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A.

Simoneau

Recherches sur les gravures rupestres du Haut-Atlas marocain
In: Bulletin de la Société préhistorique française. Études et travaux. 1968, tome 65, N. 2. pp. 642-653.

Citer ce document / Cite this document : Simoneau A. Recherches sur les gravures rupestres du Haut-Atlas marocain. In: Bulletin de la Société préhistorique française. Études et travaux. 1968, tome 65, N. 2. pp. 642-653. doi : 10.3406/bspf.1968.4174 http://www.persee.fr/web/revues/home/prescript/article/bspf_0249-7638_1968_hos_65_2_4174

Bulletin de la Société préhistorique française, Tome LXV, 1968.

Recherches du

sur

les

gravures

rupestres

Haut-Atlas marocain PAR A. SIMONEAU *

I. — LES AZIBS DE TAINANT, SITE RUPESTRE DU HAUT-ATLAS MAROCAIN 1. Découverte d'un site. Dans la descente qui mène du Tizi n'Tichka à Ouarzazate, après le village d'Irherm n'Ougdal, une piste permet de gagner le douar de Taïnant à l'Ouest de la grande route. Sur la carte topographique au 1 : 100 000e de Telouet 5-6, des azibs sont signalés à 3 kilomètres au Nord-Ouest du village. Ils occupent le front de la cuesta permotriasique qui domine la dépression périphérique au pied du socle atlasique ; une échancrure dans la ligne de crête de ce dernier, le Tizi n'Taïnant (2 700 m) domine au Nord le site. Celui-ci est très coloré : le col grisâtre est séparé de la table rouge du grès par la zone verdoyante des prairies d'altitude. Il s'agit d'un site de transhumance bien souligné par M. Dresch dans sa thèse secon daire (1). Nous avons publié récemment un croquis sommaire de cet ensemble pastoral gravé (2). Nous étions venus une première fois à Taïnant en mai 1966, à la recherche d'une voie de passage directe entre les ensembles gravés du Yagour et ceux signalés sur le Haut-Draa (3). Nous avions noté cette fois-là l'existence d'un tumulus. Une seconde visite en juin 1966 allait se révéler plus fructueuse : outre des tumuli et de nombreux silex microlithiques, nous découvrîmes un abri décoré de grands cercles (pi. I, n° 1), de nombreux croissants lunaires. Nous fûmes frappés par l'existence de ressemblances avec les gra vures du Yagour où nous connaissions aussi un cercle gravé sur la paroi de l'Azib Tighdouine. D'autres symboles s'apparentaient à ceux du Yagour (croix, poisson, spirales). Nous devions cependant (*) Lycée Mohamed-V, Marrakech, Maroc. (1) Dresch J., 1941. — Documents sur les цеш-es de vie de montagne dans le massif central du grand Atlas. (2) Simoxeau A., 1967. — Les gravures rupestres du Haut-Atlas de Marrakech, Revue de Géographie du Maroc, n" il. (3) GbORY, Allain, René, 1952. — Actes 2e Congrès panafr. de préhist., Alger (sites du Haut-Draa).

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PI. I. — Taïnant (Maroc). — 1. Azib décoré de grands cercles sur le iront de la Cuesta gréseuse. Traces de polissoirs. Le personnage donne l'échelle. — 2. Person-Tage et cercle gravés au revers de la Cuesta (clichés A. Simoncau, 1966-67).

