You are on page 1of 72

d’information

Les éditions des
JOURNAUX OFFICIELS
Di ffusi on de j uri sprudence, doctri ne et communi cati ons
N° 759
PPublication ublication
bimensuelle bimensuelle
11
er er
avril avril
2012 2012
Consultez
sur
www.courdecassati on.fr
le site de la Cour de cassation
i nternet
En refondant son portail, la Cour de cassation a souhaité :
º se do¦e. d.. s¦e d,.··µ.e. '. oe.·e¦¦·.¦ .o¦···e.¦ de |·vo.se. '· .e·o.¦ee
en page d’accueil d’informations de premier plan ;
º réorganiser les contenus, accessibles par un nombre limité de rubriques et
améliorer l’ergonomie du site pour favoriser l’accès à la jurisprudence et aux
colloques organisés par la Cour ;
º |·'¦e. '· .·vg·¦o. s.. 'e s¦e o·. '· ·se e. o'·e d.. ·o¦e.. de .e'e.'e ;
º apporter des informations nouvelles : données statistiques, liens vers les sites
de cours suprêmes de l’Union européenne et du reste du monde, en plus des
contenus presque tous repris de l’ancien site.
Bulletin
d’information
Co mmuni c at i o ns
Jur i s pr ude nc e
Do c t r i ne
BICC_759_Livre.indb 1 3/23/2012 1:58:20 PM
2

Bulletin d’information
En quelques mots…

1
er
avril 2012
En quelques mots…
Communications Jurisprudence
Le 8 décembre dernier, la
deuxième chambre civile
(infra, n
o
 362), rappelant que
« l’appel-nullité, ouvert en cas
d’excès de pouvoir, n’est pas
une voie de recours autonome »,
a cassé, pour violation de
l’article 542 du code de procédure
civile, l’arrêt « qui retient qu’une
déclaration d’appel indiquant que
l’appel tendait à la réformation
ou l’annulation de la décision de
la juridiction du premier degré
constituait un “appel de droit
commun” et que les conclusions
ultérieurement déposées,
invoquant un excès de pouvoir,
constituaient un appel-nullité
formé hors délai ». Approuvant
cette solution, Olivier Salati
(Droit et procédures, février 2012,
p. 40 à 42) note que « l’appel-
nullité n’étant qu’une création
jurisprudentielle, il ne pouvait
être considéré comme une
voie de recours autonome. Il se
présente donc comme un appel
ordinaire, mais dont la recevabilité
au fond est spécifiquement
soumise à l’existence d’un
excès de pouvoir ».
La veille, la troisième chambre
civile (infra, n
o
 375) a jugé, en
matière de bail rural, qu’« une
société bénéficiaire d’une mise à
disposition, n’étant pas locataire,
ne peut invoquer les dispositions
de l’article L. 415-3 du code rural
et de la pêche maritime relatives
à l’incendie dans les lieux loués ».
Dans son commentaire (in Revue
de droit rural, février 2012, p. 33
et s.), Samuel Crevel note, d’une
part, que « la cour d’appel aurait
dû [...] faire application de l’article
1302 du code civil, texte qui,
inclus dans le droit commun des
obligations, vise généralement
à régler à la fois la question de
l’extinction des obligations par
la perte de la chose qui en fait
l’objet et celle des éventuelles
responsabilités qui en découlent »,
et, d’autre part, que cette
solution « exclut l’application
de n’importe quelle disposition
du statut des baux ruraux aux
simples bénéficiaires de mise
à disposition », cette dernière
n’opérant pas « transfert de la
qualité de locataire à la société ».
BICC_759_Livre.indb 2 3/23/2012 1:58:21 PM
3

1
er
avril 2012
En quelques mots…

Bulletin d’information
Doctrine
Par arrêt du 6 décembre dernier,
la chambre commerciale (infra,
n
o
 370) a jugé que « la règle de
nature déontologique, prévue par
le règlement intérieur national des
barreaux, selon laquelle l’avocat
peut recevoir un paiement par
lettre de change à la condition
qu’elle soit acceptée par le tiré,
son client, qui est éventuellement
passible de sanctions
disciplinaires, ne peut priver le
porteur, sauf mauvaise foi, de ses
recours cambiaires », cassant
l’arrêt « qui rejette la demande
d’un avocat en paiement d’une
lettre de change, remise par son
client, tirée sur un tiers, au motif
qu’il n’en est pas un porteur
légitime par application de la
règle d’ordre public interdisant
un tel paiement [...] ». Pour
Yves Avril (Gaz. Pal., 29-31
janvier 2012, p. 17 et s.), avec
cette solution, « les prérogatives
du bâtonnier et du procureur
général restent sauves : l’aspect
répressif de l’action disciplinaire
reste à leur portée », la victime
conservant quant à elle la
possibilité « d’engager une
action en responsabilité civile »
contre l’avocat en question.
Enfin, par arrêt du 17 février
dernier, l’assemblée plénière de
la Cour de cassation, saisie, dans
une instance où le demandeur à
la cassation avait été « condamné
comme contrefacteur par une
décision irrévocable », de la
question de savoir si, selon les
termes du conseiller rapporteur,
« les sommes versées en
exécution d’une condamnation
irrévocable pour contrefaçon d’un
brevet peuvent [...] faire l’objet
d’une action en répétition à la
suite de l’annulation de ce brevet
par une décision postérieure »,
a jugé que « l’anéantissement
rétroactif et absolu d’un brevet par
une décision de justice n’est pas
de nature à fonder la restitution
des sommes payées en exécution
d’une condamnation antérieure
du chef de contrefaçon devenue
irrévocable », tranchant, ainsi que
le souligne l’avocat général, « une
question latente depuis l’entrée en
vigueur de la loi du 13 juillet 1978,
mais dont les évolutions
jurisprudentielles de la dernière
décennie ont modifié les termes ».
BICC_759_Livre.indb 3 3/23/2012 1:58:22 PM
4

Bulletin d’information
Table des matières

1
er
avril 2012
Table des matières
*
Les titres et sommaires des arrêts publiés dans le présent numéro paraissent, avec le texte de l’arrêt, dans leur rédaction définitive, au Bulletin des arrêts de la
Cour de cassation du mois correspondant à la date du prononcé des décisions.
Jurisprudence
Cour de cassati on (*)
I. - ARRÊT PUBLIÉ INTÉGRALEMENT
Arrêt du 17 février 2012 rendu par l’assemblée plénière
Brevet d’invention
et connaissances techniques Page 6
II. - ARRÊTS DES CHAMBRES STATUANT
EN MATIÈRE DE QUESTION PRIORITAIRE
DE CONSTITUTIONNALITÉ Numéros
Question prioritaire de constitutionnalité 344 à 357
III. - TITRES ET SOMMAIRES D’ARRÊTS -
ARRÊTS DES CHAMBRES Numéros
Abus de confiance 358
Action civile 359
Action en justice 360
Aide juridictionnelle 361
Appel civil 362
Appel correctionnel ou de police 363
Assurance de personnes 364
Assurance dommages 365
Astreinte (loi du 9 juillet 1991) 366
Avocat 367 à 372
Bail commercial 373-374
Bail rural 375-376
Banque 377
Bourse 378-379
Cassation 380-381
Chambre de l’instruction 382-383
Chose jugée 384
Comparution immédiate 385
Contrat d’entreprise 386
Contrat de travail, exécution 387-388
Contrat de travail, rupture 389 à 394
Convention européenne
des droits de l’homme 398
Conventions internationales 395-396
Détention provisoire 397
Enquête préliminaire 398
Entreprise en difficulté
(loi du 25 janvier 1985) 399-400
Entreprise en difficulté
(loi du 26 juillet 2005) 401 à 403
Fichiers et libertés publiques 422
Impôts et taxe 404
Instruction 398-405
Jugements et arrêts 406-407
Juridictions correctionnelles 408
Mandat d’arrêt européen 409-410
Peines 385-411
Prescription civile 412
Presse 413
Procédures civiles d’exécution 414 à 416
Propriété industrielle 417
Propriété littéraire et artistique 418
Protection des consommateurs . 419-420
Réglementation économique 421-422
Représentation des salariés 423
BICC_759_Livre.indb 4 3/23/2012 1:58:22 PM
5

1
er
avril 2012
Table des matières
• Bulletin d’information
Syndicat professionnel 441-442
Tourisme 443
Transports ferroviaires 444
Transports routiers 445
Travail réglementation, santé et sécurité 446-447
Union européenne 428
Vente 448
DÉCISIONS DES COMMISSIONS
ET JURIDICTIONS INSTITUÉES
AUPRÈS DE LA COUR DE CASSATION
Commission nationale de réparation des détentions
Réparation à raison d’une détention 449-450
Responsabilité contractuelle 424
Responsabilité délictuelle
ou quasi délictuelle 425
Sécurité sociale 359-426 à 429
Sécurité sociale, accident du travail 430
Sécurité sociale, assurances sociales 427-431
Sécurité sociale, contentieux 432 à 434
Séparation des pouvoirs 435
Société (règles générales) 436
Société civile 437
Société civile professionnelle 371
Statut collectif du travail 438-439
Statuts professionnels particuliers 440
BICC_759_Livre.indb 5 3/23/2012 1:58:22 PM
6

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

1
er
avril 2012
Jurisprudence
Brevet d’invention et connaissances techniques
Brevet d’invention. - Droits attachés. - Transmission et perte. - Nullité. - Effets. - Limite. - Paiement
effectué en exécution d’une condamnation du chef de contrefaçon devenue irrévocable.
L’anéantissement rétroactif et absolu d’un brevet par une décision de justice n’est pas de nature à fonder la
restitution des sommes payées en exécution d’une condamnation antérieure du chef de contrefaçon devenue
irrévocable.
ARRÊT
LA COUR DE CASSATION, siégeant en assemblée plénière, a rendu l’arrêt suivant :
Statuant sur le pourvoi formé par M. Réginald Y..., (...) 63960 Veyre-Monton,
contre l’arrêt rendu le 8 juin 2010 par la cour d’appel de Grenoble (première chambre civile), dans le litige
l’opposant à :
1
o
M. Louis Paul X..., (...) 3963 Crans-Montana (Suisse),
2
o
la société LPG Systems, société anonyme, dont le siège est Technoparc de la Plaine, NP 35, 30, rue du
Docteur-Abel, 26902 Valence Cedex,
défendeurs à la cassation ;
La chambre commerciale, financière et économique a, par arrêt du 4 octobre 2011, décidé le renvoi de l’affaire
devant l’assemblée plénière ;
Le demandeur invoque, devant l’assemblée plénière, le moyen de cassation annexé au présent arrêt ;
Ce moyen unique a été formulé dans un mémoire déposé au greffe de la Cour de cassation par la SCP Delaporte,
Briard et Trichet, avocat de M. Y… ;
Un mémoire en défense a été déposé au greffe de la Cour de cassation par la SCP Boré et Salve de Bruneton,
avocat de M. X… et de la société LPG Systems ;
Cour de cassation
I. - ARRÊT PUBLIÉ INTÉGRALEMENT
ARRÊT DU 17 FÉVRIER 2012 RENDU PAR L’ASSEMBLÉE PLÉNIÈRE
Titre et sommaire Page 6
Arrêt Page 6
Rapport Page 8
Avis Page 22
BICC_759_Livre.indb 6 3/23/2012 1:58:22 PM
7

1
er
avril 2012
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
Le rapport écrit de M. André, conseiller, et l’avis écrit de M. Le Mesle, premier avocat général, ont été mis à
la disposition des parties ;
(...)
Sur le rapport de M. André, conseiller, assisté de M. Régis, auditeur au service de documentation, des études
et du rapport, les observations de la SCP Delaporte, Briard et Trichet, de la SCP Boré et Salve de Bruneton,
l’avis de M. Le Mesle, premier avocat général, auquel, parmi les parties invitées à le faire, la SCP Delaporte,
Briard et Trichet a répliqué, et après en avoir délibéré conformément à la loi ;
Sur le moyen unique :
Attendu, selon l’arrêt attaqué (Grenoble, 8 juin 2010), que M. Y… a été condamné au paiement de diverses
sommes par un arrêt irrévocable du 10 septembre 2001 pour contrefaçon par reproduction des revendications
1, 3, 4 et 5 du brevet, enregistré sous le n
o
 87-03865 et déposé par M. X..., qui en avait concédé l’exploitation
exclusive à la société LPG Systems ; que ces revendications ayant été annulées par un arrêt du 21 février
2002, irrévocable, M. Y… a assigné M. X… et la société LPG Systems en restitution de ces sommes ;
Attendu que M. Y… fait grief à l’arrêt de le débouter de sa demande, alors, selon le moyen, « que la décision
d’annulation d’un brevet d’invention, qui a un effet à la fois rétroactif et absolu, prive de fondement juridique
la condamnation précédemment prononcée, même à l’encontre d’un tiers à l’instance en annulation, pour
contrefaçon du brevet annulé ; qu’elle rend donc indu le paiement fait en exécution d’une telle condamnation,
serait-elle irrévocablement passée en force de chose jugée, et ouvre droit à la répétition des sommes versées ;
qu’en rejetant la demande de M. Y… tendant à obtenir la restitution de la somme totale de 6 000 euros versée
en exécution des condamnations pour contrefaçon des revendications 1, 3, 4 et 5 du brevet n
o
  87-03865
prononcées à son encontre par le jugement du tribunal de grande instance de Limoges du 13 mars 1997,
et confirmée par l’arrêt de la cour d’appel de Limoges du 10 septembre 2001, après avoir pourtant constaté
l’annulation des revendications précitées par un jugement du tribunal de grande instance de Lyon du 15 juin
2000, et la confirmation de cette annulation par un arrêt de la cour d’appel de Lyon du 21 février 2002, la cour
d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres constatations, a violé les articles 1235 et
1376 du code civil, ensemble l’article L. 613-27 du code de la propriété intellectuelle » ;
Mais attendu qu’ayant relevé que M.  Y… avait été condamné comme contrefacteur par une décision
irrévocable, la cour d’appel en a exactement déduit que l’anéantissement rétroactif et absolu du brevet dans
la mesure de l’annulation des revendications prononcée par une décision postérieure n’était pas de nature à
fonder la restitution des sommes payées en exécution de sa condamnation du chef de contrefaçon ; que le
moyen n’est pas fondé ;
PAR CES MOTIFS :
REJETTE le pourvoi.
Ass. plén. - 17 février 2012.
REJET
N
o
 10-24.282. - CA Grenoble, 8 juin 2012.
M. Lamanda, P. Pt. - M. André, Rap., assisté de M. Régis, auditeur. - M. Le Mesle, P. Av. Gén. - SCP Delaporte,
Briard et Trichet, SCP Boré et Salve de Bruneton, Av.
BICC_759_Livre.indb 7 3/23/2012 1:58:22 PM
8

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

1
er
avril 2012
1. - Rappel des faits et de la procédure
Prétendant que certaines parties de l’appareil de massage réalisé et commercialisé par M. Y… constituaient
une reproduction contrefaisante notamment des revendications 1, 3, 4 et 5 du brevet qu’il avait déposé le
17 mars 1987, enregistré sous le n
o
 87-03865, M. X… a assigné celui-ci devant le tribunal de grande instance
de Limoges. La société LPG Systems, titulaire d’une licence d’exploitation exclusive du brevet concerné, s’est
jointe à l’instance.
Par jugement du 13 mars 1997, le tribunal de grande instance de Limoges a, entre autres dispositions :
- constaté la contrefaçon par M.  Y… d’une partie de l’appareil de massage, par reproduction des
revendications 1, 3, 4 et 5 du brevet n
o
 87-03865 de M. X… ;
- interdit, sous astreinte, à M. Y… de poursuivre la fabrication et la vente de la partie de l’appareil concerné ;
- condamné M.  Y… à verser, à titre de dommages-intérêts, les sommes de 50  000 F (7  622,45 euros) à
M. X… et 10 000 F (1 524,49 euros) à la société LPG Systems ;
- ordonné la publication des dispositions du jugement relatives à la contrefaçon de la tête basse de massage
dans deux revues professionnelles, au choix des demandeurs ;
- ordonné l’exécution provisoire de ces dispositions.
M.  Y… a interjeté appel de ce jugement et a dû s’acquitter immédiatement de la somme de 38  508,15 F
(5  870,53 euros) au titre des condamnations prononcées à son encontre par cette décision, en vertu de
l’exécution provisoire qui y était attachée.
Par arrêt du 10 septembre 2001, la cour d’appel de Limoges a réformé le jugement en ses seules dispositions
relatives au montant des dommages-intérêts. Statuant à nouveau de ce chef, elle a condamné M. Y… à verser
les sommes de 40 000 F (6 097,96 euros) à la société LPG Systems et 10 000 F (1 524,49 euros) à M. X...
Elle a confirmé, pour le surplus, la décision entreprise.
En exécution de cet arrêt, M. Y… a versé, en sus du montant déjà acquitté de 5 870,53 euros, une somme
supplémentaire de 300 euros au titre de ses condamnations à dommages-intérêts.
Cette décision, à l’encontre de laquelle aucun pourvoi n’a été formé, est passée en force de chose jugée.
Pendant le cours de cette instance, dans un procès opposant M. X… et la société LPG Systems à un autre
concurrent, la société CFK Concepts, les revendications 1 à 5 du brevet n
o
 87-03865 - dont la contrefaçon
avait servi de fondement aux condamnations indemnitaires prononcées à l’encontre de M.  Y… - ont été
déclarées nulles, pour défaut d’activité inventive, par jugement du tribunal de grande instance de Lyon du 15
juin 2000.
Ce jugement a été confirmé en toutes ses dispositions par arrêt de la cour d’appel de Lyon du 21 février 2002.
Le pourvoi formé par M. X… et la société LPG Systems contre cette décision a été rejeté par arrêt de la Cour
de cassation (Com., 5 octobre 2004, pourvoi n
o
 02-15.214).
Par actes des 23 et 29 janvier 2007, M. Y… a fait assigner M. X… et la société LPG Systems devant le tribunal
de grande instance de Valence afin, notamment, d’obtenir la condamnation in solidum de ces derniers :
- à lui restituer, avec intérêts au taux légal, la somme totale de 6 000 euros qu’il avait acquittée en exécution
des condamnations prononcées à son encontre pour contrefaçon des revendications 1, 3, 4 et 5 du brevet
n
o
 87-03865 ;
- à lui rembourser les frais exposés pour sa défense sur l’action en contrefaçon des revendications précitées,
s’élevant à la somme de 10 000 euros ;
- à lui verser 5 000 000 euros, à titre de dommages-intérêts en réparation de son préjudice commercial, et
15 000 euros en réparation de son préjudice moral.
Par jugement du 23 septembre 2008, le tribunal de grande instance de Valence a débouté M. Y… de toutes
ses prétentions.
M. Y… a interjeté appel de cette décision.
Par arrêt du 8 juin 2010, objet du pourvoi, la cour d’appel de Grenoble a confirmé le jugement entrepris en
toutes ses dispositions.
La décision attaquée a été signifiée le 8 juillet 2010, le pourvoi formalisé le 1
er
 septembre 2010. Le mémoire
ampliatif, déposé le 3 janvier 2011 (le 1
er
 janvier 2011 était férié et le 2 janvier 2011 tombait un dimanche), a
été signifié le même jour. Le mémoire en défense a été déposé le 3 mars 2011 et signifié le même jour.
La procédure apparaît régulière.
Les demandes formées au titre de l’article 700 du code de procédure civile sont les suivantes :
- M. Y… : 3 000 euros ;
- M. X… et la société LPG Systems, ensemble : 3 000 euros.
Rapport de M. André
Conseiller rapporteur
BICC_759_Livre.indb 8 3/23/2012 1:58:22 PM
9

1
er
avril 2012
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
2. - Analyse succincte du moyen
Le  moyen unique, en une branche, fait grief à l’arrêt de débouter M.  Y… de sa demande tendant à la
condamnation in solidum de M.  X… et de la société LPG Systems à lui restituer le montant de la somme
versée en exécution des condamnations prononcées à son encontre pour contrefaçon du brevet n
o
 87-03865.
Il soutient que l’effet à la fois rétroactif et absolu de la décision d’annulation d’un brevet d’invention prive de
fondement juridique la condamnation pour contrefaçon du brevet annulé précédemment prononcée, même à
l’encontre d’un tiers à l’instance en annulation.
Il en déduit que cette annulation rend indu le paiement fait en exécution d’une telle condamnation, quand bien
même serait-elle passée en force de chose jugée, et ouvre droit à la répétition des sommes versées.
Le pourvoi en déduit donc qu’en rejetant la demande de M. Y… tendant à obtenir la restitution de la somme
payée en exécution des condamnations pour contrefaçon du brevet n
o
 87-03865 prononcées à son encontre
par le jugement du tribunal de grande instance de Limoges du 13 mars 1997, confirmé par l’arrêt de la cour
d’appel de Limoges du 10 septembre 2001, alors qu’elle avait pourtant constaté l’annulation du brevet par
jugement du tribunal de grande instance de Lyon du 15 juin 2000, confirmé par arrêt de la cour d’appel
de Lyon du 21 février 2002, la cour d’appel, qui n’a pas tiré les conséquences légales de ses propres
constatations, a violé les articles 1235 et 1376 du code civil, ensemble l’article L.  613-27 du code de la
propriété intellectuelle.
3. - Identification du ou des points de droit faisant difficulté à juger
Les sommes versées en exécution d’une condamnation irrévocable pour contrefaçon d’un brevet peuvent-
elles faire l’objet d’une action en répétition à la suite de l’annulation de ce brevet par une décision postérieure ?
4. - Discussion citant les références de jurisprudence et de doctrine
La solution à donner au pourvoi requiert, dans une première partie, que soient examinés les effets de
l’annulation d’un brevet (I), puis, dans une seconde partie, que ceux-ci soient confrontés avec la décision
antérieure irrévocable de condamnation pour contrefaçon de ce brevet (II).
I. - Les effets de l’annulation d’un brevet
A. - Les conséquences de l’annulation d’un brevet
Il convient, sur ce point, de considérer successivement les conséquences de la décision d’annulation du
brevet, selon qu’elles s’exercent respectivement dans l’espace, en examinant sa portée erga omnes ou « effet
absolu » (1
o
), et dans le temps, en étudiant l’effet rétroactif de l’anéantissement du brevet (2
o
).
1
o
La portée erga omnes de l’annulation d’un brevet
L’article L. 613-27, alinéa premier, du code de la propriété intellectuelle, dont la violation est invoquée par le
pourvoi, dispose que « la décision d’annulation d’un brevet d’invention a un effet absolu sous réserve de la
tierce opposition »
1
.
L’alinéa 2 de ce même article précise que «  les décisions passées en force de chose jugée sont notifiées
au directeur de l’Institut national de la propriété industrielle, aux fins d’inscription au registre national des
brevets ».
L’«  effet absolu  » est attaché à toutes les décisions d’annulation, quelle que soit la nature du titre, l’auteur
de la demande ou la cause de nullité invoquée
2
. Cette solution a en outre été étendue au droit des marques
(article L. 714-3, alinéa 3, du code de la propriété intellectuelle)
3
.
Au plan historique, la nullité du brevet, en tant que sanction des conditions de brevetabilité, a succédé, dans
la loi du 5 juillet 1844, à la seule déchéance que prévoyait la législation antérieure de 1791. Le texte de 1844
ne conférait toutefois à la décision d’annulation qu’un effet relatif inter partes, sauf lorsqu’elle avait été rendue
à la suite de l’intervention du ministère public, hypothèse dans laquelle son article 37 disposait qu’elle revêtait
alors un effet erga omnes. Cette solution a été reprise par la loi n
o
  68-1 du 2 janvier 1968, en son article
50. L’effet absolu sera étendu à toutes les hypothèses d’annulation par la loi n
o
  78-742 du 13 juillet  1978
(article 50 bis modifié)
4
. Cette disposition a été codifiée à droit constant par la loi n
o
 92-597 du 1
er
 juillet 1992.
La rédaction actuelle de l’article L.  613-27, applicable à la cause et ci-dessus rappelée, résulte de la loi
n
o
 94-102 du 5 février 1994.
La lecture des travaux préparatoires de la loi de 1844 enseigne que le principe de l’effet relatif de l’annulation
du brevet était justifié, dans l’esprit de ses auteurs, par la règle de l’autorité relative de la chose jugée
5
. En
conséquence, le législateur de 1844 avait prévu que, dans l’hypothèse où la nullité du brevet était poursuivie
par le ministère public et était donc susceptible d’avoir un effet absolu, celui-ci devait mettre en cause tous
1
Sur la problématique de la tierce opposition en la matière, voir Emmanuel Py, Juris-Classeur Brevets, « Annulation du brevet »,
Fasc. 4495, avril 2011, n
o
158 et 159. M. Py est l’auteur d’une thèse récente sur l’annulation du brevet : L’annulation du brevet
d’invention. Les apports du droit judiciaire privé et de la théorie des nullités, thèse, Strasbourg, 2008.
2
CA Paris, 17 décembre 1997 : PIBD 1997, n
o
 644, III, p. 633, pour un certificat d’addition ; CA Paris, quatrième chambre, 18 mai 1989
: RD propr. intell. 26/1989, p. 72, pour un certificat d’utilité ; cité par Emmanuel Py, op. cit., n
o
 149.
3
P. Mathély, Le nouveau droit français des marques, JNA, 1994, p. 242.
4
Jean Foyer, « Effets des jugements et autorité de la chose jugée en matière de propriété industrielle », Mélanges Paul Mathély, Litec,
1990, p. 160. Jean Foyer et Michel Vivant, Le droit des brevets, Thémis, PUF, 1991, p. 250-252.
5
« Si l’on s’en tient aux règles du droit civil sur les effets de la chose jugée, le jugement ne sera susceptible d’être invoqué que par les
parties, les héritiers ou ayants cause, en sorte que le procès pourra toujours renaître avec les tiers, sans qu’aucune décision vienne
jamais assurer au public ou au breveté la paisible jouissance de leurs droits.  » A. Cunin-Gridaine, ministre du commerce, lors de
l’exposé des motifs du projet de loi sur les brevets d’invention, Chambre des Pairs, 10 janvier 1843.
BICC_759_Livre.indb 9 3/23/2012 1:58:23 PM
10

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

1
er
avril 2012
les ayants droit du brevet dont les titres auraient été enregistrés au ministère de l’agriculture et du commerce,
pour atténuer - en quelque sorte - la dérogation ainsi apportée au principe de l’autorité relative de la chose
jugée (article 38). Aux termes de la loi de 1844, la nullité ou la déchéance du brevet était relative ou absolue -
non quant aux conditions de l’action, mais quant aux effets du jugement - selon que seules les personnes
privées avaient été parties à l’instance ou que le ministère public avait été lui-même partie. Cette analyse,
reprise lors de l’élaboration de la loi de 1968, était également celle de la doctrine dans son ensemble
6
et celle
de la jurisprudence
7
.
Ce principe de l’effet relatif de l’annulation du brevet a été abandonné par la loi de 1978. Selon le principal
inspirateur de cette réforme et auteur de la proposition de loi, Jean Foyer, cette règle avait abouti à de
nombreuses difficultés pratiques et présentait l’inconvénient majeur de permettre au titulaire d’un brevet
annulé de « brandir son titre devant d’autres prétendus contrefacteurs », ce qui favorisait la mauvaise foi, ainsi
que le risque de survenance de jugements contradictoires
8
.
Surtout, selon cet auteur, le rattachement de l’effet de l’annulation au principe de l’autorité de la chose jugée
est erroné. Il résulte d’une mauvaise compréhension de ce principe, dont les conséquences néfastes se sont
fait sentir dans de nombreuses matières, telles que le désaveu de paternité (l’enfant judiciairement désavoué
par le mari de sa mère pouvait-il continuer à être considéré par les tiers comme le fils de ce mari en raison de
la relativité de l’autorité de la chose jugée ?) ou le contentieux de la nationalité, qui ont pareillement nécessité
des interventions législatives
9
. Jean Foyer soulignait en effet que l’annulation modifie l’ordonnancement
juridique, lequel est nécessairement opposable à tous
10
. Cet effet est distinct de la question de l’autorité de
la décision prononçant cette nullité. La solution retenue par les lois de 1844 et 1968 « résulte d’une confusion
entre deux notions  : celle de l’étendue des effets d’un jugement, déterminée par celle du rapport de droit
qui en est l’objet, et l’autorité de la chose jugée, qualité du contenu de la sentence qui la rend désormais
incontestable et que la règle du contradictoire rend nécessairement relative. La solution traditionnellement
admise, très protectrice des droits des brevetés, a été expliquée de manière peu convaincante par le caractère
très spécifique de la matière des brevets et la crainte de divergences de décisions entre des juridictions peu
habituées à en traiter »
11
. Le principe de l’autorité de la chose jugée fait seulement naître, toujours selon Jean
Foyer, une fin de non-recevoir s’opposant au renouvellement de la contestation. «  Un tel effet erga omnes
n’est pas une autorité de chose jugée qui serait absolue. Le jugement d’annulation aurait une autorité absolue
si ce qui en fait l’objet ne pouvait être remis en question, dans une instance différente, par les personnes qui
n’y auraient point été parties. La loi dit expressément le contraire puisqu’elle réserve aux tiers la faculté de
former tierce opposition »
12
. L’effet absolu de la décision d’annulation ne saurait donc être considéré comme
constituant une exception à l’autorité de la chose jugée.
Cette analyse paraît partagée par de nombreux auteurs
13
. Selon Jean-Pierre Stenger, «  l’opposabilité erga
omnes d’une décision d’annulation d’un brevet irait sans dire, même en l’absence de la disposition introduite
en 1978. Tout jugement annulant un acte opposable aux tiers est nécessairement lui-même opposable
aux tiers  »
14
. De même, Emmanuel Py souligne que la «  règle traditionnelle de l’effet relatif de la décision
d’annulation correspondait davantage, en fait, à une déclaration d’inopposabilité entre les parties au procès
qu’à une véritable destruction de droit réel. C’est ainsi qu’ont pu être relevées dans la jurisprudence deux
décisions de la cour d’appel de Paris, datées du même jour, dont l’une aboutissait à l’annulation d’un
brevet dans les rapports entre son titulaire et un syndicat (Paris, quatrième chambre, 9 mai 1979  : PIBD
1979, n
o
  245, III, p.  362 ; Dossiers brevets 1979, III, p.  4) et l’autre, à la condamnation d’un défendeur en
contrefaçon sur la base du même titre (Paris, quatrième chambre, 9 mai 1979 : PIBD 1979, n
o
 245, III, p. 361 ;
Dossiers brevets 1980, I, p. 7) »
15
.
Le professeur Landraud estime également que tout jugement apporte une modification de l’ordonnancement
juridique, «  et objectivement cette modification doit être reconnue et respectée par tous. C’est en cela que
doit être affirmée l’opposabilité du jugement (...) à tous » ; « Tout jugement ne produit des effets qu’entre les
parties, mais tout jugement est aussi opposable aux tiers » : l’autorité absolue n’existe pas et elle n’a d’autre
signification que l’opposabilité aux tiers »
16
.
C’est sans doute l’hypothèse des décisions rejetant une demande d’annulation d’un brevet qui illustre le mieux
cette différence entre opposabilité et autorité de la chose jugée et qui éclaire la portée et la signification de la
notion d’« effet absolu ». La doctrine considère presque unanimement que cet effet absolu n’est pas attaché
6
Jean Foyer, op. cit., p. 159-161. Jean Foyer et Michel Vivant, op. cit., p. 252. Paul Mathély, Le nouveau droit français des brevets
d’invention, LJNA, 1991, p. 388.
7
Par exemple, tribunal de commerce de la Seine 31 juillet 1931, API, 1933, 29 ; CA Paris, 9 mai 1979 : PIBD 1979, n
o
 245, III, p. 362 ;
Dossiers brevets 1979, III, p. 4.
8
Jean Foyer, op. cit., p. 162.
9
En matière de filiation, la loi n
o
 72-3 du 3 janvier 1972 a introduit un article 311-10 dans le code civil (actuel article 324 du code
civil), disposant que les jugements rendus en cette matière ont un effet erga omnes. La loi n
o
 73-42 du 9 janvier 1973 a introduit
une disposition équivalente en droit de la nationalité (ibid., p. 157-158, 162-163).
10
Cette confusion entre opposabilité d’un droit et autorité de la chose jugée, que souligne J. Foyer dans cet article, est générale,
même si ses conséquences néfastes sont particulièrement visibles en matière d’état des personnes et de droit réel, dont l’auteur
rappelle la définition donnée par Planiol d’« obligation passivement universelle » (ibid., p. 158).
11
Proposition Jean Foyer, n
o
2902, annexée au procès-verbal de la séance du 18 mai 1977, cité par E. Py, op. cit.1, n
o
144.
12
Jean Foyer, op. cit., p. 157-158, 163.
13
Par exemple, Paul Mathély, op. cit., p. 388. J. M. Mousseron et A. Sonnier, Le droit français nouveau des brevets d’invention, préf.
J. Foyer, Litec, 1978, coll. CEIPI, n
o
136, p. 131. A. Maurand-Sonnier, Objectifs, moyens et résultats de la réforme de 1978-1980,
thèse Montpellier, 1981 n
o
480 à 484, p. 469 à 473 (cité par E. Py, op. cit., n
o
146).
14
Jean-Pierre Stenger, Juris-Classeur Brevets, Fasc. 4641, janvier 2010, n
o
11.
15
Emmanuel Py, op. cit., n
o
143.
16
D. Landraud, « Une remise en ordre des notions d’autorité relative de la chose jugée et d’opposabilité en matière de nullité de
marques », JCP E 1986, I, 15691, p. 322. Dans le même sens, J. Duclos, L’opposabilité. Essai d’une théorie générale, LGDJ,
1984, Bibl. dr. privé, t. 179, n
o
122, p. 147 (cité par E. Py, op. cit., n
o
147).
BICC_759_Livre.indb 10 3/23/2012 1:58:23 PM
11

1
er
avril 2012
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
aux décisions rejetant la demande en annulation
17
. Cette solution est également consacrée par la Cour de
cassation (Com., 5 mai 1987, Bull. 1987, IV, n
o
 107, pourvoi n
o
 85-16.892)
18
. Il ne paraîtrait pas admissible,
en effet, qu’une telle décision de débouté rende le brevet incontestable par quiconque
19
. Or, comme le note
Jean Foyer, si une telle décision n’a pas à proprement parler d’« effet absolu », c’est qu’elle n’apporte aucune
modification dans l’ordonnancement juridique. Pour autant, elle permet au brevet de produire ses effets erga
omnes
20
, alors que, par une application classique du principe de l’autorité de la chose jugée, la validité du
brevet ne peut plus être attaquée par les mêmes parties et pour les mêmes causes. Emmanuel Py cite ainsi
une décision ayant accueilli une demande en annulation postérieure à une première décision de rejet, pour
les mêmes causes, mais introduite par un tiers
21
, ainsi qu’une décision de la Cour de cassation ayant décidé
que l’auteur d’une demande d’annulation rejetée peut réitérer sa contestation en se fondant sur une autre
cause d’annulation ou agissant en une autre qualité (Com., 10 mars 1980, Bull. 1980, IV, n
o
 118, pourvoi
n
o
 78-11.697)
22
, ce qui paraît conforter cette analyse
23
.
En revanche, l’effectivité juridique de l’opposabilité requiert que la décision d’annulation soit passée en
force de chose jugée, au sens de l’article 500 du code de procédure civile, c’est-à-dire qu’elle ne soit plus
susceptible d’aucun recours suspensif d’exécution. On relèvera à ce propos qu’en vue d’assurer la publicité
de la décision d’annulation, corollaire de son opposabilité absolue, l’alinéa 2 de l’article L. 613-27 du code de
la propriété prévoit que « les décisions passées en force de chose jugée sont notifiées au directeur de l’Institut
national de la propriété industrielle, aux fins d’inscription au registre national des brevets ».
La doctrine s’interroge en revanche sur l’effet d’un jugement accueillant une exception de nullité soulevée par
le défendeur à une action en contrefaçon. Dans cette hypothèse, l’annulation du brevet n’est pas prononcée
par le juge, auquel il est simplement demandé de constater l’existence d’un vice affectant le brevet et de
rejeter corrélativement la demande en contrefaçon. Selon certains auteurs, une telle décision n’entraîne pas
l’annulation du titre et n’a donc pas d’effet absolu
24
. La jurisprudence a pourtant jugé le contraire, approuvée
en cela par certains auteurs qui estiment que cette position donne son plein effet à la réforme de 1978
25
.
Cette réforme a suscité quelques interrogations quant à l’étendue et aux conséquences précises de
l’annulation du brevet. Au-delà de la question de l’effet absolu, les difficultés semblent s’être surtout
concentrées sur la problématique de la rétroactivité de cette annulation. Si certains auteurs semblent rattacher
cet effet rétroactif aux dispositions de l’article L.  613-27 du code de la propriété intellectuelle
26
, selon une
majorité d’autres, celle-ci est une conséquence logique de l’annulation et ne relève donc pas à proprement
parler de l’effet absolu
27
.
2
o
L’anéantissement rétroactif du brevet
La doctrine s’accorde à reconnaître à l’annulation du brevet un effet rétroactif. Ainsi le professeur Mathély écrit-
il : « il est bien évident que l’annulation d’un brevet remonte à son origine. Si le brevet est nul, il n’a donc jamais
eu d’existence légale ; il n’a pu produire aucun effet »
28
. La nullité opère, conformément au droit commun, un
anéantissement rétroactif du brevet
29
, en accord avec la théorie civiliste des nullités, illustrée par des arrêts de
la Cour de cassation rendus au visa du « principe selon lequel ce qui est nul est réputé n’avoir jamais existé »
30
.
Il en découle que la destruction du droit de propriété sur l’invention remonte au jour de la demande de brevet.
La Cour de cassation paraît également adopter cette position en retenant que :
«  l’annulation d’un brevet entraîne son anéantissement au jour du dépôt de la demande de brevet  »
(Com., 12 juin 2007, Bull. 2007, IV, n
o
 158, pourvoi n
o
 05-14.548).
Les contrats dont le brevet a pu être l’objet avant son annulation (cession, concession, gage...) pourront
être annulés pour défaut d’objet et/ou de cause (Com., 8 juillet 1981, Bull. 1981, IV, n
o
  310, pourvoi
n
o
  79-15.844)
31
. Parallèlement, les actes d’exploitation de l’invention qu’il était censé réserver ne pourront
plus être considérés comme des actes de contrefaçon
32
.
17
Emmanuel Py, op. cit., n
o
152. F. Pollaud-Dulian, La propriété industrielle, Economica, coll. Corpus droit privé, 2011, n
o
2, n
o
496,
p. 212. J. Azéma et J.-Ch. Galloux, Droit de la propriété industrielle, Dalloz, 2006, n
o
543, p. 300.
18
X... c/ Wood Milne Hutchinson Mapa, Moules Industries Services et Fédération nationale de l’industrie de la chaussure de France :
PIBD 1987, n
o
417, III, p. 307.
19
Y. Reboul, cité par J. Foyer, op. cit., p. 164.
20
Ibid., p. 159 et 164.
21
Emmanuel Py, op. cit., n
o
160 : CA Paris, quatrième chambre, 12 février 1991 : PIBD 1991, n
o
503, III, p. 397.
22
D’ailleurs, les critiques doctrinales de cette solution vont dans le sens d’une conception plus large du périmètre de l’autorité de la
chose jugée qui aboutirait pratiquement aux mêmes effets qu’une annulation (J. M. Mousseron, Traités des brevets, Litec, 1984,
coll. CEIPI, n
o
1028, p. 989, note 53. Voir également J.-P. Stenger, op. cit., n
o
9).
23
Emmanuel Py note en outre que « La jurisprudence retient de façon constante que l’invocation de nouvelles antériorités au titre
du défaut de nouveauté ne modifie pas la cause de la demande, qui se heurte donc à l’autorité de chose jugée de la précédente
décision de rejet : Com., 4 avril 1889, Glémet c/ Tascher : Ann. propr. ind. 1890, p. 65 » (op. cit., n
o
160).
24
Py, op. cit., n
o
150. P. Mathély, op. cit., p. 389. Contra, J.-C. Galloux, op. cit., n
o
436, p. 176 ; J. Azéma, op. cit., n
o
1841.
25
Com., 20 janvier 1987, Conforglace c/ Miroiterie Voironnaise H. Héritier : PIBD 1987, n
o
410, III, p. 149, cité par E. Py, op. cit.,
n
o
151. CA Lyon, première chambre, 28 mai 1985 : PIBD 1985, n
o
372, III, p. 198 ; D. 1986, somm. p. 134, J. M. Mousseron et
J. Schmidt ; RTD com. 1985, p. 752, note Azéma.
26
Jean-Pierre Stenger, op. cit., n
o
17.
27
E. Py, op. cit., J.-C. Galloux, Droit de la propriété industrielle, Dalloz, 2000, n
o
424, p. 144. J. Azéma, op. cit., n
o
1840, p. 848.
De même, Jean Foyer ne lie-t-il pas la rétroactivité avec l’effet absolu dans son étude sur les effets des jugements d’annulation
en droit de la propriété industrielle (op. cit.) ? Sur la position de la Cour de cassation à ce sujet, voir infra, II. A.
28
Paul Mathély, op. cit., p. 389.
29
P. Malaurie, L. Aynes et P. Stoffel-Munck, Les obligations, Defrénois, 3
e
éd., n
o
716-730, p. 355-366.
30
3
e
Civ., 22 juin 2005, Bull. 2005, III, n
o
143, pourvoi n
o
03-18.624 ; 3
e
Civ., 2 octobre 2002, pourvoi n
o
01-02.924 ; 1
re
Civ.,
15 mai 2001, Bull. 2001, I, n
o
133, pourvoi n
o
99-20.597.
31
31 X... c/ Y... et Z... : PIBD 1981, III, p. 236. Sur la question de la portée de l’annulation s’agissant d’un contrat portant sur un
ou plusieurs brevets non totalement annulés, v. Emmanuel Py, op. cit., n
o
167.
32
Emmanuel Py, op. cit., n
o
140.
BICC_759_Livre.indb 11 3/23/2012 1:58:23 PM
12

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

1
er
avril 2012
Il en est symétriquement de même s’agissant des marques de fabrique, la Cour de cassation, au visa de
l’article L. 714-3 du code de la propriété intellectuelle, retenant que :
« la décision d’annulation d’un enregistrement de marque a un effet absolu, et notamment entraîne la
nullité des licences accordées sur la marque dont l’enregistrement est annulé  » (Com.,  1
er
  juin 1999,
Bull. 1999, IV, n
o
 118, pourvoi n
o
 97-12.853).
Suite à l’annulation du contrat de cession, et conformément au droit commun des nullités, des restitutions
doivent être opérées aux fins de remettre les parties dans la situation qui était la leur avant la conclusion du
contrat
33
. Si le prix de cession du brevet peut être restitué par le cédant au cessionnaire, il n’en va pas de
même du brevet, qui ne peut faire l’objet d’une quelconque restitution. La jurisprudence a pu dès lors tenir
compte, dans le calcul des restitutions dues par le cédant, des profits réalisés par le cessionnaire pendant la
période d’efficacité du brevet
34
. Emmanuel Py considère à ce sujet qu’il faut recourir à la notion de restitution
par équivalence, par laquelle le juge impose au cessionnaire, dans des hypothèses proches où celui-ci ne peut
plus restituer en nature le bien acquis, le versement d’une indemnité dont il détermine librement le montant
35
.
Le problème se pose en termes similaires s’agissant des contrats de licence. En effet, si le concédant peut
matériellement restituer les redevances qu’il a reçues du concessionnaire, ce dernier ne peut pas restituer
la jouissance du brevet pendant la période d’effectivité du contrat. La jurisprudence tient compte de ce
déséquilibre en reconnaissant que la cause du versement des redevances, qui résidait dans la jouissance alors
paisible du brevet, ne disparaît pas rétroactivement du fait de l’annulation de ce dernier :
«  Vu les articles L.  613-27 du code de la propriété intellectuelle et 1134 du code civil  ; […] l’invalidité d’un
contrat de licence résultant de la nullité du brevet sur lequel il porte n’a pas, quel que soit le fondement de
cette nullité, pour conséquence de priver rétroactivement de toute cause la rémunération mise à la charge du
licencié en contrepartie des prérogatives dont il a effectivement joui » : Com., 28 janvier 2003, Bull. 2003, IV,
n
o
 11, pourvoi n
o
 00-12.149
36
.
Il en découle que le concédant n’aura pas à restituer les redevances qu’il a perçues
37
. En revanche, il
peut être tenu de restituer les redevances encaissées à compter de la date où le trouble de jouissance du
concessionnaire a commencé
38
.
Il s’agit là d’une exception au droit commun des nullités, puisque la jurisprudence, en matière de baux par
exemple, impose au juge d’ordonner la restitution des loyers par le bailleur et d’évaluer la valeur effective de la
jouissance passée que le locataire doit restituer par équivalent
39
. La solution retenue par l’arrêt du 28 janvier
2003 précité semble toutefois pouvoir trouver son fondement dans l’article 549 du code civil, qui permet au
possesseur de bonne foi de conserver les revenus qu’il a perçus, en considération de leur vocation normale
à être consommés
40
.
Dans ce même arrêt, la Cour de cassation a également considéré que l’annulation du brevet n’entraînait pas
l’annulation de la transaction portant sur le versement d’une indemnité, intervenue antérieurement entre la
personne condamnée pour contrefaçon et le titulaire du brevet
41
 :
« Mais attendu que l’arrêt relève que la transaction avait eu pour objet de mettre fin au litige concernant les
conséquences pécuniaires résultant de l’arrêt ayant condamné la société Greenland pour contrefaçon de
brevet ; que c’est à bon droit, dès lors que la transaction ne portait pas sur la nullité du brevet comme allégué
à la deuxième branche, et que l’arrêt rendu en 1995 ne constituait pas un titre nouvellement découvert, [que]
la cour d’appel, qui n’a pas méconnu l’autorité de la chose jugée, a statué comme elle a fait, peu important
l’annulation ultérieure de la revendication n
o
  52 du brevet ; que le moyen n’est fondé en aucune de ses
branches ;
[…]
Mais attendu que l’arrêt qui tranche au principal une partie du litige a autorité de la chose jugée ; qu’ayant
relevé que la transaction avait eu pour objet l’exécution de l’arrêt de 1989, lequel avait condamné la société
Greenland pour contrefaçon d’une revendication du brevet et n’avait ordonné une mesure d’instruction que
pour évaluer le montant du préjudice en résultant, c’est à bon droit que la cour d’appel a retenu la validité
de la transaction portant sur les conséquences pécuniaires de la condamnation, peu important l’annulation
partielle ultérieure du brevet ; que le moyen n’est fondé en aucune de ses branches » (Com., 28 janvier 2003,
Bull. 2003, IV, n
o
 11, pourvoi n
o
 00-12.149, précité).
Aux termes de l’article L.  613-28 du code de la propriété intellectuelle, l’annulation du brevet entraîne, en
outre, la disparition du certificat complémentaire de protection qui s’y rattache.
33
J. Schmidt-Szalewski et J.-L. Pierre, op. cit., n
o
259, p. 105.
34
J. Azéma et J.-Ch. Galloux, op. cit., n
o
473 ; cité par E. Py, op. cit., n
o
168.
35
Emmanuel Py, op. cit., n
o
147. Voir également : L’annulation du brevet d’invention. Les apports du droit judiciaire privé et de la
théorie des nullités, op. cit., n
o
1682 et s., p. 611 et s.
36
New Holland France c/ Greenland France : Propr. industr. 2003, comm. 36, J. Raynard.
37
Dans l’hypothèse de l’incidence de la révocation d’un brevet devant l’OEB sur un contrat de sous licence, cf. CA Paris, quatrième
chambre, 11 mai 2007 : PIBD 2007, n
o
856, III, p. 477.
38
Emmanuel Py, op. cit., n
o
160.
39
Ibidem. F. Pollaud-Dulian, op. cit., n
o
540, p. 298-299 ; 3
e
Civ., 24 juin 2009, pourvoi n
o
08-12.251, Bull. 2009, III, n
o
155 ;
ch. mixte, 9 novembre 2007, pourvoi n
o
06-19.508, Bull. 2007, Ch. mixte, n
o
10.
40
P. Malaurie, L. Aynes et P. Stoffel-Munck, op. cit., n
o
724, p. 362. F. Pollaud-Dulian, op. cit.
41
E. Py, op. cit., n
o
171
BICC_759_Livre.indb 12 3/23/2012 1:58:23 PM
13

