veau mode adopté, c'est celui d'avoir établi aux yeux
du plus grand nombre de nos lecteurs, que la publi-
cation des ouvrages de Swedenborg en français pou-
vait être réalisée. Quand on voit chaque jour échouer
tant de projets annoncés par les Prospectus, com-
ment aurait-on pu croire à la réalisation du nôtre,
surtout lorsqu'on réfléchissait qu'il avait fallu sept
années pour livrer au public deux Volumes et demi
d'un seul des ouvrages de la Collection, et qu'en
continuant à ne donner qu'un demi-volume par
année, il faudrait encore vingt-huit ans pour que
cet ouvrage fût terminé? Mais dès que le nouveau
mode de publication eut été adopté, on a pu conce-
voir enfin quelqu'espoir que cet important ouvrage
serait complètement imprimé; car, en voyant que
nous donnions vingt-quatre feuilles d'impression par
an, après avoir commencé par en donner seulement
six, puis douze, on devait facilement présumer que
ce ne serait pas là le dernier terme de cette progres-
sion ascendante. Or, l'avantage qui devait résulter
de cet espoir était immense, si l'on considère qu'une
publication, pour peu qu'elle soit volumineuse, n'a
de chance de succès qu'autant qu'il y a quelques
probabilités qu'elle sera terminée.
Mais aujourd'hui ce n'est plus seulement un espoir
que nous donnons, c'est pour ainsi dire une certi-
tude. Nous sommes heureux de pouvoir annoncer à
ceux qui s'intéressent à la publication des Arcanes
178 PUBLICATION FRANÇAISE

Célestes, que cet important Ouvrage sera entière-
ment publié dans l'espace de quelques années. Un
des disciples des doctrines de la Nouvelle Église,
M. L. de Z. (*), a pourvu aux frais de publication de la
Partie qui traite de l'Exode; le premier volume de
cette partie (le XIe de l'Ouvrage entier) est mainte-
nant sous presse; le XII suivra immédiatement et
sera terminé avant six mois; et comme la Partie qui
traite de la Genèse continuera à être publiée avec la
Revue, nous aurons à la fin de cette année sept vo-
lumes complets, savoir, les Vol. I, II, III, IV, V, XI
et XII. Nous avons l'intention de publier en 1848
les Vol. VI, XIII et XIV; puis en 1849, les Vol. VII,
XV et XVI; et enfin en 1850, les Vol. VIII, IX et X.
La publication des Arcanes Célestes étant ainsi
assurée, nous allons porter tous nos efforts sur les
autres Traités de Swedenborg ; et sur ce point nous
avons le plus grand espoir que le mouvement d'ac-
célération continuera et suivra la même progression
ascendante; d'abord parce que M. L. de Z. a déjà été
imité par un autre disciple, M. D. (**), qui se propose
de pourvoir aux frais d'impression du beau Traité
du Ciel et de l'Enfer, et que l'exemple que donnent
ces deux disciples peut être suivi par d'autres, soit
individuellement, soit collectivement; et, en second
lieu, parce que la Société qui a déjà fait imprimer
plusieurs Traités de Swedenborg verra chaque jour
(*) Voir aux notes additionnelles.
(**) Voir aux notes additionnelles.
DES OUVRAGES DE SWEDENBORG. 179
augmenter ses ressources, puisqu'on outre des dons
qu'elle recueille, elle destine à la publication de
nouveaux Traités tout le produit de la vente des
Traités déjà imprimés.
Nos lecteurs nous pardonneront ces détails; nous
les avons donnés pour montrer à tous que le projet
de publier une traduction française des ouvrages de
Swedenborg, projet qui, mis en avant il y a quelques
années, pouvait alors paraître colossal en raison de
la faiblesse de nos moyens, est cependant sur le
point d'être réalisé, pour peu que ceux de nos frè-
res, tant de France que des autres contrées de l'Eu-
rope et de l'Amérique, qui nous ont aidés jusqu'à
présent, veuillent bien, en raison de nos efforts,
nous continuer leurs encouragements. D'ailleurs, en
cela comme en toutes choses, nous plaçons notre
confiance dans le Seigneur; il y pourvoira. Dominus
Provide bit.
LA REVUE GALLICANE.

Nous avons déjà dit plusieurs fois que, professant
une doctrine toute de charité et de paix, nous n'a-
vions pas à nous immiscer dans les discussions reli-
gieuses avec les autres communions chrétiennes;
qu'il nous suffisait de chercher à répandre peu à peu
les principes de notre céleste doctrine, en publiant
les écrits de Swedenborg; que ces principes produi-
raient des fruits dans leur saison; et que les Com-
munions de la Vieille Église se chargeraient elles-
mêmes de se détruire, soit par des combats entre
elles, soit par des divisions intestines. Les événe-
ments nous prouvent chaque jour que c'était la meil-
leure marche à suivre; en effet, la lutte qui existe
depuis la Réforme entre les deux branches princi-
pales du Christianisme n'en est pas moins vive au-
jourd'hui, quoiqu'elle soit exercée sourdement; ces
deux Communions ne se persécutent plus, il est vrai,
les armes À la main, comme dans les derniers siè-
cles, mais elles se détestent mutuellement autant
que par le passé. Si nous les examinons dans leur
intérieur, nous voyons dans le Protestantisme un
schisme qui grandit chaque jour; et le temps n'est
pas éloigné, s'il n'est pas déjà arrivé, où les Sépara-
tistes s'eront plus irrités contre leurs frères, qu'ils
LA REVUfi GALLICANE. 181

appellent indifférents, qu'ils ne le sont contre les
Catholiques romains. Quant au Catholicisme romain,
on sait ce qui s'est passé dernièrement en Allémti-
gne, et combien Ronge et ses sectateurs ont donné
d'inquiétude au Vatican ; il est vrai qu'en France on
n'en est pas encore arrivé à une semblable scission,
mais il n'en existe pas moins entre le bas et le haut
clergé des germes de division qui éclôront tôt ou
tard, et déchireront en France l'Église catholique
romaine. Quelques symptômes de ce déchirement
futur se sont déjà manifestés, et les tendances ac-
tuelles de la cour de Rome viennent tout nouvelle-
ment de séparer le clergé de France en deux camps,
encore peu distincts en raison de la discipline ecclé-
siastique, mais disposés à se montrer au jour à la
première occasion favorable.
La Bévue Gallicane, qui fait le sujet de cet Arti-
cle, semble appartenir à un troisième camp ; car ses
Rédacteurs ne se rangent ni sous l'ancienne bannière
de Grégoire XVI, ni sous la bannière nouvelle de
Pie IX. Cette Revue, d'après son Titre, est un Jour-
nal Religieux et Philosophique, destiné à provo-
quer la régénération devenue nécessaire dans la
Chrétienté, et à préparer un rapprochement mu-
tuel des diverses Communions Chrétiennes. Une
telle tâche est belle, et nous désirerions que la Revue
Gallicane pût la remplir ; mais forte pour signaler
les abus, qu'elle sape du reste avec une grande har-
diesse, aura-t-elle autant de force quand ilVagira
16.
182 LA REVUE GALLICANE.
de reconstruire? Il est généreux de vouloir en reve-
nir au Christianisme primitif; mais la chose est-elle
possible? peut-on remonter le cours des siècles? Oui,
certes, le Christianisme, aujourd'hui presque étouffé
par les superfétations dont on l'a accablé, est destiné
à revivre de nouveau pour le bonheur des peuples,
mais en entrant dans une nouvelle phase, et non en
retournant à son berceau ; et il ne peut entrer dans
cette phase nouvelle, que par un supplément de véri-
tés qui n'avaient pas pu être révélées à son origine,
parce que les hommes d'alors n'étaient pas en état
de les comprendre. La Revue Gallicane possède-t-
elle ce supplément de vérités?
Disons maintenant quel est le motif qui nous fait
parler ici de la Revue Gallicane, malgré notre ré-
serve à entrer dans des discussions religieuses. Cette
Revue, dans un de ses Articles, vient de s'occuper
de Y Église de la Nouvelle Jérusalem; et, loin de
suivre l'exemple de certains organes du Catholi-
cisme romain, elle a gardé toutes les formes d'une
discussion décente; nous manquerions donc aux con-
venances, si, d'abord, nous ne répondions pas à cet
Article, qui se compose de quelques détails sur Swe-
denborg et sur l'état actuel de la Nouvelle Église, et
d'un Extrait des Lettres de M. Oegger aux Arche-
vêques de Reims et de Paris; et si ensuite nous ne
faisions pas connaître cette Bévue à nos Lecteurs
par la citation de quelques-uns de ses derniers Ar-
ticles. .
LA REVUE GALLICANE. 183

Swedenborg est encore si peu connu des Chrétiens
de la Vieille Église, que nous n'avons pas été sur-
pris de trouver quelques inexactitudes dans le peu
de mots que la Revue Gallicane a dit de lui ; nous
citerons seulement les deux suivantes : « La doctrine
de ce théologien, dit la Revue, s'éloigne peu du
protestantisme suédois. » Si les persécutions que
Swedenborg et ses adhérents eurent à supporter de
la part du clergé suédois, ne suffisaient pas pour
montrer le peu de fondement de cette assertion, nous
dirions que dans tous ses Écrits Swedenborg combat
plus souvent le Protestantisme que le Catholicisme
romain. La seconde inexactitude est celle-ci : « Swe-
denborg dit avoir conversé avec les saints, » et nous
ne la mentionnons que parce qu'elle pourrait don-
ner à croire que Swedenborg reconnaît des saints.
Swedenborg, il est vrai, dit avoir conversé avec cer-
tains hommes que la Vieille Église appelle saints, et
dont quelques-uns étaient alors des Anges, et quel-
ques autres des Réprouvés; mais il ne donne jamais
aux premiers la qualification de saints, il la réserve
pour le Seigneur Seul et pour ce qui procède du
Seigneur, d'après ce principe que Dieu seul est Saint.
Sur l'état actuel de la Nouvelle Jérusalem quant
au nombre des adhérents, la Revue Gallicane dit
qu'aujourd'hui cette Église compte environ cent
mille disciples. Nous ferons à cet égard une simple
remarque : 11 n'en est pas de la Nouvelle Église du
Seigneur Jésus-Christ, comme de toutes les autres
-184 LA REVUE GALLICANE.

Communions chrétiennes; elle échappe à toute sta-
tistique humaine, parce qu'elle est plutôt interne
qu'externe; elle est universelle, en ce sejns qu'elle se
compose de tous ceux qui vivent dans le bien en vue
d'un Dieu, quels que soient d'ailleurs les extérieurs
de leur culte; tous ceux-là, qu'ils appartiennent à la
Vieille Église chrétienne, ou qu'ils soient Mahomé-
tans, Indiens, Chinois, ou même Idolâtres, sont ac-
ceptés par le Seigneur, comme futurs membres de
sa Nouvelle Jérusalem céleste, et après leur mort ils
reçoivent facilement les vérités chrétiennes et rejet-
tent les faussetés de leur religion, parce que le bien
de leur vie leur reste, et que leurs œuvres les sui-
vent. La plupart des Communions chrétiennes sont
exclusives, et font injure à la Justice de Dieu, en dé-
clarant qu'il n'y a de salut que pour ceux qui admet-
tent leurs croyances; la Nouvelle Jérusalem, au con-
traire, reconcilie le Christianisme avec la Justice
Divine, en proclamant que l'on peut être sauvé dans
toutes les religions, pourvu qu'on vive dans le bien
en vue d'un Dieu. Ainsi, tous ceux qui font le bien
pour le bien, et non en vue d'eux-mêmes, sont des
disciples de la Nouvelle Jérusalem, et nous les re-
connaissons pour nos frères; nous les reconnaîtrions
pour frères, quand même ils combattraient nos Doc-
trines, parce qu'alors ce serait de bonne foi qu'ils
les combattraient, et la bonne foi excuse; d'ailleurs,
en persévérant dans le bien, ceux-là ne peuvent
manquer d'adopter tôt ou tard nos doctrines, et si
LA REVUE GALLICANE. \ 85

ce n'est dans ce monde, ce sera dans l'autre, où tous
ceux qui ont aimé et fait le bien vivront éternelle-
ment dans la véritable fraternité chrétienne.
Quant à la seconde partie de l'Article relative aux
Lettres de M. Oegger aux archevêques de Reims
et de Paris, nous n'avons rien à en dire, attendu que
nous avons d'avance décliné la responsabilité de ces
Lettres, particulièrement en ce qui concerne l'opi-
nion de l'auteur sur le recours aux phénomènes de
l'extase; voici ce que nous en disions, dans notre
Numéro de Juin 1846, peu de temps après leur pu-
blication : « Comme disciples, nous devons prévenir
» que plusieurs particularités de ces lettres de
» M. Oegger donnaient à sa démarche un caractère
» individuel qui devait nous empêcher de nous y
» associer par leur publication intégrale. Malgré les
» avertissements de Swedenborg sur le danger de
» provoquer les phénomènes de l'extase, M. Oegger
» ne craint pas (page 18 de sa brochure) de présen-
» ter ces phénomènes comme étant à la disposition
» de chaque disciple, ce que ne sauraient approuver
» tous ceux qui comme nous, d'après les leçons de
» Swedenborg, apprécient la nature de ces mêmes
» phénomènes, en même temps qu'ils en reconnais-
» sent la réalité. » (Voir notre Revue, 9e année,
page 280*.)
Citons maintenant quelques-uns des Articles de la
Revue Gallicane :
(*) Voir aussi aux notes additionnelles.
16*.
186 LA REVUE GALLICANE.

Essence et possibilité des phénomènes surna-
turels. Dans cet Article de sa dernière livraison, la
Revue Gallicane approche de la vérité; elle s'en
écarte seulement en ce qu'elle suit la vieille tradi-
tion qui reconnaît des créatures intermédiaires entre
Dieu et l'homme; cette erreur a été la source de
mille superstitions, et les Rédacteurs de la Revue
Gallicane sont trop ennemis de toute superstition
pour ne pas chercher à s'éclairer sur ce point; qu'ils
lisent sans prévention notre Swedenborg, et ils re-
connaîtront que tous les êtres qui peuplent le monde
spirituel ont d'abord vécu hommes sur des terres.
Influences remarquables de la Religion sur la
santé, signalées par un Médecin. Il y a de très-
bonnes choses dans cet Article; mais la conviction
du médecin eût été bien plus forte, s'il avait eu con-
naissance des Écrits de Swedenborg concernant l'in-
fluence de l'âme sur le corps, et les correspondances
du monde spirituel avec le corps humain.
Prodige notable du magnétisme animal. —•
Embarras de l'Eglise prétendue infaillible au su-
jet du magnétisme animal. Outre ces deux Arti-
cles sur le magnétisme animal, la Revue Gallicane
en contient plusieurs autres dans ses premières li-
vraisons. Les idées qu'elle émet sur les phénomènes
du somnambulisme sont en général assez justes. Loin
de nier les faits, comme certaines autres feuilles,
elle les admet; mais en même temps elle signale avec
raison les dangers qu'ils présentent. Elle cherche
LA REVCE GALLICANE. 187

aussi à les expliquer, et elle y parviendrait, car elle
est sur la voie, si, au lieu d'avoir recours à des êtres
intermédiaires entre Dieu et l'homme, elle recon-
naissait l'existence d'esprits qui ont été hommes, et
si elle avait sur ces esprits des notions exactes, qu'on
ne peut acquérir qu'en lisant les Écrits de Sweden-
borg.
Il est encore plusieurs autres Articles que nous
aurions pu citer, mais leur seul examen nous aurait
entraîné hors des bornes que nous nous sommes
prescrites.
La Revue Gallicane termine son Article sur la
Nouvelle Jérusalem par ces mots : u Au reste, une
» Église Chrétienne de cent mille âmes mérite atten-
» tion; et nous avons dessein d'examiner un jour,
» dans la Revue Gallicane, les doctrines particuliè-
» res de la Nouvelle Jérusalem. » — Nous pensons
que les Rédacteurs de la Revue Gallicane, avant
de juger des doctrines particulières de la Nouvelle
Jérusalem, voudront bien prendre connaissance de
l'ensemble de la Nouvelle Théologie Chrétienne, car
sans la connaissance de l'ensemble, il est générale-
ment difficile de porter un jugement sain sur les
détails. Nous attendons cela de leur bonne foi et de
leur impartialité.
DIGRESSION SUR LA POLITIQUE (*).

Quoique notre Revue ne s'occupe point de politi-
que, les grands événements qui viennent de s'accom-
plir en France sont d'une telle nature, que nous de-
vons nécessairement en parler, ne fût-ce que pour
montrer que la Révolution de 1848, attribuée à la
Providence par ceux-là mêmes qui ne professent or-
dinairement aucune religion, est visiblement desti-
née par le Seigneur à hâter la descente de la Nou-
velle Jérusalem sur la .terre.
Pour nous, tout événement, grand ou petit, est
providentiel; car nous savons que la Divine Pro-
vidence est universelle, Détendant à tout, et qu'il
n'arrive jamais rien sans la permission du Seigneur;
mais nous divisons les événements en deux classes,
les uns directement providentiels, les autres indirec-
tement providentiels; et pour distinguer à quelle
class,e appartient un événement, il nous suffit d'exa-
miner s'il est de nature à favoriser ou à contrarier
le but constant du Seigneur, à savoir, le bonheur
spirituel de l'humanité, d'où résultera plus tard
son bonheur temporel.
Or, comme il nous est prouvé que les hommes ne
pourront parvenir à ce bonheur que dans le sein de

(*) Voir aux notes additionnelles.
DIGRESSION SUR tA POLITIQUE. 189

la Nouvelle Jérusalem, et que le Règne de la Nou-
velle Jérusalem ne pourra être établi sur la terre
qu'autant qu'il y aura liberté des cultes, non-seule-
ment de droit, mais aussi de fait, nous en concluons
que tout événement politique qui donne chez un
peuple plus d'extension à la liberté des cultes est di-
rectement providentiel, et que tout événement poli-
tique qui restreint cette liberté est indirectement
providentiel, c'est-à-dire que le Seigneur l'a seule-
ment permis, et cela, afin de laisser intact le libre
arbitre humain ; il est indirectement providentiel,
en ce sens qu'il concourt indirectement au but cons-
tant de la Divine Providence, parce que, quelque
pernicieux que soit un événement, le Seigneur en
tire toujours du bien. L'humanité est libre de s'é-
carter du chemin qui doit la conduire aux hautes
destinées qui lui ont été promises, et elle s'en écarte
très-souvent; mais, tout en lui laissant entière cette
liberté dont il l'a douée et sans laquelle elle ne se-
rait qu'une machine, le Seigneur la ramène cons-
tamment dans ce chemin, et même presque toujours
sans qu'elle s'en doute.
D'après cela, il est bien évident pour nous que la
Révolution de 1848 est directement providentielle,
car elle va donner à la liberté des cultes un dévelop-
pement immense, en l'établissant de fait en France,
et en disposant toutes les nations du globe à con-
quérir cette précieuse liberté, qui est aux autres li-
bertés ce que le spirituel est au naturel. C'est donc
190 DIGRESSION SUR LA POLITIQUE.

avec acclamation que nous avons salué la République
naissante; nous ne l'acceptons pas comme une néces-
sité, nous l'accueillons avec le respect que tout
homme religieux doit avoir pour une forme de gou-
vernement qui nous est si visiblement donnée par la
Providence Divine.

Jusqu'ici notre Bévue a été étrangère à la politi-
que, elle continuera à suivre la même marche; néan-
moins elle ne s'interdira pas, comme par le passé,
de s'occuper de faits politiques, lorsque ces faits se
rattacheront à des sujets religieux; elle en fera res-
sortir les avantages ou les désavantages pour la Nou-
velle Église. Quant aux faits antérieurs à la Révolu-
tion de Février, si nous ne nous en sommes pas
occupé dans la Bévue, il nous est quelquefois arrivé,
comme correspondant du New-Jérusalem Maga-
zine, de les discuter dans les lettres que nous adres-
sons chaque mois à ce Journal, qui se publie à Ros-
ton (États-Unis d'Amérique). Nous pourrions en
donner ici la substance dans un simple résumé ; mais
plusieurs de nos abonnés, qui ont lu ces lettres tra-
duites en anglais dans le journal américain, ayant
témoigné le désir d'en voir reproduire quelques-unes
dans cette Bévue, nous allons donner, avec leur
date, celles qui ont quelque rapport avec les événe-
ments qui fixent maintenant l'attention.
191

Aux Rédacteurs du New Jérusalem Magazine,
à Boston.

SUR L'ÉTABLISSEMENT DE LA NOUVELLE ÉGLISE
EN EUROPE (*).
Saint-Amand (Cher), 12 février 1847.
A défaut d'autres nouvelles, permettez-moi de
vous présenter quelques considérations générales sur
l'établissement de la Nouvelle Église dans notre
vieille Europe.
Il est incontestable que la Nouvelle Église régnera
sur toute la surface de notre globe : c'est ce que le
Seigneur a annoncé par ses Prophètes dans mille
passages de l'Ancien et du Nouveau Testament ; c'est
ce qu'il nous déclare aujourd'hui dans les Écrits de
Swedenborg, par lesquels il a dévoilé sa Sainte Pa-
role, et a fait une nouvelle Dispensation de Vérités
Divines. Mais pour que le Royaume du Seigneur s'é-
tende sur toute la terre, il faudra nécessairement
beaucoup de temps, car le Seigneur ne contraint
personne; il frappe, il est vrai, chaque jour et à
chaque instant à la porte de chacun, mais il veut
qu'on lui ouvre librement; telles sont les lois de son
Ordre Divin. Or, l'empire de l'amour de soi et du

(*) Voir aux notes additionnelles.
192 SUR L'ÉTABLISSEMENT
monde est encore si grand dans notre vieille Europe,
que bien peu d'hommes aujourd'hui entendent la
voix du Seigneur; et encore, parmi ceux qui l'en-
tendent, bien peu se décident à tenir la porte ou-
verte.
Il serait à désirer que la Nouvelle Église pût s'é-
tablir chez nous d'une manière insensible et sans
secousses violentes, mais pour cela il faudrait que
nos vieilles sociétés se transformassent volontaire-
ment, car « toutes choses doivent être nouvelles »
dans le Royaume du Seigneur, non-seulement quant
au spirituel, mais aussi quant au moral, au politi-
que et au civil, puisque ceux-ci dépendent de celui-
là. Or, l'ordre étant depuis longtemps renversé,
pouvons-nous espérer que le rationnel et le scienti-
fique se soumettront d'eux-mêmes au spirituel?
Quand l'histoire des quinze derniers siècles prouve,
dans chacune de ses pages, que le spirituel a toujours
abusé ou cherché à abuser du pouvoir, ne devient-
il pas presqu'impossible de détruire les préventions
qu'on a en général contre le spirituel, c'est-à-dire,
contre quiconque déclare le spirituel au-dessus de
tout ce qui est naturel? Et comment prouver que ce
prétendu spirituel de la Vieille Église est faux, tant
que le mot seul restera un épouvantail pour la plu-
part des hommes instruits, dont l'opinion a tant
d'empire sur les masses? Pouvons-nous dès lors
espérer que le véritable spirituel puisse, du moins
•chez nos contemporains, reprendre le rang qui lui
DE LA NOUVELLE ÉGLISE EN EUROPE. 193

est dû? Et dans l'ordre politique et civil, pouvons-
nous espérer que les Potentats, tant Catholiques ro-
mains que Protestants et Grecs, se soumettent ja-
mais volontairement aux principes célestes de la
Nouvelle Jérusalem, quand les uns regardent encore
le Catholicisme romain comme le plus ferme sou-
tien de leurs trônes, parce qu'ils s'en servent en le
ravalant au rôle d'agent de police morale, et que
les autres se sont faits ou cherchent à se faire Chefs
suprêmes ou Papes de leur communion, afin de
réunir en eux le pouvoir spirituel au pouvoir tem-
porel?
Si nous avons peu d'espoir que la transformation
de nos vieilles sociétés se fasse insensiblement et
sans commotions, nous ne devons pas cependant
rejeter cette hypothèse consolante, car le pouvoir du
Seigneur est immense et sa Miséricorde est infinie.
Si le Seigneur a laissé les hommes dans l'ignorance
sur un point qui semble si important pour eux, lors-
que cependant il leur a révélé par sa Dernière Dis-
pensation les plus sublimes vérités, c'est encore par
un effet de sa bonté inépuisable, c'est pour qu'ils
jouissent pleinement de'lellr liberté, car la connais-
sance de l'avenir, en ce qui concerne les faits parti-
culiers, les priverait de leur libre arbitre, et serait
pour eux plus désastreuse que profitable, parce que,
dans leur imprévoyance et leur précipitation, ils dé-
rangeraient les plans de sa Divine Providence. Con-
servons donc encore quelque espoir, et tout «en nous
17.
194 SUR L'ÉTABLISSEMENT
résignant à la volonté du Seigneur, prions-Le d'at-
tirer à Lui, s'il est possible, nos malheureux con-
temporains.
Portons maintenant nos regards sur ce qui arri-
verait si la Nouvelle Église ne pouvait pas s'implan-
ter dans notre Europe, avant que le vieux Monde
Chrétien eût été renouvelé.
Cette seconde hypothèse exige un sérieux exa-
men, non-seulement en raison des faits qui viennent
d'être rapportés, mais encore à cause de certaines
assertions de Swedenborg. Vous savez, en effet, que
Swedenborg, lorsqu'il parle de la consommation des
diverses Églises et de l'instauration de l'Église qui
doit succéder, s'explique toujours d'une manière
pour ainsi dire affirmative, en ce qui touche le passé.
Il dit par exemple, dans les Arcanes Célestes,
N° 2910 : « Quand une Église est consommée et
» périt, le Seigneur en suscite toujours une nouvelle
» quelque part, mais rarement, si jamais, d'entre
» les hommes de l'Église précédente, mais c'est d'en-
» tre les nations qui ont été dans l'ignorance. » Dans
d'autres passages il répète en général ces mots :
« rarement, si jamais; » mais au N° 2986, il parle
aussi, sans la nommer, de la Nouvelle Jérusalem,
car il dit : « Après que ce simulacre d'Église (l'É-
» glise juive) eût été consommé, la Primitive Église
» fut instaurée avec des nations (Gentils;, les Juifs
» ayant été rejetcs : il en sera de même de cette
» Église gui est appelée Chrétienne (Similitcr
DE LA NOUVELLE ÉGLISE EX EUROPE. 195

» erit cum hac Ecdesia quœ Christiana dicitur). »
II semble donc résulter de ce passage, que les Chré-
tiens seraient rejetés de la Nouvelle Jérusalem,
comme les Juifs l'ont été de la Primitive Église
Chrétienne. Toutefois, cela ne peut concerner que la
généralité des Chrétiens, et non tout chrétien, puis-
qu'il est bien certain que ce sont des Juifs qui ont
formé le noyau de l'Église Chrétienne.
Un siècle s'est déjà écoulé depuis que Swedenborg
a publié les Arcanes Célestes; si tous les événe-
ments qui sont survenus pendant ce siècle prouvent
que la Vieille Église est tombée, qu'il est impossible
qu'elle se relève, et que le Royaume du Seigneur
s'avance à grands pas, ils prouvent aussi que le
vieux Monde Chrétien rejette l'influx du Seigneur,
puisque, malgré les signes des temps, il se précipite
de plus en plus dans un sensualisme qui le conduira
à sa destruction. L'expérience viendrait donc déjà
confirmer l'assertion de Swedenborg, et porterait à
conclure qu'à l'exemple du Christianisme, qui a com-
mencé à être prêché dans la Judée par des hommes
qui avaient appartenu au Judaïsme, la Nouvelle Jéru-
salem continuera encore à être répandue dans le
vieux Monde Chrétien par des hommes ayant appar-
tenu à la Vieille Église, et que, comme la grande
majorité du peuple Juif a refusé d'entrer dans le
Christianisme, de même la grande majorité des
Européens refusera d'entrer dans la Nouvelle Jéru-
salem.
196 SUR L'ÉTABLISSEMENT
Dans celte seconde hypothèse qui paraît ainsi la
plus probable, si des événements au-dessus de loule
prévision humaine ne viennent pas changer la mar-
che des choses, la Nouvelle Jérusalem opérera sans
bruit, au milieu du vieux Monde Chrétien, les tra-
vaux nécessaires et indispensables à sa manifestation
parmi les Gentils, manifestation qui aura lieu quand
les Gentils auront été entièrement disposés par le
Seigneur à recevoir les vérités de la Nouvelle Doc-
trine. Et, du reste, les Gentils ne sont-ils pas déjà
pour la plupart bien plus près de la Nouvelle Église
que les Chrétiens? Les Mahométans, par exemple,
ne reconnaissent qu'un seul Dieu, tandis que les
Chrétiens en ont trois; ils suivent par religion les
préceptes du Décalogue, tandis que ceux des Chré-
tiens qui les suivent, ce n'est le plus souvent que par
moralité; or, la reconnaissance d'un seul Dieu-
Homme et la vie par religion selon les préceptes du
Décalogue étant les deux Essentiels de la Nouvelle
Église, les Mahométans n'ont plus qu'un pas à faire,
c'est de reconnaître le Seigneur Jésus-Christ pour le
Dieu Unique. Toutefois, ce pas serait très-difficile si
les Mahométans étaient restés dans leur immobilisme;
mais, que voyons-nous depuis peu? Non-seulement
les Mahométans, mais les peuples de l'Inde, mais la
Chine, mais les Iles les plus retirées, tout sort de
l'état de somnolence, tout s'cbranle, tout marche;
et cependant nous ne sommes encore qu'au com-
mencement des grands événements naturels qui se-
DE U NOUVELLE ÉGLISE EN EUROPE. 197

ront dus à la vapeur et aux autres découvertes scien-
tifiques dont le nombre s'accroît chaque jour; en-
core quelques années, et le Monde entier va être
ouvert aux Chrétiens de la Vieille Église; et ces
pauvres Gentils que le Seigneur dispose avec tant de
soin pour sa Nouvelle Église deviendraient infailli-
blement la proie des Européens, qui leur inculque-
raient leurs fausses doctrines et leurs idées philoso-
phiques, si le Seigneur n'y avait pourvu en laissant
se développer au sein des sociétés Chrétiennes une
lèpre, le paupérisme, qui, au souffle du vent orien-
tal, quand leur temps sera arrivé, fera disparaître
ces sociétés de la scène du Monde, comme ont dis-
paru les puissants Empires de Babylone, d'Assyrie
et d'Egypte, et comme plus tard a disparu l'Empire
Romain dont la puissance cependant paraissait in-
destructible lors de la naissance de la première
Église Chrétienne.
S'il en doit être ainsi, ne faut-il pas qu'aupara-
vant les Écrits de la Nouvelle Dispensation soient
traduits dans les langues des peuples Chrétiens dont
l'action se fera le plus sentir sur les Gentils, afin que
ces Écrits servent de contre-poison aux doctrines
fausses qu'on cherchera à répandre parmi eux?
C'est donc aux disciples à redoubler de zèle dans
leurs travaux. Peu importe que le vieux Monde ne
s'occupe point d'eux ; qu'ont-ils à faire avec lui?
D'ailleurs, ne vaut-il pas mieux que, pour son propre
intérêt spirituel, ce vieux Monde reste dans l'igno-
17*.
198 SUR L'ÉTABLISSEMENT
rance que de connaître des vérités qu'il profanerait?
Toutefois, comme la moisson est grande, et qu'il y
a peu d'ouvriers, c'est aux disciples à prier instam-
ment le Maître de la moisson d'envoyer des ouvriers
dans sa moisson ; et, parmi ces masses indifférentes,
le Seigneur, qui seul sonde les cœurs et les reins,
saura bien discerner ceux qui sont susceptibles de
connaître et d'aimer la vérité, et il les leur adjoindra
pour les aider à accomplir cette grande tâche qui
leur est maintenant imposée, à savoir : Restituer la
Bible dans sa plus grande pureté, au moyen des
Écrits de Swedenborg, afin qu'elle puisse être tra-
duite littéralement et fidèlement dans toutes les lan-
gues; et traduire dans les principales langues de
l'Europe les Ouvrages qui concernent la Nouvelle
Dispensa tion.
J'ai dû, chers frères, examiner les deux hypo-
thèses au sujet de l'établissement de la Nouvelle Jéru-
salem sur notre Globe; et je l'ai fait rapidement afin
de ne pas dépasser les bornes d'une lettre; mais
dans la seconde hypothèse elle-même, comme la Nou-
velle Église sera le couronnement de toutes les pré-
cédentes, et qu'elle doit régner à toujours sur toute
la terre, il s'ensuit que si nos Empires actuels sont
détruits comme ceux de l'Antiquité, du moins ils ne
resteront point livrés à une désolation si longue, et
que le Seigneur les rétablira sous une autre forme
avec de vrais Chrétiens, chez qui la science restera
subordonnée au rationnel et le rationnel au spirituel.
DE LA NOUVELLE ÉGLISE EN EUROPE. 199

Ainsi dans l'une et dans l'autre hypothèse, les
travaux et les efforts des disciples sont de la plus
haute importance. Si les disciples, sous la direction
du Seigneur, parviennent à faire adopter les doctri-
nes célestes de la Nouvelle Jérusalem par le vieux
Monde Chrétien, ce Monde sera sauvé de la destruc-
tion par une rénovation qui s'opérera plus ou moins
sensiblement, avec plus ou moins de promptitude,
mais qui n'en sera pas moins complète; si, au con-
traire, le vieux Monde rejette ces doctrines céles-
tes, il disparaîtra infailliblement dans des convul-
sions affreuses, mais sur ses ruines s'édifiera une
société de vrais chrétiens, dont les travaux des dis-
ciples auront préparé la formation.
Quelques mots encore : Si, dans ce simple exposé,
je nie suis servi de l'expression : «Vieux Monde Chré-
tien, » c'est pour indiquer que la jeune Amérique,
et surtout votre patrie, se trouvent dans un cas tout
exceptionnel. Chez vous, il est vrai, règne comme
partout ailleurs l'amour de soi et du monde ; mais il
n'y a pas comme dans la vieille Europe, autant
d'obstacles à l'établissement de la Nouvelle Église,
ni les mêmes causes de destruction violente. Votre
Gouvernement ne reconnaît pas de religion d'État;
tous les cultes sont libres, et aucun n'est privilégié
au détriment des autres; votre Chef ou Président
n'étant élu que pour quatre ans, n'a aucun intérêt à
réunir en sa personne le spirituel au temporel ; du
reste, votre population a déjà secoué une grande
200 DE LA NOUVELLE ÉGLISE EN EUROPE.
partie des préjugés qui régnent en Europe; et cha-
que jour elle se recrute d'hommes qui, par cela seul
qu'ils abandonnent leur patrie, ne tiennent pas beau-
coup à ses vieux principes politiques ni à ses dogmes
religieux. Quant au paupérisme, cette plaie ef-
frayante, ce nouvel Attila, dont les bataillons se
grossissent chaque jour, et commencent déjà à me-
nacer l'Europe, quoiqu'il existe aussi chez vous, il
ne se présente pas si menaçant, et d'ailleurs il pourra
être facilement apaisé. Chez nous, il n'y a pas un
centiare de terre qui n'ait son maître; dès lors com-
ment satisfaire ce désir de posséder qui alimente
continuellement la haine du prolétaire contre le
propriétaire? vous, au contraire, vous avez d'im-
menses terrains libres, et malgré les distributions
qui peuvent être faites dès à présent, il en resterait
toujours assez pour apaiser le prolétariat, si, levant
sa tête menaçante, il demandait à jouir, lui aussi,
des avantages de la propriété.
SUR LE RETABLISSEMENT DES JUIFS
DANS tA TERRE DE CANAAN (*).

Saint-Amand (Cher), 1" octobre 1847.

Il est une croyance généralement répandue dans
les divers communions de la Vieille Église, c'est que
les Juifs se convertiront enfin au Seigneur et seront
de nouveau introduits dans la terre de Canaan. De
là proviennent ces efforts multipliés que font dans
tous les pays certaines sociétés de Chrétiens pour la
conversion des Juifs.
Cette croyance est-elle fondée, et ces efforts par
conséquent ont-ils quelques chances de succès?
En cela, comme en beaucoup d'autres choses, la
Nouvelle Église du Seigneur est en complet désac-
cord avec la Vieille Église. En effet, Swedenborg
déclare positivement que si la nation juive a été con-
servée jusqu'à ce jour, ce fut à cause de la Parole de
l'Ancien Testament, parce qu'il avait été prévu par
le Seigneur que les Chrétiens rejetteraient presque
cette Parole, et en souilleraient les internes par des
choses profanes; et il ajoute que si les Chrétiens qui

(*) Voir aux notes additionnelles.
202 SUR LE RÉTABLISSEMENT DES J U I F S

connaissent les internes eussent pu vivre en hommes
internes, il y a longtemps que cette nation eût été
détruite. — Arcanes Célestes, Nos 3479, 7051.
Or, puisque le Seigneur instaure maintenant une
Nouvelle Église sur la terre, et qu'il n'est plus à
craindre que la Parole de l'Ancien Testament, au-
jourd'hui en la possession de cette Église, soit reje-
tée ou falsifiée, nous devons en conclure que la na-
tion juive va être détruite ou disparaître de la terre.
Voyons donc si les faits accomplis depuis que la
Nouvelle Église a commencé à être manifestée publi-
quement sont d'accord avec cette conclusion.
Mais, avant tout, il importe de dire ce qu'on doit
entendre par la disparition de la nation juive : La
disparition des Juifs n'implique pas leur anéantisse-
ment comme individus. La nation juive disparaîtra
comme toutes les autres nations ont disparu ; les na-
tions anciennes n'ont pas été anéanties, ou, en d'au-
tres termes, ceux qui les composaient n'ont point été
extirpés de manière à ne point laisser de descen-
dants; mais ces nations se sont fondues insensible-
ment dans les nations modernes, sans laisser subsis-
ter aucune trace qui indiquât, après un certain nom-
bre de siècles, que tel individu était originaire de
telle ou telle nation ancienne. C'est ainsi, par exem-
ple, qu'il serait aujourd'hui impossible à un Fran-
çais d'établir s'il est d'une origine celtique, gauloise,
romaine ou franque. Je reviens maintenant à la dis-
parition prochaine de la nation juive.
DANS LA TERRE DE CANAAN. 203

Si de toutes les nations anciennes la nation juive
est la seule qui ait traversé les siècles sans se perdre
ou se confondre avec les nations modernes, chacun
peut, en dehors du but providentiel dont il vient d'ê-
tre parlé, en voir clairement les motifs; c'est d'un
côté parce qu'elle a conservé avec ténacité ses coutu-
mes religieuses et ses mœurs, et d'un autre côté parce
que toutes les nations chrétiennes avaient pour elle
la plus grande aversion ; ces deux motifs réunis ont
évidemment rendu impossible toute fusion entre elle
et les autres peuples.
Du moment donc où d'un côté les Juifs commen-
ceraient à se relâcher de leur ténacité pour leurs
coutumes religieuses, et où de l'autre côté les na-
tions chrétiennes n'auraient plus pour les Juifs cette
aversion séculaire, d'impossible qu'elle était la fusion
deviendrait possible, et dès lors la disparition des
Juifs comme nation ne serait plus qu'une affaire de
temps. Cela doit être évident pour tout le monde.
Or, cette fusion est déjà depuis quelque temps
commencée, et elle est même aujourd'hui plus avancée
qu'on ne le pense, car tout va vite dans notre siècle.
L'initiative du rapprochement a d'abord été prise
par les nations chrétiennes ; et, pour ne parler que
de la France, il y a déjà un demi-siècle que les Juifs
chez nous sont des citoyens français ; on les trouve
maintenant partout, au barreau, dans la magistrature,
à la chambre des députés, et ceux qui se sont ainsi
lancés dans notre vie sociale en ont pris les mœurs,
2U4 SUR LE RÉTABLISSEMENT DES JUIFS

et même les idées philosophiques ; car, pour la plu-
part, ils ne tiennent pas plus à la loi de Moi'se
que nos hommes du monde ne tiennent à la loi du
Christ.
Bien plus, les idées philosophiques du siècle et le
rationalisme se sont même glissés chez une partie
des Rabbins, et se répandent parmi les masses. On
peut en juger par la pièce suivante qui vient de
paraître dans une Revue accréditée parmi les Israé-
lites de France :
« L'expérience a établi avec évidence que la plus
» grande partie de notre code religieux est devenue
» impraticable, et est effectivement impratiquée par
» des Israélites devenus citoyens, c'est-à-dire, par
» ceux qui, ayant renoncé à une nationalité asia-
» tique, ont adopté la nationalité de la contrée natale.
» Les hommes les plus instruits, tenant fermement
» au dogme mosaïque, ont cessé de considérer com-
» me fondamentaux des points qui passaient pour tels
» autrefois. De ce nombre sont l'inauguration mas-
» culinc (la Circoncision), la période septénaire, les
» prohibitions alimentaires, les prescriptions pas-
» cales, les alliances exclusivement indigènes. En
» effet, les formes du culte ne sont pas le culte ; le
» fond est immuable, mais les formes varient avec
» les besoins qui les ont établies, avec le- sens qu'on
» y attachait, et cessent d'être obligatoires. D'ail-
» leurs rien n'est moins obligatoire que l'impossible.
» Cette lutte contre des impossibilités que la foule
DANS LA TERRE DE CANAAN. 205

» prétend soutenir, est le principal obstacle que la
» civilisation ait à soutenir parmi nous. »
Voilà où en sont les choses en France en 1847. Je
n'ai pas pour le moment en ma possession les docu-
ments nécessaires pour préciser l'état où elles sont
en Allemagne; mais il est à présumer qu'au milieu
de l'agitation intellectuelle où se trouve maintenant
ce pays, elles sont au moins aussi avancées qu'en
France, si elles ne le sont pas davantage, car voici
ce qu'on lisait dans la Gazette d'Augsbourg, il y a
quelques années (août 1843):
« Des Israélites de Francfort-sur-le-Mein ont cons-
« titué une société réformatrice, pour confesser pu-
» bliquement des principes qui se résument en trois
» points : 1° La loi de Moi'se est susceptible de dé-
» veloppement et de progrès ; 2° Le Talmudn'a. au-
» cune autorité obligatoire ni en principe ni en pra-
M tique; 3°La venue d'un Messie pour conduire les
» Israélites en Palestine n'est ni attendue ni souhaitée
» d'eux ; ils ne reconnaissent pour patrie que celle à
» laquelle ils appartiennent par leur naissance ou par
» les rapports civils. »
Le journal français qui reproduisait l'article de la
Gazette d'Augsbourg contenait à la suite les ré-
flexions-suivantes faites par un Allemand :
« L'Allemagne est le pays des réformes religieuses.
» Après avoir, au XVe siècle, battu en brèche l'au-
» torité papale, après avoir la première consacré le
» grand principe de la liberté de conscience, la voilà
18.
206 SUR LE RÉTABLISSEMENT DES JUIFS.

» qui prélude à l'émancipation de la race juive,
» émancipation difficile ou à peu près impossible
» dans des pays comme la Pologne ou la Russie, mais
» facile et bien préparée chez nous par l'émancipa-
» tion morale et industrielle de ce peuple.
» II y a déjà une quinzaine d'années que les Israé-
» lites éclairés de Berlin, comprenant les besoins de
» la Société actuelle, entreprirent d'introduire le
» principe de la réforme dans leur culte suranné, et
» de se rapprocher par là du milieu chrétien plus
» que cela ne s'était fait jusqu'alors. Aujourd'hui il
» ne s'agit de rien moins pour une partie de nos Juifs,
» que d'abandonner la Circoncision. La ville de
» Francfort a, la première, donné le signal de cette
» réforme, et d'autres localités ont l'intention d'imi-
» ter cet exemple. Il va sans dire que le vieux parti
» orthodoxe, à la tête duquel se trouve la famille
» Rothschild, ne voit pas sans dépit celte défection,
» et qu'il fait tout son possible pour l'empêcher.
» Menaces, promesses, tout est employé pour rame-
» ner dans le bercail le troupeau égaré. L'heure de
» la délivrance a sonné pour la maison d'Israël, et
» toutes les menées de la faction Rothschild seront
» en pure perte. Peu à peu le parti progressif se
» confondra dans la société chrétienne, et ainsi se
» trouvera résolue la principale difficulté qui, jus-
» qu'à présent, s'opposait à l'émancipation complète
» d'une partie notable de notre population. » —
» Démocratie Pacifique, 30 août 1843.
DANS LA TERRE DE CANAAN. 207

Que conclure de tout cela, sinon que la disparition
des Juifs, annoncée par Swedenborg à une époque où
rien ne présageait un tel événement, est aujourd'hui
dans sa première phase d'accomplissement, et que le
temps n'est pas éloigné, où la nation juive se trou-
vera entièrement fondue dans toutes les nations
parmi lesquelles elle a vécu tant de siècles sans au-
cun mélange.
Ainsi la nation juive sera détruite et non pas ré-
tablie dans la terre de Canaan ; ainsi les efforts des
comités chrétiens pour la conversion des Juifs seront
impuissants. Les Juifs abandonneront leur nationa-
lité et leurs coutumes religieuses pour des avan-
tages mondains et terrestres et non pour des avan-
tages spirituels, qu'ils dédaignent aujourd'hui comme ;
il y a dix-huit siècles. „ I
SUR PIE IX EN 1847 (*).

Saint-Amand (Cher), 1" novembre 1847.

Depuis ma dernière lettre où je vous parlais de la
destruction prochaine de la nation juive par la fusion
complète des Juifs avec les autres peuples, il s'est
produit en France un nouveau fait qui va accélérer
encore cette prochaine disparition des Juifs, annon-
cée par notre Swedenborg à une époque où rien ne
pouvait la faire présumer. Voici ce fait : Un mariage
avait été contracté en 1842, à Marseille, entre un
catholique romain et une juive, et malgré toutes les
démarches qui furent faites depuis ce moment auprès
de l'autorité ecclésiastique, celle-ci avait opiniâtre-
ment refusé jusqu'ici d'en permettre la bénédiction ;
mais une demande ayant été adressée dernièrement
à Pie IX, l'autorisation fut aussitôt accordée, et ce
mariage mixte vient d'être béni par un prêtre catho-
lique romain. C'est le premier mariage autorisée par
l'Église romaine entre Catholiques et Israélites. Ainsi
se trouve levé en France le dernier obstacle à la fu-
sion qui, dès ce moment, ne pourra plus être arrêtée

(*) Voir aux notes additionnelles.
SUR PIE IX EN 18*7. 209

chez nous dans sa progression croissante et rapide.
Ce fait me conduit naturellement à vous parler de
Pie IX et de ses réformes, dont le retentissement n'a
pas manqué de venir jusqu'à vos lecteurs. Quoique
le mouvement, qui s'est emparé des peuples de l'Italie
à la voix de Pie IX, soit avant tout essentiellement
politique, et quoiqu'il s'agisse surtout de réformes
dans l'ordre temporel, les réformes dans l'ordre
spirituel auront certainement leur tour ; alors les
Chrétiens de la Nouvelle Jérusalem pourront, en con-
naissance de cause, porter un jugement sur Pie IX ;
mais jusque-là ils ne peuvent voir dans Pie IX qu'un
prince dont le courage est admirable, qu'un tribun
couronné appelant les peuples à la liberté, qu'un
patriote s'occupant avec persévérance de l'émanci-
pation intellectuelle et politique des Italiens. Comme
prince souverain, Pie IX peut, dès à présent, être
jugé, mais comme pape il importe de suspendre
toute appréciation de son caractère jusqu'à ce qu'il
se soit manifesté par quelques actes importants.
Nous n'aurons cependant pas longtemps à attendre,
la liberté civile et politique appelle la liberté reli-
gieuse; l'une est la conséquence inévitable de l'autre ;
après avoir obtenu leurs droits de citoyens, les
peuples réclameront infailliblement leurs droits de
chrétiens.
Gardons-nous toutefois de croire que les réformes
religieuses qui partiront de Rome puissent amener
autre chose qu'un déchirement dans le catholicisme
18*.
210 SUR PIE IX EN 18*7.

romain, déchirement qui pourra causer de grandes
catastrophes dans l'ordre moral et civil, mais qui
conduira nécessairement à une plus grande éman-
cipation de la liberté de conscience, principal but
providentiel de l'élévation de Pie IX au pontificat ;
car lors même que nous supposerions que le Pape
aurait connaissance de nos célestes doctrines, et les
reconnaîtrait de cœur, il deviendrait impuissant du
moment où il témoignerait l'intention de les faire
admettre, et il se verrait aussitôt brisé par ceux-là
mêmes qui ont contribué à son exaltation. En effet,
on peut supposer qu'un prêtre, malgré l'éducation
qu'il a reçue dans le séminaire, malgré les doctrines
qu'il est obligé de suivre et de prêcher publique-
ment, malgré tous les avantages mondains qu'elles
lui procurent, malgré le pouvoir spirituel qu'elles
lui donnent dans ce monde-ci et pour l'autre, on
peut, dis-je, supposer qu'un prêtre, quoiqu'entravé
par tant d'obstacles, soit néanmoins intérieurement
convaincu que cette éducation est pernicieuse, que
ces doctrines sont fausses, que les avantages mon-
dains qu'elles procurent sont pour la perte de l'âme,
qu'il n'a lui-même en réalité aucun pouvoir spirituel,
et soit par suite de cette conviction porté à recher-
cher la vérité ; et que, l'ayant trouvée, il reconnaisse
de cœur que l'Humain du Seigneur est Divin, et
qu'en conséquence Jésus-Christ est à la fois le Père,
le Fils et le Saint-Esprit, et qu'on ne peut être sauvé
qu'en vivant selon les préceptes de ce Dieu unique.
SUR PIE IX EN W7. 211

Mais cette supposition, qui peut sembler à beaucoup
de personnes bien hasardée, pourrait-on la faire
même pour un très-petit nombre de prêtres? En
trouverait-on un sur mille qui fut disposé à aban-
donner pour la vérité tous les avantages qu'il tire de
sa position ? Or, puisque dans la supposition même
où Pie IX reconnaîtrait nos doctrines célestes, il
serait impuissant pour les faire admettre, nous de-
vons en conclure que nous n'avons rien à espérer
directement des réformes religieuses qu'il pourra
faire ; je dis directement, car ces réformes, quelles
qu'elles soient, auront une grande importance pour
nous en ce sens, qu'elles donneront une plus grande
latitude à la liberté de conscience.
Ce qui étonne dans les événements dont la pénin-
sule Italique est aujourd'hui le théâtre, ce n'est pas
tant de voir un pape libéral se tracer et suivre avec
résolution une marche politique opposée à celle de ses
prédécesseurs en rompant ainsi avec le passé, que de
voir une partie du clergé appuyer des réformes qui
paraissent si contraires à son intérêt. Je citerai ici
une disposition importante du Molu proprio de
Pie IX sur la municipalité : Cette disposition remet
à l'autorité municipale la tenue des registres de
l'état civil, sans préjudice cependant des registres
tenus par le clergé. Mais les registres municipaux,
plus complets, ne tarderont pas à éclipser les autres,
comme cela s'est fait en France. C'est là une mesure
des plus hardies, qui aurait dû soulever une répro-
212 SUR PIE IX EN »847.

bation invincible dans le clergé, et cependant le
clergé n'a pas fait de protestation. On se demande
donc si les adhérents ecclésiastiques de Pie IX sont
de bonne volonté, ou s'ils ne le suivent que parce
qu'il est le chef et que de lui dépendent les faveurs,
ou parce que dans le mouvement général des esprits
ils craignent de se montrer hostiles au vœu des po-
pulations. Comme il vaut mieux supposer la bonne
volonté, examinons si le bon vouloir du clergé peut
se concilier avec son intérêt bien ou mal entendu,
car si la conciliation est possible, l'étonnement de-
vra disparaître.
Le clergé catholique romain a toujours eu pour
but la domination, et pour atteindre ce but il s'est
ligué selon les circonstances, soit avec les peuples,
soit avec les rois ; ligué avec les peuples, il abais-
sait les rois ; ligué avec les rois, il foulait les peu-
ples ; tels sont les enseignements de l'histoire. Mal-
gré son abaissement actuel, le clergé n'a pas cessé
de rêver le retour de cette suprême domination,
qui lui est échappée peu à peu du moment où les
trônes ont commencé à se consolider par la des-
truction successive des grands vassaux et de la féo-
dalité. Depuis cette époque il est resté, il est vrai,
presque toujours ligué avec les rois contre les
peuples, mais il y a eu pour cela plusieurs causes ;
d'abord les peuples étaient trop faibles et les rois
trop forts ; ensuite les rois ont toujours eu soin de
flatter le clergé, et de lui assurer des avantages ho-
SCR PIE IX EN m?. 213

norifiques et pécuniaires; enfin, il était resté au
clergé pour consolation sa puissance spirituelle tant
sur les grands que sur le peuple. Mais aujourd'hui
tout est bien changé, les peuples sont devenus ou
deviennent forts, et les trônes vacillent ; les avan-
tages du clergé sont ou diminués ou perdus, et ceux
qui lui restent sont menacés d'être engloutis avec
les trônes ; enfin sa puissance sur les âmes a telle-
ment été attaquée par les idées philosophiques,
qu'elle n'est plus que l'ombre de ce qu'elle était.
Dans ces circonstances, lorsque le haut clergé voit à
sa tête un homme jeune encore, hardi, entreprenant,
devenu en quelques jours l'idole d'un peuple de
vingt-sept millions d'âmes, est-il bien étonnant qu'il
juge le moment arrivé de changer sa tactique en
abandonnant les rois pour se mettre avec les peuples ?
Le bon vouloir des adhérents ecclésiastiques de
Pie IX peut donc ainsi se concilier parfaitement avec
leurs intérêts ; mais ils sont dans une grande erreur,
s'ils croient par là arriver à cette domination qui n'a
pas cessé d'être le but de tous leurs actes ; elle est
à jamais perdue pour eux, et il n'est pas d'efforts
qui puissent la rétablir. Les peuples pourront se
servir du clergé pour recouvrer leurs droits, mais il
ne sera pour eux qu'un simple instrument, qu'ils
briseront dès qu'ils auront obtenu une victoire com-
plète. Il faudra pour les peuples émancipés et libres
autre chose qu'une doctrine religieuse qui, en pros-
crivant l'examen, détruit la liberté de conscience, la
214 SUR PIE IX EX W7.

plus précieuse de toutes les libertés, et accorde aune
classe d'hommes un pouvoir qui ne peut appartenir
qu'à Dieu seul.
SUR LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE (*).