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constater des différences majeures : l'absence totale d'hommes, d'animaux et d'armes de métal. D'autres excursions allaient nuancer ces premières impressions. Elles nous permirent de trouver une silhouette animale massive piquetée, un char (pi. II, n° 2), un abri décoré de croissants lunaires. Les liens avec la vie pastorale appa rurent de plus en plus étroits, puisque nous trouvâmes des lunes piquetées sur le mur d'un enclos, et de nombreux cercles garnissant le plancher d'un autre. Cette mise au point n'est peut-être que provi soire, car certaines figures ont dû être dégagées de la végétation qui les recouvrait avant d'être reconnues. C'est le cas pour le char et pour une spirale. On prend en tout cas conscience à Taïnant que le pasteur protohistorique est bien l'héritier du chasseur de la pré histoire (4) mais les représentations symboliques l'emportent de loin sur les représentations naturalistes. 2. Les enseignements de Taïnant. Taïnant fournit un premier jalon sur les chemins qui mènent des hauts pâturages de l'Atlas central aux sites gravés du couloir subatlasique. Les bergers de Taïnant envoyant encore aujourd'hui une partie de leurs troupeaux vers le Yagour, il est frappant de constater la permanence d'une certaine tradition pastorale. Les bergers vivent d'ailleurs dans des azibs qui évoquent encore le Néoli thique. Les gravures piquetées l'emportent de loin sur les gravures polies, il semble que l'occupation permanente du terrain ait été ici plus tardive qu'au Yagour. Les gens du pays parlent bien d'an ciennes mines, mais nous n'avons remarqué que celles de manganèse qui fonctionnent encore. Parmi les motifs gravés nous attirons surtout l'attention sur les gravures verticales et sur les spirales car, suivant Malhomme, elles étaient peu nombreuses. Il semble que cette appréciation doit être sérieusement nuancée car il y a tout de même ici trois parois d'abris décorées (cercles variés et croissants de lune). Le dossier des spirales s'enrichit d'une spirale annelée, d'une autre qui possède 9 ou 10 points en son centre et qui évoque fortement une figure du Val Camonica. Quelle que soit la diversité des petits cercles qui parsèment le revers de la cuesta, le fait domi nant est l'abondance des croissants lunaires qui fournissent près de la moitié du stock d'images : on les rencontre souvent par séries de trois ou quatre. Il y en a bien une trentaine en tout qui peuvent se relier aux nombreux croissants lunaires du Yagour (Azib n'Ikkis Azif Tamadout). Parmi des motifs divers nous signalons des triangles, des croix, une petite silhouette humaine (pi. I, n° 2). Nous avons donc affaire surtout à un site pastoral, un site de passage, un site symbolique, mais ce site demeure secondaire car de nombreux motifs du Yagour n'existent pas ici (absence d'araire, de protoécriture, d'armes de métal). Quand on connaît les hauts pâturages de l'Atlas central, on peut se poser la question de savoir si la barrière du socle n'a tout de même pas limité vers le Sud la diffusion des techniques et de l'idéologie du Bronze. (4) Nougieh L.-R., 1966. — L'Art préhistorique, Paris, P.U.F.

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PI. II. — Tainant (Maroc). — 1. Cercle à 10 rayons. — 2. Char (clichés A. Simoneau, 1967).

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SOCIÉTÉ PRÉHISTORIQUE FRANÇAISE IL — BOVIDES ET ENCORNURES SERPENTIFORMES DU YAGOUR (HAUT-ATLAS MAROCAIN)

Le monde bovidien du Yagour. La présence bovidienne est frappante au Yagour. Il y a plus de 100 bœufs gravés et leur abondance n'a d'égale que celle des hommes et des armes de métal (1). En ce domaine, les relevés de Malhomme n'englobent pas tous les sites (2). Nous avions déjà relevé des bovidés inédits à l'Adrar N'Touimelt (pi. III, n° 2), et au Talat n° 1). Niguir Le site ainsi le plus qu'une riche fresque semble omise cependant aux Azib celui N'Ikkis d'Ifgane (pi. III, au Sud-Ouest du plateau qui servira de base à nos remarques. Nous l'avons seulement reconnu en mai 1967. Ce monde bovidien s'est implanté progressivement au Yagour. Il s'agit sans doute de bovidiens attardés qui ont envahi l'Atlas en liaison avec le dessèchement du Sahara aux 3° et 2e millénaires. La découverte récente d'un abri gravé à l'Oukaïmeden où sont associés des bovidés piquetés et des éléphants du style saharien d'Aïn Tazzina va dans le sens des jugements de Henri Lhote (3). Mais le Yagour permet au moins de distinguer deux étapes. Malhomme avait déjà fait connaître les bovidés géants de 4 à 6 mètres qui sont gravés sur l'aire à battre des Azib N'Ikkis. Ils sont assez érodés mais polis. Sur cette aire, nous avons également un personnage avec un poignard à la ceinture, ce qui nous place vra isemblablement au Chalcolithique. Les bovidés polis d'Ifgane ren forcent cette hypothèse, car quatre d'entre eux ont plus d'un mètre de long et un poignard se trouve entre les pattes du petit de l'un d'eux. Ces bovidés d'Ifgane sont assez remarquables par leur style naturaliste, leurs robes de cérémonie, leurs queues bien dessinées et leurs encornures de styles variés, que nous nous proposons d'analyser à part. De toute manière, cette strate bovidienne bien polie et associée à des armes de métal est antérieure aux multiples bovidés piquetés qui parsèment les différents sites du Yagour. Les petits bovidés de la fresque des Azib n'Ikkis (pi. III, n° 1), piquetés après sculpture de leur contour en profondeur sont d'ailleurs ce rtainement antérieurs aux figures plus grossières et piquetées super ficiellement de Talat N'Iguir. La couche bovidienne ancienne permet sans doute les remarques les plus utiles. Les encornures serpentiformes polies. de F. Bourdier faisait récemment remarquer, dans sa Préhistoire France, que les encornures peuvent prendre des allures de Maroc (carte du Yagour). des gravures rupestres du Grand Atlas, 2 T., l'Art rupestre saharien, Miscelanea en homeII.