1
er
avril 2012
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
Une partie de la doctrine envisage également les conséquences de l’annulation d’un brevet apporté à une
société, qui, non seulement entraîne la nullité de l’apport, mais risque aussi de rejaillir sur la société elle-même,
lorsque, notamment, l’objet social de cette dernière consiste en l’exploitation de ce brevet
42
.
II. - Conflit entre effets de l’annulation du brevet et décision de condamnation
pour contrefaçon de ce brevet
Seront ici successivement examinées la présentation de cette problématique et les solutions dégagées par la
Cour de cassation (A), puis les critiques apportées à ces solutions et la position de la doctrine (B).
A. - Position du problème et jurisprudence de la Cour de cassation
Les sommes versées par le contrefacteur en exécution d’une décision irrévocable de condamnation pour
contrefaçon du brevet peuvent-elles faire l’objet d’une action en répétition de l’indu à la suite de l’annulation
de ce brevet ?
Le  moyen unique du pourvoi invoque, outre la violation de l’article L.  613-27 étudié ci-dessus, celle des
articles 1235 et 1376 du code civil, qui disposent respectivement :
- article 1235 : « Tout paiement suppose une dette : ce qui a été payé sans être dû est sujet à répétition » ;
- article 1376 : « Celui qui reçoit par erreur ou sciemment ce qui ne lui est pas dû s’oblige à le restituer à celui
de qui il l’a indûment reçu ».
La doctrine comme la jurisprudence admettent que l’absence de dette ne puisse se manifester qu’après
le paiement effectué par le solvens, notamment lorsque ce dernier a payé en exécution d’un contrat
postérieurement résolu ou annulé, ou d’une décision de justice ultérieurement infirmée, annulée ou cassée,
faisant ainsi disparaître la dette, condition juridique de l’indu
43
. Il appartient alors au solvens de rapporter
la preuve que son obligation n’existe plus, sans être tenu d’établir que son paiement procède d’une erreur.
La coexistence entre deux jugements prononçant, pour le premier, la condamnation indemnitaire du chef de
contrefaçon d’un brevet et, pour le second, l’annulation postérieure de ce brevet instaure une problématique
impliquant la résolution du conflit entre, d’une part, l’autorité attachée à la décision de condamnation et,
d’autre part, l’effet absolu et rétroactif de l’annulation. Il convient de distinguer, au regard des termes de
ce problème, entre les actions en contrefaçon en cours (1) et les décisions de condamnation revêtues de
l’autorité de la chose jugée (2).
1. - Action en contrefaçon en cours
L’annulation anéantit rétroactivement le brevet et les droits qui y sont attachés : les actes commis par les tiers
ne peuvent constituer une atteinte à un droit qui est censé ne jamais avoir existé. Il n’est pas discuté que
la décision d’annulation, passée en force de chose jugée, s’impose aux décisions à venir quant aux actes
allégués de contrefaçon de ce brevet, même si le litige relatif à ces dernières est né antérieurement à celui
qui a abouti au prononcé de la nullité du brevet
44
. Le  demandeur en contrefaçon verra en conséquence sa
demande rejetée comme mal fondée
45
.
La question s’est posée de savoir si le juge saisi d’une action en contrefaçon devait surseoir à statuer dans
l’attente de l’issue d’une autre instance en annulation du brevet fondant les poursuites. Selon Emmanuel Py,
citant de nombreuses décisions rendues par les juridictions du fond, le juge choisit généralement, dans cette
hypothèse, de prononcer le sursis à statuer
46
.
Il convient de signaler que, dans notre espèce, alors que l’existence d’une instance en annulation du brevet
litigieux pendante devant le tribunal de grande instance de Lyon était connue, aucune demande aux fins de
sursis à statuer n’a été formée devant la cour d’appel de Limoges. Celle-ci n’a été avisée de l’annulation de ce
brevet que postérieurement à la clôture des débats, le conseil de M. X… et de la société LPG Systems ayant
fait valoir, dans une note en délibéré, que le jugement d’annulation, « lequel n’a pas de caractère définitif, […]
n’est pas revêtu de l’autorité de la chose jugée »
47
(sic).
42
Ibid., n
o
173 ; J. Foyer et M. Vivant, op. cit., p. 430 ; J.-C. Galloux, op. cit., n
o
584, p. 232. Emmanuel Py évoque également, pour
illustrer les conséquences de l’annulation d’un contrat de licence consécutivement à l’annulation d’un brevet, une affaire célèbre
« opposant les sociétés Samex et Plymouth ; l’annulation d’un brevet avait entraîné celle du contrat de licence l’ayant pour objet
et avait permis à la société Plymouth de recouvrer la propriété d’un brevet de perfectionnement qui revenait contractuellement à
la société Samex. La décision d’annulation eut encore des conséquences lorsque la société Samex, à une époque où elle pouvait
se considérer comme le titulaire légitime du brevet, intenta une action en contrefaçon à l’encontre de trois concurrents. Alors que
la décision de première instance avait fait droit à la demande en contrefaçon, la cour d’appel l’infirma au motif que l’arrêt définitif
du 5 juillet 1995 produisant ses effets rétroactivement, le brevet [est] considéré comme ayant toujours appartenu à Plymouth »
(E. Py, op. cit., n
o
170 ; CA Paris, quatrième chambre, 20 septembre 2002 : Propr. intell. 2003, n
o
4, p. 193, note B. Warusfel).
43
Ghestin-Billiau-Loiseau, Traité de droit civil, « le régime des créances et des dettes », LGDJ 2005, p. 835, n
o
803 ; Terré-Simler-
Lequette, «  Les obligations  », 10
e
édition, Dalloz, n
o
1051, p. 1048 ; Flour-Aubert-Savaux, Les obligations 2. Le fait juridique,
13

édition, Sirey 2009, n
o
23, p. 27 ; Douchy-Oudot, «  Répétition de l’indu  », Répertoire Civil Dalloz mars, 2004, n
o
26 et s. ;
1
re
 Civ., 24 juin 1997, Bull. 1997, I, n
o
212 ; 1
re
Civ., 20 janvier 1998, Bull. 1998, I, n
o
18 ; Soc., 16 mai 2000, Bull. 2000, V, n
o
 185.
44
Ibid., n
o
156.
45
E. Py, op. cit., n
o
166, citant les jurisprudences suivantes : Com., 4 mars 1986, Scrit et Ses c/ Piquard : Dossiers brevets 1986,
V, p. 1 ; TGI Paris, troisième chambre, 7 novembre 1984 : PIBD 1985, n
o
363, III, p. 73 ; CA Paris, 19 octobre 1994 : PIBD 1995,
n
o
580, III, p. 25 ; TGI Paris, troisième chambre, 5 décembre 1997 : PIBD 1998, n
o
651, III, p. 194 ; TGI Paris, troisième chambre,
30 avril 1998 : RD propr. intell. 89/1998, p. 28 ; CA Lyon, première chambre, 5 octobre 2000 : PIBD 2001, n
o
717, III, p. 168 ;
TGI Paris, troisième chambre, 9 janvier 2001 : PIBD 2001, n
o
723, III, p. 331.
46
E. Py, op. cit., n
o
154, citant les décisions de justices suivantes : TGI Paris, troisième chambre, 9 décembre 1980 : PIBD 1981,
n
o
274, III, p. 42 ; TGI Paris, troisième chambre, 26 avril 1984 : PIBD 1984, n
o
356, p. 256 ; TGI Paris, troisième chambre,
25 novembre 1986 : PIBD 1987, n
o
408, III, p. 108 ; TGI Paris, troisième chambre, 20 mars 1987 : PIBD 1987, n
o
417, III, p. 311 ;
CA Paris, quatrième chambre, 29 septembre 1993 : PIBD 1994, n
o
557, III, p. 5 ; CA Paris, quatrième chambre, 24 mai 1994 :
PIBD 1994, n
o
575, III, p. 49.
47
Cf. conclusions de M. Y... devant la cour d’appel de Grenoble du 6 avril 2010, p. 9, trois derniers paragraphes et conclusions de
M. X... devant la même cour, p. 4, dernier paragraphe, et p. 5, premier paragraphe.
BICC_759_Livre.indb 13 3/23/2012 1:58:23 PM
14

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

1
er
avril 2012
La doctrine reconnaît généralement que le contrefacteur condamné peut reprendre ses actes d’exploitation à
la suite de l’annulation du titre
48
. Mais qu’en est-il lorsqu’une décision antérieure, irrévocable, a prononcé une
condamnation sur le fondement de la contrefaçon d’un brevet ultérieurement annulé ?
2. - Décision de condamnation revêtue de l’autorité de la chose jugée
Initialement, la jurisprudence retenait que, dès lors qu’une décision avait été rendue sur la question de la
contrefaçon, l’autorité de la chose jugée attachée à cette décision s’opposait au prononcé d’un sursis à
statuer au cours de l’instance statuant sur la liquidation du préjudice dans l’attente de la décision d’une
juridiction saisie d’une question de validité du brevet (Com., 27 janvier 1998, pourvoi n
o
  95-21.176)
49
.
Comme le note E. Py, cette jurisprudence « conduisait à rendre impossible au contrefacteur l’invocation de la
rétroactivité d’une éventuelle annulation pour échapper aux condamnations prononcées à son encontre dans
une instance antérieure »
50
.
La Cour de cassation a opéré un revirement sur cette question par un arrêt du 12 juin 2007 (Com.,
12 juin 2007, Bull. 2007, IV, n
o
 158, pourvoi n
o
 05-14.548)
51
.
Dans cette affaire, la juridiction saisie avait condamné un concurrent du breveté pour contrefaçon après
avoir rejeté sa demande reconventionnelle en annulation des revendications opposées. Au cours du litige,
une expertise fut ordonnée, qui aboutit à une décision de première instance dont le concurrent du breveté
interjeta appel. Suite à la commission de nouveaux faits de contrefaçon par ce concurrent, une nouvelle
action fut engagée, visant à obtenir la condamnation pour contrefaçon des mêmes revendications. À cette
occasion, le défendeur remit en cause la validité des revendications, mais obtint cette fois leur annulation, au
bénéfice d’une antériorité pertinente non opposée au cours du premier procès. Le breveté fit alors appel de
la décision, ce qui aboutit à une jonction de procédure avec l’appel formé par le concurrent. La cour d’appel
confirma la décision d’annulation des revendications opposées, infirma le jugement sur la liquidation du
préjudice et fit droit à la demande de restitution de la provision à valoir sur les dommages-intérêts accordée
en première instance (CA  Paris, quatrième chambre, 28 janvier 2005)
52
. Le  breveté forma un pourvoi en
cassation contre cette décision en développant deux moyens  : le premier se fondait sur l’absence d’effet
rétroactif de la décision d’annulation du brevet pour soutenir que celle-ci ne pouvait priver la procédure
d’indemnisation de tout support juridique ; le second, tiré de la violation de l’article 1351 du code civil,
invoquait la méconnaissance, par l’arrêt attaqué, de l’autorité de la chose jugée revêtue par la décision
précédente irrévocable qui avait reconnu l’existence d’actes de contrefaçon et du préjudice en découlant. La
Cour de cassation rejeta le pourvoi en ces termes :
« Mais attendu qu’il n’y a pas autorité de la chose jugée lorsqu’un fait ou un acte postérieur à la décision
dont l’autorité est invoquée modifie la situation antérieurement reconnue en justice  ; que, dès lors que
l’annulation d’un brevet entraîne son anéantissement au jour du dépôt de la demande de brevet, c’est à bon
droit que la cour d’appel a retenu que la procédure d’indemnisation du préjudice se trouvait privée de tout
support juridique ».
Cette position a été confirmée dans un arrêt du 3 mars 2009 qui a cassé, au visa de l’article L.  613-27
précité, une décision ayant condamné pour contrefaçon l’auteur du pourvoi en cassation en se fondant sur
le rejet de deux pourvois dirigés contre deux décisions ayant prononcé l’annulation du brevet ordonnée dans
une autre instance postérieure à celle ayant donné lieu à la décision attaquée (Com., 3 mars 2009, pourvoi
n
o
 06-10.243)
53
 :
«  Attendu que, par deux arrêts rendus ce jour, la Cour de cassation a rejeté les pourvois formés contre les
arrêts de la cour d’appel de Paris du 21 décembre 2007, qui ont confirmé les jugements du tribunal de
grande instance de Paris du 27 avril 2006 annulant les revendications 1, 4, 5, 6 et 7 de la partie française
du brevet européen n
o
 0 673 870 ; qu’en l’état de ces décisions, l’arrêt rendu par la cour d’appel de Paris le
21  octobre  2005 se trouve, en ce qu’il a déclaré valables et contrefaites les revendications, 1, 4, 5 et 7 du
même brevet, privé de fondement juridique ».
Ces deux derniers arrêts, rendus en matière de brevet, illustrent deux positions, déjà antérieurement prises par
la jurisprudence dans bien d’autres domaines que celui de la propriété intellectuelle, qui ne reconnaissent plus
d’autorité à une décision judiciaire, en raison soit de la survenance postérieure d’un fait, d’un acte ou d’un
événement (a), soit d’une autre décision judiciaire, administrative ou législative la privant de son fondement
juridique (b).
a) Survenance d’un fait ou acte nouveau
La jurisprudence fondée sur cette conception considère, selon la terminologie souvent employée dans les
arrêts, qu’«  il n’y a pas d’autorité de la chose jugée lorsqu’un fait ou un acte postérieur à la décision dont
48
E. Py, op. cit., n
o
165 ; J. Azèma et J.-Ch. Galloux, op. cit., n
o
426, p. 266. Contra, J.-M. Mousseron, op. cit., n
o
1028, p. 990,
note 55.
49
PIBD 1998, n
o
653, III, p. 237 ; RD propr. intell. 67/1998, p. 22 ; CA Paris, quatrième chambre, 29 septembre 1995 : Dossiers
brevets 1995, III, p. 10 ; PIBD 1995, n
o
600, III, p. 95.
50
E. Py, op. cit., n
o
163.
51
Normalu c/ A... et Newmat ; PIBD 2007, n
o
858, III, p. 521 ; Propriété industrielle 2008, comm. 1, P. Vigand.
52
PIBD 2005, n
o
806, III, p. 229 ; Propriété industrielle. 2008, comm. 1, P. Vigand : ainsi la cour affirme-t-elle que les revendications
opposées au titre de la contrefaçon, «  objet du jugement du 4 décembre 2001 statuant sur les dommages-intérêts après
expertise  », ayant été annulées, la procédure d’indemnisation du préjudice se trouve dès lors, en raison de la nullité de ses
revendications, privée de tout support juridique. E. Py, op. cit., n
o
164.
53
My Healthcare c/ Rotanotice PIBD 2009, n
o
901, III, p. 1255.
BICC_759_Livre.indb 14 3/23/2012 1:58:23 PM
15

1
er
avril 2012
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
l’autorité est invoquée modifie la situation antérieurement reconnue en justice »
54
ou, ce qui revient au même,
que «  l’autorité de la chose jugée ne peut être opposée lorsque des événements postérieurs sont venus
modifier la situation antérieurement reconnue en justice »
55
. Elle décide, par contre, que l’autorité de la chose
jugée s’impose lorsque le fait invoqué n’est pas postérieur à la décision dont l’autorité est invoquée
56
.
L’existence de faits ou actes nouveaux ne paraît être admise par la jurisprudence que dans des hypothèses
où leur survenance, extérieure à la volonté des parties, est de nature à combattre la fin de non-recevoir tirée
de l’autorité de la chose jugée de la première décision.
Ainsi, sans que cette liste soit limitative, eu égard au nombre important des décisions concernées, constituent
des « actes ou des faits nouveaux », voire des « événements « ou des « circonstances nouvelles »
57
 :
- l’annulation définitive d’une décision de l’inspecteur du travail, postérieure à l’extinction de la première
instance prud’homale, constituant une circonstance nouvelle ouvrant au salarié irrégulièrement licencié un
droit à indemnisation et privant la décision précédente de l’autorité de chose jugée (Soc., 25 octobre 2011,
pourvoi n
o
 10-17.208) ;
- les résolutions d’habilitation du syndic, prises par l’assemblée générale des copropriétaires postérieurement
à un jugement constatant l’irrecevabilité de l’action précédente du syndicat faute d’une telle habilitation,
constituant des faits juridiques nouveaux privant celui-ci de l’autorité de la chose jugée à l’égard de la seconde
instance (2
e
Civ., 6 mai 2010, Bull. 2010, II n
o
 88, pourvoi n
o
 09-14.737) ;
- l’échec d’une tentative de conciliation mise en œuvre dans le cadre d’une clause compromissoire, dont
l’absence lors de la première instance avait entraîné l’irrecevabilité de l’action, et dont l’accomplissement,
même infructueux, constitue un fait nouveau (2
e
Civ., 21 avril 2005, pourvoi n
o
 03-10.237) ;
- l’absence de collocation d’un créancier sur le prix de vente d’un immeuble (2
e
Civ., 3 juin 2004, Bull. 2004,
II, n
o
 264, n
o
 03-14.204) ;
- la régularisation de la signification d’une décision de justice étrangère ouvrant droit à une nouvelle action aux
fins d’exequatur (1
re
Civ., 22 octobre 2002, Bull. 2002, I, n
o
 234, pourvoi n
o
 00-14.035) ;
- l’annulation par la juridiction administrative d’un arrêté préfectoral approuvant un plan d’occupation des sols
(3
e
Civ., 25 avril 2007, Bull. 2007, III, n
o
 59, pourvoi n
o
 06-10.662) ;
- l’annulation de l’autorisation de licenciement d’un salarié protégé, constitutive d’une « circonstance nouvelle »
empêchant que soit opposée à la nouvelle action de ce salarié pour licenciement et en dommages-intérêts
l’autorité de la chose jugée revêtue par le premier jugement rejetant sa demande d’annulation de la transaction
relative à l’indemnisation de son licenciement (Soc., 18 février 2003, Bull. 2003, V, n
o
 59, pourvoi n
o
 01-40.978) ;
- l’ouverture d’une procédure collective postérieure au premier jugement (Soc., 24 juin 1998, pourvoi
n
o
 96-41.923) ;
- l’aggravation du niveau de surendettement d’un débiteur, établissant ainsi la modification de sa situation
(1
re
 Civ., 26 mars 1996, pourvoi n
o
 94-04.129) ;
- la décision de la juridiction administrative réduisant le montant des revenus constituant l’assiette de calcul
des cotisations d’allocations familiales du débiteur (Soc., 2 mars 1995, pourvoi n
o
 92-17.112) ;
- les dispositions du cahier des charges de la vente sur licitation d’un immeuble intervenue après le jugement
ordonnant la liquidation d’une communauté conjugale entraînant la modification de la répartition du passif
communautaire définie par un jugement antérieur (1
re
Civ., 20 novembre 1990, pourvoi n
o
 89-10.169) ;
- la réintégration d’un immeuble dans le patrimoine d’une société autorisant désormais une demande de
restitution (2
e
Civ., 17 mars 1986, Bull. 1986, II, n
o
 41, pourvoi n
o
 84-12.635).
b) Perte de fondement juridique
Elle peut être brièvement définie comme l’anéantissement rétroactif d’une décision judiciaire, revêtue, en tant
que telle et par application de l’article 480 du code de procédure civile, de l’autorité de la chose jugée, par
suite de la disparition d’une règle ou d’un acte, voire de la survenance d’un fait.
L’examen - qui ne saurait prétendre à l’exhaustivité - de la jurisprudence de la Cour de cassation en ce
domaine révèle qu’il est fréquemment fait appel à cette notion et qu’est retenue «  la perte de fondement
juridique », notamment dans les hypothèses suivantes :
- en matière d’astreinte  : dès lors qu’au regard de l’article 33 de la loi du 9 juillet 1991, cette mesure
constitue l’accessoire de la décision dont elle est destinée à assurer l’exécution, la disparition de cette
décision entraîne, par voie de conséquence, la perte de fondement juridique ainsi que l’anéantissement des
décisions de liquidation de l’astreinte, la jurisprudence allant jusqu’à retenir que cet anéantissement a lieu « de
plein droit  » et qu’il ouvre droit à restitution des sommes versées en exécution des décisions de liquidation
d’astreinte, « fussent-elles même passées en force chose jugée ». Par exemple :
- l’annulation d’une marque entraîne, de plein droit, pour perte de fondement juridique, l’anéantissement des
décisions de liquidation d’une astreinte précédemment ordonnée assortissant le jugement faisant défense
au contrefacteur de poursuivre ses agissements (arrêt «  Haribo  », sur lequel on reviendra plus loin  : 2
e
  Civ.,
6 janvier 2005, Bull. 2005, II, n
o
 1, pourvoi n
o
 02-15.954) :
54
Voir par exemple : 1
re
Civ., 22 octobre 2002, Bull. 2002, I, n
o
234, pourvoi n
o
00-14.035 ; 2
e
Civ., 3 juin 2004, Bull. 2004, II,
n
o
264, pourvoi n
o
03-14.204 ; 3
e
Civ., 25 avril 2007, Bull. 2007, III, n
o
59, pourvoi n
o
06-10.662 ; Com., 3 avril 2007, pourvoi
n

05-12.781  ; 12 juin 2007, Bull. 2007, IV, n
o
158, pourvoi n
o
05-14.548 ; 2
e
Civ., 6 mai 2010, Bull. 2010, II, n
o
88, pourvoi
n
o
 09-14.737 ; 2
e
Civ., 13 janvier 2011, pourvoi n
o
09-16.546.
55
2
e
Civ., 6 mai 2010, Bull. 2010, II, n
o
88, pourvoi n
o
09-14.737.
56
2
e
Civ., 9 avril 2009, pourvoi n
o
08-10.964 ; 2
e
Civ., 10 juillet 2008, pourvoi n
o
07-14.620.
57
Ces termes sont également utilisés (cf. notamment 2
e
Civ., 6 mai 2010, Bull. 2010, II n
o
88 ; 2
e
Civ., 3 juin 2004, Bull. 2004, II,
n
o
264, pourvoi n
o
03-14.204 ; Soc., 18 février 2003, Bull. 2003, V, n
o
59, n
o
01-40.978).
BICC_759_Livre.indb 15 3/23/2012 1:58:24 PM
16

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

1
er
avril 2012
« Attendu qu’un jugement a dit que la société Haribo Ricqles s’était rendue coupable de faits de contrefaçon
de la marque “Halloween” déposée par la société Optos Opus le  1
er
  décembre 1995 et enregistrée sous le
n
o
  95.599.556 et lui a fait défense, sous peine d’astreinte, de poursuivre ses agissements  ; que le tribunal,
qui s’était réservé le contentieux de la liquidation de l’astreinte, a ultérieurement condamné la société Haribo
à payer à ce titre à la société Optos Opus une certaine somme ; que la société Haribo ayant relevé appel de
cette décision, la cour d’appel a réduit le montant de la condamnation ;
Attendu, cependant, que par arrêt ultérieur du 13 décembre 2002, devenu irrévocable, la cour d’appel de
Paris a annulé la marque Halloween litigieuse  ; que cette décision entraîne de plein droit, pour perte de
fondement juridique, l’anéantissement des décisions de liquidation de l’astreinte » ;
- la réformation d’une décision assortie d’une astreinte entraîne de plein droit, pour perte de fondement
juridique, l’anéantissement des décisions prises au titre de la liquidation de l’astreinte, fussent-elle passées
en force de chose jugée, et ouvre, dès lors, droit, s’il y a lieu, à restitution » : Com., 3 mai 2006, Bull. 2006,
IV, n
o
 106, pourvoi n
o
 04-15.262 ; 2
e
 Civ., 28 septembre 2000, Bull. 2000, II, n
o
 134, pourvoi n
o
 98-16.175
58
;
- l’infirmation de la décision ordonnant une astreinte entraîne la privation de fondement juridique de la décision
l’ayant liquidée (Soc., 9 novembre 2004, pourvoi n
o
 03-43.850) ;
- l’annulation par le juge administratif d’un arrêté préfectoral entraîne l’annulation de l’arrêt liquidant l’astreinte
prononcée en vue de faire respecter les obligations imposées par cet arrêté (2
e
Civ., 10 juin 2010, Bull. 2010,
II, n
o
 109, pourvoi n
o
 06-17.827).
Dans d’autres domaines que celui de l’astreinte, la perte de fondement juridique est aussi admise par la
jurisprudence, puisqu’elle procède de la même analyse du lien subséquent, consécutif, accessoire ou de
dépendance nécessaire unissant la première et la seconde décision. Ainsi :
- l’annulation du brevet entraîne la mainlevée de la saisie-contrefaçon et la restitution des objets saisis
59
;
- l’annulation, par le Conseil d’État, de deux jugements d’un tribunal administratif ayant condamné un
architecte qui avait conçu et surveillé la réalisation d’un ensemble immobilier pour le compte d’un office public
d’HLM prive de tout fondement l’arrêt d’une cour d’appel rendu antérieurement à la décision du Conseil
d’État, et qui avait accueilli l’action directe de l’OPHLM contre l’assureur de l’architecte, de sorte que le
paiement effectué par ce dernier au maître de l’ouvrage était indu (1
re
Civ., 24 juin 1997, Bull. 1997, I, n
o
 212,
pourvoi n
o
 95-13.885) ;
- se trouve privé de fondement juridique l’arrêt se référant, pour ordonner l’expulsion d’un locataire, à un
arrêt ayant résilié le bail consenti à celui-ci alors que la rétractation de cette décision, intervenue sur tierce
opposition d’un créancier inscrit, avait effet à l’égard de toutes les parties en raison de la nature indivisible
des obligations découlant du bail (3
e
Civ., 3 novembre 1988, Bull. 1988, III, n
o
 155, pourvoi n
o
 86-18.180) ;
- des décisions consacrent l’effet «  de plein droit  » de l’anéantissement consécutif non seulement à la
cassation, mais aussi à l’infirmation ou à la rétractation d’une décision juridictionnelle qui constituait le
fondement de la décision anéantie  : 2
e
  Civ., 13 juillet 2006, pourvoi n
o
  04-20.690  ; 2
e
  Civ., 13 juillet 2006,
pourvois n
o
  04-19.961 et 05-12.241  ; 2
e
  Civ., 11 mai 2006, pourvoi n
o
  04-15.674 ; 2
e
  Civ., 6 avril 2006,
n
o
 04-18.648 ;
- un arrêt retient qu’un jugement postérieur ayant privé une partie de la qualité de locataire commercial
depuis le  1
er
  août 2006 entraînait de plein droit, pour perte de fondement juridique, l’anéantissement de la
décision antérieure assortissant d’une astreinte une injonction de non-rétablissement insérée dans le contrat
de cession de fonds de commerce et dont l’objet avait disparu (2
e
Civ., 7 juillet 2011, pourvoi n
o
 10-20.628) ;
- un arrêt rejette un pourvoi contre une décision ayant prononcé la suppression d’une astreinte à la suite de
la disparition d’une marque, alors même que cette disparition, pour défaut de renouvellement dans le délai
de dix ans, était intervenue antérieurement à l’arrêt prononçant l’interdiction sous astreinte de faire usage de
cette marque (2
e
Civ., 25 février 2010, pourvoi n
o
 09-12.812) :
« Mais attendu qu’ayant relevé que M. X… n’avait pas renouvelé la marque enregistrée le 9 octobre 1994 sous
le n
o
 945.40.598 dans le délai légal de dix ans, de sorte que l’interdiction prononcée sous astreinte par l’arrêt
du 13 novembre 2007 n’avait plus de fondement légal, c’est sans modifier le dispositif de cette décision que
la cour d’appel a prononcé la suppression de l’astreinte ».
B. - Critiques et solutions doctrinales
Trois positions différentes sont tenues par les auteurs. La première reste hostile à la remise en cause d’une
décision de condamnation revêtue de l’autorité de la chose jugée (1). La seconde s’accorde au contraire
avec la jurisprudence de la Cour de cassation (2) et se fonde sur la théorie des « faits nouveaux » (a), ou sur
celle de la perte de fondement juridique (b). Enfin, sera examinée la solution apportée par le droit de l’Union
européenne à la problématique qui nous occupe (3).
1. - Primauté de l’autorité de la chose jugée
Cette position est appuyée sur la conception rigoureuse de l’autorité de la chose jugée, intimement liée à
l’essence même de la justice et à la théorie de l’acte juridictionnel, qui est de mettre fin aux litiges : « Le litige,
dès lors que les voies de recours sont épuisées, est vidé, tranché une fois pour toutes, ce qui garantit stabilité,
sécurité et paix entre les hommes »
60
. Elle est également tirée de la force obligatoire des jugements ainsi que
de la présomption de vérité légale qui leur est attachée et paraît obéir à un impératif de sécurité juridique.
58
R. Perrot, obs. sous 1
re
Civ., 6 janvier 2005, Procédures, avril 2005, comm. n
o
84.
59
E. Py, op. cit., n
o
166, citant un jugement du tribunal de grande instance de Paris du 5 décembre 1997 : PIBD 1998, n
o
651, III,
p. 194.
60
J. Carbonnier, Droit Civil, introduction, Thémis, PUF, n
o
192.
BICC_759_Livre.indb 16 3/23/2012 1:58:24 PM
17

1
er
avril 2012
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
L’arrêt du 12 juin 2007 précité a été désapprouvé par les rares commentaires qu’il a suscités. Privat Vigand
61

critique ainsi cette décision en se référant à l’arrêt d’une juridiction anglaise (Court of appeal, Civil Division)
du 25 avril 2007 (Unilin Beheer BV c/ Berry Floor NV) qui, saisie de la même question, a refusé de remettre
en cause la décision définitive de condamnation à des dommages-intérêts pour des motifs de sécurité
juridique, s’exprimant en ces termes : « Vous ne pouvez défaire quoi que ce soit sans créer de l’incertitude.
Et lorsqu’une décision finale a été rendue entre les parties après un procès loyal, elle doit être tenue pour
une réponse définitive […]. Lorsqu’une décision définitive est rendue, les hommes d’affaires doivent pouvoir
poursuivre leurs activités en sachant ce qu’il en est » (notre traduction)
62
.
La solution retenue par l’arrêt du 12 juin 2007 laisse «  circonspect  » le professeur Jacques Raynard
63
, qui
estime que les incidences de l’annulation du brevet sont «  limitées par l’autorité de la chose jugée, et le
respect des droits des tiers qui en l’occurrence n’étaient pas dans la cause  ». Selon lui, cet arrêt excède
les limites jurisprudentielles reconnues à l’effet rétroactif de l’annulation du brevet, s’agissant notamment
de la question des restitutions des contrats annulés (Com., 28 janvier 2003, précité). Il considère enfin que
cette décision « ni ne contribue à la sécurité juridique, ni n’encourage à l’exécution volontaire et rapide des
décisions de condamnation ».
Antérieurement à l’arrêt de 2007, les auteurs, auxquels la difficulté n’avait pas échappé, se prononçaient
majoritairement en faveur de la prévalence de l’autorité de la chose jugée de la décision de condamnation sur
l’effet rétroactif de l’annulation : un contrefacteur définitivement condamné ne devait pas être admis à remettre
en cause une telle décision à la suite de l’annulation du brevet pour demander la restitution du montant des
dommages-intérêts versés au titre de la réparation du préjudice du breveté
64
.
Sans avoir envisagé expressis verbis cette difficulté, dans son article consacré aux effets des jugements en
matière de propriété industrielle, Jean Foyer, après s’être demandé ce que devait faire le juge saisi d’une
demande en contrefaçon alors qu’une décision d’annulation frappée d’appel ou d’un pourvoi en cassation
était pendante devant une autre juridiction, précise que le «  législateur [de 1978] a simplement voulu que
l’ancien titulaire d’un titre annulé ne s’en serve plus (…) »
65
.
Toutefois, une partie des auteurs rejetant la solution adoptée par la Cour de cassation en 2007 admettent
cependant que le contrefacteur condamné puisse reprendre ses actes d’exploitation postérieurement à
l’annulation du titre
66
, cette solution aboutissant à la remise en cause, mais seulement pour l’avenir
67
,
de l’autorité de la chose jugée par le jugement sur la contrefaçon. Si la décision de condamnation pour
contrefaçon est assortie d’une interdiction sous astreinte, J.-P. Stenger suggère, en outre, que le contrefacteur
méconnaisse l’interdiction et demande au juge de l’exécution, au moment de la liquidation de l’astreinte,
qu’elle soit ramenée à zéro
68
.
Enfin, sans constituer une limite à cette solution de l’irrecevabilité de l’action en répétition de l’indu, Emmanuel
Py évoque l’hypothèse dans laquelle le breveté, qui, en raison des activités qu’il exerçait, connaissait
nécessairement l’existence d’antériorités et ne pouvait se méprendre sur la validité de son brevet, doit être
considéré comme ayant engagé ses actions en contrefaçon de mauvaise foi, justifiant sa condamnation pour
procédure abusive
69
.
2. - Absence d’autorité de la chose jugée
Ainsi qu’il l’a été relevé plus haut, deux conceptions paraissent de nature à faire produire à l’annulation du
brevet un effet rétroactif susceptible, le cas échéant, de mettre en échec des décisions revêtues de l’autorité
de la chose jugée : la théorie des faits nouveaux (a) ou la perte de fondement juridique (b).
a) La théorie des faits nouveaux
Elle est illustrée par l’arrêt précité du 12 juin 2007, dans lequel la Cour de cassation retient que l’annulation
du brevet constitue « un fait ou un acte postérieur à la décision modifiant la situation antérieurement reconnue
en justice ». Elle a été approuvée par certains auteurs
70
.
Elle paraît s’appuyer sur les dispositions de l’article 1351 du code civil, subordonnant l’autorité de la chose
jugée à la triple identité de parties, d’objet et de cause, cause dont la doctrine admet majoritairement qu’elle
61
P. Vigand, obs. sous Com. 12 juin 2007, Propriété industrielle, n
o
1, janvier 2008, comm. 1.
62
“You cannot unravel everything without creating uncertainly. And where a final decision has been made on a fair contest between
the parties, that should stand as the final answer between them. […] After a final decision businessmen should be able to get on
with their businesses, knowing what the position is” (§§ 45 et 46).
63
J. Raynard, obs. sous Com.,10 juin 2007, D. 2008, p. 745.
64
64 J.-C. Galloux, op. cit., n
o
436, p. 176. J. Azéma, op. cit., n
o
1841 (cette édition est postérieure à l’arrêt du 12 juin 2007, mais
n’y fait pas référence). Yves Reboul et Emmanuel Py, Juris-Classeur Brevets, « annulation du brevet », Fasc. 4495, août 2002,
n

145. E. Py semble maintenir la désapprobation de la solution contraire retenue en 2007 (op. cit., n
o
164). Également, Jean-
Pierre Stenger, op. cit., n
o
17, qui ne fait pas non plus référence à l’arrêt du 12 juin 2007.
65
J. Foyer, op. cit., p. 165, in fine.
66
E. Py, op. cit., n
o
165. J. Azèma et J.-Ch. Galloux, op. cit., n
o
426, p. 266. Contra, J.-M. Mousseron, op. cit., n
o
1028, p. 990,
note 55.
67
E. Py, op. cit., n
o
165.
68
J.-P. Stenger, op. cit., n
o
17.
69
E. Py, op. cit., n
o
174, citant : CA Lyon, première chambre, 2 juillet 1998 : RD propriété intellectuelle 114/2000, p. 28 ; Dossiers
brevets 1998, III, p. 3. CA Paris, quatrième chambre, 29 juin 2005 : PIBD 2005, n
o
815, III, p. 535, plus spécialement à propos
de l’abus d’exercice du droit d’appel.
70
F. Pollaud-Dulian, op. cit., p. 299.
BICC_759_Livre.indb 17 3/23/2012 1:58:24 PM
18

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

1
er
avril 2012
est constituée à la fois de faits et de règles juridiques
71
. La très grande majorité de la doctrine considère ainsi
qu’il n’y a pas, en principe, d’identité de cause lorsque s’est produit un fait nouveau postérieurement à la
décision revêtue de l’autorité de la chose jugée
72
.
Il s’en déduit que seuls des faits postérieurs à la première décision et modifiant la situation juridique consacrée
par celle-ci peuvent combattre l’autorité de la chose jugée attachée à cette décision. Selon H. Motulsky, « la
question litigieuse, au regard de la chose jugée, c’est tout point qui a été débattu contradictoirement entre les
parties [...]. L’interdiction de retourner devant le juge est, en principe, limitée aux facteurs qui ont été débattus
devant le tribunal et tranchés par lui »
73
.
Il paraît en découler que, sous certaines conditions, l’autorité de la chose jugée cède devant un moyen de
fait nouveau
74
, alors qu’un moyen de droit nouveau, en application de la jurisprudence dégagée par l’arrêt
X… [assemblée plénière, 7 juillet 2006]
75
, se heurtera inexorablement à cette autorité, le tout, évidemment,
en cas d’identité de parties et d’objet.
Les faits et actes nouveaux ne peuvent se voir opposer l’autorité du jugement passé puisqu’ils n’entraient pas
dans son périmètre, n’ayant pas pu, par définition, être connus des parties, qui n’ont pu les invoquer, de sorte
qu’ils n’ont pas été débattus devant le premier juge, qui n’a donc pas pu les prendre en considération. Plus
précisément, les faits sont, par définition, contingents et nouveaux : ils n’existaient pas au moment du premier
jugement ou arrêt (changement de conditions de vie d’un enfant, aggravation d’un préjudice…). Les actes
sont des événements non contingents, mais postérieurs, qui échappent à la volonté des parties, l’autorité de
la chose jugée ne garantissant pas seulement l’autorité de la juridiction qui a rendu la décision définitive, mais
protégeant aussi la partie gagnante.
Le fait nouveau modifie la cause de l’action, de sorte qu’il peut être soutenu qu’il n’y a pas identité entre la
seconde demande et celle qui a été tranchée par le premier jugement. Il en découle que la fin de non-recevoir
tirée de l’autorité de la chose jugée par le premier jugement ne semble pas pouvoir être opposée à la seconde
action.
b) La perte de fondement juridique
Elle peut être définie comme le mécanisme aboutissant à l’anéantissement rétroactif d’un jugement à la suite
de la disparition ou de la modification profonde de la situation juridique en considération de laquelle il a été
rendu. Ainsi, un jugement est rétroactivement réduit à néant en raison de la destruction, après qu’il a été
rendu, d’une règle ou d’un acte sur lequel il reposait.
L’élément dont la disparition provoque la perte de fondement juridique peut être :
- un acte juridique (acte administratif, annulation d’une marque ou d’un brevet) ;
- une décision de justice (judiciaire ou administrative) ;
- une règle de droit (annulée rétroactivement par le législateur).
Si le code de procédure civile n’utilise pas l’expression de perte de fondement juridique, l’alinéa  2 de son
article 625 prévoit, comme corollaire de la cassation de la décision attaquée, un mécanisme qui procède du
même principe, désigné par l’expression « annulation par voie de conséquence » des décisions qui sont « la
suite, l’application ou l’exécution » de la décision cassée ou qui s’y rattachent « par un lien de dépendance
nécessaire ».
Outre l’anéantissement d’une décision juridictionnelle servant de fondement à d’autres décisions, la perte de
fondement juridique peut provenir de l’anéantissement d’une règle de droit. C’est le cas d’une nouvelle loi
applicable rétroactivement tant aux instances en cours qu’aux situations antérieures à sa publication
76
.
C’est également le cas lorsque le législateur instaure une procédure spéciale, comme celle instituée par
les articles L.  12-5 et R.  12-5-1 du code de l’expropriation, qui prévoient qu’«  en cas d’annulation par une
décision définitive du juge administratif de la déclaration d’utilité publique ou de l’arrêté de cessibilité, tout
exproprié peut faire constater par le juge de l’expropriation que l’ordonnance portant transfert de propriété
est dépourvue de base légale ».
Mais on notera que, dans ces deux dernières hypothèses, la perte de fondement ne pourra être invoquée
que dans le cadre de l’exercice d’une voie de recours contre la décision dont l’anéantissement est demandé.
Ainsi, dans les cas envisagés ci-dessus, la perte de fondement juridique constitue un cas d’ouverture d’une
voie de recours qui «  atteint l’arrêt qui était parfaitement légal au jour de son prononcé, et puise sa source
dans un fait postérieur à l’arrêt, tel que la promulgation d’une nouvelle loi, déclarée applicable aux instances
en cours devant la Cour de cassation, ou l’annulation d’une décision administrative ou judiciaire sur laquelle se
71
En ce sens notamment : J. Héron et T. Le Bars, Droit judiciaire privé, Montchrestien, 4
e
éd., n
o
335 ; G. Cornu et J. Foyer, p. 525-
526 ; cf. aussi article 56 du code de procédure civile : « objet de la demande avec un exposé des moyens en fait et en droit ».
72
N. Fricéro, « Autorité du jugement », Dalloz action Procédure civile 2009/2010, n
o
421-120 et 421-121 ; G. Wiederkehr, « Chose
jugée », Répertoire procédure civile Dalloz, mars 2004, n
o
271 et s. ; Cédric Bouty, « Chose jugée », Répertoire procédure civile
Dalloz, janvier 2009, n
o
544 et s. ; Mélina Douchy-Oudot, « Autorité de la chose jugée », Juris-Classeur Civil, articles 1349 à 1353,
Fasc. 20, n
o
182 et s.
73
H. Motulsky, Écrits, Études et notes de procédure civile, éditions Dalloz 2010, n
o
37, p. 226, et n
o
48, p. 234.
74
Ce que ne peuvent être : un fait antérieur à la décision revêtue de l’autorité de la chose jugée  : 2
e
Civ., 9 avril 2009, pourvoi
n
o
08-10.964, un moyen de preuve nouveau : 1
re
Civ., 25 février 2009, pourvoi n
o
07-19.761 ; 3
e
Civ., 19 septembre 2007, Bull.
2007, III, n
o
146, pourvoi n
o
06-11.962, ou une jurisprudence apparue postérieurement : 2
e
Civ., 5 février 2009, Bull. 2009, II,
n
o
 33, pourvoi n

08-10.679.
75
Assemblé plénière, 7 juillet 2006, Bull. 2006, Ass. plén., n
o
8, pourvoi n
o
04-10-672.
76
Cf., par exemple, l’article 47 de la loi n
o
85-677 du 5 juillet 1985, qui prévoit que certaines de ses dispositions s’appliqueront dès
la publication de la loi, même aux accidents ayant donné lieu à une action en justice introduite avant cette publication, y compris
aux affaires pendantes devant la Cour de cassation. Elles s’appliqueront également aux accidents survenus dans les trois années
précédant cette publication et n’ayant pas donné lieu à l’introduction d’une instance.
BICC_759_Livre.indb 18 3/23/2012 1:58:24 PM
19