Saint-Amand (Cher), 10 janvier 1848.

Quoique le but de votre journal soit de répandre
les vérités spirituelles, je crois cependant qu'en pré-
sence des graves événements politiques, sociaux et
scientifiques, qui surgissent chaque jour et de tous
côtés sur la surface de notre globe, il ne serait pas
hors de propos de jeter de temps en temps un coup
d'œil sur le milieu naturel dans lequel nous vivons ;
et qu'en conséquence je puis, dans une correspon-
dance avec vous, aborder quelquefois des faits poli-
tiques, ou sociaux, ou scientifiques, en les rattachant
aux faits spirituels qui les dominent nécessairement,
puisqu'il n'y a rien de naturel qui ne soit dominé
par quelque chose de spirituel qui y correspond.
Je commence aujourd'hui par les faits politiques,
non pas que je veuille les examiner en détail, mais
pour montrer qu'ils tendent tous directement ou
indirectement, sans que les publicistes le présument,
vers un principe spirituel, la liberté de conscience.
Ce principe, je le trouve implicitement écrit dans

(*) Voir aux notes additionnelles.
216 SUR LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE.

la Divine Parole, et manifestement dévoilé par la
Nouvelle Dispensation. En effet, d'un côté la Parole
déclare qu'à la consommation du siècle le Règne du
Seigneur s'établira sur toute la terre. D'un autre
côté la Nouvelle Dispensation nous prouve que la con-
sommation du siècle est la fin de la première Église
Chrétienne, à savoir, quand il n'y n'aura plus en elle
ni charité ni foi ; et que le Règne du Seigneur sur la
terre est l'établissement d'une nouvelle Église où le
Seigneur sera reconnu pour seul et unique Dieu, et
où l'on vivra librement selon ses préceptes. De plus,
la Nouvelle Dispensation nous apprend, et les faits
nous confirment, que la première Église Chrétienne
a cessé d'exister, comme Église, depuis 1757 ; et que
la Nouvelle Jérusalem, depuis cette époque, descend
peu à peu du ciel sur la terre.
" Ainsi il est incontestable pour tous les nouveaux
Chrétiens, que la Nouvelle Jérusalem régnera sur
toute la terre dans un temps plus ou moins éloigné ;
or, elle ne peut régner qu'autant que la liberté ré-
gnera, car l'homme ne pouvant être régénéré que
dans l'état libre, il en est de même des peuples et de
l'humanité entière; et comme tout doit être successi-
vement et nécessairement dispose par le Seigneur
pour que son Règne arrive, il en résulte que, mal-
gré la perversité humaine, et sans que le libre ar-
bitre humain soit brisé, les grands événements poli-
tiques convergeront tous vers ce principe sacré, li-
berté de conscience, et que tout ce qui s'opposera
SUR LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE. 217
à l'établissement de ce principe sera tôt ou tard brisé.
Le principe une fois posé et admis, il est facile de
se former un jugement sur les faits politiques.
Pour qu'un peuple parvienne à la liberté de con-
science, il est d'abord nécessaire qu'il obtienne la
liberté politique, car sans celle-ci la liberté de con-
science est illusoire, ou du moins très-précaire.
De là il résulte : 1° que tout peuple qui n'a pas
encore obtenu la liberté politique est destiné à subir
des commotions et des révolutions pour parvenir à
celte liberté. Exemples : l'Italie, une grande partie
de l'Allemagne, la Russie, etc.
2° Que tout peuple qui a obtenu la liberté politi-
que devra encore subir des commotions et des révo-
lutions pour qu'il obtienne la liberté de conscience.
Exemples : l'Espagne, la Grèce, le Mexique, l'Amé-
rique méridionale, etc.
3° Et, enfin, que tout peuple qui n'a la liberté de
conscience que de droit subira de nouveau des com-
motions et des révolutions jusqu'à ce qu'il l'ait obte-
nu de fait. Exemples : La France, etc.
Comme la Divine Providence est universelle et
qu'il n'arrive rien sans la permission du Seigneur,
il en résulte que tout fait politique ayant pour but
d'étendre la liberté d'un peuple est directement pro-
videntiel, et que tout fait politique tendant à res-
treindre cette liberté est indirectement providentiel,
c'est-à-dire qu'il a été seulement permis par le Sei-
gneur pour ne pas froisser le libre arbitre humain,
19.
218 SUR LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE.

et que, bien qu'il paraisse opposé aux vues de la Pro-
vidence, il y tend cependant indirectement, et cela,
parce que le Seigneur lire toujours du bien d'un évé-
nement quel qu'il soit.
Ainsi, dans les luttes que soutiendront les peuples
pour obtenir leur liberté, il pourra survenir bien des
événements, qui seront jugés funestes, qui peut-être
les rendront momentanément plus esclaves ; mais
tous ces événements n'en tendront pas moins au but,
quoiqu'indirectement, et la victoire n'en sera pas
moins certaine, quoique reculée.
Si nous jetons maintenant un simple coup-d'œil
sur la France, qui n'a la liberté de conscience que
de droit, sans l'avoir de fait, qu'y voyons-nous? Des
symptômes bien frappants d'une prochaine commo-
tion qui nous conduira entin à la vraie liberté de
conscience. Depuis soixante ans que la France com-
bat pour la liberté, elle a toujours instinctivement
considéré le Calholicisme-romain, sous le nom de
parti-prêtre ou de jésuite, comme son ennemi le plus
dangereux. Après chaque victoire nationale, le peu-
ple français a cru ce parti abattu pour toujours, et
peu de temps après il l'a vu se relever, grandir et
dominer dans les conseils du gouvernement. N'est-ce
pas ce qui est encore arrivé depuis 1830? Quoiqu'il
fut prouvé aux yeux des moins clairvoyants que le
parti-prêlre avait cauîé les malheurs de Louis XVI,
contribué puissamment à la chute de Napo'éon, et
liàtéle renvoi honteux de Charles X, le Gouverne-
SUR LA LIBERTÉ DE CONSCIENCE. 219

ment nouveau a été assez insensé pour se confier à
ce parti, qui maintenant domine ostensiblement dans
ses conseils. Le Gouvernement actuel est aussi aveu-
gle sur ce point que le Gouvernement impérial ; il
croit que le clergé lui sert d'instrument, et c'est lui-
même qui sert d'instrument au clergé. Les tendances
du Gouvernement à favoriser les Jésuites ne sont plus
un secret pour personne ; il les a fait sortir de France
l'an dernier, il est vrai ; mais il vient de les soutenir
ostensiblement en Suisse et en Italie ; il vient enfin,
pour leur complaire, de fermer le cours d'un des
professeurs les plus estimés du Collège de France,
et ce dernier fait a soulevé l'indignation générale.
Tout cela n'esl-il pas indirectement providentiel? Et
si le Seigneur le permet, n'est-ce pas afin que nous
arrivions par là à la liberté de conscience de fait? En
effet, il sera désormais impossible à de nouveaux jon-
gleurs politiques de l'escamoter encore une fois, lors-
qu'une commotion, qui devient chaque jour de plus
en plus imminente, aura brisé toutes les entraves.
Le peuple, trompé tant de fois, ne se contentera pas
de la voir inscrite dans une Charte, il exigera des
garanties certaines, il la voudra réellement en fait,
et il l'aura. Alors et seulement alors l'abîme des ré-
volutions sera fermé pour nous, car cette précieuse
liberté est la fin pr opter quem. C'est aussi pour cette
liberté que tous les autres peuples combattent à leur
insu, et sans qu'ils s'en rendent compte, parce qu'elle
est indispensable pour l'établissement du Règne du
Seigneur sur la terre.
DANGER DE LA PROPAGANDE DANS L ÉTAT ACTUEL
DE LA FRANCE (*).

Saint-Amand (Cher), 20 février 1848.

En vous communiquant, au mois de décembre der-
nier, notre détermination de nous en tenir pour le
moment à notre mode de publication, sans chercher
à retendre par la prédication publique, je vous pro-
mettais d'entrer plus tard dans quelques détails. Je
vais tâcher aujourd'hui de vous présenter quelques-
uns des motifs qui nous ont dirigés.
Si nous n'avions consulté que nos désirs, il n'y a
aucun doute que nous n'eussions suivi l'impulsion don-
née par quelques-uns de nos frères, car il n'y a per-
sonne qui ne souhaite ardemment voir répandre ses
opinions, soit politiques, soit religienses ; mais le dé-
sir de propagation, quelque désintéressé qu'il soit,
doit toujours être soumis à la prudence, et princi-
palement en matières religieuses.
Si la Nouvelle Jérusalem était une secte, elle au-
rait, comme toutes les sectes, fait de rapides progrès
dès son apparition, pour ensuite végéter comme elles
plus ou moins longtemps, avec plus ou moins de
bruit ; car c'est là l'histoire de toutes les sectes, his-

(*) Voir aux notes additionnelles.
DANS L'ÉTAT ACTUEL DE LA FRANCE. 221
toire qui du reste s'explique facilement. En effet,
quoique chaque secte ait la prétention d'être FÉglise,
aucune ne l'est réellement; dès lors les principaux
instigateurs d'une secte se trouvent sous la direction
d'Esprits enthousiastiques qui prétendent être ou le
Seigneur ou le Saint-Esprit, et qui-les poussent à une
propagation d'autant plus active, qu'il s'y mêle tou-
jours des motifs humains. Mais la Nouvelle Jérusalem
étant la véritable Église du Seigneur, et non une secte,
c'est sous la direction du Seigneur seul qu'elle doit
marcher, et pour qu'elle se maintienne sous cette
direction, il est absolument nécessaire qu'elle soit
sans cesse en garde contre toute impulsion qui vien-
drait des Esprits enthousiastiques; car ces Esprits,
semblables à des loups ravissants, tournent conti-
nuellement autour de la cité sainte, pour y trouver
quelque brèche et s'y introduire.
Quand on réfléchit qu'un siècle s'est déjà écoulé
depuis que la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem a
commencé à être publiée, on ne peut s'empêcher de
reconnaître que la marche lente, qu'elle a suivie jus-
qu'à présent, est due à la sagesse de la Divine Pro-
vidence, qui la dirige selon ses vues impénétrables
dans un chemin étroit mais sûr. Est-ce qu'elle n'au-
rait pas fait plus de progrès, si le Seigneur n'eût
modéré le zèle des disciples î car il n'est pas un seul
disciple qui, au moment de son introduction dans la
Nouvelle Église, n'ait fait, selon son aptitude et ses
moyens, d'immenses efforts pour hâter le Règne du
19*.
222 DAXGER DE LA PROPAGANDE

Seigneur sur la terre ; mais le Seigneur a toujours
modéré insensiblement ce zèle, c'est-à-dire que de
naturel qu'il était d'abord il l'a peu à peu rendu spi-
rituel, et par conséquent moins propre à captiver les
hommes, qui pour la plupart ne sont accessibles
qu'autant qu'on joint à une doctrine nouvelle quel-
que appât terrestre conforme à leur désir. C'est en-
core ce que prouve l'histoire des diverses sectes re-
ligieuses, lorsqu'on l'examine avec soin, car on y
reconnaît qu'elles n'ont dû en grande partie leurs
succès de propagation qu'à des intérêts mondains qui
venaient se joindre à leur doctrine. Ce mélange du
sacré et du profane qui a existé chez toutes les sectes,
parce qu'elles étaient des sectes, devait être rigou-
reusement interdit dans la Nouvelle Jérusalem, puis-
qu'elle est la véritable Église du Seigneur; et s'il y
était introduit, il la ferait descendre à l'état de secte.
Si donc nous voulons ne point nous opposer aux vues
de la Divine Providence, et rester sous la direction
du Seigneur seul, il faut que nous nous tenions con-
tinuellement en garde contre tout zèle intempestif,
afin de conserver pure et sans le moindre alliage la
Doctrine céleste qu'il nous a confiée comme un dépôt
sacré.
Maintenant, si nous appliquons à la France ces
réflexions générales, il sera facile de voir que si
cette Doctrine céleste était dans ce moment-ci pré
chée publiquement à Paris, elle courrait de très-
grands risques d'être pervertie ou au moins forte-
DANS L'ÉTAT ACTUEL DE LA FRANCE. 223
ment altérée, En effet, il se fait aujourd'hui en
France un bouleversement complet dans toutes les
idées : les découvertes, qui s'accumulent tous les
jours dans chaque branche des connaissances hu-
maines, ébranlent tellement les principes qui y
étaient précédemment reconnus, que ce qu'on croyait
fermement la veille être vrai, est mis en doute le
lendemain. On nous dira sans doute que cet ébran-
lement intellectuel ne peut être que favorable à la
propagation de la vérité ; cela est incontestable, et
nous sommes les premiers à le reconnaître ; nous re-
gardons même cet ébranlement comme un des prin-
cipaux faits providentiels destinés à amener le Règne
du Seigneur sur la terre ; mais nous n'en persistons
pas moins à penser que ce serait compromettre gra-
vement les doctrines de la Nouvelle Jérusalem, si
nous les prêchions inconsidérément au milieu de cette
confusion générale des idées. Une comparaison va
rendre cela plus facile à saisir.
Lorsqu'un orage est suspendu menaçant au-dessus
de nos têtes, la lumière pénètre difficilement jusqu'à
nous ; et, pour qu'elle brille dans toute sa pureté, il
faut que l'orage ait été entièrement dissipé ; tant que
les nuages s'accumulent, ils interceptent les rayons
du soleil, et quand ils s'entrechoquent, il n'en sort
que des étincelles électriques qui éblouissent plutôt
qu'elles n'éclairent. C'est là précisément ce qui se
présente aujourd'hui à l'égard de la vérité dont la
lumière est la correspondance; il y a évidemment
224 DANGER DE LA PROPAGANDE

orage dans les mentais humains qui sont représentés
par le eiel astral; les nuages, qui sont les erreurs,
s'y sont accumulés et interceptent la lumière, c'est-
à-dire, la vérité ; toutes les découvertes, dont on est
si fier et qui ébranlent les vieux principes, sont au-
tant d'étincelles électriques qui se dégagent des nua-
ges, mais elles éblouissent plutôt qu'elles n'éclai-
rent ; le tonnerre, qui retentit avec fracas après cha-
que éclair, représente les discussions qui s'élèvent à
l'apparition de chaque découverte nouvelle. Mais si,
pendant qu'un orage suit ses phases ordinaires, le
fluide électrique se trouve tout-à-coup accumulé sur
l'un des principaux points d'où jaillissent les éclairs,
qu'arrive-t-il ? Non-seulement l'éclair éblouit, mais
il porte alors avec lui la destruction et la mort. Or,
Paris est sans contredit l'un des | points principaux
d'où jaillissent les éclairs spirituels ou les décou-
vertes nouvelles ; y prêcher publiquement les vérités
de la Nouvelle Dispensation au milieu de cet orage,
ce serait y accumuler en trop grande abondance le
fluide électrique, et l'éclair qui jaillirait du choc des
nuages porterait avec lui chez les uns la destruction
intellectuelle, et chez d'autres la mort spirituelle ou
la profanation. La vérité ne pourra donc être ma-
aifestée sans danger qu'après que l'orage, qui gronde
maintenant sur Paris, aura été entièrement dissipé.
Du resle, ce qui s'est passé jusqu'à présent en
France montre suffisamment quels dangers la Nou-
velle Église aurait à redouter chez nous, si dans
DANS L'ÉTAT ACTUEL DE LA FRANCE. 225
l'état actuel des esprits sa Doctrine était publique-
ment prêchée à Paris ; les Écrits de Swedenborg ne
sont encore que peu répandus dans notre pays, et
cependant parmi le petit nombre de personnes qui
les connaissent, nous en avons déjà eu malheureuse-
ment plusieurs qui, tout en les prônant avec zèle, les
subordonnent néanmoins à leurs propres idées, et
en font un amalgame déplorable. Ce sont, il est vrai,
des Swedenborgiens, dénomination adoptée par quel-
ques-uns d'eux, plutôt que des Novi-Jérusalémites ;
mais s'il s'opérait maintenant une grande manifesta-
tion publique en faveur des Écrits de Swedenborg,
il n'est pas douteux qu'il y aurait bientôt plus de ces
Swedenborgiens, qui abusent du nom de Sweden-
borg, que de vrais Novi-Jérusalémites ; et dès-lors
le danger que nous venons de signaler ne pourrait
plus être évité, c'est-à-dire que la Nouvelle Jérusa-
lem, au lieu de rester l'Église du Seigneur, ne serait
plus en France qu'à l'état de secte.
Pour qu'un tel danger ne soit plus à craindre pour
nous, il nous faut laisser passer l'orage intellectuel,
travailler pendant ce temps à augmenter le nombre
des vrais disciples par une propagation réfléchie et
prudente, publier autant que nos moyens nous le
permettront les Ouvrages de Swedenborg, afin de
n'être pas pris au dépourvu lorsque le temps de la
manifestation sera arrivé, et continuer surtout à
mettre toute notre confiance en la Divine Providence
du Seigneur Jésus-Christ.
RÉFLEXIONS SUR LA RÉVOLUTION DE 1848 (*).

Saint-Amand (Cher), 16 mars 18i8.

Depuis ma dernière lettre, il s'est accompli en
France, comme vous le savez, une révolution dont
les effets se feront sentir sur toute la surface du globe ;
ce sera sans contredit le plus grand événement des
temps modernes. Inutile d'entrer dans des détails
pour montrer que cet événement est providentiel,
ceux mêmes qui chez nous n'ont aucune croyance
religieuse ne peuvent s'empêcher de l'attribuer à
la Providence, et d'en faire publiquement l'aveu.
Inutile aussi de dire à vos lecteurs qu'il est destiné à
faire avancer» le Règne du Seigneur sur la terre,
tout Novi-Jérusalémite en esl convaincu, puisque le
régime républicain, qui va s'établir de proche en
proche dans toute l'Europe, proclamera la liberté
des cultes, liberté sans laquelle il serait impossible
que la Nouvelle Jérusalem pût descendre sur la terre.
Lorsque je vous parlais, il y a deux mois, de cette
liberté des cultes, et des commotions qu'aurait à
subir tout peuple qui n'en jouissait pas encore, j'avais
la conviction que les temps étaient proches ; qu'il

(*) Voir aux notes additionnelles.
SUR LA RÉVOLUTION DE 1848. 227

tardait au Seigneur de briser les obstacles qui s'op-
posaient à l'avancement de son Règne; mais j'étais
loin de présumer qu'il suffirait de trois jours, et
même de trois heures, pour républicaniser la France,
et fournir ainsi à tous les autres peuples des moyens
prompts et faciles de secouer le joug monarchique
et sacerdotal. Grâces en soient rendues au Seigneur,
qui, dans sa Miséricorde inlinie, a évité à ma chère
patrie une longue commotion dans ce passage du
régime monarchique au gouvernement républicain.
Mais ce grand événement providentiel doit-il nous
faire dévier de la ligne de conduite que je traçais
dans ma lettre du 20 février dernier, relativement
à la propagation de nos doctines célestes ? Je ne le
pense pas. Nous devons plus que jamais travailler
dans le silence, et ne faire qu'une propagande réflé-
chie et prudente, tout en nous tenant prêts à agir
sur les masses, lorsque le moment sera devenu pro-
pice. Laissons agir le Seigneur, nous nuirions à son
œuvre en voulant la hâter; si, comme tout semble
l'annoncer, le grand jour de sa visite sur notre terre
est arrivé, prions-Le d'user de miséricorde envers
nous et de nous cacher sous l'autel, comme il y cacha,
il y a 92 ans, dans le monde spirituel, les âmes de
ceux qui avaient gardé sa Parole.

D'après celle correspondance, on voit que nos es-
pérances pour le moment sont bien faibles ; nous
228 RÉFLEXIONS

sommes encore au milieu de l'orage dont il est parlé
dans ma lettre précédente, et personne ne peut dire
quand le calme reviendra. Il faudra du temps, et
beaucoup de temps, pour déraciner du cœur de
l'homme tout ce qui s'oppose à son bonheur sur cette
terre. La société était corrompue avant le 24 février,
elle ne saurait être saine dès à présent. La Révolu-
tion, il est vrai, a comprimé l'égoi'sme ; elle a donné
l'essor à de nobles sentiments ; elle a proclamé les
vrais principes évangéliques en prenant pour devise
ces trois mots qui contiennent l'essence du Livre Di-
vin : Liberté, Égalité, Fraternité; mais elle ne
pourra que peu à peu, et avec l'aide du Seigneur,
faire entrer ces principes dans la vie des citoyens.
L'égoi'sme, qui aurait eu honte de se montrer dans
les premiers jours de la République, commence déjà
à se produire sous mille formes différentes.
Pour que l'humanité puisse reposer en paix sous
son cep et sous son figuier, il ne suffit pas que la sainte
devise, Liberté, Égalité, Fraternité, soit inscrite
en tête des constitutions et placée en lettres d'or
sur les monuments publics ; il faut qu'elle soit gravée
dans tous les cœurs, et que les trois termes, bien
compris de tous, soient coordonnés et restent indivi-
sibles. Pouvons-nous, dès maintenant, atteindre à ce
but si désiré par tous les cœurs généreux? je ne le
pense pas.
Notre première Révolution, elle aussi, avait pro-
clamé la Liberté, l'Égalité et la Fraternité; et
SUR LA RÉVOLUTION DE 1848. 229

cependant, après des efforts inoui's, elle n'a pu attein-
dre qu'au premier terme de la formule ; la Liberté,
ou plutôt une quasi-Liberté, a été le seul fruit qu'on
ait retiré d'une lutte de tant d'années. La Révolu-
tion de Février 1848 nous conduira sans aucun doute
au second terme ; oui, par elle, et au travers de nou-
velles luttes, nous parviendrons à VÉgalité, ou plu-
tôt encore à une quasi-Égalité; mais elle ne nous
conduira pas au-delà. Pour arriver au troisième ter-
me, la Fraternité, il faudra encore un de ces grands
événements providentiels, tels que ceux qui ont pro-
duit les mouvements populaires de 1792 et de 1848.
Il est facile de comprendre que si nous n'avons eu
pour résultat de la Révolution de 1792 qu'une quasi-
Liberté, et si nous ne pouvons espérer de la Révolu-
tion de 1848 qu'une quasi-Égalité, c'est parce que la
Liberté réelle est impossible sans l'Égalité et sans la
Fraternité, et que la Liberté réelle et l'Égalité réelle
ne peuvent pas non plus exister sans la Fraternité ;
les trois termes sont indivisibles, comme nous venons
de le dire; si l'un des trois manque, les autres ne
sont que l'ombre de ce qu'ils devraient être. Lorsque
la quasi-Liberté et la quasi-Égalité nous auront con-
duits à une quasi-Fraternité, de la quasi-Fraternité
nous passerons à la Fraternité réelle, et celle-ci nous
donnera la véritable Égalité, et par suite la véritable
Liberté. C'est alors seulement que notre céleste de-
vise républicaine sera inscrite aussi dans nos cœurs.
Quant au grand événement providentiel qui doit
20.
230 RÉFLEXIONS

nous conduire à la Fraternité, et faire ainsi entrer
l'humanité dans la terre promise, ce ne peut être que
la manifestation éclatante des vérités de la Nouvelle
Église, la Nouvelle Jérusalem, manifestation dont le
Seigneur seul connaît le temps, le lieu et le mode.
Nous tous, ouvriers que le Seigneur daigne em-
ployer à la construction du monument, remercions-
Le, et continuons à obéir à son impulsion, comme
des manœuvres aux ordres d'un architecte. Si nous
ne pouvons encore qu'entrevoir les beautés de la
Sainte Cité quadrangulaire qu'une enceinte, faite de
planches ou de toile, dérobe complètement aux re-
gards du monde, du moins comme ouvriers, pendant
nos heures de travail, nous pouvons, placés en de-
dans de cette enceinte, parcourir avec admiration
quelques-uns des détails du monument, et nous faire
une idée de ce que sera l'ensemble, lorsque plus tard
les planches ou la toile tombant sous uu souffle du
Seigneur, la Nouvelle Jérusalem frappera le monde
d'étonnement et d'admiration par son éclat et par sa
magnificence.

Ici se terminent les Extraits de LA REVUE, les Lett?-es à un
homme du monde ayant été imprimées séparément en 1852.
(NOTA.) Depuis que LA REVUE a cessé de paraître, c'est-
à-diro, depuis 17 ans, son Rédacteur-Gérant s'est entière-
ment livré aux divers travaux dont il a été parlé ci-dessus
(lettres du 12 février 1844, page l/iO, et du 9 janvier 1845,
page 160) ; et pendant ce même temps chaque membre de l'É-
glise a agi, sous la direction du Seigneur, selon ses propres
moyens et son aptitude ; ainsi, il n'y a pas eu inaction. Il
sera plus tard parlé de ce qui s'est passé pendant cette pé-
riode silencieuse ; toutefois, le Rédacleur-Gérant de LA RE-
VUE croit devoir extraire, dès maintenant, de sa correspon-
dance, par ordre de date, quelques lettres ou fragments de
lellresqui pourront présenter, soit certains faits relatifs à
l'état de l'Église, soit quelques discussions concernant la
Do.'.trine.

I.E DANGER DE LA PROPAGANDE DEVIENT
PLUS GRAND.

A Monsieur B.

Saint-Arnaud (Cher), 27 mai 1848.
Je suis parfaitement de voire avis quant aux faits
relatés dans votre lettre du 31 mars, et quant à l'ac-
tion directe de la Divine Providence dans les grands
événements dont nous avons été et sommes témoins ;
mais quant aux moyens que vous proposez, je suis
O.'une opinion entièrement opposée. Nous jeter dans
<îe tohu-bohu en prêchant nos Célestes Doctrines
sur les toits, ce serait les compromettre, et en reçu-
232 LE DANGER DE LA PROPAGANDE

1er peut-être pour bien longtemps la manifestation.
Laissons agir le Seigneur ; vouloir maintenant secon-
der par des démonstrations éclatantes son action bien
visible, ce serait nuire à son développement succes-
sif et le retarder. Laissons crouler les vieux trônes
et les vieux autels, sans nous mêler à l'œuvre de des-
truction. Quand, d'après les faits épouvantables qui
surgiront de leurs combats acharnés, les hommes se
seront convaincus que leurs théories sont imprati-
cables ; qu'elles manquent de base ; que la souve-
raineté du peuple, si elle n'est point basée sur le vrai
principe religieux, est aussi impuissante que la légi-
timité ; que le Protestantisme est aussi opposé à ce
vrai principe que le Catholicisme-romain ; que tous
les nouveaux systèmes de religion qui se présentent
ou vont se présenter sont impuissants ; quand, dis-je,
les hommes auront ainsi tout essayé, et auront été
désabusés par mécomptes sur mécomptes, et que fa-
tigués, harassés, moralement et physiquement, re-
connaissant ainsi l'impuissance de leurs vaines théo-
ries politiques et religieuses, ils tourneront sincè-
rement les yeux vers le Seigneur des Seigneurs, alors
les Novi-Jérusalémites pourront prêcher sur les toits,
car alors ils seront entendus et compris. Mais, avant
cela, qu'ils restent dans le désert, s'ils ne veulent pas
être entraînés dans la destruction de la nouvelle So-
dôme.
Rester dans le désert, c'est continuer à nous oc-
cuper de tout ce qui doit précéder la grande mani-
DEVIENT PLUS GRAND. 233

festation ; mais le pourrons-nous ? Voilà la question.
Vous parlez de nous transporter à Paris, d'y fonder
un journal quotidien, ou pour le moins hebdoma-
daire ; et les moyens d'exécution, y avez-vous songé?
Au lieu de nous lancer au milieu de cette Babel, où
nous succomberions bientôt, lors même que nous
aurions d'énormes capitaux à notre disposition, tâ-
chons seulement de conserver notre position, qui au-
jourd'hui est si précaire que je ne sais pas même
si nous pourrons continuer notre publication trimes-
trielle. Depuis la troisième année de la Revue, le
nombre des abonnés a continuellement diminué, et
il est maintenant si faible, qu'il nous sera impossible
de continuer s'il n'augmente pas. Le déficit est grand,
et j'ignore quand il pourra être comblé ; toutefois, si
je suis forcé de suspendre, je n'en continuerai pas
moins à me vouer complètement aux travaux que
j'ai entrepris pour la Nouvelle Église, et qui occu-
peront ma vie entière, lors même que j'aurais encore
à passer trente ans sur cette terre. Je ne demande au
Seigneur, pendant cette tourmente, qu'un asile où je
puisse, avec la nourriture et le vêtement, m'occuper
exclusivement de ces travaux.

20*.
234 LE DANGER DE LA PROPAGANDE
t

A Monsieur Hartet (*), à Paris.

Saint-Amant! (Cher), 10 juio 1848.

Je recois à l'instant une lettre de M. F......
avec le prospectus d'une brochure, mais je n'ai pas
encore reçu la brochure qui sans doute uie parvien-
dra demain, je ne puis donc pas encore m'expliquer
sur cette œuvre. Tout ce que je puis dire, c'est que
nous finirons par épuiser totalement nos ressources,
si nous les disséminons en voulant agir sur nos con-
temporains, au lieu de travailler pour nos neveux en
publiant Swedenborg. Jamais le moment n'a été plus
inopportun pour nous adresser au public ; nous n'a-
vons rien à faire dans tout ce gâchis ; je respecte les
bonnes intentions de nos frères qui croient le mo-
ment favorable; mais je suis convaincu qu'ils seraient
bien vite désabusés, s'ils parvenaient à avoir, comme
ils le désirent, une tribune et quelques milliers d'au-
diteurs. Le Seigneur, qui veille sur son Église, ne
le permettra pas ; ne mettons donc pas, par notre
précipitation, des entraves à l'œuvre si éminemment
providentielle qu'il dirige maintenant à l'insu des
instruments dont il se sert.

(*) Voir aux notes additionnelles.
DEVIENT PLUS GRAND. 235

Au même.

Saiot-Amand (Cher), 21 juin 1848.

Devons-nous cesser de faire paraître ta Re-
vue, me demandez-vous? La solution de celte der-
nière de vos questions dépendra de nos abonnés. Si
après l'envoi de la dernière livraison de la dixième
année, que nous allons expédier, le nombre des abon-
nés est encore sensiblement diminué, comme il est à
présumer, et qu'il ne nous survienne pas de nouvelles
ressources, nous serons matériellement forcés de ces-
ser cette publication. Mais lors même que nous se-
rions obligés de prendre ce parti désespéré, je ne
cesserais pas pour cela la publication des Arcanes
Célestes, et je continuerais à consacrer à cette publi-
cation tous les fonds dont je pourrais disposer, et au
fur et à mesure qu'ils seraient en ma possession, car
il y aurait imprudence à contracter des dettes ; et
comme malheureusement nous avons été amenés par
les circonstances à ne pas être en état pour le mo-
ment de solder les neuf dernières feuilles impri-
mées, nous devons nécessairement suspendre l'im-
pression jusqu'à ce que ces feuilles aient été soldées.
La question principale va donc dépendre de nos
frères ; si nous restons tous unis, la Revue pourra
continuer à paraître ; mais si nous nous divisons sous
236 LE DANGER DE LA PROPAGANDE
l'empire de cette idée qu'on n'avance pas, qu'on ne
profite pas des circonstances nouvelles, qu'on pour-
rait faire mieux, qu'il faut prêcher publiquement, etc.,
la Revue tombe, tandis que pour la soutenir il ne
faudrait pas le centième des fonds qu'on dépenserait
pour faire des prédications publiques, qui dans ce
moment-ci produiraient plus de mal que de bien.

A Monsieur F

Saint-Amand (Cher), 21 juin 1848.

J'ai reçu, quelques jours après votre lettre,
les deux brochures dont vous me parlez. Puisque
vous me demandez mon avis, je dois vous le donner.
J'ai l'intime conviction que dans ce moment-ci nous
'devons plus que jamais rester dans le désert, et qu'il
est inopportun de chercher à répandre nos doctri-
nes au milieu de gens qui ne s'occupent que d'affaires
temporelles. J'ai aussi l'intime conviction que ce
serait un malheur pour la Nouvelle Église, si ses
Doctrines étaient accueillies maintenant par un assez
grand nombre de personnes, et surtout si elles étaient
prêchées publiquement. Si l'esprit de prosélytisme a
DEVIENT PLUS GRAND.

son bon côté, il a aussi son mauvais côté ; et nous
devons toujours être en garde contre lui ; il est dan-
gereux pour ceux qui s'y abandonnent, parce qu'il
s'y mêle presque toujours quelque chose de mondain,
même à notre insu ; et il peut être nuisible pour les
autres, parce qu'il peut introduire dans l'Église des
personnes pour qui il aurait été avantageux de n'y
jamais entrer. Ce que le Seigneur dit dans Matthieu,
— XXIII. 15,— peut aussi s'appliquer à ceux de la
Nouvelle Église, qui se laisseraient entraîner par un
prosélytisme inopportun. Sachons attendre, et res-
tons dans le désert tant que le péril existera.

A Monsieur C

Saint-Amand (Chçr), 20 septembre 18/i8.

Depuis votre bonne visite de l'année dernière, dont
je conserve toujours un souvenir bien agréable, de
grands événements se sont accomplis, et ne sont
peut-être que le prélude d'événements encore plus
grands, si notre Société ne veut pas profiter de cet
avertissement pour se transformer pacifiquement;
mais sera-t-elle assez sage, j'en doute, lorsque je
238 LE DANGER DE LA PROPAGANDE

considère toutes le£ passions <[iii bouillonnent au sein
de l'Assemblée nationale et de la Presse, et dont
l'effervescence se communique rapidement dans le
corps social tout entier.
Nous devons nous trouver bien heureux d'avoir
rencontré, au milieu de ce cataclysme intellectuel,
une arche dans laquelle nous pouvons nous réfugier
en toute sûreté, tandis que les nouveaux Titans qui
voudraient gouverner la terre à leur guise, en es-
caladant le Ciel, ne peuvent que bouleverser le vieux
monde et s'engloutir sous ses ruines ; hommes de la
résistance et hommes du mouvement, tous sont aveu-
glés par des passions mondaines et embrasés d'un
amour plus ou moins corrompu, faute de vouloir re-
courir à Celui qui Seul donne la vraie intelligence et
l'amour réel. Tous périront dans cette grande afflic-
tion telle qu'il n'y en a point eu et telle qu'il n'y en
aura, car nous ne sommes encore qu'au commence-
ment des douleurs.
Abrités comme nous le sommes, poursuivons nos
travaux au milieu du fracas des idées qui s'entrecho-
queront de plus en plus, et ne nous laissons pas dé-
tourner de notre but, lors même que nous nous trou-
verions entourés de décombres et de ruines ; car les
faits suivent les idées, et tout cataclysme intellectuel
est infailliblement suivi d'un cataclysme matériel ;
si nos travaux ne servent pas à éclairer nos contem-
porains, ils seront utiles à nos neveux. Comme vous,
j'ai été un peu distrait par quelques préoccupations
DEVIENT PLUS GRAND. 239

politiques ; mais je suis décidé, maintenant plus que
jamais, à m'occuper exclusivement de la tâche que
j'ai entreprise ; inutile de vous dire que j'ai éprouvé
le plus grand plaisir, en voyant par votre lettre que
vous aviez repris votre important travail avec l'espoir
de le mener à bonne fin.
Nous ne tarderons pas, ainsi que vous le pressen-
tez, à voir l'idée d'indépendance et de réforme ra-
dicale pénétrer dans les idées religieuses ; l'Allema-
gne commencera et nous la suivrons de près ; c'est
alors que la lutte deviendra plus acharnée, et que
tout croulera. Le Catholicisme et le Protestantisme
tomberont sous les coups de leur terrible adver-
saire, le naturalisme; et alors les derniers liens
qui retenaient encore une portion du Vulgaire étant
rompus, il y aura débordement complet. N'espérons
pas que nos doctrines puissent être accueillies au
milieu de cette lutte épouvantable ; elles seraient re-
jetées et bafouées par les deux partis, si nous les
leur présentions ; elles ne seront admises que par un
petit nombre d'hommes que le Seigneur seul connaît,
et auxquels sa Providence les fera parvenir. Pour que
la Nouvelle Église puisse s'établir sur notre conti-
nent, il faut que la dévastation soit complète, qu'il y
ait table rase ; jusque là elle est destinée à rester dans
le désert.
Les événements politiques ont atteint dans leur
fortune plusieurs personnes qui soutenaient nos pu-
blications, ce qui nous obligera momentanément à les
240 LE DANGER DE LA PROPAGANDE

ralentir ; mais cela, loin de nuire à nos travaux de
traduction, nous permettra d'y consacrer plus de
temps encore.

A Monsieur Ch. P.

Saint-Amand (Cher), 19 mai 1849.

Je ne pense pas que nous puissions reprendre cette
année la publication de la fievue, mais nous conti-
nuons l'impression du tome vie des Arcanes Célestes,
et les fonds que vous nous avez envoyés seront em-
ployés ta accélérer cette impression. Quant à la pro-
pagande dans le moment actuel, je ne puis être de
votre avis ; je regrette beaucoup d'être en désaccord
sur ce point avec vous, B , L... de Z.....F
et quelques autres de nos frères ; mais je persiste à
croire que le moment serait mal choisi, et que le plus
prudent est de travailler dans le silence et d'éviter
toute espèce de manifestation publique. J'ai été le
mois dernier à Paris, où je suis resté quelques jours.
La majorité de l'Église de Paris est de mon avis,
D le partage complètement; F a persisté
dans son opinion, et j'en suis très-fâché, plutôt pour
lui que pour l'Église, parce que je suis convaincu,
comme je le lui ai dit, que le Seigneur ne permettra
DEVIENT PLUS GRAND. 241

pas que les projets de la minorité de l'Église de Pa-
ris soient mis à exécution. F est emporté par
son zèle qui l'aveugle au point de ne pas lui laisser
voir qu'il est la dupe d'un intrigant de bonne com-
pagnie ; nous avons fait tout notre possible, D
et moi, pour le désabuser ; mais à notre grand regret
nous n'y sommes pas parvenus.
Travaillons dans le silence, cher frère, veillons
tous à notre propre régénération, non pour nous-
mêmes, car ce serait encore de l'égoïsme, mais dans
cette conviction qu'en nous régénérant nous devenons
de plus purs récipients de l'influx divin, et que par
là nous accélérons la venue du Royaume du Seigneur
sur cette terre beaucoup plus que par une propa-
gande à découvert, dans laquelle il se glisse toujours,
même à notre insu, un peu de l'amour de soi et du
monde. Laissons le Seigneur préparer lui-même les
masses par son influx commun pendant ce cataclys-
me qui ne fait que commencer ; réfugions-nous dans
l'arche pendant sa durée, et n'en sortons que lors-
que la Colombe reviendra avec une feuille d'olivier.
Alors les masses viendront à nous ; mais courir à
elles maintenant, ce serait, je n'en doute pas, perdre
notre temps. Quant aux savants, ceux-là sont des in-
corrigibles ; en convertir quelques-uns, si toutefois
c'était possible, ce serait les exposer à la profanation,
car ils sont tous dominés par l'amour de la propre
intelligence.

2l.
RÉPONSES A DIVERSES QUESTIONS.

A. Monsieur J. A....

Sainl-Amand (Cher), 21 novembre 1850.
Je m'empresse de répondre aux questions que vous
m'adressez, en vous priant de m'excuser, si je ne
donne pas à mes réponses les développements qu'elles
exigeraient, mais qui dépasseraient les bornes d'une
lettre.
1° A quelle formule pratique pour le monde na-
turel actuel la Doctrine de la Nouvelle Jérusalem
conclut-elle ?
Que l'homme rentre dans l'ordre de sa création,
et le monde naturel rentrera dans l'âge d'or. Ce n'est
pas la Société qui a rendu l'homme mauvais, mais
l'homme devenu mauvais a fait la Société mauvaise :
le tout dépend de la qualité des parties; tant que les
parties resteront mauvaises, le tout ne pourra devenir
bon. En un mot, nécessité absolue de régénération
individuelle ; c'est à cette seule condition qu'on par-
viendra à un état social normal.
La Vieille Église a, depuis quinze cents ans, fait
preuve d'impuissance pour la régénération de l'hom-
me ; donc une Nouvelle Église.
RÉPONSES A DIVERSES QUESTIONS. 243

2° D'où vient l'homme à sa naissance?
Le genre humain est un homme en puissance,
comme le gland est un chêne en puissance ; c'est
vous dire qu'avant de naître dans le monde l'homme
n'a jamais existé qu'en puissance. Chaque homme a
l'éternité en avant, mais il n'a pas l'éternité en ar-
rière ; il est in œternum, mais non ab œterno ; Dieu
seul est ab œterno et in œternum. Ainsi le nombre
des hommes sera à l'indéfini, parce que Dieu est in-
fini, et qu'à sa ressemblance il a placé les indéfinis
dans la création. Limiter le nombre d'hommes ou
d'âmes, en supposant que le nombre en a été déter-
miné dès la première création, ce serait mettre des
bornes à la puissance infinie de Dieu. Je dis dès la pre-
mière création, parce que Dieu n'a jamais cessé un
instant de créer, et qu'il crée et créera continuelle-
ment ; car la conservation est une perpétuelle créa-
tion.
3° Pour quelle fin Dieu fait naître l'homme?
Pour qu'il soit sa ressemblance et son image ;
c'est-à-dire, pour qu'il reçoive librement son amour
et sa sagesse et devienne ange; ou, en d'autres ter-
nies, pour peupler le monde spirituel d'êtres aimants
et intelligents, dont l'existence éternelle consistera à
vivre dans des sociétés bien ordonnées, où chacun
s'occupera du bonheur des autres, ou le plus heureux
sera celui qui aimera le plus et songera le moins à
lui-même, et où le progrès sera continuel en suivant
le cours d'une spirale sans fin. Les terres naturelles
244 RÉPONSES A DIVERSES QUESTIONS.

sont les pépinières des cietfx ; l'homme doit nécessai-
rement naître sur une terre naturelle, mais il la
quitte pour une terre spirituelle sur laquelle il vivra
éternellement, sans jamais revenir sur une terre na-
turelle.
4° Le monde naturel ne mérite-t-il qu'ana-
thème ?
Le monde naturel ne doit pas être anathématisé.
Le monde naturel est le fondement du monde spiri-
tuel ; l'un ne peut pas subsister sans l'autre. Le monde
spirituel sans le monde naturel serait comme une
maison sans fondement, et comme un palais dans l'air.
Le monde naturel subsistera donc toujours, puisque
sa destruction entraînerait celle du monde spirituel,
et par conséquent la destruction complète de l'œuvre
de Dieu, ce qui serait supposer qu'en créant l'univers
Dieu s'est trompé. Si par anathème au monde vous
entendez anathème à la chair, je dirai la chair ne
doit pas êtreanathématisée,— les anachorètes étaient
des égoïstes d'un genre spirituel, inutiles aux autres,
et ne pensant qu'à eux seuls, — mais la chair doit être
remise à son rang, c'est-à-dire, subordonnée à l'es-
prit, ou, pour employer les expressions de Sweden-
borg, le spirituel chez l'homme doit faire la tête et
le naturel les pieds. La chute consiste en ce que l'or-
dre a été renversé, et qu'on a fait le naturel la tête,
et le spirituel les pieds.
A MomieurW. Chauvenet, à Annapolis (États-
Unis de l'Amérique du Nord).

Saint-Amand (Cher), 8 octobre 1851.

Votre lettre du 18 juillet est arrivée à Saint-Amand
pendant mon absence, qui a été bien plus longue que
je ne présumais ; je croyais qu'elle ne serait que de
trois semaines environ, et elle a durée plus de six
semaines, y compris mes deux séjours à Paris avant
de me rendre en Angleterre et après mon retour en
France. Du reste, je ne regrette nullement ce temps
enlevé à mes travaux ordinaires, car je l'ai employé
aussi bien que possible dans l'intérêt de l'Église, et
je suis charmé d'avoir fait la connaissance person-
nelle d'un grand nombre de nos frères, et surtout de
ceux avec qui j'entretiens depuis longtemps une cor-
respondance suivie. Je ne vous parlerai pas de la
grande réunion qui eut lieu le 19 août, les grands
journaux s'en sont occupés le lendemain en présen-
tant plusieurs détails, et d'ailleurs YIntellectualRe~
pository a dû en donner un compte-rendu. Nos Frè-
res d'Angleterre en ont paru très-satisfaits, et pour
nous Français, qui étions là, au nombre de neuf, nous
nous trouvions heureux de nous voir en si nombreuse
compagnie. Invité par le Comité de Londres à traiter
21*.
246
un sujet quelconque, qu'il se chargeait de faire im-
primer et distribuer le jour de la grande Solennité,
je pris pour texte : La Religion considérée dans son
action sur l'état de la Société; le manuscrit que je
lui remis à mon arrivée à Londres fut aussitôt, par
ses soins, livré à l'impression, mis en brochure et
distribué.....

Telle est la circonstance mémorable qui a donné lieu à
l'Article qui suil.
DE LA RELIGION
CONSIDÉRÉE DANS SON ACTION SUR l'ÉTAT

DE LA SOCIÉTÉ.

« La Société est en danger ! » Voilà le cri de dé-
tresse que chaque jour on entend répéter ; la crainte
de voir l'édifice social disparaître dans un cata-
clysme préoccupe la plupart des esprits, aussi cher-
che-t-on de tous côtés à prévenir ce danger ; et comme
on a surtout remarqué que les révolutions ont rapide-
ment succédé l'une à l'autre depuis que les anciennes
croyances religieuses ont été affaiblies par le philo-
sophisme, plusieurs sont convaincus, et un plus grand
nombre se persuadent, qu'un retour à ces anciennes
croyances donnera à la Société toute la stabilité dé-
sirable.
Cette opinion se répandant chaque jour de plus en
plus, il est important d'examiner si elle est bien
fondée.
Mais, avant tout, il est à observer que vouloir
sauver la Société par la Religion, c'est reconnaître
implicitement que l'état social des peuples dépend
248 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

de leur état religieux ; et qu'ainsi la Religion a une
action puissante sur la Société. C'est aussi ce que
nous reconnaissons; mais en ajoutant que, par suite
de cette action puissante, l'état social devient meil-
leur ou pire, selon que les principes de la Religion
sont vrais ou ont été falsifiés.
Si la Société est maintenant dans un grand péril,
c'est parce que, depuis le plus haut degré de l'échelle
socialejusqu'au plus bas, il y a partout antagonisme
au lieu d'amour mutuel ; toutefois, cet antagonisme
ne règne pas d'aujourd'hui seulement, car aussi loin
qu'on puisse remonter dans l'histoire, on le voit en
tous lieux se développer avec plus ou moins d'inten-
sité sous les diverses formes de l'amour de soi ; mais
aujourd'hui il est parvenu à un tel point, qu'il me-
nace de tout engloutir. Les lois civiles et politiques,
comme le prouve l'expérience, sont impuissantes
contre lui ; elles ne feraient que le déplacer ou le
forcer à prendre une autre forme, mais il n'en sub-
sisterait pas moins, et serait toujours menaçant; il
n'y a que les croyances religieuses qui puissent le
réprimer en changeant le cœur de l'homme ; mais
pour cela il faut des croyances fortes et vraies, et
non pas ces vieilles croyances qui, n'ayant pu arrê-
ter la marche de l'antagonisme lorsqu'elles étaient
généralement admises et non contestées, montrent
suffisamment par là quelle est leur impuissance. Ce
qui peut arrêter aujourd'hui l'antagonisme, et le
ehanger peu à peu en amour mutuel, ce n'est pas un
DANS SON ACTION SUR L'ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 249

Christianisme falsifié depuis plus de quinze siècles,
ainsi qu'il va être montré, mais c'est le vrai Chris-
tianisme ; car lui seul, par sa doctrine et par ses
dogmes, possède la force de persuasion nécessaire
pour opérer un tel changement.
Ceux qui sont habitués à confondre le Christia-
nisme, soit avec le Catholicisme-romain, soit avec
le Protestantisme, soit avec l'Église Grecque, seront
surpris d'entendre dire que le Christianisme, tel
qu'il existe maintenant dans les diverses Commu-
nions Chrétiennes, est un Christianisme falsifié ; car
si chacune de ces trois Communions admet que le
Christianisme a été falsifié chez ses deux rivales, elle
soutient qu'il est pur chez elle. Cependant, comme
l'antagonisme règne au même degré, quoique sous
des formes diiférentes, chez tous les peuples qui ap-
partiennent à ces trois Communions, elles ne sau-
raient échapper à ce dilemme.
Ou le Christianisme a été conservé pur, ou il a été
falsifié. S'il a été conservé pur, l'état social chez les
peuples Chrétiens depuis quinze cents ans, c'est-à-
dire, depuis qu'il existe des peuples Chrétiens, l'ac-
cuse d'impuissance, et fait douter de son origine Di-
vine; s'il a été falsifié, il ne peut lui être adressé
aucun reproche, et les misères de ces quinze siècles
doivent être imputées à ceux qui l'ont falsifié.
Un vrai Chrétien hésiterait-il à absoudre le Chris-
tianisme ? Aimerait - il mieux l'accuser d'impuis-
sance ?
250 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

II est bien évident que si le Christianisme avait
été conservé dans sa pureté, son action puissante se
développant à l'extérieur aurait peu à peu produit
un état social tout opposé à celui que nous présente
l'histoire, et aurait ainsi manifesté à tous les yeux
son origine Divine.
Examinons maintenant les diverses propositions
qui viennent d'être avancées.
Et d'abord, pour faire comprendre quel aurait été
l'état social produit par le Christianisme, s'il eût été
conservé pur, montrons quelle est sa vraie doctrine.
Lorsque l'on considère aujourd'hui les doctrines
reconnues par les diverses Communions Chrétiennes,
on est porté, tant elles diffèrent entre elles, à croire
que le Seigneur en fondant son Église a voulu en
laisser la doctrine à l'arbitre des hommes, ou que
du moins il n'en a pas posé les bases en termes tel-
lement clairs, que personne ne pût s'y méprendre.
Cependant il n'en a pas été ainsi ; ces bases ont été si
nettement posées, qu'il faudrait être aveugle pour ne
pas les y voir ; mais l'amour de la domination et l'a-
mour de la propre intelligence rendent aveugle pour
le vrai, et donnent de la clairvoyance pour le faux ;
et comme ces amours ont commencé à régner parmi
quelques Chrétiens dès les premiers siècles du Chris-
tianisme, et se sont ensuite généralement répandus,
c'est pour cela qu'on a laissé de côté ces bases pour
en chercher d'autres plus conformes à ces deux
amours.
DANS SON ACTION SUR L'ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 251