(1) Simoneau A., 1967. — R. Géo. du (2) Malhomme J., 1959-61. — Corpus Rabat, 1959-61. (3). Lhote H., 1965. — Evolution de nage al Abate Henri Breuil, Paris, tome

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PI. III. — 1. Frise des Azib N'Ikkis (Yagour, Haut- Atlas marocain). — 2. Bovidé poli de l'Adrar N'Touimelt (Yagour). (Clichés A. Simoneau, 1966.)

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IV. poli—deIfgane, 1,20 m, Yagour, avec robe Maroc. de — cérémonie Encornure (cliché serpentiforme A. Simoneau, appartenant 1967). à un bovidé

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serpents, rappelant ainsi un très vieux thème du Paléolithique final, encore présent dans le Néolithique de la péninsule ibérique (4). Les motifs serpentif ormes grossiers et piquetés étaient déjà connus dans le Haut-Atlas comme au Bego ; il y a plusieurs exemples à l'Oukaïmeden. Mais le site d'Ifgane nous fournit aujourd'hui de magnif iques documents qui nous montrent que le cuite du serpent encore sensible dans la montagne marocaine a des racines anciennes. La figure la plus frappante dont nous joignons la photographie à ce texte (pi. IV) est d'une beauté assez remarquable et les dessins qui s'y ajoutent montrent que le thème est propice aux variations. Bien sûr ces constatations sont loin de résoudre tous les pro blèmes, car le retard des études protohistoriques en Afrique du Nord, surtout sensible au Maroc, empêche de départager les défen seurs de thèses diverses sur les problèmes d'origines. Certains sont tentés par l'hypothèse d'une influence directe du monde francocantabrique sur le monde maghrébin (5). D'autres sont d'actifs partisans des influences orientales et pour Isaac, le motif serpentiforme appartient au complexe symbolique apporté par les vagues bovidiennes du 5e et du 3e millénaires (6). Il y a peut-être une bonne part de vérité dans la réflexion de M. F. Bourdier (4, p. 312). « II n'y a pas de coupure dans le Proche-Orient entre le rituel paléolithique et le rituel du Néolithique ancien ; celui-ci servira de base aux religions de l'Antiquité classique qui garderont ainsi quelques reflets des croyances de l'Age du Renne ». Les termi naisons caudales de nos bovidés d'Ifgane, qui sont dans le style des bovidés anatoliens de Chatal Huytik (7), montrent en tout cas l'existence d'une communauté méditerranéenne post-glaciaire assez cohérente dans son culte des Bovidés.

III. — THEMES GRAVES INEDITS DU HAUT-ATLAS MAROCAIN YAGOUR (Aougdal N'Ouagouns) L'œuvre de pionnier de Malhomme (1) (2) mérite d'être comp létée par la publication de figures significatives qui ont échappé à ses patientes recherches. Nous évoquerons aujourd'hui quelques représentations de l'Aougdal N'Ouagouns, le pré de l'intérieur, site central du Yagour, haut lieu de l'Age du Bronze. Elles se trou vent au Nord de la zone dont A. Jodin a présenté une analyse (3). (4) Bourdier F., 1967. — Pré'iistoire de France, Flammarion (en particulier pp. 312, 325, 345). (5) Nougier L.-R., 1966. — L'Art préhistorique, Paris, P.U.F. (6) Isaac, 1963. — Mythes, cultures et élevage, Diogène. (7) Archeologia, 1967, Chatal Huyuk. (1) Malhomme, J., 1959. — Corpus des gravures rupestres du Grand Atlas, T. 1, Rabat. (2) Souville G., 1963. — J. Malhomme, Libyca, 8, p. 261. (3) Jodin A., 1964. — Bull. Archéo. Marocaine, V.