1
er
avril 2012
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
fondait l’arrêt »
77
. La perte de fondement juridique doit, en conséquence, être distinguée du manque de base
légale, qui constitue lui-même un cas d’ouverture à cassation, mais qui concerne une tout autre hypothèse :
celle où, dès son prononcé, l’arrêt n’est pas conforme à la règle de droit en raison de l’insuffisance de sa
motivation.
Il ne s’agit là que de l’une des hypothèses possibles de perte de fondement juridique consécutive à la
disparition d’une décision juridictionnelle. Hors de ces fondements textuels, la jurisprudence a, de manière
prétorienne, élargi son domaine, la cassation, la volonté du législateur ou celle du pouvoir réglementaire
n’étant pas les seules causes de cette disparition, cette dernière pouvant aussi résulter d’une infirmation,
d’une annulation ou d’une rétractation, notamment à la suite d’une tierce opposition.
Dans la matière qui nous occupe, il revient d’ailleurs, sous la plume des auteurs
78
ou dans la motivation des
juges du fond, que l’annulation du brevet prive de fondement l’action en contrefaçon.
Avec le professeur Le Bars
79
, il peut donc être retenu que l’anéantissement pour cause de perte de fondement
juridique peut être mis en œuvre selon trois modalités différentes :
- être prononcé ou constaté à l’occasion de l’exercice d’une voie de recours classique contre la décision à
anéantir, en cas, notamment, d’application d’une loi rétroactive détruisant la règle de droit antérieure, le juge
devant alors constater la perte de fondement juridique opérée par la nouvelle norme ;
- être prononcé ou constaté dans le cadre d’une voie de recours spéciale, comme celle prévue par l’article
L. 12-5 précité
80
;
- avoir lieu de plein droit, soit en application de l’article 625 du code de procédure civile, qui ne trouve toutefois
application qu’à hauteur de cassation, soit sous l’effet de la rétractation ou de l’infirmation d’une décision,
comme l’admet une jurisprudence que nous qualifierons de prétorienne.
Il convient de souligner que la très grande majorité des cas d’anéantissement de jugements admis par la
jurisprudence « prétorienne » pour cause de perte de fondement juridique résultent de l’infirmation ou de la
rétractation de la décision juridictionnelle qui en constituait le fondement. Dans des hypothèses beaucoup
moins nombreuses, cette perte résulte de l’anéantissement d’actes juridiques. En revanche, aucun cas de
perte fondé sur la survenance d’un simple fait juridique n’a été recensé.
Cette jurisprudence prétorienne a été critiquée aux motifs qu’elle porte atteinte à l’autorité de la chose jugée
et que les solutions auxquelles elle aboutit sont de nature à créer une grande insécurité juridique
81
.
Selon la doctrine, l’admission «  prétorienne  » de la perte de fondement juridique se heurte à plusieurs
objections :
- elle n’est fondée sur aucune base textuelle expresse ;
- elle fait perdre de plein droit - et ce en dehors même de l’exercice d’une voie de recours - leur autorité
de chose jugée à des décisions, quelle que puisse être leur ancienneté, et alors que celles-ci ne sont plus
susceptibles de quelque recours que ce soit.
Commentant l’arrêt précité du 24 juin 1997 (1
re
Civ., Bull. 1997, I, n
o
  212)
82
, G. Wiederkehr
83
estime que la
Cour de cassation «  fait litière de l’autorité de la chose jugée  », soulignant qu’en rejetant le pourvoi formé
contre l’arrêt attaqué, « la Cour de cassation annule un autre arrêt qui ne lui était pas et qui ne pouvait pas
lui être déféré  », reprochant à la Cour suprême «  d’affirmer qu’il [l’arrêt attaqué] est bien fondé, même s’il
contredit un arrêt irrévocable, parce qu’il n’y a plus lieu de tenir compte de la chose jugée par ce dernier ».
Il estime enfin que « si l’on tire toutes les conséquences de la motivation de l’arrêt du 24 juin 1997, l’autorité
de la chose jugée n’existe plus et la justice ne met plus fin aux litiges, qui peuvent toujours renaître de leurs
cendres ».
L’automatisme des effets «  de plein droit  » de la perte de fondement juridique retenu par l’arrêt «  Haribo  »
(2
e
 Civ., 6 janvier 2005, Bull. 2005, II, n
o
 1)
84
apparaît critiquable à T. Le Bars à plusieurs titres :
il permet, sans limitation de durée, la remise en cause de décisions irrévocables, en autorisant qu’un
jugement, contre lequel aucune voie de recours n’a été formée, perde toute force obligatoire, de nombreuses
années plus tard, à la faveur de l’annulation judiciaire d’un acte ou d’une précédente décision sur lequel il était
fondé. « L’irrévocabilité devient une vue de l’esprit et toute décision de justice est désormais rendue sous la
condition implicite que, dans les trente ans à venir, elle ne perdra pas rétroactivement un de ses fondements.
Une telle solution [....] est source d’une grave insécurité juridique
85
 » ;
77
J. et L. Boré, La cassation en matière civile, Dalloz action, 2009-2010, n
o
76 et s.
78
E. Py, op. cit., n
o
166 ; F. Pollaud-Dulian, op. cit., p. 299 ; Jean Foyer, op. cit.
79
Thierry Le Bars, « La perte de fondement juridique en droit judiciaire privé », in Le nouveau code de procédure civile (1975-2005),
Economica, 2006, p. 270 et s.
80
Par exemple : 3
e
Civ., 26 mai 2010, pourvoi n
o
09-68.079 ; 17 décembre 2008, Bull. 2008, III, n
o
208, pourvoi n
o
07-17.739, et
5 décembre 2007, Bull. 2007, III, n
o
224, pourvoi n
o
06-70.003.
81
G. Wiederkehr, « Autorité de chose jugée, perte de fondement juridique, cassation par voie de conséquence », RGDP 1998,
p. 320, cité par J. et L. Boré, op. cit., n
o
76.44, p. 406.
82
Par lequel la Cour de cassation approuve une cour d’appel de retenir que l’annulation, par le Conseil d’État, de deux jugements
du tribunal administratif ayant condamné un architecte qui avait conçu et surveillé la réalisation d’un ensemble immobilier pour le
compte d’un OPHLM prive de tout fondement l’arrêt d’une cour d’appel rendu antérieurement à la décision du Conseil d’État, et
qui avait accueilli l’action de l’office d’habitation à loyer modéré contre l’assureur de l’architecte (cf. rapport, p. 19).
83
G. Wiederkehr, Revue générale des procédures, avril-juin 1998, p. 320 et s.
84
Cf. rapport, p. 18.
85
Thierry Le Bars, op. cit.
BICC_759_Livre.indb 19 3/23/2012 1:58:24 PM
20

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

1
er
avril 2012
- il méconnaît la règle instituée par l’article 460
86
du code de procédure civile, qui exige que toute remise en
cause d’une décision de justice passe par l’exercice d’une voie de recours
87
.
Certains auteurs relèvent encore que le législateur, comme le juge, paraissent en cette matière procéder au
cas par cas, sans que soient fixées de limites au champ d’application de la théorie qu’ils mettent en œuvre,
et dont ils s’inquiètent de l’extension possible. Ils estiment en effet que rien n’empêche d’appliquer la théorie
de la perte de fondement juridique au domaine des actes juridiques privés, actes unilatéraux ou contrats, et
ne voient pas ce qui pourrait s’opposer à ce que la résolution d’un contrat emporte perte de fondement d’un
jugement rendu quelques années plus tôt sur la base même des dispositions de ce contrat
88
.
Il a toutefois été fait remarquer que la solution inverse, qui fait prévaloir l’autorité de la chose jugée attachée
à la première décision, n’est pas non plus satisfaisante, à plus d’un titre :
- elle paraît heurter le bon sens et l’équité (comment, dans notre cas d’espèce, faire admettre, en sens
commun, qu’une personne, dont il est irrévocablement jugé qu’elle n’est pas un contrefacteur, puisse
néanmoins continuer d’être tenue vis-à-vis d’une autre personne, dont il est aussi irrévocablement jugé qu’elle
n’est pas le breveté, au titre d’une condamnation prononcée sur le fondement même de la constatation de
cette contrefaçon) ?
- elle aurait pour effet de multiplier les voies de recours en vue d’éviter que les décisions ne deviennent
définitives ;
- elle priverait de toute effectivité la décision d’annulation intervenue postérieurement
89
.
Des auteurs
90
admettent l’extension, par analogie, de la règle posée par l’article 625 du code de procédure
civile aux autres hypothèses d’anéantissement d’un fondement juridique lorsque ce dernier réside dans un
jugement, mais estiment souhaitable de bannir l’automatisme des effets de la perte de fondement juridique
quand celle-ci consisterait dans la disparition d’un acte autre qu’un jugement ou un arrêt.
Une solution pourrait peut-être consister à donner une base textuelle à la perte de fondement juridique en la
faisant figurer, comme telle, au nombre des cas d’ouverture du recours en révision prévus par l’article 595 du
code de procédure civile. Les parties disposeraient alors, en application de l’article 596 du même code, d’un
délai de deux mois pour agir à compter de la date où elles ont eu connaissance de cette cause de révision.
Ainsi pourraient être ménagées à la fois l’autorité de la chose jugée de la première décision et la règle posée
par l’article 460 du même code.
Enfin, le professeur Mathély considère que le conflit entre la décision d’annulation d’un brevet postérieure
à une condamnation irrévocable pour contrefaçon pourrait être résolu par le pourvoi en cassation pour
contrariété de décisions, prévu par l’article 618 du code de procédure civile, ce qui aboutirait à l’annulation
de l’une d’elles
91
. Il peut être toutefois permis de douter de la pertinence de cette solution en l’espèce, dès
lors que, d’une part, l’inconciliabilité au sens de ce texte est définie, selon la jurisprudence de la Cour de
cassation, comme l’impossibilité d’exécuter simultanément les deux décisions
92
, sans qu’il suffise que celles-
ci statuent différemment à propos d’un même fait
93
et que, d’autre part, le présent pourvoi n’est pas dirigé
à la fois contre les deux décisions prétendument inconciliables, comme paraît l’exiger l’article 618 précité.
3. - Le droit de l’Union européenne
Il prévoit que l’effet rétroactif de la nullité d’une marque communautaire ou d’un dessin ou modèle
communautaire peut affecter les décisions statuant sur la contrefaçon de cette marque ou de ce dessin ou
modèle ayant acquis l’autorité de la chose jugée, sous réserve toutefois que ces décisions n’aient pas été
exécutées antérieurement à la décision de nullité
94
. La même règle figurait dans le projet de convention pour
la création d’un brevet européen, qui n’a finalement pas vu le jour
95
.
Une telle disposition, outre qu’elle semble ne pouvoir être introduite dans notre droit positif que par la volonté
du législateur, paraît être de nature à inciter toute partie condamnée à retarder autant que possible l’exécution
de la condamnation dans l’espoir d’une annulation du brevet. Elle peut, par ailleurs, sembler choquante sur le
plan des principes, dès lors qu’elle tend à faire dépendre l’autorité de la chose jugée d’une décision du seul
critère d’exécution de celle-ci.
86
Article 460 : « La nullité d’un jugement ne peut être demandée que par les voies de recours prévues par la loi ».
87
L. Cadiet E. Jeuland, Droit judicaire privé, 6
e
éd., Litec n
o
799, p. 545 ; Droit et pratique de la procédure civile, Dalloz action
2009/2010, n
o
163.211 et s.
88
Thierry Le Bars, op. cit., p. 277 et 278 ; J. et L. Boré, La cassation en matière civile, Dalloz action, 2009 2010, n
o
76-31.
89
J. et L. Boré, op. cit.
90
Th. Le Bars, op. cit., p. 292 et 293 ; J. et L. Boré, La cassation en matière civile, Dalloz action, 2009 2010, n
o
76-44, p. 406-407.
91
P. Mathély, op. cit., p. 390.
92
1
re
Civ., 29 juin 2011, pourvoi n
o
10-16.331 ; 2
e
Civ., 15 avril 2010, pourvoi n
o
09-66.508 ; 3
e
Civ., 13 octobre 2009, pourvoi
n

08-14.465.
93
2
e
Civ., 7 novembre 1994, Bull. 1994, II, n
o
219, pourvois n
o
 93-11.127 et 93-16.213.
94
L’article 55, paragraphe 3, sous a, du Règlement (CE) n
o
207/2009 du Conseil, du 26 février 2009, sur la marque communautaire
(JOUE L 71, p. 1) dispose que « sous réserve des dispositions nationales relatives soit aux recours en réparation du préjudice
causé par la faute ou la mauvaise foi du titulaire de la marque, soit à l’enrichissement sans cause, l’effet rétroactif [...] de la
nullité de la marque n’affecte pas [...] les décisions en contrefaçon ayant acquis l’autorité de la chose jugée et exécutées
antérieurement à la décision [...] de nullité». Le Règlement sur les dessins ou modèles communautaires (Règlement (CE)
n
o   
6/2202, du 12 décembre 2001) comporte des dispositions analogues en son article 26, qui traite des effets de la nullité du
modèle communautaire.
95
La Convention - avortée - de Luxembourg sur le brevet communautaire disposait en son article 35 que « sous réserve des
dispositions nationales relatives soit au recours en réparation du préjudice causé par la faute ou la mauvaise foi du titulaire du
brevet, soit à l’enrichissement sans cause, l’effet rétroactif de la révocation ou de la nullité du brevet n’affecte pas :
a) les décisions en contrefaçon ayant acquis l’autorité de la chose jugée et exécutées antérieurement à la décision de révocation
ou de nullité ;
b) les contrats conclus antérieurement à la décision de révocation ou de nullité dans la mesure où ils ont été exécutés
antérieurement à cette décision (...) ».
BICC_759_Livre.indb 20 3/23/2012 1:58:24 PM
21

1
er
avril 2012
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
En outre, est-il acceptable, notamment au regard du principe d’égalité, que le sort de la partie condamnée
dépende de la rapidité - donc de la bonne foi dont elle a fait preuve - avec laquelle elle a réglé les dommages-
intérêts alloués au titulaire du brevet ? Est-il admissible, enfin, que deux défendeurs, condamnés à la même
date - voire par le même jugement - pour la contrefaçon d’un même brevet, puissent être, l’un, autorisé à ne
pas exécuter la décision de condamnation, l’autre, irrecevable à réclamer la restitution des sommes versées
en exécution de sa condamnation ?
Nombre de projets préparés : il est proposé à l’assemblée plénière trois projets, avec variantes.
BICC_759_Livre.indb 21 3/23/2012 1:58:24 PM
22

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

1
er
avril 2012
C’est sur une question latente depuis l’entrée en vigueur de la loi du 13 juillet 1978, mais dont les évolutions
jurisprudentielles de la dernière décennie ont modifié les termes, qu’en renvoyant devant l’assemblée plénière
le pourvoi formé contre l’arrêt rendu le 8 juin 2010 par la cour d’appel de Grenoble, la chambre commerciale
de votre cour vous invite à vous pencher.
La réponse que vous y apporterez dépassera le cadre du droit des brevets car, en vous demandant si « les
sommes versées en exécution d’une décision irrévocable de condamnation pour contrefaçon d’un brevet
doivent être restituées lorsque le brevet a été annulé par une décision postérieure », vous ne vous interrogerez
pas seulement sur la portée de l’annulation prononcée et sur l’éventuelle rétroactivité de celle-ci, mais vous
serez nécessairement conduits à préciser aussi le contenu et les conséquences de principes essentiels
comme l’autorité de la chose jugée ou la perte de fondement juridique, ou encore à apporter une nouvelle
pierre à la définition «  du fait ou de l’acte postérieur à une décision modifiant la situation antérieurement
reconnue en justice ».
La situation qui vous est soumise (première partie) permet, en effet, de revisiter toutes ces notions. C’est à
la lumière de celles-ci que doit être examinée votre jurisprudence actuelle (deuxième partie), jurisprudence
dont le sort que vous réserverez à ce pourvoi permettra de mesurer l’évolution (troisième partie). En effet,
suivant que vous casserez l’arrêt déféré ou bien que vous refuserez de le censurer, c’est à l’aboutissement
ultime de celle-ci ou, au contraire, à son infléchissement dans le sens souhaité par une doctrine majoritaire
que l’on assistera.
I. - Faits, procédure et pourvoi
M. X..., inventeur, a déposé différents brevets relatifs à des appareils mettant en œuvre un procédé technique
reproduisant un massage. Il a vendu deux de ceux-ci (datant de 1985 et 1987) à une société LPG Systems,
qui les a exploités dans le cadre de la commercialisation d’un appareil dénommé « CELLU M6 », équipé de
deux têtes de massage (qualifiées, pour l’une, de principale et, pour l’autre, d’accessoire), correspondant
chacune à l’un des brevets qu’elle avait achetés.
M. Y..., fabricant et vendeur d’appareils de massage, a, lui-même, vendu à un M. Z… un appareil de massage,
lui aussi équipé de deux têtes.
Estimant que son invention avait fait l’objet d’une application contrefaisante par M. Y..., M. X… et la société
LPG Systems ont intenté une action contre ce concurrent et son cessionnaire.
Par jugement du 13 mars 1997 (confirmé le 10 septembre 2001 par la cour d’appel, sauf en ce qui concerne
le montant des dommages-intérêts, qu’elle a aggravé), le tribunal de grande instance de Limoges a constaté
la contrefaçon de l’une seulement des têtes de massage (celle qui avait été qualifiée d’accessoire) et, outre la
condamnation à des dommages-intérêts, a interdit tant la poursuite de la fabrication et de la vente que celle
de l’utilisation, le tout sous astreinte, et a ordonné la confiscation de la tête de massage contrefaisante. On
comprend des décisions de justice produites que :
- d’une part, M. Y… n’a pas contesté la validité des brevets (page 10), ce qui veut dire qu’il n’a fait plaider
pour sa défense que l’absence de contrefaçon ;
- et, de deuxième part, quoiqu’informé, pendant l’instance d’appel, du jugement d’annulation intervenu à
Lyon, il n’en a pas fait état dans la procédure, l’acheteur de son appareil se contentant, pour sa part, d’une
note en délibéré, sans que, par exemple, un sursis à statuer ne soit sollicité (page 10 de l’arrêt également).
On sait, par ailleurs, que M. Y… s’est acquitté des dommages-intérêts auxquels il avait été condamné, après
d’ailleurs que M. X… et la société LPG Systems ont fait valider par le juge de l’exécution du tribunal de grande
instance de Clermont-Ferrand une saisie-attribution (décision du 3 juillet 2003).
Après la décision du tribunal de grande instance de Limoges, mais antérieurement à celle de la cour d’appel,
le tribunal de grande instance de Lyon, qui avait à connaître de la demande (principale) d’annulation du
brevet qui lui était présentée par un tiers, a, le 15 juin 2000, déclaré nulles, pour défaut d’activité inventive,
les revendications du brevet ayant servi à asseoir la condamnation pour contrefaçon. Cette décision a été
confirmée le 21 février 2002 par la cour d’appel de Lyon, et le pourvoi formé contre l’arrêt de celle-ci a été
rejeté le 5 octobre 2004 (pourvoi n
o
 02-15.214).
Si bien que l’on est en présence d’une condamnation, irrévocable et exécutée, prononcée pour la contrefaçon
d’un brevet qui a été postérieurement annulé par une décision de justice, elle-même définitive.
C’est en arguant de cette situation que M. Y… a fait assigner M. X… et la société LPG Systems pour, d’une
part, obtenir le remboursement des dommages-intérêts qu’il a payés et, d’autre part, voir ses contradicteurs
condamnés à réparer les préjudices (commercial et moral) qu’il leur impute à faute. Le  tribunal de grande
instance de Valence, le 23 septembre 2008, puis la cour d’appel de Grenoble, par l’arrêt attaqué, l’ont
débouté de l’intégralité de ses demandes.
Le pourvoi formé contre cette dernière décision ne porte que sur la demande de remboursement du paiement
fait en exécution de la condamnation prononcée pour contrefaçon. La branche unique de son unique moyen
tend à faire juger que la «  décision d’annulation d’un brevet d’invention, qui a un effet à la fois rétroactif et
Avis de M. Le Mesle
Premier avocat général
BICC_759_Livre.indb 22 3/23/2012 1:58:24 PM
23

1
er
avril 2012
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
absolu, prive de fondement juridique la condamnation précédemment prononcée, même à l’encontre d’un
tiers à l’instance en annulation, pour contrefaçon du brevet annulé ; qu’elle rend donc indu le paiement fait en
exécution d’une telle condamnation, serait-elle irrévocablement passée en force de chose jugée, et ouvre droit
à la répétition des sommes versées ». En décidant le contraire, la cour d’appel aurait, selon le pourvoi, violé
tout à la fois les articles 1235 et 1376 du code civil et l’article L. 613-27 du code de la propriété intellectuelle.
II. - Évolution jurisprudentielle
La question qui vous est soumise est, en réalité, née de la réforme du 13 juillet 1978. Jusqu’alors, en effet,
sous l’empire de la loi du 5 juillet 1844, l’annulation d’un brevet par le juge n’avait d’effet qu’inter partes, sauf
si elle intervenait à la demande du ministère public (c’est-à-dire très rarement en pratique).
Cette situation présentait de nombreux inconvénients. Comme l’a souligné l’un des pères de la réforme,
«  le refus d’un effet absolu aux jugements d’annulation était une solution mauvaise. Le  titulaire d’un brevet
annulé sans intervention du ministère public - et cette intervention ne se produisait pratiquement jamais
- pouvait encore brandir son titre devant d’autres prétendus contrefacteurs, dépourvus du moyen de
connaître la décision d’annulation, et tenter d’obtenir soit une indemnité transactionnelle, soit un jugement en
contradiction avec le premier après avoir pris le soin d’assigner devant un autre tribunal. Encouragement à
une sorte de malhonnêteté... » (Jean Foyer, « Effets des jugements et autorité de la chose jugée en matière
de propriété industrielle », in Mélanges dédiés à Paul Mathély, Litec, 1990, page 162).
C’est ainsi que sont nées les nouvelles dispositions figurant aujourd’hui dans l’article L. 613-27 du code de la
propriété intellectuelle : « La décision d’annulation d’un brevet d’invention a un effet absolu sous réserve de la
tierce opposition. [...] Les décisions passées en force de chose jugée sont notifiées au directeur de l’Institut
national de la propriété industrielle, aux fins d’inscription au registre national des brevets ».
Désormais, donc, la décision d’annulation a un effet absolu.
Pour l’avenir, les conséquences de cette règle sont simples. La décision d’annulation anéantit le brevet de
manière définitive et erga omnes (sans qu’il y ait, d’ailleurs, lieu de distinguer suivant qu’elle est intervenue sur
demande principale, comme en l’espèce, ou sur demande reconventionnelle ou même, encore, après qu’ait
été soulevée une exception de nullité). Ainsi que l’indique un auteur, « nul ne saurait désormais invoquer ce
titre et en particulier le breveté ne peut utilement poursuivre d’autres prétendus contrefacteurs, à qui il suffira
d’invoquer l’existence du premier jugement pour faire déclarer l’action irrecevable  » (Jacques Azéma, Lamy
droit commercial, 2011, n
o
  1843). Il ne faut, bien sûr, pas y voir un effet de l’autorité de chose jugée qui
s’attache au jugement d’annulation, les parties n’étant le plus généralement pas les mêmes, mais bien plutôt
celui du principe qui veut que la portée d’un jugement d’annulation est commandée par celle de l’acte qui en
est l’objet (Foyer, op. et loc. cit.).
C’est, en revanche, sur les éventuelles conséquences, pour le passé, de cet effet absolu que se concentrent
les incertitudes. En réalité, et contrairement à ce que pourrait paraître suggérer le moyen, le législateur n’a
pas entendu assortir d’un effet rétroactif l’annulation du brevet d’invention. Non seulement le texte est-il muet
sur la question, mais encore l’esprit de la réforme de 1978 paraît-il être, à l’inverse, tout entier contenu dans
cette formule de M. Foyer : « le législateur a simplement voulu que l’ancien titulaire d’un titre annulé ne s’en
serve plus » (op. cit., page 165).
Reste que le titulaire du brevet annulé a pu faire, tant qu’il pouvait s’en prévaloir, un certain nombre d’actes,
ou bien engager des actions, et les effets de ceux-là, comme les conséquences de celles-ci, peuvent se
prolonger après la décision d’annulation. Il en est ainsi des poursuites exercées du chef de contrefaçon, par
exemple, ou encore de la concession d’une licence sur l’invention brevetée ou bien de la cession de celle-ci.
Comment la situation nouvelle, issue de la décision définitive d’annulation, pourrait-elle être sans effet sur les
suites de ces événements antérieurs ?
C’est, sous des angles variés, la question qui a été posée, à plusieurs reprises, à la Cour de cassation, dont
les réponses ont évolué dans le temps, de telle sorte qu’elles sont invoquées successivement au soutien de
leurs positions contradictoires par le mémoire ampliatif puis par le mémoire en défense, ainsi d’ailleurs que
par l’arrêt attaqué et le jugement qu’il confirme. Cette évolution jurisprudentielle peut être résumée autour de
quatre arrêts principaux dont l’analyse successive me paraît être de nature à en dessiner aussi précisément
que possible les contours actuels.
A. - L’arrêt « Trucs » du 27 janvier 1998
En tant qu’elle porte sur une demande de sursis à statuer, la solution adoptée est aujourd’hui dépassée
et cette décision n’est citée ici que parce qu’elle permet de rappeler ce qu’était «  l’état des lieux  » avant
l’importante évolution jurisprudentielle de la décennie suivante, état des lieux ante qui paraît avoir inspiré la
décision attaquée, cet arrêt du 27 janvier 1998 étant, en outre, expressément cité dans le jugement.
Il s’agissait d’un brevet déposé par la société Paimpol Voiles et ayant pour objet le perfectionnement de
cerfs-volants. Par un arrêt devenu irrévocable, la société Trucs avait été condamnée pour contrefaçon et la
cour d’appel avait ordonné une expertise pour permettre la détermination du préjudice. Dans le même temps,
un tiers avait, par ailleurs, introduit une action en annulation du brevet litigieux. Si bien que lorsqu’après dépôt
du rapport d’expertise, l’affaire est revenue devant la cour d’appel, la société Trucs a demandé qu’il soit sursis
à statuer jusqu’au prononcé de la décision à intervenir dans l’instance en annulation.
Pour approuver la cour d’appel d’avoir refusé le sursis à statuer qui lui était demandé, la chambre commerciale
de votre Cour a considéré qu’« après avoir relevé que l’arrêt rendu le 17 décembre 1992 avait statué sur la
BICC_759_Livre.indb 23 3/23/2012 1:58:25 PM
24

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

1
er
avril 2012
validité du brevet litigieux et sur la contrefaçon dudit brevet et avait acquis l’autorité de la chose jugée, la cour
d’appel a pu rejeter la demande de sursis à statuer sur la liquidation du préjudice résultant de la contrefaçon »
(Com., 27 janvier 1998, pourvoi n
o
 95-21.176).
Quoiqu’obsolète, comme on l’a dit, dans la réponse qu’elle donne à la question précise soulevée par le
pourvoi (on indiquera d’ailleurs à ce sujet que de nombreux sursis à statuer sont désormais prononcés par les
juges du fond dans des hypothèses de ce type, cf. Azéma, op. et loc. cit.), cette décision apporte néanmoins
un enseignement qui garde sa pertinence dans le débat que vous avez à trancher et permet aussi de mieux
comprendre certaines des décisions postérieures.
Il ressort, en effet, de cet arrêt qu’il en va en matière de contrefaçon comme dans toute autre, c’est-à-dire que
le couple décision de condamnation/liquidation du préjudice est indissociable. De sorte que, si l’on considère,
comme alors la Cour de cassation, que le jugement de condamnation a autorité de chose jugée, cela suffit à
justifier que la procédure de liquidation du préjudice aille à son terme, quel que soit, par ailleurs, le sort réservé
au brevet dans une autre instance.
Autrement dit, l’annulation du brevet ne pourrait interrompre la procédure de liquidation du préjudice que si
l’on considérait qu’elle est de nature à affecter la condamnation elle-même et à priver celle-ci de son autorité
de chose jugée. C’est sur ce point que va dorénavant porter le débat soumis à la Cour de cassation.
B. - L’arrêt « New Holland » du 28 janvier 2003
Avant d’y venir, il convient toutefois de s’attarder sur le sort réservé par le juge aux actes passés par le titulaire
du brevet avant l’annulation de celui-ci, car «  l’onde de choc causée par la nullité du titre  », dont parle un
auteur (Jacques Raynard, « Droit des brevets et du savoir-faire industriel », Recueil Dalloz 2008, page 745),
n’est pas circonscrite aux effets des jugements antérieurs, elle ébranle également (et de plus fort, pourrait-
on dire) les actes juridiques portant sur les brevets. Ainsi en a-t-il été dans l’espèce soumise à la chambre
commerciale de votre Cour le 28 janvier 2003 (Bull. 2003, IV, n
o
 11).
Les sociétés New Holland, titulaires d’un brevet dénommé «  procédé de bottelage et ramassage-presse
correspondante  », avaient obtenu la condamnation, pour contrefaçon, d’une société aux droits de laquelle
est ensuite venue la société Greenland. Après condamnation, et notamment pour échapper aux coûts de
la nouvelle instance nécessaire à la liquidation du préjudice après expertise, les parties se sont accordées
sur une transaction portant sur le versement par Greenland à New Holland d’une indemnité d’un certain
montant et aussi sur l’attribution à celle-ci d’une licence non exclusive d’exploitation du brevet, moyennant
le versement d’une redevance «  pour permettre à la société Greenland de poursuivre la fabrication et la
vente des machines  ». La revendication sur laquelle était fondée la condamnation pour contrefaçon a été
ultérieurement annulée, pour défaut d’activité inventive, dans le cadre d’une autre action en contrefaçon
conduite par New Holland contre un tiers.
Saisie par Greenland des conséquences de cette annulation, la cour d’appel de Paris avait jugé que demeurait
valide la transaction en ce qu’elle portait sur les conséquences pécuniaires de la condamnation, mais avait en
revanche annulé le contrat de licence et ordonné la restitution à Greenland des redevances que cette société
avait versées en exécution dudit contrat.
S’agissant de la validation de la transaction en ce qu’elle portait sur les suites pécuniaires de la condamnation
pour contrefaçon, l’arrêt de la chambre commerciale, qui a rejeté le pourvoi sur ce point, se situe dans l’esprit
de l’arrêt «  Trucs  » cité ci-dessus, dont il est, en quelque sorte, le prolongement (c’est d’ailleurs ainsi qu’il
a été compris dans notre affaire par le tribunal de grande instance de Valence, qui le cite dans le corps de
sa décision aux côtés de l’arrêt Trucs). C’est-à-dire que la Cour de cassation confirmait qu’à l’époque, elle
considérait que l’annulation postérieure d’un brevet n’était pas de nature à remettre en cause les effets passés
d’une décision irrévocable.
C’est, en réalité, sur la problématique de la licence d’exploitation que cette décision mérite de retenir
l’attention.
1
o
) Tout d’abord, la chambre commerciale a refusé de censurer l’arrêt en ce qu’il concerne le sort réservé à la
licence d’exploitation. L’annulation de celle-ci est justifiée au nom de l’effet absolu qui s’attache à la décision
d’annulation du brevet, «  peu important la transaction antérieure à l’annulation du titre  ». Cette solution est
logique, car, ainsi que l’indique le professeur Galloux (Droit de la propriété industrielle, Dalloz, n
o
 425), « tous
les actes pris en vertu du brevet annulé, tels que les actes de cession, de licence, etc., seront également nuls
pour défaut d’objet ».
On observera que c’est la solution qui s’était déjà imposée en matière de marques annulées (Com., 1
er
 juin
1999, Bull. 1999, IV, n
o
 118).
2
o
) Mais c’est sur les conséquences qu’elle tire de l’annulation de la licence que cette décision est la plus
riche d’enseignements pour notre affaire. En effet, la cour d’appel avait déduit de l’annulation que l’avantage
retiré du contrat de licence par le licencié (Greenland) « ne saurait faire échec à la restitution des redevances
versées ».
C’est sur ce point que la décision a été cassée. Au demeurant, l’attendu qui y est consacré mérite d’être cité
dans son intégralité : « Attendu qu’en statuant ainsi, alors que l’invalidité d’un contrat de licence résultant de
la nullité du brevet sur lequel il porte n’a pas, quel que soit le fondement de cette nullité, pour conséquence
de priver rétroactivement de toute cause la rémunération mise à la charge du licencié en contrepartie des
prérogatives dont il a effectivement joui, la cour d’appel a violé etc. »
Cette motivation montre les limites de la rétroactivité de l’annulation du brevet. Certes les situations ne sont-
elles pas comparables, et, à la différence des dommages-intérêts infligés au contrefacteur, les redevances
BICC_759_Livre.indb 24 3/23/2012 1:58:25 PM
25

1
er
avril 2012
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
dont la restitution est refusée résultent-elles d’un contrat et non d’une condamnation judiciaire ; mais raison de
plus, serait-on tenté de dire ! Non protégées, contrairement à ceux-là, par une quelconque autorité de chose
jugée, elles n’en étaient que plus exposées à « l’onde de choc causée par la nullité du titre ».
Dès lors, à quelle logique obéit le maintien de la rémunération d’une licence qui est pourtant annulée de
façon rétroactive  ? Une explication en est donnée par le professeur Py (op. cit. n
o
  169)  : «  si le concédant
peut matériellement restituer les redevances qu’il a reçues du concessionnaire, ce dernier ne peut pas
restituer la jouissance du brevet pendant la période d’effectivité du contrat. La jurisprudence tient compte
de ce déséquilibre en reconnaissant que la cause du versement des redevances, résidant dans la jouissance
paisible du brevet, ne disparaît pas rétroactivement du fait de l’annulation de ce dernier. La conséquence en
est que le concédant n’aura pas à restituer les redevances qu’il a perçues ».
On observera cependant que la jouissance paisible dont il est fait état s’entendrait, à supposer qu’elle ait
effectivement existé, d’un brevet rétroactivement annulé, donc considéré comme n’ayant jamais été déposé.
Autrement dit, la redevance dont on ne veut pas priver a posteriori le concédant a, en réalité, rémunéré
l’exploitation d’une invention qui n’avait pas vocation à être protégée et qui, si le brevet annulé n’avait pas été
déposé, aurait pu être exploitée librement.
Pour autant, on comprend de cette décision que la chambre commerciale a voulu endiguer l’onde de
choc causée par la nullité du brevet et en limiter les effets à ce qui apparaît strictement nécessaire au but
recherché, c’est-à-dire à la possibilité pour tous d’exploiter librement, à compter de l’annulation, l’invention,
qui désormais n’en est plus une, ou qui, en tous cas, n’est plus protégée.
Apparaissent à l’évidence incontournables, de ce point de vue, l’annulation de la licence, mais aussi,
par exemple, celle des dispositions d’un jugement de condamnation pour contrefaçon qui interdiraient
au contrefacteur de poursuivre l’exploitation de l’objet contrefaisant. En revanche, ni les redevances déjà
versées au titre du contrat de licence annulé ni, d’ailleurs, le prix de vente réglé lorsque l’invalidation porte
sur la cession d’un brevet lui-même annulé n’affectent la possibilité de poursuivre ou de reprendre librement
l’exploitation. Il est donc normal que les conséquences tirées de la nullité du brevet soient différentes dans
un cas et dans l’autre.
Se dessinait donc, à travers ces décisions Trucs et New Holland, un paysage jurisprudentiel dont on aurait
pu décrire ainsi les contours : l’effet absolu de l’annulation du brevet joue pleinement pour les conséquences
à venir des jugements et des actes antérieurs ; la décision d’annulation est en revanche sans influence pour
le passé, et son effet absolu se heurte, lorsqu’il y a lieu, au mur, considéré alors comme infranchissable, de
l’autorité de la chose jugée.
Mais c’est un tout autre paysage qu’allaient esquisser les deux décisions ultérieures invoquées à l’appui du
pourvoi.
C. - L’arrêt « Haribo » du 6 janvier 2005
Il en est d’abord ainsi de la décision que la deuxième chambre civile de votre Cour a rendue le 6 janvier 2005
dans une affaire de contrefaçon de marque (mais la problématique est la même qu’en matière de brevet
d’invention).
La société Haribo Ricqlès avait été condamnée pour contrefaçon de la marque Halloween et il lui avait été
fait défense, sous astreinte, de poursuivre ses agissements. Le tribunal, qui s’était réservé le contentieux de
l’astreinte, puis la cour d’appel ont, par une décision ultérieure, condamné la société Haribo à payer, au titre
de l’astreinte, une certaine somme à la société titulaire de la marque. Celle-ci a, ensuite, été annulée par un
arrêt qui était devenu irrévocable le jour où la Cour de cassation a statué sur le pourvoi formé par la société
Haribo contre la décision de liquidation de l’astreinte.
La deuxième chambre civile a annulé cette décision au visa de l’article 33 de la loi du 9 juillet 1991 et du
principe selon lequel « l’astreinte est une mesure accessoire à la condamnation qu’elle assortit », si bien que
la remise en cause de la seconde entraîne de plein droit, pour perte de fondement juridique, l’anéantissement
de la première.
S’agissant du régime de l’astreinte, cette décision pouvait paraître se rattacher à une jurisprudence alors
récente (28 septembre 2000, cf.  ci-dessous) mais bien établie (ainsi, à titre d’exemples antérieurs, outre
2
e
  Civ., 28 septembre 2000, Bull. 2000, II, n
o
  134  ; Com., 6 mai 2003, pourvoi n
o
  01-01.118  ; et, à titre
d’exemples postérieurs  : 2
e
  Civ., 6 avril 2006, pourvoi n
o
  04-18.648 ; Com., 3 mai 2006, Bull. 2006, IV,
n
o
 106 ; 2
e
 Civ., 11 mai 2006, pourvoi n
o
 04-15.674, et deux arrêts de la deuxième chambre civile en date du
13 juillet 2006, pourvois n
o
 04-19.961 et 05-12.241).
Mais il n’y a, en réalité, qu’une apparence de filiation entre cette jurisprudence et l’arrêt Haribo. Si, en
effet, dans les espèces précitées, la juridiction suprême avait déduit du caractère accessoire de l’astreinte
l’anéantissement des décisions qui y sont relatives, c’était toujours en raison de la cassation ou de la
réformation de la décision dont elle était effectivement et directement l’accessoire (ainsi l’arrêt précité, rendu
le 6 mai 2003 par la chambre commerciale : « la cassation de la décision assortie d’une astreinte entraîne de
plein droit, pour perte de fondement juridique, l’anéantissement des décisions prises au titre de la liquidation
de l’astreinte  ». Ou encore l’arrêt précité du 3 mai 2006  : «  la réformation d’une décision assortie d’une
astreinte entraîne de plein droit, pour perte de fondement juridique, l’anéantissement des décisions prises au
titre de la liquidation de l’astreinte, fussent-elles passées en force de chose jugée, et ouvre, dès lors, droit,
s’il y a lieu, à restitution »).
BICC_759_Livre.indb 25 3/23/2012 1:58:25 PM
26

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

1
er
avril 2012
Or, si l’arrêt Haribo a fait date (T. Le  Bars, «  La perte de fondement juridique en droit judiciaire privé  », in
Le nouveau code de procédure civile, Economica, 2006, pages 270 et s.), c’est parce qu’il a appliqué (pour
la première fois, à notre connaissance) cette solution classique à une situation différente de celles auxquelles
elle avait jusque-là vocation à s’appliquer.
Rappelons, en effet, que, dans le cas particulier, la condamnation assortie de l’astreinte n’avait pas été cassée
et était, au contraire, devenue définitive ; en revanche, la marque dont elle tirait son fondement juridique avait
été annulée. Si bien que si l’on doit considérer, avec la deuxième chambre civile, qu’en cas d’annulation de
la marque, la décision de liquidation de l’astreinte perd ipso facto son fondement juridique, ce ne peut être
que parce qu’est reconnue l’existence d’une sorte d’effet «  domino  ». Ainsi, de l’annulation de la marque
résulterait, sans même qu’une juridiction ait à la constater, l’annulation de la condamnation pour contrefaçon ;
et de celle-ci procéderait, par le même effet mécanique, l’anéantissement des décisions relatives à l’astreinte.
Observons que, postérieurement à l’arrêt Haribo, cet effet « domino » paraît s’être installé dans la jurisprudence
de la deuxième chambre civile, aussi bien en matière de marques (25 février 2010, pourvoi n
o
 09-12.812, cas
d’une marque que le titulaire a omis de renouveler) que dans d’autres domaines (13 juillet 2006, pourvoi
n
o
  04-20.690  : entraîne l’anéantissement, pour perte de fondement juridique, de la décision de liquidation
de l’astreinte qui assortissait une décision d’expulsion, obtenue par l’usufruitier d’un bien immobilier, la
conversion de l’usufruit en rente viagère prononcée ultérieurement dans une autre instance ; et 7 juillet 2011,
pourvoi n
o
  10-20.628  : la décision de liquidation de l’astreinte, qui assortissait l’obligation faite au vendeur
d’un fonds de commerce de cesser les activités qui contrevenaient à ses engagements de non-rétablissement
et de non-concurrence, est anéantie par la décision qui a validé le congé avec refus de renouvellement donné
par la bailleresse des locaux abritant le fonds vendu).
D. - L’arrêt « A… et Normalu » du 12 juin 2007
Quoique sur un fondement différent (et même contradictoire), la chambre commerciale a, par son arrêt du
12 juin 2007, étendu aux dommages-intérêts qui résultent d’une condamnation pour contrefaçon la solution
préalablement adoptée en matière d’astreinte.
La société Normalu était licenciée exclusive d’un brevet relatif à l’invention d’un faux plafond dont le titulaire
était un M. A…
Poursuivie par l’une et par l’autre, un concurrent, la société Newmat, a été définitivement condamné du chef
de contrefaçon et une expertise a été ordonnée sur l’évaluation du préjudice, puis, après dépôt de celle-ci,
Newmat a été condamnée au paiement de dommages-intérêts.
Dans le cadre d’une autre instance entre les mêmes parties, les revendications sur lesquelles était fondée
la condamnation pour contrefaçon ont été annulées, si bien que, sur appel de la décision de fixation du
préjudice, la cour d’appel a réformé la décision des premiers juges et a considéré que « cette annulation privait
la procédure d’indemnisation de tout support juridique ».
La chambre commerciale a rejeté le pourvoi de M. A… et de la société Normalu, qui soutenaient notamment
que, si la décision d’annulation d’un brevet a un effet absolu, elle n’a pas d’effet rétroactif, en jugeant « qu’il
n’y a pas d’autorité de la chose jugée lorsqu’un fait ou un acte postérieur à la décision dont l’autorité est
invoquée modifie la situation antérieurement reconnue en justice ; que, dès lors que l’annulation d’un brevet
entraîne son anéantissement au jour du dépôt de la demande de brevet, c’est à bon droit que la cour
d’appel a retenu que la procédure d’indemnisation du préjudice se trouvait privée de tout support juridique »
(Bull. 2007, IV, n
o
 158).
Observation doit d’abord être faite que cette affaire présente deux particularités. D’une part, la condamnation
pour contrefaçon et l’annulation du brevet ont été prononcées dans des instances qui, quoique différentes,
opposaient les mêmes parties et, d’autre part, la procédure de fixation du montant du préjudice résultant de
la contrefaçon était encore en cours lorsque l’annulation du brevet est intervenue (la conjonction de ces deux
éléments ayant d’ailleurs pour conséquence que les deux procédures ont fini par être jointes).
Ni l’une ni l’autre de ces deux particularités ne paraissent, toutefois, devoir restreindre la portée de cet
arrêt. La première parce qu’elle était seulement de nature à permettre au titulaire du brevet et à son licencié
d’invoquer la fin de non-recevoir tirée de la nécessaire concentration des moyens (assemblée plénière,
7  juillet  2006, Bull. 2006, Ass. plén., n
o
  8). Qu’ils ne l’aient pas fait m’apparaît indifférent quant au contenu
de la solution finalement retenue sur la question qui nous intéresse (cf. sur ce point, Privat Vigand, obs. sous
Com., 12 juin 2007, Propriété industrielle, n
o
 1, janvier 2008, pages 6 et 7).
Et la seconde parce qu’ainsi qu’on l’a indiqué ci-dessus (à propos de l’arrêt « Trucs »), le « couple » décision
de condamnation/liquidation du préjudice est indissociable, de sorte que ce qui importe, au regard de
l’effet de l’annulation intervenue, c’est l’autorité de la première décision. Ce que confirme d’ailleurs, ici, la
chambre commerciale, qui, pour dire que la procédure d’évaluation du préjudice se trouve privée de tout
support juridique, se fait une obligation d’écarter au préalable l’autorité de chose jugée de la décision de
condamnation.
Si bien que sur la question que se posait la doctrine depuis la reforme de 1978 et que l’on pourrait résumer
ainsi  : lorsque l’on est, tout à la fois, en présence d’une condamnation irrévocable pour contrefaçon d’un
brevet d’invention et de l’annulation postérieure de ce brevet, que privilégier ? L’autorité de chose jugée qui
s’attache à la condamnation ? Ou bien l’effet absolu de l’annulation ? la Cour de cassation, qui avait d’abord
privilégié l’autorité de la chose jugée (arrêts Trucs et New Holland ci-dessus), s’est ici prononcée en faveur de
l’effet absolu, auquel elle paraît donc attacher désormais une dimension rétroactive.
Pour statuer ainsi, la chambre commerciale s’est appuyée sur un autre fondement que celui des décisions de
la deuxième chambre civile en matière d’astreinte (cf. ci-dessus, arrêt Haribo). Quoique l’arrêt évoque (mais
BICC_759_Livre.indb 26 3/23/2012 1:58:25 PM
27