La Doctrine Chrétienne, donnée par le Seigneur
Lui-Même, avait pour fondement l'amour mutuel ;
et tout homme qui lira l'Évangile sans idée doctri-
nale préconçue, devra s'étonner que depuis quinze
siècles les Chrétiens se soient déchirés entre eux
pour des points de doctrine, lorsqu'ils auraient pu
voir clairement que le Seigneur avait placé toute la
doctrine Chrétienne dans l'amour des hommes les
uns envers les autres, et qu'ainsi cesser d'être dans
l'amour mutuel, c'était cesser d'être dans sa doc-
trine, c'est-à-dire, cesser d'être Chrétien.
En effet, il n'est pas un seul Chrétien érudit qui
ne sache que par ces mots : « La Loi et les Prophè-
tes, » le Seigneur entendait toute l'Écriture Sainte
ou toute la Parole; or, un Pharisien ayant demandé
quel était le grand commandement dans la Loi,
« Jésus lui dit : Tu aimeras le Seigneur ton Dieu
» de tout cœur, et de toute ton âme, et de toute ta
» pensée ; c'est là le premier et le grand comman-
» dément; puis le second, semblable à celui-là : Tu
» aimeras ton prochain comme toi-même. De ces
» deux commandements toute la Loi et les Pro-
» phèles dépendent. » —Matlh. XXII. 36 à 40. —
En demandant au Seigneur quel était le grand com-
mandement dans la Loi, le Pharisien voulait savoir
comment il entendait la Loi, et quel était le fonde-
ment de la doctrine qu'il prêchait ; or, le Seigneur
pose d'une manière précise l'amour envers Dieu
comme premier et grand commandement ; mais afin
252 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

que ce commandement soit saisi dans toute son ex-
tension, il ajoute : «Le second semblable à celui-là :
Tu aimeras ton prochain comme toi-même ; » c'était
lui dire : Si tu ne sais pas ce que c'est qu'aimer Dieu,
tu dois savoir ce que c'est qu'aimer ton prochain
comme toi-même ; aime donc ton prochain comme
toi-même, ce sera aimer Dieu, car le second com-
mandement est semblable au premier ; et il ajoute
encore : «De ces deux commandements toute la Loi
et les Prophètes dépendent. » N'était-ce pas dire en
termes clairs : L'amour à l'égard du prochain est le
fondement de toute ma doctrine ; c'est la pierre de
touche dont vous devez vous servir quand les Écri-
tures ont besoin d'être interprétées; toute interpré-
tation qui se concilie avec cet amour est bonne, et
toute interprétation qui ne se concilie pas avec lui
est mauvaise ; car tout est renfermé dans l'amour à
l'égard du prochain, amour qui lui-même renferme
l'amour envers Dieu.
Il restait à expliquer ce que c'est que le prochain,
et le Seigneur l'a enseigné dans la parabole du Sa-
maritain. — Luc, X. 25 à 37, — par sa réponse au
légiste qui lui avait dit: «Et qui est mon prochain?»
Le Seigneur a montré aussi ce que c'est que l'amour à
l'égard du prochain, lorsqu'il a dit: « Toutes les cho-
» ses que vous voulez que vous fassent les hommes,
» de même aussi, vous, faites-les-leur; car c'est là la
» Loi et les Prophètes. » — Matth. VII. 12. — En
effet, par ces mots : « C'est là la Loi et les Prophè-
DANS SON ACTION SUR L'ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 253

tes, » qu'il a employés ici, et qu'on ne retrouve plus
nulle part au sujet d'aucun autre commandement, il
a déclaré que ce commandement-ci est le même que
les deux précédents, qui eux-mêmes sont semblables,
et que par conséquent faire aux autres ce que nous
voudrions que les autres nous fissent, c'est aimer le
prochain comme nous-mêmes, et c'est aimer Dieu.
Toute la doctrine évangélique est donc renfermée
dans ce commandement : Faire aux autres ce que
nous voudrions que les autres nous fissent ; or, c'est
là, en d'autres termes, l'amour mutuel ; car si tous les
Chrétiens agissaient ainsi, ils s'aimeraient tous mu-
tuellement, et il n'y aurait plus d'antagonisme. Cette
doctrine a été du reste pleinement confirmée par le
Seigneur dans les dernières exhortations qu'il a
adressées à ses disciples : « C'est ici mon comman-
» dément, que vous vous aimiez les uns les autres,
» comme je vous ai aimés. » —Jean, XV. 12. —Puis,
de nouveau : « Ces choses je vous commande, afin que
» vous vous aimiez les uns les autres. »— l'oid. 11.
— Et un instant auparavant il leur avait déjà dit :
« Un commandement nouveau je vous donne, que
» vous vous aimiez les uns les autres ; à ceci ils con-
ri naîtront tous que mes disciples vous êtes, si de
» l'amour vous avez les uns pour les autres. » —
XIII. 3i, 35, — Est-il besoin de plus de confirma-
tions ?
Les Apôtres, qui avaient très-bien compris que
toute la doctrine chrétienne était renfermée dans l'a-
254 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

mour mutuel, avaient toujours prêché cet amour tant
recommandé par le Seigneur. La tradition rapporte
que Jean l'Évangéliste, qu'on a surnommé le théolo-
gien, étant dans un âge avancé, ne disait aux fidèles
que ces paroles : « Mes petits enfants, aimez-vous les
» uns les autres ; » et que, lorsqu'on lui fit observer
qu'il répétait toujours la même chose, il répondit :
« C'est le commandement du Seigneur ; et si on le
» garde, il suffit pour qu'on soit sauvé. » Ainsi le
théologien par excellence résumait toute la science
divine dans l'amour mutuel. Oui, toute la science di-
vine est dans cet amour ; aimez, vous saurez ; mais
aimez réellement, sinon vous resterez dans votre
ignorance. Aimer réellement c'est sentir comme un
plaisir en soi le plaisir d'autrui ; mais sentir son
plaisir dans autrui, ce n'est pas aimer autrui, c'est
s'aimer soi-même. Vouloir pénétrer dans la science
divine, ou faire de la théologie sans aimer réellement,
c'est-à-dire, sans l'amour d'où procède la vraie in-
telligence, c'est se plonger dans les ténèbres les plus
épaisses. Voilà pourquoi ce qu'on décore du nom de
Théologie dans le monde chrétien, n'est qu'un tissu
d'incohérences et d'aberrations de l'esprit humain :
«Ils ont fait éclore des œufs d'aspics, et ils ont
» tissé des toiles d'araignées. » — Ésaïe, LIX. 5.
Maintenant, puisque toute la doctrine chrétienne
est renfermée dans l'amour mutuel il est facile de
voir que si cette doctrine eût été suivie, le Christia-
nisme aurait produit un état social qui eût manifesté
DANS SON ACTION SUR L'ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 255

à tous les yeux son origine divine ; car l'amour mu-
tuel mis en application aurait produit tout l'opposé
de ce qui existe depuis quinze cents ans, et l'on n'au-
rait pas vu les Chrétiens se faire continuellement une
guerre acharnée, non-seulement de peuple à peuple,
mais aussi de ville à ville, de bourgade à bourgade,
de famille à famille, et d'homme à homme, chacun
méprisant le prochain, ou n'aimant que soi-même
dans le prochain.
On dira que cet amour mutuel n'a jamais cessé
d'être prêché dans toutes les chaires de la Chrétien-
té. Cela est vrai ; mais en a-t-on fait le fondement
de toute la doctrine ? Lui a-t-on tout rapporté ? Tous
les dogmes qu'on a répandus sont-ils d'accord avec
lui? Toutes les pratiques qu'on a recommandées se
concilient-elles avec lui? En un mot, l'a-t-on mis
au-dessus de tout, comme le seul et unique moyen
de salut? Qu'importé donc qu'on l'ait recommandé
dans des sermons, si l'on n'a pas su, en prêchant
d'exemple, le faire pénétrer dans les cœurs.
La doctrine de l'amour mutuel, expressément re-
commandée par les Apôtres, subsista pendant les
trois premiers siècles ; non pas que tous ceux qui se
disaient Chrétiens fussent alors dans l'amour mu-
tuel, car il s'était déjà produit plusieurs hérésies ;
mais néanmoins la généralité des Chrétiens suivaient
la doctrine apostolique, et l'amour mutuel conservé
parmi eux manifestait l'origine divine du Christia-
nisme. Cependant, il est à observer qu'alors les Chré-
2o6 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

tiens n'étajent pas encore constitués en peuples ou
nations ; répandus dans un grand nombre de contrées
soumises pour la plupart à la domination romaine,
ils avaient presque toujours vécu dans la persécu-
tion, privés souvent des droits civils et politiques.
Si les successeurs des premiers Chrétiens les eus-
sent imités en conformant leur vie à l'Évangile, la
vraie doctrine chrétienne se serait conservée ; mais
les discussions auxquelles ils se livrèrent eurent pour
premier résultat de faire préférer le vrai au bien, ou
la foi à la charité. Dès lors, tout commença à être
interverti, puisqu'on mettait au premier rang ce qui
devait être au second, et au second ce qui devait être
au premier ; de là sont nés les hérésies, les schis-
mes, les sectes, et toutes les fausses doctrines qui ont
désolé la Chrétienté jusqu'à nos jours. La Bible, tant
le Nouveau Testament que l'Ancien, devint un arsenal
où chacun alla chercher des armes pour soutenir la
doctrine qui concordait avec son amour dominant et
avec sa propre intelligence, et le passage qui était le
plus en faveur de cette doctrine en devenait le fon-
dement. Qu'il en ait été ainsi, on le voit clairement
en ce que parmi les milliers d'hérésies ou de sectes
qui ont déchiré le Christianisme, il n'y en a pas une
seule qui ne se soit appuyée et qui ne s'appuie sur
la Bible.
Du moment où les Chrétiens eurent interverti l'or-
dre en préférant le vrai au bien, ou la foi à la cha-
rité, ils perdirent successivement toutes les notions
DAXS SON ACTION SUR L'ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 2o"

spirituelles dont leurs prédécesseurs avaient eu per-
ception. Ils ne surent plus ce que c'est que Dieu, ni
ce que c'est que le prochain, ni ce que c'est que le
bien et le vrai, la charité et la foi, le ciel et l'enfer,
ni ce que c'est que l'âme de l'homme, ni quel est son
mode d'existence après la mort.
Ils en étaient déjà arrivés à ce point, — du moins
ceux qui se prétendaient leurs chefs, car ces notions
étaient encore perçues par les simples,—lorsque, par
un édit, Constantin permit aux Chrétiens l'exercice
public de leur religion. Le Christianisme parut alors
triomphant, mais ce ne fut qu'à l'extérieur; car
frappé déjà au cœur par les hérésies qui s'étaient mul-
tipliées, et surtout par les discussions sur la foi, il
ne fut plus conservé intérieurement que chez le plus
petit nombre. L'Arianisme, qui était alors très-puis-
sant, faillit même l'étouffer ; car s'il eût été victo-
rieux, il n'y aurait plus eu de Chrétiens, même à
l'extérieur, dans l'acceptation propre de ce mot, puis-
que Arius niait la divinité de Jésus-Christ. Cepen-
dant, après une lutte longue et acharnée, l'Arianisme
l'ut vaincu, mais la victoire coûta cher au Christianis-
me; en effet, il n'y avait eu jusqu'alors pour les
Chrétiens, malgré leurs discussions, qu'un seul sym-
bole, celui des Apôtres ; il avait suffi aux premiers
Chrétiens, hommes simples qui croyaient sans discu-
ter ; mais pour apaiser les dissentions qui s'élevè-
rent au sujet de la doctrine Arienne, le Concile de
Nicée, qui condamna cette doctrine, fit le symbole
22*.
258 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

qui porte son nom ; et peu de temps après, pour
mieux s'opposer à cette doctrine toujours menaçante,
il parut un troisième symbole, qui est connu sous le
nom d'Athanase. Ces trois symboles ont subsisté jus-
qu'à présent dans les Églises chrétiennes, malgré les
divergences de ces Églises. Dans les deux premiers,
l'unité de Dieu est maintenue, mais dans celui d'A-
thanase elle n'existe plus, car il est dit : « Je crois en
Dieu le Père, en Dieu le Fils et en Dieu l'Esprit
Saint ; » ainsi en trois Dieux, puisqu'on y trouve ces
mots : « Autre est la Personne du Père, autre celle
du Fils, et autre celle de l'Esprit Saint. » II est
ajouté, il est vrai, que les trois Personnes Divines de
toute éternité ne font néanmoins qu'un seul Dieu ;
mais quoiqu'on dise de bouche qu'il n'y a qu'un seul
Dieu, l'idée de trois Dieux n'en subsiste pas moins
dans l'esprit, puisqu'on donne à chacun d'eux des
attributions différentes.
Les Ariens niaient la Divinité de Jésus-Christ,
parce qu'ils ne voyaient pas d'autres moyens de con-
server intacte la parfaite unité de Dieu ; et les au-
teurs du symbole d'Athanase ont fait trois Personnes
Divines, parce qu'ils ne voyaient pas d'autres moyens
de conserver quelque reconnaissance de la Divinité
du Seigneur Jésus-Christ ; or, ce point étant indis-
pensable pour que le Christianisme ne fût pas entiè-
rement détruit, la Providence permit que l'erreur
Athanasienne, comme moins pernicieuse, obtînt la
victoire sur l'erreur Arienne,
DANS SON ACTION SUR l/ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 259

Ce dogme de la Trinité Divine en trois Personnes
distinctes fut dès lors adopté par ceux qui dirigèrent
le Christianisme, et devint la tête de toute la Théo-
logie ; on crut aussi voir cette Trinité des Personnes
dans le symbole de Nicée, où il est dit seulement :
« Je crois en un seul Dieu, le Père ; en un seul Sei-
gneur, Jésus-Christ, et à l'Esprit Saint; et comme
alors pour soutenir un tel dogme, on fut obligé d'in-
troduire la métaphysique dans la Théologie, toutes
les idées saines furent remplacées par les arguties.
Tel n'était pas cependant le dogme de la Trinité
enseigné par les Apôtres. Les premiers Chrétiens ne
reconnaissaient nullement la Trinité des Personnes ;
ils savaient que le Sauveur ou Rédempteur annoncé
par les Prophètes, et attendu sous le nom de Messie,
n'était autre que Jéhovah Lui-Même, puisque Jého-
vah avait dit en beaucoup d'endroits, et notamment
dans Hosée : «Moi Jéhovah ton Dieu, et de Dieu ex-
» cepté Moi tu ne reconnaîtras point ; et DE SAU-
» VEUR, point d'autre que Moi. » — XIII. 4. — Et
dans Ésai'e : « Ainsi a dit Jéhovah le Roi d'Israël, et
» son RÉDEMPTEUR Jéhovah Sébaoth : Moi le Pre-
» mier, et Moi le Dernier ; et, excepté Moi, point de
» Dieu. » — XLIV. 6. — Ils ne reconnaissaient donc
qu'un seul Dieu dans la Personne du Seigneur Jésus-
Christ, car Lui-Même,[en qui ils croyaient, avait dit :
« Moi et le Père nous sommes un. » — Jean, X. 30.
— « Philippe ! qui M'a vu, a vu le Père ; et comment
n toi, dis-tu ; Montre-nous le Père?»—Jean, XIV.1
260 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

9. — C'était du reste le dogme prêché par les pre-
miers Disciples ; l'Apôtre Jean dit dans sa première
Jlpître : « Jésus-Christ est le vrai Dieu et la vie éter-
« nelle. » — V. 20. — Et Paul déclare que « dans
» Jésus-Christ habite corporellement toute la ple-
ut nitude de la Divinité. » — Coloss. II. 9. — N'é-
tait-ce pas affirmer que dans le corps ressuscité du
Seigneur Jésus-Christ il y avait le Trine Divin, et
qu'ainsi le Seigneur était le Vrai Dieu, comme le
disait Jean? Et maintenant, éclairés par une nouvelle
dispensation de Vérités Divines, les nouveaux Chré-
tiens savent que dans le Seigneur il y a le Père, le
Fils et l'Esprit Saint, comme dans chaque homme,
créé à l'image de Dieu, il y a la volonté, l'entende-
ment et l'acte qui en résulte ; que la Volonté Divine
ou l'Amour Divin est le Père, que l'Entendement Di-
vin ou la Sagesse Divine est le Fils, et que l'Acte qui
en résulte ou l'Opération Divine est l'Esprit Saint;
pu bien, que dans le Seigneur l'Ame est le Père,
l'Humain Glorifié ou le Corps est le Fils, et l'Action
ou la Providence est l'Esprit Saint.
Que l'on ne dise pas, pour soutenir la Trinité des
Personnes, que ce dogme a été puisé dans la Parole ;
car il suffirait de répondre que la Parole dans l'An-
cien Testament enseigne partout l'Unité de Dieu, et
que si dans le Nouveau Testament il est parlé du Père,
du Fils et de l'Esprit Saint, cette Trinité concerne
des attributs différents de la Divinité, ainsi qu'il
vient d'être dit, et non pas des Personnes distinctes.
DANS SON ACTION SUR L'ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 261

De ce dogme de la Trinité des Personnes Divines
Je toute éternité, qui montre combien les auteurs du
symbole d'Athanase avaient perdu les vraies notions
de la Divinité, il en a découlé un autre par lequel
on attribue à Dieu les passions humaines, en le fai-
sant même plus cruel que l'homme le plus vindica-
tif; et, ce qu'il y a de plus étonnant, quoique ce
dogme répugne à la raison, il s'est néanmoins con-
servé intact dans toute la Chrétienté, et règne encore
aujourd'hui d'une manière absolue tant chez les Pro-
testants que chez les Catholiques romains, Le sens
commun cependant dit à tout homme doué de raison
que Dieu est la Miséricorde même et la Clémence
même, parce qu'il est l'Amour même et le Bien
même, et que c'est là ce qui constitue son Essence.
Si donc on n'avait pas, dès l'enfance, été familiarisé
en quelque sorte avec un tel dogme, pourrait-on,
sans éprouver un sentiment d'indignation, entendre
dire que Dieu, qui est notre Père céleste et la Bonté
même, selon les expressions de l'Évangile, s'est ir-
rité contre le genre humain, et l'a destiné tout en-
tier à une damnation éternelle ; que longtemps après,
et par une grâce spéciale, il a engagé son Fils, Dieu
de toute éternité comme Lui, à descendre dans le
monde, à prendre sur lui la damnation qui avait été
décidée, et ainsi à apaiser la colère de son Père ; que
ce n'était que par ce moyen que le Père pourrait re-
garder l'homme avec quelque faveur ; que le Fils a
exécuté cette œuvre, de sorte que prenant sur Lui la
262 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

damnation du genre humain il s'est laissé crucifier
comme malédiction de Dieu ; que le Père après l'ac
complissement de cette œuvre est devenu propice, et
a, par amour pour son Fils, retiré la damnation,
mais seulement de dessus ceux pour lesquels le Fils
intercéderait, la laissant peser tout entière sur les
autres.
Par ces deux dogmes principaux de la Théologie
on peut juger de l'effet que leur enseignement a dû
produire, car toute la doctrine en a découlé. Avec la
vraie doctrine chrétienne, l'action du Christianisme
sur l'état" social aurait été telle, que chez tous les
peuples, où le Christianisme depuis le quatrième siè-
cle a été admis, les hommes, devenus successive-
ment de vrais Chrétiens à l'intérieur, auraient con-
stitué à l'extérieur un état social conforme à leur
état intérieur, et dès lors l'amour mutuel aurait été
le fondement de toute communion religieuse vérita-
blement chrétienne. Au contraire, avec la doctrine
chrétienne pervertie par ces deux dogmes, l'action
du Christianisme au lieu de s'étendre sur les Chré-
tiens en général n'a pu pénétrer que chez quelques
hommes, et alors au lieu de l'amour mutuel s'est éta-
bli dans toute la Chrétienté cet antagonisme qui, de
progrès en progrès, est parvenu aujourd'hui à son
comble, et menace d'engloutir la société chrétienne.
Qu'on ouvre l'histoire depuis Constantin jusqu'à
nos jours, y trouvera-t-on une seule époque, ne fut-
elle que d'une année, où l'amour mutuel ait régné,
DANS SON ACTION SUR L'ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 263

je ne dis pas entre tous les peuples chrétiens, mais
seulement chez un peuple, soit dans une de ses pro-
vinces, soit dans une de ses villes, ou même dans la
moindre de ses bourgades? Qu'y voit-on? Partout
division ouverte ou secrète, partout antagonisme pa-
tent ou caché, Sont-ce là les fruits que l'Évangile
aurait dû porter? Que l'on compare l'époque où
nous vivons avec celle où Jéhovah s'est incarné pour
fonder le Christianisme et sauver les hommes ; quelle
différence y trouvera-t-on ? La civilisation n'était-
elle pas alors à son apogée, comme on prétend assez
généralement qu'elle y est aujourd'hui? Les repro-
ches que les penseurs d'alors faisaient à cette civili-
sation, les penseurs de nos jours ne les adressent-ils
pas à la nôtre? En quoi l'homme a-t-il été changé?
Est-ce que les mauvaises passions que l'Évangile si-
gnale, et qu'il est destiné à réprimer, ne bouillon-
nent pas avec autant de force dans le cœur humain ?
Il est vrai que les deux civilisations, quoique sembla-
bles dans le plus grand nombre de points, diffèrent
aussi en quelques-uns ; ce ne sont plus les mêmes
mœurs, les mêmes lois civiles, les mêmes institu-
tions politiques ; mais si l'homme aujourd'hui est
en général plus policé extérieurement, en est-il de-
venu intérieurement meilleur? N'a-t-il pas le même
égoi'sme, la même cupidité, la même ardeur de do-
miner? Si donc il y a eu progrès à l'extérieur ou
dans l'ordre naturel, ce n'est pas à la religiosité dite
Chrétienne qu'on le doit, car il est prouvé qu'elle a
264 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

employé toutes ses forces pour comprimer la pensée,
et la contenir dans des bornes qu'elle croyait infran-
chissables; mais on le doit au vrai Christianisme,
car bien qu'il ait été arrêté dans sa marche et ense-
veli sous les langes du Catholicisme romain, il y a
dans ses principes une force latente qui n'a pu être
étouffée, et qui a produit ces résultats.
Ceux qui dirigent maintenant les diverses Commu-
nions chrétiennes soutiendront que le Christianisme
n'a pas été falsifié, — et cependant chacune de ces
communions l'interprète à sa manière et se prétend
exclusivement Chrétienne ; — ils diront que c'est
seulement à la philosophie moderne qu'on doit attri-
buer l'état social actuel. Cette manière d'expliquer
la chose pourrait être admise, si avant l'irruption de
la philosophie moderne, on pouvait montrer un seul
peuple chrétien qui eût manifesté comme effet le ca-
ractère du vrai Christianisme ; mais on fouillerait
eu vain dans l'histoire, on n'en découvrirait pas un
seul; il ne s'agit pas ici des Chrétiens qui vivaient
dans les premiers siècles ; car, nous le répétons,
avant que Constantin eût admis le Christianisme dans
l'Empire, il n'y avait pas encore eu de peuples chré-
tiens ; les Chrétiens formaient alors de simples so-
ciétés religieuses et non un corps de nation ; et, pres-
que continuellement persécutés, ils n'avaient par
conséquent aucune action sur les lois civiles et poli-
tiques des pays qu'ils habitaient.
Il est vrai, cependant, que la philosophie moderne
DANS SON ACTION SDR I/ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 265

a contribué pour beaucoup à l'état social actuel,
mais nous allons voir qu'elle en est seulement la
cause secondaire, et non pas la cause principale.
On croit généralement que la religion et la philo-
sophie sont tout à fait antipathiques, et ne sauraient
vivre ensemble ; c'est là une erreur ; l'une traitant
de choses spirituelles et l'autre de choses naturelles,
il y a entre elles la même relation qu'entre le spiri-
tuel et le naturel ; et comme le spirituel ne saurait
exister sans un naturel correspondant, il en résulte
que toute religion a nécessairement avec elle une
philosophie, c'est-à-dire qu'elle a des principes na-
turels qui correspondent à ses principes spirituels.
Si la Religion est vraie, sa philosophie est vraie ; si
la religion est falsifiée, sa philosophie l'est aussi ; de
même donc qu'il n'y a qu'une seule religion vraie,
de même aussi il n'y a qu'une seule philosophie
vraie. Tant qu'une religion falsifié ne comptera dans
son sein que des croyants aveugles, elle régnera avec
sa philosophie sans contestation ; mais du moment
où la foi aveugle cessera d'être universelle, ceux qui
auront déchiré le bandeau qui leur couvrait les yeux
se feront des principes philosophiques opposés à la
philosophie de cette religion, et par conséquent op-
posés aussi à ses principes spirituels; de là combat
entre cette religion et cette autre philosophie nais-
sante, qui, se formant d'elle-même, et ne découlant
pas de la vraie religion, ne sera pas par conséquent
la vraie philosophie ; mais le combat n'en sera pas
23.
266 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

moins acharné, car l'erreur attaque l'erreur qui lui
est opposée avec autant d'acharnement qu'elle attaque
la vérité. Toutefois, il est à remarquer que dans toute
philosophie erronée, comme dans toute religion fal-
sifiée, il y a toujours quelques vérités; mais ces vé-
rités entourées de faussetés et d'erreurs perdent leur
efficacité.
D'après cela, on voit que, lorsqu'à côté de sa pro-
pre philosophie, une religion falsifiée à laquelle on a
cru aveuglement laisse se former une philosophie qui
ne découle pas de ses dogmes, cette religion court
inévitablement à sa perte, et est dans l'impossibilité
de recouvrer son autorité ; car le combat ne cessera
que quand les deux adversaires, après nombre de vic-
toires et de défaites alternatives, succomberont tous
deux d'épuisement. La France, surtout depuis un
siècle, en offre un exemple frappant; le Catholi-
cisme romain et la Philosophie s'y font une guerre
acharnée, tantôt ouvertement, tantôt sourdement; et
cette guerre ne cessera que par l'anéantissement de
l'un et de l'autre, pour faire place à la vraie Reli-
gion Chrétienne et à la vraie Philosophie.
Ces luttes, plus ou moins longues, qu'on retrouve
partout depuis les temps historiques les plus anciens,
sont le résultat de la liberté spirituelle que le Sei-
gneur a donnée à l'homme en le créant, .liberté sans
laquelle l'homme aurait été une brute et non un
homme. C'est par cette liberté que l'homme est tom-
bé, et c'est aussi par elle qu'il se relèvera ; mais
DANS SON ACTION SUR l'ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 267

comme de la dégradation spirituelle la plus profonde
il ne pouvait être ramené librement à la vraie reli-
gion qu'au moyen de principes religieux susceptibles
d'être admis par sa nature déchue, le Seigneur a per-
mis qu'il s'établît partout des religions en rapport
avec l'état de chaque peuple ; et comme toute religion
qui n'est pas la vraie Religion tend à se maintenir
perpétuellement stationnaire, et ne consentirait même
pas à se transformer en une autre moins impure, car
ses directeurs tiennent à la conserver intacte pour
jouir des avantages mondains qu'elle leur procure, le
Seigneur a permis aussi ces luttes entre chaque reli-
gion et la philosophie qui naît tôt ou tard malgré la
compression exercée sur les esprits ; ainsi s'est ma-
nifestée et se manifeste encore de nos jours la loi du
progrès. Si aujourd'hui le monde entier chancelle
dans ses vieilles croyances, cela ne se rattache-t-il
pas à ce même plan providentiel, qui consiste à con-
duire par la liberté spirituelle tous les habitants du
globe à la vraie Religion ? Est-ce que les peuples sou-
mis à l'Islamisme, est-ce que les Indiens, les Chinois,
les Australiens, et tous les habitants des îles, idolâ-
tres ou sauvages, pourraient jamais se délivrer des
langes religieux qui les enveloppent, si les nations
chrétiennes, aidées des chemins de fer et de la va-
peur, ne glissaient pas chez eux avec les denrées
commerciales les idées qui résultent du libre examen ?
Ainsi se prépare chez tous ces peuples la lutte entre
leurs vieilles religions et une philosophie naissante,
268 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

qui périra avec elles, lorsque le temps sera venu.
Quant c'i la loi du progrès, dont il vient d'être
parlé, elle ne saurait être mise en doute, quand on
connaît sa vraie marche. Ce n'est ni en suivant la li-
gne droite, ni en parcourant un cercle, que se fait le
progrès; c'est en décrivant une spirale, et, de même
que la spirale, il est indéfini. Cette loi ainsi conçue
est conforme et à l'infinité de Dieu se manifestant
dans la création par les indéfinis, et à l'histoire de
l'humanité qui descend, il est vrai, après avoir mon-
té, mais qui ne descend que pour remonter plus haut
chaque fois. C'est d'ailleurs ce qui nous est repré-
senté dans la nature par le cours apparent du soleil,
qui, à partir du solstice d'hiver, monte et descend
chaque jour, mais pour se trouver chaque lendemain
un peu plus élevé à midi.
D'après cette loi du progrès, les diverses Commu-
nions chrétiennes, étant visiblement arrivées à la fin
de leur période descendante vont peu à peu faire place
à la vraie Religion Chrétienne; et la philosophie
moderne, ayant rempli les vues de la Providence en
détruisant l'esclavage spirituel, mais étant incapable
de coopérer au rétablissement de l'ordre en raison
des principes dissolvants qu'elle renferme, va aussi
elle-même être remplacée peu à peu par la vraie
Philosophie, dont les principes découleront des prin-
cipes du vrai Christianisme, qui, loin d'être atténués
par l'examen de la raison, en receveront au contraire
une confirmation plus éclatante.
DANS SON ACTION SUR L'ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 269

Si l'état social des peuples chrétiens est si déplo-
rable, on doit donc moins s'en prendre aux princi-
pes de la philosophie moderne qu'aux doctrines reli-
gieuses des diverses Communions chrétiennes; caries
philosophes en combattant l'esclavage spirituel ser-
vaient sans le vouloir, et sans en avoir conscience, le
progrès religieux, puisque le Christianisme ne pou-
vait entrer dans sa nouvelle période ascendante qu'au
moyen d'une liberté spirituelle pleine et entière, tan-
dis que les chefs des diverses Communions chrétien-
nes, au contraire, en s'opposant de tous leurs efforts
à la liberté spirituelle, retardaient cette nouvelle pé-
riode du Christianisme.
.Puisque les croyances religieuses produites par la
falsification du Christianisme sont la principale cause
de l'état social actuel, et puisque le philosophisme a
été permis par la Providence pour détruire l'escla-
vage spirituel, il est bien évident qu'un retour à ces
croyances religieuses serait impuissant pour sauver
la société ; et qu'au lieu de prévenir la catastrophe,
il pourrait au contraire la rendre plus imminente ;
car la cause persistant, l'effet persiste ; et donner
plus d'activité à la cause, c'est rendre l'effet plus
prompt. Et d'ailleurs peut-on espérer que cette im-
puissance de la vieille Église Chrétienne cessera,
quand le Catholicisme romain se prétend immobile,
et veut rester immobile ; et quand on voit le Protes-
tantisme, variable par sa nature, essayer maintenant
de revenir aux principes de ses premiers fondateurs,
23*.
270 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE
afin de se rendre immobile aussi pour éviter le ra-
tionalisme qui le mine ?
Mais d'un côté si un retour à ces croyances reli-
gieuses est impuissant pour sauver la société, d'un
autre côté la persistance dans le philosophisme ne la
sauverait pas davantage, car le philosophisme ren-
ferme dans l'ordre naturel presque autant d'erreurs
que le Catholicisme romain renferme de faussetés
dans l'ordre spirituel ; et par conséquent ils présen-
tent l'un et l'autre à peu près autant de dangers. Qu'on
ne s'appuie donc ni sur l'un ni sur l'autre, et qu'on
les laisse s'entre-déchirer. Aujourd'hui, en France,
l'Université est battue en brèche par le Catholicisme
romain, qui naguère pliait sous les coups de sa ri-
vale ; ce n'est point là une victoire, c'est seulement
un succès passager ; ces succès et ces revers alterna-
tifs sont permis par le Seigneur, afin que par là ils
s'arrachent mutuellement leurs oripeaux, et que
leurs partisans désillusionnés les voient enfin dans
toute leur nudité, et en aient honte.
L'unique moyen de sauver l'état social, ce serait
de le reconstituer peu à peu par un retour au vrai
Christianisme, non pas en remontant le cours des
siècles, mais en développant le Christianisme avec la
somme des connaissances spirituelles et naturelles
aujourd'hui acquises.
Vouloir remonter le cours des siècles, c'est-à-dire,
reprendre le Christianisme à l'époque où il a com-
mencé 4 être falsifié, ce serait inéepnaître les lois
DANS SON ACTION SUR L'ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 271
de l'Ordre Divin, et accuser d'imprévoyance la Pro-
vidence Divine, qui aurait ainsi dépensé inutilement
quinze siècles, lorsqu'au contraire cette longue pé-
riode de temps a servi à l'accomplissement de ses
vues toujours miséricordieuses.
Quand le Christianisme fut fondé, le voile qui cou-
vrait les vérités que renferme la Parole ne pouvait
pas encore être entièrement levé ; les hommes n'é-
taient pas alors en état de contempler certaines vé-
rités, et si elles leur eussent été présentées sans
voile, pas un seul ne les aurait reçues ; le Seigneur ne
fit donc que lever un coin du voile, et en découvrant
au monde les vérités qu'il était susceptible de rece-
voir, il avertit ses disciples que l'Église qu'il instau-
rait alors aurait le sort des Églises précédentes ; mais
qu'à la « consommation du siècle, » c'est-à-dire, à la
fin de cette Église, il viendrait « dans les nuées du
ciel avec puissance et gloire » pour fonder une Église
qui n'aurait point de fin. C'est cette Église que le
Seigneur instaure aujourd'hui en étant le voile qui
couvrait sa Parole. Les Vérités Divines, ces « pierres
précieuses, » maintenant exposées aux yeux des hom-
mes, peuvent être contemplées par eux, et admises
par l'intelligence et par la raison ; car les connais-
sances naturelles aujourd'hui acquises, loin d'être en
opposition avec les vérités internes de la Parole Di-
vine, viennent au contraire les confirmer ; et plus les
sciences feront de progrès, plus elles fourniront de
moyens confirmatifs ; les vérités spirituelles et les
272 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

vérités naturelles étant liées entre elles comme l'âme
et le corps.
Ce n'est pas ici le lieu de prouver que le Seigneur
Jésus-Christ n'est plus avec la vieille Église Chré-
tienne, dont la consommation est accomplie ; et qu'il
instaure maintenant sa Nouvelle Église, signifiée dans
la Parole par la Nouvelle Jérusalem ; toutes les preu-
ves qu'on pourrait désirer se trouvent en abondance
dans les Écrits théologiques de Swedenborg. Il s'agit
seulement de montrer que cette Nouvelle Église Chré-
tienne peut seule sauver la société.
La Société est un être collectif ou un tout, dont les
hommes sont les parties. Si le tout est mauvais, c'est
évidemment parce que les parties sont mauvaises, et
pour que ce tout devienne bon, il faut nécessaire-
ment que les parties deviennent bonnes. Rendez
bonnes les parties, c'est-à-dire, réformez les hommes,
et le tout ou l'état social sera bon ; mais autrement,
vous échouerez. Quelques-uns, il est vrai, prétendent
que si l'homme est mauvais, c'est parée que la so-
ciété mal constituée ne lui permet pas d'être bon ;
et, pour soutenir cette prétention, ils posent en prin-
cipe que l'homme naît bon, d'où ils concluent que
s'il est mauvais, c'est la mauvaise organisation de la
société qui le rend tel. Admettre ce principe, n'est-
ce pas nier l'utilité de la Religion? Car si c'est la
mauvaise organisation de la société qui rend l'homme
mauvais, il suffit de bien constituer la société pour
le rendre bon, et dès lors la religion devient inutile,
DANS SON ACTION SUR L'ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 273

Mais c'est absolument le contraire : L'homme naît
mauvais, car il naît avec'l'amour de soi, comme on
le voit clairement par les petits enfants qui, sans au-
cune exception, rapportent tout à eux; or, l'amour
de soi ou l'égoïsme est le mal d'où découlent tous
les autres maux, puisqu'il est l'opposé de l'amour
mutuel ou du dévoûment, qui est le bien d'où dé-
coulent tous les autres biens.
Ainsi, la société est mauvaise parce que l'homme
est mauvais, et il n'est pas vrai de dire que l'homme
est mauvais parce que la société est mauvaise ; nous
posons ceci en thèse générale d'après ce principe, que
l'amour mutuel ou le dévoûment est le bien, et que
l'amour de soi ou l'égoi'sme est le mal : mais nous ne
nions pas que la mauvaise organisation de la société
ne réagisse sur beaucoup d'hommes qui, dans un mi-
lieu moins mauvais, auraient été moins méchants. Du
reste, il est facile de reconnaître que l'organisation
d'une société est la conséquence de l'état intérieur de
ceux qui la composent, et que vouloir réformer la so-
ciété sans que les individus aient été préalablement
réformés, c'est vouloir ce qui est impossible ; on
pourra, il est vrai, en changer la forme, ainsi que
cela a déjà été fait tant de fois ; mais changer la
forme, ce n'est pas ce que nous entendons ici par ré-
former.
Supposons que, dans une de ces révolutions qui
enthousiasment un peuple entier, à cet instant su-
blime où, après la victoire complète, tous les citoyens
274 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

s'oubliant eux-mêmes donnent toutes les preuves d'un
pur dévoûment, supposons, dis-je, qu'un législateur,
généralement estimé, mettant à profit cet élan géné-
reux, leur présente une constitution en tous points
conforme à ce pur dévoûment, et que tous l'accep-
tent aussitôt avec admiration et amour sans avoir
aucune arrière-pensée. Cette constitution, si les ci-
toyens en eussent été dignes, non pas accidentelle-
ment, mais réellement, c'est-à-dire, s'ils eussent été
individuellement réformés, aurait fait le bonheur de
la nation entière; mais acceptée dans un moment
d'enthousiasme, elle ne sera pas longtemps respec-
tée ; et, dès le lendemain, l'enthousiasme n'étant plus
au même degré, cette œuvre si admirée la veille ne
sera déjà plus vue du même œil. Chacun, frappé à son
point de vue des vices de la société, veut et même
désire avec ardeur que la société soit réformée ; mais
en même temps chacun veut rester tel qu'il est, c'est-
à-dire, ne pas se réformer lui-même ; on voit le mal
chez les autres, mais chez soi on ne le voit pas ; ou,
si on le voit, on l'atténue.
L'homme collectif, ou la Société, restera donc
mauvais tant que l'ameur de soi ou l'égoi'sme régnera
chez l'homme individu ; pour remplacer chez l'homme
l'amour de soi par l'amour mutuel, les institutions
humaines seules sont impuissantes, nous l'avons déjà
dit ; elles peuvent modifier les mœurs et accélérer la
civilisation, mais rien de plus. En quoi ont-elles
changé le cœur humain? L'homme est-il au fond
DANS SON ACTION SUR L'ÉTAT DE LA SOCfÉTÉ. 275
moins égoïste ? Il peut à l'extérieur le paraître moins,
mais à l'intérieur il l'est tout autant. Il n'y a donc
que la Religion qui puisse opérer la réforme inté-
rieure, et seulement la vraie Religion Chrétienne,
puisque le Christianisme falsifié qui règne depuis tant
de siècles a complètement échoué dans cette œuvre.
La Vieille Église Chrétienne a échoué, parce que
la falsification des dogmes lui a fait perdre les notions
qu'elle avait reçues concernant Dieu, l'âme de l'hom-
me, et la vie après la mort ; et la Nouvelle Église
Chrétienne peut seule réformer la société, parce que,
possédant ces notions avec les vérités nouvellement
dévoilées, et s'appuyant ainsi sur les vrais dogmes,
elle peut régénérer l'homme, et par la régénération
individuelle arriver à la réformation complète de la
Société.
Que, dans les diverses Communions chrétiennes,
les ecclésiastiques qui comprennent l'importance de
leurs fonctions, c'est-à-dire, qui veulent avant toutes
choses le salut des âmes et leur propre salut à eux-
mêmes, veuillent bien fixer leur attention sur ce sim-
ple exposé, et recourir ensuite aux Écrits théologi-
ques de Swedenborg pour ce qui concerne les dog-
mes de la Nouvelle Église Chrétiennne, et les vérités
nouvellement dévoilées qui sont aujourd'hui en la pos-
session de cette Église ; il ne s'agit pas de rompre la
chaîne des temps, en renversant l'édifice religieux
pour en construire un nouveau sur le sable mouvant
des passions humaines ; la Révélation est précieuse-
27 6 DE LA RELIGION CONSIDÉRÉE

ment conservée, et c'est sur elle, c'est sur ce roc, que
s'appuie la Nouvelle Église du Seigneur Jésus-Christ,
Seul et Unique Dieu, en qui est la Divine Trinité. Il
ne s'agit pas non plus des formes extérieures du culte ;
conservez celles que vous avez tant que vous les croi-
rez utiles au salut des âmes, et qu'elles ne choqueront
pas vos consciences ; la forme n'est qu'un vêtement,
et chacun doit être libre de se vêtir à sa manière ;
mais n'altérez plus la substance des choses spiri-
tuelles. Cessez de penser, chacun de votre côté, que
votre communion seule est l'Église ; l'Église n'est pas
ici ou là, elle est partout où règne l'amour mutuel
basé sur la reconnaissance d'un Dieu. Tous ceux qui
fuient les maux comme péchés appartiennent à l'É-
glise du Seigneur Jésus-Christ, quelle que soit du
reste la religion dans laquelle ils ont été élevés ; car
fuir les maux comme péchés, c'est reconnaître un
Dieu et vivre dans l'amour mutuel ; si le Seigneur les
rejetait, parce que, n'ayant pas entendu parler de
Lui, ils ne Le reconnaissent pas, serait-il l'Amour
même et la Justice même ?
Quant h tous les hommes de bonne volonté, nous
leur dirons : Vous voulez sauver la Société, revenez
à des idées religieuses vraies, et cessez de vous per-
suader que les vieilles croyances puissent faire autre-
ment qu'elles n'ont fait ; ce sont elles qui ont conduit
la Société sur les bords de l'abîme, et elles ne sau-
raient l'empêcher d'y tomber. D'ailleurs, habitués
que vous êtes à faire usage de votre raisonnement en
DANS SON ACTION SUR L'ÉTAT DE LA SOCIÉTÉ. 277

chaque chose, pourriez-vous jamais vous astreindre à
croire sincèrement ce que votre raison repousse, et à
faire en matière de religion une abnégation complète
de votre intelligence? De ce que l'homme ne pourra
jamais comprendre l'infinité de Dieu, car pour com-
prendre Dieu dans son infinité il faudrait être Dieu,
on ne doit nullement en inférer que la Religion oblige
à croire ce qui est mathématiquement impossible ; car
Dieu est le Suprême Géomètre, et toutes les lois de
son Ordre Divin sont mathématiquement réglées.
Croire, ce n'est pas admettre sans comprendre;
croire, c'est voir, voir avec les yeux de l'intelligence
les choses qui ne sont pas du ressort de la vue corpo-
relle. Abandonnez donc le spirituel faux, qui ne peut
convenir ni à votre nature nia votre éducation ; adop-
tez le spirituel vrai, propagez-le, et vous verrez alors
l'antagonisme disparaître peu à peu pour faire place
à l'amour mutuel ; et la Société, se reconstituant ainsi
sur des bases solides, sera désormais à l'abri des ré-
volutions violentes que vous redoutez.
SUR LA QUESTION DES MONTAGNES.

A Monsieur H , à Manchester.

Saint-Amand (Cher), 15 juillet 1852.

Au sujet de la question des montagnes, dont on
s'est occupé dans une de vos dernières réunions,
vous me demandez de vous faire part de mes idées,
spécialement sur ce point : Pourquoi les montagnes
sont si belles dans le monde spirituel, et si laides
ici.
Les montagnes sont belles dans les cieux, parce
que tout y est dans l'ordre, et qu'ainsi les montagnes
ont conservé leur correspondance vraie ou plutôt
genuine (comme vous dites en Angleterre). Les
montagnes sont laides ici-bas, parce que l'ordre a
été renversé, et qu'ainsi les montagnes ont pris une
correspondance opposée à leur correspondance pri-
mitive. La nature dépend de l'homme, parce que la
nature a été créée pour l'homme; la nature, nous
dit Swedenborg, est le théâtre représentatif du
royaume du Seigneur. Si le royaume du Seigneur
existait sur terre comme il existe dans les cieux.
SUR LA QUESTION DES MONTAGNES. 279

I— avec la différence, bien entendu, qu'il y a entre
l'ange et l'homme de l'Église, — la terre serait un
paradis terrestre ; tout y serait dans l'ordre, et les
montagnes terrestres offriraient à l'homme de l'É-
glise des agréments analogues à ceux qu'éprouvent
les anges sur leurs montagnes. Les animaux féroces,
les insectes nuisibles, les miasmes, les ronces, les
épines, les lieux arides, etc., n'existent sur terre que
par suite de la chute de l'homme ; que le royaume
'du Seigneur revienne sur notre globe, ou, en d'au-
tres termes, que son Église nouvelle s'y établisse, et
toutes ces productions de l'enfer disparaîtront à
mesure qu'elle fera des progrès. Tout a été créé bon
par le Seigneur, et tout redeviendra bon à mesure
que son influx sera reçu avec moins d'obstacle par
les hommes.
Quant à ce qui concerne spécialement les monta-
gnes. Pourquoi, a-t-on dit, éprouve-t-on en les gra-
vissant une sensation de plus en plus pénible, telle-
ment qu'enfin la vie cesserait, si l'on ne se hâtait de
descendre ? Aux arguments qui me sont transmis,
j'ajouterais ceux-ci, si toutefois ils n'ont pas été pré-
sentés : II y a trois atmosphères, Taure, l'éther et
l'air proprement dit ; la dernière renfermant les deux
autres. La physique nous apprend que l'air est d'au-
tant moins dense qu'on s'élève au-dessus du niveau
de la mer, et que l'homme pour exister a besoin
d'être environné d'une atmosphère assez dense pour
que ses poumons y puisent la dose d'air qui leur est
280 SUR LA QUESTION DES MONTAGNES.

nécessaire. D'après cela, les naturalistes ne sont
nullement étonnés que l'homme éprouve sur les
montagnes les sensations dont il vient d'être parlé ;
et comme ils ne s'occupent que du naturel, notre
discussion leur paraîtrait futile ; mais pour nous
elle est très-importante, et j'y reviens.
L'homme par la chute s'est créé de nouveaux be-
soins ; devenu grossier, il lui a fallu, pour respirer,
une atmosphère plus grossière, d'où il résulte que
maintenant s'il entre dans un milieu moins dense
que celui qui convient à sa constitution actuelle,
l'aliment aériforme devient insuffisant, et il mourrait
faute de respirer assez, comme il meurt faute de
manger suffisamment. Mais que l'homme par la régé-
nération améliore progressivement sa constitution, et
le séjour sur les hautes montagnes ne sera plus nui-
sible, mais même deviendra délicieux. Il est une
objection qu'on pourrait me faire, et au-devant de
laquelle je dois aller. Supposez, me dira-t-on, qu'un
homme de la Nouvelle Église se soit régénéré au
point d'être dans un état semblable h celui des hom-
mes avant la chute, croyez-vous qu'il serait exempt
d'éprouver sur les hautes montagnes les sensations
qu'éprouvent les hommes en général ? Je répondrai :
Non ; et cela, parce que la régénération de cet hom-
me, étant isolée, n'a pas pu changer la constitution
actuelle des montagnes, devenues arides par l'état de
corruption où vivent en général les hommes depuis
des siècles. Ce n'est pas la ténuité de l'air qui lui
SUR LA QUESTION DES MONTAGNES. 281

serait nuisible, car par sa régénération cet air, quoi-
que ténu, serait suffisant pour lui, en raison de l'é-
ther et de l'aure qui s'y trouvent enveloppés, et qui
conviennent spécialement à son état de régénération ;
mais la nudité des montagnes depuis des milliers
d'années est cause que cet air a perdu les qualités
qu'il avait lorsque les montagnes étaient couvertes
d'une riche végétation ; et c'est précisément par
suite de cette dénudation séculaire que l'air y est si
froid. Si les hommes se régénéraient en masse, tout
ce qui, dans la nature actuelle, provient de l'enfer,
disparaîtrait peu à peu ; on verrait les glaciers se
fondre insensiblement, la végétation gagner de pro-
che en proche, et les plus hautes montagnes, de
nouveau couvertes de verdure et d'arbres, offriraient
un séjour délicieux aux hommes qui se seraient assez
régénérés, pour que la ténuité de l'air qu'on y res-
pirerait fût suffisante pour les besoins de leurs pou-
mons. Ainsi les hautes montagnes sur notre globe
présenteraient un analogue des montagnes dans les
cieux, et seraient habitées, non-seulement sans dan-
ger, mais même de préférence et avec délices par les
hommes qui seraient dans l'amour envers le Sei-
gneur.

24*.
SUR LE SPIRITUEL.

A Monsieur D.

Sainl-Amand (Cher), 22 décembre 1852.

Je répondrai aussi en quelques mots à vos
questions sur le spirituel. Pour bien saisir les ma-
tières philosophiques traitées dans Swedenborg, il
convient d'abord de mettre de côté tout ce qui est
appelé métaphysique, car nul n'est autant opposé que
Swedenborg à la métaphysique et aux systèmes des
spiritualistes, de même que nul n'est plus opposé
que lui aux mystiques, quoiqu'on le confonde tou-
jours avec eux. Il faut ensuite connaître la théorie
des degrés, qui est la clé sans laquelle il est impossi-
ble d'avoir des notions claires sur le céleste, le spi-
rituel etle naturel.
Partant alors de la nature de Dieu, qu'il est facile
de se représenter comme Amour et Sagesse, on arrive
à reconnaître que l'Amour est une substance, et que
la Sagesse est la forme de cette substance ; car si
l'Amour et la Sagesse n'étaient pas substance et
forme, ils ne seraient que ce que la philosophie
SUR LE SPIRITUEL. 283

appelle des êtres de raison, ou, pour mieux dire, ils
n'auraient ni l'être ni l'exister. Que l'on fasse mille
efforts d'imagination, on ne parviendra jamais à
saisir l'Amour et la Sagesse hors d'un sujet ; il leur
faut absolument un sujet pour qu'ils soient et exis-
tent, et ce sujet est nécessairement substance et for-
me.
Dieu est donc substance et forme, puisqu'il est
Amour et Sagesse ; il est la substance en soi ou le
Divin Amour, et la Forme en soi ou la Divine Sa-
gesse. De lui, comme Créateur, proviennent des
substances et des formes, qui ne sont ni substances
en soi ni formes en soi, puisqu'elles sont et existent
par Lui, et non par elles-mêmes. De ces substances
et de ces formes, les unes sont des substances et des
formes spirituelles ou de repos, et les autres sontdes
substances et des formes fixes ou matières, celles-ci
ayant pour but de continuer celles-là, et de leur
servir de base et d'affermissement. Chez l'homme,
lorsqu'il vit sur la terre, son esprit est une subs-
tance spirituelle, et son corps est une substance fixe
ou de la matière. Mais, de même que la substance
générale de son corps est composée d'un nombre
indéfini de substances particulières, de même la
substance générale de son esprit, qui est un amour
bon ou mauvais, est composée d'un nombre indéfini
de substances particulières, qui sont appelées affec-
tions, sentiments, désirs, etc. Ces substances parti-
culières sont comme la substance générale, elles ne
184 SUR LE SPIRITUEL.

peuvent être que dans un sujet. Qu'est-ce, en effet,
qu'une affection, un désir, si l'on ne suppose pas un
sujet dans lequel soit cette affection ou ce désir?
Excusez-moi, si je n'entre pas aujourd'hui dans
de plus grands développements; ce sera pour une
autre fois.
PUBLICATIONS DE 1838 A 1852.

A Monsienr B...., à Londres.

Sainl-Amand (Cher), 20 février 1853.