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Pour le plan du site, nous renvoyons à un article paru cette année (4). Il est nécessaire d'insister sur l'intérêt qui s'attache à une meilleure connaissance de ces gravures de la haute montagne maroc aine. Elles nous livrent en effet un complexe symbolique bovidien qui se rattache au culte protohistorique des Déesses mères de l'an tique Méditerranée. Des controverses sur des aspects particuliers des représentations empêchent encore de souligner l'essentiel : la Réalité de la grande Déesse présente au Yagour sous son double aspect de vache nourricière (vache allaitant cinq lézards) et de lionne destructive (lionne avec un homme sous les pieds). La pré sence de nombreux croissants fait songer à l'ancienne maîtresse libyco-berbère de la lune que pressentait Picard (5). La toponymie renforce cette idée : le Meltsen, à la racine ME lunaire est le sommet qui domine de 1 000 mètres le plateau du Yagour. La prééminence d'une Divinité à dominante féminine se dégage du t'ait que les sacrifices ne touchent que les figures masculines. La découverte récente d'une scène se rattachant à des rites d'émasculation (homme avec un poignard entre les jambes pointé sur le sexe) ne peut que renforcer cette idée. Les ensembles gravés les plus vieux où les figures polies sont toutes sans exception associées à des haches d'armes ou à des poignards rivetés à filets parallèles au tranchant droit des lames datent du Bronze ancien. La Déesse de la Fécondité s'y rencontre déjà en compagnie d'un parèdre. Les scènes que nous allons ana lyser visent à étoffer le dossier du couple, mais elles sont plus tardives car piquetées et appartiennent vraisemblablement au Bronze récent (présence de haches peltes). Scène d'accouchement (fig. 1). La mère et l'enfant dont nous présentons le dessin ont été aperçus en octobre 1965. Ils nous ont été signalés par un habitant du plateau, Mohamed ben Ali d'Ouarzazd. Ils se situent à 50 mètres du rebord sud-est. Pour les Chleuhs, il s'agit d'une femme parturiente « Tamrart daytaroun ». La présentation du nouveau-né est en tout cas offerte à la Montagne car elle est tournée vers le sommet du Meltsen au Sud. Cette image de fécondité s'accorde bien avec nos connaissances des cultes protohistoriques. Cette image fréquente dans l'antique monde méditerranéen est encore peu repérée dans le domaine maghrébin. La femme d'un mètre dix de taille et d'une envergure équiva lentea une silhouette assez effacée. Il est possible de déceler une oreille en anse et surtout un collier et une ceinture, attributs tradi tionnels des idoles féminines. Le collier et la ceinture se retrouvent ailleurs au Yagour. La gravure féminine est assez grossière : le visage circulaire ne nous parle pas. L'enfant par contre valorise (4) Simoneau A., 1967. — Les gravures rupestres du Haut-Atlas de Marrakech, R. Géo. Maroc., 11. (5) Picabd, 1958. — Les religions de l'Afrique antique. ■

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Fig. 1. l'ensemble malgré sa petite taille de 27 centimètres, car il est entre les jambes, sous les cercles qui suggèrent les os du bassin maternel. Cet enfant a aussi des oreilles en anse et porte une ceinture. Nous attirons l'attention sur le . . qui domine son sexe. Ce signe symbolique analogue à un pictogramme déjà connu à Sumer (6) a été noté par Mlle Alimen dans la Saoura (7). Il est valorisé par le fait qu'il se retrouve en vingt exemplaires au Yagour, complété par la présence d'un •.• inverse moins fréquent (8). Pour Beigbeder (9) ces deux symboles complémentaires se relient aux Bovidés sacrés de la Méditerranée archaïque. Il y a plus de cent bœufs gravés sur ce haut plateau et de beaux inédits seront publiés. M. Eliade a fait remarquer que ce . ■ . • . -, triangle incomplet, point en haut ou point en bas est un symbole très archaïque qui a précédé tous les pan théons mésopotamiens (10). De toute manière, la présence de cette scène renforce l'idée d'un culte de la fécondité dans le Maroc proto historique. L'aurore de la Civilisation en Mésopotamie et en Iran, (6) Mallowan, 1966. Sequoia, p. 68. (7) Aijmen M., 1952. — Actes 2e Congrès panafr. de préhist., Alger, p. 687. (8) Simoneau A., 1965. •— Le Poisson, symbole du Finistère atlasique. HesperisTamuda, VI. (9) Beigbeder, 1966. — Le symbolisme du Bœuf, Zodiaque, oct. 1966. (10) Eliade M., 1958. — Histoire des religions.