1
er
avril 2012
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
seulement par reprise de la motivation de la cour d’appel) une perte de «  support juridique  », il n’est plus
question ici de l’anéantissement de la décision de condamnation, mais seulement de son absence d’autorité
de chose jugée (il n’est question dans l’arrêt que de l’anéantissement du brevet, et non de celui de la décision
de condamnation). À proprement parler, la condamnation subsisterait donc, mais serait dépourvue d’autorité.
On interrompra ici l’exposé de la jurisprudence pertinente, car il nous apparaît qu’il ne faut pas y inclure, au
regard de la question posée dans notre affaire, la décision rendue le 3 mars 2009 par la chambre commerciale
(pourvoi n
o
  06-10.243), souvent citée, à tort nous semble-t-il, comme confirmant la jurisprudence Haribo.
Dans ce dossier, en effet, la Cour de cassation avait considéré que le rejet des pourvois contre deux arrêts de
cour d’appel confirmant des jugements annulant les revendications d’un brevet privait de fondement juridique
l’arrêt qui avait déclaré valables et contrefaites lesdites revendications, ce qui entraînait d’abord sa cassation,
puis son annulation par voie de conséquence.
Il s’agit donc d’une hypothèse très différente de celle dont vous êtes saisis puisque, par définition, la
condamnation pour contrefaçon n’était pas irrévocable, mais au contraire frappée d’un pourvoi, et que c’est
à l’occasion de l’examen de celui-ci qu’ont été tirées les conséquences de l’annulation du brevet devenue
définitive par le rejet, le jour même, des pourvois qui frappaient les décisions qui l’avaient prononcée.
Certes, la Cour de cassation a-t-elle eu recours à la notion de perte de fondement juridique, mais, dans le
cas particulier, sans qu’il soit nécessaire que cela implique l’effet « domino » qui donne sa vraie dimension à
l’arrêt Haribo.
Dès lors, la seule leçon que l’on puisse tirer de cet arrêt du 3 mars 2009 est que l’annulation du brevet prive
de fondement juridique la décision non irrévocable de condamnation pour contrefaçon, qui doit, dès lors, être
annulée, ce qui apparaît peu contestable.
III. - Une jurisprudence qu’il convient d’infléchir
Les données de l’espèce qui vous est soumise par le présent pourvoi, à savoir l’annulation ultérieure d’un
brevet d’invention ayant fondé une décision irrévocable de condamnation pour contrefaçon, paraissent donc
de nature à constituer une «  perte de fondement juridique  » au sens de l’arrêt Haribo, mais sans doute
pourrait-on considérer, en référence à l’arrêt A… et Normalu, qu’elles témoignent aussi de l’existence d’« un
événement postérieur venu modifier la situation antérieurement reconnue en justice  ». Si bien qu’il pourrait
être tentant, en prolongeant jusqu’à son point d’aboutissement l’une ou l’autre de ces deux jurisprudences,
de casser l’arrêt attaqué en se référant soit à l’anéantissement de la condamnation pour contrefaçon, soit à
l’inopposabilité de son autorité de chose jugée.
On observera d’ailleurs que les conséquences de l’une et l’autre solution apparaissent, curieusement,
identiques, à l’aune de votre jurisprudence. On a dit qu’alors que la perte de fondement juridique entraîne
l’anéantissement de la décision qu’elle affecte, la modification de la situation antérieurement reconnue en
justice la laisse subsister, ne remettant en cause que son autorité. En bonne logique, il devrait donc en résulter
que seule la perte de fondement juridique devrait être de nature à permettre d’agir en restitution des sommes
versées en exécution d’une précédente condamnation (on aurait, en effet, pu penser que la différence entre
la disparition d’une décision et son maintien, fût-ce sans autorité, résidait dans la rétroactivité des effets que
l’on y attache). En fait, il n’en est rien.
Ainsi que l’a observé notre collègue Philippe Mollard dans l’avis qu’il a présenté à la chambre commerciale
à l’occasion de l’audience qui a abouti à la saisine de votre assemblée plénière, «  votre Cour a déjà admis
à plusieurs reprises qu’une partie condamnée par une décision définitive est recevable à agir en restitution
des sommes payées en exécution de cette condamnation, lorsque des événements postérieurs à ladite
décision ont modifié la situation antérieurement reconnue en justice  » et, à sa suite, l’on en prendra pour
exemple l’arrêt rendu le 17 mars 1986 par la deuxième chambre civile (Bull. 1986, II, n
o
 41, dont il sera fait
état ultérieurement), mais aussi celui de la chambre sociale en date du 2 mars 1995 (pourvoi n
o
 92-17.112) et
celui de la deuxième chambre civile en date du 13 janvier 2011 (pourvoi n
o
 09-16.546), ce dernier se référant
expressément, comme dans notre affaire, à une répétition de l’indu. De ce point de vue, anéantissement de
la décision ou inopposabilité de son autorité de chose jugée revient donc au même.
Or, on va le voir, aucune de ces deux solutions n’est vraiment satisfaisante.
A. - La disparition de l’autorité de chose jugée du fait d’un événement postérieur à la décision dont
l’autorité est invoquée
La jurisprudence qui veut que soit écartée l’autorité de la chose jugée lorsqu’est modifiée, par un fait ou
un acte postérieur, la situation reconnue par la décision dont l’autorité était invoquée est ancienne et assez
fournie en références à des décisions rendues par les cinq chambres civiles de cette Cour.
Elle a survécu à la jurisprudence dite de la « concentration des moyens » (assemblée plénière, 7 juillet 2006,
Bull. 2006, Ass. plén. n
o
  8) avec, toutefois, cette observation qu’à la formule initiale  : «  l’autorité de chose
jugée ne peut être opposée lorsque la demande est fondée sur une cause différente de celle qui a donné lieu
au jugement ou lorsque des événements postérieurs sont venus modifier la situation antérieurement reconnue
en justice  » (par exemple, 2
e
  Civ., 17  mars  1986, Bull.1986, II, n
o
  41) a été substituée, dans les décisions
postérieures à 2006, un attendu qui n’évoque plus le changement de cause (ainsi 3
e
  Civ., 25 avril 2007,
Bull. 2007, III, n
o
  59). Ainsi, cette dernière rédaction est-elle celle de l’arrêt A… et Normalu de la chambre
commerciale.
BICC_759_Livre.indb 27 3/23/2012 1:58:25 PM
28

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

1
er
avril 2012
Pourtant, l’application de cette jurisprudence à la question qui nous occupe ne va pas de soi. Sous une
formulation unique, les arrêts qui écartent, pour cause d’événements postérieurs, l’autorité de chose jugée
d’une première décision ont trait à deux types de situations bien distinctes ; or le cas qui vous est soumis ne
me paraît se rattacher à aucun d’entre eux.
- Un premier groupe de décisions est relatif à des espèces dans lesquelles une première demande en justice
avait été rejetée, faute pour le demandeur de remplir une condition nécessaire au succès de son action.
Dès lors que, postérieurement à la décision dont l’autorité est invoquée, cette condition est remplie, rien
n’empêche le demandeur de présenter à nouveau sa demande, avec, cette fois-ci, des chances de succès.
Retenons, à titre d’exemple, que la Cour de cassation a pu écarter la fin de non-recevoir tirée de l’autorité de
la chose jugée dans les hypothèses suivantes :
- rejet de l’exequatur pour défaut de signification régulière d’un jugement étranger. L’autorité du premier
jugement ne peut être opposée à la seconde demande qui intervient après qu’ait été faite une signification
régulière (1
re
Civ., 22 octobre 2002, Bull. 2002, I, n
o
 234) ;
- débouté d’une action en responsabilité, faute de la preuve d’un préjudice actuel. L’autorité du premier
jugement ne peut être opposée dans le cadre d’une nouvelle action, fondée sur un préjudice né
postérieurement au débouté initial (2
e
Civ., 3 juin 2004, Bull. 2004, II, n
o
 264) ;
- demande en paiement de loyer déclarée irrecevable, faute pour le bailleur d’avoir mis en œuvre la procédure
de conciliation préalable rendue obligatoire par le contrat. La mise en œuvre ultérieure de ladite procédure
permet au bailleur de présenter une nouvelle demande, sans que puisse lui être opposée l’autorité de la
première décision (2
e
Civ., 21 avril 2005, pourvoi n
o
 03-10.237) ;
- irrecevabilité de la demande en paiement présentée par un syndic de copropriété pour défaut d’habilitation
à agir en justice. Les résolutions d’habilitation prises postérieurement au premier jugement rendent la nouvelle
demande recevable sans que l’autorité du premier jugement puisse lui être opposée (2
e
Civ., 6 mai 2010,
Bull. 2010, II, n
o
 88).
Outre des différences évidentes relatives tant au contenu de la première décision qu’à l’événement
nouvellement intervenu, notre affaire ne peut se rattacher à cette première série de décisions ni par ses
acteurs (dans les décisions qui viennent d’être évoquées, il y a nécessairement identité de demandeur entre
les deux actions), ni par la nature de la première décision (qui dans ces dossiers est nécessairement un
débouté ou une irrecevabilité), ni par l’objet de la deuxième demande (demande de restitution dans notre
dossier, ce qui ne peut bien sûr pas être le cas dans ceux dont il vient d’être fait état puisque, par hypothèse,
il n’y a pas eu de condamnation).
- En revanche, notre dossier pourrait, à première vue, paraître se rapprocher davantage de la deuxième série
de décisions rendues au visa de ce principe. Il s’agit de cas dans lesquels l’événement postérieur qui permet
d’écarter l’autorité de chose jugée d’un premier jugement est constitué par une nouvelle décision de justice
qui a affecté l’un des éléments qui avaient permis aux premiers juges de statuer comme ils l’avaient fait
(c’est-à-dire que l’on est, d’une certaine manière, dans une situation symétrique de la précédente).
Il en est ainsi :
- de l’effet de la décision de rétractation d’un plan de cession, en vertu duquel une société était devenue
propriétaire d’un fonds de commerce, sur l’autorité de la décision définitive allouant des sommes à cette
société en sa qualité de propriétaire dudit fonds (Com., 4 décembre 2001, pourvoi n
o
 99-15.112) ;
- de l’effet de l’annulation, par la juridiction administrative, d’une décision ministérielle autorisant un licenciement
sur l’autorité de la décision définitive refusant tant la réintégration du salarié licencié que l’annulation de la
transaction relative à l’indemnisation de son licenciement (Soc., 18 février 2003, Bull. 2003, V, n
o
 59) ;
- de l’effet de l’annulation, par la juridiction administrative, de l’arrêté préfectoral ayant approuvé le plan
d’occupation des sols sur l’autorité de la décision définitive fixant l’indemnité d’expropriation (3
e
Civ.,
25 avril 2007, Bull. 2007, III, n
o
 59).
Cette deuxième série de décisions appelle les trois observations suivantes :
- dans tous les cas, les arrêts dont il s’agit ont eu pour objet de régler, dans une troisième instance, les
effets contradictoires des décisions rendues dans deux instances précédentes, à savoir celle qui a abouti à
la décision dont l’autorité est à la fois invoquée et contestée, et celle qui s’est conclue par la décision qui
constitue l’événement postérieur venu modifier la situation antérieurement reconnue en justice ;
- et, dans toutes ces espèces, la décision rendue dans la troisième instance a écarté, en raison du contenu
de la décision intervenue dans la deuxième, l’autorité de chose jugée de la première décision ;
- dans aucun des cas évoqués, en revanche, la première instance n’avait porté, même implicitement, sur la
question jugée dans la deuxième, si bien qu’écarter l’autorité de chose jugée de la décision rendue dans la
première ne revenait pas à constituer la juridiction ultérieurement saisie en instance d’appel de celle qui avait
rendu la décision finalement privée d’autorité.
Ainsi, et pour reprendre les trois exemples cités ci-dessus, le juge qui condamnait le locataire-gérant à
payer des redevances au propriétaire d’un fonds de commerce n’avait pas compétence pour se prononcer
sur la validité du plan qui avait conféré cette qualité à celui-ci. De même, le conseil des prud’hommes qui
statuait sur la réintégration et l’indemnisation d’un salarié licencié n’avait-il pas celle de se prononcer sur la
régularité de l’autorisation ministérielle de licenciement, pas plus que la cour d’appel qui a fixé des indemnités
d’expropriation n’avait à se prononcer sur la régularité de l’arrêté qui avait approuvé le plan d’occupation des
sols (POS).
Or, il en va différemment du juge qui prononce une condamnation du chef de contrefaçon. Pour se défendre,
le prétendu contrefacteur peut soit contester l’existence de la contrefaçon alléguée, soit contester le brevet.
BICC_759_Livre.indb 28 3/23/2012 1:58:25 PM
29

1
er
avril 2012
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
Et le juge saisi peut alors prononcer la nullité de celui-ci (c’est d’ailleurs souvent à l’occasion d’une action
engagée par le titulaire du brevet contre un concurrent que les juges sont conduits à prononcer l’annulation du
titre sur la demande que leur en fait, par voie d’action ou par voie d’exception, le prétendu contrefacteur). Peu
importe d’ailleurs que celui-ci n’ait pas soulevé ce moyen, il avait la possibilité de le faire, et la jurisprudence
sur la concentration des moyens (cf.  ci-dessus) lui interdirait de le faire ultérieurement, en tous cas sur
les mêmes revendications que celles qui fondent sa condamnation, de sorte que la condamnation pour
contrefaçon tranche aussi, de facto, la question de la validité du titre, au moins entre les parties. Le juge avait
aussi la possibilité de le soulever d’office. Si bien que la question était, au moins implicitement, dans le débat
(dans le cas particulier, il ressort des décisions produites que, si le contrefacteur n’avait pas remis en cause,
en première instance, la validité du brevet, il en avait au moins esquissé la contestation en appel).
Dès lors, considérer, comme dans l’arrêt A… et Normalu, que l’annulation postérieure du brevet doit mettre un
terme à la procédure de réparation du préjudice résultant de la contrefaçon, ou, si l’on empruntait aussi cette
voie dans notre espèce, qu’elle ouvrirait droit à la restitution des dommages-intérêts précédemment versés,
revient moins à remettre en cause l’autorité de chose jugée de la condamnation pour contrefaçon du fait d’un
événement postérieur et, par hypothèse, inconnu du premier juge qu’à contester la qualité de la décision que
celui-ci avait rendue et à lui en substituer, de facto, une autre, c’est-à-dire à créer, de façon prétorienne, une
voie de recours qui ne dirait pas son nom.
L’on peut certes trouver, dans la jurisprudence antérieure à l’arrêt A… et Normalu, au moins un précédent de
même nature (2
e
Civ., 17 mars 1986, Bull. 1986, II, n
o
 41 précité). Il n’est toutefois pas interdit de considérer qu’il
s’agit d’un arrêt d’espèce. En effet, une même SARL avait, par deux décisions successives, été considérée,
tour à tour, comme non propriétaire d’un immeuble, ce qui lui avait valu d’obtenir le remboursement des
impenses qu’elle y avait effectuées, puis, sur tierce opposition, propriétaire de celui-ci. Ceux qui avaient
ainsi été déchus du droit qu’ils croyaient avoir sur l’immeuble ont agi en restitution du remboursement des
impenses qui n’avaient plus lieu d’être. Mais était intervenu entre les mêmes parties un précédent jugement,
confirmé par un arrêt devenu définitif, qui les avait déboutées de la même demande, motif pris des «  effets
relatifs de la tierce opposition  ». C’est cette dernière décision que la Cour de cassation a décidé de priver
de toute autorité, en cassant l’arrêt qui l’avait invoquée pour refuser la nouvelle demande de restitution. On
comprend cette décision « de bon sens » (Le Bars, op. cit., page 286) : rien ne justifiait que celui qui se voyait
attribuer un immeuble conserve, par-dessus le marché, les sommes provenant de la restitution de ce qui avait,
à tort, été considéré comme impenses.
Reste que l’inopposabilité de l’autorité de chose jugée doit être maniée avec prudence. Toute remise en cause
d’une décision irrévocable se traduit en perte de sécurité juridique. Or, la problématique de l’annulation d’un
brevet est tout autre que celle de l’espèce qui vient d’être évoquée, elle ne me paraît donc pas appeler la
même solution.
B. - La perte de fondement juridique
On pourrait considérer que ce qui est critiquable lorsque le jugement de condamnation subsiste l’est moins
lorsque les évolutions intervenues postérieurement ont eu pour effet de l’anéantir. Et, au moins sur un plan
conceptuel, on pourrait, dès lors, être tenté de penser que votre jurisprudence sur la perte de fondement
juridique, et les éventuelles restitutions auxquelles elle peut donner lieu, est mieux adaptée pour organiser les
conséquences de l’annulation d’un brevet.
On a dit, à propos de l’arrêt Haribo, comment cette jurisprudence s’était forgée et avait évolué en matière
d’astreinte, notamment avec l’émergence de l’effet «  domino  », dont on a parlé ci-dessus (l’annulation de
l’acte entraîne, non seulement, l’anéantissement de la décision de justice dont il était le fondement, mais
aussi celui de toutes les décisions qui en sont la suite). Elle est, toutefois, loin d’être cantonnée au domaine
de l’astreinte.
À la suite du professeur Le  Bars (op. cit., page 272 et s.), on dira qu’il y a «  perte de fondement juridique
lorsqu’un événement emporte la remise en cause ab initio d’une décision de justice antérieure ». Le fondement
juridique ainsi « perdu » peut être un texte de loi ou un jugement. Ce peut-être aussi, comme dans le cas qui
nous intéresse, un acte juridique. Le plus souvent, d’ailleurs, les actes juridiques-fondement dont la disparition
est ainsi sanctionnée sont des actes administratifs (ainsi, 3
e
 Civ., 25 mai 2005, pourvoi n
o
 01-14.398).
Il est certain que la perte de fondement juridique est une notion utile, qui permet de résoudre des situations en
apparence inextricables (ainsi, à propos de décisions de justice ayant servi de fondement à une autre décision
et, ensuite, annulées  : 1
re
  Civ., 24 juin 1997, Bull. 1997, I, n
o
  212, et 3
e
  Civ., 3 novembre 1988, Bull.  1988,
III, n
o
 155).
Pour autant, l’application qui en a été faite dans l’arrêt Haribo nous apparaît justifier tant la critique formulée
par le professeur Le Bars (op. cit., page 282) : « l’arrêt Haribo ouvre la porte à une extension sans précédent
de l’automaticité des effets de la perte de fondement juridique. Si la mise à néant rétroactive d’une marque
peut faire disparaître de plein droit une série de décisions juridictionnelles, alors on ne voit pas ce qui pourrait
justifier qu’il en aille autrement de l’anéantissement d’un contrat ou d’un acte administratif » que la conclusion,
en forme de mise en garde, que cet auteur en tire (op. cit., page 287) : « concrètement, si l’on accepte cette
conception des choses, l’irrévocabilité devient une vue de l’esprit et toute décision de justice est désormais
rendue sous la condition implicite que, dans les trente ans à venir, elle ne perdra pas rétroactivement son
fondement juridique  ! Une telle solution, qui est pour le moins révolutionnaire, est source d’une grave
insécurité juridique ».
On n’ira pas plus loin, dans le cadre limité de cet avis, sur l’analyse de la définition et des conséquences de
la perte de fondement juridique. En effet, on l’a dit, ce n’est pas à propos du droit des brevets que le concept
et ses effets ont été dégagés par la jurisprudence. Même si ce n’est pas à l’occasion de ce pourvoi, il nous
BICC_759_Livre.indb 29 3/23/2012 1:58:25 PM
30

Bulletin d’information
Arrêt publié intégralement

1
er
avril 2012
semble néanmoins qu’il faudra, le moment venu, s’interroger sur le fait de faire jouer un effet « domino » (on
rappellera que l’on utilise ici cette expression dans son sens de réaction en chaîne) à l’annulation postérieure
d’un acte juridique (intervenue, qui plus est, dans une instance qui n’opposait pas nécessairement les mêmes
parties que celles que concernent les décisions dont l’anéantissement est invoqué).
Mais, pour ce qui est de notre dossier, on se bornera à souligner que la frontière est imprécise entre ce
qui entraîne une perte de fondement juridique et ce qui relève de l’événement postérieur venu modifier une
situation antérieurement reconnue en justice. En réalité, les domaines d’application de ces deux notions se
recoupent largement. Si bien que ce qui nous paraît militer en faveur de la non-application, à l’espèce qui
vous est soumise, des conséquences habituellement tirées de la deuxième notion doit également conduire à
écarter celles que la jurisprudence attache à la première. Autrement dit, il nous semble que la condamnation
pour contrefaçon ne doit pas plus être anéantie par l’annulation postérieure du brevet que ne doit être rendue
inopposable la fin de non-recevoir susceptible d’être tirée de son autorité.
Ainsi que l’indique notre collègue Mollard (dans son avis précité, page 8), «  le problème vient de ce que la
juridiction dont la décision de condamnation pour contrefaçon d’une marque ou d’un brevet est anéantie, à
la suite de l’annulation ultérieure de la marque ou du brevet, avait le pouvoir de vérifier et, le plus souvent,
a effectivement vérifié la validité de cette marque ou de ce brevet. Car on aboutirait à admettre que
l’appréciation différente qu’une juridiction, statuant en second lieu, porte sur un même acte juridique entraîne
l’anéantissement de la décision rendue par la juridiction ayant statué en premier lieu ».
Même observation, donc, que pour l’inopposabilité, et, par voie de conséquence, même conclusion : rien ne
justifie que l’on considère que l’annulation postérieure d’un brevet anéantit la condamnation irrévocable pour
contrefaçon. La situation présentée ne correspond pas aux cas habituels de perte de fondement juridique ou
de modification d’une situation antérieurement reconnue en justice. L’on est seulement en présence de deux
décisions différentes rendues dans deux instances différentes, parfois à deux époques différentes, et qui, en
outre, n’ont, le plus souvent, en commun que l’une seulement des parties en présence (à savoir le titulaire
du brevet).
Faut-il chercher une autre solution  ? Faut-il imaginer un autre fondement pour permettre la restitution des
réparations versées au titre de la contrefaçon de l’objet du brevet annulé ? Autrement dit, est-il scandaleux
que celui qui a ultérieurement vu son titre annulé conserve les indemnités qui lui ont été allouées quand il
pouvait s’en prévaloir ?
Nous ne le croyons pas. Celui qui a été condamné pour contrefaçon l’a été au regard d’une situation qu’il
connaissait et d’un titre qu’il a délibérément choisi d’ignorer, alors qu’il lui était loisible de l’attaquer. On
rappellera, à cet égard l’adage « foi est due au titre » (J.-C. Galloux, Droit de la propriété industrielle, Dalloz,
n
o
 416). Quelle portée garderait-il si tous les effets de tous les brevets régulièrement déposés pouvaient à tout
moment être annulés par l’effet d’une décision judiciaire postérieure (le cas échéant, même bien postérieure) ?
On voit bien, au contraire, la très grande fragilisation des titres qui en résulterait et le peu de cas que cela
pourrait inciter à faire du brevet les concurrents de celui qui l’a déposé.
Rappelons qu’il résulte de la jurisprudence New Holland (cf.  ci-dessus) que l’annulation d’un contrat de
licence intervenue en conséquence de celle du brevet sur lequel il portait «  n’a pas pour conséquence de
priver rétroactivement de toute cause la rémunération mise à la charge du licencié en contrepartie des
prérogatives dont il a effectivement joui ». Si bien que si l’on décidait que l’annulation d’un brevet entraîne, par
le jeu d’un effet « domino » ou sur la base de toute autre construction, la restitution des indemnités versées
en exécution d’une condamnation pour contrefaçon, on arriverait à ce résultat paradoxal de mieux traiter celui
qui s’est délibérément affranchi des obligations découlant d’un titre qui avait, pourtant, une existence légale au
moment où a eu lieu l’exploitation contrefaisante que celui qui a accordé « foi au titre » au point de choisir de
rémunérer l’exploitation qu’il en a faite. Le paradoxe serait d’ailleurs d’autant plus choquant que cette situation
reviendrait aussi à accorder plus de poids aux effets d’un contrat qu’à ceux d’un jugement irrévocable.
Tout est-il, pour autant, dit  ? Et l’annulation ultérieure d’un brevet (ou, mutatis mutandis, d’une marque)
ne doit-elle être d’aucun effet sur les conséquences du jugement de condamnation pour contrefaçon  ?
Certainement pas, et il demeurera nécessaire (le cas échéant, à l’occasion d’autres pourvois) d’organiser les
effets de la deuxième décision sur la première.
En effet, la condamnation pour contrefaçon ne fixe pas seulement le montant des dommages-intérêts dus par
le contrefacteur ; le plus souvent, elle interdit également à celui-ci de poursuivre la fabrication et la vente du
produit contrefait, le cas échéant sous astreinte. Il serait totalement contraire à l’esprit de la loi que celui qui
a été condamné pour contrefaçon continue, après annulation du brevet, à être frappé de cette interdiction,
alors que l’exploitation de l’invention qui, par hypothèse, n’est plus protégée est désormais ouverte librement
à tout un chacun.
Or, lui permettre de s’affranchir, sur ce point, de la condamnation dont il a fait l’objet revient nécessairement
à remettre en cause, au moins en partie, soit la décision, elle-même, soit son autorité. Mais alors, pourquoi
faire une différence entre deux éléments d’un même dispositif : la réparation du préjudice et l’interdiction sous
astreinte ?
Comme le dit le professeur Py (op. cit., n
o
 165) à propos de la liberté retrouvée de celui qui a été condamné,
« une telle solution suppose néanmoins que la décision d’annulation implique une cessation des effets de la
chose jugée pour l’avenir ».
Cette solution est celle qui s’évince du texte. Comme nous l’avons dit, si l’article L.  613-27 du code la
propriété intellectuelle confère un effet absolu à l’annulation d’un brevet, il ne parle pas de rétroactivité. De
l’effet absolu nous paraît découler l’interdiction absolue faite à celui qui avait déclaré le brevet de continuer à
se prévaloir tant de celui-ci que des décisions de justice auxquelles il a servi de fondement, mais revenir sur
BICC_759_Livre.indb 30 3/23/2012 1:58:25 PM
31

1
er
avril 2012
Arrêt publié intégralement

Bulletin d’information
les effets passés desdites décisions serait y ajouter un effet rétroactif qui n’existe pas. Cet effet absolu de
l’annulation nous paraît donc suffisant pour permettre à celui auquel cela a été interdit d’exploiter, néanmoins,
l’invention dont s’agit, sans qu’il y ait de contradiction à le débouter en même temps des demandes de
restitutions qu’il présente.
Je suis donc favorable au rejet du pourvoi.
BICC_759_Livre.indb 31 3/23/2012 1:58:25 PM
32

Bulletin d’information
Question prioritaire de constitutionnalité

1
er
avril 2012
II. - ARRÊTS DES CHAMBRES STATUANT EN MATIÈRE
DE QUESTION PRIORITAIRE DE CONSTITUTIONNALITÉ
N
o
344
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code civil. - Article 9. - Liberté d’expression. - Égalité
devant la loi. - Droits de la défense. - Jurisprudence. -
Irrecevabilité.
Attendu que la société Éditions du Seuil et M.  X..., attraits en
justice par les consorts Z… et B… pour atteinte à leur vie privée
à la suite de la publication d’un roman, ont soulevé devant le
tribunal de grande instance de Paris une question prioritaire de
constitutionnalité ainsi formulée :
«  L’article 9 du code civil, en ce qu’il ne soumet pas les
actions en réparation des atteintes à la vie privée, lorsqu’elles
sont commises par l’un des moyens visés à l’article 23 [il
faut assurément lire 29, ce que confirme la page deuxième
du mémoire en demande d’inconstitutionnalité] de la loi du
29  juillet  1881 ou à l’article 93-3 de la loi du 29 juillet 1982,
aux règles de prescription prévues par l’article 65 de la loi du
29 juillet 1881, ni aux exigences de l’article 53 de la même loi,
est-il conforme aux droits et libertés que la Constitution garantit,
en l’espèce aux articles 11 (liberté d’expression), 6 (égalité
devant la loi), 16  (droits de la défense) de la Déclaration des
droits de l’homme et du citoyen ? »
Attendu que, s’il a été décidé que «  tout justiciable a le
droit de contester la constitutionnalité de la portée effective
qu’une interprétation jurisprudentielle constante confère à une
disposition législative », sous la réserve que cette jurisprudence
ait été soumise à la cour suprême compétente, il résulte
tant des dispositions de l’article 61-1 de la Constitution et
de l’article  23-5, alinéa 3, de l’ordonnance n
o
  58-1067 du
7  novembre  1958 modifiée que des décisions du Conseil
constitutionnel que la contestation doit concerner la portée
que donne à une disposition législative précise l’interprétation
qu’en fait la juridiction suprême de l’un ou l’autre ordre ; que la
question posée, qu’il n’appartient pas à la Cour de cassation
de modifier, sous couvert de critiquer l’article 9 du code civil,
texte de fond dont la substance a été déclarée maintes fois
conforme à la Constitution par le Conseil constitutionnel, porte
exclusivement sur, d’une part, la soumission jurisprudentielle au
droit civil commun procédural des actions auxquelles cet article
donne lieu, en l’absence de textes spécifiques, sans dénoncer
de dispositions précises régissant le délai de leur prescription ou
la rédaction de la citation, et, d’autre part, sur la non-application
corrélative des articles 65 et 53 de la loi du 29 juillet 1881, dont
elle déplore une portée insuffisamment étendue sans contester
leur constitutionnalité ;
D’où il suit que la question est irrecevable ;
Par ces motifs :
DIT N’Y AVOIR LIEU À RENVOYER au Conseil constitutionnel la
question prioritaire de constitutionnalité.
1
re
 Civ.- 8 décembre 2011.
NON-LIEU À RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
 11-40.070. - TGI Paris, 7 septembre 2011.
M.  Charruault, Pt. - M.  Gridel, Rap. - Mme  Petit, P. Av.  Gén. -
SCP Waquet, Farge et Hazan, SCP Le Bret-Desaché, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue
Légipresse, n
o
  290, janvier 2012, Synthèse - Droits de la
personnalité, p.  59 à 64, note Grégoire Loiseau, spéc. n
o
  II,
p.  60 («  La constitution des droits de la personnalité  »). Voir
également la Gazette du Palais, n
o
  32-33,  1
er
-2 janvier 2012,
Chronique de jurisprudence - droit de la presse, p. 18-19, note
Cédric Michalski.
N
o
345
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code civil. - Articles 676 et 677. - Droit de propriété. -
Non-lieu à renvoi au Conseil constitutionnel. - Caractère
sérieux. - Défaut.
Attendu que les époux X… soutiennent que les dispositions
des articles 676 et 677 du code civil, réglementant les jours
susceptibles d’être pratiqués dans un mur non mitoyen joignant
immédiatement le fonds voisin, portent atteinte aux droits et
libertés garantis par les articles 2 et 17 de la Déclaration des
droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789 ;
Mais attendu, d’une part, que la question, ne portant pas
sur l’interprétation d’une disposition constitutionnelle dont le
Conseil constitutionnel n’aurait pas encore eu l’occasion de
faire application, n’est pas nouvelle ;
Et attendu, d’autre part, que la question posée ne présente pas
un caractère sérieux dès lors que les dispositions législatives
en cause, qui n’ont ni pour objet ni pour effet de priver le
propriétaire du mur de son droit de propriété, mais seulement
d’en restreindre l’exercice, tendent à assurer des relations
de bon voisinage par l’édiction de règles de construction
proportionnées à cet objectif d’intérêt général ;
D’où il suit qu’il n’y a pas lieu de renvoyer la question prioritaire
de constitutionnalité au Conseil constitutionnel ;
Par ces motifs :
DIT N’Y AVOIR LIEU À RENVOYER au Conseil constitutionnel la
question prioritaire de constitutionnalité.
BICC_759_Livre.indb 32 3/23/2012 1:58:26 PM
33

1
er
avril 2012
Question prioritaire de constitutionnalité

Bulletin d’information
3
e
 Civ. - 2 novembre 2011.
NON-LIEU À RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
 11-15.428. - CA Bordeaux, 28 décembre 2010.
M. Terrier, Pt. - M. Crevel, Rap. - M. Bailly, Av. Gén. - SCP Boré
et Salve de Bruneton, SCP Delaporte, Briard et Trichet, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
droit immobilier  - urbanisme  - construction, n
o
  2, février  2012,
Chroniques, p.  88-89, note Jean-Louis Bergel («  La
réglementation des “jours” pratiqués dans un mur non mitoyen
en limite de propriété ne prive pas son propriétaire de son droit
de propriété »).
N
o
346
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code de commerce. - Articles L. 145-58 et L. 145-59. -
Droit à un procès équitable. - Droit au juge de cassation. -
Droit de propriété. - Non-lieu à renvoi au Conseil
constitutionnel. - Caractère sérieux. - Défaut.
Attendu que la société Alliance développement capital (la société
Alliance) soutient que les dispositions des articles L. 145-58 et
L.  145-59 du code de commerce, qui imposent un délai de
quinze jours à compter du prononcé de l’arrêt pour l’exercice du
droit de repentir et posent le principe du caractère irrévocable de
l’exercice de ce droit, portent une atteinte injustifiée à l’équilibre
des droits des parties et à l’accès au juge de cassation, en
violation des articles 1, 6 et 16 de la Déclaration des droits de
l’homme et du citoyen du 26  août  1789, ainsi qu’au droit de
propriété, garanti par l’article 17 de la Déclaration des droits de
l’homme et du citoyen du 26 août 1789 ;
Attendu que les dispositions contestées sont applicables au
litige, la société NRF, preneur, soutenant que le pourvoi en
cassation formé par la société Alliance, bailleur, contre l’arrêt
ayant rejeté sa demande en déchéance du droit au maintien
dans les lieux et au paiement de l’indemnité d’éviction, est
irrecevable en raison de la notification d’un droit de repentir
préalablement au dépôt du pourvoi ;
Mais attendu, d’une part, que la question, ne portant pas
sur l’interprétation d’une disposition constitutionnelle dont le
Conseil constitutionnel n’aurait pas encore eu l’occasion de
faire application, n’est pas nouvelle ;
Et attendu, d’autre part, que la question posée ne présente pas
un caractère sérieux en ce que le droit de repentir, qui permet
au bailleur, condamné au paiement d’une indemnité d’éviction,
d’offrir le renouvellement du bail après l’avoir refusé, ne le prive
pas de son droit de propriété dès lors qu’il conserve le droit de
percevoir un loyer ou de vendre son bien, que le fait d’enfermer
l’exercice de ce droit dans un certain délai et de lui conférer un
caractère irrévocable répond à un objectif d’intérêt général de
sécurité juridique et de pérennité du fonds de commerce, et que
le bailleur a bénéficié d’un recours juridictionnel effectif devant
un juge compétent ;
D’où il suit qu’il n’y a pas lieu de renvoyer la question prioritaire
de constitutionnalité au Conseil constitutionnel ;
Par ces motifs :
DIT N’Y AVOIR LIEU À RENVOYER au Conseil constitutionnel la
question prioritaire de constitutionnalité.
3
e
 Civ. - 13 décembre 2011.
NON-LIEU À RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
 11-19.043. - CA Paris, 23 février 2011.
M. Terrier, Pt. - Mme Proust, Rap. - M. Gariazzo, P. Av. Gén. -
SCP Thouin-Palat et Boucard, SCP Bénabent, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue
de jurisprudence de droit des affaires, n
o
  2/12, février 2012,
décision n
o
 135, p. 117.
N
o
347
1
o
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code de l’expropriation pour cause d’utilité publique.  -
Articles L. 15-1 et L. 15-2. - Droit de propriété. Irrecevabilité.
- Applicabilité au litige. - Défaut.
2
o
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code de l’expropriation pour cause d’utilité publique. -
Article L.  12-1. - Droit de propriété. - Non-lieu à renvoi
au Conseil constitutionnel. - Caractère sérieux. - Défaut.
Attendu que la question telle que transmise par le juge de
l’expropriation est la suivante :
«  Les articles L.  12-1, L.  15-1, L.  15-2 et R.  13-65 du code
de l’expropriation portent-ils atteinte aux droits et libertés
que la Constitution garantit, en ce qu’ils ne respectent pas
l’article 17 de la Déclaration de 1789 inscrite au préambule de
la Constitution du 4 octobre 1958, qui pose deux critères de
légalité pour permettre la dépossession de la propriété privée au
profit de la propriété publique : le constat légal de la nécessité
publique et le règlement préalable de l’indemnité ? »
Vu l’article 23-1 de l’ordonnance n
o
  58-1067 du
7  novembre  1958 modifiée par la loi organique n
o
  2009-1523
du 10 décembre 2009 ;
Attendu que, devant les juridictions relevant du Conseil d’État ou
de la Cour de cassation, le moyen tiré de ce qu’une disposition
législative porte atteinte aux droits et libertés garantis par la
Constitution est, à peine d’irrecevabilité, présenté dans un écrit
distinct et motivé  ; qu’un tel moyen peut être soulevé pour
la première fois en cause d’appel  ; qu’il ne peut être relevé
d’office ;
Attendu qu’il résulte du dossier de la procédure que l’écrit
distinct et motivé qui saisissait le juge de l’expropriation ne visait
que l’inconstitutionnalité des articles L. 12-1, L. 15-1 et L. 15-2
du code de l’expropriation ;
Sur les articles L. 15-1 et L. 15-2 du code de l’expropriation :
Attendu que les textes invoqués ne font pas interdiction à
l’expropriant de prendre possession des biens expropriés en
cas de recours en annulation introduit contre l’arrêté portant
déclaration d’utilité publique ou l’arrêté de cessibilité, qu’ils ne
permettent pas non plus de consignation de l’indemnité dans
cette hypothèse et qu’il ne résulte ni du jugement ni du mémoire
spécial des consorts X… que l’expropriante ait manifesté sa
volonté de prendre possession des parcelles expropriées en
procédant à une consignation totale ou partielle de l’indemnité ;
D’où il suit que les dispositions arguées d’inconstitutionnalité ne
sont pas applicables au litige ;
Sur l’article L. 12-1 du code de l’expropriation :
Attendu, d’une part, que le juge de l’expropriation ne peut
ordonner le transfert de propriété qu’au vu d’un arrêté portant
déclaration d’utilité publique et d’un arrêté de cessibilité
exécutoires et donc après qu’une utilité publique ait été
légalement constatée, et, d’autre part, que ce juge doit
seulement constater à ce stade, par une ordonnance susceptible
d’un pourvoi en cassation, la régularité formelle de la procédure
administrative contradictoire qui précède son intervention ;
D’où il suit que la question posée ne présente pas de caractère
sérieux ;
BICC_759_Livre.indb 33 3/23/2012 1:58:26 PM
34

Bulletin d’information
Question prioritaire de constitutionnalité

1
er
avril 2012
Par ces motifs :
DIT N’Y AVOIR LIEU À RENVOYER au Conseil constitutionnel la
question prioritaire de constitutionnalité.
3
e
 Civ. - 15 décembre 2011.
NON-LIEU À RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
 11-40.075. - TGI Cahors, 19 septembre 2011.
M.  Terrier, Pt. - Mme  Abgrall, Rap. - M.  Bruntz, Av.  Gén. -
SCP Vincent et Ohl, Av.
N
o
348
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code de procédure pénale. - Article 281, alinéa 4. - Droits
de la défense. - Égalité devant la loi. - Égal accès à la
justice. - Irrecevabilité. - Mémoire tardif.
Attendu que la question prioritaire de constitutionnalité est ainsi
rédigée :
« L’article 281, alinéa 4, du code de procédure pénale porte-t-il
atteinte aux droits et libertés garantis par la Constitution, et,
plus précisément, au respect des droits de la défense, qui
implique en particulier l’existence d’une procédure juste et
équitable garantissant l’équilibre des droits des parties, au
principe d’égalité devant la loi et au principe de l’égal accès à
la justice, en ce qu’il interdit de fait à un justiciable ne disposant
pas de moyens suffisants pour régler les frais de citation et les
indemnités dues aux témoins cités de faire citer à la diligence
du ministère public plus de cinq témoins, alors que le procureur
général, partie poursuivante, dispose d’un droit illimité ? »
Attendu que cette question prioritaire de constitutionnalité n’a
pas été soulevée dans un écrit accompagnant la déclaration
d’appel faite, le 23 septembre 2011, à l’encontre de l’arrêt
de cour d’assises précité, ainsi que le prescrit l’article 23-1,
alinéa 4, de l’ordonnance du 7 novembre 1958 portant loi
organique sur le Conseil constitutionnel, mais a été formulée
dans un mémoire déposé le 3 octobre 2011 au greffe de la cour
d’assises ;
D’où il suit qu’elle est irrecevable ;
Par ces motifs :
DÉCLARE IRRECEVABLE la question prioritaire de
constitutionnalité.
Crim. - 7 décembre 2011.
IRRECEVABILITÉ
N
o
11-87.360. - Cour d’assises des Bouches-du-Rhône,
23 septembre 2011.
M. Louvel, Pt. - M. Laurent, Rap. - M. Cordier, Av. Gén.
N
o
349
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code du travail. - Article L.  1233-3. - Liberté
d’entreprendre. - Égalité devant la loi. - Non-lieu à renvoi
au Conseil constitutionnel. - Caractère sérieux. - Défaut.
Attendu que la question transmise est ainsi rédigée :
« - en interdisant aux sociétés filiales de licencier leur personnel
pour le seul motif de leur cessation d’activité, les dispositions de
I’article L. 1233 3 du code du travail sont-elles inconstitutionnelles
comme portant atteinte au principe à valeur constitutionnelle de
la liberté d’entreprendre garanti par I’article 4 de la Déclaration
universelle des droits de I’homme et du citoyen ? »
«  - en soumettant les licenciements pour cessation d’activité
notifiés par les sociétés filiales de groupe à un régime juridique
distinct de celui applicable aux licenciements pour le même
motif pratiqués par des employeurs autres que des filiales,
l’article L.  1233 3 du code du travail porte-t-il atteinte au
principe à valeur constitutionnelle d’égalité devant la loi garanti
par I’article 6 de la Déclaration universelle des droits de
I’homme et du citoyen ? »
Mais attendu, d’une part, que la question, ne portant pas
sur l’interprétation d’une disposition constitutionnelle dont le
Conseil constitutionnel n’aurait pas encore eu l’occasion de
faire application, n’est pas nouvelle ;
Et attendu, d’autre part, que la question posée ne présente pas
un caractère sérieux en ce qu’elle repose sur une interprétation
erronée d’arrêts rendus le 18 janvier 2011 par la Cour de
cassation et faisant application de l’article L. 1233 3 du code du
travail, ces décisions ne privant pas l’employeur, du seul fait de
son appartenance à un groupe de sociétés, de la possibilité de
licencier son personnel pour motif économique lorsqu’il cesse
son activité, et ne lui imposant pas, pour cette seule raison, de
justifier d’une autre cause de licenciement, hors situation de
coemploi ;
D’où il suit qu’il n’y a pas lieu de la renvoyer au Conseil
constitutionnel ;
Par ces motifs :
DIT N’Y AVOIR LIEU À RENVOYER au Conseil constitutionnel la
question prioritaire de constitutionnalité.
Soc. - 16 novembre 2011.
NON-LIEU À RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
11-40.071. - CPH Forbach, 6 septembre 2011.
M. Lacabarats, Pt. - M. Bailly, Rap. - M. Lalande, Av. Gén.
N
o
350
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code du travail. - Article L. 2142-1. - Principe de la liberté
syndicale. - Principe d’égalité de traitement. - Constitution
d’une section syndicale au sein d’une entreprise. -
Condition d’ancienneté. - Non-lieu à renvoi au Conseil
constitutionnel. - Caractère sérieux. - Défaut.
Attendu que la question transmise est ainsi rédigée :
«  L’article L.  2142-1 du code du travail, en sa rédaction
actuellement applicable, porte-t-il atteinte aux droits et libertés
garantis par la Constitution, et plus précisément au sixième
alinéa du préambule de la Constitution du 27 octobre 1946,
au dix-huitième alinéa de ce même préambule, au principe
d’égalité à valeur constitutionnelle garanti par l’article  6 de la
Déclaration de 1789, au principe à valeur constitutionnelle de
non-discrimination entre organisations syndicales légalement
constituées, au principe à valeur constitutionnelle selon
lequel «  ce qui est nécessaire pour la sauvegarde des fins
d’intérêt général  », et au principe de proportionnalité à valeur
constitutionnelle ? »
Mais attendu, d’une part, que la question, ne portant pas
sur l’interprétation d’une disposition constitutionnelle dont le
Conseil constitutionnel n’aurait pas encore eu l’occasion de
faire application, n’est pas nouvelle ;
Et attendu, d’autre part, que la question posée ne présente
pas un caractère sérieux, dans la mesure où l’exigence d’une
ancienneté minimale de deux ans subordonnant la constitution
par une organisation syndicale d’une section syndicale au
sein de l’entreprise, laquelle ouvre un certain nombre de
droits, constitue une condition raisonnable et proportionnée
pour garantir la mise en œuvre du droit de participation
BICC_759_Livre.indb 34 3/23/2012 1:58:26 PM
35

1
er
avril 2012
Question prioritaire de constitutionnalité

Bulletin d’information
des travailleurs par l’intermédiaire de leurs représentants et
l’exercice par le syndicat de prérogatives au sein de l’entreprise,
sans priver le salarié de la liberté d’adhérer au syndicat de son
choix, et ne porte atteinte à aucun des principes invoqués ;
D’où il suit qu’il n’y a pas lieu de la renvoyer au Conseil
constitutionnel ;
Par ces motifs :
DIT N’Y AVOIR LIEU À RENVOYER au Conseil constitutionnel la
question prioritaire de constitutionnalité.
Soc. 30 novembre 2011.
NON-LIEU À RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
 11-40.072. - TI Poissy, 20 septembre 2011.
M. Lacabarats, Pt. - M. Huglo, Rap. - M. Weissmann, Av. Gén.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue
Droit  social, n
o
  2, février 2012, Actualité jurisprudentielle,
p.  205-206, note Laurence Pécaut-Rivolier. Voir également la
Revue de jurisprudence sociale, n
o
  3-12, mars 2012, décision
n
o
 268, p. 221-222.
N
o
351
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code du travail. - Article L. 2324-2. - Régime transitoire. -
Renvoi au Conseil constitutionnel. - Caractère sérieux.
Attendu que la question transmise est ainsi rédigée :
«  L’article L.  2324 2 du code du travail, qui conditionne
désormais la désignation d’un représentant syndical au comité
d’entreprise à l’obtention, par le syndicat à l’origine de la
désignation, d’élus au sein de ce comité, est-il contraire aux
dispositions constitutionnelles en ce qu’il ne prévoit pas de
régime transitoire ? »
Attendu que la disposition contestée est applicable au litige,
lequel concerne la validité de la désignation d’un représentant
syndical au comité d’entreprise au cours de la période
transitoire ;
Qu’elle n’a pas déjà été déclarée conforme à la Constitution
dans les motifs et le dispositif d’une décision du Conseil
constitutionnel ;
Que la question posée présente un caractère sérieux en ce
que la disposition subordonne la désignation d’un représentant
syndical au comité d’entreprise par tout syndicat, quand bien
même serait-il représentatif, à la condition pour le syndicat
d’y avoir des élus, et qu’aucune disposition transitoire n’a
été prévue dans l’attente du résultat des premières élections
professionnelles organisées sous l’empire de la nouvelle loi ;
D’où il suit qu’il y a lieu de la renvoyer au Conseil constitutionnel ;
Par ces motifs :
RENVOIE au Conseil constitutionnel la question prioritaire de
constitutionnalité.
Soc. - 18 novembre 2011.
RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
11-40.066. - TI Montpellier, 16 août 2011.
M. Lacabarats, Pt. - Mme Pécaut-Rivolier, Rap. - M. Weissmann,
Av. Gén.
N
o
352
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code du travail. - Article L. 2422-1. - Liberté syndicale. -
Participation des travailleurs par l’intermédiaire de leurs
délégués à la détermination collective des conditions de
travail ainsi qu’à la gestion des entreprises. - Non-lieu à
renvoi au Conseil constitutionnel. - Caractère sérieux. -
Défaut.
Attendu que la question transmise est ainsi rédigée :
«  Les dispositions de l’article L.  2422-1 du code du travail
sont-elles conformes aux dispositions de l’article 4 de la
Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août
1789 et de l’article 11 du préambule de la Constitution du
27 octobre 1946 ? »
Attendu que les dispositions critiquées sont applicables au
litige ;
Qu’elles n’ont pas déjà été déclarées conformes à la Constitution
dans les motifs et le dispositif d’une décision du Conseil
constitutionnel ;
Mais attendu, d’une part, que la question, ne portant pas
sur l’interprétation d’une disposition constitutionnelle dont le
Conseil n’aurait pas encore eu l’occasion de faire application,
n’est pas nouvelle ;
Et attendu, d’autre part, que la question posée ne présente pas
un caractère sérieux dès lors que les dispositions critiquées,
qui reconnaissent au salarié protégé, dont le licenciement a été
autorisé par l’inspecteur du travail, le droit d’être réintégré dans
son emploi ou dans un emploi équivalent lorsque le ministre, sur
recours hiérarchique, ou le juge administratif, saisi d’un recours
pour excès de pouvoir, annule cette autorisation, répondent à
des exigences constitutionnelles visant à assurer l’effectivité
du droit syndical et du principe de participation, justifiant que
les représentants du personnel bénéficient, dans l’intérêt de
l’ensemble des travailleurs qu’ils représentent, d’une protection
exceptionnelle dont la mise en œuvre est entourée de garanties
procédurales et de fond suffisantes ;
D’où il suit qu’il n’y a pas lieu de la renvoyer au Conseil
constitutionnel ;
Par ces motifs :
DIT N’Y AVOIR LIEU À RENVOYER au Conseil constitutionnel la
question prioritaire de constitutionnalité.
Soc. - 18 novembre 2011.
NON-LIEU À RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
 11-40.068. - CPH Marseille, 7 Juillet 2011.
M. Lacabarats, Pt. - M. Struillou, Rap. - M. Cavarroc, Av. Gén.
N
o
353
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code du travail. - Article L. 3141-30. - Liberté d’association. -
Non-lieu à renvoi au Conseil constitutionnel. - Caractère
sérieux. - Défaut.
Attendu que, selon la question prioritaire de constitutionnalité,
telle qu’elle a été soulevée dans le mémoire distinct produit
devant le tribunal de commerce l’ayant transmise à la Cour
de cassation, doit être déclaré non conforme à la Constitution
en ce qu’il constitue une atteinte au principe de la liberté
d’association, réaffirmé par le préambule de la Constitution,
BICC_759_Livre.indb 35 3/23/2012 1:58:26 PM
36