Dans l'intérêt de nos publications futures, vous
me demandez un rapport très-détaillé de celles que
nous avons faites jusqu'à ce jour ; puisque vous atta-
chez, me dites-vous, une grande importance à ce
rapport, je vous adresse la note suivante qui pourra,
je crois, en tenir lieu :
C'est en 1838 que nos publications commencèrent.
Le premier numéro de la Revue parut le 21 mars ;
outre la partie-journal, chaque numéro contenait
alternativement une feuille y Arcanes Célestes et
une feuille de 1''Apocalypse dans son sens spiri-
tuel, de sorte qu'il n'était publié chaque année
que 6 feuilles ou 96 pages des Arcanes Célestes.
A continuer ainsi il aurait fallu plus de 70 ans pour
terminer la publication de cet important Ouvrage.
Mais en 1840, quoique la Revue fût loin de faire ses
frais, — et pendant son existence de 10 ans, elle
n'est jamais parvenue à les faire, — nous nous dé-
286 PUBLICATIONS DE 1838 A 1852.

cidâmes à donner une feuille à'Arcanes Célestes par
mois ou 12 feuilles par an, et nous parvînmes ainsi
à compléter le premier volume dans la livraison de
février 1841. Il nous a donc fallu trois ans pour pu-
blier ce premier volume qui porte la date de 1841,
quoiqu'il ait été commencé en 1838. Ainsi il y a bien-
tôt 1S ans que cette publication a été entreprise;
mais grâce aux secours qui viennent de nous être si
généreusement offerts, elle sera terminée dans le
courant de 1834, si la Divine Miséricorde du Sei-
gneur nous le permet.
Pendant cette même année 1840, quelques-uns
de nos frères proposèrent de publier LA DOCTRINE DE
VIE, et les fonds nécessaires ayant été souscrits, celte
proposition fut mise à exécution. Ce fut le premier
ouvrage publié en dehors de la Revue.
L'année 1841 se passa sans aucune autre publi-
cation que la Revue et les 12 feuilles d''Arcanes
Célestes qui l'accompagnaient. Dans cette année,
parut aussi l'Apocalypse dans son sens spirituel,
dont six feuilles étaient imprimées chaque année
avec la Revue.
Nous publiâmes, en 1842, LA DOCTRINE SUR L'ÉCRI-
TURE SAINTE.
En 1843. Le Traité posthume DU DIVIN AMOUR ET
DE LA DIVINE SAGESSE, et le Traité DU CHEVAL BLANC,
dont il est parlé dans l'Apocalypse.
En 1844. LA DOCTRINE sur le Seigneur, et LA
DOCTRINE sur la Foi,
PUBLICATIONS DE 1838 A 1852. 287

En 1845. L'EXPOSITION SOMMAIRE du sens interne
des Prophètes et des Psaumes, et le Traité pos-
thume de la Parole et de sa Sainteté.
En 1846. LA DOCTRINE de la Charité (extraite
des Arcanes Célestes] et DES BIENS DE LA CHARITÉ
ET DES BONNES ŒUVRES (extraite de l'Apocalypse
Expliquée}.
A partir de cette année 1847, nous donnâmes
deux feuilles à'Arcanes Célestes avec chaque livrai-
son de la Revue.
En 1847. LA DOCTRINE de la Charité (Traité
posthume), Bt I'EXPOSITION SOMMAIRE de la Doctrine
de la Nouvelle Église ; plus le XIe volume des Ar-
canes Célestes, imprimé aux frais de M. Lino de
Zaroa (*).
En 1848. Le XIIe volume des Arcanes Célestes,
imprimé aussi aux frais de M. Lino de Zaroa, LE
COMMERCE DE L'AME ET DU CORPS.
C'est en 1848 que la Revue a cessé de paraître ;
pendant ses dix années d'existence, les cinq premiers
volumes d'Arcanes Célestes avaient été imprimés
en même temps qu'elle, et sur son budget ; mais
son budget était dans un triste état ; non-seulement
, •)
(*) M. Lino de Zaroa était un prêtre espagnol, retiré en Ffaneei
depuis nombre d'années ; il habitait dans le département des Ça,s,sfs.T
Pyrénées, et ordinairement à Orlhez. En 1851, quoiqu'il eût alors
78 ans, il n'hésita pas à traverser toute la France pour 'se' Wnflrif
avec nous à la grande Réunion du 19 août. II estiiBiaiittendiU'dnttt
le Monde Spirituel.
288 PUBLICATIONS DE 1838 A 1852.

nous ne pouvions plus continuer, mais le déficit
était considérable, et il nous fallait beaucoup de
temps et d'économie pour le combler. Nous fûmes.
par conséquent dans l'impuissance de continuer nos
publications pendant l'année 1849.
Pendant ces dix années de publications, j'étais
parvenu à traduire la presque totalité des Ouvrages
de Swedenborg. Un jour je m'étais proposé ce pro-
blême : Combien faudrait-il d'années à un homme
faisant bon emploi de son temps, et doué de persé-
vérance, pour traduire tout Swedenborg ? Le pro-
blème ainsi posé, il s'agissait de le résoudre. Aussi-
tôt je rassemble tous les ouvrages de notre Auteur,
et me voilà à additionner les pages des volumes qui
n'avaient pas encore été traduits par moi. Dès que
j'en eus le total, comme je savais par une expérience
de plusieurs années, combien de pages je pouvais
traduire par semaine, en dehors de nos travaux de
composition de la Renie, de révision de copie avant
de la livrer à l'imprimeur, de correction d'épreuves
et de correspondance avec nos frères tant en France
qu'à l'Étranger, je divise mon nombre total par
le nombre de pages que je crois pouvoir traduire
par semaine, et je trouve 366 pour quotient ;
c'était donc encore sept années. Je faisais ce calcul
en 1843, et en 1850, le tout était traduit. Dans ce
calcul n'étaient compris ni le Diarium, ni les Ad-
versaria; mais quand tous les autres Ouvrages
auront été imprimés, ces deux derniers seront en
PUBLICATIONS DE 18Î8 A 1852. 289

état d'être livrés à l'impression, si toutefois on juge
à propos de les publier en français.
En 1850. Nous reprenons nos publications ; nous
imprimons : 1'APPENDICE à la Vraie Religion Chré-
tienne; la CONTINUATION sur le Jugement Dernier;
les NEUF QUESTIONS sur la Trinité ; le Traité DU CIEL
KT DE L'ENFER ; le VIe volume des ARCANES CÉLESTES ;
et DU JUGEMENT DERNIER.
En 1851 : DES TERRES DANS L'UNIVERS ; 1'AUTO-
BIOGRAPHIE de Swedenborg ; le XIIIe volume des
AKCANES CÉLESTES.
En 1852. La Sagesst Angélique sur LE DIVIN
AMOUR ; le VIIe et le XIVe volumes des ARCANES CÉ-
LESTES ; le Ier et le II" volumes de LA VRAIE RELIGION
CHRÉTIENNE.
Nous avons encore à publier cinq volumes des
Arcanes Célestes, et l'Index; l'Apocalypse Expli-
quée ; le IIIe volume de la Vraie Religion Chré-
tienne ; la Sagesse Angélique sur la Divine Pro-
ridence;l'Apocalypse Révélée; V Amour Conjugal;
et la Doctrine Céleste de la Nouvelle Jérusalem.
Il pourrait paraître étrange que plusieurs des
Traités qui nous restent à publier n'aient pas été
imprimés, en raison de leur importance, avant quel-
ques-uns de ceux que nous avons édités. Si nous
n'avons pas commencé par ces Traités, c'est que, tra-
duits par Moët, ils avaient été imprimés de 1819 à
1824. Tant que cette édition n'a pas été épuisée,
nous avons dû porter nos ressources financières sur
25.
290 PUBLICATIONS DE 1838 A 1852.

les Traités qui n'avaient pas encore paru en français ;
mais cette édition ne se trouvant plus depuis quelques
années dans le commerce, il est maintenant de la
plus grande importance que la nouvelle traduction
soit imprimée le plus promptement possible.
D'ailleurs, je ferai remarquer que je mets main-
tenant à la suite de chacun de ces Traités une Table
alphabétique et analytique et un Index des Pas-
sages de la Parole. Quatre de ces Traités, à savoir :
Du Ciel et de l'Enfer, des Terres dans l'Univers,
du Jugement Dernier et sa Continuation, et la Sa-
gesse Angélique sur le Divin Amour, sont accompa-
gnés d'une Table alphabétique et analytique. Non-seule-
ment j'en mettrai une à chacun des Traités qui
restent à imprimer; mais j'en dresse aussi pour
ceux qui le sont déjà, afin de les en munir lorsqu'ils
seront réimprimés. Mon but est non-seulement de
faciliter au Lecteur les recherches, et de lui présen-
ter dans une sorte de Tableau synoptique la subs-
tance de chaque Ouvrage, mais encore de parvenir
plus tard, au moyen de ces Tables, à composer une
vaste Table analytique de tous les Ouvrages de Swe-
denborg. 'L'Index de Beyer nous est certainement
d'une grande utilité ; mais cet Ouvrage a été com-
posé avec trop de précipitation, il manque de mé-
thode, les extraits étant placés sans autre ordre que
celui des lettres de l'Alphabet. Il nous faudra autre
chose, si nous voulons faciliter les travaux de nos
successeurs. La construction de ces Tables analy-
PUBLICATIONS DE 1888 A 18S2. 291

tiques exige beaucoup de temps, de patience et de
persévérance ; chacun peut en faire, mais chacun en
fait à son point de vue. Je m'attache principalement
à extraire les définitions, les sentences, les choses
les plus substantielles, et à les coordonner dans cha-
que Article, en plaçant en tête la définition, s'il y en
a une. Dans les Tables que je dresse maintenant,
lorsqu'un article a besoin d'explications qui ne se
trouvent pas dans le Traité, mais qu'on rencontre
dans d'autres Traités de notre Auteur, je fais suivre
cet Article d'une observation en caractères plus
petits.
Quant aux Index des Passages de la Parole, j'ai
rejeté l'Astérisque, et adopté une nouvelle notation
qui me donne la facilité de désigner au Lecteur les
passages cités textuellement dans l'Ouvrage ; je
n'emploie que les trois lettres *, e , ', placées en pe-
tit caractère à la suite du Numéro. Ainsi :
1
Signifie Texte formel ;
i Renversé, Texte en termes non formels ;
e
Explication ;
' Illustration ;
te Texte formel et Explication ;
ti Texte formel et Illustration ;
1° Texte non formel et Explication ;
n Texte non formel et Illustration.
Si le Numéro n'est suivi d'aucune lettre, il y a seu-
lement renvoi au Passage pour confirmation.
Remarquez que par Illustration, j'entends non-
PUBLICATIONS DE 1818 A 18SI.

seulement une Explication plus détaillée, mais aussi
et principalement un de ces traits de lumière qui ne
consistent souvent qu'en un seul mot, et qui cepen-
dant peuvent résoudre un point controversé.
Tous ces travaux ne sont, pour ainsi dire, que
des préparations pour un travail beaucoup plus im-
portant, et qui ne pourrait pas être entrepris fruc-
tueusement sans eux ; je veux parler de la traduc-
tion de la Parole en langue vulgaire. C'est à ce tra-
vail que M. Harlé et moi nous tendons de tous nos
efforts ; nous accumulons chacun de notre côté le
plus possible de documents.
SUR LA SUBSTANCE ET LA FORME.

A Monsieur D.

Saint-Arnaud (Cher}, 24 août 1853.

Les questions que renferme votre dernière lettre
exigeraient, pour être convenablement traitées, de
longues dissertations qui dépasseraient les bornes
d'une simple lettre. Veuillez donc m'excuser, si je
ne fais qu'en aborder quelques-unes aujourd'hui.
Et d'abord, les difficultés que vous éprouvez pour
saisir le spirituel comme substance ne viendraient-
elles pas en partie de l'idée que vous avez de la subs-
tance, à en juger du moins par cette phrase de
votre lettre : <i Qui dit substance, ne dit-il pas quel-
» que chose de matériel, ou au moins de saisissable ? »
C'est là, il est vrai, le sens général qu'on donne
dans le langage ordinaire au mot substance ; mais
si l'on se reporte au dictionnaire de l'Académie, on
trouve pour première définition : « Substance, terme
» de philosophie, Être qui subsiste par lui-même. »
Puis il est donné pour exemples : « Substance spi-
rituelle ; substance corporelle. » Ainsi, la philoso-
25*.
294 SUR LA SUBSTANCE ET LA FORME.

phie elle-même reconnaît des Substances spiri-
tuelles. Toutefois, la définition de l'Académie ne
pourrait, selon nos doctrines, s'appliquer qu'à
Dieu, puisque Dieu est le seul Être qui subsiste par
lui-même ; aussi notre Swedenborg dit-il que Dieu
est la Substance Même ; puis, en ce qui concerne la
création, ou l'univers créé, il donne le nom de Subs-
tance à ce qui constitue l'être même d'une chose,
et le nom de forme à ce qui constitue l'exister de
cette chose, de sorte que tous les sujets ou objets,
soit naturels, soit spirituels, ont substance et forme.
Quant aux substances et aux formes spirituelles,
tout ce qui procède de la volonté est une substance
spirituelle, et tout ce qui procède de l'entendement
est une forme spirituelle. Vous avez une affection,
cette affection est donc une substance spirituelle, car
toute affection procède de la volonté ; mais vous ne
pouvez pas avoir cette affection, sans avoir en même
temps une pensée qui vous la manifeste, et cette
pensée qui procède de votre entendement est la
forme spirituelle. Le statuaire veut une statue pour
une fin ou dans un but quelconque, voilà la subs-
tance spirituelle ; son entendement la conçoit de
telle ou telle manière, voilà la forme spirituelle ;
tout cela est et existe indépendamment du bloc de
marbre ; seulement cette statue spirituelle ne subsis-
tera qu'autant que la volonté et l'entendement du
statuaire, qui constituent l'être et l'exister de la sta-
tue, subsisteront dans le même état chez le statuaire ;
SUR LA SUBSTANCE ET LA FORME. 293

elle se modifiera, s'évanouira et reparaîtra selon
l'état de ces deux facultés du mental ; et cela, parce
que c'est seulement une statue spirituelle, et que les*
objets spirituels, ne dépendant ni du temps ni de l'es-
pace, ne subsistent que selon l'état et s'évanouissent
quand l'état cesse. Mais si un bloc de marbre est
donné au statuaire, et que sa main sculpte la statue,
la volonté et l'entendement passent, par cet acte, du
monde spirituel dans le monde naturel, le marbre
devient la substance matérielle de la statue, et ce
marbre, limité en tous sens par le ciseau du sculp-
teur, en devient la forme matérielle ; tant que la
statue de marbre subsistera, elle présentera, fixées
au moyen de la matière, l'affection et la pensée
qu'avait le statuaire en sculptant la statue.
Telle est l'acception dans laquelle est pris le mot
spirituel respectivement au mot matériel.
Mais si l'on considère le spirituel respectivement
au naturel, voici la définition qu'en donne Sweden-
borg : « Par le spirituel il est entendu ce qui dans le
» naturel appartient à la lumière du Ciel, et par le
» naturel ce qui dans le naturel appartient à la lu-
» mière du monde; car tout cela est appelé spirituel,
» et tout ceci est appelé naturel. » — Arcanes Cé-
lestes, N° b328. — Cette définition nous apprend à
distinguer un bien spirituel d'un bien naturel, et en
général une action spirituelle d'une action naturelle,
lorsque nous savons ce que Swedenborg entend par
la lumière du ciel et par la lumière du monde dans
296 SUR LA SUBSTANCE ET LA FORME.

l'entendement humain. Quant au Spirituel respec-
tivement au Céleste, Swedenborg dit : « II faut
» qu'on sache que le spirituel, dans un sens commun,
» signifie l'affection tant du bien que du vrai ; de là
» le Ciel est appelé monde spirituel, et le Sens interne
» de la Parole Sens spirituel ; mais dans un sens
» spécial, ce qui appartient à l'affection du bien est
» appelé Céleste, et ce qui appartient à l'affection du
» vrai est appelé Spirituel. » — Arcanes Célestes,
N° 5639. — Ce N° 5639, trop long pour être rap-
porté en entier dans une lettre, est d'une grande
importance.
Maintenant qu'il est établi que le mot substance
s'applique aussi bien à l'immatériel qu'au matériel,
et s'applique même, philosophiquement parlant, de
préférence à l'immatériel, je passe à votre impor-
tante question : « D'où est venue la matière ? »
Vous savez, d'après nos doctrines, que Dieu est
substance, que sa substance est l'Amour Même et sa
forme la Sagesse Même ; que l'ensemble est l'Homme
Même ou le Divin Homme ; que de ce Divin Homme
émane une sphère qui l'enveloppe et apparaît aux
êtres spirituels sons la forme d'un Soleil répandant
continuellement une chaleur spirituelle qui est l'A-
mour, et une lumière spirituelle qui est la Sagesse,
et que c'est par ce soleil que Dieu a créé l'univers
tant spirituel que matériel, et qu'il le conserve ou
le crée perpétuellement, puisque la conservation est
une perpétuelle création comme la subsistance est
SUR LA SUBSTANCE ET LA FORME. 297

une perpétuelle existence. D'après cela, votre ques-
tion : D'où est venue la matière? peut être mise
sous cette forme : Comment la matière a-t-elle pu
émaner de Dieu qui es^immatériel? Mais à la ques-
tion ainsi posée, on pourrait joindre celle-ci : Com-
ment le spirituel a-t-il pu émaner d'un Être qui
est Divin ? ou, en se reportant à la forme primitive
de la question, y joindre celle-ci : D'où est venu le
spirituel? Car la difficulté de solution pour l'une et
l'autre question sera la même, quoique cela ne semble
pas ainsi au premier abord, parce qu'on est porté à
considérer seulement Dieu comme un Être spirituel.
Mais la réflexion nous montre qu'entre le spirituel et
le Divin'la différence est aussi grande qu'entre le ma-
tériel et le Divin, car la différence entre le spirituel
et le Divin est incommensurable, ainsi telle qu'en-
tre eux on ne peut établir aucun rapport; qu'importé
alors la différence qu'il y a entre le matériel et le
spirituel? cette différence ne fait nullement que la
seconde question soit plus facile à résoudre que la
première. Quoiqu'à des degrés différents, toujours
est-il que le céleste, le spirituel et le matériel sont
finis, tandis que le Divin est infini ; on peut, entre les
trois, établir le rapport de la fin, de la cause et
de l'effet, mais aucun rapport ne peut être établi
entre la céleste, qui est le plus élevé des trois, et le
Divin, car il n'en existe aucun entre le fini et l'in-
fini.
Nous reconnaissons sans contestation les subs-
298 SUR LA SUBSTANCE ET LA FORME.

tances matérielles, parce que nous les voyons des yeux
du corps; nous pouvons par l'entendement nous for-
mer une idée des substances spirituelles et célestes;
mais il y aurait folie, même pour des anges, à vouloir
connaître la substance divine ou même à vouloir nous
en former une idée, parce que le fini ne peut en au-
cune manière se former une idée de l'infini. Le Sei-
gneur, en tant que Jéhovah ou le Père, est inacces-
sible, invisible, incompréhensible, et inconjongible ;
aussi, combien ne devons-nous pas être reconnaissants
envers Lui, de ce qu'il a daigné, par amour pour
nous, descendre dans les derniers et prendre l'hu-
main qu'il a divinisé, puisque maintenant par ce Di-
vin Humain il est devenu accessible, visible, com-
préhensible et conjongible pour tous ceux qui vivent
selon ses préceptes.
La création de la matière, comme résultant de
l'émanation de Dieu, ne doit donc pas être plus dif-
ficile à admettre que la création du spirituel et du
céleste. Du moment qu'il y a eu création des fins et
des causes, il fallait nécessairement qu'il y eût pour
complément création des effets, non-seulement des
effets spirituels, mais aussi des effets derniers qui
sont les matières. Lors donc qu'on admet que le cé-
leste et le spirituel ont pu émaner de Dieu, on est
conduit à admettre que le matériel a pu aussi en
émaner. Quant à cette émanation, qui a produit l'u-
nivers et qui le conserve à chaque instant, veuillez
vous reporter, je vous prie, aux Lettres à un homme
SUR LA SUBSTANCE ET LA FORME. 299

du monde sur la création. En somme, l'univers a
été créé pour être réceptacle de Dieu ; Dieu est dans
l'univers, mais l'univers n'est pas Dieu ; Dieu est
hors de l'espace et dans l'espace, et hors du temps et
dans le temps, ou, en d'autres termes, Dieu est dans
l'espace sans espace et dans le temps sans temps ;
mais par suite de l'éducation première que nous
avons reçue, et aussi en raison de ce que nous som-
mes dans l'espace et dans le temps, il nous est diffi-
cile de ne pas mêler des idées d'espace et de temps
dans nos pensées sur l'infini et l'éternel.
ÉTAT DE LA NOUVELLE ÉGLISE EN FRANCE.

A Monsieur W. C , à Annapolis (États-
Unis de l'Amérique du Nord).

Saint-Arnaud (Cher), 28 septembre 1853.

Vous me demandez, mon cher frère, un aperçu
statistique de la Nouvelle Église en France, consis-
tant dans le nombres des Sociétés ; les localités où il y
a des membres de l'Église et des amis de nos doc-
trines.; les efforts qu'ils font individuellement ou
collectivement pour répandre les doctrines ; quelles
sont les voies religieuses, morales ou pécuniaires,
dont ils se servent pour préparer les esprits à la ré-
ception des célestes vérités ; et vous me dites que la
connaissance de ces détails serait agréable à l'Église
en général dans vos contrées. Puisque vous croyez
que ces détails seront agréables à nos frères, je vous
les transmettrai volontiers, bien qu'ils ne soient pas
ÉTAT DE LA NOUVELLE ÉGLISE EN FRANCE. 301

aussi intéressants qu'on pourrait le désirer. Je vais
suivre l'ordre établi dans votre question :
1° Le nombre des Sociétés.
!l n'y a pas en France, à proprement parler, de
Sociétés constituées comme celles qui existent aux
États-Unis et en Angleterre. Jusqu'à présent tous les
gouvernements qui se sont succédé ne l'auraient pas
permis, et celui qui existe maintenant le permettrait
moins que tout autre. Nous devons donc attendre que
la Divine Providence du Seigneur ait disposé chez
nous les choses de manière que nous puissions clai-
rement voir sous quelle forme la Nouvelle Église doit
être constituée en France.
2° Les localités où il y a des membres de l'É-
glise et des amis de nos doctrines.
Ces localités sont encore en petit nombre ; outre
Paris et Saint-Amand, comme possédant des mem-
bres de l'Église, nous avons Versailles, Nantes,
Boulogne, Toulouse, Tarbes, Orthez, Rayonne,
Bourg, Châlon, Pau, Bordeaux, et plusieurs petites
localités. Quant aux amis de nos doctrines, la plu-
part, par des considérations mondaines dont ils
n'ont pas encore pu se débarrasser, ne désirent pas
se mettre en évidence, ou bien ne veulent pas même
être connus de nous, ce dont j'ai la preuve par des
secours anonymes que je reçois de temps en temps.
3" Les efforts qu'ils font individuellement ou
collectivement pour répandre les doctrines.
Les efforts sont plutôt individuels que collectifs,
26.
302 ÉTAT DE LA NOUVELLE ÉGLISE EX FRANCE.

puisqu'il nous est pour le moment impossible de
former des Sociétés. Les efforts individuels sont en
raison du caractère de chacun ; en général, les nou-
veaux membres sont plus actifs que les anciens, parce
que sous l'impulsion de l'éclatante lumière qui vient
de frapper leurs yeux, ils ne voient pas encore les
inconvénients qui peuvent résulter d'une propagande
irréfléchie. Les anciens agissent avec plus de pru-
dence ; ils examinent attentivement la nature du ter-
rain avant d'y jeter la semence ; leur amour du pro-
chain est soumis, pour ainsi dire, à un calcul spiri-
tuel ; ils aiment mieux laisser le prochain dans ses
erreurs que de lui dévoiler des vérités dont il ne
pourrait pas soutenir l'éclat, ou que peut-être il pro-
fanerait.
4° Quelles sont les voies religieuses, morales ou
pécuniaires, dont ils se servent pour préparer les
esprits à la réception des célestes vérités.
Les voies religieuses et morales consistent pour
chacun, dans le cercle restreint des personnes qu'il
connaît, à saisir l'occasion de montrer les erreurs
de telle ou telle idée religieuse ou morale, et de ré-
former cette idée en la présentant dans sa pure vé-
rité, telle qu'elle résulte de nos célestes doctrines, et
à donner à lire à la personne, si elle y paraît dispo-
sée, quelques-uns des Ouvrages de notre Sweden-
borg, en choisissant ceux qui peuvent le mieux con-
venir à son caractère. Les voies pécuniaires con-
sistent dans une souscription annuelle pour la publi-
ÉTAT DE LÀ NOUVELLE ÉGLISE E.\ FRANCE. 303

cation des Ouvrages de Swedenborg. Chacun souscrit
selon ses moyens, et le montant de la souscription
lui est délivré en livres qu'il répand suivant sa con-
venance. Biais, comme la plupart des membres sont
dans une position de fortune peu aisée, cette sous-
cription annuelle est très-faible, eu égard aux im-
pressions qui nous restent à faire.
Ces détails, comme je vous le disais, ne sont pas
aussi intéressants qu'on pourrait le désirer, et ne
donneront pas à nos frères des États-Unis une idée
bien satisfaisante de l'état religieux dans lequel se
trouve la France. Il ne faudrait pas, cependant, qu'ils
jugeassent de l'état futur par l'état présent ; il y a,
il est vrai, un temps d'arrêt, qui pourrait même être
considéré au premier abord comme un pas rétro-
grade vers les vieilles idées religieuses ; mais, pour
qui connaît la France et le caractère de ses habitants,
ce temps d'arrêt n'est qu'un simple repos pour se
disposer à marcher plus vite. La protection bien ma-
nifeste que le Gouvernement accorde au clergé Ca-
tholique romain, les prétentions de ce clergé, au-
jourd'hui entièrement ultramontain, et ses empiéte-
ments continuels, vont nécessairement forcer les
hommes sensés et probes à étudier les matières re-
ligieuses, afin de pouvoir opposer une digue aux
envahissements du parti-prêtre; et, en outre, ce
n'est que dans les Écrits de Swedenborg que les hom-
mes sincères, qui cherchent la vérité, pourront trou-
ver un refuge contre l'idolâtrie de Rome, le rationa-
304 ÉTAT DE LA NOUVELLE ÉGLISE EN FRANCE.

lisme de Genève et le naturalisme des philosophes.
De là l'importance de la publication des Écrits de
Swedenborg en français.
Cette importance se déduit encore de ce que notre
langue est parlée non-seulement en France, mais en-
core en Suisse, en Belgique, dans les anciennes pos-
sessions françaises, et est en outre connue de pres-
que tous ceux qui sur terre ont étudié une autre
langue que la leur ; en Russie surtout, où elle est
pour ainsi dire la langue inalernelle de la haute so-
ciété. C'est principalement sous ce point de vue que
les traductions françaises peuvent être utiles dans ce
moment, car elles ont pénétré en Suisse et en Belgi-
que où nous avons des frères ; en Russie, d'où je
reçois souvent des demandes de livres par l'entre-
mise des libraires de Paris ; elles sont répandues
dans l'île de Jersey, ancienne possession française,
où il existe une Église constituée ; elles se répan-
dent maintenant à l'île Maurice, autrefois l'île de
France, où elles ont pénétré il y a deux ans : par sa
dernière lettre mon correspondant de Maurice m'a-
dresse une demande de livres, dont le montant s'é-
lève à 1,064 francs, faite par 37 souscripteurs. J'ai
aussi à différentes fois reçu de plusieurs officiers de
marine au long cours des demandes de livres ; la
plupart de leurs lettres me venaient des côtes de
l'Inde orientale, de Smyrne, de la mer Rouge; d'au-
tres m'écrivaient de Nantes avant de partir pour les
Indes. Vous avez des Missionnaires, ne serait-ce pas
ÉTAT DE LA NOUVELLE ÉGLISE EN FRANCE. 305

le cas de tâter maintenant l'élément français dans vos
vastes contrées, et même au dehors, si vos Mission-
naires sont envoyés aussi hors des États-Unis ; vous
avez près de vous le Canada ; vous avez Saint-Domin-
gue ; vous avez nos Antilles.

26*.
ÉTAT SPIRITUEL DE LA FRANCE.

A Monsieur Jos. A , à Boston (Etats-Unis
de l'Amérique du Nord).

Saint-Amand (Cher), 18 octobre 1853.

Quant à votre question : Quel est l'Etat
spirituel de la France vis-à-vis de nos doctrines ?
Voici ce que je puis vous répondre.
La Divine Providence étant non-seulement dans
les communs, mais aussi dans les particuliers et les
singuliers et même dans les très-singuliers, car tous
les cheveux de notre tête sont comptés, et il n'en
tombe pas un seul sans la permission de notre Père
qui est dans les cieux, nous devons êlrc continuelle-
ment convaincus que, quelque chose qu'il arrive, le
Seigneur ne le permet que pour conduire le genre
humain à sa fin dernière, qui est la Nouvelle Jérusa-
lem, dans laquelle chacun vivra sous son cep et sous
son figuier.
Pour peu que le disciple de la Nouvelle Église
réfléchisse sur les événements passés et présents,
il voit dans chacun d'eux le doigt du Seigneur.
ÉTAT SPIRITUEL DE LA FRANCE. 307

Quant à l'état de la France en particulier, ce qui se
passe aujourd'hui nous montre visiblement l'action
miséricordieuse de la Divine Providence ; la France,
depuis un siècle surtout, est ballotée entre le philo-
sopliisme et le Catholicisme romain, ou plutôt entre
le naturalisme et l'idolâtrie. Il faut que ces deux
forces se combattent et s'affaiblissent mutuellement ;
mais si l'une était complètement victorieuse et anéan-
tissait sa rivale, les vues miséricordieuses du Sei-
gneur ne seraient pas remplies. Admettez la victoire
complète du philosophisme sur le Catholicisme ro-
main, la France devient athée ou tout au moins
arienne ; supposez, au contraire, le Catholicisme ro-
main écrasant le naturalisme, la France tombe dans
l'idolâtrie la plus grossière ; il faut donc que la lutte
continue entre eux, et qu'ils s'affaiblissent mutuelle-
ment. Aujourd'hui le Catholicisme romain paraît
l'emporter ; mais ne voyez-vous pas qu'en même
temps que le parti-prêtre semble se renforcer en
s'emparant de l'éducation de la jeunesse, il fait nos
affaires plutôt que les siennes ; il sera, il est vrai,
maître de l'intelligence de ses élèves jusqu'à ce qu'ils
aient atteint l'âge de la rationalité ; mais alors ils lui
échapperont, et imbus de principes religieux faux,
ils voudront les discuter en eux-mêmes, et seront
plus disposés à recevoir les vrais principes religieux
que s'ils n'avaient sucé que le poison de nos écoles
philosophiques.
DES SUBSTANCES.

A Monsieur D...

Saint-Amand (Cher), 15 décembre 1853.

Quelque nombreuses que soient mes occupations,
je saurai toujours trouver un moment pour répon-
dre aux questions que vous voudrez bien me faire.
Veuillez donc, je vous prie, ne pas craindre de m'en
adresser. Celle que renferme votre dernière lettre
est relative aux substances ; vous me dites : « Si l'af-
» fection est dans le sujet, par conséquent un état du
» sujet, alors c'est le sujet qui est la substance. »
Vous avez vous-même résolu la question. Oui, c'est
le sujet qui est la substance ; et c'est pour cela que
Swedenborg, en parlant des anges et des esprits,
emploie quelquefois ces expressions : « Ils sont des
» charités. Ils sont des paresses. » Un sujet est quel-
que chose qui existe substantiellement; mais ce sujet,
pour le cas dont il s'agit, est un sujet spirituel et
non un sujet matériel ; d'ailleurs, tout sujet matériel
est l'enveloppe d'un sujet spirituel, organisé de la
même manière que lui, mais spirituellement
DES SUBSTANCES. 309

Livrés l'un et l'autre aux occupations que le
Seigneur nous a données, il nous est difficile de nous
voir quant aux corps, mais nos esprits sont souvent
en présence, et se chérissent mutuellement ; lors
donc que le Seigneur nous aura appelés dans le inon-
de spirituel, nous y ferons aussi des usages, car
notre vie s'y continue, et celui qui a aimé les usages
dans ce monde-ci les aime aussi dans l'autre ; mais
comme alors il suffira que l'un de nous pense à l'autre,
pour que nous nous trouvions en présence, j'espère
que nous serons très-souvent ensemble.
RÉPONSE A QUELQUES QUESTIONS.

A Monsieur II

Saint-Amand (Cher), le 28 janvier 185Û.

Dans votre dernière lettre, vous posez plu-
sieurs questions ; commençons par le N° 103 de la
Vraie Religion Chrétienne. Dans l'ignorance où je
suis si vous avez emporté avec vous le premier vo •
lume de ma traduction, je transcris ici le sujet en
question.
« L'âme qui vient du père est l'homme lui-même,
et le corps qui vient de la mère n'est pas l'homme
en soi, mais il est d'après l'homme ; c'est seulement
son vêtement, tissu de choses qui sont du monde
naturel, tandis que l'âme est composée de choses qui
sont dans le monde spirituel. Tout homme après la
mort dépose le naturel qu'il a reçu de la mère, et
retient le spirituel qui lui vient du père, et en même
temps autour de ce spirituel une sorte de limbe tiré
des parties les plus pures de la nature. »
Vous voyez d'abord qu'en employant le mot choses,
j'ai évité l'inconvénient que vous et vos amis vous
RÉPONSES A QUELQUES QUESTIONS. 311

signalez au sujet du mot talibus, que la traduction
anglaise rend par of such materials ; puis, le mot
limbe, au singulier, étant pris en français dans plu-
sieurs cas pour bord, limité., j'ai pensé que je pou-
vais l'employer de préférence à tout autre mot pour
exprimer le limbus du texte. Quant au mot naturœ,
je crois qu'il serait impossible de le rendre autre-
ment que par nature, même en se servant d'une cir-
conlocution, car on courrait risque de faire dire-à
l'Auteur ce qu'il n'a pas eu l'intention de dire ; j'ai
souvent eu lieu de remarquer que c'est en voulant
rendre Swedenborg plus clair qu'on s'éloigne le plus
du sens réel de son texte. Il vaut donc mieux, sur le
point en question, laisser à chacun le droit d'inter-
préter le mot nature qu'il emploie. On peut d'ailleurs
conférer ce qu'il dit dans son Traité nu DIVIN AMOUR,
]N'° 237, § o et 6 ; puis, dans le Traité DE L.V DIVINE
PROVIDENCE, j\"° 220, où sont ces expressions : «Post
mortem retinet puriora naturœ, qiue proxima spiri-
tualibus sunt, et luec sunt tune ejus continentia. »
Ces puriora naturœ peu vent-il s résider dans le
monde spirituel avec l'homme devenu esprit ou dé-
tracé
tj fj
des crassiora dont il s'est dépouillé en mou-
L

rant ? Telle est, ce me semble, la question à traiter.
Pour la résoudre, il faudrait déterminer la qualité,
ou, comme dirait Swedenborg, le quale de ces pu-
riora naturœ. Essayons-donc. Vous savez que dans
les deux, les deux royaumes du Seigneur, le céleste et
le spirituel, quoiqu'il n'y ail entre eux aucune corn-
312 RÉPONSES A QUELQUES QUESTIONS.

munication, sont cependant liés l'un à l'autre, et cela
au moyen de Sociétés angéliques intermédiaires,
qui sont appelées Célestes-Spirituelles, (CIEL ET EX-
FEU, N°27 ;) et elles sont appelées ainsi, parce qu'elles
tiennent à la foi? et du céleste et du spirituel. Or,
ne pouvons-nous pas, en nous reportant à la créa-
tion de l'univers, qui se compose du monde spirituel
et du monde naturel, conclure par analogie ( N° 20 )
à l'existence de substances intermédiaires ( N ° 2 8 )
entre ces deux mondes ? En l'homme aussi ont été
rassemblées toutes les choses de l'ordre depuis ses
premiers jusqu'à ses derniers (N° 30), et ce tout,
étant composé de choses qui appartiennent aux degrés
discrets, ne peut être cohérent qu'au moyen d'inter-
médiaires ; « ce qui est intermédiaire, dit Sweden-
borg, doit tirer quelque chose de l'un et de l'autre
côté, autrement il ne peut servir comme intermé-
diaire. » A. C. 4585. Je serais donc porté à croire
que ces puriora naturœ sont des choses intermé-
diaires qui, parce qu'elles tiennent du spirituel et
du naturel, ont été appelées ainsi dans ces passages
de Swedenborg. Je vous soumets ces observations
qui se sont présentées à mon esprit à la lecture de
votre lettre ; vous voyez, du reste, qu'elles ne dé-
truisent en rien vos deux hypothèses, et peuvent
même servir à les expliquer. Dans tous les cas, je
persiste à croire que le mot nature doit être con-
servé dans une traduction de ce N° 103, sauf à l'ex-
pliquer dans une note si on le juge convenable.
RÉPONSES A QUELQUES QUESTIONS. 313

Quant au N° 689 de la Vraie Religion Chrétienne,
il faut, je crois se reporter à l'époqne dont il est
question, à savoir, au moment où Jean baptisait
dans le Jourdain. Il s'agit par conséquent de ceux
qui sur terre devaient alors former le noyau de la
première Église Chrétienne, et de leur insertion
dans le Ciel, quant à leur esprit, parmi ceux de l'É-
glise précédente, qui avaient attendu et désiré le,
Messie, pendant qu'ils vivaient dans le monde, c'est-
à-dire, qui avaient reconnu un seul Dieu et avaient
vécu conformément aux préceptes du Décalogue en
fuyant les maux comme péchés ; car c'était là atten-
dre et désirer le Messie. Quoiqu'alors le jugement
dernier ir'eût pas encore été complètement exécuté
dans le monde spirituel sur l'Église juive dévastée,
ceux-là néanmoins, ayant bien vécu sur terre, se trou-
vaient dans le monde spirituel, consociés avec les
anges au moyen de l'influx, et pouvaient transmettre
cet influx à ceux qui étaient baptisés par Jean, et qui
alors, quant à l'esprit, étaient insérés dans le Ciel
parmi eux. D'après ces considérations j'ai d'autant
moins hésité à rendre les parfaits expectaverunt et
desider-averunt du texte par des pi us-que-parfaits,
que ce temps est très-rarement employé par notre
Auteur, qui se sert très-souvent du parfait, lorsque
notre langue très-exigeante veut le plus-que-parfait.
J'ai donc traduit ainsi ce passage : «Si lechcminaété
préparé par le baptême de Jean, c'est parce que par ce
baptême, ainsi qu'il vient d'êlre montré, on était in-
27.
314 RÉPONSES A QUELQUES QUESTIONS.

troduit dans l'Église future du Seigneur, et inséré
dans le Ciel parmi ceux, qui avaient attendu et désiré
le Messie, et qu'ainsi on était gardé par les anges. »
Puisque nous en sommes sur le Traité de la Vraie
Religion Chrétienne, je vous envoie ci-inclus VOb-
servation que j'ai placée avant la Table analytique.
Je vous prie de la communiquer à MM. Bush, Ford,
Johnson, Hitchcock, lorsque vous vous réunirez à
eux en petit comité ; et voici pourquoi. Si nos frères
d'Amérique ont l'intention, quand ils feront de nou-
velles éditions des Traités de Swedenborg, d'y join-
dre des Tables alphabétiques, je crois qu'ils feraient
bien d'abandonner la marche qui a été suivie dans la
composition de la Table alphabétique anglaise de la
Vraie Religion Chrétienne, et d'adopter celle qui
consiste à présenter les Extraits dans un ordre ra-
tionnel, ce qui est beaucoup plus avantageux pour
ceux qui ont recours à ces Tables.
DANGER DES COMMUNICATIONS
AVEC

LE MONDE DES ESPRITS.

A Madame de St-A...., à Oran (Algérie).

Saint-Amand (Cher), 22 avril 1854.

Il n'est pas étonnant qu'un Journal de ma-
gnétisme dirigé par un moderne magicien parle mal
de Swedenborg ; il vaut mieux cependant qu'il en ait
dit du mal que s'il en avait parlé avec éloge ; car
dans ce dernier cas certaines personnes, en lisant
un éloge de Swedenborg dans un tel journal, au-
raient pu croire qu'il y avait entre nous et ces ma-
gnétiseurs une communauté de sentiments. S'ils
accusent Swedenborg d'avoir émis des principes im-
moraux, les pharisiens avant eux avaient dit du Sei-
gneur qu'il chassait les dénions par le prince des dé-
mons. Du reste, le Seigneur n'a-t-il pas dit: «S'ils
traitent ainsi le Maître de la maison, à combien plus
plus forte raison ses domestiques ?» Ne nous inquiétons
donc pas de leurs blasphèmes ; ils tomberont avec
eux, quand la lumière aura dissipé les ténèbres.
Quant aux tables tournantes dont vous faites men-
316 DANGER DES COMMUNICATIONS

tion dans votre lettre, c'est là un sujet grave qui
peut induire dans de funestes erreurs, et produire
de terribles effets pour les imprudents qui se livrent
à ce jeu en apparence futile, mais infernal en réalité ;
les personnes qui s'y abandonnent ressemblent à des
enfants qui jouent avec le feu. Aussitôt qu'il a été
question de ces tables, j'ai prévenu nos frères de
tous les inconvénients, tant spirituels que naturels,
qui pouvaient en résulter, et aucun de nous ici n'a
cherché à faire des expériences, qui du reste ne nous
auraient rien appris sur la nature de ce phénomène,
puisque cette nature nous était bien connue. Ce n'est
autre chose que la partie mauvaise du monde des
esprits, mise maintenant en communication avec la
presque généralité des humains. Cette communica-
tion, permise par le Seigneur, causera bien des per-
turbations, tant dans la société en général que dans
les familles et chez les individus, et nous devons nous
attendre à de tristes événements. Mais ces perturba-
tions et ces événements sont sans aucun doute dans
les vues de la Divine Providence pour la régénéra-
tion de l'espèce humaine, car sans cela le Seigneur
n'eût jamais permis une telle communication. Gar-
dez-vous donc, je vous en prie, d'assister même
comme simple spectatrice à aucune de ces expérien-
ces, le Seigneur vous en récompensera. Quant à l'ap-
parition de votre chère Minna, il n'y a rien qui puisse
vous donner la pleine certitudeque ce soit elle ; ce peut
être elle, mais aussi ce peut ne pas être elle. Je n'ai
AVEC LE MONDE DES ESPRITS. 317

jamais eu de vision, et j'espère que le Seigneur ne
permettra jamais que j'en aie d'aucune sorte ; mais je
verrais mon père ; je reconnaîtrais tous ses traits ;
il me rappellerait une à une toutes les circonstances
de mon enfance ; il me citerait des choses qu'il n'y
aurait que lui et moi qui les connussions ; eh bien !
je me dirais encore : Rien de cela me donne la pleine
certitude que ce soit lui ; ce peut-être lui, mais aussi
ce peut ne pas être lui. Rappelez-vous ce que nous
dit Swedenborg de ces mauvais esprits qu'il désigne
sous le nom de Syrènes. Les Syrènes s'emparent en
un instant de toute la physionomie et du ton de
voix d'une personne quelconque, homme, femme ou
enfant, dans le monde des esprits ; elles s'emparent
aussi de sa mémoire et de tout ce qui est dans son
mental, et se présentent alors à d'autres comme étant
cette personne ; elles aiment surtout à se présenter
comme des innocences, et alors tout ce qu'elles di-
sent est conforme au rôle qu'elles jouent; mais au
milieu des bons conseils qu'elles donnent elles en
glissent de pernicieux ; car le seul but auquel elles
tendent, c'est de perdre l'âme de ceux du monde na-
turel avec lesquels elles se mettent en communica-
tion

,27*.
318 DANGER DES COMMUNICATIONS

A Madame B , à Nantes.

Sainl-Amand (Cher), 26 juillet 1854.

Je suis très-content que vous me consultiez
au sujet de la prétendue apparition de la Vierge,
parce que ceci va me donner l'occasion de vous pré-
munir contre toutes les espèces de manifestations
spirituelles, qui se produisent maintenant, et qui se
produiront à l'avenir d'autant plus fréquemment que
les idées se tournent aujourd'hui vers ces sortes de
phénomènes. Dans l'état où se trouve actuellement
notre monde, toute communication avec le monde
des esprits est dangereuse. Quelque bons que pa-
raissent les conseils que les esprits peuvent donner
aux personnes qui sont en communication avec eux,
ils sont toujours entachés de quelque hérésie perni-
cieuse, par cette raison qu'il n'y a que de mauvais es-
prits qui puissent désirer entrer en communication
directe avec notre inonde. Il n'y a que deS esprits
sensuels et corporels au plus bas degré qui cherchent
à pénétrer par le moyen de l'homme dans le monde
naturel, parce que ceux-là seuls regrettent ce monde
et veulent savoir ce qui s'y passe, afin d'y exercer
directement leur malice aux dépens des dupes qui les
écoutent et les vénèrent comme des oracles. Les bons
esprits savent que ce mode de communication est
AVEC LE MONDE DES ESPRITS. 319

contraire aux lois de l'ordre, et ils agissent sur nous
d'après les moyens ordinaires en nous communi-
quant des affections bonnes et des pensées vraies sans
que notre liberté soit lésée, tandis que par les moyens
extraordinaires nous nous trouvons privés de notre
libre arbitre et à la merci d'esprits astucieux.
D'ailleurs, vous savez qu'il est très-facile à un
mauvais esprit de se transformer en ange de lumière ;
aussi n'y manque-t-il jamais, lorsqu'il est en rapport
avec des personnes pieuses ? S'il s'adresse à des Ca-
tholiques romains, il dira qu'il est tel Saint, ou la
Vierge elle-même ; s*l s'adresse à des Protestants,
il se présentera comme étant FEsprit-Saint ; s'il s'a-
dresse à des membres de la Nouvelle Église, il dira
qu'il est Swedenborg, ou même le Seigneur; et
dans l'un ou l'autre de ces cas, il parlera toujours
conformément à la doctrine de ceux à qui il s'a-
dresse, et il les flattera adroitement pour s'em-
parer d'eux, et pour les faire tomber dans de mon-
strueuses hérésies. Le Seigneur ne parle aux hom-
mes que dans sa Parole ; et nous pouvons maintenant
l'enten.dre d'autant plus facilement qu'il nous l'a
ouverte par son second avènement, en nous en
dévoilant le sens interne au moyen de son serviteur
Swedenborg. Quant à Swedenborg, qu'aurait-il be-
soin de venir maintenant causer avec des hommes ?
Ne possédons-nous pas ses inappréciables Écrits, qui
suffisent certainement pour l'instruction des généra-
tions présentes et futures ? L'apparition de la Yierge,
320 DANGER DES COMMUNICATIONS

dont vous me parlez dans votre lettre, n'est donc que
l'une de ces mille opérations magiques dont s'occu-
pent les mauvais esprits pour séduire les pauvres
humains...........

A Monsieur M , à Port-Louis (Ile-Maurice).

Sainl-Amand (Cher), le 18 octobre 1854.

Si les tables parlantes avaient été en renom,
il y a vingt ans, lorsque je commençais à étudier les
Écrits de Swedenborg, j'aurais fait comme vous, je
me serais livré à des expériences ; mais depuis vingt
ans, j'ai longuement médité les enseignements que
nous donne Swedenborg sur les dangers qu'il y a
maintenant à entrer en conversation avec les êtres
du monde spirituel, et lorsqu'il a été question de ces
tables, je me suis bien gardé de m'en occuper ; elles
ne pouvaient rien nous apprendre, et elles auraient
pu sous plus d'un rapport nous être très-préjudi-
ciables, en nous inculquant des principes erronés au
moyen de flatteries faites avec une satanique adresse,
et en nous berçant d'illusions nuisibles à notre pro-
pre régénération. Aucun de nous, à Saint-Amand, ne
s'en est donc occupé ; il en a été de même à Paris,
nos frères s'en sont abstenus.
AVEC LE MONDE DES ESPRITS. 321

Quant au fait en lui-même, il est certainement pro-
videntiel, comme tout ce qui arrive ; mais il est de
la classe des faits de Permission. Le Seigneur a per-
mis aux Esprits sensuels-corporels, — car il n'y a
que ceux-là qui désirent entrer en communication
directe avec les hommes,— de lier conversation avec
des habitants de notre globe, parce qu'il est de sa
Divine Providence de tirer du bien des pernicieuses
intentions de ces esprits qui ne se plaisent qu'à dres-
ser d'astucieuses embûches ; et je reconnais avec
vous que ce phénomène de tables dont on s'occupe
dans toutes les classes de la Société, soit ouverte-
ment, soit secrètement, aura pour premier avantage
d'amener beaucoup de personnes à méditer sur les
choses spirituelles, ce qu'elles n'auraient pas fait
sans cela. Mais aussi, que de maux il en résultera !
combien d'hérésies il en surgira ! que de désillusion-
nements ! combien d'hommes en deviendront fous !
nos hospices aujourd'hui en reçoivent chaque jour
dont la folie n'a pas eu d'autre cause. Si les limites
d'une simple lettre me le permettaient, que de choses
j'aurais à vous dire sur ce point ; mais j'ai encore
beaucoup d'autres questions à examiner avec vous.
Passons à la suivante :

De l'origine du mal.
Cette question que vous me posez est de la
plus haute importance ; je n'ai pas la prétention de
322 DE L'ORIGINE DU MAL.
a résoudre ici à la satisfaction de tous ceux qui dé-
sireraient la voir complètement hors de doute ; il
faudrait pour cela la traiter pour ainsi dire ex pro-
fessa ; je vais cependant vous présenter quelques rai-
sonnements qui font qu'elle ne laisse en moi aucun
doute, parce que je la trouve implicitement résolue
par suite des principes qu'on rencontre ça et là dans
Swedenborg.
Tout ce qui procède de Dieu, nous dit notre Au-
teur, est Dieu ; ou, tout ce qui procède du Divin est
un Divin ; ainsi, le bien, le vrai, la justice, etc.,
sont Dieu ou des Divins dans les réceptacles dans les-
quels ils se trouvent, anges, esprits ou hommes. Tous
ceux qui croient avoir Dieu en eux ailleurs que dans
le bien, le vrai, la justice, etc., sont dans une grande
erreur, et deviennent enthousiastes, visionnaires,
etc. Le Seigneur habite ainsi dans ce qui lui appar-
tient (insuo) chez l'ange et chez l'homme. Toutes
ces choses de Dieu sont incréées comme Dieu ; comme
lui elles sont ab œterno in œternum ; mais la créa-
tion n'est que in œternum, et non ab œterno;
c'est là ce qui principalement la distingue du Divin.
La création, ou, en d'autres termes, les êtres ou
vases récipients de certains attributs de Dieu, n'étaient
pas des divins, ont dû nécessairement avoir un Pro-
pre, et ce propre par cela même est opposé au divin ;
si un seul de ces récipients n'avait pas son propre,
il serait Dieu ; or, l'opposé du Divin, ou du bien, du
vrai, de la justice, etc., est le mal, le faux, l'injus-
DE L'ORIGINE DU MAL. 323
tice, etc. Voilà donc ce que sont les hommes, et
même les anges du troisième Ciel, considérés quant
à leur propre, lequel, quoique éloigné par la récep-
tion du Seigneur chez eux, n'en subsiste pas moins,
et même est indispensable pour leur perfectionne-
ment continuel pendant l'éternité (in œternum);
s'il cessait de subsister, ils se confondraient avec
Dieu et perdraient ainsi leur individualité, ou ce qui
fait qu'ils sont des créatures distinctes, et l'œuvre de
la création, qui a principalement consisté à former
des réceptacles ou récipients de Dieu, distincts de
Dieu, serait détruite. Les Très-Anciens, quoiqu'ils
reçussent d'abord le bien et le vrai sans les altérer
d'une manière perceptible, avaient donc en eux à
l'état latent les opposés, par cela seul qu'ils étaient
des réceptacles de Dieu, distincts de Dieu et non des
dieux.
En créant les hommes, Dieu savait par conséquent
qu'il les créait renfermant caché en eux un opposé,
qui plus tard se développerait, et constituerait l'enfer ;
il le savait, et s'il n'y a pas remédié, c'est qu'il ne le
pouvait pas sans renoncer à la création, ainsi qu'il
résulte de ce qui précède, et aussi parce que cet
opposé était indispensable pour la formation et le
perfectionnement à l'infini de son Royaume ou du Ciel.
Cela peut à première vue paraître extraordinaire,
mais néanmoins cela est une vérité que prouve l'ex-
périence, lorsqu'on y a recours en réfléchissant sur
la nature du bien, du vrai, de la justice, etc. Est-ce
324 DE L'ORTGINE DU MAL.
que l'homme pourrait se former une idée du bien s'il
n'y avait pas le mal, ou du vrai s'il n'y avait pas le
faux, ou de la justice s'il n'y avait pas l'injustice, ou
du beau sans le laid, ou du chaud sans le froid, etc. ?
« Le bien, dit Swedenborg, n'est connu tel qu'il est
que par relation avec un bien qui est moindre, et par
opposition avec le mal L'opposé ôte et aussi
exalte les perceptions et les sensations ; il les ôte,
quand il se mélange, et il les exalte quand il ne se
mélange pas. » — D. P. 24. — « Le mal et en
même temps le faux servent pour l'équilibre, pour la
relation et pour la purification, et ainsi pour la con-
jonction du bien et du vrai chez d'autres. » — D. P.
21. — II résulte de là que Dieu, quoique Tout-Sa-
chant et Tout-Puissant, ne pouvait pas faire que le
mal n'existât pas, puisqu'on créant l'univers il fallait
nécessairement qu'il créât quelque chose qui ne fût
pas Lui. Ce qui était conforme aux lois de son Ordre
Divin, c'était de créer des réceptacles, et d'y infuser
en même temps le bien et le vrai, avec pleine liberté
pour chaque réceptacle de conserver ces précieux
dons, ou de les altérer en se retournant vers son
propre.
Nous n'avons pas en France l'avantage de
posséder, comme en Angleterre et aux Etat-Unis,
des temples et des ministres exerçant publiquement.
La liberté des cultes n'existe en France que sur le
papier ; nos (rois révolutions qui l'ont proclamée
n'ont pas encore suffi pour l'introduire de fait, sinon
DE L'EXERCICE DU CULTE. 325
momentanément. Elle n'existe de fait que pour les
cultes reconnus par l'État, à savoir, Catholique ro-
main, Protestant national et Juif ; on ne tolère pas
même les Protestants dissidents, à plus forte raison
ne nous laisserait-on pas libres de prêcher publique-
ment. Cependant ici, à Saint-Amand, depuis près de
vingt ans que nous nous sommes séparés ouvertement
de l'Église romaine, on ne nous a pas inquiétés ; les
cérémonies se font dans un salon de ma maison que
j'ai affecté à l'usage du culte ; les baptêmes et les
mariages s'y célèbrent aussi, et quand il y a un décès,
l'enterrement se fait publiquement sans que l'auto-
rité s'y oppose. Nos frères de Paris se réunissent
aussi dans un local particulier. Il y a seize ans, nous
avions entrepris la construction d'un temple, dont
vous verrez le plan dans le second volume de la Re-
vue ; mais, par des motifs qu'il serait trop long de
vous expliquer, celte construction a été suspendue,
et nous n'en sommes pas fâchés aujourd'hui; car,
sous le gouvernement actuel, il ne nous aurait pas
été permis de nous y réunir.