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Couple dans un enclos (fig. 2). A l'Aougdal N'Ouagouns, cet enclos se situe entre un boise ment de genévriers thurifères au Nord et les dalles qui bordent la prairie méridionale située sur le chemin menant du Zat à l'Ourika. Il est beaucoup plus central que la scène que nous venons d'anal yser. Les dalles de grès qui le constituent dessinent un ovale de deux mètres sur deux mètres quarante. Le mur n'atteint pas un mètre de haut. Aujourd'hui encore il passe pour un rendez-vous de marabouts. Les gens du pays s'y retrouvent pour monter en pèlerinage au Meltsen l'été. Une petite ouverture est visible à l'Ouest. A l'intérieur un couple est piqueté sur les dalles gréseuses. Les deux personnages sont alignés dans le sens est - ouest. Ils sont orientés de manière inverse : l'homme a ses pieds à l'Ouest, la femme à l'Est. L'homme est au Sud, la femme au Nord. L'homme a 1,20 m de haut, la femme 90 centimètres. L'homme est reconnaissable à son sexe finement piqueté, celui de la femme manque de netteté. La tête de l'homme ovalaire a quatre yeux alignés qui font songer aux statuettes nuraghiques du bronze tardif. La femme au regard en tau a surtout des hanches larges et un . . sur le nombril. Les deux personnages dont le corps porte des franges considérées jusqu'ici comme évocatrices des vêtements de cuir libyco-berbères sont séparés par un symbole nord-est sud-ouest. Il est formé par deux lignes parallèles de 40 centimètres qui se réunissent pour former un demi-cercle au Nord-Est ; au Sud-Ouest elles se termiENCLOS

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nent en s'écartant par la présence de traits perpendiculaires. A l'i ntérieur de ce symbole, il y a trois petits rectangles piquetés. Depuis le mois d'octobre 1965 où nous avions pour la première fois aperçu cette figure en compagnie d'un collègue, M. Bouchet, nous avons eu l'occasion de dégager l'herbe qui avait envahi une petite partie de l'enclos. C'est ainsi que nous avons pris contact avec la tête de l'homme et avec les armes qui accompagnent les personnages ainsi qu'avec les U autour de la silhouette masculine. Ce couple piqueté qui voisine au Yagour avec des personnages polis bisexués semble donner raison à l'historien des religions, M. Eliade, qui dit que « le couple est un avatar tardif de Г Androgyne » (11). Présence d'orants. Trois orants encadrent l'enclos. Leur taille varie de 80 centi mètres à 1 mètre. Ils ont une allure très filiforme. La photo de l'un d'eux nous offre à nouveau des oreilles en anses de marmite et un . . sur un sexe qui semble dédoublé. L'intérêt de l'image vient moins de sa qualité que de son excellente conservation liée à la platitude de la roche-support gréseuse. La forme en zigzag des Bras est chère à la pensée néolithique. Les figures humaines gravées ne sont donc pas rares comme le pensait Rulhmann (12) ; celles que nous venons rapidement d'analyser s'intègrent dans un ensemble de personnages nombreux au Yagour, où ils approchent la centaine. Cette humanisation des sites montagnards est contemporaine de l'irruption des bovidés et de la métallurgie de Bronze. Elle se traduit par un recul du « Sau vage » Néolithique. Arc, lions et éléphants sont dix fois moins abondants dans les gravures. La révolution technique post-Uruk soulignée au Yagour par la présence d'une araire et d'une inscrip tion proto-libyque s'accompagne d'une révolution idéologique où le poignard métallique commence à devenir ce qu'il est longtemps demeuré ici : l'attribut de l'homme. Dans le cadre de la révolution socioculturelle du Bronze, la Déesse lunaire a désormais un parèdre solaire.

(11) Eliade M., 1962. — Méphistophélès et l'Androgyne, Paris, Gallimard. (12) Rulhmann A., 1938. — Gravures de l'Oued Dra (Maroc Saharien).

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