Bulletin d’information
Question prioritaire de constitutionnalité

1
er
avril 2012
l’article L.  3141-30 du code du travail en ce qu’il prévoit
une adhésion obligatoire à la caisse des congés payés, une
association ;
Attendu que les dispositions contestées sont applicables
au litige, lequel est relatif au recouvrement de cotisations, et
qu’elles n’ont pas été déclarées conformes à la Constitution
dans les motifs ou le dispositif d’une décision du Conseil
constitutionnel ;
Mais attendu, d’une part, que la question, ne portant pas
sur l’interprétation d’une disposition constitutionnelle dont le
Conseil constitutionnel n’aurait pas encore eu l’occasion de
faire application, n’est pas nouvelle ;
Attendu, d’autre part, que les caisses de congés payés sont
des organismes de droit privé chargés de l’exécution de
missions de service public et investies à cette fin de prérogatives
de puissance publique  ; que l’atteinte portée à la liberté
d’association, qui est justifiée par la mission d’intérêt général
confiée aux caisses, et dont l’accomplissement est de nature à
garantir, pour les salariés concernés, le respect des exigences
des dixième et onzième alinéas du préambule de la Constitution
de 1946, n’est pas manifestement disproportionnée au regard
de l’objectif poursuivi ; qu’ainsi, la question ne présente pas un
caractère sérieux ;
D’où il suit qu’il n’y a pas lieu de transmettre la question
prioritaire de constitutionnalité au Conseil constitutionnel ;
Par ces motifs :
DIT N’Y AVOIR LIEU À RENVOYER au Conseil constitutionnel la
question prioritaire de constitutionnalité.
Soc. - 14 décembre 2011.
NON-LIEU À RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
 11-40.076. - TC Nancy, 19 septembre 2011.
M. Lacabarats, Pt. - M. Linden, Rap. - M. Foerst, Av. Gén.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  2/12, février 2012, décision n
o
  154,
p. 131-132.
N
o
354
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code du travail. - Articles L. 1226-4 et L. 4624-1. - Égalité
devant la loi. - Principe de sécurité juridique. - Non-lieu
à renvoi au Conseil constitutionnel. - Caractère sérieux  -
Défaut.
Attendu que, selon la question prioritaire de constitutionnalité,
telle qu’elle a été soulevée dans le mémoire distinct produit
devant le conseil de prud’hommes l’ayant transmise à la Cour
de cassation, doivent être déclarés inconstitutionnels comme
manquant au principe d’égalité devant la loi défini par l’article 6
de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de  1789,
aux dispositions de l’article 5 de ladite Déclaration ainsi qu’au
principe de sécurité juridique dont peut se prévaloir tout
citoyen :
- soit l’article L. 1226-4 du code du travail en ce qu’il définit un
délai d’un mois avant le terme duquel l’employeur est contraint
d’avoir pris une décision de reclassement ou de licenciement du
salarié déclaré inapte par le médecin du travail pour ne pas être
exposé à une sanction, alors, d’une part, que ce délai devrait
être de deux mois pour être en correspondance avec celui
édicté par l’article L. 4624-1 du code du travail et, d’autre part,
qu’il n’est pas précisé que l’éventuel recours formulé contre
l’avis du médecin du travail a un caractère suspensif ;
- soit l’article L. 4624-1 du même code en ce que celui-ci, qui
prévoit une possibilité de recours contre l’avis du médecin du
travail devant l’inspecteur du travail, ne définit pas un délai de
recours compatible avec le délai d’un mois défini par l’article
L. 1226-4 du code du travail et ne confère pas au recours par
lui organisé un caractère suspensif du délai défini par ce dernier
texte ;
- soit les deux articles L.  1226-4 et L.  4624-1 précités en leur
action combinée ;
Mais attendu, en premier lieu, que la question, ne portant pas
sur l’interprétation d’une disposition constitutionnelle dont le
Conseil constitutionnel n’aurait pas encore eu l’occasion de
faire application, n’est pas nouvelle ;
Et attendu, en second lieu, que la question posée ne présente
pas un caractère sérieux dès lors qu’elle se fonde sur une
atteinte non caractérisée au principe d’égalité devant la loi et
sur la violation d’un principe de sécurité juridique non reconnu
comme étant de valeur constitutionnelle ;
D’où il suit qu’il n’y a pas lieu de la renvoyer devant le Conseil
constitutionnel ;
Par ces motifs :
DIT N’Y AVOIR LIEU À RENVOYER au Conseil constitutionnel la
question prioritaire de constitutionnalité.
Soc. - 14 décembre 2011.
NON-LIEU À RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
 11-40.073. - CPH Blois, 20 septembre 2011.
M. Lacabarats, Pt. - M. Blatman, Rap. - M. Foerst, Av. Gén.
N
o
355
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code du travail. - Articles L.  2324-2 et L.  2324-15. -
Liberté d’entreprendre. - Participation des travailleurs
par l’intermédiaire de leurs délégués à la détermination
collective des conditions de travail ainsi qu’à la gestion des
entreprises. - Non-lieu à renvoi au Conseil constitutionnel. -
Caractère sérieux. - Défaut.
Attendu que la question transmise est ainsi rédigée :
« Les dispositions des articles L. 2324-2 et L. 2324-15 du code du
travail portent-elles une atteinte manifestement disproportionnée
à la liberté d’entreprendre constitutionnellement garantie, dans
la mesure où un syndicat peut désigner comme représentant au
comité d’entreprise un salarié ayant été condamné pénalement
pour avoir nui à ladite entreprise  ? Les dispositions de
l’article L.  2324-15 auxquelles renvoie l’article L.  2324-2
permettent-elles en toutes circonstances un exercice serein par
les salariés de leur droit à participation, par l’intermédiaire de
leurs représentants, à la détermination collective des conditions
de travail ainsi qu’à la gestion des entreprises ? »
Attendu que les dispositions critiquées sont applicables au
litige ;
Qu’elles n’ont pas déjà été déclarées conformes à la Constitution
dans les motifs et le dispositif d’une décision du Conseil
constitutionnel ;
Mais attendu, d’une part, que la question, ne portant pas
sur l’interprétation d’une disposition constitutionnelle dont le
Conseil constitutionnel n’aurait pas encore eu l’occasion de
faire application, n’est pas nouvelle ;
Et attendu, d’autre part, que la question posée ne présente pas
un caractère sérieux en ce que, premièrement, les dispositions
combinées des articles L. 2324-2, L. 2324-14 et L. 2324-15 du
code du travail font obstacle à ce qu’une organisation syndicale
remplissant les conditions pour nommer un représentant au
sein du comité d’entreprise désigne, pour assurer ce mandat,
un salarié de l’entreprise ayant fait l’objet d’une interdiction,
déchéance ou incapacité relatives à ses droits civiques,
BICC_759_Livre.indb 36 3/23/2012 1:58:26 PM
37

1
er
avril 2012
Question prioritaire de constitutionnalité

Bulletin d’information
deuxièmement, que la désignation frauduleuse encourt la nullité
et, enfin, que la mise en œuvre de la protection dont bénéficie
le salarié désigné comme représentant syndical est assortie de
garanties procédurales et de fond suffisantes ;
D’où il suit qu’il n’y a pas lieu de la renvoyer au Conseil
constitutionnel ;
Par ces motifs :
DIT N’Y AVOIR LIEU À RENVOYER au Conseil constitutionnel la
question prioritaire de constitutionnalité.
Soc. - 18 novembre 2011.
NON-LIEU À RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
11-40.067. - TI Marseille, 13 juillet 2011.
M. Lacabarats, Pt. - M. Struillou, Rap. - M. Cavarroc, Av. Gén.
Le  rapport du conseiller rapporteur est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
 2/12, février 2012, Études et doctrine,
p. 90 à 96 (« Le droit à réintégration du salarié protégé en cas
d’annulation de l’autorisation de licenciement »). Voir également
ce même numéro, décision n
o
 171, p. 143.
N
o
356
Question prioritaire
de constitutionnalité
Code pénal. - Article 413-12. - Principe de légalité des
délits et des peines. - Principe de clarté et prévisibilité de
la loi. - Principe d’individualisation des peines. - Non-lieu
à renvoi au Conseil constitutionnel. - Caractère sérieux. -
Défaut.
Attendu que la question prioritaire de constitutionnalité posée et
transmise par la juridiction est la suivante :
«  Les dispositions de l’article 432-12 du code pénal, en ce
qu’elles ne définissent pas en termes suffisamment clairs et
précis le délit de prise illégale d’intérêts, portent-elles atteinte
aux droits et libertés que la Constitution garantit et plus
précisément aux principes constitutionnels de légalité des délits
et des peines, de clarté et de prévisibilité de la loi, garantis par
l’article 34 de la Constitution et l’article 8 de la Déclaration des
droits de l’homme et du citoyen ? »
Attendu que, les dispositions critiquées sont applicables au
litige  ; qu’elles n’ont pas été déclarées conformes à la
Constitution dans les motifs et le dispositif d’une décision du
Conseil constitutionnel ;
Attendu que, ne portant pas sur l’interprétation d’une disposition
constitutionnelle dont le Conseil constitutionnel n’aurait pas eu
l’occasion de faire application, la question n’est pas nouvelle ;
Et attendu que, la question posée ne présente pas, à l’évidence,
un caractère sérieux dès lors que la rédaction du texte en
cause est conforme aux principes de précision et de prévisibilité
de la loi pénale, dont elle permet de déterminer le champ
d’application sans porter atteinte au principe constitutionnel de
légalité des délits et des peines ;
D’où il suit qu’il n’y a pas lieu de renvoyer la question au Conseil
constitutionnel ;
Par ces motifs :
DIT N’Y AVOIR LIEU DE RENVOYER au Conseil constitutionnel
la question prioritaire de constitutionnalité.
Crim. - 30 novembre 2011.
NON-LIEU À RENVOI AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
11-90.093. - TGI Nancy, 19 septembre 2011.
M. Louvel, Pt. - Mme Ract-Madoux, Rap. - M. Boccon-Gibod,
Av. Gén.
N
o
357
Question prioritaire
de constitutionnalité
Pourvoi. - Désistement. - Irrecevabilité de la question.
Attendu qu’à l’occasion du pourvoi formé contre l’arrêt rendu
le 9 mars 2011 par la cour d’appel de Paris, Mme  X…
a, par mémoire déposé le 30 août 2011, demandé de
renvoyer au Conseil constitutionnel la question prioritaire de
constitutionnalité suivante :
«  L’article 80 quater du code général des impôts, en ce
qu’il prévoit que sont soumis au même régime fiscal que les
pensions alimentaires les versements de sommes d’argent
mentionnés à l’article 275 du code civil, lorsqu’ils sont effectués
sur une période supérieure à douze mois à compter de la date
à laquelle le jugement de divorce est passé en force de chose
jugée, est-il contraire au principe constitutionnel d’égalité, en
ce qu’il entraîne un traitement fiscalement discriminatoire entre
les justiciables créanciers d’une prestation compensatoire en
capital, selon qu’elle est payée, soit immédiatement ou dans un
délai de douze mois, soit par fractions sur une durée supérieure
à douze mois ? »
Mais attendu que, selon l’article 61-1 de la Constitution,
lorsque, à l’occasion d’une instance en cours devant une
juridiction, il est soutenu qu’une disposition législative porte
atteinte aux droits et libertés que la Constitution garantit, le
Conseil constitutionnel peut être saisi de cette question sur
renvoi du Conseil d’État ou de la Cour de cassation, qui se
prononce dans un délai déterminé ;
Attendu que Mme  X… s’est désistée purement et simplement
de son pourvoi contre l’arrêt attaqué  ; qu’il en résulte que
l’instance à l’occasion de laquelle la question prioritaire de
constitutionnalité a été soulevée n’est plus en cours, de sorte
que cette question est devenue sans objet ;
Par ces motifs :
DONNE acte à Mme X… de son désistement du pourvoi.
DIT N’Y AVOIR LIEU À RENVOYER au Conseil constitutionnel la
question prioritaire de constitutionnalité.
1
re
 Civ. - 9 novembre 2011.
DÉSISTEMENT ET NON-LIEU À RENVOI
AU CONSEIL CONSTITUTIONNEL
N
o
 11-17.604. - CA Paris, 9 mars 2011.
M.  Charruault, Pt. - Mme  Maitrepierre, Rap. - M.  Pagès,
Av. Gén. - M
e
 Spinosi, SCP Bénabent, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  49, 5 décembre 2011,
Chronique - jurisprudence relative à la question prioritaire de
constitutionnalité, n
o
 1372, p. 2439 à 2445, spéc. n
o
 6, p. 2440,
note Bertrand Mathieu (« Le désistement »).
BICC_759_Livre.indb 37 3/23/2012 1:58:26 PM
38

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

1
er
avril 2012
N
o
358
Abus de confiance
Détournement. - Chose détournée. - Bien quelconque. -
Bien incorporel. - Informations relatives à la clientèle.
Les dispositions de l’article 314-1 du code pénal s’appliquent à
un bien quelconque, susceptible d’appropriation.
Méconnaît le texte susvisé et le principe sus-énoncé l’arrêt
qui, pour confirmer l’ordonnance de non-lieu rendue par le
juge d’instruction dans la procédure suivie du chef d’abus
de confiance contre un salarié ayant détourné la clientèle de
son entreprise pour le compte d’une société concurrente, en
utilisant les informations dont il était dépositaire, énonce que
l’abus de confiance ne peut porter que sur un bien mobilier
et qu’aucun détournement de fichier n’a été établi, alors que
les informations relatives à la clientèle constituent un bien
susceptible d’être détourné.
Crim. - 16 novembre 2011.
CASSATION
N
o
10-87.866. - CA Aix-en-Provence, 13 octobre 2010.
M.  Louvel, Pt.  - Mme  Labrousse, Rap.  - M.  Finielz, Av.  Gén.  -
SCP Thouin-Palat et Boucard, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
  43, 8  décembre  2011, Actualité/droit pénal et procédure
pénale, p.  2935, note M.  Léna («  Abus de confiance  :
détournement de clientèle »). Voir également cette même revue,
n
o
  44, 22  décembre  2011, Actualité/droit pénal et procédure
pénale, p. 2998 (« Dépôt de conclusion à l’audience : défaut de
réponse  »), et n
o
  2, 12  janvier  2012, Études et commentaires,
p. 137 à 141, note Guillaume Beaussonie (« La pérennité de la
protection pénale des biens incorporels »), la Gazette du Palais,
n
o
  13-14, 13-14  janvier  2012, Chronique de jurisprudence  -
droit pénal, p.  40, note Emmanuel Dreyer, et la Revue de
jurisprudence de droit des affaires, n
o
  1/12, janvier  2012,
décision n
o
 97, p. 86-87.
N
o
359
1
o
Action civile
Préjudice.  - Réparation.  - Condamnation.  - Deniers ou
quittances. - Portée.
2
o
Sécurité sociale
Accident du travail.  - Tiers responsable.  - Recours des
caisses.  - Partage de responsabilité entre le tiers et
l’employeur. - Effets. - Détermination.
1
o
Lorsque la condamnation prononcée est égale au montant
du préjudice, elle s’entend nécessairement en deniers ou
quittances, de sorte que les demandeurs sont sans intérêt
à faire grief à l’arrêt d’avoir omis de déduire l’indemnité
provisionnelle payée à la victime.
2
o
Il résulte de l’article L.  454-1 du code de la sécurité sociale
que, lorsque la responsabilité d’un accident du travail est
partagée entre l’employeur de la victime et un tiers, la caisse
primaire d’assurance maladie dispose d’un recours contre
ce dernier dans la mesure où les indemnités dues par elle en
vertu de la loi dépassent celles réparant l’atteinte à l’intégrité
physique de la victime qui auraient été mise à la charge de
l’employeur en vertu du droit commun.
Encourt la cassation l’arrêt qui, pour chacun des postes
de préjudice pour lesquels l’organisme de sécurité sociale
dispose d’un recours subrogatoire, met à la charge du tiers
le remboursement de la totalité des débours dus par la caisse
d’assurance maladie à la victime, sans déduire, pour chacun de
ces postes, la part d’indemnité qui aurait été mise à la charge
de l’employeur en vertu du droit commun.
Crim. - 2 novembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-83.219. - CA Bordeaux, 26 février 2010.
M.  Louvel, Pt.  - Mme  Radenne, Rap.  - M.  Lacan, Av.  Gén.  -
SCP Odent et Poulet, SCP Didier et Pinet, Av.
N
o
360
Action en justice
Recevabilité. - Applications diverses. - Contestation de la
rupture du contrat de travail. - Cas. - Clause instituant un
préalable obligatoire de conciliation. - Portée.
Viole l’article 1134 du code civil l’arrêt qui déclare irrecevable
l’action engagée par un salarié contestant la rupture du contrat
de travail à durée déterminée faute de respect de la procédure
préalable de conciliation obligatoire prévue par le contrat, alors
qu’il avait constaté que la rupture était intervenue à l’initiative
de l’employeur, lequel n’avait pas mis en œuvre la procédure de
conciliation contractuelle.
Soc. - 7 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-16.425. - CA Nîmes, 23 février 2010.
Mme  Mazars, Pt (f.f.).  - M.  Flores, Rap.  - M.  Cavarroc,
Av.  Gén.  - SCP  de Chaisemartin et Courjon, SCP  Gatineau et
Fattaccini, Av.
III. - TITRES ET SOMMAIRES D’ARRÊTS
ARRÊTS DES CHAMBRES
BICC_759_Livre.indb 38 3/23/2012 1:58:26 PM
39

1
er
avril 2012
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
droit du travail, n
o
  1, janvier  2012, Actualités, n
o
  4, p.  7, note
Frédéric Guiomard («  Clauses de conciliation obligatoire et
clause compromissoire face à la compétence d’ordre public
de la juridiction prud’homale  »). Voir également la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  2/12, février  2012, décision n
o
  183,
p. 152-153, et la revue Droit social, n
o
 2, février 2012, p. 121 à
134, note Daniel Boulmier (« Contentieux individuels de travail et
conciliation/médiation : état des lieux (dégradé !) »).
N
o
361
Aide juridictionnelle
Effets. - Report du point de départ du délai d’action. - Date
à laquelle un auxiliaire de justice a été désigné. - Preuve. -
Charge. - Partie bénéficiaire de l’aide juridictionnelle.
Il appartient à la partie bénéficiaire de l’aide juridictionnelle,
qui entend se prévaloir d’un report du point de départ du
délai d’agir en raison de désignations successives de l’huissier
de justice chargé de délivrer l’acte introductif d’instance, de
produire tout document de nature à établir l’existence des
désignations invoquées.
Ayant relevé que la demanderesse avait, en vue d’engager une
action en nullité d’une assemblée générale des copropriétaires
de son immeuble, adressé sa demande au bureau d’aide
juridictionnelle dans le délai de deux mois suivant la notification
du procès-verbal et obtenu le bénéfice de l’aide juridictionnelle à
une certaine date, mais qu’elle n’établissait pas qu’un auxiliaire
de justice ait été désigné à une date plus tardive et, en particulier,
à la date par elle invoquée, la cour d’appel, qui n’était pas tenue
d’effectuer d’autres recherches dès lors que la bénéficiaire de
l’aide juridictionnelle était représentée à l’instance, en a déduit à
bon droit que lorsque celle-ci avait engagé son action en justice,
le délai d’agir de deux mois était expiré et que son action était
irrecevable comme tardive.
2
e
 Civ. - 16 décembre 2011.
REJET
N
o
10-17.711. - CA Versailles, 8 juin 2009.
M.  Loriferne, Pt.  - M.  Moussa, Rap.  - M.  Maître, Av.  Gén.  -
SCP  Delaporte, Briard et Trichet, SCP  Célice, Blancpain et
Soltner, Av.
N
o
362
Appel civil
Appel-nullité. - Voie de recours non autonome. - Portée.
L’appel-nullité, ouvert en cas d’excès de pouvoir, n’est pas une
voie de recours autonome.
Dès lors, viole l’article 542 du code de procédure civile la cour
d’appel qui retient qu’une déclaration d’appel indiquant que
l’appel tendait à la réformation ou l’annulation de la décision
de la juridiction du premier degré constituait un « appel de droit
commun  » et que les conclusions ultérieurement déposées,
invoquant un excès de pouvoir, constituaient un appel-nullité
formé hors délai.
2
e
 Civ. - 8 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-18.413. - CA Versailles, 18 mars 2010.
M.  Loriferne, Pt.  - M.  Boval, Rap.  - M.  Mucchielli, Av.  Gén.  -
SCP Laugier et Caston, M
e
 Le Prado, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue Droit
et procédures, n
o
  2, février  2012, Jurisprudence commentée,
p. 40 à 42, note Olivier Salati.
N
o
363
1
o
Appel correctionnel ou de police
Appel de police.  - Décisions susceptibles.  - Peine
encourue.  - Pluralité de contraventions.  - Amendes
totalisées.
2
o
Appel correctionnel ou de police
Délai. - Décision en premier ressort. - Qualification erronée
en dernier ressort. - Pourvoi. - Effet suspensif.
1
o
En vertu du premier alinéa de l’article 546 du code de
procédure pénale, l’officier du ministère public a la faculté
d’appeler contre un jugement de police lorsque la peine
d’amende encourue est celle prévue pour les contraventions de
la cinquième classe.
Pour déterminer l’amende encourue, il y a lieu, lorsque le
prévenu est poursuivi pour plusieurs contraventions, de totaliser
les amendes dont il est passible.
2
o
Le  pourvoi en cassation contre un jugement portant à tort
qu’il a été rendu en dernier ressort est irrecevable mais a
cependant pour effet de différer, jusqu’à la date de notification
de l’arrêt de la Cour de cassation, l’ouverture du délai accordé
aux parties, y compris le ministère public, pour interjeter appel
du jugement.
Crim. - 23 novembre 2011.
IRRECEVABILITÉ
N
o
11-83.954.  - Juridiction de proximité de Moulins,
24 mars 2011.
M. Louvel, Pt. - M. Laurent, Rap. - M. Raysséguier, P. Av. Gén.
N
o
364
Assurance de personnes
Assurance de groupe.  - Souscripteur.  - Obligations.  -
Information de l’assuré. - Information relative à une clause
limitative ou exclusive de garantie.  - Manquement.  -
Portée.
Les ayants droit du salarié qui avait adhéré à une assurance de
groupe souscrite par son employeur le garantissant notamment
contre le risque décès, et qui a mis fin à ses jours avant
l’entrée en vigueur de la loi n
o
 2001-1135 du 3 décembre 2001,
peuvent, dès lors que l’employeur a manqué à son obligation
d’information et de conseil en s’abstenant d’attirer l’attention de
l’adhérent sur l’exclusion contractuelle de la garantie du risque
suicide, se prévaloir d’un préjudice lié à la perte de chance de
souscrire une garantie complémentaire couvrant ce risque, qui
est en relation de causalité directe et certaine avec le défaut
fautif d’information.
2
e
 Civ. - 15 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-23.889. - CA Toulouse, 8 juin 2010.
M. Loriferne, Pt. - M. Adida-Canac, Rap. - M. Maître, Av. Gén. -
SCP Ortscheidt, M
e
 de Nervo, SCP Fabiani et Luc-Thaler, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue Lamy
droit civil, n
o
  90, février  2012, Actualités, n
o
  4545, p.  19, note
Gaëlle Le Nestour Drelon (« Défaut d’information de l’employeur
et perte de chance du salarié suicidé »). Voir également la Revue
de jurisprudence sociale, n
o
 3/12, mars 2012, décision n
o
 285,
p. 234.
BICC_759_Livre.indb 39 3/23/2012 1:58:27 PM
40

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

1
er
avril 2012
N
o
365
Assurance dommages
Assurance dommages-ouvrage. - Garantie. - Étendue. -
Montant de la garantie. - Coût des travaux de remise en
état des ouvrages dans la limite du coût total prévisionnel
de la construction. - Portée.
Une cour d’appel qui retient justement que le montant de la
garantie de l’assurance dommages-ouvrage est égal au coût
des travaux de remise en état des ouvrages dans la limite du
coût total prévisionnel de la construction en déduit exactement
que l’assureur ne peut ramener la valeur de la chose assurée
au montant des sommes versées par le maître de l’ouvrage à
l’entrepreneur pour la construction de l’ouvrage.
3
e
 Civ. - 14 décembre 2011.
REJET
N
o
10-27.153. - CA Paris, 16 septembre 2010.
M.  Terrier, Pt.  - M.  Maunand, Rap.  - M.  Laurent-Atthalin,
Av. Gén. - SCP Boulloche, Av.
N
o
366
Astreinte (loi du 9 juillet 1991)
Liquidation.  - Inexécution de la décision de justice.  -
Astreinte non limitée dans le temps.  - Présentation
d’une nouvelle demande de liquidation pour une période
postérieure. - Portée.
L’autorité de la chose jugée attachée à une décision de liquidation
de l’astreinte ne fait pas obstacle à la présentation d’une
nouvelle demande de liquidation pour la période postérieure,
dès lors que l’astreinte n’était pas limitée dans le temps et que
l’obligation qui en était assortie n’a pas été exécutée.
2
e
 Civ. - 8 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-25.719. - CA Toulouse, 8 juillet 2010.
M. Loriferne, Pt. - M. Sommer, Rap. - M. Mucchielli, Av. Gén. -
M
e
 Ricard, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue Droit
et procédures, n
o
  2, février  2012, Jurisprudence commentée,
p. 42-43, note Emmanuel Putman. Voir également la Gazette du
Palais, n
o
 57-59, 26-28 février 2012, Chronique de jurisprudence
- procédures civiles d’exécution, p. 15-16, note Claude Brenner.
N
o
367
Avocat
Barreau.  - Inscription au tableau.  - Omission.  - Recours
devant la cour d’appel.  - Effet dévolutif.  - Conclusions
tendant exclusivement à l’annulation de la décision du
conseil de l’ordre. - Portée.
En cas d’annulation par la cour d’appel de la décision du conseil
de l’ordre d’omettre un avocat du tableau, la dévolution s’opère
pour le tout, conformément aux dispositions de l’article 562,
alinéa 2, du code de procédure civile, mais la cour d’appel saisie
du recours contre cette décision doit, pour statuer sur le fond,
observer le principe de la contradiction.
Ainsi, doit être cassé l’arrêt qui, annulant la décision du conseil
de l’ordre, prononce lui-même l’omission d’un avocat du
tableau sans inviter celui-ci, qui avait déposé des conclusions
tendant exclusivement à l’annulation de la décision du conseil
de l’ordre, à conclure sur le fond.
1
re
 Civ. - 1
er
 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-16.544. - CA Paris, 24 septembre 2009.
M.  Charruault, Pt.  - M.  Gallet, Rap.  - M.  Mellottée, Av.  Gén.  -
M
e
 Georges, Av.
N
o
368
Avocat
Barreau. - Inscription au tableau. - Rang d’ancienneté. -
Détermination.  - Rétroactivité au jour de l’admission
au stage.  - Cas.  - Inscription au tableau effectuée
postérieurement à la réforme de 2004.
Pour la détermination du rang d’ancienneté des avocats qui ont
été soumis à l’obligation de stage sous l’empire des dispositions
législatives et réglementaires antérieures à la loi n
o
 2004-130 du
11  février  2004 et au décret du 21  décembre  2004 pris pour
son application, l’inscription au tableau rétroagit au jour de
l’admission au stage.
1
re
 Civ. - 15 décembre 2011.
CASSATION SANS RENVOI
N
o
10-25.076. - CA Papeete, 20 mai 2010.
M.  Charruault, Pt.  - M.  Jessel, Rap.  - M.  Domingo, Av.  Gén.  -
SCP Barthélemy, Matuchansky et Vexliard, Av.
N
o
369
Avocat
Exercice de la profession.  - Différend entre avocats.  -
Arbitrage du bâtonnier.  - Excès de pouvoir.  - Cas.  -
Sentence relative à la possibilité de produire des pièces
devant une juridiction.
S’il appartient au bâtonnier de régler les différends entre
avocats, il revient à la seule juridiction saisie de décider, en cas
de contestation, des pièces pouvant être produites devant elle.
Par suite, doit être annulée, d’office, pour excès de pouvoir, la
sentence du bâtonnier qui décide qu’un avocat doit retirer deux
lettres produites à l’appui d’une plainte pénale.
1
re
 Civ. - 15 décembre 2011.
CASSATION SANS RENVOI
N
o
10-25.437. - CA Montpellier, 4 août 2010.
M. Charruault, Pt. - M. Garban, Rap. - M. Domingo, Av. Gén. -
SCP Hémery et Thomas-Raquin, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Gazette du
Palais, n
o
  8-10, 8-10  janvier  2012, Jurisprudence, p.  19 à 22,
note Dominique Piau («  Unification des règles déontologiques
ou guerre picrocholine  ?  »). Voir également cette même revue,
n
o
  29-31, 29-31  janvier  2012, Étude, p.  13 à 16, note Gaëlle
Deharo (« Entre travail et profession : l’activité de l’avocat saisie
par la jurisprudence »), et le Recueil Dalloz, n
o
 3, 19 janvier 2012,
Actualité/procédure civile et voie d’exécution, p. 157, note Yves
Avril (« Avocats : pouvoirs du bâtonnier pris comme arbitre »).
N
o
370
Avocat
Honoraires. - Modes de règlement. - Lettre de change. -
Conditions.  - Acceptation par le tiré, son client.  -
Inobservation. - Sanctions disciplinaires et cambiaires.
La règle de nature déontologique, prévue par le règlement
intérieur national des barreaux, selon laquelle l’avocat peut
recevoir un paiement par lettre de change à la condition qu’elle
soit acceptée par le tiré, son client, qui est éventuellement
passible de sanctions disciplinaires, ne peut priver le porteur,
sauf mauvaise foi, de ses recours cambiaires.
BICC_759_Livre.indb 40 3/23/2012 1:58:27 PM
41

1
er
avril 2012
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
Dès lors, viole l’article 11.6, alinéa 2, du règlement intérieur
national des barreaux, ensemble les articles L.  511-11 et
L.  511-12 du code de commerce, la cour d’appel qui rejette
la demande d’un avocat en paiement d’une lettre de change,
remise par son client, tirée sur un tiers, au motif qu’il n’en est
pas un porteur légitime par application de la règle d’ordre public
interdisant un tel paiement, laquelle participe aux principes
essentiels de la profession selon lesquels un auxiliaire de
justice ne peut accepter des fonds dont il ne peut contrôler la
provenance.
Com. - 6 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-30.896. - CA Paris, 10 juin 2010.
Mme  Favre, Pt.  - Mme  Riffault-Silk, Rap.  - Mme  Bonhomme,
Av. Gén. - M
e
 Rouvière, SCP Potier de la Varde et Buk-Lament,
Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil
Dalloz, n
o
  1, 5  janvier  2012, Actualité/procédure civile et
voie d’exécution, p.  27, note Xavier Delpech («  Avocats  :
rémunération par lettre de change  »). Voir également cette
même revue, n
o
  8, 23  février  2012, Études et commentaires,
p.  536 à 538, note Jérôme Lasserre Capdeville («  Règlement
intérieur national des barreaux et droit régissant la lettre de
change  »), la Gazette du Palais, n
o
  29-31, 29-31  janvier  2012,
Étude, p.  13 à 16, note Gaëlle Deharo («  Entre travail et
profession  : l’activité de l’avocat saisie par la jurisprudence  »),
et ce même numéro, Jurisprudence, p. 17 à 19, note Yves Avril
(« Précisions sur l’autonomie de la règle déontologique dans la
profession d’avocat »), la Revue Lamy droit des affaires, n
o
 67,
janvier  2012, Actualités, n
o
  3828, p.  34, note Victoria Mauries
(« Lettre de change et paiement de l’avocat »), et la Gazette du
Palais, n
o
 34-35, 3-4 février 2012, Chronique de jurisprudence -
droit bancaire, p. 27, note Caroline Houin-Bressand.
N
o
371
1
o
Avocat
Responsabilité.  - Obligations professionnelles.  -
Manquement.  - Appréciation au regard du droit positif
existant à l’époque de l’intervention. - Évolution postérieure
imprévisible de la jurisprudence. - Effet.
2
o
Société civile professionnelle
Associé.  - Responsabilité.  - Action.  - Défendeur.  -
Qualité. - Détermination.
1
o
Les éventuels manquements de l’avocat à ses obligations
professionnelles ne s’apprécient qu’au regard du droit positif
existant à l’époque de son intervention, sans que l’on puisse lui
imputer à faute de n’avoir pas prévu une évolution postérieure
du droit consécutive à un revirement de jurisprudence.
2
o
Aux termes de l’article 16, alinéas premier et deuxième, de
la loi n
o
  66-879 du 29  novembre  1966 modifiée relative aux
sociétés civiles professionnelles, chaque associé répond, sur
l’ensemble de son patrimoine, des actes professionnels qu’il
accomplit et la société civile professionnelle est solidairement
responsable avec lui des conséquences dommageables de ces
actes.
Il en résulte que l’action en responsabilité peut indifféremment
être dirigée contre la société ou l’associé concerné, ou encore
contre les deux.
1
re
 Civ. - 15 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-24.550. - CA Paris, 30 mars 2010.
M.  Charruault, Pt.  - M.  Jessel, Rap.  - M.  Domingo, Av.  Gén.  -
M
e
 Blondel, SCP Boré et Salve de Bruneton, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
 2, 12 janvier 2012, Actualité/droit civil, p. 94 (« Responsabilité
de l’avocat : évolution postérieure du droit »). Voir également la
Gazette du Palais, n
o
 29-31, 29-31 janvier 2012, Étude, p. 13 à
16, note Gaëlle Deharo («  Entre travail et profession  : l’activité
de l’avocat saisie par la jurisprudence »), et la Revue Lamy droit
civil, n
o
  90, février  2012, Actualités, n
o
  4547, p.  22-23, note
Gaëlle Le Nestour Drelon (« Absence de faute professionnelle de
l’avocat en cas de revirement jurisprudentiel ultérieur »).
N
o
372
Avocat
Sécurité sociale.  - Assurance des non-salariés.  -
Assurance vieillesse.  - Cotisations.  - Conseil juridique
devenu avocat. - Cotisations aux deux régimes de retraite
successifs.  - Continuation de l’activité.  - Liquidation à
taux plein des drois nés du régime géré par la Caisse
interprofessionnelle d’allocation vieillesse.  - Moment.  -
Détermination.
Un ancien conseil juridique devenu avocat qui, ayant cotisé
au régime de retraite géré par la Caisse interprofessionnelle
d’allocations vieillesse (CIPAV) puis à celui géré par la Caisse
nationale des barreaux français (CNBF), souhaite continuer son
activité ne peut prétendre à la liquidation à taux plein de ses
droits nés du régime de retraite géré par la CIPAV qu’après l’âge
de 65 ans révolus.
1
re
 Civ. - 15 décembre 2011.
REJET
N
o
10-25.678. - CA Paris, 23 juin 2010.
M.  Charruault, Pt.  - M.  Gallet, Rap.  - M.  Domingo, Av.  Gén.  -
SCP Piwnica et Molinié, M
e
 Carbonnier, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Gazette du
Palais, n
o
  29-31, 29-31  janvier  2012, Étude, p.  13 à 16, note
Gaëlle Deharo (« Entre travail et profession : l’activité de l’avocat
saisie par la jurisprudence »).
N
o
373
Bail commercial
Congé.  - Refus de renouvellement sans indemnité
d’éviction. - Validité. - Cession du fonds de commerce. -
Société locataire non immatriculée à la date du congé. -
Personne ayant agi au nom de la société en formation. -
Effets de la reprise des engagements sur la date
d’acquisition de la personnalité morale. - Détermination. -
Portée.
Viole l’article L. 210-6 du code de commerce une cour d’appel
qui, pour valider un congé et le refus de paiement d’une
indemnité d’éviction, retient qu’à la date du congé, la société
locataire n’était pas encore immatriculée alors que, du fait de la
reprise des engagements pris en son nom, cette société était
réputée avoir, à la date de la cession du fonds de commerce, et
donc à la date de la délivrance du congé, la personnalité morale
conférée par l’immatriculation.
3
e
 Civ. - 7 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-26.726. - CA Bordeaux, 14 septembre 2010.
M.  Terrier, Pt.  - Mme  Pic, Rap.  - M.  Bruntz, Av.  Gén.  -
SCP Piwnica et Molinié, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
  1, 5  janvier  2012, Actualité/droit des affaires, p.  11, note
Alain Lienhard («  Société en formation  : caractère rétroactif de
la reprise des engagements »). Voir également le Répertoire du
notariat Defrénois, n
o
 2, 30 janvier 2012, Rural, n
o
 40323, p. 86
BICC_759_Livre.indb 41 3/23/2012 1:58:27 PM
42

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

1
er
avril 2012
à 92, note Jean-Jacques Barbiéri et François Delorme («  Des
risques de l’opération d’apport du droit au bail à une société
d’exploitation - Analyse et formule  »), la Revue Lamy droit des
affaires, n
o
  67, janvier  2012, Actualités, n
o
  3816, p.  23, note
Marina Filiol De Raymond («  Refus de renouvellement pour
absence d’immatriculation de la société en formation  »), la
Gazette du Palais, n
o
  48-49, 17-18  février  2012, Chronique
de jurisprudence - baux commerciaux, p.  29-30, note Jehan-
Denis Barbier («  Rétroactivité de la reprise des engagements
d’une société en cours de constitution et rétroactivité de
l’immatriculation »), et la revue Administrer, n
o
 451, février 2012,
Sommaires, p. 37-38, note Danielle Lipman-W. Bocarra.
N
o
374
Bail commercial
Sous-location.  - Sous-location irrégulière.  - Effets dans
les rapports entre locataire principal et sous-locataire.  -
Détermination.
Une sous-location irrégulièrement consentie est inopposable
au propriétaire mais produit tous ses effets entre le locataire
principal et le sous-locataire, qui ne peut donc, tant qu’il n’est
pas troublé dans sa jouissance paisible, obtenir la résiliation de
la sous-location pour défaut d’agrément du bailleur.
3
e
 Civ. - 7 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-30.695. - CA Lyon, 23 février 2010.
M.  Terrier, Pt.  - Mme  Fossaert, Rap.  - M.  Bruntz, Av.  Gén.  -
M
e
 Bertrand, SCP Boré et Salve de Bruneton, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
 2, 12 janvier 2012, Actualité/droit des affaires, p. 88 (« Plan
de session : portée des actes nécessaires à la réalisation »).
N
o
375
Bail rural
Bail à ferme. - Incendie. - Article L. 415-3 du code rural
et de la pêche maritime.  - Exclusion.  - Cas.  - Société
bénéficiaire d’une mise à disposition.
Une société bénéficiaire d’une mise à disposition, n’étant pas
locataire, ne peut invoquer les dispositions de l’article L. 415-3
du code rural et de la pêche maritime relatives à l’incendie dans
les lieux loués.
3
e
 Civ. - 7 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-26.820. - CA Caen, 21 septembre 2010.
M.  Terrier, Pt.  - M.  Crevel, Rap.  - M.  Bruntz, Av.  Gén.  -
M
e
 Le Prado, SCP Vincent et Ohl, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
droit rural, n
o
  400, février  2012, commentaire n
o
  12, p.  33 à
35, note Samuel Crevel («  Mise à disposition n’est surtout pas
location »).
N
o
376
Bail rural
Bail à ferme.  - Préemption.  - Mise en demeure de
régulariser la vente.  - Auteur.  - Acquéreur évincé.  -
Possibilité.
L’acquéreur évincé a qualité pour adresser au titulaire du droit
de préemption la mise en demeure de régulariser la vente
mentionnée au quatrième alinéa de l’article L.  412-8 du code
rural et de la pêche maritime.
3
e
 Civ. - 7 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-27.027. - CA Riom, 23 septembre 2010.
M.  Terrier, Pt.  - M.  Crevel, Rap.  - M.  Bruntz, Av.  Gén.  -
SCP Peignot et Garreau, SCP Rocheteau et Uzan-Sarano, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
droit rural, n
o
  399, janvier  2012, commentaire n
o
  1, p.  67-68,
note Samuel Crevel («  Sanction de la non-régularisation en
cas de préemption  : qui peut annuler peut aussi mettre en
demeure »).
N
o
377
Banque
Placements collectifs. - Fonds communs de créances.  -
Cession des créances. - Modes. - Formalités de l’article
1690 du code civil. - Opposabilité au débiteur cédé.
L’article L.  214-43 du code monétaire et financier, dans sa
rédaction issue de la loi n
o
 2005-842 du 26 juillet 2005, n’exclut
pas le recours à d’autres modes de cession des créances que
celui qu’il prévoit.
C’est ainsi, à bon droit, qu’une cour d’appel a dit que la cession
d’une créance, effectuée par un fonds commun de créances
selon les modalités prévues par l’article 1690 du code civil, est
opposable au débiteur cédé.
Com. - 6 décembre 2011.
REJET
N
o
10-24.353. - CA Fort-de-France, 7 mai 2010.
Mme  Favre, Pt.  - Mme  Riffault-Silk, Rap.  - Mme  Bonhomme,
Av. Gén. - SCP Potier de la Varde et Buk-Lament, SCP Waquet,
Farge et Hazan, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Gazette du
Palais, n
o
 34-35, 3-4 février 2012, Chronique de jurisprudence -
droit bancaire, p.  28-29, note Caroline Houin-Bressand. Voir
également la Revue Lamy droit civil, n
o
  90, février  2012,
Actualités, n
o
  4556, p.  32, note Gaëlle Marraud des Grottes
(«  Titrisation  : modalité de signification d’une cession de
créance »).
N
o
378
1
o
Bourse
Autorité des marchés financiers.  - Règlement général.  -
Information périodique et permanente.  - Manquement.  -
Conditions.  - Atteinte aux investisseurs ou au marché.  -
Nécessité (non).
2
o
Bourse
Autorité des marchés financiers.  - Règlement général.  -
Information périodique et permanente.  - Qualités de
l’information. - Date d’appréciation.
3
o
Bourse
Autorité des marchés financiers. - Pouvoirs. - Sanctions. -
Sanction pécuniaire.  - Conditions.  - Sanction distincte
pour chacun des manquements commis (non).
1
o
La caractérisation d’un manquement à l’obligation de bonne
information du public n’est pas subordonnée à la démonstration
que la pratique en cause a eu pour effet de porter atteinte à
la protection des investisseurs ou au bon fonctionnement du
marché.
2
o
Les qualités d’exactitude, de précision et de sincérité de
l’information s’apprécient à la date à laquelle elle est donnée
au public.
BICC_759_Livre.indb 42 3/23/2012 1:58:27 PM
43