SUR L'ÉLECTION ET LA PRÉDESTINATION.
Au même.
Saint-Amand (Cher), 26 mars 1856.
J'ai bien des fois entrepris de vous écrire; mais
pour vous répondre, il me fallait relire votre disser-
28.
326 SLR L'ÉLECTION
tation sur la question du bien et du mal, et lorsque
celte lecture était terminée, je me trouvais dans un
tel état de tristesse, que je reprenais mes travaux
ordinaires, sans pouvoir me décider à combattre vos
conclusions. Il est encore trop tôt, ni» disais-je ; ma
réponse produirait peu d'effet ; ou peut-être, en per-
pétuant la discussion, produirait-elle un effet opposé
à celui que je désire ; il vaut mieux différer; la lec-
ture des Ouvrages de Swedenborg, et les réflexions
qu'elle fera naître, seront sans aucun doute plus effi-
caces. Mais il y a un terme à tout, et mon silence ne
peut durer plus longtemps ; je n'entrerai donc pas
en discussion, je vous citerai seulement sur l'Élec-
tion et sur la Prédestination une série de passages
de notre Auteur :
\. Dans la Parole sont î^ppelés Elus ceux qui vi-
vent selon l'ordre introduit dans la Création. — R.
C.134.
2. Par les Élus sont entendus ceux qui sont dans
la vie du bien, et de là dans la vie du vrai. — D. C.
276. A. C. 6487, 6i88.
3. Ceux qui sont avec le Seigneur dans les exter-
nes de l'Église sent dits Appelés, ceux qui sont dans
les internes sont dits Elus, et ceux qui sont dans les
intimes sont dits FidHrs. — A. R. 744.
4. Par les Elus, il n'est pas entendu que quel-
ques-uns ont été élus par prédestination, mais sont
app'elés ainsi ceux qui sont avec le Seigneur.— A. R.
744. ^ - "J0(|
ET LA PRÉDH5TINATION. 3*27

5. Les Elus signifient ceux qui sont dans le bien
de la Charité. — A. E. 418, 433, 624, 630, 650,
1074.
6. Les Elus signifient ceux qui sont dans la vie
du bien et du vrai. — A. G. 3755, 3900, 4060.
C. E.420.
7. Il n'y a pas Election ni par suite admission
dans le Ciel par la seule Miséricorde, selon l'opinion
du vulgaire. — A . C. 5057, 5058, 8700. C.E. 420.
8. Il n'y a aucune Élection avant la naissance, ni
après la naissance, mais tous sont élus pour le Ciel,
parce que tous ont été appelés. — R. C. 664.
9. Après la mort, le Seigneur choisit ceux qui ont
bien vécu et ont sainement cru. — R. C. 664.
10. Le dogme de l'Église d'aujourd'hui sur l'E-
lection est pernicieux et conduit à la prédestination.
— R. C. 486, 629.
11. Dieu ne peut prédestiner l'âme d'aucun hom-
me à la mort éternelle. — R. C. 56, 72.
12. Tout homme a été prédestiné pour le Ciel,. 6t
personne ne l'a été pour l'enfer ; mais l'homme se
livre lui-même à l'enfer. — R. C. 490.
13. Chaque homme naît pour le Ciel, et nul ne
naît pour l'enfer ; et chacun vient dans le Ciel par
le Seigneur, ou dans l'enfer par soi-même. — AM.
C. 350.
14. Une prédestination autre que pour le Ciel est
contre le Divin Amour qui est infini, et aussi contre
la Divine Sagesse qui est infinie. — D. P. 330.
328 SUR L'ÉLECTION ET LA PRÉDESTINATION.
15. Il n'y a pas de Prédestination ou de Destin;
fous ont été prédestinés pour le Ciel, et nul ne l'a été
pour l'enfer. — D. G. 276. A. G. 6487, 6488.
16. Supposer que quelques-uns du genre humain
ont été damnés par Prédestination est une hérésie
cruelle. — D. P. 330 (*).
Je désire de tout mon cœur, mon cher Monsieur
et Frère, que ces extraits de Swedenborg vous fassent
revenir sur un point si important, qui, je l'espère,
n'a pas encore été confirmé en vous. Appelez-en des
décisions de votre entendement aux bonnes affections
de votre cœur. Malgré les admirables beautés qu'on
trouve dans les Écrits de Swedenborg, je ne l'aurais
jamais pris pour mon guide spirituel, s'il avait admis
la Fatalité ou Prédestination ; je serais resté tel
que j'étais avant de connaître ses Écrits. Pour me
faire abandonner le Dieu des philosophes, Être indif-
férent et insaisissable, il me fallait un Dieu Amour
et Sagesse, un Dieu-Homme, un Père veillant conti-
nuellement sur toutes ses créatures, portant au bien
celles qui consentent à se laisser conduire par Lui,
et s'efforçant continuellement de retirer d'un mal
plus profond dans un mal moindre celles qui résis-
tent à son action.
(*) A. C., pour Arcanes Célestes ; D. C., pour de la Nouvelle Jé-
rusalem et de sa Doctrine Céleste ; D. P., pour Divine Providence ;
A. R., pour Apocalypse Révélée; AM. G., pour Amour Conjugal ;
R. C., pour Vraie Religion Chrétienne.
RÉPONSES A DIVERSES QUESTIONS.

Au même.

Saint-Amand (Cher), 26 juin 1856.

L'ouvrage de M. de Mirville peut être bon
pour faire admettre par quelques personnes les théo-
ries de Swedenborg ; mais si ces personnes sont pru-
dentes et sages, elles feront bien ensuite de s'en te-
nir à notre Auteur.

Le mot statue (Gén. XXVIH. 18) est le mot pro-
pre et étymologique ; stare, se tenir debout ; les an-
ciens appelaient statue toute pierre qu'ils dressaient
pour témoignage, sans pour cela la façonner; mettre
témoignage au lieu de statue, ce serait interpréter,
et alors sortir de la lettre ; d'ailleurs, dans le sens
spirituel, témoignage a une autre signification que
statue. Le mot monument, employé par David Mar-
tin, ne convient nullement, il emporte avec lui l'idée
de construction ; statue, par son étymologie, est le
seul convenable, en rejetant l'idée de pierre ciselée.
Ce que nous appelons maintenant statue de pierre
28*.
330 RÉPONSES

est désigné dans l'Écriture, selon la.version de Swe-
denborg, par sculptile (image taillée), et la statue
de fonte est désignée par fusile (image de fonte).

Jean, XXI. 25. — Voir dans la Revue, VIIe vo-
lume, page 293, le sens interne de ce Verset. Quant
au sens de la lettre, on peut même s'en rendre
compte ; en effet, toutes les actions du Seigneur,
toutes ses paroles et jusqu'aux moindres gestes, tout
était représentatif et significatif, et même chaque
action, chaque parole et chaque geste, étant d'es-
sence divine, contenait en soi l'infini. Si donc tout
cela était rapporté et développé dans les trois sens,
le monde pourrait-il contenir les livres qu'on en
écrirait? Il n'existe aucune raison de contenance en-
tre le fini (le monde) et l'infini (le Seigneur). La Pa-
role,, qui est Dieu, n'est-elle pas inépuisable ? Un
seul de ses Versets, qui est Dieu aussi, puisque le Di-
vin est indivisible, n'est-il pas inépuisable ? Les An-
ges du troisième Ciel n'y trouveront-ils pas leur
nourriture intellectuelle pendant toute l'éternité, en
y puisant toujours de nouvelles connaissances, de
nouvelles idées, sans jamais la tarir ?
Quant aux divers contrastes que vous me signalez,
et vous auriez pu m'en signaler beaucoup d'autres,
on a toujours, depuis les premiers siècles du Chris-
tianisme, cherché à les concilier, mais on n'y est pas
parvenu, et l'on n'y parviendra jamais, tant qu'on ne
voudra pas reconnaître qu'il y a un sens interne dans
A DIVERSES QUESTIONS. 331

la Parole, et que cette Parole a été donnée aussi bien
pour les anges et pour les esprits que pour les hom-
mes ; car .toutes les expressions qui sortaient de la
bouche du Seigneur, lorsqu'il était dans le monde,
étaient dites pour toutes ses créatures, et étaient en-
tendues par les esprits et par les anges (par chacun
selon le sens qui convenait à son état) en même
temps qu'elles frappaient les oreilles des hommes qui
l'écoutaient. La série devait toujours exister dans le
sens spirituel, qui est l'esprit même de la Parole ; et
pour que cette série ne fût pas interrompue, il fallait
nécessairement qu'en certains endroits le sens de la
lettre se prêtât aux exigences du sens spirituel ; de
là le décousu et les contrastes qui se présentent sou-
vent dans le sens littéral. Pour vous convaincre que
ces contrastes ne doivent pas être pour nous des
pierres d'achoppement, veuillez lire entièrement un
Article remarquable de la Revue, sous ce Titre : «De
la Parole Divine.» — Tom. VIII. page 289 à 311.
— Cet Article est du général russe M , et a été
traduit en français par une princesse russe qui est
venue nous voir à Saint-Amand.
ANNIVERSAIRE SÉCULAIRE,
DISTRIBUTION AUX BIBLIOTHÈQUES.

A Monsieur Jos. Andrews, à Boston (Etats-
Unis d'Amérique),

Saint-Amand (Cher), 9 mai 1857.

Vous me demandez des détails sur l'état de la Nou-
velle Église soit en France, soit dans les autres pays
où j'ai des communications par correspondance ; je
vais, autant que possible, tâcher de vous satisfaire.
Je me serais certainement fait un devoir de vous
écrire plus souvent, et de vous tenir au courant de
tout ce qui peut intéresser nos amis d'Amérique, si
un devoir plus impérieux ne m'eût contraint de cesser
pour ainsi dire mes relations épistolaires, pour m'oc-
cuper exclusivement de la tâche que j'ai entreprise,
et que je désire vivement ne pas interrompre, afin
d'avoir le temps de la terminer. Je ne puis donc guère
vous parler que de ce que j'ai fait, et vous pensez
bien qu'il n'est nullement agréable d'être obligé, à
défaut d'autres choses, d'entretenir les autres de soi ;
c'est là un second motif qui me fait depuis longtemps
DISTRIBUTION AUX BIBLIOTHÈQUES. 333

garder le silence. Cependant, dans la circonstance
présente, je dois, d'après votre demande, faire vio-
lence à ma répugnance, et instruire nos frères des
États-Unis de ce qui s'est passé dans nos contrées
depuis l'été dernier.
Vers la fin d'août, nous partîmes, ma femme et
moi, pour visiter nos amis de la Suisse. Nous nous
trouvions à Neuchâtel le 3 septembre, au moment où
le château fut pris, par suite d'un complot, et nous
déjeunions le même jour dans un village, à une lieue
de là, chez des amis, de la Nouvelle Église, lors-
qu'une colonne d'insurgés royalistes se dirigeant sur
Neuchâtel traversa le village en y commettant des
dévastations, ce qui nous obligea à y passer la nuit ;
mais le lendemain le château ayant été repris, nous
rentrâmes à Neuchâtel. Nous allâmes ensuite voir des
frères à Yverdun et à Berne ; à Vevey, nous visi-
tâmes le ministre, M. Jacquier, que nous avions déjà
vu lorsqu'il habitait Paris. Pendant notre séjour à
Neuchâtel, j'eus occasion de voir le bibliothécaire,
jeune littérateur distingué. Il accepta l'offre d'une
collection complète des Ouvrages de Swedenborg pu-
bliés par nous, pour la bibliothèque publique dont il
est le conservateur. Le bon accueil fait à cette offre
me suggéra l'idée de doter aussi Genève des Ouvra-
ges de Swedenborg ; c'est pourquoi, dès notre arri-
vée dans cette ville, nous allâmes visiter la biblio-
thèque publique, et l'offre que je fis au bibliothécaire
fut agréée avec de grands remerciements. Il en fut
ANNIVERSAIRE SÉCULAIRE,

de même lorsque nous visitâmes une autre biblio-
thèque très-importante, qui appartient à la société
de lecture, composée de plus de trois cents membres ;
mon offre d'une collection des Ouvrages de Sweden-
borg fut acceptée avec des témoignages de vive gra-
titude.
Ce succès obtenu en Suisse nous fit penser qu'en
France le moment était peut-être venu de mettre les
Ouvrages de Swedenborg à la disposition du public ;
car depuis nombre d'années nous avions vainement
t'ait des efforts pour doter de ces Ouvrages les biblio-
thèques des grandes cités, et ce n'est qu'avec beau-
coup de démarches que nous étions parvenus à les
faire accepter par quelques bibliothèques ; ainsi, par
quatre bibliothèques à Paris, et par celles de Besan-
çon, de Rennes et de Saint-Malo. Il s'agissait donc
de faire de nouveaux efforts. D'ailleurs, l'état de la
Nouvelle Église en France ne lui permettant pas de
célébrer par une manifestation publique son entrée
dans le second siècle de la nouvelle ère chrétienne,
il nous paraissait convenable de célébrer l'anniver-
saire centenaire par un moyen quelconque, et la do-
tation des bibliothèques pouvait être celui que le Sei-
gneur nous avait réservé. Mus par cette pensée, nous
adressâmes une circulaire (*) aux principales biblio-
thèques de France et de l'étranger, et le succès
qu'elle obtint dépassa nos espérances. Nous avons

(*) Voir aux nutes additionnelles,
DISTIUCUTION AUX BIBLIOTHÈQUES. 335
reçu 84 lettres d'acceptation, contenant toutes des
expressions de gratitude pour le don, et renfermant
pour la plupart une haute appréciation du caractère
de Swedenborg.
Voici les noms des villes qui ont reçu gratuitement
les collections de nos Ouvrages, formant chacune un
ballot de 52 volumes.
FRANCE Carcassonne.
Abbevillc. Chàlons-sur-Marne.
Agen. Chàlons-sur-Saône.
Aix. Chartres.
Alençon. Clermont-Ferrant.
AmieBs. Dijon.
Angers. Dijon, société de Lecture.
Angoulème. Dole.
Arles. Douai.
Arras. Dunkerque.
Auxonne. Evreux.
Bar-le-Duc. Grenoble.
Bayonne. La Rochelle.
Beauvais. Laval.
Béziers. Le Havre.
Blois. Le Mans.
Bordeaux. Lille.
Boulogne-sur-Mâ7.!Joli"";HLimogcs.
Bourg-en-Brêsse. Lisieux. .noluoT

«•Icqionhq '
'l ob Jo obyuc!
336 ANNIVERSAIRE SÉCULAIRE,
Lyon. Troyes.
Lyon, palais des arts. Valence.
Maçon. Valenciennes.
Montargis. Vannes.
Montauban. Versailles.
Montpellier. Vienne.
Moulins. —
Nancy. BELGIQUE.
Nantes. Anvers.
Narbonne. Bruxelles.
Nevers. Gand.
Nîmes. Liège.
Orléans. Louvain.
Pau.
Périgueux. SUISSE.
Poitiers. Lausanne.
Reims.
Rochefort. ÉTATS-SARDES.
Saint-Etienne. Nice.
Saint-Omer.
Saint-Quentin. HOLLANDE.
Saumur. Utrecht.
Sedan.
Strasbourg. ALLEMAGNE.
Tarbes. Hambourg.
Toulon. —
Dans une lettre précédente, je vous avais indiqué
les envois gratuits faits aux principales bibliothèques
de Suède et de Paris, et à quelques bibliothèques de
DISTRIBUTION AUX BIBLIOTHÈQUES. 337
France ; j'ajouterai que l'année dernière une collec-
tion complète a été acceptée par la bibliothèque de
l'école polytechnique.
Voici les noms des villes qui n'ont pas répondu à
mon offre gratuite, ou qui ont refusé le don :
Alger. Foix.
Alby. Grasse.
Amsterdam. Le Puy.
Auxerre. Leyde.
Avignon. Marseille.
Berlin. Metz.
Calais. Niort.
Cambrai. Oran (Algérie).
Castres. Perpignan.
Châteauroux. Rouen.
Cherbourg. Soissons.
Colmar. Toulouse.
Constantine (Algérie). Tours.
Dieppe. Turin.
Épinal. Verdun.
Voilà donc une centaine de collections complètes,
c'est-à-dire, plus de cinq mille volumes mis à la dis-
position du public, et confiés à la garde de biblio-
thécaires, hommes instruits et toujours jaloux de
conserver précieusement les ouvrages qui sont une
fois entrés dans l'établissement qu'ils dirigent. En
agissant ainsi, nous avons cru suivre une impulsion
donnée par le Seigneur, et nous espérons que ces
volumes produiront leurs fruits lorsque le Seigneur
29.
338 ANNIVERSAIRE SÉCULAIRE.

le jugera à propos. Nous avions aussi à cet égard un
devoir à remplir : Nous avons reçu à diverses épo-
ques des secours pécuniaires, tant de nos frères de
France que de ceux d'Angleterre et des États-Unis;
ces secours nous étaient adressés pour la publication
des Ouvrages de Swedenborg, sans aucune autre
prescription ; mais nous avons pensé qu'après avoir
donné à ces fonds leur destination, à savoir, l'im-
pression des Traités théologiques de notre Auteur,
le meilleur moyen de témoigner nos remerciements
à ces bienveillants donateurs, c'était d'aller au-devant
de leurs désirs, en mettant les Écrits de Swedenborg
à la disposition de toutes les personnes qui fréquen-
tent les bibliothèques publiques.
DE L'ORIGINE DU MAL.

A Monsieur M , à Port-Louis (Ile-Maurice).

Saint-Amand (Cher), 11 juillet 1857.

Après avoir cité celte phrase de ma réponse
à une précédente question :
« En créant les hommes, Dieu savait par consé-
quent qu'il les créait renfermant caché en eux un op-
posé qui plus tard se développerait et constituerait
l'enfer ; il le savait, et s'il n'y a pas remédié, c'est
qu'il ne le pouvait pas sans renoncer h la création,
etc. «
Vous dites :
« Eh bien ! l'humanité est arrivée plus tard dans
le mal, et cela, jusqu'à nos jours, ainsi qu'il est men-
tionné ci-dessus. Nous demandons de quel côté est la
faute;du côté de Dieu, ou du côté de l'humanité qui
ne s'est pas faite d'elle-même. Là est toute la ques-
tion. »
Vous dites ensuite :
« Maintenant, j'ajoute de mon propre gré : Est-ce
réellement une faute ? Est-ce bien là le mot propre?»
340 DE L'ORIGINE DU MAL.
Non ; en ce qui concerne la création et la nature
de l'homme, il n'y a eu faute ni du côté de Dieu, ni
du côté de l'humanité. Non ; ce n'est pas là le mot
propre. Les choses ne pouvaient pas être autrement
qu'elles n'ont été. Dieu ne pouvait pas créer des
Dieux, ni même créer des Divins, puisque tous les
Divins, tels que le Bien, le Vrai, la Justice, etc., sont
ab œterno, comme Dieu Lui-Même ; il ne pouvait
pas non plus créer l'homme automate ou sans libre
arbitre. Dieu ne pouvait que créer des réceptacles de
ces Divins avec plein pouvoir de les adultérer, et
c'est ce qu'il a fait.
Quant à l'explication que vous donnez, quoique
très-ingénieuse, je ne puis l'admettre tout entière,
et voilà pourquoi : II me semble, si toutefois j'ai bien
saisi votre argumentation, que vous divisez les hom-
mes en deux catégories : ceux qui ont été créés hom-
mes intérieurement, et ceux qui n'ont pas été créés
hommes intérieurement, et qui sont des opposés
nécessaires à la régénération des autres. S'il en
était ainsi, on pourrait accuser Dieu d'injustice,
puisque nous ne serions pas tous enfants de Dieu au
même titre, les uns ayant été créés pour être heureux,
et les autres pour être malheureux ; ce serait, en
d'autres termes, la classification en élus et en re-
prouvés, tandis qu'au contraire tous les hommes in-
distinctement sont créés pour le Ciel. — D. P.
N° 330.
Cet opposé au Divin que Dieu, en créant les
DE L'ORIGINE DU MAL. 341
hommes, savait être renfermé en eux, c'est l'a-
mour de soi ; et si Dieu n'y a pas remédié, quoi-
qu'il le sût, c'est parce que l'homme n'étant pas Dieu,
ne pouvait exister qu'autant qu'il aurait en lui l'amour
de soi. Tous les hommes sont donc indistinctement par
leur nature des opposés au Divin, mais en même
temps tous indistinctement sont aptes à subordonner
par la régénération cet amour de soi à l'amour de
Dieu. L'amour de soi, dit Swedenborg, est de créa-
tion ; il reste chez l'homme, même lorsque l'homme
est devenu ange, mais il doit faire les pieds et non la
tète ; s'il fait la tête, l'homme est un diable, et non
un ange ; ainsi, c'est à l'homme à s'imputer la faute,
s'il n'est pas dans l'autre vie parmi les heureux. Je
suis d'accord avec vous sur tout le reste.
Cette question est d'autant plus importante que
les hommes de bonne volonté sont assez générale-
ment portés à admettre le Ciel, mais que presque
tous ne veulent pas entendre parler de l'enfer ; on
veut bien admettre Dieu pur amour, mais à la condi-
tion de rejeter l'enfer qu'on ne peut pas concevoir
avec un Dieu bon et miséricordieux. Cela vient non-
seulement de ce qu'on ne réfléchit pas assez sur la
loi des relatifs et des opposés, mais principalement
de ce qu'on a conservé sur l'enfer et sur les damnés
des notions fausses. Les damnés sont dans l'enfer,
parce qu'ils veulent y être ; Dieu ne les y a pas pré-
cipités, ils s'y sont jetés eux-mêmes ; ils en sortent
quelquefois quand ils le désirent vivement, mais ils
29*.
342 DE L'ORIGINE DU MAL.
ne tardent pas à y rentrer, parce que là ils sont dans
leur élément, tandis que hors de l'enfer ils sont com-
me le poisson dans l'air. Ils tiennent à leur vie infer-
nale, malgré les tourments qu'ils endurent, comme
les malheureux sur terre tiennent à la vie malgré
leur misère, comme le goutteux malgré sa goutte,
comme le forçat malgré sa chaîne ; et si dans leur
désespoir quelques-uns appellent la mort, ils sont
comme le bûcheron de la fable, si elle pouvait s'y
présenter, ils la renverraient.
DE L'HUMAIN GLORIFIÉ DU SEIGNEUR.

A Mademoiselle de S , à Vevey (Suisse).

Sainl-Amand (Cher), 2 juin 1858.

J'ai vu avec grand plaisir que vos idées se
sont portées avec une profonde méditation sur la
grande question qui malheureusement, en Angleterre,
a soulevé entre quelques-uns de nos frères une dis-
cussion regrettable, parce qu'elle a été trop vive. Il
devrait nous suffire de connaître cette sublime vérité
que l'humain pris par le Seigneur a été fait entière-
ment Divin par Lui; et qu'étant ainsi à éternité dans
les derniers comme dans les premiers, il a, comme
il le dit lui-même, tout pouvoir dans le Ciel et sur
terre. Toutefois, comme chacun aime à confirmer
par le raisonnement ce que la Divine Parole nous en-
seigne, et que vous me demandez mes motifs de con-
firmation, je vais tâcher de vous les exposer en quel-
ques mots.
Le Seigneur, exempt du mal héréditaire paternel,
puisqu'il était conçu de Jéhovah, a eu cependant par
Marie le mal héréditaire maternel ; sans cela il n'au-
344 DE L'HUMAIN GLORIFIÉ DU SEIGNEUR.
rait pas pu être tenté. Or, par les tentations et par
ses victoires, il a extirpé successivement toutes les
ramifications de ce mal héréditaire, et rendu ainsi
divin son naturel (*). Quant à son naturel-matériel,
ou quant à la chair et aux os, pour me servir des ex-
pressions de l'Écriture, ils ont été divinisés par suite
de l'action de l'âme sur le corps. L'âme chez Lui, étant
Jéhovah même ou Divine, rendait divines les parties
matérielles du moment où le naturel maternel, vaincu
dans la tentation, perdait son action mortifère sur elles.
Il en est autrement chez tout homme, son âme n'ayant
par elle-même rien de Divin, mais étant seulement un
réceptacle du Divin, ne peut pas changer la nature du
matériel ; l'homme ne peut donc pas, quelque pro-
grès qu'il fasse dans sa régénération, emporter avec
lui dans l'autre vie ce matériel; aussi, le laisse-t-il
sur la terre. Celui seul dont l'âme était Divine a pu
glorifier ainsi son corps, et avoir dans le monde im-
matériel la chair et les os, comme il nous le dit lui-
même, — Luc, XXIV. 39. — L'esprit et l'ange ont,
il est vrai, chair et os, mais chair et os spirituels,
tandis que le Seigneur Seul a la chair et les os pris
dans les derniers de la nature et divinisés par lui,
de sorte que Seul il est dans les derniers et dans les
premiers, et gouverne l'univers entier d'après les
premiers par les derniers
(*) Voir aux notes additionnelles.
DES REPETITIONS DANS SWEDENBORG ;
DE LA SITUATION APPARENTE DES ESPRITS.

A Monsieur M....,, à Port-Louis (Ile-Maurice).

Saint-Amand (Cher), 23 juin 1858.

Swedenborg s'est répété, il est vrai, dans
plusieurs de ses Ouvrages; mais c'était pour que
chaque Ouvrage, tombant seul entre les mains d'une
personne, pût donner une idée de l'ensemble du sys-
tème. Du reste, il est à remarquer que, lorsqu'il se
répète, il ajoute le plus souvent quelque chose de
nouveau.
Votre manière d'interpréter les trois citations des
A. G. tome X, est bonne ; l'obscur dont vous parlez
pourra se dissiper, si vous réfléchissez que la scène,
pour les trois cas indiqués, se passe dans le monde
des esprits, qui tient le milieu entre les deux grands
organismes opposés l'un à l'autre, et que les esprits
jouissent en général d'une sorte d'ubiquité ; or, le
monde des esprits ayant lui-même la forme humaine,
les esprits infernaux, quoiqu'ayant leur place arrêtée
et fixe dans l'organisme infernal, peuvent cependant,
346 DES RÉPÉTITIONS DANS SWEDENBORG.

en raison de la faculté d'ubiquité, se présenter dans
l'organisme du monde des esprits dans telle ou telle
place qui correspond à l'étal présent de leur mental,
par exemple, dans le plan du sommet de la tête, s'ils
sont dans un haut degré de domination, etc v et que
pour dominer plus fortement ils veuillent empêcher
l'influx angélique de pénétrer.
DE

L'ÉTABLISSEMENT DE LA NOUVELLE ÉGLISE

A Monsieur Edm. de C , à St-A., par Port-
Louis (Ile-Maurice).

Saint-Amand (Cher), 21 octobre i858.

Ceux qui voudraient établir la Nouvelle
Église en prenant strictement pour modèle l'établisse-
ment de la primitive Église Chrétienne n'obtien-
draient aucun bon résultat. L'Église primitive n'était
qu'un acheminement pour arriver à la Nouvelle Jéru-
salem ; en raison de l'état des hommes et des choses
d'alors, elle n'a pu être fondée que par la contrainte,
ainsi plutôt d'après les lois de permission que d'après
les lois mêmes de l'ordre ; de là les miracles, les ex-
tases, etc., toutes choses qui contraignent ; et c'est
pour cela que cette Eglise devait périr pour faire
place à une Église qui, n'étant composée que cl'liom-
mes qui agiraient « d'après le libre selon la raison
(ex libéra scciindum rationem), » demeurerait
stable à perpétuité, et serait enfin la véritable Eglise
du Seigneur Jésus-Christ, ou le couronnement de
toutes les Églises précédentes.
348 DE L'ÉTABLISSEMENT
Les réflexions qui suivent votre conclusion sont de
toute justesse ; ce que nous devons éviter par-des-
sus tout, c'est de faire perdre à la Nouvelle Église
son caractère d'universalité, en la rabaissant à l'état
de secte.
Nous sommes encore du même sentiment en ce qui
concerne le fouriérisme. Sans avoir fait partie d'au-
cun groupe phalanstérien, j'avais cependant étudié
Fourier et admiré son génie avant de connaître Swe-
denborg. Nous avons aussi parmi nous quelques an-
ciens phalanstériens, et il n'est guère de lettres que
je reçoive d'eux dans lesquelles ils ne fassent allusion
à leur ancien état et ne bénissent le Seigneur de les
avoir retirés de leurs illusions.
Avant d'aborder les autres questions de votre
lettre, je vais, comme je vous l'ai promis, vous faire
connaître l'état de la Nouvelle Église en France ; si
je ne vous l'ai pas exposé plus tôt, c'est que je ne
pouvais le faire sans vous parler assez longuement
de moi, ce qui me répugne toujours. Quand je fondai
la Revue, quoique je connusse déjà depuis trois ou
quatre ans les Écrits de Swedenborg, j'étais cepen-
dant encore dans cet état de zèle de propagation, qui
toujours s'empare de tous ceux qui sortent des ténè-
bres spirituelles et entrent dans l'éclatante lumière
des vérités divines ; et, heureux de ma nouvelle po-
sition, je brûlais du désir d'en faire jouir les autres,
et je croyais, sans toutefois me faire trop d'illusions,
qu'il suffirait de présenter aux hommes les sublimes
DE LA NOUVELLE ÉGLISE. 349

vérités de la doctrine de la Nouvelle Jérusalem, pour
que du moins elles fussent accueillies par tous ceux
que je supposais aimer le vrai pour le vrai ; je croyais
par conséquent à un prochain établissement du Règne
du Seigneur sur la terre, ne me rappelant pas assez
que, malgré son ardent désir d'attirer les hommes à
Lui, le Seigneur ne précipite rien, ne contraint per-
sonne, laisse chacun libre, et attend patiemment,
parce que le temps n'est rien pour Lui. Je dus donc
éprouver bien des mécomptes ; mais le Seigneur,
dans sa Divine Miséricorde, ne m'a pas abandonné,
il m'a donné la force nécessaire pour persévérer, et
surtout pour éviter les pièges qui m'ont été tendus
par le Jésuitisme, et pour déjouer ses machinations
infernales.
Je n'ai pas été longtemps sans reconnaître que la
vieille Europe était peu propre à recevoir les divines
vérités de la Nouvelle Dispensation ; que, semblable
à la Judée, elle serait le berceau de la Nouvelle
Église, comme la Judée avait été celui de la première
Église Chrétienne ; mais que, de même que la pre-
mière Église Chrétienne était sortie de son berceau
pour se répandre chez les Gentils et s'y établir, de
même la Nouvelle Jérusalem, après avoir été accueil-
lie par le très-petit nombre de personnes suscepti-
bles de reconnaître de cœur et d'intelligence le Di-
vin Humain du Seigneur Jésus-Christ et de conformer
leur vie à ses préceptes, sera portée par quelques-
uns de ses disciples ohcz ces nations nombreuses et
30.
330 DE L'ÉTABLISSEMENT
dans ces contrées favorisées du Soleil, où, malgré
leur idolâtrie, les hommes sont plus près du Sei-
gneur que ceux qui se disent Chrétiens ; car ils ont
moins de répugnance qu'eux à reconnaître un Dieu-
Homme et en même temps Unique. Or, toute la Nou-
velle Jérusalem consiste dans ce dogme : Jésus-Christ
est le Seul et Unique Dieu ; s'adresser à Lui dans
l'Humain qu'il a fait Divin et suivre ses préceptes.
En effet, c'est cet Humain qui est la Porte, par la-
quelle il faut entrer. Depuis 2o ans, combien ai-je
vu d'admirateurs des Écrits de Swedenborg se four-
voyer pour avoir négligé ces paroles du Seigneur :
« Je suis la Porte ! » Combien peut-être y en a-t-il
encore qui feront fausse route par suite d'une sem-
blable négligence ! C'est là le grand écueilpour ceux
qui, dès leur jeune âge, ont été habitués à considérer
Dieu comme un pur esprit, dans l'acception que le
Catéchisme de la Vieille Église et la philosophie mo-
derne donnent au mot esprit.
Mais si le Royaume du Seigneur ne s'établit pas
encore d'une manière bien ostensible sur noire globe,
il nous suffit de réfléchir sur les événements accom-
plis depuis 1757, et sur ce qui se passe maintenant,
pour reconnaître que tout est admirablement dirigé
par la Divine Providence pour le préparer et le faire
avancer chaque jour, sans que des milliers d'instru-
ments qu'elle emploie en aient la moindre connais-
sance. Les hommes s'agitent, poussés souvent par
les plus mauvaises passions, et la Providence du Sei-
DE LA NOUVELLE ÉGLISE. 351

gneur fait servir ces passions à ses vues miséri-
cordieuses. Quant à nous, mon cher frère, heureux
de connaître la vérité au milieu de tant d'hommes
qui veulent rester aveugles, bénissons le Seigneur en
suivant ses lois ; faisons tous nos efforts pour répan-
dre sa doctrine céleste, mais avec la plus grande
prudence; et si nous ne réussissons pas au gré de
nos désirs, restons alors convaincus que c'est le Sei-
gneur qui, dans sa prévoyance infinie, s'y oppose en
raison de la profanation qui en résulterait ; car il
vaut mieux pour la génération actuelle qu'elle reste,
quant à la majeure partie, dans ses ténèbres spiri-
tuelles, que d'être introduite dans une lumière qui,
trop brillante pour elle, l'éblouirait sans lui donner
la chaleur nécessaire pour suivre le Divin Maître. Ce
que Swedenborg nous dit de la profanation, et du
sort affreux des profanateurs, doit être pour nous la
clé de bien des choses qui, sans cela, ne sauraient
être expliquées.
Le peu de succès de la Revue sur le public, et 1®
événements politiques qui survinrent, nous contrai*
gnirent de suspendre celte publication ; toute mo*
activité se porta sur le projet de donner, si le Sei-
gneur le permettait, une traduction complète des
Ouvrages théologiques de notre Swedenborg. J'avais
aussi en vue le projet de donner une traduction de
la Parole ; mais ce travail ne pouvait être entrepris
qu'autant que nous aurions sous la main, M. Harlé
et moi, tous les instruments nécessaires, c'est-à-dire
352 DE L'ÉT\BLISSEMENT
qu'autant que nous serions en état de ne rien négli-
ger de ce que notre Auteur avait dit sur tel et tel
passage ; c'était donc d'un outillage, si l'on peut
s'exprimer ainsi, qu'il fallait préalablement s'occu-
per. Cet outillage h créer, c'étaient des Tables ana-
lytiques et des Index à placer à la suite de chaque
Traité. C'est ce que je me suis empressé de faire dès
que mon plan eut été définitivement arrêté. Ce tra-
vail avance, mais il me demandera encore beaucoup
de temps ; car lorsque chaque Traité sera suivi de sa
Table analytique et de ses Index, j'aurai à les re-
fondre tous en un seul corps qui formera une sorte
d'encyclopédie spirituelle, et dispensera ainsi tout
travailleur d'avoir recours à une multitude de vo-
lumes pour trouver ce qu'il cherchera.
Quant à notre personnel, il est toujours peu nom-
breux; nous nous trouvons disséminés sur la surface
de la France, et il n'existe de réunion pour le culte
qu'à Paris chez M. Minot, et à Saint-Amand chez
moi. Jusqu'à présent le gouvernement ne nous a pas
persécutés, mais sa prédilection avouée pour le Ca-
tholicisme romain nous fait présumer que si notre
nombre augmentait de manière à donner de sérieuses
inquiétudes au parti clérical, il ne nous laisserait pas
tranquilles. Le clergé ne dit rien, parce qu'il craint
de nous mettre en évidence, et d'exciter ainsi la cu-
riosité publique au sujet de nos Doctrines, ce qui lui
serait plus nuisible qu'avantageux. C'est en raison
de cette crainte que nous pouvons exercer ostensible-
DE LA NOUVELLE ÉGLISE. 353

ment notre culte, sans que personne s'y oppose. A
Saint-Amand, il y a deux réunions le Dimanche, l'une
le matin spécialement pour les enfants, et l'autre
le soir. La réunion pour les enfants, après la lec-
ture de la Parole, est principalement destinée à leur
instruction ; ils ont pour catéchisme la Doctrine de
la Charité (extraite des Arcanes Célestes) qu'ils ap-
prennent par cœur ; je ne pense pas que nous puis-
sions avoir un meilleur catéchisme ; les plus âgés ap-
prennent ensuite la Doctrine sur l'Écriture Sainte,
De cette manière ils sont préparés de bonne heure
pour lire avec fruit dans un âge plusavancé les autres
Traités de Swedenborg. Le culte pour les adultes
consiste à lire les passages de la Parole indiqués
pour chaque Dimanche dans la liturgie de Ledru,
qui du reste ne nous sert que pour cela ; puis, en une
instruction puisée dans les Écrits de Swedenborg.
Nous commençons le culte par la lecture du Déca-
logue et par» notre prière unique : L'Oraison Domini-
cale.
Tel est l'état des choses en France : c'est un temps
d'arrêt résultant de l'état politique dans Tequel se
trouve notre pays. Devons-nous le déplorer? Je ne
le pense pas. Le Seigneur, qui veille avec amour sur
son Église, ne le permettrait pas, s'il devait lui être
nuisible. Pendant que l'Église semble sommeiller, le
Seigneur qui veut quelle soit universelle dispose,
comme je le disais précédemment, toutes les nations
de la terre à recevoir librement plus tard les Doe-
30*.
3S4 DE L'ÉTABLISSEMENT
trines Célestes, et il donne à tous ceux qui ont con-
senti à les recevoir, en ouvrant leur porte, le temps
d'exécuter les travaux qui sont nécessaires pour que
ces doctrines soient plus facilement comprises.
Mais ce qui a lieu pour la France ne saurait être
une règle pour les autres contrées. C'est aux disci-
ples à juger eux-mêmes de l'état des choses dans la
contrée qu'ils habitent, et à décider suivant les cir-
constances la marche qu'ils doivent prendre, tout en
réglant leur décision sur la doctrine réelle de l'É-
glise. N'oublions jamais ce grand principe : La Di-
versité dans l'Unité.L'unité sans diversité, telle qu'é-
tait celle du Catholicisme romain dans le moyen âge,
est une monstruosité. La Nouvelle Jérusalem, nous
dit Swedenborg, sera Une quant à l'interne, mais
Diversifiée quant à l'externe plus que ne l'a jamais
été la première Église Chrétienne, c'est-à-dire, Une
quant au culte interne ayant pour base la Charité,
mais Diversifiée quant au culte externe qui n'est
qu'un vêtement relativement au culte interne. Cha-
que groupe pourra donc s'habiller comme il voudra,
c'est-à-dire, donner à son culte externe les formes
qu'il jugera les plus convenables, sans que les autres
groupes puissent s'en formaliser, pourvu que la Cha-
rité réelle soit la base de sa conduite......
DE LA NOUVELLE ÉGLISE. 255

A Monsieur Edm. de C , à St-A., par Port-
Louis (Ile-Maurice).

Saint-Amand (Cher), 2/i décembre 1858.

Je ne vois en France aucune autre personne
qui puisse remplir dans votre île les fonctions du
ministère. Toutefois, une pensée doit nous consoler :
De votre côté vous avez fait tout ce qu'il était possi-
ble de faire pour avoir un ministre, et de mon côté
j'ai fait toutes les démarches possibles pour vous en
trouver un ; si nos efforts restent infructueux, c'est,
n'en doutons pas, qu'il est dans les vues insondables
de la Divine Providence qu'il en soit ainsi. Nos dé-
sirs, quelque purs qu'ils soient en eux-mêmes, ne
sont pas toujours conformes aux plans de la Provi-
dence Divine; et alors, quoiqu'il nous soit tenu
compte de leur pureté, ils ne sont pas exaucés.
J'ai lu avec le plus grand intérêt la relation con-
cernant votre culte de famille, et je vous félicite cor-
dialement d'avoir institué ce culte dont vous avez
ressenti sur-le-champ pour vous et les vôtres la douce
influence ; continuez, mon cher frère, sans trop vous
préoccuper de l'effet plus ou moins grand que, dans
la suite, ce culte pourra produire sur les auditeurs,
et soyez persuadé que l'audition de la Parole fera sur
chacun d'eux, lors même qu'il ne s'en apercevrait
356 DE L'ÉTABLISSEMENT
pas, un travail intérieur proportionné à son état pré-
sent et à son état futur, dont les effets ne deviendront
visibles que plus tard. Toute la sainteté du culte ré-
side dans la lecture ou l'audition de la Parole, quand
le lecteur ou l'auditeur la considère avec respect
comme étant la Parole même de Dieu ; l'homme est
alors avec le Seigneur, ou plutôt le Seigneur et l'hom-
me interne s'entretiennent ensemble, sans que l'hom-
me externe en ait conscience, et l'homme interne
illustré par cette communication a plus de force
pour agir contre l'homme externe et pour le vain-
cre lorsqu'arrivent les tentations. Les explications
qui suivent la lecture de la Parole sont excellentes,
il est vrai, mais elles agissent seulement sur l'hom-
me externe, et sous ce rapport elles n'ont pas une
semblable efficacité, quoique cependant elles soient
très-importantes pour nous diriger dans le chemin
de la vérité, et nous aider à dissiper les faussetés
dont nous avons été imbus. Je ne mets sous vos yeux
ces principes que pour en conclure que vous pouvez
parle culte, tel que vous l'avez institué, retirer, quoi-
que privé d'un ministre, les avantages les plus grands
pour votre régénération et pour celle des membres
de votre famille. Cherchez, par tous les arguments
que le Seigneur vous suggérera, à convaincre chaque
membre de votre petite Église, 1° que Dieu est Un,
que ce Dieu Un est notre Seigneur Jésus-Christ en
qui est le Divin Même ou le Père, le Divin Humain
ou le Fils, et le Divin procédant ou le Saint-Esprit ;
DE LA NOUVELLE ÉGLISE.

qu'ainsi Dieu est visible aux yeux de l'entendement
de l'homme, puisque l'homme peut se le représenter
tel qu'il s'est montré aux trois disciples lorsqu'il s'est
transfiguré, et tel qu'il se montre réellement aux
anges lorsqu'il le juge convenable, et que par consé-
quent nous devons toujours nous le représenter ainsi
lorsque nous nous adressons à lui, et non pas sur
la croix où il n'a été qu'un moment pour dépouiller
le reste de l'humain qu'il tenait de Marie ; 2° que la
Parole est divine dans sa lettre même, qu'il n'y a
pas un seul mot qui ne renferme un Divin ; qu'elle
est le seul moyen de communication entre le Sei-
gneur et l'homme, et que tout autre mode de com-
munication est une déception qui ne peut produire
que des résultats funestes. Ces deux points étant bien
inculqués chez les membres de votre Église avec l'in-
tention de fuir les maux comme péchés, n'ayez plus
aucune inquiétude, le Seigneur pourvoira aux besoins
spirituels de chacun, non sans quelque péripétie pour
quelques-uns, car chacun doit être soumis à des ten-
tations plus ou moins fortes, mais du moins sans
danger pour son salut s'il reste convaincu de ces
principes fondamentaux et les suit ponctuellement.
Quant au mode d'instruction, ne vous en préoccu-
pez pas trop non plus ; une instruction familière,
d'abondance, passant d'un point à un autre selon
qu'on s'y trouve naturellement conduit, est bien pré-
férable, et porte beaucoup plus de fruits, que ces ser-
mons apprêtés pour produire de l'effet, et qui sou-
358 DE L'ÉTABLISSEMENT
vent causent la perte des prédicateurs, parce qu'ils
n'y cherchent qu'à briller sans produire d'autres ré-
sultats que l'admiration des auditeurs
Ayez, en toutes choses, une confiance illimi-
tée en la bonté miséricordieuse du Seigneur; agissez
avec toute votre prudence, mais en la soumettant à
la prudence divine; et, à ce propos, puisque nous
parlons à cœurs ouverts, vous me permettrez de me
mettre en avant, et de vous dire comment depuis long-
temps pour mon propre compte je comprends cette
proposition importante : « Soumettre sa prudence à
la Prudence Divine. » Je cherche dans toutes mes
actions à suivre les règles de la prudence humaine ;
si je réussis, je n'attribue rien à cette prudence, je
me dis seulement qu'en cela j'ai suivi l'impulsion du
Seigneur ; si je ne réussis pas, je ne m'afflige nulle-
ment, je suis même porté à m'en réjouir, car je me
dis : Imprudent que tu étais ! avec ta prétendue pru-
dence, tu ne voyais que les choses d'ici-bas, mais
ton Père, qui voit le futur comme le présent, et qui
met le bonheur éternel des ses enfants bien au-des-
sus d'un prétendu bonheur terrestre, n'a pas permis
que tes souhaits fussent accomplis; garde-toi donc
d'en murmurer, mais bénis-le. Cette manière de con-
sidérer ainsi les choses, mon cher frère, méfait jouir
d'un bonheur inaltérable ; et puisque l'occasion s'en
est présentée, je vous en parle, désirant de tout
cœur que ce bonheur dont je jouis, vous puissiez en
jouir aussi.
DE LA NOUVELLE ÉGLISE. 359

Le voyage que vous projetez de faire en France, nous
procurerait à tous un plaisir infini, désireux que nous
sommes de faire la connaissance personnelle d'un si
excellent frère. Si ce voyage est dans les vues de la
Providence, nous nous en réjouirons ; si, au con-
traire, le Seigneur vous retient sur ce que vous ap-
pelez votre rocher, nous en augurerons que vous
êtes indispensable pour ses plans pour les vastes
contrées de l'Orient, par suite de la position avanta-
geuse qu'occupé l'île Maurice
DOIT-ON ATTENDRE DE QUELQUE AUTRE

UN SUPPLÉMENT

DES ÉCRITS DE SWEDENBORG ?

A Monsieur Ed.-J. B , à Manchester.

Saint-Arnaud (Cher), 18 octobre 1859.

Mon cher Ami,
Vous me demandez mon opinion au sujet d'un Ou-
vrage nouvellement publié en Angleterre, ayant pour
titre : « Arcanes du Christianisme, Explication du
sens céleste de la Divine Parole par le moyen de T. L.
Harris ; » puis vous me posez les questions suivantes :
La Révélation donnée au moyen de Swedenborg
est-elle en elle-même une révélation complète? —
Comprend-elle un supplément ou continuation? —
Enseigne-t-elle, ou pouvons-nous voir dans ses en-
seignements, la possibilité d'une autre diffusion de
vérités d'un caractère semblable ou plus élevé, telle
qu'une révélation du sens céleste de la Parole, dans
lequel serait corrigé ce qu'on pourrait considérer
US SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG ? 361

comme des erreurs commises par Swedenborg, en
jugeant de certains détails d'un point de vue spirituel?
Je répondrai d'abord en quelques mots à ces ques-
tions, sauf à développer plus loin les considérations
sur lesquelles mon opinion est fondée.
Le Seigneur étant infini, tout ce qui émane de Lui
tend par conséquent à l'infini. Il y aurait donc d'après
cela inconséquence à poser des limites à l'action du
Seigneur pour éclairer ses créatures ; car l'Humanité,
de même que le Ciel, est destinée par l'amour infini
du Seigneur à un progrès indéfini ; mais ce dont je
suis pleinement convaincu, c'est que ce qu'il a plu au
Seigneur de nous révéler par le moyen de son servi-
teur Swedenborg, pour accomplir soir second avè-
nement, doit suffire à perpétuité quant à lu Doc-
trine pour la régénération de l'homme, et est même
tout à fait suffisant pour alimenter la vie intellec-
tuelle, non-seulement des hommes de la génération
présente, mais aussi des hommes d'un grand nombre
de générations successives. Nous et nos descendants
nous pourrons toujours trouver dans les Écrits de
Swedenborg de quoi satisfaire notre désir de con-
naissances nouvelles; il y a là une mine presque iné-
puisable ; et je m'étonne que, même dans noire siècle,
lorsque cette mine est à peine effleurée, on cherche
déjà à vouloir en découvrir une plus riche. Dans ce
qui suit, vous pourrez voir dans quelles illusions se-
raient ceux qui ne se contenteraient pas des sublimes
vérités contenues dans les Écrits de notre Auteur, et
3l.
362 DOIT-OX A T T E N D U E DE QUELQUE AUTRE

quels effroyables malheurs tomberaient sur ceux qui
se croiraient destinés par le Seigneur à faire de
nouvelles révélations.
Vous étiez bien jeune encore, mon cher a m i , lors-
qu'on 1848 vous vîntes, avec votre beau-frère, M. H.,
passer quelques mois à Saint-Amand. Nous nous réu-
nissions alors tous les soirs pour nous entretenir de
nos sublimes doctrines ; et, d'après ces entretiens,
vous avez dû prévoir quelle serait ma réponse à vos
questions. Mais puisque vous désirez que je déduise
les raisons qui m'ont porté à me former cette opinion,
à cause, dites-vous, de l'influence qu'exercent sur
beaucoup de nos frères l'ouvrage et les prédications
de M. Marris*, je vais tâcher de remplir votre désir;
cependant, comme il s'agit de détruire cette influen-
ce que vous redoutez, je crois qu'il est indispensa-
ble de présenter ici quelques développements sur le
mode de transmission de la Parole de Dieu aux hom-
mes, et sur la révélation du sens interne de cette Pa-
role, afin qu'on soit bien fixé et sur l'état des pro-
phètes et sur le caractère de la mission de Sweden-
borg ; car les questions que vous me posez ayant déjà
été soulevées plusieurs fois en France, et sans doute
aussi en Angleterre et aux Etats-Unis, par des mem-
bres de k Nouvelle Église, cela indique suffisamment
que plusieurs de nos frères n'ont pas sur cet élat et
sur cette mission une idée parfaitement exacte. Avant
donc d'examiner la prétention de M. Barris, il con-
vient d'établir, d'après les connaissance? acquise»
IN SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG? 363

par les Écrits de Swedenborg, que la mission dont il
fut chargé a été le Couronnement des deux Révéla-
tions qui constituent notre Divine Parole.
Nous savons que la Parole du Seigneur est le lien
qui u n i t le monde spirituel et le monde naturel, que
ces deux mondes ne peuvent subsister l'un sans l'au-
tre, et que pour conserver l'univers, qui aurait péri
lorsque l'ancienne Parole ou Parole antémosaïque eut
été entièrement oblitérée, le Seigneur donna, par le
moyen de Moi'se et des autres prophètes, la Parole
del'Ancien Testament. Nous savons aussi que les pro-
phètes, par le moyen desquels cette Parole a été
transmise aux hommes, étaient des instruments tout
à fait passifs et ne comprenaient pas mieux que le
peuple ce qu'ils prononçaient ou ce qu'ils écrivaient.
Il suffisait pour les Juifs d'exécuter ponctuellement la
Parole dans le sens de la lettre, et le sens interne leur
resta entièrement caché, parce que s'il eût été
dévoilé, ils l'auraient profané.
Lorsque cette Parole eut été adultérée par les tra-
ditions des Juifs, au point que la destruction de l'u-
nivers devenait encore imminente, le Seigneur Lui-
Même vint dans le monde pour le sauver, c'est-à-dire
que la Parole elle-même, qui est Dieu, — Jean, I. 1,
— se fit chair. Mais comme les hommes étaient alors
tombés dans le degré naturel le plus bas, qui est le
sensuel-corporel, l'Église que le Seigneur fonda ne
pouvant alors être que spirituelle-naturelle, il souleva
seulement un coin du voile qui couvrait laParole; et,
364 DOIT-ON A T T E N D R E DE QUELQUE AUTRE

après sa sortie du monde, il donna, par le moyen des
Kvangélistes, une nouvelle Parole dont le sens de la
lettre, approprié à cette Église, cachait toujours, sauf
en quelques endroits, le sens spirituel. De même que
les Prophètes, les Évangélistes ont donc été aussi des
instruments passifs lorsqu'ils ont écrit les Évangiles
et l'Apocalypse, qui constituent la Parole du Nouveau
Testament.
Les hommes étant alors sensuels-corporels, la pri-
mitive Église chrétienne ne pouvait pas s'établir sans
l'intervention de miracles ; et comme les miracles
contraignent, et que tout ce qui est faitpar contrainte
ne reste pas, cette Église devait périr comme les pré-
cédentes, et n'était qu'un acheminement pour arriver
plus tard à une Nouvelle Église qui s'établirait ration-
nellement et librement, par conséquent sans miracles,
au moyen de la révélation du sens spirituel. C'est ce
que le Seigneur a prédit à ses disciples, lorsqu'il leur
a dit qu'à la consommation du siècle, c'est-à-dire, à
la fin de l'Église, il viendrait sur les nuées du ciel
avec puissance et gloire ; les nuées du ciel, comme
tous nos frères le savent, sont le sens de la lettre de
la Parole, et la gloire en est le sens spirituel. Cette
Nouvelle Eglise, qui est désignée dans l'Apocalypse
sous le nom de la Nouvelle Jérusalem, devait être par
conséquent une Église spirituelle-rationnelle; et par
cela même qu'elle doit s'établir rationnellement et li-
brement, sans l'intervention de miracles, elle sera
le couronnement des Églises précédentes, et subsistera
UN SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG? 365

à perpétuité. Ainsi, par la révélation du sens spiri-
tuel de la Parole devait s'effectuer le second avène-
ment du Seigneur, en ce qui concerne la fondation de
sa Nouvelle Église, la Nouvelle Jérusalem.
Or, pour révéler aux hommes le sens interne de la
Parole, le Seigneur n'avait pas à recourir à des instru-
ments passifs, tels que les Prophètes et les Évangé-
listes ; en effet, il ne s'agissait pas de donner un nou-
veau supplément à la Parole qui, ayant été faite chair,
était devenue complète, après l'ascension du Seigneur,
par les quatre Évangiles et par l'Apocalypse ; il fal-
lait au Seigneur un instrument actif, c'est-à-dire,
un homme qui, illustré par Lui selon les lois de l'or-
dre, pût reconnaître, en méditant la Parole, les vé-
rités réelles cachées sous les vérités apparentes du
sens de la lettre, et établir ainsi sur le sens de la lettre
illustré par le sens spirituel la vraie doctrine de l'É-
glise.
Mais comme la Parole avait été écrite au moyen de
représentatifs et de correspondances, afin qu'elle ser-
vît en même temps aux habitants du monde spirituel
et à ceux du monde naturel, et qu'elle tînt reliés en-
semble les deux mondes, il fallait de toute nécessité
que l'instrument que le Seigneur allait employer ac-
quît rationnellement la connaissance de la science des
Correspondances, science que possédaient les anciens
et qui avait été entièrement perdue.
Or, pour qu'un homme put acquérir rationnelle-
ment cette science, qui n'est autre que le rapport
3l*.
366 DOIT-ON ATTENDRE DE QUELQUE AUTRE

existant entre les clioses naturelles et les choses spi-
rituelles, il fallait d'abord que cet homme fût celui
qui par ses études scientifiques aurait obtenu les no-
tions les plus saines sur les objets de la nature ; puis,
il fallait que cet homme, par la probité de sa vie dans
le monde, fût le plus apte à pénétrer avec le moins de
danger dans ce monde spirituel, où existent tant d'ê-
tres pervers et astucieux, puisqu'il s'agissait de le
parcourir dans toutes ses parties pour en avoir une
connaissance suffisante.
Par ses travaux scientifiques et par sa vie exem-
plaire, Swedenborg était bien l'homme qui remplissait
le mieux ces deux conditions ; il fut donc introduit
dans le monde spirituel, afin d'étudier les phéno-
mènes de ce monde avec celte même sagacité dont il
avait donné tant de preuves dans son étude des phé-
nomènes du monde naturel.
D'après ce qui précède, on voit que le Seigneur,
pour transmettre sa Parole aux hommes, a pu pren-
dre ou des bergers et des pêcheurs, ou des hommes
d'une condition plus élevée, puisqu'il s'agissait seule-
ment d'instruments passifs ; mais que, pour la ré-
vélation du sens interne de sa Parole, il lui fallait,
comme instrument actif ou rationnel, l'homme de
l'époque le plus instruit elle plus sage.
Toutes ces vérités sont connues de la plupart des
membres de la Nouvelle Église ; mais ce que quelques-
uns ignorent, c'est la marche qu'a suivie Swedenborg
pour la découverte du sens spirituel de la Parole.
CM SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG ? 367

Comme de tout temps et en tous pays il y a eu des
extatiques, c'est-à-dire, des personnes qui, par déro-
gation aux lois de l'ordre divin mais d'après les lois
de permission, ont eu communication avec le inonde
spirituel, on est porté à croire que Swedenborg ne
différait de ces extatiques qu'en ce que sa mission
était d'un ordre beaucoup plus élevé, puisqu'il s'a-
gissait pour lui de dévoiler le sens spirituel delà Pa-
role, afin que par là le Seigneur accomplit son second
avènement ; mais entre Swedenborg et les extatiques
il y a une autre différence bien grande qu'il est im-
portant de signaler.
Il est bien connu, par les divers écrits que les exta-
tiques ont laissés, qu'ils s'annoncent pour la plupart
comme agissant sous l'impulsion directe, soit du Saint-
Esprit, soit du Seigneur Jésus-Christ, soit même de
Dieu le Père ; les plus modestes se disent en relation
avec les personnages les plus vénérés de leur audi-
toire ou de la secte à laquelle leurs écrits sont desti-
nés, et les plus extravagants déclarent qu'ils sont le
Saint-Esprit ou le Père éternel. Mais tous donnent
ou transmettent des ordres, et quelques-uns vont
même jusqu'à menacer des plus grands malheurs ceux
qui ne les exécuteraient pas ; eux-mêmes se montrent
comme privés de libre arbitre ; tout ce qu'ils font,
tout ce qu'ils disent, c'est par ordre ; ils obéissent, et
ils veulent qu'on obéisse. Leurs paroles et leurs écrits
sont en général remplis d'aperçus brillants, propres à
frapper l'imagination de ceux qui les écoutent ou qui
368 DOIT-OX ATTENDRE DE QUELQUE AUTHE

les lisent; mais on y rencontre le plus souvent des
obscurités qui font alors un contraste frappant avec
ces aperçus. S'ils parlent de certains points de doc-
trine, ils les présentent comme leur étant imposés, et
ils les imposent à ceux qui ont confiance en eux, ou
qui croient que le Seigneur ou le Saint-Esprit a parlé
par leur bouche. Il en est tout autrement de Sweden-
borg, comme on peut le voir par ses Écrits, dans les-
quels toutes les propositions nouvelles qu'il avance
sont soumises au libre examen du lecteur, et sont
prouvées, d'abord par des passages de la Parole, et
ensuite, s'il le juge à propos, par des vérités scienti-
fiques qui les confirment et les corroborent. Du reste,
son style est toujours simple et jamais boursoufflé.
Toutefois, on pourrait croire que Swedenborg,
lorsqu'il a écrit son Traité de l'Apocalypse Révélée, a
été, comme les Prophètes, un instrument passif du
Seigneur ; car, dans la Préface de ce Traité, on lit ce
passage : « Chacun peut voir que F Apocalypse ne peut
» nullement être expliquée, sinon par le Seigneur
» Seul ; car chaque mot y contient des arcanes qui ne
» peuvent jamais être connus sans une illustration
» spéciale, et par conséquent sans mie révélation;
» c'est pourquoi, il a plu au Seigneur de m'ouvrir la
» vue de mon esprit, et de m'instruire. Qu'on ne
» croie donc pas que j'y aie pris quelque chose de moi
» ni de quelque ange ; j'ai tout reçu du Seigneur
» Seul. »
Comme ce passage a fait impression sur quelques-
UN SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG ? 369

uns de nos frères, qui même se sont adressés à moi
pour savoir ce que j'en pensais, et comme il pourrait
produire un effet semblable sur quelques autres, je
crois qu'il est utile de vous dire ici comment je le
comprends, et de m'étendre quelque peu sur ce su-
jet, ce qui, dans la circonstance présente, ne doit
pas paraître hors de propos. D'ailleurs, je n'oublie
pas M. Harris, et je reviendrai à lui le plus tôt possible.
Il est bien certain que l'Apocalypse n'a pu être ex-
pliquée que par le Seigneur Seul, comme le dit Swe-
denborg ; mais parce que Swedenborg ajoute qu'il a
tout reçu du Seigneur Seul, on tomberait dans une
grande erreur si l'on en concluait que le Seigneur a
parlé avec lui comme il parlait avec les Prophètes, et
lui a donné de vive voix le sens interne de l'Apoca-
lypse. Pour s'en convaincre, il suffit de faire cette
seule remarque, que tout ce qui sort de la bouche du
Seigneur est la Parole Divine (car lorsque le Seigneur
parle, il parle pour toutes ses créatures, tant pour
les anges et les esprits que pour les hommes), et que
d'après cela le sens interne de l'Apocalypse, dans le
Traité de Swedenborg, serait une Parole Divine nou-
velle. Or, cela serait tout à fait opposé à la mission
môme de Swedenborg, qui consista, non pas à donner
aux hommes une nouvelle Parole, mais seulement à
leur révéler le sens interne de la Parole de l'Ancien
et du Nouveau Testament, afin qu'une nouvelle Église
pût être instaurée.
Mais on va, sans aucun doute, demander ce que
370 DOIT-ON ATTENDRE DE QUELQUE AUTRE

Swedenborg a entendu par ces mots : J'ai tout reçu
du Seigneur Seul. Remarquons d'abord que Swe-
denborg a commencé par dire que « chaque mot de
l'Apocalypse contient des arcanes qui ne peuvent ja-
mais être connus sans une illustration spéciale. »
Maintenant, voyons ce que c'est que l'illustration :
l'acception dans laquelle ce mot doit être pris est
d'autant plus importante à connaître, qu'on pourrait
confondre l'illustration avec ce que, dans le inonde,
quand il s'agit des mystiques, on appelle l'illumina-
tion ; et pour qu'on soit bien fixé sur ce point impor-
tant, nous allons présenter ici les principales propo-
sitions contenues dans les Écrits de notre Auteur sur
l'illustration, sur ses effets, et sur ceux chez qui elle
existe, c'est-à-dire, sur les illustrés.
Ces propositions sont les suivantes :
L'illustration est une ouverture actuelle des inté-
rieurs qui appartiennent au mental, et aussi une élé-
vation dans la lumière du Ciel.—G. B. 1.
La lumière du Ciel est illustration pour l'entende-
ment comme la lumière du monde pour la vue. —
D. C. 35.
C'est l'entendement de l'homme qui est illustré par
cette lumière. — D. C. 3o.
L'entendement est illustré en tant que l'homme re-
çoit le vrai par la volonté, c'est-à-dire, en tant qu'il
veut faire selon le vrai. — D. C. 33.
Le sens littéral de la Parole est celui qui est illus-
t r é . — D . C. 256.
UN SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG? 371

Le Seigneur donne à ceux qui sont illustrés la fa-
culté de comprendre le vrai, et de discerner les choses
qui, dans la Parole, semblent se contredire.— D. G.
256.
Le sens réel de la Parole n'est saisi que par ceux
qui sont illustrés, et il n'y a d'illustrés que ceux qui
sont dans l'amour et dans la foi envers le Seigneur.
— B . C . 253.
Sont illustrés d'après la Parole ceux qui la lisent
d'après l'amour du vrai et du bien, et non ceux qui
la lisent d'après l'amour de la réputation, du gain,
de l'honneur. — D. G. 256.
Telle est l'illustration en général, et tout homme
qui reconnaît la Parole comme Divine, et qui la lit
pour y découvrir le vrai afin de l'appliquer à sa vie,
peut reconnaître par lui-même la justesse de ces pro-
positions. N'est-il pas vrai qu'en lisant la Parole il
arrive parfois qu'on est surpris d'y découvrir des
choses qu'on n'y avait pas vues précédemment lors-
qu'on avait lu les mêmes passages? El quand cela ar-
rive-t-il ? N'est-ce pas précisément quand, moins
préoccupé de choses mondaines, on désire le vrai
pour la direction de la vie? C'est là l'illustration, qui
diffère selon la qualité de chacun, et, chez chacun,
selon sa propre disposition quand il lit la Parole.
Chez Swedenborg, il y avait illustration spéciale, ou
au plus haut degré, en raison et de la mission qu'il
avait à remplir et des connaissances qu'il avait ac-
quises sur la science des Correspondances par ses
372 DOIT-ON ATTENDRE DE QUELQUE AUTRE

longues pérégrinations dans le monde spirituel. C'est
là aussi la révélation dont il pai'le clans le moine pas-
sage de sa Préface, puisque l'illustration lui révélait
ou lui faisait découvrir le sens interne ; c'est aussi
l'instruction qu'il a plu, dit-il, au Seigneur de lui
donner ; car, « depuis que la Parole a été écrite, le
Seigneur parle par elle avec les hommes,» — D.
C. 263,— « et ne parle pas avec l'homme autre-
ment que par sa Parole, » — A. G. 10290.
Le sens interne de l'Apocalypse a donc été révélé à
Swedenborg au moyen de l'illustration ; c'est lorsqu'il
était dans l'état naturel, et non en même temps dans
l'état spirituel ou de vision, lisant la Parole dans le
recueillement et avec les dispositions voulues par les
lois de l'ordre, que le sens interne se révélait à lui au
moyen de la science des Correspondances, dans la-
quelle il faisait continuellement des progrès en par-
courant le monde spirituel, et en comparant les choses
de ce monde avec les choses naturelles. C'est parce
qu'il en était ainsi, que dans cette Préface il dit qu'il
n'a rien pris de lui, ni d'aucun ange ; il s'entretenait,
il est vrai, avec les anges, il discutait même avec eux,
et il arrivait quelquefois que, par suite de ses connais-
sances sur les Correspondances des spirituels avec Ses
naturels, il leur apprenait des choses qu'ils ignoraient,
quoique d'un autre côté il reçût d'eux des instruc-
tions; mais on ne voit nulle part dans ses Écrits qu'ils
lui aient appris quelque chose concernant la doctrine
clé la Nouvelle Église et le sens interne de la Parole.
UN SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG? 373

Ainsi, dans l'explication de l'Apocalypse, comme, du
reste, dans lesexplications dusens interne qu'on trouve
dans ses autres Traités, Swedenborg a tout reçu du
Seigneur Seul, non de vive voix, mais par l'illustra-
tion, puisque, comme il a été dit ci-dessus, depuis
que la Parole a été complètement écrite, le Seigneur
ne parle pas avec l'homme autrement que par la Pa-
role.
On peut voir, d'après cela, combien l'illustration
de Swedenborg diffère de l'illumination des extati-
ques, qui n'est autre chose que la possession de
l'homme par des esprits, au point que celui qui est
ainsi possédé n'est plus conduit que par eux, lors
même qu'il croit jouir pleinement de son libre arbitre.
Dire que Swedenborg est un illuminé, ainsi que le
nomment communément ceux qui ne connaissent pas
ses Écrits, car on va jusqu'à lui donner le titre de
prince des illuminés, c'est commettre la plus grande
erreur. Qu'on donne le nom d'illuminés aux extati-
ques, cette qualification peut leur convenir et n'a rien
qui étonne, elle est en quelque sorte en rapport avec
leur état ; mais qu'on applique cette dénomination à
Swedenborg, cela est manifestement en opposition
avec les faits eux-mêmes ; car entre son illustration
et l'illumination des extatiques il y a plus de différence
qu'entre la lumière du soleil et la lueur de la lune ; et,
pour que la comparaison fût exacte, il faudrait dire
qu'il y a la môme différence qu'entre la lumière du
jour et la lueur fantastique d'un feu follet. Qu'on lise
32.
374 DOIT-ON 7 ATTENDUE DE QUELQUE AUTRE

ses Écrits ; tout y est logique, tout y est conforme à la
raison la plus saine quand elle met de côté les préju-
gés, et chaque découverte que fera la science viendra
confirmer celles de ses assertions qui maintenant peu-
vent paraître hasardées.
Pour qu'on saisisse encore mieux la différence qu'il
y a entre Swedenborg et tous les extatiques, nous al-
lons examiner quel a été son état à partir du mo-
ment où la rue de son esprit a été ouverte.
C'est à l'âge de 57 ans que Swedenborg entre dans
le monde spirituel ; et il y entre avec tous les préjugés
résultant et de son éducation comme fils d'un évêque
luthérien, et du milieu scientifique dans lequel il avait
vécu. Qu'on ne croie pas que, dès son entrée dans ce
monde, la vérité se soit montrée à ses yeux dans tout
son éclat, et qu'il se soit aussitôt dépouillé de ses pré-
jugés ; cela aurait été en opposition avec les lois de
l'ordre, qu'il nous a si bien exposées pins tard dans
ses Écrits. Son instruction spirituelle s'est faite gra-
duellement, comme se fait toute instruction naturelle,
et son illustration a été progressive selon que par sa
vie même il avançait dans le chemin de la régénéra-
tion. C'est, du reste, ce que prouvent évidemment ses
premiers Écrits théologiques (les Advcrsaria et le
Diarium), laissés par lui en manuscrit, mais publiés
dernièrement ; ces Écrits nous ont montré quel a été
pour ainsi dire jour par jour son avancement dans
la découverte des vérités. Ce n'est même qu'environ
trois ans après son introduction dans le monde spiri-
UN" SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG? 375

tuel, à savoir, au commencement de l'année 1748,
qu'il reconnaît que notre Seigneur Jésus-Christ est le
seul et unique Seigneur qui gouverne le Ciel et la
terre, et qu'en Lui Seul est la Divine Trinité de Père,
de Fils et d'Esprit Saint; mais, dès ce moment,lors-
qu'il parle de Lui, il n'emploie plus dans tous ses
Écrits que l'expression Dominm (leSeigneur), tandis
qu'auparavant pour le désigner il se servait de l'ex-
pression Deux Messias (Dieu le Messie).
Cette substitution de Dominus à Deus Messias a
pour nous de l'importance (permettez-moi cette re-
marque faite en passant) ; elle peut nous servir à indi-
quer l'époque de quelques-uns des Écrits posthumes
de notre Auteur ; ceux où l'on trouve Deus Messias
montrent suffisamment par celte expression qu'ils ont
été composés avant 1748, c'est-à-dire, dans les trois
premières années de l'introduction de Swedenborg
dans le monde spirituel, et qu'ainsi ils ne peuvent pas
avoir pour nous la môme autorité que ceux qui ont
été écrits postérieurement. Il est encore à remarquer
que ce n'est qu'une année après, en 1749, qu'il com-
mença à publier son grand ouvrage, les Arcana Cœ-
testia; et, ce qui n'est pas moins remarquable, c'est
que dans les divers Traités qu'il a publiés depuis 1749
jusqu'à la fin de sa vie, on ne trouve aucune mention
de ces Écrits composés antérieurement à 1748, et
qu'il n'y est même fait aucune allusion, ce qui prou-
verait que ce ne sont que des ébauches, et qu'il avait
jugé que son instruction spirituelle et son illustration
376 DOIT-ON ATTENDUE DE QUELQUE AUTRE

n'étaient pas encore à celte époque parvenues à un
assez liant degré, pour qu'il put sans quelque incon-
vénient mettre au jour ce qu'il avait alors écrit. Tou-
tefois, la publication décès Manuscrits a eu pour nous
ce grand avantage de nous faire connaître le mode
d'instruction spirituelle et d'illustration de notre Au-
teur, ce qu'on ignorait généralement avant cette pu-
blication ; mais il faut ajouter que ces Écrits antérieurs
à 1748 ne doivent être lus qu'en tenant compte de
l'état d'illustration encore faible dans lequel était
alors Swedenborg ; car si on les mettait au même
rang que les Traités qu'il a publiés lui-même, on
pourrait en les confrontant les uns avec les autres
trouver des contradictions, tandis qu'on n'en rencon-
tre aucune dans tout ce qu'il a livré lui-même au
public.
Maintenant, d'après les explications qui précèdent,
comme nous savons en quoi consiste l'illustration, et
quel a été le mode d'instruction spirituelle de Swe-
denborg, les questions que vous avez posées se trou-
vent pour ainsi dire résolues d'elles-mêmes. En effet,
il est facile de voir, 1° que la révélation donnée au
moyen de Swedenborg est une révélation complète en
elle-même, puisqu'après l'ascension du Seigneur la
Parole a été complétée par les quatre Évangiles et
par l'Apocalypse, et que son sens spirituel a été ré-
vélé au moyen de Swedenborg ; 2° que par conséquent
il n'y a pas lieu à un supplément ou continuation,
puisque, sans avoir recours à un nouvel instrument
L'N SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG V 377

actif du genre de Swedenborg, le Seigneur, au moyen
de l'illustration, que tout homme est susceptible de
recevoir, fera progresser son Église dans la connais-
sance des vérités à mesure que le besoin s'en fera
sentir, la science des Correspondances aidant ; 3° que
rien dans les enseignements de Swedenborg ne fait
entrevoir la possibilité d'une autre diffusion de vérités
d'un caractère semblable au sien ou plus élevé que le
sien, ce qui d'ailleurs peut être constaté par quicon-
que lira attentivement tous les Écrits de notre Auteur.
Mais cette 3e question est complétée par ces mots :
« Diffusion de vérités, telle qu'une révélation du sens
céleste delà Parole, dans lequel serait corrigé ce qu'on
pourrait considérer comme des erreurs commises par
Swedenborg, en jugeant de certains détails d'un
point de vue spirituel. » Ce complément de la ques-
tion concerne sans aucun doute la prétention de
M. Barris de surpasser Swedenborg en donnant
comme révélation le sens céleste de la Parole.
Du moment où M. Barris est de son aveu en com-
munication avec le Monde spirituel, et s'annonce
comme ne faisant qu'expliquer ce que dicte le Sei-
gneur, sa prétention ne peut pas être admise par les
membres de la Nouvelle Église, puisque maintenant
le Seigneur ne parle pas avec l'homme autrement que
par la Parole, c'est-à-dire, autrement que par l'illus-
tration de l'entendement de l'homme, quand celui-ci
lit la Parole avec les dispositions voulues par les lois
de l'ordre.
32*.
378 DOIT-ON ATTENDRE DE QUELQUE AL'TRE

Nous admettons la mission de Swedenborg, parce
qu'elle avait une cause, mais nous ne pouvons admet-
tre celle que se donne M. Harris, parce qu'elle serait
sans cause. En effet, le Seigneur avant de quitter ce
monde annonce à ses Disciples qu'il viendra de nou-
veau à la consommation du siècle, c'est-à-dire, à la
fin de l'Église qu'il fondait, mais sur les nuées du Ciel
avec puissance et gloire, c'est-à-dire qu'il lèvera alors
le voile qui doit rester jusque là étendu sur sa Parole;
puis, dans l'Apocalypse, il annonce la fondation d'une
Nouvelle Église sous la dénomination de la Nouvelle
Jérusalem, dont il donne la description ; il fallait
donc, comme nous l'avons vu, un homme spécial par
le moyen duquel pût s'accomplir ce second avènement
du Seigneur. La cause de la mission de Swedenborg
étaitdonc une cause réelle, et sa mission, une mission
nécessaire et indispensable. Mais où est la cause de la
mission de M. Harris? Quelle est la nécessité de cette
mission? Pour que M. Harris pût soutenir devant des
membres de la Nouvelle Église sa prétention, il fau-
drait d'abord qu'il prouvât d'après la Parole que le
second avènement du Seigneur, maintenant accompli,
n'était pas son dernier avènement, et qu'il devait ve-
nir une troisième fois ; il faudrait ensuite que M. Harris
prouvât que Swedenborg n'était pas en état de pou-
voir comprendre et communiquer aux hommes le sens
céleste qui lui est maintenant révélé, à lui M. Harris;
et c'est lorsqu'on peut, d'après les lois naturelles,
apprécier avec quelle économie de moyens la Divinité
L'N SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG '! 379

agit dans toutes ses œuvres, qu'on pourrait supposer
que le Seigneur, cent ans à peine après son second
avènement, viendrait donner aux hommes, en se ser-
vant d'un instrument passif, un supplément de vérités
qu'il aurait pu leur communiquer par Swedenborg,
instrument conforme aux lois de l'ordre ! Il serait
inutile d'insister davantage sur ce point.
Cependant, pour réduire tout à fait à néant la pré-
tention de M. Harris de donner le sens céleste de la
Parole, et pour qu'il ne reste aucune incertitude sur
ce point, nous allons montrer, 1° combien le sens cé-
kste est au-dessus du sens spirituel ; 2° que l'homme
peut devenir ange, même du troisième Ciel, sans avoir
besoin de connaître sur notre terre le sens céleste ;
3° que les anges du second Ciel, qui sont si intelli-
gents, ne désirent môme pas le sens céleste. Ces trois
Propositions trouveront successivement leur solution
dans les considérations générales que nous allons pré-
senter.
Ceux qui ont lu les Ouvrages de Swedenborg sa-
vent qu'en toutes choses il y a trois degrés, appelés
discrets ou séparés, parce qu'ils sont entre eux comme
la fin, la cause et l'effet ; et que chacun de ces degrés
contient d'autres degrés, appelés continus, parce
qu'ils croissent continuellement dans chaque degré
séparé, sans que ceux d'un degré inférieur puissent
jamais atteindre le degré supérieur. Ils savent aussi
que la Parole a trois sens selon les trois degrés dis-
crets, à savoir, le sens naturel, le sens spirituel et le
380 DOIT-ON ATTENDRE DE QUELQUE AUTRE

sens céleste, et qu'ainsi chacun de ces trois sens, qui
sont entre eux comme l'effet, la cause et la fin, con-
tient, selon son degré, des sens de plus en plus élevés,
sans que ceux, par exemple, du degré spirituel, quel-
qu'élevés qu'ils soient, puissent atteindre les moins
élevés du degré céleste. Ceci ne doit-il pas suffire
pour faire voir combien le sens céleste est au-dessus
du sens spirituel, même le plus élevé ? On sait aussi
que le sens de la lettre de la Parole est pour les
hommes dans le monde, et renferme les autres sens ;
et, qu'outre le mental que Swedenborg appelle YAni-
mus, ou mental extérieur destiné aux choses pure-
ments naturelles, l'homme a encore trois autres men-
tais, à savoir, le mental naturel-spirituel, le mental
spirituel et le mental céleste, qui correspondent aux
effets, aux causes et aux fins, ou aux trois Cieux, et
qu'il peut devenir ange de l'un de ces Gieux après sa
mort, selon que par sa vie dans le monde il a ouvert
le premier de ces mentais, ou successivement le se-
cond et le troisième. Ainsi, si l'homme, quelle que
soit son intelligence, n'est porté qu'à s'occuper des
effets, c'est-à-dire, s'il n'a en vue que le vrai naturel
et le bien naturel, il est simplement dans la charité
spirituelle-naturelle; alors s'ouvre chez lui le mental
spirituel-naturel, et d'après cette ouverture, qui a
lieu sans qu'il en ait conscience, il se trouve apte à de~
venir ange du premier Ciel. Mais si l'homme recher-
che aussi les causes, c'est-à-dire, s'il a aussi en vue
le vrai spirituel et le bien spirituel, il est par là dans
UN SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG ? 38d

la charité spirituelle-rationnelle, mais plus dans cette
charité que dans l'amour envers le Seigneur, c'est-à-
dire qu'il agit plus d'après l'entendement que d'après
la volonté ; dès lors s'ouvre chez lui le mental spiri-
tuel, et d'après cette ouverture, qui a lieu aussi sans
qu'il en ait conscience, il se trouve apte à devenir ange
du second Ciel. Enfin si l'homme s'occupe spéciale-
ment des fins, c'est-à-dire, s'il a spécialement en vue
le bien céleste et le vrai céleste, il est par là dans l'a-
mour envers le Seigneur, et plus dans cet amour que
dans la charité à l'égard du prochain, c'est-à-dire
qu'il agit plus d'après la volonté que d'après l'enten-
dement ; dès lors s'ouvre chez lui le mental céleste,
et d'après cette ouverture, qui a lieu de même sans
qu'il en ait conscience, il se trouve apte à devenir
ange du troisième Ciel.
On voit donc que l'homme peut devenir ange de
l'un des Cieux, et même ange du troisième Ciel ou Ciel
céleste, sans qu'il ait besoin de connaître sur notre
terre le sens céleste de la Parole ; pour qu'il devienne
ange du troisième Ciel il suffit que dans l'accom-
plissement de ses devoirs de chrétien il ait en vue les
fins, c'est-à-dire, le bien céleste et le vrai céleste,
agissant alors plutôt par volonté que par entende-
ment.
De plus, on sait que notre Parole existe dans les
trois Cieux, et que dans chaque Ciel, où n'entrent
pas les mots qui la constituent, elle présente en série
le sens qui est propre à ce Ciel, ainsi le sens spiri-
382 DOIT-ON ATTENDRE DE QUELQUE AUTRE

tuel-naturel dans le .premier Ciel, le sens spirituel
dans le second Ciel, et le sens céleste dans le troi-
sième Ciel. Or, comme la Parole est infinie, tant dans
son ensemble que dans chacune de ses parties, puis-
qu'elle est Dieu et que Dieu est un et indivisible, cha-
cun de ses sens internes est infini aussi, c'est-à-dire
que dans chaque Ciel les anges trouvent dans le sens
de la Parole, qui leur est propre, un aliment par le-
quel ils croissent et croîtront indéfiniment et à per-
pétuité en amour et en sagesse, sans toutefois sortir
de leur sphère ou du degré discret dans lequel ils
sont ; par exemple, l'ange du second Ciel ou Ciel
spirituel restera a. éternité dans ce Ciel, et dans la
Parole il trouvera toujours à satisfaire son désir de
posséder de nouvelles affections et de nouvelles pen-
sées. C'est en cela même que consiste le bonheur des
anges, parce qu'ainsi ils restent dans la sphère qui
convient à leur intérieur ; et même ils cesseraient
d'être heureux, s'ils montaient dans une sphère su-
périeure.
D'après cela il est évident que le sens céleste de la
Parole n'est pas même désiré par les anges du second
Ciel, dont l'intelligence est si élevée.
Ajoutons ici, pour servir de confirmation, que le
sens purement naturel, ou sens littéral de la Parole,
offre aussi aux hommes des avantages analogues à
ceux dont il vient d'être parlé; et ce qui le prouve,
c'est que tout homme qui s'en tient au sens de la
lettre, et vit réellement dans l'amour envers le Sei-
UN SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG ? 383

gneur et dans la charité à l'égard du prochain,
trouve continuellement dans ce sens de nouveaux
aliments qui le font croître aussi en amour et en sa-
gesse. De plus, ceci montre que le sens de la lettre
a pu suffire aux hommes ; et il leur a suffi tant qu'ils
sont restés simples de cœur; et il suffit encore à ceux
qui, dans cette simplicité de cœur, laissent de côté les
fausses interprétations et les funestes déductions des
docteurs et des théologiens, et font consister la reli-
gion dans la vie.
Or, puisque l'homme peut même devenir ange du
troisième Ciel, sans avoir besoin de connaître le sens
céleste, et puisque les anges du second Ciel, ou anges
spirituels, se contentent du sens spirituel, et ne dé-
sirent même pas le sens céleste de la Parole, pour-
quoi chercherions-nous à le connaître ? De quel
avantage nous serait-il sur cette terre? Pour satis-
faire n»tre ardent désir de nouvelles connaissances,
et notre pressant besoin de nouvelles affections,
n'avons-nous pas à explorer le vaste champ que nous
offre le sens spirituel ï car ce que le Seigneur nous
en a révélé par le moyeu de son serviteur Sweden-
borg est loin de constituer la Paroie en série, telle
que la lisent les Anges du second Ciel.
En eifet, les mots dont est composée notre Parole
n'entrant pas dans les Cieux, ainsi qu'il a été dit, et
les anges dans chaque Ciel lisant la Parole dans le
sens qui leur est propre, il est évident que pour les
anges du second Ciel, le Livre qui renferme leur Pa-
384 DOIT-ON ATTENDRE DE QUELQUE AUTRE

rôle n'est autre que le sens spirituel de notre Parole
écrit en série, c'est-à-dire qu'il n'y a pas le plus petit
mot, le moindre iota ou accent du texte original de
notre Parole, qui ne s'y trouve traduit en sa signifi-
cation spirituelle, ce qui constitue la série, et ce qui
fait que là même où le sens de la lettre nous paraît
décousu, le sens spirituel, nous dit Swedenborg, est
dans une admirable série. Or, il y a spécialement trois
Livres de la Parole, dont Swedenborg a donné le sens
spirituel : ce sont la Genèse, l'Exode et l'Apocalypse.
Qu'on lise les Traités où ce sens est donné, et l'on
reconnaîtra qu'il n'en est présenté que le sommaire,
sommaire admirable, il est vrai, mais ce n'est pas là
seulement ce qui est sous les yeux des anges lorsqu'ils
lisent leur Parole. Non-seulement pour eux le texte,
spirituel lui-même est en série, sans que la significa-
tion du moindre iota de notre Parole y soit omise,
mais ils voient dans une seule phrase, lorsque leur
attention s'y arrête, beaucoup d'autres choses qui
exigeraient des pages pour être écrites, et dont plu-
sieurs ne pourraient pas même être exprimées dans
aucune langue de notre monde. Gardons-nous, ce-
pendant, de nous plaindre de ce que le Seigneur, en
nous révélant le sens spirituel de sa Parole, ne nous
en ait donné que le sommaire; il nous a donné tout
ce que nous pouvions présentement porter; mais au
moyen de la science des Correspondances, dont les
bases ont été posées dans les Écrits de Swedenborg,
et en raison de l'illustration qui deviendra de plus
UN SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG? 385

en plus gîdiide à mesure que les hommes de la Nou-
velle Église avanceront dans la voie de la régénéra-
tion, nous et nos neveux nous pourrons toujours,
sans une autre révélation extraordinaire, faire des
progrès dans la connaissance du sens spirituel, qui
ainsi se dévoilera indéfiniment selon les lois de l'ordre.
S'il en est ainsi pour le sens spirituel, que serait-
ce donc pour le sens céleste? et c'est lorsque, par
les révélations faites à Swedenborg, il a suffi, pour
l'instauration de la Nouvelle Jérusalem, d'un simple
sommaire du sens spirituel, que M. Harris aurait la
prétention de nous 'révéler le sens céleste, dont les
Anges du second Ciel ne peuvent saisir que quelque
partie, de môme que les hommes ne peuvent saisir
que quelque partie du sens spirituel ! Les Anges du
troisième Ciel peuvent seuls comprendre le sens
céleste en série. Dans le sens intime, dit Sweden-
borg, la Parole ne traite que du Seigneur Seul.—
D. C. 263. — D'ailleurs, le sens céleste ne pourrait
concerner qu'une Eglise céleste, et la Nouvelle Jéru-
salem est spécialement une Église spirituelle, qui
doit subsister à perpétuité. Sa doctrine n'est-elle pas
complète? Que peut-il lui manquer? Ne suffit-il pas
à un homme qui l'admet de faire quelques pas dans
la voie de la régénération, pour qu'aussitôt il recon-
naisse que cette doctrine n'a aucun besoin de complé-
ment ?
Maintenant qu'il est établi que la Nouvelle Jérusa-
lem n'a aucun besoin de la révélation du sens céleste
33.
386 DOIT-ON ATTENDRE DE QUELQUE AUTRE

de la Parole pour parvenir aux hautes destinées qui
lui sont promises, il est à espérer que les écrits et
les prédications de M. Harris n'exerceront plus sur
l'esprit de certains membres de la Nouvelle Église
du Seigneur cette influence que vous redoutez. Ce-
pendant, comme le merveilleux a toujours quelque
attrait pour beaucoup de personnes, et, qu'en géné-
ral on n'est pas longtemps porté à jouir paisiblement
des richesses qu'on possède, même quand ce sont des
richesses spirituelles, sans désirer en posséder de
nouvelles, je crois qu'il est important de montrer
par des exemples combien l'extase présente de dan-
gers; et, puisque dans votre lettre vous désirez que
j'entre sur ce sujet dans quelques détails, je m'em-
presse d'accéder à votre désir.
Inutile de rapporter ici les nombreuses extrava-
gances dites ou écrites par les extatiques de France
dans ces derniers temps; il en a sans doute été de
même en Angleterre ; mais je vous parlerai de deux
extatiques qui ont appartenu à la Nouvelle Église, et
dont l'état d'extase a beaucoup de rapport avec ce-
lui de M. Harris. Ils avaient l'un et l'autre les quali-
tés qu'on se plaît à reconnaître dans M. Harris, et
tous deux avaient fait une élude approfondie des
Écrits de Swedenborg; mais, malgré les connais-
sances qu'ils y avaient puisées, ils ne purent pas ré-
sister longtemps aux astucieuses insinuations des
esprits qui étaient en eux, et avec lesquels ils s'entre-
tenaient.
UN SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG ? 387

Ces esprits insinuèrent au premier, M. le comte
de B., qu'il était chargé de la mission spéciale d'éta-
blir la Nouvelle Jérusalem sur notre terre. Par suite
de cette insinuation, M. de B. avait fait ce raisonne-
ment : « Le monde spirituel est le monde des causes,
et le monde naturel est le monde des effets; Swe-
denborg a été le révélateur des causes et ne s'est
point occupé des effets ; donc, pour que l'œuvre soit
complète, il faut un révélateur des effets ; je suis ce
révélateur. » Alors il reçoit ordre de faire la consti-
tution que doit avoir la France sous le régime de la
Nouvelle Jérusalem, et il se met aussitôt à l'œuvre;
il commence à écrire cette constitution le 16 janvier
1830, et termine ce travail le 5 février suivant. Il
faut ajouter que, dès la fin de 1829, M. de B. avait,
à l'exemple de Swedenborg, commencé un Diarium
ou journal, qu'il a continué sans interruption jus-
qu'au 22 novembre 1833, et dans lequel il a enre-
gistré toutes ses visions ; mais il a quitté notre
monde sans que ses révélations aient reçu leur ac-
complissement, que chaque jour il attendait. Peu de
temps après son décès, tous ses écrits, dont quel-
ques-uns sont bons, m'ont été adressés par sa veuve ;
et, si l'on en excepte ses visions, sa prétention à être
le révélateur des effets et quelques autres excentri-
cités, M. de B. ne s'écarte pas de Swedenborg.
Le sort du second, M. ***, a été plus douloureux
pour nous. M. de B. s'était contenté d'être le révé-
lateur des effets ; les esprits avec lesquels M. ***
388 DOIT-ON A T T E N D R E DE QUELQUE AUTRE

communiquait se montrèrent plus ambitieux pour
lui, et lui insinuèrent qu'il avait pour mission de ré-
véler les fins. Par un raisonnement analogue à celui
de M. de B., ils faisaient dire à M. *** : « Le royau-
me spirituel du Seigneur est le royaume des causes,
et son royaume céleste est le royaume des lins ; Swe-
denborg a été le révélateur des causes, et ne s'est
point occupé des fins ; donc, pour que l'œuvre soit
complète, il faut un révélateur des fins ; je suis ce
révélateur. » Dès lors, M. "*** ne s'occupe qu'à rem-
plir la mission dont il se croit chargé ; il veut dé-
couvrir les fins; mais ses facultés intellectuelles,
quoique d'un ordre très-élève, sont tellement surex-
citées que ses extases deviennent effrayantes; il di-
vague, il entre en fureur, et l'on est contraint de le
mettre dans une maison de fous.
Vous parlerai-je d'un autre extatique qui se crut
destiné à donner une troisième Parole pour compléter
l'Ancien et le Nouveau Testament ? Je crois qu'il
suffit des deux premiers exemples, sans qu'il soit
même besoin de les accompagner de réflexions.
Toutefois, comme le nombre des extatiques a beau-
coup augmenté depuis qu'il est question des Tables
tournantes, il ne serait pas hors de propos de dire
ici quelques mots de ces Tables, surtout en raison du
rapport qu'elles ont avec le sujet dont nous nous
occupons maintenant. Or, quand on commença en
France à faire tourner des tables, l'un de nos frères
m'écrivit pour me demander ce que j'en pensais;
i;.N SUPPLÉMENT DES ÉC11ITS UE SWEDENBORG? 389

mon opinion sur ce point n'ayant pas changé depuis
la réponse que je lui adressai, je vous transcris ici
cette réponse :
« Nous ne nous sommes pas occupés ici des Tables
tournantes et parlantes, ni d'aucun des phénomènes
qui peuvent en dériver, parce que nous savons, par
tons les enseignements que nous donne Swedenborg
sur le Monde spirituel, combien il y a de dangers à
entrer maintenant en conversation avec les êtres qui
habitent ce monde. Quant au fait en lui-même, il est
certainement providentiel, comme tout ce qui arrive,
mais il est de la classe des faits de permission. Le
Seigneur a permis aux esprits sensuels-corporels (car
il n'y a que ceux-là qui désirent entrer en communi-
cation directe avec les hommes) de lier conversation
avec les habitants de notre globe, parce qu'il est dans
les vues de sa Divine Providence de tirer du bien des
pernicieuses intentions de ces esprits, qui ne se plaisent
qu'à dresser de fatales embûches, en se présentant
soit comme des Anges de lumière, soit comme Saint-
Esprit, soit même quelquefois comme étant le Sei-
gneur, et surtout en nous inculquant des principes
erronés au moyen de flatteries faites avec une sata-
nique adresse, et en nous berçant d'illusions nuisi-
bles à notre propre régénération. Je suis persuadé
([ne ce phénomène des Tables, dont on s'occupe dans
toutes les classes de la société, soit ouvertement,
soit secrètement, aura pour avantage d'amener beau-
coup de personnes à méditer sur les choses spiri-
33*.
390 DOIT-ON ATTENDRE DE QUELQUE AUTRE

tuelles, ce qu'elles n'auraient pas fait sans cela. Mais
aussi, que de maux il en résultera ! combien d'héré-
sies il en surgira ! que de désillusionnements ! com-
bien d'hommes en deviendront fous ! les hospices en
reçoivent chaque jour dont la folie n'a pas d'autre
cause. Rendons donc grâces au Seigneur de ce qu'il
nous a fait connaître par son serviteur Swedenborg
la nature de ce monde spirituel, dont la communi-
cation avec le nôtre est si dangereuse maintenant
que la partie la plus proche de nous (le monde des
esprits) est encore composée de tant d'êtres pervers ;
et ne cherchons la vérité que dans sa Parole, dont il
nous a donné la clé en nous révélant le sens spirituel.
Remarquez bien que, si Swedenborg a pu converser
sans danger avec les êtres du monde spirituel, c'est
parce qu'il a été continuellement sous la garde du
Seigneur ; il déclare lui-même que s'il eût cessé d'y
être un seul instant, il eût été perdu ; et il a été con-
tinuellement sous cette garde, parce qu'il était indis-
pensable pour le second avènement du Seigneur
qu'unhornme eût une connaissance parfaite du Monde
spirituel, afin de pouvoir donner l'explication du
sens interne de la Parole. Cette explication étant
donnée, il n'y a plus maintenant aucune nécessité
qu'un autre homme soit mis dans le même état que
SAvcdenborg. Il ne peut donc arriver que des mal-
heurs, soit naturels, soit spirituels, aux imprudents
qui voudraient communiquer directement avec l'autre
monde. »
UN SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG ? 391

Enfin, pour en finir avec ces Tables, j'ajouterai
que des habitants de notre ville, surpris de ce qu'au-
cun des nôtres ne s'occupait des Tables, nie firent
demander ce que je pensais de ceux qui s'amusaient
à les faire tourner ; je leur fis répondre que je ne
saurais mieux les comparer qu'à des enfants qui
jouent avec le feu.
Quant au langage des esprits avec l'homme, et aux
dangers qui en résultent, nous trouvons dans Swe-
denborg un passage que tous les membres de la Nou-
velle Église devraient avoir sous les yeux pour le mé-
diter ; c'est pourquoi, bien que ce passage soit long,
je n'hésite pas à le donner ici tout entier.
« Plusieurs croient que l'homme peut être ensei-
gné par le Seigneur au moyen des esprits qui parlent
avec lui ; mais ceux qui le croient et le veulent, ne
savent pas que cela a été conjoint avec le péril de
leur âme. Tant que l'homme vit dans le monde, il est,
quant à son esprit, au milieu des esprits, et cepen-
dant les esprits ne savent pas qu'ils sont chez l'hom-
me, et l'homme ne sait pas qu'il est avec les esprits :
cela vient de ce qu'ils ont été conjoints immédiate-
ment quant aux affections]de la volonté, et médiate-
ment quant aux pensées de l'entendement ; en effet,
l'homme pense naturellement, mais les esprits pen-
sent spirituellement ; or, la pensée naturelle et la
pensée spirituelle ne font un que par les Correspon-
dances, et l'union par les Correspondances fait que
l'un ne sait rien au sujet de l'autre. Mais dès que les
392 DOIT-ON ATTEXIIRE DE QUELQUE AUT11E

esprits commencent à parler avec l'homme, ils pas-
sent de leur état spirituel dans l'état naturel de
l'homme, et alors ils savent qu'ils sont chez l'homme,
et ils se conjoignent avec les pensées de son affection,
et parlent avec lui d'après ces pensées : ils ne peu-
vent entrer dans autre chose; car tous sont conjoints
par une affection semblable, et par suite par une
pensée semblable, et tous sont séparés par la diffé-
rence de l'affection et de la pensée. De là résulte que
l'esprit qui parle est dans les mêmes principes avec
l'homme, que ces principes soient vrais, ou qu'ils
soient faux, et qu'en outre il les excite et les confir-
me fortement par son affection conjointe à l'affection
de l'homme. D'après cela, il est évident qu'il n'y a
pas d'autres esprits que des esprits semblables à lui,
qui parlent avec l'homme, ou qui opèrent d'une ma-
nière manifeste dans l'homme, car l'opération mani-
feste coïncide avec le langage; de là vient qu'il n'y a
que des esprits enthousiastiques qui parlent avec les
enthousiastes ; qu'il n'y a aussi que des esprits Qua-
kers qui opèrent dans les Quakers, et des esprits
Moraves dans les Moraves ; il en serait de même avec
les Ariens, avec les Sociniens, et avec les autres héré-
tiques. Tous les esprits qui parlent avec l'homme ne
sont autres que des hommes qui ont vécu dans le
monde, et alors tels : qu'il en soit ainsi, il m'a été
donné de le connaître par des expériences. Et, ce
qu'il y a de plaisant, lorsque l'homme croit que l'Es-
prit Saint parle avec lui, ou opère en lui, l'esprit
l:N SCPPLÉMIÎ.XT DES F.OIUTS NE SWEDENBORG? 393

croit aussi lui-même q u ' i l est l'Espril Saint; cela est
commun chez les esprits enlhousiastiques. D'après
ces considérations, on voit clairement le danger dans
lequel est l'homme qui parle avec des esprits, ou qui
sent manifestement leur opération. L'homme ignore
quelle est son affection, si elle est bonne ou mau-
vaise; il ignore aussi avec quelles autres affections
elle a été conjointe ; et s'il a le faste de la propre in-
telligence, l'Esprit est favorable à ioule pensée qui
en provient : il en est do même si quelqu'un a, pour
des principes, une faveur pleine d'un certain feu
qu'on trouve chez ceux qui ne sont pas dans les vrais
par une affection réelle; quand l'Esprit d'après une
affection semblable est favorable aux pensées ou aux
principes de l'homme, l'un conduit l'autre comme
un aveugle conduit un aveugle, jusqu'à ce qu'ils
tombent tous deux dans la fosse. Tels ont été autre-
fois les Pythoniciens, et aussi dans l'Egypte et à
Bahylone les mages, qui ont été appelés sages, parce
qu'ils parlaient avec les esprits, et parce qu'ils sen-
taient manifestement-en eux leur opération : mais
par là le culte de Dieu a été changé en culte des dé-
mons, et l'Eglise a péri : c'est pour cela que de telles
communications furent interdites sous peine de mort
aux lils d'Israël. » — A. E. 1182.
Permettez-moi encore de rapporter ici ce que
nous apprend Swedenborg sur la manière dont le
Seigneur enseigne l'homme : « U n e des lois de la
Divine Providence, nous dit-il, c'est que le Seigneur
394 DOIT-ON ATTENDRE DE QUELQUE AUTRE

n'enseigne pas immédiatement les vrais à l'homme,
ni d'après Lui-Même, ni d'après les Anges ; mais
qu'il enseigne médiatement par la Parole, par les
Prédications, par les Lectures, par les Entretiens et
les Coinmiinications avec les autres, et ainsi par les
Pensées qu'on a avec soi-même ; et que l'homme soit
alors illustré selon l'affection du vrai d'après l'usage ;
autrement l'homme n'agirait pas comme par lui-
même. « — A. E. 1173. —- « II n'y a pas de révé-
lation immédiate, si ce n'est celle qui a été donnée
dans la Parole, et telle qu'elle est dans les Prophètes
et les Évangélistes, et dans les Historiques.» — A. E.
1177.
A tout ce qui précède j'ajouterai une considération
qui doit être d'un très-grand poids pour quiconque
est réellement de la Nouvelle Église, c'est que la
Bible défend impérativement d'avoir aucune commu-
nication avec les morts ; or, d'après nos doctrines,
tous les êtres qui sont dans le monde spirituel ont
été primitivement dans le monde naturel et y sont
morts.
La Nouvelle Église du Seigneur n'a rien à craindre
du Catholicisme romain, ni du Protestantisme ; ces
deux grandes fractions de la vieille Église, n'ayant
plus aujourd'hui aucun lien interne avec l'Église du
Seigneur dans le Ciel, et n'existant plus qu'à l'exté-
rieur dans notre monde, sont destinées à se détruire
mutuellement par des combats, et aussi à se déchirer
elles-mêmes par des guerres intestines ; mais le dan-
UN SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG ? 395

ger que pourrait courir la Nouvelle Église, et dont
le Seigneur saura la préserver, c'est le zèle trop ar-
dent de ceux de ses membres qui, ne se contentant
pas de la nouvelle dispensation de lumières données
par le Seigneur à son second avènement, voudraient
en obtenir de plus éclatantes par des moyens opposés
aux lois de l'ordre Divin ; car il ne pourrait résulter
delà que de pernicieuses hérésies. Nous devons donc
nous en tenir à la Parole, et aux explications que
nous en donne Swedenborg ; c'est, en mon particu-
lier, ce que je fais ; et s'il m'est arrivé, ou s'il m'ar-
rive jamais d'écrire ou de dire quelque chose qui ne
soit pas en concordance avec les enseignements doc-
trinaux et philosophiques de notre Auteur, ce n'aura
été ou ce ne sera que par une pure inadvertance, et
dès à présent je le rétracte.
Je terminerai par une observation : Le Seigneur
permet que quelques-uns de ceux qui doivent être de
sa Nouvelle Église y soient amenées, soit par des
communications qu'ils ont avec le monde spirituel,
soit par des faits de ce genre dont ils ont été seule-
ment témoins. Il en est ainsi, parce que ceux qui
ont été dévastés complètement, c'est-à-dire, ceux qui
ont entièrement rejeté les dogmes de la vieille Église,
et qui par suite sont tombés dans l'incrédulité, sont
plus aptes que les autres à recevoir les dogmes de la
Nouvelle Église, s'ils ont conservé en eux de l'amour
pour ce qui est bien et vrai, et pour ce qui est juste
et équitable. Or, de tels hommes ne peuvent être re-
300 DOIT-OX ATTENDRI'; DE QIEÏ.QUK A U T R E

tirés de l'incrédulité que par des faits qui leur prou-
vent manifestement qu'il y a dans l'univers autre
chose que la matière, et que le spirituel, qu'ils
avaient en mépris par suite de l'abus qu'on en fait
pour obtenir domination sur les hommes, a cepen-
dant une existence réelle et certaine ; c'est donc dans
leur intérêt spirituel que le Seigneur permet ces
faits; mais si l'homme, retiré ainsi de son incrédu-
lité, continue à avoir commerce avec les esprits, au
lieu de recourir et de s'en rapporter à la Parole et
. aux Écrits de Swedenborg, qui seuls peuvent lui
faire connaiire quelle est la composition de ce monde
des esprits, et quels sont les dangers dont lui-même
est entouré, les esprits s'emparent facilement de
toute sa confiance, et il perd son libre arbitre, c'est-
à-dire qu'il n'agit plus d'après le libre selon la rai-
son (ex liuero sfcundum r/nionem), comme tout
homme sensé doit le faire; dès cet instant il n'est
plus que leur esclave, lors même qu'il s'imagine être
encore libre.
Si donc il m'était permis de donner des conseils à
nos frères, j'engagerais fortement ceux d'entre eux
qui n'ont pas eu de communication avec le Monde
spirituel, ci qui désireraient en avoir, à prier le
Seigneur de leur donner la force de chasser loin
d'eux ce désir ; et plus fortement encore j'engagerais
ceux qui seraient en communication avec ce Monde
spirituel, d'abord, à réfléchir sérieusement aux dan-
gers t a n t naturels que spirituels auxquels ils se trou-
UN SUPPLÉMENT DES ÉCRITS DE SWEDENBORG ? 397

vent exposés ; puis, à supplier le Seigneur de leur
venir en aide pour rompre cette communication, ce
qui ne pourrait être fait qu'autant que leur supplica-
tion partirait du fond de leur cœur, c'est-à-dire,
qu'autant qu'eux-mêmes, loin d'avoir encore quelque
penchant pour cette communication, ne ressenti-
raient plus pour elle que de la crainte et de l'aver-
sion. Enfin, je dirais à tous en général : Le Seigneur
nous a donné par Swedenborg la vraie doctrine de sa
Nouvelle Église; cette doctrine est inattaquable,
parce qu'elle est fondée sur le sens de la lettre de sa
Parole, illustré par son sens spirituel, et qu'elle a
pour base la base même qu'il lui a donnée lorsqu'il
était dans le monde, à savoir, l'amour envers le Sei-
gneur et la charité à l'égard du prochain. Qu'avons-
nous besoin de plus ? rejetons donc loin de nous tous
les autres moyens d'instruction qui sont incompati-
bles avec les lois de l'ordre divin ; cherchons le
royaume de Dieu et sa justice, et toutes choses nous
seront données par surcroît, c'est-à-dire, régéné-
rons-nous, et nous trouverons en abondance, au
moyen de l'illustration, tout ce que nous pourrons
désirer pour accroître notre intelligence dans les
choses spirituelles.
Agréez, mon cher ami, la nouvelle assurance de
ma constante amitié.
PUBLICATION DE L'INDEX GÉNÉRAL
DES PASSAGES DE LA PAROLE CITÉS DANS LES ÉCRITS
DE SWEDENBORG.

A Monsieur S. Worcester, ministre de la Nou-
velle Église, à Baltimore (États-Unis).

Saint-Amand (Cher), 1" mars 1859.

Mon cher Monsieur,
J'ai retardé de quelques jours ma réponse à votre
lettre pour avoir le plaisir de vous annoncer que
l'ouvrage dont vous me parlex est maintenant sous
presse, et que la première feuille est déjà imprimée ;
j'espère même que la publication pourra être termi-
née, s'il plaît au Seigneur, dans le courant de cette
année ; car tout est maintenant disposé pour qu'il
n'y ait pas d'interruption dans le tirage des feuilles ;
l'ouvrage entier formera un volume in-8° d'environ
400 pages.
Cet ouvrage comprendra tous les Traités théolo-
giques de Swedenborg, sous 37 dénominations, car
les Advenaria ayant 3 séries de numéros et une par-
tie non numérotée, formeront 4 divisions. Chaque
PUBLICATION DE L'INDEX GÉNÉRAL. 399

Traité est désigné par des initiales, et la nature de
chaque citation des passages de la Parole est indi-
quée par les petites lettres initiales dont je me suis
servi dans les Index particuliers qui sont à la suite
de la plupart de mes traductions.
Pour éviter la confusion, et principalement en rai-
son de la faible importance des Adversaria, les
Livres de la Parole qui en sont le sujet, à savoir :
Le Pentateuque, Josué, les Juges, Samuel, les Rois,
Ésaïe et Jércmie, auront un double Index. Ainsi,
Genèse, Index I, contiendra les citations qui sont
dans les 33 Traités, et Genèse, Index II, contiendra
celles qui sont dans les 4 parties des Adversaria.
L'Index II de la Genèse sera à la suite de l'Index I,
et précédera l'Index I de l'Exode, et de même pour
les Livres qui auront deux Index. Les Livres bibli-
ques, tant de l'ancien que du nouveau Testament,
qui ne font pas partie de la Parole, auront leur Index
à la fin de l'ouvrage, de même que dans mes Index
particuliers.
Comme ce volume ne sera, pour ainsi dire, com-
posé que de chiffres, il pourrait être a l'usage de
toutes les nations, s'il n'était pas indispensable de le
faire précéder d'un Avertissement, pour expliquer
au lecteur la signification des initiales qui précèdent
et suivent les chiffres, à savoir, les lettres qui in-
diquent les Traités, et celles qui indiquent la va-
leur de la citation. Or, pour que cet Avertisse-
ment fût à l'usage de tous les membres de l'É-
400 PUBLICATION DE l/INDEX GÉNÉRAL.

glise, il suffirait de l'imprimer en même temps en
anglais et en allemand ; car de tous ceux qui auront
besoin pour leurs travaux de recourir à cet Index, il
ne s'en trouvera pas un seul qui n'ait quelque notion
de l'anglais, de l'allemand ou du français, langues
qui sont les plus répandues dans le monde. Or,
comme cet Avertissement, quoiqu'il doive être placé
en tête de l'Index, n'a pas besoin pour cela d'être
imprimé tout de suite, j'ai l'intention de le faire tra-
duire en anglais et en allemand, afin de le donner
dans les trois langues. Je suis encore porté à cela
par deux autres considérations; la première, c'est
que, malgré tout le soin qu'on pourrait mettre en
réimprimant cet Index, il serait impossible qu'il ne
se glissât pas de nombreuses fautes, puisque l'ou-
vrage entier ne se compose que de chiffres et de
lettres initiales. La seconde considération, c'est que,
s'il était seulement à l'usage de ceux qui connaissent
le français, il ne s'en écoulerait peut-être pas dix
exemplaires, tandis qu'étant d'un usage plus général
au moyen des trois langues, j'ai l'espoir que tout
ceux de l'Église qui s'occupent de travaux bibliques
s'en serviront. D'un autre côté, il y aura économie
pour les Églises des États-Unis, d'Angleterre et
d'Allemagne; car si elles étaient obligées de faire
réimprimer l'Index dans leur langue, elles ne ren-
treraient pas dans les frais considérables qu'une telle
réimpression nécessiterait.
Je vous annoncerai aussi que j'ai l'intention de
PUBLICATION DE L'INDEX GÉNÉRAL. 401

faire réimprimer les Traités de Swedenborg que
j'avais publiés avant d'avoir conçu l'idée de donner
des Tables analytiques; on réimprime maintenant
les quatre doctrines en un seul volume.
Veuillez, je vous prie, remercier le Comité de ce
qu'il a bien voulu s'adresser à moi pour le travail
dont la Convention l'avait chargé, et lui dire que
j'aurais, de mon côté, été charmé de recourir aux
travaux qu'il a déjà préparés pour l'accomplissement
de l'Index Général, si au moment où votre lettre
m'est parvenue mon plan n'eût pas été arrêté, et si
la première feuille de l'ouvrage n'eût déjà été en voie
de composition à l'imprimerie.