1
er
avril 2012
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
3
o
La commission des sanctions de l’Autorité des marchés
financiers n’est pas tenue de prononcer une sanction distincte
pour chacun des manquements commis.
Com. - 13 décembre 2011.
REJET
N
o
10-28.337. - CA Paris, 21 octobre 2010.
Mme Favre, Pt. - M. Le Dauphin, Rap. - M. Mollard, Av. Gén. -
SCP Waquet, Farge et Hazan, SCP Vincent et Ohl, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
  2, 12  janvier  2012, Actualité/droit des affaires, p.  90,
note Xavier Delpech («  Diffusion d’informations financières  :
pas d’accès privilégié pour les analystes financiers  »). Voir
également la revue Banque et droit, n
o
 141, janvier-février 2012,
Chronique - Droit financier et boursier, p.  42-43, note Hubert
de Vauplane, Jean-Jacques Daigre, Bertrand de Saint  Mars  et
Jean-Pierre Bornet.
N
o
379
Bourse
Prestataire de services d’investissement.  - Qualité
de commissionnaire.  - Transaction.  - Conditions.  -
Consentement. - Constatations suffisantes.
Justifie sa décision rejetant une demande de nullité d’une
acquisition de titres pour absence de consentement, formée
par une société d’investissement qui a produit sur le marché
un ordre erroné reçu d’un client, la cour d’appel qui retient
que cette société, qui agissait comme commissionnaire de
son client, a donné son consentement à l’acquisition des titres
qu’elle a elle-même demandés en cette qualité et qu’elle n’a pas
saisi l’entreprise de marché d’une demande d’annulation pour
erreur de saisie dans le délai imparti.
Com. - 13 décembre 2011.
REJET
N
o
10-10.103. - CA Paris, 22 octobre 2009.
Mme  Favre, Pt.  - Mme  Riffault-Silk, Rap.  - M.  Le  Mesle,
P.  Av.  Gén.  - SCP  Boré et Salve de Bruneton, SCP  Piwnica et
Molinié, M
e
 Spinosi, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
  2, 12  janvier  2012, Actualité/droit des affaires, p.  92, note
Xavier Delpech (« Opérations sur titre par internet : responsabilité
de l’intermédiaire financier »).
N
o
380
Cassation
Intérêt. - Sécurité sociale. - Organisme social. - Ventilation
de l’indemnité globale. - Application de l’article 375-1 du
code de la sécurité sociale. - Rapports entre la caisse et
l’assuré social. - Effets sur l’obligation du prévenu (non).
Les dispositions de l’article 375-1 du code de la sécurité
sociale, qui s’appliquent aux rapports entre la caisse primaire
d’assurance maladie et l’assuré social, n’ont pas d’effet sur
l’étendue de l’obligation du prévenu de réparer le dommage
dans la seule limite de sa part de responsabilité telle que fixée
par les juges du fond.
Faute d’intérêt, le prévenu n’est donc pas recevable à critiquer
les dispositions d’un arrêt faisant application de ce texte.
Crim. - 2 novembre 2011.
REJET
N
o
10-85.892. - CA Toulouse, 10 mai 2010.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Arnould, Rap.  - M.  Lacan, Av.  Gén.  -
SCP Delaporte, Briard et Trichet, M
e
 Foussard, SCP Lyon-Caen
et Thiriez, Av.
N
o
381
Cassation
Moyen. - Moyen nouveau. - Convention européenne des
droits de l’homme. - Article 6.
Le  mis en examen qui s’est borné, devant la chambre
de l’instruction, à se prévaloir de la méconnaissance des
dispositions de l’article 63-4 du code de procédure pénale
n’est plus recevable à invoquer devant la Cour de cassation des
moyens de nullité de la garde à vue fondés sur l’article 6 de la
Convention européenne des droits de l’homme.
Crim. - 9 novembre 2011.
REJET
N
o
09-86.381 et 05-87.745. - CA Aix-en-Provence,
10 novembre 2005 et 21 septembre 2009.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Castel, Rap.  - M.  Mathon, Av.  Gén.  -
SCP Piwnica et Molinié, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  48, 28  novembre  2011,
Jurisprudence, n
o
  1318, p.  2354, note Stéphane Detraz
(«  Acte de proxénétisme commis en France et prostitution
réalisée à l’étranger  : compétence de la loi pénale
française  »). Voir également la Gazette du Palais, n
o
  352-354,
18-20  novembre  2011, Jurisprudence, p.  5 à 8, note Olivier
Bachelet («  Garde à vue  : la sourde dissidence de la chambre
criminelle  »), et n
o
  13-14, 13-14  janvier  2012, Chronique de
jurisprudence - droit pénal, p. 31, note Emmanuel Dreyer.
N
o
382
Chambre de l’instruction
Ordonnances du président. - Excès de pouvoir. - Requête
aux fins d’annulation d’acte ou de pièce de la procédure.
Excède ses pouvoirs le président d’une chambre de l’instruction
qui, pour déclarer irrecevable une requête en nullité portant sur
des enregistrements placés sous scellés, retient que ceux-ci
font déjà l’objet d’une ordonnance refusant un complément
d’expertise, dont est saisie cette juridiction statuant en appel,
alors qu’il s’agissait de deux procédures distinctes qui ne
pouvaient être confondues.
Crim. - 8 novembre 2011.
ANNULATION
N
o
11-84.544. - CA Paris, 7 mars 2011.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Straehli, Rap.  - Mme  Magliano, Av.  Gén.  -
SCP Piwnica et Molinié, Av.
N
o
383
Chambre de l’instruction
Procédure.  - Dossier de la procédure.  - Éléments
constitutifs.  - Exclusion.  - Pièces à conviction placées
sous scellés. - Portée.
Les documents ou objets saisis placés sous scellés et déposés
au greffe à titre de pièces à conviction ne font pas partie du
dossier de la procédure au sens de l’article 197, alinéa 3, du
code de procédure pénale.
N’encourt pas la cassation l’arrêt qui omet de répondre à une
articulation du mémoire de la personne mise en examen qui
n’a pas demandé à la chambre de l’instruction d’ordonner
l’apport des pièces à conviction qu’autorise l’article 199, et
qui demande à cette juridiction de constater qu’elle n’a pas eu
accès, avant l’audience, à un cédérom placé sous scellé.
BICC_759_Livre.indb 43 3/23/2012 1:58:27 PM
44

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

1
er
avril 2012
Crim. - 9 novembre 2011.
REJET
N
o
11-86.496. - CA Douai, 27 mai 2011.
M. Louvel, Pt. - M. Laurent, Rap. - M. Raysséguier, P. Av. Gén.
N
o
384
Chose jugée
Décision dont l’autorité est invoquée.  - Décision du
Conseil constitutionnel. - Motifs. - Condition.
Si l’autorité absolue que la Constitution confère à une décision
du Conseil constitutionnel s’attache non seulement à son
dispositif mais aussi à ses motifs, c’est à la condition que
ceux-ci soient le support nécessaire de celui-là.
Le  dispositif de la décision n
o
  2010-2 QPC du 11  juin  2010
ayant énoncé que le 2 du paragraphe II de l’article 2 de la loi
n
o
  2005-102 du 11  février  2005 pour l’égalité des droits et
des chances, la participation et la citoyenneté des personnes
handicapées est contraire à la Constitution et faute de mention
d’une quelconque limitation du champ de cette abrogation,
soit dans le dispositif, soit dans des motifs clairs et précis qui
en seraient indissociables, il ne peut être affirmé qu’une telle
déclaration d’inconstitutionnalité n’aurait effet que dans une
mesure limitée, incompatible avec la décision de la cour d’appel
de refuser d’appliquer au litige les dispositions de l’article
L. 114-5 du code de l’action sociale et des familles.
Dès lors, abstraction faite de la référence, devenue surabondante
du fait de l’abrogation des dispositions transitoires précitées,
à l’article premier du Premier Protocole additionnel de la
Convention européenne des droits de l’homme, la cour d’appel
a exactement retenu que, s’agissant d’un dommage survenu
antérieurement à l’entrée en vigueur de la loi n
o
  2002-303 du
4  mars  2002, l’article L.  114-5 du code de l’action sociale et
des familles n’était pas applicable, indépendamment de la date
de l’introduction de la demande en justice.
1
re
 Civ. - 15 décembre 2011.
REJET
N
o
10-27.473. - CA Amiens, 5 octobre 2010.
M.  Charruault, Pt.  - Mme  Dreifuss-Netter, Rap.  - M.  Chevalier,
Av. Gén. - M
e
 Le Prado, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  52, 26  décembre  2011,
Jurisprudence, n
o
  1442, p.  2556-2557 («  Application dans
le temps de la loi anti-Perruche  »). Voir également le Recueil
Dalloz, n
o
  1, 5  janvier  2012, Actualité/droit civil, p.  12, note
Inès Gallmeister (« Loi « anti-Perruche » : la Cour de cassation
résiste encore  !  »), cette même revue, n
o
  5, 2  février  2012,
Études et commentaires, p.  297 à 301, note Nicolas Maziau
(« Constitutionnalité et conventionnalité au regard des motifs de
la décision n
o
 2010-2 QPC du Conseil constitutionnel ([à propos
de l’arrêt rendu par la Cour de cassation, première chambre
civile, le 15  décembre  2011 sur le dispositif transitoire de la
législation Anti-Perruche]  »), et ce même numéro, Études et
commentaires, p. 323 à 326, note Daniel Vigneau (« La guerre
des «  trois  » aura bien lieu  ! A propos de l’application dans le
temps du dispositif législatif Anti-Perruche »), et la Revue Lamy
droit civil, n
o
 90, février 2012, Actualités, n
o
 4547, p. 21-22, note
Gaëlle Le Nestour Drelon (« Application dans le temps de la loi
anti-Perruche : dernier acte ? »).
N
o
385
1
o
Comparution immédiate
Procédure. - Criminalité organisée. - Présentation devant
le procureur de la République. - Assistance d’un avocat. -
Absence d’exigence. - Cas.
2
o
Peines
Peines contraventionnelles.  - Peine d’emprisonnement
sans sursis prononcée par la juridiction correctionnelle. -
Article 132-24 du code pénal issu de la loi n
o
 2009-1436
du 24 novembre 2009. - Application. - Portée.
1
o
Justifie sa décision la cour d’appel qui, pour rejeter l’exception
de nullité du procès-verbal de comparution immédiate au
motif que le prévenu n’a pas été assisté par un avocat lors
de sa présentation devant le procureur de la République, en
méconnaissance de l’article 706-106 du code de procédure
pénale, retient que la garde à vue du prévenu, prise pour
infractions à la législation sur les stupéfiants, n’a pas excédé
quarante-huit heures et que les dispositions dérogatoires des
articles 706-80 à 706-95 dudit code n’ont pas été mises en
œuvre.
2
o
Ne répond pas aux exigences de la motivation spéciale
imposée par l’article 132-24, alinéa 3, du code pénal et
encourt, dès lors, la cassation l’arrêt qui prononce une peine
d’emprisonnement, pour partie sans sursis, sans rechercher
si la personnalité et la situation du condamné permettaient
d’aménager cette peine ni justifier d’une impossibilité matérielle
empêchant cet aménagement.
Crim. - 3 novembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-87.502. - CA Paris, 29 septembre 2010.
M.  Louvel, Pt.  - Mme  Moreau, Rap.  - M.  Salvat, Av.  Gén.  -
SCP Waquet, Farge et Hazan, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue
Actualité juridique Pénal, février 2012, Jurisprudence, p. 99-100,
note Jérôme Lasserre-Capdeville («  Précisions sur le champ
d’application de l’article 706-106 du code de procédure
pénale »).
N
o
386
Contrat d’entreprise
Sous-traitant.  - Contrat de sous-traitance.  - Droits et
obligations contractuels du sous-traitant. - Réciprocité. -
Portée.
Le sous-traitant ne peut se prévaloir du contrat de sous-traitance
pour obtenir le paiement de ses travaux et le rejeter pour
échapper à ses obligations contractuelles.
3
e
 Civ. - 14 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-28.149. - CA Reims, 27 septembre 2010.
M.  Terrier, Pt.  - M.  Mas, Rap.  - M.  Laurent-Atthalin, Av.  Gén.  -
M
e
 Blondel, SCP Delaporte, Briard et Trichet, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Gazette du
Palais, n
o
 55-56, 24-25 février 2012, Chronique de jurisprudence -
droit immobilier, p. 33-34, note Marine Parmentier.
N
o
387
Contrat de travail, exécution
Employeur.  - Obligations.  - Mise à la disposition d’une
filiale étrangère d’un salarié par la société mère.  -
Reclassement du salarié.  - Proposition de la société
mère. - Nécessité. - Portée.
Le  seul fait que le salarié n’ait pas, avant son détachement,
exercé des fonctions effectives au service de l’employeur qui
l’a détaché ne dispense pas celui-ci de son obligation d’assurer
son rapatriement à la fin du détachement et de le reclasser dans
un autre emploi en rapport avec ses compétences.
BICC_759_Livre.indb 44 3/23/2012 1:58:27 PM
45

1
er
avril 2012
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
Soc. - 7 décembre 2011.
REJET
N
o
09-67.367. - CA Versailles, 28 avril 2009.
Mme Mazars, Pt (f.f.). - M. Becuwe, Rap. - M. Legoux, Av. Gén. -
SCP Gatineau et Fattaccini, SCP Piwnica et Molinié, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  2/12, février  2012, décision n
o
  193,
p. 160-161.
N
o
388
Contrat de travail, exécution
Maladie du salarié.  - Maladie ou accident non
professionnel.  - Action en réparation du salarié.  -
Fondement.  - Droit commun de la responsabilité
contractuelle. - Détermination.
Le  salarié dont l’affection n’est pas prise en charge au titre
de la législation sur les accidents du travail ou les maladies
professionnelles peut engager une action contre son employeur
sur le fondement du droit commun de la responsabilité civile
contractuelle.
Doit être approuvée en conséquence la cour d’appel qui décide
que l’employeur a manqué à ses obligations contractuelles
après avoir relevé que le salarié, qui se trouvait, du fait de son
contrat de travail, dans un lieu particulièrement exposé au
risque, avait, à plusieurs reprises, alerté son employeur sur les
dangers encourus en lui demandant expressément d’organiser
son rapatriement et un retour sécurisé en France et qui constate
que l’employeur n’a apporté aucune réponse à ses craintes
sans qu’une faute de nature à l’exonérer de sa responsabilité
puisse être reprochée au salarié.
Soc. - 7 décembre 2011.
REJET
N
o
10-22.875. - CA Lyon, 9 juin 2010.
Mme Mazars, Pt (f.f.). - M. Trédez, Rap. - M. Legoux, Av. Gén. -
SCP Gatineau et Fattaccini, SCP Delaporte, Briard et Trichet, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  52, 26  décembre  2011,
Jurisprudence, n
o
  1457, p.  2573, note Nathalie Dedessus-
Le  Moustier («  Faute inexcusable de l’employeur à l’occasion
de l’expatriation d’un salarié dans un pays dit à risque  »). Voir
également le Recueil Dalloz, n
o
  2, 12  janvier  2012, Actualité/
droit du travail et sécurité sociale, p. 103, note J. Siro (« Faute
inexcusable : droit commun de la responsabilité contractuelle »),
la Revue de droit du travail, n
o
 1, janvier 2012, Actualités, n
o
 4,
p. 6, note Caroline Dechristé (« Responsabilité de droit commun
de l’employeur  »), la Revue de jurisprudence sociale, n
o
  2/12,
février  2012, décision n
o
  194, p.  161 à 163, et la revue Droit
social, n
o
  2, février  2012, Actualité jurisprudentielle, p.  208 à
210, note Patrick Chaumette.
Note sous Soc., 7 décembre 2011, n
o
 388 ci-dessus
Le  problème posé à la chambre sociale, pour la première fois,
était de savoir si une salariée française, expatriée en Côte
d’Ivoire, victime d’une agression lors d’un retrait d’argent
effectué par son conjoint, qu’elle accompagnait, et qui avait
entraîné son inaptitude puis son licenciement, pouvait réclamer
à son employeur la réparation de son préjudice, en application
de l’article L. 4121-1du code du travail.
Les Français expatriés sont affiliés au régime local de sécurité
sociale et ne sont plus soumis au régime français obligatoire
de sécurité sociale lorsqu’une convention bilatérale de sécurité
sociale est conclue avec la France, ce qui est le cas de la Côte
d’Ivoire, qui a conclu une convention de sécurité sociale le
16 janvier 1985.
Cependant, les Français expatriés ont la faculté de s’assurer
contre les risques de maladie, maternité, invalidité et pour le
risque accident du travail et maladie professionnelle auprès de
la Caisse des Français de l’étranger.
Selon l’article L. 76-8 du code de la sécurité sociale, l’assurance
volontaire accident du travail et maladie professionnelle donne
droit à l’ensemble des prestations prévues par le livre IV dudit
code.
La loi ne renvoie donc qu’aux prestations légales (soins, rentes,
indemnités journalières), et non aux prestations, indemnités et
majorations, comme le prévoit par exemple l’article 40-1 de la
loi n
o
  98-1194 du 23  décembre  1998, relatif aux victimes de
l’amiante.
L’employeur ne peut donc pas être tenu des conséquences
d’une affiliation à laquelle il est étranger, puisqu’il s’agit d’une
affiliation volontaire par le seul fait du salarié, qui doit assumer
les obligations de l’employeur, selon l’article R. 762-24 du code
de la sécurité sociale.
C’est la raison pour laquelle, en l’espèce, par un premier arrêt
devenu définitif, la demande de la salariée tendant à la réparation
de son préjudice sur le fondement de la faute inexcusable de
l’employeur a été déclarée irrecevable.
La salariée avait fait valoir, dans un premier temps, devant le
tribunal des affaires de sécurité sociale puis la cour d’appel,
que l’employeur n’avait donné aucune suite à ses demandes
de rapatriement, alors que la situation en Côte d’Ivoire devenait
très dangereuse pour les ressortissants français.
Dans une seconde instance, qui a donné lieu à la présente
décision, la salariée a intenté une action devant la juridiction
prud’homale en responsabilité contre son employeur sur le
fondement de l’article L.  4121-1du code du travail, instaurant
une obligation de sécurité et de protection à l’égard des salariés.
Pour rejeter le pourvoi contre l’arrêt de la cour d’appel qui a
retenu la responsabilité de l’employeur, la chambre sociale,
faisant application d’une jurisprudence constante sur ce point,
rappelle que le salarié dont l’affection n’est pas prise en
charge au titre de la législation sur les accidents du travail
ou les maladies professionnelles peut engager une action
contre son employeur sur le fondement du droit commun de la
responsabilité civile contractuelle.
C’est ainsi que, s’agissant d’un salarié qui n’avait pu obtenir
la prise en charge de son arrêt de travail à la suite de douleurs
au niveau du genou et qui avait demandé la réparation de
son préjudice à son employeur, la chambre avait décidé que,
s’agissant d’une affection qui, en vertu de la législation alors
applicable, n’a pu être prise en charge au titre des maladies
professionnelles, le salarié qui attribue son état de santé aux
mauvaises conditions de son travail imposées par l’employeur
est en droit d’agir sur le terrain de la responsabilité contractuelle
(Soc., 11 octobre 1994, Bull. 1994, V, n
o
 269).
De même, dans une autre décision où un salarié prétendait que
son affection était due à de mauvaises conditions de travail, la
chambre avait décidé que le salarié dont l’affection ne peut pas
être prise en charge au titre de la législation sur les accidents
du travail ou les maladies professionnelles peut engager
une action contre son employeur selon le droit commun de
la responsabilité civile contractuelle (Soc., 28  octobre  1997,
Bull. 1997, V, n
o
 339).
Rappelons également que, pour la chambre sociale, lorsqu’un
salarié est licencié en raison d’une inaptitude consécutive à une
maladie professionnelle qui a été jugée imputable à une faute
inexcusable de l’employeur, il a droit à une indemnité réparant
la perte de son emploi due à cette faute de l’employeur (Soc.,
17 mai 2006, Bull. 2006, V, n
o
 176).
BICC_759_Livre.indb 45 3/23/2012 1:58:28 PM
46

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

1
er
avril 2012
En l’espèce, la responsabilité civile de l’employeur était encourue
dès lors que ce dernier n’avait apporté aucune réponse aux
craintes exprimées par la salariée et n’avait nullement pris en
compte le danger encouru par elle.
La décision est d’autant plus importante que la salariée était en
mission à l’étranger et que l’agression dont elle avait été victime
était survenue à l’occasion d’un retrait d’argent effectué par son
conjoint en dehors de son temps de travail, comme le faisait
valoir la deuxième branche du moyen.
Un tel argument ne pouvait cependant qu’être rejeté : en effet,
l’employeur est toujours tenu de veiller sur la sécurité du salarié
qu’il envoie en mission pour l’entreprise. L’accident survenu
en dehors de l’exécution proprement dite du contrat de travail
engage néanmoins la responsabilité de l’employeur lorsqu’il est
survenu par le fait du travail (2
e
Civ., 22 février 2007, Bull. 2007,
II, n
o
 54).
Désormais, en effet, le salarié effectuant une mission a droit à la
protection pendant tout le temps de la mission qu’il accomplit
pour son employeur, peu important que l’accident survienne
à l’occasion d’un acte professionnel ou d’un acte de la vie
courante, sauf possibilité pour l’employeur ou la caisse primaire
de rapporter la preuve que le salarié a interrompu sa mission
pour un motif personnel (Soc., 19  juillet  2001, Bull.  2001, V,
n
o
 285, et 2
e
 Civ., 16 septembre 2003, Bull. 2003, II, n
o
 267). De
même, ne pouvait qu’être rejeté la quatrième branche du moyen
faisant allusion à un événement constitutif de force majeure, la
cour d’appel ayant relevé que le dommage était prévisible.
N
o
389
Contrat de travail, rupture
Licenciement.  - Cause.  - Cause réelle et sérieuse.  -
Défaut. - Effets. - Indemnité. - Conditions. - Ancienneté. -
Calcul. - Périodes de suspension d’exécution du contrat
de travail. - Prise en compte. - Nécessité.
Les dispositions de l’article L.  1235-3 du code du travail
ne comportent aucune restriction en cas de suspension
d’exécution du contrat de travail.
Il en résulte que le calcul de l’ancienneté du salarié ouvrant droit
à l’indemnité pour licenciement sans cause réelle et sérieuse
prévue par ce texte ne peut exclure les périodes de suspension
du contrat de travail pour maladie.
Soc. - 7 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-14.156. - CA Paris, 12 janvier 2010.
Mme  Mazars, Pt (f.f.).  - Mme  Mariette, Rap.  - M.  Cavarroc,
Av. Gén. - M
e
 Haas, SCP Gadiou et Chevallier, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  2/12, février  2012, décision n
o
  130,
p. 119.
N
o
390
Contrat de travail, rupture
Licenciement. - Formalités légales. - Entretien préalable. -
Représentation de l’employeur.  - Personne étrangère à
l’entreprise. - Possibilité (non).
Il résulte des dispositions de l’article L.  1232-6 du code du
travail que la finalité même de l’entretien préalable et les
règles relatives à la notification du licenciement interdisent à
l’employeur de donner mandat à une personne étrangère à
l’entreprise pour conduire la procédure de licenciement jusqu’à
son terme et que le licenciement intervenu dans ces conditions
est dépourvu de cause réelle et sérieuse.
Doit être cassé l’arrêt qui, après avoir constaté que la procédure
de licenciement avait été conduite par le cabinet comptable de
l’employeur, personne étrangère à l’entreprise, a retenu que le
licenciement du salarié était entaché d’une simple irrégularité
de forme.
Soc. - 7 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE PARTIELLEMENT SANS RENVOI
N
o
10-30.222. - CA Angers, 24 novembre 2009.
Mme  Mazars, Pt (f.f.).  - Mme  Vallée, Rap.  - M.  Legoux,
Av. Gén. - SCP Célice, Blancpain et Soltner, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue Droit
social, n
o
  1, janvier  2012, p.  35 à 43, note Alain Coeuret et
François Duquesne («  Actualité de la délégation du pouvoir
de licencier dans l’entreprise ou le groupe d’entreprise  »).
Voir également la Revue de jurisprudence sociale, n
o
  2/12,
février 2012, décision n
o
 124, p. 115-116, et la Revue de droit
du travail, n
o
 2, février 2012, Chroniques, p. 94 à 96, note Gilles
Auzeo (« Contrat de mandat et pouvoir de licencier »).
N
o
391
Contrat de travail, rupture
Licenciement économique.  - Cause.  - Cause réelle et
sérieuse.  - Motif économique. - Appréciation. - Cadre. -
Existence d’un groupe de sociétés.  - Secteur d’activité
commun. - Détermination. - Portée.
Ne donne pas de base légale à sa décision la cour d’appel
qui rejette la demande en paiement de dommages-intérêts
pour licenciement sans cause réelle et sérieuse au motif que
la modification du contrat de travail refusée par le salarié
était fondée sur la nécessité de sauvegarder la compétitivité
de l’entreprise ou celle du secteur d’activité du groupe sans
expliquer en quoi était caractérisée l’existence, au niveau
du secteur d’activité du groupe auquel la société appartient,
de difficultés économiques ou d’une menace pesant sur la
compétitivité de ce secteur.
Soc. - 14 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-11.042. - CA Paris, 24 novembre 2009.
M. Lacabarats, Pt. - Mme Guyon-Renard, Rap. - M. Cavarroc,
Av.  Gén.  - SCP  Masse-Dessen et Thouvenin, SCP  Bouzidi et
Bouhanna, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  3/12, mars  2012, décision n
o
  233,
p. 196-197.
N
o
392
Contrat de travail, rupture
Licenciement économique.  - Cause.  - Cause réelle et
sérieuse.  - Motif économique. - Appréciation. - Cadre. -
Existence d’un groupe de sociétés.  - Secteur d’activité
commun. - Détermination. - Portée.
Ne donne pas de base légale à sa décision la cour d’appel
qui rejette la demande en paiement de dommages-intérêts
pour licenciement sans cause réelle et sérieuse au motif que le
précédent mode de calcul de la part variable de la rémunération
du salarié était devenu obsolète et insuffisamment motivant pour
garantir la conquête de nouveaux clients et le maintien de la part
de marché d’un assureur qui, depuis une dizaine d’années, ne
cessait de subir la concurrence des réseaux d’assurances-vie
en ligne et de «  bancassureurs  », sans rechercher l’existence,
au niveau du secteur d’activité du groupe auquel la société
appartient, de difficultés économiques ou d’une menace pesant
sur la compétitivité de ce secteur.
BICC_759_Livre.indb 46 3/23/2012 1:58:28 PM
47

1
er
avril 2012
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
Soc. - 14 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-13.922. - CA Lyon, 2 février 2010.
M. Lacabarats, Pt. - Mme Guyon-Renard, Rap. - M. Cavarroc,
Av.  Gén.  - SCP  Masse-Dessen et Thouvenin, SCP  Bouzidi et
Bouhanna, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  3/12, mars  2012, décision n
o
  233,
p. 196-197.
Note sous Soc., 14 décembre 2011,
commune aux n
o
 391 et n
o
 392 ci-dessus
Par deux arrêts publiés rendus le même jour, la chambre
sociale de la Cour de cassation a rappelé le principe selon
lequel, lorsque l’entreprise fait partie d’un groupe comprenant
d’autres entités qui interviennent sur le même secteur, la
cause économique s’apprécie au niveau du secteur d’activité
commun (Soc., 5 avril 1995, Bull. 1995, V, n
o
 123 ; assemblée
plénière, 8  décembre  2000, Bull.  2000, Ass. plén., n
o
  11). Elle
a également jugé qu’il ne doit pas être tenu compte de limites
géographiques nationales (Soc.,12  juin  2001, Bull.  2001, V,
n
o
 214, et Soc., 23 juin 2009, Bull. 2009, V, n
o
 161).
Dès lors que l’existence d’un groupe est avérée, le juge doit
vérifier l’existence de la cause économique invoquée au niveau
du secteur d’activité de ce groupe dans lequel intervient
l’employeur. Il lui incombe donc, en ce cas, de déterminer la
consistance de ce secteur d’activité, puis de vérifier que le motif
économique dont fait état l’employeur est établi à ce niveau
(par exemple  : Soc., 10  février  2010, pourvoi n
o
  08-41.109).
On rappellera à cette occasion que, si l’employeur fait partie
d’un groupe, c’est à lui de communiquer au juge prud’homal
les informations nécessaires pour déterminer la consistance
de ce groupe et celle du secteur d’activité concerné (Soc.,
4 mars 2009, Bull. 2009, V, n
o
 57).
La chambre sociale vient également rappeler par le premier arrêt
que, son contrôle se limitant à vérifier que les constatations
des juges du fond suffisent à justifier leur décision, ceux-ci
doivent expliquer en quoi est caractérisée l’existence, au niveau
du secteur d’activité du groupe auquel la société appartient,
de difficultés économiques ou d’une menace pesant sur la
compétitivité de ce secteur (par exemple, Soc., 7  juillet  2009,
pourvoi n
o
  08-40321, et Soc., 21  novembre  2006, Bull.  2006,
V, n
o
 349).
N
o
393
Contrat de travail, rupture
Résiliation judiciaire.  - Action intentée par le salarié.  -
Poursuite du travail par le salarié. - Licenciement postérieur
à la demande de résiliation judiciaire.  - Manquements
reprochés à l’employeur.  - Manquement grave.  -
Appréciation. - Moment. - Détermination. - Portée.
La juridiction, saisie d’une demande de résiliation judiciaire
du contrat de travail puis d’une contestation du licenciement
prononcé ultérieurement et qui a caractérisé des manquements
de l’employeur antérieurs à l’introduction de l’instance, peut
tenir compte de leur persistance jusqu’au jour du licenciement
pour en apprécier la gravité.
Soc. - 14 décembre 2011.
REJET
N
o
10-13.542. - CA Paris, 14 janvier 2010.
M.  Lacabarats, Pt.  - Mme  Guyon-Renard, Rap.  - M.  Cavarroc,
Av. Gén. - SCP Bouzidi et Bouhanna, SCP Laugier et Caston, Av.
N
o
394
Contrat de travail, rupture
Résiliation judiciaire.  - Action intentée par le salarié.  -
Poursuite du travail par le salarié.  - Poursuite du travail
par le salarié au service du nouvel employeur dans le cas
d’un transfert de son contrat de travail.  - Licenciement
postérieur à la demande de résiliation judiciaire.  - Office
du juge. - Détermination. - Portée.
Lorsqu’un salarié demande la résiliation de son contrat de
travail en raison de faits qu’il reproche à son employeur, tout en
continuant à travailler à son service ou au service d’un nouvel
employeur dans le cas d’un transfert de son contrat de travail
en application des dispositions de l’article L. 1224-1 du code du
travail, et qu’il est licencié ultérieurement, le juge doit rechercher
si la demande était justifiée.
Si tel est le cas, il fixe la date de la rupture à la date d’envoi de
la lettre de licenciement.
Soc. - 7 décembre 2011.
REJET
N
o
07-45.689. - CA Douai, 24 juillet 2006 et 26 octobre 2007.
Mme  Mazars, Pt (f.f.).  - Mme  Ducloz, Rap.  - M.  Cavarroc,
Av. Gén. - SCP Gatineau et Fattaccini, SCP Roger et Sevaux, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  2/12, février  2012, décision n
o
  111,
p. 108-109.
N
o
395
Conventions internationales
Accords et conventions divers. - Convention d’Union de
Berne du 9  septembre  1886.  - Protection des œuvres
littéraires et artistiques. - Article 5 § 2. - Contrefaçon. - Loi
applicable. - Loi du lieu de commission des faits.
En application des dispositions de l’article 5 § 2 de la Convention
pour la protection des œuvres littéraires et artistiques du
9  septembre  1886, selon lesquelles la protection due à tout
auteur d’un pays unioniste est exclusivement dévolue à la
législation du pays où elle est réclamée, cette dernière désigne
la loi de l’État sur le territoire duquel se sont produits les
agissements délictueux, et non celle du pays où le dommage
a été subi.
Encourt la cassation l’arrêt qui, pour déclarer la loi française
applicable, retient que l’une des victimes est de nationalité
française et qu’en conséquence, les juridictions françaises sont
compétentes en application de l’article 113-7 du code pénal,
alors que l’atteinte portée aux droits d’auteur a eu lieu hors du
territoire national.
Crim. - 29 novembre 2011.
CASSATION SANS RENVOI
N
o
09-88.250. - CA Paris, 5 novembre 2009.
M. Louvel, Pt. - Mme Harel-Dutirou, Rap. - M. Cordier, Av. Gén. -
SCP Hémery et Thomas-Raquin, M
e
 Copper-Royer, Av.
N
o
396
1
o
Conventions internationales
Accords et conventions divers. - Convention de Montréal
du 28 mai 1999. - Compétence internationale. - Règle de
compétence. - Portée.
BICC_759_Livre.indb 47 3/23/2012 1:58:28 PM
48

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

1
er
avril 2012
2
o
Conventions internationales
Accords et conventions divers. - Convention de Montréal
du 28  mai  1999.  - Compétence internationale.  - Option
de compétence. - Portée.
1
o
Les ayants droit des victimes d’un accident de transport
aérien international justifient, sur le fondement de la Convention
de Montréal, d’un intérêt actuel et légitime à agir, à titre
déclaratoire, devant les juridictions françaises, afin de voir
constater l’existence et la portée du droit d’option de
compétence que leur reconnaît cette Convention dès lors qu’ils
n’avaient pas choisi ces juridictions pour trancher leur litige en
indemnisation contre les transporteurs aériens, mais ont été
contraints de le porter devant celles-ci, les juridictions fédérales
américaines, qu’ils avaient choisies pour le trancher, s’en
étant dessaisi pour certains demandeurs, ou risquant de s’en
dessaisir pour d’autres demandeurs, en application de la règle
du « forum non conveniens ».
2
o
L’option de compétence ouverte au demandeur par les
articles 33, paragraphe premier, et 46 de la Convention de
Montréal s’oppose à ce que le litige soit tranché par une
juridiction, également compétente, autre que celle qu’il a
choisie.
En effet, cette option, qui a été assortie d’une liste limitative
de fors compétents afin de concilier les divers intérêts en
présence, à savoir ceux des victimes ou de leurs ayants droit et
ceux des transporteurs, implique, pour satisfaire aux objectifs
de prévisibilité, de sécurité et d’uniformisation poursuivis par
la Convention de Montréal, que le demandeur dispose, et
lui seul, du choix de décider devant quelle juridiction le litige
sera effectivement tranché, sans que puisse lui être opposée
une règle de procédure interne, telle que celle du «  forum non
conveniens  », aboutissant à contrarier le choix impératif de ce
dernier.
1
re
 Civ. - 7 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE SANS RENVOI
N
o
10-30.919. - CA Fort-de-France, 25 juin 2010.
M.  Charruault, Pt.  - Mme  Maitrepierre, Rap.  - M.  Pagès,
Av.  Gén.  - SCP  Fabiani et Luc-Thaler, SCP  Bénabent,
SCP Rocheteau et Uzan-Sarano, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  51, 19  décembre  2011,
Jurisprudence, n
o
 1407, p. 2512 (« Juridiction compétente pour
connaître des suites d’un crash  »). Voir également le Recueil
Dalloz, n
o
  1, 5  janvier  2012, Actualité/droit des affaires, p.  5,
note Xavier Delpech (« Transport aérien international : juridiction
compétente  »), et cette même revue, n
o
  4, 26  janvier  2012,
Études et commentaires, p. 254 à 258, note Philippe Delebecque
(«  Crash aérien  : les options de compétence de la Convention
de Montréal sont des prérogatives propres aux demandeurs »).
Note sous 1
re
 Civ., 7 décembre 2011, n
o
 396 ci-dessus
Cet arrêt mérite une attention particulière à un double titre.
Tout d’abord, il admet la recevabilité d’une action de type
déclaratoire, dans certaines circonstances et dans un domaine
spécifique de l’ordre juridique international, celui du transport
aérien international. Ensuite, il procède, pour la première fois,
à l’interprétation de certaines dispositions de la Convention
de Montréal du 28  mai  1999, prévoyant dans ce domaine
des règles de compétence juridictionnelle. Plus précisément,
il s’agit des dispositions figurant aux articles 33 § 1 et 46 de
cette Convention. Elles ouvrent au demandeur à une action en
responsabilité contre un ou plusieurs transporteurs une option
de compétence entre plusieurs fors, parmi lesquels figurent le
for du lieu d’établissement du transporteur ou de l’un d’eux,
ainsi que le for du lieu de destination du vol à l’occasion duquel
l’accident a eu lieu.
Les faits à l’origine de la présente affaire sont connus  : le
16  août  2005, un aéronef, affrété par une société américaine
établie en Floride (le transporteur contractuel) et exploité
par une compagnie aérienne colombienne (le transporteur
de fait), en provenance de Panama City et à destination de
Fort-de-France, s’est écrasé au Venezuela, causant la mort
de tous les passagers, originaires de la Martinique, et de tous
les membres de l’équipage colombien. Il s’en est suivi de
nombreuses procédures civiles en indemnisation contre ces
sociétés de transport, ainsi que contre d’autres sociétés (en
leur qualité de constructeur du moteur ou de l’aéronef, ou de
prétendus responsables de la maintenance, des remises en état
et de la navigabilité de celui-ci).
S’agissant des ayants droit des victimes passagers, plusieurs
groupes peuvent être distingués :
- certains, appartenant à un premier groupe, ont, en août 2006,
porté leur demande en indemnisation contre le transporteur de
fait, son liquidateur judiciaire et son assureur, devant le tribunal
de Fort-de-France, en tant que for du lieu de destination du vol,
lequel a tranché le litige au fond ;
- d’autres, appartenant à un deuxième groupe, ont,
en  décembre  2006, porté leur demande en indemnisation
contre les deux transporteurs devant une juridiction fédérale des
États-Unis située en Floride, État où est établi le transporteur
contractuel ; cette juridiction américaine, estimant ne pas être
la plus appropriée pour connaître du litige, a accueilli la requête
des défendeurs aux fins de dessaisissement pour cause de
forum non conveniens tout en imposant à ces derniers une série
d’obligations, et sous réserve que les demandeurs réintroduisent
leur action en Martinique dans un certain délai  ; c’est dans
l’attente de cette décision américaine, puis au vu de celle-ci,
avant qu’elle ne soit confirmée par une juridiction fédérale
américaine d’appel, que ces demandeurs, ou une partie d’entre
eux, ont assigné, devant le tribunal de Fort-de-France, d’abord,
en août 2007, à titre conservatoire, le transporteur de fait, son
liquidateur judiciaire et son assureur, puis, en  janvier  2009,
le transporteur contractuel, lequel a appelé ces derniers en
intervention forcée et en garantie ;
- d’autres demandeurs, appartenant à un troisième groupe,
lesquels n’étaient parties ni à la procédure américaine ni à la
procédure française à titre conservatoire, se sont joints aux
demandeurs du deuxième groupe pour saisir, en  janvier  2009,
le tribunal de Fort-de-France.
La position des demandeurs du deuxième et du troisième
groupe devant ce for français avait ceci de singulier qu’ils
l’avaient saisi d’une demande en dessaisissement de leur litige,
à titre principal, pour incompétence internationale ou défaut
de pouvoir juridictionnel, à titre subsidiaire, pour litispendance
en l’état de l’instance pendante devant la juridiction fédérale
américaine d’appel, tout en formulant, à titre infiniment
subsidiaire, une demande en indemnisation, en vue de voir leur
litige tranché au fond par ce for.
Après avoir joint ces dernières instances, ce tribunal a déclaré
recevable la demande tendant à son dessaisissement du litige
au profit de la juridiction fédérale américaine d’appel, mais l’a
dit mal fondée, l’a en conséquence rejetée et a renvoyé le tout
à la mise en état.
Les demandeurs du deuxième et du troisième groupe ont alors
formé un contredit contre ce jugement. Dans ce contredit, ils
ont invoqué l’existence d’une situation de litispendance, tout
en se réclamant de la connexité de leur litige avec une instance
engagée par les ayants droit des membres de l’équipage
colombien devant la même juridiction fédérale américaine de
première instance que celle saisie par une partie d’entre eux
(ceux du deuxième groupe). Après s’être dite valablement saisie
par la voie du contredit et avoir déclaré irrecevable la demande
de dessaisissement fondée sur la connexité, la cour d’appel de
Fort-de-France a confirmé le jugement entrepris.
BICC_759_Livre.indb 48 3/23/2012 1:58:28 PM
49

1
er
avril 2012
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
Les demandeurs du deuxième et du troisième groupe se sont
alors pourvus en cassation contre cet arrêt. Trois moyens étaient
développés au soutien de ce pourvoi  : le premier faisait valoir
une certaine interprétation de la Convention de Montréal pour
reprocher sa violation à l’arrêt attaqué ; le deuxième se prévalait
de l’existence d’une situation de litispendance ainsi que d’une
clause attributive de juridiction en faveur du for américain  ; le
troisième se réclamait de certaines règles de procédure civile
pour contester l’irrecevabilité de l’exception de connexité.
C’est sur ce premier moyen, et lui seul, que porte l’arrêt
faisant l’objet du présent commentaire : après avoir été déclaré
recevable, il est retenu comme bien fondé et de nature à
justifier une cassation sans renvoi. La thèse soutenue par ce
moyen était la suivante  : l’option de compétence ouverte au
demandeur par les articles 33 § 1 et 46 de la Convention de
Montréal s’oppose à ce que le litige soit tranché par un autre
juge (en l’espèce, le juge de Fort-de-France) que celui choisi
par le demandeur (en l’espèce, le juge fédéral de Floride). Cette
thèse se «  greffait  » sur celle soutenue, sans succès, devant
les juridictions américaines, en faveur de l’incompatibilité de
la doctrine du forum non conveniens avec la Convention de
Montréal. L’une comme l’autre thèse posaient la question de la
portée de l’option de compétence ouverte au demandeur par
cette Convention, la première vis-à-vis de la juridiction choisie
par le demandeur, la seconde vis-à-vis d’une juridiction non
choisie par celui-ci.
S’agissant de la recevabilité de ce premier moyen, elle était
contestée par les défendeurs, faute pour les demandeurs
de satisfaire aux exigences de cohérence, de loyauté et de
bonne foi, et de justifier d’un intérêt légitime à remettre en
cause la compétence ou le prétendu «  pouvoir juridictionnel  »
des juges de Fort-de-France, qu’ils avaient eux-mêmes
saisis. À l’appui de cette contestation, les défendeurs se
prévalaient d’une abondante jurisprudence selon laquelle le
demandeur n’est pas recevable à contester la compétence de
la juridiction qu’il a lui-même saisie (Soc., 20 mars 1974, pourvoi
n
o
 74-60.003, Bull. 1974, V, n
o
 197 ; Soc., 4 mars 1976, pourvoi
n
o
 75-60.154, Bull. 1976, V, n
o
 142 ; 2
e
 Civ., 29 novembre 1978,
pourvoi n
o
  76-15.612, Bull.  1978, II, n
o
  252 ;  1
re
  Civ.,
28  avril  1982, pourvoi n
o
  81-11.438, Bull.  1982, I, n
o
  150  ;
2
e
  Civ., 24  novembre  1993, pourvoi n
o
  92-11.917 ; Soc.,
7 mai 1996, pourvoi n
o
 93-43.771 ; Soc., 27 mai 1999, pourvoi
n
o
 98-60.309 ; 2
e
 Civ., 7 décembre 2000, pourvoi n
o
 99-14.902,
Bull.  2000, II, n
o
  163 ; 2
e
  Civ., 15  février  2001, pourvoi
n
o
  99-16.543 ; 3
e
  Civ., 29  avril  2002, pourvoi n
o
  00-20.973).
Cette jurisprudence se réclame d’un argument de texte (2
e
 Civ.,
7 décembre 2000, précité) : le code de procédure civile classant
l’exception d’incompétence, réglementée par les articles 75
et suivants, parmi les exceptions de procédure définies à
l’article 73, lesquelles figurent sous le titre consacré aux moyens
de défense, la compétence de la juridiction saisie ne peut être
contestée que par le défendeur par voie d’exception, et non par
le demandeur par voie d’action.
Cette jurisprudence peut également se réclamer, de manière plus
générale, des exigences de bonne foi, de loyauté, de cohérence
et de confiance légitime, dont découle l’interdiction de principe de
se contredire au détriment d’autrui, correspondant à la règle dite
de l’estoppel, à laquelle la Cour s’est expressément référée, à ce
jour une seule fois, en matière d’arbitrage international (1
re
  Civ.,
6 juillet 2005, pourvoi n
o
 01-15.912, Bull. 2005, I, n
o
 302). Selon
les défendeurs, les demandeurs auraient méconnu de telles
exigences en reprochant aux juges de Fort-de-France de ne pas
s’être dessaisis du litige dont ils les avaient eux-mêmes saisis.
Une objection supplémentaire était soulevée à l’encontre de
la recevabilité du premier moyen  : l’absence d’intérêt actuel et
légitime à agir. Deux arguments étaient invoqués en ce sens.
Tout d’abord, ce moyen tendrait à ériger la Cour de cassation en
une sorte de censeur des décisions américaines ayant admis,
à l’occasion de la procédure engagée par les demandeurs du
deuxième groupe, la compatibilité de la doctrine du forum non
conveniens avec la Convention de Montréal. Ensuite et surtout,
l’objectif poursuivi par ce moyen, à savoir le dessaisissement
du litige par les juges de Fort-de-France après l’épuisement
des voies de recours internes aux États-Unis (au niveau fédéral)
contre les décisions américaines de dessaisissement, risquerait
d’aboutir à un déni de justice.
Ces diverses objections sont écartées par l’arrêt commenté en
raison du caractère déclaratoire de l’action des demandeurs.
Cette qualification repose sur une définition doctrinale de l’action
déclaratoire  : il s’agit d’une action dont l’objet est de faire
constater par le juge l’existence et l’étendue d’un droit (L. Cadiet,
E. Jeuland, Droit judiciaire privé, Litec, 5
e
 éd., 2006, n
o
 355). Tel
est le cas de l’action en cause, puisqu’elle tend à faire constater
par le juge français l’existence et la portée du droit d’option
que la Convention de Montréal reconnaît aux demandeurs pour
porter leur action devant tel ou tel juge compétent en vertu de
cette Convention. Ce n’est pas la première fois que la Cour de
cassation admet, en matière internationale, la recevabilité d’une
action en raison de son caractère déclaratoire (voir, en ce sens,
1
re
  Civ., 10  février  1971, pourvoi n
o
  69-14.277, Bull.  1971,  I,
n
o
  48, dans le prolongement de  1
re
  Civ., 22  janvier  1951,
RCDIP 1951, p.  167, note P. Francescakis, à propos d’une
action visant à déclarer inopposable à l’égard d’un époux un
jugement de divorce obtenu à l’étranger par son conjoint,
afin de se prémunir contre les effets qu’un tel jugement est
susceptible de produire en France indépendamment de toute
exequatur, et de mettre ainsi fin à une incertitude affectant son
statut personnel). Cela étant, cet arrêt marque une avancée
importante dans la reconnaissance de l’action déclaratoire en
matière internationale, puisque cette qualification se départit de
la conception traditionnelle de l’action, définie à l’article 30 du
code de procédure civile comme étant «  le droit, pour l’auteur
d’une prétention, d’être entendu sur le fond de celle-ci afin que le
juge la dise bien ou mal fondée » (voir, déjà en ce sens, l’arrêt de
la cour d’appel de Paris du 6 mars 2008, à propos de l’accident
aérien de Charm-el-Cheikh, et les commentaires de cet arrêt
par G. Cuniberti, « Compétence des juridictions françaises suite
à un jugement de forum non conveniens  », in JDI 2009, n
o
  1,
p.  171, et M.-L. Niboyet, «  Une nouvelle action déclaratoire  :
l’action aux fins de déclaration d’incompétence internationale »,
in Gaz. Pal., 21  février  2009, n
o
  52, p.  48). Au cas présent,
l’action des demandeurs ne rentrait pas dans cette catégorie
usuelle, puisque, au contraire, les demandeurs s’opposaient
à ce que les juridictions françaises tranchent leur litige au
fond, mais, en revanche, les sollicitaient pour que celles-ci leur
reconnaissent un droit d’option effectif en faveur des juridictions
américaines, ces dernières ayant été choisies par eux pour
statuer. C’est en raison de la situation «  pathologique  » dans
laquelle se trouvent les demandeurs, lesquels ont été contraints,
du fait des décisions américaines de dessaisissement, de porter
leur litige devant une juridiction qu’ils n’avaient pas choisie, que
la recevabilité de leur action est admise par le présent arrêt.
C’est de cette situation pathologique que les demandeurs
tirent un intérêt actuel et légitime à agir aux fins de voir déclarer
l’indisponibilité actuelle du for français, dans l’espoir que le for
américain accepte finalement de trancher leur litige au fond,
quitte à revenir ensuite devant le for français pour que celui-ci le
tranche, afin d’éviter un déni de justice dans l’hypothèse où le for
américain persisterait dans son refus d’exercer sa compétence.
En admettant la recevabilité de leur action, laquelle, par son
premier moyen, se prévaut d’une certaine interprétation de la
Convention de Montréal, la Cour de cassation ne s’érige pas
en un prétendu et éventuel censeur des décisions américaines
de dessaisissement (lesquelles reposent, elles aussi, sur une
certaine interprétation de cette Convention), mais se pose en
un interlocuteur naturel des juridictions dont émanent celles-ci.
En adoptant cette position, la Cour de cassation introduit une
forme de dialogue des juges dans l’ordre international, rendu
nécessaire en l’absence de juridiction internationale en mesure
d’assurer l’interprétation uniforme de cette Convention (entre
tous les États qui y sont parties).
BICC_759_Livre.indb 49 3/23/2012 1:58:28 PM
50