34*.
SOCIETE DE LA NOUVELLE EGLISE
I>E L'ILE-MADIUCE.

A Monsieur M , à Port-Louis (Ile-Maurice).

Saint-Arnaud (Cher), 24 décembre 1859.

La rupture de M. B avec les Métho-
distes, l'organisation par lui d'une Église semblable
à celle des Apôtres, son adhésion à certains prin-
cipes de notre doctrine, et la fusion de son Église
avec la Nouvelle Église du Seigneur, sont des faits
d'une importance bien grave, sur lesquels notre
frère, M. Edmond de Chazal, m'invite par sa lettre
à donner mon opinion. S'il ne s'agissait que de cer-
tains détails du culte, je répondrais : Faites à Mau-
rice comme vous le jugerez convenable ; peu importe
la forme, pourvu que dans l'Église la substance (la
Doctrine) soit la même. Mais, comme il s'agit de
fondre ensemble deux communautés dont les doctri-
nes ne sont point identiques, et même de placer à la
tête de la fusion un homme, respectable sans doute,
mais qui n'a encore adopté qu'une partie de nos
doctrines, je réponds, puisqu'on me demande mon
avis, que cette fusion serait désastreuse pour l'Église.
SOCIÉTÉ DE L'ILE-MAURICE. 403
C'est surtout à son commencement qu'une Église
a besoin de prudence ; car tout dépend des commen-
cements; engagée dans une voie fausse, elle ne tar-
derait pas à être dissipée; ce n'est pas au nombre
qu'il faut viser, mais c'est à la qualité des membres,
c'est-à-dire, à n'avoir pour nouveaux adeptes que des
personnes susceptibles de commencer et de pour-
suivre leur régénération. Est-il possible d'obtenir ce
résultat, en recevant dans votre sein une foule de
personnes qui se sont détachées de leur communion
par suite d'une querelle entre leurs ministres, et
qui ont épousé le parti de l'un deux? Et encore, CG
n'est pas vous qui les recevriez dans votre sein;
mais, au contraire, vous iriez vous joindre à elles
dans l'espoir de les attirer plus tard à vous.
J'ai donc répondu à M. de Chazal que j'étais com-
plètement de son avis, et qu'en s'opposant à la fu-
sion il avait agi comme j'aurais cru devoir agir en
pareille circonstance. Dans ce que je vous dis là, il
n'y a rien de personnel pour M. B ; je désire
même bien vivement que ce ministre de la vieille
Église continue à étudier Swedenborg, et qu'il puisse
se convaincre que tout ce que Swedenborg a écrit
est conforme à la Divine Parole, et conforme en
même temps à la saine raison ; alors, si l'Église do
Maurice le jugeait à propos, elle pourrait le choisir
pour ministre.
404 SOCIÉTÉ DE LA NOUVELLE ÉGLISE

A Monsieur Edm. de Chazal, à Si-A., par Port-
Louis (Ile-Maurice).

Saint-Araand (Cher), 2ù décembre 1859.

Nous avons lu avec beaucoup d'intérêt vos
brochures ; et je ne doute pas qu'il n'en soit de
môme en Angleterre et en Amérique, où vous en
avez sans doute envoyé quelques exemplaires.
J'arrive maintenant à la question capitale de votre
lettre : La fusion de la Nouvelle Église avec l'Église
B Que vous avez été bien inspiré en résistant
à cette fusion ! Puissiez-vous remporter une victoire
complète ! non pas que notre Doctrine soit exclusive ;
elle est très-tolérante, au contraire, puisque, quelle
que soit la croyance des autres, elle admet comme
étant de l'Église universelle du Seigneur tous ceux
des autres communions qui croient en Dieu et qui
vivent par religion conformément aux préceptes du
Décalogue ; mais ce n'est pas une raison pour se
joindre dans un culte externe commun avec ceux qui
n'admettent pas l'ensemble de nos doctrines; une
telle fusion serait on ne peut plus dangereuse pour
nos frères en particulier, et pour l'avenir de la Nou-
velle Église en général. L'affaire B me rappelle
celle de l'abbé Ledru, l'éditeur de la liturgie dont
nous nous servons en quelque partie. L'abbé Ledru,
DE L'UE-MAURICE. 405
après 1830, s'étant brouillé avec son métropolitain,
l'évêque de Chartres, fut destitué par lui ; les parois-
siens de l'abbé l'aimaient beaucoup, car c'était, dit-
on, un excellent homme ; ils se rangèrent de son côté,
et M. Ledru, qui connaissait quelques Écrits de Swfr
denborg, mais imparfaitement, établit un culte pu-
blic. Or, tout en prêchant les doctrines de la Nouvelle
Église, il les entremêlait de cérémonies Catholiques
romaines, espérant par là retenir chez lui la majorité
de ses paroissiens encore imbus de superstitions;
mais on ne met pas du vin nouveau dans de vieilles
outres; aussi l'entreprise de M. Ledru n'eut-elle
qu'un succès éphémère, et après sa mort le reste de
ses paroissiens retourna à la Babylone. Il n'y eut
plus dans sa paroisse une seule personne attachée
aux doctrines de la Nouvelle Église.
Jesuisloin de suspecter les intentions de M. B ;
j'admets qu'il a sincèrement reconnu et adopté la
Trinité dans l'Unité Divine de notre Seigneur Jé-
sus-Christ ; que la foi ne peut pas sauver sans les
œuvres, et que la Parole renferme un sens spirituel
dont Swedenborg, comme M. B ledit, peut avoir
mieux compris l'expression ; mais cela suffit-il dans
la position où se trouve M. B ? Pour conserver
son ascendant sur ses ouailles, M. B ne sera-t-
il pas forcé, comme M. Ledru, de faire des conces-
sions à quelques-uns de leurs préjugés? Les ouailles
auront un pied dans la Nouvelle Église et l'autre
dans l'ancienne ; cette position est la plus dangereuse.
406 SOCIÉTÉ DE LA NOUVELLE ÉGLISE

La meilleure condition pour entrer dans la Nouvelle
Église, c'est d'être dévasté ; j'admets que parmi ceux
qui ont suivi M. B , il y ait plusieurs dévas-
tés ; ceux-là ne pourront devenir de réels disciples,
qu'autant qu'on les aura convaincus que Dieu lui-
même est Homme, que l'âme de Jésus-Christ était
Dieu même, que le monde spirituel est un monde
substantiel, que l'âme humaine est une substance or-
ganisée indestructible, donnant la forme à notre
corps, et est, par conséquent, l'homme même, etc.
Or, M. B pourra-t-il, en chaire, entrer dans
tous les développements nécessaires pour prouver ces
points capitaux ? S'il ne le fait pas, les dévastés re-
tourneront à leur incrédulité, et les non-dévastés à
leur foi seule; car ceux-ci ne manqueront pas de
dire : Le vin vieux est meilleur? En effet, il est plus
aisé de se croire sauvé par la foi seule que de se ré-
générer.
Tout en admettant que M. B soit sincère, je
ne crois pas lui faire injure en redoutant qu'il y ait
encore en lui quelque reste de l'amour de la propre
intelligence; car nous tous, qui faisons tous nos
efforts pour avancer dans la régénération, nous sa-
vons que le chemin est rude, et qu'on n'avance que
pas à pas. Du reste, nous n'aurions pas cette expé-
rience personnelle, que le fait de M. B d'éta-
blir par lui-même un culte doctrinal suffirait pour
nous donner cette crainte. Vous avez donc pris le
parti le plus prudent, et je vous en félicite de tout
DE L'ILE-MAURICE. 407
cœur. Quoique nous ne soyons pas du monde, com-
me nous le dit le Seigneur, nous devons cependant
vivre dans le monde ; mais pour la doctrine, c'est
au monde à venir h nous, et non à nous à aller au
monde ; nous n'avons donc aucune transaction à faire
avec lui quant à tout ce qui concerne le spirituel.
La propagande, telle que le monde la conçoit, a
ses dangers ; le nombre ne fait rien pour la chose,
la qualité fait tout ; le disciple qui fait des progrès
dans sa propre régénération, fait plus avancer le
règne du Seigneur sur la terre, que celui qui par ses
discours arrive à pêcher quelques maigres poissons.
Vous avez très-bien fait de ne pas vous laisser en-
traîner par les mots charité et tolérance; la vraie
signification de ces mots est tombée en oubli comme
celle du mot prochain. Vous êtes sur un bon terrain,
restez-y ferme ; nos amis, j'en ai l'espoir, reconnaî-
tront que cette fusion était grosse de dangers; et ce
queje souhaite ardemment pour M.B ,c'est qu'il
continue à étudier Swedenborg, et qu'il se pénètre
des principes de notre Doctrine céleste.
VERSION LATINE DES SAINTES ECRITURES
D'APRÈS SWEDENBORG.

A Monsieur Edm. de Chazal, à St-A. (Ile-Mau-
rice).

Saint-Amand (Cher), 20 mars 1860.

Veuillez recevoir mes remerciements et
l'expression de ma vive reconnaissance pour la som-
me que vous mettez à ma disposition. Cette somme
nous est venue fort à propos pour nous déterminer à
commencer dès maintenant une œuvre bien impor-
tante, vers l'exécution de laquelle tous mes travaux
ont convergé depuis plus de vingt ans, mais qui ne
pouvait être commencée que lorsque nous aurions à
notre disposition l'outil principal, c'est-à-dire Vln-
dex Général de tous les passages bibliques cités
dans les Écrits de Swedenborg ; je veux parler d'une
Version latine de la Bible d'après Swedenborg.
Convaincus, comme nous le sommes tous, que la
Nouvelle Église dans un temps plus ou moins éloigné
VERSION LATINE DES SAINTES ÉCRITURES. 409

sera répandue sur toute la surface du globe, nous
devons considérer comme le plus universel de tous
les usages, celui de présenter une Version de'la Bible
dans la langue la plus généralement connue des
érudits, afin que, à mesure que la Nouvelle Église
pénétrera chez une nation, cette nation puisse en
avoir une traduction dans sa langue. La Version la-
tine ne servira donc pas seulement aux Français, aux
Anglais et aux Allemands pour avoir une Version vul-
gaire, mais elle servira aussi aux Suédois, aux Es-
pagnols, aux Portugais, aux Italiens, aux Polonais,
aux Russes, etc., et plus tard, sans doute, aux di-
verses nations mahométanes, indiennes, etc.
Cette Bible, dans le format in-8° sera à deux co-
lonnes ; la première à gauche contiendra le texte, et
à la suite de chaque Verset l'indication des Ouvrages
de Swedenborg où le texte est cité, les variantes s'il
en existe, et au besoin des observations ; la seconde
colonne contiendra les significations données par
Swedenborg dans ses divers Traités. Comme cette
Bible formera, d'après cela, un assez grand nombre
de volumes, nous avons pensé qu'il serait plus agréa-
ble pour les lecteurs d'avoir d'abord la partie pro-
phétique; ainsi, nous allons commencer par Ésai'e ;
et comme on est très-peu porté en général à lire le
latin, lors même que l'on connaît bien cette langue,
notre intention est de donner plus tard une traduc-
tion française de chaque volume publié. Je pars de-
piain pour Paris afin de me concerter avec M. Harlé,
35.
410 VERSION LATINE DES SAINTES ÉCRITURES

qui veut bien prendre sa part dans cette œuvre ; et
de là nous irons à Tubingue pour compulser ensem-
ble les nouveaux manuscrits que M. Tafel a rapportés
dernièrement de Stockholm.
Lorsqu'une nouvelle Église se forme, je
crois qu'il est bon que le frère qui s'est chargé de
remplir provisoirement les fonctions du ministère
continue, sauf empêchement, à les exercer tant que
le provisoire subsiste Les détails que vous nous
donnez sur l'impression que la cérémonie du bap-
tême a produite nous ont beaucoup intéressés, et
sont d'un très-bon augure pour l'avenir de l'Église
dans votre île. Quant aux diverses tribulations que
vous avez éprouvées, elles sont dans la nature des
choses ; l'enfant qui vient de naître doit traverser
diverses périodes douloureuses, avant que sa santé
soit affermie, la dentition, par exemple; telle est
toute Église naissante. Que votre Église se confie au
Seigneur Seul, et elle sortira victorieuse de toutes
ses épreuves. Ce que vous me dites de M. B me
prouve suffisamment combien vous avez eu raison de
vous opposer à sa réception comme ministre. Par
cela seul que M. B a des communications avec le
monde des esprits, quelle que soit du reste sa mora-
lité, l'Église courrait les plus grands dangers, si
elle se mettait sous sa direction ; car de telles com-
munications sont contre l'ordre Divin ; le Seigneur
ne communique avec l'homme que dans la Parole,
lorsqu'elle est lue par l'homme avec intention d'y
D'APRÈS SWEDENBORG. 411
découvrir le vrai et de le mettre en application ; c'est
là l'illustration ; l'homme alors conserve pleinement
sa liberté. Dans le cas de M. B , il la perd tout à
fait ; or, pour que l'homme puisse se régénérer et
guider les autres, il faut qu'il agisse d'après le libre
selon la raison, ex libéra secundum rationem,
nous dit Swedenborg; belle sentence exprimée en
peu de mots, et que nous devons avoir toujours pré-
sente à la mémoire........
FONDATION D'UN JOURNAL
DANS L'ILE-MAURICE.
INSTRUCTION DES JEUNES NÈGRES ET INDIENS.

Au même.

Saint-Amand (Cher), 24 avril 1860.

..' Si votre île appartenait encore à la France,
je vous engagerais fortement à renoncer au projet
d'y fonder un journal; mais comme vous jouissez
d'une complète liberté de discussion, je ne vois pas
un grand inconvénient à ce que vous fassiez ce que
font nos frères en Angleterre et en Amérique, et
votre polémique jusqu'à ce jour prouve suffisamment
que vous saurez maintenir haut le drapeau de la
Nouvelle Jérusalem. Votre Église est encore dans la
période militante; il lui faut donc des discussions
pour entretenir son zèle; mais il arrivera un temps
où elle reconnaîtra l'inutilité de la lutte, et où chaque
frère se reposera sous son cep et sous son figuier,
laissant la vieille Église se déchirer de ses propres
mains, nation contre nation, royaume contre royau-
me (mal contre mal, faux contre faux ) ; n'est-ce pas
déjà ce que nous voyons dans notre vieille Europe ?
FONDATION D'CN JOURNAL DANS I/ILE-MAURICE. 413

J'ai vu avec peine que votre école n'allait pas se-
lon vos désirs ; il ne faudrait cependant pas jeter le
manche après la cognée ; j'ai toujours considéré votre
projet de donner de l'instruction aux enfants de vos
travailleurs comme une des choses les plus impor-
tantes de la Nouvelle Église. Patience et persévé-
rance, et vous réussirez ; parmi ces enfants, si insou-
ciants d'instruction pour le moment, il suffira peut-
être que quelques-uns prennent enfin goût à l'étude,
pour que la doctrine de la Nouvelle Église soit portée
par eux chez les diverses nations de leur race. C'était
votre espoir, dites-vous, et vous craignez que ce
n'ait été qu'un rêve. Chassez, je vous prie, loin de
vous cette crainte ; avisez, si vous le jugez convena-
ble, à d'autres moyens d'exécution, mais persévérez
dans votre dessein ; n'abandonnez pas un des princi-
paux usages dont le Seigneur vous a gratifié, en met-
tant sous votre direction paternelle tant de jeunes
enfants, et en vous donnant les moyens naturels de
fonder l'établissement que je considère comme de-
vant être le plus avantageux pour les destinées fu-
tures de la Nouvelle Église

25*.
PUBLICATION DES SAINTES ECRITURES
VERSIONS LATINE ET FRANÇAISE.

Au même.

Saint-Amand (Cher), 21 juin 1860.

Le secours pécuniaire, que vous avez la
générosité de nous offrir, va nous permettre de don-
ner une plus grande impulsion à nos publications.
Aussitôt que j'eus reçu votre lettre, j'en ai fait part
à M. Harlé, afin de me concerter avec lui sur la
prompte mise à exécution de votre heureuse idée
d'imprimer dès maintenant notre traduction de la
Bible en français, et je n'ai retardé de quelques
jours ma réponse à votre lettre, que pour avoir le
plaisir de vous annoncer que nos dispositions sont
déjà prises, et que nous allons mettre sous presse le
nouveau Testament, se composant des quatre Évan-
giles et de l'Apocalypse. Ainsi, grâce à votre muni-
ficence, l'Église de France va jouir de l'avantage
d'avoir sa Bible à elle, Bible qu'elle désirait depuis
bien longtemps, et que sans vous nous n'aurions pu
commencer à faire imprimer que dans quelques an-
PUBLICATION DES SAINTES ÉCRITURES. 415
nées. Et, à ce propos, je vois confirmer d'une ma-
nière bien frappante cette déclaration de notre Swe-
denborg, que, selon les lois de l'Ordre Divin, c'est
au moyen des hommes que l'action du Seigneur sur
les hommes s'exerce. En effet, avant d'entreprendre
la publication d'une traduction française de la Bible
à l'usage des membres de la Nouvelle Église, il fallait
de longs travaux préparatoires ; il fallait que tous les
Ouvrages de Swedenborg eussent été traduits, afin
que rien de ce qu'ils contiennent ne fût négligé, il
fallait en outre un Index Général des passages de la
Parole, qui pût permettre de trouvera l'instant celui
dont on pourrait avoir besoin. Eh bien! à peine la
traduction complète est-elle terminée et l'Index Gé-
néral publié, lorsque, pour entreprendre l'œuvre, il
ne manquait que les fonds, le Seigneur vous suggère
l'idée de nous les offrir. Ce n'est certes pas la pre-
mière fois que je constate l'action de la Divine Pro-
vidence envers ceux qui ont mis toute leur confiance
en elle, car depuis que j'ai eu le bonheur de revenir
à mon Seigneur et à mon seul Dieu, j'ai eu bien des
occasions, quoique moins solennelles que celle-ci,
de reconnaître que dans sa Divine Miséricorde le Sei-
gneur veille à tous nos besoins, et nous donne ce qu'il
nous faut avant même que nous le lui demandions.
Nous allons donc mener de front l'impression de
la Bible latine dont je vous parlais dans une de mes
précédentes lettres, et celle de la Bible française
Nous avons reçu, M. Harlé et moi, chacun deux
416 PUBLICATION WES SAINTES ÉCRITURES.
exemplaires du catéchisme en français et en patois.
C'est une heureuse idée que vous avez eue de com-
poser, pour vos jeunes élèves, ce catéchisme en pa-
tois
Je vous remercie de l'attention que vous avez eue
de m'envoyer un exemplaire de votre réponse à l'évê-
que anglican de Maurice ; je l'ai lue avec un grand
intérêt, et je vous félicite d'avoir si bien jugé et ré-
futé Adolphe Monod. Toutefois, si vous fondez un
journal à Maurice, évitez autant que possible de par-
ler de Paul. Si vous désirez savoir pourquoi, je vous
le dirai.
ÉTABLISSEMENT DU CULTE
ÉGLISE DE L'ILE-MAURICE.

Au même.

Saint-Aroand (Cher), 23 août 1860.

Il arrive quelquefois que certains de nos projets,
quoique empreints du plus pur dévouement au bien
général de l'Église, ne peuvent pas être réalisés; nous
nous en affligeons d'abord ; mais notre céleste doc-
trine, qui a du baume pour toutes les blessures, nous
rappelle bientôt que, puisqu'il n'a pas plu au Sei-
gneur d'exaucer nos vœux, c'est que leur accomplis-
sement aurait été plus nuisible qu'utile aux vues mi-
séricordieuses de sa Divine Providence ; et plus tard
nous acquérons la certitude que ce que nous avions
d'abord considéré comme désavantageux pour l'Église
a cependant tourné à son avantage. C'est dans ce
sens que l'Écriture dit qu'on ne peut voir Dieu que
par derrière. Ces réflexions me sont suggérées par
votre dernière lettre au sujet du projet que vous aviez
formé d'élever à Port-Louis un temple pour la Nou-
velle Église. Les tribulations que vous éprouvez
présentent tant de similitudes avec celles qui m'ont
418 ÉTABLISSEMENT DU CULTE.

assailli, que vous voudrez bien m'excuser, si je me
permets de vous tracer un simple précis de ce qui
nous est arrivé ici il y a environ vingt ans. La
France, sous les Bourbons de la branche cadette,
jouissait d'une sorte de liberté publique des cultes.
En 1839, un homme, M. C , paraissant pénétré
de toutes les vérités de la Nouvelle Église, se pré-
sente à moi et me déclare son intention de consacrer
80,000 francs à l'érection d'un temple dans la ville
de Saint-Amand ; il achète et paye 12,000 francs le
terrain, et me charge de faire dresser un plan de
l'édifice ; le plan est fait et approuvé par lui ; c'est
celui qui est inséré dans le Tome II de la Revue;
les fondations sont effectuées, et le 20 mars 1840
est fixé pour la pose de la première pierre. M. C ,
arrive le jour dit, et la cérémonie a lieu au milieu du
concours de toute la ville. Puis, dès le lendemain, les
ouvriers se mettent à l'œuvre, et l'édifice s'élève;
mais lorsqu'il fut question de couronner le dessus de
la porte d'entrée, les constructions étant déjà arri-
vées à cette hauteur, M. C voulut y faire mettre
des emblèmes qui ne convenaient nullement à nos
principes ; résistance de ma part, obstination de la
sienne. M. C était, il est vrai, un très-honnête
homme, et admirateur de Swedenborg, mais mal-
heureusement il était extatique, et les emblèmes qu'il
proposait étaient un résultat de ses extases. Comme
il n'y a pas à raisonner avec un extatique, quand il
s'agit de ses extases, je fus contraint de rompre avec
ÉGLISE DE L'ILE-MAURICE. 419
lui, et la construction du temple fut abandonnée (*).
Vous devez juger des tribulations que j'éprouvai ;
mais la doctrine me donna la force de les surmonter,
et le temps est venu me fournir la preuve qu'il avait
été avantageux pour l'Église de Saint-Amand que ce
temple n'eût pas alors été construit ; en effet, il au-
rait pu rester ouvert jusqu'en 1851, mais alors il
eût été inévitablement fermé.
Autre exemple : La Revue, après une existence
de dix années, cesse de paraître ; il m'en a, certes,
coûté beaucoup d'être obligé de suspendre sa publi-
cation, car c'était en 1848, alors que tout portait à
croire qu'elle pourrait jouir de toute sa liberté d'ac-
tion. C'est encore la doctrine qui vint me soutenir
dans cette affliction ; je portai alors toute mon acti-
vité sur les traductions de notre Auteur, que j'ai pu,
d'après cela, mener à bonne fin, ce qui n'aurait pas
pu avoir lieu, si j'eusse continué à publier la Revue.
D'ailleurs, de quel avantage aurait été la Revue avec
la nouvelle législation sur la presse depuis le réta-
blissement de l'empire ?
Je ne vous cite, mon cher frère, que ces deux
exemples qui me sont personnels ; il serait facile d'en
multiplier le nombre. Restons donc invariablement
convaincus que, quand nos intentions portent un
cachet de dévouement, le Seigneur est toujours avec
nous, et que s'il ne permet pas que nos intentions

('*) Voir Tome III des Mélanges, page 424.
420 ÉTABLISSEMENT DU CULTE.

soient réalisées, c'est dans l'intérêt général de l'É-
glise ou dans notre propre intérêt spirituel.
Les luttes dont vous me parlez n'ont rien d'éton-
nant, elles sont même dans la nature des choses.
Toute Église, soit grande en nombre, soit petite, est
homme collectif, et soumise comme l'homme aux
diverses phases de la régénération : or, de même
que l'homme qui commence à se régénérer doit né-
cessairement éprouver de nombreuses tentations, de
même doit-il en être pour toute Église naissante.
Continuez donc, cher ami et frère, à suivre la ligne
que vous vous êtes tracée, sans trop vous préoccu-
per de conflits qui ont leur raison d'être, mais qui
en définitive tourneront à l'avantage de l'Église.
Dans l'état d'irréligion où sont, en général, plongés
les hommes de notre siècle, on devient Swedenbor-
gien avant de devenir un vrai membre de l'Église du
Seigneur Jésus-Christ; et le passage du premier
état au second se fait plus ou moins rapidement selon
la disposition d'esprit et le degré d'amour de cha-
cun; tel qui aujourd'hui n'est encore que Swedenbor-
gien, sera peut-être demain un vrai disciple du Sei-
gneur, tel autre ne le deviendra que plus tard ; le
Seigneur Seul connaît le vrai moment de ce passage
pour chacun
ÉGLISE DE L'IIE-MAURICE. 421

A Monsieur M , à Port-Louis (Ile-Maurice).

Saint-Amand (Cher), 24 septembre 1860.

Soyons les vrais disciples du Seigneur
Jésus-Christ, en nous aimant tous les uns les autres ;
laissons les morts ensevelir leurs morts, et ne nous
jetons pas comme eux dans des discussions intermi-
nables, parce qu'alors les deux amours mauvais, qui
ne peuvent être déracinés que par de nombreux
combats intérieurs et beaucoup de temps, trouve-
raient dans ces discussions de nouvelles forces pour
résister. Soyons sévères pour nous-mêmes, mais in-
dulgents pour les autres, et nous pourrons alors main-
tenir parmi nous la concorde, l'union, l'amour. Ce
conseil, mon très-cher frère, que je vous donne, en
invoquant le nom de notre Divin Sauveur, c'est de
passer l'éponge sur tous les faits qui se sont produits
dernièrement, et de donner le baiser de paix à vos
trois frères. Dans une lettre que j'écris aujourd'hui
à M. de Chazal, je lui donne aussi ce conseil, et je
prie le Seigneur de m'accorder la grâce qu'il soit
bien accueilli des deux côtés.
A quoi servirait-il de peser les griefs de part et
d'autre ? ne serait-ce pas envenimer la plaie plutôt
que la guérir? S'il s'agissait d'une hérésie quelcon-
36.
422 ÉTABLISSEMENT DU CULTE.

que, ce serait différent ; il y aurait urgence à l'ex-
tirper; mais tant qu'il ne s'agit que de l'externe,
qui est seulement un vêtement, comme chacun est
libre de s'habiller à sa manière, chaque société peut,
pour le culte et ses accessoires, adopter les formes
qui lui paraissent les meilleures. Si donc, après vous
être cordialement réconciliés, vous ne pouvez pas
tomber d'accord sur les formes, gardez-vous d'en-
trer pour cela en discussion ; au lieu d'une société il
y en aura deux, mais que ces deux sociétés restent
sœurs, et l'Église n'en sera pas moins une. « La Nou-
velle Église du Seigneur, nous dit Swedenborg, sera
dans son externe beaucoup plus diversifiée qu'au-
cune des Églises précédentes, mais elle sera une
dans l'interne; » et, en effet, l'Église universelle est
homme aux yeux du Seigneur, comme le Ciel est
homme, et c'est la diversité des parties de l'homme
qui constitue son unité.
Il est cependant un point sur lequel je dois dire
quelques mots : c'est à l'égard du ministre demandé.
S'il ne vous en a pas été envoyé un, ce n'est nulle-
ment la faute de M. de Chazal ; dans chacune des
lettres qu'il m'écrivait, il insistait pour le prompt
départ du ministre ; il a même été jusqu'à doubler le
traitement annuel, dans la crainte que le premier
traitement ne fût trop faible ; plusieurs personnes
s'étaient présentées; mais, après renseignements
pris, elles ne pouvaient convenir; enfin nous en
trouvâmes un qui serait parti, si une maladie grave
ÉGLISE DE L'ILE-MAURICE. 423
dont il fut attaqué ne l'eût rais hors d'état d'entre-
prendre la traversée.
Maintenant, venons à M. B Je vous avouerai
que je ne partage pas vos espérances sur le succès
de ses prédications ; non pas, vous le pensez bien,
que je mette en doute ce que vous me dites de son
caractère, de ses bonnes intentions et de son savoir,
mais mon opinion est fondée sur un fait analogue, qui
s'est produit en France, il y a environ 2o ans. L'abbé
Ledru (le traducteur de la liturgie dont vous avez,
je crois, un exemplaire), s'étant fâché avec son évo-
que qui le destitua, était tellement aimé de ses pa-
roissiens qu'ils résistèrent à l'évêque, se cotisèrent
et gardèrent l'abbé pour leur guide religieux. M. Le-
dru connaissait quelques Ouvrages de Swedenborg,
il ouvrit un temple à Lèves sa paroisse, faubourg de
Chartres, et il y prêcha ouvertement les doctrines de
la Nouvelle Jérusalem ; son troupeau lui resta fidèle-
ment attaché tant qu'il vécut, mais dès qu'il fut mort,
tous ses paroissiens, sans en excepter un seul, re-
tournèrent à la Babylone. Ce n'est pas en masse
qu'on entre dans la Nouvelle Église; et même, ce
qu'il y a de plus dangereux pour l'homme quant à
son âme, c'est d'avoir un pied dans une Église et
l'autre pied dans une autre. Encore un exemple : Le
révérend Clows (le traducteur anglais des Arcanes
Célestes), continua toute sa vie à rester extérieure-
ment attaché à l'Église anglicane ; il prétendait, di-
sait-il, être plus utile à la propagation de la Nouvelle
424 ÉTABLISSEMENT DU CULTE.

Église, parce qu'il pouvait ainsi s'adresser à Man-
chester à un nombreux auditoire; et il critiquait
Robert Hindmarsh qui s'était résolument séparé de
la vieille Église. Hindmarsh était un laïque qui avait
été nommé ministre par trois ou quatre amis. Lors-
que je m'informai à Manchester des résultats obtenus
par Clows, j'appris qu'après sa mort pas un seul de
ses paroissiens n'était entré dans la Société de la
Nouvelle Eglise, tandis que toutes les Sociétés ac-
tuelles d'Angleterre et des États-Unis sont des filles
de la petite Église que Robert Hindmarsh et ses trois
ou quatre amis avaient fondée.
D'un autre côté, il paraît que M. B a quelque-
fois des rapports avec le monde spirituel. Si le fait
est vrai, je le plains bien sincèrement; mais il me
deviendra impossible de lui accorder ma confiance,
parce que j'ai la conviction que, dans le temps pré-
sent, d'après l'état actuel du monde des esprits, toute
communication avec ce monde par la voie de l'extase
ne peut causer que des désastres dans l'Église, en y
introduisant des hérésies ; nous n'en avons eu jusqu'à
présent que trop d'exemples. Je ne vous citerai que
M. OEgger, dont la Revue contient quelques articles
signés QE M. Œgger était premier vicaire de la
cathédrale de Paris et professeur de philosophie
avant d'adopter la doctrine de la Nouvelle Jérusalem ;
il eut malheureusement des extases, et mêla ses per-
ceptions personnelles avec celles qu'avait eues Swe-
denborg ; il en résulta une hérésie, qui aurait été un
ÉGLISE DE L'ILE-MAURICE. 425
serpent volant dans l'Église, si le Seigneur n'y eût
pourvu en isolant sous ce rapport M. QEgger, qui
cependant, sauf cette hérésie, demeura toujours uni
avec nous ; mais malgré toutes les raisons qu'on ne
cessa de lui donner pour la lui faire rejeter, il y res-
tait attaché, tant il est vrai que, sur certains points,
chaque extatique se trouve privé de son libre arbitre,
et ne peut plus dès-lors agir ex libéra secundum ra-
tionem, sentence admirable que nous donne Swe-^
denborg, et qui devraitrester toujours gravée dans la
mémoire de tout Novi-Jérusalémite. Malgré le vif dé-
sir que M. OEgger avait d'être ministre de la Nou-
velle Église, et quoiqu'on n'eût aucun autre repro-
che à lui faire, jamais nos frères de Paris n'ont voulu
le reconnaître en cette qualité.
DON DE M. E. DE CHAZAL, DE L'ILE-MAURICE
ENVOI DE LIVRES AU CANADA, ETC.

A Monsieur Edm. de Chazal, à St-A. (Ile-Mau-
rice).

Saint-Amand (Cher), 24 octobre 1860.

J'ai reçu avec votre dernière lettre la traite de
10,000 fr. qu'elle contenait; je vous prie d'agréer
au nom de l'Église de France et au mien toute notre
reconnaissance pour ce généreux don, qui nous met
en position de donner une nouvelle activité aux pu-
blications que nous avons entreprises. Jusqu'à pré-
sent j'ai eu pour habitude, toutes les fois que j'ai re-
çu des dons, sans autre désignation que l'emploi
pour l'impression de nos ouvrages, de distribuer
gratuitement nos Traités pour une valeur équivalente
aux dons; c'est ainsi qu'en 1857, par suile du don
de 20,000 fr. que M. Emmanuel de L m'avait
précédemment fait, je dotai une centaine de biblio-
thèques publiques, tant de France que de l'étranger,
d'une collection complète des Ouvrages jusqu'alors
ENVOI DE LIVRES AU CANADA. 421

publiés. Je ne vous rapporte ce fait que pour vous
prévenir que j'ai l'intention d'en agir de même pour
les sommes que vous m'avez envoyées ; ainsi, non-
seulement vous avez puissamment contribué à l'im-
pression des ouvrages que nous nous proposons de
publier, mais encore votre générosité aura servi à
répandre sur le globe les célestes doctrines de la
Nouvelle Jérusalem. J'ai même commencé : ayant
lu, il y a peu de temps, dans le New-Jérusalem
Messenger, la lettre d'un Canadien qui demandait au
Rédacteur s'il avait des traductions de Swedenborg
en français, je m'empressai d'envoyer à M. Jewett
une lettre pour M. J.Q., en le priant de la lui transmet-
tre; la réponse ne se fit pas longtemps attendre ; il en
résulte qu'il y a à Québec un noyau de la Nouvelle
Église, composé de six personnes parmi lesquelles se
trouve un médecin qui, par suite de ses études anté-
rieures, peut prêcher et prêche publiquement nos
doctrines. A cette nouvelle, j'écrivis sans perdre de
temps à M. Minot pour le charger d'envoyer à Québec,
non-seulement une collection complète de nos ou-
vrages, mais plusieurs exemplaires des Traités qui,
par leur nature, sont plus propres à être répandus
dans le public ; la caisse va partir, et ce sera spé-
cialement à vous que les Canadiens qui, en qualité
d'anciens colons français, sont en conformité de rap-
ports avec les habitants de l'ancienne Ile de France,
devront la connaissance des ouvrages français de la
Nouvelle Église, Mes efforts en 1857, pour doter les
428 ENVOI DE LIVRES AU CANADA.

bibliothèques publiques des principales villes d'Italie,
ont été vains ; mais les circonstances n'étant plus
les mêmes, je vais les renouveler, et j'espère être
plus heureux.
J'ai lu avec la plus grande satisfaction votre ré-
ponse et celle de M. Lesage aux attaques de M. Le-
brun ; vous ne pouviez pas frapper plus juste ; mes
compliments aussi à M. Lesage. Les nouvelles que
vous me donnez de l'état des esprits dans votre île
sont plus satisfaisantes que les précédentes, et cepen-
dant vous manifestez une sorte de découragement;
je conçois cet état ; j'y ai passé ; ce sont là des tenta-
tions que le Seigneur permet pour notre propre ré-
génération. Lui-Même ne s'y est-il pas soumis ? et la
régénération de l'homme est l'image de la glorifica-
tion du Seigneur ; c'est lorsque notre Divin Sauveur
voyait l'état spirituel des hommes parmi lesquels il
vivait, et celui de l'humanité tout entière, qu'il était
porté à désespérer d'accomplir son œuvre de Ré-
demption ; c'était là une de ses plus cruelles tenta-
tions, et c'est alors qu'il s'adressait au Père. De
même, nous, adressons-nous dans ces moments au
Seigneur en qui seul est le Père, et il nous rendra
l'espoir. Vous parlez de vous réfugier en France ou
en Amérique ! Vous étiez encore sous le coup de la
tentation, quand vous avez écrit ces mots. Songez
donc que si vous mettiez en acte une telle idée, vous
seriez comme un soldat qui abandonnerait le poste
qu'on lui a confié ; et encore quel poste ! le plus
MISSION DE L'ÉGLISE DE L'ILE-MAURICE. 429
glorieux qui puisse être offert. Située entre les deux
mondes, l'occidental et l'oriental, l'île Maurice ne
paraît-elle pas destinée à transmettre la nouvelle ré-
vélation de l'occident qui la méprise à l'orient qui en
a soif, bien qu'il en ignore encore l'existenee? Qui
mieux que vous qui avez, comme planteur, une sort»
de pouvoir paternel sur de jeunes êtres susceptibles
d'être façonnés par l'éducation, pourrait remplir les
vues du Seigneur pour la propagation de sa doctrine
céleste dans les vastes régions orientales? Si donc
cette pensée de découragement, qui n'a été que mo-
mentanée, s'emparait de nouveau de vous, chassez-la
avec le secours du Seigneur, et songez aux immenses
résultats que votre persistance à conserver- votre
poste produira, sinon pour le présent, du moins
pour l'avenir. Efforcez-vous d'être moins sensible
aux coups qu'on vous porte, soit du dehors, soit
même de l'intérieur; c'a d'abord été comme des
coups de poignard, je le sais par expérience, et je
vous ai plaint; « qui ne sait compatir aux maux qu'il
a soufferts! »et j'ai prié le Seigneur pour vous:mais
ces coups de poignard doivent déjà ne plus pénétrer
si profondément, et bientôt ils ne feront qu'effleurer
Fépiderme. Vous désirez voir la France, rien de plus
naturel ; si vous pensez pouvoir vous absenter sans
grand inconvénient, venez nous voir ; vous nous fe-
rez à tous le plus vif plaisir, mais que ce soit comme
voyageur et non comme réfugié.
Je vous ai adressé avec ma dernière lettre un exem-
430 RÉIMPRESSION DE LA RELIGION DU BON SENS.

plaire de notre réimpression de la Religion du bon
sens. L'édition de Richer étant épuisée, nous aurions
désiré réimprimer aussi la Clé du mystère; mais
comme Richer n'a l'ait imprimer lui-même que le
premier volume de son ouvrage, et que les sept
autres volumes ont été édités par M. de Tollenare,
il n'y a que le premier volume qui soit tombé dans
le domaine publie ; et M. de Tollenare ayant laissé
pour héritiers des mineurs (son fils étant mort), nous
ne pouvons pas encore réimprimer les volumes qui
sont leur propriété ; cependant M. de Tollenare
m'ayant abandonné les manuscrits inédits de Richer,
dont plusieurs ont été insérés dans la Revue, un
second volume qu'on imprime maintenant sous le
titre de Mélanges sera peut-être suivi d'un troisième.
CONSEILS ET DIRECTIONS A L'ÉGLISE
DE L'ILE-MAURICE.

Au même.

Saint-Aœand (Cher), 24 novembre 1860.

J'ai vu avec plaisir que, grâce à la Divine
Providence, votre petite société a échappé aux dan-
gers dont la tempête soulevée par des amours pro-
pres la menaçait ; continuez à suivre la marche pru-
dente que vous avez adoptée, et si de nouveaux ora-
ges survenaient, ils se dissiperaient d'eux-mêmes,
sans nuire à votre vie spirituelle ; on n'a rien à crain.
dre pour elle, lorsqu'on reconnaît le Seigneur pour
seul et unique Dieu dans son Divin Humain et qu'on
vit selon ses préceptes. Le Divin Humain du Sei-
gneur ! Que l'homme est heureux quand il le recon-
naît, le confirme et s'adresse uniquement à Lui ! Ce
Divin Humain de Jésus-Christ est la pierre d'achop-
pement pour les hommes de notre siècle, même pour
quelques-uns qui se croient de sa Nouvelle Église,
parce qu'ils ont adopté les Doctrines de la Nouvelle
Jérusalem. L'unité de Dieu dans le Seigneur Jésus-
432 CONSEILS ET DIRECTIONS A I/ÉGLISE

Christ leur plaît, surtout parce qu'ils la voient inscrite
dans mille passages de la Parole ; mais comme ils ne
cherchent pas à confirmer ce dogme fondamental de
la Nouvelle Église par des scientifiques, il en résulte
que, vivant dans un siècle raisonneur, ils sont natu-
rellement portés à douter, lorsque leur croyance au
Divin Humain de Jésus-Christ tombe sous l'examen de
leur rationnel, ce qui arrive assez souvent, et bien qu'a-
lors ils cherchent à chasser la raison, leur foi chan-
celle. Nous devons, il est vrai, arriver au dogme par
la Divine Parole, et non par les scientifiques, parce
que agir autrement, ce serait contraire aux lois de l'or-
dre ; mais une fois le dogme ainsi admis et reconnu,
il nous est permis de le confirmer par des scientifi-
ques, et dès qu'il a été ainsi confirmé, nous n'avons
nullement à redouter la raison humaine. Il y a donc
du danger k ne s'attacher dans les Écrits de Sweden-
borg qu'à la partie théologique, et à laisser de côté
la partie philosophique ; et ce danger existe princi-
palement pour les membres de la Nouvelle Église qui
sont nés dans le protestantisme. Ceci m'explique
pourquoi en Angleterre et aux États-Unis des mi-
nistres mêmes ont été entraînés dans de fatales héré-
sies, et m'explique aussi pourquoi Swedenborg n'a
pas publié un seul Ouvrage où il ne soit question de
l'état extraordinaire dans lequel le Seigneur l'avait
mis, et où il ne traite philosophiquement son sujet,
après avoir pris pour base la Parole. Excusez cette
digression, qui n'est pas pour vous, mon cher ami,
DE L'ILE-MAURÏCE. 433
mais qui pourrait être utile à quelques-uns de nos
frères ; car j'ai plusieurs fois entendu dire en Angle-
terre et aussi en France : « Les Mémorables de Swe-
denborg nuisent à la propagation de la Nouvelle
Église, et l'on ferait beaucoup plus d'adeptes si on pu-
bliait ses principes doctrinaux qui sont admirables,
en éloignant tout ce qu'il donne comme mémora-
ble » (*). Cela serait possible quant au nombre, mais
quant à la qualité, non ; car beaucoup retourneraient
ensuite à ce qu'ils avaient vomi ; et c'est ce que nous
devons soigneusement éviter, puisque la profanation
qui en résulterait est l'état le plus déplorable pour
l'homme.

Au même.

Saiot-Amand (Cher), 16 avril 1861.

J'ai lu avec un grand intérêt vos réflexions
sur la constitution externe de la Nouvelle Église;
c'est un sujet qui m'a toujours beaucoup préoccupé^
et plus je le méditais, plus j'y trouvais de difficultés,
surtout en raison de la constitution du clergé à une

(*) Voir Tome III des Mélanges, page 546.
37.
434 CONSEILS ET DIRECTIONS A L'ÉGLISE

époque comme la nôtre, où l'amour de la domination
et l'orgueil de la propre intelligence ont encore tant
de force. Nous ne devons pas oublier que ce sont les
prêtres qui ont le plus contribué à perdre toutes les
Églises, et cependant il faut un sacerdoce. Mais est-
ce bien le moment de le constituer en corps avec
certains pouvoirs? Je ne saurais le décider
... J'ai cru longtemps, comme vous, dans mon ar-
dent désir pour le bien de l'humanité, que l'universa-
lité de l'Église pourrait se réaliser assez prompte-
ment sur notre globe; mais je crains beaucoup que
ce ne soit qu'après des siècles, quoique nous mar-
chions, certes, avec une rapidité toujours croissante
dans la nouvelle voie ouverte par le Seigneur depuis
1757 ; voir le N° 73 du Jugement Dernier.
Nous sommes en général, par suite de notre na-
ture, trop pressés de jouir. Heureux de connaître la
vérité, nous voudrions que tous la connussent ; con-
vaincus que la fraternité réelle ne pourra exister
entre les hommes qu'autant que la Nouvelle Jérusa-
lem régnera sur la terre, nous voudrions que son
règne s'établît tout de suite; do là le besoin qui se
fait aussitôt sentir de constituer l'externe de l'église.
Jusque là il n'y 'a pas grand mal, mais voici le dan-
ger : on se trouve porté à croire qu'une Église ainsi
constituée, quant à l'externe, va présenter l'image de
la concorde et de l'union ; et, comme il ne saurait
en être ainsi, il peut arriver qu'on se désespère. Or,
s'il ne peut pas y avoir concorde, c'est parce qu'alors
DE L'ILE-MAURICE. 435
chaque homme de l'Église a des tentations à subir,
d'où résultent des troubles individuels et collectifs.
S'il ne peut pas y avoir union, c'est parce que, en
admettant même que tous les membres d'une Église
fussent de vrais Jérusalémites, ils ne pourront pas
cependant, dans l'état actuel des choses, constituer
l'homme spirituel qu'on nomme Église; car il man-
quera à cet homme certain organe ou certain vis-
cère important, ou bien, il s'y trouvera des parties
dont la vraie place serait dans un autre corps, et
tout cela en raison des Correspondances, puisque
chaque homme de l'Église correspond à une des par-
ties du corps humain. Ce qui s'opère dans le monde
spirituel, où il n'y a qu'apparence d'espace, et où
l'union est la conséquence de la sympathie, ne peut
avoir lieu sur notre terre qu'à l'égard de l'Église
vue intérieurement. Ainsi, depuis le JugementDernier,
la Nouvelle Église sur notre terre se présente comme
un seul homme aux yeux du Seigneur, et les diverses
parties de cet homme se trouvent disséminées sur
toute- la surface du globe; il en est de même des
Églises partielles ; chacune, dans un royaume ou dans
un empire, constitueun homme dont les diverses par-
ties sont éparses ça et là, et se trouvent chez ceux
qui reconnaissent le Seigneur et vivent selon ses pré-
ceptes, à quelque communion qu'ils appartiennent. Je
ne suis entré dans ces détails, que vous connaissez
aussi bien que moi, qu'afin de vous encourager dans
votre dessein de ne pas trop chercher à augmenter
436 CONSEILS ET DIRECTIONS A L'ÉGLISE

en nombre, et de vous rappeler que votre Église,
quelque petite qu'elle soit, fait partie d'une Église
plus grande dont le Seigneur seul connaît la compo-
sition.
Quant à l'interprétation de la doctrine, je pense
que la Nouvelle Jérusalem n'aura pas à redouter ces
discussions interminables qui ont troublé la pre-
mière Église chrétienne, depuis son commencement
jusqu'à nos jours. La doctrine est exposée si claire-
ment dans les Écrits de Swedenborg, qu'il est impos-
sible qu'on puisse la falsifier; et quiconque voudrait
seulement la modifier devra par cela même être con-
sidéré comme hors de l'Église. Il n'en serait peut-
être pas de même pour les autres vérités que renfer-
ment les Écrits de Swedenborg ; car ces Écrits sont
si nombreux qu'on pourrait, lorsqu'on n'a pas encore
saisi l'ensemble de son système si bien coordonné, en
détacher une proposition, et en déduire toute autre
chose que ce que l'Auteur voulait exprimer. Ce dan-
ger, je l'ai déjà reconnu depuis longtemps, et c'est ce
qui m'a décidé à consacrer tout le temps que j'ai à
rester sur cette terre à joindre à chaque Traité de
Swedenborg une Table analytique, à réunir toutes
ces Tables en un volumineux dictionnaire méthodi-
que, et à donner une Bible latine et une Bible fran-
çaise avec toutes les explications qui sont éparses
dans tous les Écrits de Swedenborg. Ce sera, pour
ainsi dire, une sorte d'arsenal, où chaque disciple
pourra trouver des armes pour combattre les adver-
DE L'ILE-MAURICE. 437
saires de la Nouvelle Église, ou pour confondre ceux
qui prétendraient que Swedenborg a dit des choses
que réellement il n'a pas dites, ou qui interpréte-
raient mal des choses qu'il a avancées.

Au même.
Saint-Arnaud (Cher), 16 juin 1861.

J'ai reçu avec votre lettre du 4 mai les quatre
exemplaires de vos Réponses au révérend Lebrun, son
attaque et les divers journaux dont vous me parlez.
Ce qui étonnera certainement ceux qui liront l'Atta-
que, c'est qu'un tel écrit porte là signature d'un
ministre protestant. Ses coreligionnaires doivent être
confus d'avoir pour champion un tel énergumène ;
car si ce pamphlet tombait sous les yeux des ministres
protestants français, ils en rougiraient d'indignation.
Votre réponse, mon excellent ami, estdipe,
votre modération admirable ; aucun des arguments
que notre Auteur pouvait fournir n'a été omis ;
ia défense de la Nouvelle Église ne pouvait être en
de meilleures mains...... Le choix des Articles ex-
traits de la Revue est aussi très-heureux.

37*.
438 CONSEILS ET DIRECTIONS A L'ÉGLISE

Au même.

Saint-Amand (Cher), 25 novembre 1861.

Vous avez près de vous nos frères MM. Châ-
teauncuf, Lesage et autres, avec qui vous pourrez
vous entendre pour vos publications. Nous sommes
vos aînés, il est vrai ; mais vous avez marché vite, à
Maurice ; et par les connaissances que vous avez ac-
quises sous la direction du Seigneur, par la liberté
légale dont vous jouissez dans votre île, par sa posi-
tion admirable pour la propagation parmi les gentils,
vous avez une haute mission à remplir. Vous venez
de commencer en publiant Y Écho de la Nouvelle
Jérusalem •
Quant à Madagascar, laissons d'abord les mission-
naires catholiques etprotestants se disputer ce pauvre
peuple ; leur action sur lui aura du moins cet avan-
tage de lui donner quelques idées sur le Seigneur;
quoique erronnées, "elles le prépareront

Ce que vous me dites de votre petite école et de
ses progrès nous a fait le plus grand plaisir ; vous ne
sauriez croire à quel point je m'intéresse à cette école,
et combien j'ai été heureux d'apprendre qu'elle com-
mençait à bien marcher........
DE L'ILE-MAURICE. 439
- •• -, /-" -
;
. . • .. .
Au même.
Saint-Amand (Cliei), 25 mars 1862.

Les découragements qui surviennent, plus
ou moins intenses selon la nature de chaque disciple,
sont permis par le Seigneur, parce qu'ils sont indis-'
pensables pour que la régénération poursuive son
cours. Dans votre Église, ils ont principalement eu
pour cause son organisation provisoire qu'on aurait
voulu remplacer par une organisation définitive au
moyen d'un ministre; mais le Seigneur, malgré toutes
nos démarches, n'ayant pas permis que nos désirs
fussent satisfaits, n'en devons-nous pas conclure qu'il
est dans les vues de sa Divine Providence que l'état
provisoire subsiste encore ? Nous ne pouvons voir
Dieu que par derrière, et le temps n'est peut-être pas
éloigné où nous reconnaîtrons que nos désirs, quoi-
que partant d'un cœur pur, auraient par leur accom-
plissement été préjudiciables et à l'état spirituel du
troupeau, et principalement à celui du pasteur. Je
dis principalement à celui du pasteur, car dans l'état
présent de la société humaine, et avec les idées qu'on
a en général à l'égard, soit d'un ministre protestant,
soit d'un prêtre catholique, il y a beaucoup plus de
danger pour le pasteur que pour ses brebis; en
effet, il lui est bien difficile de ne pas reporter un peu
sur sa personne ce qui n'est dû qu'à sa fonction,
CORRESPONDANCE; SUITE.
et de n'être pas gonflé par cette sorte de vénération
outrée que le sexe féminin est porté à avoir pour lui.
L'histoire de toutes les religions montre clairement
qu'elles ont été perverties par l'esprit de domina-
tion* du sacerdoce; aussi, cette question du sacer-
doce est celle qui m'a toujours le plus préoccupé ; et,
sans critiquer en aucune manière l'établissement du
sacerdoce dans les sociétés de la Nouvelle Église en
Angleterre et aux États-Unis, car le sacerdoce est
nécessaire, et il en faut un, je me suis souvent de-
mandé si, en lui donnant presque les mêmes formes
que dans la vieille Église, on n'aurait pas plus tard à
s'en repentir. En effet, notre pauvre espèce humaine
est prompte à s'enorgueillir, et si malheureusement
l'esprit de corps, partout si pernicieux, se glissait
un jour dans le sacerdoce de la Nouvelle Jérusalem,
n'y aurait-il pas pour elle un grand danger? Les
laïques, devront, je crois, en vue du bien général,
tout en entourant le sacerdoce d'égards et de res-
pect, veiller soigneusement pour le maintenir dans
de justes bornes, afin qu'il ne puisse pas être entraî-
né à suivre les errements des autres sacerdoces.

Au même.
Saint-Amand (Chef), 25 juin 1862.
Vous avez très-bien fait de chasser tout
DE L'ILE-MAURICE. 437
saires de la Nouvelle Église, ou pour confondre ceux
qui prétendraient que Swedenborg a dit des choses
que réellement il n'a pas dites, ou qui interpréte-
raient mal des choses qu'il a avancées.

Au même.
Saint-Arnaud (Cher), 16 juin 1861.