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

1
er
avril 2012
C’est dans ce contexte et dans cet état d’esprit qu’en réponse
au premier moyen, une fois admise la recevabilité de ce dernier,
le présent arrêt ne se limite pas à indiquer, sous la forme d’un
énoncé de principe, l’interprétation que la Cour de cassation
retient des articles 33 § 1 et 46 de la Convention de Montréal,
mais prend le soin d’exposer les principales raisons l’y ayant
conduit, eu égard à la motivation développée par les juridictions
américaines pour retenir, par le biais d’une autre interprétation de
cette Convention, la compatibilité de la doctrine du forum non
conveniens. Ces raisons découlent de la méthode prescrite par la
Convention de Vienne du 23 mai 1969 sur le droit des traités pour
l’interprétation des conventions internationales. L’interprétation
requise n’est pas seulement littérale, contextuelle ou historique,
mais aussi et surtout téléologique. D’où l’importance accordée
aux objectifs poursuivis par la Convention de Montréal. Ces
objectifs sont à la fois variés et complémentaires : la conciliation
des divers intérêts en présence, l’unification des règles relatives
au transport aérien international, la prévisibilité et la sécurité des
règles de compétence directe. Tous ces objectifs concourent
à conférer au choix du demandeur, en vertu de l’option de
compétence qui lui est ouverte, un caractère impératif et exclusif,
qui s’oppose à ce que le litige soit tranché par une juridiction que
celui-ci n’a pas choisie. Il en va ainsi de l’objectif consistant à
concilier les divers intérêts en présence (ceux des transporteurs
et ceux des passagers ou de leurs ayants droit)  : le caractère
impératif et exclusif du choix des demandeurs est la contrepartie
de l’établissement d’une liste limitative de fors compétents,
lequel profite aux transporteurs en leur assurant, grâce à une
limitation du forum shopping, une certaine prévisibilité quant
aux juridictions devant lesquelles ils risquent d’être attraits. La
prévisibilité et la sécurité corrélative des règles de compétence
directe posées par la Convention de Montréal ne doivent pas
seulement bénéficier aux transporteurs en tant que défendeurs,
mais aussi aux demandeurs  : seuls ces derniers disposent
du choix de décider devant quelle juridiction leur litige sera
effectivement tranché  ; on ne saurait leur opposer une règle
de procédure interne, telle que celle du forum non conveniens,
inconnue de la plupart des États parties à la Convention, qui
aboutit à contrarier le choix des demandeurs par un effet de
substitution, le juge choisi par ces derniers étant en mesure,
selon cette règle, de substituer sa propre appréciation du for le
plus approprié pour trancher le litige au fond à celle à laquelle
les demandeurs se sont préalablement livrés pour arrêter leur
choix de for.
Cette interprétation de la Convention de Montréal s’inscrit
dans le prolongement d’un vaste mouvement jurisprudentiel,
engagé par des juridictions anglaises (en 1995, dans l’affaire
Milor srl v. British Airways, PLC, [1996] Q.B 702 (eng. CA)), à
propos de la Convention de Varsovie, à laquelle a succédé la
Convention de Montréal pour les États qui l’ont ratifiée, puis,
en 2005 (Queen’s Bench Division, Commercial Court, jugement
du 21 juin 2005, affaire Royal & Sun Assurance PLC), à propos
de la Convention sur le transport international de marchandises
par route), poursuivi par la Cour de justice des Communautés
européennes (CJCE, 1
er
  mars 2005, Andrew Owusu c. N.B.
Jackson, agissant sous le nom commercial « Villa Holidays Bal-
Inn Villas  » e.a., affaire C-281/02, à propos de la Convention
de Bruxelles), et développé par la Cour de cassation (1
re
Civ.,
11  juillet  2006, pourvoi n
o
  04-18.644, Bull.  2006, I, n
o
  379  ;
1
re
  Civ., 12  novembre  2009, pourvoi n
o
  08-15.269  ; Com.,
20 octobre 2009, pourvoi n
o
 09-10.317, Bull. 2009, IV, n
o
 131,
à propos des Conventions de Varsovie et de Montréal).
N
o
397
Détention provisoire
Demande de mise en liberté.  - Rejet.  - Conditions.  -
Communication préalable au demandeur de l’avis du
juge d’instruction et des réquisitions du ministère public. -
Communication suffisante.
Il résulte des dispositions de l’article 148 du code de procédure
pénale, ayant fait l’objet d’une réserve d’interprétation
par le Conseil constitutionnel (décision n
o
  2010-62 du
17 décembre 2010), que le juge des libertés et de la détention
ne peut rejeter la demande de mise en liberté sans que le
demandeur ou son avocat ait pu avoir communication de l’avis
du juge d’instruction et des réquisitions du ministère public.
Aucune obligation ne lui est cependant faite d’attendre la
transmission d’éventuelles observations de leur part.
En conséquence, justifie sa décision la cour d’appel qui constate
que, préalablement à sa décision, le juge des libertés et de la
détention a fait connaître au demandeur ou à son défenseur
l’avis du juge d’instruction et les réquisitions du ministère public,
la réception d’éventuelles observations n’étant prévue ni par les
textes légaux, ni par le Conseil constitutionnel.
Crim. - 26 octobre 2011.
REJET
N
o
11-86.117. - CA Paris, 10 mai 2011.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Raybaud, Rap.  - M.  Cordier, Av.  Gén.  -
SCP Waquet, Farge et Hazan, Av.
N
o
398
1
o
Enquête préliminaire
Ministère public.  - Pouvoirs.  - Réquisitions aux fins
d’obtenir la remise de documents.  - Remise de
documents. - Définition.
2
o
Convention européenne
des droits de l’homme
Article 8 § 2.  - Ingérence d’une autorité publique.  -
Instruction.  - Géolocalisation de véhicule automobile.  -
Compatibilité.
3
o
Instruction
Commission rogatoire.  - Exécution.  - Sonorisation et
captation d’images. - Lieux privés. - Définition. - Parking
souterrain d’un immeuble d’habitation. - Portée.
1
o
Constitue une remise de documents, au sens de l’article
77-1-1 du code de procédure pénale, la communication,
sans recours à des moyens coercitifs, de documents issus
d’un système informatique ou d’un traitement de données
nominatives, tels ceux détenus par un opérateur de téléphonie.
La délivrance d’une telle réquisition, étrangère aux prévisions
de l’article 8 § 2 de la Convention européenne des droits
de l’homme, entre dans les attributions du procureur de la
République.
2
o
Caractérise la prévisibilité et l’accessibilité de la loi, et la
proportionnalité de l’ingérence réalisée dans l’exercice, par
les personnes concernées, du respect de leur vie privée, au
regard de l’article 8 § 2 de la Convention européenne des
droits de l’homme, la chambre de l’instruction qui retient,
d’une part, que l’apposition sur un véhicule automobile d’un
dispositif technique dit de « géolocalisation » a pour fondement
l’article 81 du code de procédure pénale et, d’autre part, que
la surveillance a été effectuée sous le contrôle d’un juge et que,
s’agissant d’un trafic de stupéfiants en bande organisée portant
gravement atteinte à l’ordre public et à la santé publique, elle
était proportionnée au but poursuivi et nécessaire, au sens du
texte conventionnel susvisé.
3
o
Le  parking souterrain d’un immeuble d’habitation constitue
un lieu privé et non un lieu d’habitation au sens de l’article
706-96 du code de procédure pénale.
Munis de la (seule) commission rogatoire par laquelle le juge
d’instruction a prescrit les opérations de sonorisation et de
BICC_759_Livre.indb 50 3/23/2012 1:58:28 PM
51

1
er
avril 2012
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
captation d’images dans un tel lieu, les officiers de police
judiciaire peuvent y pénétrer chaque fois qu’il est nécessaire,
aux fins de vérifier le fonctionnement du système et recueillir
les données enregistrées. Ils sont tenus d’en rendre compte
par procès-verbal au magistrat qui exerce le contrôle effectif de
ces opérations.
Crim. - 22 novembre 2011.
REJET
N
o
11-84.308. - CA Paris, 6 mai 2011.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Straehli, Rap.  - M.  Sassoust, Av.  Gén.  -
SCP Waquet, Farge et Hazan, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Gazette
du Palais, n
o
  13-14, 13-14  janvier  2012, Chronique de
jurisprudence  - procédure pénale, p.  44 à 46, note François
Fourment («  Nouvelles techniques d’investigation  : c’est
comme à la télé  »). Voir également le Recueil Dalloz, n
o
  3,
19  janvier  2012, Chroniques/Cour de cassation - chambre
criminelle, p. 171 à 184, spéc. n
o
 7, p. 182 à 184, note Marie-
Lucie Divialle (« Investigations judiciaires, nouvelles technologies
et respect de la vie privée  »), la revue Légipresse, n
o
  290,
janvier  2012, Synthèse - Droits de la personnalité, p.  59 à 64,
note Grégoire Loiseau, spéc. n
o
 III-1, p. 60 à 62 (« La garantie
d’une vie privée numérique  »), et la revue Procédures, n
o
  1,
janvier 2012, commentaire n
o
 18, p. 25 à 27, note Anne-Sophie
Chavent-Leclère (« Identification des appels, géolocalisation de
véhicule, sonorisation et captation d’images  : tous les moyens
technologiques sont-ils permis ? »).
N
o
399
Entreprise en difficulté
(loi du 25 janvier 1985)
Redressement judiciaire.  - Période d’observation.  -
Créanciers. - Déclaration des créances. - Créancier titulaire
d’une sûreté publiée ou d’un crédit-bail. - Avertissement
d’avoir à déclarer.  - Destinataires.  - Tuteur du créancier
sous tutelle.
L’avertissement prévu par l’article L.  621-43 du code de
commerce, dans sa rédaction antérieure à la loi du 26 juillet 2005
de sauvegarde des entreprises, lorsque le créancier est mis
sous tutelle, doit être adressé à son tuteur.
À ce titre, dès lors que le créancier est représenté par son tuteur,
une cour d’appel en a exactement déduit que l’avertissement
notifié exclusivement au domicile élu par ce créancier, avant sa
mise sous tutelle, n’a pu faire courir le délai de déclaration de
la créance.
Com. - 6 décembre 2011.
REJET
N
o
10-19.959. - CA Nîmes, 1
er
 avril 2010.
Mme Favre, Pt. - M. Arbellot, Rap. - M. Le Mesle, P. Av. Gén. -
SCP Nicolaÿ, de Lanouvelle et Hannotin, SCP Potier de la Varde
et Buk-Lament, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
  1, 5  janvier  2012, Actualité/droit des affaires, p.  7, note
Alain Lienhard («  Avertissement d’avoir à déclarer sa créance  :
créancier sous tutelle »). Voir également la Revue Lamy droit des
affaires, n
o
 67, janvier 2012, Actualités, n
o
 3820, p. 24-25, note
Marina Filiol De Raymond («  Avertissement du créancier sous
tutelle d’avoir à déclarer sa créance  »), et la Revue Lamy droit
civil, n
o
 90, février 2012, Actualités, n
o
 4554, p. 30, note Gaëlle
Marraud des Grottes («  Créancier sous tutelle  : le destinataire
de l’avertissement doit être le tuteur  »), et ce même numéro,
Actualités, n
o
  4558, p.  37, note Élodie Pouliquen («  Créancier
sous tutelle : à qui notifier l’avertissement d’avoir à déclarer sa
créance ? »).
N
o
400
1
o
Entreprise en difficulté
(loi du 25 janvier 1985)
Redressement judiciaire.  - Période d’observation.  -
Créanciers.  - Déclaration des créances.  - Domaine
d’application. - Indemnité de clause pénale prévue dans
un acte de vente d’immeuble.
2
o
Entreprise en difficulté
(loi du 25 janvier 1985)
Redressement judiciaire.  - Période d’observation.  -
Créanciers.  - Déclaration des créances.  - Créancier
titulaire d’une sûreté publiée ou d’un crédit-bail. - Qualité. -
Moment d’appréciation.
1
o
La créance indemnitaire fondée sur une clause pénale, prévue
dans l’acte notarié de vente sous forme de rente viagère conclu
antérieurement aux redressements judiciaires des débiteurs doit
être déclarée aux procédures collectives de ces derniers, en
application de l’article L.  621-43 du code de commerce, dans
sa rédaction antérieure à la loi du 26 juillet 2005 de sauvegarde
des entreprises.
2
o
La qualité de créancier titulaire d’une sûreté publiée au
sens de l’article L.  621-43 du code de commerce, dans sa
rédaction antérieure à la loi du 26 juillet 2005 de sauvegarde des
entreprises, s’apprécie à la date du jugement d’ouverture de la
procédure collective, peu important que la validité de la publicité
de la sûreté puisse ultérieurement être contestée.
Com. - 6 décembre 2011.
REJET
N
o
10-24.968. - CA Toulouse, 26 mai 2010.
Mme  Favre, Pt.  - M.  Arbellot, Rap.  - Mme  Bonhomme,
Av. Gén. - SCP Ghestin, SCP Gatineau et Fattaccini, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil
Dalloz, n
o
  1, 5  janvier  2012, Actualité/droit des affaires, p.  7
(« Créancier titulaire d’une sûreté publiée : disparition rétroactive
de la sûreté »). Voir également la Revue Lamy droit civil, n
o
 90,
février  2012, Actualités, n
o
  4555, p.  30 à 32, note Gaëlle
Marraud des Grottes («  Appréciation ratione tempore de la
qualité de créancier privilégié »).
N
o
401
Entreprise en difficulté
(loi du 26 juillet 2005)
Procédure (dispositions générales). - Voies de recours. -
Décisions susceptibles.  - Ouverture de la procédure.  -
Décision statuant sur l’extension.  - Appel du débiteur.  -
Conditions. - Qualité du mandataire intimé.
Il résulte des dispositions de l’article R.  661-6 1
o
du code de
commerce, dans sa rédaction issue du décret du 12 février 2009,
que les mandataires de justice qui ne sont pas appelants
doivent être intimés.
À ce titre, en raison de l’unicité de la procédure de liquidation
judiciaire découlant d’une décision d’extension fondée sur
la confusion du patrimoine des débiteurs, ceux-ci ont un
liquidateur judiciaire unique, de sorte qu’il importe peu que
le débiteur appelant d’une telle décision n’ait pas précisé en
intimant ce liquidateur que celui-ci était aussi intimé en qualité
de liquidateur de sa propre liquidation judiciaire.
Com. - 6 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-24.885. - CA Pau, 15 juillet 2010.
BICC_759_Livre.indb 51 3/23/2012 1:58:29 PM
52

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

1
er
avril 2012
Mme  Favre, Pt.  - M.  Arbellot, Rap.  - Mme  Bonhomme,
Av.  Gén.  - SCP  Thouin-Palat et Boucard, SCP  Masse-Dessen
et Thouvenin, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
 1, 5 janvier 2012, Actualité/droit des affaires, p. 6, note Alain
Lienhard (« Confusion des patrimoines : appel par le débiteur de
la décision d’extension »).
N
o
402
Entreprise en difficulté
(loi du 26 juillet 2005)
Sauvegarde. - Détermination du patrimoine. - Vérification
et admission des créances. - État des créances. - Défaut
de réclamation des tiers intéressés.  - Effets.  - Tierce
opposition irrecevable.
Une caution pouvant former réclamation contre l’état des
créances déposé au greffe du tribunal de commerce par le
juge-commissaire en qualité de tiers intéressé, conformément
aux dispositions de l’article R.  624-8 du code de commerce,
est irrecevable à former tierce opposition contre la décision de
condamnation du débiteur principal.
Com. - 6 décembre 2011.
REJET
N
o
10-25.571. - CA Bastia, 8 septembre 2010.
Mme Favre, Pt. - Mme Guillou, Rap. - M. Le Mesle, P. Av. Gén. -
M
e
 Spinosi, SCP Defrenois et Levis, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
 1, 5 janvier 2012, Actualité/droit des affaires, p. 7 (« Décision
d’admission des créances  : contestation des cautions  »).
Voir également la Revue Lamy droit civil, n
o
  90, février  2012,
Actualités, n
o
 4553, p. 29-30, note Gaëlle Marraud des Grottes
(«  Caution  : comment contester l’état des créances  ?  »), et la
revue Banque et droit, n
o
 141, janvier-février 2012, Chronique -
Droit des sûretés, p. 58-59, note Nicolas Rontchevsky. .
N
o
403
Entreprise en difficulté
(loi du 26 juillet 2005)
Sauvegarde.  - Période d’observation.  - Poursuite de
l’activité. - Continuation des contrats en cours. - Régime
des baux des locaux professionnels.  - Sort de la clause
résolutoire.
L’article L.  622-14 du code de commerce n’interdit pas au
liquidateur judiciaire de se prévaloir des dispositions de l’article
L. 145-41 du même code et de solliciter des délais de paiement
ainsi que la suspension des effets de la clause résolutoire tant
que la résiliation du bail n’est pas constatée par une décision
passée en force de chose jugée.
Com. - 6 décembre 2011.
REJET
N
o
10-25.689. - CA Orléans, 16 juin 2010.
Mme  Favre, Pt.  - Mme  Schmidt, Rap.  - Mme  Bonhomme,
Av. Gén. - SCP Nicolaÿ, de Lanouvelle et Hannotin, M
e
 Foussard,
Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
 1, 5 janvier 2012, Actualité/droit des affaires, p. 6, note Alain
Lienhard («  Clause résolutoire du bail  : délais de paiement  »).
Voir également la revue Annales des loyers et de la propriété
commerciale, rurale et immobilière, n
o
  1-2012, janvier  2012,
p.  25-26, note Adeline Cerati-Gauthier («  Résiliation du bail
du preneur en liquidation judiciaire  : suspension des effets
de la clause résolutoire  »), la Gazette du Palais, n
o
  48-49,
17-18  février  2012, Chronique de jurisprudence - baux
commerciaux, p.  39 à 41, note Philippe-Hubert Brault
(«  Modalités d’application de la clause résolutoire pour des
motifs postérieurs au jugement d’ouverture de la liquidation
judiciaire  »), et la revue Administrer, n
o
  451, février  2012,
Sommaires, p. 35, note Danielle Lipman-W. Bocarra.
N
o
404
Impots et taxes
Enregistrement.  - Droits de mutation.  - Mutation à titre
onéreux d’immeubles.  - Exonération.  - Achat en vue de
la revente. - Substitution de l’engagement de construire. -
Condition.
Un marchand de biens qui a bénéficié du régime de faveur prévu
par l’article 1115 du code général des impôts a la possibilité de
prendre, par acte complémentaire, un engagement de construire
lui permettant de bénéficier des dispositions de l’article 1594-OG
du même code, à condition que cet engagement intervienne
avant que les droits d’enregistrement ne soient rendus exigibles
par l’expiration du délai de revente.
Com. - 13 décembre 2011.
CASSATION
N
o
11-11.951. - CA Paris, 2 novembre 2010.
Mme Favre, Pt. - Mme Bregeon, Rap.  - M. Mollard, Av. Gén.  -
SCP  Thouin-Palat et Boucard, SCP  Célice, Blancpain et
Soltner, Av.
N
o
405
Instruction
Expertise. - Ordonnance aux fins d’expertise. - Notification
aux avocats des parties.  - Dérogation.  - Conditions.  -
Détermination.
Selon l’article 161-1 du code de procédure pénale, le juge
d’instruction adresse sans délai copie de la décision ordonnant
une expertise au procureur de la République et aux avocats des
parties, qui disposent d’un délai de dix jours pour lui demander
de modifier ou de compléter les questions posées à l’expert
ou d’adjoindre à l’expert ou aux experts désignés tout expert
de leur choix. Il ne peut être dérogé à cette obligation que
lorsque, notamment, les opérations d’expertise et le dépôt des
conclusions par l’expert doivent intervenir en urgence et ne
peuvent être différés pendant le délai de dix jours susvisé.
Encourt dès lors la cassation l’arrêt d’une chambre de
l’instruction qui déclare régulières, au regard de l’article 161-1 du
code de procédure pénale, les ordonnances aux fins d’expertise
et contre-expertise psychologique du mis en examen qui n’ont
pas été adressées en copie aux avocats des parties, la seule
référence à la situation de détenu du mis en examen étant
insuffisante à démontrer l’urgence et l’impossibilité de différer,
pendant le délai de dix jours, les opérations d’expertise et le
dépôt des conclusions des experts.
Crim. - 22 novembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
11-84.314. - CA Paris, 29 avril 2011.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Beauvais, Rap.  - M.  Charpenel, Av.  Gén.  -
SCP Monod et Colin, Av.
N
o
406
Jugements et arrêts
Conclusions.  - Recevabilité.  - Prévenu non comparant
(article 411 du code de procédure pénale). - Condition. -
Détermination. - Portée.
BICC_759_Livre.indb 52 3/23/2012 1:58:29 PM
53

1
er
avril 2012
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
La prévenue ne peut se faire grief d’une insuffisance ou d’un
défaut de réponse à conclusions, dès lors que les écrits qu’elle
aurait adressés à la juridiction ne sauraient valoir conclusions
régulièrement déposées au sens de l’article 459 du code de
procédure pénale, faute pour elle d’avoir comparu à l’audience
ou d’y avoir été représentée.
Crim. - 22 novembre 2011.
REJET
N
o
11-82.826.  - Juridiction de proximité de Grenoble,
5 janvier 2011.
M. Louvel, Pt. - M. Maziau, Rap. - M. Charpenel, Av. Gén.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
  44, 22  décembre  2011, Actualité/droit pénal et procédure
pénale, p.  2998 («  Dépôt de conclusion à l’audience  : défaut
de réponse  »). Voir également cette même revue, n
o
  3,
19  janvier  2012, Chroniques/Cour de cassation - chambre
criminelle, p. 171 à 184, spéc. n
o
 6, p. 179 à 182, note Marie-
Lucie Divialle («  Forme des conclusions déposées devant une
juridiction pénale »).
N
o
407
Jugements et arrêts
Interprétation.  - Limites.  - Modification des droits et
obligations reconnus aux parties.
Les juges, saisis d’une contestation relative à l’interprétation
d’une précédente décision, ne peuvent, sous le prétexte d’en
déterminer le sens, modifier les droits et obligations reconnus
aux parties par cette décision.
3
e
 Civ. - 7 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-27.515. - CA Paris, 18 novembre 2010.
M.  Terrier, Pt.  - Mme  Monge, Rap.  - M.  Bruntz, Av.  Gén.  -
M
e
 Foussard, SCP Piwnica et Molinié, Av.
Note sous 3
e
 Civ., 7 décembre 2011, n
o
 407 ci-dessus
En vertu de l’article 24 de la loi du 6  juillet  1989, «  Le  juge
peut, même d’office, accorder des délais de paiement, dans
les conditions prévues aux articles 1244-1 (premier alinéa) et
1244-2 du code civil, au locataire en situation de régler sa dette
locative.
Pendant le cours des délais ainsi accordés, les effets de la
clause de résiliation de plein droit sont suspendus  ; ces délais
et les modalités de paiement accordés ne peuvent affecter
l’exécution du contrat de location et notamment suspendre le
paiement du loyer et des charges.
Si le locataire se libère dans le délai et selon les modalités fixés
par le juge, la clause de résiliation de plein droit est réputée ne
pas avoir joué  ; dans le cas contraire, elle reprend son plein
effet ».
Pour apprécier si une clause de résiliation de plein droit a
repris son plein et entier effet, justifiant la délivrance d’un
commandement d’avoir à quitter les lieux, le juge de l’exécution,
saisi d’une contestation de ce commandement, doit déterminer
si les délais et modalités tels que fixés par le juge ont été
respectés par le locataire.
La question de savoir si le paiement du loyer courant constituait
une modalité dont le respect par le preneur était exigé s’il voulait
empêcher la reprise d’effet de la clause résolutoire a donné
lieu à des décisions de la troisième chambre civile, d’abord en
matière de baux commerciaux, domaine où le juge a également
le pouvoir de suspendre le jeu d’une clause résolutoire en
accordant des délais de paiement (3
e
Civ., 10  janvier  1990,
Bull.  1990, III, n
o
  12, et 3
e
  Civ., 20  décembre  2000, pourvoi
n
o
  98-19.580), puis, plus récemment, en matière de baux
d’habitation (3
e
Civ., 18  mars  2009, pourvoi n
o
  08-10.256).
La  troisième chambre civile a ainsi retenu que lorsque la
juridiction qui avait accordé des délais, suspendant par là les
effets de la clause résolutoire, visait, dans le dispositif de sa
décision, le paiement en sus du loyer courant, le défaut de
ce paiement entraînait l’acquisition de la clause résolutoire.
Le libellé du dispositif est donc tout à fait déterminant.
C’est ce même attachement à la stricte application du dispositif,
revêtu de l’autorité de la chose jugée, de la décision accordant
des délais que confirme l’arrêt rapporté, en censurant un arrêt
d’appel qui avait retenu que la clause résolutoire avait repris ses
effets dès lors que la locataire n’avait pas payé son loyer et ses
charges du mois à l’exacte date mentionnée au contrat de bail,
alors qu’elle avait relevé que, dans son dispositif, l’arrêt, rendu en
matière de référé, avait accordé à la preneuse un délai d’un mois à
compter de la signification pour payer la provision qu’il avait fixée,
outre le loyer et les charges courants, et dit que si, à l’issue de
ce délai, l’intégralité des sommes dues et le loyer et les charges
courants étaient réglés, ladite clause serait réputée n’avoir jamais
jouée. C’était modifier les obligations de la locataire telles que
prescrites par ce dispositif et auxquelles celle-ci s’était conformée
en ayant réglé toutes les sommes qu’elle devait, loyer et charges
courants compris, dans le délai imparti d’un mois, que d’établir un
lien entre le sort de la clause résolutoire et le paiement du loyer et
des charges du mois à une date que ce dispositif n’évoquait pas.
N
o
408
Juridictions correctionnelles
Exceptions.  - Présentation.  - Moment.  - Présentation
avant toute défense au fond.
Selon les dispositions de l’article 385, dernier alinéa, du code
de procédure pénale, les exceptions de nullité, pour être
recevables, doivent être présentées avant toute défense au
fond.
Il résulte de ce principe, d’une part, que l’exception de nullité
doit être présentée en première instance avant que le prévenu
ne s’engage dans sa défense au fond, et, d’autre part, qu’une
telle exception ne peut être utilement proposée pour la première
fois en cause d’appel, après débat au fond devant le tribunal en
présence dudit prévenu ou de son avocat.
Crim. - 22 novembre 2011.
REJET
N
o
11-80.013. - CA Angers, 9 novembre 2010.
M.  Louvel, Pt.  - Mme  Guirimand, Rap.  - M.  Salvat, Av.  Gén.  -
SCP  Célice, Blancpain et Soltner, SCP  Masse-Dessen et
Thouvenin, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
 5, 2 février 2012, Actualité/droit du travail et sécurité sociale,
p. 289 (« Temps de pause : rémunération »).
N
o
409
Mandat d’arrêt européen
Exécution.  - Procédure.  - Chambre de l’instruction.  -
Mémoire.  - Dépôt.  - Délai.  - Notification de la date
d’audience dans les formes et délais. - Défaut. - Portée.
En matière de mandat d’arrêt européen, le mémoire peut être
déposé le jour de l’audience lorsque la personne recherchée
et son avocat n’ont pas été, l’un et l’autre, avisés de la date
d’audience dans le délai prévu par l’article 197 du code de
procédure pénale.
Crim. - 15 novembre 2011.
CASSATION
BICC_759_Livre.indb 53 3/23/2012 1:58:29 PM
54

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

1
er
avril 2012
Arrêt n
o
 1 :
N
o
11-87.442. - CA Nancy, 6 octobre 2011.
M.  Louvel, Pt.  - Mme  Mirguet, Rap.  - Mme  Zientara-Logeay,
Av. Gén.
Arrêt n
o
 2 :
N
o
11-87.443. - CA Nancy, 6 octobre 2011.
M.  Louvel, Pt.  - Mme  Mirguet, Rap.  - Mme  Zientara-Logeay,
Av. Gén.
N
o
410
Mandat d’arrêt européen
Exécution.  - Procédure.  - Procès-verbal consignant les
déclarations faites par la personne. - Absence. - Effets.
L’inobservation de la formalité substantielle prescrite par l’article
695-20, alinéa 2, du code de procédure pénale porte atteinte
aux intérêts de la personne concernée.
Justifie, dès lors, sa décision la cour d’appel qui, pour constater
l’irrégularité de la procédure d’extension de la remise sur
mandat d’arrêt européen, énonce que le prévenu n’a pas été
amené à présenter ses observations par procès-verbal annexé
à la demande d’extension adressée à l’autorité étrangère et
qu’ont ainsi été violées les dispositions des articles 695-18 à
695-20 du code de procédure pénale.
Crim. - 3 novembre 2011.
REJET
N
o
11-83.578. - CA Toulouse, 28 avril 2011.
M. Louvel, Pt. - M. Bloch, Rap. - M. Salvat, Av. Gén.
N
o
411
Peines
Exécution.  - Peine privative de liberté.  - Réduction de
peine. - Réduction supplémentaire de peine. - Quantum. -
Condamnation en état de récidive légale. - Effet.
Il résulte de la combinaison des articles 721-1, alinéa 2,
et D.  150-2 du code de procédure pénale que les règles
spécifiques à l’état de récidive, en matière de réductions
supplémentaires de peine, qui ne peuvent, dans ce cas,
excéder deux mois par an ou quatre jours par mois, sont
applicables à l’ensemble des peines exécutées au cours de la
période de détention prise en compte, à la seule condition que
l’une d’elles ait été prononcée en retenant cette circonstance
aggravante, indépendamment de la date à laquelle le juge de
l’application des peines statue.
Méconnaît les textes susvisés le président de la chambre
de l’application des peines qui accorde une réduction
supplémentaire de peine, sans tenir compte des règles
spécifiques à la récidive, au motif que la peine prononcée pour
les faits commis avec cette circonstance aggravante avait déjà
été exécutée lorsque le juge de l’application des peines avait
statué, alors qu’elle l’avait été au cours de la période prise en
compte pour le calcul de cette réduction.
Crim. - 23 novembre 2011.
CASSATION PARTIELLE SANS RENVOI
N
o
11-81.088. - CA Rennes, 28 décembre 2010.
M. Louvel, Pt. - M. Foulquié, Rap. - M. Cordier, Av. Gén.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
 3, 19 janvier 2012, Chroniques/Cour de cassation - chambre
criminelle, p.  171 à 184, spéc. n
o
  4, p.  175 à 177, note Anne
Leprieur («  Le  juge de l’application des peines, le récidiviste et
les réductions supplémentaires de peine »).
N
o
412
Prescription civile
Interruption.  - Acte interruptif.  - Demande en justice.  -
Opposition d’une partie à une demande de rétractation
d’une ordonnance rendue à sa requête.
En s’opposant à la demande de rétractation de l’ordonnance
rendue à sa requête, une partie forme une demande en justice
contre celui qu’elle veut empêcher de prescrire.
3
e
 Civ. - 14 décembre 2011.
REJET
N
o
10-25.178. - CA Douai, 13 juillet 2010.
M.  Terrier, Pt.  - M.  Mas, Rap.  - M.  Laurent-Atthalin, Av.  Gén.  -
SCP  Odent et Poulet, SCP  Célice, Blancpain et Soltner,
SCP  Boulloche, SCP  Didier et Pinet, SCP  Peignot et Garreau,
SCP Gatineau et Fattaccini, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Gazette
du Palais, n
o
  55-56, 24-25  février  2012, Chronique de
jurisprudence - droit immobilier, p. 33, note Marine Parmentier.
N
o
413
Presse
Provocation à la discrimination, à la haine ou à la violence
à l’égard d’une personne ou d’un groupe de personnes
à raison de leur origine ou de leur appartenance ou de
leur non-appartenance à une ethnie, une nation, une
race ou une religion déterminée. - Éléments constitutifs. -
Provocation. - Notion.
Le délit de provocation à la haine raciale n’est caractérisé que si
les juges constatent que, tant par son sens que par sa portée,
le propos incriminé tend à inciter le public à la discrimination, à
la haine ou à la violence envers une personne ou un groupe de
personnes déterminées.
N’ont pas cette portée, même s’ils peuvent légitimement
heurter ceux qu’ils visent, des propos, figurant dans quatre
pages d’un ouvrage consacré aux événements (tragiques)
s’étant déroulés au Rwanda entre 1990 et 1994, qui affirment
l’existence, chez les Tutsis, d’une (prétendue) «  culture du
mensonge et de la dissimulation  », sans néanmoins contenir
d’appel ou d’exhortation à la discrimination, à la haine ou à la
violence envers ceux-ci.
Crim. - 8 novembre 2011.
REJET
N
o
09-88.007. - CA Paris, 18 novembre 2009.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Straehli, Rap.  - Mme  Magliano, Av.  Gén.  -
SCP Monod et Colin, SCP Waquet, Farge et Hazan, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Gazette du
Palais, n
o
 32-33, 1
er
-2 janvier 2012, Chronique de jurisprudence -
droit de la presse, p. 14, note François Fourment.
N
o
414
Procédures civiles d’exécution
Mesures conservatoires.  - Saisie conservatoire.  - Tiers
saisi. - Obligation de renseignement. - Défaut. - Sanction. -
Paiement des causes de la saisie.  - Demande formée
par le créancier saisissant postérieurement à l’acte
de conversion en saisie-attribution.  - Recevabilité.  -
Détermination.
L’article 239 du décret du 31  juillet  1992 ne concerne que la
contestation par le tiers saisi de sa déclaration après conversion
de la saisie conservatoire, de sorte que ce texte ne limite pas
BICC_759_Livre.indb 54 3/23/2012 1:58:29 PM
55

1
er
avril 2012
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
dans le temps le droit, pour le créancier saisissant, de former
une demande en paiement sur le fondement de l’article 238 du
même texte.
2
e
 Civ. - 8 décembre 2011.
REJET
N
o
07-13.167. - CA Aix-en-Provence, 22 décembre 2006.
M.  Loriferne, Pt.  - Mme  Bardy, Rap.  - M.  Mucchielli,
Av.  Gén.  - SCP  Waquet, Farge et Hazan, SCP  Hémery et
Thomas-Raquin, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue Droit
et procédures, n
o
  2, février  2012, Jurisprudence commentée,
p. 47 à 49, note Christophe Lefort.
N
o
415
Procédures civiles d’exécution
Mesures d’exécution forcée.  - Saisie-attribution.  -
Dénonciation au débiteur.  - Débiteur en redressement
judiciaire.  - Dénonciation à l’administrateur judiciaire.  -
Exclusion.  - Cas.  - Débiteur à la tête de ses biens au
moment de la dénonciation.
Il résulte de l’article 58 du décret n
o
  92-755 du 31  juillet  1992
que la saisie-attribution doit être dénoncée au débiteur par acte
d’huissier de justice, dans un délai de huit jours, à peine de
caducité.
Par suite, viole les dispositions de ce texte la cour d’appel qui,
après avoir relevé qu’un débiteur, auquel une saisie-attribution
pratiquée le 15  mai  2008 avait été dénoncée le 19  mai  2008,
avait été placé en redressement judiciaire par jugement du
22 mai 2008, ordonne la mainlevée de la mesure d’exécution en
retenant que, faute d’une nouvelle dénonciation à l’administrateur
judiciaire désigné dans le cadre de la procédure collective avec
mission d’assistance, la mesure était caduque, alors qu’elle
constatait que la saisie-attribution avait été dénoncée dans le
délai légal au débiteur à la tête de ses biens.
2
e
 Civ. - 8 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-24.420. - CA Aix-en-Provence, 30 avril 2010.
M. Loriferne, Pt. - Mme Renault-Malignac, Rap. - M. Mucchielli,
Av. Gén. - SCP Nicolaÿ, de Lanouvelle et Hannotin, SCP Baraduc
et Duhamel, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la revue Droit
et procédures, n
o
  2, février  2012, Jurisprudence commentée,
p. 44 à 46, note François Vinckel.
N
o
416
Procédures civiles d’exécution
Mesures d’exécution forcée.  - Saisie-attribution.  - Tiers
saisi.  - Condamnation.  - Paiement des causes de la
saisie.  - Recours contre le débiteur.  - Mise en œuvre.  -
Portée.
Il résulte de l’article 24, alinéa 3, de la loi n
o
  91-650 du
9  juillet  1991 que le tiers entre les mains duquel est pratiquée
une saisie peut être condamné au paiement des causes de la
saisie, sauf recours contre le débiteur.
Fait une exacte application de ce texte la cour d’appel qui,
relevant qu’une société tiers avait, malgré la saisie-attribution
pratiquée entre ses mains sur des loyers dus à une société
débitrice, continué à régler à cette société les loyers et se
trouvait, par l’effet de sa condamnation au paiement au profit
du créancier des loyers saisis, avoir payé deux fois la même
somme, ce dont il résultait un enrichissement sans cause de la
société débitrice, retient que le fait d’avoir versé les loyers saisis
à la société débitrice et non au créancier n’était pas constitutif
d’une faute dont la société débitrice pouvait se prévaloir pour
s’opposer au recours en garantie exercé contre elle.
2
e
 Civ. - 8 décembre 2011.
REJET
N
o
10-23.399. - CA Fort-de-France, 23 mars 2009.
M. Loriferne, Pt. - Mme Renault-Malignac, Rap. - M. Mucchielli,
Av.  Gén.  - SCP  Fabiani et Luc-Thaler, SCP  Masse-Dessen et
Thouvenin, Av.
N
o
417
Propriété industrielle
Marques. - Contentieux. - Action en contrefaçon. - Mesures
probatoires.  - Procédure d’obtention d’informations.  -
Conditions.  - Décision préalable sur la matérialité de la
contrefaçon (non).
Le  juge de la mise en état peut ordonner les mesures prévues
par l’article L. 716-7-1 du code de propriété intellectuelle avant
toute décision sur la matérialité de la contrefaçon.
Com. - 13 décembre 2011.
REJET
N
o
10-28.088. - CA Lyon, 7 octobre 2010.
Mme  Favre, Pt.  - Mme  Mandel, Rap.  - M.  Mollard, Av.  Gén.  -
SCP  Hémery et Thomas-Raquin, SCP  Rocheteau et
Uzan-Sarano, Av.
N
o
418
Propriété littéraire et artistique
Droit d’auteur.  - Objet.  - Œuvre protégée.  - Œuvre de
l’esprit. - Définition. - Exclusion. - Cas.
Ayant relevé que le procédé de dessin par report sur plaque de
zinc constituait un travail purement technique, une cour d’appel
en a exactement déduit que seules les lithographies sont des
œuvres originales et que, même si elle conserve la trace de
l’œuvre, la plaque de zinc ne peut être qualifiée d’œuvre de
l’esprit.
1
re
 Civ. - 1
er
 décembre 2011.
REJET
N
o
09-15.819. - CA Paris, 26 juin 2009.
M. Charruault, Pt. - Mme Marais, Rap. - M. Mellottée, Av. Gén. -
SCP  Hémery et Thomas-Raquin, SCP  Lyon-Caen et Thiriez,
SCP Piwnica et Molinié, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Gazette
du Palais, n
o
  46-47, 15-16  janvier  2012, Chronique de
jurisprudence - droit de la propriété intellectuelle, p. 16-17, note
Laure Marino (« À propos des « matrices » de lithographies de
Giacometti : qu’est-ce qu’une œuvre ? »).
N
o
419
Protection des consommateurs
Crédit à la consommation. - Défaillance de l’emprunteur. -
Action. - Délai de forclusion. - Point de départ. - Date du
dépassement du montant du crédit octroyé non restauré
ultérieurement. - Applications diverses.
Le  simple rappel du plafond légal du montant du crédit
pouvant être autorisé n’emportant pas substitution de celui-ci
au montant du crédit octroyé, le dépassement de ce montant
constitue, à défaut de restauration ultérieure, le point de départ
du délai biennal de forclusion.
BICC_759_Livre.indb 55 3/23/2012 1:58:29 PM
56

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

1
er
avril 2012
1
re
 Civ. - 15 décembre 2011.
CASSATION SANS RENVOI
N
o
10-25.598. - CA Besançon, 30 juin 2010.
M.  Charruault, Pt.  - Mme  Richard, Rap.  - M.  Domingo,
Av. Gén. - SCP Lesourd, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue
Lamy droit des affaires, n
o
 67, janvier 2012, Actualités, n
o
 3838,
p. 45-46, note Chloé Mathonnière (« Crédit à la consommation :
point de départ du délai biennal de forclusion »). Voir également
la Gazette du Palais, n
o
  34-35, 3-4  février  2012, Chronique
de jurisprudence - droit bancaire, p.  24 à 26, note Myriam
Roussille, et cette même revue, n
o
  53-54, 22-23  février  2012,
Chronique de jurisprudence - droit de la consommation,
p. 15-16, note Stéphane Piedelièvre.
N
o
420
Protection des consommateurs
Crédit à la consommation. - Défaillance de l’emprunteur. -
Action.  - Délai de forclusion.  - Renonciation.  - Avenant
souscrit plus de deux ans après le montant initialement
consenti. - Absence d’influence.
La souscription, plus de deux ans après le montant initialement
consenti, d’un avenant augmentant la fraction immédiatement
disponible d’un crédit renouvelable n’emporte pas renonciation
à se prévaloir de la forclusion biennale dès lors qu’il ne peut être
renoncé aux dispositions d’ordre public de l’article L. 311-37 du
code de la consommation de façon non équivoque, pourvu que
le délai soit accompli.
1
re
 Civ. - 15 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-10.996. - CA Caen, 26 mars 2009.
M.  Charruault, Pt.  - Mme  Richard, Rap.  - M.  Domingo,
Av. Gén. - M
e
 Foussard, SCP Gatineau et Fattaccini, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue
Lamy droit des affaires, n
o
 67, janvier 2012, Actualités, n
o
 3838,
p. 45-46, note Chloé Mathonnière (« Crédit à la consommation :
point de départ du délai biennal de forclusion »). Voir également
la Gazette du Palais, n
o
  34-35, 3-4  février  2012, Chronique
de jurisprudence - droit bancaire, p.  24 à 26, note Myriam
Roussille.
N
o
421
Réglementation économique
Visite domiciliaire. - Obligation des parties. - Office du juge.
Lorsque le premier président de la cour d’appel est saisi
d’un recours portant sur la régularité des opérations de
visite et saisie en vue de rechercher la preuve de pratiques
anticoncurrentielles, il appartient aux parties d’établir si les
fichiers entrent ou non dans les prévisions de l’autorisation de
procéder à ces opérations.
Crim. - 30 novembre 2010.
REJET
N
o
10-81.749. - CA Versailles, 19 février 2010.
M. Louvel, Pt. - Mme Desgrange, Rap. - M. Gauthier, Av. Gén. -
SCP Baraduc et Duhamel, SCP Hémery et Thomas-Raquin, Av.
N
o
422
1
o
Réglementation économique
Visite domiciliaire.  - Obligation des parties.  - Office du
juge.
2
o
Fichiers et libertés publiques
Opérations de visite et de saisie. - Contrôle des opérations
par le juge des libertés et de la détention.  - Loi du
6 janvier 1978. - Application (non).
1
o
Lorsque le premier président de la cour d’appel est saisi
d’un recours portant sur la régularité des opérations de
visite et saisie en vue de rechercher la preuve de pratiques
anticoncurrentielles, il appartient aux parties d’établir si les
fichiers entrent ou non dans les prévisions de l’autorisation de
procéder à ces opérations.
2
o
Le premier président retient à bon droit que les dispositions
de la loi du 6 janvier 1978 relative à l’informatique, aux fichiers
et aux libertés sont inapplicables, dès lors que l’exécution d’une
opération de visite et saisie, autorisée par le juge des libertés
et de la détention, est réalisée sous son contrôle et que son
déroulement est susceptible d’un recours devant le premier
président.
Crim. - 30 novembre 2010.
REJET
N
o
10-81.748. - CA Versailles, 19 février 2010.
M.  Louvel, Pt.  - M.  Bloch, Rap.  - M.  Gauthier, Av.  Gén.  -
SCP  Piwnica et Molinié, SCP  Baraduc et Duhamel,
M
e
 Le Prado, Av.
N
o
423
Représentation des salariés
Délégué syndical. - Désignation. - Cadre de la désignation. -
Modification dans la situation juridique de l’employeur.  -
Transfert partiel d’entreprise. - Transfert n’emportant pas
maintien des mandats représentatifs en cours. - Portée.
Dès lors que le transfert de contrats de travail en application de
l’article L. 1224-1 du code du travail ne porte pas sur une entité
susceptible d’emporter maintien des mandats représentatifs
en cours, le score général obtenu par un salarié dans son
entreprise d’origine ne permet pas sa désignation en qualité de
délégué syndical au sein de sa nouvelle entreprise.
Soc. - 14 décembre 2011.
REJET
N
o
10-27.441. - TI Bordeaux, 25 novembre 2010.
M.  Lacabarats, Pt.  - M.  Béraud, Rap.  - M.  Weissmann,
Av.  Gén.  - SCP  Masse-Dessen et Thouvenin, SCP  Lyon-Caen
et Thiriez, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
 4, 26 janvier 2012, Actualité/droit du travail et sécurité sociale,
p. 224, note Franck Petit (« Le transfert d’un salarié n’emporte
pas nécessairement le transfert de son score électoral  »). Voir
également la revue Droit social, n
o
  2, février  2012, Actualité
jurisprudentielle, p.  211-212, note Laurence Pécaut-Rivolier, et
la Revue de jurisprudence sociale, n
o
 3/12, mars 2012, décision
n
o
 269, p. 222-223.
N
o
424
Responsabilité contractuelle
Obligation de sécurité.  - Sports.  - Escalade en salle.  -
Pratique libre sur les installations mises à disposition.  -
Portée.
Une association sportive est tenue d’une obligation contractuelle
de sécurité, de prudence et de diligence envers les sportifs
exerçant une activité dans ses locaux et sur des installations
mises à leur disposition, quand bien même ceux-ci pratiquent
librement cette activité.
BICC_759_Livre.indb 56 3/23/2012 1:58:29 PM
57