J'ai reçu avec votre lettre du 4 mai les quatre
exemplaires de vos Réponses au révérend L«brun, son
attaque et les divers journaux dont vous me parlez.
Ce qui étonnera certainement ceux qui liront Y Atta-
que, c'est qu'un tel écrit porte la signature d'un
ministre protestant. Ses coreligionnaires doivent être
confus d'avoir pour champion un tel énergumène ;
car si ce pamphlet tombait sous les yeux des ministres
protestants français, ils en rougiraient d'indignation.
Votre réponse, mon excellent ami, est digne,
votre modération admirable ; aucun des arguments
que notre Auteur pouvait fournir n'a été omis;
la défense de la Nouvelle Église ne pouvait être en
de meilleures mains...... Le choix des Articles ex-
traits de la Revue est aussi très-heureux.

37*.
438 CONSEILS ET DIRECTIONS A L'ÉGLISE

Au même.

Sainl-Amand (Cher), 25 novembre 1861.

Vous avez près de vous nos frères MM. Châ-
teauneuf, Lesage et autres, avec qui vous pourrez
vous entendre pour vos publications. Nous sommes
vos aînés, il est vrai ; mais vous avez marché vite, à
Maurice ; et par les connaissances que vous avez ac-
quises sous la direction du Seigneur, par la liberté
légale dont vous jouissez dans votre île, par sa posi-
tion admirable pour la propagation parmi les gentils,
vous avez une haute mission sa remplir. Vous venez
de commencer en publiant l'Écho de la Nouvelle
Jérusalem j
Quant à Madagascar, laissons d'abord les mission-
naires catholiques et protestants se disputer ce pauvre
peuple ; leur action s,ur lui aura du moins cet avan-
tage de lui donner quelques idées sur le Seigneur ;
quoique erronnées, "elles le prépareront

Ce que vous me dites de votre petite école et de
ses progrès nous a fait le plus grand plaisir; vous ne
sauriez croire à quel point je m'intéresse à cette école,
et combien j'ai été heureux d'apprendre qu'elle com-
mençait à bien marcher
VOYAGES A TU6INGUE ET A LONDRES. 441

doute relativement au droit de conférer le baptême ;
je conçois votre hésitation, car j'ai passé aussi par
cet état ; mais j'ai fini par reconnaître que dans la
situation embryonnaire où notre Église se trouve, ce
serait nous priver des plus grands avantages que le
Seigneur accorde, si nous hésitions plus longtemps ;
j'ai donc considéré cette hésitation comme produite
par certains esprits que Swedenborg appelle con-
sciencieux; voir A.. G. 5386, 8724. Vous ne sauriez
croire à quel point cette cérémonie du baptême con-
féré à de jeunes idolâtres nous a tous intéressés ; j'ai
lu publiquement à notre culte du dimanche la partie
de votre lettre qui en traitait, et l'impression qu'elle
produisit sur tous les assistants était saisissante; nous
étions surtout frappés de l'immense résultat qu'aurait
cette introduction de jeunes indiens et africains dans
la Nouvelle Église du Seigneur, eux élevés sous votre
tutelle, et destinés sans doute par le Seigneur, lors-
qu'ils seront adultes, à propager parmi leur race les
principes de la Nouvelle Jérusalem.

Nous nous rendrons, M. Harlé et moi, dans les
premiers jours de Juillet auprès du Dr Tafel, à Tu-
bingue, et nous ignorons encore le temps que nous
y resterons ; car le but principal de notre voyage est
d'avoir une copie de l'Index Biblicus, dont le
Dr Tafel fait la publication; cette publication de-
mandant beaucoup de temps pour être conduite à sa
fin, et d'un autre côté notre travail sur la Bible exi-
442 CORRESPONDANCE ; SUITE.

géant que nous ayons au moins sous les yeux les pas-
sages qui sont donnés dans cet Index, et qui n'ont
pas été cités en tout ou en partie dans les autres
Écrits de Swedenborg, nous aurons à examiner sur
les lieux s'il vaudra mieux faire nous-mêmes le dé-
pouillement de ces passages, ou confier à un copiste
intelligent la transcription de tout le manuscrit. —•
A notre retour d'Allemagne, nous avons le projet
d'aller avec quelques autres de nos frères à la con-
férence générale de la Nouvelle Église, qui ouvrira à
Londres le 12 août.

Au même.

Saint-Amand (Cher), 25 septembre 1802.

Cher et excellent ami et bien aimé frère en
notre S. J.-C.

Je vous ai écrit en quelques mots, de Tubingue et
de Londres, en vous promettant des explications sur
ces deux voyages lorsque je serais de retour. Me voici
à Saint-Amand depuis une quinzaine de jours; mais,
depuis mon arrivée, j'ai été tellement occupé à cor-
riger les épreuves des compositions faites pendant
mon absence, et à préparer de la copie pour les com-
positeurs, que je suis pour ainsi dire harassé ; je vais
VOYAGES A TUliINGUE ET A LONDRES. 443

cependant tâcher de vous donner un aperçu de ce
que nous avons vu et fait, M. Harlé et moi, pendant
ces deux voyages.
A Tubingue, nous avons été occupés du matin au
soir à recueillir sur les manuscrits de Swedenborg
tout ce qui pouvait nous servir à compléter notre
travail sur les Psaumes et sur Jérémie, afin de livrer
immédiatement à la presse ces deux volumes de notre
Bible latine.

A Londres, où M. Tafel s'est rendu avec nous,
nous avons assisté à la conférence, et nous y avons
renoué connaissance avec la plupart de nos frères
que nous y avions vus en 1851, et à Manchester, en
1857. Nous y avons trouvé la même cordialité, le
même empressement à nous être agréable et la même
fraternité.

Au même.

Sainl-Amand (Clicr), 25 octobre 1862.
Votre dernière lettre nous a fait grand plaisir;
d'abord le choléra a disparu ; puis la cérémonie dont
vous nous donnez les détails, et dont le résullat a été
si satisfaisant; mes sincères compliments à notre
frère M. Pastourel surtout, pour la prompte décision
qu'il a prise, après la discussion approfondie qui a
eu lieu. Toute société de la Nouvelle Église a le droit
444 CORRESPONDANCE; SUITE.
de se constituer comme bon lui semble; voilà le prin-
cipe quant à l'externe. J'ai lu avec intérêt l'article
que vous m'avez envoyé ; quant à l'avis que vous me
demandez sur l'opportunité d'appliquer nos doctrines
aux discussions politiques et sociales, je me trouve
incompétent sur ce point; il faudrait être sur les
lieux et bien connaître la législation et les mœurs du
pays pour émettre une opinion ; vous seul pouvez
donc juger des avantages ou des inconvénients qui
pourraient en résulter; du reste, cette application
n'est nullement en opposition avec nos doctrines,
puisque tout naturel dérive nécessairement d'un spi-
rituel ; tout dépend de Pà-propos.
L'un de nos savants littérateurs, M. Matter, connu
par de nombreux écrits estimés du public, vient de
faire paraître un ouvrage sur Saint-Martin, (le « phi-
losophe inconnu »,) et en a fait annoncer un sur Swe-
denborg. En homme consciencieux, M. Matter a voulu
connaître les Écrits de l'homme qu'il veut faire con-
naître, et son éditeur, le libraire Didier, les lui a
procurés. A la date du 19 octobre, M. Harlé m'écrit :
— « Je viens de recevoir la visite de M. Matter, en
» séjour à Paris pour quinze jours chez son fils, mi-
» nistre de la confession d'Augsbourg. Il désirait
» beaucoup vous voir et dit qu'il vous en écrira, en
» vous expliquant la difficulté pour lui d'aller jusqu'à
» vous. Nous avons beaucoup causé, et il me parait
» très-bien disposé pour un examen sérieux et sym-
» pathique, reconnaissant bien qu'il aborde tin hom-
OUVRAGE DE M. MATTER. 445

» me très-supérieur à Saint-Martin, dont il voit les
» côtés faibles. » — Le lendemain, 20 octobre,
M. Matter m'adresse la lettre suivante : — « Mon-
» sieur, — Vos amis de Paris vous ont entretenu de
» la publication que je prépare sur la vie et les Écrits
» de Swedenborg. Ils ont mis à ma disposition quel-
» ques-uns des ouvrages les plus considérables de
» l'homme extraordinaire dont je tiens à présenter
» et à faire apprécier le caractère, les facultés et la
» doctrine si exceptionnels dans les annales de l'hu-
» manité. J'ai pris dans mes entretiens avec eux des
» points de vue beaucoup plus clairs et plus positifs
» que dans les livres que j'avais consultés. Rien ne
» manquerait à mes vœux, si je pouvais y ajouter une
» conférence ou deux avec vous-même, Monsieur ; et
» si vos affaires, si l'intérêt que vous portez à une
» sainte cause, pouvaient vous amener à Paris d'ici
» au 4 novembre, je vous demanderais de me donner
» un rendez-vous aussitôt votre arrivée. Je dresse
» une série de notes dans la perspective que mon
» vœu pourrait se réaliser. — P. S. Mon âge, ma
» santé et mes affaires me rendent une excursion à
» Saint-Amand impossible. »
Depuis la réception de cette lettre, j'ai pris mes
dispositions pour pouvoir m'absenter sans que notre
imprimerie en souffre, et je partirai après-demain
pour Paris. Comme c'est la première fois que la lit-
térature savante entreprend de s'occuper sérieuse-
ment de Swedenborg, je ne veux pas laisser échap-
38.
446 CORRESPONDANCE; SUITE.
per l'occasion de conférer avec l'un de ses repré-
sentants.

Au même.

Saint-Amand (Cher), 25 novembre 1862.

Je vous disais dans ma dernière lettre que
j'allais partir pour Paris, afin d'avoir plusieurs con-
férences avec M. Matter. Je suis extrêmement con-
tent du résultat de ce voyage. Nous avons trouvé,
M. Harlé et moi, notre savant encore mieux dispo-
sé en faveur de Swedenborg que nous ne pouvions le
supposer, même d'après ce que nous connaissions
déjà de l'opinion que s'en était formée M. Matter à
la première inspection de ses Écrits. « Quel homme
extraordinaire ! » nous répétait-il souvent. Ce qui
nous a surtout réjouis, ce furent ces paroles, par les-
quelles dès le commencement M. Matter aborda la dis-
cussion : «On dit, en parlant de Swedenborg, que
c'est un mystique, qu'il est le prince des mystiques ;
mais nul n'est plus que lui opposé au mysticisme ! »
iN'ous avons abordé avec M. Matter, au sujet de Swe-
denborg, presque toutes les questions, tant scienti-
fiques que doctrinales; toutefois, nous ne devons pas
nous attendre à ce que l'ouvrage que publie M. Mat-
CONFÉRENCES AVEC M. MATTER. 447

ter soit du genre de ceux qui seraient écrits par
des disciples; mais il n'en fera que mieux son che-
min parmi les hommes du monde, et sera propre à
dissiper les idées fausses qu'on s'est généralement
formées sur Swedenborg, car il le présentera avec
pièces justificatives tel qu'il était réellement. Nous
avons remis à M. Matter tous les livres français, an-
glais et allemands qui traitent de Swedenborg, et
nous nous sommes séparés les meilleurs amis du
monde, lui étant retourné à Strasbourg et moi à
Saint-Amand.

Au même.

Sainl-Amand (Cher), 1l\ décembre 18G2.

Depuis ma dernière lettre, dans laquelle je
vous parlais de M. Matter, nos relations avec lui ont
continué avec une franche cordialité; son ouvrage
est sous presse, et aussitôt qu'il aura paru, je m'em-
presserai de vous en adresser un exemplaire; ce ne
sera toutefois que dans quelques mois.
Nous avons maintenant sous presse les Psaumes
en latin ; même disposition que notre Esaias, et en
même temps la traduction française dans le même
448 CORRESPONDANCE; SUITE.
format que notre Nouveau Testament ; celle double
publication nous occupe beaucoup, M. Harlé et moi.
Je continue simultanément l'Index des Arcanes Cé-
lestes, dont je vous ai envoyé il y a deux mois les
douze premières feuilles; le mois prochain, je vous
enverrai les feuilles suivantes qui auront paru ; cette
publication, en raison des nombreuses recherches
qu'elle nécessile, ne va pas aussi vite que je le dé-
sirerais; je pense cependant que le 1er volume, qui
aura au moins 500 pages, pourra être terminé dans
trois ou quatre mois. Outre ces Iravaux, qui me
prennent beaucoup de lemps, je n'oublie pas votre
recommandation de donner des traductions des bons
ouvrages de nos frères d'Angleterre. L'ouvrage de
M. Rendell, les Particularités de la Bible est aux
trois quarts imprimé ; mais il nous a fallu faire
beaucoup de suppressions; malgré les bonnes choses
que cet ouvrage renferme, je crois qu'il n'aurait pas
été du goût des Français si nous l'avions donné en
son entier; nous avons supprimé la plupart des dis-
cussions avec les théologiens de la vieille Église et les
notes qui s'y réfèrent. Les travaux actuels de nos
frères d'Angleterre conviennent sans doute très-bien
pour amener une nation protestante à lire les Ou-
vrages de Swedenborg, mais je doute que reur ma-
nière de présenter les choses puisse avoir le même
résultat pour une .nation catholique telle que la
nôtre......
SUITE DES PUBLICATIONS. 449

Au même.

Sainl-Amand (Cher), 24 janvier 1863.

Cher et excellent ami...
J'ai appris avec grande satisfaction que mon envoi
des douze premières feuilles de l'Index des Arcanes
vous avait fait plaisir, et je m'empresse de vous
adresser les 7 feuilles suivantes.... Je joins à ces
feuilles 24 demi-feuilles qui forment le commence-
ment du 3e volume du même Index ; ces 24 demi-
feuilles sont imprimées depuis très-longtemps, et le
volume ne sera continué que lorsque les deux pre-
miers volumes, qui composent l'Index proprement
dit, auront été imprimés. Si j'ai commencé par le
3e volume, ce qui peut paraître étonnant, en voici
la raison : Je ne pouvais composer l'Index Général
des passages de la Parole qu'autant que j'aurais à ma
disposition tous les Index particuliers des Traités de
Swedenborg ; or, le plus important, celui des Ar-
canes Célestes, me manquait ; il fallait donc d'abord
l'imprimer, et c'est ce que je .fis. Si ces 24 demi-
feuilles ne contenaient que cet Index des passages de
la Parole, je me dispenserais de vous l'adresser,
puisque vous avez l'Index Général ; mais vous y trou-
verez en outre plusieurs Tableaux alphabétiques qui
vous seront d'un grand secours pour vos travaux. Ce
38*.
450 CORRESPONDANCE ; SUITE.
e
3 volume, d'après le plan que je me suis tracé, con-
tiendra ensuite un exposé de la science des Corres-
pondances, la théorie des Degrés, celle des Nombres,
et une sorte de grammaire, tout cela tiré des Ar-
canes Célestes.— Sous les mômes bandes vous trou-
verez de plus les deux premières feuilles de notre
traduction des Psaumes
J'arrive maintenant à votre bienveillante lettre.
Combien je rends grâces au Seigneur d'avoir fait pé-
nétrer ses célestes doctrines dans l'ancienne Ile de
France et de vous les avoir fait connaître. Sans vos
généreux secours, sans votre participation active aux
frais de nos publications, où en serions-nous ici au
milieu de l'indifférence générale? Aurions-nous pu
faire ce que nous avons fait ? Mais le Seigneur sait
lever les obstacles lorsqu'il le faut ; et quand on met
toute sa confiance en Lui, quand on s'abandonne au
courant de sa Divine Providence, le secours arrive au
moment opportun ; c'est ce que j'ai éprouvé bien des
fois depuis plus de 25 ans.

Au même.

Saint-Amand (Cher), 25 février 1863.

Je vois par votre dernière lettre, du 5 jan-
vier, que ce que je vous ai dit de M. Matter vous a
DÉCLARATION DE M. MATTER. 451

beaucoup intéressé, je pense donc vous être agréable
en vous transcrivant un passage de la lettre qu'il
nous a adressée de Strasbourg, il y a une huitaine de
jours : — « Mon travail avance, mais j'ai encore be-
» soin de tous vos documents pour la correction des
» épreuves, qui est bien plus laborieuse que pour
» Saint-Martin ; celui-ci n'était qu'un individu ; Swe-
» denborg est un interprète de la Révélation et un
» fondateur, celui d'une Église. Sans nos conféren-
» ces du mois d'octobre, mon travail se faisait bien
» autre ; vous me l'avez facilité, mais il est encore bien
» difficile. Pour un membre de la Nouvelle Jérusa-
» lem tout est aisé; je le vois dans voire Revue et
» dans vos autres travaux. Il n'en est pas de même
» pour nous; dès que nous sommes d'une bienveil-
» lance complète, nous avons l'air, aux yeux des adver-
» saires, de trahir nos convictions. Pour moi, j'ai
M pris un parti héroïque : « Ceci est vrai, donc je
» le dis ; car c'est mon droit et mon devoir d'être
» vrai. » Que Dieu soit avec moi ! » — Ce sont de
bons sentiments et de nobles paroles, comme tout
savant honnête et consciencieux devrait en avoir et
les manifester; mais ils sont rares ceux qui préfèrent
l'amour du vrai à l'amour de leur propre renommée.

Toutes les nouvelles que contient votre dernière
lettre sont des plus satisfaisantes; d'abord, la réap-
parition de l'Écho; je ne saurais trop vous recom-
mander de continuer cette publication, qui est la
452 CORRESPONDANCE ; SUITE.
seule qui puisse, pour le moment, être publiée en
français ; le reproche que vous me citez, du corres-
pondant du « Monthty Observer, » dont votre
N° 14 contient la réfutation, serait une preuve, s'il
en était besoin, des services que votre Écho peut
rendre.

Au même.

Saint-Amand (Cher), 1k mars 1863.

... Les événements qui se passent maintenant, «n
AmériqueetenEurope.sont une preuve bien évidente
que le Seigneur n'est plus avec la vieille Église, puis-
qu'il renouvelle de jour en jour avec plus de rapidité
des choses de la société civile qui, jusqu'en 1757,
avait eu pour base la vieille société religieuse ; celle-
ci ne recevant plus l'influx du Seigneur, l'autre doit
nécessairement être renouvelée. « Voici, dit le Sei-
gneur, nouvelles toutes choses je fais. »
.... Je compte toujours sur vous pour m'indiquer
ceux des ouvrages de .nos frères d'Angleterre et d'A-
mérique que vous jugerez propres a être traduits
ibrement en français. Pour le moment nous avons
sous presse les Lettres de Rob. Hindmarsh au
docteur Priestley,.......
DE L'INFLUX. 453
Vous me demandez ce que nous devons comprendre
par Présence du Seigneur en nous, Influx, et In-
fluence de CÉglise sur la terre etc., et vous résu-
mez, ce me semble, votre opinion sur ce sujet par
ces mois : «La puissance dans le monde des effets,
vient du monde des causes par la sphère de l'homme
de l'Église ici-bas. » C'est là une incontestable vérité,
et je suis complètement de votre avis en ce qui con-
cerne l'argumentation qui précède cette conclusion.
Vous citez ensuite deux exemples, à savoir : La pierre
du sépulcre roulée par l'Ange, et la femme guérie de
sa perte de sang. Dans le second exemple, le médium
naturel est évident, c'est la main de la femme qui
touche le vêtement du Seigneur; mais dans le pre-
mier exemple, je ne vois pas de médium naturel ; car
ce ne saurait être la présence des femmes et des gar-
des, puisque ni les uns ni les autres ne s'attendaient
à l'événement, et par conséquent ne pouvaient y con-
tribuer, ni par la volonté, ni par le regard, le regard,
lorsqu'il résulte de la volonté, pouvant être con-
sidéré comme médium. Est-ce un motif pour mettre
en doute l'événement? Loin de nous cette pensée, qui
serait un blasphème; mais je dis : Au-dessus du cas
ordinaire, il y a le cas extraordinaire, l'un et l'autre
soumis ci une loi générale; ici, il y a cas extraordi-
naire ; la loi générale, c'est que le spirituel met en
action le naturel, et non vice versa; le cas ordinaire,
c'est que pour cette mise en action il faut qu'il y ait
recours à un médium naturel, ce qui n'a pas lieu
454 CORRESPONDANCE ; SUITE.

pour le cas extraordinaire; ainsi la loi est une pour
les deux, mais l'exécution est différente. J'aurai oc-
casion de revenir sur ce sujet, lorsqu'à propos des
Tables tournantes, dont vous parlez à la fin de votre
lettre, je vous donnerai mon opinion sur les mira-
cles divins et les miracles magiques ; mais j'ignore
encore si j'aurai le temps de vous développer dans
cette lettre mes idées sur cette importante théorie,
qui me semble indispensable pour se rendre compte
des divers phénomènes du spiritisme, dont beaucoup
trop de personnes sont engouées aujourd'hui dans
toutes les classes de notre vieille société en dissolu-
tion; mais si, en raison de ce que j'ai encore À vous
dire, je ne pouvais pas aborder ce sujet dans cette
lettre, ce serait pour la lettre du mois prochain.
Je reviens à cette partie de votre question : « Que
devons-nous comprendre par Présence du Seigneur
en nous et par influx?» — Le Seigneur étant la vie
même, le Seigneur est en nous puisque nous vivons ;
il est même dans l'être infernal le plus dégradé, puis-
que cet être vit ; mais il est chez chacun, homme, esprit
ou ange, dans l'intime même. Ainsi, prenons l'hom-
me : chaque homme a un mental naturel d'après le-
quel il veut et pense ; mais ce mental en renferme
trois autres, ayant aussi, selon les degrés discrets,
volonté et entendement, à savoir, un mental naturel-
spirituel, un mental spirituel et un mental céleste;
au dedans du mental céleste est le Seigneur. Or, com-
me tout influx vient du Seigneur, l'influx chez l'hom-
DE L'INFLUX. 4oo
me, l'esprit et l'ange, vient donc du dedans au
dehors, ou de l'intime jusque dans l'exlime, et non
d'en haut en bas ou du supérieur à l'inférieur, com-
me il y a apparence, tant dans le monde spirituel que
dans le monde naturel ; « le Royaume des cieux est
au dedans de vous, » nous dit le Seigneur; c'est là la
réalité. En effet, comme tout ce qui entoure l'esprit
ou l'ange dans le monde spirituel n'est autre chose
que la manifestation à l'extérieur de toutes les affec-
tions et de toutes les pensées qui sont en lui, et qui
constituent pour lui son monde spirituel ou son Ciel,
il en résulte que dans le monde spirituel le Ciel in-
time apparaît à la vue au-dessus des autres cieux, et
que l'influx du Seigneur parait descendre du Ciel in-
time pour parvenir aux autres cieux; mais, d'après les
principes ci-dessus, il est évident que ce n'est là
qu'une apparence.
Si l'homme, doué en naissant de tousses mentais,
ne commence pas sa régénération sur cette terre,
les trois mentais contenus dans son mental naturel
restent fermés, et il ne peut recevoir l'influx du
Seigneur qu'en ce qui concerne la vie naturelle; or,
comme par nature il est porté à adultérer le bien et
à falsifier le vrai, il ne diffère (les animaux que par
l'intelligence dont ceux-ci sont privés; c'est en vain
que le Seigneur a continuellement frappé à la porte,
cet homme n'a pas ouvert, par cela qu'il ne s'est pas
mis en voie de régénération. Au contraire, par la
régénération commencée sur cette terre, il y a ou-
456 CORRESPONDANCE; SUITE.
verture des divers mentais chez l'homme, à savoir :
ouverture du premier mental par la réception des
vrais et des biens naturels-spirituels; ouverture du
second par la réception des vrais et des biens spiri-
tuels, et ouverture du troisième par la réception des
vrais et des biens célestes; et après sa mort il de-
vient habitant, ou du premier Ciel, ou du second,
ou du troisième; habitant du premier, s'il ne s'est
occupé que des effets; du second, s'il est remonté aux
causes, et du troisième s'il s'est élevé jusqu'aux fins;
mais, quelque soit le Ciel dans lequel il vivra éter-
nellement, ce Ciel sera toujours pour lui celui qui
lui conviendra le mieux, et celui où il sera le plus
heureux.

Au même.

Saint-Ainand (Cher), 25 avril 1863.

Votre Écho fait du bruit, et ce n'est pas éton-
nant; continuez et laissez le PèreLafond et tutti quanti
déblatérer à leur aise; cela ne durera pas longtemps,
car ces énergumènes seront rappelés à l'ordre par
leurs supérieurs, lorsque ceux-ci s'apercevront que
cette polémique est plus préjudiciable qu'avantageuse
pour leur parti. C'est ce qui est arrivé en France en
LOIS DE L'INFLUX. 457
1838. Ce sont les chefs de l'ultramontanisme qui
ont intimé l'ordre à leurs subordonnés de cesser
toute discussion avec la Nouvelle Jérusalem.
Je reviens pour un moment sur le cas extraordi-
naire, c'est-à-dire, sans médium humain, dont je
vous parlais en quelques mots dans ma dernièrelettre.
Le cas ordinaire en fait de miracles, soit divins, soit
magiques, c'est que le spirituel se sert d'un médium
pour agir sur le naturel; il en est ainsi parce que,
le spirituel n'agissant que sur le spirituel contenu
dans tout naturel, la règle la plus ordinaire, c'est
qu'il y ait un signe naturel pour que le spirituel con-
tenu dans le naturel agisse sur le naturel qui le con-
tient; mais ce signe naturel n'est pour ainsi dire
qu'un accessoire, et ce n'est pas une raison, parce
qu'il est employé le plus souvent, pour en conclure
que le spirituel ne peut agir sans avoir recours à un
médium. Plusieurs miracles rapportés dans la Parole
en donnent la preuve; — Voir sur II Sam. XXIV.
io, 16, et II Rois, XIX. 35, les Nos 5717 et 7879
des Arc. Cet. — Voici comme je me rends raison
des faits rapportés dans ces deux passages : De même
que le naturel peut modifier le naturel, de même le
spirituel peut modifier ou déplacer le spirituel. Or,
dès qu'un spirituel dépourvu d'un matériel (ou un
esprit) a agi sur un spirituel revêtu d'un matériel
(ou un homme) de manière a le mettre hors d'état de
rester dans son matériel, ce matériel se trouve privé
de vie, ou, en d'autres termes, l'esprit de l'homme
39.
458 CORRESPONDANCE ; SUITE.

n'étant plus dans son enveloppe matérielle, cette en-
veloppe n'est plus qu'un cadavre.

Au même.

Saint-Amand (Cher), 25 mai 1863.

Je commence celte lettre par vous annoncer l'en-
voi de l'ouvrage de M. Matter... Je ne saurais mieux
vous exprimer l'effet qu'il a produit sur nous qu'en
vous transcrivant la réponse que je fis à l'auteur, et
dont le contenu fut approuvé par nos amis : — « . . .
» En raison du peu de temps dont vous pouviez dis-
» poser avant la publication, il vous était impossi-
» blé d'avoir, sur la doctrine de la Nouvelle Église,
» toutes les connaissances qu'on serait en droit d'exi-
» ger d'un disciple. Si le vœu que vous exprime/,
» d'être assez heureux pour en faire une deuxième
» édition, s'accomplissait, vous nous trouveriez tou-
» jours disposés à avoir avec vous de nouvelles con-
» férences, sur le même pied d'aménité qui a existé
» pendant celles que nous avons eues » —Si
M. Matter s'était prononcé davantage en faveur de
Swedenborg, son livre n'aurait peut-être pas eu
l'effet qu'on en peut attendre; du reste, il redresse
LOIS DE L'INFLUX. 459
la plupart des idées erronées qu'on avait générale-
ment sur la personne et les Écrits de Swedenborg.

Au même.

Saint-Âmand (Cher), 25 juin 1863.

J'ai lu avec intérêt vos réflexions sur ce que
j'appelais dans une de mes lettres cas ordinaire et
cas extraordinaire, expressions qui, dans ma pen-
sée, équivalaient à celles de lois de l'ordre propre-
ment dit et lois de permission ; votre médium con-
scient et non conscient exprime, ce me semble, la
même chose en d'autres termes ,

Au même.

Saint-Amand (Cher), 25 juillet 1863.

Je vois que par médium non conscient,
vous entendez ce qui a lieu chez l'homme interne
En effet, quoique le mot médium soit pris en gêné-
460 CORRESPONDANCE ; SUITE.

rai par Swedenborg (voir A.. G. 5411) dans un sens
qui diffère beaucoup de celui dans lequel on le prend
communément aujourd'hui,... cependant on trouve
dans les A. G. un passage qui concorde avec ce que
vous appelez médium humain ; c'est le N° 3702 ; je
vous transcris ce passage, parce que l'imprimeur
(c'était à Paris) a commis deux fautes grossières, si-
gnalées du reste dans l'errala du volume ; voici ce
passage : » L'homme a été créé de manière que par
» lui les divins du Seigneur descendent jusque dans
» les derniers de la nature, et que des derniers de la
» nature ils montent vers le Seigneur, de sorte que
» l'homme fût le médium de l'union du Divin avec
» le monde de la nature, et de l'union du monde de
» la nature avec le Divin, et qu'ainsi par l'homme
» comme médium d'union (médium uniens) le der-
» nier même de la nature vécût d'après le Divin, c'est
» ce qui serait si l'homme avait vécu selon l'ordre
» divin. » — II est à remarquer que celte acception
du mot médium par Swedenborg concerne l'influx
médiat, sans néanmoins exclure l'influx immédiat,
car l'influx immédiat agit chez l'homme, en même
temps que l'influx médiat. Or, l'influx immédiat ne
vient pas à la perception, parce que c'est un influx
dans les intimes de l'homme, N° 8690. Ainsi,
votre médium humain conscient se rapporte à l'in-
flux médiat, et votre médium humain non conscient
se rapporte à l'influx immédiat, et tout se trouve
ainsi concilié, ce me semble, entre nous.
MORT DU DOCTEUR TAFEL. 461

An même.

Saint-Amand (Cher), 25 septembre 18

La Nouvelle Église vient de faire une perte bien
sensible dans la personne du Dr Tafel. Il était parti
de Tubingue pour faire sa tournée ordinaire en
Suisse pendant les vacances, lorsqu'une indisposi-
tion le força à s'arrêter À Ragatz, le 15 août; il ne
quitta plus le lit, et passa dans le monde spirituel le
29 août à 10 heures du matin. On me fit aussitôt part
de ce triste événement, auquel tous nos frères étaient
loin de s'attendre, car il paraissait devoir vivre long-
temps et n'avait que 68 ans; mais le Seigneur dis-
pose de nous à sa volonté et toujours selon ses vues
miséricordieuses; inclinons-nous donc devant cette
sainte volonté.
Comme, avant de quitter Tubingue l'an dernier,
j'avais eu soin de prendre en note un état descriptif
des cinq manuscrits de Swedenborg confiés à M. Ta-
fel par l'Académie royale de Stockholm, je m'em-
pressai d'envoyer une copie de ma note au Comité
de Londres, en l'engageant à s'adresser comme corps
constitué à l'Académie et à lui demander autorisa-
tion de retirer ces manuscrits, et de les confier à qui
de droit jusqu'à leur complète publication. Le Comité
a envoyé deux de ses membres à Tubingue ; ces Mes-
sieurs m'ont écrit pour me prévenir de leur mission.
39*.
462 CORRSEPONADNCE ; SUITE.

.... Quant à l'ouvrage de M. Matter, vous ferez
bien de donner dans votre Echo quelques articles.
Vous avez eu raison de penser que nous ne pourrions
pas nous en occuper en France ; cependant, notre
ami Blanchet m'écrit qu'il va envoyer une lettre en
Amérique sur cet ouvrage; mais cette lettre, qui se-
ra traduite en Anglais, ne pourrait vous arriver que
tardivement.

Au même.

Saint-Amand (Cher), 25 octobre 1863.

J'ai reçu dernièrement d'un Suédois, le
Dr S...., une longue lettre en latin qui m'a fait un
grand plaisir. C'est un homme qui me paraît bien
pénétré des doctrines de Swedenborg, et tout à fait
orthodoxe Excellente acquisition pour l'Église.
Vos observations sur le mot intermédiaire sont
justes, mais la difficulté est de trouver le mot propre.
Je me suis toujours attaché à rendre le mot latin par
le mot français, et même à franciser le latin, lorsque
notre langue n'avait pas de mot convenable, ce qui
m'a attiré quelques reproches de la part de ceux qui
ne voulaient pas de nçologismes.... Je dois recon-
naître que ces reproches ne laissaient pas de m'in-
I)U MOT MEDIUM. 463

fluencerdans les premiers temps, et de me rendre par-
fois timide; ainsi j'ai hésité longtemps à employer le
mot médium, et je rendais les deux expressions in-
termedhtm et médium par le même mot intermé-
diaire ; mais ces incorrections disparaîtront dans
une deuxième édition.
J'ai lu avec le plus grand intérêt, dans le N°21 de
l'Écho, votre article sur M. Matter. Je vous en fais
mon sincère compliment.

A Monsieur le Dr S...., à Cliristianstad(Suède).

Saint-Amand (Cher), 29 octobre 1863.

Les'principes que vous exprimez, mon cher
et très estimé M., en fait de traduction des Saintes
Écritures, sont tout à fait les nôtres Quant
à la critique des citations latines dans Swedenborg,
soit directes, soit d'après Séb. Schmidt, vous verrez
dans la préface de YEsaïas des relevés de points re-
marquables et les conclusions à en tirer Les élé-
ments de notre critique continuent à se présenter
dans notre travail sur la Scriptura Sacra.
464 CORRESPONDANCE; SUITE.

A Monsieur Edm, de Chazal, à St-A. (Ile-Mau-
rice).

Sainl-Amand (Cher), 25 novembre 1863.

J'ai enfin reçu des nouvelles de Londres re-
latives au voyage des deux membres du Comité. Les
manuscrits de Swedenborg sont en sûreté à Londres,
et le Comité a acheté de M me Tafel le restant des
exemplaires des éditions latines publiées par le Dr Ta-
fel, moyennant une somme en capital et un droit sur
le prix de vente de ces exemplaires

A Mademoiselle P , à ***.

Saint-Amand (Cher), 15 juin 1864.

La révélation faite à Swedenborg ne ressem-
ble en rien à la révélation faite aux prophètes; celle-
ci constituait la Parole dans la lettre, et celle-là lève
le voile qui couvrait cette Parole. •— Les prophètes
étaient des instruments passifs; Swedenborg était
aussi un instrument, il est vrai, mais conservant sa
pleine liberté. — Les prophètes parlaient de vive voix
avec un ange qui se disait et qu'ils croyaient être
DE LA RÉVÉLATION FAITS A SWEDENBORG. 465

Jéhovah; Swedenborg recevait du Seigneur l'illus-
tration lorsqu'il lisait la Parole. — Ne confondons
pas l'illustration, qui est une révélation interne,
avec la révélation proprement dite. — L'une doit
avoir des degrés, l'autre ne saurait en avoir. •—• De-
puis que la Parole a été complétée par le Nouveau
Testament, il n'a plus été besoin de prophètes. —
Swedenborg n'est pas un prophète ; pourquoi donc
parler d'infaillibilité? — L'infaillibilité! Mais ce
mot est horrible; i! suffirait d'y accoler le mot mi-
racles pour se retrouver en plein moyen âge. Mira
clés! infaillibilité! ce sont là des mots qui excluent la
liberté humaine ; et la Nouvelle Église a cette belle
devise : Agir « ex libéra secundum rationem, »
d'après le libre selon la raison. —• Est-ce à dire
que Swedenborg s'est trompé lorsqu'il a composé sa
Doctrine céleste? Non, mille fois non !.... — Agent
libre, Swedenborg entre dans le monde spirituel
avec tous ses préjugés religieux, afin qu'il puisse les
dépouiller librement pour arriver à l'illustration qui
n'est donnée que progressivement. Il n'était donc pas
étonnant qu'il eût d'abord conservé le dogme de la
Trinité des personnes; ce n'est qu'en 1748 qu'il re-
connaît que notre Seigneur jésus-Christ est le seul
et unique Dieu en qui eslla Trinité. Dès lors il aban-
donne complètement l'expression Dieu Messie, dont
il s'était d'abord servi, et n'emploie plus que l'ex-
pression le Seigneur, comme dans les Écrits qu'il a
lui-même publiés, (à partir de \749). Comment donc
466 CORRESPONDANCE; SUITE.
opposer à ces Écrits ceux qui les avaient précédés,
(les Adversaria) non destinés par lui à la publication ;
ceux-ci ne nous sont utiles que parce qu'ils nous
apprennent comment Swedenborg est parvenu peu à
peuàcette admirable illustration

A Monsieur Edm. de Chazal, à St-A. (Ile-Mau-
rice).

Saint-Amand (Cher), 25 juillet 1864.

Je vous parlais dans ma dernière lettre d'un voya-
ge que j'allais faire à Paris Pendant mon séjour,
j'ai appris une triste nouvelle; M. Matter qui, par
suite de son travail sur Swedenborg, semblait pren-
dre goût à étudier notre céleste doctrine, vient de
quitter ce monde. Espérons que cette étude, com-
mencée ici-bas, l'aidera, dans le inonde qu'il habite
maintenant, à rejeter les idées fausses que la science
inculque à ses adeptes.
SIGNES DES TEMPS. 46"

Au même.

Saint-Amand (Cher), 25 septembre 1864.

Quoique toujours animé du vif désir de
voir nos célestes doctrines se répandre parmi les
hommes, j'aperçois la différence qu'il doit y avoir
entre les commencements de la primitive Église
chrétienne et ceux de la Nouvelle Jérusalem, et par
conséquent entre le mode d'action des Apôtres et ce-
lui des disciples de la Nouvelle Église. Bien que la
primitive Église chrétienne fût une Église spirituelle,
elle n'était pas cependant en possession du sens in-
terne de la Parole ; il ne lui en avait été révélé que
la faible partie nécessaire pour le tempérament des
hommes de cette époque ; la profanation n'était donc
pas alors tant à craindre qu'elle le serait aujour-
d'hui. Or, la profanation, vous le savez, est ce que
le Seigneur, dans sa Divine Miséricorde, veut nous
éviter avant tout. C'est donc h cause de la profana-
tion qui pourrait résulter de la diffusion de la lu-
mière céleste, que le Seigneur ne permet pas que les
doctrines de sa Nouvelle Église se répandent mainte-
nant. Le Chérubin est toujours à l'entrée du jardin
d'Eden, pour en détourner ceux qui ne pourraient
pas y établir définitivement leur demeure
Je suis de plus en plus convaincu que nous n'avons
rien de mieux à faire que de remplir, chacun de son
468 CORRESPONDANCE; FIN.
côté, les usages qui nous paraîtront les plus propres
à l'accomplissement de notre tâche sur celte terre,
en laissant agir le Seigneur sur l'ensemble de l'hu-
manité. .Lorsque nous .portons nos regards sur cet
ensemble, il nous est facile de voir comme tout mar-
che rapidement vers l'accomplissement des promesses
du Seigneur. Tout tend visiblement à une rénovation
complète ; le vieux monde s'écroule, et le nouveau
commence de tous côtés à manifester quelques signes
d'une vie embryonnaire, il est vrai, mais qui par-
viendra en son temps à l'état de vie réelle. Quant au
jour et à l'heure, le Seigneur seul les connaît. Il nous
suffit de veiller.

Au même.
Saiiit-Amand (Cher), 25 octobre 18G/i.

Oui, les temps me paraissent arrivés; mais
il me semble que, au lieu de nous jeter dans la mê-
lée, nous devons prier le Seigneur de nous mettre
sous l'autel pendant le cataclysme naturel, comme il
le fit pendant le Jugement Dernier dans le monde spi-
rituel pour ceux qui devaient form'er le noyau de sa
Nouvelle Kç'lisc !
NOTES A D D I T I O N N E L L E S ,

NOTE DE L'ÉDITEUR.
La première partie de ce volume, jusqu'à la Page 281,
imprimée sous la direction de Le Boys des Guays, contient
des renvois à des Notes Additionnelles pour lesquelles, in-
terrompu par la mort, il n'a pas laissé, à notre connaissance,
de renseignements manuscrits. Nous ne pouvons qu'y sup-
pléer de noire mieux, sans avoir la certitude de répondre
complètement à sa pensée.
NOTE DE LA PAGE 40.
Voir, au sujet de la traduction de la divine Parole, les
Articles, Pages 157, 160, 169. — H est à remarquer que
l'emploi du vous en parlant à une seule personne a été une
innovation introduite vers le xvn e siècle dans les versions
françaises catholiques des Saintes Écritures, et à laquelle
sont étrangères quelques versions antérieures.
NOTE DES PAGES 139, 145.
Voir sur la Revue, sur sa suspension en 1848 et sur la
suite de la publication des Ouvrages de Swedenborg, la No-
tice en tête de ce volume, Page iv, et l'Article, Page 285.
NOTE DE LA PAGE 142.
A la Note sur Moët, ancien bibliothécaire de Louis XVI,
nous pouvons ajouter ce renseignement : Un recueil litté-
raire anglais de 1807 (cité par Vlntellectual Hepository de
mars 1856, Page 143), rapporte que Moët venait de mourir
récemment à Versailles, à l'âge de 86 ans.
40.
470
NOTE DE LA PAGE 150.

L'édition imprimée des Arcanes Célestes se compose de
16 volumes in-8° de texte, auxquels on peu! joindre l'Index
traduit de celui de Swedenborg, en 1 vol. in-8"; ïIndex
Méthodique- et plus complet de Le Boys dos Guays, en
2 forts volumes in-8"; et nous espérons y ajouter le 3 e vol.
supplémentaire commencé de cet Index, qui portera à 20
volumes l'ensemble de l'ouvrage et de ses compléments.

NOTE DE LA l'AGE 152.

Notre excellent ami Hartel, ancien militaire décoré de la
Légion d'honneur, invalide de la campagne de Russie où il
avait perdu le bout des pieds par congélation, habile méca-
nicien, préposé à la fabrication des harpes dans la maison
Érard, avait répondu selon son pouvoir, des la fondation de
la Revue, au premier appel de M. Le Boys, en se faisant l'a-
gent dévoué du journal et le dépositaire des ouvrages à Pa-
ns. 11 avait aussi ouvert son modeste logis à de petites réu-
nions de culte privé où il avait rallié quelques membres
épars de l'auditoire dissous de M. Broussais, fils du méde-
cin de ce nom; réunions qui durèrent de 1838 jusqu'à la
mort de M. Ilartel t-.n ISiS, et furent ensuite reprises chez
notre ami M. Minot.
On a vu, Page 312 du précédent volume, que d'autres
réunions avaient eu lieu, en 1826, chez l'avocat M. Gobert.
L'ouvrage récemment publié de Rob. Ilindmarsh, Risc and
•proyress of (lie _Yeœ> Cliurck, nous montre (page 181)
qu'en 1802, l'auteur assiste à Paris à une petite réunion de
lecteurs des Ouvrages de Swedenborg, suite d'une société
formée dès avant 1789, rassemblée occasionnellement parles
soins de quelques amis d'Angleterre, et qui comptait parmi
ses membres M. Parraud, auteur de quelques traductions
publiées vers cette époque.
471
Nous aimons à recueillir ces traces de l'existence persis-
tante, à Paris, d'un noyau de disciples des doctrines de la
Nouvelle Église. Hindmarsh voit .M. Parraud, sur la demande
d'un correspondant de Sainl-Petersbourg, expédier un en-
voi considérable de livres à celte destination.

NOTE DE LA PAGE 169.

Voir dans la Notice, Page vin, l'état actuel d'avancement
de la traduction des livres de la divine Parole et des travaux
concernant cette traduction.

NOTE DE LA PAGE 175.

Voir, Pages 285 et suivantes, l'état des publications en
1852, et l'état actuel dans la Notice en tête du volume.

NOTES DE LA PAGE 178.

Voir, sur M. Lino de Zaroa, Page 287, et Notice, Page v.
L'initiale D. est ici pour Dieudonné, nom sous lequel était
entré en correspondance avec M. Le Boys, M. Emmanuel
Dicudoimc C le de L.. C.... dont le vrai nom nous a été révé-
lé à sa mort, à l'occasion de son legs en faveur de la publi-
cation des Ouvrages de Swedenborg, legs mentionné Page
426, et dans la Notice, Pages v, vi.

NOTE DE LA PAGE 185.
Voir, Page ù2/i, quelques autres renseignements sur
M. OEgger.
NOTE DE LA PAGE 188.

Voir, sur la suite des événements de cette époque et la
situation générale alors, les Lettres, Pages 231 à 241, et sui-
vantes.
472
NOTE DE LA PAGE 191.
Voir la Lettre, Pages 247 et suivantes.
NOTE DE LA PAGE 201.
Voir, sur les Juifs, dans les Arc. Ce'/., outre les N0i cités
Page 202, le N" 4847 ; voir aussi la Lettre suivante, Page 208.
NOTE DE LA PAGE 208.
La suite des événements a montré combien il était difficile
à la papauté de tenir des promesses libérales.
NOTE DE LA PAGE 215.
Les commotions prévues dans cette Lettre ont eu lieu, mais
n'ont pas encore abouti à établir de fait, en France, la liberté
de conscience.
NOTE DE LA PAGE 220.
Voir encore les Lettres, Pages 231 à 241.
NOTE DE LA PAGE 226.
Voir de nouveau ci-dessus la Note de la Page 188.
NOTE DE LA PAGE 234.
Voir de nouveau la Note de la Page 152 et la Lettre,
Page 285.
NOTE DE LA PAGE 334.
Délibérée en comité et adressée aux bibliothécaires, cette
circulaire était ainsi conçue : « M., — Traducteur et éditeur
» des Œuvres de Swedenborg en français et désirant faire
» connallre cette publication, je viens vous demander si
» vous seriez diposé à recevoir, pour la bibliothèque de . . ,
» la collection des Ouvrages de cet Auteur. — Je puis vous
» les offrir gratuitement, pourvu que vous consentiez à payer
473
» les frais de port. — En cas de réponse affirmative, veuil-
» lez m'indiquer par quelle voie je dois vous acheminer l'en-
» voi.— Je joins ici le catalogue de ces ouvrages. — Agréez,
» etc.»
Nous croyons à propos d'extraire des réponses les rensei-
gnements stalistiques suivants : — Le bibliothécaire de
Nancy écrivait : « Je placerai avec plaisir vos traductions
» près des Ouvrages originaux de Swedenborg que nous pos-
» sédons. »—Celui de Lyon : « La grande bibliothèque, dont
» je suis le conservateur, possède la plupart des éditions ori-
n ginales de Swedenborg, qu'on lui demande assez souvent,
» mais elle n'a pas vos traductions, qui lui seront d'un grand
» secours.»— Celui de Strasbourg : «Notre bibliothèque
» possède, soit dans la langue originale, soit dans des tra-
» ductions, la plupart des Ouvrages de Swedenborg; 1" les
» Arcana Gœlestia, édition de Londres, 17/|9, en 8 vol.
» in-i°, édition si rare, que M. Tafel, de Tubingue, n'a pu
» trouver que notre exemplaire pour en donner une réini-
» pression; 2°etc. (jusqu'àl/i articles).Vous voyez,Monsieur,
» qu'il nous manque plusieurs ouvrages essentiels, et que
» vos publications seront un complément important »—
Celui de Boulogne-sur-Mer : «Votre traduction figurera chez
» nous avec d'autant plus d'avantage que, par suite de nos
» rapports avec l'Angleterre, des étrangers de celte nation
» faisant à notre bibliothèque des dons assez fréquents, nous
» possédons en anglais les principaux Ouvrages du grand
» philosophe suédois, mais nous n'avons en français que
» l'extrait sur la Nouvelle Jérusalem publié en 1834, par
» Ed. Richer.» — Celui de Dole (Jura) : «Ces ouvrages
» nous ferons d'autant plus de plaisir à recevoir, qu'on nous
» les a demandés plusieurs fois. »
NOTE DE LA PAGE Slilt.
Le Seigneur, par les combats des tentations, a purifié,
474
c'est-à-dire vaincu et expulsé lou! l'infirme ot l'héréditaire
qu'il tetii'iit d'une Moie, an point do dépouiller absolument
tout M a t e r n a i et de n'être, p l u s son fils. — Arc. Cet. N"' 17913,
2159.
.NOTE
Sur les manuscrits de Swedenborg actuellement entre les
mains du Comité de Londres. (Voir pages /|61, ùGi).
L'INDEX BIBLICCS Ft'4t>n.s 2>stott«J<i,Tovnesî, IL, contient
des textes et des explications sur les Prophètes, les Psaumes,
l'Apocalypse, ainsi en général sur les livres prophétiques. Il
est rédigé par ordre alphabétique, cl suivi d'un supplément.
— Dans l'Index, chaque lettre de l'alphabet a une pagina-
tion distincte; dans le supplément, la pagination est suivie
du commencement à la fin, et les mots sont placés sans ordre
alphabétique.
UD INDEX in Gencsin et Esaïam contient des textes et
des explications: chaque lettre de l'alphabet y a une pagina-
tion distincte.
Un INDEX BIBLICUS, numéroté II, contient des textes de
Josué, des Juges, de Samuel et des Kois; chaque lettre de
l'alphabet a une pagination distincte. — Un autre volume,
numéroté I!l, est le supplément de cet INDEX: la pagina-
tion va du commencement à la lin; les mots y sont placés
sans ordre alphabétique.
L'INDEX BIBLICCS î\ovi Teslamcnli contient des textes
des Quatre Evangélistes; chaque lettre de l'alphabet a une
pagination distincte.
Puis vient un INDEX BIBUCES .\oininum propriorum.—
Komina "irorum, terrarum, rcgnorum, nrbium.
NOTE FINALE.
Nous avons averti, en commençant, que nous avons dû
beaucoup restreindre les extraits de la correspondance.
-i/o
Nous nous sommes arrêté à l'expression de la pensée de
notre ami sur la situation générale actuelle et sur l'attitude
qui convient aux disciples des doctrines de la Nouvelle Église
en présence de cette situation.
Nous devons nienSioaner, dans les dernières Lettres, l'envoi
d'une photographie qui représente M. et M1"6 Le Boys des
fiuays occupés à une collation d'épreuves.
Les deux dernières, des 25 novembre et 6 décembre 1864,
contiennent les expressions de vive reconnaissance adressées
à M. de Chazal pour une nouvelle libéralité. Nous y joignons
encore ici les nôtres pour ce généreux ami à qui surtout, nous
aussi, nous devons de pouvoir continuer l'œuvre poursuivie
depuis 25 ans de concert avec noire regretté collaborateur.
OUVRAGES D'EMMANUEL SWEDENBORG
Traduits en Français
PAR J.-F.-E. LE BOYS DES GUAYS
Arranes Célestes, 16 volumes grand in-8° 1201' » c
Index des Arcanes, 1 volume grand in-8" 7 50
La Vraie Religion Chrétienne, 5 volumes grand in-18 . 15 »
La Sagesse Angéliq. sur le Div. Amour, &c. 1 vol. g. in-18. 5 »
La Sagesse Angélique sur la Divine Providence, 1 vol. 5 n
Délices de la Sagesse sur l'Amour Conjugal, &c. 2 vol. 8 n
De la Nouvelle .Jérusalem et de sa Doctrine Céleste, 1 vol. 4. »
Les Quatre Doctrines , S »
Exposition Sommaire de la Doct. de la AT||e Eglise, 1 vol. 2 oO
Des Terres dans notre Monde solaire, 1 vol. gr. in-18. 2 »
Du Jugement Dernier et de la Babylonie détruite, 1 vol. 2 »
Continuation sur le Jugement Dernier, 1 volume in-18. 1 n
Du Commerce de l'Ame et du Corps, 1 volume in-18 . 1 »
Appendice à la Vraie Religion Chrétienne, 1 vol. in-18. 1 50
Exposition Sommaire du Sens interne, 1 volume in-8". 5 »
Doctrine de la Charité (Extr. des Arc. Cet,), \ vol. in-8°. 1 50
Doctrine de la Nouv. Jérus. sur la Chanté, I vol. iu-8°. 1 »
Des Biens de la Charité ou Bonnes (Eûmes, 1 vol. in-8". 1 50
De la Parole et de sa Sainteté, 1 volume in-8°. . . . n 75
De la Toute-Présence et de la Toute-Science de Dieu, » 50
Du Cheval Blanc, dont il est parlé dans l'Apocal., 1 v. 1
Du Divin Amour, 1 volume in-8° 2
Doctrine sur Dieu Triun, \ volume in-52 2
Traité des Représentations et des Correspondances, 1 v. 2
L'Apocalypse Révélée, ô volumes grand in-18 ,15
L'Apocalypse Expliquée selon le Sens Spirituel, 7 vol . 70
Vu Ciel et de l'Enfer (sous presse), 2e édit. 1 volume in-8".
OUVRAGES CONCERNANT LA NOUVELLE ÉGLISE.
Lettres à un Homme du Monde, 1 volume in-18 . . . 3 »
L'Apocalypse dans son Sens Spirituel, 1 vol. gr. in-8". 7 50
Exposition Populaire de la Vraie Religion Chrétienne. » 50
La Religion du Don Sens, 1 volume in-18 G »
Mélanges, i volumes in-18 2l»
Abrégé de la Doctr. de la Vraie Religion Chrétienne, 1 v. 3 »
Le Nouveau Testament, 1 volume in-52 2 50
Scriptttra Sacra.— Esaias, 1 volume in-8" 10 »
Index, général des passages delà Parole, 1 volume in-8°. 10 »
Appel aux Hommes réfléchis, 1 volume in-18 5 »
Particularités de la Bible, 1 volume in-18. . . . . . 5 »
Lettres au Docteur Priestleu, i volume in-18 5 »
Index mélhudiqiie des Arcanes Célestes, 2 vol in-8". . 20 a

Imprimerie dp INvtcnav, à Saint-Amand (Cher).