1
er
avril 2012
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
1
re
 Civ. - 15 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-23.528 et 10-24.545. - CA Paris, 21 juin 2010.
M.  Charruault, Pt.  - Mme  Canas, Rap.  - M.  Domingo,
Av.  Gén.  - SCP  Gadiou et Chevallier, SCP  Coutard et Mayer,
SCP  Lyon-Caen et Thiriez, SCP  Delvolvé, SCP  Rocheteau et
Uzan-Sarano, M
e
 Brouchot, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  52, 26  décembre  2011,
Jurisprudence, n
o
  1443, p.  2557, note Jean-Jacques Barbieri
(«  Extension de l’obligation de sécurité pesant sur les clubs
sportifs  »). Voir également la Gazette du Palais, n
o
  11-12,
11-12  janvier  2012, Chronique de jurisprudence - droit des
contrats, p. 21-22, note Dimitri Houtcieff (« La liberté de la victime
n’exclut pas l’obligation de sécurité de l’association sportive »),
la Revue Lamy droit civil, n
o
 90, février 2012, Actualités, n
o
 4542,
p.  13-14, note Élodie Pouliquen («  Nécessaire existence de
l’obligation de sécurité d’une association sportive  »), et le
Recueil Dalloz, n
o
  8, 23  février  2012, Études et commentaires,
p. 539 à 543, note Matthieu Develay (« Responsabilité d’un club
sportif et d’une maison de retraite  : vers une convergence des
responsabilités »).
N
o
425
Responsabilité délictuelle
ou quasi délictuelle
Personnes dont on doit répondre.  - Domaine
d’application.  - Exclusion.  - Personne hébergée dans
une maison de retraite en vertu d’un contrat, ayant porté
des coups mortels à un autre pensionnaire.
Une personne hébergée dans une maison de retraite en
vertu d’un contrat ayant porté des coups mortels à un autre
pensionnaire, la responsabilité de l’établissement ne peut être
engagée au titre de l’article 1384, alinéa premier, du code civil.
1
re
 Civ. - 15 décembre 2011.
REJET
N
o
10-25.740. - CA Dijon, 7 septembre 2010.
M.  Charruault, Pt.  - Mme  Dreifuss-Netter, Rap.  - M.  Domingo,
Av.  Gén.  - SCP  Blanc et Rousseau, SCP  Lyon-Caen et
Thiriez, Av.
Un commentaire de cette décision est paru Recueil Dalloz, n
o
 8,
23  février  2012, Études et commentaires, p.  539 à 543, note
Matthieu Develay («  Responsabilité d’un club sportif et d’une
maison de retraite : vers une convergence des responsabilités »).
N
o
426
Sécurité sociale
Caisse.  - Créances.  - Prestations indues.  - Action en
remboursement.  - Procédure.  - Mise en demeure.  -
Motivation.  - Motif ayant conduit à rejeter totalement
ou partiellement les observations formulées par le
professionnel ou l’établissement. - Nécessité.
Selon l’article R.  133-9-1 du code de la sécurité sociale, la
mise en demeure adressée, en application de l’article L. 133-4
du même code, au professionnel de santé ou à l’établissement
de santé par l’organisme d’assurance maladie comporte,
notamment, le motif qui, le cas échéant, a conduit à rejeter
totalement ou partiellement les observations formulées par le
professionnel ou l’établissement à la suite de la notification de
payer qui lui a été adressée initialement.
Viole ces dispositions le juge du fond qui juge irrégulière la
procédure de recouvrement de l’indu engagée par l’organisme
d’assurance maladie alors que, précisant que les observations
présentées par l’établissement de santé n’apportaient aucun
élément nouveau et n’appelaient donc aucune réponse de la
part de la caisse, la mise en demeure comportait les raisons du
rejet de ces observations.
2
e
 Civ. - 16 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-27.841. - CA Grenoble, 12 octobre 2010.
M. Loriferne, Pt. - M. Prétot, Rap. - SCP Boutet, Av.
N
o
427
1
o
Sécurité sociale
Caisse.  - Créances.  - Prestations indues.  - Action en
remboursement.  - Procédure.  - Mise en demeure.  -
Notification.  - Mentions obligatoires.  - Détermination.  -
Portée.
2
o
Sécurité sociale
Caisse.  - Créances.  - Prestations indues.  - Action en
remboursement.  - Procédure.  - Mise en demeure.  -
Notification.  - Signataire.  - Qualité.  - Détermination.  -
Portée.
3
o
Sécurité sociale, assurances sociales
Prestations (dispositions générales). - Soins dispensés par
les auxiliaires médicaux. - Entente préalable. - Demande
d’entente préalable.  - Demande inopérante.  - Cas.  -
Nouvelle cotation des actes litigieux n’étant pas entrée
en vigueur.
1
o
Ayant relevé que la notification de payer adressée à chacun
des professionnels de santé par l’organisme d’assurance
maladie mentionne l’application avant son entrée en vigueur
de la nouvelle cotation des actes litigieux, précise le nombre
et la catégorie de ces actes ainsi que la date à laquelle ils ont
été dispensés et le montant des sommes en résultant, vise
expressément la notification de payer adressée initialement et est
accompagnée en annexe du détail des sommes réclamées, le
juge du fond en a exactement déduit que la lettre de notification
de l’indu et la mise en demeure étaient suffisamment motivées.
2
o
Si, selon l’article R.  133-9-1 du code de la sécurité sociale,
la notification de payer prévue à l’article L.  133-4 du code
de la sécurité sociale est adressée au professionnel ou à
l’établissement de santé par le directeur de l’organisme
d’assurance maladie, ces dispositions n’exigent pas à peine de
nullité que la lettre de notification soit signée par le directeur ou
par un agent de l’organisme muni d’une délégation de pouvoir
ou de signature de celui-ci.
3
o
La nouvelle cotation des actes litigieux n’étant pas entrée en
vigueur, la demande d’accord préalable adressée au service du
contrôle médical était inopérante.
2
e
 Civ. - 16 décembre 2011.
REJET
N
o
10-27.051 à 10-27.055 et 10-27.058 à 10-27.064.  - TASS
Paris, 31 mai 2010.
M.  Loriferne, Pt.  - M.  Prétot, Rap.  - SCP  Barthélemy,
Matuchansky et Vexliard, SCP Gatineau et Fattaccini, Av.
N
o
428
1
o
Sécurité sociale
Cotisations.  - Assiette.  - Avantages en nature.  -
Évaluation. - Évaluation de l’avantage à sa valeur réelle. -
Portée.
BICC_759_Livre.indb 57 3/23/2012 1:58:30 PM
58

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

1
er
avril 2012
2
o
Union européenne
Sécurité sociale.  - Règlement (CE) n
o
  1408/71 du
14  juin  1971.  - Article 14  §  2.  - Activité salariée sur le
territoire de deux ou plusieurs États membres.  - Salarié
soumis à la législation de l’État membre sur le territoire
duquel il réside et exerce une partie de son activité.  -
Portée.
1
o
Justifie légalement sa décision d’annuler le redressement
relatif à la fourniture à prix réduit de produits de l’entreprise
à ses salariés la cour d’appel qui, après avoir exactement
énoncé que, selon l’article 6 de l’arrêté du 10 décembre 2002,
le montant des avantages en nature est déterminé d’après la
valeur réelle et relevé que les produits vendus au personnel à
un prix correspondant à 5 % du prix de vente public étaient des
produits défectueux retournés par les distributeurs ou les clients
et par suite impropres à une commercialisation normale, en
sorte que, dans le meilleur des cas, ils auraient pu être vendus
à un soldeur à 10 ou 15 % du prix public, retient que le plafond
de remise de 30 % admis par l’union de recouvrement a été
respecté.
2
o
Il résulte des articles 13 et 14, paragraphe 2, point b, du
Règlement communautaire n
o
  1408/71 et 12 bis, paragraphes
1, point a, et 2, points a et b, du Règlement communautaire
n
o
  574-72 pris pour son application que les personnes
auxquelles ce Règlement est applicable ne sont soumises qu’à
la législation d’un seul État membre et que la personne qui
exerce normalement une activité salariée sur le territoire de deux
États membres est soumise à la législation de l’État membre sur
le territoire duquel elle réside, si elle exerce une partie de son
activité sur ce territoire.
Par suite, viole ces textes la cour d’appel qui valide le
redressement correspondant à la réintégration dans l’assiette
des cotisations d’une société française des sommes qualifiées
d’honoraires ou de jetons de présence versées à son directeur
général, ressortissant italien, tout en constatant que pendant la
période litigieuse, il résidait en Italie, où il avait une autre activité
salariée et était assujetti à la législation de sécurité sociale
italienne, en sorte que son employeur en France n’était tenu
de verser des cotisations sociales qu’à l’organisme italien de
sécurité sociale et qu’il appartenait à l’union de recouvrement, à
l’issue de son contrôle, d’aviser les institutions de coordination
de l’Union européenne.
2
e
 Civ. - 16 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-26.878. - CA Orléans, 22 septembre 2010.
M. Loriferne, Pt. - M. Feydeau, Rap. - Mme Lapasset, Av. Gén. -
SCP Gatineau et Fattaccini, SCP Célice, Blancpain et Soltner, Av.
N
o
429
Sécurité sociale
Cotisations.  - Exonération.  - Article 15 I de la loi
n
o
 2005-157 du 23 février 2005. - Domaine d’application. -
Exclusion. - Cas. - Rémunérations versées par un centre
hospitalier aux praticiens hospitaliers titulaires.
L’exonération des cotisations à la charge de l’employeur prévue
à l’article 15 I de la loi n
o
 2005-157 du 23 février 2005 n’est pas
applicable aux rémunérations versées par un centre hospitalier
aux praticiens hospitaliers titulaires dès lors que, s’agissant
d’agents publics statutaires nommés par arrêté ministériel qui
ne relèvent du régime général de la sécurité sociale qu’en
vertu d’un texte spécial, ils ne sont pas liés à l’établissement
hospitalier public par un contrat de travail.
2
e
 Civ. - 1
er
 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-28.074. - CA Limoges, 18 octobre 2010.
M.  Loriferne, Pt.  - M.  Feydeau, Rap.  - Mme  de Beaupuis,
Av. Gén. - SCP Boutet, SCP Lyon-Caen et Thiriez, Av.
N
o
430
Sécurité sociale, accident du travail
Procédure.  - Procédure préliminaire.  - Appréciation du
caractère professionnel de l’accident ou de la maladie. -
Respect du principe de la contradiction.  - Domaine
d’application.  - Exclusion.  - Cas.  - Décision de prise
en charge de la maladie au titre de la législation
professionnelle résultant d’une décision juridictionnelle
opposable à l’employeur.
Un employeur n’est pas recevable, en application des
dispositions de l’article R.  441-11 du code de la sécurité
sociale, à invoquer l’irrégularité de la procédure administrative
d’instruction d’une demande de prise en charge d’une maladie
au titre de la législation professionnelle menée par une caisse,
lorsque la décision de prise en charge résulte d’une décision
juridictionnelle rendue dans une procédure intentée par le
salarié qui conteste la décision de refus opposée par la caisse,
procédure dans laquelle l’employeur, qui y a été appelé, a pu
faire valoir ses moyens de défense.
2
e
 Civ. - 1
er
 décembre 2011.
REJET
N
o
10-25.507. - CA Amiens, 31 août 2010.
M.  Loriferne, Pt.  - M.  Salomon, Rap.  - Mme  de Beaupuis,
Av. Gén. - M
e
 Le Prado, M
e
 Balat, M
e
 de Nervo, Av.
N
o
431
Sécurité sociale, assurances sociales
Vieillesse.  - Pension.  - Conditions.  - Périodes
d’assurance.  - Période de travail en Algérie.  - Loi du
26 décembre 1964. - Bénéficiaires. - Détermination.
Les circonstances exceptionnelles dont fait état le protocole n
o
 3
annexé à la Convention franco-algérienne du 19  janvier  1965,
protocole maintenu en vigueur par l’article 70 de la Convention
franco-algérienne du 1
er
 octobre 1980 et non remis en cause par
l’Accord euro-méditerranée ratifié par la loi du 2 décembre 2003,
ont conduit les autorités françaises à imposer aux organismes
français chargés du risque vieillesse des mesures législatives de
validation gratuite par assimilation de situation, pour les activités
professionnelles exercées dans les départements français
d’Algérie et du Sahara avant le 1
er
 juillet 1962.
Ces mesures de validation gratuite, notamment celles prévues
par la loi n
o
  64-1330 du 26  décembre  1964, ne peuvent
concerner que des personnes qui ont perdu, en raison de ces
circonstances exceptionnelles, les droits qu’elles pensaient
avoir acquis auprès des caisses de ces départements grâce aux
cotisations qu’elles avaient versées.
Ne se détermine pas dès lors par des motifs qui constitueraient
à son encontre une discrimination, du fait de sa nationalité ou
de sa résidence, une cour d’appel qui refuse d’accéder à une
demande de validation gratuite présentée à une caisse française
chargée des retraites par un ressortissant algérien résidant en
Algérie pour une période d’activité qu’il aurait accomplie dans
les départements français d’Algérie et du Sahara, dès lors qu’il
ne ressort pas des pièces produites que le demandeur se serait
vu refuser par l’institution algérienne chargée des retraites, motif
pris des circonstances exceptionnelles liées à l’indépendance
de l’Algérie, la prise en compte par cette institution algérienne
des cotisations qu’il aurait versées au régime général des
travailleurs salariés de ces départements avant le 1
er
 juillet 1962.
2
e
 Civ. - 1
er
 décembre 2011.
REJET
BICC_759_Livre.indb 58 3/23/2012 1:58:30 PM
59

1
er
avril 2012
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
N
o
10-23.274. - CA Dijon, 24 septembre 2009.
M.  Loriferne, Pt.  - M.  Barthélemy, Rap.  - Mme  de Beaupuis,
Av. Gén. - SCP Roger et Sevaux, SCP Gatineau et Fattaccini, Av.
N
o
432
Sécurité sociale, contentieux
Contentieux général.  - Compétence matérielle.  -
Intervention forcée de l’assureur. - Conditions. - Intervention
tendant à une déclaration de jugement commun.
Il résulte des articles 100 du code de procédure civile et L. 142-2
du code de la sécurité sociale, d’une part, qu’un assureur
peut être appelé devant une juridiction de sécurité sociale en
intervention forcée lorsqu’elle ne tend qu’à une déclaration de
jugement commun, d’autre part, que la déclaration de jugement
commun ne se prononçant pas sur les relations entre les parties
et les intervenants forcés, aucune exception de litispendance
ne peut être tirée de l’existence d’une autre instance entre
l’assureur et la partie qui l’appelle en intervention forcée, ne
s’agissant pas du même litige.
2
e
 Civ. - 16 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE SANS RENVOI
N
o
10-26.704. - CA Pau, 23 septembre 2010.
M.  Loriferne, Pt.  - M.  Cadiot, Rap.  - SCP  Vincent et Ohl,
SCP Masse-Dessen et Thouvenin, Av.
N
o
433
Sécurité sociale, contentieux
Contentieux général. - Procédure. - Procédure gracieuse
préalable. - Commission de recours amiable. - Saisine. -
Exclusion.  - Cas.  - Litige concernant la caisse générale
de prévoyance des marins.
Il résulte de l’article 61 du décret-loi du 17  juin  1938 modifié
relatif à la réorganisation et à l’unification du régime d’assurance
des marins que les difficultés concernant la caisse générale
de prévoyance des marins autres que celles résultant de
l’application de son article 3 ou prévues par ses articles 38 bis,
57 et 58 sont soumises aux juridictions compétentes en matière
de sécurité sociale sans saisine préalable d’une commission
de recours amiable dont l’établissement public dénommé
Établissement national des invalides de la marine qui gère cette
caisse n’est pas pourvu.
2
e
 Civ. - 16 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-26.908. - TASS Toulon, 17 septembre 2010.
M.  Loriferne, Pt.  - M.  Cadiot, Rap.  - SCP  Delaporte, Briard et
Trichet, Av.
N
o
434
Sécurité sociale, contentieux
Contentieux spéciaux.  - Contentieux technique.  - Cour
nationale de l’incapacité et de la tarification de l’assurance
des accidents du travail.  - Procédure.  - Appel.  - Acte
d’appel. - Mandataire. - Pouvoir spécial. - Nécessité.
Il résulte de la combinaison des articles L.  144-3 et R.  143-24
du code de la sécurité sociale que, devant la Cour nationale,
le mandataire doit, s’il n’est avoué ou avocat, justifier d’un
pouvoir spécial tant pour interjeter appel que pour assister ou
représenter les parties devant la Cour nationale.
Ayant constaté que l’Établissement national des invalides de la
marine (ENIM) ne produisait qu’un document intitulé « mandat »,
qui n’avait pas été établi dans le délai d’appel et ne visait pas
l’affaire en cause, par lequel le directeur de cet établissement
public donnait pouvoir au chef du bureau du contentieux de la
sécurité sociale des marins, à l’effet de représenter l’ENIM en
justice et dans tous les actes de la vie civile, la Cour nationale
de l’incapacité et de la tarification de l’assurance des accidents
du travail en a exactement déduit que l’appel ainsi formé était
irrecevable.
2
e
 Civ. - 16 décembre 2011.
REJET
N
o
10-23.098. - Cour nationale de l’incapacité et de la tarification
de l’assurance des accidents du travail, 27 mai 2010.
M.  Loriferne , Pt.  - Mme  Coutou, Rap.  - Mme  de Beaupuis,
Av. Gén. - SCP Delaporte, Briard et Trichet, Av.
N
o
435
Séparation des pouvoirs
Compétence judiciaire.  - Domaine d’application.  -
Contentieux général de la sécurité sociale.  - Accident
du travail.  - Définition.  - Exclusion.  - Cas.  - Accident
de service survenu à un agent titulaire d’une collectivité
publique à l’occasion de l’exercice de ses fonctions.
Le  litige qui a trait à la réparation par une personne de droit
public des conséquences dommageables de l’accident de
service survenu à l’un de ses agents titulaires à l’occasion de
l’exercice de ses fonctions n’entre pas dans le champ du régime
de droit commun des accidents de travail institué par le code
de la sécurité sociale et relève par suite de la compétence de la
juridiction de l’ordre administratif, quel que soit le fondement sur
lequel l’action a été intentée, et ce, alors même que l’accident
a été causé par un véhicule.
2
e
 Civ. - 8 décembre 2011.
CASSATION SANS RENVOI
N
o
10-24.907. - CA Nîmes, 29 juin 2010.
M.  Loriferne, Pt.  - M.  André, Rap.  - M.  Mucchielli, Av.  Gén.  -
SCP  Boré et Salve de Bruneton, SCP  Rocheteau et Uzan-
Sarano, Av.
N
o
436
Société (règles générales)
Société en formation.  - Personnes ayant agi en son
nom.  - Reprise des engagements.  - Conditions.  -
Accomplissement d’une des formalités légales.  -
Nécessité.
Ne donne pas de base légale à sa décision, faute de
constater l’accomplissement régulier de l’une ou l’autre des
formalités prévues par les articles L.  210-6 et R.  210-5 du
code de commerce et de l’article 6 du décret n
o
  78-704
du 3  juillet  1978, une cour d’appel qui, pour accueillir une
demande en paiement de matériel commandé pour le compte
d’une société avant son immatriculation, retient que celle-ci a
procédé à une reprise implicite de l’engagement en procédant
à un remboursement partiel d’une partie du matériel commandé
et que, postérieurement à son immatriculation au registre
du commerce et des sociétés, la reprise de cet engagement
découle de la conclusion d’un contrat de crédit-bail destiné à
financer le matériel, objet de la commande.
Com. - 13 décembre 2011.
CASSATION
N
o
11-10.699. - CA Rennes, 15 octobre 2010.
Mme Favre, Pt. - M. Le Dauphin, Rap. - M. Mollard, Av. Gén. -
SCP Bouzidi et Bouhanna, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
  2, 12  janvier  2012, Actualité/droit des affaires, p.  91, note
BICC_759_Livre.indb 59 3/23/2012 1:58:30 PM
60

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

1
er
avril 2012
Alain Lienhard (« Société en formation : pas de reprise implicite
(nouvel exemple)  »). Voir également la Revue des sociétés,
février  2012, Jurisprudence, p.  92, note Stéphane Prévost
(« Reprise des actes : qui n’écrit mot ne consent pas »).
N
o
437
Société civile
Associés.  - Obligations.  - Dettes sociales.  - Paiement.  -
Action du créancier social. - Prescription quinquennale. -
Point de départ. - Jour de naissance de la créance envers
la société (non).
Viole l’article 1859 du code civil, selon lequel toutes les actions
contre les associés non liquidateurs se prescrivent par cinq
ans à compter de la publication de la dissolution de la société,
une cour d’appel qui, pour dire l’action d’un créancier contre
un associé non liquidateur non prescrite, fait courir le délai de
prescription du jour de la naissance de la créance.
Com. - 13 décembre 2011.
CASSATION
N
o
11-10.008. - CA Montpellier, 7 septembre 2010.
Mme  Favre, Pt.  - M.  Fédou, Rap.  - M.  Mollard, Av.  Gén.  -
SCP Lesourd, SCP Laugier et Caston, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
  2, 12  janvier  2012, Actualité/droit des affaires, p.  91, note
Alain Lienhard (« Poursuites contre les assciés d’une SCI : point
de départ de la prescription »).
N
o
438
Statut collectif du travail
Conventions et accords collectifs. - Conventions diverses. -
Convention nationale des transports routiers et activités
auxiliaires du transport. - Accord du 18 avril 2002 fixant les
conditions d’emploi et de la continuité du contrat de travail
du personnel en cas de changement de prestataire.  -
Article 28.2.  - Changement de prestataire.  - Obligation
de l’entreprise entrante.  - Présentation de l’entreprise
sortante.  - Manquement.  - Effets.  - Exonération de
l’entreprise sortante de son obligation d’information (non).
L’accord du 18  avril  2002, annexé à la convention collective
nationale des transports routiers et activités auxiliaires du
transport du 21  décembre  1950, fixant les conditions d’emploi
et de la continuité du contrat de travail du personnel en cas de
changement de prestataire, en ses dispositions alors en vigueur,
prévoyait, en son article 28.2, que l’entreprise entrante est tenue
de se faire connaître à l’entreprise sortante dès qu’elle obtient ses
coordonnées, et, en son article 28.3.2, que l’entreprise sortante
informera par écrit chacun des salariés bénéficiant de la garantie
d’emploi de son obligation de se présenter au lieu de prise de
service, qu’elle précisera le jour du changement de prestataire.
Il résulte de ces dispositions que le manquement de l’entreprise
entrante à son obligation de se faire connaître auprès de
l’entreprise sortante n’exonère pas celle-ci de son obligation
d’informer les salariés, bénéficiaires de la garantie d’emploi, de
ce qu’ils sont tenus de se présenter au lieu de la prise de service.
Soc. - 7 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-19.434. - CA Aix-en-Provence, 29 mars 2010.
Mme  Mazars, Pt (f.f.).  - Mme  Sommé, Rap.  - M.  Cavarroc,
Av.  Gén.  - SCP  Masse-Dessen et Thouvenin, SCP  Waquet,
Farge et Hazan, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  2/12, février  2012, décision n
o
  113,
p.  109-110. Voir également la Revue de droit du travail, n
o
  2,
février  2012, Chroniques, p.  96 à 100, note Alexandre Fabre
(«  Vers une plus grande effectivité du transfert conventionnel
des contrats de travail »).
N
o
439
Statut collectif du travail
Conventions et accords collectifs.  - Conventions
diverses.  - Convention nationale des transports routiers
et activités auxiliaires du transport. - Annexe I ouvriers. -
Article  11  ter.  - Inaptitude physique à la conduite.  -
Indemnité conventionnelle particulière.  - Bénéfice.  -
Conditions. - Détermination. - Portée.
Il résulte de l’article 11 ter de l’annexe I à la convention
collective nationale des transports routiers et activités auxiliaires
du transport du 21  décembre  1950 qu’en cas d’incapacité
définitive à la conduite entraînant le retrait du permis de conduire
de la catégorie attachée à son emploi pour inaptitude physique
constatée par une commission médicale départementale,
en l’absence de reclassement et à condition que le salarié
justifie de trois ans d’exercice du métier de conducteur
dans l’entreprise, le conducteur bénéficie d’une indemnité
conventionnelle particulière dont le montant varie en fonction de
son ancienneté  ; que ce texte a vocation à s’appliquer en cas
d’inaptitude définitive au poste de conducteur routier prononcée
par le médecin du travail dès lors que le salarié est resté dans
l’incapacité physique de reprendre son ancienne profession.
Encourt dès lors la cassation pour défaut de base légale l’arrêt
qui, pour rejeter la demande d’indemnité conventionnelle
particulière, retient que le salarié ne remplit pas les conditions
prévues pour en bénéficier, sans préciser si le salarié était dans
l’incapacité définitive de reprendre son ancienne profession.
Soc. - 7 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-15.119. - CA Douai, 29 janvier 2010.
Mme  Mazars, Pt (f.f.).  - M.  Gosselin, Rap.  - M.  Cavarroc,
Av. Gén. - SCP Rocheteau et Uzan-Sarano, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  3/12, mars  2012, décision n
o
  292,
p. 238-239.
N
o
440
Statuts professionnels particuliers
Journaliste professionnel.  - Statut.  - Application.  -
Conditions. - Détermination. - Portée.
Aux termes de l’article L.  7111-3, alinéa premier, du code du
travail, est journaliste professionnel toute personne qui a pour
activité principale, régulière et rétribuée, l’exercice de sa profession
dans une ou plusieurs entreprises de presse, publications
quotidiennes et périodiques ou agences de presse et qui en
tire le principal de ses ressources. Selon l’article L.  7111-4 du
même code, « Sont assimilés aux journalistes professionnels les
collaborateurs directs de la rédaction, rédacteurs-traducteurs,
sténographes-rédacteurs, rédacteurs-réviseurs, reporters-
dessinateurs, reporters-photographes, à l’exclusion des agents
de publicité et de tous ceux qui n’apportent, à un titre
quelconque, qu’une collaboration occasionnelle ».
Il résulte de ces textes que ne peut avoir la qualité de journaliste
professionnel que celui qui apporte à l’entreprise de presse une
collaboration constante et régulière et qui en tire l’essentiel de
ses ressources.
Justifie dès lors légalement sa décision la cour d’appel qui,
ayant relevé qu’une avocate rédigeant des articles juridiques
pour un magazine, bien qu’apportant à la société éditrice
une collaboration constante et régulière, ne tirait pas de cette
BICC_759_Livre.indb 60 3/23/2012 1:58:30 PM
61

1
er
avril 2012
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
collaboration l’essentiel de ses ressources, de sorte qu’elle
ne pouvait prétendre au statut de journaliste professionnel et
au bénéfice de la présomption de salariat prévue à l’article
L. 7112-1 du code du travail, déclare la juridiction prud’homale
incompétente pour connaître de ses demandes.
Soc. - 7 décembre 2011.
REJET
N
o
10-10.192. - CA Paris, 5 novembre 2009
Mme Mazars, Pt (f.f.). - M. Blatman, Rap. - M. Legoux, Av. Gén. -
SCP Roger et Sevaux, SCP Gatineau et Fattaccini, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  52, 26  décembre  2011,
Jurisprudence, n
o
  1459, p.  2574 («  Journaliste professionnel
et présomption de salariat  »). Voir également la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  3/12, mars  2012, décision n
o
  289,
p. 236-237, et la Gazette du Palais, n
o
 29-31, 29-31 janvier 2012,
Étude, p.  13 à 16, note Gaëlle Deharo («  Entre travail et
profession : l’activité de l’avocat saisie par la jurisprudence »).
N
o
441
Syndicat professionnel
Représentativité.  - Détermination.  - Critères.  - Champ
statutaire d’intervention. - Portée.
Le  syndicat national du personnel commercial navigant, qui
a vocation à présenter des candidats dans tous les collèges
électoraux, ne se trouve pas dans la même situation que
les organisations syndicales catégorielles, dont les règles
statutaires ne donnent vocation qu’à présenter des candidats
dans certains collèges électoraux déterminés.
Il en résulte que constitue une justification objective et raisonnable
à la différence de traitement instituée par le législateur la prise
en compte de la différence de champ statutaire d’intervention
des syndicats catégoriels de cadres affiliés à une confédération
catégorielle nationale et des syndicats catégoriels nationaux des
personnels pilotes de ligne pour leur permettre de participer à
la négociation collective pour les catégories qu’ils ont vocation
à représenter.
Soc. - 14 décembre 2011.
REJET
N
o
10-18.699. - TI Morlaix, 25 mai 2010.
M.  Lacabarats, Pt.  - Mme  Pécaut-Rivolier, Rap.  -
M. Weissmann Av. Gén. - SCP Ghestin, SCP Célice, Blancpain
et Soltner, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  2/12, février  2012, décision n
o
  196,
p.  163 à 165. Voir également la revue Droit social, n
o
  2,
février  2012, Actualité jurisprudentielle, p.  213 à 215, note
Franck Petit.
N
o
442
Syndicat professionnel
Section syndicale.  - Représentant.  - Fonctions.  -
Détermination. - Portée.
La désignation d’un représentant syndical au comité d’entreprise
est une prérogative que la loi réserve aux syndicats qui
ont obtenu une légitimité électorale, soit en étant reconnus
représentatifs, dans les entreprises de moins de 300 salariés,
soit en ayant des élus au comité d’entreprise dans les autres
entreprises.
Il en résulte que le représentant de section syndicale n’est
pas de droit représentant syndical au comité d’entreprise ou
d’établissement.
Soc. - 14 décembre 2011.
REJET
N
o
11-14.642. - TI Paris 15, 15 mars 2011.
M. Lacabarats, Pt. - Mme Pécaut-Rivolier, Rap. - M. Weissmann,
Av. Gén. - SCP Waquet, Farge et Hazan, SCP Delvolvé, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  2/12, février  2012, décision n
o
  157,
p. 135. Voir également la revue Droit social, n
o
 2, février 2012,
Actualité jurisprudentielle, p. 216-217, note Franck Petit.
N
o
443
1
o
Tourisme
Agence de voyages. - Responsabilité. - Responsabilité de
plein droit. - Étendue. - Détermination. - Portée.
2
o
Tourisme
Organisateur de croisière. - Responsabilité. - Responsabilité
de plein droit. - Étendue. - Détermination. - Portée.
1
o
L’agence de voyage qui vend une croisière, responsable de
plein droit à l’égard des acheteurs de la bonne exécution des
obligations résultant du contrat, est tenue envers ceux-ci à la
réparation des conséquences dommageables d’une intoxication
alimentaire dont il n’est pas établi qu’elle aurait été contractée
avant le départ ou à l’occasion d’une excursion non prévue par
le contrat.
2
o
L’organisateur de croisières est responsable de plein droit
des conséquences dommageables, pour les passagers, d’une
intoxication alimentaire dès lors que celle-ci a été subie à
l’occasion de la fourniture d’une prestation autre que l’exécution
du contrat de transport proprement dit.
1
re
 Civ. - 15 décembre 2011.
REJET
N
o
10-10.585. - CA Reims, 2 novembre 2009.
M.  Charruault, Pt.  - Mme  Crédeville, Rap.  - M.  Domingo,
Av. Gén. - M
e
 Bouthors, SCP Blanc et Rousseau, M
e
 Le Prado, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  52, 26  décembre  2011,
Jurisprudence, n
o
 1444, p. 2558 (« Incidence de la responsabilité
de l’organisateur de croisières sur la charge de la preuve »). Voir
également le Recueil Dalloz, n
o
  2, 12  janvier  2012, Actualité/
droit civil, p.  93, note Xavier Delpech («  Organisateur d’une
croisière  : conditions de la responsabilité  »), et la Revue Lamy
droit des affaires, n
o
  67, janvier  2012, Actualités, n
o
  3837,
p. 44-45, note Chloé Mathonnière (« Croisières maritimes »).
N
o
444
Transports ferroviaires
SNCF. - Responsabilité. - Responsabilité contractuelle. -
Conditions. - Détermination. - Portée.
Doit être cassé l’arrêt qui retient la responsabilité contractuelle
de la SNCF tout en constatant que l’accident n’était pas
survenu dans l’exécution d’un contrat conclu avec la victime.
1
re
 Civ. - 1
er
 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-19.090. - CA Chambéry, 30 mars 2010.
M.  Charruault, Pt.  - M.  Garban, Rap.  - M.  Mellottée, Av.  Gén.  -
SCP Odent et Poulet, SCP Baraduc et Duhamel, SCP Boutet, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Gazette du
Palais, n
o
  18-19, 18-19  janvier  2012, Jurisprudence, p.  17-18,
note Romain Carayol (« Indemnisation du voyageur : responsabilité
contractuelle ou délictuelle ? Longue vie aux têtes de linotte ! »).
BICC_759_Livre.indb 61 3/23/2012 1:58:30 PM
62

Bulletin d’information
Arrêts des chambres

1
er
avril 2012
Voir également cette même revue, n
o
  39-40, 8-9  février  2012,
Chronique de jurisprudence - droit de la responsabilité civile,
p.  19-20, note Mustapha Mekki («  Bon billet pour un mauvais
train  : quelle responsabilité  ?  »), et la Revue Lamy droit civil,
n
o
  90, février  2012, Actualités, n
o
  4547, p.  23-24, note Gaëlle
Le  Nestour Drelon («  De la responsabilité de la SNCF à l’égard
d’un voyageur non muni d’un titre de transport »).
N
o
445
Transports routiers
Marchandises.  - Transport international.  - Convention
de Genève du 19  mai  1956 (CMR).  - Responsabilité.  -
Action en responsabilité.  - Prescription.  - Domaine
d’application. - Action directe en paiement du transport.
Selon l’article 32 de la Convention de Genève du 19 mai 1956,
relative au contrat de transport international de marchandises
par route, dite CMR, la prescription des actions auxquelles
peuvent donner lieu les transports soumis à la Convention est
régie par les dispositions de celle-ci.
Il s’ensuit que l’action en garantie du paiement du prix du
transport, prévue par l’article L.  132-8 du code de commerce,
se prescrit conformément aux dispositions de l’article 32 de la
CMR.
Com. - 6 décembre 2011.
CASSATION PARTIELLE
N
o
10-23.466. - CA Paris, 10 juin 2010.
Mme  Favre, Pt.  - M.  Lecaroz, Rap.  - Mme  Bonhomme,
Av. Gén. - M
e
 Foussard, SCP Lyon-Caen et Thiriez, Av.
Un commentaire de cette décision est paru au Recueil Dalloz,
n
o
 1, 5 janvier 2012, Actualité/droit des affaires, p. 4, note Xavier
Delpech («  Transport routier international  : action directe du
transporteur »).
N
o
446
Travail réglementation,
santé et sécurité
Comité d’hygiène, de sécurité et des conditions de
travail. - Recours à un expert. - Choix de l’expert. - Règles
applicables. - Règles prévues pour les marchés de service
par le décret n
o
  2005-1742 du 30  décembre  2005.  -
Exclusion. - Portée.
La décision de recourir à un expert, prise par le comité
d’hygiène, de sécurité et des conditions de travail (CHSCT) d’un
établissement public en application de l’article L.  4614-12 du
code du travail, n’est pas au nombre des marchés de service
énumérés limitativement par l’article 8 du décret n
o
 2005-1742
du 30  décembre  2005 portant application de l’ordonnance
n
o
 2005-649 du 6 juin 2005.
Il en résulte que la cour d’appel, saisie en contestation du
choix d’un expert par le CHSCT de l’assistance publique des
hôpitaux de Paris, n’avait pas à rechercher si les modalités
de désignation de cet expert par le CHSCT répondaient à des
règles particulières de la commande publique.
Soc. - 14 décembre 2011.
REJET
N
o
10-20.378. - CA Paris, 10 mai 2010.
M. Lacabarats, Pt. - Mme Pécaut-Rivolier, Rap. - M. Cavarroc,
Av.  Gén.  - SCP  Gatineau et Fattaccini, SCP  Masse-Dessen et
Thouvenin, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue de
jurisprudence sociale, n
o
  3/12, mars  2012, décision n
o
  258,
p. 212 à 214.
N
o
447
Travail réglementation,
santé et sécurité
Services de santé au travail.  - Examens médicaux.  -
Inaptitude physique du salarié.  - Constat d’inaptitude.  -
Défaut. - Portée.
La clause d’une convention collective ne peut prévoir une
résiliation de plein droit du contrat de travail en raison du
classement du salarié dans une catégorie d’invalidité déterminée
et dispenser en ce cas l’employeur de l’avis du médecin du
travail.
Selon l’article L.  122-45 du code du travail, dans sa rédaction
alors applicable, aucun salarié ne peut être sanctionné ou
licencié en raison, notamment, de son état de santé ou de son
handicap, à moins qu’il n’ait été déclaré inapte par le médecin
du travail.
Est justifiée en conséquence la décision d’une cour d’appel
qui décide que la résiliation fondée sur la mise en invalidité du
salarié sans constatation préalable de son inaptitude par le
médecin du travail conformément aux dispositions légales est
nulle, ce qui ouvre droit au salarié aux indemnités de rupture et
à des dommages-intérêts au moins égaux à l’indemnité prévue
à l’article L. 1235-3 du code du travail.
Soc. - 7 décembre 2011.
REJET
N
o
10-15.222. - CA Douai, 29 janvier 2010.
Mme Mazars, Pt (f.f.). - M. Trédez, Rap. - M. Legoux, Av. Gén. -
SCP Célice, Blancpain et Soltner, SCP Gatineau et Fattaccini, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans La Semaine
juridique, édition générale, n
o
  52, 26  décembre  2011,
Jurisprudence, n
o
  1458, p.  2573, note Carole Lefranc-
Hamoniaux («  Invalidité  : pas de résiliation de plein droit du
contrat de travail  »). Voir également la Revue de jurisprudence
sociale, n
o
 2/12, février 2012, décision n
o
 133, p. 120-121.
N
o
448
Vente
Immeuble. - Lésion. - Rescision. - Action en rescision. -
Conséquences.  - Droit de propriété de l’acquéreur.  -
Absence d’influence. - Portée.
L’action en rescision pour lésion ne remet pas en cause, par
elle-même, le droit de propriété de l’acquéreur.
Dès lors, viole les articles 1583, 1674 et 1681 du code civil une
cour d’appel qui retient à la fois un manquement des vendeurs
qui n’ont pas réitéré la vente après la levée de l’option par
l’acquéreur et le fait que s’ils avaient engagé une action en
rescision pour lésion, celle-ci n’aurait pas permis à l’acquéreur
d’engager les travaux envisagés jusqu’à l’issue des procédures.
3
e
 Civ. - 14 décembre 2011.
CASSATION
N
o
10-25.408. - CA Aix-en-Provence, 8 juillet 2010.
M. Terrier, Pt. - M. Pronier, Rap. - M. Laurent-Atthalin, Av. Gén. -
M
e
 Haas, SCP Bénabent, Av.
Un commentaire de cette décision est paru dans la Revue Lamy
droit civil, n
o
  90, février  2012, Actualités, n
o
  4540, p.  12, note
Élodie Pouliquen («  Action en rescision pour lésion et droit de
propriété de l’acheteur »). Voir également la Gazette du Palais,
n
o
 55-56, 24-25 février 2012, Chronique de jurisprudence - droit
immobilier, p. 38, note Marine Parmentier.
BICC_759_Livre.indb 62 3/23/2012 1:58:30 PM
63

1
er
avril 2012
Arrêts des chambres

Bulletin d’information
DÉCISIONS DES COMMISSIONS ET JURIDICTIONS INSTITUÉES AUPRÈS DE LA COUR DE CASSATION
Commission nationale de réparation
des détentions
N
o
449
Réparation à raison d’une détention
Préjudice.  - Préjudice matériel.  - Réparation.  - Préjudice
économique. - Perte de chance. - Cas.
A perdu une chance de pouvoir continuer à travailler en France
le demandeur qui, en raison de l’incarcération, a été privé
de l’autorisation administrative de travail dont il bénéficiait
auparavant, alors qu’il avait constamment occupé un emploi sur
le territoire national depuis son émigration.
7 novembre 2011.
INFIRMATION PARTIELLE
N
o
11-CRD.021. - CA Toulouse, 17 janvier 2011
M.  Straehli, Pt.  - M.  Kriegk, Rap.  - M.  Charpenel, Av.  Gén.  -
M
e
 Meier-Bourdeau, M
e
 Pujol-Suquet, Av.
N
o
450
Réparation à raison d’une détention
Réparation du préjudice causé par la condamnation.  -
Préjudice. - Préjudice matériel. - Frais d’avocat.
Un état de frais établi par un avocat et correspondant à une
visite en maison d’arrêt peut donner lieu à indemnisation,
compte tenu de son lien avec la privation de liberté.
7 novembre 2011.
INFIRMATION PARTIELLE
N
o
11-CRD.028. - CA Dijon, 15 mars 2011
M.  Straehli, Pt.  - M.  Leroy-Gissinger, Rap.  - M.  Charpenel,
Av. Gén. - M
e
 Cohen-Sabban, M
e
 Meier-Bourdeau, Av.
BICC_759_Livre.indb 63 3/23/2012 1:58:30 PM
BICC_759_Livre.indb 64 3/23/2012 1:58:30 PM
Pour vous abonner aux publications de la Cour de cassation, complétez ce bulletin d’abonnement et
retournez-le à la librairie de la Documentation française, 29-31, quai Voltaire, 75007 Paris
Je souhaite m’abonner
1
:
r Au bulletin d’information, pour une durée d’un an
(référence d’édition 91) : 116 €
2
r Abonnement annuel D.O.M.-T.O.M. : uniquement par avion, tarif sur demande
r Abonnement annuel étranger : paiement d’un supplément modulé selon
la zone de destination, tarif sur demande
Société : ......................................................................................................................................................
Civilité - Nom - Prénom : ..............................................................................................................................
Complément de nom : .................................................................................................................................
Adresse : .....................................................................................................................................................
Complément d’adresse : ..............................................................................................................................
Code postal : ...............................................................................................................................................
Ville : ...........................................................................................................................................................
Téléphone : .............................................................. Télécopie : .................................................................
Adresse électronique : .................................................................................................................................
Numéro d’abonné (si déjà abonné à une autre édition) : ...............................................................................
Numéro de payeur : .....................................................................................................................................
Date : ....................................................................... Signature : ..................................................................
Paiement à réception de facture. En cas de règlement par virement,
indiquer obligatoirement le numéro de facture dans le libellé de votre virement
1
Nos abonnements ne sont pas soumis à la TVA.
2
Tarifs d’abonnement pour la France pour l’année 2012, frais de port inclus.
Bulletin d’abonnement aux bulletins de la Cour de cassation
BICC_759_Livre.indb 65 3/23/2012 1:58:31 PM
BICC_759_Livre.indb 66 3/23/2012 1:58:31 PM
191127590-000412
Impri meri e de la Direction de l’information
légale et administrative, 26, rue Desai x,
75727 Paris Cedex 15 - N
o
ISSN : 0750-3865
N
o
de CPPAP : 0608 B 06510
Le directeur de la publication : le président de
chambre à la Cour de cassation, directeur du
service de documentation, d’études et du rapport :
Daniel Tardif
Reproducti on sans autori sati on i nterdi te
-Copyright Service de documentation et d’études
Le Bulletin d’information peut être consulté sur
le site internet de la Cour de cassation :
http://www.courdecassation.fr
Photos : Luc Pérénom, Grigori Rassinier
Direction artistique :
BICC_759_Livre.indb 67 3/23/2012 1:58:31 PM
BICC_759_Livre.indb 68 3/23/2012 1:58:31 PM
i ntranet
Cour de cassation s’effectue par le site
l’accès au site intranet de la
intranet du ministère de la justice
Consultez le site intranet de la Cour de cassation.
Accessible par l’intranet justice, les magistrats y trouveront notamment :
l’intégralité des arrêts de la Cour de cassation depuis 1990 ;
les arrêts publiés depuis 1960 ;
une sélection des décisions des cours d’appel et des tribunaux ;
des fiches méthodologiques en matière civile et en matière pénale ;
les listes d’experts établies par la Cour de cassation et par les cours d’appel.
Prix : 8,50 €
ISSN 0750-3865
Direction de l'information
légale et administrative
accueil commercial :
01 40 15 70 10
commande :
Administration des ventes
23, rue d'Estrées, CS 10733
75345 Paris Cedex 07
télécopie : 01 40 15 68 00
ladocumentationfrancaise.fr
+:HRBTBL=W\Z^UW: